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jeudi 8 septembre 2022

L'impermanence du pays réel (2/3)

Dans sa fameuse conférence en Sorbonne de 1882, Ernest Renan disait que « l’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours ». Le texte de la conférence mérite une relecture.
Ce billet répond à la deuxième assertion du programme de rentrée paru sur ce blogue le 29 août 2022.

dessin Ernest Renan
Renan induisait qu'une nation n'est pas figée dans un moule, racial, linguistique, géographique ou religieux, mais se recompose au fil des intérêts communs, des souvenirs communs, des espérances partagées. En un mot, une conscience collective en mouvement.
Elle diffère de la patrie qui est charnelle et ancrée dans nos cimetières, qui fonde le respect et la reconnaissance que nous montrons à nos aïeux avant d'aller les rejoindre, pour ce qu'ils ont sû nous transmettre, surtout quand ils moururent en nombre pour ce faire.
Cette nation française, que finalement nous voyons mal ou partiellement mais que les étrangers embrassent très bien de l'extérieur, affronte le défi de survivre en tant que nation libre dans un monde globalisé, un monde de tous les dangers. Quelle est-elle dans ce qui la distingue des nations voisines ou concurrentes ? Demandons-leur. D'abord une confrontation visible à une histoire exceptionnelle longue de deux mille ans. Nous en avons conservé les vestiges. On lit en France les pages de la période gallo-romaine, le moyen âge des cathédrales et des abbayes, la gloire du Grand siècle, la dégénérescence révolutionnaire et la régérescence impériale, la Grande armée puis l'empire colonial le plus vaste après celui de Grande Bretagne, les traces nombreuses de deux guerres mondiales et c'est à peu près tout, puisque le car de touristes ne fait pas le tour des centrales nucléaires.
Nous montrons aussi un art de vivre que les étrangers trouvent exceptionnel, une façon de partager le temps entre activité professionnelle, culture et gastronomie, gastronomie, la première du monde en constante évolution, et une façon de se foutre du tiers comme du quart qui nous fait passer pour des sauteurs. Quand il perce la surface des choses, l'étranger qui a appris la langue - il y en a plus qu'on ne le croit - découvre l'esprit français, adossé une langue riche et syntaxée, avatar du grec ancien dans sa mathématique. La France ne refuse cet accès à personne. Elle a conservé une réputation d'intelligence. Ainsi la nation est-elle le précipité de ces admirations. Que ceux qui se réjouissent d'en faire partie un jour, s'y jettent !

Mais une nation doit survivre, au moins la nôtre, dirons-nous. Au pantographe de la globalisation, nous ne pesons pas plus que le souvenir de notre "grandeur" quand nous devons rechercher en permanence les moyens de nous protéger des attaques de nations que l'on a appris à nous haïr. Ce ne sont pas tant les peuples qui nous détesteraient que les partis soutenant l'autocrate du moment. Les Chinois connaissent plus de Français que seulement monsieur Louis Vuitton. Ils ont lu nos auteurs et ne prendront pas la mouche à moins que nous ne manifestions notre légendaire arrogance à leur endroit. Pour les Russes, c'est différent. Le peuple est pavlovisé par le bourrage de crâne quotidien du pouvoir ; mais les élites russes et tous les exilés ont manifesté une inclination particulière pour la civilisation française qui est depuis longtemps un occident emblématique, riche et non menaçant. On peut en dire autant des Turcs, des Brésiliens. Des Indiens nul n'en est sûr, affairés qu'ils sont aux feuillets, travaux et jours. Parmi les pays amis et de longue date, il faut compter le Japon, l'Argentine, le Chili et quand on fait l'inventaire des réfugiés d'importance sur notre sol, on trouve du beau linge venu d'Iran, de Syrie, du Liban, d'Egypte, de Chine populaire, du Vénézuéla et même des Andes. Ceci n'empêche pas certains gouvernements maléfiques de vouloir nous écraser économiquement, nous supplanter dans nos outremers, à la limite de nous humilier, jusqu'à nous expulser du siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. Il faut donc que cette nation s'arme économiquement et militairement comme à la veille d'une déflagration mondiale. Notre poids relatif ou absolu nous oblige à coopérer dans des ensembles plus grands, capables de résister et en cas de guerre, de faire peur. Le poids commercial du marché commun, son union douanière et ses programmes de développement offrent une protection suffisante à notre économie. Au plan de la défense ou mieux dit, de la guerre, nous devons dépasser une armée de démonstration et bâtir l'architecture de défense qui forcera le respect, à condition que nous y mettions la masse. Mais c'est de la guerre de demain qu'il s'agit et pas de la guerre sans haine du maréchal Rommel. Nous n'avons pas le droit de nous tromper, mais une chose est sûre, nous ne survivrons qu'en alliance. La "France seule", c'est terminé, même si c'est dommage.

Pour faire vivre au quotidien cette nation, toute la population doit être convoquée à l'activité, sans a priori et surtout ceux qui assurent les services de base de la société, au cul des bennes à ordures, dans les fournils, sur les chantiers de travaux publics et sur les dalles des bâtiments en construction l’hiver, dans les services à la personne, dans les stations-services, les garages, dans les hôpitaux et cliniques privées, sans parler des spécialités médicales qu'ils assurent en nombre, dans les vignes depuis longtemps et dans les vergers avant mécanisation, dans nos armées enfin, chez la reine des batailles. Secouée par les migrations provoqués par le différentiel trop grand de développement entre continents ou par les guerres civiles, nous devons faire fonctionner nos services de base en intégrant tous les acteurs au travail. Bien sûr une régulation de l'immigration est plus que souhaitable pour n'avoir pas de sureffectif dans les emplois disqualifiés ou dans le désœuvrement. Dans cette population d'ailleurs, il n’y a pas que des dealers et des délinquants avec ou sans papiers, il y a tout le fonctionnement quotidien d’un pays que les nationaux de souche ont abandonné parce qu’ils ont désappris à se fatiguer. Un maréchal, que M. Macron citera dans un moment d'égarement, a dit un jour de défaite : « nous avons trop revendiqué, nous n’avons pas assez servi ».
Tout est là, et notre propre impéritie a créé l’appel d’air pour substituer le labeur au hamac des 35 heures, rtt, 5 ou 6 semaines de congés payés plus les congés maladie et convenances diverses. Il n’y a pas de grand remplacement, comme le dit notre châtelain pédéraste qui a fini par s’y faire un nom ; il y a recomplétement de forces disparues ou défectives. En ce sens, il est inutile de penser à une remigration générale, le pays s’arrête, c’est aussi bête que ça.

Une nation qui tiendra la distance face aux menaces en tout genre qui l’assaillent, sera inclusive. Ce qui n'exclut pas d'en gérer la démographie et de mettre l'immigration sous contraintes. Pour revenir au projet monarchique, il convient d'intégrer que sa conception doit tenir compte d'un paradigme extérieur hostile par hypothèse et intérieur instable par observation. L'hostilité extérieure se gèrera en alliance obligatoirement. Il sera plus compliqué de parer l'instabilité sociale, sauf par contrat entre les forces vives du pays et le gouvernement décentralisé d'une société clivée, divisée, crispée sur ses intérêts catégoriels. Il est donc évident que la réinstauration sera forcément limitée au domaine qui constitue l'os de l'Etat, l'essentiel, la promesse de continuer, le domaine régalien. Les graves imperfections sociales que le régime démagogique a créées seront traitées à part, par le peuple en ses états, par lui-seul, tels qu'il les aura choisis, dans ses capacités contributives au régime adopté.

mardi 19 mars 2019

Recoudre la nation par l'État

L'effilochage de ce qui fut la nation française* et les sursauts de cohésion que traduit le mouvement des gilets jaunes signalent un pays en crise profonde strié de fractures en tous sens. D'aucuns s'en désespèrent jusqu'à demander "quoi faire". Royal-Artillerie propose d'agir au niveau de l'enjeu, bien loin de la timidité et de l'amateurisme des pouvoirs en place chaque jour un peu plus déconcertés. Les réflexions ci-dessous ont été laissées sur le site LFAR de la Restauration nationale ; elles entrent en archives R.A. :



Même si le paysage politique et social est glaçant comme le dit si bien Pierre Builly sur La Faute à Rousseau, il reste un horizon, à condition de réfléchir les pieds au sol et se méfier des "grands principes" définitifs. Le pays est tellement dans la merde qu'on peut s'asseoir sur beaucoup de principes quels que soit leurs illustres originateurs. Place au pragmatisme. Un royaliste peut y trouver son compte.

Il faut sauver le régalien d'abord, et la pratique de la Vè République peut y aider. Deux domaines sont déjà disjoints du gouvernement de Matignon, les Armées et la Diplomatie. Il suffit (?) d'y rajouter la Police nationale et le Trésor public avec les TPG départementaux, pour avoir déjà un Etat central solide.

Pour compléter le domaine réservé, il faut réformer la Justice haute, rock bottom, en détruisant d'abord l'Ecole nationale de la magistrature et en revoyant tous les liens entre les hauts pouvoirs de la République (Elysée, Sénat, Assemblée) et les structures judiciaires de niveau national tels que les conseils, cours, autorités attachées, afin de désyndicaliser les tribunaux... puis remettre de l'argent dans cette fonction essentielle comme le font tous nos voisins.

Une fois réservé, le domaine régalien devrait être arraché à la dispute démagogique (dite démocratique) et remis à un pouvoir permanent au-dessus de la mêlée. On peut inventer ce qu'on veut... même un roi en commençant par rétablir le septennat.

Les autres domaines du gouvernement du pays pourraient être partagés entre Matignon et les treize régions (comme en Allemagne) qui pousseraient ensemble les réformes nécessaires, nombreuses et urgentes dans les transports, l'éducation, le climat, l'énergie, la santé, vieillesse, alimentation, sécurité publique (polices municipales), les cours consulaires, juges de paix, le fisc régional, etc... Tous ces champs d'action nourriraient les parlements régionaux et national dans la grande tradition des grands étripages gaulois, mais au moins le socle essentiel de l'Etat serait mis en sûreté.

Cela pourrait obliger à revoir l'épure monarchiste devenue obsolète et différer sine die la remonte de l'Armée catholique et royale. Au moins les militants bosseraient-ils sur du concret avec une gestion par objectifs des étapes de réflexion pour construire un régime rénové. Quant au prétendant, il aurait du grain à moudre pour une queue de trajectoire enfin jouable.

Idiot ? Je ne sais pas.


(*) La nation, telle que nous l'avons connue au sens de Renan, a duré moins moins longtemps qu'on ne l'imagine parce qu'elle n'a pu s'exprimer que par la centralisation capétienne. Elle va de l'échec de la Fronde à la crise de 1929 (1932 pour la France) qui va faire le lit de l'internationalisme (SFIO, PCF), 280 ans environ.

jeudi 11 octobre 2018

Du dialogue entre la Nation et son État

Dans Le Figaro de mardi dernier (clic), le prince Jean d'Orléans propose sa critique de la Constitution amendée de 1958 en souhaitant revenir au texte originel qui privilégie la fonction arbitrale du chef de l'Etat en appuyant le projet économique et social conçu pendant la Résistance et mis en œuvre à la Libération. D'autres que lui célèbrent le Conseil national de la résistance comme le Saint Graal à mesure que les dirigeants d'aujourd'hui s'approchent du libéralisme économique classique. Si la fonction arbitrale est aujourd'hui absente, ce n'est pas le cas du projet appuyé qui demeure encore de nos jours une calamité. A cause de ce paradigme marxiste de 1945, de tous nos voisins, nous sommes les derniers. Ce qui n'était pas le cas sous la Monarchie de Juillet que le prince-héritier a toujours en exemple, seul exemple d'ailleurs. Il a raison de plaider pour sa paroisse, le roi est l'arbitre idéal, venant de loin, au-dessus de la mêlée et des contingences subalternes, il va loin. Il est en fait le bonhomme Temps, le sage, le savant, le sphinx, le repère, l'amer, le moyeu de la nation ! Jean d'Orléans a bien raison d'en redemander, reste à prouver qu'il soit lui-même la plus sûre main à entrer dans le gant !

A cet article, le Piéton a répondu sur le site Noblesse & Royautés que « la constitution de la V° République induit le césarisme alors que son texte déploie les pouvoirs du premier ministre. Les conflits que cite le prince Jean sont génétiques à cette organisation (trop) minutieuse des pouvoirs. Aujourd’hui encore, le président sort de ses clous, et l’indépendance des pouvoirs est bafouée chaque jour. La survie de la constitution n’est pas un objectif en soi mais s’en soucier dévoile une inquiétude. Par contre la survie de l’Etat est une question autrement grave. Si les pouvoirs publics, faisant fi du clientélisme démocratique, ne réduisent pas le périmètre de l’Etat au domaine régalien avec deux ou trois exceptions, il continuera à être attaqué dans toutes ses interventions périphériques pour défaut d’efficacité ».
Fin du prologue.




Il se dit que la France aurait inventé l'Etat-nation. C'est faire bon marché de toutes les nations qui se constituées en "Etat" avant elle, en particulier les nations guerrières d'Asie, les nations précolombiennes et plus près de nous, les royaumes ethniques centralisés de Suède, Danemark, Prusse, il y en a plein sans parler de la Chine impériale ! Mais notre sujet n'est pas de débattre de l'Etat-nation mais du rapport de l'un à l'autre et de la France spécialement.

La couronne de France a décidé d'un Etat central pour sortir des complications d'un régime féodal abâtardi, et à la limite dangereux pour elle. La Fronde décida le jeune roi Louis XIV à reconstruire un Etat du modèle césariste romain, centralisé dans son droit et dans les obligations réciproques des peuples et des gens de l'Etat. A dire vrai, l'Etat central ne fut pas choisi par la nation, il lui fut imposé, puis "vendu" par les penseurs commis à sa perpétuation. De fait, la nation* subit depuis toujours l'Etat plus qu'elle ne l'a appelé à son service, et à partir de la Libération on lui a survendu l'extension de l'Etat par le confort nouveau que son débordement apportait. Il est au fil des lustres devenu la baleine morte crevée sur la plage que personne ne peut plus déplacer. Sauf à la dynamite !

(*) on parle souvent de nations au pluriel mais pour simplifier l'épure de ce billet nous en resterons à la bataille de Denain

Sauf qu'aujourd'hui l'Etat hypertrophié vit pour lui-même en pressurant la nation qui, anesthésiée, ne sait plus réagir que par la révolte sporadique et ne discute plus. Les gens de l'Etat, se sachant critiqués, ont le souci premier de la défense des avantages acquis et de la préservation d'un statut anachronique qui remonte à la bureaucratie tsariste. On sait comment tout cela a fini là-bas, il y a cent ans.

Rapporté à la nation qu'il gouverne, l'Etat français est démesuré. Ses effectifs actuels lui permettraient de gouverner l'empire de jadis dans le plus infime détail. Comparés aux autres Etats de l'OCDE, nous avons en moyenne deux millions de fonctionnaires de plus. Ceci ne veut pas dire que nous avons deux millions de surnuméraires ou de fainéants (bien que la caste défende vigoureusement sa torpeur et ses privilèges) mais que le périmètre de l'Etat est trop grand. L'Etat se mêle de tout et sa légendaire inefficacité que ses agents réfutent parce qu'ils n'ont jamais connu la vraie vie, génère des coûts insupportables dans un pays grevé de déficits énormes sous une dette souveraine qui le suce. La mauvaise gestion de l'État actionnaire, «souvent peu généreux pour cause budgétaire, parfois prodigue pour les industries en déclin ou les secteurs à la mode», fut de tout temps dénoncée par les grands commis eux-mêmes comme ici par Raymond Levy (ex-RNUR) qui parvint à privatiser Renault.
Qui pis est, c'est le domaine traditionnel de l'Etat, qu'on appelle "régalien" en souvenir de la Couronne, qui est le plus mal tenu. La nation n'a pas un rejet pavlovien de l'Etat dans ses fonctions principales mais elle commence à comprendre qu'à s'occuper de tout, jusqu'au slip du citoyen, l'Etat ne fait plus face à l'essentiel et se défausse dans des activités sociétales visibles et valorisantes comme l'égalité homme-femme, le startupping, la procréation médicale assistée pour les paires stériles et jusqu'à la consommation des drogues, des acides gras insaturés et des filles de joie !

Si le retrait de l'Etat est dramatique dans ce qu'on appelle maintenant les zones périphériques, le citoyen décentré ne réclame pas un théâtre, un juge de paix cantonal, une salle omnisport, un bar-tabac, le banquet des seniors, une salle de shoot ou le conseil municipal des enfants. Mais une Poste, une école primaire, une permanence de sécurité ouverte 7/24 (police ou gendarmerie et pompiers), un cabinet médical avec pharmacie, des édiles accessibles sans rendez-vous. Toute la vie publique n'est pas strictement du ressort de l'Etat mais l'essentiel est sa raison d'exister. Il doit faire face au défi qui monte sur son cœur de métier et répondre aux attentes basiques du citoyen à peine de s'en faire un ennemi. Et en Gaule, cela n'est pas recommandé !

Par contre lancer des mesures pour faire revenir les commerces de proximité n'est pas de son ressort mais celui des corporations et chambres de métiers ; légiférer sur l'urbanisme jusqu'à la dernière virgule, fixer le prix du gasoil, régir les conditions d'exploitation des taxis "Uber" ou la vitesse des routes départementales qui comme leur nom le suggère échappent à son autorité, non plus ! Les gens appellent l'Etat dans des missions utiles sinon primordiales, mais l'Etat n'entend pas, même s'il parle beaucoup quand on le presse. Il se pavane dans des domaines qu'on ne lui a pas confiés mais qui améliorent sa communication électorale et il s'excuse dans les autres au motif de la dureté de notre époque. Quand deviendrons-nous adultes dans ce pays ?

Le domaine régalien dont l'Etat doit être responsable sans renforts extérieurs peut être cerné assez facilement. Les dirigeants de ce pays seraient bien inspirés de se recentrer et de cesser se mettre leur vanité et leur bêtise partout, à commencer par cette addiction pathologique aux strates administratives superfétatoires que sont les communautés urbaines enchaînées de procédures et les intercommunalités plus encore liées de règlements.

Domaine régalien

Fonctions de souveraineté :
- Haute administration d'exécution
- Justice haute et maisons centrales
- Trésor public
- Armée et arsenaux
- Renseignement extérieur
- Diplomatie et agences de propagande (Alliance française, Francophonie, AFD, SOPEXA etc)

Fonctions neutres d'administration centrale :
- Cours de contrôle et conseils
- Instruction publique obligatoire du premier cycle
- Réseau sanitaire de base (dispensaires de proximité, hôpitaux généraux)
- Police criminelle et renseignement intérieur
- Recherche fondamentale
- Etablissements culturels de prestige (Opéra de Paris, Louvre, château de Versailles etc)
- L'Institut et ses académies.

Doivent sortir du périmètre de l'Etat central ceux dont les noms suivent :)
- Justice basse (juge de paix, tribunaux de première instance)
- Régime de pensions sauf caisses militaires
- Sûreté quotidienne
- Culture subventionnée
- Collèges
- Information et réseaux de communications
- Réseaux de transport
- Assurance maladie
- Assurance chômage
- Formation professionnelle et agences d'emplois
- Marchés agricoles
- Logements sociaux
- Recherche appliquée
- Universités et grandes écoles
- Think-tanks dédiés aux caprices du jour et subventionnés
- Instituts sectorisés, commissariats à..., hautes autorités de..., agences pour..., fondations de..., comités théodules, et...
- Monnaie, si l'on adopte les monnaies privées ou le free banking (mais c'est un autre débat).

A titre d'exemple, sont sortis du périmètre étatique et s'en portent bien les activités "nationales" suivantes :
- Grandes banques
- Industrie aéronautique
- Armes et recherche létale
- Industrie automobile
- Pétrole et parachimie
- Armement maritime
- Spatial
- Télécommunications
- Industries énergétiques, en partie
- Autoroutes
- Chantiers navals
-...

Ont disparu aussi les dinosaures inadaptés au temps que furent les charbonnages, la chimie lourde et la sidérurgie classique laissant parfois la place à des industries de spécialités.


justice et balance


Dès lors que cet Etat central aura ramassé dans sa main les pouvoirs essentiels à la nation, il les durcira par inclination naturelle de tout pouvoir central, et les acteurs économiques organiseront les secteurs dévolus en régime de concurrence, sans doute de manière efficace et rentable puisqu'il ne pourront plus compter sur les secours étatiques tout en faisant face au jugement des usagers et de leurs groupes de pression.

Le débarquement de deux millions de fonctionnaires est une entreprise à mener sur la base des départs en retraite pendant plusieurs années. Il nécessitera des transferts d'agents dans la période de recentrage.

Notre Etat réparé retrouvera à l'extérieur le prestige que nous avons perdu par la gestion calamiteuse des pouvoirs publics français. Nous pourrons parler fort et clair dans les enceintes de décision et ne risquerons plus des invectives humiliantes comme celles adressées cette année au président Macron par le Premier néerlandais qui dans le débat sur les solidarités Nord-Sud, l'a renvoyé à sa gabegie honteuse. Nous pourrons faire à nouveau la roue !


paon


Epilogue

La version originale de la Constitution de 1958 élit le chef de l'Etat au Congrès.
C'est la procédure la moins défavorable à une ré-instauration de la monarchie constitutionnelle. Jean d'Orléans le sait.
Outre l'ensemencement de l'opinion à l'idée du roi, il ne faut pas négliger l'entrisme dans la classe politique d'étage national comme le pratiquent certains crypto-monarchistes, en attendant Godoy.



samedi 15 août 2015

Quinze Août

Le Quinze Août est ma fête nationale ; c'est du moins ainsi que je ressens ce jour spécial et je ne suis pas un Acadien pour qui c'est vraiment la fête nationale. Où que je sois et même très loin, je penserais un 15 août au Quinze Août. C'est... génétique. La plus grosse fête de l'arrondissement cévenol qui m'a conçu à moitié est à cette date, et finalement j'en ai manquées assez peu si je compte pour toute une vie d'homme. Sauf cette année.

Le jour du grand bouleversement, j'aimerais que nous quittions le Quatorze Juillet que le monde entier connaît sous le faux nom de Bastille Day (pouah !) et que la Nation se retrouve en elle-même à l'Assomption du 15 août. Dans le microcosme royaliste français ce jour commémore aussi le prononcé du Vœu de Louis XIII consacrant la France à la Vierge de l'Assomption comme suite de l'Edit de la lampe perpétuelle du 10 février 1638 (ndlr: l'intitulé est de RA). Nous sommes en pleine Guerre de Trente Ans, guerre atroce, et les Impériaux ont enfoncé les lignes de la Somme et de l'Oise l'année précédente. Repoussés avec succès grâce à la mobilisation de Paris (où le roi se maintient), ils réitéreront leur percée sur la Somme au mois d'août 1638 et le roi gagnera Abbeville en soutien de nos armées, Abbeville où sera prononcé solennellement par le roi l'Edit de Saint-Germain-en-Laye en l'église des Minimes. Voici le vœu, plaisir du texte aussi :

« Dieu qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l'esprit qu'il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre Etat, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne, sans y voir autant d'effets merveilleux de sa bonté, que d'accidents qui nous pouvaient perdre.

« Lorsque nous sommes entrés au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d'en troubler la tranquillité ; mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause, que l'on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins. En divers autres temps, l'artifice des hommes et la malice du diable ayant suscité et fomenté des divisions non moins dangereuses pour notre couronne que préjudiciables au repos de notre maison, il lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice. La rebellion de l'hérésie ayant aussi formé un parti dans l'Etat, qui n'avait d'autre but que de partager notre autorité, il s'est servi de nous pour en abattre l'orgueil, et a permis que nous ayons relevé ses saints autels en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques.

« Quand nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes, qu'à la vue de toute l'Europe, contre l'espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs Etats dont ils avaient été dépouillés. Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne, se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins pour faire voir à toutes les nations que, comme sa providence a fondé cet Etat, sa bonté le conserve et sa puissance le défend.

« Prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et nos sujets.

« Tant de grâces si évidentes font que pour n'en différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix, qui nous viendra de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec ardeur pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligés, nous prosternant aux pieds de sa majesté divine que nous adorons en trois personnes, à ceux de la Sainte Vierge et de la Sacrée Croix, où nous vénérons l'accomplissement des mystères de notre rédemption par la vie et la mort du Fils de Dieu en notre chair, de nous consacrer à la grandeur de Dieu par son Fils rabaissé jusqu'à nous et à ce Fils par sa Mère élevée jusqu'à lui ; en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et tous nos sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Sainte Trinité, par son intercession et de toute la cour céleste par son autorité et exemple, nos mains n'étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de le porter, les rendront hosties agréables et c'est chose bien raisonnable qu'ayant été médiatrice de ces bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces.
« A ces causes, nous avons déclaré et déclarons que prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l'effort de tous ses ennemis, que, soit qu'il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. Et afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés en ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l'Eglise cathédrale de Paris avec une image de la Vierge qui tienne en ses bras celle de son précieux Fils descendu de la Croix et où nous serons représentés aux pieds du Fils et de la Mère comme leur offrant notre couronne et notre sceptre.

« Exhortons pareillement tous les archevêques et évêques de notre royaume et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales et autres églises de leur diocèse.

« Nous admonestons le sieur archevêque de Paris et néanmoins lui enjoignons que tous les ans le jour et fête de l'Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente déclaration à la grand'messe qui se dira en son Eglise cathédrale et qu'après les vêpres du dit jour, il soit fait une procession en la dite Eglise à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines et le corps de ville, avec pareille cérémonie que celle qui s'observe aux processions générales les plus solennelles; ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant paroissiales que celles des monastères de la dite ville et faubourgs et en toutes les villes, bourgs et villages du dit diocèse de Paris.

« Exhortons pareillement tous les archevêques et évêques de notre royaume et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales et autres églises de leur diocèse; entendant qu'à la dite cérémonie les Cours de Parlement et autres compagnies souveraines et les principaux officiers de ville y soient présents ; et d'autant qu'il y a plusieurs épiscopales qui ne sont pas dédiées à la Vierge, nous exhortons les dits archevêques et évêques en ce cas de lui dédier la principale chapelle des dites Eglises pour y être faite la dite cérémonie et d'y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre et d'admonester tous nos Peuples d'avoir une dévotion particulière à la Vierge, d'implorer en ce jour sa protection afin que sous une si puissante patronne notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu'il jouisse largement d'une bonne paix ; que Dieu y soit servi et révéré si saintement à la dernière fin pour laquelle nous avons été créés ; car tel est notre plaisir.»

Louis
par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre

L'Edit fut enregistré au Parlement de Paris lui donnant force de loi. C'est une spécificité peu connue. Dix ans plus tard, le 19 août 1648, sera livrée à Lens la dernière grande bataille de la Guerre de Trente Ans, où le Grand Condé écrasera définitivement les Espagnols, obligeant Ferdinand III de Habsbourg à traiter. Ce sera la Paix de Westphalie qui organisera l'Europe continentale pour longtemps.



Assomption de Rubens

Aujourd'hui à midi,
les cloches sonneront partout
pour les Chrétiens d'Orient.

 


[ Ce billet est le treize centième publié sur ce blogue ]


lundi 1 juin 2015

L'Histoire, école de noblesse

La bronca nationale contre la crasse pédagogiste ne s'apaise pas par décret. L'adorable idiote qui nous sert de ministre de l'Education n'entend aucune résonance au latin ou au grec ; quant à l'histoire, c'est peut-être pire.

La révolte des profs est sensible pour ce qui concerne les langues anciennes - les gnomes de Grenelle ne les parlent pas - moins peut-être pour la cachexie qui va frapper l'enseignement de histoire. Dans un souci d'honnêteté, disons que cette réduction chimique avait commencé avant le règne de monsieur Hollande. A notre secours nous appelons Abel Bonnard qui ramassait en quelques phrases son plaidoyer pour le passé dans une note du 20 septembre 1931, bien plus d'actualité aujourd'hui qu'elle ne le fût en son temps. Le titre est sans doute de Luc Gendrillon¹.


DE L'AMOUR DU PASSÉ

« De toutes les choses qu'on enseigne aux enfants, il n'en est aucune qui ne leur soit plus nécessaire que l'histoire de leur pays. On a d'autant de droit à la leur cacher qu'ils y trouvent la révélation de leur propre noblesse. De petits Français, fils d'artisans ou de paysans, qu'on n'a pas instruits de la grandeur de leurs origines, ressemblent à ces petits princes qui ont été volés par des bohémiens et qui, loin du palais paternel, vivent dans un désordre sordide sans savoir qu'ils sont fils de rois.

« On comprend aisément que des démagogues veuillent supprimer l'enseignement de l'histoire. Ils ont besoin de réduire les hommes à un état d'impersonnalité et d'abêtissement où ils ne se distinguent plus les uns des autres, pour les embrigader dans leurs sombres partis, pour les enrôler dans les armées de la folie et de la haine.

« Au contraire, tout homme qui sait d'où il sort et ce qu'il est, leur résiste par la seule force de son caractère. Il n'est pas un individu quelconque, mais le fils d'une race et d'une terre, fermement planté en un certain lieu, et qui écarte avec dédain les tristes idées qu'on lui présente pour lui faire perdre la tête.

« La connaissance de ce que nos pères ont été nous montre ce que nous pouvons être. Elle nous empêche de vivre au hasard et comme égarés dans le monde. Nous ne sommes pas des hommes perdus, parce que nous ne sommes pas des enfants trouvés.»




Comme le précise le prince Louis de Bourbon au Télégramme dans un entretien² accordé ces jours-ci pour sa visite en Morbihan, l'histoire est une longue chaîne : « On ne peut être le descendant direct d’une dynastie dont la destinée se confond avec l’histoire de France sans se sentir investi d’une mission. La première est, bien évidemment, celle du souvenir et de la mémoire dont il faut toujours témoigner. Mais il me semble que par rapport aux souverains passés, j’ai aussi le devoir de montrer que leur œuvre se poursuit et que les principes qui ont fait que ce régime a tenu huit cents ans, ont toujours leur place : la justice, le respect du droit naturel, l’harmonie sociale…». Comme les princes et leur cour, chaque famille de France ajoute des maillons à sa propre chaîne, certaines en ont beaucoup. D'autres commencent à peine mais ont à cœur de planter le piquet de départ bien profond. Aidons-les. D'autres s'y refusent, comme la jolie ministre, et choisissent de vivre en criquet pèlerin. Sachons éviter qu'ils ne se posent chez nous et dévorent les récoltes. Pays de transition entre la terre et quatre mers, nous ne sommes pas contre le "passage" s'il reste un passage.
Et à ceux qui convoqueraient le souvenir de ministres étrangers au service du pays, nous dirions que comparaison n'est pas raison, surtout entre le señor Valls ou mademoiselle Belkacem du Rif et les Mazarin, Law et Necker. Quand même !


(1): Aphorismes et fragments recueillis sous le titre Ce monde et moi par Luc Gendrillon✝, Editions Dismas, Haut-le-Wastia (Belgique) 1991
(2): ©Le Télégramme du 30.05.2015
(3): PS du 10.06.2015: l'affaire des palmes académiques refusées à Aix-(en-Provence est douteuse : (clic hoax)


lundi 9 février 2015

L'élixir du service civique


Le grand désordre de notre nation et la sécession d'une partie de la jeunesse résidant dans ce pays ont remis à la mode le service militaire. Ultime remède à l'incohésion, l'embrigadement assorti d'un savonnage des cerveaux semble être le dernier recours de la bourgeoisie régnante pour... sauver les meubles et la virginité capitalistique des héritières. On friserait la caporalisation si tout cela était pris au sérieux. Rassurons-nous, le canada dry du service aux armées est le service civique dans les MJC et autres associations de notre modèle social, utiles du berceau à la tombe. Le service civique fonctionne sur la base du volontariat, ce qui veut dire qu'il ne s'appliquera pas à ceux qui en auraient le plus besoin. Énième coup d'épée dans l'eau pour la "politique de la ville". Il ne pouvait quand même pas être question, comme le demandaient les pizzaïolos de l'UMP, de militariser l'esprit de jeunes gens réputés défavorisés, mais qui - moins empruntés que la moyenne - se prennent en charge en substituant aux tracasseries de Pôle Emploi le commerce d'hyper-proximité en pied d'immeuble.

Il est bien sûr exclu de former des combattants comme on le faisait jadis dans les compagnies de combat d'appelés, compagnies destinées à recevoir le choc des régiments du Pacte de Varsovie déferlant sur l'Europe occidentale. Jean-Dominique Merchet fait un sort au service militaire qu'il n'est pas besoin d'expliquer dès lors que plus de la moitié de la classe d'âge masculine y échappait à la fin par maints subterfuges ; se rendre sur sa page, c'est définitif. On serait très mal barrés à l'époque actuelle du Djihad si on faisait faire un stage commando aux djeunes des cités. Mais laissons cette foutaise de la conscription* aux vibrations des préaux politiques et intéressons-nous aux causes de l'effondrement de la morale sociale sur zone.

Élevons le débat et reprenons ce qu'écrivait André Bridoux (1893-1982) qui était LE prof de philo du Lycée Saint-Louis avant guerre, à propos de l'armature sociale indispensable à la morale :

« Quand les liens sociaux n'existent pas ou sont trop faibles, l'homme reste sans moralité, au niveau du Cyclope d'Homère qui n'a ni le respect, ni même la notion des droits d'autrui. S'il est une idée fausse, c'est celle de Rousseau que l'homme est né bon et que la société l'a perverti. En réalité, pour qu'un homme puisse avoir une conduite morale, surtout constamment morale, il lui faut l'encadrement des institutions et des mœurs, la conscience du contrôle permanent d'autrui, la représentation des sanctions et des organismes judiciaires [ndlr : en résumé... un État], et le secours constant de ce potentiel de civilisation qui est immanent à toute société et qui reste incorporé aux moelles de chacun par l'éducation.
Quand ces points d'appui viennent à manquer ou à fléchir, la vie morale s'altère aussitôt. On le voit bien dans les pays neufs, dans les villes où plusieurs civilisations s'usent les unes contre les autres ; en temps de révolution, de guerre, d'après-guerre ; quand les hommes sont transplantés, en séjour à l'étranger, ou seulement en voyage ».
(Que pourrait-on aujourd'hui retrancher de ce texte publié en 1945 ? Rien !)

Les bataillons de cyclopes à taille humaine qui patrouillent nos banlieues sont les produits de la carence d'État. Ils sont les marqueurs de l'impéritie des pouvoirs qui se sont succédé aux affaires depuis quarante ans, accroissant les privilèges et l'établissement des vainqueurs du jour dans la fenêtre d'opportunité de leur mandat au lieu de gouverner un monde bien trop compliqué pour leurs esprits formatés par "Jean-Jacques" et l'Ecole nationale d'administration. Que croit-on obtenir par le lancement d'un service civique comme une marque de lessive, si ce n'est l'agrandissement des fractures sociales entre ceux dont la fibre civique a besoin de confirmation et tous les autres pour qui le civisme est pure agression de leur bulle personnelle à petit rayon ! Une fois encore, le pouvoir se défausse de ses responsabilités sur un plan de communication et un arrosage budgétaire qui suffiront bien à atteindre les prochaines élections. C'est une honte !

Mais compter, même sans trop y croire, sur pareille classe politique pour réformer et durcir l'État dans son domaine exclusif est une forme de fuite, une lâcheté puisqu'il est maintenant reconnu par la plus grande majorité de ce peuple qu'ils sont en totale incapacité d'agir efficacement. Alors, le peuple qui ne dit mot contre cette absurdité est-il pourri ? Intoxiqué à la défausse ? Bovin ? Il faut le croire et remplacer le coq gaulois de nos emblèmes par la fière autruche républicaine.

Que faut-il faire, me demande-t-on dans l'oreillette. Easy ! Repartir de zéro et recoudre la chaîne (des valeurs civilisationnelles) et la trame (des lois de la république) de l'État régalien sur tout le territoire en supprimant les leurres diversitoïdes qui ne font que distraire de l'essentiel. Appliquer totalement les lois qui gouvernent nos mœurs... comme en Chine et dans cent pays qui n'imaginent même pas qu'on puisse les prendre pour des paillassons. Définir la réforme est simple, il n'y faut qu'une volonté d'application. Faudra-t-il d'autres morts pour y parvenir ? Répondre à cette question met le blogueur en péril. Ceux qui s'en chargeront devront être crédibles, dans le sens où aucun de ceux qui appartiennent aujourd'hui à la classe politique à l'embouche ne pourra être retenu dans cet emploi.

Il est malgré tout possible et certainement utile pour son éducation que la jeunesse donne un peu de son temps aux autres habitants de ce pays avant d'entrer dans sa vie professionnelle, à la manière des Peace Corps américains, mais de là à en faire un outil socio-politique... c'est n'importe quoi, et se moquer de nous surtout.

Même pas peur !


(*) on sait mon aversion de la levée en masse qui n'est qu'un budget de morts accordé au pouvoir.

lundi 12 janvier 2015

Au-delà de l'étreinte à la gorge

- Lassana Bathily, héros? -
Les manifestations républicaines exorcisant le "vivre-ensemble", après la séquence terroriste du 7 au 9 janvier, ont convoqué trois millions de personnes en France ce week-end. C'est du jamais vu. On ne chipotera pas sur l'usage immodéré de l'adjectif "républicain" par le pouvoir pour simplement dire "liberté". Les personnalités d'envergure mondiale présentes à la République ont pu mesurer le sursaut citoyen du peuple de France, et cela nous servira indubitablement dans les enceintes internationales. Reconnaissons à M. Hollande d'avoir bien détecté l'ouverture qui menait aux poteaux. L'essai a été marqué.
A l'évidence le peuple, convoqué tant à Paris qu'en province, est moins bigarré qu'on ne le dit dans les amphithéâtres de sociologie. Peut-être qu'une partie de la population plus impliquée a préféré rester sur son quant-à-soi à fumer la chicha. Cela est une autre histoire mais les Français ne sont pas dupes de l'acquiescement tacite des musulmans de base à la punition divine des blasphémateurs, suivant en cela leurs hiérarques d'hier, même s'il y a d'heureuses et rares exceptions d'intelligence dans la communauté musulmane.

What next ?

On peut bien sûr virer le Dr Dalil Boubaker du rectorat de la Mosquée de Paris pour incompétence et double langage, bien qu'il soit le grand ami du prince Henri d'Orléans, exiger un "concile" refondateur de l'islam pour remplacer le Coran de Médine par celui de la Mecque suivant les recommandations du professeur Al-Deeb¹, mais il est des mesures à prendre sans attendre dans la foulée de cette émotion nationale :

Expulser de France les imams salafistes ou simplement non francophones, purger les associations des zélateurs douteux et cesser les subventions au motif de subversion, vider par tous moyens même légaux les caves des cités de leur armement, contrer avec la brutalité légale nécessaire les contre-manifestations en soutien du Califat terroriste et d'al-Qaïda, se saisir des prédicateurs de l'UOIF au moindre dérapage, et ce même s'il y a urgence ailleurs, au Nigeria et en Syrie-Irak sur notre zone d'effort. Commençons par nettoyer chez nous toute la crasse islamiste, sans attendre, c'est maintenant ou jamais.

Nous devrons aussi ouvrir un débat à un certain niveau sur les limites nécessaires à la liberté d'expression pour qu'elle s'exprime en plénitude et refonder pour ce faire nos codes qui sont flous et déséquilibrés permettant au pouvoir de les instrumentaliser au profit de sa propagande. C'est devenu insupportable, même en dehors des tonneaux d'injures qu'un Charlie-Hebdo déversait sous les acclamations d'une coterie irresponsable. Qu'on laisse la bride lâche jusqu'à la mort à de vieux potaches complètement allumés a de quoi faire réfléchir sur l'hypocrisie ou l'inconscience des régulateurs de notre société.



Pochette du Premier albanais à Paris


(1) cette lettre est reproduite ci-dessous sans les intertitres au cas où le site MEMRI (Middle East Media Research Institute) serait attaqué.

Cher Dr Dalil Boubakeur, Imam de la Mosquée de Paris,

J’ai visionné plusieurs vidéos dans lesquelles vous condamnez l’attentat contre le magazine Charlie Hebdo, qui a coûté la vie à un certain nombre de journalistes. Vous avez tenté de disculper l’islam de ce qui est arrivé. Vous avez même pleuré sur les musulmans au lieu de pleurer sur les victimes, en affirmant que ce qui s’est passé est un coup porté à l’ensemble des musulmans et que l’islam sanctifie la vie. Vous démontrez ainsi que vous vous moquez de la vie des journalistes assassinés et que votre seule préoccupation consiste à éviter que l’on accuse l’islam et des musulmans de ce qui s’est passé. Vous vous êtes contredit et vous avez prouvé que vous n’avez pas la moindre empathie pour les victimes. Vous avez perdu votre humanité par ces déclarations.

Mais soyons honnêtes, absolument honnêtes. Ne dit-on pas, en arabe, que de la franchise naît la tranquillité ? Parlons en termes médicaux, puisque vous êtes médecin de profession. Vous savez qu’un diagnostic erroné peut entraîner la mort du patient. Si vous considérez un cancer comme un simple mal passager, vous donnez l’occasion au cancer de croître et de détruire la vie du patient. Je pense que vous êtes d’accord avec moi sur ce point. Et il va de soi que le médecin, après le diagnostic, doit suggérer le médicament adéquat au patient afin de le guérir.

Permettez-moi de vous dire que votre diagnostic sur les événements d’hier à Paris ne saurait convaincre que les idiots et les hypocrites. Si vous n’êtes pas conscient de votre erreur, c’est un signe de votre ignorance. Et si vous savez que votre diagnostic est erroné, cela signifie que vous êtes malhonnête, pour ne pas dire un menteur.

Ce qui est arrivé à Paris est entièrement conforme à l’enseignement de l’islam tel qu’il ressort du Coran, de la Sunna de Mahomet et de tous les ouvrages reconnus de droit musulman. Est-il nécessaire de vous rappeler comment Mahomet s’est vengé de ceux qui l’ont critiqué ? Ne savez-vous pas ce que Mahomet a fait à Um Qarfa? Ne savez-vous pas comment le Coran stigmatise les poètes dans le chapitre qui leur est consacré et qui porte le titre «Les poètes»? Jamais Mahomet n’a admis la moindre critique à son égard ; il n’acceptait que ceux qui chantaient ses louanges, comme le font les rois et les chefs des pays arabes et musulmans aujourd’hui.

Pouvez-vous m’indiquer un seul pays arabe ou musulman qui permet de toucher à Mahomet ? Bien sûr que non. Où donc est la sanctification de la vie dont vous parlez ? La liberté d’expression et la vie des humains n’ont aucune valeur dès qu’on touche à l’islam, au Coran ou à Mahomet. Et je vous défie de me présenter la moindre preuve de l’inexactitude de mes propos. À moins que vous n’indiquiez des critiques contre Mahomet de la période mecquoise, quand il n’avait pas d’épée. Mais après avoir joint le pouvoir à la prophétie, il n’a plus toléré aucune critique contre lui-même ou le Coran. Et cela est encore vrai aujourd’hui.

Revenons-en à ce qui s’est passé à Paris. Vous avez certainement appris que lorsque les terroristes ont assassiné les journalistes, ils ont crié « Dieu est grand, le prophète Mahomet a été vengé». Ils se considéraient comme les exécutants de la loi islamique contre ceux qui critiquent Mahomet. Et ce qu’ils ont fait est conforme aux dispositions de la loi islamique. La question se pose : où l’ont-ils appris? Ne serait-ce pas dans des livres dont regorgent les bibliothèques des mosquées en France? Ne serait-ce pas dans les prêches des imams de ces mosquées?

En France, tout le monde a le droit de critiquer le judaïsme, le christianisme, le communisme, ainsi que leurs symboles et leurs ouvrages. Et les journalistes qui ont été assassinés ne s’en sont pas privés, sans tenir compte des susceptibilités des juifs, des chrétiens ou des communistes. Ce droit est garanti par la loi française. En refusant toute critique de l’islam, de Mahomet et du Coran même en France, les musulmans voudraient tout simplement y appliquer la loi islamique et brider la liberté d’expression. Tant que de telles idées dominent la mentalité des musulmans, ce qui est arrivé à Paris avec Charlie Hebdo pourra se répéter, avec le même magazine et d’autres. Ainsi, sous la menace de la mort, les musulmans veulent faire taire des intellectuels, des journalistes, des universitaires, des politiciens et touts ceux qui seraient tentés de critiquer l’islam et ses symboles. Ils veulent tout simplement établir en France une dictature islamique brutale, interdisant la liberté de pensée et d’expression.

Je vous invite à un moment de franchise avec vous-même. Vous dites vouloir le vivre-ensemble en France. Comment pouvez-vous imaginer la cohabitation entre musulmans et non-musulmans en France avec de telles idées? Ne voyez-vous pas que la société française est menacée par la guerre civile dont les musulmans seront les premiers perdants? Soyons honnêtes. Ne pensez-vous pas que de nombreux adeptes de votre religion en France, ou certains d’entre eux au moins, ont applaudi l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo comme ils ont applaudi les crimes de Mohamed Merah?

C’est le diagnostic que les personnes informées ne sauraiten mettre en doute. Ceci étant dit, il faut en déduire la nécessité de revoir l’ensemble des enseignements islamiques. On doit lever la sainteté du Coran, de Mahomet et de l’islam et permettre leur critique comme on le fait avec le judaïsme, le christianisme et le communisme. Les imams des mosquées de France doivent reconnaître la liberté d’expression prévue par la loi française et demander aux musulmans qui ne l’accepteraient pas de quitter la France. Et ce pour éviter la guerre civile entre musulmans et non-musulmans en France.

En ce qui concerne les mosquées, il faut surveiller ce qui y est dit et ce qui y est enseigné afin qu’elles ne deviennent pas des nids de terrorisme et d’extrémisme. Pour cela, je suggère que les mosquées soient ouvertes à tous, que les prêches soient prononcés en français, que les imams étrangers ne soient pas autorisés à y officier, et je propose de soumettre les imams actuels à des mesures administratives et éducatives. Vous savez sans doute qu’en Egypte les prêches sont distribués aux imams par les autorités étatiques, qui contrôlent la stricte observance de leur contenu. Tous les prêches des mosquées de France doivent être soumis à l’approbation préalable des autorités françaises ; ces prêches doivent être enregistrés et les contrevenants doivent être sanctionnés (…) Et ce, encore une fois, pour éviter la guerre civile entre musulmans et non-musulmans en France.

Il a été pendu sur instigation de l’Azhar. Ce penseur estimait qu’il fallait impérativement laisser de côté le Coran médinois, qui viole les droits de l’homme, et ne retenir que le Coran mecquois. Cela nécessite l’interdiction en France du Coran sous sa forme actuelle. Il faut exiger que tous les exemplaires du Coran, y compris ceux qui se trouvent dans les mosquées, soient dans l’ordre chronologique, en indiquant clairement que le Coran médinois est caduc en raison de ses incitations à violer les droits de l’homme. Les responsables de la religion musulmane doivent en outre reconnaître la liberté religieuse, y compris la liberté de changer de religion, de quitter l’islam. Les autorités françaises doivent imposer cette exigence sous peine de retrait de la nationalité française et de renvoi dans le pays d’origine.

Ce sont là des mesures que vous devez prendre en tant qu’imam de la Mosquée de Paris, et que doivent prendre les autorités françaises le plus rapidement possible afin de permettre le vivre-ensemble en France.

Veuillez agréer, Monsieur l’imam de la Mosquée de Paris, l’expression de ma haute considération.

Sami Aldeeb, Dr en droit, professeur des universités
Directeur du Centre de droit arabe et musulman


Et Philippe Tesson tel qu'en lui-même, protégé par son grand âge (dans sa 87ème année):

vendredi 27 juin 2014

Bouvines 14

Ce billet a paru dans la rubrique "La Patte à Catoneo" sur le site LaFauteaRousseau le 18 février 2014. Les griffes du chat sortent un peu, mais pour la bonne cause. Il entre en archives Royal-Artillerie à la veille de la commémoration de cette bataille qui vit précipiter la nation française en un composé chimique qui jamais ne se liquéfia. Depuis cette date (18.2.14) des préparatifs ont eu lieu chez les royalistes pour faire mentir ce billet. Voir l'annonce en pied d'article.

Où serons-nous le 27 juillet ? Peut-être au village de Bouvines dans le Nord, dont l'équipe municipale a fait des pieds et des mains pour commémorer dignement la bataille qui (c'est notre avis) fonda la nation française. Avec seulement 750 habitants et une quête inlassable de soutiens, ils ont réussi à monter une kyrielle d'événements du 16 mars au 27 juillet 2014.

Un site très accueillant vous dit tout : www.bouvines2014.fr duquel j'extrais le premier argument :
"L’association BOUVINES 2014 a été créée pour commémorer le 800ème anniversaire de la bataille (1214-2014). Nous souhaitons faire de cet anniversaire un événement majeur sur le plan régional, national et européen. Ces événements recouvreront trois thèmes forts : la paix, la jeunesse et l’Europe."
Mais ce n'est pas pour "lancer" le cycle Bouvines 2014 que je me suis levé ce matin. Nul n'a besoin de moi.

Qu'ont préparé les royalistes pour cette commémoration ? Deux articles en double page centrale du journal ? Une conférence discrète à la Maison des Mines ? Une messe à Saint-Denis ? Huit siècles de nation méritent quand même mieux et ils sont l'occasion de promouvoir une cause française qui commence à recueillir de l'écho dans la population, à ce que rapportent les tests d'opinions : la nation, pas si bête finalement ! Mais pourquoi s'arrêter là ?

A reprendre l'Ouvrage où la raison l'a laissé la dernière fois, on retrouve une devise révolutionnaire qui fit entrer le royaume de force dans la modernité, avant que tout ne se gâte. Cette devise était frappée sur les pièces de monnaie:

Le Roi en saint Michel
La Nation, La Loi, Le Roi

Sur le premier pilier nous avons beaucoup à dire, c'est notre spécialité, ne nous en privons pas, les milices bourgeoises rejoignirent l'Ost royal pour la première fois depuis... Bouvines justement ;
sur le deuxième pilier en pleine débâcle morale encore plus, sur une justice étique, on peut faire cent pages avec un seul verre d'eau ;
et nous saurons bien expliquer ensuite pourquoi le troisième est le meilleur serre-file.
De vous à moi, ça a plus de gueule que le triptyque actuel qui ne lie que des contradictions aux frontons du régime.

J'ai noté qu'aucun prince n'avait mis Bouvines au programme. Peut-être attendent-ils une invitation gratuite du maire de cette modeste commune si courageuse. Il s'appelle Alain Bernard, quelqu'un de bien. 1214 est aussi l'année de naissance de Louis IX (25 avril), petit-fils du vainqueur de Bouvines et saint de surcroît. Conjonction utile à la propagande ou hasard du calendrier.

Alors, une grande fête champêtre royaliste ? Avec baraques à frites et super-sono ? Tonneaux en perce. Des gosses qui courent partout. Fanions et bannières en plein vent. Un concours de tee-shirts mouillés sur Harley Davidson. Quelque sorte de Biennale Blanche aérée ! Au mois de juillet n'importe quel dimanche, il fait bon dans le Nord.

Reste à trouver un champ à rave-party dans le canton de Cysoing et un peu de logistique pour ramasser les ordures.

Entre-temps voici une petite vidéo présentant l'église du village et ses vitraux. Sans prétention, mais bien faite.

Et un opuscule très illustré du monsieur qui cause dans la caméra :
Bouvines 1214 - Une bataille aux portes de Lille de Jean-Louis Pelon, chez la Voix du Nord 2014 (diffusion Decitre 6,90€)

Billet lié : La Belle histoire du chevalier Tristan


Bonus RA

Extrait du récit à la veillée que faisait Philippe-Auguste à son petit-fils, futur Louis IX (recensé par Philippe de Villiers dans Le Roman de saint Louis) :

Ils sont plus de quatre-vingt mille combattants. Nous ne sommes que vingt-cinq mille. Regarde, Louis, en face, l'Occident tout entier s'est réuni : Jean, le roi d'Angleterre ; Othon, l'empereur ; Ferrand, le comte de Flandre. Au bivouac, ils se sont tous déjà partagé le royaume. Chacun en a pris un morceau Le choc de Bouvines fut terrible et longtemps indécis. Jusqu'au moment où se joignirent à nous les communes qui portaient l'oriflamme de Saint-Denis. Mais toute cette gent de boutiquiers et de laboureurs faisait pitié à voir, effrayée par les figures terrifiantes des animaux légendaires qui décoraient les boucliers et les cimiers des nobles Saxons. Et puis, quand le soleil se leva, je les semonçai comme le renfort qui me manquait. La force était allemande. L'astuce était française. Mes hommes, une massue à la main, m'observaient avec inquiétude, ils regardaient mon bliaud blanc et ma tunique bleue déchiquetée par une chute de cheval, mon haubert d'acier éventré. J'attendis que le soleil vînt rejoindre nos troupes et se placer derrière nous, à pic de notre arrière-garde. Alors commença l'assaut des communes qui avaient le soleil derrière elles, tandis que, dans les rangs ennemis, ils l'avaient dans les yeux. Les Impériaux éblouis, aveuglés par le jeu de reflets et d'étincelles sur les casques, cottes de maille, épées et boucliers, ne pouvaient plus avancer. Nos étendards écarlates progressaient sans cesse. Un peu plus tard, j'aperçus l'empereur, au loin, de dos, en fuite. Le retour fut triomphal. Paris chantait. Sur le parcours, à Douai, Bapaume, les moissonneurs se livraient à des transports de joie, levant leurs faux et faisant tournoyer leurs faucilles ; les jouvencelles nous jetaient des brassées de boutons d'or, etc, etc (récrit sur LLL56).

La France est née à Bouvines. Jusqu'ici avions-nous le roi et cent duchés, le roi et ses barons. Au soir de l'attaque des milices communales le pays était devenu une Nation. Rien ne serait pareil ensuite.




vendredi 11 janvier 2013

L'État proxo

Vendredi, jour du poisson et des morues. L'intérêt que portent les nouveaux maîtres du pays à nous peser fiscalement sous toutes les coutures a quelque analogie avec l'orgueil du propriétaire, courant les champs de coton monté sur son grand cheval noir, à mesurer l'ampleur du présage. Une classe politique que nous avons créée nous a mis en culture. La force avec laquelle elle défend ses positions retranchées des réalités qu'elle compte pérenniser en tirant le sang des pierres, s'apparente à du proxénétisme. La remise en perspective de la loi des 75% en est la preuve. On prend souvent la facilité de dire qu'au-delà de cinquante pour cent d'impôt sur le revenu des ménages, on entre dans un régime de type communiste. La soviétisation avérée de la République française depuis la Libération l'autorise. Le prédécesseur de François Normal, qui penchait plutôt pour les néo-cons, s'en était ému au point de limiter les contributions directes de chacun à la moitié de ses revenus. Le chiffre se calculant après clôture de l'année fiscale, il arrivait que certains contribuables se voient rembourser un trop-perçu, ce qui enrageait tous ceux qui ne heurtaient pas le dit-bouclier, se gardant bien d'expliquer aux "pauvres" que le "riche contribuable" avait quand même donné la moitié de ce qu'il avait gagné. Qui se souvient que l'impôt sur le revenu fut décrété en 1914 pour améliorer les finances d'un Etat qui faisait face à l'accumulation des périls mais que sa progressivité fut contestée alors au motif qu'elle risquait de rétablir au bas de l'échelle sociale les privilèges supprimés en haut lors de la réforme fiscale de la Révolution (Marcel Marion¹). Nous y sommes en plein. Comme le disait JC Maitrot, « le contribuable veut que l'État lui épargne des charges financières trop lourdes, mais de manière paradoxale, le citoyen (qui est aussi contribuable) entend voir accroître les prestations dont il pourra bénéficier, prestations fournies par les personnes publiques et financées par l'impôt ». Tant que le citoyen reste contribuable direct, ce paradoxe demeure un frein à la pression fiscale de l'Assemblée nationale. Quand il ne l'est plus - et la moitié des ménages ne contribue pas à l'IRPP - la population en jachère met en coupe réglée la population en culture par la simple règle démocratique, un homme, une voix.

Les perspectives financières de l'année commencée sont mauvaises d'où qu'on les tire. Les anticipations du gouvernement qui ont servi à établir le taux de prédation de l'Etat pour l'exercice budgétaire sont fausses, et les rentrées fiscales insuffisantes à dépenses constantes. S'ajoute à ce constat comptable, le drainage nié des contribuables les plus riches vers l'étranger et celui, moins effectif en termes de rôle, des jeunes entrepreneurs qui partent abriter leurs espérances sous des cieux accueillants. Fureur des proxénètes qui voient le trottoir s'éclaircir. Faudra-t-il se résoudre à terminer les subventions, les fromages, les niches, les privilèges et exonérations, et tout ce qui s'apparente à du vol légal ? On prend au travail les disponibilités nécessaires à l'entretien des oisifs et des assistés qui représentent un capital électoral considérable qu'il est avisé de transformer en clientèle. Ce capital ne diminue pas - on pensait même l'accroître par le vote étranger - et le disponible rétrécit en conséquence d'une politique hostile à la valeur ajoutée. Alors que faire ? Fermer les frontières ? Lancer la police fiscale dans les présumés paradis fiscaux pour y débusquer les émigrés ? Saisir leurs biens et les vendre à l'encan comme biens nationaux ? Ce serait loger la classe politique en châteaux comme les métayers de l'Ancien régime. Déchoir les absents de leur nationalité française ? Idiot, c'est impossible, même pour la pourriture carcérale. Reste à séquestrer l'épargne résidente. Nul n'y songe ? Alors qu'on entend régulièrement tel haut-fonctionnaire, tel ministre mettre en face de la Dette la masse épargnée par les ménages ?

On pense aussi taxer à l'américaine toute l'assiette fiscale où qu'elle se trouve au taux national, sous déduction des contributions versées à résidence selon convention bilatérale ad hoc. Pour éviter la capitation universelle des ressortissants français, il serait avisé au-delà d'un certain niveau de réussite de laisser tomber sa nationalité française ou d'en prendre une seconde. Certains l'ont fait avant Gérard Depardieu, l'idée est en chemin dans le milieu expatrié et la défaisance serait générale si une telle mesure de rétorsion passait au Palais Bourbon. Bon vent et réciproquement, la patrie s'emporte dans son coeur ; outre le fait que ses contours peuvent ne pas coïncider avec les limites de l'Etat qui l'exploite, il n'est pas besoin d'un passeport pour s'en assurer. Quand donc les hommes politiques s'exileront-ils à leur tour, laissant derrière eux leurs prébendes et l'appel à l'impôt qui les finance ? On pourrait peut-être s'en occuper ! Aux Kerguelen toujours ! L'État-nation n'a plus grand avenir quand il dévore son peuple. Toute l'histoire nous le montre.


(1) «La progressivité épargne des millions de citoyens pour en accabler quelques milliers». Cette progressivité risquait de rétablir au bas de l'échelle sociale les privilèges supprimés en haut et de rompre alors avec l'esprit révolutionnaire de 1789 (l'article excellent et complet sur l'impôt de 1914 ici).


dimanche 28 octobre 2012

Le vote étranger

Je musais l'autre jour sur FR3, mon ADSL en panne me privant d'une course NASCAR (damned !). C'était un jaculateur précipité qui recevait une Sara-Djingé en un combat inaudible de mots dans lequel j'ai perçu que "la Révolution française avait accordé déjà le droit de vote aux étrangers". Elle se référait sans doute à la Constitution de l'an I (24 juin 1793). Pour mémoire, les articles 4 et 5 de l'Acte constitutionnel disposent que :

« Article 4. - Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis ; - Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année - Y vit de son travail - Ou acquiert une propriété - Ou épouse une Française - Ou adopte un enfant - Ou nourrit un vieillard ; - Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l'humanité - Est admis à l'exercice des Droits de citoyen français.»
« Article 5. - L'exercice des Droits de citoyen se perd - Par la naturalisation en pays étranger - Par l'acceptation de fonctions ou faveurs émanées d'un gouvernement non populaire ; - Par la condamnation à des peines infamantes ou afflictives, jusqu'à réhabilitation.»

Notons en passant que le bénéfice disparaît pour celui qui change de nationalité. Cette constitution mythique, car très démocratique et moderne à l'envi, ne sera jamais appliquée, bien que ratifiée par référendum. Elle sera mise en boîte en attendant la paix qui achèvera la Révolution. C'est Thermidor qui "acheva" le travail et cessa la Terreur. La bourgeoisie régnante promulgua en 1795 la Constitution de l'an III qui réglait les affaires à son bénéfice. On y retrouve les étrangers dans les articles 10, 11 et 12 pour les exclure.

« Article 10. - L'étranger devient citoyen français, lorsque après avoir atteint l'âge de vingt et un ans accomplis, et avoir déclaré l'intention de se fixer en France, il y a résidé pendant sept années consécutives, pourvu qu'il y paie une contribution directe, et qu'en outre il y possède une propriété foncière, ou un établissement d'agriculture ou de commerce, ou qu'il y ait épousé une femme française.»
« Article 11. - Les citoyens français peuvent seuls voter dans les Assemblées primaires, et être appelés aux fonctions établies par la Constitution.»
« Article 12. - L'exercice des Droits de citoyen se perd : 1° Par la naturalisation en pays étrangers ; 2° Par l'affiliation à toute corporation étrangère qui supposerait des distinctions de naissance, ou qui exigerait des voeux de religion ; 3° Par l'acceptation de fonctions ou de pensions offertes par un gouvernement étranger ; 4° Par la condamnation à des peines afflictives ou infamantes, jusqu'à réhabilitation.»

Et les choses en restèrent là jusqu'à ce que François Mitterrand déniche ce ferment de dispute, prisé des internationalistes, pour faire grandir le Front national au détriment des partis de gouvernement à droite. Dans le Lien légitimiste¹ n°47 qui vient de tomber dans les boîtes, le fondateur de la revue demande à Royal-Artillerie de "réfléchir" de manière intéressante, ce à quoi nous ne pouvons qu'obtempérer. Notons en passant que ce n°47 reprend une contribution de Gérard-Michel Thermeau sur l'exercice effectif du droit de vote sous la Révolution, qui relativise la générosité des textes législatifs.
Que demandaient les 77 députés socialistes dans l'appel du Monde ? Que M. Hollande applique immédiatement et sans délai la 80ème proposition du programme électoral de François Mitterrand, laissée de côté pendant quatorze ans, à tous motifs machiavéliques. Aux mêmes causes les mêmes effets, le président Hollande reporte la mesure pour les mêmes raisons, il a besoin de cette écharde pour attiser le Front national contre l'UMP. Une fois celle-ci ôtée et la cicatrisation complète, la disposition extravagante de 1793 ne lui servirait plus à rien, le veau national étant sans mémoire.

Qu'en est-il au fond ? D'appeler sur les listes électorales des citoyens étrangers à la Communauté européenne pour les scrutins municipaux, au motif qu'ils contribuent et subissent au même endroit que les Français, d'une part aux impôts locaux, d'autre part la gestion communale. Mais l'argumentaire des 77 est faux :

  • le facteur "moeurs" n'est pas un motif de révision constitutionnelle (car il faut modifier encore notre constitution) et la proportion de Français jugeant la mesure utile ou juste s'est effondrée
  • palier la désaffection des nationaux dans les scrutins locaux est un leurre, l'exemple des pays voisins où la participation n'est pas obligatoire montre que peu de résidents étrangers s'inscrivent sur les listes et qu'au final moins de 10% votent
  • l'espoir caché de voir les "étrangers" renforcer les bataillons d'électeurs de gauche risquerait bien d'être déçu, beaucoup d'entre eux ne supportant ni les dérives communistes (asiatiques) ni l'avachissement des comportements sociaux (musulmans), prônés par les tenants de la libéralisation à outrance des moeurs sexuelles (ndlr : je sais des Marocains et des Chinois naturalisés qui votent FN).
  • Quant à arguer de l'alignement souhaitable de nos lois sur les préconisations du Conseil de l'Europe ou du "Parlement européen", c'est carrément risible tant qu'on prétendra que le peuple ici est souverain, ce qui est risible aussi mais sacré !



La seule "avancée" serait la justification "censitaire" de l'accès aux urnes qui, dans un pays où la moitié des ménages ne paie pas l'impôt sur le revenu, mettrait en question leur capacité à voter la confiscation des revenus d'autrui à travers leurs élus. Il ne suffit pas d'être citoyen, faudrait-il encore "exister" comme tel dans notre république !
Le vote des étrangers est donc une menace politicienne mise en musique jadis par le maître florentin qui fonda la Gauche paléolithique. Cette proposition à éclipses en restera là, comme peut-être le mariage gay qui a du plomb dans l'aile depuis que chacun commence à voir où nous conduit la réécriture du Code civil. Se lovant dans le bronze du modèle, François Hollande va jouir de ses combinaisons politiques, des effets sur la Cour d'enthousiasme et de déception qu'elles inspireront. Finalement, il faut tuer le temps.



PS : voir aussi notre billet "Agiter le tapis" où il est question de l'étranger en situation de voter, le refusant.



(1) Le Lien légitimiste
Petit-Prix
37240 La Chapelle Blanche Saint Martin
Bimestriel publié en ligne (10€) et par voie postale (24€)


mardi 24 juillet 2012

Par la France en France !


En 1942, les autorités du III° Reich avaient demandé aux pays occupés de récupérer les juifs apatrides pour les leur remettre, mais à d'autres demandes le gouvernement de Vichy avait tenu tête. La formule qui fait titre est de M. Hollande lors de la commémoration de la Rafle du Vélodrome d'hiver. Impliquant délibérément la nation française, elle n'est pas heureuse, mais nous ne l'analyserons pas au niveau sémantique. L'abomination n'en fut pas moins française, n'en déplaise à M. Guaino qui lui dispute la légitimité de pouvoirs concurrents, l'un à Vichy, l'autre à Londres, en oubliant Paris.

Décider de la légitimité d'un pouvoir en temps de guerre est particulièrement scabreux, à moins qu'il n'en sorte victorieux. Si l'on part du principe que la guerre fut déclarée par un gouvernement légitime (évidemment légal), qui le remplaça quand il disparut après l'avoir perdue ? Autrement dit, quelles sont les sources de la légitimité ?
La première de toutes est transcendentale. Mais quand on a tué Dieu, il faut bien autre chose. On cherche sa légitimité dans les yeux du souverain de substitution, qui en France est le peuple constitutionnel. A qui passa la légitimité de la IIIème République après la débâcle de 40 ? A l'applaudimètre, à l'Etat Français du maréchal Pétain sans doute aucun. Les Français n'en pouvaient plus. Ses fidèles plus tard ont regretté longtemps de n'avoir pas doublé le vote des chambres du 10 juillet 40 par un plébiscite. Le régime vichyste y aurait consolidé sa légitimité (qui en creux était donc estimée fragile).

On peut arguer aussi du fait que la légitimité n'est pas un adoubement de chevalerie à vie et donc qu'elle vient et peut aller, au gré des renoncements. Est-il possible de dire que le gouvernement de Vichy obtint légalement sa légitimité du régime précédent aussi sûrement qu'il la perdit quand il signa les accords de Collaboration avec l'Allemagne nazie ? Je le fais.
On peut donc dater l'évanouissement de la légitimité vichyste de la signature des accords Darlan-Abetz du 28 mai 1941, même si tous les corps de l'Etat continuèrent à obéir sans sourciller, n'en déplaise à tous leurs avocats qui se précipitent aujourd'hui encore à leur défense ; ils agirent sur ordre, nous dit le brontosaure de Belfort.

La Rafle intervint le 16 juillet 1942 dans le département de la Seine, donc en zone occupée. Elle est à mettre au débit de l'administration parisienne qui obéissait de loin au gouvernement de Vichy mais de près aux autorités allemandes résidentes. S'il faut désigner un coupable, il est très sûrement au Secrétariat général à la Police française et au Commissariat général aux questions juives qui ont organisé l'affaire, la main dans la main de la Gestapo de Paris.
Le patron de l'un était un ami de François Mitterrand (qui ne le renia pas), René Bousquet du même métal trempé que Papon et de la préfectorale comme lui ; l'autre était Louis Darquier dit de Pellepoix, antisémite hystérique ayant bouffé à tous les râteliers de la droite anti-républicaine jusqu'à sa caricature, et qui se plaignait dans les bureaux nazis que les gens à Vichy mettent un frein aux mesures absolument nécessaires qu'il sollicitait à l'endroit des communautés juives.
Le premier, bordé de relations à tous niveaux, traversera les filets de l'Épuration pour finir exécuté à l'ancienne, à 84 ans devant chez lui, par un demi-fou dont j'ai perdu le nom, mais qui fut défendu par Me Arnaud Montebourg pour "crime civique".
Le second, vrai salopard pathologique celui-là, s'éteindra dans son lit douillet à 82 ans pas loin de Malaga en Andalousie. Des âges avancés que si peu de leurs cibles ont connus.

Au final, quand l'histoire aura été libérée de la doxa gaulliste, on désignera comme coupables au premier degré - celui qui fait mal - le Commissaire aux questions juives et les patrons de la police parisienne assistée par la gendarmerie et assurée de la discipline irréfragable de troupes vaillantes, avec les faibles as usual ; sans dédouaner complètement les "autres" au motif du « qui ne dit mot, consent ». Et les "autres" sont très nombreux, à commencer par le général De Gaulle qui sut trouver les motifs de son indulgence dans la menace d'une "occupation américaine"(?!), puis toute la classe politique remise en selle, craignant les fouille-merde.

La brutalité ignoble des gendarmes du camp de Drancy fut passée au blanchissage de la résistance ultérieure du corps. Que la PP se soit soulevée comme un seul homme quand la victoire des Alliés fut certaine, ne peut effacer son zèle criminel sous l'Occupation. Lors de la rafle, on dut prendre les enfants en passant outre la consigne car on manquait d'hommes pour faire le chiffre prévu, ce qui ne manqua pas de surprendre les Allemands qui nous en félicitèrent. Comme Papon à Bordeaux qui lança le plan "Epervier" de l'époque pour rattraper deux fugitifs qui faussaient sa liste tapée à la machine ! On n'a jamais épuré les flics bien que le crime soit d'abord au niveau de l'exécutant primaire, contrairement à la jurisprudence faisandée qui veut que l'ordre reçu prime le coup donné.
Etaient-ils la France ceux-là ? Pas plus.




Postscriptum :
On lira avec profit cette analyse du blogue Thomas More.

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