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jeudi 4 avril 2024

L'Europe mûrit.

#2255 - Hésitant d'un pied sur l'autre sur l'implication plus ou moins soutenue des Etats-Unis dans la guerre d'Ukraine, l'Europe a finalement décidé de prendre ce qu'ils lui donnent et de ne plus compter sur eux à l'étage stratégique. La boussole éponyme lui montre la seule queue de trajectoire probable, la nucléarisation de ses armées pour faire contrepoids aux appétits déclarés de l'empire russe revenu sur le limes occidental.

Mais comme une dissuation nucléaire ne fonctionne pleinement que si elle est adossée à des armées conventionnelles bâties sur la peur qu'elles inspirent, les pays européens ont décidé de les remettre déjà à niveau, la question d'une bombe européenne qui, à mon avis n'en est plus une, sera débattue en son temps.
Dès lors que les arsenaux européens se sortent les doigts et prennent les contrats que leur passent les Etats, le délai du réarmement devrait être raccourci - sauf si l'Allemagne se liquéfie, bien sûr.

J'avoue ne pas comprendre les admirateurs chez nous de Vladimir Poutine qui est l'Hégémon le plus con que la terre ait porté :
Pour matérialiser son rêve impérial en capturant les fameuses terres noires, il se coupe de la première puissance commerciale mondiale qui n'avait que des indulgences à son endroit ; il perd la Mer baltique et le tampon stratégique de deux pays neutres entre la Russie et la frontière atlantique ; il ruine sa balance commerciale en vendant ses matières premières au rabais contre des devises non convertibles ou pourries ; il stoppe définitivement le développement des territoires non métropolitains de l'immense Russie en créant les conditions d'une instabilité sociale d'ampleur. A quoi s'ajoute l'exode des cerveaux.

Si le Kremlin compte se refaire par un maximum de saloperies dans l'espace informationnel, il tombe maintenant sur des Etats occidentaux avertis qui le guettent partout. S'il est probable que les peuples russes conditionnés du berceau à la tombe continuent de participer à la guerre patriotique "imposée à la Russie par l'Occident", ses élites ont déjà fait le tour de la propagande éhontée des services intérieurs de sécurité. A la première occasion favorable, elles lâcheront le pouvoir, le temps de se mettre en sûreté. Le "monde libre" n'aura jamais si bien porté son nom !

Avion F-16 en alerte la nuit
Il n'en demeure pas moins que les capacités de pure destruction mises en œuvre par l'état-major russe se maintiennent à un niveau élevé, même si elles n'ont pas une grande influence sur la conduite de la guerre, ne touchant que des infrastructures civiles. Pour cette raison, priorité est donnée aux moyens ukrainiens d'atteindre les positions de départ des coups ou les vecteurs des armes. Plus la logistique énergétique de guerre en cassant les raffineries ! Nous ne sommes pas loin d'une no-fly zone décrétée par l'OTAN à l'ouest du Dniepr. Il serait utile de la compléter d'un droit de suite inversé permettant d'attaquer les vecteurs russes en avant de la zone. Sera-ce une escalade ? De toute façon il y aura escalade !

dimanche 24 mars 2024

De l'innocence du peuple

vignette rouge demos-cratos
#2251 - Au soir de l'attaque vendredi dernier du Crocus City Hall de Krasnogorsk, revendiquée par la franchise afghane de l'Etat islamique, les services de déblaiement ont décompté cent quarante trois spectateurs morts en sus des trois centaines de blessés évacués par ambulance. Quel que soit l'environnement géopolitique au moment, la réprobation du monde fut unanime et les pensées des communiqués tournées vers le peuple russe, parfois mais rarement vers ses dirigeants. Nous y joignons les nôtres. Est revenue maintes fois l'expression de "civils innocents" comme Raymond Barre avait parlé un jour de "juifs innocents". S'il ne fait pas de doute pour ceux de jadis - l'expression malencontreuse venait d'un politicien pressé de marquer sa sympathie - qu'en est-il du premier, après le triomphe électoral du petit despote éclairé au gaz ?

En effet, le peuple a "réélu" son dictateur, activant la sentence de Pierre-Joseph Proudhon (1852) : « Il est prouvé que le peuple est d’inclination favorable au despotisme, hostile à la liberté. » Réélire c'est prendre la responsabilité d'une répétition de ce qui fut. Les manipulations de tous ordres qui ont construit le scrutin présidentiel russe n'acquittent pas le peuple russe pour autant. La seule circonstance atténuante est que le désordre ou le danger favorise grandement un pouvoir fort et même dégondé de l'Etat de droit, lequel n'est plus que le cache-sexe de sa brutalité. Désordre, danger, nous y étions complètement avant-hier soir à Krasnogorsk. Pour faire plus court encore, c'est tout bénéfice pour un pouvoir qui ne compte pas et enfourne ses soldats comme du bois dans la locomotive de son offensive hectométrique au Donbass. Il suffit ensuite d'écrire le livret qui va bien avec la partition. C'est la première compétence d'un service de police politique.

Au résultat, le peuple votant n'est pas si innocent que ça, qui a choisi ses dirigeants et à travers eux, a confirmé ses bourreaux. Mais ce qui est vrai de la Sainte Russie, l'est plus encore de la République française où la démocratie fait rage. Le dèmos est coupable chez nous plus encore qu'en Russie parce qu'il est constamment ramené aux devoirs et conséquences de sa charge politique, qui est de renouveler ses chefs et de protéger ses juges qui condamnent "au nom du peuple français".
L'état de calamités financières, économiques et militaires que nous révèlent aujourd'hui les instituts officiels, lui est imputable. En ces matières, ce peuple n'est pas innocent. Il s'est vautré dans le confort à crédit d'un modèle social banqueroutier en tirant des traites sur ses enfants, protégé de la pluie des malheurs par un parapluie atomique qui ne s'ouvre pas. Au prochain attentat, il n'y aura pas de "victimes innocentes" mais des citoyens "malchanceux". A plaindre tout autant !

couronne de fleurs
R.I.P.

lundi 18 mars 2024

Rien ou si peu !

une caricature de Poutine
#2250 - Vladimir Vladimirovitch Poutine est réélu président de toutes les Russies par les peuples de la Fédération emballés dans les urnes du FSB. Les médiats de l'ensemencement idéologique vont pouvoir décrire l'orbite fantastique de l'apache des fortifs de Léningrad, passé par les tampons du KGB de Dresde et parvenu par tous moyens même légaux au sommet du plus vaste empire terrestre. Fabuleux opportuniste. Son obsession bizarre de légalité pour cet être amoral, prêterait à rire s'il y avait aujourd'hui une alternative à l'élection pour accéder au faîte du temple. Mais en cherchant bien, les pires tyrans ont besoin maintenant d'être réélus quand ce n'est par le peuple en joie, par des assemblées le représentant selon la loi fondamentale du pays.
Le plus gag vient de la pluie de félicitations qui tombe du monde entier ou presque sur cette mascarade. On surveillera les posts ou tweets de saison des agents d'influence du Kremlin en France, juste pour être sûr qu'ils en sont ravis.

Rien ou si peu. Rien ne changera de la reconquête des marches impériales car c'est la mission quasi-christique qu'a embrassé Vladimir Poutine, à la suite sans doute de lectures glorifiant le passé reconstruit de la Sainte Russie, mais avec une arme imparable cette fois, la bombe atomique. C'est un peu comme si le successeur de M. Macron décidait un matin de redémarrer la marche au Rhin des Capétiens et de reprendre le Milanais après avoir désoxydé nos missiles Pluton. C'est tout dire, et pour notre lectorat si savant nous en resterons là.

mardi 12 mars 2024

Le drapeau blanc de la honte

#2248 - Quelle mouche a piqué l'élu de l'Esprit saint pour confondre l'assassin et sa victime au point de lui demander de rendre les armes en des termes explicites comme nous le rapporte l'agence de presse vaticane ici. Extrait :

Pape François
Le journaliste de RSI Lorenzo Buccella a demandé au Pape :
« En Ukraine, certains appellent au courage de la reddition, du drapeau blanc. Mais d'autres disent que cela légitimerait le camp le plus fort. Qu'en pensez-vous ? » Et François de répondre: « C'est une interprétation. Mais je pense que le plus fort est celui qui voit la situation, qui pense au peuple, et qui a le courage du drapeau blanc, c'est-à-dire de négocier. Et aujourd'hui, on peut négocier avec l'aide des puissances internationales. Il y en a! Le verbe "négocier" est un verbe courageux. Quand on voit qu'on est vaincu, que les choses vont mal, il faut avoir le courage de négocier. Vous avez honte, mais si tu continues comme cela, combien de morts y-aura-t-il ensuite ? Ça finira plus mal encore. Négocier tant qu’il est temps, chercher un pays médiateur. Aujourd'hui, par exemple dans la guerre en Ukraine, beaucoup veulent servir de médiateurs. La Turquie s'est proposée pour cela. N'ayez pas honte de négocier avant que la situation n'empire.»

Il n'y a pas d'interprétation adoucissante de ce que Moscou et désormais le Vatican considèrent comme une capitulation. Le choix de la Turquie d'Erdogan comme pays hôte de la négociation ne laisse d'interpeler, à moins que ce ne soit faire des grâces au Turc pour fêter le ramadan qui vient de commencer. Au Souverain Pontife qui lui demande de se rendre pour économiser des vies, le président ukrainien suggère de demander plutôt le retrait de l'agresseur russe qui bouclerait l'affaire en quelques jours. La 'section pontificale' de son discours du dimanche 10 mars est reprise en français ci-dessous.
Il est certain que Volodymyr Zelensky est tombé de la chaise en entendant cet appel à reddition (quoiqu'en dise ensuite la Curie) de la part d'un dignitaire religieux si mal informé de la situation réelle. Il est sûr qu'en ce moment l'Ukrainien n'a pas trop le temps d'entrer dans le pourquoi de cette saillie pontificale, sauf à comprendre la pose pacifiste du pape, mais nous, nous l'avons.
Il est difficile d'accumuler plus de bévues que n'en empile le pape François ; si encore se dessinait un objectif terrestre à ses emportements et conseils doucereux, on pourrait tirer une perspective vers le salut de l'Humanité ! Ne revenons pas sur la vente de l'Eglise chinoise cachée au Parti communiste chinois dans l'illusion d'un triomphe à Pékin par un voyage qui n'aura jamais lieu. Mais qu'est venue faire la Pachamama andine dans le paysage du Saint Siège ? C'est une idole païenne de la terre nourricière devant laquelle des fidèles se sont prosternés* à Rome et qu'il a introduite dans la basilique Saint-Pierre puis transportée en procession dans la salle du Synode. Bientôt le vaudou à l'Office des Ténèbres ? Que signifient ses accommodements avec l'islam tels qu'on les vit lors de son voyage aux Emirats arabes unis quand au même moment le frérisme est à l'assaut de toutes les positions européennes mal défendues contre lui du fait de la laïcisation naïve de l'espace public ? Dernier égarement, la Fiducia Supplicans qui bénit l'union homosexuelle et que le synode copte vient de rejeter en coupant les ponts théologiques avec Rome (source). Pour finir, on ne comprend pas le pourquoi de ce cadeau fait à Vladimir Poutine, grand assassin par procuration qui marche sur d'innombrables soldats morts dont on entend craquer les os, à moins de vouloir se faire pardonner la progression des Uniates d'Ukraine contre le patriarcat de Moscou et la promotion subliminale des LGBT+. Il est plus que temps que l'Esprit reconsidère son choix et nous libère de ce pontife complètement décalé de la mission à lui confiée. V.Zelensky lui répond :


Chers Ukrainiens.
[...]
Chacun de ceux qui servent au front, chacun de ceux qui défendent l'Etat contre les saboteurs russes et la terreur, chacun de ceux qui accomplissent des missions de combat mérite notre gratitude et notre respect. Les assassins et les tortionnaires russes ne vont pas avancer plus loin en Europe pour la seule raison qu'ils seront retenus par les Ukrainiens, armes à la main sous le drapeau bleu et jaune.
[...]
Quand le démon russe commença cette guerre en février 2024, tous les Ukrainiens se sont levés pour se défendre. Chrétiens, musulmans, juifs - tout le monde. Je remercie chaque aumônier ukrainien qui est à l'armée, dans les forces de défense. Ils sont sur la ligne de front pour protéger la vie dans son humanité, la soutenant par la prière, la conversation et leurs actes. C'est ce que doit être l'église - ensemble avec le peuple, pas à deux mille cinq cents kilomètres au loin quelque part pour s'interposer virtuellement entre quelqu'un qui veut vivre et quelqu'autre qui veut le détruire. Je remercie tous ceux qui font quelque chose en Ukraine, avec l'Uktraine, pour sauver des vies, je remercie tous ceux qui nous aident et qui sont réellement à nos côtés à travers les actes et la prière.
[...]

C'est envoyé sur un registre de colère contenue. Plus fort aurait donné trop d'éclat à cette bêtise papale, ni la première, ni la dernière hélas !

Pour les archives, voici le texte original prononcé :

Дорогі українці, українки!
Кілька важливих речей за цей день і за ці тижні.
Передусім – наші захисники неба.
Хочу зараз відзначити всіх українських воїнів, які щодня і щоночі захищають наше небо. Тільки за одну ніч на цю неділю їм вдалося збити 35 «шахедів». Загалом від початку березня російські терористи застосували проти України вже 175 таких убивчих дронів. На щастя, 151 із них були збиті нашими воїнами. І це – дуже важливий результат. Так, не всі. Так, є влучання. На жаль, є втрати. Є жертви. Але вдається й рятувати наших людей.
Я дякую кожному воїну наших мобільних вогневих груп в усіх регіонах бойового чергування. Я дякую кожному льотчику та інженеру Повітряних сил, усім нашим воїнам протиповітряної оборони. Будемо й надалі нарощувати наші вогневі можливості, українську ППО. Більше систем ППО та інших засобів ураження російської авіації означає ближчий мир. Я дякую кожному у світі, хто нам із цим допомагає. Буде в Україні більше ППО – дуже активно над цим працюємо.
Друге. Наші Сили оборони складаються з багатьох елементів. Багатьох бригад та підрозділів. І кожен, який діє на фронті, кожен, який захищає державу від російських диверсантів і терору, кожен, який виконує бойові завдання, заслуговує на вдячність та повагу. Російські вбивці та катівні не йдуть далі Європою лише тому, що їх стримують українці й українки зі зброєю в руках та під синьо-жовтим прапором. В Україні багато було колись білих стін будинків і церков, які зараз обпалені та розбиті російськими снарядами. І це дуже красномовно говорить, хто саме повинен зупинитись, щоб війна зупинилась.
Кожен, хто захищає життя й людей, виконує найпочеснішу місію, яка тільки може бути в умовах такого антилюдського вторгнення. І ми маємо повністю захистити життя, захистити у своєму домі. І я дякую всім, хто підтримує наш захист, українських захисників і захисниць.
Коли російське зло 24 лютого розпочало цю війну, усі українці стали на захист. Християни, мусульмани, юдеї – всі. Я дякую кожному українському капелану, які – з армією, в Силах оборони. Там, на передовій. Захищають життя й людяність. Підтримують і молитвою, і розмовою, і справою. Ось що таке церква – з людьми. А не за дві з половиною тисячі кілометрів – десь там займатись віртуальним посередництвом між тим, хто хоче жити, і тим, хто хоче тебе знищити. Я дякую кожному, хто в Україні та з Україною робить усе для того, щоб зберегти життя, дякую всім, хто допомагає та хто дійсно поруч – діями та молитвами.
І я хочу сьогодні особливо відзначити воїнів нашої Національної гвардії, які разом з усіма б’ються на фронті – на сході, на півдні України. Воїни Третьої бригади оперативного призначення – молодший сержант Віктор Іванов та лейтенант Кирило Кудінов. П’ята Слобожанська бригада Нацгвардії – солдати Сергій Турілкін та Микола Гнатюк. Також відзначу воїнів першого та третього штурмових загонів Центру спеціального призначення Нацгвардії «Омега». Дякую вам за майстерність та необхідні Україні результати.
Також за підсумками цих тижнів є за що подякувати воїнам підрозділів ГУР – деталі публічно розкривати зараз не варто, але їхню роботу ворог дійсно відчуває. І чим більше російська держава втрачатиме, тим скоріше все це зло війни забереться з нашої землі.
Говорив сьогодні з Президентом Франції Макроном. Понад годинна розмова. Вдячний Еммануелю за його нові ініціативні кроки на підтримку України, за лідерство, яке додає всім нам у Європі сили. Вдячний за новий оборонний пакет. Обговорили графік та ключові очікувані результати нашої майбутньої зустрічі в Україні.
Ще одне. Зараз починається священний для мусульман України та світу місяць Рамадан. І в цьому році Рамадан, на жаль, затьмарений війною та стражданнями, які не стихають. Хай за цей місяць ми всі все ж таки станемо ближче до чесного і справедливого миру. Не лише для України. А для всіх народів, які страждають зараз від війни. Це в силах людства – досягти такої єдності, щоб справедливість оберігала життя від воєн.
Я дякую всім, хто допомагає Україні й українцям! Дякую кожному й кожній, хто захищає життя та справедливість!

Рамадан мубарак! Слава Україні!

samedi 2 mars 2024

La main passe

Ioulia et Alexei Navalny
#2244 - J'avais décidé de ne rien écrire sur l'enterrement d'Alexei Navalny au seul motif que l'espace internétique allait être inondé de reportages et que toute tentative de post pouvait être prise pour du copiage. Mais j'ai vu !
La foule !
La foule à la fois commotionnée par l'assassinat qu'aucune personne honnête ne nie, et en colère d'avoir à subir les foucades tragiques du petit tsar péteux en campagne électorale truquée, s'est rendue en masse sur le parvis immense de l'église de l’Icône Notre-Dame-Soulage-Mon-Chagrin, puis en cortège interminable vers le cimetière Borisovsski. Non seulement elle a surmonté les menaces ouvertes du pouvoir contre toute manifestation "non-autorisée", sed etiam elle a bravé les risques explicites de toute participation aux obsèques du héros, et surtout les jeunes passibles de recrutement pour la guerre. Cinquante-six "braillards" ont été arrêtés par la police anti-émeute ; il y a fort à parier que ce soient des agents provocateurs venus là crier "non à la guerre" pour électriser la foule et initier la rafle attendue. Mais non, les gens ont applaudi le cercueil, ont jeté des fleurs et ont marqué l'événement d'une dignité exemplaire.

Le tyran a-t-il su le décompte d'affligés qui se chiffre en milliers ? Rien n'est moins sûr.
Mais une catégorie d'acteurs sont les témoins de cette affluence, les policiers dépêchés par le pouvoir.
Qu'ont-ils répondu à leur épouse ou leur mère qui hier soir leur a demandé : "alors ?".
- Beaucoup de monde ! Vraiment beaucoup !

On savait les citadins moins touchés par le bombardement informationnel que leurs concitoyens de la campagne sans eau courante. On avait sous-estimé leur courage ; et sans tirer des plans, on peut raisonnablement croire qu'il y en a beaucoup plus encore qui aujourd'hui, moins courageux ou très occupés, ont regardé les cérémonies sur les réseaux sociaux, n'en pensant pas moins :
Le pouvoir est un tueur.
La terreur poutinienne ne prend pas ; le Parrain est désavoué, les dignitaires du FSB se posent sans doute des questions : a-t-on le bon champion pour continuer Notre Etat ? Vladimir Soloviev et Margarita Simonyan devraient penser à s'acheter une minerve d'acier ; la corde à piano ça coupe.

Au-delà des condoléances attristées, tous mes vœux accompagnent Ioulia Navalnaïa dans son projet.

vendredi 23 février 2024

Anniversaire d'une forfaiture attendue

faucon gerfaut, emblême de l'Ukraine
#2241- Cela fera deux ans demain qu'a commencé la guerre russe des trois jours ! Au Kremlin, le capominus di tutti capi sème le chaos depuis dix ans sur le limes occidental de la Fédération de Russie qui ne lui suffit pas. Pourtant il y aurait beaucoup à faire pour la rendre présentable. Au lieu de quoi, la clique en charge veut augmenter son "espace vital" comme Adolf Hitler le faisait des Sudètes, mais au moins le Führer tant aimé gouvernait un pays civilisé où les trois quarts de la population n'allait pas chaque matin chier dehors dans un trou de neige.
L'économie de guerre qui leur permet de tenir la dragée haute à l'Occident commence à détruire l'économie civile déstabilisée par les sanctions, rationnée dans ses approvisionnements, et bloquée dans ses exportations ; ce à quoi les Russes sont habitués depuis toujours. La pénurie budgétaire détisse la cohésion de la Fédération dans ses espaces perfusés de subventions, comme ils le sont tous à l'est des monts Oural. Quand Moscou ne pourra plus payer les gueux, il y aura de gros problèmes comme l'anticipait Hélène Carrère d'Encausse. Les gouverneurs seront tentés d'ouvrir des alternatives pour se maintenir à poste en "sauvant" leurs administrés. Entretemps, le budget russe entrera dans le tunnel d'une compétition existentielle lancée par le Kremlin parce qu'il va falloir tenir tête à l'implication de plus en plus lourde de l'Occident global dans la guerre d'Ukraine aux côtés de Kiev, lequel rehausse continûment le niveau technologique des armes livrées au front. Le dernier défi du même genre fut la "Guerre des Etoiles" de Ronald Reagan que le Politburo n'avait pu suivre parce qu'il était en train de s'y ruiner. Finalement, la ruine de l'Union soviétique emportera peu après la bassine, le bébé, l'eau du bain, tout ! Chaos total !

Contrairement à la doxa pro-russe française, la Russie n'a pas d'amis. La Chine populaire soutient Moscou comme la corde le pendu en surveillant l'extrême-orient sensible où elle a des revendications anciennes mais toujours réitérées. Des banques chinoises ferment leurs comptes russes. Les entrepreneurs chinois appelés à combler le déficit de production russe ne viennent pas afin de ne pas mettre en péril leurs exportations plus juteuses vers les pays de l'OCDE, et les corporations gazières ne se précipitent pas pour poser les tuyaux au Kazakhstan, si encore elles s'y décidaient réellement un jour ; les mollahs iraniens facturent les drones à prix d'ami dix fois plus chers que le tarif ; l'Inde absorbe beaucoup de brut à prix cassé qu'elle raffine avant de le revendre sur le marché mondial encaissant la marge que se faisaient les Russes auparavant. Et personne n'accepte plus les roubles. Mais l'ancien préposé aux tampons du KGB de Dresde fait campagne sur ses succès... historiques, et les otaries en réunion battent des nageoires !

Jusqu'où iront-ils ces Russes-là, car nous faisons la différence ! Jusqu'au chaos final tel que l'a connu l'URSS. La banqueroute morale et sociale de la Russie ne lui permettra pas de sauver de la dislocation la Fédération de Russie et sa coagulation forcée. Après le départ des "stans" en 1991, viendra bientôt celui des républiques ethniques à l'identité fortement marquée dont les hommes auront le plus contribué aux listes de morts et disparus de la guerre d'Ukraine. N'ayant jamais été éduquées à leur propre prise en charge, le désordre sera total, tant et si bien que se fera sentir rapidement un besoin d'ordre. Quels seront alors les pôles d'aimantation permettant de faire tourner des systèmes "solaires" de l'Oural au Kamtchaka ?

La Chine populaire est déjà à l'affût d'un anschluss économique et démographique des terres de l'Amour qui lui furent arrachées par les tsars aux siècles précédents (*). Dès la mort de Staline, cette revendication rampante a donné lieu à des conflits ouverts sino-soviétiques qui précipitèrent en un affrontement armé en 1969.
Le Caucase musulman trouvera peut-être une solution avec l'une des puissances régionales du Croissant qui manifestera son intérêt, les autres au bonheur la chance à qui paiera le plus.
Délestée d'un terrain vague immense qu'elle n'aura pas pu tenir, la Russie occidentale deviendra un tigre économique aussitôt que les réformes économiques de bon sens auront été appliquées, après destruction complète de la clique prédatrice poutinienne qui obère tout développement utile. Rien ne dit que la Biélorussie ne s'y agrègera pas ; ce serait son intérêt.
Si le nouveau pouvoir russe est assez intelligent, il décrètera zone franche l'enclave de Kaliningrad qui entrera ce faisant, comme la Norvège, dans le marché commun où est sa vraie place.

carte politique de la Fédération de Russie

Mais l'anniversaire des deux ans de guerre est aussi le moment de faire le point.

Le front oriental au Donbass est stabilisé, les belligérants essaient d'oblitérer les saillants (comme Avidiivka) mais d'aucun côté la puissance de feu n'est suffisante à maintenir une poussée décisive qui percerait le dispositif adverse. Le bombardement des lignes arrières, nœuds logiqtiques, postes de commandement, radars et conduites de tir se poursuit, les Russes travaillant au poids, les Ukrainiens au mètre. La couverture aérienne de l'Ukraine par des avions modernes facilitera la manœuvre mais ne changera pas le fond tactique. Puisque la contre-offensive de Kiev visant à atteindre la Mer d'Azov pour rompre le continuum territorial entre le Donbass et la Crimée a échoué, il semble que la zone d'effort soit maintenant la péninsule tatare. On attend donc la coupure du pont de Crimée pour demain si elle n'a déjà été faite au moment où s'écrit cet article. Les Russes s'y attendent aussi. Ne tenant plus la mer, les Russes auront un mal de chien à se maintenir en Crimée sous les bombes métriques ukrainiennes, mais les garnisons se battront sans doute jusqu'au bout pour entrer dans l'Histoire.

Sur le plan diplomatique, le fait marquant de ce mois de février 2024 est le triple accord de sécurité que l'Ukraine a signé séparément avec le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France pour programmer un soutien dans la durée (dix ans) en attendant l'intégration du pays dans l'Alliance atlantique. L'implication formalisée des trois puissances européennes du côté ukrainien aura plusieurs effets induits, le premier étant de montrer au Congrès des Etats-Unis que la Vieille Europe ne s'en laisse pas compter, ni par l'un, ni par l'autre. Le deuxième est une occidentalisation de l'armement ukrainien et une normalisation OTAN des règles d'engagement. Le troisième effet signale aux pays en retrait de la main comme l'Autriche, la Hongrie ou la Slovaquie qu'on n'a pas besoin d'eux pour contenir l'avancée de la brute qui marche ; ce qui les obligera à en rabattre lors des prochains sommets à Bruxelles. La Commission européenne est aussi et d'une certaine façon by-passée par ce mouvement stratégique des trois pays majeurs ; faut-il y voir la main de l'Angleterre ?
Sur un autre plan, on notera la mise en place à l'initiative des Etats-Unis de plusieurs "coalitions de capacités" en soutien à l'Ukraine qui spécialisent la trajectoire des efforts consentis par l'Occident. Coalition "information" de l'Estonie et du Luxembourg, coalition "artillerie" de la France et des Etats-Unis ; coalition "F-16" des Pays-Bas, Danemark, Belgique ; coalition "anti-aérienne" de l'Allemagne, France, Belgique, Danemark, Lituanie, Grèce et le Royaume-Uni ; etc.

Il ne reste plus qu'à décrypter le mystère de l'hypnose des dirigeants occidentaux qui aura duré vingt ans. Si on connaît les circonstances russes de l'ascension de Poutine, par le côté obscur de la corruption sanglante au sein d'un mouvement de captation du pouvoir par les siloviki (FSB), il est incompréhensible que l'insignifiance primitive d'un employé du KGB mal noté par ses chefs n'ait pas sauté aux yeux des services d'analyse, à moins que ce ne soient les dirigeants politiques qui aient décidé de passer outre leur avis ; mais tous à la fois ? Ce n'est pas pensable. Je suis demandeur d'une explication.

Pour terminer, rappelons les termes de l'accord négocié à Istanbul au mois de mars 2022 par les délégations ukrainiennes et russes, accord qui fut refusé par le Kremlin alors en pleine offensive :
  • Retrait de l'armée russe des territoires envahis depuis le 24 février ;
  • Finlandisation de l'Ukraine (pas d'intégration à l'OTAN);
  • Démilitarisation limitée (le format de l'armée devait être négocié à part);
  • Les oblasts séparatistes du Donbass bénéficieraient d'une autonomie semblable à celle du Pays basque espagnol ;
  • L'Ukraine s'engageait à tenir un référendum d'appartenance en Crimée (et pas dans tout le pays) avant quinze ans ;
  • Un traité de neutralité et sécurité devait recevoir l'endos de puissances européennes prêtes à s'investir dans son exécution.
Le premier avril 2022, la question pouvait être en voie de réglement, mais alors que les colonnes blindées russes commençaient à desserrer l'étau, surgissait le massacre ignoble de Boutcha ! Pourtant des contacts ténus furent maintenus jusqu'à la chute de Marioupol le 17 mai et son score atroce de victimes civiles et militaires. Terminato !

Les belligérants ne sont plus aujourd'hui dans le même état d'esprit, qui marchent sur des centaines de milliers de morts. Les Ukrainiens reçoivent enfin des armes de dernière génération qui apportent allonge et précision ; les Russes de leur côté bénéficient de la reconversion de leurs usines mécaniques à l'économie de guerre et la production est là. Les munitions ne semblent pas être un problème, surtout en 152 coréen, même si la logistique russe est régulièrement visée. Il faudrait être autour de la caisse à sable de chaque état-major pour les écouter, mais il semble que les Ukrainiens soient modérément optimistes à partir du moment où les livraisons d'armes occidentales continuent. Reste à trouver les hommes pour les servir. C'est leur problème ; par contre ils doivent absolument contrôler leur espace aérien et dans ce compartiment nous seuls pouvons les aider. Et aussi au niveau de chacun :

Volodymyr Zelensky a créé le site UNITED24 pour collecter des fonds de fondations et de particuliers pour l'effort de guerre. Chacun peut contribuer d'un simple clic à partir de 50 euros. C'est par ici. Merci. Le piéton cotise pour la fabrication des drones navals (*). Aussi, quand un bateau est envoyé par le fond au moyen de l'un d'entre eux, il peut légitimement se reservir à l'apéro un verre de muscat de Frontignan !

lundi 1 janvier 2024

La Russie agace même le Japon

Le mardi 27 décembre, alors que la délégation de la Fédération de Russie avait convoqué pour la énième fois une réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies par la formule informelle Arria, la délégation du Japon est sortie de ses gonds pour dénoncer l'instrumentatlisation de l'institution à des fins de basse propagande. Ce texte est à archiver car il résume bien le degré d'agacement et l'état d'esprit des pays du monde libre à l'endroit d'une Russie moralement faillie, qui agite le tapis dans toutes les organisations internationales pour se maintenir au premier rang alors qu'elle est reclassée sur le banc des galeux. Il faut être un fou dangereux pour accorder foi en ses dires, promesses ou signature. La réputation et la crédibilité de la Russie de Poutine sont complètement détruites, et ceux qui réclament chez nous des négociations entre les parties belligérantes feignent d'ignorer que la partie russe, outre l'absence de signification de ce mot - elle comprend par négociation, capitulation de l'autre - n'est pas disposée à tenir ses engagements, la séquence n'étant pour ses dirigeants qu'une étape à signaler sur l'agenda d'un impérialisme revenu plus fort. Les vœux de nouvel an de Vladimir Poutine ne laissent aucun doute, l'appétit grandit.

La victimisation forcée empruntée par le pouvoir russe aux Nations Unies ne trompera jamais personne tant les destructions sont grandes en Ukraine. Mais surtout, la conduite de la guerre à outrance menée par son état-major qui enfourne des soldats comme du bois dans la chaudière du front laisse comprendre à tous que la vie humaine n'a pour eux aucune valeur. Ils ne ramassent même par les corps de leurs soldats et toute victime civile de leur action protégeait une emprise militaire. La répression des libertés va arriver au taquet en Russie dès après l'élection présidentielle, et d'ici la fin de cette nouvelle année elle aura perdu un demi-million de combattants, autant de familles touchées. Se résoudront-ils à tirer sur leurs peuples mécontents au motif qu'ils sont manipulés par l'Occident comme à Maïdan ? On n'en doute pas. Il faut que d'une façon l'autre crèvent les idéologues du Kremlin pour la renverse de la marée des horreurs. Ils sont prêts à engloutir une nation pour leur prurit de puissance. Il faudrait les finir avant.
Voici ce que leur dit le Japon.

drapeau nippon au soleil rayonnant

Déclaration de M. NAGANO Shunsuke, Conseiller, Mission permanente du Japon auprès de l’Organisation des Nations Unies, lors de la réunion selon la formule Arria sur l’Ukraine - 2023/12/27

Monsieur le président,

Il est très révélateur d’en apprendre davantage sur l’histoire de « Maïdan » du point de vue russe. En même temps, pour la plupart d’entre nous ici et dans le monde, il est évident qu’il s’agit d’une nouvelle tentative de diffamer et de critiquer l’Ukraine et l’Occident, détournant ainsi l’attention du monde de ce qui se passe actuellement dans les territoires ukrainiens : une situation humanitaire désastreuse. en raison de l’agression de la Russie – ainsi que pour justifier l’agression brutale contre un État souverain. Nous en avons assez que la Russie convoque autant de réunions du Conseil de sécurité, y compris des réunions selon la formule Arria, à cette fin. Est-ce que nous, membres du Conseil et États membres de l’ONU, méritons vraiment cela ? Malgré tous les efforts déployés par la Russie, aucune personne raisonnable ne croirait à son récit. Une telle utilisation abusive des prérogatives d’un membre du Conseil serait plutôt autodestructrice, nuisant encore davantage à sa réputation. C’est triste pour tout le monde.

La note conceptuelle de cet événement souligne l’importance d’un récit véridique des événements et d’éviter toute interprétation erronée. Il n’y a pas de place pour une mauvaise interprétation d’une chose. Comme l’a reconnu l’écrasante majorité de l’Assemblée générale, le fait est que cette odieuse guerre d’agression a été déclenchée par la Russie. Et l’Ukraine lutte contre cette menace conformément à la Charte des Nations Unies pour protéger son propre peuple, son indépendance, sa souveraineté et son intégrité territoriale. La seule cause des souffrances actuelles du peuple ukrainien, surtout en hiver, est l’agression russe, qui constitue une violation flagrante de la Charte des Nations Unies. Ni plus ni moins.

Elle s’est également retirée de l’Initiative céréalière de la mer Noire et a détruit des installations portuaires destinées à la livraison de nourriture à l’étranger, affectant non seulement l’Ukraine, mais le monde entier.

Monsieur le président,

Nous exhortons une fois de plus la Fédération de Russie à ne pas gaspiller notre temps et nos ressources précieux à des fins politiques. La Russie devrait diriger son énergie diplomatique vers la correction de sa propre violation de la Charte des Nations Unies. Nous restons déterminés à défendre et à renforcer l’ordre international libre et ouvert fondé sur l’État de droit, dans le respect de la Charte des Nations Unies. Il ne doit y avoir aucune impunité pour les crimes de guerre et autres atrocités. Justice doit être rendue et ceux qui sont responsables d’atrocités indéniables doivent rendre des comptes.

Enfin et surtout, notre engagement à soutenir l’Ukraine ne faiblira jamais. Nous sommes aux côtés de l’Ukraine et nous la soutiendrons aussi longtemps qu’il le faudra.
Je vous remercie.

Mission permanente du Japon auprès des Nations Unies
27/12/2023

(traduction de l'anglais sur le site de La Voie de l'Epée)

Original anglais : https://www.un.emb-japan.go.jp/itpr_en/nagano122723.html

lundi 28 août 2023

La guerre mondiale n°3 n'aura pas lieu.

Dans un entretien d'une heure accordé à Natalia Turine (clic) dans sa Librairie du Globe, Michel Duclos évalue la possibilité d'une extension du domaine de la guerre émanée de la crise régionale déclenchée par la Russie dans la galaxie slave. Cet embrasement courrait sur tout l'espace eurasien jusqu'à mettre le feu à l'étranger proche de la Chine populaire. Dans la perspective d'une réalisation de cette vision apocalyptique, montent le chant des colombes de la paix au détriment bien sûr de toujours les mêmes, les agressés, qui par leur entêtement font courir au monde un danger existentiel. Les munichois français en sont rassurés, qui donnent tout à l'appétit de l'ours russe pour qu'il ne trouble pas l'heure de l'apéro. On y croise des gens plus accomodants à l'endroit du Kremlin que les Chinois eux-mêmes qui restent abonnés aux frontières des Nations-Unies. Et nous citons Nicolas Sarkozy, Luc Ferry, Jean-Luc Mélenchon, Eric Zemmour pour les plus visibles. Mais que pensent au fond d'eux-mêmes Olaf Scholz et Emmanuel Macron, en chauffant leur cognac devant un bon feu de cheminée ? C'est le moment de régler l'horloge stratégique.

champignon nucléaire
Dans le feu de l'action mais toujours en état de paix, on trouve les deux Europes, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Canada, chaque bloc ayant ses motifs propres. En renforts lointains, mais assez proches de l'extrême-orient russe, se trouvent le Japon et la Corée du Sud.
L'Europe orientale est directement menacée de glaciation par la guerre russe d'Ukraine et, à l'exception notable de la Hongrie (better red than dead !), elle entend se défendre manu militari si l'Ukraine s'effondre. Pour commencer elle pare les coups d'une guerre hybride annonciatrice d'une exacerbation de l'hostilité russe envers les anciens pays du pacte de Varsovie. Certes garantis par l'article 5 du Traité de l'Atlantique Nord, ces pays réarment quand même à grands frais derrière la Pologne à qui on ne la fait pas. L'idée semble être de rendre impossible une victoire conventionnelle des Russes qui se risqueraient sur leurs territoires, obligeant le Kremlin à monter alors le niveau d'attaque jusqu'à déclencher une réplique américaine. En fait le réarmement mené tambour battant vaut réassurance du parapluie atomique américain ; et c'est bien vu car ça plaît à l'Administration de Washington de quelque bord politique qu'elle procède, parce que la "nouvelle Europe" se sort enfin les doigts.

L'Europe occidentale continentale (du Cap Nord à l'Ile de Fer) se cherche. Toutes les chancelleries connaissent Vladimir Poutine, certaines pour l'avoir reçu plusieurs fois, et elles peinent à reconnaitre dans le petit csar d'aujourd'hui le nain maléfique qui va foutre le feu à la moitié de la planète. Donc elles écoutent tout ce que dit la communication du Kremlin pour y trouver matière à se rassurer de l'existence d'une rationalité, différente de la leur sans doute, mais praticable néanmoins quand on a les codes. C'est dans ce travers qu'a versé Emmanuel Macron au début de l'engagement russe en Ukraine. A creuser, on ne connaît toujours pas les termes de l'échange ! Faute de mieux, l'Europe occidentale mise sur la casse des armées soviétiques qui reportera plus à l'est le front "euro-russe", ouvrant en même temps une confrontation froide susceptible de s'atténuer dans le temps, ou plus vite, si la disparition de Poutine ouvrait les vannes d'une débacle de la Fédération de Russie avec accélération des routes chinoises de la soie vers l'Europe solvable. Il y a un pont stratégique à double sens à jeter par dessus les ruines de la connerie poutinienne entre l'Europe et la Chine qui passe justement par ces routes de la soie.
Dans l'entretien qui ouvre cet article, Natalia Turine laisse entendre que la porteuse psychologique de l'Europe de l'Ouest continentale est la capitulation. Ce qui ne manquera pas d'arriver si les élections américaines portent à la Maison Blanche un président hostile à l'implication des Etats-Unis dans une guerre européenne (ils ont déjà donné). Mais si le manche branle parfois sur cet espace de la "vieille Europe", il nous reste une possibilité de prendre nos gains en cas de rupture du plafond de verre sur lequel et sans grâce patine Poutine, en rebranchant la station-service russe à nos économies qui en sont le débouché naturel.

Depuis les opérations de nettoyage de la diaspora russe par le FSB sur son sol, le Royaume-Uni n'a pas tergiversé, qui a entraîné l'armée ukrainienne dès 2015 à se départir du règlement de combat soviétique pour être capable d'un raisonnement tactique adapté aux circonstances. C'est cette autonomisation des unités qui a permis de stopper la marche sur Kiev des brigades playmobil russes. L'ouverture des hostilités l'a confirmé dans sa prospective et, résistants dans l'âme, les Britanniques poussent au confinement et à la destruction de la puissance militaire russe, après le saccage organisé de son économie. Au cas où la question nous serait posée, ce blogue est sur cette même intention, bloquer et détruire les ressorts de la menace... jusqu'au Kamtchatka. Mais le défi qu'affronte le Royaume-Uni est sans doute plus grand que les moyens dont il dispose aujourd'hui en défense. La distance relative du danger russe freine aussi l'abondement aux caisses du réarmement, la société de sa gracieuse majesté étant confrontée à d'innombrables déconvenues depuis le Brexit. Le gros morceau sur l'épure stratégique, c'est l'Amérique du Nord.

Le Canada est le pays de l'Alliance le moins impliqué dans la dispute russo-ukrainienne. Il contribue néanmoins à la défense de la Liberté en formant des recrues ukrainiennes. Rapportée au PNB, sa contribution relative dépasse celle de l'Allemagne. C'est un pays qui sait aussi mettre les moyens et le seul qui avait débarqué des escadrons de chars Leopard2 en Afghanistan... pour s'en servir.
Les Etats-Unis d'Amérique sont une thalassocratie mondiale dont les intérêts sont partout menacés ; c'est le propre d'un empire ; plus tu es grand, plus tes mitoyennetés conflictuelles s'additionnent. S'il peuvent faire face à une globalisation du conflit slave déclanchée par la consumation des mèches lentes interagissant entre pays détestant l'Occident, ce n'est pas non plus sans y perdre des plumes, au plan économique et financier d'abord. Globalisation du conflit signifie que la Chine populaire entre en transes et menace le Pacifique nord dont elle est barrée d'accès par l'île de Taïwan (on ne ressort pas la carte). Il est plus que probable qu'une coalition navale des Etats-Unis et du Japon réarmé tiendrait tête à l'escadre chinoise percluse de faiblesses inhérentes à la hiérarchisation communiste. Mais sur zone, les deux points chauds que seront le verrou formosan et l'industrie sud-coréenne que les Kims veulent anéantir, coûteront très cher à défendre contre l'ouragan de missiles promis. Il faut souhaiter que le PCC mesure bien l'effervescence sociale que créera en Chine une crise économique des exportations passant par le Détroit, sans parler des crises immobilière et bancaire annoncées qui anéantissent l'espérance des classes inférieures. Il y pourrait périr non sans avoir fait tuer beaucoup de monde avant - on ne se refait pas ! Certains le voient-ils à Pékin ? On m'assure que oui et que l'obsession taïwanaise est une idiosyncrasie du président Xi qui se retrouve condamné à poursuivre cette chimère sur un chemin qu'il a lui-même tracé, jusqu'au centenaire de la proclamation de la République populaire par Mao Zedong. Mais cette incertitude de la coagulation sino-russe qui obère les meilleures analyses, se confronte à une autre : la stratégie-miroir de l'Occident qui "ré-agit" et ne commande plus aux événements.

Dans l'entretien, Natalia Turine suggère de se pencher sur le régime démocratique qui fait s'affronter aux Etats-Unis une moitié du pays contre l'autre, créant un momentum stérilisateur de toute stratégie. Son invité voit très bien le biais dialectique contre le régime démocratique auquel il répond par l'expression des libertés individuelles et autres valeurs, ce qui, à mon sens, est botter en touche. Ce que dénonce sans le citer Natalia Turine - elle a des difficultés en français - c'est le régime parlementaire qui renverse le parti du moment sur le parti de la veille dans une alternance sans fin, peu propice à la permanence stratégique. Michel Duclos concède quelques défauts au modèle mais ne peut le renier sans renier tout ce qui l'a fait lui, énarque et diplomate de haut niveau. Or c'est bien là que se trouve le défaut de la cuirasse occidentale. Courir au plus pressé, dans les contraintes d'opinion et les bornes budgétaires votées n'est pas propice au déploiement d'une stratégie de long terme. Que peuvent vouloir les Etats-Unis à vingt ans de vue ? Cette période de temps est séquencée en segments de deux années : de mid-terms en mid-terms. Il n'y a que dans une guerre ouverte où la nation américaine précipite en une force assez puissante pour vaincre ou décourager ses contempteurs. Le modèle parlementaire étant en vigueur également en Europe, il lui apporte les mêmes défauts ; sauf à être plantés devant la porte ouverte du four russe comme le sont les pays de l'Est anciennement soviétisés, qui surmontent la démocrature par une forme de cohésion nationale que nous avons oubliée.

*** Conclusion ***

Les Chinois comme les Indiens d'ailleurs ont signifié à la Russie que l'usage de la bombe atomique était restreint à la défense ultime des intérêts essentiels d'une nation et ne pouvait servir à négocier une paix par sa seule menace d'emploi. Il ne fait pas de doute qu'à Zhongnanhaï tout au moins, les analystes chinois ont conclu à l'anéantissement de l'empire céleste et de sa colonne vertébrale communiste si une guerre nucléaire était déclenchée. On peut fonder une prospective stratégique sur cette conviction, c'est à dire que tant qu'un conflit régional ou global ne pénètre pas les intérêts essentiels des parties prenantes, il n'y aura pas d'escalade nucléaire de la part des acteurs majeurs. Mais si le projet d'un "doté" est de conquérir continuellement ses marches, il reporte en avant la ligne rouge de sa réaction de sauvegarde. La Chine n'est pas sur une trajectoire de conquête. Contrairement à ce que pense Turine, la Chine populaire a un projet pseudo-hégémonique dans ses propres limites, qui dépasse le matérialisme vulgaire : revenir aux marches de l'ancien empire (les sources hydrologiques) et soumettre son étranger proche au kowtow voire au tribut (RDLS) dans un but de dissuasion totale. L'invasion progressiste du XIXè siècle est dans tous les esprits. Elle ne se reproduira jamais !

Reste que le maniement inconsidéré de la menace nucléaire par le pouvoir russe peut très bien déraper et engager une frappe atomique à l'extérieur de ses frontières, auquel cas la mise en exécution de l'interdiction proférée par les deux autres puissances nucléaires reste à voir. L'hubris poutinien et son complet désintérêt du bien-être populaire laissent la porte ouverte à toutes les horreurs ; mais la rationalité sino-indienne peut conduire au confinement de la schizophrénie à la seule Russie, surtout depuis que les Etats-Unis ont déclaré répondre à pareille extrémité par de lourdes représailles conventionnelles - on parle d'envoyer par le fond toute l'escadre russe de la Mer noire et peut-être "neutraliser" la base navale de Sébastopol. En conséquence de quoi, nous pouvons rester sur le titre de cet article : la troisième guerre mondiale n'aura pas lieu.
La Chine populaire y veillera. Et l'Europe dans tout ça ? Poser la question est y répondre en contemplant l'aréopage des élites aux manettes. Elles ne dirigent rien !

dimanche 23 juillet 2023

Chiadez vos épitaphes !

Le titre académique original était celui-ci : "De la diagonale du fou à la verticale du vide" ; mais il sentait la sous-préfecture et je lui ai préféré la queue de trajectoire du présent billet.

En travaillant un peu, on pourrait faire vingt pages d'une écriture serrée pour analyser et comprendre la métamorphose du pouvoir russe, certes mal né, mais ayant compris au départ les attentes de sa population. Faire le choix de rétablir la souveraineté de la Fédération de Russie et de se faire craindre à nouveau était légitime, mais l'exercice d'un pouvoir en perpétuelle mutation a dérivé vers quelque chose qui s'apparente maintenant au règne le plus brutal de la Bêtise aveugle et sourde !
Si la reconstruction d'un Etat s'avérait nécessaire après le mandat éthylique de Boris Eltsine - on se souvient du développement phénoménal de l'industrie du rapt à la libanaise - on s'interrogeait déjà sur l'absence de plan pour transformer à long terme une économie de rente à la katangaise en une économie industrielle puissante, adossée aux richesses minérales inépuisables du pays. Les libéraux mis de côté, priorité fut donnée au réarmement naval et balistique, défensif d'abord puis menaçant ensuite, et à l'exportation d'hydrocarbures extraits et valorisés par les pétroliers occidentaux. La Russie s'installa sur une trajectoire de monopolisation de la fourniture de gaz à prix d'ami à l'Europe, s'assurant un débouché sur le marché le plus solvable du monde. La société de consommation fit dès lors son nid dans les grandes villes, sans jamais en sortir. Et tout le monde crut qu'elle entrait dans le club des nations raisonnables.

Harcelé sans doute par les théoriciens de la Sainte Russie éternelle et asiate menacée de partout, le petit csar, insuffisamment affranchi des réalités plus subtiles de l'époque, se mit à craindre que la fuite rapide des nations libérées de l'emprise soviétique vers le pacte atlantique de sécurité n'aboutisse finalement à un front d'hostilité grandissante à son endroit, et quand la "peste" s'étendit à l'Ukraine - nation-sœur qui n'en est pas une - il décréta la magouille hybride de 2014 vers le Donbass russophone et la Crimée de Catherine II. Génial mais pas autant que nécessaire, il y consacrera dès lors tout son temps, confortant ses décisions au sein d'un cercle de courtisans admirateurs du maître aux échecs. En effet, la réaction internationale qu'il avait bien jugée au gré de ses rencontres avec ses alter ego, fut modérée et d'ailleurs, le nouveau pouvoir élu à Kiev n'en fera plus tard pas un casus belli aux discussions d'Istanbul en mars 2022 où les deux républiques-croupions tiraient leur épingle du jeu, sans parler de la Crimée dont le sort était renvoyé aux calendes grecques. Gonflé d'orgueil et sous les applaudissements, le petit csar étala ses dons de stratège dans ce que nous pouvons appeler la "diagonale du fou". Un an et demi après la guerre-éclair du 24 février 2022 qui n'en finira jamais à l'en croire, s'il continue certes de détenir quinze pour cent du territoire ukrainien reconnu par les instances internationales, il voit désormais l'OTAN doté d'armes meilleures bondir vers lui, les deux pays clés de la Mer baltique orientale basculer chez l'adversaire, Gazprom perdre ses meilleurs clients, le réseau bancaire russe tricard du monde libre, l'industrie russe de consommation retourner au système D, la compagnie aérienne nationale survivre en canibalisant ses avions, et il faudrait dix lignes de plus pour convaincre notre distingué lectorat que les sanctions internationales sont une peste bien plus redoutable que la démocratie en marche sur le limes impérial, démocratie avec laquelle on peut toujours ruser sous condition d'influence en sous-main. Mais depuis le début de l'été, la diagonale n'est plus en action. Le fou semble usé.

Ville de Marioupol depuis l'espace
- Marioupol russifiée -

Par la destruction stupide du grand barrage hydroélectrique sur le Dniepr (le canal de Crimée est à sec), le bombardement hystérique des quartiers d'habitations dans les villes d'Ukraine et maintenant le chantage aux grains, s'ouvre le vide sidéral de la contre-stratégie, les abysses de l'intelligence disparue, la connerie parfaite de Vladimir Vladimirovitch. Est-il besoin d'épiloguer ? La réplique à ses délires n'a plus de "ligne rouge", de quoi renforcer les critiques acerbes des blogueurs patriotes comme Guirkine, et la Crimée devient une obsession balistique de laquelle le Kremlin se croyait prémuni. Un dépôt y saute chaque jour et le Pont Poutine ne tient qu'à un fil. A quoi le Hun réplique par le bombardement des quais de chargement des docks céréaliers d'Odessa visant directement la boulangerie africaine. Mais le vide d'intelligence descend plus loin que sa verticale apparente, à cause de cette idée géniale que fut la déportation massive de gosses blonds dont manque la Russie slave. Expliquons ça :

L'absence du petit csar au sommet des BRICS, provoquée par le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale de La Haye, enclenche une mécanique extrêmement dangereuse. On ne vous l'explique nulle part ailleurs.
La charpente anti-occidentale en construction s'appuie sur la poutre eurasienne constituée de trois puissances économiques et nucléaires que sont la Chine populaire, l'Inde et la Fédération de Russie. Or l'absence du leader boréal affaiblit l'influence russe dans le triumvirat de fait. Même si le ministre Lavrov fera des pieds et des mains pour faire adopter les consignes du Kremlin et maintenir son rang, il manquera toujours les échanges de civilités, les discussions de couloir entre quat'zieux, les promesses cachées, les invitations discrètes, au final un déclassement de la Russie dont le chef d'Etat ne sera pas là pour accueillir les nouveaux membres qui devaient renforcer son aura.

Le plus sûr moyen de stopper ce déclassement presque inévitable, et périlleux pour l'extrême-orient russe, est de stopper cette guerre d'Ukraine rapidement, en débloquant ce faisant le grain que le tiers-monde attend pour confirmer son soutien à la politique anticoloniale du grand frère russe et en régorganisant les services de contrôle intérieur d'un Etat russe fragmenté. Aparté : le volet "anticolonial" relève du gag hilarant sachant que les nations non slaves fédérées sous la houlette du Kremlin sont toutes des colonies qui le détestent. Ceci dit, l'impasse Poutine n'est pas qu'une vue de blogueur occidenté. Des penseurs influents comme Sergueï Karaganov (clic) analysent toutes les contraintes que la guerre fait peser sur la Russie qui, même victorieuse, n'en sortira pas sans mal ; et après moult convulsions sémantiques, ils aboutissent à la nécessité d'une action définitive, même difficile à décider et à gérer, une frappe atomique à laquelle l'Occident ne répondra que par des proclamations outragées. En cause, les Etats-Unis qui feront un refus à l'obstacle et laissent déjà fuiter une certaine responsabilisation de l'Europe dans la continuation du soutien à l'Ukraine.
Mais le choc atomique aurait, à notre avis à nous, un autre effet : celui de rehausser la position de la Russie actuellement minorée dans le triumvirat précité. Cette décision indiquerait à Pékin que la conciliation demandée pour en finir dans l'affaire d'Ukraine n'ira pas plus loin que les intérêts fondamentaux de l'empire russe revenu sur ses terres historiques, outre le fait de montrer que la Russie demeure LE membre viril de la troïka avec le plus gros pouvoir de nuisance ! Pékin fera la gueule, mais les intérêts bien pesés de la coopération sino-russe et l'absence d'alternative auront raison de toute réaction précipitée. Il ne faut pas avoir fait Saint-Cyr pour deviner que le Kremlin, bientôt agoni d'injures, déroulerait alors un plan de coréanisation de l'Etat russe devenu un Etat-paria surarmé et financé par ses rentes minières dont le monde ne peut longtemps se passer. Un destin peu enviable pour les peuples de la Fédération, mais qui s'en soucie, même chez nous ? Pour sûr, une sortie du monde civilisé.
Cinq conséquences d'un strike atomique qui rebattrait toutes les cartes diplomatiques :
  • le seuil d'emploi de l'arme nucléaire serait abaissé et descendrait de l'étage stratégique à l'étage opérationnel ; qu'en penserait le Pakistan au Cachemire ?
  • le tabou d'une attaque nucléaire d'un pays non doté par un pays doté serait annulé ; des imitateurs ? Kim Jong Un ?
  • la Chine populaire entrerait dans la tenaille d'incertitude entre deux Etats foutraques, la Russie au nord et la Corée du nord à l'est ; il serait alors temps de parler de bascule stratégique pour le PCC, débordé sur la partie utile de l'empire (Dongbei) et défié à l'opposé par l'Inde sur le versant himalayen ;
  • un parapluie nucléaire deviendrait l'obsession permanente de tous les primo-accédants à l'atome, à commencer par l'Iran ; puis le Brésil, l'Afrique du Sud, l'Algérie dit-on etc.
  • la teneur de la réaction des Etats-Unis sera le juge de paix de leur protectorat d'Europe occidentale. On se souvient d'Obama en Syrie, on peut craindre un grand trou noir qui obligerait les Etats européens à sabrer dans les comptes sociaux pour réarmer à vitesse accélérée afin de sauver quoi ? mais la Pologne bien sûr, c'est Poutine qui le dit.

Combien de temps une Russie érémitique pourrait-elle tenir ? Aussi longtemps que le petit csar et son successeur pourront asservir les autres nations et leurs richesses à travers onze fuseaux horaires et que l'apathie légendaire du Russe persistera. Une redistribution des revenus d'exportation sera sans doute améliorée pour tenir tout le monde au sec mais l'aventure civilisatrice européenne, amorcée par Pierre le Grand, sera terminée pour plusieurs générations et le vide de tout destin deviendra monnaie commune tel qu'il en va dans la nuit communiste.


Liens en clair de cet article :

- Déclic : https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/de-la-verticale-impitoyable-au-vide-abyssal-la-m%C3%A9tamorphose-du-pouvoir-russe/ar-AA1e9O68?ocid=msedgdhp&pc=U531&cvid=3a435d6d75b149c0b986d5b34c80e9c5&ei=79

- Karaganov : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sergue%C3%AF_Karaganov

- Nucléarisation de la Biélorussie : https://charter97.org/en/news/2023/7/22/556808/

mercredi 12 juillet 2023

Quatre clés pour comprendre Vilnius

logo OTAN VIlnius 2023
La quasi-automaticité (mais tout dépend de la grandeur du "quasi") de l'article 5 du Traité de l'Atlantique nord interdit d'accepter au sein de l'Alliance comme membre à part entière tout Etat en guerre ouverte avec un autre pays. Pour la raison de bon sens que cela reviendrait à entrer en guerre quasi-automatiquement avec le dit-pays tiers.
Donc la colère un peu surjouée de Zélensky avait un autre but que l'inscription aux agendas à suivre d'une adhésion à l'OTAN. L'Ukraine dispose depuis son indépendance d'un conseil spécialisé dans un quartier général européen OTAN et se trouve de facto dans la situation de partenaire stratégique comme le sont les ANZAC. Et dans la pratique le bénéfice est grand puisque de nombreux membres de l'Alliance épuisent leurs stocks stratégiques à soutenir les opérations militaires de Kyiv.
L'intention la plus probable du président Zélensky, qui connaît très bien ce raisonnement pour avoir exclu cette adhésion lors des négociations de mars 2022 à Istanbul (clic), est de consolider ses requêtes de munitions et d'appui aérien à la prochaine réunion du Ramstein Group (UDCG).

Le communiqué assez faisandé, publié par le secrétariat de l'OTAN en fin de journée (le lire ici), est du style "if and when" et vise à ne lier les mains de personne dans le futur, mais signale une évidence subliminale : l'inclusion d'un agenda d'adhésion déclenché par la constatation d'un état de paix entre l'Ukraine et la Russie, pourrait provoquer de la part du Kremlin une procrastination indéfinie pour barrer l'entrée de l'Ukraine dans le dispositif que Poutine redoute le plus. Et l'OTAN déteste caler son action sur un évènement qu'elle ne maîtrise pas, comme la paix entre deux pays tiers.

Il ne manque dans ce communiqué que la demande aux Nations-Unies de foutre dehors la palanquée de peigne-culs russes qui font office de diplomates dans la grande tour de New York et violent en permanence les engagements de la Charte onusienne avec un aplomb et un culot dont se privent même les Nord-Coréens.

Deuxième clé : le strike d'Erdogan. Sa réélection à l'arraché du modèle courant (ballotage et petite marge) qui le maintient dans le club des démocraties, a boosté son action diplomatique en donnant des gages à l'Ukraine (1) et en troquant la permission à la Suède d'adhérer à l'OTAN contre la réouverture du process d'adhésion à l'Union européenne demandée directement à Charles Michel, et contre la fourniture des kits d'augmentation de leurs F-16 demandée à Joe Biden. On a pu croire un moment que la Turquie de l'AKP caressait le rêve d'un empire ottoman revenu sur son empreinte turcique, mais l'enthousiasme mesuré des satrapes de la steppe à repasser sous le chasse-mouche de la Sublime Porte joint à la détestation ouverte des voisins balkanniques, a convaincu le vieux sultan de se recentrer sur l'essentiel, la Mer noire et les Détroits qui la ferment. Face à la menace de quelques centaines d'ogives nucléaires russes à dynamiter la porte du Bosphore, la réponse fondamentale demeure le soutien américain à travers l'OTAN. D'où la bonne volonté affichée publiquement par le Turc, même si je pense que les relations n'ont jamais été mauvaises avec le Pentagone.
(1) Erdogan transfère une usine de drones Baykar en Ukraine ; il fait sortir la marine turque en protection des convois de grains chargés en Ukraine ; il libère publiquement les commandants du bataillon Azov capturés à Marioupol et détenus en Turquie au grand dam du Kremlin, lequel se sent si faible qu'il communique le lendemain sur une future coopération russo-turque avantageuse pour les deux parties.


Troisième clé : l'annonce du pré-positionnement de trois cent mille hommes à la frontière NATO-russe, intègre l'incorporation de plein droit désormais de l'armée finlandaise dans le déploiement. Ça aide à gonfler les chiffres. Bien que l'alliance se revendique d'une posture unique de défense, il ne fait aucun doute dans les esprits paranoïaques de l'élite russe que la Fédération est maintenant menacée en permanence depuis la Mer de Barents jusqu'à la Mer noire. Le dispositif russe devra être étiré bien au-delà des capacités promises par le ministre russe de la défense. Quant à la Mer baltique, elle devient un lac atlantique avec l'entrée de la Suède et de l'île stratégique de Gotland dans le dispositif OTAN !
Même si les Etats-Unis n'ont aucun projet sur l'enclave de Kaliningrad, une prospective géopolitique raisonnable annonce que les jours russes de la Poméranie orientale sont comptés. Le différentiel de développement déjà flagrant va devenir tel dans les années futures, que la population va prendre en grippe le joug d'autorités lointaines qui se la pètent dans des palais de voleurs, mais qui sont incapables de développer l'enclave comme elle le voit faire chez les pays voisins. Poutine et sa clique de branques ont bien mérité de l'Occident !

Quatrième clé : il n'est un secret pour personne que l'approche méthodique et progressive des Américains du conflit russo-ukrainien vise à ne pas précipiter la destruction de la Fédération de Russie. Cette précaution relève de deux stratégies, déjà anciennes :
- le pouvoir en place à Moscou fut et demeure toujours de second choix, menteur et non-fiable ; mais il commande à lui seul un espace immense de Brest à Vladivostok doté d'ogives nucléaires, autorisant ce faisant l'unicité de l'analyse géostratégique. Si la Fédération éclatait - et nul n'en connaît tous les morceaux - les difficultés d'analyse seraient multipliées exponentiellement et la synthèse très difficile, voire impossible avec l'entrée en jeu de la Chine populaire sur son extrême-orient proche. Pour faire simple, les agences américaines et le Pentagone ne sont pas outillées pour gérer le bordel post-soviétique sur onze fuseaux horaires.

Second point qui nous concerne : Après l'éclatement de la Yougoslavie, les chicayas greco-turcs en Méditerranée orientale et maintenant la guerre ouverte en Mer noire, les Etats-Unis considèrent être impliqués plus qu'à leur tour dans des affaires européennes (ne parlons pas de la Syrie et du Liban) tandis que les pays européens de l'Alliance se les roulent dans des systèmes de protection sociale bien plus avantageux que ceux dont disposent les Etats américains. Il ne fait pas de doute que le transfert de la charge de défense sur les épaules européennes est imminent et qu'il se manifestera dans la campagne présidentielle américaine qui s'approche.
Théoriquement nos prestations sociales vont être contractées et la dépense publique réorientée vers le réarmement. Nécessité fait loi.

dimanche 25 juin 2023

Castration du csar

pince de hongreur
Le même qui a fait tuer son premier opposant politique sous les fenêtres du Kremlin, ne peut pas laisser vivre celui qui l'a humilié en montrant toute sa fébrilité à la face du monde dans ce qui s'avère être ce matin une tragédie de théâtre. Mais à la différence de Nemtsov, Prigojine est au courant des voies et moyens d'injection de la mort qui guette. Où qu'il aille, et surtout pas à Coyoacán du Mexique, il sera sur ses gardes au sens propre et au sens figuré, et il ne boira rien qu'il n'ait préparé lui-même à Bangui ou à Bamako. Tant qu'il aura de l'argent ! Il est probable que Patrouchev et les siloviki vont tarir les ressources du bandit qui les a défiés, à commencer par les commandes d'Etat et les transferts vers les bases lointaines. Puis ils vont le pister sans aucune évaluation de dommages collatéraux - son épouse Lyoubov lui a donné trois enfants - à moins que le proxénète de Saint-Pétersbourg ne détienne un secret qui les ruinerait (bancaire ? ça se raconte...).

Que nous apprend le putsch ? Finalement rien que nous ne sachions déjà. La guerre des gangs n'a pas eu lieu, mais elle reste larvée d'autant plus que le Parrain n'a vraiment pas la carrure de l'emploi - sauf à faire tuer l'un ou l'autre au caprice du jour - et qu'il a laissé monter les revendications de Prigojine pendant des semaines d'insultes à l'endroit de son ministre et de son chef d'état-major, sans rien dire, comme s'il ne savait sur quel pied danser. Ce type est définitivement un subalterne, pas un chef.

Le premier impact de cette pantalonnade atteint la sphère ultra-nationaliste chez qui le doute s'était installé quant aux capacités de stratège du petit csar, et qui se voit confirmée dans son appréciation : Poutine est incapable de finir cette p... de guerre.

L'autre impact est sur l'oligarchie régnante. Les coffres ne sont plus gardés à l'intérieur du pays, les sanctions entament de beaucoup les possessions externalisées, la guerre ne va rien leur rapporter, si tant est que l'on tienne longtemps du territoire conquis en Ukraine. Si la franche camaraderie a disparu, si la fâcherie est manifeste à voir les défenestrations, la franche hostilité n'est pas déclarée sauf par des exilés de longue date comme Khodorkovski, à cause des escadrons de la mort qui patrouille le globe. Si le pronostic est plus complexe que les capacités d'analyse du blogueur assis, il est, dans cet empire pourri qu'est la Fédération de Russie, une action qui n'a pas été tentée par les Américains et qui avait parfaitement réussi en Irak au moment de la marche sur Bagdad : acheter les commandants d'unités dans le dos de Saddam Hussein. Une grande pizzeria à Reno avec un million de dollars de mise de fonds, ça peut tenter ! La discussion apaisée (clic) entre Prigojine et le vice-ministre de la Défense russe Iounous-bek Evkourov d'un côté et un général de l'armée russe de l'autre, au QG de Rostov-sur-le-Don abandonné par Guerassimov, montre une certaine compréhension mutuelle. Il sera plus dur de faire monter aux échelles de tranchée les fantassins qui auront vu cette vidéo après avoir entendu les allégations dévastatrices du patron de Wagner pour le haut-commandement.

lundi 22 mai 2023

Le mâle alpha n'est pas celui qu'on croit

Le contraste est saisissant entre un comédien ayant sauté la rampe de l'avant-scène pour s'investir à fond dans la défense de son pays en guerre, avec une allonge diplomatique que bien de ses alter ego peuvent lui envier ; et là-bas, le gnome maléfique confiné dans son bunker anti-atomique étanche à toute réalité, qui ne réagit qu'aux déférences de cour. Un homme sain, intelligent et pugnace malgré l'usure de la guerre ; un culturiste de la virilité rongé par ses échecs.

drapeau séoudien
Après sa tournée européenne d'augmentation du courage occidental, on attendait une forme de consécration personnelle au G7 d'Hiroshima mais c'est à Djeddah, au 32è Sommet de la Ligue arabe que l'effet le plus négatif pour Poutine a été produit. Des analystes sérieux nous donneront-ils les raisons tortueuses qui ont poussé le prince héritier séoudien à faire venir M. Zelensky dans cette enceinte, lui donnant la primeur tant au pupitre qu'à l'exposition médiatique ? Normalement, c'était la Russie poutinienne qui devait bénéficier indirectement du retour à la banque du tyran prodigue, en faisant un pied de nez à la coalition occidentale que l'Alaouite doit affronter encore par procuration. Or, mis à part la déclaration "téléphonée" du refus des ingérences étrangères dans les affaires intérieures par le raïs syrien, il fut question comme à l'accoutumée des éruptions géopolitiques qui minent le monde arabe, telles que l'apartheid israélo-palestinien, la révolte syrienne, la révolte houthie, la guerre civile soudanaise et les vœux pieux habituels sur la corruption et la répression des opinions publiques (clic). Mais on ne parla que de Zelensky.

Pour notre part, j'y vois trois raisons :

(1)- par le traitement très ordinaire réservé à Bachar al-Assad, MBS montre à la Russie qu'elle ne gouverne rien plus loin que ses frontières et surtout dans l'OPEP+ ; la Ligue arabe ne lui doit rien et n'entend pas se charger de ses intérêts ;
(2)- par le traitement exceptionnel réservé au bras armé du G7, montrer à l'Occident global que le monde arabe ne lui est pas hostile pour peu que l'ingérence dans les affaires de l'Orient compliqué diminuent sensiblement ;
(3)- par la réintégration de sa bête noire de Damas, montrer à Israël que les Accords d'Abraham ne lient pas les Etats signataires au-delà des textes approuvés, surtout depuis la rencontre sinoportée des dirigeants iraniens et séoudiens qui doit tout changer... au Yemen, en Syrie et en Irak (mais il y a loin de la coupe aux lèvres).

separation

A Hiroshima, le président ukrainien a eu la possibilité de parler à des "clients" de la Russie comme l'Inde et le Vietnam (voir la liste des participants) mais pas au Brésilien Lula - que faisait-il là ? - qui met les belligérants dans le même sac et qui s'est retrouvé bien seul assis quand tous les autres se sont levés pour l'accueillir. Par sa seule présence, il a aussi endossé la mise en garde du G7 à la Chine populaire d'arrêter de se payer de mots dans le champ diplomatique tout en déstabilisant des régions entières par des moyens déloyaux. La même Chine qu'il observe dans son agitation diplomatique en Asie centrale dans une concurrence ouverte mais niée avec Moscou.

Sergueï Lavrov peut maugréer tant qu'il voudra dans sa barbe, son influence diplomatique n'est désormais proportionnée qu'à son pouvoir de nuisance (essentiellement le grain), pouvoir que les alliés de l'Ukraine ont entrepris de réduire à presque rien. La Russie de Poutine-Patrouchev n'a plus de projet à vendre à ses partenaires autre que celui de répandre la mort, à son occident pour commencer. Cet obsession morbide va couper la Russie du reste du monde et l'enfermer dans sa paranoïa que bientôt plus personne ne voudra partager. Une puissance régionale, disait Obama, un empire érémitique enfermé aujourd'hui sur sa désolation. Quel contraste ! A Kyiv, un homme crédible dans sa lutte contre l'agression étrangère, montrant un esprit ouvert, présidant un pays libre de gens libres ; là, une jachère immense qui fonce vers son destin coréen sous la férule d'un tyran fébrile et peureux qui se déplace d'un bunker à l'autre dans un train blindé, et ne sortira plus de chez lui depuis son incrimination à La Haye. Ici, on déborde d'ingéniosité pour palier les carences et vaincre dans son bon droit ; là, une jeunesse éduqué est en fuite, une logorrhée risible dans sa primitivité ou déspérante de bêtise se répand sur les ondes, des savants sont emprisonnés parce qu'ils n'ont pas livré au despote l'arme fatale commandée, des élites sont à l'affût de combines pour sortir du piège ! (info +) La Russie de Poutine est presque un album de bandes dessinées. Ils en sont venus à cartographier les nœuds et fuseaux de communications sous-marins européens et les champs d'éoliennes pour instrumentaliser une menace latente, à défaut de faire vraiment peur par ce qu'ils ont montré jusqu'ici en vraie grandeur. On se rengorge ce soir à Moscou de la "prise de Bakhmout", un abcès de fixation de moindre importance tactique, après huit mois d'assauts acharnés et combien de dizaines de milliers de morts ! Est-ce fini ? Le casse-noix est en place.

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Entretemps, j'entendais réciter le catéchisme russe par des analystes du microcosme royaliste et assimilé, tout à leur adoration du Grand Mâle Blanc contrarié par l'Amérique dégénérée, croyant, sans rien savoir au fond, que la guerre d'Ukraine n'est pas notre guerre. Ils nous rappellent les grands anciens qui pensaient que l'affaire des Sudètes n'était pas non plus notre affaire, avant que le tyran de l'époque ne se jette sur ses voisins, l'encre de Munich à peine sèche. Que deviendraient les Baltes et la Moldavie si la paix par capitulation - la seule acceptable par Moscou - aboutissait, sachant que la signature russe est sans valeur depuis 2014 ? Ce ne serait toujours pas notre guerre ? Difficile de faire plus lâche. Le microcosme a une fâcheuse tendance à entrer dans tous les tunnels bouchés de l'histoire, à la poursuite de ses anachronismes, sans rien connaître de la charpente stratégique du monde réel. Hélas ! Trois fois !

mardi 25 avril 2023

Lu Shaye, rossignol de Pékin

montage photo Zhao Lijian Lu Shaye sur profil de loup

Son Excellence l'ambassadeur de Chine populaire à Paris n'est pas un perdreau de l'année (clic). Son cursus est solide, que nous résumons ici pour le lecteur pressé.

Issu du milieu estudiantin francophile de Nankin célébrant les Droits de l'homme et du citoyen, il se rabat, faute de mieux, sur la CFAU de Pékin (China Foreign Affairs University) et intègre la section francophone destinée à l'Afrique. Comme tous, il fait ses premières armes dans la Francophonie, pour lui c'est en Guinée-Conakry où il entendra pis que pendre de la période coloniale, puis à Dakar où il croisera la Françafrique. Après un stage de remotivation au Comité central du PCC en charge des affaires étrangères, il rejoint Ottawa pour se heurter à l'imbroglio "Huawei" avant de prendre son poste à l'ambassade de Paris en 2019.
Dans l'almanach diplomatique chinois, Paris est la troisième destination par importance, dès lors que la France est le cinquième membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies et que la Fédération de Russie est "traitée" directement depuis le ministère à Pékin. Ceci veut dire que le gouvernement chinois n'attribue pas ce poste à un yuppie décérébré mais à un haut-fonctionnaire chevronné bien dans la ligne diplomatique du parti. C'est ce qui donne toute son importance aux déclarations récentes évoquant le flou des frontières relevées après la dislocation de l'Union soviétique en 1991.
Et au plan personnel, M. Lu Shaye est trop intelligent pour s'être laissé emporter par les provocations débridées de Darius Rochebin.

Quels sont les pays niés ? Du nord au sud, les trois Etats baltes, la Biélorussie, l'Ukraine, la Crimée, la Moldavie, la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan et tous les Stans. C'est exactement l'axe d'effort de la résurgence de l'empire russe activée par le Kremlin poutinique, qui, dit le géographe, n'a jamais eu de frontière.

Malgré le tollé soulevé en Europe, la mise au point du porte-parole du MAE chinois, tout en langue de bois, n'est pas accompagnée d'un rappel de l'ambassadeur en Chine pour consultations. Notre propre analyse fondée (...) nous suggère que les déclarations outrancières de M. Lu reflètent la pensée dominante dans les couloirs du MAE chinois, au motif premier et dernier de ne rien faire qui pourrait conduire à la dislocation de la Fédération de Russie. Si la sincérité des propos n'est pas une donnée importante en diplomatie, toutes les actions entreprises ou tolérées dans le dossier "Russie" sont jaugées à l'aune de cette exigence stratégique. Donc si le doute des frontières profite à la diplomatie Lavrov, celle de la plus mauvaise foi possible, il est permis d'en faire état, publiquement s'il le faut.
Doit-on rappeler cette obsession du temps long chez les Chinois ? La Fédération de Russie doit rester gérable de longues années encore afin de pouvoir négocier avec un seul interlocuteur une emphytéose chinoise sur l'extrême-orient russe, queue de trajectoire qui sera un jour imposée à Moscou par une sorte de grand remplacement en Sibérie orientale et sur les terres chinoises immémorielles capturées par le Tsar au XIXè siècle. C'est ça leur truc et la liste des motifs est précise.

Pour résumer et revenir à l'affaire d'Ukraine dans laquelle l'Elysée et le Quai d'Orsay veulent à tout prix s'impliquer, la Chine populaire - attentive aussi à son commerce extérieur - doit geler le conflit sur les lignes de front actuelles, laissant l'application des principes intouchables de la Charte des Nations-Unies à un modus vivendi de coexistence pacifique donnant du temps au temps, jusqu'à ce que la confrontation des "peuples frères" s'apaise. La Crimée pour sa part au conflit est dans un sous-dossier, mais il n'y a pas que la Chine populaire à l'avoir séparée de l'Ukraine continentale, les Etats-Unis et quelques pays d'Europe occidentale le diront en temps utile par une formulation à l'étude dans les chancelleries.


Petite note : M. Lu est souvent qualifié de "loup guerrier" par la presse, comme participant d'une nouvelle génération de diplomates chinois décomplexés et moins timorés que leurs prédécesseurs. Nous lui préférons celui de "loup-combattant" : 战狼 = loup de guerre ou loup employé pour combattre à la guerre (comme on avait des chiens de guerre chez les lansquenets de la Renaissance): donc loup-combattant est la traduction la plus proche du sens original.

Cane corso italiano

samedi 25 février 2023

Monde 2 Poutine 0

tableau des votes à l'ONU
La résolution ci-dessous intimant l'ordre à la Russie de retirer ses troupes de chez son voisin a été approuvée en Assemblée générale des Nations Unies par 141 pays contre 7 et 31 abstentions. C'est la deuxième majorité écrasante contre la Russie dans l'enceinte onusienne. On notera que des pays supposés inclus dans la sphère d'amitié russe ont voté cette résolution : la Serbie revendiquant le Kosovo et craignant pour le Sandjak ; le Cambodge vassalisé par la Chine populaire. Les abstentionnistes ont chacun leurs raisons, parfois mercantiles comme l'Inde, et leurs propres provinces séparatistes ou un voisin trop puissant comme tous les Stan d'Asie centrale. Bien des pays africains découpés par les colonisateurs auraient dû réfléchir avant que de s'abstenir ou d'aller aux lavabos. Mais parmi les soutiens ouverts à la Russie ont notera deux connards : le Mali qui vient implicitement de faire droit à la revendication touarègue et à la création de l'Azawad, et la Syrie de Damas qui devrait laisser tomber désormais les régions du nord.

Sont partis pisser l'Azerbaïdjan, le Burkina Faso, la Dominique (?!), la Guinée équatoriale, le Zwaziland, la Grenade (?!), la Guinée-Bissau, le Liban, le Sénégal, le Turkménistan, la Tanzanie et le Vénézuéla (qui est pourtant un allié sûr de Moscou). Pendant qu'elle promène son plan de paix capitulation d'une chancellerie l'autre, les motivations de la Chine populaire à s'abstenir sont explicites si elle veut médiater, mais son vote pourra se retouner contre elle quand les oulémas du Golfe renfloueront le Turkestan oriental. Cette résolution approuvée quand même par une majorité écrasante ne fait pas les affaires de Poutine, même si on ne compte plus les résolutions onusiennes restées lettres mortes. Elle lui ôte toute légitimité à continuer le massacre et à siéger en même temps au Conseil de Sécurité. N'en déplaise à M. Lavrov, c'est encore une défaite de sa diplomatie. Et pour enfoncer le clou à l’occasion de ce premier anniversaire de l’agression russe, le Conseil de Sécurité a observé une minute de silence vendredi 24 février 2023, en hommage à toutes les victimes de la guerre en Ukraine ; le représentant de la Fédération de Russie s'est levé avec tous ses collègues. Le Secrétaire général Guterres, faisant l'économie d'une prudence équivoque, a déclaré à cette occasion que les civils ukrainiens vivaient dans un véritable enfer.

Voici le texte officiel (dont le point 9 qui va s'avérer très ennuyeux par la suite car c'est le piton "Nuremberg" où va s'accrocher l'Ukraine) :

L’Assemblée générale,
Rappelant les buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies, Rappelant également que, en vertu de l’Article 2 de la Charte des Nations Unies, tous les États sont tenus de s’abstenir, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies, et de régler leurs différends internationaux par des moyens pacifiques ;
Réaffirmant que nulle acquisition territoriale résultant de la menace ou de l’emploi de la force ne sera reconnue comme légale, Rappelant ses résolutions pertinentes adoptées lors de sa onzième session extraordinaire d’urgence et sa résolution 68/262 du 27 mars 2014 ;
Soulignant, un an après l’invasion totale de l’Ukraine, que la réalisation d’une paix globale, juste et durable constituerait une contribution importante au renforcement de la paix et de la sécurité internationales ;
Rappelant l’ordonnance de la Cour internationale de Justice en date du 16 mars 2022 ;
Déplorant les conséquences désastreuses, sur le plan des droits humains et sur le plan humanitaire, de l’agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine, notamment les attaques incessantes contre les infrastructures critiques dans toute l’Ukraine, avec des conséquences dévastatrices pour les civils, et se déclarant gravement préoccupée par le nombre élevé de victimes civiles, notamment des femmes et des enfants, par le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays et de réfugiés ayant besoin d’une aide humanitaire, et par les violations et les atteintes commises contre des enfants ;
Notant avec une profonde inquiétude les répercussions négatives que la guerre a sur la sécurité alimentaire mondiale, l’énergie, la sécurité et la sûreté nucléaires et l’environnement ;

1. Souligne la nécessité de parvenir, dans les meilleurs délais, à une paix globale, juste et durable en Ukraine, conformément aux principes de la Charte des Nations Unies ;
2. Se félicite des efforts déployés par le Secrétaire général et les États Membres pour promouvoir une paix globale, juste et durable en Ukraine, conformément à la Charte, y compris les principes de l’égalité souveraine et de l’intégrité territoriale des États, et leur exprime son ferme soutien ;
3. Appelle les États Membres et les organisations internationales à appuyer encore plus les efforts diplomatiques visant à instaurer une paix globale, juste et durable en Ukraine, conformément à la Charte ;
4. Réaffirme son attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’unité et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières nternationalement reconnues, s’étendant à ses eaux territoriales ;
5. Exige de nouveau que la Fédération de Russie retire immédiatement, complètement et sans condition toutes ses forces militaires du territoire ukrainien à l’intérieur des frontières internationalement reconnues du pays, et appelle à une cessation des hostilités ;
6. Exige que le traitement par les parties au conflit armé de tous les prisonniers de guerre soit conforme aux dispositions de la Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre du 12 août 19492 et du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève de 19493, et demande l’échange complet des prisonniers de guerre, la libération de toutes les personnes détenues illégalement et le retour de tous les internés et des civils transférés et déportés de force, y compris les enfants ;
7. Demande aux parties au conflit armé de respecter pleinement les obligations qui leur incombent en vertu du droit humanitaire international, à savoir veiller systématiquement à épargner la population civile et les biens de caractère civil, assurer un accès humanitaire sûr et sans entrave aux personnes qui en ont besoin, et s’abstenir d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de rendre inutilisables les biens indispensables à la survie de la population civile ;
8. Appelle à la cessation immédiate des attaques contre les infrastructures critiques de l’Ukraine et de toute attaque délibérée contre des biens civils, notamment des résidences, des établissements scolaires et des hôpitaux ;
9. Souligne qu’il faut ouvrir des enquêtes et engager des poursuites appropriées, équitables et indépendantes au niveau national ou international pour que les auteurs des crimes les plus graves au regard du droit international qui auront été commis sur le territoire ukrainien répondent de leurs actes, et que justice soit rendue à toutes les victimes et que de futurs crimes soient évités ;
10. Demande instamment à tous les États Membres de coopérer dans un esprit de solidarité pour faire face aux répercussions mondiales qu’a la guerre sur la sécurité alimentaire, l’énergie, les finances, l’environnement et la sécurité et la sûreté nucléaires, souligne que les arrangements en vue d’une paix globale, juste et durable en Ukraine devraient tenir compte de ces facteurs, et demande aux États Membres de soutenir le Secrétaire général dans les efforts qu’il déploie pour faire face à ces répercussions ;
11. Décide d’ajourner à titre provisoire sa onzième session extraordinaire d’urgence et d’autoriser sa présidence à la rouvrir à la demande des États Membres.
(source : https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/LTD/N23/048/59/PDF/N2304859.pdf )
Info plus ici : https://press.un.org/fr/2023/ag12492.doc.htm

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