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jeudi 8 juin 2023

Les franchises municipales redeviennent nécessaires

La question des libertés basses revient en force avec la contestation populaire des édiles municipaux transformés en courroies de transmission des vues et bévues de l'Etat central, rôle normalement dévolu au préfet de la République. Depuis l'aube des temps, le maire, quel que soit le titre que lui donne la tradition ou la loi, a pour charge et fonction d'administrer ses concitoyens au meilleur avantage de la communauté entière qui l'a désigné. Il arrive assez souvent qu'il se dresse entre la technocratie aveugle et les gens, et c'est finalement sa première utilité sinon la seule. L'affaire de Saint-Brévin nous a montré à quoi conduit l'inversion de la charge : ayant choisi l'air du temps qui plaît en haut lieu contre le bonheur local, le maire est, d'une façon ou l'autre, chassé par ses électeurs avant le jour du règlement des comptes, celui de l'élection municipale. On est en plein dans la question des libertés communales qui doit trancher entre le bien commun à l'étage des collectivités locales et l'intérêt général proclamé par l'Etat national. D'où l'intuition du Piéton à cantonner cet Etat central au domaine régalien (cf. infra).

L'affrontement entre le pouvoir zonal ou royal et les villes a commencé au haut moyen-âge dès l'enclenchement de l'urbanisation de certains espaces propices à des activités plus évoluées que les labours et les moissons comme l'artisanat, l'industrie, la chicane et le négoce. Chaque fois que le territoire changeait de seigneur, l'impétrant devait reconfirmer les franchises municipales, à défaut de quoi il entrait en période de troubles et de moindre revenu. Parfois ça se passait mal et les hallebardiers n'y suffisant pas, il fallait porter l'affaire au niveau de pouvoir supérieur, la viguerie, la sénéchaussée voire même aux Etats. Quand on se retourne sur le passé, on distingue parfaitement que la revendication des libertés communales a rythmé toute la vie provinciale de l'Ancien régime. C'est la République qui imposa progressivement l'uniformisation grisâtre des mœurs et l'égalitarisme destructeur de créativité individuelle. Il n'est de jour que ne soit signalé un grand agacement de la "base", même si le peuple français est de ceux qui se couchèrent le plus vite devant la normalisation, au point d'en faire une "valeur républicaine".

le roi carliste Carlos VII
A l'opposé de nous est un pays rebelle à l'entropie qui s'appelle l'Espagne. La péninsule ibérique est un amalgame d'anciens royaumes jaloux qui ont laissé derrière eux le goût immodéré des particularismes, mais surtout celui des droits et privilèges associés (les fors). Les quatre provinces les plus fières sont l'Euzkadi, la Catalogne, la Galice et l'Andalousie, qui ne cessent de réclamer des garanties à l'Etat castillan. C'est d'ailleurs ce tropisme régionaliste qui a servi de porteuse aux trois guerres carlistes. La devise carliste est toujours résumée en quatre termes : "Dios, Patria, Fueros y Rey". Soit la définition d'un royaume fédératif respectant la patrie de chacun en ses droits, sous la protection de Dieu et du Roi de toutes les Espagnes.

Si le motif du déclenchement de la guerre espagnole du XIXè siècle tient en partie dans l'usurpation du trône par la fille de Ferdinand VII au détriment du frère d'icelui en 1833, apparaissent deux autres moteurs de la guerre : le réformisme libéral des bourgeois des villes contre le traditionalisme des propriétaires terriens, et la menace d'uniformisation des mœurs politiques gouvernant les territoires, explicitée par les Cortes de Cadix(1) en 1812 : ce sont les fameux fueros municipales. L'université de Salamanque les décrit précisément : « Les chartes locales, chartes municipales ou, simplement juridictions disposaient en leurs termes du droit applicable dans une certaine localité ou territoire dont le but était de réglementer la vie locale en établissant un ensemble de normes, coutumes héritées, droits et privilèges accordés soit par le roi, soit par le seigneur de la terre, ou convenus entre les habitants eux-mêmes. Ce système de droit local fut utilisé dans la péninsule ibérique depuis le Moyen Âge et fut la source la plus importante du droit espagnol.»
Note (1): La première constitution espagnole de 1812 décréta la suppression des fors pour favoriser l'égalité de tous les Espagnols sur tous les territoires. Cependant, ils furent restaurés sous le règne de Ferdinand VII (1814-1833)


On notera que sous le règne des Habsbourg les fors furent toujours respectés par le pouvoir central et parfois même élargis quand nécessaire dans la tradition du Saint-Empire, alors que l'avénement des Bourbons déclencha la centralisation forcée(2) dans la grande tradition césarienne française.
Note (2): par les Decretos de Nueva Planta les royaumes de la couronne d'Aragon favorable à une succession autrichienne furent dépouillés de leurs tribunaux, institutions propres et de leurs fors, qui furent remplacés par les modèles castillans, tandis que Navarrais et Basques conservèrent les leurs pour avoir soutenu les Français.


Pour revenir chez nous, le projet monarchique doit cesser les dérives caporalistes de la République Cinquième en instituant une monarchie fédérative et sociale qui se préoccupera d'abord du bonheur possible des gens, sur leurs terres, et de leur réelle protection, avant toute éducation des masses. Sinon, l'Etat deviendra vite oppressif si d'aventure il vous vient à l'esprit de faire autre chose que de consommer : penser à haute voix par exemple en dehors du catalogue officiel du prêt-à-penser. Nos chefs de la police (ou plus joliment dit "ministres de l'Intérieur") sont devenus progressivement ceux de la police de la pensée ! De Valls à Darmanin, c'est flagrant. Que l'Etat gère l'opinion au niveau national fut de toutes les époques, mais les libertés basses (clic) sont les plus valables, qui méritent d'être défendues pied à pied, même le dos au mur. Un article plus long embrayerait maintenant sur l'idée de décentralisation de Charles Maurras, mais les Amis du Chemin de Paradis font ça très bien.

En guise de conclusion, nous pouvons rappeler ce propos de Patrice Sicard(3) que le quotidien numérique Je Suis Français remet en ligne aujourd'hui et qui militait dès la fin des années 60 pour le moins d'Etat par la monarchie justement :
« Nous tirons de l’expérience historique les caractéristiques institutionnelles de l’État monarchique. Pour désamorcer l’impérialisme de l’État technobureaucratique, la solution est précisément la création d’un État dont le ressort profond ne soit pas la prise en charge universelle de tous les aspects de la vie nationale. Nous sommes royalistes parce qu’il n’y a pas moyen d’avoir un minimum d’État autrement que par la monarchie. Nous voulons réduire l’invasion de la société par l’appareil étatique, mais d’un autre côté celui-ci doit être assez indépendant, structuré et ferme pour imposer l’intérêt national, résorber les contradictions sociales, jouer la carte des forces populaires contre la technobureaucratie qui ne se dissipera certainement pas par un coup de baguette magique.»

Note (3): Patrice de Plunkett


A l'occasion, relire sur ce blogue-ci la lettre à Angèle de Robert Brasillach sur le carlisme en cliquant ici.
Et méfiez-vous des imitations !

Liens de cet article en clair :
- Carlos VII : https://es.wikipedia.org/wiki/Carlos_de_Borb%C3%B3n_y_Austria-Este
- Libertés basses : https://royalartillerie.blogspot.com/2008/01/libertes-basses.html
- L'idée de décentralisation : https://maurras.net/2008/03/24/lidee-de-decentralisation/
- Patrice Sicard : https://www.jesuisfrancais.blog/2023/06/06/breves-de-patrimoine-de-laction-francaise-patrice-sicard-dans-les-annees-1960-definissait-sous-forme-precise-et-equilibree-les-caracteristiques-institutionnelles-de-letat-m/
- Lettre à Angèle : https://royalartillerie.blogspot.com/2005/02/en-ces-jours-dartillerie-revenons-au.html

dimanche 8 octobre 2017

Réponse à Royauté-News sur le catalanisme


Re votre article du 6 octobre 2017 : Catalogne, un tournant à négocier avec intelligence.

On y lit à propos des institutions européennes : Cet objectif (ndlr: l'indépendance) convient parfaitement à l'Union européenne, qui souhaite dépecer les États pour mieux asseoir son autorité technocratique et atlantiste, et pour qui cette principauté qui, autonome depuis des siècles, avait tout (avec l'Écosse) pour donner l'élan à un mouvement plus généralisé en Europe.

Bien que les fédéralistes soient nombreux en Europe et dans les institutions centrales, l'émiettement des Etats n'est pas l'objectif. Concrètement, si l'on a choisi dans le passé la régionalisation des crédits européens (parce que tout commence et finit au fric), c'était pour rapprocher le bailleur de l'utilisateur final et de contrôler au plus près la mobilisation des lignes budgétaires, et accessoirement, éviter le coulage possible au niveau du gouvernement national à travers des fameuses études d'impact et de faisabilité qui nourrissent les officines subventionnées. Mais on a vite vu le coulage se décentraliser...
L'Union a un mal de chien à avancer à 28 (27) chacun ne voulant voir que sa gamelle. Il ne fait aucun doute que les égoïsmes seront exacerbés par une régionalisation des pouvoirs. C'est pourquoi la Commission de Bruxelles, comme la banque centrale et le parlement ont prévenu les dirigeants de Barcelone que l'indépendance allait les chasser du cercle de famille.

Concernant la transition franquiste maintenant. Vous dites (RN1) : L'erreur des Princes Carlos Ugo et Alphonse, le Duc de Cadix, aura été de suspendre sans condition leurs légitimes prétentions au moment où s'organisait, sous les auspices franquistes, la future monarchie et se dessinait et se jouait l'après-franquisme, lorsque ces deux Princes, pour ne pas diviser le tissu espagnol, acceptaient Juan Carlos qui avait reçu la préférence du Caudillo. La faute des rois Juan Carlos puis Felipe aura été de ne pas satisfaire les légitimes aspirations des provinces selon la doctrine Carliste.

Je ne suis pas sûr que l'accession au trône de l'aîné d'Espagne aurait été pérenne. Dans un pays opprimé sur deux générations par la dictature, les peuples hispaniques n'auraient pas longtemps supporté la petite-fille du Caudillo comme reine, et son tempérament de feu aurait donné prise à médisances et calomnies jusqu'à l'émeute. Reste la régence carliste, le parti de l'Honneur, disait Brasillach. Il est indéniable que son régionalisme poussé à fond conviendrait assez bien au tempérament espagnol, dans un pays où, comme s'en agaçait Ferdinand VII, huit millions de rois gouvernent. Ramener les impatiences et la "justice" au niveau des "pays" (fueros ou chartes municipales) est une mesure sage, laissant le régalien au roi sous surveillance des Cortes. Mais le parti carliste est divisé en trois courants hostiles qui s'enterrent dans les fractures politiques espagnoles, ce qui lui ôte toute chance de succès sauf d'estime. La branche actuelle des Bourbons qui règne à Madrid est le seul choix workable. Qu'elle enthousiasme toute l'Espagne est une autre question, même si Felipe VI et sa famille se donnent à fond. Basques de souche et Catalans de souche ne les aiment pas et les Espagnols dans leur ensemble ne sont pas des royalistes acharnés, mais apprécient une représentation de qualité à l'extérieur. C'est insuffisant.

L'article de Royauté-News se termine sur le "malaise culturel" en région. Pour avoir connu l'Espagne franquiste, je ne vois pas aujourd'hui de malaise identitaire dominant en aucune des régions, ce qui explique l'insuccès du séparatisme basque et sa folklorisation. Les Catalanistes (parfois enrichis) ont choisi d'éviter l'insurrection armée qui risque votre peau, au lieu de cela ont travaillé au corps la société catalane, comme vous le dites si bien, et jusque dans les écoles, pour arriver par les urnes et fermer le ban à la cubaine. Ils n'aboutiront pas mieux que les Basques pour la simple raison que dans un monde digital et bientôt quantique, les gens sont fatigués des binious et pastourelles politiques, surtout quand ils détectent chez les chefs une soif inextinguible de pouvoir pour le pouvoir. Merci d'avoir évoqué les 60 millions d'euros externalisés par le président Jordi Pujol. En fait c'est cent millions que l'on cherche.

A noter qu'il n'a jamais existé dans l'histoire d'Etat catalan. Même les barons francs de Barcelone que l'on vit à Senlis en 987 répondaient au rex francorum. Quant à Mariano Rajoy, c'est un politicien comme il en faut pour vidanger les écuries d'Augias, avec la particularité d'être Galicien, donc sensible aux identités fortes. Est-ce pour cette qualité qu'il a anticipé l'échec de la revendication catalane ?

lundi 20 juillet 2009

Le Duc d'Aranjuez

Mgr Sixte-HenriA l'occasion des camps Maxime-Réal-del-Sarte précédents, Royal-Artillerie a présenté le château autant que le programme ou la journée portes ouvertes. Il est sans doute venu l'heure de parler du maître de céans, celui sans qui rien ne se ferait d'excellente façon, le prince Sixte-Henri de Bourbon-Parme. Sa vie n'est pas un long fleuve tranquille et le présenter en un seul billet reste un défi.
C'est d'abord un palois, né en 1940 dans la famille ducale de Parme par Madeleine de Bourbon-Busset qui lui légua le château de Lignières. Son père, François-Xavier (1889-1977), eut avec quatre filles deux fils : Charles-Hugues (1930-) et Sixte-Henri, le dernier né de la fratrie. Cette famille est désignée régente par la succession carliste¹ espagnole depuis le décès sans postérité d'Alphonse-Charles de Bourbon en 1936. A qui va l'héritage de Philippe V est une autre affaire... ils ont aussi leur querelle dynastique en Espagne.

Mgr Sixte-Henri est un prince carré² qui pense clair et qui séduit par ses idées "humaines". Adversaire de la levée en masse, il doute du concept meurtrier de Nation exalté par Lazare Carnot sans que soit diminué son patriotisme primaire, le seul qui vaille vraiment, réglé par une tradition catholique modérée de gallicanisme. Comme chez tout carliste, patriotisme et loyauté dynastique vont de pair, faut-il encore que les lois fondamentales soient applicables sans taches aux lignées désignées, ce dont il avoue quand même douter pour le royaume de France.

Doté d'un fort mental, il s'engagea dans le Tercio à 25 ans et s'en fit aussitôt jeter par Franco qui ne souhaitait pas qu'un Carliste - son extrême-droite à lui - enrichisse son curriculum vitae avant la restauration. Grâce à son logiciel de valeurs traditionnelles intactes, il bénéficie d'un esprit prévisible, et quand fut promulguée la nouvelle constitution espagnole de 1978 par le roi Juan-Carlos, le prince Sixte-Henri estima grand l'écart accepté par la lignée isabellitaine, jusqu'à refuser de jurer fidélité à la couronne. Il coiffa le béret rouge pour de bon.
Sans doute pour cette lisibilité fut-il naturellement désigné Régent de la Communion carliste traditionaliste quand le mouvement se divisa en deux après la dérive "autogestionnaire-à-la-yougoslave" de son frère aîné. La querelle s'apaisera-t-elle avec les fils de Charles-Hugues³ ?

Charles VII
Petit rappel : "Le carlisme est un mouvement politique né de "l'abolition" de la loi salique des Bourbon par Ferdinand VII, peu avant son décès. Veuf une troisième fois et sans descendance, le roi Ferdinand se maria pour la quatrième fois avec Marie-Christine de Bourbon et avait désigné comme son successeur son frère cadet Charles de Bourbon. Mais fin mars 1830, la reine Marie-Christine est enceinte. Alors le roi promulgue la Pragmatique Sanction abolissant la loi salique importée de France par son ancêtre Philippe V. La mesure déclenchera trois guerres civiles déclarées par les partisans de Don Carlos (Charles V), baptisés "Croisés du Roi", guerres majeures qui au début (première guerre de 1835 à 1839) impliqueront l'intervention de puissances étrangères en soutien de l'usurpation organisée par Louis-Philippe Ier qui cèdera à l'Espagne sa première Légion étrangère. Les Anglais lèveront un corps expéditionnaire (de sacs et de cordes) et les Portugais une division d'élite que l'on vit peu. Mais combattra aussi un bataillon de lanciers polonais dans le camp de la reine et un bataillon d'anciens légionnaires dans le camp du "roi" renforcés de centaines de légitimistes français qui mirent leurs idées à la pointe de l'épée.
La définition que donne Maurras de la monarchie (héréditaire et traditionnelle, antiparlementaire et décentralisée) correspond au modèle carliste très attaché aux chartes locales et à la tradition catholique. Il prisait peu le régime libéral anglais de la monarchie inter-républicaine des rois Alphonse XII et XIII : « « Dans cette Espagne où le droit de Castille, le droit indigène, fonde la succession en ligne féminine, qui donc fut pendant très longtemps l’unique champion des traditions les plus anciennes et les plus chères du pays, de ses fueros sacrés ? Ce fut l’héritier de la loi salique, le tenant du droit bourbonien ! Ce fut Don Carlos ! ». Maurras n'aurait pas compris qu'après tant de malheurs, la longue régence de Franco se fermât sur un retour aux vomissements parlementaires antérieurs. L'Espagne se découd chaque jour.


On peut lire maintenant sa dernière proclamation carliste qui date du 23 mai 2006 :

croix de Bourgogne ou carliste
A mi Secretaría Política

Madrid

Contemplo con preocupación e inquietud crecientes la situación de nuestra Patria. Las naturales consecuencias del sistema liberal, siempre disolvente, parecen sucederse a un ritmo cada vez más rápido. El clima creado tras los trágicos atentados del once de marzo (cuyas sospechosas implicaciones parecen salpicar, en mayor o menor grado, a todos los partidos políticos que hoy secuestran la representación popular) y el Gobierno que surgió de ellos, están favoreciendo una decadencia moral sin precedentes, la quiebra del Estado y la disgregación de lo que queda de España.

Ante tal panorama, algunos, quizá bienintencionadamente, reivindican la Constitución de mil novecientos setenta y ocho, que además de ilegítima ha favorecido el proceso disgregador; otros levantan bandera por una España jacobina, construcción tan artificial y revolucionaria como los nacionalismos regionales. Los hay que miran a Europa o a poderes cuyo centro está aún más lejano, sin percatarse de que sólo a la Hispanidad y a la Cristiandad pertenecemos y nos debemos, y que vincularnos a otros significa capitular y desaparecer.

Frente a todo ello debería alzarse el Carlismo, la Comunión Tradicionalista, salvaguarda de las Españas verdaderas. Pero hasta en nuestras filas se da esa confusión propia del momento, y la falta de unidad, de entrega, de constancia y de disciplina están impidiendo la eficacia en la acción. Tal vez la causa haya que buscarla en la falta de la virtud teologal de la esperanza, que hace a los cristianos trascender la fácil dicotomía de optimismo y pesimismo.

La hora es grave, extremadamente grave. Nuestra responsabilidad histórica es enorme. Pido a todos que con esfuerzo militante, espíritu de sacrificio y sentido de urgencia, se agrupen en torno a la Secretaría Política que creé hace casi cinco años. Y lo hago con las mismas palabras que usé hace treinta, en mi Manifiesto de Irache: "En épocas como la pasada, cuando se ha perdido el norte, es natural que algunos, desorientados, hayan buscado el acomodo que su conciencia o las circunstancias parecían indicarle como aceptable. A nadie culpo, a nadie reprocho y a todos llamo para que juntos procuremos una vez más, servir lealmente los altos intereses de nuestra Patria".

En el exilio, a veintitrés de mayo de dos mil seis, festividad de la aparición del Apóstol Santiago en la Batalla de Clavijo, mes de la Santísima Virgen María.

Sixto Enrique de Borbón


C'est donc avec un prince politique dont la devise reste « Dios, la Patria, los Fueros, El Rey, » qu'ont rendez-vous les participants au Camp Maxime Real del Sarte 2009. Il s'exprime régulièrement par le canal d'un secrétariat politique sur l'actualité du Monde. Un petit tour sur le site de la "Comunión Tradicionalista" vous assurera de la vitalité du mouvement carliste.
Le CMRDS 2009 commence dans un mois à Lignières.
Vous y rencontrerez l'Histoire.


Note (1): sur le carlisme on peut consulter la Wikipedia et un texte de Brasillach ici.
Note (2): on lira avec grand intérêt l'entretien donné jadis à Catholique & Royaliste.
Note (3): la question des droits de la branche aînée est évoquée ici.



blason Alph13
Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez aussi le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

mardi 11 octobre 2005

Godoy, l'énigme.

Godoy est un inconnu en France et pourtant.
Présence de l'absence, ce nom se murmure parfois, et parfois se crie comme une insulte. C'est un sésame de dispute dans la querelle dynastique française. On vous explique ici pourquoi.

Emmanuel de Godoy y Alvarez de Faria naquit à Badajoz le 12 mai 1767. On ne rapporte aucun phénomène cosmologique ou sismique. C'était le fils d'un colonel de l'armée espagnole, à l'éducation soignée. Plusieurs ancêtres de Godoy appartinrent aux ordres militaires de Santiago et de Calatrava, comme deux de ses frères ensuite, l'un devenant même "Maître" de ces deux ordres.
A 17 ans, Emmanuel de Godoy fut nommé dans les Gardes du Corps à Madrid comme son frère; celui-là même que le roi Charles III exilera de la cour pour ses avances exagérées à la princesse des Asturies, Marie-Louise. Un jour d'escorte de la sérénissime princesse sur le chemin de Ségovie, le cheval de Manuel se cabre et le jette au sol. Après une sainte colère, il remonte aussitôt, attirant par son éclat l'attention du prince et de son épouse. A 21 ans, il est présenté officiellement aux princes des Asturies (titre porté par l'infant d'Espagne comme aujourd'hui). Doué d'une belle conversation et d'un minois séducteur, il s'attirera l'affection et l'amitié de Charles et de Marie-Louise.

In 1788, Marie Louise est dans sa 37ème année. Certains la disent gracieuse, élégante, mais peu attrayante, un peu légère et même arrogante, jusqu'à avoir carrément gâché la vieillesse de Charles III au palais. L'ambassadeur de Russie qui ne l'aimait pas, la trouva jaunâtre et édentée sans doute à cause de ses nombreuses maternités et fausses couches.Marie Louise de Parme

Le prince des Asturies accède au trône le 14 décembre 1788 sous le nom de Charles IV. Le 30 du mois, Godoy est nommé cadet surnuméraire au palais. En mai 1789, il devient colonel de cavalerie, en novembre, chevalier de Santiago, en août 1790, commandeur de l'Ordre, en février 1791, aide de camp, mars, gentilhomme de la cour, juillet, lieutenant général et grand-croix de Charles III. Mais ce n'est pas fini, en 1792, il reçoit le titre de duc d'Alcudia avec la grandesse d'Espagne, en novembre, la Toison d'Or et au printemps de 1793, le commandement en chef. Il a vingt-six ans. Suivront les titres de duc de Sueca, marquis d'Alvarez, sieur de Soto de Roma. En la circonstance, fulgurant est un qualificatif faible !

Charles IVLes relations amoureuses entre la reine et Godoy seront de notoriété publique au point de lui attribuer la paternité des infants François de Paule et Isabelle, future reine de Naples, que la belle-maman aura plaisir à insulter comme une "bâtarde épileptique engendrée par le crime et le mauvais oeil". Ces calomnies retentiront jusqu'à aujourd'hui dans la querelle dynastique française puisque la branche aînée des Bourbons est issue de François de Paule, par la primogéniture généalogique suivante :
Philippe V (1683-1746) fils de Louis Grand Dauphin le fils de louis XIV - Charles III (1716-1788) troisième fils régnant du précédent - Charles IV (1748-1819) fils du précédent - infant François de Paule (1794-1865) fils du précédent (le fils de Charles IV, Ferdinand VII n'aura que des filles) - François d'Assise (1822-1902) fils du précédent - Alphonse XII (1857-1885) fils du précédent - Alphonse XIII (1886-1941) fils posthume du précédent et prétendant au trône de France à la suite du décès du comte de Chambord - Jacques (1908-1975) fils du précédent - Alphonse (1936-1989) fils du précédent - Louis Alphonse (né en 1974) fils du précédent, désigné comme Louis XX par les légitimistes français.

En 1789 éclate la Révolution française ! Le premier ministre de Charles III toujours en poste, Floridablanca, ferme les frontières pour arrêter la propagation des idées sulfureuses et menace clairement la Convention. Quand Louis XVI est emprisonné, il déclare la Convention responsable de la sécurité de la famille royale, aggravant ce faisant leur cas. Et dans un grand élan de moralité, il accuse par devant Charles IV, la reine et Godoy de relations prohibées. En janvier 1792 il sera renvoyé et jeté en prison. Il finira ses jours chez lui, à Murcie. Lui succèdera Aranda, ancien premier ministre de Charles III, ami de Voltaire et de certains révolutionnaires français. Il reconnaîtra la République française dès que Louis XVI sera destitué, en échange de quoi il obtiendra de la France qu'elle reconnaisse la neutralité espagnole dans le conflit européen en cours.
Le reine en profite pour obtenir sa destitution afin de le remplacer par ...... Godoy qui prend ses fonctions le 15 novembre 1792. Selon toutes probabilités, Marie Louise compensera de la sorte la nullité politique de Charles IV, avec son probable consentement.

Godoy par Goya
Godoy suivra la ligne de neutralité et tentera de sauver la famille royale de France, mais en vain. A l'exécution de Louis XVI, Charles IV enverra à la Convention une lettre que celle-ci jugera inconvenante, lui déclarant aussitôt la guerre. Les Bourbons devront-ils quitter leur trône usurpé ? La libération du peuple le plus magnanime d'Europe sous le meilleur des climat gagnera-t'elle la partie ? C'est bien ce qui se disait alors en Espagne quand le général Ricardos meurt à la porte de Perpignan. Aranda tentera de stopper l'offensive espagnole, arguant de la pusillanimité de Charles IV et de Godoy. Au sortir du Conseil, il s'entendra dire par Charles IV: "Au service de mon père vous fûtes effronté et têtu, mais n'étiez jamais allé jusqu'à l'insulte". Il sera embastillé dans la nuit. La France regagnera le terrain perdu et entrera en Espagne jusqu'à Miranda de l'Ebre. Pour stopper l'invasion, Godoy signera en juillet 1795 la paix de Bâle pour échanger les territoires conquis par les Français contre l'île de Saint-Domingue. Godoy en retirera personnellement le titre de "prince de la Paix". C'était la première alerte, l'Europe redessinait ses frontières.

Le 18 août 1796, Godoy s'allia à la France par le traité de San Ildefonso, stipulant que l'Espagne conserverait la Louisiane tant que la Grande Bretagne n'aurait pas rétrocédé Gibraltar, et déclara aussitôt la guerre à l'Angleterre. Hélas la défaite de l'escadre au cap Saint-Vincent en février 1797 brûlera son projet et ce n'est pas la perte du bras de l'amiral Nelson devant Santa Cruz de Tenerife qui l'en consolera.
La situation économique désastreuse tant de l'Espagne que de la Grande Bretagne obligera les belligérants à déposer les armes. Les relations de Godoy avec le Directoire dès lors se renforceront.

A cette époque, Godoy fera donner à son amante de longue date, Pepita Tudo, les titres de comtesse de Castillofiel et de vicomtesse de Rocafuerte. Certains parlèrent d'un mariage secret célébré le 22 juin 1797 au Prado. Pepita, orpheline d'un artilleur, avait vécu depuis l'âge de seize ans dans la maison de Godoy, en compagnie de ses deux soeurs et de sa mère, à la suite d'une réclamation que cette dernière était venue faire un jour, contre la lenteur de sa pension de veuve. Deux garçons naîtront de cette liaison, Manuel en 1805 et Louis en 1807. A 90 ans passés, Pepita confiera à un publiciste que Godoy n'avait jamais connu qu'un amour éternel et désespéré : la reine Marie-Louise.
Le roi cependant lui avait choisi pour épouse, Thérèse de Bourbon et Vallabriga, la fille de l'infant Don Louis comte de Chinchon, cousine de Charles IV et future comtesse de Chinchon. C'était fait pour qu'il rompe bien sûr avec la Pepita !
Le 5 septembre un décret autorisera le mariage de Godoy. Ce mariage était le fait du prince. Les époux se détesteront immédiatement ! Selon l'ambassadeur allemand, après avoir reçu la dot de cinq millions de réaux par son mariage avec Thérèse, Godoy eut l'audace d'installer chez lui Pepita Tudo en lui laissant la meilleure place à ses côtés, que les circonstances fussent publiques ou privées. Dès les premiers mois, les invités des Godoy durent souvent ravaler leur gêne de partager la table avec Godoy, son épouse Thérèse et Pepita sa maîtresse ! Le futur ministre Jovellanos en fut témoin.
En 1797 celui-ci entra au Conseil pour le portefeuille de la Justice, en même temps que Saavedra prenait l'Economie. Tous les deux cherchèrent à faire sortir Godoy du Conseil. Dans une discussion à propos d'un simple camp militaire de la frontière portugaise, Charles IV finit par suivre Saavedra et renvoya Godoy qui remit sa démission formelle le 28 mars 1788. Le roi avait succombé aux pressions du Directoire et de la reine Marie-Louise qui entre-temps avait changé d'amant.
Le roi continua tout de même à honorer son ami Godoy :"Manuel, prend soin de toi, parce que nous avons besoin de toi, parce que tu es le seul ami que nous ayons, et que nous t'aimons comme depuis toujours".
Godoy fut donc remplacé par Saavedra, qui lui-même démissionnera en août 1798, juste après Jovellanos, à cause de l'anarchie qu'à tous les deux ils avaient provoquée. On les remplaça par Urqijo qui était passé aussi par les draps de la reine, rousseauiste, anticlérical et ancien protégé d'Aranda, qui suivra tranquillement les directives du Directoire.

Mais le 9 novembre c'est le coup d'état à Paris (18 brumaire). Bonaparte qui méprisait Urqijo, nomma ambassadeur en Espagne son frère Lucien avec pour mission de gagner Charles IV et Godoy à sa cause. Urqijo proteste; il est renvoyé le 13 décembre 1800 et emprisonné à Pampelune. Godoy refusa le poste mais fit nommer une de ses relations politiques comme premier secrétaire, Pedro Cevallos, qui dirigera dans cette fonction tout le quotidien du gouvernement de Madrid. Charles IV amusé lui dira :"C'est mieux comme ça, Manuel, si c'est un parent, tout restera en famille!"

Mais il est des contempteurs du pouvoir qui s'agitent dans l'ombre. Depuis 1789 déjà, Goya était peintre de la cour, mais sur recommandation de Godoy qui lui avait acheté les Maya ainsi que sa collection de "Bizarres", et qui avait même pris soin d'étudier le langage des signes pour communiquer avec lui, il devint le 31 décembre 1799, premier peintre de la cour. Goya était passé par le lit de la duchesse d'Albe avec laquelle il partageait une haine solide de Marie-Louise, jusqu'à mettre son art au service de la "ridiculisation" des souverains d'Espagne. La duchesse reçut un jour de ses informateurs à Paris, les modèles de costume que la reine entendait porter; aussitôt fit-elle faire les mêmes pour elle et sa suite de demoiselles d'honneur, afin de parader au Retiro ou rue de Alcala à Madrid. Quelques mois plus tard, le palais de Liria, résidence de la duchesse brûlait, elle avec. Elle "s'éteignit" à 29 ans, le 23 juillet 1802. Les commérages madrilènes allèrent bon train à l'encontre de Godoy et de Marie-Louise qui l'auraient dit-on empoisonnée, la privant ainsi de réactions.

En 1800 naquit Charlotte Louise (+1886) fille de Godoy et de Thérèse. Les souverains viendront de l'Escorial pour assister au baptême célébré par le grand Inquisiteur en personne dans les appartements royaux. On la décora de l'ordre de Marie-Louise, réservé d'ordinaire aux infants d'Espagne. La reine qui s'était entichée d'elle jusque pendant son exil à Rome, essaiera de la marier à son fils François de Paule. Ce qui contredirait en passant la rumeur publique sur la paternité douteuse de François de Paule. Charlotte enfant, Thérèse dira d'elle :"Je déteste cette créature qui par sa seule présence me fait souvenir que mon mari est son père!". La reine ainsi la protégeait.

En 1801 Pedro Cevallos et Lucien Bonaparte (d'ordre et pour compte de Godoy et Napoléon) signèrent trois pactes et lancèrent un ultimatum à Lisbonne. Par lequel, en échange du royaume d'Etrurie pour le beau-fils du roi, l'Espagne s'accommodait des exigences françaises d'invasion du Portugal, au motif qu'il refusait de fermer ses ports aux Anglais dans le cadre du Blocus continental décrété par Bonaparte. La guerre du Portugal reçut le nom de "guerre des oranges" par une lettre de Godoy à la reine dans laquelle il racontait : "Les troupes m'ont donné du jardin de Yelves deux rameaux d'oranger que je mets aux pieds de la reine".
Ainsi Godoy prendra le commandement des troupes qui envahissent le Portugal le 16 mai 1801, pour 48 heures seulement, le temps de recevoir des Portugais leurs implorations de paix. Godoy la signera sans le consentement de Napoléon dont les intentions étaient d'occuper militairement le Portugal. L'Espagne annexera la forteresse d'Olivenza et la France une partie de la Guyane.

En 1802 ce fut la Paix d'Amiens avec l'Angleterre. L'Espagne perdait Trinidad et recouvrait Minorque. La France vendit la Louisiane aux Etats-Unis d'Amérique en oubliant le droit de préemption de l'Espagne. C'est alors que Godoy et Marie-Louise interceptèrent une lettre de Napoléon à Charles IV dans laquelle il était dit sans ambages que "le vrai roi d'Espagne c'est Godoy, qui d'ailleurs est l'amant de la reine". Ils rapportèrent la lettre chez l'ambassadeur français et se rendirent chez le roi, lui indiquant au passage que la couronne d'Espagne ne devait donner aucune suite aux injonctions éventuelles d'un infâme tyran. Le 11 octobre 1803 l'ambassadeur se présente devant Charles IV avec la fameuse lettre de Napoléon. Le roi la prend et conclut immédiatement l'audience. Napoléon après une violente colère, s'estimera floué par Godoy et Charles IV.

1805, le 5 octobre. Les Anglais surveillent plusieurs bateaux espagnols revenant du Pérou pour se joindre à l'escadre française. Le 21, c'est Trafalgar et la consécration de la suprématie britannique sur les mers, et la fin de la liberté de navigation des flottes espagnoles. L'Espagne est abattue. Le prince des Asturies, Ferdinand, commence à réunir autour de lui les déçus de la politique Godoy, et son professeur Escoiquiz ira jusqu'à créer une parti de propagande avec l'unique objectif de discréditer Godoy et les souverains. Des affiches seront publiées, certaines réalisées par Goya, montrant les souverains et Godoy dans des postures obscènes. Marie-Louise écrivit à Godoy : "Ma belle-fille est une vipère et une grenouille à l'agonie (elle mourra de tuberculose l'année suivante)".

Après la mort de sa femme, Ferdinand accusant Godoy d'indignité, écrira à Napoléon le suppliant de lui trouver une princesse de son sang comme seconde épouse. Godoy révèlera alors la haine que lui portait Ferdinand et demandera pour lui-même la régence du Portugal. Le 27 octobre 1807, au traité de Fontainebleau, le Portugal sera partagé entre la France, l'Espagne et ... Godoy qui récupèrera le sud avec le titre de "roi des Algarves", se mettant ainsi à l'abri de toutes rétorsions de la part du successeur de Charles IV, le futur Ferdinand VII. Le Portugal fut envahi par les Français et les Espagnols. C'est à ce moment-là que Godoy apprit que Napoléon envisageait de mettre son frère Joseph sur le trône d'Espagne. Ferdinand VII
La décomposition de la monarchie espagnole était à son comble. Tous les espoirs nationalistes se tournèrent vers le prince des Asturies. Le 28 octobre 1807 à l'Escorial, à la demande de la reine, Godoy étant retenu par la maladie à Madrid, le roi fit irruption dans les appartements de Ferdinand, et explosa de rage en découvrant les preuves d'une conspiration, puis ordonna les arrêts de rigueur pour le prince. Quand Godoy lui rendit visite quelques jours après, Ferdinand lui sautera au cou en pleurant: "Manuel, Manuel, sauve-moi de grâce !". Il écrira ensuite à son père le roi s'accusant d'avoir manqué à ses devoirs et implorant son pardon et la permission de lui baiser les pieds. Se défendant d'avoir projeté la mort de son père, d'avoir demandé l'aide de Napoléon, et montrant ici la bassesse qui anima tout son règne à venir, il dénoncera tous ses complices conspirateurs: Escoiquiz, Infantado, Orgaz, Ayerbe, et jusqu'à sa défunte épouse. Le roi pardonnera, et dans un jugement en forme de farce d'opérette, acquittera tous les prévenus.
Le 22 décembre, de nouveaux contingents militaires français pénétrèrent en Espagne sans la permission du gouvernement espagnol. Le 1er février 1808, Junot prit la régence du Portugal au nom de l'Empire français.

En mars 1808, Murat arrivait aux portes de Madrid. Ferdinand pensa qu'ils lui apportaient la couronne. Alors Godoy qui avait compris, tenta de faire partir les souverains et la cour vers le Mexique. Le 15 mars, la cour quitta l'Escorial vers Séville, et le 16 s'arrêta à Aranjuez. Le bruit courait la ville que Godoy avait vendu le pays à Napoléon afin d'empêcher Ferdinand d'occuper le trône. La rumeur était soutenue par les partisans du prince jusqu'à provoquer ce que les historiens appelleront "l'émeute d'Aranjuez". Godoy alla au palais pour raconter les folles rumeurs à Charles et Marie-Louise. Paternellement, Charles lui dira: "Dors en paix cette nuit; je suis ton bouclier, mon Manuel, et je le serai toute ma vie". Godoy sur ces entrefaites à qui il ne fallait jamais en promettre, passera toute la journée de l'émeute dans le lit d'une dame dont l'histoire a tu le nom jusqu'à nos jours.
Mais le 17 mars, la populace dirigée par les partisans de Ferdinand monte à l'assaut de la demeure de Godoy. Ils n'y trouvent que Pepita, sa femme Thérèse effrayée et sa fille. Au lieu de les attaquer, on les tranquillise leur faisant croire qu'on était venu pour les délivrer. La foule les accompagne ensuite au palais royal, criant "les innocents ont la vie", "la colombe innocente vit". Marie-Louise les accueille et blâme au passage Thérèse de n'avoir jamais été une vraie mère. A partir de cette nuit, les souverains prendront soin personnellement de leur chère Charlotte, tandis que Thérèse s'enfuira à Tolède chez son frère le cardinal-primat.
Le 19 au matin, on trouve Godoy caché dans sa demeure et il est aussitôt transféré au quartier des Gardes du Corps au milieu d'une volée de coups non retenus. Devant cette situation insurrectionnelle, et peut-être aussi pour sauver la vie de Godoy, Charles IV abdique alors au bénéfice de son fils qui devient Ferdinand VII.
La première décision du nouveau roi sera la confiscation de tous les biens de Godoy, et son emprisonnement au château de Villaviciosa de Odonis, propriété de son épouse, héritière de son père, l'infant Don Louis.

Le 21 mars 1808, Murat débarque à Aranjuez et Marie-Louise lui demande l'aide de Napoléon. L'Empereur ordonnera la libération de Godoy et son transfert en France, à Bayonne. Quatre jours après l'abdication Charles écrivit à Napoléon que son abdication était feinte au vu des circonstances. Napoléon le convaincra de venir le voir à Bayonne. Godoy sera libéré du château de Villaviciosa par Murat le 10 avril. Murat décrira la scène à Napoléon: Godoy sans chemise, sans vêtements ni soin d'aucune sorte, une barbe longue et mauvaise, pieds nus, certaines plaies non encore refermées. Napoléon ordonna que Godoy lui soit amené à Bayonne. Un peu effrayé que son père ne parle à Napoléon avant lui, Ferdinand VII fonça sur Bayonne où il arriva le 20. Godoy arriva le 26, l'impératrice Joséphine le 27, les souverains le 30, Pepita et toute sa famille le premier mai. On a là le spectacle le plus honteux qu'ait jamais donné la monarchie espagnole, une reddition en masse.
Au souper donné par l'Empire, avant que Charles ne déconsidère son fils félon, Napoléon lui cria: "Vous n'êtes qu'un malfaisant, un animal !". La reine ira jusqu'à demander à l'empereur de fusiller le Ferdinand pour arrêter les émeutes. "Elle semblait un momie à moitié défaite" notera Joséphine avec perfidie. Le 2 mai, Murat court à Madrid récupérer le reste de la famille royale, à travers une foule massée devant le Palais royal, appelant au soulèvement contre les Français.
Charles IV abdiquera finalement le 5 mai 1808 en présence de Napoléon, lui cédant le royaume d'Espagne et ses propriétés en propre, contre le château de Compiègne, le château de Chambord, et une pension viagère, qu'il ne recevra jamais. Le 6 mai, Ferdinand, ignorant l'abdication de son père, abdiquera lui-même en faveur de Charles IV. Et Napoléon donnera finalement le royaume à son frère Joseph, et nommera Urqijo au gouvernement. Le 5 mai, l'Empereur aurait dit à Ferdinand: "Prince, choisissez entre l'abdication ou le trépas, ici même". Celui-ci n'hésita pas plus longtemps que la nuit.
Le 9 mai, Charles IV, Godoy et leurs familles prirent la route de Fontainebleau. Ils seront transférés le 19 juin chez eux à Compiègne. Le 4 octobre ils descendront à Aix-en-Provence et le 24 s'installeront à Marseille pour quatre ans. Marie-Louise y sera accusée à tort d'avoir dérobé les bijoux de la couronne ! Le 18 juillet 1812, ils arrivent au terme de l'exode et s'installeront au palais Barberini à Rome.

En avril 1814 la guerre espagnole de libération se termine sur la retraite des Français. Ferdinand VII débarque à Madrid en provenance de Valençay où il était retenu depuis le 16 mai 1808. Il maintint l'exil de ses parents et de Godoy, duquel il soudoya les domestiques pour être tenu au courant de ses faits et gestes. Le 1er octobre 1814, Charles IV abdiqua une troisième fois en faveur de son fils Ferdinand VII, contre la modeste somme de huit millions de réaux. Ferdinand obtiendra du pape l'exil de Godoy et de Pepita (famille comprise) à Pesaro sur l'Adriatique.

Premier mars 1815, de retour d'Elbe, Napoléon débarque à Antibes !
Murat son beau-frère marche sur Rome. Charles et Marie-Louise épouvantés s’enfuient à Vérone où ils rejoindront Godoy et Pepita, lequel demandera à l'ambassadeur d'Autriche de les accueillir tous à Vienne. Mais Ferdinand informé par ses sbires les en empêchera. Après Waterloo, les souverains retournèrent à Rome avec Pepita et ses enfants, mais Godoy dut retourner à son exil de Pesaro.

En septembre 1815 les souverains demandèrent au pape l'annulation du mariage de Godoy afin qu'il puisse épouser Pepita. Marie-Louise témoignera en faveur de Godoy qui reviendra à Rome le 7 octobre après la levée du décret d'exil. Pepita et sa famille seront envoyées à Gênes pour sauver les apparences mais ses domestiques appointés par Ferdinand VII la feront découvrir, jusqu'à ce que la police soudoyée les chasse. Il en sera de même à Livourne. Elle s'établira finalement à Pise en 1817. Ferdinand VII se persuadera que le trésor royal avait été dérobé par Marie-Louise, Godoy et Pepita, et non pas engagé par Joseph Bonaparte pour couvrir ses dépenses de guerre. Il réclamera aussi un diamant en forme de poire appelé "La Perilla" que la reine avait donné à Godoy. Ainsi Pepita sera-t'elle soumise à un très vif interrogatoire de police la sommant de répertorier consciencieusement les biens dont elle disposait à Pise. Pepita, rusée sous son visage lisse, sut leurrer tout le monde. Un rapport de basse police établi plus tard à Paris en 1831, à l'époque où elle et Godoy séjournaient à Paris, fit état de bijoux portés par elle et estimés à la valeur de quatre millions de francs, ainsi qu'une mise en gage d'autres bijoux pour cautionner l'achat d'un hôtel particulier, d'une maison de campagne, en sus de quoi il fut noté qu'elle aidait pécuniairement certains compatriotes démunis.

En mars 1818 le plus jeune fils de Pepita et de Godoy mourut, tandis que le roi Charles avait attrapé la malaria. En octobre ce fut Godoy qui attrapa la malaria et Charles comme Marie-Louise se succédèrent à son chevet. Bien que libre-penseur, Godoy reçut l'eucharistie et l'extrême onction. Et il se rétablit.
Charles fut une nouvelle fois informé par des envoyés de Ferdinand VII de la liaison amoureuse entre la reine et Godoy, ainsi que de sa paternité douteuse sur Isabelle et François de Paule. Charles ira à Naples prendre les conseils de son frère Ferdinand IV, roi des Deux-Siciles, pour dénoncer les dispositions testamentaires en faveur de Marie-Louise, et pour faire annuler son mariage par le pape. Mais à Rome Marie-Louise attrapa une pneumonie qui l'emportera après plusieurs jours d'agonie le 2 janvier 1819, au cours desquels elle ne se séparera pas de Godoy. A sa fille Louisette elle dira quelques minutes avant son dernier soupir : "Je pars, je te laisse Manuel. Sois sure que toi et ton frère Ferdinand le roi d'Espagne ne trouverez jamais autant d'affection".

Charles écrivit dès le 7 janvier à Godoy qu'il était peu convenable pour un septuagénaire tel que lui de cohabiter avec une adolescente comme Charlotte. Il décida de faire à Charlotte une pension et demanda à Godoy de quitter le palais Barberini avec sa fille. Le 14 janvier, Charles fut pris de diarrhée et cinq jours après mourut à Naples de dysenterie. Ferdinand VII interdit le retour de Godoy et de sa famille à Madrid et parvint à leur supprimer toutes leurs pensions. Il empêcha aussi Charlotte de se marier avec plusieurs prétendants, mais elle prit tout le monde de surprise et se maria quand même le 8 novembre 1821 avec le prince italien Camilo Ruspoli. Plus tard ses oncles qui régentaient l'Espagne l'autorisèrent à rentrer, mais pas Godoy.

En 1828, Thérèse devenue comtesse de Chinchon, mourut à Paris. Le 7 février de l'année suivante Pepita et Godoy décidèrent de se marier. Le 11 avril toute la famille de Godoy s'installa à Paris. Le 29 septembre 1833 Isabelle montait sur le trône d'Espagne sous le nom d'Isabelle II en rupture de la loi salique rapportée par les Cortès (en 1789 et 1830), ce qui déclenchera la révolte carliste, "pour l'honneur". Godoy vit dans ce tumulte l'occasion de recouvrer tous ses biens et y parvint.

En 1836, Godoy publia enfin ses mémoires, respectant ainsi la promesse faite à Charles IV de ne pas le faire du vivant de Ferdinand VII. A cette époque Pepita débarqua elle aussi à Madrid pour récupérer ses biens propres. Pepita
Elle avait laissé à Paris avec Godoy, son fils de Manuel et ses petits-enfants, et ne les reverrait jamais plus. Le 31 mai 1847, le gouvernement de Joaquin Francisco Pacheco publia un décret réhabilitant Emmanuel de Godoy. Celui-ci, abandonné de tous, mourra le 4 octobre 1851 à Paris dans l'indifférence générale. Son corps sera déposé en l'église Saint-Roch, puis transféré au Père-Lachaise où il demeure aujourd'hui.

Manuel Godoy a laissé sa marque sur l'Espagne plus que ne le firent les rois Charles IV et Ferdinand VII. Il gouverna dans l'esprit des Lumières, supprima la censure, laissa entrer les ouvrages de l'Encyclopédie, mit des limites aux activités de la Sainte Inquisition, et autorisa le retour des Juifs dans le royaume. L'héritage culturel et éducatif de Godoy est important : création de l'Ecole Royale de Médecine, création du Corps des Ingénieurs et Cosmographes, écoles vétérinaires, écoles des sourds-muets, école de bijouterie, observatoire astronomique; il encouragea les publications et expéditions botaniques jusqu'à créer un musée de l'hydrographie et un grand jardin botanique. En outre il établit pour la première fois les règles d'exercice de docteurs et des pharmaciens. Un bel et grand homme d'état que le duc d'Alcudia !

Si d'aventure son acide désoxyribonucléique courrait dans les gènes des Bourbon d'Espagne, on pourrait considérer que ce fut un apport bénéfique, d'aucuns diront rénovateur.

Les faits relatés proviennent le plus souvent de Boadilla del Monte et de diverses biographies qui ont permis de croiser certaines dates.

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