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samedi 19 septembre 2020

Que l'Etat meure...

... et l'industrie refleurira ! 

 Ce billet est la seconde partie du Moment de l'Histoire.
Nos dirigeants, aux abonnés absents pour les questions majeures, se refont la cerise sur l'arrêt de la Bridgestone à Béthune. Nous avons tout entendu déjà depuis la crise de Florange, mais la volaille politique caquète les deux pieds dans la merde : il faut en être, ne pas laisser passer (l'outrage ou l'occasion), être "révolté", oui ça fait bien d'être "révolté". Mais il n'empêche que la filière est quand même en péril. Michelin, Continental, GoodYear ont réduit leur exposition en France. La faute aux pneumatiques asiatiques sans doute moins bons mais bien moins chers. Pourquoi le Japonais Bridgestone ferait exception ? D'autant qu'un pacte de compétitivité a été refusé par les ouvriers l'an dernier, façon de gifler le patron. Et pourtant il ne s'agissait que d'augmenter la capacité de production de 16000 à 18000 pneus/jour tout en baissant le coût de transformation. Pour ce faire, les salariés devaient passer de 32,04 heures à 34,70 heures par semaine, mais avec une augmentation de salaire la première heure de plus (source FranceInfo).
pneu Bridgestone
Vu de Sirius ou de Tokyo, quel intérêt y a-t-il à investir chez le plus mauvais élève de l'OCDE ? Et finalement le plus cher, après que l'on a consommé les aides à l'installation. Impôts de production trop lourds, code du Travail monstrueux, normes européennes augmentées par leur francisation, tracasseries administratives à tous les étages, syndicats révolutionnaires qui ne participent pas.

Sans parler du socialisme rampant d'un Etat qui envahit tout l'espace économique et se prend maintenant au jeu délétère du Gosplan soviétique pour relancer la machine qu'il a contribué à éteindre. Vu de Sirius ou de Tokyo, il est patent que l'Etat recule sur ses missions essentielles (le fameux domaine régalien en souvenir de nos rois) et ne cesse d'enfler sur le domaine économique et social. Jusqu'où l'entreprise pourra suivre le délire socialiste français ? Jusqu'à sa propre faillite ? Les Japonais ont tiré un trait sur la chimère française.

La question de la compétence de la classe dirigeante française se pose. Dans son Industrie pour les nuls, Loïk Le Floch-Prigent explique bien les ressorts de l'industrie qui fonctionne dans une vision pragmatique de la mondialisation, et sur les capacités d'entrepreneur des investisseurs, avec leur acceptation du risque en contrepartie de celle de leur succès, ce qui est loin d'être le cas chez nous. Quand on met un François Bayrou à la tête du Plan, on comprend que nous en soyons très loin.

Ceci pour dire que l'environnement politique et social n'est pas favorable au rapatriement de certaines filières, sauf dans des cas très précis de souveraineté industrielle (comme les turbo-alternateurs des centrales nucléaires), et que ce serait perdre son temps et son énergie à vouloir l'organiser. Mieux vaut industrialiser le pays sur de nouvelles bases technologiques et pour ce faire, libérer les énergies créatrices en cassant les codes et les contraintes de toute sorte. Bien sûr on trouvera à redire à Gauche, les libertés y ont mauvaises réputations (vous savez la fable du renard dans le poulailler). Et puis qui dit industrialisation dit prospérité. Quel est le carburant des partis comme des églises d'ailleurs ? La misère. La prospérité contrevient au programme, elle entame la prébende ou le magistère ; et elle pourrait donner goût au risque capitaliste ! Quelle horreur !

Mais il y a quand même plus pervers. Dans son entretien au Point, M. Le Floch fonde l'industrie sur l'homme en termes non équivoques : « Sans chef d'entreprise, pas d'industrie vivante et fructueuse. Les hommes et les femmes qui constituent le tissu industriel s'organisent en entreprises de production. Ce tissu industriel regroupe des compétences variées, scientifiques, techniques, financières, commerciales, juridiques… et chaque entité a besoin d'une stratégie, d'une vision, d'un enthousiasme en général personnifié par un chef d'entreprise qui permet à un ensemble disparate de se donner à fond pour faire réussir un projet devenu commun. Il n'y a pas d'exception à cette règle simple, elle peut choquer ceux qui défendent les coopératives ou la lutte des classes, mais ils pourront observer que les coopératives ont toujours eu besoin d'un leader et que les luttes ouvrières réussies ont débouché sur des accords patrons-salariés qui ont pu assurer le succès industriel. Sans chef d'entreprise, qu'il soit officiel ou "de fait", pas d'industrie vivante et fructueuse.» Problème ! Le dirigeant politique - qui en France n'a jamais fait que de la politique - supportera-t-il que le succès du grand chef d'entreprise lui fasse ombrage ? On l'a vu dans l'affaire Carlos Ghosn. Le patron de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi a été lâché en rase campagne dès le début de la crise par le gouvernement français. Quand on sait qu'il a osé tenir tête au gamin du Touquet qui a trafiqué l'équilibre des actionnaires au détriment des Japonais, et à l'endive de l'Eure qui contestait sa gestion des usines en France, on comprend certaines choses. Ces grands patrons à succès - ne citons que Jean-Pascal Tricoire de Schneider-Electric - surclassent les vainqueurs politiques du moment, et ont tout motif pour s'en moquer. "On" ne les aime pas !

Bien sûr le titre de ce billet est une provocation. L'Etat essentiel demeure indispensable, mais tout le lard qui l'entoure doit fondre pour libérer des ressources, même si on met au chômage des milliers de politiciens professionnels sous-calibrés. C'est mieux que de les fusiller. Et puis, va savoir, certains tenteront peut-être l'aventure de l'industrie et achèteront un jour une Bugatti... électrique ?

mercredi 7 novembre 2018

Tout en camion !

Latil TAR 4x4 1915
La guerre ouverte fut déclarée à pied, à cheval et en train. C'est sur voie ferrée que les régiments furent remontés à la ligne bleue des Vosges, l'approche de l'ennemi (sous la menace de son artillerie) se faisant à pied. L'armée française avait un charroi automobile symbolique et si le général Galliéni retourna la situation de Joffre sur la Marne ce fut en enrôlant les compagnies de taxis parisiens. De même vit-on des autobus urbains monter des renforts au front, s'y maintenir le temps d'évaluer la situation... et revenir pleins de blessés vers l'arrière.

Rapidement un grand charroi militaire devint nécessaire pour déplacer rapidement l'artillerie et obtenir une meilleure mobilité des unités en soutien. L'industrie française répondit avec ses meilleures productions. Aujourd'hui nous faisons un billet mécanique du camion Berliet à partir des photos d'époque et des planches de la Fondation Marius Berliet. A l'entrée en guerre, la marque lyonnaise était le premier fabricant de camions au monde. Il est intéressant de comprendre les choix techniques d'un camion de guerre dont la doctrine d'emploi n'est pas celle d'un poids lourd civil.

Le cahier des charges demande un porteur solide, économique et simple d'entretien à l'échelon compagnie. La maison Berliet y répondra magnifiquement, comme il en sera souvent dans le futur. Ce camion à tout faire sera un châssis-cabine de 3T5 capable d'emporter une charge utile de 4 tonnes et jusqu'à 10 tonnes avec sa remorque. Dans la limite de poids autorisée tous les composants de fatigue seront surdimensionnés à commencer par le moteur.


Le châssis BERLIET CBA



C'est un châssis échelle riveté avec tous ses ancillaires boulonnés, supports, berceaux, etc... La traverse accueillant le pédalier et les commandes par levier (rapports de vitesse, frein sur roues) est en aluminium. Elle se démonte d'un bloc.
Le châssis est posé sur quatre ressorts à lames.


Le moteur Z



Quatre cylindres en ligne bi-bloc à soupapes latérales du même côté, d'une cylindrée de 4400cm³ (réalésé ensuite à 5300cm³), bridé à 1200 t/mn par un régulateur ferroviaire à masselottes agissant sur le papillon du carburateur. Graissage sous pression et non par barbotage. Vilebrequin, paliers, bielles, arbre à cames sont plus gros que ceux des modèles civils.
Le moteur délivre 22 HP et emporte la bête à 25 km/h jusqu'au bout du monde.


La cinématique



Technique transaxle avant la date (Porsche 928, Alfa Romeo Alfetta):
Moteur et embrayage à l'avant envoyant le couple à une boîte-pont au niveau des paliers de chaînes arrière.
La boîte est une 4-vitesses (prise en 4ème) et marche arrière. Ses engrenages surdimensionnés sont en acier nickel-chrome.

La traction par chaînes Berliet est préférée à la technique Cardan plus fragile, en plus de la facilité de réparation d'un maillon de chaîne sans faire retour à l'échelon.
Le différentiel peut-être freiné (au pied) et joue un rôle de ralentisseur.

Les roues à bandage sont du modèle artillerie en 940x130 devant et jumelées en 1000x130 derrière.



Même si le CBA fut proclamé "camion de la victoire" d'autres constructeurs français livreront de bons camions militaires, Renault, De Dion, Ariès, le puissant Latil à quatre roues motrices et directrices, et on vit même des camions américains. Mais la moitié du trafic de la Voie Sacrée sera du Berliet CBA. Le modèle sera amélioré constamment pour les services publics après-guerre jusque dans les années 30. La maison Berliet en produira 40000 !

lundi 23 mars 2015

Areva ou les limites du colbertisme

Ce billet a été publié dans l'Action française 2000 du 19 mars 2015 (n°2905 p.10) sous ce même titre. Il entre en archives RA avec des liens complémentaires en bas de note qui n'apparaissent pas dans la version papier faute de place et une notice plus développée sur Hans Hermann Hoppe*.

Avec un chiffre d'affaires sensiblement constant, l'action Areva a perdu 88% en 7 ans. Ce n'est pas "la faute à pas de chance" car y fut concentré le meilleur des cerveaux français, et c'est sans doute en celà que les déboires de la filière d'excellence sont inquiétants. Le premier reproche que l'on puisse faire à l'ancienne patronne d'Areva, Anne Lauvergeon, est le fiasco technique d'UraMin. Alors que beaucoup de grands dirigeants français ont suivi un cursus de sciences molles qui les autorise à méjuger les affaires industrielles (la liste est longue), Atomic Anne, agrégée de sciences physiques par Normale Sup, est issue du prestigieux Corps des Mines et s'est donc lourdement trompée dans son cœur de métier.
Tout le reste en découle puisque la Justice examine l'alternative entre une erreur par incompétence et une mauvaise décision parfaitement documentée. Le résultat de l'instruction menée par la Brigade financière de Paris et par le juge Van Ruymbecke signalera si l'ingénieur Lauvergeon était sous-calibré pour exercer la dictature nucléaire française consentie par les pouvoirs publics en souvenir du Commissariat à l'Energie Atomique (CEA), ou si elle a cherché dans ses multiples fonctions sa propre gloire. Cette affaire est la pierre de touche qui révélera la nature profonde des erreurs d'Areva : cafouillages typiques des entreprises d'État dont le propriétaire est un buste en plâtre qui trône dans les mairies. On n'ose parler d'escroquerie délibérée et pourtant, beaucoup de millions ont circulé !

Yellow Cake
L'affaire est digne d'un roman de Gérard de Villiers. En quelques lignes, la voici : en quête de mines d'uranium à agréger au patrimoine de la COGEMA devenue Areva, la direction du groupe repère la mine centrafricaine de Bakouma qui avait été découverte par le CEA en 1958 et jugée inexploitable alors, site à moitié noyé, minerai enfermé dans une gangue d'apatite quasiment infractable, logistique ruineuse. La hausse du prix de l'uranium changeait-elle aujourd'hui le compte d'exploitation ? Aucun personnel de terrain ne le crut, mais tout l'état-major voulait acheter sans voir, ni même consulter les copieuses archives de la COGEMA. Les patrons se sont laissé rouler dans la farine par les vendeurs, une holding minière canadienne qui fit fortune dans la transaction, quasiment en faillite dans l'exploitation ! Le monde de l'uranium est un boudoir, chacun savait les permis d'UraMin sans valeur. Sauf Areva ?

Les déboires d'Areva sont typiques de la gestion étatique des entreprises publiques, la morgue passant trop souvent la raison. Que ce soit l'enthousiasme potache à la rédaction du contrat finlandais d'un EPR™ qui n'en finit plus de s'achever dans les pénalités de retard ; les présomptions arrogantes d'ouverture du marché chinois à des réacteurs de 3è génération, qui pourrait bien se limiter pour nous aux quatre unités de Taïshan, le reste du programme national étant sinisé sous licence Westinghouse à tout motif même déloyal comme la standardisation des filières pour optimiser la maintenance ; que ce soit l'agonie du réacteur EDF de Flamanville ; et bien pire, le désastre d'Abou Dhabi où pour une fois la composante politique du projet avait bien manœuvré mais que la suffisance ou l'inconstance des contractants a ruiné au bénéfice d'une technologie coréenne, tout simplement bien présentée ; nous avons touché du doigt dans chacun de ces dossiers le "détachement" d'élites techniques imbues d'elles-mêmes que rien ni personne ne pourrait critiquer. Jusqu'à ce que les alarmes hurlent ! La Cour des Comptes a signalé les ravages d'une technocratie irresponsable par nature, puisqu'elle travaille sur fonds publics, avec l'argent de tous et de personne, contrairement aux groupements anglo-saxons qui engagent sur ces créneaux des compagnies propriétaires de leurs actifs et de leur avenir, dont l'excitation à conclure tranche avec l'impassibilité narquoise des fonctionnaires français.

Réacteur EPR™ de Flamanville

Quels que soient ses diplômes, ses talents personnels et l'expérience acquise en butinant le domaine industriel de l'État, Anne Lauvergeon qui accumule partout les jetons d'administrateurs, reste incapable de mettre aujourd'hui son chéquier sur le tapis vert pour signer un milliard de dollars à la fin du tour de table. On trouve ces entrepreneurs à leur compte outre-atlantique et en Asie. Ils ne vivent pas dans l'entreprise, c'est l'entreprise qui leur sert de cœur et de poumons. Cette véritable "incarnation" de l'entreprise est invincible. Et le concept n'est pas réservé aux Américains :
Quand Monsieur Deng débonda l'énergie créatrice de la Chine épuisée par le communisme, il fit confiance à l'impatience des individus à s'établir socialement et à s'enrichir, et pas du tout à la réforme des grands combinats étatiques. La France de Monsieur Hollande n'a pas encore franchi ce seuil d'intelligence, et pour protéger le "triomphe" du secteur public, Areva sera peut-être réprimandée mais pas condamnée. Comme le dit Hans Hermann Hoppe :"l'efficacité est liée à la propriété privée pour que chacun soit incité à faire des efforts" et le même de conclure à la privatisation gagnante de l'État en ramenant un roi propriétaire puisque la monarchie est la forme la plus comptable de l'avenir du pays, pays qui n'est que le sien. En attendant, Areva a récupéré Philippe Varin, le loser de chez Peugeot qu'il a bien fallu poser quelque part puisque les Chinois n'en voulaient pas ! Il préside aujourd'hui le conseil d'administration depuis la mort de Luc Oursel il y a huit jours, éphémère successeur d'Anne Lauvergeon.



Pour ceux qui veulent creuser la mine sur ce blogue :
- Résultats du groupe
- Uramin et Areva - mine de rien
- Uramin, la synthèse d'un scandale
- Uramin, omerta chez Areva
- l'ingénieur Balkany dans le schmilblick minier africain
- Areva chez Bellaciao
(*) Hans-Hermann HOPPE est professeur au Département d'Economie de l'Université du Nevada à Las Vegas, Senior Fellow du Ludwig von Mises Institute et rédacteur en chef adjoint de la Review of Austrian Economics. Il est né le 2 septembre 1949 à Peine, en Allemagne de l'Ouest. Il a fréquenté l'Universität des Saarlandes à Sarrebruck, la Göthe Universität de Francfort s/Main et l'University of Michigan à Ann Arbor pour des études de philosophie, sociologie, histoire et économie. Il a reçu en 1974 son doctorat en philosophie et son diplôme post-doctoral (sociologie et économie) de la Göthe Universität à Francfort. Il a enseigné dans plusieurs universités en Allemagne, de même qu'à Bologne, au Bologna Center for Advanced International Studies de la Johns Hopkins University.
Outre de nombreux articles et brochures, il a publié Handeln und Erkennen (Berne, 1976), Kritik der kausalwissenschaftlichen Sozialforschung (Opladen, 1983), Eigentum, Anarchie und Staat (Opladen, 1987), A Theory of Socialism and Capitalism (Dordrecht, 1990) et The Economics and Ethics of Private Property (Auburn, 1993).
C'est le dernier venu et le meilleur supporter de la monarchie** parmi les grands esprits parce qu'il fonde sa démonstration sur du concret, un peu à la manière de Maurras. Il présente ses idées sur un site web personnel (clic) et sur les sites des instituts que nous avons cités.
(**) Royal-Artillerie : De la supériorité économique de la monarchie

mercredi 20 février 2013

Qui croit se payer l'Ours ?

Maurice Mory Taylor Jr.
L'affaire GoodYear reprend des tours avec la lettre ironique du patron de Titan Int'l Inc. à M. Montebourg, que personne ne lit dans le texte. Si ce courrier dénonce l'extravagance des positions de la CGT d'Amiens Nord, débinée maintenant par la CFDT, il se paie carrément la tête du ministre français - et ça nul ne le souligne - en faisant exploser la contradiction d'un libre-échange sans frein opposé à la légitime conservation de l'emploi industriel. Il y dit avoir claqué des millions en lobbying pour faire passer des lois anti-dumping aux Etats-Unis contre les fabricants de pneus chinois et se rit de proclamer qu'ayant réussi, c'est l'Etat américain qui en retour encaisse les droits de douane.
Quand il se dit prêt à acheter une usine indienne ou chinoise où les ouvriers sont payés un dollar de l'heure, c'est une boutade qui passe inaperçue pour les abrutis. Il veut souligner d'abord que la politique de l'OMC conduite par les occidentaux mène à ce genre de stupidité qui finira par crever les propres usines nationales du premier manufacturier mondial, Michelin. M. Montebourg est donc invité à faire des représentations auprès de la Commission européenne pour que soient dressées sans retard des barrières tarifaires à l'invasion de pneus chinois subventionnés, avant de songer à "discuter" avec un repreneur qui sera submergé par les produits asiatiques.

Nul doute que sa lettre a circulé dans les milieux d'affaires. C'est envoyé. Par une grande gueule certes ; mais pas si faux ! TITAN c'est aussi 1.486.998.000 dollars de ventes 2011 en pneus agricoles, miniers et tout-terrain, et un résultat d'exploitation de 132.173.000 dollars pour la même année (cf. comptes annuels). Nous aimerions avoir quelques grandes gueules dans son genre par chez nous. Voici la lettre originale selon le fac-simile des Echos.





February 8, 2013


Mr Arnaud Montebourg
Ministere du Redressement Productif
139 rue de Bercy
Teledoc 136
75572 Paris Cedes 12


Dear Mr. Montebourg:

I have just returned to the United States from Australia where I have been on the past few weeks on business; therefore, my apologies for not answering your letter dated 31st January 2013.

I appreciate your thinking that your Ministry is protecting industrial activities and jobs in France. I and Titan have a 40-year history in buying closed factories and companies, losing millions of dollars and turning them around to create a good business, paying good wages. Goodyear tried for over four years to save part of the Amiens jobs that are some of the highest paid, but the French unions and French government did nothing but talk.

I have visited the factory a couple of times. The French workforce gets paid high wages but works only three hours. They get one hour for breaks and lunch, talk for three, and work for three. I told this to the French union workers to their faces. They told me that's the French way!

You are a politician so you don't want to rock the boat. The Chinese are shipping tires into France - really all over Europe - and yet you do nothing. the Chinese government subsidized all the tire companies. In five years, Michelin won't be able to produce tires in France. France will lose its industrial business because its government is more government.

Sir, your letter states you want Titan to start a discussion. How stupid do you think we are? Titan is the one with money and talent to produce tires. What does the crazy union have ? It has the French government. The French farmer wants cheap tire. He does not care if the tires are from China or India and governments are subsidizing them. Your government doesn't care either. "We're French !"

The U.S. government is not much better than the French. Titan had to pay millions to Washington lawyers to sue the Chinese tire companies because of their subsidizing. Titan won. The government collects the duties. We don't get the duties, the government does.

Titan is going to buy a Chinese tire company or an Indian one, pay less than one Euro per hour and ship all the tires France needs. You can keep the so-called workers. Titan has no interest in the Amien North factory.

Best regards,

(signé)
Maurice M. Taylor, Jr.
Chairman and CEO

MMT/jb

TITAN INTERNATIONAL INCORPORATED
2701 SPRUCE STREET * QUINCY, ILLINOIS 62301
(217) 228-6011 * FAX (217) 228-3166


Pour mémoire, Titan annonçait en 2009 l'ouverture de négociations avec Goodyear pour le rachat du site d'Amiens, après avoir racheté l'usine GY de Freeport (Ill.) en 2005 :

September 23, 2009 11:21 AM Eastern Time
Titan International Inc. Signs Letter of Intent with Goodyear Tire & Rubber Co.
QUINCY, Ill.--(BUSINESS WIRE)--Titan International Inc. announces today that it has signed a letter of intent with The Goodyear Tire & Rubber Company to purchase certain farm tire assets, including the Goodyear Dunlop Tires France (GDTF) Amiens North factory. This agreement is non-binding and will be subject to GDTF’s satisfactory completion of a social plan related to consumer tire activity at the Amiens North facility, along with completion of due diligence, a definitive acquisition agreement and other standard acquisition approval requirements.

“Titan maintains its focus and specialty in the farm and off-the-road wheel and tire business,” said Titan Chairman and CEO Maurice M. Taylor Jr. “We hope GDTF can come to an expedient arrangement with the Central Works Council in France. If this can be done, the process will move forward.”

Titan fabrique déjà pour la marque Goodyear aux Etats Unis. La CGT Amiens (Michael Wamen) veut attaquer en justice au niveau mondial les accords passés entre ces deux manufacturiers. Qui va payer les avocats ?
Fermez le ban.

samedi 26 janvier 2013

Quelque chose d'incrusté dans nos échecs

une Delage D8 de 1939, motorisation Delahaye
Les résultats 2012 de nos trois constructeurs nationaux sont réputés désastreux, tant sur le Marché commun qu'au niveau mondial. Quand on les décortique, on en trouve assez vite des raisons expliquant chaque segment de l'analyse. Par exemple, Peugeot a subi un déficit de 300.000 CKD en Iran (450000 en année pleine) pour cause d'embargo américain ; le marché espagnol favorable à Citroën s'est complètement retourné (je signale en passant qu'on y trouve des Camaro IV°génération pour une bouchée de pain) ; le marché de prédilection pour Renault, la France à moins 14%, est malade de l'imbécillité de ses dirigeants qui contrent partout la voiture et asphyxient tout enthousiasme dans ce pays, et ce n'est pas le scoop de l'année, l'équipe précédente était plus arrogante encore et pas moins déconnectée du réel. Ainsi observons-nous ces chiffres qui font honte à la patrie de l'automobile :
  • marché français de Renault : -24,7%
  • marché français de Peugeot : -17,4%
  • marché français de Citroën : -17,5%
  • (tous les détails par ici)
  • marché mondial de Renault : -6,3% (2,55Mv)
  • marché mondial de PSA : -16,5% (2,96Mv)

Retour sur le futur chez l'agence Bloomberg

General Motors a mangé sa soupe sur la tête de Volkswagen l'an dernier en Chine continentale menant le train des étrangers grâce à ses mini-vans Wuling qui se sont vendus comme des petits pains ! Par contre au niveau mondial, c'est Toyota Motor qui redevient le boss avec 9,7Mv (+22%) devant le Lazare des constructeurs, GM qui n'a vendu "que" 9,2Mv (+2,9%). Si l'on s'en tient aux Européens, Volkswagen a crevé le plafond de ses records globalement avec 9,07Mv (+11%). Sur le marché chinois qui a dépassé cette année les 20 millions de véhicules vendus, les progressions sont presque ahurissantes :
  • marché chinois de General Motors (Chevrolet, Buick, Wuling) : +11% (2,84Mv)
  • marché chinois de Volkswagen (VW, Audi, Porsche) : +24% (2,81Mv)
  • marché chinois de PSA (Peugeot, Citroën) : +9% (0,44Mv seulement) (et contre les japonaises/Diaoyu)

L'amorce d'un déclin

La RCZ Peugeot en Chine
Tous ces chiffres nous indiquent que l'industrie automobile française ne joue plus dans la cour des grands. La contraction de ses marchés et la diminution de ses marges, s'il en reste, vont entraver durablement la recherche et développement, seul moteur de croissance. Si la spirale prend des tours, on sait comment cela finit : Simca, Panhard, Citroën, pour ne remonter qu'aux années soixante. PSA annonce une production chinoise de 450.000 véhicules en... 2015. Ils sont au seuil du hors-jeu.
Les surcapacités des constructeurs généralistes français ne sont pas correctement prises en compte ; à se demander si l'extinction des fabrications françaises n'est pas au programme en déroulant de mauvais résultats. Il est évident que les marchés d'Europe occidentale sont au-delà de la saturation et que les marges qui permettent de s'y battre doivent provenir d'ailleurs. Ailleurs les français y sont depuis longtemps, mais pas assez pour faire l'écart en Europe occidentale et globalement.
La soviétisation résiduelle du modèle social national les handicape certes, mais plus généralement, l'industrie automobile française subit le syndrome de l'industrie française : sous-capitalisation, banques timorées, foisonnement des règles et codes en constante "amélioration", immixtion indirecte et continue de l'Etat dans les discussions paritaires fermées, lois du travail obsolètes. Aucun de ces problèmes n'est en voie de réforme, même si le début d'un commencement annonce l'aube d'une remise en cause réciproque des partenaires sociaux. Mais à la fin sera-t-il trop tard ? Il sera intéressant de noter la réaction des patrons de la General Motors aux succès comparés de leurs marques (PSA avec), pour obtenir une vision plus globale de notre avenir. Le bruit a couru qu'ils voulaient donner Opel à PSA, la pierre autour du cou ? Détruire Peugeot c'est aussi faire un appel d'air sur des marchés exotiques que la GM peut servir !

Le Dacia Duster Delsey
Du côté de Renault, il semble que la direction s'embarrasse moins de déclarations apaisantes et que l'avenir soit carrément au-delà des frontières, les sites français ayant vocation à devenir à terme des usines de montage de pièces et sous-ensembles fabriqués ailleurs. On peut douter aussi de la sincérité du patriotisme de Carlos Ghosn qui trouve beaucoup plus de satisfactions dans la direction de Nissan au Japon que dans celle de Renault. Et on traitera une autre fois du parti-pris "Diesel" des constructeurs français aidés par une fiscalité anti-économique, qui se fracasse aujourd'hui sur la pureté de l'air !
Si ce destin d'activité tiers-mondiste devait se concrétiser - le conditionnel est mis pour être sympa - il s'agirait d'activer les meilleures conditions possibles de production en espérant conserver à côté des usines de la recherche appliquée et tout le savoir-faire de la construction de lignes de production, activité qui induit derrière elle la fabrication des robots, progiciels, machines-outils et maints ancillaires. Maître Montebourg comprend-il cette exigence ?

C'est la semaine franco-allemande

Guangzhou-Peugeot 504 Truck
Peugeot et Volkswagen sont allés en Chine à la même époque, en 1984. Ils étaient des précurseurs et avaient les mêmes atouts, des soutiens politiques du même ordre. L'un a mis de l'argent sur de bonnes idées puisqu'il en avait (des deux) ; l'autre, à niveau technique comparable et avec de meilleurs châssis¹, fut toujours handicapé par un partenaire local imposé, plus faux qu'un jeton de Macao ! A faire une connerie, "faites la vite", dit-on dans l'arme blindée-cavalerie ; l'agonie cantonaise de Peugeot dura douze ans. Avec les autorités chinoises la relation de l'un fut hypocritement attentive et efficace, celle de l'autre paradoxalement naïve, arrogante et peu réactive. Certes l'expérience acquise permit à PSA de se replacer ailleurs avec des constructeurs fiables, mais le nerf de la guerre fait toujours défaut, à chercher les dix cents qui manquent au dollar ! Ce pourquoi il faudrait arrêter l'hémorragie financière en France. Son concurrent d'outre-Rhin dégage plus de vingt milliards d'euros de résultat net au niveau groupe en 2012, de quoi creuser l'écart avec tout les autres. Deux mondes désormais.



(1) Peugeot-Canton assemblait des pick-up 504 (en photo) et des breaks 505 qu'il destinait à un usage professionnel, en ratant d'entrée le marché des taxis qui demandait des berlines à coffre, comme la VW Santana brésilienne ! Malgré l'introduction de berlines 505 sur la chaîne, l'usine GPAC de Canton a fermé ses portes en 1997 pour de multiples raisons inextricables. Peugeot reformera une joint venture avec un partenaire plus fiable à Wuhan sur un site Citroën, mais là encore avec un "vieux" modèle, la ZX. Les choses s'arrangent depuis qu'ils ont ouvert un gros bureau d'ingénierie à Shanghaï qui conçoit "chinois".

mercredi 26 décembre 2012

Boxing day à Florange

Ce billet est une commande récapitulant les billets précédents sur ce sujet. Elle est parue dans l'Action Française 2000 du 20 décembre 2012. Elle entre en archives RA le lendemain de Noël, jour férié de la St-Etienne en Alsace-Moselle (boxing day) .

Les quatre cents kilomètres à la mer pénalisent les deux haut-fourneaux de Hayange, dit-on au siège d'ArcelorMittal. Avant de poursuivre, précisons que Florange n'est que l'adresse des bureaux du site sidérurgique contesté, qui s'étire dans la vallée de la Fensch, au nord de Metz, sur un maillage ferroviaire privé exploitant 250 kilomètres de voies. Sur ce site intégré, on va du magma à la canette à boisson en partant du coke fabriqué à Serémange et du minerai aggloméré à Rombas vers les hauts-fourneaux de Hayange, qui coulent la fonte pour l'aciérie de Serémange-Erzange. Les brames passent aux laminoirs à chaud puis à froid, écrouissage, étamage à Ebange. Depuis l'arrêt de la phase liquide les brames viennent de Dunkerque, mais l'excellence est dans le train à froid dont ArcelorMittal ne veut se séparer car l'outil, qui livre entre autres les constructeurs automobiles allemands, est réputé pour sa qualité.

Ainsi que l'expliquait Serge Fuss de la CFDT après l'arrêt technique du second haut-fourneau, l'intégration complète du process, phase liquide et laminage à froid, est « un grand atout économique, car cela nous permet, par exemple, d’utiliser les gaz des hauts-fourneaux et de l’aciérie pour faire fonctionner les laminoirs. La sidérurgie est très haute émettrice de gaz à effet de serre, mais chez nous, le bilan carbone est beaucoup plus favorable qu’ailleurs : peu de transports, hormis le minerai qui arrive par voie fluviale, les expéditions qui partent par le même chemin ou par la voie ferrée, et des hauts-fourneaux qui polluent presque deux fois moins que nos concurrents, car nous maîtrisons l’injection de poussières de charbon qui freine la formation de gaz carbonique ».

Et d'autres mettent en avant que la clientèle des produits finis est à proximité, voire sur place à Florange même comme Tata-Steel Rail et Thyssen-Krupp Presta, et que la distance moindre des bassins industriels de transformation en aval amortit quand même un peu le coût d'approche des matières premières apportées de la mer.
Deux rapports ont conclu à la viabilité du site intégré : l'un officiel, établi par une commission ad hoc dirigée par M. Pascal Faure fut remis en juillet dernier au gouvernement qui semble-t-il ne l'a pas lu, sauf M. Montebourg ; l'autre, interne, déniché récemment par les syndicats, est réfuté par la direction financière de la firme qui n'aurait pas chargé la mule de tous les coûts induits qu'elle doit porter. Il y a pour le moins un gros doute. Le rapport Faure devrait être passé au crible d'un expert, un sidérurgiste (Francis Mer à tout hasard, ancien patron d'Usinor-Sacilor et ministre des finances de Jacques Chirac), sur la base des calculs faits par ArcelorMittal dans le deuxième rapport. Ce serait plus logique que de continuer la partie de poker-menteur entre MM. Mittal et Ayrault où l'on sait d'avance qui ramassera le pot.


Les HF de Hayange

On pourrait alors poser une question toute simple : pourquoi ArcelorMittal persiste-t-il à vouloir garder la cokerie de Serémange afin de fournir les hauts-fourneaux de Dunkerque qui retourneront les brames ainsi coulées aux laminoirs d'Ebange ? C'est son affaire, me direz-vous ! Mais vous tirez sur 400km le charbon primaire puis sur 400km le coke en retour et sur 400km ensuite les brames dans l'autre sens, détruisant l'économie de l'alternative. A moins que de stopper les deux hauts-fourneaux de Hayange ne sécurise l'importation de brames russes qui en 2011 arrivaient par vingt mille tonnes/mois !

Si après les deux rapports précités, il était confirmé pour la troisième fois par cette contre-expertise que le site intégré de Florange est viable économiquement, il serait alors temps de bloquer le dépeçage indien et d'exproprier l'opérateur « mondial », par tous moyens légaux, afin de conserver autant que faire se peut les bases industrielles lourdes qui nous restent, car c'est de la destruction de notre industrie dont on parle et pas que de six cents emplois.

L'affaire est éminemment politique, au sens noble. Elle devrait enthousiasmer un pouvoir socialiste ayant une affection particulière pour les masses laborieuses et démocratiques. Pas du tout. Eblouis, un peu jaloux, mais si contents d'approcher la Fortune, nos apparatchiks de province se sont laisser hypnotiser par Kaa le python du Livre de la Jungle ! Et pour apaiser les syndicats ahuris ils ont nommé le sous-préfet de Thionville(sic) "contrôleur" du développement des nouveaux processus sidérurgiques à très basses émissions de carbone (ULCOS en anglais) !

Edouard Martin, CFDT-Florange
Florange est, bien plus que Notre-Dame-des-Landes, le dossier risqué pour le pouvoir socialiste, parce qu'en matière de sidérurgie la vérité dérive au sein d'un marché libre impossible à maîtriser depuis Paris. Une seule voie, passer le projet à des professionnels de la filière aussitôt l'expropriation décidée.

L'absence criante de politique industrielle dont le ministère du Redressement productif n'est que l'alibi détesté, l'entêtement puéril d'un premier ministre robotique dépassé par les enjeux, la défiance des élus de terrain devant cette mollesse des chefs au premier choc sérieux, la liquéfaction continue de notre industrie et d'emplois non remplacés, tout concourt à lever un fort mécontentement dans le populaire qui peut emporter le gouvernement et ruiner la cohésion parlementaire. Mais la sidérurgie française vivra, faudrait-il passer sur le ventre du capital vagabond, parce qu'elle est la base même de notre renaissance !

jeudi 6 décembre 2012

Ayrault Zéro

Le zéro pensant
Mercredi, questions d'actualités au palais Bourbon. La France d'en-bas (c'est moi) entre à la Chambre par le truchement de la télévision. Question au premier ministre d'une députée de Moselle, Anne Grommerch, sur l'accord Matignon-ArcelorMittal de Florange ; rien d'extraordinaire, les questions que tout le monde se pose. Avant de continuer, précisons que cette procédure est encadrée par un règlement pointilleux ayant survécu à la sanction du ridicule ici : le temps global consacré à chaque question est de 4 minutes. Des chronomètres ont été installés dans l’hémicycle, afin que chacun puisse vérifier que ce temps de présentation de la question de 2 minutes et celui identique de la réponse ministérielle soit respecté (sic). M. Ayrault a longuement remercié monsieur le Président, mesdames et messieurs les députés, madame la députée du nouveau groupe R-UMP qui lui avait communiqué le texte de cette question avant séance par pure courtoisie ce dont il remerciait son président de groupe de lui poser la question de savoir pourquoi elle avait été informé par un grand journal du soir de la teneur des dits-accords pour la simple raison qu'il avait tenu à respecter les parties prenantes et devant recevoir les syndicats aujourd'hui même et les élus régionaux demain matin et chacun comprenait qu'il n'ait pas divulgué auparavant ces informations et caetera.
En vieux routard de l'hémicycle progressant en crabe, il a atteint la cloche des deux minutes, cloche tenue au perchoir par l'inénarrable imbécile heureux Bartolone, sans même commencer à répondre à aucune des questions posées. Questions bénignes à mon sens, j'aurais été plus "franc".
Que fait ce type à Matignon, fut ma réaction. On ne peut demander la lune et le charisme, la compétence, l'intelligence, l'empathie, le courage ou l'élégance oratoire au chef du gouvernement, mais au moins l'une ! Ayrault, à l'aune de cette liste, n'a rien ; c'est un zéro. Ses cours d'allemand devaient être un désastre d'ennui. Maire de Nantes il fut, dit-on. Autoritaire en plus, laissent filtrer ses "amis" de là-bas, c'était déjà franchir le seuil d'incompétence au principe de Peters. La lamentable affaire de ND des Landes dont les comptes ont été déjà trafiqués en est le point d'orgue. Les cadres d'ArcelorMittal qui sont venus négocier à Matignon se sont pincés pour ne pas rire quand ils ont dû s'expliquer sur le trading de quota de CO² ou le marché de la bobine mince... et à la fin tout rapporter au patron : "c'était facile, chef !".

le poker-sidérurgiste
Mittal père et fils ne voulaient pas conserver la filière chaude de Florange pour de bonnes raisons géographiques et conjoncturelles. ArcelorMittal ne dispose pas de cash pour investir dans de nouveaux procédés, et la famille ne semble pas vouloir en remettre en Europe occidentale du moins. Ils font de l'optimisation et jonglent avec les charges d'exploitation entre tous les sites européens, les subventions, quotas, crédits d'impôt, abattements divers ; ils n'ont pas les moyens d'une stratégie, surtout avec une notation "spéculative" des agences qui jugent que c'est un casino. Les Mittal¹ en bons gamblers de table sortent du tunnel politique français inentamés. Les hauts fourneaux seront éteints l'un après l'autre et la filière refroidie cédée plus tard à l'Etat dans un projet fumant de fonte verte abandonné déjà par Bruxelles. D'ici là, ArcelorMittal doit "absorber" 629 ouvriers de la filière condamnée. C'est un job pour une direction des ressources humaines affûtée, et Dieu sait qu'elle l'est. Reste la vraie question, celle de Montebourg malgré tout : l'industrialisation.

Si nous laissons fonctionner la liberté des plus forts, nous sommes en accord avec le dogme libéral défendu par la Commission européenne, mais nous allons continuer à perdre notre industrie, un peu par la mondialisation, beaucoup par la politique imbécile des gouvernements qui se sont succédé depuis 1997 et qui ont négligé le secondaire au profit du tertiaire, proclamé graal du XXI° siècle. Notre tertiaire n'a d'ailleurs pas démérité, nous avons conquis de fortes positions mondiales dans la bancassurance, mais il est aujourd'hui évident que c'est le secondaire qui fournit l'emploi de masse ; à condition bien sûr que les activités roulent librement, les nouvelles remplaçant les anciennes comme les feuilles caduques de l'arbre. C'est là que les gouvernements sont coupables : les créations ont toujours été entravées par des règles absconses et inéconomiques, parfois avec les meilleures intentions du monde, parfois à défaut de capitalistes "souchiens" dont nous avons très peu vraiment. Le MEDEF est en plus présidé par un riche marchand de vent, échappée de SciencesPo, qui n'a rien à faire là !


Alexeï Mordachov
Ce gouvernement d'idéologues dépassés ne peut à la fois réindustrialiser le pays et punir le succès de ceux qui s'y collent. Il faut être très bloqué mentalement pour articuler cette contradiction ; mais ils le sont par moment ! Au-delà de la dialectique socialiste archaïque, on peut quand même accepter que la ré-industrialisation comporte un volet conservatoire de ce qui existe déjà. Elémentaire, mon cher Watson. Les syndicats, conservateurs par nature, sont aussi sur cette ligne de défense. Pourquoi dès lors ne pas avoir tenté le coup d'accordéon de Montebourg qui reprenait de force tout le site de Florange pour le donner le lendemain au consortium CMI-Severstal, prêt à mettre un demi-milliard de cash sur la table pour rénover l'outil et partir à la guerre... à la seule réserve de la réalité constatée d'un pacte entre le belge et le russe (soyons prudent) ? Tant Alexeï Mordachov que Bernard Serin ne sont des miquets à vendre des cravates dans un parapluie devant les Galeries Lafayette comme Bernard Tapie. Ce sont de vrais industriels, de la partie, qui n'ont pas fait l'ENA, capables et... bénéficiaires même en période de crise, donc compétents.

Bernard Serin
A les voir venir - Severstal avait joué le chevalier blanc lors de l'OPA hostile sur Arcelor en 2006 - on comprend bien que les Mittal aient contre-attaqué immédiatement en menaçant l'emploi des autres sites sidérurgiques français pris comme gage dans la dispute ; mais sans être prétentieux (si quand même mais tant pis), on pouvait leur passer sur le ventre dans la phase de basse conjoncture actuelle, avec un mauvais bilan de la holding, et compte-tenu que les aciéries n'entrent pas dans une attaché-case, comme le racontent certains "experts" qui défilent dans les lucarnes. Pour ce faire, il fallait travailler au Projet avant ! Avant ? quand M. Hollande, juché sur le fourgon de l'intersyndicale à Florange, promettait l'embellie. La construction de ce Projet dépasse de beaucoup les capacités techniques du couple Hollande-Ayrault, simples apparatchiks n'ayant jamais bossé en vrai, ni misé leur bon argent dans une aventure industrielle ou commerciale. Des rentiers de la République.
On en revient au syndrome du puceau économique, terrible handicap de la France au milieu d'une crise avant tout économique et financière, deux domaines où ces messieurs qui nous gouvernement sont vraiment de mauvais étudiants.
En pleine dépression, nous avons mis aux affaires le chef-magazinier de la Quincaillerie Duluc à Tulle, excellente maison rue du Docteur Valette pour les connaisseurs.
Nous allons le payer cher.



(1) Lakshmi Mittal (le père) n'est pas un sidérurgiste indien comme le répètent des journalistes sous-informés, dont Yvan Rioufol. MM. Mittal n'ont aucune activité en Inde où les lois sociales et industrielles sont trop contraignantes pour eux. Indiens de naissance, cosmopolites de nature et londoniens par commodité.


Postscriptum de 14h30:
Le sous-préfet hors-cadre de Thionville va donc être le gendarme en charge d'Arcelor-Mittal. Pétaing, je tremble ! A moins d'en avoir une paire à sortir la brouette pour aller chercher le pain, il va se faire bouffer cru. Le cabinet de M. Ayrault aurait dû recruter un ingénieur d'affaires ayant usé sa vie professionnelle à faire des contrats en Inde, avec qui il aurait pu comprendre comment la famille Mittal allait les enkroumer.
Un Marwari du Rajasthan c'est plus subtil qu'un breton. Pour ne pas saisir le bâton merdeux de l'ULCOS ? retirer immédiatement sa soumission à Bruxelles, quasiment acceptée puisque la Commission avait mis le dossier en tête de pile et sécurisé les crédits.
Remonter un projet technologique complexe qui prendra du temps pour la tranche qui sera jugée en 2013, supputant un gel drastique des crédits sous l'impulsion des britanniques et leurs suiveurs. Revenir à la Noël 2013, désolés, mais ravis ! On a fait plus que l'impossible !
Entretemps, toute la panoplie des contretemps va être utilisée par les négociateurs réputés les plus retors au monde, du grand art ! Il va se passer chaque jour quelque chose aux Galeries Mittal ! Pauvre monsieur Ayrault, il ne pouvait pas savoir que ces salopards n'obéissent pas aux 35 heures.


PPS: on consultera avec profit le Rapport officiel de Pascal Faure sur Florange, remis au ministre Montebourg le 27 juillet 2012 (rapport Faure). Il démontrait la viabilité du site sidérurgique intégré et pressait le gouvernement d'agir vite, ce qui était beaucoup lui demander avec le mariage pour tous, le vote étranger, les repentances et vingt urgences de ce calibre.




On dit le fils plus fort que le père !



vendredi 30 novembre 2012

Parasélite (suite)

Âne Parisot
J'entendais hier matin à la radio Mme Parisot, qui est à l'industrie ce que l'IFOP est aux idées, monter sur ses grands principes contre la nationalisation Montebourg. Droit de propriété, autonomie de la stratégie industrielle, scandale... Ça ne le faisait pas. Défendre l'autonomie stratégique des entrepreneurs était mal venu dans le cas d'ArcelorMittal quand on connaît le bilan comptable de la holding ; sa stratégie perdante croise à 90° celle de notre pays et l'optimisation à outrance du tycoon londonien détruit des emplois à foison. Sa liberté revendiquée est délétère et le droit de propriété qu'avance la présidente du MEDEF n'est pas le droit romain de vie et de mort sur la force de travail. Et pourtant il est pour elle sacré ! Existe-t-il une morale supérieure à ce droit ? Mme Parisot va consulter pour nous répondre.

D'un autre côté, il faut préciser que les avantages du libéralisme économique défendus ardemment sur ce blogue, diminuent autant que croissent les oligopoles et s'éteint complètement en situations de monopole. Sauf Alzheimer, c'est du von Mises. Or l'acier européen, héritier de la CECA, est pour la filière chaude en situation d'oligopole, et de duopole en France (Saint-Gobain à Pont-à-Mousson et ArcelorMittal à Dunkerque et Fos). Va-t-on se résoudre à perdre le peu de sidérurgie qui nous reste comd'hab, ou dire un « merde » franc et massif aux experts qui se répandent sur les ondes pour nous expliquer pourquoi nationaliser en transition c'est mal ? Et si malgré tout nous le faisions !

Camaro 2012 - 400cv - 40000€
Quant saint Obama fait la courte échelle à la General Motors en prenant 60% du capital pour se porter caution explicite vis à vis de ses fournisseurs, c'est bien vu ici. En campagne électorale pour son second mandat il déclare à Colorado Springs au mois d'août dernier : “So now I want to say that what we did with the auto industry, we can do in manufacturing across America. Let’s make sure advanced, high-tech manufacturing jobs take root here, not in China. Let’s have them here in Colorado. And that means supporting investment here.” Un vrai communiste ! Mais qui détient encore un quart du capital de la GM en attendant que le cours remonte. Ce sauvetage avant banqueroute est autorisé par Madame Parisot aux Etats-Unis, mais serait scandaleux en France. Au fait, quand M. Sarkozy a préempté 25% du capital des Chantiers navals de l'Atlantique chez Alsthom et a acheté 9% de plus au propriétaire coréen pour accompagner le plan de charge à St Nazaire, on n'a pas entendu Mme Parisot crier au scandale. Qu'elle retourne à la machine à trouer les cartes IBM et laisse sa place à un industriel ; nous sommes submergés de diplômés des sciences molles à baver ci et là. Sortez l'IFOP du MEDEF, ça en devient ridicule.

S'il n'y avait qu'elle pour représenter les Nuls de France nous serions heureux, mais le dilettantisme s'acharne sur notre beau pays. Sans s'étendre sur le suicide collectif du grand syndicat politique populaire – ce scénario aurait été partout refusé comme invraisemblable - passons directement à la transition énergétique. Delphine Batho et ses six sages vont conduire le grand bavardage promis. Avec les 7 nains ç'aurait été plus marrant et Duflot en méchante sorcière. On va tableronder avec des associations de consommateurs (pour faire quoi ?), des organisations syndicales, des élus locaux, des parlementaires incontournables pour la télé, des industriels et aussi des ONG ayant la fibre écologique. Greenpeace boude parce qu'ils ne sont pas chefs de table. Plusieurs mois de débats à bailler, puis à la fin, une grande loi de programmation pour 2013-3013. Au menu, le gaz de schiste de M. Montebourg (décidément!), les centrales nucléaires et l'EPR, les ventilateurs à courant qui coûtent plus cher qu'ils ne produisent, et l'énergie solaire de l'empire pharaonique revenu.
Toutes les énergies renouvelables abordées ont un bilan énergétique inversé, aucune ne produira jamais assez de courant pour effacer l'empreinte laissée par sa fabrication, son installation et son entretien. Sans subventions, tout s'écroule. Or, à quoi se résumeront ces « travaux » ? A calculer au plus juste les subventions exigées par les Diafoirus des ligues vertes, dans un pays en phase de récession confirmée, croulant sous les dettes et fabriquant des déficits comme un cancer des métastases.

une microcentrale sur la Loire
On ne peut pas être contre une réflexion générale sur l'énergie, mais au moins devrait-elle partir sur des fondamentaux sains. Aucune énergie renouvelable sauf l'hydroélectricité n'est capable de servir l'industrie de puissance. Dont acte. Préservons donc notre parc nucléaire. Regardons plutôt du côté des ménages. Il y a certainement quelque chose d'intelligent à faire au niveau de l'habitat individuel (parce qu'il maîtrise le mieux ses consommations). Trois sources d'énergie alternative existent : l'éolien, le solaire, les micro-centrales au fil de l'eau. Couplés au réseau non pour le fournir, ce qui est proprement stupide, mais pour suppléer aux insuffisances temporaires, ces dispositifs conduisent leurs utilisateurs à une certaine autarcie, et donc les responsabilisent. Carrément répréhensible pour un Etat aussi « organisé » que le nôtre et qui a l'ambition de s'occuper de tout, du berceau à la tombe. Casser le monopole de l'EDF c'est donner les clefs de la liberté. Il n'y a plus qu'à forer jusqu'à la nappe phréatique pour s'affranchir du réseau d'eau et demander l'indépendance quant à y être. Impensable en pays jacobin. Voudrait-on aussi qu'un jour les gens pensent par eux-mêmes, télé coupée ? Rassurez-moi ! Il est interdit d'être intelligent, ça pourrait déteindre ! Que deviendrait l'élite ?


mardi 27 novembre 2012

Sans peur, pas sans reproches

Au premier abord, j'ai eu une érection mentale : que nous fait encore le bellâtre bandant ? Au second rabord, j'ai débandé. Il y a quelque chose de vrai et donc sincère dans le sort jeté à Lakshmi Mittal par Me Arnaud Montebourg. Le jetsetter plein aux as semble être sur l'orbite d'un projet de classement personnel au palmarès de Forbes, plus que dans l'ambition irrépressible d'un leadership mondial de l'acier. Riche à milliards (30 de mémoire), sa holding est endettée à milliards (23 de mémoire) et les agences de notation la classent en catégorie "spéculative". La faute à pas de chance, le capitalisme, chère médème, c'est aussi prendre des risques. Acheter des mines qui finiront en canettes c'est de l'intégration verticale. Sauf que la mine vaut ce que vaut sa matière, et rien que cela ! En période de récession, l'intégration verticale congèle la structure et les réglages ne se font pas. Le produit fini se rétreint, à l'autre bout le minerai ne paie plus la mine. Alors on bricole ; Mr Mittal qui appartient à la caste mercantile des Marwaris, a une formation commerciale et n'est pas ingénieur, il bricole ses chiffres. Il me fait penser furieusement à Bernard Tapie, fameux redresseur d'industries à dépecer.

Même s'il est désavoué implicitement par son président qui reçoit ce cher Lakshmi au château, Me Montebourg aura eu le mérite de faire exploser le consensus libéral d'auto-régulation des marchés, présentement celui de l'acier, régulation dévoyée par la capacité de nuisance de gestionnaires trop courts ou mal-intentionnés. Nulle valeur ne monte jusqu'au ciel et la croissance ne se mesure pas sur l'échelle ouverte de Richter. Aussi, capturer des coulées de fonte et des laminoirs en Europe occidentale, sur le marché le moins prometteur de la planète, comme l'a fait Mittal par une OPA hostile sur Arcelor en 2006, peut se juger comme une intention de détruire à terme un concurrent des sidérurgies low-cost émergentes, à la faveur du premier retournement de conjoncture ; nous y sommes. Et c'est ce que dit Montebourg à Mittal quand il lance : "le problème des hauts-fourneaux de Florange, ce n'est pas les hauts-fourneaux de Florange, c'est Mittal".

Dans un billet précédent, nous avions montré pourquoi le site de Florange est une "entité sidérurgique" qu'il est malaisé de découper en appartements, les uns rentables, les autres moins ou pas du tout : Le site de Florange est intégré. On entre du charbon et du fer d'un côté, on sort des bobines de tole et des canettes de l'autre. Mittal arrête seulement une partie du site, celui de la coulée à chaud. Bercy a 60 jours pour présenter à Mittal un acheteur du process ; le prix de cession sera négocié avec le repreneur présenté par M. Montebourg ! Mais quel industriel peut vendre à son conseil d'administration l'achat d'une coulée à chaud, avec deux vieux hauts fourneaux, dont le client de cette production contrôlerait le train de laminage des brames en aval ? Qui ferait le prix à qui ? Il faut être un grand dépendeur d'andouilles pour y croire. En l'état, Mittal garderait la cokerie pour approvisionner ses trois hauts fourneaux de Dunkerque qui lui retourneront des brames pour le train à chaud et laminoir de Florange. S'il cède la cokerie, à quel prix achèterait-il ce coke pour Dunkerque ? Il mettrait évidemment ces brames en concurrence avec celles que le repreneur de la coulée à chaud distraira de ses ventes, repreneur qui cherchera raisonnablement à récupérer un peu des six ou sept cents millions d'euros que lui aura coûté la mise à niveau de son achat... (source).
Il n'est pas étonnant que le nouvel acheteur (russe ?) ne puisse s'engager que sur la totalité du site, aux fins de quoi l'expropriation par l'Etat est à mon sens justifiée, même si en droit on pourra se disputer longtemps. N'oublions pas qu'il n'y a pas de capitalisme français digne de ce nom capable de suppléer l'Etat et que la nationalisation est l'arme des pays faibles, mais c'est ainsi. Il suffira de payer Mittal en bons grecs ! Notre Trésor en a plein.
"Rentable, le site de Florange est un établissement inscrit au greffe du tribunal de commerce de Nancy que l'Etat peut reprendre sans l'aval de son propriétaire moyennant indemnisation. L'idée serait une association avec un opérateur industriel, minoritaire dans le capital le temps de stabiliser l'activité. Mais l'Etat est particulièrement impécunieux. Le prix éventuel du site de Florange demeure un mystère. Sollicités, ni le ministre ni ArcelorMittal ne s'avancent sur la question. Mais la mauvaise conjoncture pousse les prix à la baisse, indique un expert" (Les Echos).

Moralement, le coup de sang du ministre est juste : couler une usine pour qu'elle n'en concurrence pas une autre en refusant de la vendre est faire peu de cas des ouvriers et de la stratégie globale industrielle du pays-hôte. Quand le libéralisme tourne au capitalisme sauvage - on y est en plein - il ne sert pas la société où il s'exerce, la seule finalité qui vaille. Seule est à prendre en compte la viabilité de l'activité sur un cycle conjoncturel, c'est oui ou c'est non. Il semblerait qu'à Florange ce soit oui (mais pas assez pour ces messieurs à gros cigares). Quant à la menace d'impact sur les vingt mille salariés français du groupe, elle est risible. Si les produits plats de Dunkerque et de Fos sont touchés par la nationalisation de Florange (on se demande comment Mittal fera ce lien), la valeur des sites diminuerait sensiblement. Leur valeur de rachat serait dès lors plus abordable et il y aurait bien plus de repreneurs intéressés par ces deux sidérurgies sur l'eau qu'on en a trouvés pour l'usine lorraine enclavée.

Pour une fois qu'un ministre français se bat, on peut tirer son chapeau. Non ?

Le point faible du projet montebourgeois est que les "managers" de son côté n'en sont pas. Les socialistes sont l'espèce la plus éloignée de la "production" qui soit. La ruse technocratique ne suffira pas, il faut aussi de réelles compétences industrielles de classe internationale pour arracher la sidérurgie française à l'ornière hindoue. Langue au chat !

Mais le vrai maillon faible c'est le volet politique qui peut faire foirer le projet d'Arnaud. Et les syndicats s'y attendent, qui n'ont aucune confiance dans la fermeté d'un président aussi irrésolu que M. Hollande. "Iront-ils au bout ?" est la seule question qui court les vestiaires. Il est parfois bon d'aller au clash, à chaud, en toute mauvaise foi si nécessaire, sans oublier les menaces collatérales déloyales. Seule la victoire est belle, elle nettoie les noirceurs car ce sont les vainqueurs qui l'écrivent. C'est hélas le contraire du tempérament temporisateur de M. Normal, son goût du consensus, ce compromis a minima dont le Ciel nous a punis.
Si les choses s'étaient arrangées ce soir à l'Elysée, sur le dos des ouvriers comme à Gandrange, on aurait pu prévoir de grandes secousses politiques attisées par la énième reculade socialiste ; les communistes y sont prêts, capitalisant sur le mécontentement général et sur la cure d'austérité prussienne. Les écologistes ne pourraient pas se laisser distancer et l'aile gauche du PS se détacherait de chacun des deux groupes parlementaires au Sénat et à l'Assemblée nationale. Il faudrait beaucoup de bagout corrézien pour rattraper ça. Ce n'est pas fini, il reste encore trois jours.


Postscriptum: Sapin (ministre du travail) juge la nationalisation hors de saison. Ca le ferait vraiment ch... que le chien fou Montebourg règle un dossier social pourrissant dans ses tiroirs mais qui lui appartient. Les ouvriers ? C'est secondaire, a dit Terra Nova.

Terminons sur la provocation du maire de Londres, Boris Johnson. En tournée de promotion à New Delhi, sans son coiffeur, il a appelé les Indiens à rejoindre sa capitale économique et financière plutôt que de perdre leur temps en France, oubliant que ce ne sont pas les états-majors qui coulent l'acier mais des ouvriers et que la sidérurgie anglaise est au main des Indiens de la Tata Steel qui ont le même logiciel prédateur que Mittal Steel. Le reste est aux Séoudiens de l'Al-Tuwairqi Group (Thamesteel) qui ont fait un coup d'accordéon en janvier dernier pour éponger leurs pertes à moindre prix. Si d'appeler ces chiens est patriote, alors M. Johnson est inégalable en humour


samedi 24 novembre 2012

Force restera à la loi


Les squatts ont été cassés hier. Le bétonnage du bocage se fera, ainsi l'a proclamé M. Normal du haut de ses hésitations définitives, au motif de la virilité bafouée du Premier ministre en charge et conjointement promoteur de cette connerie majuscule : l'aéroport Notre Dame des Landes. Notre distingué lectorat, rebuté sans doute par le détail des chicayas d'aménagement technocratique du territoire qui datent de cinquante ans déjà (1965), mérite une synthèse : Les 1650 hectares, condamnés à flatter l'orgueil de M. Ayrault pour les deux générations qui viennent, permettent d'abord de libérer 600 hectares de promotion immobilière en périphérie immédiate de la grande ville de Nantes, occupés par l'aéroport actuel sous-utilisé : Gatwick¹ trafique dix fois plus d'avions sur la même emprise au sol ! Mais qu'importe ! Les élus de terrain vont y gagner deux fois, sur les travaux du nouvel aéroport et ses accès, sur les travaux d'urbanisation. Dans "urbanisation" il y a "urba", un savoir-faire certain.

Le Grenelle de l'environnement avait décidé le gel de tous aéroports en France, ce qui se justifiait entre autres considérations écologiques par une anticipation de croissance faible dans un pays saigné à blanc par la mondialisation qu'il n'a jamais su affronter. Dont acte, à l'exception notable de la dérogation que M. Fillon, prédécesseur de M. Ayrault à Matignon, avait donné à ce dernier par solidarité régionale puisque le morne et le triste sont tous deux des Pays de Loire. Place dès lors aux bulldozers ! Et qu'on ne vienne pas dire que les crédits pour les infrastructures d'approche n'existent pas, et n'existeront sans doute pas si l'on compte sur un soutien européen à budget fixe, parce que ce n'est pas le sujet. Ne pas tout mélanger non plus !


Dans un pays très décrié pour sa politique sociale, on tire d'abord les routes, les trains et les bus vers le grand chantier de la ville nouvelle, après avoir enfoui les câbles d'énergie et de communications, ce qui en permet l'accès facile aux ouvriers, aux camions et tous engins pendant les travaux, puis aux habitants qui vont y venir ! C'est la Chine, beurk ! ND des Landes est un projet de 580 millions d'euros au départ (source Le Figaro). Les approches (voie rapide à grand débit, train-tram et/ou LGV vers Rennes) coûteraient dans les trois milliards en plus. Les génies de la Loire n'en ont pas la queue d'un.

Il est proprement sidérant de voir des infrastructures de développement lourd et pérenne comme le canal Seine-Nord et le port logistique au confluent de l'Oise (clic), annulées au profit d'un sursaut d'orgueil dans un cul-de-sac. L'avenir est sur l'eau, plus besoin de transporter la viande qui contient les idées comme avant, il y a maintenant Internet pour échanger intelligence et sympathie, même si la chaleur humaine n'est pas encore électronique. Le monde est en révolution et donc en désordre ; il faut privilégier la cohérence d'une politique nationale, et ce gouvernement à juste titre veut ré-industrialiser notre pays d'ingénieurs. Alors faisons-le avec les moyens disponibles et cessons les dépenses somptuaires à la gloire d'édiles sous-calibrés. Apparemment notre petit prof d'allemand n'est pas branché au bon voltage ; mais de ça nous n'avions plus de doutes au bout de six mois d'une besogne laborieuse et stérile à la fin.




(1) Que dire de Kai Tak, l'ancien aéroport de Hong Kong sur 350ha (mais avec la piste réclamée en plus sur la baie, d'accord) qui deux ans avant son transfert à Chek Lap Kok (6/7/98) passait 29,5 millions de passagers et 1,56 millions de tonnes de fret commercial. Certes, ce n'étaient pas des miquets dans la tour de contrôle et tout au sol s'évacuait à grand débit faute d'espace de stockage. Avec seulement 3246112 passagers (2011), Nantes-Atlantique a encore de la marge si on veut bien travailler plus.

mercredi 21 novembre 2012

Areva ==> Chine, danger !

C'est à juste raison que les syndicats du groupe français Areva redoutent leur submersion par la China Guangdong Nuclear Power Holding Co. Ltd. Selon Challenges, le protocole d'accord préliminaire entre cette entité publique chinoise, qui exploite déjà des réacteurs français, et les groupes EDF et Areva prévoit des transferts de savoir-faire des segments chauds, puisque c'est ce qui intéresse d'abord les patrons chinois. La chaudronnerie et le béton nucléaires, ils connaissent.
Sauf si le réacteur de troisième génération dont la technologie sera transférée était construit sous licence domestique exclusive de territoires extérieurs (voir ci-dessous l'état du marché), il est presque sûr que nous nous trouverons dans dix ou quinze ans en concurrence avec des sociétés nucléaires chinoises dans les appels d'offres internationaux émis par l'Amérique latine, l'Afrique, voire même dans la zone OCDE, comme on l'a vu déjà sur le Golfe persique avec les Sud-coréens. Nonobstant le fait que d'autres peuvent aussi leur transférer de la technologie chaude, et sans tenir compte d'un lâchage d'EDF de l'industrie française faisant avec CGNPC le coup de Serge Tchuruk chez Alcatel, qui décida d'expatrier toute la fabrication. Des détails indispensables dans La Tribune du 29/05/2012 (Marie-Caroline Lopez).

AP1000 n°1 de Sanmen
Certes, le marché domestique chinois est énorme, à la hauteur des besoins exprimés et anticipés par la deuxième économie mondiale, et n'en déplaise à nos écologistes de croisière, l'énergie nucléaire est la seule à relever le défi. Ce qui n'empêche nullement les pays des piémonts himalayens d'équiper leurs pentes de centrales hydrauliques et de couvrir leurs déserts de fermes solaires, mais ça ne suffit pas. Au plan stratégique - vu que les questions de terreur atomique sont déjà actées pour la Chine et l'Inde - la future production nucléaire d'électricité soulagera la demande excédentaire sur les autres sources d'énergie et contribuera fortement à la réduction de la pollution atmosphérique de ces empires à charbon.
En 2007, un contrat a été signé entre Areva et la CGNPC pour deux EPR à la centrale de Taishan. Mais à la centrale de Xianning, CGNPC construira deux réacteurs AP1000 de Toshiba-Westinghouse (génération III+) avec un fort coefficient d'intégration locale. Quatre AP1000 sont déjà en construction à Sanmen et Haiyang pour CNNC et CPI respectivement (deux autres sociétés chinoises). Au moins huit autres AP1000 sur quatre sites suivront ; et derrière eux s'en planifient trente de plus, en améliorant chaque fois le coefficient d'intégration.
Les Chinois jouent à la perfection des attentes concurrentes de leurs partenaires obligés, surtout quand l'un d'eux est sensiblement en désordre. Il s'agit bien sûr du club infernal EDF-GDF-Suez-Areva-Vinci qui a fait des "étincelles" à Abou-Dhabi.

Dans dix ou quinze ans, M. Montebourg ne sera plus aux affaires, aussi la perte d'avantage de la filière française et le contrecoup submersif attendu ne l'empêchent-ils pas de dormir, puisqu'on ne l'entend pas sur ce dossier qui est en négociation depuis un an, nous dit le président d'Areva, Luc Oursel. C'est qu'à sa décharge, il vient de se faire larguer par sa copine qui ne le supporte plus après tant d'années de lutte pour l'indépendance. Il doit ranger le désordre de son coeur. A moins que dans ce dossier comme dans celui de Peugeot, d'Arcelor-Mittal ou de Sanofi, M. Montebourg, qui ferait un mauvais coiffeur, n'y comprenne toujours rien.

La France dispose encore d'atouts, avant qu'elle n'en crée d'autres par la recherche fondamentale et appliquée indispensable à notre survie, et parmi ces atouts - aéronautique, astronautique, missiles, ferroviaire, agro-alimentaire, luxe, télécoms, biochimie, bancassurance... - il y a la technologie nucléaire "maison" qui affronte les meilleurs. C'est un diamant plus gros que le Youkounkoun. Parler de patriotisme industriel et laisser négocier pareils échanges sans contrôle d'une intelligence supérieure serait stupéfiant. Malheureusement c'est déjà arrivé !

un EPR de Flamanville



Sans préjuger des réponses adroites que la direction d'Areva prépare, je conseillerais humblement aux délégués syndicaux de l'assigner en justice immédiatement en déposant un recours en référé devant le Tribunal de grande instance de Paris, parce que les textes officiels sont toujours en retard sur les décisions verbales actées dans des memorandum of understanding séparés, établis au fil des négociations. Faudra-t-il encore comprendre le texte du protocole actuel qui peut être limpide, ou réserver les précisions "ennuyeuses" dans des annexes pas toujours disponibles ou finies. C'est un travail de professionnel des contrats d'ingénierie. Si les Chinois négocient le transfert de l'EPR depuis un an, les syndicats sont déjà en retard, pour ne parler que d'eux. Le ministère en remorque de la bandaison industrielle, c'est sans intérêt ! Sur les quinze réacteurs en production en Chine, six sont français (source AIEA compilée Wiki pour la suite).

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