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samedi 26 mai 2018

De gueules au léopard lionné d'or


Nous départant des affaires d'actualité - les morts-vivants du monde vieux défilent partout en France aujourd'hui - nous proposons pour changer d'air l'évocation d'un fief important et méconnu du grand nombre, qui fut pourtant un des plus anciens de France et vécut selon sa loi jusqu'à sa réunion à la couronne de France par son dernier titulaire, Henri de Navarre et IV de France. Il s'agit de Rodez en Rouergue.


Les comtes de Rouergue et plus tard de Rodez naquirent en 585 sous le règne de Childebert le second. Le dernier comte fut un huguenot du nom de Henri de Navarre, plus connu sous celui de Vert Galant qui maintint le titre jusqu'en 1589 avant de rattacher le fief à la couronne de France qu'il avait acheté d'une messe. Ce qui fait mille ans d'histoire ! Comme toutes les possessions humaines, plusieurs dynasties se succédèrent. Mais nous allons nous arrêter au premier : le duc Nicet (d'Auvergne) comme le nomme Grégoire de Tours.

Nicet dépend du roi franc Gontran de Burgondie (532-592) qui, sans postérité, adopte pour lui succéder Childebert, son neveu orphelin (570-596) empoisonné par Frédégonde. Le duc tient les marches méridionales du royaume face aux Wisigoths qu'il combat avec la plus extrême sauvagerie en Septimanie. Couvrant de présents le jeune roi - il pillait beaucoup - il en obtint en 587 un fort agrandissement de ses intérêts propres et outre la qualité de patrice et la fonction de Rector de Provence à Marseille, reçoit les villes de Clermont, Uzès et Rodez. C'était la troisième la plus intéressante, de par son isolement loin des grandes routes d'invasion (Rhône et Garonne), au milieu d'un pays vert et riche, positionnée sur une croupe facile à défendre et néanmoins desservie par deux voies romaines qui descendaient du Périgord et de Lyon vers la Voie Domitienne. On ne sait malgré tout s'il y mourut. Cette époque fut celle de la fehde mérovingienne, sorte de vendetta sicilienne de cinquante ans, qui usera le sang des rois chevelus jusqu'à leur renvoi dans l'histoire par les couillus de Pépin-le-Bref.

Le comté de Rouergue est un territoire bien défini dans la géographie occitane. Appartenant au bassin drainant de la basse Garonne ; il est comme une coquille saint-jacques renversée dont on poserait le petit creux sur Montauban à l'extérieur de lui. Au nord et à l'est il recueille les eaux des plateaux méridionaux du Massif central, au sud, il est le balcon imprenable sur le Languedoc. Il faut descendre la départementale D25 entre Saint-Pierre de la Fage et Soubès pour comprendre. Au détour d'un virage serré se découvre la plaine du Bas-Languedoc, en bas jusqu'à la mer. Cet itinéraire n'est pas un anachronisme puisque le Pas de l'Escalette n'étant pas praticable autrement qu'encordé jusqu'à l'époque moderne, déboucher du plateau du Larzac au sud avec des chevaux ou des chars attelés obligeait à suivre ce chemin à flanc d'escarpement.


Le comté restera longtemps dans la maison mérovingienne puisque apparaît dans les annales du huitième siècle un Sigisbert (Gilbert - 750-820) fils de Habibai ben Natronai David d'ascendance juive mésopotamienne, dit Thierry d'Autun établi à Narbone (les Juifs sont toujours en communauté organisée à Narbonne), qui par sa mère Rolinde d'Aquitaine descendait de Clovis¹ et Clotilde par les femmes. Le monde, un village déjà, sans attendre la croisade !

Création du comté de Rodez

C'est à partir de la réunion du comté de Rouergue à celui de Toulouse que commencera l'insertion (enclave découpée) du fief de Rodez entre Tarn et Truyère au fur et à mesure de l'entrée dans l'assiette comtale des châtellenies établies de longtemps sur ce territoire et étonnamment nombreuses dans la montagne à vaches. Mais c'est un grand seigneur qui fonde une dynastie en cet espace et en quelque sorte le figera jusqu'à ce qui est aujourd'hui devenu le département de l'Aveyron. A noter que lorsque le comté passera plus tard aux Armagnacs en 1298, il renouera avec ses origines mérovingiennes.

Raymond de Saint-Gilles (1042-1105), cadet de Pons Guillaume de Toulouse et gratifié de charges symboliques, s'empare du comté de Rouergue détenu par captation d'héritage de sa cousine Berthe de Rouergue morte sans postérité en 1065 et qui était la fille de Hugues Ier de Rouergue. Il détient alors un vrai fief que le veuf de Berthe, Robert d'Auvergne, ne lui disputera pas, craignant sans doute la coalition de toute la maison de Toulouse.

Saint-Gilles est un sacré gaillard, toujours en mouvement, qui ne craint ni les maures ni les évêques (il est excommunié deux fois par SS Grégoire VII mais peu lui chaut). Après avoir ferraillé pour la Reconquista espagnole sous la bannière de Castille dès 1087 - il épousera en troisièmes noces Elvire de Castille, princesse richement dotée - il recevra en 1094 l'héritage de Guillaume, son aîné, mort à Jérusalem. C'est à dire que Saint-Gilles devient alors un des plus grands seigneurs du midi, avec Toulouse, Albi, le Rouergue, le Quercy et l'Agenais, en sus de ses vieux titres provençaux. C'est d'ailleurs l'Armée dite des Provençaux qu'il formera pour s'engager dans la Première croisade en 1097.

A l'effet de financer la guerre qu'il commence sur la dot d'Elvire (laquelle l'accompagnera en Terre sainte), il montera un système financier complexe de monnayage, mise en gage, vente de terres, et rachats au fur et à mesure des rentrées du pillage des batailles. Mais d'autres grands seigneurs financeront la mise de départ sur la vente des fiefs comme Robert de Normandie, ce qui explique aussi leur intense motivation à s'établir en Palestine. Egal des plus grands, comme Godefroy de Bouillon ou Hugues de Vermandois, Saint-Gilles en sera surtout le plus riche en disponible (en cash). C'est donc là qu'il gage Rodez à son vassal, Richard de Carlat, vicomte et administrateur pro domo, fils de Bérenger de Millau, pour mobiliser plus de moyens. Saint-Gilles mourut au siège de Tripoli en 1105. Le vicomte Richard († 1135) profitant des disputes incessantes entre Aquitaine et Languedoc obtiendra l'aliénation définitive du fief à son profit en 1112 sous foi et hommage à Alphonse Jourdain, nouveau comte de Toulouse, et hissa sa titulature au niveau d'un comté. Son fils Hugues (1090-1159) régira le fief comtal de plein droit.

On notera que Saint-Gilles n'avait pu détacher du comté de Rouergue que la moitié de la ville de Rodez, l'autre moitié du foncier appartenant à l'évêché, donc incessible. Malgré la bonne gouvernance de certains comme Hugues Ier qui donna le comté à son aîné et l'évêché à son cadet, cette partition sera le ferment de disputes incessantes qui donneront matière à de gros livres et obligeront l'intervention autoritaire de Louis XI. Si la mise sous séquestre du comté n'est pas le fait de cette division, elle contribuera néanmoins à gommer les effets néfastes au développement de la plus fière et plus ancienne ville au sud de l'Auvergne.

L'histoire des comtes de Rodez immergés dans la nation rutène commence vraiment avec les comtes Hugues du sang de Richard de Millau et connaîtra son apogée avec la dynastie d'Armagnac quand les deux comtés seront réunis le 10 mai 1298 par le double mariage de Cécile de Rodez et de Bernard VI d'Armagnac, le même jour que sa sœur Valpurge avec Gaston qui recevait le vicomté de Creissels mitoyen du sien. Ces possessions rapprochèrent les Armagnacs de la cour de France pour laquelle ils prirent fait et cause dans la Guerre de Cent Ans contre les Bourguignons, alliés des Anglais. Ces deux principautés seront réunies par le connétable de France Bernard VII d'Armagnac en 1403 pour former le grand domaine montagnard de l'orgueilleuse dynastie gasconne.

La translation

Avec Armagnac, le comté entra à son insu dans la lutte de pouvoirs et prestige entre eux et les rois de France, lutte qui s'achèvera par une guerre à mort entre Jacques d'Armagnac et Louis XI, qui, dit-on, le fit exécuter à Paris au-dessus de ses enfants habillés de blanc afin que le sang jailli de leur père leur soit bien visible. Avec le meurtre de Jean V à Lectoure en 1473 et la mort de son frère Charles Ier en 1497, dont la santé mentale avait été altérée sciemment dans un internement de quatorze années à la Bastille, les Ruthénois manifestèrent une prévention à l'endroit de la maison de France qui les piétinait et luttèrent contre la normalisation en particulier dans la réforme des couvents voulue par le roi. Charles ayant cédé ses droits à Alain le Grand, sire d'Albret, de la maison duquel naîtrait un jour Henri de Navarre à Pau, le comté revenu à la couronne disparut alors, mais le titre fut usurpé par les évêques de Rodez qui se firent comtes mitrés.

Jusque-là les comtes de Rodez furent une maison assez puissante et bien alliée qui ne le cédait en rien aux grands de Languedoc tels que les Saint-Gilles, Trencarel, Guilhem, Crussol d'Uzès, avec cette particularité d'être un territoire du nord au midi que ce soit par la mentalité rutène rémanente ou par les mœurs moins nonchalantes qu'en plaine. Les toits y sont d'ardoises et les doigts économes. La justice y connut de ces brutalités que le Bas-languedoc voisin sut éviter par un polissage des cours féodales mais les caractères étaient aussi plus durs.
Rodez et le Rouergue furent toujours des positions méridionales avancées de la France du Nord, les Rutènes étaient alliés aux Arvernes en leur fournissant des compagnies d'archers mais ne se mêlaient pas aux Volques et autres clans du sud. La province ne bascula pas dans le catharisme, ni plus tard dans la Réforme, alors que Rodez était une étape marchande importante entre Montpellier et la Rochelle. On y resta catholique sans états d'âme, contrairement à Toulouse, traversée par tous les vents de l'histoire. Au XIIIè siècle, les comtes de Rodez représentaient une puissance stable et par force respectée. Ils n'eurent pas à entrer dans beaucoup de disputes. Nul ne leur cherchait noise.

Maison d'Armagnac à Rodez

Des comtes et surtout des comtesses, furent inhumés au couvent des Cordeliers, le tout nouvel ordre mendiant des frères mineurs (franciscains) appelé à Rodez en 1232 par le comte Hugues IV. Bâti en 1246 sous le rempart occidental du bas-empire puis intégré à la nouvelle enceinte aux frais de la comtesse Béatrix, le couvent, son cloître, chapelle et sépultures furent vandalisées à la Révolution comme partout et les ruines rasées plus tard pour faire place en 1834 à la verrue louis-philipparde du palais de Justice actuel. Un petit Saint-Denis disparut au grand regret des Ruthénois qui ne manquent jamais de se rappeler au fenestras du Tribunal qu'ils marchent sur le rempart d'une nécropole glorieuse.

Y trouvèrent le repos au milieu de bien d'autres bourgeois de la ville :

- Mascarose de Comminges †1292, deuxième épouse d'Henri II de Rodez
- Cécile de Rodez †1312, épouse de Bernard VI d'Armagnac
- Jean Ier le Bon †1361 qui vécut sous sept rois de France et porta les armes de cinq d'entre eux
- Béatrix de Clermont †1364, épouse de Jean Ier d'Armagnac le précité
- Bonne de Berry, †1435, mère d'Amédée VIII de Savoie, épouse de Bernard VII d'Armagnac et Rodez, chef du parti d'Armagnac pendant la Guerre de Cent ans
- Les deux filles de Bonne de Berry mortes en bas âge
- Jacques d'Armagnac †1477 décapité par Louis XI
- Louise d'Anjou, son ép. †1477, cousine du roi précité (à noter que la chapelle des Cordeliers était sous le patronnage de saint Louis d'Anjou).
- ... (au bon cœur des lecteurs)



Le département de l'Aveyron, calqué sur la province de Rouergue, amputée du bailliage albigeois puis réformé de Saint-Antonin-Noble Val qui détonnait par rapport au reste du pays, continue l'histoire de ce territoire fort en caractère. Les Aveyronnais, que des migrations de fonctionnaires retraités du nord affadissent un peu, gardent néanmoins certaines traditions reconnues dans les départements limitrophes mais surtout cet esprit d'entreprise qui était et demeure leur marque. De grands patrons en proviennent, les établissements aveyronnais déportés à l'étranger sont nombreux, à Paris d'abord avec trois cent mille ressortissants, et partout ailleurs jusqu'à la ville argentine de Pigüé qu'ils fondèrent en pays araucan vers 1880, à la suite de la purification ethnique du général Roca qui avait fait place nette. Les communautés aveyronnaises sont également vivantes en Amérique du Nord.

Le pays fut très catholique, même dans le bassin houiller où l'on disait des messes au fond de la mine pour soutenir le mouvement social. Dans les années cinquante et soixante, quelques groupes perpétuaient aussi le souvenir des chouans du midi dans des réunions royalistes organisées sur les vieilles terres comme Buzareingues ou La Malène. La déchristianisation sévère du diocèse a emporté ses penchants royalistes. Mgr Ménard (Dreux 1910-1955-Rodez 1973), dernier évêque dans la grande tradition historique, était aumônier de la famille d'Orléans. Ses successeurs ont coupé les ponts avec le passé et le dernier a abandonné le magnifique évêché pour se réfugier dans le petit Carmel déserté plus facile à chauffer ! Le pays sans prêtres retournera-t-il aux druides ?

Poscriptum du 28 mai 2018 de Fabienne F.

Marguerite d'Angoulème et de Navarre (1492 -1549), sœur de François 1er et mère de Jeanne d'Albret (mère d'Henri IV) a hérité du titre de Comtesse d'Armagnac et de Rodez. Fille de Charles d'Orléans, elle épouse le duc d'Alençon quand son frère François 1er devient roi. A la mort de son rustre de mari, elle épouse en secondes noces Henri II de Navarre. C'était une intello. Elle a écrit " l'Heptaméron" , un recueil de nouvelles ! Sa statue se tient en bonne place, pas loin du Sénat, au Jardin du Luxembourg à Paris. Il y est bien écrit "Comtesse de Rodez" sur le socle. Sur la photo de la statue ci-dessous, on remarquera les perles autour du cou: Magaritès veut dire perle en grec, d'où son surnom de Perle des Valois et son bouquet de marguerites à la main.



Sources autres que familiales :

(1) http://www.genealogiequebec.info/testphp/info.php?no=101520

(2) https://gw.geneanet.org/zardoz?lang=fr&n=de+rodez&oc=0&p=cecile

(3) https://gw.geneanet.org/zardoz?lang=fr&m=TT&sm=S&t=Comte&p=de+Rodez

(4) http://www.persee.fr/doc/shmes_1261-9078_2004_act_34_1_1851

(5) https://www.persee.fr/doc/efr_0000-0000_1993_act_168_1_4332

(6) http://gallica.bnf.fr/bpt6k111606t Comté et comtes de Rodez d'Antoine Bonal

(7) http://www.chartes.psl.eu/fr/positions-these/ordres-mendiants-pouvoirs-rodez-xive-xvie-siecle Ordres mendiants de Rodez

(8) https://books.google.fr/books?id=21YBAAAAQAAJ&hl=fr&pg=PP1#v=onepage&q&f=false Documens historiques et généalogiques sur les familles du Rouergue de Hippolyte de Barrau

(9) https://www.lemonde.fr/voyage/article/2010/10/08/pigue-les-aveyronnais-de-la-pampa_1420174_3546.html

(10) https://www.ladepeche.fr/article/2011/12/26/1247659-l-eglise-a-ete-de-toutes-les-luttes.html


lundi 6 mars 2017

Il a survécu !

Terrible nouvelle dans les cours princières qui se réchauffent à l'âtre des dynastes, le feu s'éteint, les bûches sont trempées, la fumée âcre est irrespirable. Dieu a versé sa tonne d'eau par le conduit de la cheminée ! Et la volaille de décamper emportant à Coblence, faux écus, médailles d'ordres, titres d'attente et courtoisie, marquis poudrés, comtes ossus et gras eunuques. On vient de fracasser la double porte d'entrée à la masse d'armes. Sauve qui peut ! Le Mérovingien revient !

Note liminaire

Combien de fois ai-je écrit dans ma tête l'amorce de ce récit pour traverser mes insomnies ? Et s'il revenait ? L'affaire est de longue mèche pour ce qui concerne le piéton du roi puisque Emma Calvet était une amie de son grand-père, en tout bien tout honneur, la belle cantatrice étant par ailleurs soupçonnée d'indulgences privées envers l'abbé Saunière, curé de Rennes-le-Château (Aude), embringué dans de curieuses histoires de fouilles à la charnière du siècle dernier... Vous suivez ? Non ! Je dois donc vous parler de L'Enigme sacrée, thèses et synthèse de Lincoln, Baigent et Leigh (le Graal) qui donna matière plus tard au Da Vinci Code ? Que ces mecs soient des fondus du New Age et des Druides ne doit pas dissimuler la réalité de l'excavation historique, le reste est attraction :

De tous temps, les natifs du Razès, pays dépendant de Limoux, ont cru que sous la montagne avait été caché par les vieux rois un trésor important. Des procès documentés existent qui attestent de recherches fébriles au XIV°siècle, et même du faux-monnayage en quantité à partir de métal local.
L'abbé Saunière exilé à Rennes-le-Château tout près de son village natal par l'évêque qui voulait brider sa carrière ecclésiastique en le dotant d'une paroisse misérable pourvue d'un presbytère inhabitable, était comme tous les gens du cru, imprégné de cette légende. Venait de paraître en 1880 un ouvrage de référence sur l'histoire locale "le Comté du Razés et le diocèse d'Alet – Notices historiques" par l'historien Louis Fédié qui parle du camp fort monté à Rhedæ par la horde wisigothe dès l'invasion de la Narbonaise, un verrou militaire qui prendra autant d'importance que Carcassonne au fil des guerres. Or en retapant son église délabrée au milieu de l'ancien oppidum avec l'aide de paroissiens affligés de l'état de décrépitude du lieu, il découvre quelque chose en 1887 en rénovant l'autel sur un don de 700 francs-or de Marie Cavailhé de Coursan. Fondit-il sa trouvaille en bel argent sonnant et trébuchant comme les neveux du pape Benoît XII l'avaient fait en 1340 dans le comté, ou bien y avait-il autre chose ? La réponse est oui.

Des parchemins extraits par les maçons d'un pilier wisigothique et communiqués en calques à la mairie par le curé-archéologue, déroulent la généalogie mérovingienne après le roi Dagobert II, l'un de ceux-ci portant le sceau de Blanche de Castille, princesse de sang wisigothique mêlé au sang noir des Maures, devenue reine de France en 1223. S'y trouve aussi le testament d'un seigneur d'Hautpoul baron de Rennes, sur un acte authentique rédigé par un notaire d'Espéraza donnant la suite de la généalogie mérovingienne de 1200 à 1644. Et d'autres papiers disparus depuis dans l'incendie des archives municipales. Ceux-ci¹ continuent-ils la descendance mérovingienne jusqu'à l'époque de Bérenger Saunière ?


PRESOMPTIONS

L'abbé Saunière (1852-1917)
De convictions légitimistes mais de mœurs dissolues qui lui vaudront sa suspension a divinis en 1911, Saunière captait des dons de la noblesse ancienne par l'entremise de son frère Alfred bien plus impliqué que lui dans l'agitation royaliste du Languedoc, qui avait ses entrées chez la marquise du Bourg de Bozas et chez le vénérable marquis de Chefdebien qui était lui-même reçu à Frohsdorf. Lors des procès Saunière de 1910 et 1911 à l'officialité de Carcassonne, on avancera une estimation des sommes recueillies par Alfred à cinquante-cinq mille francs-or. On notera un don de trois mille francs-or de la comtesse de Chambord apporté en 1886 à Rennes par l'archiduc d'Autriche-Hongrie Johann de Habsbourg. Que produit-il donc ce petit curé d'un village paumé, ignoré du monde, pour convaincre quelqu'un d'aussi sérieux que la Princesse de Modène ?

Les fouilles à succès confirmaient-elles une hypothèse discrète diffusée antérieurement à la haute société légitimiste, qui dès lors confirmée, allait débonder subitement les bourses de ces messieurs-dames ? La fortune conséquente de Saunière - il n'en finit plus de bâtir (675000 Frs-or de travaux) - ne peut venir seulement d'intentions de messe détournées, de pillage de sépultures dans le cimetière communal, de creusements en rase campagne au su de tous, sauf... sauf s'il était aussi médium et faisait revenir les morts, mais on ne dispose pas d'éléments le prouvant, mises à part des accointances spirites bien à la mode du temps. Ce temps était aux sociétés secrètes, à l'ésotérisme, aux tarots, à l'occultisme, aux vapeurs d'éther. Emma Calvé fit partie un moment de l'Ordre martiniste qui dégénéra plus tard en Rose-Croix. Elle vint à Rennes. On invoquait les esprits, on croyait aux prophéties et apparitions, on fouillait la gnose en tous sens, on tournait les guéridons. Bien que sincèrement croyant, Bérenger Saunière partit sans les derniers sacrements que son confesseur lui refusa. Ce fait, très grave pour un prêtre, n'est pas souvent relevé. Beaucoup d'argent circulait dans les sphères hermétiques : Saunière parvint-il à détourner le ruisseau de la crédulité humaine vers la roue du moulin par des invocations inappropriées ? Je le crois. Je ne le prouve pas. Quoique !


AU-DELÀ DES ETOILES

Rhedae - Rennes-le-Château
A la suite de l'invention des parchemins du pilier, Bérenger Saunière monte à Paris en 1891 pour les faire déchiffrer (certains disent que c'est son frère Alfred qui s'en chargea). C'est d'ailleurs lors de ce voyage qu'il aurait rencontré Emma Calvé et son amant Jules Bois, érudit hermétiste de renom. Lui ou son frère revient de la capitale avec une reproduction du tableau de Nicolas Poussin, Les Bergers d'Arcadie, dans sa seconde facture. La tombe arcadienne porte une inscription énigmatique que Saunière avait déjà trouvée sur une dalle du cimetière couvrant la tombe de la marquise de Blanchefort : ET IN ARCADIA EGO. Ce tableau se déchiffre savamment et dévoile en fait une porte du Ciel dans une topographie précise (voir le complément n°4 en note) si on est capable de situer la tombe du tableau dans le pays. Bérenger est né à Montazels tout à côté et connaît ce pays comme sa poche. Justement, l'emplacement qui correspond le mieux au tableau se situe aux Pontils (près de Serres). Si parfaitement qu'il fut occupé plus tard par un gros cénotaphe de pierre ressemblant à la tombe arcadienne de Poussin, ouvrage construit au début des années 1930 par le propriétaire des lieux, un Américain un peu allumé du nom de Louis Lawrence, sous lequel un caveau creusé en 1903 et libéré ensuite lui permit d'y déposer la momie de sa propre mère faite maison et deux chats. Envahi de curieux venus faire les géomètres-experts et d'égyptologues au petit pied, le successeur des Lawrence rasa l'ouvrage en 1988 et bétonna. Au lieu de ça, j'aurais ouvert une buvette !

A côté de ce mystère, un dessin de Léonard de Vinci, esprit universel et initié s'il en fut, trouvé dans un de ses carnets (Codex Madrid II), donne aussi précisément le même passage entre Ciel et Terre (voir le complément n°6 en note). Ce lieu, marqué d'un trait vertical sur le dessin, est dans la chaîne du Bugarach qui fait face à Rennes-le-Château. C'est le passage des âmes montantes dans un sens, la visite des revenants dans l'autre. Que vous ne le croyiez pas n'est pas important, mais à l'époque citée, les gens y croyaient, autant que jadis le peintre Nicolas Poussin qui multiplie les énigmes sur la toile en jouant par exemple des ombres portées. L'abbé sut-il tirer partie de ses découvertes auprès d'esprits torturés ou simplement malheureux... mais à l'aise ? Le deuil peut rendre fou. C'est encore une piste de sa fortune, même si elle ne nous avance pas dans la quête du roi perdu.

La jolie bonne du curé
Quoiqu'il en soit, il avait capté, outre quelque magot en numéraire déterré qui permit de signer des traites pour travaux - les ouvriers ont témoigné d'une oule remplie de vieilles pièces d'or dans le sol de l'église - un secret valant très cher, et ce secret avait bien un rapport avec la descendance mérovingienne et l'occultisme contemporain, les monumens précités et ses fréquentations y convergent.
On a pu penser un moment que le parchemin perdu n'était pas autre chose que la Charte d'Alaon de Charles le Chauve qui passait par les femmes le sang de Mérovée chez les ducs d'Aquitaine, les ducs de Vasconie, les princes d'Aragon et deux rois wisigoths d'Espagne, Blanche de Castille remontant ce sang en France. Il s'avéra que la charte était une fabrication du XVII° siècle au bénéfice des ducs d'Aquitaine, dans quel but je l'ignore, mais démontée par l'historien Joseph-François Rabanis sous le Second Empire. Saunière et ses clients s'intéressaient-ils aux vieilles dynasties revenues dans l'actualité ? Chambord, mort en 1883, n'était-il pas né duc de Bordeaux ? "Un signe qui ne trompe pas" ? Etc. Des escrocs comme Plantard ne s'y sont pas trompés eux, qui montèrent l'affaire du Prieuré de Sion en amalgamant le sangreal (ou graal), la famille de Jésus et Marie-Madeleine, l'Arche d'alliance pillée au sac de Rome en 410 et tout ce qui pouvait plaire et intriguer. Ils crurent en vivre grassement ; mais tout ce monde n'a pas eu le génie de l'abbé Saunière ou de Dan Brown.

Marie Dénarnaud, sa jolie bonne et maîtresse analphabète, une fois veuve, accueillit sa famille à la villa Béthania mais partagea l'héritage Saunière² à sa façon en disant à ses paroissiens que "de l'or à Rennes, ils marchaient dessus sans le savoir". Par cette confirmation, on n'imagine pas la fièvre qui s'empara du lieu, à coup de pioches mais aussi de triangulations savantes, déchiffrage d'épitaphes, anamorphose des paysages... Il n'empêche que le Haut Razès fut effectivement une Justice wisigothe d'importance, surplombée par l'oppidum de Rhedæ, l'actuelle Rennes-le-Château (voir dans le complément n°8 en note), où l'on pouvait défendre des biens de valeur enfouis à dessein. Rosa Noémie Emma Calvet n'eut rien, qui mourut dans le dénuement à Millau (Aveyron) entre les bras de mon grand-père - ce qui n'est pas vrai mais aurait fait drôlement bien dans cet article. Revenons à nos moutons dynastiques.


SYNTHESE

Terribilis Est Locus Iste
Quand on prend de la hauteur, en gravissant le Pech de Bugarach pour s'aérer l'esprit par exemple, on peut partir de l'hypothèse crédible (et que les parchemins perdus allaient vérifier) que la dynastie mérovingienne aurait perduré jusqu'à la fin du Second Empire assez visiblement pour un œil exercé jusqu'à pouvoir dresser une généalogie acceptable, ce qui expliquerait l'engouement légitimiste pour Rennes-le-Château dès 1886 et le don important cette année-là de la comtesse de Chambord (l'invention du trésor et de la preuve étant de 1887). Chambord n'ayant pas eu d'enfant, la veine légitimiste renaissait à côté de l'usurpation latente des D'Orléans. Allons-y, Saunière vendait des espérances³ comme d'autres avant lui le firent en indulgences. Mais quelles sont-elles ? Et pourquoi les Mérovingiens ?

Cette première race des rois fut toujours à son époque reliée à la dynastie du roi David pour des raisons qu'il serait trop long d'expliquer ici ; ses princes portaient les cheveux longs comme l'Absalom de l'Ancien Testament. Seule cette race apparaît dans les fouilles de l'abbé Saunière et si l'oppidum est bien loin du pays franc, il en est ainsi relativement protégé. La connexion est très possible, et il y a la pierre tombale dont nous parlons ensuite. Les Mérovingiens comme d'autres familles régnantes ont eu un grand nombre d'enfants légitimes ou pas - la distinction n'était importante que pour la loi d'héritage - et il est plus que probable que leurs descendants soient nombreux encore aujourd'hui, même si le sang s'est considérablement dilué. Jusqu'à l'avènement des Capétiens, le sang des rois chevelus réputé davidique fut soigneusement préservé en faisant épouser leurs femmes par les puissants de la cour. Hugues Capet a du sang mérovingien par les deux voies : son ancêtre Robert le Fort a lui-même pour ascendant établi un référendaire du roi Dagobert de Neustrie au VIIe siècle du nom de Lambert.

Jusqu'aux Capétiens c'est donc limpide : Clovis 1er -> Clotaire 1er -> Chilpéric 1er -> Clotaire II -> Dagobert 1er -> Clovis II -> Thierry III -> Berthe, épouse Caribert, comte de Laon -> Caribert de Laon -> Berthe de Laon, épouse Pépin le Bref -> Carloman II -> Cunégonde, épouse Guillaume de Géllonnne -> Cunégonde, épouse Bernard 1er, Roi d'Italie -> Pépin le Bref -> Herbert 1er, comte de Vermandois -> Béatrice de Vermandois, épouse le roi de France Robert 1er -> Hugues le Grand -> Hugues Capet...

On voit que la déviation n'attend pas la déposition de Childéric III et son fils Thierry disparu et tondu, dit-on, par saint Wandon au monastère de Fontenelle (plus tard Saint-Wandrille en Basse Seine). La Providence ou le Hasard aurait-elle sauvé la lignée mâle des rois chevelus bien avant que Pépin le Bref ne l'éteigne. Peut-être la dalle des chevaliers (ci-contre) que l'abbé Saunière retourna devant l'autel, transcrit-elle pour les générations futures ce sauvetage d'un enfant mérovingien apporté au Razès par deux cavaliers chevauchant le même destrier, comme le firent plus tard les Templiers au combat... On ne voit aucun motif à transporter l'enfant d'aucune autre race non éteinte à l'époque carolingienne (celle de la dalle). Alors que Thierry de Childéric III est réputé le dernier scion de la dynastie perdue, il est possible qu'une branche antérieure se soit échappée des palais dangereux du Nord. Les descendances ducales entrent aussi en ligne de compte et les possibilités sont infinies.
Toute prétention actuelle de l'un des descendants devrait être raccord avec une généalogie confirmée dans le codex salique (le vrai), ce qui n'est pas du domaine de l'impossible, d'autant que les Carolingiens s'en prévalaient par leurs épousailles et ne détruisaient pas ces preuves. Donc le Mérovingien-qui-vient est une possibilité parmi les rois cachés de légende qui voudraient bien se laisser découvrir. Il s'appellera Thierry V puisque depuis la séquestration du fils de Childéric III à Fontenelle, ils se passent ce nom ainsi que le font les anti-papes d'Avignon depuis le concile de Constance en s'appelant tous Benoît, si Jean Raspail a bien compris le grand schisme d'Occident. Peut-être ce roi souterrain est-il l'un des lecteurs de Royal-Artillerie. Les lois de la généalogie (3,5 générations par siècle et 2 enfants procréant par génération en progression arithmétique) donnent une multitude de Mérovingiens, et comme le dicton nous l'assure : nous descendons chacun d'un roi et d'un pendu.

Mais la royauté n'est pas un haras. Si la monarchie héréditaire encadrée de lois spécifiques de succession est le meilleur modèle à long terme en France, le redémarrage du logiciel convoque plus que la force au tournoi de chevalerie, l'intelligence, l'éducation, la formation à l'emploi et un doigt de grâce divine. Ce qui laisse ouvertes toutes les opportunités, même non-LOF.


BOURBONS

Chou d'Amour
On ne peut conclure un article survivantiste sans évoquer la survie hypothétique du fils de Louis XVI qui aurait été exfiltré du Temple à Paris pour servir de gage à ses ravisseurs. L'énigme de Rennes-le-Château ne croise pas celle du petit dauphin. De nombreuses études ont été consacrées aux traces de cette survivance, dont la plus sûre est celle de Charles Barbanes* ; mais aucune n'a abouti à la production d'une preuve irréfutable même si les faisceaux de présomptions sont étayés. Ce qui est finalement mineur pour la raison suivante :

Si l'on veut bien resserrer l'hypothèse autour de son intérêt dynastique et oublier la révélation historique qui ferait gagner beaucoup d'argent aux inventeurs, la branche bourbonienne de Louis XVII n'a pas d'utilité pour le moment et ce pour trois raisons :
- soit ces gens existent bien, mais ne savent pas qui ils sont ;
- soit ils ne désirent aucunement manifester leur état depuis deux siècles pour diverses raisons personnelles ;
- soit leur branche est maintenant éteinte (la génétique très consanguine antérieure n'aurait pas favorisé leur perpétuation).


Epilogue

En l'an 966 de notre ère, l'abbé Maynard quitte Saint-Wandrille de Fontenelle pour prendre ses fonctions de premier abbé au Mont-Saint-Michel. Ce signe ne trompe pas. Le roi Thierry V devrait y être normalement sacré comme nous le proposait Rodolphe Crevelle** dans un de ses délires fameux, et y résider sans doute si la monarchie se départissait de son caractère héréditaire familial au bénéfice d'une monarchie thaumaturgique élective et cloîtrée. Mais nous n'y sommes pas rendus. Reste que le Mérovingien caché serait le plus sûr élan vers une restauration puisqu'il n'aurait pas à nous vendre le bilan contesté d'une dynastie déposée par son propre peuple, trois fois en France, deux fois en Espagne.

Suffira-t-il d'y croire ?


Pour creuser la question en passant un bon moment, nous suggérons les liens suivants (mais il y en a cent autres):
1.- La vie extraordinaire de l'abbé Saunière
2.- La bibliothèque de Béranger Saunière dans la Tour Magdala
3.- Alfred Saunière et Chefdebien de la Société Perillos
4.- Les bergers d'Arcadie de Nicolas Poussin (tableau acheté par Louis XIV pour être placé dans sa chambre)
5.- Vrais et faux mystères de Rennes-le-Château
6.- Le site "gothique" de la légende RLC qu'il faut cribler
7.- Le voyage caché de Vinci au Pech de Bugarach
8.- Rennes-le-Château, une affaire paradoxale, l'analyse ultime


Avertissement : Ce billet a été rédigé par amitié pour nos lecteurs survivantistes qui pourraient résoudre bien des tracas en enterrant la Querelle dynastique si leurs travaux aboutissaient. Ce n'est pas un travail d'historien et il ne sera donc pas développé plus en détails parce qu'il n'est pas dans la ligne de propagande monarchiste du blogue Royal-Artillerie, et que le temps nous est compté. À eux de prendre ce billet comme il vient. Merci.


Notes :
(1) On cite souvent le "grand parchemin" et le "petit parchemin" rédigés en langue cryptée
(2) Marie Dénarnaud disposa à son gré de la succession Saunière que la famille de l'abbé avait refusée
(3) Les Bourbons d'Espagne régnaient alors à Madrid et y étaient confinés par la Paix d'Utrecht
(*) Louis XVII - Autopsie d'une fausse vérité par Charles Barbanes, chez Chiré 2017
(**) Lys Noir n°13, page 16 sinon texte en secours (clic)



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