lundi 29 août 2016

Arès

« Très puissant Arès, fardeau des chars, au casque d'or, au grand cœur, porte-bouclier, sauveur de villes, armé d'airain, aux bras vigoureux, infatigable, puissant par ta lance, rempart de l'Olympe »

Juste avant l'ouverture du combat de coqs, ce billet est paru sous le titre Pour faire la guerre, il faut un chef... à la rubrique Les libres propos de Catoneo dans Le Lien Légitimiste n°70 tombé dans les boîtes aux lettres la veille de la Saint-Louis (p.3 et 4). Il se termine sur l'absence visible d'un chef capable de mener la reconquista, mais il appelle une suite au gré des révélations. Il entre en archives Royal-Artillerie sous le libellé LLL.

C'est le dieu de la guerre à outrance qu'invoque le vieil Homère. On serait bien en peine de trouver son avatar moderne dans notre classe politique française affairée aux prébendes. Et pourtant ! C'est de pugnacité autant que de stratégie dont nous avons besoin maintenant, pour vaincre l'ennemi intérieur sans verser dans une effroyable guerre civile. Car on sait depuis l'antiquité que montrer sa force et ôter tout doute de son application aveugle est le plus sûr moyen de maintenir la paix en période de turbulences. Lyautey en avait fait sa devise au Maroc.

Didier Tauzin, général en retraite et candidat à la présidentielle de l'an prochain, déclarait au lendemain du carnage de Nice : "Dans la situation qui est la nôtre, laisser en place certains responsables politiques devient presque criminel. Il faut des gens sérieux au pouvoir et ils ne le sont pas." Car si nous sommes en guerre comme le crient messieurs Fillon et Valls, nous devons nous armer en conséquence, sur le plan du commandement d'abord. C'est bien tout le problème d'une démocratie engoncée dans le calendrier électoral hors duquel toute réorganisation relèverait du coup d'Etat. Le président Hollande, dont les pouvoirs excèdent ceux du Roi Soleil, n'a aucunement la carrure de l'emploi même si les opérations extérieures dans lesquelles il nous a engagés sont plus heureuses que moins, avec l'appui indéfectible de l'allié américain. Mais contre l'ennemi intérieur ouvertement déclaré, il est tétanisé par les effets collatéraux et peut-être électoraux des mesures indispensables que la nation attend de lui. On touche ici au défaut premier de la démocratie : la réélection ! Si banal pour les monarchistes qu'il est inutile de s'y étendre.

Le meilleur système de surveillance et de prévention des révoltes - et le nôtre a tous les moyens nécessaires sur le papier - ne tiendra pas plus longtemps que son plus faible maillon, le facteur humain de mise en œuvre. La vacuité des ministres, la logorrhée du président, la guérilla des administrations retranchées derrière la juridisation méticuleuse des procédures, l'essoufflement des unités de terrain engagées dans une agitation sécuritaire ne visant qu'à calmer le bon citoyen, tout cela augure mal d'une victoire à court terme. Et sur le long terme ?
Les indicateurs remontant des cités signalent que les adolescents arrivant à l'âge de faire des bêtises seraient encore plus remontés que leurs aînés contre la France. Qu'on ne s'en étonne pas, trente ans de reculades et de gros yeux ont définitivement émoussé l'autorité de l'Etat détenteur de la violence légale qui devait contenir leurs revendications. On voulait calmer les banlieues de la diversité en débondant les crédits d'accompagnement des politiques urbaines, en vain. La haine a gagné. La peur du gendarme a disparu. L'Etat est caillassé ! La situation peut donc encore empirer et ce, quelle que soit l'issue de la guerre syrienne contre l'Organisation de l'Etat islamique dont l'extinction signerait, dit-on, notre victoire. Notre victoire contre qui... contre quoi d'ailleurs ? l'islam sanglant dérivé du wahhabisme séoudien ? la dictature féroce du clan Assad ? la revanche des loups sunnites du désert irakien contre les moutons chiites ? la base invaincue du terrorisme mondial Al-Qaïda ? Personne ne peut démontrer, comme le proclament les communiqués du conseil de défense de l'Elysée, que l'éradication de Daech terminera également la subversion de notre société. Nous en serions heureux, mais le flambeau de la barbarie sera ramassé par quelqu'un d'autre ! Il faudra autre chose qu'un arsenal défensif de surveillance électronique pour retrouver l'insouciance bien française que le monde nous enviait. A moins que par un miracle inconnu, les musulmans extirpent eux-mêmes les fous de Dieu de leurs communautés et les traînent en justice pour atteinte à la sûreté de l'Etat, il faudra passer à l'attaque. A l'attaque des barbares sur notre sol, le plus souvent nés de notre sol. Derrière qui ? Nul n'imagine messieurs Hollande ou Cazeneuve aux Thermopyles et l'avertissement du général Tauzin est de pleine actualité, sauf à considérer l'impétuosité du Premier ministre comme la prémisse de velléités guerrières. Mais M. Valls les a tous contre lui et ne peut pas actionner les leviers du domaine réservé complètement chiraquisé par l'Elysée ! Alors nous sommes bloqués dans la rhétorique de préau jusqu'en mai 2017 et nous serons submergés de déclarations, postures avantageuses et promesses inoxydables par tout ce que le pays compte de politiciens avides de démonstrations définitives jusqu'à ce que nous nous rendions compte que le régime imposé a sélectionné le fond du panier et qu'il se trouve pris dans la mélasse de la médiocrité quand ce n'est pas de la lâcheté.

Bien sûr, la société française produit toujours autant d'esprits brillants, de caractères affirmés, de gens formidables, mais plus aucun de ceux-là ne s'investit dans la politique tant l'image de cette forme d'action sociale a été dégradée par la classe aux affaires. Notre excellence est dans la recherche, les nouvelles technologies, les sciences exactes, l'aventure de l'entreprise et le courage de l'exploration. La politique salit !

Aussi, quand apparaît sur scène le vidangeur de la caste en défaut, peut-on faire autrement que de lui prêter main forte ? Surtout si son projet croise nos préférences institutionnelles et s'il déploie son raisonnement autour du domaine régalien, notre marotte. Bien sûr, monsieur Tauzin ! sauf que le Monck nouveau n'est pas encore arrivé. Il négocie, déjà ! Quand d'un côté il affirme à juste raison que l'islam est par essence conquérant et hégémonique, il prévient aussi dans la même journée que les musulmans sont innocents des crimes commis en son nom puisque la conquête par le sabre est ontologique à leur religion. C'est un peu tordu mais pas si rare dans le microcosme politique où la parole est réglée sur l'effet d'opinion. Ainsi en va-t-il par exemple du parti gaulliste de M. Dupont-Aignan et de ses accointances avec Fils de France, une agence électorale de l'UOIF exploitant le filon chevènementiste d'un Islam de France. Pour combien d'autres petits partis en mal de soutiens, l'islam francisé est-il la solution ? Le ministre des cultes Sarkozy leur avait montré la voie avec le CFCM. Et chacun de courir à la protection du crépis des mosquées, aux cantines sans porc, à la victimisation des dévots amalgamés aux assassins, au financement des associations culturelles halal, jusqu'aux baux emphytéotiques qui contournent la loi de 1905, pour à la fin nous suggérer que Michel Houellebecq est moins un écrivain qu'un prophète dans son roman Soumission.

Le combat commence par un assaut du microcosme politique qu'il faut dégager des listes à l'occasion du renouvellement des Chambres. Il se continuera par la mise en œuvre de nos lois sans trembler, quelles que soient les injustices provoquées par l'annulation des nombreuses dérogations clientélistes qui les brident, jusqu'à l'exil ou l'expulsion des résidents nationaux ou étrangers menaçants, afin de retrouver un jour la paix civile. En l'utilisant dans sa globalité, notre Etat de droit suffit à nous défendre. Ne perdons pas de temps en propositions législatives et en amendements ; portons au pouvoir en 2017 ceux qui sauront combattre pour le vieux pays, car l'homme prime les moyens ; et gouvernons par ordonnances : "La guerre est un art simple et tout d'exécution", disait Bonaparte. En attendant le général pugnace et déterminé qui va nettoyer les écuries d'Augias, écoutons nos princes, quand ils nous parlent.

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Le Lien Légitimiste
2 Le Petit-Prix
37240 La Chapelle Blanche Saint Martin

Abonnement électronique à 10 euros (6 n°)


Postcriptum du 25 août 2016 :
Au moment où paraissaient ces lignes, le prince Louis de Bourbon avait décidé de nous faire mentir en publiant un long communiqué ciblant l'ennemi intérieur et dénonçant notre affaissement moral. Extrait : Le mal qui atteint la France me parait double. Il y a d’abord une guerre de civilisation, déclarée par un ennemi plus ou moins visible et insidieux, et que désormais les gouvernants semblent enfin désigner par son nom mais, surtout, une très profonde et grave crise morale ou d’identité, sorte de cancer de l’intérieur qui nous affaiblit tout autant, peut-être même davantage, que l’ennemi désigné... On peut en prendre connaissance dans son intégralité sur le site du Salon Beige en cliquant ici.

lundi 22 août 2016

La banqueroute planquée sous le beurkini

« Mettez deux électrodes dans une poche de gélatine de veau ça ne fera jamais une batterie de voiture ». C'est ce que me disait ce vendredi matin mon coiffeur à vingt euros - finition rasoir, à la lecture des extraits de la somme éphémère de François Padebol parue chez Albin Michel sous le titre accrocheur : "Conversations privées avec le président". Accrocheur mais décevant parce qu'à la fin il n'est pas félixfaurisé par la Pompe funèbre ! « Quel con, ce type !» conclua l'artisan payé au clic, ne sachant pas pour qui j'avais voté jadis.
Et tandis que je repliais le Midi Libre, j'aperçois l'entrefilet signalant que Benoît Hamon - mais si, il est connu jusqu'à Palavas-les-Flots - monte dans le manège aux connards*. L'élite, la vraie, ayant déserté la politique, les médiocres se ruent !

On ne parle aujourd'hui que du sac à bain de Shéhérazade et de tout ce qui est islamique jusqu'à la nausée. En ce dernier jour de sérénité estivale, laissons tomber les sectateurs du prophète et revenons aux fondamentaux : nous entrerons demain dans la période électorale de tous les dangers pour les finances publiques - s'il en reste : les programmes des candidats ne brandissent que des dépenses à découvert sauf à enfumer parfois l'électeur de projets de recettes impopulaires impossibles à décréter, qui le feront fuir. Or Les caisses sont vides et le pays n’est en rien réformé dans les sources de l'hémorragie financière qui draine toute son énergie, à commencer par l'Etat tétraplégique hérité de l'Empire, baleine échouée en soins palliatifs éternels dont on ne sait qui la débranchera. La croissance de remploi de l'expansion démographique est nulle ou epsilonique, à la limite de la fabrication statistique. La Dette soutenue par des taux d'intérêts bas ou nuls doit quand même être servie en principal et nous coûte horriblement cher ; et au-delà de nos déficits structurels, nous importons abrutis** et crevards par palanquées complètes derrière l'Allemagne ! Qu'importe à la fin ! Le cirque des primaires amusera le peuple et lui cachera la misère du régime. Pendant ce temps, se glissent discrètement vers un ailleurs meilleur nos chances pour des lendemains qui chantent : ceux qui ont réussi partent, ceux qui réussiront partent plus vite encore (clic).

Reste le Veau national, qui persévère dans une épargne soutenue de ses disponibilités ne consommant que le nécessaire. Le taux d’épargne est presque un record mondial. Ce qui peut s’expliquer d’une bien curieuse façon ; du moins commence-t’on à l’expliquer ainsi dans les couloirs des ministères où circule l'épouvantable idée d'un amalgame de la nation et de l'Etat, la première devant assurer la survie du second quoiqu'il en coûte. Ouvrez vos oreilles :

Les Français ont une capacité d’épargne plus importante parce qu’ils bénéficient de prestations sociales de tous ordres bien plus élevées que les autres. Les prélèvements sur la richesse nationale que l’on dit rédhibitoires pour la santé économique du pays seraient donc compensés par des bas de laine énormes. Plus simplement, les déficits budgétaires et sociaux alimenteraient certes la consommation mais surtout l’épargne privée en bout de tuyau. Il faut être demeuré pour ne pas comprendre qu’il faudra inverser le flux pour sauver le pays et surtout le régime socialiste, et que l’épargne privée sera confisquée d’une manière ou l’autre pour boucher les trous. Comme en Argentine jadis ? Le FMI est déjà d'accord***, nous dit son directeur général français, Christine Lagarde : on commencera à taxer l'épargne des ménages à dix pour cent. Qu'en disent les candidats au pompon ?
Salut les c… !

* Sobriquet donné par Dominique de Villepin aux députés français qui lui reprochaient de ne pas être des leurs.
** Qualificatif utilisé par le ministre de l'Intérieur du land de Berlin pour les "réfugiés" de Mme Merkel.
*** cf. Business Bourse (clic) d'il y a un an.

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lundi 15 août 2016

Le dernier jour de François d'Orléans (1935-1960)


François et sa mère, Isabelle d'Orléans et Bragance
(courtoisie Gotha2 - identité confirmée [ici])


Avertissement : Les échanges que nous avons eus à la suite de l'article publié sur Royal-Artillerie le 11 octobre 2009 en mémoire du sous-lieutenant François d'Orléans, mort pour la France en Kabylie le 11 octobre 1960 (clic) ont dessiné la maquette du RETEX sans pour autant nous en donner tous les détails. Voici le rapport d'étape avec quelques photos moins connues. L'affaire date de 56 ans déjà. Il aurait eu 81 ans aujourd'hui.


La section d'Orléans, 1ère compagnie du 7ème Bataillon de Chasseurs Alpins, était détachée auprès du 6°BCA qui tenait tout le territoire de Michelet. Elle formait avec d'autres le Commando de chasse P12 (P pour partisans) dans le secteur dit de Fort National¹ et était postée sur la commune d'Iferhounène, contreforts nord du massif du Djurdjura. Elle montait parfois en crête pour surveiller le versant sud du massif. Elle fut engagée le 11 octobre 1960 dans un ratissage d'ampleur sur sa zone d'effort traditionnelle avec l'appui d'éléments du Commando de chasse V11 (V pour volontaires), issu du 1er bataillon du 2è RIMa². Opération codée Kf37/38. Elle accrocha trois mousseblines à Taourirt Ali Ou Naceur (commune d'Iferhounène). On va s'arrêter d'abord sur ces commandos de chasse un instant :

Incorporation de François d'Orléans
(courtoisie "Jours de France")
Après le putsch de 1958, les opérations d'envergure anéantissent les grandes unités de l'ALN et les lignes étanches Challe et Morice ferment l'Algérie aux pénétrations depuis le Maroc et la Tunisie. Les bataillons fellaghas rescapés éclatent en unités mobiles de guérilla autonomes. La réponse est dans la mobilité d'unités de chasse à effectif restreint. On créera alors les commandos de chasse sur deux modèles, le modèle "Partisans" à 138 hommes, décalqué du modèle mixte indochinois, dans lequel on incorporera des harkis avec un section de commandement/appui et quatre sections de combat ; et le modèle "Volontaires" à 90 hommes (c'est du moins le TED). Les bataillons de l'Armée de terre dériveront ces commandos qui essaimeront sur le terrain en zone d'insécurité. Leurs cadres seront formés dans des écoles de contre-guérilla à Philippeville et à Saïda. Leur armement sera celui des sections d'infanterie classique (donc économique). Certaines unités reçurent aussi des chiens éclaireurs, les fameux "chiens de guerre" de Fort National. La mission sera la chasse dans une tactique de mobilité avec un moindre effort d'implantation qu'une unité classique, jusqu'à la nomadisation. C'est la théorie.

En novembre 1959, le chef de corps du 7°BCA a encore foi dans l'Algérie française et motive ses troupes pour une pacification de la Grande Kabylie et une transformation des conditions d'existence des populations. Il faut dire que l'année 1959 a été mouvementée. Les unités de l'ALN, probablement réduites, privilégient le combat de montagne avec même l'appui-feu de grenades à fusil. Le bataillon encaisse pas mal. En juillet 1959 c'est le Slt Tézenas du Montcel qui prend deux chevrotines dans le ventre à courte portée à dix mètres du commandant de compagnie, mais il guérira de sa blessure car il tenait son MAT-49 sur le ceinturon qui amortit l'impact. Les félicitations du Premier ministre Debré, venu en inspection au mois d'août 1959 à Tikichourt et aux Ouacifs, ne dissuadent pas les officiers que la queue de trajectoire reste l'Algérie française. Au contraire, même si le terme Algérie française n'est pas écrit dans sa lettre de remerciement, assez prémonitoire quand on la lit avec du recul. Evidemment, c'est le 30 août 1959 que le général de Gaulle laissera tomber l'intégration dans un discours à Beni-Douala où il offrira le choix aux Algériens "entre la francisation, l'association et la sécession", après la fameuse "paix des braves". L'effarement de l'interprète berbère lui fera dire à la population amassée le contraire de ce qu'il entendait (source Mekerra).
Ignorant l'évolution sémantique du projet gaulliste, les sections de chasseurs continuent à sortir chaque jour et l'année suivante aussi. On constate même une augmentation du trafic rebelle en 1960. Un sergent du 7, le Sgt Sipière trouve la mort dans les mêmes conditions que mourra François d'Orléans trois mois plus tard, à la tête de son groupe, tir de chevrotines à bout portant d'un HLL isolé. Dans son édito de juillet 1960, le chef de corps n'est plus aussi optimiste mais fait bonne figure. (source Le Cactus, fanzine polycopié du bataillon tiré à 1000 exemplaires).

L'Echo d'Oran
La section du Slt d'Orléans s'était-elle un peu assoupie au poste en laissant s'estomper l'esprit de la mission qui était de cavaler et de ne pas faire garnison. Le témoin "a" le laisse entendre, qui trouve le poste mal tenu. Dès 1960 les opérations "commando de chasse" ressemblent plus à des patrouilles de deux jours qu'à la traque cynégétique d'opportunités. Cet organisation au tourniquet insinue le poison de la routine. Bien qu'ils ne soient que deux officiers à la 1è compagnie du 7°BCA, le degré d'autonomie du Slt d'Orléans ne devait pas non plus être si grand qu'il ne soit obligé d'attendre les ordres du commandant d'un bataillon très exposé au danger. En effet le 6°BCA, coincé entre le 7°BCA à l'ouest et le 22°BCA à l'est, avait la pire zone du secteur octroyé à la 27°Division d'Infanterie alpine de Tizi Ouzou (Général Jacques Faure). Ce bataillon paya un prix élevé en Kabylie où il laissa 78 morts (12 officiers, 18 SOF, 48 chasseurs) et 243 blessés. Un mois avant la journée qui nous occupe aujourd'hui, le 5 septembre, le bataillon perdit le lieutenant Bernard Bonnin dans la réduction d'un groupe rebelle au même endroit, à Taourirt Ali Ou Naceur. Le 7°BCA aura de son côté 63 morts dont 5 officiers. Ce secteur n'était pas Courchevel ! Revenons au 11 octobre 1960. Notre article du 11/10/2009 a capté des témoignages directs et indirects (dans l'ordre d'apparition sur ce blogue) :
a.- Sergent Jean-Claude Borrel (1è Compagnie du 7°BCA) qui passe début 1960 par le poste commandé par le Slt d'Orléans à Aït Ali Ouharzoun (clic)
b.- Pivotant-Autorité, indicatif du radio de compagnie du commando V11
c.- Lieutenant Delaforge (ancien des Compagnies sahariennes) commandant la 1ère Compagnie du 7°BCA détachée au 6. Delaforge avait déjà formé une section de supplétifs à Tikichourt quand il commandait la 2è Cie.
d.- Sergent Jean-Paul Denut, 2è Section du Commando P12
e.- "? Patrick-Charles Renaud ?", Commando V11
f.- Sergent Zebrowski, Commando P12, témoin oculaire le plus proche.


11 octobre 1960 : Le ratissage commence au matin dès les ordres reçus par chacune des sections des Commandos P12 et V11. Selon l'intervenant "f", la section d'Orléans accroche rapidement trois moussebiline* sérieusement retranchés dans les anfractuosités d'un tertre, qui allument les harkis de pointe, en blessant deux et tuant le troisième. François d'Orléans détestaient les moussebiline d'une haine tenace à divers motifs liés à la guerre et aurait dit auparavant à un jeune fellagha prisonnier sur son lit d'hôpital « Si (prénom du prisonnier), j'ai de l'estime pour vous, combattants de l'ALN, par contre, les mouzebilines sont pour le sabotage, pour couper les routes, pour couper les arbres des vergers et les poteaux téléphoniques. C'est une vermine, ces mouzebilines.» (source Salah Mekacher, Aux PC de la Wilaya III - 1957-1962)
* les moussebiline, prononcé mouzebilines par François d'Orléans, étaient des supplétifs civils recrutés par les unités régulières de l'ALN parmi les montagnards pour le renseignement, le transport et le sabotage



Les grenades ne donnant rien, est-ce d'exaspération qu'il se précipita à contre-jour à l'assaut de "ces salopards" pour les grenader de plus près ? En l'absence d'aucun autre motif valable, on peut le supposer. Trop exposé, sans vision exacte, il fut reçu par un coup de chevrotines dans le ventre ; il était dix heures du matin. La position fell n'était pas inexpugnable puisque les trois moussebiline furent tués, ainsi que tous les ennemis qui tombèrent sous la main des chasseurs en ce funeste jour. L'intervenant "e" parle de 85 morts, HLL (hors-la-loi) et autres, mais les pertes semblent par lui surestimées à moins que l'on ait anéanti toute une katiba rebelle, ce qui n'aurait pas manqué d'être inscrit sur la citation pour la croix de la Valeur militaire donnée au Slt François d'Orléans. L'intervenant "f" estime les pertes ennemies à une quinzaine, soit un groupe ou une demi-section, effectif normal se déplaçant en zone d'insécurité. Il y aurait eu quatre morts de notre côté.

Si on se fie aux témoignages et sur la base du règlement du combat d'infanterie (ne pas sourire, ça peut sauver), la faute technique est évidente. Le chef de section n'a pas pris la peine de manœuvrer pour réduire la position ennemie retranchée. Il s'est jeté au devant d'un poste embusqué, ce que n'aurait pas fait un voltigeur à l'issue de sa période d'instruction, surtout avec trois camarades au tapis devant lui. L'écoulement du temps ne l'obligeait à aucune précipitation puisque c'était le matin. Son esprit était à ce moment-là en défaut d'attention ; nous n'en saurons jamais les raisons qui peuvent être personnelles ; sauf que son frère, Henri, a signalé ensuite que ce ratissage était sa dernière opération de terrain et qu'il avait déjà fait le pot d'adieu à sa section. L'ordre est arrivé rapidement de se taire pour ne pas offrir cette victoire aux insurgés. Les anciens participants à l'opération se montrent effectivement peu diserts encore aujourd'hui.

Massif du Djurdjura

Le 11 octobre 2015, son frère, l'actuel Duc de France, qui était alors employé au Secrétariat général de la Défense nationale aux Invalides et averti immédiatement pour rejoindre l'Algérie, évoqua sa mort en ces termes : « [...] L’hélicoptère me déposa en plein djebel, près de l’endroit où il fut frappé… alors on me raconta… François avait presque fini son temps légal. Certains me dirent qu’il voulait rempiler pour trois autres années. Le commandant du 7° BCA désirait le prendre à ses côtés dans un poste administratif. Mon frère avait déjà fait ses adieux à son peloton³, lorsqu’il apprend qu’une bande de fellagas avait été localisée dans le secteur et que son peloton devait participer à l’affrontement. Il supplia le commandant de pouvoir, une dernière fois, accompagner ses hommes. Au cours de l’accrochage, un de ses harkis est blessé. Il se précipite pour lui porter secours. Il est lui-même frappé par deux décharges de chevrotines. Son peloton met en fuite l’adversaire pour le secourir… et… ses derniers mots furent : "Comment va le blessé ?"
Le 7° BCA avait érigé une chapelle ardente pour le veiller sous une grande tente de l’Armée. Il était là, couché sur un lit de campagne, beau et calme. Il avait accompli son devoir de Prince de France, son devoir de Français. On allait le déposer dans son cercueil qui resterait ouvert, car ses adversaires l’avaient respecté. Mes Parents purent le voir dans la cour de l’hôpital de Bab El Oued à Alger. Et lorsque le cercueil traversa lentement Bab El Oued, tous les You-You des Femmes l’accompagnèrent longtemps, en signe de respect. Il fut décoré de la Légion d’Honneur à Dreux par le Général de Gaulle.»


1è Cie du 7è BCA

Bien sûr, les lecteurs de Royal-Artillerie feront la part de l'émotion légitime et celle de la reconstruction des circonstances par les autorités militaires désirant plaire en haut lieu ; l'adversaire ne fut pas mis en déroute mais anéanti autant qu'on en trouva jusqu'au bout de la journée, et l'impression retenue par l'intervenant "a" laisse douter que le Slt François ait eu l'intention de rempiler ; mais cette communication un peu fabriquée avait aussi un motif tactique : depuis Tizi Ouzou, la 77° compagnie de Transmissions suivait le trafic radio de correspondants de guerre étrangers suisse, anglais et allemand travaillant parmi les fellaghas de la Wilaya III. Après l'accrochage, un message radio fut reçu au P12 en flash (urgence Z), classifié et codé YYY (yankeeyankeeyankee), réservé donc à l'autorité (source "f"). Sans doute le black-out officiel date-t-il de ce moment-là.

On n'en saura pas plus mais des versions les plus fantaisistes commenceront à circuler, forcément. Même le camp adverse est resté très discret sur cette funeste journée. Que cet article suscite des compléments et des rectifications, c'est tout ce que nous souhaitons. Nous terminons par ce témoignage de Pierre Clostermann : Dans cette guerre pourrie, maudite, d'embuscades, de recherches, de poursuite, de soif, de sueur, de souffrances, dans cette guerre dominée par l'homme et non par la puissance mécanique, c'était pratiquement au corps à corps qu'il fallait débusquer, lever et tenir le contact de l'adversaire.
C'est bien ce que fit le jeune chef de section... pendant qu'à Paris les pouvoirs publics organisaient entre gens de haute discrétion le largage de l'Algérie et du Sahara qui allait rendre inutiles les sacrifices de tous ces jeunes Français, et surtout ceux des Français de cœur.

Tout son entourage aimait François d'Orléans et sa disparition fut un choc, d'abord dans sa famille, mais aussi dans le mouvement royaliste français, ce que j'ai vécu moi-même à l'époque, où les gens étaient sincèrement effondrés autour de moi par cette nouvelle. Il restera de lui, outre le souvenir d'un prince simple et cordial, un fils qu'il n'a pu connaître et qui peut être fier de son ascendance*. La revanche de la vie est dans la mémoire des vivants, celle qui le garde pour nous sous les traits de sa jeunesse. Qu'il repose en paix parmi les siens.


Nécropole royale de Dreux


PS : un grand merci à l'artilleur de marine Michel C., infatigable soutien (il se reconnaîtra) sans qui cet article n'aurait pu être bouclé.

Notes:
(1) Fort national sur Généawiki

(2) C'est cette formation du 2è RIMa qui accueillera le général De Gaulle venu deux mois plus tard à Akbou pour recevoir la capitulation du chef ALN de la Wilaya III, colonel Mohand Oulhadj, quand ce dernier n'attendait que des négociations de cessez-le-feu. Le général De Gaulle repartira bredouille et furieux.

(3) L'unité élémentaire des bataillons alpins est la compagnie, elle même formée de sections ; il n'y a pas de pelotons mais Henri d'Orléans a fait son temps dans la cavalerie.

(*) A l'époque de sa libération des obligations militaires (il est mort la veille) le sous-lieutenant François d'Orléans était amoureux et père d'un enfant annoncé et conçu avec une jeune fille rejetée par le défunt comte de Paris. D'après son frère, alors comte de Clermont et qui l'a écrit dans un livre, François aurait été poussé à partir au service militaire par son père pour "oublier" cette relation. Cette entrave psychologique sévère explique en partie le comportement désordonné du chef de section dans sa base et son mouvement technique erroné autant qu'impulsif au contact de l'ennemi.
Un thuriféraire attitré de la maison d'Orléans, dénommé Charles, précise dans un fil de commentaires sur Noblesse & Royautés du mois de mai 2009 que « la jeune femme qui attendait l’enfant du prince François a souhaité garder ce secret pour elle, et de ne pas en faire état. Cet enfant se porte bien, et a été reconnu par celui qui est désormais son père. Il porte un joli nom de France à l’état civil. Il connait son histoire. Cet enfant ne peut pas apparaître dans la généalogie des Capétiens puisqu’il est légalement l’enfant d’un autre. D’autre part, je tiens à dire que cet enfant n’a pas été rejeté par la famille du prince François.» Dont acte.

Obusiers de 105 en batterie au 6°BCA (2°Cie) pour fracturer les rochers

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jeudi 11 août 2016

Au camp d'Action Française

PLUS QUE 10 JOURS, 9... 8... 7... 6... 5... 4... 3... 2... 1 !

- Château d'Ailly -

Deux brosses à dent
Un savon de marseille
Quatre rasoirs jetables
Bombe à raser Williams
Une boîte de préservatifs Huge Craft
Deux serviettes de bain fleurdelisées (ils vérifieront)
Un gant de toilette
Sous-vêtements de la semaine
Deux chemises
Un pullover "feu de camp"
Une cravate noire (sait-on jamais)
Un sweet-shirt
Un chèche blanc cassé
Une veste de toile ou un blouson
Baskets Helstons moto et/ou chaussures basses Chevignon vintage
Brosse et crème
Un T-shirt noir ample
Un pantalon court noir
Paire gants de boxe
Deux protège-dent
Une coquille grand modèle
Chaussures Lonsdale quick-boxing
Bloc-notes et deux crayons-billes
Smartphone pour Pokemon-Go

Le sac est bouclé !
On enfile le cuir et en route.





De la porte d'Italie, prendre l'autoroute A6 jusqu'à Nemours à fond les ballons ! Huit kilomètres après le péage de Fleury-en-Bière, prendre l'autoroute A77 fléchée Nevers sur 160 bornes. A hauteur de Pouilly-sur-Loire l'autoroute devient la nationale 7, vérifiez votre vitesse. La deux fois deux voies s'arrête après Nevers. Roanne est déjà indiquée. On passe Magny-Cours (si ça vous tente...) et on pousse jusqu'à Roanne, toujours sur la N7 en passant par la rocade de Moulins. C'est à la relance qu'on gagne du temps, les chevaux font vendre les motos mais c'est le couple qui fait la course. Attention ! Toujours sur la N7 à deux fois deux voies, sortir après Roanne à l'échangeur 69 fléché NOTRE-DAME-DE-BOISSET. A droite vers l'ouest, la départementale 45, on entre dans Parigny. Au carrefour, remonter la D207 à droite vers le nord sur deux cents mètres, reprendre la D45 à gauche et avancer jusqu'au virage à gauche, l'Allée d'Ailly est à droite dans le virage. Si vous arrivez à l'église Sainte-Madeleine sur votre droite, vous avez loupé l'allée. Remonter la longue allée vers le château d'Ailly. Ne pas klaxonner en passant la grille. Ce n'est pas Moulinsart. En tout quatre heures et demie plus les arrêts.



A l'arrivée demander la carte. Et si le gérant vous dit que c'est la Michelin 327, répliquez gentiment qu'elle ne se mange pas et que vous voudriez le menu. Gagner votre suite, et défaites votre sac, vous êtes au château d'Ailly. Le jacuzzi est signalé dans le couloir. Le service d'étage a un bourbon du tonnerre réservé aux initiés. Bon séjour, concentration et enthousiasme sont les deux mamelles du camp Maxime Real del Sarte.

Plus tard, pour aller sur Roanne, il suffit de remonter la départementale 207. Roanne c'est la ville des Frères Trois Gros et des chars Leclerc dont 200 unités vont passer en rénovation. Lyon n'est pas loin (une grosse heure), mais là on frise la débauche.

Le programme ? Il en faut un, mais c'est l'état d'esprit qui compte, et faire des connaissances.

Plus sur le site internet du camp en cliquant sur l'affiche, et le chef de camp dévoile le fonctionnement et les intervenants prévus dans un document séparé qu'on peut lire en cliquant ici.

Affiche_CMRDS2016




Spécifications de la Indian Scout Sixty 2016
Châssis :
Cadre : cadre moulé en aluminium
Réservoir : 12.1 litres
Hauteur de selle : 643 mm
Longueur : 2311 mm
Largeur : 880 mm
Hauteur : 1207 mm
Empattement : 1562 mm
Poids à sec : 246 kg
Poids en ordre de marche : 256 kg
Transmission :
Boite à 5 rapports
Secondaire par courroie
Train avant :
Fourche téléhydraulique Ø 41 mm, déb : 120 mm
2 disques Ø 298 mm, étriers 2 pistons
Roue AV : 130/90x16"
Train arrière :
2 amortisseurs latéraux, déb : 76 mm
1 disque Ø 298 mm, étriers 1 piston
Roue AR : 150/80x16"
Moteur :
Bicylindre en V à 60°, 4 temps
Refroidissement : par eau
Injection Ø 60 mm
2 arbres à cames en tête
4 soupapes par cylindre
999 cm3 (73.6x93 mm) ou 61 pouces-cubes
78 ch à 7300 tr/min
9.1 mkg à 5600 tr/min
Rapport poids/puissance : 3.15 kg/ch
Prix du neuf : 11990 €

Ils partirent deux cents, en arrivant au port...


lundi 8 août 2016

Au jeu de rôles des maisons


François d'Orléans entre ses frères Eudes et Jean
Le Landerneau royaliste a été secoué comme un prunier par les dernières dispositions testamentaires du présent comte de Paris, Henri duc de France et chef du parti d'Orléans. Il remet à sa mort les clefs de la maison entre les mains de son fils aîné François, lequel ne saurait les recevoir de par une attaque de toxoplasmose congénitale qui l'a privé d'intelligence et de parole. Qu'à cela ne tienne, son frère cadet, Jean duc de Vendôme, mandataire judiciaire à la protection du dauphin François, assurera la régence, assisté d'un conseil où siégeront ses oncles et deux personnalités de la société civile. Pour les actes quotidiens du dauphin incapable, le duc de Vendôme continuera à agir comme son tuteur auprès des administrations. Pour ses actes dynastiques, un conseil de régence (et non le seul duc) sera compétent. La première conséquence n'est que de prestige, le titre de la maison d'Orléans le plus connu des Français, comte de Paris, ne passera pas sur la tête du prince Jean. La seconde est que les titulatures à venir - première activité d'un chef de maison déposée - seront retirées au prince Jean qui devra obtenir une majorité au conseil. En fait, il est dépossédé des pouvoirs de sa charge et n'en conserve que le fardeau.


A quoi tout ça nous mène-t-il ? A rien !

Henri VI d'Orléans
Si le défunt comte de Paris (†1999) pouvait couver l'espérance d'une restauration monarchique succédant au président Charles De Gaulle, les atermoiements, le flou artistique de sa position, la conviction de l'obsolescence de la monarchie puis la disparition de celui-ci facilitèrent la reprise en main de la République par la banque, la forge et la franc-maçonnerie qui anéantit tout avenir à la branche dynastique qu'il commandait. Le cri de Pompidou à l'évocation d'une candidature d'Henri d'Orléans à l'élection présidentielle de 1969 est explicite : « Et pourquoi pas la reine des gitans ?». Au soir de sa vie, le comte de Paris en sera désespéré au point de se retirer chez sa gouvernante dans un pavillon Phénix au fond des bois à écouter chaque jour la valise RTL. Sans doute le silice qu'il s'imposait pour avoir échoué ! A sa mort, les conditions d'héritage, les captations malhonnêtes de tiers, le séquestre des biens par une fondation, le désordre de la fratrie, ruinèrent l'édifice dynastique et la considération qui emportait encore l'adhésion de beaucoup de Français.

Henri VII d'Orléans
Henri VII, comte de Paris, s'essaya un temps à revitaliser la réflexion monarchiste mais à peu d'effet et de dépenses, et son fils Jean, duc de Vendôme, s'y attela à son tour avec pas plus de succès ni d'argent. Il faut dire que le vivier royaliste français ne croît pas, et que les légitimistes partisans du duc d'Anjou s'y comptent pour plus de la moitié de l'effectif, et que plus généralement l'Opinion est rebutée par la saga d'Orléans. Quelques vilaines affaires faisant les unes de la presse à scandales, déconsidérèrent les titres dits de courtoisie dont la famille s'était parfumée à foison, à quel bénéfice, je l'ignore encore, ceux-ci n'ayant rien rapporté ni en emploi, ni en entreprise, pas même en aventure. A part quelques modestes salariés, la famille nombreuse est en position de rentiers mesurant a minima la valeur ajoutée qu'elle devrait procurer au pays.


A quoi "joue" donc le duc de Vendôme ?

Duc de Vendôme Jean d'Orléans
Jean-Carl d'Orléans est le successeur désigné du défunt comte de Paris qui le préféra à son fils Henri lors du millénaire capétien de 1987 et l'adouba dauphin du Viennois l'année de sa mort en 1999. Il accepta (à tort à mon avis) et entreprit d'assumer la charge parallèlement à son père qui n'abdiqua jamais. Les relations furent toujours mauvaises entre eux depuis l'abandon du foyer princier en 1974 qui motiva l'exécration comtale. Jean d'Orléans a 51 ans aujourd'hui et n'est toujours pas établi fermement dans la vie. Il demeure au domaine royal de Dreux en "sous-location sans titres" d'un bail de villégiature octroyé à sa mère par la Fondation Saint-Louis qui gère la succession immobilière du défunt comte de Paris. Ses occupations de gérant d'un groupement forestier en Thiérache laissent et prennent du temps mais brident surtout ses ambitions professionnelles, s'il en a, après de longues études supérieures montrant de réelles capacités. Après avoir parcouru le tissu économique français dans des réunions publiques qui diffusaient sa pensée et rappelaient son existence, il a recentré sa joie de vivre sur sa famille de quatre enfants et ne parlent plus que d'eux, sauf réaction intempestive au conseil de régence créé par son père. Il donne l'impression d'attendre la disparition de celui-ci pour réaliser son projet de promotion de la maison d'Orléans sur la voie d'une restauration monarchique dans l'esprit de Juillet. Une Académie de Juillet devait être fondée par Eudes et lui en 2009, mais les années passent et passe avec elles la pugnacité nécessaire à réussir ce que son grand-père avait tenté. Manque déjà l'écho de ses prétentions dynastiques dans l'Opinion, manque l'argent en abondance dont disposait le vieux comte. C'est en vérité un travail de titan qu'il choisit : crédibiliser la monarchie et sa propre prétendance ! Et finalement, sauf un groupe de courtisans impécunieux et un bon millier de sympathisants en admiration gratuite qui ne sont pas d'un grand secours, il est seul à la barre.


Conclusion provisoire

L'enjeu politique ambitieux est écrasé par le néant des moyens. C'est le dilemme éternel des royalistes depuis que la couronne britannique a cessé de les financer. Les princes ne sont pas idiots au point de rêver à un futur de roi sur une base aussi étriquée en finances et en effectifs. Pensent-ils sérieusement que le Congrès appellera l'un d'eux en cas de crise institutionnelle gravissime ? C'est la fenêtre d'opportunité préférée des royalistes. Sont-il déjà formés (et entraînés) à l'emploi ? Ont-ils un projet praticable au départ, le lendemain matin à 7 heures ? Sont-ils entourés de compétences lourdes qui se saliront les mains pour eux, ou seulement de perruques poudrées tentées par le décorum ? Autant de questions qui convoquent une évaluation sérieuse des réalités.
On n'y est pas encore, mais cela peut venir avec les générations montantes qui, dans le nanomonde auquel ils accèdent, se foutront pas mal des titulatures, ducatures, comtatures et autres embellissements carnavalesques d'un chemin plein d'épines qu'il faudra malgré tout monter pour le bien peut-être, et la survie certainement, de notre beau pays de France dont ils pourront alors porter le nom. Il s'agira de héros ! Vienne ce temps !


Gaston d'Orléans

 

En attendant l'embellie, on lira avec profit l'entretien accordé par le comte de Paris au journal l'Action française 2000 le 13 juillet dernier et publié dans le numéro estival du 4 août 2016 en cliquant ici. Cette prise de position a été relayée par Le Figaro du 6/8/2016.


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lundi 1 août 2016

La Mémoire d'un ordre naturel


Ce billet a paru dans la rubrique Libres propos du Lien légitimiste n°69, tombé dans les boîtes fin juin (p.17). Ecrit bien avant le référendum britannique, il anticipait sans le savoir la fracture du Royaume Uni par l'exercice du procédé démocratique le plus brutal possible. Galles et Angleterre s'opposent désormais à l'Ecosse et l'Ulster. Londres fait sécession intérieure. L'ancrage monarchique qui tenait ensemble tout l'attirail grand-breton ne semble pas suffire, mais un Premier ministre adroit fait le projet de circonvenir ses pairs au Conseil européen pour satisfaire les brexiteurs sur la forme et les hérauts du libre échange sur le fond.
Le RU est une fédération de quatre nations, la France un Etat-nation. C'est la différence entre nos deux pays qui laisse tout son intérêt au billet du Piéton réclamant de ré-aimanter la société autour d'un souverain. Cet intérêt est décuplé par la demande anxiogène des Français d'être enfin gouvernés par des hommes en lieu et place des bêtes à concours qui trustent le pouvoir par le jeu mortifère des partis politiques. La constitution de 1958 était faite pour un chef d'Etat naturellement fort, elle fut de bonne application pour son "dauphin" Pompidou, mais montra bien des défauts quand les coteries partisanes la submergèrent ensuite. Il n'est plus besoin d'avoir autorité et charisme aujourd'hui pour prétendre à gouverner la France, mais de soumettre à ses vues un parti rassemblé et convaincre de nombreux sponsors. Nous sommes bien loin de l'ordre naturel. Ce billet entre en archives Royal-Artillerie sous le libellé LLL.

Bimestriel sur abonnement pour dix euros en version électronique et trente euros pour la version papier (6 numéros). Envoyer le chèque à : Le Lien Légitimiste 2, Le Petit-Prix 37240 La Chapelle Blanche Saint Martin.

« Puisque donc l'âme est immortelle, qu'elle a éprouvé de multiples réapparitions, et contemplé toutes choses, celles de ce monde et celles de l'Hadès, il n'est rien qu'elle n'ait appris, si bien qu'il n'est nullement surprenant qu'à l'égard de la vertu comme de tout le reste, elle soit en état de se ressouvenir de cela même qu'elle savait antérieurement. Car, puisque la nature tout entière est liée par des affinités, et que l'âme a appris toutes choses, rien n'empêche qu'en se remémorant une seule chose, on ne retrouve de soi-même toutes les autres, à condition d'être courageux et d'une endurance sans faille dans la recherche ; car ce qu'on nomme chercher et apprendre n'est en somme que réminiscence.» (Socrate* à Ménon dans un dialogue de Platon sur la vertu).

Comme s'il se souvenait d'un ordre naturel vieux comme le Temps, le petit d'homme organise d'instinct son environnement social en pyramide (famille, école, équipe sportive) et l'âge venant il ne s'en départit pas jusqu'à ce qu'on le force à raisonner sur d'autres bases. Est-ce cette inclination qui fait le succès des rois dans l'esprit humain ? Depuis l'aube du monde, l'espèce s'est organisée en pyramide et si d'aventure il s'est vu un peuple différent du modèle courant, il n'en reste rien, à croire qu'il n'a jamais existé. C'est le drame de l'impossible organisation par l'horizontalité, par la démocratie : l'être humain en ressent d'abord le côté artificiel, plaqué sur sa nature profonde, avant que d'être forcé d'y croire par une doxa politique de consommation courante, même si au bout du bout, il s'avère que ça ne marche pas. C'est le point où est rendu notre bel occident, pour paraphraser Maurras. La démocratie d'étage régalien ne marche pas. Pour preuve, à l'étage fédéral on lui substitue la technocratie, seule organisation capable apparemment de développement cohérent. En revanche, au niveau local l'arbitrage démocratique reste pertinent, soyons juste.

Les défauts inhérents au suffrage universel ont partout suscité des protocoles d'application censés les surmonter. Notre pays, dans ses modes de scrutins avantageant le bipartisme, est un champion de la fabrication des résultats électoraux, dès lors que le peuple est un souverain incapable. Mais le constat n'est pas nouveau. Proudhon** allait jusqu'à nier en termes définitifs le peuple remis en selle par la Deuxième République :
«Le Peuple, non plus que Dieu, n'a des yeux pour voir; des oreilles pour entendre, une bouche pour parler. Que sais-je, s'il est doué d'une espèce d'âme, divinité immanente dans les masses, comme certains philosophes supposent une âme du monde, et qui, à certains moments, les émeut et les pousse; ou bien si la raison du Peuple n'est autre que l'idée pure, la plus abstraite, la plus compréhensive, la plus dégagée de toute forme individuelle, comme d'autres philosophes prétendent que Dieu n'est que l'ordre dans l'univers, une abstraction ? Je n'entre point dans ces recherches de haute psychologie: je demande en homme pratique de quelle manière cette âme, raison ou volonté, telle quelle, du Peuple, se pose, pour ainsi dire, hors de soi, et se manifeste ? Qui est-ce qui peut lui servir d'organe ? Qui a le droit de dire aux autres : c'est par moi que le Peuple parle ?»
(Solution du problème social, 1848).

Et le même de pulvériser ensuite le suffrage universel qui n'est que l'arithmétique d'un arbitrage atomisé par des individus tous inégaux dans leurs capacités d'appréhension des questions sociales, en d'autres termes : faire droit à la quantité jusqu'à ce qu'une fraction de l'Opinion dépasse, même d'un cheveu, les autres pour les combattre légalement, les pressurer, le comble de la stupidité ! C'est le ferment des guerres civiles rampantes qui hantent la République depuis son rétablissement.

Nos concitoyens sentent bien au fond d'eux-mêmes que notre société est dans l'erreur. Ils ne perçoivent pas l'âme collective dans le désordre ambiant, il faut leur signaler qu'il n'y en a jamais eue. Le peuple n'a pas d'âme, son expression est fabriquée. Dans le passé, on le leur a fait croire mais dans les faits, la démocratie en ses meilleurs moments ne fut que le socle d'élection d'une nouvelle aristocratie capable de gouverner les corps sociaux jusqu'à ce que la dispute intrinsèque au modèle achète l'un et l'autre par le débondage de privilèges dévorant le capital de la nation pour en distraire le plus possible au profit d'intérêts particuliers, relançant déjà l'affrontement des factions que l'on avait su un moment apaiser. Le peuple, certes sans "âme" mais pour le coup unanime, constate la chienlit générale et l'incapacité des procédures politiques à y porter remède : les taux actuels d'impopularité sont accablants. De quelque bord qu'on l'observe, le système est récusé tous les jours dans son financement, ses modes opératoires, sa pseudo-aristocratie.

Le pays est écrasé de dogmes étatiques portés par une caste de fonctionnaires pléthorique qui finit par engloutir la valeur ajoutée de l'activité économique du secteur libre, sous le regard impuissant d'une caste politique, immense elle-aussi, et dont beaucoup de membres sont des fonctionnaires protégés, caste qu'il faut nourrir d'abondance dans ses réclamations et ses inutilités. Conscients de la captation de l'héritage républicain par une nomenklatura plus habile que savante, certains bégaient une resucée de la Quatrième république sous un numéro Six, plus encore soviétisée que le gouvernement provisoire de la Libération ; d'autres poussent à réduire un Etat impotent au bénéfice d'une approche technique des défis mondiaux par des équipes compétentes au niveau européen ; les rêveurs appellent à nationaliser des capacités de décisions qui ont disparu à jamais du fait de l'incurie crasse de notre propre Etat-nation ! Aucun, du moins si peu, n'appelle à revenir au modèle naturel ressenti en chacun depuis toujours : la pyramide et sa pointe immobile qui sert d'amer à tout le pays.

Nous devons retrouver le sens du monde en reconstruisant nos sociétés dispersées aujourd'hui en groupuscules hostiles. Le plus simple n'est-il pas d'y réintroduire d'abord l'aimantation générale que constitue partout ailleurs l'affection des peuples pour leurs souverains de chair et d'os ? Et d'accord enfin sur ce premier point, commencer à hiérachiser nos priorités d'intérêt général pour construire le Projet commun dont la France a maintenant un besoin urgent, à peine de fondre comme neige au soleil dans le magma global dont elle n'a pas su tirer tout le parti possible. Il nous reste peu de temps pour exercer ce qu'il nous reste d'autonomie à réparer notre pays. Le temps ? L'organisation mondiale des blocs en cours pourrait bien nous le prendre. Hâtons-nous !

* « Non seulement Socrate est la plus pure incarnation du bon sens et de la philosophie pratique dont la Grèce ait fourni le modèle, mais il demeure l'immatérielle image du beau moral et du vrai, non moins que l'exemple de la valeur civique et militaire, le symbole de la mort du juste » (Joseph Orsier). Lisez Socrate (chez Platon) un philosophe des plus modernes et des plus "clair" dans sa tête, qui vous changera des philosophes germaniques obscurs à la mode ! Nous avons été créés par la thalassocratie grecque et nous ne venons pas des landes de Courlande ni des marais de Poméranie, l'agonie du néant.

** Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), un des plus éminents publicistes du parti républicain socialiste (selon le Lachâtre de 1856), inventeur de slogans définitifs comme "la propriété, c'est le vol" ou "la démocratie, c'est l'envie".

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