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jeudi 2 décembre 2021

Vœux 2022

Meilleurs vœux aux aînés de France

serpentins
C'est une position particulière dans une fratrie que d'être premier né. S'il en va différemment chez les princes et les manants, les aînés d'où qu'ils viennent portent sur leurs épaules une charge dont les suivants se délestent, celle de décider sans ouvertement compatir, de trancher au plus juste, puis de partir les premiers si la nature est douce aux poursuivants.

Eugénie de Bourbon en famille
- Eugénie de Bourbon en famille -

Longue et belle vie à Eugénie de Bourbon née le 5 mars 2007 à Miami et à Gaston d'Orléans, son cadet de deux ans, né le 19 novembre 2009 à Paris. Si les circonstances devaient les appeler un jour à de hautes fonctions, qu'ils puissent remercier leurs parents de les avoir formés à tenir leur rang, c'est le message que nous passerons ce soir.

Eugénie est certes plus une "menace" pour la couronne d'Espagne qu'elle ne le serait pour celle de France si d'aventure ce pays revenait à la monarchie... Et Gaston peut être appelé lui-aussi.

Gaston d'Orléans et sa fratrie
- Gaston d'Orléans , son frère et ses soeurs -

Souhaitons à l'un et à l'autre et bien d'avance, d'y être prêts. En attendant d'être grands (façon de parler, sur les photos récentes Eugénie dépasse déjà sa mère), qu'ils profitent chacun de tous les instants au sein d'une famille aimante qui les soutiendra dans leur éducation, et qu'ils laissent à l'avenir l'accomplissement de leur destin.

Au seuil de sa dix-huitième année, Royal-Artillerie souhaite une meilleure année 2022 aux royalistes de France, qu'ils voient avancer vers eux leurs espérances comme avançaient jadis les étendards du roi !





[1992°]

mardi 10 avril 2018

Des singes et des rois

Une anecdote montée en graines de haine sur le parvis de la cathédrale de Palma de Majorque au sortir de la messe de Pâques m'a rappelé la réflexion d'un conférencier de la Restauration nationale dont j'ai perdu le nom, qui soutenait que les monarques constitutionnels d'aujourd'hui n'ont d'autorité que celle concédée par l'opinion. D'où la mise en scène soignée de leur vie publique et les précautions morales de leur vie privée, quoique il y ait des pertes en ligne à cet égard. Le job est plus difficile aujourd'hui que sous Louis XV...

La famille royale presque au complet (il manquait les infantes de la première génération) assista à la messe pontificale de la résurrection aux îles Baléares. Un peu d'énervement entre la belle-mère et sa bru pour un cliché imprévu a déclenché les hostilités sur les réseaux sociaux espagnols et jusque sur le site français Noblesse & Royautés de Régine Salens (clic). Depuis lors, image oblige, les choses se sont calmées puisque la famille tout sourire est allée avant-hier dimanche réconforter Juan-Carlos à l'hôpital Moraleja pour le remplacement de sa rotule droite.

Sans entrer dans le débat des classes sociales, se pose la question des abdications. Tout simplement. De mémoire, ce sont les souverains néerlandais qui ont inauguré la mise à la retraite d'un monarque vieux au bénéfice d'un jeune successeur, disposant de la santé et d'une meilleure télégénie... C'est peu dire l'embourgeoisement de la fonction qui dévoile surtout que le poste et le business y attaché relèvent plus du management à la Jacques Séguéla que de la transcendance, même si dans les deux cas la Rolex est règlementaire.

Il faut maintenant se mettre à la place des titulaires : plaire ou mourir est l'affaire de tous les instants dès que l'on sort des appartements privés. Autant dire que régner aujourd'hui est sans doute sur terre le dernier job à plein temps de douze ou quatorze heures par jour... sur 365 jours. Une lutte quotidienne contre l'humeur, les humeurs, la méforme, peines et joies contenues sans jamais parler du chagrin. Il faut être chaque jour impeccable, les souverains sont guettés, épiés, vilipendés, applaudis par une foule hystérisée qui a compris son pouvoir. On peut comprendre que les réglages de leur vie familiale soient très fins et que la mise en musique des relations publiques doivent s'apprendre tôt dans une famille royale.

C'est le handicap de Letizia Ortiz, reine consort d'Espagne, d'extraction modeste mais intelligente et courageuse (Wikipedia), à qui le peuple espagnol reproche plus qu'elle n'en doit ! Et ce désamour entretient la guerre à la roture jusque dans notre République. Nous citons ci-dessous l'ire de Charles, thuriféraire quotidien du "dauphin" d'Orléans, dans un commentaire donné chez Régine Salens à propos de l'incident de Palma de Majorque :

Cette épisode navrant à l’intérieur même d’une église le jour de Pâques montre le vrai visage de Letizia, une femme autoritaire, arrogante et pas sympathique pour un sou.
Les gestes déplacés de la bimbo bombardée Reine d’Espagne envers la véritable Souveraine, celle qui incarne toujours la monarchie éternelle aux yeux des Espagnols, sont minables.
Je plains de toute mon cœur l’actuel Roi qui doit supporter au quotidien l’autoritarisme et les vilaines manières d’une épouse obsédée uniquement par sa personne et son image.
Letizia n’intéresse en Espagne que les fans de starlettes qui décortiquent à chacune de ses apparitions ses vêtements, ses chaussures, ses extensions et ses derniers délires chirurgicaux.
Ni les monarchistes ni les républicains n’ont de respect et d’affection pour cette femme auto-centrée sur elle alors que Sophie était respectée par le peuple.
Une monarchie où la Souveraine se comporte d’une si vilaine manière n’a plus lieu d’exister. En épousant Letizia, Felipe a fait une grave erreur, il le sait aujourd’hui mais le mal est fait. (Charles - 5 avril 2018 @ 8h42)

A lire ce texte, on comprend qu'un léger faux-pas (et encore !) va condamner la monarchie espagnole aux yeux des imbéciles, même si les Bourbons d'Espagne sont plus exposés que d'autres familles régnantes par l'histoire. Charles-Quint avait eu maille à partir avec les Espagnols qui le voyait comme un étranger et se soumirent avec beaucoup d'arrière-pensées. C'est depuis le triste règne de Carlos IV (1788-1808) qui prit sa position pour une rente, que les Bourbons d'Espagne rencontrèrent des difficultés similaires au sein de la nation espagnole. Ils proviennent du royaume centralisé de France et furent incités à répliquer le modèle d'origine quand c'était possible. Or, contrairement à la France, le royaume d'Espagne est une fusion de royaumes égaux dont les sujets restent fiers de leur diversité. León, Aragon, Castille, Navarre sont pairs et seules les nécessités les agrégèrent. Reste une zone méridionale apparentée à l'Afrique qui, n'ayant pas les antécédents du nord, finalement sera la plus espagnole de toutes, l'Andalousie. Pour résumer, la monarchie actuelle est fragile par construction, d'autant qu'elle a été donnée ou rendue (comme on veut) à l'Espagne par le dictateur Franco.

Si donc c'est si compliqué, la moindre des choses serait que le couple royal qui a abdiqué pour déficit du modèle moral convenu, laisse les jeunes s'organiser à leur manière et ne les encombre pas de leur participation, et caprices parfois. On ne reste pas sur scène quand la pièce est finie, surtout quand on ne peut pas applaudir le metteur en scène ni chanter Cara al Sol ! Quoique à défaut, El Novio de la Muerte fasse l'affaire. Pause :



Malaga 2016


La vraie question est de savoir si la fonction est entamée par le marketing. Les monarques constitutionnels incarnent la nationalité, conseillent le gouvernement, arbitrent les crises politiques et pour certains, promulguent les lois. L'effet d'un scandale (il n'y a pas eu de scandale à Palma de Majorque) se mesure à l'aune de l'indulgence dont bénéficie naturellement le titulaire. On a bien vu lors de l'accident mortel de Diana Spencer que le capital de sympathie des Anglais pour la reine Elizabeth II avait fondu parce qu'elle n'avait pas pris en compte l'émotion populaire en laissant flotter haut les couleurs britanniques sur ses palais. Elle dut rapidement amener l'oriflamme et organiser des obsèques royales comme si l'ex-princesse était toujours sur le payroll de la Firme.
En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, elle était devenue une reine hypocrite sans cœur, préservant les égarements extra-conjugaux du prince de Galles condamnés déjà par l'opinion, à un point tel qu'aujourd'hui encore il y a consensus au Royaume-Uni pour passer le sceptre à son petit-fils William au prétexte que Charles sera trop âgé à la mort de la reine, et que sa nouvelle épouse ne convient pas, ayant été la maîtresse du prince marié et co-responsable du désastre Diana Spencer. En fait, ses sujets reprochent à la Reine d'avoir provoqué par son indulgence filiale les frasques amoureuses de Diana qui, dans une famille de riches rastacouères qu'elle n'aurait jamais dû fréquenter, l'ont conduite à la tragédie du tunnel de l'Alma.
En Espagne, l'accident de chasse à l'éléphant du roi Juan-Carlos, ajouté à son vagabondage extra-conjugal (le roi aux 5000 maîtresses, a-t-on écrit), l'ont conduit à l'abdication par retournement de l'opinion. En Suède, Charles XVI Gustave fut un moment en difficulté à cause de sa vie de playboy - il accéda à vingt-sept ans ; il s'est rangé des voitures ensuite mais ses pouvoirs ont été diminués entretemps au Riksdag par manque de sérieux du titulaire !



Quand on milite pour le retour du roi en France, ce n'est pas pour installer le meilleur management possible de l'image royale sur papier glacé. Militer est une démarche rationnelle, construite patiemment, qui promeut les avantages explicites d'un autre régime politique. L'affect populaire qui sous-tend la conversation permanente du monarque et de ses sujets est souvent négligé à ce stade, même si le charisme du champion est mis en avant entre deux démonstrations définitives. Et pourtant c'est un élément essentiel de la restauration du roi parce que la conversion du pays ne pourra éviter le plébiscite, avant ou après. Le fameux sacre de Reims ne pourra se faire sans lui, et même à regret, le roi devra avoir la gueule de l'emploi.

Si nous laissons vieillir tranquillement notre "prince de Galles à nous" au milieu des aquarelles et des ordres de chevalerie recréés, observons que les jeunes prétendants en lice soignent leur image familiale jusqu'à parfois se mettre eux-mêmes en scène, comme le font à Dreux les Vendôme. A cet égard, Anjou est plus économe de relations publiques et protège de près ses trois enfants. Comme la reine Letizia le fait avec ses deux filles !

C‎eci nous éloigne un peu de la lieutenance du Christ sur terre et ses écrouelles, mais sauf désintégration du noyau atomique, c'est un monarque constitutionnel du modèle boréal qui risque un jour de régner en France. Certains en seront dépités, d'autres penseront que c'est un bon début, plus nombreux seront ceux à y voir un achèvement. Alors attention, messires, au déficit d'image et gardez-vous de vos amis !



L'ainat et ses enfants à l'école

lundi 8 août 2016

Au jeu de rôles des maisons


François d'Orléans entre ses frères Eudes et Jean
Le Landerneau royaliste a été secoué comme un prunier par les dernières dispositions testamentaires du présent comte de Paris, Henri duc de France et chef du parti d'Orléans. Il remet à sa mort les clefs de la maison entre les mains de son fils aîné François, lequel ne saurait les recevoir de par une attaque de toxoplasmose congénitale qui l'a privé d'intelligence et de parole. Qu'à cela ne tienne, son frère cadet, Jean duc de Vendôme, mandataire judiciaire à la protection du dauphin François, assurera la régence, assisté d'un conseil où siégeront ses oncles et deux personnalités de la société civile. Pour les actes quotidiens du dauphin incapable, le duc de Vendôme continuera à agir comme son tuteur auprès des administrations. Pour ses actes dynastiques, un conseil de régence (et non le seul duc) sera compétent. La première conséquence n'est que de prestige, le titre de la maison d'Orléans le plus connu des Français, comte de Paris, ne passera pas sur la tête du prince Jean. La seconde est que les titulatures à venir - première activité d'un chef de maison déposée - seront retirées au prince Jean qui devra obtenir une majorité au conseil. En fait, il est dépossédé des pouvoirs de sa charge et n'en conserve que le fardeau.


A quoi tout ça nous mène-t-il ? A rien !

Henri VI d'Orléans
Si le défunt comte de Paris (†1999) pouvait couver l'espérance d'une restauration monarchique succédant au président Charles De Gaulle, les atermoiements, le flou artistique de sa position, la conviction de l'obsolescence de la monarchie puis la disparition de celui-ci facilitèrent la reprise en main de la République par la banque, la forge et la franc-maçonnerie qui anéantit tout avenir à la branche dynastique qu'il commandait. Le cri de Pompidou à l'évocation d'une candidature d'Henri d'Orléans à l'élection présidentielle de 1969 est explicite : « Et pourquoi pas la reine des gitans ?». Au soir de sa vie, le comte de Paris en sera désespéré au point de se retirer chez sa gouvernante dans un pavillon Phénix au fond des bois à écouter chaque jour la valise RTL. Sans doute le silice qu'il s'imposait pour avoir échoué ! A sa mort, les conditions d'héritage, les captations malhonnêtes de tiers, le séquestre des biens par une fondation, le désordre de la fratrie, ruinèrent l'édifice dynastique et la considération qui emportait encore l'adhésion de beaucoup de Français.

Henri VII d'Orléans
Henri VII, comte de Paris, s'essaya un temps à revitaliser la réflexion monarchiste mais à peu d'effet et de dépenses, et son fils Jean, duc de Vendôme, s'y attela à son tour avec pas plus de succès ni d'argent. Il faut dire que le vivier royaliste français ne croît pas, et que les légitimistes partisans du duc d'Anjou s'y comptent pour plus de la moitié de l'effectif, et que plus généralement l'Opinion est rebutée par la saga d'Orléans. Quelques vilaines affaires faisant les unes de la presse à scandales, déconsidérèrent les titres dits de courtoisie dont la famille s'était parfumée à foison, à quel bénéfice, je l'ignore encore, ceux-ci n'ayant rien rapporté ni en emploi, ni en entreprise, pas même en aventure. A part quelques modestes salariés, la famille nombreuse est en position de rentiers mesurant a minima la valeur ajoutée qu'elle devrait procurer au pays.


A quoi "joue" donc le duc de Vendôme ?

Duc de Vendôme Jean d'Orléans
Jean-Carl d'Orléans est le successeur désigné du défunt comte de Paris qui le préféra à son fils Henri lors du millénaire capétien de 1987 et l'adouba dauphin du Viennois l'année de sa mort en 1999. Il accepta (à tort à mon avis) et entreprit d'assumer la charge parallèlement à son père qui n'abdiqua jamais. Les relations furent toujours mauvaises entre eux depuis l'abandon du foyer princier en 1974 qui motiva l'exécration comtale. Jean d'Orléans a 51 ans aujourd'hui et n'est toujours pas établi fermement dans la vie. Il demeure au domaine royal de Dreux en "sous-location sans titres" d'un bail de villégiature octroyé à sa mère par la Fondation Saint-Louis qui gère la succession immobilière du défunt comte de Paris. Ses occupations de gérant d'un groupement forestier en Thiérache laissent et prennent du temps mais brident surtout ses ambitions professionnelles, s'il en a, après de longues études supérieures montrant de réelles capacités. Après avoir parcouru le tissu économique français dans des réunions publiques qui diffusaient sa pensée et rappelaient son existence, il a recentré sa joie de vivre sur sa famille de quatre enfants et ne parlent plus que d'eux, sauf réaction intempestive au conseil de régence créé par son père. Il donne l'impression d'attendre la disparition de celui-ci pour réaliser son projet de promotion de la maison d'Orléans sur la voie d'une restauration monarchique dans l'esprit de Juillet. Une Académie de Juillet devait être fondée par Eudes et lui en 2009, mais les années passent et passe avec elles la pugnacité nécessaire à réussir ce que son grand-père avait tenté. Manque déjà l'écho de ses prétentions dynastiques dans l'Opinion, manque l'argent en abondance dont disposait le vieux comte. C'est en vérité un travail de titan qu'il choisit : crédibiliser la monarchie et sa propre prétendance ! Et finalement, sauf un groupe de courtisans impécunieux et un bon millier de sympathisants en admiration gratuite qui ne sont pas d'un grand secours, il est seul à la barre.


Conclusion provisoire

L'enjeu politique ambitieux est écrasé par le néant des moyens. C'est le dilemme éternel des royalistes depuis que la couronne britannique a cessé de les financer. Les princes ne sont pas idiots au point de rêver à un futur de roi sur une base aussi étriquée en finances et en effectifs. Pensent-ils sérieusement que le Congrès appellera l'un d'eux en cas de crise institutionnelle gravissime ? C'est la fenêtre d'opportunité préférée des royalistes. Sont-il déjà formés (et entraînés) à l'emploi ? Ont-ils un projet praticable au départ, le lendemain matin à 7 heures ? Sont-ils entourés de compétences lourdes qui se saliront les mains pour eux, ou seulement de perruques poudrées tentées par le décorum ? Autant de questions qui convoquent une évaluation sérieuse des réalités.
On n'y est pas encore, mais cela peut venir avec les générations montantes qui, dans le nanomonde auquel ils accèdent, se foutront pas mal des titulatures, ducatures, comtatures et autres embellissements carnavalesques d'un chemin plein d'épines qu'il faudra malgré tout monter pour le bien peut-être, et la survie certainement, de notre beau pays de France dont ils pourront alors porter le nom. Il s'agira de héros ! Vienne ce temps !


Gaston d'Orléans

 

En attendant l'embellie, on lira avec profit l'entretien accordé par le comte de Paris au journal l'Action française 2000 le 13 juillet dernier et publié dans le numéro estival du 4 août 2016 en cliquant ici. Cette prise de position a été relayée par Le Figaro du 6/8/2016.


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lundi 5 octobre 2015

Spécialités du pentagone du prince

Dans un premier article [Le Pentagone du prince] nous nous sommes permis d'énoncer quelques spécialités utiles à la formation d'un prince accédant. Certains parmi nos lecteurs ayant demandé des éclaircissements, ces cinq spécialités sont aujourd'hui un peu plus développées ci-dessous :





* Finances internationales immergées, marchés denrées et matières

#1. Les finances immergées et les marchés denrées-matières sont des spécialités dont la compréhension n'est accessible que par les back-offices des banques ou par les salles de marché des maisons de trading. Leur influence est considérable sur les paramètres politiques, certains disent que l'essentiel du pouvoir y gît.

A s'en tenir aux finances immergées, signalons que les "finances au noir" brassent soixante-dix trillions (mille milliards) de dollars par an (fourchette de l'estimation de ses acteurs : 65-75). Les produits financiers dérivés capturent sept cents trillions de dollars, soit le PIB mondial puissance 10. Côté titres, la bourse en chambre noire de compensation absorbe environ un sixième des transactions (ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on compense avant bourse comme les pêcheurs font la "criée" en mer avant de débarquer le poisson). Ces transactions sont par définitions "préalables", elles induisent des effets sur les marchés de plein vent ! Ceux qui veulent creuser la question en français peuvent cliquer ici sur le shadow banking de Henri Lepage.

Les exécutifs des grands pays connaissent ces données sans toujours les comprendre à l'exception de Cameron, Xi Jinping et Obama. Un prince incapable de participer à ces mécanismes (même s'il n'en joue pas) est un prince d'opérette. Il semblerait que les lois de la génétique nous en aient préservé un.

Les marchés denrées et matières sont plus compliqués et bien plus dangereux puisque ce sont des marchés de leviers. Passer quelques semaines au London Metal Exchange ou à Chicago n'est pas perdre son temps.
Un exécutif "étanche" aux futures est à la merci d'explicateurs intéressés et ne verra venir ni la disette intentionnelle ni l'inondation dirigée. Vladimir Poutine s'en mord les doigts qui mesurait sa puissance à l'immensité d'un Etat-continent en oubliant qu'il n'est maître d'aucun prix des productions de l'empire ! Tout ce qu'extraient les Russes est "valorisé" à l'étranger. Au Congo, c'est pareil.
La plupart des dirigeants arabes cherchent encore où fut mise l'allumette des "printemps". Et pourtant la manipulation des cours des produits alimentaires n'est pas chose nouvelle, manipulation dont ils étaient chez eux coutumiers pour rétablir les équilibres sociaux.





* Droit international appliqué

#2. Sauf à passer par un cursus juridique classique de droit public, la connaissance des réalités pratiques du droit de force inter-nations est indispensable. Il est aujourd'hui des cours internationales qui brassent ces problèmes quotidiennement.

Depuis l'aube du monde les nations s'affrontent à bon droit. S'il n'y suffit, on convoque les puissances célestes ! Nous avions cru en être revenu alors que la moitié du bassin méditerranéen se gouverne désormais du Ciel ! Il n'y a rien à opposer au Croyant que la force, sa propre force parfois. En ce sens les jugements des cours internationales ont peu d'effet sur les théocraties prétendues, et le prince accédant sera bien avisé d'outiller sa diplomatie selon des lignes de force fondées sur la jusrisprudence et l'histoire plutôt que sur des principes généreux. C'est pure manipulation dans un champ d'hypocrisie sans frontière qu'il faut labourer dans la pestilence des remords.

Pour les royalistes, la plus célèbre fut l'exhumation de la vieille loi franque des successions patrimoniales en 1358 qui fondait enfin sur quelque chose d'écrit la masculinité souhaitée du légataire universel au bénéfice du royal champion. Tout l'art fut ensuite d'en faire une loi fondamentale du royaume de France, affublant l'usurpation réussie du pouvoir légal qui le menaçait. Facile, l'Université de Paris jadis s'imposait à tous.

Il en va de même aujourd'hui avec la sacralisation de la démocratie de Westminster qui gouverne (ou gouvernait jusqu'à hier) les "jugements" des enceintes internationales, séparant le bon grain de l'ivraie, donnant et reprenant les crédits de développement, séquestrant et libérant les avoirs bancaires, canalisant le commerce et l'alimentation. Ces supercheries ne sont tenables qu'étayées par un corpus doctrinal. Pour la démocratie il est de grand poids et grossit sans cesse. Il faudra au prince pénétrer les arcanes du droit des Etats pour n'être jamais subjugué par les diktats que lui présentera la Faculté et garder le recul nécessaire qu'apporte la connaissance des "dessous" avant l'expérience à venir, sans oublier, comme le dit Herbert dans les archives du Bene Gesserit (T.v-XOX232), que la loi choisit toujours son camp en fonction des modalités exécutives ; la moralité et les finasseries juridiques ont peu de chose à voir avec elle dès lors que la véritable question qui se pose est : "Qui tient le manche du fouet ?".
Bismarck avait compris qu'un prince dit le droit avant de le lire ! C'est une formation spéciale de l'esprit.






* Infra-stratégies, art de la guerre

#3. Pour la stratégie, on a envie de pousser à l'étude des Sun Tzu et Clausewitz - ce qui ne serait aucunement perdre son temps - mais ce sont les infra-stratégies actuelles qui comptent dans le débat et leur approche n'est pas si aisée. Peu de cénacles s'en occupent et les pénétrer demande beaucoup d'habileté... ou de relations. Avec les secondes cela reste possible.

La seule stratégie qui soit porteuse des diplomaties des Etats-continents est la globalisation : c'est la stratégie infrastructurelle, d'aucuns pensent (comme nous) qu'elle est unique et que toute alternative y est un leurre. L'entropie générale des mœurs de l'espèce humaine déclenchée par la colonisation globale européenne puis par la mondialisation anglo-saxonne dérive vers un empire planétaire fini dont les instruments de pouvoir sont à ce jour inconnus mais cherchés avec avidité. On disait auparavant impérialisme ou hégémonisme. Le concept s'est mercantilisé mais la queue de trajectoire est la même : Imperat !
La démarche américaine visant à équilibrer le TAFTA d'un traité identique à son occident¹ participe de cette marche à l'empire dans laquelle son seul contempteur est la Chine qui a déclaré son propre projet impérial sur sa tranche de pamplemousse.

Toute diplomatie - et c'est un domaine réservé d'excellence pour un prince accédant - doit être définie et conduite dans cet environnement quelque peu éloigné des déclarations fraternelles des enceintes de communication internationale que sont celles de l'ONU pour ne citer qu'elle entre dix. Ne pas oublier que le droit international et la morale internationale sont deux grilles d'analyse parfaitement étrangère l'une à l'autre. Trouver entre les deux l'intérêt stratégique d'un pays moyen et démunis comme le nôtre est un exploit. Nous l'attendrions du prince, sinon à quoi bon, nous nous contenterons d'un Vergennes-Védrine dans l'emploi.

Pour ce qui est de notre zone de chalandise, on conviendra que nous assistons à l'effondrement du bassin méditerranéen, comme si le fond de la mer s'était ouvert sur les abysses et emportait tout dans un trou noir. S'opposent deux mondes, l'un scientifique mais désarticulé, l'autre perdu dans les incantations et le désordre. A la charnière de cet affrontement on trouve deux Etats religieux stables dont l'un au moins ne laisse d'inquiéter : le Maroc à l'ouest, la Turquie à l'est. L'Europe a perdu cinquante ans à bricoler des relations douteuses avec la rive africaine et les Échelles du Levant. Il n'y eut aucune autre politique occidentale que celle de contenir les richesses minières de la région en période d'instabilité et de laisser aux politiciens la libre pratique de tous les trafics rémunérateurs.
Une collaboration des deux rives s'avère aujourd'hui l'échappatoire obligée pour contrer une guerre qui menace, et la France y conserve du crédit.

Dans sa conférence pour Vexilla Galliae, Jean-Claude Martinez suggérait de concrétiser l'Union pour la Méditerranée en une Haute Autorité indépendante des Etats (Royal-Artillerie reviendra s'il y a lieu sur ce nouveau concept à quatre agences exécutives) et Gérard de Villèle promouvait la candidature du prince aîné de Bourbon à sa présidence (ndlr: il est déjà Bailli Grand-croix d’honneur et dévotion de l’Ordre de Malte et s'installerait à La Valette). Ce serait à tout le moins un stage instructif. Comme au paragraphe #5 ci-dessous, le prince serait bien avisé de réfléchir à une infra-stratégie méditerranéenne pour son pays.

En attendant, on prendrait le pouls d'Hubert Védrine que ce ne serait pas non plus du temps perdu : clic !




* Physique sociale du comportement des masses

#4. La sociologie des foules est une base d'apprentissage politique qui fut travaillée par de grands penseurs, mais la nouvelle société de communication actuelle en demande la révision complète pour ne pas dire la reconstruction totale. Les foules réagissent au smartphone. Le meilleur stage ne peut être fait ailleurs que dans un grand service de sûreté nationale.

C'est de la gestion de la démocratie qu'il s'agit donc. Les libertés individuelles avec lesquelles on la confond souvent pour en exporter le modèle chez des peuples asservis, entrent en collision avec la philosophie de l'État lorsqu'on parvient au seuil de l'anarchie chez les peuples romanesques comme le français, l'italien ou le russe. Ces outre-libertés sont néfastes au plan national dès lors que, s'en réclamant, des contre-pouvoirs s'organisent en empiétant sur le domaine régalien, contre-pouvoirs qui bétonnent leurs positions par des lois d'opportunités... On pense généralement aux syndicats professionnels organisés sur les métiers et qui ont accédé à la strate politique pour renforcer le modèle social de chacun de leur sponsor. Par chance ils sont divisés, vénaux et se détestent. L'autre pouvoir usurpé est la presse qui s'érige en cour suprême des opinions et se fait fort de la "faire". Sans suggérer à l'impétrant un stage chez un gouvernement à poigne, nous le pensons très fort :) et il n'aurait aucun mal à s'y faire admettre es qualité.

Droit au but : le flicage généralisé du troupeau est en marche, à preuve les faibles remontrances contre l'espionnage réciproque inter-allié. Le terrorisme se banalise à grande vitesse. Les tueries universitaires aux Etats-Unis participent de cette sociopathie exacerbée par le bombardement informatif quotidien et la seule réponse connue à ce jour - après une période d'angélisme - reste la surveillance.
Michel Foucault a creusé la question jusqu'au roc dans son ouvrage Surveiller et punir de 1975 ; voir son étude du Panoptikon de Bentham. La surveillance est en progression partout sous forme de ruses ou de coercition et ses méthodes appliquées sont complètement documentées et disponibles. Un livre de chevet pour tout prétendant sérieux.

La reconstruction d'une sûreté nationale est devenue primordiale à l'heure du Village Global et les réglages en sont très fins. Il y a plusieurs modèles (parfois français d'ailleurs qui fut appliqué ci et là dans l'empire) mais la certitude de leur accomplissement nous annonce le retour de la Stasi-light, du NKVD-diet, de la Securitate-soft et peut-être à la fin, de la Gestapo-second chance !

Quel exécutif prendrait ces choses par dessus la jambe ?
Un prince détaché de ces contingences en sera la victime rapidement. Il lui serait avantageux d'assimiler quelque cynisme à l'antique et de développer aussi une philosophie du soupçon pour affronter l'encerclement de son pouvoir. Tout pouvoir sécrète son propre encerclement. Etabli, il doit former le cercle de chariots. Les techniques de police ne sont pas un sujet secondaire ; il est des officines expérimentées capables d'enseigner la matière. Même en France ; inutile de demander un stage chez Academi à Moyok en Caroline du nord.






* Géographie humaine de l'Afrique noire

#5. Pourquoi l'Afrique noire ? Parce que c'est notre premier défi européen. Nous en économisons ici la description que chacun anticipe déjà. Le prince en formation ne pourra faire autrement que de passer du temps dans plusieurs ONG mouillées sur le terrain.

Cette acquisition de connaissances sur l'Afrique, et plus particulièrement l'Afrique noire, ne vise pas pas à meubler de longues soirées d'hiver où l'on ne parlerait que de migrations. Il ne s'agit rien moins que de définir pays par pays quel est le hiatus de développement acceptable par les indigènes qui annulerait les inconvénients de l'émigration. S'arracher aux siens, à sa patrie (sauf l'enfer sur terre) exige de grands sacrifices. Le décalage attendu signale-t-il un progrès dans l'espérance d'un futur meilleur, cette "idée" en vaut-elle le coup ?

Il y a deux moteurs puissants de l'émigration, la misère endémique et le mirage européen. Si la guerre au sous-développement n'est pas déclenchée par les empires responsables du monde, on va au K.O. de l'Occident. L'Afrique comme souci n'est pas un jeu ! Quels qu'en soient les motifs mercantiles, l'implication de la Chine dans la construction ex-nihilo d'une grande ville comme Kilamba nous fait comprendre qu'on peut forcer le développement s'il l'on s'attache au concret avant de nourrir les administrations. A cet égard, la double grille africaine dont le principe est calqué sur le développement des piémonts himalayens chinois rencontre l'intérêt de politiques intelligents comme Jean-Louis Borloo qui en viennent aujourd'hui à prioriser l'électrification générale des pays. C'est du développement lourd, le seul qui franchira le siècle. En attendant les champs de force de la double grille, le défi exige de mettre déjà une forte pression sur les structures de pouvoir existantes afin de développer au moins l'illusion d'un progrès pour enrayer la misère.

A titre d'exemple, les pays du Sahel sont un laboratoire : en Centrafrique, une femme a cinq enfants viables en moyenne. Quel taux de développement serait nécessaire pour "absorber" ce flux démographique quand on sait les ressources modestes de ce pays perdu ? Aucune croissance normale n'est possible avec les moyens classiques. Il s'agit d'inventer quelque chose d'autre...

Quant au mirage européen, le propre des mirages est de ne point exister. Aussi est-il vain de vouloir le casser par une confrontation aux réalités. D'expérience ça ne marche pas. L'espoir porté par l'imagination sera toujours plus fort.

Sans doute aucun, faire accompagner le prince en "stage" par un spécialiste des questions africaines serait un must, et il en est plusieurs qui seront flattés de se voir convoqués à un travail utile, concrétisant leurs recherches. Suivez mon regard : clac !



Le billet précédent sur le même sujet se terminait par les synthèses qui achèvent la période de formation. Nous y renvoyons le lecteur intéressé s'il veut bien cliquer ici.







Note d'ordre

Ce billet n'a d'autre but que de nourrir le débat sur la question de la formation des princes en situation d'accession. On connaît bien l'éducation des rois, on ne sait pas grand chose de celle des princes qui ne règnent pas (pas encore). Qui prendrait ces propos pour une manifestation d'arrogance se tromperait mais pour une critique de l'existant, un peu moins. Les princes en vue sont pour le moment sous-calibrés rapport à l'emploi possible. Il ne sert à rien de faire semblant et ce begnin neglect doit être abandonné pour les générations montantes qui, elles, devront se former aux tempêtes du siècle.


(1) le TPPA (Trans-Pacific Partnership Agreement) vient d'être signé aujourd'hui 5 octobre à Atlanta. Le TAFTA va suivre.

(Cycle d'Arrakeen 2015)

lundi 7 septembre 2015

Le pentagone du prince

Le silence assourdissant des maisons princières aux jours de l'assaut des frontières européennes, ainsi qu'au spectacle de cette guerre non déclarée d'une rive à l'autre de la Méditerranée qu'est l'offensive du fondamentalisme musulman, m'a conduit à douter de leur perception des enjeux. Quel est leur degré de perception des réalités ? Ma langue au chat. Quel devrait-il être ? C'est déjà plus facile.

Contre la Cour - Billet didactique offensif

Il y a quatre choses pour soutenir un monde : La connaissance du Sage, la justice du Grand, les prières du Pieux, le courage du Brave. Mais tout cela n'est rien sans celui qui gouverne et connaît l'art de gouverner (Frank Herbert, in Dune). C'est le pentagone du pouvoir.

(source inconnue)
Cet art de gouverner s'apprend jeune. Il doit pénétrer le prince au fur et à mesure de sa croissance. C'est son sang, son âme, sa "spécialité". Les enfants des dynasties régnantes sont éduqués au berceau pour y atteindre - enfin, dès l'âge de raison. En dehors du cursus d'appropriation des connaissances, le plus difficile pour eux est d'apprendre à convaincre plutôt qu'à obliger. Aiguiser l'analyse et le jugement réclame des connaissances fouillées, mais d'abord la formation d'un caractère "intellectuel" affirmé, en plus d'un tempérament persuasif et serein. Le nerf du prince n'est pas celui du commun.
Les enfants des dynasties ambitieuses qui ne règnent pas doivent être mis au travail comme les autres, sinon on peut retrouver en eux le jour venu, les mêmes travers que l'on reproche aux dirigeants de rencontre que la République puise dans le vivier des arrivistes : boulimie sexuelle, comportement de parvenus ridicules, goinfrerie gratuite, caporalisme du commandement et in fine tyrannie ; toutes choses impossibles chez une famille régnante même depuis peu, qui entendrait poursuivre.

Nous devons constater, sans nous en affliger, que les prétendants que promènent ci et là les actualités royalistes ne sont pas prédisposés à la mise sur orbite d'un vrai chef d'Etat ; soit qu'ils jugent utopique une quelconque confrontation de leurs capacités à l'emploi éventuel qui les guette, soit que ces mêmes capacités ne suffisent pas à les porter au niveau requis et qu'ils en soient conscients. D'aucuns peuvent aussi se laisser tromper par le niveau parfois exécrable de chefs sélectionnés par le système démocratique. Sont-ce les princes les plus inquiets de ce hiatus ? peut-être plus que la cour qui ne rêve que de promulguer avertissements et conseils ! Les "dresseurs de prétendants", selon l'heureuse formule d'Yves-Marie Adeline, se renouvellent sans cesse à mesure de l'usure du précédent, vaincus par l'inertie du champion. La chambrière de Royal-Artillerie n'est pas loin non plus de glisser des mains du Piéton.

Mais hors de la pépinière des conseillers avoués, le doute fuse et la proportion très grande de militants royalistes rangés des voitures - comme l'avait mesuré le sondage¹ SYLM pour les Premières Assises Royalistes - ne s'explique que par la révélation de l'inanité d'un combat dont l'urgence n'est pas partagée en haut lieu. L'infanterie se laisse décimer en formation tant que le capitaine est devant, l'épée au ciel.

Villars à Denain - 1712


Sans déroger au respect que méritent les princes sincères, on peut faire une simulation de niveau et laisser à chacun le soin de mesurer l'écart à l'existant. Nous avertissons le lecteur que la description d'emploi contenue dans les lignes qui suivent ne visent en rien à copier les gouvernements d'Ancien régime, mais cherche à cerner les qualités utiles pour faire de la politique exécutive à haute fréquence. Dans notre monde, la prise de décisions irrévocables est quotidienne pour l'Exécutif. Cette aptitude dépasse la formation classique d'un élève appliqué. Il y faut la race : on ne peut que partir d'un tempérament favorable et forger le caractère qui y commandera. Sans ce préalable, il est vain de "cotiser".

Comme nous le disions dans un billet irrévérencieux au mois de mars, L'âme des princes, « la destinée du prince oblige à monter le niveau le plus haut possible pendant la période de sa formation - on en jugera par les diplômes obtenus - et à forger un caractère résilient. Outre les nécessaires humanités et mathématiques, il tombe sous le sens que des études de droit public, de finances publiques et de commerce international, clôturées par un passage dans une académie militaire, soient le minimum syndical pour qui s'apprêterait à nous gouverner aujourd'hui ». Ceci étant acquis, il reste la pratique des codes sans laquelle le prince accédant resterait dépendant de son entourage. C'est exactement l'objet de cet article.

Gouverner au plus près du vent oblige à bien connaitre les codes de communication et de transaction des hommes qui comptent. Sans en rechercher l'expertise, le prince doit être familier de la langue des grandes corporations sociales qui pèseront le plus lourdement sur ses décisions. Cet apprentissage ne peut être obtenu autrement qu'en travaillant le temps nécessaire à cette acquisition dans chacune de ces grandes corporations. Cette accoutumance "technique" est indispensable pour comprendre les débats du futur Conseil et provoquer sans délai les synthèses attendues. Le monde du XXI° siècle ne nous laisse plus le loisir d'interminables exégèses, il faut "réagir". Pour ce faire, faut-il aussi comprendre l'événement dans l'essentiel sans le filtre du chargé d'affaires. Les anciens rois nous avaient habitués à cette prescience.

Quelles sont donc ces corporations que la culture générale de l'honnête homme ne suffit pas à connaître ? Il y en a heureusement peu, mais ce sont des spécialités contiguës au pouvoir ; à notre avis, les voici toutes, je crois :

* Finances internationales immergées, marchés denrées et matières
* Droit international appliqué
* Infra-stratégies, art de la guerre
* Physique sociale du comportement des masses
* Géographie humaine de l'Afrique noire et haïkous

En quelques paragraphes pourquoi :

Ces spécialités ne sont pas enseignées pour elles-mêmes, sauf à dériver d'enseignements magistraux plus globaux, et il vaut mieux qu'il en soit ainsi car le monde universitaire est trop confiné et lent pour les pratiquer ensuite². Elles s'apprennent en s'investissant dans le milieu considéré, pas forcément longtemps. Il y a d'autres spécialités secondaires dans ce cas, mais elles ne sont pas contiguës au pouvoir et ne nous intéressent pas ici. Exemple : affrètement, conduite d'une opération amphibie, cyber-attaque,... le cas de l'espionnage se discuterait :)

#1. Les finances immergées et les marchés denrées-matières sont des spécialités dont la compréhension n'est accessible que par les back-offices des banques ou par les salles de marché des maisons de trading. Leur influence est considérable sur les paramètres politiques, certains disent que l'essentiel du pouvoir y gît.

#2. Sauf à passer par un cursus juridique classique de droit public, la connaissance des réalités pratiques du droit de force inter-nations est indispensable. Il est aujourd'hui des cours internationales qui brassent ces problèmes quotidiennement.

#3. Pour la stratégie, on a envie de pousser à l'étude des Sun Tzu et Clausewitz - ce qui ne serait aucunement perdre son temps - mais ce sont les infra-stratégies actuelles qui comptent dans le débat et leur approche n'est pas si aisée. Peu de cénacles s'en occupent et les pénétrer demande beaucoup d'habileté ou de relations. Avec les secondes cela reste possible.

#4. La sociologie des foules est une base d'apprentissage politique qui fut travaillée par de grands penseurs, mais la nouvelle société de communication actuelle en demande la révision complète pour ne pas dire la reconstruction. Les foules réagissent au smartphone. Le meilleur stage ne peut être fait ailleurs que dans un grand service de sûreté nationale ou chez... Facebook.

#5. Pourquoi l'Afrique noire ? Parce que c'est notre premier défi européen. Nous en économisons ici la description que chacun anticipe déjà. Le prince en formation ne pourra faire autrement que de passer du temps dans plusieurs ONG/agences mouillées sur le terrain. Vacances exotiques en perspective sur trois ou quatre ans. Et les haïkous ?
C'est le comte Herman Van Rompuy qui m'a demandé d'ajouter cet art tout en finesse qui ne sera jamais enseigné à la fac à peine d'en mourir. Ils lui permirent de meubler les séances interminables du Conseil européen. Royal-Artillerie vous offre le sien à la fin du billet.


(hors sujet - plaisir des yeux)



À la fin du cycle des spécialités, viendra le temps des synthèses. En situation d'accéder, le prince devrait avoir achevé la connaissance intime de son pays en faisant l'inventaire des dépendances incontournables, des contraintes indesserrables que sa géographie et le monde lui appliquent. Il serait dommage à ce moment d'affaiblir sa réflexion de l'incorporation de coutumes apprises de l'ancien temps puisque l'époque du royalisme pouet-pouet sera achevée à la veille de l'accession.
Les atouts du pays qui restent nombreux à ce jour seront mis à l'actif du bilan. Contraintes et dépendances au passif. Afin que le déséquilibre du bilan national soit gérable, il conviendra de combattre l'effet des dépendances et contraintes et de magnifier les atouts. Par l'optimisation des déséquilibres se terminera l'apprentissage de "l'art de gouverner" laissant place dès lors à l'accumulation de l'expérience.

A la table du nouveau gouvernement on ne devrait gérer que le domaine régalien - il serait sage précaution que de laisser la société à ses disputes démocratiques. Au Conseil de demain, ils seront cinq. Comme un poing fermé, ce Conseil des ministres sera puissant et réactif. Ainsi que l'expliquait Jean-Claude Martinez à la conférence du Centre d'Etudes Historiques sur le Maroc : un pays se gouverne avec une demi-douzaine de "patrons". Faut-il encore les avoir ! C'était l'effectif de la vieille monarchie et Napoléon n'en prit pas beaucoup plus. L'Allemagne (5+9), la Suisse (7) s'y tiennent presque. Les cabinets pléthoriques de la République française sont ridicules, et l'émiettement partisan du pouvoir ajoute l'inefficacité au grotesque ! Ne changeons pas en pire et retenons-nous, messeigneurs, de récompenser ducs et marquis, vicomtes et barons.

Que vienne ce temps avant que le pays n'expire. Il aura alors achevé sa révolution à l'extrême limite de la période autorisée pour sa survie. Deux siècles et demi pour lui faire faire 360 degrés, une révolution. Au roi, et vite !

Vexilla regis prodeunt, y a plus qu'à !








Note d'ordre

À quoi sert ce billet, en suite de quelques autres attachés à la formation du prince ? L'audience modeste du blogue laisse répondre : "à rien". Mais le Web est vaste comme l'océan où on laisse des bouteilles. Si quelque impétrant ramasse celle-ci sur la grève de nos regrets, elle voudra lui dire que nous prenons au sérieux le retour d'une monarchie en France et qu'il ne faut pas jouer avec notre espérance. A se dire "dynaste" comme on l'entend partout dans les maisons princières, il sied de se préparer à toute éventualité de restauration ou instauration pour la conduire au succès, et cela commence par sa propre formation et celle de ses héritiers.

Les princes d'aujourd'hui en situation d'accéder ne sont pas vraiment formés à l'emploi³. Etudes très moyennes, profession sans profession, inaptitude à bâtir un corpus doctrinal personnel, communication terne, confort de l'historicisation de toute apparition publique, revendication répétitive de droits hérités qui sont en fait perdus, le tout signalant une inaptitude alarmante. Le syndrome du bouchon de liège plombé par l'hameçon.

Si leurs enfants ne sont pas mieux formés à terme, alors nous saurons que les princes en vue n'y croient pas plus que n'y croient nos adversaires républicains et qu'ils jouent avec un mouvement de sympathie populaire qui les flatte et leur coûte si peu. C'est pour cela que j'observerai avec une grande curiosité les progrès que feront Eugénie, Gaston, Louis, Alphonse, Antoinette, Louise-Marguerite et quelques autres... en souhaitant de tout cœur que cette nouvelle génération s'investisse avec courage dans le grand projet en s'organisant entre eux pour le réussir.

A défaut de quoi, le pronostic historique demeure qu'ils devront s'effacer tous un jour pour laisser passer du sang neuf, car il est une certitude inflexible : le plus beau pays du monde ne pourra rester longtemps sans maître.





L'arbre se dévêt
Contre la morsure du vent
L'oiseau est trahi


(1) 61% selon le Livre Blanc de 2009
(2) La lexicisation du transport maritime mondial entreprise soit par l'ONU soit par l'université française dans les années 80 sont des exemples aboutis d'obsolescence instantanée. Deux mois de travail chez un transitaire hongkongais valent deux ans de cours et durent plus longtemps.
(3) Sauf un.


A paraître : Spécialités du pentagone du prince


(Cycle d'Arrakeen 2015)

lundi 16 mars 2015

De l'âme des princes


«Ceux des particuliers qui deviennent princes seulement par les faveurs de la fortune ont peu de peine à réussir, mais infiniment à se maintenir» (Machiavel).
On pourrait en dire autant par les faveurs des Lois fondamentales. La prolifération des recherches sérieuses ou moins sérieuses, mystiques ou historiques qui cernent le roi caché, survivant, souterrain, d'au-delà des mers, n'est pas qu'une distraction romanesque. Elle signale une insatisfaction née de l'examen de l'élu désigné. Il ne satisfait pas les attentes de certains, attentes qui ne convergent pas toujours. Aussi cherche-t-on ci et là le chemin d'esquive qui permet d'échapper à cette "obligation" décevante. C'est le fil rouge de ce billet.

Baudouin IV d'Anjou
Nos âmes à l'image des dieux qu'elles ont contemplés dans leur vie antérieure* sont diverses et variées. Enfermés dans des corps qu'elles n'ont peut-être pas choisis, elle subissent la servitude de l'incarnation et s'abîment des passions qui les assiègent, sauf chez les princes. Des trois parties de l'âme platonicienne, c'est le νο̃υς qui domine chez eux et qu'on appelle raison, du même sang que celui des dieux. Les deux autres, l'appétit de la vie (ou les élans) et la colère (ou l'orgueil) y sont contenues par la première plus fortement que chez nous. Ceux d'entre eux qui ne le peuvent n'en sont pas.
Nous avons coutume de révérer des personnes descendant de personnages illustres au seul motif de leur hérédité. C'est pure courtoisie. Nous ne devrions abaisser nos drapeaux que vers le mérite personnel, bien qu'il soit autrement possible de combler d'affection quelqu'un que nous jugerions imparfait mais sympathique. Encenser la fonction est autre chose dont nous parlerons une autre fois. Mais il ressortirait à l'erreur politique que de confier notre destin à quelqu'un "par courtoisie".

Sa spécialité : l'exception

C'est la Morale qui prime dans ce que nous cherchons à reconnaître chez un prince et non pas les quartiers de noblesse, ni les diplômes s'il en a, ni son allure avantageuse ou la carnation de sa peau si c'est une princesse. Morale qu'il doit savoir appréhender à distance de lui-même s'il est capable du détachement critique par rapport à son propre emploi afin de voir clairement les améliorations exigées de lui pour emplir le contrat ; et tout à la fois, ce qui n'est pas mince, une résilience peu commune aux influences de tous ordres qui le détourneraient de son exceptionnalité.
Car le prince est spécial, obligé de "monter" en permanence pour rester au-dessus du lot ; c'est la seule condamnation attachée à sa condition. L'en distraire serait criminel. Fusillons déjà les courtisans.
Se satisfaire comme beaucoup d'une position sociale décorative au milieu de ses adulateurs aboutit à laisser vieillir un caractère inconséquent qu'il serait bien imprudent d'appeler à notre secours un jour, plus tard, bientôt ? Jamais ! Nous n'imposerons jamais personne qui ne s'impose de lui-même. Que dans les salons royalistes on le dise aux casuistes épilés qui se crèvent les yeux sur les Lois !

A partir de là, l'abonné à Royal-Artillerie attend que nous descendions la galerie de portraits accrochés dans le grand escalier capétien. Il n'en sera rien. Notre but n'est que de réfléchir à ce qu'ILS ont de différent qui les place en situation d'accueillir notre propre abandon en leurs mains.

Revenons à l'âme.
En plus de sa vie terrestre et de son destin chevauché de père en fils depuis la nuit des mondes, l'âme du prince est responsable d'une tâche qui n'échoit pas au vulgum pecus. Elle n'habite plus chez un homme mais chez un demi-dieu de l'étage inférieur, subordonné au démiurge qui a conçu l'architecture de ce monde et qui lui demande de le continuer. Si elle le rend vigilant, habité par sa mission, ce monde sera "sauvé" et lui sera déclaré "parfait". C'était l'idée d'Epictète, la vertu totale. Peu sont élus pour affronter le risque d'écrasement de leur individualité par une vie authentiquement divine, et les Lois qui les désignent, désignent autant nos problèmes que leurs solutions s'il y a un grand écart entre le proposé légal et le prototype car il ne s'agit que d'appeler à notre secours un rédempteur de la Nation. C'est pour nous, nation, que nous agissons ! "Demi-dieu", "parfait", on comprend déjà que nous nous sommes déjà bien éloignés du vulgaire. Quels sont donc ces caractères spécifiques au prince accédant ? Ou à l'inverse que se passe-t-il s'ils n'existent pas ?

Ah, ces inconvénients !

Le pire défaut est l'indécision qui chez un chef est grave en ce qu'il entame l'essence même de sa fonction. Nous avons sous les yeux l'exemple vivant d'une procrastination quasi-pathologique où les décisions ne sont prises que pour s'en débarrasser. Mais jadis des princes très savants mais pusillanimes en ont perdu la tête aussi.

S'il n'en est pas d'imbécile, il en est parfois de moins instruit. Ce défaut allié à un fort tempérament est palliable par un rattrapage des connaissances utiles à sa charge. Si au contraire il accompagne une nonchalance intellectuelle voire un déplaisir à l'étude, le prince en défaut réunira autour de lui des compétences éprouvées pour assumer son gouvernement du pays, compétences qui le transformeront très rapidement en poupée de balcon. L'avantage de la monarchie disparaîtra au bénéfice de l'oligarchie et retour à la case départ. Aussi sympathique fut-il, le cancre est à bannir.

On ne peut non plus laisser passer le désordre des mœurs en ce qu'il interdit ensuite l'invocation de l'exemple. Si un politicien en contrat à durée déterminée est un spécialiste reconnu de la gouvernance mais un dépravé pour ce qui concerne sa vie intime, la logique politique prendra le pas sur la morale pour le conforter dans sa position utile au pays, mais il ne pourra jamais lors d'événements graves se revendiquer comme l'exemple à suivre. En revanche, un prince en situation de pouvoir doit rester en capacité d'exemple. Ceux qui n'y parviennent pas - et on en voit souvent - abondent au tonneau de leur propre mépris, sauf à bénéficier de l'indulgence populaire qui s'attache au prestige de la fonction par l'affect naturel des peuples à l'endroit de leurs chefs.
Sans viser quiconque, celui des princes qui ne supporterait pas les contraintes et misères quotidiennes de la vie commune pourrait difficilement nous faire accroire qu'il résisterait mieux que d'autres au malheur d'être roi comme le disait Louis XVI dans le testament à son fils.

Quels sont donc maintenant ces caractères spécifiques au prince accédant ?

Louis XVII
Les qualités morales se perfectionnent au moment de l'éducation si le sujet est réceptif, plus difficilement s'il faut un peu de contrainte mais on y arrive. L'éducation appliquée à la formation du caractère se fonde sur l'instruction et l'exemple donnés par ses éducateurs - Choiseul eut été préférable à La Vauguyon . La destinée du prince oblige à monter le niveau le plus haut possible pendant la période de sa formation - on en jugera par les diplômes obtenus - et à forger un caractère résilient. Outre les nécessaires humanités et mathématiques, il tombe sous le sens que des études de droit public, de finances publiques et de commerce international, clôturées par un passage dans une académie militaire, soient le minimum syndical pour qui s'apprêterait à nous gouverner aujourd'hui. J'en vois au fond qui quittent la salle et je n'ai pas parlé des cinq langues européennes.

Si l'on en vient au tempérament, à supposer qu'on me le demande, ce qui n'arrivera jamais, je préférerais un tempérament stoïcien qui gouverne les émotions et protège le jugement. J'ai retrouvé quelques définitions qui illustrent bien mon souci. Appliquer ses pensées à trier les choses entre celles qui dépendent de nous et toutes celles qui n'en dépendent pas. Les premières sont notre œuvre et de notre responsabilité ; les autres seront au mieux leurs ancillaires. Cette sérénité dans la connaissance de son pouvoir réel est un gage de sage gouvernance en ce qu'elle bride dès le départ l'intrusion étatique dans la sphère privée et dégoûte des lettres de cachet qu'on appelle aujourd'hui autrement. Parce que le premier rempart de la liberté individuelle ce doit être justement le roi, quand la marche du monde cherche tous les jours un peu plus à la fracasser.

Séparation des pouvoirs

En délimitant le royaume, l'Etat, et le domaine qu'il incarne dans ce royaume, le prince jugera des choses qui lui incombent selon la Raison, se protégeant d'une sensibilité trompeuse qui obscurcirait son jugement et le laisserait sur- ou sous-estimer les mouvements d'opinion qui sont l'expression moderne de la démocratie corrompue quand elle cherche à contrôler les émois populaires. Rester au-dessus de la mêlée et garder la tête froide est facile au début du match, s'y maintenir est plus difficile, surtout si le peuple appelle au secours. Aller plus loin que compatir est déjà choisir, trier dans les politiques publiques et enfreindre le principe du peuple souverain en ses Etats. Ce dilemme de non-pénétration des domaines régaliens et publics convoque beaucoup de pédagogie pour faire accepter les responsabilités réciproques quand "ça va mal". Une nation ne peut tout attendre d'en-haut, sauf celle des veaux ! La reine d'Angleterre, dans son minuscule domaine réservé, y arrive très bien, qui influence son premier ministre mais en sous-main quand elle le souhaite. Nous apprîmes avec stupeur qu'elle et le prince de Galles avait usé plusieurs fois d'une sorte de droit de veto sur des projets législatifs du 10-Downing Street ! Ouvaton si Windsor en fait plus que régner ?

On pourrait dire encore qu'une des qualités primordiales de l'état princier est le discernement de ses décisions par la hiérarchie des valeurs qu'ils activent au sein du domaine dédié. Tout ne se vaut pas, mais saisir les écarts d'importance demande une longue éducation dans la charge. La capacité à trancher par l'outil de la raison est primordiale et ô combien difficile qu'on puisse entendre la laisser entre des mains formées à ce défi quotidien. Ce n'est presque plus un acquis, peut-être faut-il ressentir ces choses d'instinct. Cela participe de l'inné des familles régnantes.

Autre caractère spécifique, l'affect : un auteur maudit soutenait que "c'est un des avantages insignes de la monarchie que les meilleurs sentiments du peuple peuvent s'y fixer et s'y concentrer sur la personne royale, tandis qu'autrement ils resteraient épars, vains et nuls " (Abel Bonnard dans l'éloge du feu roi des Belges Albert Ier). Faut-il quand même que le prince en charge aimante assez puissamment l'affect populaire pour qu'il précipite sur sa personne jusqu'à produire cette coagulation du "meilleur" de la nation dont nous n'avons pas aujourd'hui de reste ! Mais en général "ça le fait", à voir les tirages de la presse royale et le succès de sites méritants comme Noblesse & Royautés.

De par l'aura attachée à sa qualité de roi, surnaturelle s'il est un jour sacré, un prince vient de la fabrique des héros. Destin colossal à mille lieux du marquis parvenu, il doit le montrer continûment. C'est pour le coup un chevalier, un chevalier au premier coup d'œil. L'immense prestige de la vertu s'il choisit de s'y abandonner, pourra suggérer ensuite que son droit a quelque chose de "plus-qu'humain", divin peut-être... et le tour sera joué. Il n'est aucune place en France pour un roi bourgeois à la mode de Juillet !


Essai de conclusion - les Lois :

le petit Lord Fauntleroy
L'instauration d'une monarchie en France, pays où trois dynasties furent battues successivement, deux par la guerre civile et une par la guerre étrangère deux fois, appelle dans notre siècle d'infériorité un être charismatique de haut niveau, capable de rallier la masse des indécis en renfort de ses partisans. Une "restauration" marche à l'enthousiasme et les combinaisons de la Crypte seront la plupart du temps déjouées. Il est désolant de devoir se départir des lois fondamentales du royaume cent quatre-vingt cinq ans après la disparition du dit-royaume, mais ces lois ne sont en fait que de succession. Or le "trou" est grand entre jadis et maintenant, après une phase inédite d'accélération de l'histoire. Toutes les révolutions s'y concentrent, industrielle, énergétique, numérique, cosmique, quantique et j'en passe qui n'ont pas d'épithète comme celle des nano-technologies. Pascal disait déjà que « trois degrés d'élévation du pôle renversent toute la jurisprudence, un méridien décide de la vérité ; en peu d'années de possession, les Lois fondamentales changent, le droit a ses époques, l'entrée de Saturne au Lion nous marque l'origine d'un tel crime. Plaisante justice qu'une rivière borne ! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ». Seraient-elles de quelque utilité pour le choix, ces lois, s'il y a choix, outre le pronostic qu'elles lèveront la dispute entre les Maisons aveuglées par la fumée des signaux indiens qui montera de la montagne, que nous serions bien inspirés de les garder pour plus tard, bien après, quand le travail difficile sera terminé. Ce qui n'empêche nullement de les préserver dans un coin de notre esprit. Mais s'y cramponner en l'absence de royaume comme aujourd'hui conduirait de nouveau à l'échec. Les Lois ont été construites pour pérenniser une monarchie vivante, pas pour en ressusciter une disparue corps et biens il y a sept générations !

Une hypothèse utile au débat serait de convenir que les deux premiers titulaires successifs soient de haut niveau intellectuel et moral pour prendre à bras le corps l'exécutif de la fonction afin d'assumer rapidement leur autorité "en leurs conseils", d'écraser dans l'œuf et les tentatives souterraines de subversion, et la logique négative de leurs détracteurs. La propagande des pourrisseurs professionnels peut être redoutable surtout sur un peuple dérouté, influençable, pour partie abruti par de pseudo-valeurs simplistes ressassées par la classe médiatico-politique, qui ne sont que celles de maintenir l'oligarchie régnante. Tous les régimes du XIX° siècle ont péri de leurs attaques. C'est dans ce but que l'ensemencement du champ de l'Opinion à l'idée du roi doit être élargi, augmenté, vaste, jusqu'à ce fameux "pourquoi pas" qui nous réjouirait tous, mais dont nous sommes apparemment loin.

Attendons des princes en vue ou cachés qu'ils élèvent pour y répondre leurs enfants dans ce programme d'exception. A défaut nous verrons !

Tout ceci est spéculation gratuite, nous n'y avons aucun intérêt. Comme écrivait en haut du tableau noir mon vieux professeur de physique et chimie : « Nous sommes censés savoir que... »


Merci de votre attention, vous pouvez fumer.
Oui ? Un Nom ?
Baudouin IV de Jérusalem pour son courage surhumain.
Baudouin de Belgique pour son impeccable dignité.


Charlie-Martel 



(*) in Platon quelque part
PS : l'iconographie de cet article est délibérément "fraîche" car sa lecture est destinée d'abord à nos jeunes lecteurs, ceux qui vraisemblablement auront à "choisir" demain


(Cycle d'Arrakeen 2015)

lundi 26 mai 2014

Rengainer !


Trois mille cinq cent quatre-vingt sept voix (source AR) se sont portées sur les listes du parti de l'Alliance Royale aux élections européennes 2014.
Il est oiseux, et doublement, de mesurer l'écart avec la fois précédente et de tirer un pourcentage, forcément fait de beaucoup de décimales.
Le pari est perdu. Comme le déclarait en 2007 Yves-Marie Adeline, fondateur de ce parti, les royalistes, que l'on espèrait quand même un peu plus nombreux, n'ont pas validé la démarche de notoriété entreprise. C'est aujourd'hui confirmé.

Ce parti sans moyens - mais pourquoi ? - riche de courage et de militants désintéressés, ne franchit pas le plafond de verre de la notoriété élémentaire. Son programme n'est pas adapté à la rhétorique démocratique et son mode de communication, indigent par manque d'argent. Même dans les provinces les plus travaillées, il ne perce pas.
Néanmoins il ne peut en aucune manière être montré du doigt par les autres chapelles royalistes qui ne remportent elles non plus aucune victoire, même minuscule, depuis soixante ans. Finalement, l'insuccès semble génétique à la Cause.

L'agitation des cadres royalistes les conforte sans doute dans une posture éthique et distinguée, mais la loi du résultat, comme on l'applique aujourd'hui de toute entreprise humaine, les détruirait. Ils se gardent bien que quérir le quitus de leurs militants. Les chapelains meurent sur la miséricorde des stalles. C'est un emploi en sacralité viagère où l'on ne se remet pas en cause, chacun étant l'oint du monseigneur d'obédience.

Cercles et cénacles, sociétés savantes ou de géographie, histoire, langues mortes, ont de tout temps fait le bonheur des longues journées d'hiver à remâcher la gnose d'une physique sociale ancienne. Il n'y faut voir aucun travers, ce n'est que distractions d'une vie lente. Mais c'est moins innocent quand on capte l'intérêt de la jeunesse et, sous l'autorité morale de la chose sue, on l'embrigade à des séances de "réinformation" et des soirées de propagande sur les heures d'études. Sachant le mouvement, s'il bouge, incapable de provoquer aucun assaut des positions retranchées de ses adversaires qui l'ignorent, projeter des lendemains fleurdelisés dans des cerveaux enchantés par l'ancienne chevalerie relève de l'escroquerie mentale. Cette révélation tarit normalement les effectifs dès avant la trentaine, mais la nostalgie d'une jeunesse agitée en recrée après cinquante. Il n'y a rien de très sérieux, bien moins que de jouer au bridge.

Messieurs les chapelains, réunissez-vous entre vous à quelques dates anniversaires ou cosmiques, mais libérez vos "ouailles" qui ont besoin d'acquérir des diplômes dans la compétition mondiale qu'ils affrontent. L'entre-soi a du bon dès qu'il ne sert à rien. Nous avons construit le catalogue de la politique raisonnée depuis l'avènement des Capétiens, avec beaucoup d'enluminures, feuilletons-le sous nos lampes à économie d'énergie pour le délassement et la fierté de nos certitudes. Cessons d'appeler à l'insurrection dans des rues vides !

Les princes ont-ils besoin de chapelles ?
Leur destin est d'abord entre leurs mains. En veulent-ils ?

Faut-il repartir d'une page blanche ?


mercredi 20 février 2013

Crâne alibi

Il n'est pas de site royaliste sauf un - vous y êtes - qui n'ait fait ses choux gras de la tête momifiée d'Henri IV. On (oui c'est anonyme, laisse comprendre Royauté-News) vient de créer ex-nihilo un Conseil pour les Funérailles du Chef d'Henri IV. Osons croire que la messe mortuaire sera célébrée à Notre-Dame de Paris où le roi mort passa une première fois et que les cours européennes délégueront ! Jusqu'à présent l'authentification de la pièce par comparaison des ADN aux frais de l'aîné des Capétiens n'a abouti qu'à la remettre au coffre dans une chambre forte dont je tairai le nom. J'ai lu incidemment que Mgr Henri était fort rigolard de cette affaire qui n'a servi qu'à faire mousser son contempteur à nul autre effet que d'avoir une demi-colonne dans le journal, lui même ayant obtenu la sienne en réplique. Plutôt que ce duel archi-rejoué - scène 3 Utrecht 153ème Clac ! - on aurait attendu de nos messeigneurs qu'ils enfonçassent la porte de notre insondable Connerie, sans tourner clef ni poignée, mais d'un grand coup de latte à la Monluc. Car il y a urgence.
Je ne sais si les chiffres vous lassent comme le prétendent les fabricants d'opinion qui nous prennent pour des cafres, mais ils se gâtent en continu, et augurent de lendemains qui chantent en grec. D'ailleurs François Normal est allé à Athènes pour s'en faire une idée et au passage, s'essayer à l'insulte tragique, un registre peu travaillé en diplomatie, puisqu'il va proposer à l'Etat noyé jusqu'aux yeux dans la Dette et dont le peuple bouffe des rats, la vente en leasing de deux frégates de génération FREMM. C'est vrai qu'il a fait HEC.

une Fremm à 640M€/pièce, lisse
La cambrure avantageuse du chef français était au comble du ridicule à vouloir faire le grand frère attentionné si l'on sait que toute l'affaire est entre les mains de la chancellerie de Berlin et que les chiffres du premier émetteur de dette de l'Eurogroup (nous) sont catastrophiques : déficits publics tous accrus, dette souveraine et sociale en gonflement régulier, récession économique établie, déficit commercial honteux. L'Italie dont nous nous moquons avec condescendance finit 2012 avec un excédent commercial de 11 milliards d'euros !
Qu'en disent nos princes ? Que dalles ! Gueux ! Mgr Henri, qui devrait choisir un autre sujet, a reçu Le Figaro dans ses appartements parisiens pour manifester son effroi de l'apocalypse qu'ouvre le mariage gay ; son fils, Vendôme, a bravé la froidure de la Porte Maillot pour participer à la Manif pour Tous contre cette avancée sociétale ; le cousin d'Amérique a signé une belle lettre confirmant son émoi, même si l'Espagne a depuis longtemps franchi la ligne rouge. Merci à tous déjà, mais on est loin du compte. Il ne faut pas retourner à son bénéfice le leurre qu'utilise le pouvoir à masquer son impéritie, pour éviter de se compromettre sur les grands sujets décisifs toujours prégnants derrière ce fumigène socialiste. Il faut parler régime politique, calibre de l'Etat, modèle économique, modèle social, place du pays dans l'Europe institutionnelle, rang diplomatique assumé, etc... sans se priver peut-être d'élaborer un vrai Projet pour la France, ou ce qu'il en restera !

Alors gentils princes messeigneurs, veuillez remettre le crâne du Vert Galant au conservateur du Château de Pau, et ouvrir en vos différents instituts des séances de travail sur les questions qui saignent, ressortissant au domaine régalien, dit en passant, et nous épargner "ma vie, mon oeuvre", le segment historique étant jusqu'ici peu rempli. M'est avis que si Henri de Navarre retournait parmi nous, il botterait le cul de la grande fratrie bourbonnienne en leur demandant qu'est-ce qu'ils glandent foutrrrebleu ! Et si nous étions sérieux, ensemble ?


Le Roi au siège de Paris

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