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dimanche 8 mars 2020

In bed with Erdogan

L'affaire turque est sérieuse et toute explication prend le risque du contrepied tant est imprévisible le Sultan Erdogan. Devons-nous chercher à le comprendre ? C'est l'ambition de ce billet qui fera date dans les annales diplomatiques du Quai d'Orsay si d'aventure il y pénétrait un jour. Fin de l'entame humoristique.


En tant qu'Européen, on peut détester Erdogan pour la bordée d'insultes avec laquelle il décore toute adresse à l'Europe occidentale, nous faisant la leçon mal apprise à tout mauvais escient et particulièrement pour nous, Français, dans ses diatribes contre la colonisation. Il est inutile de lui renvoyer en pleine figure la colonisation impitoyable de la nation arabe par les Ottomans, cela renchérit son hubris d'être comparé aux grands ancêtres. Mais puisque l'affaire qui nous occupe ce soir est d'origine syrienne, il faut rappeler trois choses :

D'abord, la liquidation de l'Empire ottoman après la Grande Guerre a fait renaître l'irrédentisme kurde par toute la montagne depuis Elazig en Turquie jusqu'à Bakhtaran en Iran. Sous le mandat de la SDN, les Français privilégièrent les Kurdes qui nous en sont reconnaissants encore aujourd'hui, même si le projet anglo-français d'un Kurdistan indépendant a foiré sous la pression de Kemal Ataturk. Premier mauvais point.

A l'époque du mandat syrien, la France avait un intérêt particulier pour le sandjak turc d'Alexandrette, aujourd'hui Iskenderun, au point de le rattacher à la Syrie. Puis, sous la pression insistante des Turcs qui procédèrent au nettoyage ethnique du territoire, le Front populaire échangea cette république-croupion contre la neutralité turque pendant la guerre qui s'annonçait avec l'Allemagne. Deuxième mauvais point.

Pendant la présente guerre de Syrie, les puissances occidentales sur zone ont utilisé l'infanterie kurde pour réduire les troupes de l'Organisation Etat islamique, lui apportant couverture aérienne et préparations d'artillerie. Or les Kurdes syriens poursuivent un projet d'établissement d'un Etat autonome dans le nord de la Syrie sur le modèle du Kurdistan irakien d'Erbil établi sur la frontière turque. Ces Kurdes, quoiqu'ils en disent, sont affiliés au PKK qui créé beaucoup de soucis à Ankara. Troisième mauvais point.


La stratégie d'Erdogan est très simple : outre la nécessité d'abolir le régime alaouite sanglant de la famille Assad, elle consiste à éparpiller les Kurdes le plus loin possible de la frontière turque afin qu'ils ne s'ancrent pas au sol, et à créer une zone tampon qu'il entend remplir de trois millions de réfugiés syriens présentement sur son sol. Reste à résoudre la question des autres nationalités de migrants qu'il a en surnombre ! Mais compte-tenu de l'intention répétée et prouvée du régime de Damas de reconquérir la poche d'Idlib à n'importe quel prix en vies civiles, Erdogan anticipe une rupture de la digue frontalière laissant entrer un ou deux millions de Syriens supplémentaires. Ce qui dans l'état actuel de l'économie turque est carrément intenable tant pour le régime AKP que pour l'Etat lui-même. On peut ainsi comprendre qu'Erdogan manœuvre aujourd'hui pour décompresser ses camps de réfugiés en poussant sur la frontière de l'Union européenne quinze mille réfugiés de toutes nationalités pour tester la résistance du "mur". Et à dire vrai, ce ne sont pas les cinq cents millions d'aide humanitaire qui vont améliorer sa situation intérieure précaire.

Les causes et conséquences de la guerre civile syrienne sont bien expliquées dans la Wikipedia (clic). Idlib fut une des premières villes à basculer dans l'insurrection au début du printemps syrien quand il était permis de croire que la pression de la rue chasserait la famille prédatrice de Damas, comme à Tunis ou au Caire. A ce motif, les Assad vouent une haine tenace envers les populations du nord-ouest, qu'ils bombardent en aveugle, rasant écoles, dispensaires, marchés sans distinction. Le pire est que les Russes n'en font pas moins, mais si l'on se souvient de la reconquête de Grozny (Tchétchénie) on ne s'étonne de rien.

Il est deux questions en suspens : les milices djihadistes et les chrétiens d'Orient. Ce sont deux prétextes brandis par les soutiens français de Bachar el-Assad. Les milices sont indéniablement les supplétifs (pas toujours obéissants) de l'armée turque qui évite d'engager son infanterie portée dans la zone des combats. Ankara s'en servira jusqu'à leur extinction. Les chrétiens de Syrie sont otages du pouvoir alaouite qui instrumentalise leurs chefs et s'en sert pour ses campagnes de propagande. A dire vrai, ne restent autour de la famille que les alaouites, les chiites libanais et les chrétiens orientaux. La libération de ces derniers doit être à l'ordre du jour des puissances occidentales plutôt que de les laisser utiliser par les idiots utiles du pouvoir damascène.

Une morale de la fable : à faire la guerre, autant la faire à fond et la gagner. La chorégraphie occidentale depuis le début de l'affaire syrienne pêche en muscle et détermination. Le choix aurait pu être au départ de ne se mêler de rien, même avec la proclamation du nouveau califat ! Les monarchies arabes, riches à ne plus savoir quoi inventer comme investissement chez elles, auraient réglé le problème, entre elles d'abord et sur le terrain ensuite. Le foyer d'infection islamiste pouvait être contrôlé en France au départ et au retour des djihadistes en décrétant l'état d'exception... et en pourchassant les prédicateurs, les Frères et tous les factieux qui nous avaient déclaré la guerre. On n'y reviendra pas.

L'autre choix était ouvert après la seconde attaque chimique. Obama et les Communes britanniques portent une lourde responsabilité dans leur refus de réagir comme annoncé, ce qui donna au régime la libre pratique de toutes les exactions. On pouvait détruire le régime dans son palais et toutes ses infrastructures militaires. Bien sûr il fallait derrière occuper le terrain pour bloquer l'appel d'air, et sans doute écraser Raqqa, la capitale déclarée de l'OEI, comme jadis Dresde, avant de répéter la mesure sur Mossoul. C'était une guerre. Savons-nous encore la faire ? Nos états-majors et les armées y sont prêts mais qu'en est-il de nos politiques ? Alors il est assez facile de débiner Erdogan qui s'expose au balcon, engage des moyens, tape sur les concentrations de troupes et descend des Sukhoi syriens au nez et à la barbe des Russes dont on nous dit ici tant de bien ! Avant de le vouer aux gémonies, regardons la situation très critique dans laquelle sa position géographique l'a placé, tenons bon sur les frontières grecque et bulgare, et fermons notre gueule !

lundi 29 octobre 2018

Brèves du lundi

And the winner is...
Il y a de cela longtemps, un des généraux de la junte brésilienne avait été interpellé par un journaliste français sur l'effervescence inhabituelle des mouvements sociaux, qui lui posait la question de savoir comment ferait-il pour vivre avec un smig. A quoi le général répondit sans hésitation : « Je me ferais sauter le caisson ! ». Sans doute avait-il économisé les cours du soir de la communication politique en lui substituant une denrée rare, la sincérité. C'est ce qu'apporte aux gens le candidat du PSL/17, le franc-parler. Le monde est tellement trituré au politiquement correct que tous les adeptes du parler-cash y retrouvent aujourd'hui leurs chances. Et chez nous aussi.

La caste militaire brésilienne boucle le ceinturon pour acclamer le nouveau Mussolini des plaines à soja. Avec 55,3% Bolsonaro, la coqueluche des bourgeoises décoincées et des latifundières lascives, décroche la timbale en vrai coq perché sur le fumier de la démocratie sud-américaine. Facile ! Il a compris ce que comprend le peuple. Le peuple en a soupé des Cassandre du désordre moral obligatoire et excusé ! Le peuple veut du neuf et qu'on essarte l'ivraie sans mollir, le blé dut-il en souffrir un peu. C'est le programme du capitaine d'artillerie qui connaît bien la cantine politique pour y avoir pris ses repas pendant vingt-sept ans ! Rallumez les arsenaux, on commençait à s'emmerder !

On fait le break sur une danse techno italienne que certains reconnaîtront :


Fiamma nera



Ach du liebe Zeit ! Alternative für Deutschland entre au parlement de Hesse et le Grün Tarek Al-Wazir (mais si!) pourrait former le nouveau gouvernement de Wiesbaden. Les coalisés de Berlin, une main devant, une main derrière, en rabattent de beaucoup, la chancelière est sous Prozac et l'Allemagne, cul par dessus tête, prépare une retraite aux flambeaux vers Nuremberg. Le pronostic est engagé par les éditocrates de la pensée conforme. Askolovitch va nous faire sans doute l'ad hitlerum de la semaine dans l'émission de complaisance d'Élisabeth Quin sur Arte (ndlr: il n'a pas osé :).

What next ? France ? Rien ! Zimbabwe ? Rien ! Syrie ? D'aucuns pensent que le vainqueur de la guerre civile devrait se retirer pour faire toute leur place aux vaincus et les laisser décider de la suite, comme par exemple une réforme de la constitution qui barrerait la présidence aux dictateurs. Ce serait une première dans l'histoire, mais notre jeune premier de président ne recule pas devant cette création ubuesque au théâtre du monde. Du haut de mon ermitage perché dans les grands chênes, je n'arrive pas à comprendre une seule injonction de la ligne diplomatique française au Levant. Faut-il rappeler que les Syriens nous ont foutu dehors manu militari à la fin de la Seconde guerre mondiale ?

Corée du Nord ? La nomenklatura communiste a importé tant de biens de luxe qu'il n'est plus resté assez d'argent pour acheter du riz. Si la famine de 1997 qui a tué tant de monde n'est plus d'actualité ("Il n'y avait rien sauf des feuilles de maïs réduites en poudre, qui constipaient, je mangeais des lézards, des serpents, des rats et de l'herbe" disaient les évadés du paradis) le pays profond est dénutri, les enfants rachitiques et la santé mauvaise hors des villes. A tel point que la politique d'ouverture du président sud-coréen est remise en cause par ses contribuables puisqu'à l'évidence, les gras cousins du Nord se foutent royalement de lui. Moix et Depardieu aussi.


Pour le reste, on a voté ce dimanche en Géorgie, les Catalans ont fêté l'écrasement du Real Madrid par le Barça et accessoirement le premier anniversaire de leur indépendance foirée.


dimanche 15 avril 2018

Indignations hypocrites

La Russie est entré dans le concert des nations développées, le ridicule n'y tue plus. Après le dernier bombardement allié en Syrie, le président Poutine a stigmatisé les frappes comme « un acte d'agression contre un état souverain engagé dans la lutte contre le terrorisme, en violation des normes et des principes du droit international (sic)». Chacun a pu sourire au souvenir de la capture de la Crimée et de la conquête du Donbass sur l'Ukraine, facilitées par les reculades du président Obama.

Hua Chunying, la langue de bois de rose
Mais c'est de Chine que la réaction la plus perverse provient sur la même affaire syrienne. Si l'usage de la force dans les relations entre Etats est condamnée, les services diplomatiques précisent qu'il s'agit des Etats souverains, reconnus par les Nations Unies et disposant des canaux diplomatiques ouverts pour régler leurs problèmes. La définition exclut donc implicitement Taïwan. Le raidissement idéologique du pouvoir chinois laisse attendre un coup de chasse-mouche du soit-disant président de la République de Chine comme prétexte à l'envahissement de l'île, vitrine dérangeante d'une Chine libre et prospère.

Le règlement pacifique de la question syrienne a été entravé plusieurs fois par le veto de la Chine ou de la Russie au Conseil de Sécurité qui essayait de mettre Bachar el-Assad sous pression pour l'amener à composer à la conférence de Genève.

L'étape décisive à venir est celle de la reconstruction du pays. Certes des escarmouches auront encore lieu dans la zone d'Idleb pour finir les salopards au sarin, mais c'est la reconstruction qui sera le facteur déclenchant de la solution finale. Pour une raison simple : l'argent n'est pas du côté d'Assad et de ses alliés combattants. Le seul pays sympathisant et riche à la fois, la Chine, ne va pas s'engager dans le bordel du Proche-Orient, même si elle est capable de soulager son allié historique, la Perse, pour lui permettre de participer, elle, à la reconstruction contre des conditions améliorées de fourniture d'hydrocarbures. L'argent sonnant et trébuchant est en Occident et dans la péninsule arabique. La Russie n'en a pas, la Turquie ne misera rien sans compensations territoriales renforçant la sécurité de sa frontière arabe et éliminant les factions kurdes. Tous les autres grands pays arabes (Irak, Egypte, Algérie) sont raides !

On y verra plus clair dans leurs intentions en clôture de la réunion de la Ligue arabe convoquée à Dammam (Arabie séoudite) aujourd'hui pour son 29ème Sommet.


Mais à s'occuper des autres, il faut aussi parler de nous. Si la France veut revenir à la table du règlement de la question syrienne comme au temps de Sykes et Picot, il va falloir blinder à la hauteur de nos présomptions de grandeur. Et là, ce n'est pas gagné en l'état de nos finances, sauf à discuter avec les Rothschild ! Finalement, c'est encore une histoire de fric à la fin.


Postscriptum :
*16 avril 2018 : La Russie et la Syrie ont refusé l'accès de la mission OIAC à Douma (Ghouta orientale), zone contaminée par une ou des bombes chimiques, au motif de sécurisation des axes routiers.
*17 avril 2018 : Les traces d'arme chimique disparaissent rapidement et ce mardi 17 avril la mission est toujours bloquée hors-zone (source).
Après le véto russe au Conseil de Sécurité sur l'enquête ONU, il n'est besoin de rien d'autre pour légitimer les représailles occidentales, les compères russe et syrien se comportent exactement comme s'ils étaient à l'origine de la bombe chimique.

samedi 14 avril 2018

Ça phosphore dur au Kremlin !

Destroyer USS Porter en action

Cent missiles ont frappé cette nuit la filière de production de précurseurs* chimiques syriens. L'attaque a duré une heure et n'a (ou n'aurait) pas impacté de populations civiles selon les gouvernements alliés. Cette riposte promise par les Etats-Unis et la France au bombardement de Douma (Ghouta orientale) à la chlorine, a finalement été livrée dans la zone tenue par les forces du président Assad, sans engager les troupes amies provenant du Hezbollah, d'Iran et de Russie. La DCA syrienne aurait abattu un nombre indéterminé de missiles, peut-être aucun.

* En chimie, un précurseur est un composé participant à une réaction qui produit un ou plusieurs autres composés (wiki). Les engrais font de bons précurseurs, comme chez AZF à Toulouse en 2001.

A compter de ce matin, le théâtre de la Réprobation a levé son rideau et ces messieurs représentant la Russie à l'ONU de dénoncer l'insulte faite au Csar, celui qui avait garanti l'exportation après séquestre de toute la production chimique syrienne. Les mêmes ont torpillé auparavant une commission d'enquête de l'ONU sur l'origine des tirs, en même temps que l'OIAC (Organisation pour l'Interdiction des Armes Chimiques de La Haye) partait en Syrie analyser le produit et ses composants pour permettre à l'ONU de remonter aux fabricants primaires. En coupant l'herbe sous les pieds de l'ONU, la Russie pensait protéger qui ?

Cette pitrerie russe a joué en faveur de la riposte puisque les Français par leur propre renseignement et les Américains par d'autres voies avaient déjà établi avec quasi-certitude l'origine, n'attendant qu'un nihil obstat de la communauté internationale. Dans son ensemble, celle-ci approuve explicitement (comme la Turquie) ou consent sans mots dire. L'Allemagne dont l'industrie chimique a pourvu toutes les dictatures arabes des bases élémentaires, apporte son soutien verbal sans participation comme d'habitude, à la demande des concessionnaires Mercedes au Moyen-Orient. Le reste du monde ne compte pas en cette affaire, pas même la Russie qui est maintenant enferrée plus profondément en Syrie que ne l'était l'Union soviétique en Afghanistan.
Pour ce qui concerne les deux autres amis de Bachar el-Assad, on a bien compris qu'ils étaient laissés au traitement exclusif d'Israel qui a obtenu la libre pratique sur toute sa zone d'intérêts. L'Iran et le Hezbollah, malgré leurs rodomontades, commencent à être dissociés de la solution finale qui viendra bien un jour, par les effets d'un combat d'usure mené par Tsahal pour anéantir leur établissement en Syrie. L'Etat juif n'a pas le choix, son éradication étant toujours au programme de la République islamique d'Iran et de sa milice libanaise du Hezb.

La grande affaire ce matin est dans la nature des représailles russes. La paire de claques à Bachar el-Assad est aussi une gifle à Vladimir Poutine, mais l'état-major a déjà précisé que le corps expéditionnaire russe n'avait été ni prévenu, ni visé, ni touché et n'avait donc déclenché aucune contre-mesure à l'attaque aérienne des alliés occidentaux. Ceci tranche avec la rhétorique guerrière de l'ambassadeur russe à Washington et du porte-parole de Lavrov à Moscou. Mais c'est Poutine et nul autre qui doit décider du risque à prendre. On sait qu'il est plutôt prudent quand ça chauffe. A preuve, il va au Conseil de Sécurité**.
Il n'a pas réagi quand les F-16 turcs ont descendu un Soukhoï-24 au-dessus des troupes turques en 2015 ni même quand de faux mercenaires russes (Groupe Wagner) ont été tués par les avions de la Coalition. On notera que depuis le déploiement d'une brigade OTAN équipée de neuf dans les Pays baltes, le bruit a sérieusement diminué parmi les minorités russes qui comptaient sur une opération à l'ukrainienne pour se rétablir dans la situation de pouvoir antérieure à l'effondrement de l'URSS.

** PS : Le Conseil de Sécurité réuni à 11h de New-York aujourd'hui a rejeté la résolution russe condamnant les alliés occidentaux. Seules la Chine et la Bolivie ont suivi.


Sauf guerre atomique, impensable pour les beaux yeux de Bachar el-Assad, la Russie d'aujourd'hui ne peut mettre en ligne dans la durée des forces conventionnelles menaçant sérieusement l'OTAN. Reste donc à trouver à Moscou les bons éléments de langage pour sortir de l'engrenage des déclarations stériles. Ces éléments vont surprendre les idiots utiles français qui se répandent sur les plateaux pour annoncer la fin du monde. C'est plus compliqué qu'ils ne pourront jamais le comprendre.



Frégate française multi-mission Languedoc

lundi 12 février 2018

Une semaine pour (presque) rien !

Les sujets ne manquaient pas cette semaine qui sollicitaient nos avis autorisés (par qui, me dit-on dans l'oreillette) au premier chef desquels l'affaire du turban luciférien de The Voice. L'éditocrate que je déteste le plus et à la raie duquel je pisse avec le plus d'entrain a résumé parfaitement ma pensée en un seul tweet, comme quoi, il ne faut jamais dire fontaine...


La gamine ira loin, même peut-être jusqu'en Syrie quand le vacarme de la guerre aura cessé. Ce qui nous amène aux réactions grotesques du gouvernement Netanyahou sur «l'inadmissible violation» de l'espace aérien d'Israël par un drone des forces iraniennes stationnées en Syrie. De la part d'une équipe habituée à pénétrer les espaces aériens contigus au sien quand bon lui chante, ça ne manque pas de culot. Mais cette fois - comme nous le prédisions dans un billet resté fameux que l'on peut consulter ici - les forces aériennes israéliennes ont tapé dans le mur de la DCA syro-russe. Bilan, un F-16 désintégré et son pilote avec. On ne saura jamais si les autres sont rentrés avec des trous dans la carlingue, mais l'exagération de la réaction gouvernementale laisse croire qu'il y a de l'entretien programmé. A observer la séquence de représailles réciproques depuis trois mois, on note que le cliquet de rehausse est du côté israélien dans l'intention d'intimider le corps expéditionnaire iranien en Syrie. Rallumer le front au Sud-Liban, est-ce l'intention de Netanyahou pour laver la cagade de 2006 contre le Hezbollah ? La Galilée aux abris ? La saisine du Conseil de Sécurité ? La pièce est écrite d'avance.


La petite sœur du Tyran Kim
à l'ouverture des jeux olympiques
L'autre sujet intéressant est le rapprochement des Corées. Même s'il ne s'agit pas d'un renversement d'alliance, on ne peut ignorer la bonne volonté réciproque du retour au dialogue en dépit du bruit de ferraille militaire. Bien sûr, la Corée du nord suit son agenda dans lequel est prévue une pause dialectique pendant les jeux olympiques de Peyongchang, mais parfois les trêves créent des opportunités de détente et tous les protagonistes voisins l'ont bien compris, Russie, Chine, Japon. On ne peut savoir l'opinion des Etats-Unis tant que le président Trump n'a pas donné l'axe d'effort intellectuel de sa diplomatie par tweet ! La Corée du sud est tentée d'acheter la paix à mesure que se précise la menace atomique de sa sœur communiste. Dur, dur pour le Département d'Etat à nouveau pris à contre-pied. Rex Tillerson doit être saturé de jouer au clown blanc sur la piste du cirque Trump !


Plus intéressant est l'abandon définitif du projet d'aéroport en Loire atlantique. Les édiles régionaux avaient fabriqué un concept unique au monde dans lequel l'accroissement des capacités aéroportuaires d'une zone de chalandise apporterait un surcroît de développement économique. Partout ailleurs (où l'on compte les deniers publics) les capacités de trafic d'une zone considérée sont ajustées aux besoins exprimés et aux anticipations sûres, comme à Montréal ou à Hong Kong. L'aéroport de Château-Bougon est bien suffisant pour l'agglomération nantaise qui restera longtemps une région périphérique de l'Union européenne. Le doubler n'aurait rien apporté de plus, sauf des rubans à couper et des neveux à placer. Mais c'est plutôt le "programme écologique" de mise en valeur du bocage libéré qui excite l'imagination. Va-t-on prouver quelque chose à base d'anarchie créatrice ? C'est le défi.

Reste quelques sujets morts que nous allons économiser, comme les autonomies corse et catalane, le délire logique de Tabarnia, l'impossible coordination du G5-Sahel et les anciennes pulsions de monsieur Hulot en vacances.

Quittons-nous sur un coup de chapeau à Perrine Laffont, bosseuse de la belle race pyrénéenne de courage et de volonté, qui, à dix-neuf ans, rentre en Ariège avec la médaille d'or olympique.

Perrine Laffont
championne de ski de bosses





lundi 22 janvier 2018

Un pape qui agace !


Que cherche le pape à nous faire payer ?

Depuis son voyage à Lesbos en 2016 dont il ramena trois familles, musulmanes, j'ai soupçonné sa sainteté de nous en vouloir et de mettre en scène son ressentiment chaque fois que possible. A l'époque il était descendu de l'avion le premier pour que les caméras le filment en train d'accueillir les douzes réfugiés syriens sauvés de notre haine par sa mansuétude ! Aurait-il pu prendre une au moins des familles chrétiennes en attente ? Ah non, ils n'avaient pas les bons papiers. Le Vatican est paraît-il souverain, comme son pontife ! Bidon tout ça.

Depuis, les exhortations vaticanesques à ouvrir grand les portes aux réfugiés de partout, spécifient chaque fois que leur religion musulmane ne peut pas être un obstacle, même s'ils forment 90% de la masse, et en dépit du fait que certains sur les barques poussent les porteurs de croix à la mer pour y faire de la place. Charité universelle, compassion sincère, larmes de sang, amour aveugle du prochain, on connaît la litanie. On connaît aussi le premier effet : les sociétés de charity business s'engouffrent dans le champ compassionnel qui est leur raison de vivre et alimentent directement les canaux d'importation en matières premières... pour se refinancer par leurs appels aux dons ! C'est un vrai métier de nos jours.

Signalons pour être juste que ce pape a plaidé pour le respect des « peuples autochtones, souvent oubliés et dont les droits ont besoin d'être pris en compte et la culture protégée, pour que ne se perde pas une partie de l'identité et de la richesse de [la] nation » mais c'était mardi dernier à Santiago du Chili, et il pensait aux indiens Mapuche (du royaume éphémère d'Araucanie et Patagonie fondé par Antoine de Tounens). Jean Raspail en est bien aise mais revenons à nos moutons noirs.

Il y a deux choses à considérer dans l'accueil de réfugiés extra-européens :

- les besoins de main d'œuvre ;
- les capacités d'intégration (ne parlons pas d'assimilation encore).

Certains pays dont les chaudières sont en surchauffe peuvent avoir besoin de bras. C'est le cas de l'Allemagne qui va digérer la main d'œuvre étrangère employable et expulser l'autre vers les sociétés providentielles qui l'entourent. La France est au contact.
Les pays latins pour leur part ont des économies atones, grevées d'un chômage alarmant, dû aussi à la sous-qualification du stock employable. Est-il intelligent d'y rajouter des gens sans formation aucune sauf à leur réserver, quand on en trouve, des emplois méprisables de soutiers qui génèrent ensuite des revendications (parfois justes) ?

Le pape accueille les réfugiés de Lesbos à Rome

Quant aux pratiques religieuses, elles font partie du défi, n'en déplaise à sa sainteté ! L'islam est une religion civique au sens où elle ne s'exprime pleinement que dans la totalité de l'espace cerné et ne peut être confinée au secret des âmes. Historiquement il transporte un kyste de terreur qui fait partie du corps islamique. Même très minoritaire, il est excessivement actif et menace d'abord le porteur s'il décide de l'éradiquer. Les djihadistes tuent en quantité des mahométans jugés déviants, schismatiques ou apostats ! C'est le ressort de leur guerre fratricide commencée au VIIè siècle.

L'intégration sociale et économique des réfugiés (politiques, économiques ou climatiques qu'importe) trouve donc ses limites dans le cas de populations musulmanes. Qu'est-il prévu spécifiquement ? Rien du tout, de peur de les stigmatiser ! Pour le moment certains pays comme le Royaume-Uni ou la Suède font les frais des béatitudes papales et réformées, et les médiats répercutent les désordres pour l'édification des foules. C'est très bien, on ne parle pas dans le vide, on ne fait pas de thèse sociologique, on lit le journal et les témoignages horripilants y abondent pour se sensibiliser à l'islam d'importation. Puis on fera un jour voter sur la question migratoire, c'est tout ce qu'il faut souhaiter, à condition que les pouvoirs publics se conforment au résultat, ce dont il est permis de douter sous une dictature des mœurs.

Au final, si l'affaire est compliquée, on doit se méfier des mesures de principe et traiter le problème de préférence par le bon sens que par incantations, et si possible, analyser des situations individuelles plutôt que des normes froides d'acceptation/rejet. Quels sont nos déficits en main d'œuvre ? Quelles sont nos capacités d'asile pour des gens en danger ? Des gens expriment-ils des besoins spécifiques ? Il doit y être répondu dans le cadre spécifique au pays d'accueil qui prime l'autre. Il n'y a pas débat parce que (1) nos pays sont défiés chaque jour pour se transformer, et mollir c'est mourir , (2) parce que la sélection n'est pas toujours négative ; en matière de santé, de logement ou d'apprentissages, par exemple.

Tout ceci pour dire que le pape ne nous aide pas beaucoup - c'est un euphémisme - et que si son audience est plus que restreinte en Europe, elle pourrait un jour ne pas sauter les hauts murs du Vatican, à moins qu'il ne transporte le Saint Siège en Amérique latine, ce qui nous ferait des vacances. En attendant, qu'il s'occupe de gérer la firme catholique et laisse les gouvernements et les citoyens européens à leurs interrogations. Les réponses vont venir, inutile au pontifex de s'immiscer, sauf à courir le risque d'une fracture.


SS Benoît XVI l'intelligence sans la force 

Vu les effectifs réduits du catholicisme européen, il est impossible, comme le disent certains pour de rire, d'ouvrir un second schisme d'Occident et de revenir en Avignon ! Quoiqu'on n'en soit pas si loin dans le groupe de Visegrád particulièrement fatigué des remontrances du successeur de saint Jean-Paul II.
Concile de Visegrád, ça sonne bien.

lundi 4 décembre 2017

Derniers jours tranquilles à Jérusalem

Une chose énorme est advenue samedi dernier, que la presse d'alarme a loupé, occupée qu'elle est à courir les petites phrases, insultes et grivoiseries du microcosme : Jean-Luc Mélenchon aurait envoyé Nathalie Saint-Cricq se faire foutre après l'enregistrement de L'Emission politique de Léa Salamé, ce qui déjà est un défi !

Oui, énorme :

Pour mettre les points sur les "i" quant à l'installation d'une base iranienne près de Damas et à 50km de ses lignes, Tsahal a envoyé trois missiles détruire trois bâtiments. Les forces syriennes en ont détruit deux, un seul a tapé. Certaines sources parlent de quatre missiles, mais l'un deux n'aurait été que dévié par une détonation à proximité. Jusqu'ici le Dôme de Fer était israélien, jusqu'ici !


Les boucliers anti-missiles développés par les Américains (Patriot), les Européens (Aster) et les Russes (S-300 S-400 et S-500) - les Indiens et les Chinois en développent aussi sous licence russe - doivent être étanches dans un conflit nucléaire puisqu'un seul raté cause des dommages irréparables. Mais dans un conflit conventionnel, sous une cloche de sûreté comme exposé en 2010 sur Royal-Artillerie (clic), le pays en défense peut encaisser un trou dans le bouclier. C'est ce qu'il vient de se passer à 13km au sud-ouest de Damas avec un système russe S-300. Un dépôt de munitions a sauté et la déflagration a été entendue dans la capitale, mais c'est tout. Enfin, douze morts à al-Kiswah (supposés iraniens) selon une agence arabe digne de foi. En septembre déjà, l'aviation israélienne avait détruit un dépôt d'armes du Hezbollah à côté de l'aéroport international de Damas. Apparemment cela a servi de leçon, aux Syriens.

Dans la conduite de la guerre intérieure, l'armée syrienne a peu d'entraînement dans sa défense aérienne puisque aucun de ses ennemis ne disposent d'aéronefs, et même avec un monitoring russe l'état de préparation doit s'améliorer. Mais un score de 2/3 ou 3/4 est un bon début pour les opérateurs syriens. Israël vient de perdre une supériorité tactique aérienne sur son plus proche ennemi. La prochaine étape est la musculation de la DCA automatique syrienne faisant du pays une véritable no-fly zone. Pour peu que les Russes laissent derrière eux leurs avions performants SU-35 en Syrie, Israël verra se dresser un véritable mur aérien sur sa frontière du nord-est.

Pause-clope sur un lanceur S-300 russe

Ce n'est pas fini, désolé ! Au moment où le Hezbollah rentre à la maison et déstabilise à nouveau le Liban, le président Trump semble avoir décidé de transférer l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem-ouest. Ce qui induit la reconnaissance officielle de Jérusalem comme capitale définitive de l'Etat hébreu. Lequel met toujours en avant l'indivisibilité de sa capitale, une façon explicite de nier les limites de Jérusalem-est (pseudo capitale d'un futur et improbable Etat palestinien). Peu de temps avant sa mort, alors qu'on le pressait de négocier, Yasser Arafat avait dit qu'il n'était "pas encore né celui qui donnerait Jérusalem" en échange de quoique que ce soit.

La ville est sainte pour l'Islam et indisponible dans aucune négociation. Comme elle l'est tout autant pour les Juifs, on ne voit pas la motivation de Donald Trump à décider d'allumer cet incendie après sa tournée triomphale de vieux nouveau riche chez les Séouds, à moins que le Département d'Etat de Rex Tillerson n'ait sorti les algorithmes gagnants. Jusqu'à plus ample informé c'est un terrible shitstorm que de tenir cette promesse électorale. Le pas de clerc va rallumer le terrorisme palestinien comme semble-t-il le Hamas s'y prépare s'il perd ses positions à Gaza. La diplomatie américaine va-t-elle coaguler les sections de guerre asymétrique de l'Etat islamique, d'Al-Qaïda et les groupuscules de terreur palestiniens* ?

*Brigades al-Qods, Brigades Ezzedine al-Qassam du Djihad islamique palestinien, sans parler des Brigades des Martyrs d’al-Aqsa qui pourraient se reconstituer si Abou Mazen jette l'éponge.

C'est vrai qu'avec la paix possible en Syrie, on risquerait de s'emmerder !



Postscriptum :
Sur le bouclier antimissile israélien, on fera son profit du dernier article du Times Of Israel qui revient sur l'annulation du test Arrow 3 prévu aujourd'hui lundi en cliquant ici. La proximité des systèmes S-400 russes de Tartous y est-elle pour quelque chose ? Les essais de qualification effectués en 2013 au-dessus de la Méditerranée orientale avaient passablement énervé les Russes qui avaient mimé une interception par une batterie de S-300.

lundi 6 novembre 2017

Le dilemme des Chrétiens d'Orient


- Dinanderie d'argent du VIIè siècle avec saint Julien d'Emèse à cheval -

Une exposition sur les chrétiens d'Orient est proposée à l'Institut du monde arabe de Paris jusqu'au 14 janvier 2018. Allez-y, c'est bien. Lire la présentation de l'expo par l'IMA en cliquant sur l'assiette est très instructif. Plus vieilles communautés orientales du Moyen Orient avec les communautés hébraïques et zoroastriennes, les chrétiens reçoivent l'assaut des musulmans sunnites travaillés au corps par la propagande wahhabite de l'Université et des imams. S'y joignent les barbares du califat pulvérisé et par endroit les Turcs.

Le mouvement laïque baassiste de Michel Aflak (1910-1989) qui s'étendit sur toute la Mésopotamie et influença l'Egypte nassérienne fut le seul à garantir par défaut leur place aux chrétiens d'Orient à travers, malheureusement, deux dictatures féroces que sont et furent celle des familles Assad en Syrie et Hussein en Irak.

L'amalgame est vite fait entre la manifestation de la foi et les positions de pouvoir prises par certains chrétiens dans les gouvernements ou les armées. Si l'Irak chiite a purgé complètement sunnites et chrétiens de son administration - on a vu en 2014 décamper de Mossoul son armée de "militaires" chiites payés au mois, laissant derrière elle ses arsenaux pleins -, la Syrie d'Assad a enrôlé beaucoup de chrétiens pour pallier la désertion de cadres démocrates ou carriéristes, attendant à Paris un morceau de la proie.

Le pouvoir irakien a poussé à l'exode pour redistribuer les accaparements obtenus à ses propres clients. Le pouvoir syrien, bien que dérivant de la même branche islamique (chiite-alaouite) a maintenu la laïcité de sa constitution puisque minoritaire en démographie. Même si les chrétiens furent brimés sous Hafez el-Assad pour faire sa place à la communauté alaouite, le régime de son fils ne peut se couper des dix pour cent chrétiens de la population totale, qui lui sont favorables implicitement, même s'il est régulièrement interpellé sur des réformes à faire par certains penseurs chrétiens. Le cas des églises de diverses obédiences est à part. Elles sont maintenues dans l'expression visible de leur foi comme preuve rusée d'une fonction Père de la Nation que Bachar el-Assad aime cultiver. Quoiqu'il en soit, il ne sont pas pourchassés et voit l'Alaouite comme un rempart.

On relèvera le paradoxe entre la zone d'influence russe et la zone d'influence américaine. En Syrie, s'exerce une réelle pacification multiculturelle, en Irak, le pouvoir a beaucoup de mal à cacher son parti-pris contre tout ce qui n'est pas chiite, jusqu'à lâcher les hyènes des milices Sadr sur les villes reconquises pour étancher leur soif de sang sunnite.

L'actualité oblige à dire un mot du Liban, même s'il ne participe pas à la querelle présente. Relevons juste que le premier ministre sunnite Hariri, bloqué au royaume des Séouds, aurait échappé aux sicaires du Hezbollah allié du président maronite Aoun qui s'est rangé derrière les flagellants chiites ! Le chef des Druzes Joumblat aurait préféré qu'il combatte l'accaparement du Sud-Liban par la République islamique d'Iran. Au péril de sa vie ? (Clic : actu sur l'Orient-Le Jour de dimanche 5.11.17) Le Liban est un monde à soi-seul, un chaudron où bouillonnent tous les problèmes du Proche-Orient. Qu'il soit aussi un Etat chrétien ET musulman est exemplaire si, il fonctionne, ce que certains détestent. Aussi est-il déstabilisé en permanence. Les Libanais de tous bords ont pris le parti de vivre de crise en crise. En voilà une encore avec la démission surprise de Saad Hariri, qui tiendra bien jusqu'à l'Epiphanie !

L'avenir des chrétiens d'Orient n'est pas écrit. Peut-être que la lassitude populaire devant les massacres gratuits et les destructions immenses changera les mentalités musulmanes et laissera sa place à chacun. Comme on dit, la "Rue arabe" peut aussi en avoir marre des imams et autres feignants encore en chemise de nuit à midi passé, qui ne cessent de prêcher la haine d'autrui.
Pour le moment, on ne peut compter que sur Vladimir Poutine pour éviter une reprise de l'urticaire islamiste envers les communautés orthodoxes, mais jusqu'à quand ? Ses moyens d'intervention sont limités et dispendieux. Les autres communautés chrétiennes dépendant de Rome sont moins assurées de leur survie avec un pontife particulièrement indulgent sur la mise en mouvement des masses islamiques en quête de prestations sociales meilleures qu'au pays. En attendant le beau temps, on ne perd pas son temps en soutenant l'association SOS Chrétiens d'Orient qui en plus est classée à droite toute par la presse conforme !


Autres billets de Royal-Artillerie sur la question :
- Chrétiens perdus par l'Empire (2007)
- Syrie, une laïcité sans avenir (2013)
- ND du Liban (2016)

Autres structures d'aide aux chrétiens :
- Œuvre d'Orient (Eglise catholique)
- Portes Ouvertes (Eglise réformée)


mercredi 7 juin 2017

Six jours et cinquante ans

Les Israéliens ont commémoré le cinquantième anniversaire de la Guerre des Six-Jours (1967) qui vit leur armée vaincre la coalition de toutes les armées arabes voisines. Le 23 mai 1967, l'Egypte ferme le détroit de Tiran qui donne accès au port d'Eilat depuis la Mer rouge. Les signes avant-coureur d'une coalition de puissance de l'Egypte, Jordanie et Syrie incite Israël à frapper l'Egypte au Sinaï, puis la Jordanie en Cisjordanie et la Syrie sur le plateau du Golan. En six jours la guerre est perdue par les Arabes et Israël conquiert les théâtres d'opérations. Le Sinaï sera échangé contre la paix plus tard, et la bande de Gaza évacuée par les colons juifs qui s'y étaient installés après la guerre. La Cisjordanie sera pour sa part abandonnée au vainqueur par le roi de Jordanie et le plateau du Golan syrien annexé.



Cinquante ans plus tard, les Arabes, travaillés par l'irrédentisme islamiste, sont affaiblis comme jamais, l'Egypte ne contrôle plus le nord-Sinaï, la Jordanie est étouffée par le poids des réfugiés syriens et irakiens, la Syrie comme force militaire a disparu des écrans, laissant la guerre aux infanteries iranienne (Pasdaran), libanaises (Hezbollah) et à l'aviation russe. Mais Israël a-t-il gagné pour autant la partie ?

La frontière égyptienne est instable, la Cisjordanie est en insurrection larvée, seul le Golan est tenu d'une main de fer. C'est un piètre résultat ! D'autant que la résolution onusienne 242* reste la pierre d'angle de toute la géopolitique régionale. Peut-on dire qu'Israël n'a jamais fini sa guerre des Six-Jours ? Coloniser la Cisjordanie, Judée et Samarie des Ecritures, était compréhensible pour atteindre la frontière naturelle du Jourdain et surtout les captages d'eau de la montagne. Y conserver les populations palestiniennes participait sans doute d'une juste retenue humanitaire mais a abouti à paupériser et à humilier ce peuple au-delà du supportable. Insérer des colonies juives souvent fondamentalistes entre les zones d'habitation et d'agriculture palestiniennes revient à attiser l'espoir d'une revanche de génération en génération. Bien sûr, les commandants d'Israël ne pouvaient pas déporter en masse les vaincus (d'autant que les Palestiniens n'étaient pas une entité belligérante), à tout le moins auraient-il dû mettre en chantier dès le lendemain du cessez-le-feu les termes d'une cohabitation loyale et fructifère dans la zone utile, la Cisjordanie, s'ils avaient jugé que stratégiquement Israël ne s'en retirerait jamais. A l'évidence, c'est impossible mais la cohabitation est refusée. La situation de la Cisjordanie est entre le bantoustan, la Mitidja ou à Jérusalem, le ghetto de Varsovie. Au choix !


Mirages III de Tsahal


Sans employer les grands mots on peut juger que l'Etat hébreu ne sait pas terminer ses guerres, qu'il ne semble pas capable d'abandonner la chimère biblique d'Eretz Izraël à l'accomplissement de laquelle un esprit boutiquier du Sentier ne va pas suffire. Il y a défaut de niveau et une bombe atomique de précaution, autant dire rien de sûr pour l'avenir quoiqu'en pense le président foutraque des Etats-Unis qui dit vouloir forcer la paix. N'entrons pas dans les prémices des négociations israélo-palestiniennes sous la férule américaine, c'est comme vouloir émulsionner l'huile et l'eau, la vinaigrette n'est liée qu'un moment.

La seule lueur pourrait venir d'une association de la communauté juive mondiale avec quelque équivalent fondé par le monde arabe dans le but de créer un futur concret au Proche Orient, concret voulant dire bâtir ensemble des infrastructures lourdes, développer l'énergie renouvelable, l'agriculture durable, les sciences appliquées, travail en commun pour sortir du tête-à-tête haineux actuel. On peut rêver.


(*) Résolution 242 du Conseil de Sécurité des Nations Unies:

Le Conseil de sécurité,
Exprimant l'inquiétude que continue de lui causer la grave situation au Proche-Orient,
Soulignant l'inadmissibilité de l'acquisition de territoires par la guerre et la nécessité d'œuvrer pour une paix juste et durable permettant à chaque État de la région de vivre en sécurité,
Soulignant en outre que tous les États Membres, en acceptant la Charte des Nations unies, ont contracté l'engagement d'agir conformément à l'Article 2 de la Charte,

1. Affirme que l'accomplissement des principes de la Charte exige l'instauration d'une paix juste et durable au Proche-Orient qui devrait comprendre l'application des deux principes suivants :

a. Retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés au cours du récent conflit ;
b. Fin de toute revendication ou de tout état de belligérance, respect et reconnaissance de la souveraineté, de l'intégrité territoriale et de l'indépendance politique de chaque État de la région et de son droit de vivre en paix à l'intérieur de frontières sûres et reconnues, à l'abri de menaces ou d'actes de violence ;

2. Affirme d'autre part la nécessité

a. De garantir la liberté de navigation sur les voies d'eau internationales de la région ;
b. De réaliser un juste règlement du problème des réfugiés ;
c. De garantir l'inviolabilité territoriale et l'indépendance politique de chaque État de la région, par des mesures comprenant la création de zones démilitarisées ;

3. Prie le Secrétaire général de désigner un représentant spécial pour se rendre au Proche-Orient afin d'y établir et d'y maintenir des rapports avec les États concernés en vue de favoriser un accord et de seconder les efforts tendant à aboutir à un règlement pacifique et accepté, conformément aux dispositions et aux principes de la présente résolution ;

4. Prie le Secrétaire général de présenter aussitôt que possible au Conseil de sécurité un rapport d'activité sur les efforts du représentant spécial. »


mardi 15 mars 2016

La diagonale du fou


SU-35

Quelle mouche a piqué le Csar de toutes les Russies avant la chute de Palmyre ? Vladimir Poutine plie les gaules et rentre à la maison. Pour quelles raisons ? Toutes les hypothèses sont sur la table des exégètes payés au mois, mais il en est une que je privilégie : la déception russe devant le peu de combativité de l'infanterie syrienne. Elle n'avance qu'après la vitrification de l'espace par les appui-feu russes. Quasiment réduite à sa composante alaouite, parfois enrôlée de force, elle ne se bat pas, elle occupe le vide créé. On va toucher du doigt la vérité de cette déception demain dans les combats de Palmyre, d'où l'armée syrienne s'était enfuie sans combattre à la simple annonce d'une avancée de l'OEI. Reprendra-t-elle la ville sacrée et s'y maintiendra-t-elle, seule ?

La deuxième raison qui peut avoir irrité Vladimir Poutine est un certain renouveau de l'arrogance de Bachar el-Assad et sa clique, fiers de la progression de leurs armées sur le terrain alors que tout le crédit est à porter aux opérations russes. Les voilà qui déjà nous signalent que le président alaouite sera imbattable en cas d'élection, alors que tous les acteurs de terrain, à la notable exclusion de l'Iran, le souhaiteraient déjà mort pour pouvoir écrire la suite !

La troisième raison est stratégique. la Russie n'a aucun intérêt à se brouiller avec la Turquie même si l'entêtement du Sultan Erdogan est difficile à gérer. La Russie est en délicatesse avec l'Union européenne sur la question ukrainienne, elle doit faire face à l'hostilité ouverte des Pays baltes et de la Pologne qui a conduit les Etats-Unis à renforcer sensiblement le front oriental de l'Alliance atlantique, ses alliés naturels de la CEI ne lui sont d'aucun secours ! Aussi pourquoi se mettre en plus la Turquie à dos ?

S'il fallait rajouter une autre raison, je pencherais pour un souci de détente avec l'Administration Obama qui est la seule clef pour faire baisser les sanctions européennes, les plus génantes. L'économie russe est très mal en point et aucune guerre n'a jamais guéri durablement un pays arrêté sur place, de son propre fait !

L'attitude de la Russie aux négociations syriennes de Genève qui s'ouvrent aujourd'hui, sera très éclairante, n'en doutons pas.

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vendredi 1 février 2013

Syrie, une laïcité sans avenir

Michel Aflak
Quatre-vingt jeunes hommes ont été retirés du Koueik à Alep ; ils sont présumés sunnites ; leurs assassins ne se sont pas déclarés mais la religion des victimes désigne plutôt la mafia alaouite des Chabbiha - on ne prête qu'aux riches. La religion l'emporte désormais sur la citoyenneté. La quête d'une laïcité des moeurs étatiques au Proche Orient fut toujours vaine. Que ses courageux promoteurs aient été chrétiens ou musulmans, à la fin, la religion a toujours resurgi. Saddam Hussein mourut confit en dévotions. Le cas-type fut le grec-orthodoxe Michel Aflak (Damas 1910 - Paris 1989), fondateur du Baas pour une laïcité triomphant de Damas à Bagdad, mais qui à la fin de sa vie s'en remit complètement à l'islam qu'il voyait comme la mère nourricière de la contrée ; il mourut converti et quelque part apostat ! Celui qui persista jusqu'au bout fut Antoun Saadé, né à Dour Choueir du Mont-Liban en 1904, fusillé à Beyrouth en 1949. Saadé était lui-aussi grec-orthodoxe et élève des Frères des Ecoles chrétiennes du Caire, avant de pousser ses études à l'Université américaine de Beyrouth. Il termina sa vie devant un peloton d'exécution le 8 juillet 1949 au Liban pour complot visant à la subversion de l'Etat, la mayonnaise nationaliste ayant pris. Son parti social-nationaliste existe toujours. Voir sa bio officielle mise en ligne par le PSNS. C'était un idéologue promouvant la laïcisation de l'Etat comme il en surgit beaucoup au Proche-Orient dans les temps du démembrement de l'Empire ottoman. Le kémalisme turc affranchi du califat y contribua beaucoup par l'exemple : Kémal Atatürk remonta carrément à l'âge de la Steppe pour arracher son peuple à l'assimilation mésopotamienne et à l'Islam, rétrograde à ses yeux, et pour le tenir aussi à égale distance du communisme et du fascisme à la mode. Il semblerait aujourd'hui que la Turquie arrive à la fin du cycle kémaliste pour retourner à ses "obscurités".

Antoine Saadé
Dans sa quête d'une république laïque débarrassée des influences confessionnelles, formidable gageure, Saadé voulait dépasser le nationalisme panarabe. Il lui reprochait d'écraser les nations individuelles pour refaire un empire musulman capable de libérer la région des soins attentifs de l'Occident. Pour lui, le "monde arabe" ne se définissait que par l'usage de la langue arabe et rien de politique. Le grand projet fédérateur était pour lui un gros ventre mou ; son avatar, la Ligue Arabe, lui a donné raison. La Syrie, dont le Liban était la Bretagne, formait une nation à part entière qui n'avait aucun besoin de se fédérer à d'autres pays ; concept qui sera pris à contrepied par le Baas, laïque également mais fédéraliste. Au delà du concept, l'exaltation de la nation syrienne visait d'abord à chasser la puissance mandataire, la France, qui pourtant lui avait donné l'espace suffisant au moment des accords Sykes-Picot dans cette déclaration d'Aristide Briand : «Que la Syrie ne soit pas un pays étriqué… Il lui faut une large frontière, faisant d’elle une dépendance pouvant se suffire à elle-même» (note du ministre au Consul général Georges-Picot du 2 novembre 1915). Ainsi grâce à la France, Saadé promut-il avec succès la nation concrète, ancrée, territorialisée, capable de surmonter les moeurs religieuses dans l'organisation de l'Etat et de la Justice...

« La nation syrienne est le produit d'une unification ethnique du peuple de Syrie qui s'est constituée tout au long de l'histoire. Ce principe définit les constituants de la nation mentionnés dans des articles antérieurs. Il révèle l'actualité concrète de la nation qui est le résultat ultime de la longue histoire de tous les peuples qui se sont établis en Syrie, y ont habité, y ont vécu ensemble et ont finit par fusionner en un seul peuple. Ce processus commença avec les peuples du néolithique qui précédèrent les Cananéens, les Chaldéens, les Assyriens, les Araméens, les Amorrites et les Hittites. C'est pourquoi le principe d'un sentiment national syrien n'est fondé ni sur la race ni sur le sang mais plutôt sur une unité sociale naturelle dérivée d'une homogénéisation des mélanges. Par ce principe, les intérêts, les buts et les idéaux de la nation syrienne sont unifiés et la cause nationale est préservée de la disharmonie, de la désintégration, des conflits qui résultent de loyautés primitives par les liens du sang » (Antoun Saadé, fondateur du Parti socialiste nationaliste syrien, 1947).


Dans cette veine, on trouve d'autres chrétiens comme Georges Habache (Lydda/Lod 1926 - Amman 2008), médecin chrétien palestinien, chef du FPLP très influencé par Nasser ; Wadie Haddad (Safed 1927 - Berlin-Est 1976), un dentiste palestinien, versé dans le terrorisme spectaculaire, ami de Carlos ; mais aussi des Sunnites comme Salahedine Bitar (Damas 1912 - Paris 1980) ou Akram Hourani (Hama 1912 - Amman 1996), fondateur du Parti socialiste arabe. Les convictions "innées" l'ont souvent cédé aux convictions acquises.
La Syrie est encore aujourd'hui réputée laïque, sans doute le seul Etat arabe dans son cas. La guerre civile syrienne n'est pas totalement confessionnelle du moment que les communautés sont fracturées entre les trois ou quatre camps qui se disputent le pays. Mais certains acteurs extérieurs y poussent comme les Emirats et l'Arabie saoudite pour clarifier les canaux de financement. Une vraie guerre de religion est tellement plus simple.

Cette guerre semi-confessionnelle met en porte-à-faux la plupart des hiérarques religieux qui doivent veiller sur des ouailles divisées. C'est pour cela qu'on peut entendre tout et son contraire à ce niveau. Le vice-président syrien, Farouk al-Chareh, 73 ans, est sunnite comme la grande majorité des insurgés, mais il fait un pronostic de long conflit de par la résistance prouvée du régime alaouite qui a appelé en soutien toutes compétences disponibles sans se focaliser sur la religion. Car les buts de guerre ne sont apparemment pas religieux : est-on si sûr que l'Occident et ses alliés du Golfe soient si pressés d'en finir en Syrie ? L'écroulement de ce pays annule un ennemi dangereux à la frontière nord-est d'Israël pour les uns, un allié dangereux de l'Iran pour les autres. Le seul parti homogène serait le parti druze derrière Walid Joumblatt qui navigue au plus près du vent et donne des consignes claires sans avoir peur de les modifier selon les circonstances, ce qui s'appelle gou-ver-ner. Quoiqu'il en soit et pour longtemps, chacun se définit par rapport à sa religion. La politique maçonnique du Quai d'Orsay dans le droit fil de la IIIè République a fait pschitt !


Les Druzes toujours dans le camp du vainqueur



dimanche 27 janvier 2013

Ne pas faire une croix sur les Chrétiens d'orient

Il faudrait parler des Touaregs. L'affaire du Mali est entièrement saharienne au sens où on l'y circonscrit totalement. Les "Huns" seront exterminés sur place par les uns et les autres ; c'est ouvertement dit¹. La conférence des bailleurs de fonds qui va s'ouvrir pour 500 millions de dollars le 29 janvier à Addis Abeba va régler la question d'intendance des troupes africaines engagées, pourquoi dès lors faudrait-il en parler aussi à Davos ?

une messe à Damas
De fait, c'est de la Syrie dont il est question. La station alpine s'est trouvée avant-hier à la convergence de toutes les hypocrisies sur cette guerre sans fin qui va achever sa deuxième année le 15 mars. Les "riverains" du chaos alaouite, Turquie, Jordanie, Liban, envahis de réfugiés en plein hiver, hurlent au charron devant la passivité tranquille de la "communauté internationale" qui attend que la poussière retombe. Que fait l'Occident ? Et l'Occident de répondre mezzo-voce qu'il ne va pas entrer en guerre avec l'Orient² pour une guerre civile arabe. En plein Croissant Vert, démerdéren Sie sich entre sectateurs du Prophète et laissez passer la caravane des Majors. Coule l'huile, coule le naphte. Que le roi Abdallah II soit aux cent coups parce qu'il a 300.000 campeurs sans chauffage en rase campagne, que Erdogan montre les 500 millions de dollars perdus à nourrir et abriter les réfugiés syriens passés au nord, ne nous émouvrait pas plus que ça si nous n'avions pas nos vieilles communautés chrétiennes dans la gueule du léviathan islamique.

Tarek Aziz condamné à mort
Abonnées à la dhimmitude depuis le reflux des empires européens, nos communautés se sont toutes accommodées des pires régimes tyranniques, prêtant la main parfois pour simplement survivre et revenir en deuxième semaine ! Les dictateurs les choient car elles sont des pièces utiles sur l'échiquier de politique intérieure, moins en elles-mêmes par leur nombre que par les réactions que provoquent les faveurs du pouvoir à leur endroit dans les communautés musulmanes réprimées : instrumentalisation du pronostic de guerre civile. Elles offrent aussi de rares compétences dans de nombreux domaines et sont une passerelle naturelle vers l'Europe occidentale, la France en particulier dont le prestige était encore grand il y a peu.
En Syrie même, le Parti Social-Nationaliste fut fondé par le grec orthodoxe Antoun Saadé en 1932. Dans le cas de l'Irak et de la Syrie baassistes, elles ont participé plus directement au projet de laïcisation des institutions affiché par les fondateurs du Parti Baas, dont le plus éminent, Michel Aflak (1910-1989), était un damascène grec orthodoxe. Dans ce courant et à titre d'illustration, on trouve le chaldéen Tarek Aziz, ministre des Affaires étrangères de Saddam Hussein de 1983 à 1991 et le ministre de la Défense de Bachar el-Assad, l'orthodoxe Daoud Rahja, tué par une bombe le 18 juillet dernier. Un extrait de ses obsèques en pied de page.

Daoud Rahja explosé à Damas
Nous sommes légitimement inquiets car, malgré une sage retenue, les communautés chrétiennes seront visées par les partis islamistes dont les milices combattent le régime, pour en avoir trop fait ou pas assez. Elles n'auront jamais raison. On subodore de graves exactions déjà sur les Chrétiens, de la part de milices salafistes (ou wahhabites) armées par les émirs sunnites, et rien n'interdit de pronostiquer l'épuration ethnique de la mosaïque syrienne comme ce fut le cas en Yougoslavie. Aussi quand la logique de paix ne répond pas à la convocation il ne reste que la force.
Quelle puissance activera une menace suffisamment convaincante pour protéger les communautés chrétiennes de la nouvelle Syrie ? A voir ce qui s'est passé en Irak, ce qui se passe en Egypte, voire même en Turquie où elles sont couramment inquiétées à tous motifs, il n'y a que la Russie à faire le poids. La France, certes étant dans le jeu depuis longtemps - depuis Baudouin IV de Jérusalem en fait - il lui revient d'approcher l'escadre des Echelles et d'en charger les canons. Mais en rêve même pas ! Et ce ne sont pas les mémorandums, pétitions, suppliques déposés ci et là qui vont faire le travail. Dans une guerre civile arabe, seuls la force joue, des palabres ils s'en chargent eux-mêmes.

A ce stade, il ne faut rien attendre des francs-maçons français qui trustent les allées du pouvoir parisien pour y dicter l'esprit de bonne gouvernance à leur façon, aussi serait-il approprié de la part des chefs des églises locales d'en appeler ouvertement et officiellement au Kremlin et au Patriarcat de Moscou, seules garanties qui puissent être actionnées. Que le Vatican perde pied en Syrie est moins important que d'assurer la survie de ces communautés d'Asie mineure qui vivent leur foi au coeur du Nouveau testament depuis si longtemps. A défaut, elles seront éradiquées comme en Irak et nous rangerons leur souvenir sur l'étagère de nos défaites déjà chargée.

[À suivre, une approche de la problématique chrétienne au Proche et Moyen Orient]


(1) «Nous sommes en guerre et on va casser le plus possible de ces connards"» (à l'Hôtel de Brienne, jeudi 24)
(2) la Chine et la Russie bloquent toujours l'aggravation de la réplique internationale




mardi 8 janvier 2013

Le Raïs sourd

Le président syrien qui a fait dimanche dernier un discours vengeur contre l'invasion étrangère tourne dans un film. Son film ! A six reprises, depuis les émeutes de Deera en septembre 2011, Bachar el-Assad a promis des réformes, de la démocratie, de la liberté, sans bouger d'un pouce ! Certains de ses anciens amis soutiennent qu'il aurait réformé dès les premiers morts que la Révolution syrienne aurait été lancée "derrière lui", meilleur leader possible car le seul acceptable bon gré mal gré par les six communautés¹. Il est vrai que ce "concept" de modernisation douce fut déployé lors de l'avènement du fils cadet d'Hafez el-Assad en l'an 2000 et que lui-même y a sincèrement cru, avant d'être convaincu de n'en rien faire par son entourage, mouillé jusqu'au coup dans les répressions, la basse police, la justice sommaire et les grosses affaires. Evoluer reste impossible, car nul ne sait réformer un système familial de prédation institutionnalisée.

La Tribune de Genève avait fait une description fidèle du Système Assad, qui confirmait l'an dernier l'exsanguination de l'économie syrienne : La politique du clan Assad qui a garanti sa longévité est celle-là même qui aujourd’hui le menace. Les monopoles d’Etat, la captation des ressources par les barons de l’Etat ont ruiné l’économie syrienne. Les infrastructures sont totalement déficientes. Le manque d’eau remet en cause l’autosuffisance alimentaire du pays, et même les ressources en hydrocarbures couvrent à peine les besoins domestiques. Paradoxe suprême, les campagnes, autrefois portées par le régime dès son arrivée au pouvoir, sont aujourd’hui totalement délaissées, favorisant pauvreté et rébellion (on lira cet article avec profit).

Toutes ces dictatures autistes finissent dans la Misère. Le clan Assad, captivé à cent pour cent par son maintien aux manettes les plus juteuses de l'Etat en usant des pires moyens pour en éloigner ses concurrents, a laissé passer loin du pays le vent du progrès et se retrouve pendu aux fils de ses soutiens extérieurs alors qu'il vantait une indépendance arrogante, capable affirmait-il de faire peur à Israël.
Le discours de dimanche à la Maison de la Culture et des Arts de Damas est celui d'un fou, déconnecté complètement des réalités de son propre peuple, lancé sur un projet de pacification musclée qui n'a aucune chance d'aboutir puisqu'il est en grand péril de complète subversion. Accordons-lui - comme une dernière cigarette - que la rébellion est armée de l'étranger et que le chaos est d'avenir, aussi sûrement que Noël est en décembre ; sachant aussi qu'il ne se voit pas impliqué du tout dans cet état de fait !
Bachar en son palais c'est Hitler dans son bunker, Pétain à Sigmaringen, Kim Jong-il dans sa baignoire blindée, un commandement sans épiscopes d'observation. A dessein je n'ai listé que des morts. Quand à parler d'Asma el-Assad comme la Marie-Antoinette du Proche Orient, c'est offrir rétrospectivement toute la pugnacité nécessaire au malheureux Louis XVI qui n'en sut pas l'usage.

Une diplomatie ruinée
L'autisme, s'il n'est pathologique, rend bête. Vivre entre soi, entre quatre murs, à se polir les certitudes, ne développe pas l'esprit critique. La situation diplomatique ne pouvait être meilleure pour la Syrie qu'elle ne l'était il y deux ans. La Turquie islamique cessait la collaboration militaire avec Israël et haussait le ton sur l'affaire de Gaza, elle prenait ses distances avec les Etats-Unis sans rompre l'Alliance, mais en fait n'obéissait plus, elle entendait le point de vue iranien et s'alignait sur la position russe de solution à l'orientale. Les trois parties concernées négociaient les captages des fleuves mésopotamiens. Le Président du Conseil libanais Mikati était un "ami personnel". Tout était favorable à Damas, en plein coeur du jeu diplomatique, surtout depuis qu'Israël, satisfait de la poigne alaouite sur les camps palestiniens, laissait comprendre qu'on finirait bien par s'entendre sur le Golan en usant de formules inédites².
Au lieu de quoi, Israël est en train de fortifier sa frontière en prévisions de grands désordres dans le sud-ouest de la Syrie, la Syrie utile ; la Turquie est devenu l'ennemi numéro un et fait déployer des batteries Patriot par l'OTAN avec laquelle elle s'est rabibochée ; l'Iran voit fondre les stocks d'armes qu'il adresse à Damas et qui risquent bien de ressortir un jour dans son dos en traversant l'arc kurde ; l'Irak chiite voit se lever à Damas un Etat sunnite, collé aux tribus sunnites du désert qui cherchent toujours à le déstabiliser ; et l'allié traditionnel russe est presque tétanisé à l'idée d'une sorte de Massada alaouite dans les nuages de gaz sarin ! Autant dire que le Raïs syrien emmerde aujourd'hui tout le monde. Il est dans la position du clan Kim de Corée du Nord à la réserve près que la population nord-coréenne est génétiquement nationaliste et patriote et soutient son leader jusqu'à la mort, alors que la mosaïque syrienne n'a aucune cohésion, le liant d'hier est celui d'aujourd'hui : c'est la terreur !

« La Syrie ne sortira de sa crise qu’à travers un dialogue national global » disait le président dimanche, avant d'expliquer les conditions drastiques pour entrer dans le "global": [ndlr=] pas de représentants du Conseil national syrien de Paris, pas de djihadistes étrangers, aucun pays arabe engagé. Seuls des représentants résidents des communautés syriennes traditionnelles seront convoquées à célébrer le ferment d'unité qu'il incarne, lui et sa famille, en récompense de quoi le parlement modifiera la répartition des sièges et le gouvernement (civil) sera pluraliste, la maison des Assad retenant les pouvoirs régaliens en ses mains expérimentées. A l'apaisement constaté succèdera une libéralisation des moeurs civiques, on achètera des balles en caoutchouc. Je ne crois pas insulter l'avenir en exprimant ainsi le fond de la pensée de Bachar el-Assad.

Entre lui et la paix, il y a soixante mille morts.


(1) Alaouites, Druzes, Sunnites, Kurdes, Chrétiens de Rome, Orthodoxes (on peut aussi en faire quinze au lieu de six)
(2) Il avait été question de souveraineté partagée sur le plateau, de baux emphytéotiques, de contrat de sources...
Addition du 28/1/13: Selon le Yediot Aharonot, Benyamin Nétanyahou, a proposé à Damas en 2011 un retrait total du Golan syrien. Mais en échange, la Syrie devait garantir un paix avec Israël, avec l’intervention des Etats-Unis. C’est une information venant du diplomate américain Fred Hoff, qui a dressé un compte-rendu :
« Selon ces documents, les négociations entre les deux parties étaient fondées sur un accord pour un retrait total du plateau du Golan et son retour sous souveraineté syrienne, en échange d’un accord de paix complet comportant l’échange d’ambassades », affirme le journal. « Une source haut placée dans l’administration américaine a indiqué il y a quelques jours que ces négociations avaient été sérieuses et profondes et que l’on pouvait considérer que, sans la guerre civile en Syrie, elles se seraient conclues par un accord », ajoute-t-il. Selon la source » Nétanyahou avait choisi de reprendre les pourparlers avec [le président syrien Bachar Al-]Assad afin de justifier l’impasse dans les négociations avec les Palestiniens, et sur la base du postulat que la Syrie était le maillon faible de ‘l’axe du mal’ comprenant l’Iran, le Liban et le Hezbollah »,selon le Yediot. Suite à cette fuite dans les médias, le bureau du premier ministre a qualifié cette initiative d’« ancienne et non pertinente ».« Il s’agit d’une initiative parmi beaucoup d’autres présentées à Israël ces dernières années. Israël n’a jamais accepté cette initiative américaine », selon le bureau. Aujourd’hui, la situation est bien différente, et Israël est officiellement en état de guerre avec la Syrie.
Source : © Alyaexpress-News

mercredi 5 décembre 2012

Syrie, acte III

Fin du "petit break" avancée, le compteur ayant dépassé 3000 lectures/semaine pendant trois jours. Il est difficile de faire la pose avec l'aggravement de la situation au Proche Orient et quand le gouvernement Ayrault part en vrille sur le conflit de Florange et dans sa coalition rose-verte. On rallume les feux.

« Il serait absurde de prétendre que la Grande-Bretagne ou les États-Unis sont de véritables démocraties ; mais, dans ces deux pays, l'opinion publique peut influencer la politique et, tout en commettant nombre d'erreurs mineures, elle évite probablement les plus grosses. Si l'Allemand ordinaire avait eu son mot à dire dans la conduite de la guerre [de 39-45], il est fort peu probable, par exemple, que l'Allemagne aurait attaqué la Russie alors que la Grande-Bretagne restait en lice et, plus improbable encore, qu'elle aurait commis l'absurdité de déclarer la guerre à l'Amérique six mois plus tard. Quand on voit comment le régime nazi a réussi à s'autodétruire en une douzaine d'années, on peut difficilement croire à la valeur de survie du totalitarisme.» (George Orwell, A ma guise, Chroniques 1943-1947)

Les Assad... acte I... acte II... 
C'est ici que nous sommes rendus aujourd'hui avec Bachar el-Assad. Lui ose tout, le totalitaire est "inférieur" par essence. Serait-il seul que l'affaire serait vite réglée, mais sa Garde alaouite souffre d'un complexe de supériorité entretenu par l'arme fatale, le gaz sarin. Le même qu'Ali le Chimique utilisait contre les insurgés kurdes d'Irak. Le président syrien me fait penser de plus en plus à son oncle du Baas, Saddam Hussein, ne ratant aucune occasion de s'enfoncer : alors que France, Russie, Chine faisaient des pieds et des mains pour lever l'embargo onusien et l'amener à la table commune, la provocation du raïs de Bagdad ne tardait jamais pour mettre en l'air les bonnes intentions de ses amis, jusqu'à s'inventer des armes de destruction massive qu'il n'avait pas !

Le renseignement occidental a détecté le conditionnement d'ogives chimiques dans un ou deux arsenaux syriens. La Maison Blanche a formellement signifié au génie de Damas que l'utilisation de ces armes entraînerait des conséquences, que nous, nous traduisons par la vitrification des vecteurs possibles et plus encore. Qu'a-t-il trouvé comme réponse ? "Je ne tirerai pas sur mon peuple !" laissant penser à tous qu'il va quand même tirer cette merde sur quelqu'un après l'avoir déclaré "non syrien" !

On peut craindre (ou pas) après une première passe, un remake de Bagdad 2003, avec destruction au sol des forces aériennes syriennes et incinération du palais présidentiel au cruise missile afin de stopper toute vengeance désespérée. Ce qui finalement serait le moins pire pour le peuple syrien parce que les choses sont en train de se gâter terriblement.

Après avoir méthodiquement détruit tout village ou quartier habité d'opposants présumés, le régime est militairement aux abois sur un champ de ruines. Il recule partout. Selon le reporter de La Croix, François d'Alançon, la Syrie des Assad se résume aujourd'hui à Damas centre-ville, son aéroport, le palais présidentiel, la route du nord-ouest vers Homs, Tartous (basse navale russe) et Lattaquié (fief alaouite), et quelques arsenaux fortifiés. Les unités territoriales lèvent leurs barrages pour rejoindre Damas bientôt menacée par la rébellion. La bataille de Damas s'annonce comme un carnage, les communautés assiégées étant entraînées par les différents belligérants à se battre entre elles pour survivre. Même avec la disparition hypothétique de Bachar el-Assad, la guerre civile des sunnites contre les chiites-alaouites entraînera celle de tous contre tous sauf miracles, et durera autant que les cartouches, avant que les puissances étrangères impliquées ne s'accordent.

Pour le moment, selon le New York Times, l'Iran continue de fournir de la ressource par avions-cargos avec la bénédiction de l'Irak, devenu lui-même un maillon chiite dans la Grande Dispute, et par conséquent impliqué désormais. En face, le Golfe arme les rebelles en continu, les roquettes sol-air commencent à toucher leurs cibles, refoulant les aéronefs lents comme les hélicoptères d'attaque au sol. Au nord, la Turquie redoute un coup de folie du tyran déchu qui pourrait se venger à lâchant sur le pays sa dernière salve, comme Saddam Hussein l'avait fait sur Israël lors de la première guerre du Golfe, et c'est bien la raison de précaution qui a décidé l'OTAN à disposer des batteries de contre-missiles Patriot à la frontière syro-turque.

Lors de sa visite au palais de Dolmabahçe à Istanbul lundi dernier, le président russe a réitéré sa demande d'une solution pacifique avec une mauvaise foi à la limite de la provocation. Nul n'en veut sur place ; le combat est à mort désormais. Bachar el-Assad a hérité de son père la Syrie, elle est sa chose, son fief, sa raison de vivre. Il habite le palais remarquable que son père a construit pour sa dynastie sur les hauteurs de Damas. Nul n'est plus chez lui que lui. Ses fidèles, resserrés autour des points stratégiques, lui masquent une solitude accrue et poussent à la roue pour amasser le plus de cartes en mains leur assurant une survie prospère... avant le grand marchandage entre Etats-Unis et Russie. Mais ils se trompent. Sauf à faire un coup d'Etat à la Ceaușescu pour arrêter les combats aujourd'hui maintenant afin d'apparaître comme des facilitateurs, leurs positions résiduelles ne seront pas négociables car tout le monde est allé trop loin dans l'horreur et les groupes rebelles sont en concurrence entre eux dans la sauvagerie. Leurs positions seront soit enlevées à la baïonnette sans éthique ni humanité, soit carrément incinérées. On a déjà vu ce film dans le passé.


Palais Al-Shaab, complexe présidentiel à Damas


Ce pays hébété mettra dix ans à s'en remettre, sans garantie d'une issue propice à la réconciliation générale ni d'un accès à la prospérité, et vingt à se reconstruire. Une société totalitaire n'est pas plus forte qu'une société libre, disait Orwell. Elle n'apporte pas plus de tranquillité à ses clients car la paix civile dans la crainte est un leurre. L'autre conserve une capacité critique pour s'ajuster en permanence alors que la première s'aveugle de présupposés dogmatiques à dépense d'experts. La Syrie des Assad, dont le régime policier était réglé comme une montre par des professionnels de l'oppression, s'achève en 2012 dans un chaos indescriptible, pour trois fois rien au départ : un semblant de démocratie, l'écume d'un léger désordre bon enfant, ce que le fils du raïs avait promis quand il avait accédé au pouvoir en provenance de Londres (comme Seif el-Islam Kadhafi d'ailleurs). Il suffisait à l'oculiste de faire semblant !

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