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samedi 21 mai 2022

"Guerre"

Appelé par le Sud pour "affaires vous concernant" j'ai meublé mon voyage de l'inédit posthume de Louis-Ferdinand Céline dont toute la presse a parlé : "Guerre". La quatrième de couverture de Gallimard en est un bon résumé. Elle dispensera aux nécessiteux d'acquérir l'ouvrage au prix mirobolant de 19 euros, mais permettra de tenir le crachoir intelligemment lors du prochain dîner de la Préfecture. La voici à titre gracieux :

LF Céline
Parmi les manuscrits de Louis-Ferdinand Céline récemment retrouvés figurait une liasse de deux cent cinquante feuillets révélant un roman dont l’action se situe dans les Flandres durant la Grande Guerre. Avec la transcription de ce manuscrit de premier jet, écrit quelque deux ans après la parution de Voyage au bout de la nuit (1932), une pièce capitale de l’œuvre de l’écrivain est mise au jour. Car Céline, entre récit autobiographique et œuvre d’imagination, y lève le voile sur l’expérience centrale de son existence : le traumatisme physique et moral du front, dans l’« abattoir international en folie ». On y suit la convalescence du brigadier Ferdinand depuis le moment où, gravement blessé, il reprend conscience sur le champ de bataille jusqu’à son départ pour Londres. À l’hôpital de Peurdu-sur-la-lys, objet de toutes les attentions d’une infirmière entreprenante, Ferdinand, s’étant lié d’amitié au souteneur Bébert, trompe la mort et s’affranchit du destin qui lui était jusqu’alors promis. Ce temps brutal de la désillusion et de la prise de conscience, que l’auteur n’avait jamais abordé sous la forme d’un récit littéraire autonome, apparaît ici dans sa lumière la plus crue. Vingt ans après 14, le passé, « toujours saoul d'oubli », prend des « petites mélodies en route qu'on lui demandait pas ». Mais il reste vivant, à jamais inoubliable, et Guerre en témoigne tout autant que la suite de l'œuvre de Céline.

cul de lampe


Parce que mon grand-père, descendu au Col du Bonhomme en août 14, subissait au pied des Vosges la même séquence de l'ambulance, tel qu'on nommait les hôpitaux provisoires de campagne, j'ai acheté ce livre, attendant un récit pour soi-même d'une période douloureuse, récit désencombré de l'ordure dont Céline se fit une spécialité, mais tout de même enlevé et plutôt provoquant. Hélas, sa gouaille fameuse dans l'insulte-comme-un-art, est toute là, à nous décrire heurs et malheurs du lâcher de salopes sur Hazebrouck. Le plaisir de l'auteur dans l'emploi de mots crades, de jurons, d'injures salaces est tout entier, mais malgré ratures et repentirs, on sent l'ouvrage en cours, ni poli, ni fini, à juger finalement la démarche des éditeurs foutrement déloyale !
A quel motif s'arroge-t-on le droit de publier le travail en chantier d'un auteur disparu qui, en 1934, jugeait l'ouvrage inachevé - un mauvais livre cochon - pour le remettre déjà à son éditeur ? Certes, on viole les tombes antiques au prétexte de "connaître" l'histoire de civilisations disparues et les Anglais eurent des moulins à momies pour engraisser leurs champs. Faut pas gâcher ! Souvent les ayant-droits poussent au crime pour faire de la monnaie sur le génie familial qui, de son vivant parfois, les en avait privés pour des caprices personnels ou pour des "créatures" finalement moins chères, comme disait Sacha Guitry. Le dernier ayant-droit de Céline fut sa veuve Lucette, décédée, criblée de dettes en 2019. En remontant les ascendances, sans doute en a-t-on trouvé d'autres, affamés.

La liberté d'un auteur, surtout célèbre, est de disposer à sa guise de ses propres travaux d'écriture. Le piller après sa mort pour du fric est immoral, surtout dans l'inachevé, et doublement quand sa bibliographie suffit, ô combien dans ce cas, à la gloire planétaire de l'auteur. N'achetez pas !

lundi 26 avril 2021

Le Réveil de Dilsey

Qui, s'abandonnant au plaisir de lire et d'écrire, n'a jamais eu la folle ambition de structurer son passe-temps dans la publication de son imaginaire sous la forme d'un roman, forcément autobiographique un peu sur les bords, quitte à la fin à donner "son" bouquin invendable, imprimé à compte d'auteur, à la famille et le reste à l'héritage ? Retiré des affaires, le Piéton s'est laissé convaincre par le démon de l'écriture au moins trois fois, un roman de triade entre la rivère des Perles et le phare d'Agincourt, un scénario de road-movie entre Châteauroux et Poissy, et les aventures immorales de deux sicarios d'une entreprise internationale de prêts bonifiés sans confirmations. Ce troisième est en cours, les mecs sont en fuite à Port-Moresby et ne veulent toujours pas mourir ! Qu'importe, à défaut d'entendre dire un jour que vous êtes bien l'auteur-qu'on-cause-pour-le-prix-qu'on-court, vous vous rabattrez sur un fanzine littéraire ou sur un blogue, en vous appliquant un peu. Jusqu'au jour du réveil de Dilsey ! Là, toute vanité qui aurait survécu aux réalités sera purgée bien plus sûrement que dans l'Ecclesiaste, et vous vous contenterez d'écrire de petits billets, laissant Marcel Proust dormir tranquille.

Mama noire fumant

« 8 avril 1928 - Le jour se levait, triste et froid, mur mouvant de lumière grise qui sortait du nord-est et semblait se fondre en vapeurs humides, se désagréger en atomes tenus et vénéneux, comme de la poussière, précipitant moins une humidité qu'une substance voisine de l'huile légère, incomplètement congelée. Quand Dilsey, ayant ouvert la porte de sa case, apparut sur le seuil, elle eut l'impression que des aiguilles lui transperçaient la chair latéralement. Elle portait un chapeau de paille noire, perché sur son madras,et, sur une robe de soie violette, une cape en velours lie de vin, bordée d'une fourrure anonyme et pelée. Elle resta un moment sur le seuil, son visage creux insondable levé vers le temps, et une main décharnée, plate et flasque comme un ventre de poisson, puis elle écarta sa cape et examina son corsage.
Sa robe, de teinte royale et moribonde, lui tombait des épaules en plis mous, recouvrait les seins affaissés, se tendait sur le ventre pour retomber ensuite légèrement ballonnée par-dessus les jupons qu'elle enlevait un à un suivant la marche du printemps et des jours chauds. Elle avait été corpulente autrefois, mais, aujourd'hui, son squelette se dressait sous les plis lâches d'une peau vidée qui se tendait encore sur un ventre presque hydropique. On eût dit que muscles et tissus avaient été courage et énergie consumés par les jours, par les ans, au point que, seul, le squelette invincible était resté debout, comme une ruine ou une borne, au-dessus de l'imperméabilité des entrailles dormantes. Ce corps était surmonté d'un visage affaissé où les os eux-mêmes semblaient se trouver en dehors de la chair, visage qu'elle levait vers le jour commençant avec une expression fataliste et surprise à la fois, comme un visage d'enfant désappointé, jusqu'au moment où, s'étant retournée, elle rentra dans sa case dont elle ferma la porte.»
(Le Bruit et la Fureur de William Faulkner dans la traduction de Maurice-Edgard Coindreau, moulée à la main sur l'original avec la précision mathématique du français)


Et en direct de Yoknapatawpha, l'immortel Mississipi John Hurt :


vendredi 20 mars 2020

Un projet civilisationnel (G.A.R)


Chose promise, chose due, la recension critique du projet de société édité par le Groupe d'Action Royaliste est achevée au premier jour du printemps (avec un peu de retard). Dès l'abord, la confection de cet ouvrage de quatre cents pages est soignée, agréable, riche et sa maquette en couleurs sans doute chère à fabriquer. Le bouquin est à mettre dans toute bibliothèque royaliste. L'analyse de Frédéric Winkler est fouillée, articulée, la logique est partout présente, les citations pertinentes sont nombreuses et beaucoup sont tirées des réflexions du prince Jean d'Orléans et de celles des penseurs sociaux royalistes du siècle passé. Il y a aussi nombre de punchlines particulièrement utiles pour la dialectique du militant. C'est pourquoi dans une édition future, je suggère de dériver de cet ouvrage un tirage économique au format poche, sans images ni annexes, taille de police diminuée, un vademecum destiné aux camelots du roi et à tous les royalistes actifs, le fameux livre dans la poche près du poing américain.

Ceci dit, j'ai reçu la boîte de briques à plots comme un Lego sans le plan de montage, et la meilleure façon d'en faire l'inventaire est de tenir la rampe de la table des matières en donnant un avis si nécessaire. Le livre est construit de façon très classique en deux parties, le constat d'accident de notre société, le comment s'en sortir.
Le constat en Partie I est articulé en neuf chapitres que nous ne développerons pas puisque tout lecteur de Royal-Artillerie est parfaitement au fait des graves dysfonctionnements de notre société, agravés par le poids d'un Etat total qui se mêle de tout et le plus mal possible. Voici les neufs titres, on lira les chapitres sur Calameo ou après avoir acquis le bouquin auprès de l'Action sociale corporative ASC (voir notes en bas de page) :
A. Bilan du "Meilleur des mondes" (Huxley 1931)
B. Jeunesse et université ou la fin d'un monde
C. La République d'absurdie ou la démocratie
D. L'art ou la dissociété
E. La cité et la "communauté de rêves" de Malraux
F. Social et économie
G. Santé et environnement
H. Décentralisation et autonomie régionale
I. Comment en est-on arrivé là ?
- l'ensemble augmenté de trois annexes (brève histoire sociale, critique du libéralisme, l'épuration de 14-18)

C'est le comment en sortir qui nous intéresse ici. Il n'est pas moins question que de refaire une société nouvelle, et si l'auteur se refuse à la tabula rasa dénoncée par Edmund Burke, il sera vite rattrapé par l'impossibilité de faire en France des réformes de fond à froid. Une marche à suivre sera donc indispensable. La Partie II qui commence page 237 comporte sept chapitres :
J. Libération
K. L'Art
L. Ecologisme intégral
M. Francophonie
N. La monarchie de demain
O. Stratégie vers la monarchie
P. Notre arche d'alliance
- l'ensemble augmenté de quatre annexes (libertés économiques, pensée & action, révolution intérieure de chacun...)

On ouvre le combat d'escadre par les républiques royales qui devraient refonder les Etats régionaux dotés de la plus grande autonomie possible. Naîtront ainsi "la république familiale où ils naissent, la république municipale où ils vivent, la république provinciale de citoyenneté, la république professionnelle où ils travaillent". Il ne s'agit que de s'émanciper du jacobinisme déconcentré actuel au niveau pertinent pour le maximum d'efficience de la gestion publique sous réserve de dévolution au-dessus pour les affaires qui se traitent à plusieurs.

Mais rien ne sera réussi sans la réhabilitation du premier cercle humain, la famille. Tout doit être fait pour non seulement protéger la famille de la conception au décès, réparer les accidents de la vie, mais surtout dans une construction politique, en faire la première marche d'une société citoyenne. La famille devient la cellule-base des Etats généraux régionaux qui devront organiser les nouvelles républiques. C'est assez osé politiquement mais il faut choisir une brique de base.
Tout ceci concourt à une forme de libération de l'espace et des mœurs ! Néanmoins, à bien observer le pays réel dans son ensemble, on distingue à l'horizon 2040, une France globicéphale avec un Grand-Paris et ses riches marches de la taille d'un pays moyen européen et, sauf la métropole lyonnaise de taille approchante, des provinces qui porteront les stigmates d'un certain déclassement européen, autonomes en droit mais impécunieuses et qui resteront à la merci d'un Etat central attendant sa revanche. Sans doute les régions futures devront-elles englober plusieurs de nos provinces historiques pour être viables. Aparté : il est assez amusant de voir un groupe de réflexion d'Action française promouvoir l'organisation impériale à la limite de la confédération, mais ce n'est pas pour déplaire au Piéton du roi, qui, originaire du Bas-languedoc, est rétif à la centralisation des Francimans depuis Paris.

On touche ensuite au premier motif de ce projet avec le chapitre "Libération": la libération des professions et leur organisation en corporations. Le Groupement d'action royaliste a la fibre sociale depuis le début, dans la droite ligne des La Tour du Pin, Le Play, de Mun, Bacconnier, Bancel, tous ces gens dont les travaux furent à la base des lois sociales du Front populaire. Le livre fait la part belle à ce défi qui est à la fois central et complexe en évitant les slogans racoleurs. On y traite du syndicalisme ouvrier, de la sécurité sociale, de l'autonomisme local jusqu'à l'anarchie douce d'une vraie décentralisation. Plus que des mots, le combat affronte des titans bien vivants : capitalisme et socialisme qui se disputent encore la planète et l'asservissement des esprits. La France seule pourra-t-elle tenir à distance ces idéologies mortifères ? Peut-être mais à quel prix ? Car, à la fin de la réorganisation de l'outil France il nous faudra rester compétitifs et disons-le tout net, bien plus compétitifs qu'aujourd'hui où ce défaut majeur français est le premier vecteur de notre déclassement international (voir les études de Xavier Fontanet, un praticien de ces questions).
Il va sans dire que la libération du pays traversera nos universités dont l'autonomie sera pleine et entière.

Le chapitre suivant traite de "l'Art". Aucune incongruité dès lors que l'art et l'architecture sont deux piliers de la civilisation française et qu'à refaire une société nouvelle, il faut prendre en compte ces élégants soucis. Les Français de demain devront personnellement s'impliquer dans les arts afin que de la nation se lève une régénérescence ayant l'ambition de rayonner à nouveau sur les autres nations. Pays du luxe avec une bonne production littéraire, nous aurons moins de mal dans ce chapitre que dans celui de l'industrie.

Vient ensuite le chapitre de "l'Ecologisme intégral". On l'aura compris, l'intégral fait écho au "nationalisme intégral" de Charles Maurras, en ce sens qu'il ne laisse aucune activité humaine en dehors de lui. Les étages d'intervention s'empilent sans difficultés tant que demeure une conversation politique entre la nation et l'Exécutif. L'écologie humaine, régionale et nationale est gérable en tenant compte de la crise climatique réduite à sa dimension énergétique. Le projet réfute la pertinence de l'énergie nucléaire contre les énergies renouvelables, spécialement solaire. Il manque des chiffres de production opposables à la consommation et, bien que ce soit un autre débat, les causes et les moyens d'atténuation du réchauffement climatique font défaut. Le GAR englobe ce défi dans son travail sur l'écologie mais peine à déborder de l'hexagone. Au-delà il faut collaborer et donc "négocier" avec les intérêts parfois divergents de nos voisins. C'est finalement le seul vrai défi écologique : intégrer un ensemble de pays qui partagent les mêmes soucis et sont en capacité de déployer les mêmes moyens. Le Projet n'en parle pas. A preuve, la politique de la mer à qui on donne deux pages s'arrête à la ressource française alors que le Brexit nous apprend que la gestion halieutique est typiquement un problème international. A revoir donc ! Dans le chapitre écologique on ne peut éviter l'agriculture. Le Projet, qui promeut une agriculture traditionnelle respectueuse de la nature et des consommateurs sur l'axe de la Confédération paysanne, fait l'impasse sur l'agriculture commerciale française. Nous sommes un des grands acteurs mondiaux dans les oléagineux (graines à huile), les céréales (orge, maïs, blé dur, triticale, avoine, froment et même sorgho), laits et produits laitiers, sucre, vins, viandes. On parle de soixante milliards d'euros. A revoir donc en urgence !

Un chapitre important du Projet est la "Francophonie". C'est l'affaiblissement de l'usage mondial de la langue française qui a créé la Francophonie, à l'initiative de quatre chef d'Etat de pays décolonisés, Senghor, Diori (Niger), Bourguiba et Sihanouk au début des années 60. Il aura fallu deux conférences francophones à Niamey pour mettre le train sur les rails. La France, blessée dans son orgueil (déjà !) traîna les pieds et c'est le renfort du Canada qui viabilisa l'affaire. A l'instar du Commonwealth britannique, la Francophonie institutionnalisée est un soft power sans doute peu spectaculaire mais influent, à l'exception de l'Indochine maintenant anglophone et sinophone pour des raisons de développement économique assurant la survie d'une population grouillante. Ce qui rattache bien l'expansion d'une langue à la prospérité économique qu'elle permet, au-delà des grands auteurs ! On en revient toujours au binôme politique-économie dans n'importe quel ordre qu'on l'écrive. Une mention pour le Vietnam dont le gouvernement communiste s'accroche de manière ardente au club français pour prendre l'air que ne lui offrent ni l'ASEAN ni la Chine populaire.

On en vient au cœur du sujet : "La monarchie de demain" et l'introduction nous indique qu'il faut construire quelque chose et [ndlr: pas seulement courir les messes mortuaires, les galettes des rois et le camp viril] : "le problème des institutions se pose comme la condition de tout, comme l'obstacle contre lequel viennent buter toutes les nécessités, tous les besoins vitaux de notre société". Le projet part du constat que les libertés basses exigent le démontage d'une république massifiée, unifiée jusqu'au dernier bouton de guêtre (un exemple en passant du totalitarisme au jour d'écriture de cet article : les pharmaciens sont désormais autorisés à confectionner eux-mêmes du gel hydro-alcoolique anti-bactérien pour pallier la pénurie - gag soviétique : on n'a pas produit les flacons).

Après la doctrine comme souci, aurait dit Boutang, on en arrive à l'action : "Stratégie vers la monarchie". La libération de l'esprit par les bons auteurs et les cercles de réflexion débouche sur la pratique en commençant par le réseautage. Infuser la pertinence sociale de la monarchie exige une solide formation militante fondée sur des idées structurantes plus que sur des mots-clés. Réseauter c'est influencer, convaincre... convertir ! Le but est d'obtenir dans un espace donné une masse critique de gens convaincus ou attentifs auxquels on vendra le roi contre la liberté revenue. Ceci s'adresse évidemment à tous les entravés de la société actuelle et ils sont légions, les entrepreneurs, agriculteurs, innovateurs, commerçants, plus généralement les individualistes qui comptent d'abord sur eux-mêmes, les chefs de famille aussi, les cadres de grande entreprise et jusqu'à la technostructure dont certains éléments ont analysé la tyrannie gratuite avant de passer à l'ennemi, nous. Ce travail d'influence active fut maintes fois démarré mais n'a jamais abouti jusqu'ici puisque chez les encartés (ou abonnés) du mouvement royaliste il y a un trou énorme dans la pyramide d'âges entre 25 et 65 ans, c'est-à-dire entre la période de formation intellectuelle et la sortie des responsabilités professionnelles qui s'accommodent mal d'une compromission socio-politique, folklorique parfois. Mais nous le savons, nous ne pouvons pas lutter contre les allumés et la chevalerie, le royalisme en sécrète à jet continu parmi des populations accidentées de la vie qui viennent y chercher la rédemption de leurs échecs ou l'oubli de leur grisaille.

S'insère alors vers la fin de l'ouvrage le contrat passé entre les membres du Groupe d'Action royaliste, nommé "Notre Arche d'Alliance". La queue de trajectoire de cette association n'est pas moins que la survie de notre peuple. Elle motive tous les efforts d'étude du meilleur des régimes possibles dans son adéquation au pays de France, la propagande inlassable de cette espérance, la construction d'une perspective bénéfique aux gens du commun dans la promotion croisée des valeurs d'un humanisme chrétien avec le souvenir des Français d'exception qui nous ont précédés, de Beaudouin IV de Jérusalem à Jeanne d'Arc, de Cavelier de La Salle à Monsieur de Charrette et cent autres, de tous ceux qui firent la réputation mondiale des Français. Est-il besoin de rallier l'une des boutiques dynastiques pour y atteindre ? Frédéric Winkler nous dit carrément non :

« Nous nous adressons à ceux qui veulent avancer, concourir au retour d'une société organique. Nous reprendrons nos libertés que le système a non seulement confisqué mais que nous avons, par lâcheté et hédonisme laissé prendre. Nous laissons aux princes gérer leurs problèmes de dynastie car il nous importe d'abord de travailler à préparer le pays à leur retour. Peu importe le nombre, nous avançons et agissons, cela seul compte. On ne dira pas de nous que nous avons laissé l'avenir de nos enfants se perdre dans le néant du matérialisme. Le travail effectué depuis des années montre combien une poignée déterminée peut avancer. Ce message s'adresse à ceux qui non seulement peuvent être royalistes, attachés aux vieilles alliances celtiques, à la francophonie, mais à tout Français simplement conscient du combat profond qui se livre pour sauver l'humanisme [sens chrétien], face aux périls d'une société robotisée. Bref une nouvelle aventure qui, historiquement ne peut être que capétienne, nous évitant de sombrer dans l'abîme du libéralisme financier. Tiocfaidh àr là !»


C'est très bien. Ce qui va manquer dans le Projet de société du GAR, mais chacun a compris que l'agenda n'est pas publiable, c'est la transformation du mécontentement général - Macron nous fait un sacré cadeau de ce côté-là - en insurrection générale portant le projet monarchique dans le panier des solutions. J'ai coutume de dire que l'accédant ne sera pas le premier à Reims mais le dernier debout sur les ruines des institutions à Paris. C'est aussi pour cela que je privilégierais pour mon pari un athlète à un penseur. Mais il est temps de dépasser l'insurrection pour brosser le portrait de la monarchie revenue sur ses terres. Tout ce que nous avons dit anticipe donc une monarchie décentralisée. Jusqu'où et comment, c'est ce que nous allons essayer de comprendre sans refaire le constat de notre meilleur des mondes que nous connaissons trop.

Décentralisons, ancrons sur nos racines, procédons par ordres successifs à partir de la cellule familiale, exaltons la transcendance spirituelle, même si la déchristianisation profonde du pays range ce paramètre au rayon de l'utopie en terme de rendement. Comment tout cela s'articule-t-il ? Le projet de société de Frédéric Winkler n'est pas retranscrit sur une épure constitutionnelle et nous pensons avoir compris pourquoi. L'épine dorsale de l'analyse est dans le livre d'heures du prétendant Jean d'Orléans titré Un Prince français dont moult extraits rehaussent le texte. Or il est de notoriété publique que depuis Henri l'Ancien (1908-1999), la constitution de 1958 est le manteau royal qu'il suffira d'enfiler pour accomplir la promesse d'un retour de la royauté en France. C'est un régime parlementaire en droit, présidentiel en fait, qui laisse au chef d'Etat un domaine réservé sensé accroître son prestige et pérenniser l'action politique sans les cahots des majorités de la Chambre basse : défense et diplomatie. Mais ce régime qui ne détruit ni les partis ni les satrapies, moins encore l'Etat profond, ne peut assouvir l'ambition du projet de société du GAR. Vers la fin du livre, on reste donc sur sa fin car il manque la diagramme de synthèse qui va bien et permettrait de "visualiser" le nouveau régime monarchique.


Ne reculant devant rien, Royal-Artillerie remet au feu de la forge le régime nécessaire et possible que le Piéton a souvent proposé. De bas en haut (mais l'inverse marche aussi), des républiques autonomes territorialisées sont établies en métropole, basées sur les provinces. Leur circonscription n'est limitée que par leur viabilité économique puisqu'elles vont lever de l'impôt. Les régions de programmes existantes et précédentes produisent des statistiques utiles pour organiser leur liberté. Pour le gouvernement des pouvoirs dévolus à l'étage supérieur, ces provinces délèguent au sénat de Paris leurs représentants. L'Etat central est formé du domaine régalien et du domaine public commun. Le domaine régalien stricto sensu est remis au roi qui le commande lui-même et l'administre par son garde des sceaux. Le domaine public commun est gouverné par le premier ministre proposé par le sénat et nommé par le roi. Qui est dans quoi ?

Le domaine régalien strict comprend le Quai d'Orsay, le ministère des Armées, la Direction générale de la sécurité extérieure, la Banque de France et le Trésor public, le ministère des Finances, le services centraux de police et sûreté, la Gendarmerie nationale, la chancellerie, le conseil supérieur de la magistrature, la cour de cassation et la cour d'appel de Paris, la coordination européenne du domaine régalien.

Le domaine public commun comprend la cour des comptes, le conseil d'Etat, les parquets spécialisés et ceux de province, la coordination nationale de l'instruction publique (la fonction est décentralisée), le ministère des universités et de la recherche, la protection des instituts (ex-ministère de la culture), le ministère des solidarités (ex-Travail), la Caisse nationale d'assurance vieillesse, la Caisse nationale d'assurance maladie (les caisses primaires et d'allocations familiales sont décentralisées), l'administration des cultes, la construction et gestion des infrastructures de transports nationaux, la sûreté énergétique, l'écologie appliquée (développement durable, assainissement des nuisances), votre propre idée, la coordination européenne du domaine commun. La frontière entre les deux domaines sera sans doute disputée, surtout dans un pays qui a oublié comment fonctionne un Etat fédéral.

Les provinces sont administrées comme aujourd'hui bien que la pureté du modèle voudrait qu'elles choisissent chacune leur mode institutionnel. On y retrouve donc un parlement élu sur des circonscriptions territoriales et transversales à définir - cela fait déjà un sujet intéressant à suivre - et un exécutif désigné par les élus. Le principe général est de ne pas reproduire à l'échelon provincial les domaines gérés depuis le domaine public commun mais de se concentrer sur les domaines libérés de l'emprise étatique parisienne. Ainsi les préfets départementaux, qui aujourd'hui actionnent les décisions de Paris, seront-ils réduits en fonction, effectifs et déploiement à des missions de surveillance, relais et conseils à la manière des missi dominici. Les provinces autonomiseront les académies, les régions judiciaires qui traitent de la justice basse, mais les régions militaires comme les régions de police ressortissant au domaine régalien seront maintenues en l'état. Plus généralement les provinces auront une compétence universelle sur tous les sujets jusqu'au seuil non franchi des domaines centraux. Sauront-elles s'autonomiser réellement ? sauront-elles lever des taxes, des impôts sans quémander le blanc seing de l'Etat central ? c'est une question qu'on ne peut poser aujourd'hui, le personnel en place étant recruté dans le vivier des battus au plan national, c'est du second choix, la division 2.

A côté de ces organes de gouvernement prolifèrent des coordinations hors-Etat comme les chambres de commerce, d'industrie, des métiers, de l'agriculture, les syndicats professionnels et ouvriers, autogérés et autofinancés, corporations chargés entre autres de la formation professionnelle, des coopérations locales sans autre limite que leur efficacité, des projets inter-provinces en tous domaines, des synergies en régime mixte (public-privé) sur le seul critère de l'auto-financement. Un nouveau pays hérissé de libertés !

Nous empruntons la conclusion de cet article à Jean-Philippe Chauvin qui termine sa préface ainsi : « Ce livre que vous tenez entre les mains n'est pas un objet inanimé, il est un essai, une sorte de manifeste royaliste qui a vocation à provoquer la discussion et, aussi, à donner quelques arguments pour une monarchie sociale "à la française", active et politique : ce texte important rédigé par Frédéric Winkler est aussi un outil de travail qui peut être abordé et lu la plume à la main, et qui doit ouvrir de nouvelles perspectives pour le royalisme, sur des thèmes que les monarchistes avaient parfois un peu négligés, pris par d'autres combats. Lisez, discutez, diffusez, mais aussi complétez : cet ouvrage doit jouer le rôle d'une pierre fondatrice, comme il est aussi un pavé dans la vitrine du "politiquement correct" et du "désordre établi" !» Je crois que c'est bien ce que Royal-Artillerie a tenté de faire.

On peut comprendre aussi que ce projet civilisationnel sera directement applicable à la société post-collapsus qui s'annonce, après la remise en cause du système de mondialisation des échanges et des productions. La pandémie en cours du coronavirus de Wuhan risque de provoquer l'effondrement des collaborations trop sophistiquées entre continents, alimentées par une croissance sans limites qui participe au dérèglement climatique (RA y reviendra dans un article prochain sur les lendemains obscurs).
Redisons-le avant de partir, le régime monarchique explicité par le texte inséré sous l'affiche du banquet camelot (annulé) n'est que phosphoration personnelle et n'engage en rien le Groupe d'Action Royaliste, lequel n'a délivré aucun Nihil Obstat. Le seul mérite de cet article n'est pas d'exister (ô vanité) mais de pouvoir être critiqué, déconstruit, reconstruit, pour avancer vers le meilleur modèle applicable.
Messieurs, à vos pièces !


- Texte Calameo en cliquant ici
- Lien d'achat du bouquin en cliquant là

lundi 16 mars 2020

Le néolibéralisme à front de taureau

...ou le nouvel impératif social et politique qui exige l'adaptation du peuple à une trajectoire imposée comme une figure de trapèze volant, à défaut de quoi il se cassera la gueule. On commence par une émission courte de France Culture avec la philosophe nietzschéenne Barbara Stiegler, discours assez concentré mais plus maniable que la rencontre chez la Société de Philosophie de Bordeaux qui dure une heure dix et qu'on peut écouter en cliquant ici, s'il est besoin de délayer les concepts travaillés ! Importante mise à jour du libéralisme actuel. Tant la crise climatique que la découverte des limites dramatiques de la mondialisation par la pandémie du coronavirus de Wuhan remettent en cause ce dogme qui a déjà un siècle et continuait jusqu'à hier soir à diriger le monde. Puis on lira la quatrième de couverture de Gallimard du bouquin de la philosophe « Il faut s'adapter » avant de passer commande (22 euros en papier). Il ne reste plus qu'à inventer un nouveau paradigme en Occident, l'Orient farà da sé !


"D’où vient ce sentiment diffus, de plus en plus oppressant et de mieux en mieux partagé, d’un retard généralisé, lui-même renforcé par l’injonction permanente à s’adapter au rythme des mutations d’un monde complexe ? Comment expliquer cette colonisation progressive du champ économique, social et politique par le lexique biologique de l’évolution ?"
"La généalogie de cet impératif nous conduit dans les années 1930 aux sources d’une pensée politique, puissante et structurée, qui propose un récit très articulé sur le retard de l’espèce humaine par rapport à son environnement et sur son avenir. Elle a reçu le nom de « néolibéralisme » : néo car, contrairement à l’ancien qui comptait sur la libre régulation du marché pour stabiliser l’ordre des choses, le nouveau en appelle aux artifices de l’État (droit, éducation, protection sociale) afin de transformer l’espèce humaine et construire ainsi artificiellement le marché : une biopolitique en quelque sorte".


"Il ne fait aucun doute pour Walter Lippmann, théoricien américain de ce nouveau libéralisme, que les masses sont rivées à la stabilité de l’état social (la stase, en termes biologiques), face aux flux qui les bousculent. Seul un gouvernement d’experts peut tracer la voie de l’évolution des sociétés engoncées dans le conservatisme des statuts. Lippmann se heurte alors à John Dewey, grande figure du pragmatisme américain, qui, à partir d’un même constat, appelle à mobiliser l’intelligence collective des publics, à multiplier les initiatives démocratiques, à inventer par le bas l’avenir collectif.
Un débat sur une autre interprétation possible du sens de la vie et de ses évolutions au cœur duquel nous sommes plus que jamais".
Collection NRF Essais, Gallimard
Parution : 24-01-2019
336 pages, 140x205mm

mardi 10 mars 2020

Self-transformation de l'Afrique


Au hasard d'une navigation sur les canaux 300 d'information, je tombe sur une interview du Dr Carlos Lopes chez la chaîne francophone Africa24, économiste bissau-guinéen, ancien Secrétaire général de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies, qui a des choses intéressantes à nous dire en seulement onze minutes et vingt secondes. On pourrait en faire un bouquin de deux cents pages ! Justement, le Dr Lopes nous explique tout ça posément dans un opuscule de 164 pages titré Africa in Transformation - Economic Development in the Age of Doubt. Ce livre indispensable (malheureusement en anglais bien que l'auteur parle un français impeccable) se vend sous format papier ou numérique chez Palgrave.

TABLE DES MATIERES et extraits en cliquant sur le site MacMillan

Introduction
* Changing Politics
* Respecting Diversity
* Understanding Policy Space
* Structural Transformation Through Industrialisation
* Increasing Agricultural Productivity
* Revisiting the Social Contract
* Adjusting to Climate Change
* Inserting Agency in the Relations with China
Conclusion
On lira avec intérêt la critique du livre proposée en français par Financial Afrik en cliquant ici, recension qui reprend les huit défis principaux que ce continent de la démesure, équivalent à l'Inde, affronte avec d'énormes atouts et des handicaps pas moins monstrueux.

L'interview fait écho aux thèmes chers à Royal-Artillerie qui fonde le développement du continent africain sur l'industrie, le transport lourd et la grille électrique. Bien noter l'ossification des Etats rentiers abonnés à la paresse fiscale sinon à la paresse tout court (nous pensons à l'Algérie qui va énormément souffrir de l'effondrement des cours du pétrole). L'économiste Lopes ne compte pas sur eux. On appréciera aussi sa conclusion privilégiant l'africanisation d'une démocratie adaptée au besoin du peuple, même en tolérant une certaine autocratie si les résultats sont là, plutôt que de répandre un modèle occidental exotique. La journaliste qui a parfaitement préparé l'entretien s'appelle Fanny Mounichy.


Lien original sur Africa24 :https://www.africa24tv.com/fr/interview-guinee-bissau-carlos-lopez-economiste

vendredi 9 novembre 2018

Ecrivains-combattants de 14-18

La Grande Guerre a nourri des écrivains qui par elle devinrent grands à leur tour. Nous évoquons aujourd'hui les récits célèbres que la littérature a produit dès la fin des hostilités. On les trouve encore en bouquinerie ou sur des sites spécialisés dans les vieux livres. Achetez-les, c'est de première main. Mais on ne peut faire cet article sans signaler que la guerre a tué plus de cinq cent écrivains français derrière Charles Péguy, Alain-Fournier, Guillaume Apollinaire, Léon de Montesquiou, Victor Ségalen, Ernest Psichari, Augustin Cochin etc. Ils ont une plaque au Panthéon.

A l'intention des jeunes lecteurs, il ne faut pas lire trop tôt cette production littéraire qui peut mettre en tête des cauchemars tenaces. Rares sont ceux qui mobilisés ou engagés en 14 en sont ressortis indemnes, ils ont aussi passé à la postérité l'horreur et la terreur en même temps que les qualités guerrières et la gloire. Le premier écrivain-combattant qui vient à l'esprit est Roland Dorgelès avec Les Croix de Bois. Ce "roman" est une succession de nouvelles qui campent soit une situation particulière, soit un caractère de soldat. Il fut reçu à l'époque par les anciens combattants comme parfaitement cadré et juste.

Le volontaire Henri Barbusse de tempérament cévenol (réfractaire) transmit son expérience des tranchées (à 40 ans) dans Le Feu, journal d'une escouade. Il s'agit de la mise en forme de son carnet de marche, gratté en 1915 et 1916, rédigée dans son lit d'hôpital à Chartres. Admirateur de la Révolution russe, mort à Moscou, bien des communes de la couronne rouge parisienne donnèrent son nom à des rues. Ce qui n'enlève rien à la qualité de l'œuvre et le niveau d'effroi qui s'en dégage.
Le pacifisme de Jean Giono se fondera sur sa traversée de la guerre qu'il relate dans Le grand troupeau. Sans aucun esprit belliqueux mais discipliné, il sera de tous les coups qui évoquent la dureté des temps, Les Eparges, Verdun, Noyon, Saint-Quentin, la Somme, l'offensive Nivelle au Chemin des Dames. Il a le droit de dire ce qu'il veut !


Le volontaire suisse de la Légion étrangère Blaise Cendras écrira La main coupée qu'il a perdue lors de la grande offensive de Champagne en 1915. Jean Paulhan pour Le Guerrier appliqué au 9è Zouaves est incontournable. Le style en plus.

Le capitaine Emilio Lussu est le plus connu des écrivains-combattants italiens. Mobilisé dans la Brigade sarde Sassari, il participe au Verdun italien, le Mont Zebio, qui lui inspirera son chef d'œuvre Un anno sull'Altipiano. Tempérament affirmé, il affrontera les chemises noires l'arme au poing et s'évadera de sa bastille des îles Lipari. L'autre italien est le volontaire lombard Carlo Emilio Gadda. Fait prisonnier à Caporetto, il racontera sa guerre et sa captivité au Hanovre dans son Giornale di guerra e di prigionia. Mais c'est son œuvre "civile" d'un style si spécial qui le fera entrer ensuite dans la légende, à côté de pointures comme Proust.

On sait que les Anglais ont beaucoup "donné" à la Grande Guerre, chez nous sur la Somme où tant disparurent, aux Dardanelles et au Proche Orient. S'il faut un jour lire Les Sept piliers de la sagesse du colonel Lawrence dit d'Arabie, on doit citer un auteur-combattant qui fit carrière, Alan Alexander Milne, le créateur de Winnie L'ourson. Enrôlé en 1915 comme sous-lieutenant au 4th Battalion du Royal Warwickshire, il est grièvement blessé en 1916 à l'offensive anglaise sur la Somme. Rétabli mais fragile, il entrera au contrespionnage et y rédigera la propagande du Mi7 au War Office. La Somme lui fera publier Peace with Honour, un brûlot pacifiste qui ne l'empêchera pas de rempiler comme capitaine dans la British Home Guard, chez lui à Hartfield, demandant à ses subordonnés de l'appeler Mister Milne.

On ne peut faire l'économie d'Orages d'acier d'Ernst Jünger, lieutenant dans les troupes d'assaut, peut-être le plus technique des récits, qui laisse peu de place à la dramatisation. C'est aussi un amoureux de la France et des Français.
Reste à signaler pour finir le fameux roman pacifiste de l'abbé Erich Maria Remarque A l'ouest, rien de nouveau que les nazis brûleront comme décadent. On en fera des films !

La liste des écrivains combattants est longue, à la hauteur du retentissement de cette première guerre mondiale. la Wikipedia donne une liste d'auteurs que vous pouvez consulter en cliquant ici, sinon le site éponyme en cliquant là.

Un livre hors de la tranchée littéraire mais difficile à trouver donne un éclairage saisissant de la guerre de l'ombre. C'est l'ouvrage posthume Mes souvenirs du Commandant Ladoux, recueillis par Marcel Berger. Patron du 5è Bureau à Paris puis du 2è Bureau au GQG, il dénichera Mata-Hari et bien d'autres espions qu'il fera fusiller, en particulier ceux basés au pays basque espagnol. Selon sa veuve, il a été liquidé à distance à Cannes en 1933 par l'Abwehr ou par le Sicherheitsdienst nazi, au moyen d'un paquet de photos toxiques que lui envoyait une "vieille connaissance allemande", Mademoiselle Doktor, mais dont les encadrements avaient été sans doute traités aux streptocoques ou une autre saloperie qui se logea dans les sinus. Peut-être s'était-il moqué exagérément de l'adversaire dans trois romans d'espionnage qu'il avait fait paraître au Masque après la guerre ? Il agonisa cinq jours. On ne connaissait pas le polonium à l'époque.


Nous ne pouvons pas nous quitter sans évoquer celui dont on parle le plus ces jours-ci. Maurice Genevoix. Mobilisé comme sous-lieutenant de réserve au 106è RI de Châlons, il est rapidement sur la Marne puis remonte sous Verdun. Ce sera d'ailleurs le titre du premier volume de la série de cinq qui composera sa contribution majeure à l'histoire de la Grande Guerre Ceux de 14. Une prose linéaire, précise, chirurgicale. pas d'emphase, la réalité suffit amplement ! Blessé grièvement aux Éparges en 1915, il perdra l'usage de sa main gauche.


En conclusion, s'il en faut une, la mobilisation générale des hommes de ce pays en août 14 incluait toutes les professions, charges et dignités. S'y ajoutèrent des volontaires, en nombre. Souvenons-nous de tous les francophiles étrangers qui individuellement n'hésitèrent pas une minute à nous rejoindre. Les empires centraux, agresseurs venus du côté obscur de la civilisation européenne, ne connurent pas ces ralliements.
Parmi les professions mobilisées, celle d'écrivain fut bien représentée et paya le prix fort quelque soit le pays. Si la masse de manœuvre mérite d'entrer tout entière dans la grande histoire des hommes, cet article particulier est un modeste hommage au talent et au courage des soldats de la plume au bout du fusil ! Ce sont eux d'abord qui, disposant de la facilité d'écriture purent saisir la matière du récit, eux qui mirent en perspective cette tragédie que nous pouvons mieux comprendre aujourd'hui. Merci.




©La Grande Guerre en dessins

vendredi 19 octobre 2018

Il y a lobby et lobby

Stéphane Horel, journaliste indépendante et documentariste, explore de longue date l’impact du lobbying et des conflits d’intérêts sur les décisions politiques dans ses collaborations au Monde. Il n'y a pas d'erreur sur le prénom. En 2017, son livre Intoxication sur les perturbateurs endocriniens a été récompensé par le prix Louise Weiss du journalisme européen. En 2018, c'est l'Investigative Reporting Award qu'elle a eu avec Stéphane Foucart pour la série du Monde sur Monsanto.


Comment les lobbies empoisonnent-ils nos vies et la démocratie

Quatrième de couverture : Lobby des pesticides, lobby du tabac, lobbies de la chimie, de l’amiante, du sucre ou du soda. On évoque souvent les « lobbies » de façon abstraite, créatures fantastiques venues du mystérieux pays du Marché, douées de super-pouvoirs corrupteurs et capables de modifier la loi à leur avantage. Pourtant, les firmes qui constituent ces lobbies ne sont pas anonymes et leur influence n’a rien de magique. Leurs dirigeants prennent en toute conscience des décisions qui vont à l’encontre de la santé publique et de la sauvegarde de l’environnement.

C’est cet univers méconnu que Stéphane Horel, grâce à des années d’enquête, nous fait découvrir dans ce livre complet et accessible. Depuis des décennies, Monsanto, Philip Morris, Exxon, Coca-Cola et des centaines d’autres firmes usent de stratégies pernicieuses afin de continuer à diffuser leurs produits nocifs, parfois mortels, et de bloquer toute réglementation. Leurs responsables mènent ainsi une entreprise de destruction de la connaissance et de l’intelligence collective, instrumentalisant la science, créant des conflits d’intérêts, entretenant le doute, disséminant leur propagande.

Dans les cercles du pouvoir, on fait peu de cas de ce détournement des politiques publiques. Mais les citoyens n’ont pas choisi d’être soumis aux projets politiques et économiques de multinationales du pétrole, du désherbant ou du biscuit. Une enquête au long cours, à lire impérativement pour savoir comment les lobbies ont capturé la démocratie et ont fait basculer notre système en « lobbytomie » (version numérique : 15 euros à La Découverte).




Critique du Piéton oisif :

Les lobbies ont "capturé" la démocratie comme l'ont fait les partis politiques. C'est ce régime de gouvernement des hommes par le nombre, faisant levier de l'Opinion pour promouvoir les intérêts particuliers sous couvert du général, qui créé naturellement la lutte des clans constitués en groupes de pression. Plutôt que de revenir aux guerres de religion, la bourgeoisie aux affaires a mis en place le système d'élections au suffrage universel (c'est plus facile de convaincre les cons) qui tranche et coupe pour un certain laps de temps, servant la soupe à chacun dès lors qu'il est inscrit sur les listes de rationnaires.
Les lobbies industriels ou agricoles avancent quoiqu'on dise à découvert. Les lobbies politiques en revanche ont du mal à dissimuler l'avidité personnelle des chefs de meute, comme nous le montrait hier encore le riche tribun de La France Insoumise menacé dans ses intérêts si ce n'est dans son intimité (voir dans la presse mainstream les liaisons dangereuses de l'abbé Mélenchon).

lundi 5 février 2018

En 34 avec Céline

Gallimard ayant fait un refus à l'obstacle devant les cris d'orfraie des ligues "anti-anti" et des Klarsfeld, nous publions du Céline en relation avec l'émeute du 6 février 34. Il s'agit d'une lettre à Elie Faure écrite le 18 mars sur un bloc du Pigall's Tabac, répondant à la demande d'engagement de l'auteur auprès des Surréalistes pour contrer la montée du péril fasciste en France. Elie Faure est un médecin comme Destouches, et écrivain comme lui, avec lequel il entretiendra une correspondance suivie et spontanée.
On verra que s'il est réquisitionné par ses pairs, il n'est pas aisément disponible et réfractaire à l'embrigadement. C'est moins l'idée à défendre que la compagnie qui le rebute, le Voyage au bout de la nuit ayant été reçu diversement par les littérateurs du temps. L'émeute dont tout le monde parle ne l'a pas impressionné. Près du peuple qu'il soigne au dispensaire de Clichy, il a fait le tour de la question du personnel politique mais aussi des chefs des ligues offensives que l'on a peu vus sous la mitraille. Le ton est direct, sincère, c'est un anarchiste de talent.

Dans cette lettre Céline ne parle pas de juifs ? Comment se fait-ce ? Qu'allons-nous devenir dans nos petits commerces à l'encaustique si le Céline honni ne bave plus sur nous ? C'était de l'humour. Les pamphlets "Gallimard" sont vraiment dégueulasses et dépassent la haine ordinaire des Juifs sous la IIIè République. On les gardera pour des études universitaires car diffusés dans les Cités de la Peur, ils feraient un sacré carton. On fait quoi au fait de la haine arabo-musulmane des Juifs en banlieue ?
On en parle, on en débat, on fait des plateaux télé. Avec qui ? Des mecs payés au cachet qui font vendre plus de Nutella que d'autres ! D'où vient cette haine viscérale soixante-quinze ans après la vaporisation de la moitié de la nation israélite en Europe ? De nulle part ! Ex-nihilo ! C'est interdit, nazi, tabou, verboten, les Juifs sont des saints depuis 1945. Et les autres... bon ! des goyim, des khmar, nakes chouia, la vie continue quoi !



Bien cher Ami,

Vous savez combien j'admire, je m'enthousiasme, je vénère tout ce que vous avez pensé, donné, écrit. Je me suis servi énormément de votre œuvre. J'ai pillé, appris, épelé dans votre texte. Je le fais encore, je le ferai toujours. Vous êtes un de mes rares maîtres – et sans doute le plus intime, le plus direct. Alors ? La question n'est pas là, quand je m'insurge contre vos directives actuelles. Je me refuse absolument, tout à fait à me ranger ici ou là. Je suis anarchiste, jusqu'aux poils. Je l'ai toujours été, je ne serai jamais rien d'autre. Tous m'ont vomi, depuis les Inveszias jusqu'aux nazis officiels.

Mr de Régnier, Comœdia, Stavinsky, le président Dullin, tous m'ont déclaré imbuvable, immonde, et dans des termes à peu près identiques. Je ne l'ai pas fait exprès mais c'est un fait. Je me trouve bien ainsi parce que j'ai raison.

Tout système politique est une entreprise de narcissisme hypocrite qui consiste à rejeter l'ignominie personnelle de ses adhérents sur un système ou sur les "autres". Je vis très bien, j'avoue, je proclame haut, émotivement et fort toute notre dégueulasserie commune, de droite et de gauche d'Homme. Cela, on ne me le pardonnera jamais. Depuis que les curés sont morts, le monde n'est plus que démagogie, on flagorne la merde sans arrêt. On repousse la responsabilité par un artifice d'idéologie et de phrases. Il n'y a plus de contrition, il n'y a plus que des chants de révolte et d'espérances? Espérer quoi? Que la merde va se mettre à sentir bon ? Mon bon ami, je ne trahis personne, je ne demande rien à personne. On me fusillera peut-être (on prendra des numéros, alors !).

Lénine aussi bien que Napoléon ont raté leur affaire. Ils ont fait des pointes de feu et hurlent à la guérison. Nenni. Tout ce système révolutionnaire (pas le vôtre) n'est que vulgaire, éternel égoïsme, armé de nouveaux subterfuges. Qu'il s'organise dans le communisme vous en avez de belles ! Plus sordide que l'ancien, vous dis-je ! Je les connais bien les apôtres et les héros, de droite, de gauche. Depuis 30 ans je vis jour et nuit avec eux. Révolution. Tout de suite. Mais d'eux-mêmes d'abord. Pas ces fainéants d'âmes et d'esprits, cocktail ou Picon ? Pourquoi choisir.

Bien affectueusement...

LF Céline
(in "Lettres" Ed. de La Pléiade 2009)


L'ami Céline est un personnage complexe qu'une simple lettre au premier jet (l'autographe est passé en salle des ventes) ne peut pas cerner. On doit le prendre dans sa totalité avec ses haines et son génie sémantique, sa misère affective et ses obsessions, ses erreurs graves, ses injures, ses faiblesses alimentaires (il a beaucoup écrit des trucs inintéressants pour vivre).
Je peux aussi bémoliser mon enthousiasme au plan littéraire et avouer que pour moi, un bon auteur est toujours bon. Prenez Marcel Proust - je l'ai fait cent fois - ouvrez un livre n'importe où, lisez à haute voix sans précipitation, c'est toujours excellent, la magie fonctionne à tout coup ! C'est lui le grand génie du siècle. Je n'ai pas cette révélation en ouvrant un Céline, même si le choc est toujours possible. Ecrire est-il choquer ? C'est pourquoi j'aime bien D'un Château l'autre où il économise les effets rhétoriques dans la partie narrative de l'exode, pour nous raconter en toute verdeur la cocasserie du quotidien des "pouvoirs" français déportés par les Boches à Sigmaringen. Faire "voir" au lecteur les symboles* pitoyables de l'agonie grotesque d'un gouvernement de théâtre courant jusqu'à l'absurde, convoque un indéniable talent.

Aux dires des résidents (Rebatet, Bonnard, son épouse Lucette Almansor, le Dr Schillemans), Destouches y fut d'abord et surtout l'excellent médecin de dispensaire que l'on savait, adroit, attentif, bon ami. Il y distribuait les arrêts de complaisance aux gosses de la Légion Charlemagne qui perdaient ainsi la chance de mourir sur le front russe. Mais il restait quand bien même le pamphlétaire explosif qui n'avait plus rien à foutre des funérailles de l'Etat Français et s'inquiétait du tomber de rideau, au point de demander un visa aux autorités suisses ; qu'il n'eut pas ! C'est le Royaume de Danemark où tout n'était pas si pourri, qui l'accueillit dans un autre château, d'où le titre du bouquin.







A partir de 1934 les six-février sont devenus des jours remarquables dans l'histoire de France, comme le quatorze-juillet, le quinze-août ou le onze-novembre. Le six-février, c'est aussi l'exécution en 1945 de Robert Brasillach au fort de Montrouge ; en 1951, naissait ce jour-là Jacques Villeret, comédien exquis qui marquera pour toujours le Dîner de Con ; mais on ne peut éviter de citer le décès à Rome en ce même jour de 726 du roi Ine de Wessex, grand législateur saxon devant l'Éternel. Avec lui s'achève pour cette année le devoir du 6-Février sur Royal-Artillerie.

mercredi 3 janvier 2018

Note de lecture (Poutine)


J'ai reçu avec plaisir pour Noël les "Conversations avec Poutine" d'Oliver Stone que je ne connais finalement que par sa guerre du Vietnam, terminée avec les honneurs militaires - il était volontaire en plus - le sachant également borderline sur certains sujets et soutien indéfectible du sénateur Bernie Sanders dans la course à l'investiture démocrate contre Trump. Ce ne pouvait être que passionnant et roboratif (400 pages). Et bien non !

Oliver Stone est le critique le plus féroce des administrations américaines successives, relançant de lui-même la "dénonciation" de certaines allégations plus ou moins établies, ce qui pousse son interlocuteur à parfois le réfréner dans sa furie pour ne pas créer l'incident diplomatique. J'ai aussi découvert un penchant du réalisateur de Platoon pour la plus mielleuse flagornerie à l'endroit du nouveau Csar, qui frémit d'aise sous le tonnerre d'applaudissements.

Mais que dit Poutine au fond, puisque c'est l'intérêt affiché du livre (et celui du documentaire associé) ? Que pense-t-il du monde, de la Russie et des autres empires avec lesquels il chevauche le tigre ?

Dès le début du livre et jusqu'à la dernière page, Vladimir Poutine enclenche l'orgue de barbarie russe, les cartes en ayant été perforées il y a bien longtemps, à tel point que si le lecteur est au fait des actualités géopolitiques, simplement par le canal des médiats mainstream, donc sans aucune recherche académique ou spécialisation, il n'apprend rien ou presque de ces conversations. J'ai fait l'effort assez pénible d'aller au bout de la purge. Mais bien sûr pour qui ne connaît pas le logiciel dialectique de Poutine, ce livre reste utile parce qu'il est complet, explique bien son obsession centrale, à savoir la défense de ceux que nous, Français, appellerions les pieds-noirs russes, dispersés autour de la Fédération de Russie et que l'effondrement de l'URSS a laissés à découvert. Il laisse deviner aussi par moment certaines inquiétudes derrière la posture du hiérarque impassible, notamment vis à vis de l'empire chinois revenu à l'extrême-orient et qui est l'ami obligé. Il se trompe lourdement sur le fonctionnement de l'OTAN, croupion des Etats-Unis, mais peut-être à dessein, l'assertion répétitive faisant partie du manuel.

Une critique professionnelle de l'ouvrage exigerait de citer quelques exemples de ce que j'avance, mais j'ai préféré rechercher des critiques sur Internet qui recoupent ma lecture du livre plutôt que de mettre en avant la petite bête dans des assertions traduites trois fois : une fois oralement, la prise de son du russe à l'américain, puis la révision en anglais littéraire; puis la traduction de l'anglais en français (avec pas mal de cuirs). Finalement c'est l'article de Daniel Vernet dans Slate critiquant le documentaire qui est le plus proche de mon ressenti et qui fournit la photo en tête de ce billet : La parole n'est qu'au Kremlin.

ECONOMISEZ 22 EUROS EN LAISSANT CE LIVRE CHEZ VOTRE LIBRAIRE



Vladimir Poutine dans Royal-Artillerie :

- Une politique caucasienne (2008)
- Refaire l'empire et le csar (2011)
- Le Csar au pied petit (2012)
- Vladimir Force B (2014)
- Le Génie des alpages hors le Fmurr (2014)
- Hollande, un pont trop loin (2015)
- La diagonale du fou (2016)
- Le pacte atlantique de Varsovie (2016)


lundi 5 décembre 2016

Boutang Reloaded !

Olivier Véron réédite Boutang aux Provinciales. Après La Politique comme souci dont nous avions parlé, voici le pamphlet de 1977 Reprendre le Pouvoir. L'éditeur se fendant d'une quatrième de couverture tirée de la conclusion du bouquin, nous aurions mauvaise grâce à vous imposer la nôtre, nous limitant à achever le chapitre.

À l’instant élu la communauté tout entière, par l’effet de l’universelle agression qu’elle a subie, peut être capable de consentir à la décision d’initier un nouvel âge héroïque. Il ne sera certes pas celui des philosophes, nouveaux ni anciens. Les philosophes, s’ils se délivrent de leur préjugé que l’Esprit doit être sans puissance et que tout pouvoir est mauvais, y pourront jouer un rôle moins absurde, finalement, que celui de Platon à Syracuse. Quant aux spirituels, c’est l’un d’eux, Martin Buber, qui prophétisait la bonne modification du pouvoir en un nouvel âge  :
«  Je vois monter à l’horizon avec la lenteur de tous les processus dont se compose la vraie histoire de l’homme, un grand mécontentement qui ne ressemble à aucun de ceux que l’on a connus jusqu’ici. On ne s’insurgera plus seulement, comme dans le passé, contre le règne d’une tendance déterminée, pour faire triompher d’autres tendances. On s’insurgera pour l’amour de l’authenticité dans la réalisation contre la fausse manière de réaliser une grande aspiration à la communauté. On luttera contre la distorsion et pour la pureté de la forme, telle que l’ont vue les générations de la foi et de l’espoir.  »
Un "nouveau Moyen Âge" comme l’ont entrevu Berdiaeff et Chesterton  ? Les ricorsi ne sont pas de pures répétitions ni même de simples renouvellements. Sûrement  : une manière de rendre vaine l’opposition de l’individualisme et du collectivisme, telle qu’en usent, pour leurs courtes ambitions, les barbares et les freluquets. L’âge des héros rebâtira un pouvoir  ; il n’est pas de grand siècle du passé qui ne se soit donné cette tâche : même aux âges simplement humains, où les familles, lassées de grandeur, confiaient à quelque César leur destin, à charge de maintenir le droit commun, le pouvoir reconstruit gardait quelque saveur du monde précédent. Notre société n'a que des banques pour cathédrales ; elle n'a rien à transmettre qui justifie un "appel aux conservateurs" ; il n'y a d'elle, proprement dite, rien à conserver. Aussi sommes-nous libres de rêver que le premier rebelle, et serviteur de la légitimité révolutionnaire, sera le Prince Chrétien.

A commander pour 20 euros seulement sur le site des Provinciales en cliquant ici.


Pour avancer sur Boutang et le pouvoir légitime, on peut consulter la notice de François Huguenin, insérée dans le livre d'Antoine-Joseph Assaf en cliquant là.


On terminera par un témoignage de Juan Asensio sur l'éditeur, dans un de ses rares bons jours, qui n'en a que plus de prix :

Les Provinciales, sous forme de lettres confidentielles au rayonnement cependant certain, ont fait du travail d’écriture de quelques-uns le véritable visage littéraire d’une France défigurée.

Juan Asensio, Le Stalker



PS du 9.12.2016 : on fera grand profit de l'article de Sébastien Lapaque dans le Figaro du jeudi 8 décembre en cliquant sur l'image ci-dessous et une fois encore pour l'agrandir :

page du Figaro

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jeudi 29 janvier 2015

Houellebecq tel qu'en lui-même

Dans l'entretien qu'il a accordé chez Flammarion à Ruth Elkrief pour son dernier roman Soumission, Michel Houellebecq nous fait partager ses convergences avec notre propre sentiment de fin de cycle pour ce pays. Ce court billet n'est pas une critique du bouquin. Au delà de la mécanique électorale qui porterait l'islam au pouvoir, il constate la perte de valeurs du modèle faisant place à des valeurs nouvelles. La République maçonne est à bout de souffle, son athéisme essentiel, sa laïcité grotesque rencontrent de moins en moins d'écho chez les générations montantes qui ne reconnaissent aucune autorité morale à ceux qui les dispensent.

Nous partageons sa déconsidération d'une classe politique usée par le système représentatif où l'on fait carrière jusqu'à l'inamovibilité. Et quand il nous dit que ce modèle imposé n'est pas unique, quand il nous fait comprendre que les ruines créées ne seront pas relevées par le régime qui nous les laisse, nous pensons tout de suite à substituer au désordre actuel un système monarchique éprouvé en haut protégeant le foisonnement des libertés publiques en bas, foisonnement réglé par la démocratie directe. Et justement il y vient aussi dans cet entretien en parlant de la fulgurante ascension de Podemos en Espagne qui peut renverser la table.

Ce pays, la France, est bien plus vieux que la République en cours, envahie aujourd'hui de métèques (à l'antique) qui s'y sont fait la courte échelle pour y établir leur fortune. Que ne vendront-ils pas au vainqueur de demain pour conserver l'ordinaire de leur position sociale dans des couverts d'argent sans lesquels ils ne s'imaginent pas vivre. Houellebecq est assez gonflé pour avouer à Ruth Elkrief (qu'il faut remercier pour la bonne tenue de l'exercice) qu'il pourrait vivre sous l'Ancien régime, voire au Royaume chérifien mais pas en Arabie séoudite. En France, vivre devient dangereux : «Si, monsieur Valls, la France c'est l'intolérance, la haine et la peur». Il se dit cible de quelqu'un et sans doute ne restera-t-il pas longtemps, la promotion du roman tiré à trois cent mille exemplaires¹ étant quasiment terminée.

Et, coup de grâce à mes doutes, il me convainc parfaitement quand il dénonce la conscription, la levée en masse prélude aux massacres de masse, vecteur du scandale de la guerre de 14, allant jusqu'à murmurer que "les rois n'auraient jamais accepté ça", à croire qu'il a lu Kuehnelt-Leddihn² ou, petite vanité, un article que nous avions laissé à l'Alliance géostratégique disparue depuis, sur L'Orgie des levées en masse (16.04.2010).

Voici les liens de l'entretien diffusé en deux parties le 28 janvier 2015 sur BFMTV:

A.- Première partie 13:33
B.- Seconde partie 13:59
(la prise de son n'est pas fameuse)

Note (1): plus 270.000 exemplaires en allemand
Note (2): billet KL du 14.10.2006

mercredi 3 septembre 2014

Boutang, un fantôme ?

Au jour J, la 15 serrait à droite et s'arrêtait pile devant le point de presse et mon père restait au volant, moteur tournant, une habitude sans doute acquise au maquis où couper le contact pouvait être fatal, même si ce n'était plus la même traction. Je bondissais dans la boutique et arrachait une "Nation Française" au présentoir des hebdomadaires, elle venait d'arriver et il y en avait peu. Si je devais faire la queue pour payer, mon père m'interrogeait du retard pour savoir si le marchand de journaux avait fait quelque difficulté. Jamais ! Déçu, il embrayait et nous rentrions à la maison dévorer l'édito de Pierre Boutang. Provinciaux de la montagne à vaches, nous étions sciés par l'acuité de l'intelligence du maestro qui enterrait profond tout ce ce qui se publiait alors dans la mouvance royaliste.


- en préparation depuis de longues années - 

La maison d'édition Les Provinciales a toujours le projet de publier huit cents pages d'éditoriaux de la Nation Française. La Somme politique de Boutang. Voici comment ils présentent l'ouvrage et nous économiserons notre clavier :

De Pierre Boutang nous préparons le recueil d’une centaine des éditoriaux les plus lumineux de « La Nation Française » (1955-1967). Ce livre doit faire connaître à un large public cet homme de la trempe d’un Jünger : « L’un des plus grands esprits de ce siècle » (Le Figaro), « auteur d’une œuvre multiforme et tempétueuse… d’une force de conviction et cohérence peu communes, et d’une imprudence qui se souciait peu des modes » (Le Monde). « Tout ce qui touche Pierre Boutang m’honore », aime à dire George Steiner.

En octobre 1999, les Éditions des Syrtes avaient édité une partie de son œuvre de critique littéraire (Les Abeilles de Delphes), et un deuxième volume est paru en avril 2003 aux Éditions du Rocher. Les Éditions de La Table Ronde préparent un gros volume de ses « Cahiers » métaphysiques. Mais ce vrai politique (au sens du parti des « politiques » au temps du roi Henri IV) brise au fil de ces chroniques-là la réputation un peu facile de pamphlétaire ou d’hermétisme qu’on lui a faite, car il s’y montre plein de mesure et de tendresse, directement en prise avec les soucis de son temps – et du nôtre – dans une magnanimité émouvante et une parfaite clarté.

La puissance philosophique de cette sorte de Péguy fulgurant s’était nourrie d’abord de vie réelle, et de celle tourmentée de son journal, où il se livra à une confrontation permanente avec ses lecteurs dans l’indétermination du temps. Cela commence avec les épreuves si douloureusement actuelles de la guerre d’Algérie (terrorisme et intégration), et cela s’achève au moment de la guerre de six Jours, par une série de textes particulièrement audacieux. Avec une hauteur de vue qui enjambait toutes les apparences trompeuses du siècle, les textes de ce recueil emportés sans effort au pas de course par une immense culture constituent, presque quarante ans après, L’Héritage de la Nation Française – le seul hebdomadaire que la France de Pascal, de Péguy, de Bernanos ait produit…

Royal-Artillerie ne manquera pas de signaler la parution de l'ouvrage qui est déjà un "collector". L'insupportable Juan Asensio que je lis régulièrement pour m'éviter le gonflement de chevilles, annonçait sur Stalker la parution imminente... en septembre 2009. Le même nous offre aujourd'hui une recension de la dernière réédition de Boutang, La politique considérée comme souci, impeccable as usual. Peut-être Olivier Véron devrait-il envisager une diffusion numérique de la compilation des éditoriaux de la NF pour surmonter les obstacles matériels apparemment plus forts que lui. Ce bouquin est indispensable. Aussi me suis-je permis d'inquiéter l'impassibilité de l'éditeur qui à mon "quand" répond adroitement.... "au moment opportun", ce qui reste "classe" quand même :

Les éditions des Provinciales reconnaissent un certain délai de refroidissement du canon, mais...
(1) elles ont déjà publié un premier segment de la Somme dans La Guerre de Six jours ;
(2) elles ont réédité La Politique-souci, pour nous faire patienter ;
(3) elles prennent en compte la révolution dans la communication intervenue dans la décennie. "Pour qu'un livre paraisse, il faut des justifications faramineuses, à présent…" nous confie Olivier Véron.

L'audience anticipée est-elle suffisante, doit être la bonne question. La réponse est peut-être dans l'édition numérique comme nous le pensons. Les rats de bibliothèque y perdraient beaucoup, huit cents pages, ça pose sur l'étagère, mais nous avons besoin d'entendre à nouveau Pierre Boutang, maintenant que les lignes bougent et qu'un changement de paradigme politique n'est plus très éloigné.



mercredi 11 juillet 2012

Le Métronome de Deutsch


Métronome de Lorànt Deutsch sera-t-il traduit en anglais, japonais et allemand est la seule question qui vaille au début de l'été.
Excellent livre de promenade dans le Paris historique, le petit bouquin d'un amoureux de la capitale a fait grincer des dents les grincheux du parti jurassique au Conseil municipal, qui n'aiment pas qu'on fasse de l'histoire sans eux. Dès fois qu'il en sortirait des vérités bonnes à taire, comme le bonheur sous la Révolution française ou les bisounours de la Commune. A quoi l'auteur depuis sa maison de l'île de Ré a répondu :
« Je ne suis ni un idéologue ni un faussaire historique, mais un amoureux de l'histoire, avec toutes ses cicatrices, et ce sont ces élus du Front de Gauche qui ont une vision terriblement orientée. Moi, je respecte leur éclairage. Qu'ils respectent le mien ».

On peut suivre la dispute sur Newsring



Trois versions :
Métronome, l'histoire de France au rythme du métro parisien, 379p. en 24x16cm, 579g chez M. Lafon, 17€
Métronome illustré, 239p. en 28x23cm, 1143g chez Michel Lafon, 24€
Le double DVD de 4 épisodes de 52 minutes, illustrés de séquences 3D, 15€90 sur Amazon


La chaîne de télévision France5 a réalisé un remarquable site interactif chronologique, adossé à la série Métronome qu'elle produit. On ne peut faire autrement que d'y passer voir.


Achetez Métronome et Métronome illustré !
La meilleure façon de foutre l'ulcère aux trotskars


dimanche 24 juin 2012

Le sermon de midi


L'Anneau du Pêcheur de Jean Raspail (Albin Michel, 1995) est une histoire forte qui narre la perdition du canal historique de la papauté dans les sables de la morale adaptative aux forces du siècle. La corruption de la Curie romaine étalée ces jours-ci nous rappelle d'où provient la lignée de papes en charge de l'Eglise depuis le grand schisme d'occident. Née de combats sanglants entre princes romains et cardinaux avides de recouvrer les ors et prébendes déportés en France, actée à l'issue des compromissions politiques européennes du concile de Constance entre parjures et trahisons, elle est issue de la pourriture originelle et en recrée en continu, comme s'en désolait SS Benoît XVI dans la première homélie de son pontificat. Il voulait en arracher le clergé mais cette pourriture est consubstancielle à la nature humaine, elle en est le substrat, la promesse de vie, le regain. Il n'est que de souhaiter qu'elle conserve une forme spirituelle, voire intellectuelle, et ne s'incarne pas dans la concupiscence et parfois le sordide. Que l'Eglise ne sache que pêcher des pécheurs valorise ce fumier, mais qu'elle veille à n'en point être le composteur.

Les oripeaux de la puissance matérielle dont se parent la Curie ne peuvent cacher l'indigence de la puissance spirituelle qui recule partout devant la démocratie des concurrents. Sauf le bouddhisme qui est une école d'introspection égocentrique dense et perforante, les religions de masse délaissent l'eschatologie fondamentale pour la convivialité, la compassion, la charité dont le carburant est l'émotion. La progression spectaculaire des temples évangéliques est un marqueur très évident de cette dégradation spirituelle, parfois mentale. La haine mise en culture dans les mosquées fait son pendant, et on en construit beaucoup, preuve que la régression est générale. La quête des faveurs célestes les plus triviales envahit les temples taoïstes que la Chine a rouvert. Comme un canard sans tête l'homme court vers le bruit de ses congénères, il n'est pas sûr qu'il y apaise ses appréhensions existentielles. La survie de l'homme, seule entité vivante à connaître ce seuil, ne peut être à la merci d'églises en toc.

Quand "Benoît", le pape errant, se dresse face à l'agent diplomatique du Vatican au dernier jour de son retour vers Rome, devant la petite cathédrale de Sénez, c'est pour mourir debout, comme un saint des légendes, un pieu de chair et d'os pétrifié par son âme encore captive. Il attend l'ascension qui conjure la tragédie humaine. La pièce ne commence vraiment qu'à l'acte II. Le dénouement choisi par l'auteur, une inhumation officielle et discrète du successeur des papes d'Avignon dans la crypte profonde de la basilique Saint-Pierre, vise à réconcilier l'impossible par la simple extinction du signe. Or le signe n'est pas à la merci d'une pierre tombale, il court les âmes comme un feu follet, on le croit disparu là qu'il renaît ici et saute chemin faisant sans but, pour nous dire qu'il n'y a rien à comprendre et tout à croire, ce qui n'est pas d'acception commune dans ce monde en preuves. Et finalement la geste est dérisoire, seul vaut l'esprit. L'Esprit.

Amen.

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