mercredi 31 août 2022

Atlas sovieticus

Gornatchev en activité années 90

Avec Mikhaïl Gorbatchev disparaît l'ultime évolution du titan soviétique, celui qui renversa le gigantesque empire sous lequel il fut écrasé. Il survécut jusqu'à hier, ce qui est une anomalie dans le destin des sacrifiés sur l'autel de la Vérité. L'Union soviétique n'était pas viable économiquement, il en réforma les structures politiques et leur mode d'emploi, peut-être au motif du politique d'abord, sans soupçonner que le chaos qu'il provoquait lèverait contre lui la foule des ambitieux et successeurs voraces à la forge de la corruption. Lui, est resté clean. Requiescat in pace !

Mais l'empire soviétique a continué son chemin dans le sous-terrain pseudo-démocratique d'un pays mis en coupe réglée par une oligarchie triomphante, sans que la clique dirigeante n'abandonne le projet hégémonique russe d'expansion de son glacis au plus près de l'infranchissable. Par contact sur son limes, elle lève la guerre à l'ouest et la perdra au principe de réalité, l'empire grimace plus qu'il ne menace sous la férule du nabot maléfique, ses moyens étant insuffisants. Puis viendra la guerre d'extrême-orient quand ses adversaires naturels auront compris que l'ours était assez fatigué pour décider que c'était le moment à ne laisser passer pour le réduire à son rôle de marchand de bois duquel il n'aurait jamais dû sortir.

Poutine est l'antithèse de Gorbatchev, intellectuellement d'abord. Tacticien à fortunes diverses, il n'a rien d'un stratège et se goberge de formules apprises chez les bons auteurs. A la fin, il aura ruiné l'héritage de la nation russe en laissant une trace de sanglante médiocrité à tous égards. Gorbatchev ne l'aimait pas.

mardi 30 août 2022

Epilogue

Un an après l'accident, Martha et un vieux copain de lycée avaient ouvert un restaurant français à Saarbrücken, qui évoquait Marseille et le film Borsalino. Ça marchait moyen mais ils faisaient les frais. Des vieux de la ville s'étaient habitués et venaient voir la jolie patronne accorte et prévenante qui sinon boitait bas. Liliane n'avait jamais quitté la maison de convalescence où elle était surveillée pour un enfoncement du thorax. Aucune des deux n'avait entendu parler du crime turc de Mannheim, les garçons ayant jugé de ne pas parler de cette séquence estivale, à la fois pour ne pas plomber l'ambiance et accessoirement pour leur propre sécurité. C'est la traction qui relança l'affaire.
L'année suivant celle de la mort d'Alf et Med, Romain-Jean s'était laissé convaincre par un journaliste parisien de faire le reportage prévu sur la rénovation du cabriolet Citroën chocolat. Il s'était dit que les protagonistes étant aujourd'hui au repos dans le riant cimetière de Kolari à trois mille kilomètres de là, rien ne s'opposait à ce qu'il promeuve son talent dans la restauration de véhicules de collection. C'était aussi terminer le projet commun à tous les trois. Et le reportage parut dans Autoretro. La couleur spéciale n'avait pas changé. Il faut dire qu'elle rehaussait magnifiquement le modèle. Il y eut deux vidéos mises en ligne sur Youtube qui détaillaient les travaux mécaniques et de carrosserie, et qui se terminaient par une pub pour le garage de Calais, Calais Coachworks. Presque six mois après le reportage, Romain-Jean fut appelé par son ouvrier à descendre du bureau, un monsieur voulait le voir. Peut-être un Libanais ou un Syrien - il y avait des gens de partout pour le tunnel - lequel se présenta en lui tendant une carte de visite :

- Gehad Arslanoğlu, FAYA Group Ticaret As, Edirne
- Bonjour, que puis-je pour vous, efendim ?
En excellent français, le visiteur turc lui répondit que c'était une longue histoire qui concernait surtout des amis à lui, mais que s'il n'avait pas le temps maintenant, il pourrait revenir sur rendez-vous. Intrigué Romain-Jean le fit entrer :
- Je ne sais si je pourrais vous aider mais j'ai un peu de temps maintenant, venez dans mon bureau, par ici, s'il vous plaît.
M. Arslanoğlu monta l'escalier du bureau et déposa son chapeau sur le coin de la table, prit la chaise qu'on lui montrait et commença son histoire.

Il avait perdu son épouse dans la tragédie d'un crime d'honneur qui avait défrayé la chronique en Allemagne, à Mannheim exactement, c'est à côté de Ludwigshafen. Sa famille très traditionnaliste avait décidé de laver dans le sang l'affront d'un adultère présumé, et ses oncles avaient été condamnés avec leurs hommes de main pour deux assassinats, son épouse et sa sœur. Ils étaient détenus à Stuttgart. Par son épouse, il avait appris l'existence d'un cabriolet Citroën ancien de couleur chocolat qui d'une certaine façon était mêlé à l'affaire parce qu'il l'avait voiturée elle et sa sœur lors de vacances coupables entre guillemets dans le sud de la France. Et voilà que la voiture précisément décrite était maintenant sur Youtube et à Calais.
Romain-Jean alla droit au but.

- Je suis au courant du voyage de la voiture dans le sud. Que voulez-vous savoir aujourd'hui et pourquoi, enfin, si je peux me permettre cette question ?
- Je voudrais rencontrer l'un ou l'autre des garçons qui ont fait ce voyage avec cette voiture pour savoir la vérité sur les vacances de mon épouse et de ma belle-sœur. Depuis leur décès, rien ne peut nuire. C'est personnel.
Sans doute le Turc refusait-il les évidences même si son épouse avait dû parler de quelque chose au retour forcé de vacances. Romain-Jean fut gêné de lui dire que les deux garçons auxquels il pensait s'étaient tués sur une route de Finlande et qu'ils y étaient enterrés. Son visiteur prit cette affirmation pour une esquive.
- Vous êtes sûr ?
- J'étais à l'enterrement, Monsieur, c'était à Kolari sur le cercle polaire, le 26 septembre 2023.
- C'est arrivé comment ?
- Un accident de la route banal dans un virage, entre un gros camion de bois qui se déporte à gauche et une voiture venant en face et roulant trop à gauche. J'ai des photos de la voiture, une Volvo Amazon de collection. Je peux vous les montrer.
- Euh... désolé ! Non, c'est inutile. Merci.
- Je n'ai pas d'information sur leurs vacances dans le sud de la France, nos relations étaient justes de mécanique et carrosserie ; ce en quoi il mentait, mais ne sachant rien des intentions du veuf, il avait préféré maintenant sortir du jeu.
Le Turc baissa la tête, pensif et manifestement accablé ; puis il le remercia de l'avoir écouté et redescendit les marches lentement son chapeau à la main. Il s'arrêta un instant dans le rectangle de lumière du rideau de fer ouvert sur la rue et se recouvrant, prit à droite.


FIN


cabriolet Citroën
[clic]



lundi 29 août 2022

Programme de rentrée

cul de lampe à l'épée

L'été syndical est terminé depuis ce matin. C'est la rentrée sur Royal-Artillerie. Le roman de gare est fini, les musiques de plage aussi et les motos refroidissent au garage virtuel. On en revient aux choses sérieuses. Il y a trois assertions que le Piéton du roi voudrait jeter sur l'épure internétique dans les semaines à venir pour ce qui concerne la monarchie attendue. Chacune sera développée en temps utile à partir du mois prochain si Dieu etc. et les voici :


1.- Notre propagande monarchiste doit être claire, réaliste et concrète

  • Un projet clair est compréhensible par tous, même par les moins déliés de nos concitoyens ; il faut sans cesse objecter de la complication des mesures proposées pour le jour d'après.
  • Un projet réaliste s'appuie sur des réalités et pas sur des phantasmes ni des rêves.
  • Un projet concret se passe d'attendus, préambules et déclarations liminaires. Il tient debout tout seul. La séparation des domaines public et régalien participe de cette clarté mais nous devons nous améliorer.


2.- La nation française est une construction permanente du quotidien

Elle est plus forte ou moins forte selon les périodes, plus résistante ou moins, mais elle a besoin d'être connue parfaitement dans sa sociologie actuelle au sein de son environnement exact. Ce qui oblige à traiter les problèmes créés par la globalisation au lieu de les renvoyer à des décisions drastiques qui ne seront jamais prises. Le pays réel n'est pas "Le Pays réel". Echafauder sur des illusions mènera à la ruine du projet, pour longtemps. La sociologie du pays est un préalable désagréable pour beaucoup, mais incontournable.

3.- La pensée monarchiste doit se régéréner sur ce siècle.

Si l'héritage d'une forte production royaliste en physique sociale comme disait le Martégal, est abondant, nous évitant de créer la monarchie de demain ex nihilo, il circule très peu de pensée structurée autour de cette forme de gouvernement appliquée au monde de demain que trop de royalistes s'obstinent à refuser. Derrière le monument constitué par la bibliothèque royaliste, l'espace est encombré d'exemples autocratiques desquels on ne tirera rien qui ressemble à notre projet mais qui sont retenus par des explicateurs en manque de modèle. Il y a de la place pour des idées neuves qui ont fait leur preuve, ce qui est le paradoxe du monarchisme. Et ce ne sont pas douze blogueurs et dix conférenciers qui fourniront le jus de crâne. Il faut que de vrais intellectuels phosphorent sur la réinstauration monarchique au XXIè siècle et publient.

Hasta Luego !

samedi 27 août 2022

Où on passe le cercle polaire, une fois !

Roman de gare estival - Chapitre 9
Il reste deux ou trois jours de roulage selon le temps qu'il fera pour atteindre la destination finale au-delà de laquelle plus rien n'existe.

C'est à Umeå qu'ils vécurent le tournant du voyage. Après un ravitaillement copieux au Systembolaget de la ville qui ce jour-là fermait à 15 heures, c'était samedi, il rentrèrent au petit cottage qu'ils avaient loué dans un camp pour touristes à huit cent mètres de la plage. Les provisions étaient copieuses avec du poisson en boîte, des boulettes de viande à la sauce brune, du pain plat, du pain levé et des pêches en conserves de Thaîlande. Les garçons se mirent en cuisine dès six heures, il suffisait de réchauffer finalement. Les filles mirent la table, de la musique et on passa l'aquavit, puis des bières à 3,5° en vente libre, et des liqueurs parfumées de deux couleurs en petits flacons, jaune et verte... et on acheva l'aquavit qui n'aime pas prendre l'air. C'est bourrés comme des Russes qu'il finirent par se coucher sans trop savoir avec qui. Sauf qu'au matin à se lever pour chasser le mal de crâne, il parut évident à tous les quatre qu'il y avait eu "échange" et sans doute pire, sans précautions. Une bonne douche plus tard, on convint à l'unanimité d'oublier le déraillement puisqu'aucun d'entre eux n'en gardait le souvenir et de trouver la pilule du lendemain au principe constitutionnel de précaution. Mais l'affaire laissa des traces car ils ne se regardaient plus l'un l'autre de la même façon avec cette complicité muette qui avait présidé à leur relation jusqu'ici. Alf se disait même qu'à l'occasion, il saurait trouver le moyen de lever le doute. Peut-être sur le chemin du retour s'ils réunissaient les mêmes circonstances. Mais tout compte fait à la fin, ils possédaient ensemble un secret maintenant. Et c'est dans cet équipage qu'ils reprirent la route du nord le surlendemain, lundi, se promettant de ne plus mélanger les alcools en se rabattant sur le vin moins traître. Mais il était cher.

Il ne restait plus qu'à entrer bientôt en Finlande pour ressortir ensuite en Norvège et atteindre la queue de trajectoire au fin fond de la Laponie, Kirkenès. Le van allemand qu'ils avaient cotoyé au motel de Sundsvall y montait aussi, mais en faisant l'école buissonière. Ils étaient équipés comme pour une expédition au pôle Nord et cela ne rassurait pas nos amis qui s'interrogeaient sur ce luxe de précautions qu'ils n'avaient pas jugé bon d'embarquer. Med se sentait à ce moment-là comme un Congolais qui montait au Mont Blanc en espadrilles. Aussi avaient-ils prévu de questionner en détail les permanenciers de l'automobile club de la première "grande ville" sur les risques ou l'absence de risques à cette saison, avant de s'enfoncer au pays des rennes. Une chose était sûre, le temps changeait rapidement comme en montagne chez nous depuis qu'ils avaient franchi le cercle polaire arctique. Même si ce n'était pas la Ligne, l'équipe déboucha le champagne avec des biscuits tuilés en se photographiant sous le panneau indiquant le passage du Cercle. Les blousons fourrés étaient toujours à portée dans la voiture avec des bonnets de laine et pas rangés au fond de la malle. De même avaient-ils pris l'habitude de mettre leurs chaussures de marche quand ils roulaient, pour parer toute éventualité météorologique ou les effets d'un accident. Et justement...

carte de Botnie

Le camion de grumes de 40 tonnes se déporta sur sa gauche dans un virage plus serré quand Med venait lui-aussi sur la gauche de sa voie pour rattraper la courbe imprévisible ; il roulait à 75 km/h et dans le hurlement de ferraille dont les morts sur la route se souviennent toujours, l'Amazon qui avait chassé et surviré fut carrément écrasée par le train avant du Scania. La suite, nous ne la connaissons pas. Le rapport succint d'accident transmis aux familles dont on avait retrouvé la trace dans les papiers des voyageurs signalait le décès de deux garçons assis devant et des blessures sérieuses infligées à deux jeunes filles assises sur la banquette arrière. Leur rapatriement avait été confié à AWP France, société de secours aux voyageurs désignée par leurs cartes bancaires. Les corps des garçons seraient conservés un mois à la morgue de Kolari après l'autopsie à Rovaniemi, la capitale de la région, en attendant la décision des familles, soit de les rapatrier par le système d'assistance, soit de les inhumer en Finlande avec une participation modique.

Ne vint à l'enterrement que la soeur aînée de Med qui monta en train de Liège par Cologne jusqu'à Stockholm puis Gällivare en pleine Laponie, en autocar ensuite. Elle mit quarante heures mais avait une phobie sévère de l'avion. Romain-Jean avait été averti du décès d'Alf par sa mère qui avait été prévenue par l'ambassade de Finlande à Paris. Elle lui demandait d'avoir plus d'informations des autorités locales puisqu'il parlait l'anglais. Plutôt que de multiplier les appels à Kolari, il décida d'assister aux obsèques de son meilleur copain et partit de Calais vers Londres pour prendre un vol SAS vers Pajala via Stockholm et Luleå. D'un côté comme de l'autre, les familles n'avaient pas voulu se mettre en frais. Elles firent faire une gerbe chacune chez la fleuriste du village que leur avait indiquée le responsable local des pompes funèbres. Le pasteur prononça la prière d'usage devant les fosses jointes, tout en finnois, et tendit l'aspersoir. Y assistaient l'adjoint au maire et un délégué de l'entreprise de camionnage, le gérant des pompes funèbres municipales, ses quatre acolytes et deux retraités venus là par compassion. A peine eurent-ils tourné les talons que le fossoyeur démarra le bobcat municipal pour l'enfouissement. Romain-Jean ne voulait pas attendre qu'il tasse la butte à coups de godet et accéléra le pas. La sœur de Med rejoignit l'arrêt d'autocar pour attraper le prochain à ce qu'elle dit, mais il semblait douteux qu'il en passe un avant ce soir. Romain-Jean rattrapa l'adjoint au maire pour lui demander s'il était possible de voir la voiture. Il lui fut répondu qu'elle était une pièce à conviction qui illustrerait le rapport d'accident attendu par les autorités judiciaires de Rovaniemi. Mais vu la distance qu'avait franchi le Français, l'adjoint le confia à un chauffeur de la mairie qui l'amena à la casse-auto où gisait l'Amazon rouge. Romain-Jean avait nourri le secret espoir de la sauver en souvenir de son pote Alf. Le soir apportait la bise du pôle et l'épave était irrécupérable.

Toutes les vitres avaient explosé et le train avant était rentré dans l'habitacle avec la colonne de direction. Le moteur-boîte avait cassé l'arbre de transmission en reculant. Les secours avaient scié le pavillon en carré pour extraire les victimes. La clé était toujours sur le contact et la montre qu'il avait rajoutée sur le tableau de bord indiquait la bonne heure, comme un souffle ultime de vie. L'habitacle était plein de verre et brisures de toutes matières sous lesquelles il miroitait de l'huile sur le plancher, qui n'était pas de l'huile ; le coffre béant avait été vidé. Les roues arrière étaient intactes et montraient des pneus neufs. Il n'y avait plus de places à l'avant et deux minuscules espaces à l'arrière. C'est cette bulle dans la ferraille qui avait sauvé les filles de la mort, mais les séquelles des blessures provoquées par l'écrasement de la carrosserie dureraient sans doute longtemps. L'employé de mairie lui dit que le chauffeur du camion était toujours à l'hôpital et qu'il avait raconté l'accident à la police. A ce jour, personne n'avait dit qui était au volant, au prétexte des besoins de l'enquête, une discrétion qui semblait suspecte à Romain-Jean. Le premier communiqué de la "gendarmerie" qui avait été traduit en anglais indiquait que la Volvo aurait franchi la ligne jaune continue avant un virage à gauche quand le camion de grumes arrivait en face à vitesse normale en prenant tout sa voie mais que la sienne. Il était sûr que les autorités locales n'incriminerait pas le chauffeur routier, bien qu'il soit Pakistanais, et encore moins l'entreprise qui était un employeur local où le travail était rare. La venue du délégué à Kolari pouvait aussi signifier qu'il fallait accorder les violons de circonstances dans la dernière ligne droite administrative. Romain-Jean avait remarqué pendant le trajet en autocar entre Pajala et Kolari qu'ils n'avaient croisé quasiment personne sur les trente kilomètres du parcours. Ceci aurait pu laisser croire aux Français qu'ils étaient réellement seuls au bout du monde et faire relâcher leur attention, jusqu'à faire l'écart de carres fatal. Romain-Jean hésita un instant à prendre un souvenir comme le bouchon du réservoir mais préféra éviter les questions. Elle partirait à la compression dans quelques mois. De retour à la mairie, l'adjoint lui proposa un hébergement pour la nuit chez une paroissienne et lui offrit de le faire ramener à l'aéroport de Pajala demain matin par un employé de mairie qui avait des courses à y faire pour lui et le bureau.

Le Beechcraft décolla à l'heure. Quand il redescendit sur Luleå, Romain-Jean put contempler le port industriel encombré de grumiers et où stationnaient des brise-glace attendant l'embâcle de la baie. Il laissait deux potes sous terre avec qui faire des projets était terminé. Même s'il ne s'agissait que de bagnoles, Romain-Jean encaissait la tragédie comme un échec personnel ; il ne comprenait pas, pourquoi ce goût amer dans la bouche. Il était à un doigt d'imaginer une rupture du bras Pitman ou d'une rotule de direction sinon même une avarie du boîtier. Pourtant il avait ouvert le boîtier au garage pour changer les bagues, et les biellettes lui étaient apparues plutôt récentes. Une refabrication indienne ? Il ne pouvait libérer son esprit de ce tracas. S'il connaissait assez peu Med, Alf avait été son copain d'enfance depuis le collège, et ils avaient fait les quatre cents coups par toute la côte d'Opale. Jamais perdus de vue, ils passaient d'agréables soirées au pub, parfois en bonne compagnie. La page était tournée comme par un coup de vent froid. Il accusait le coup ! Deux mois plus tard, Liliane décédait à l'hôpital de Metz d'une embolie pulmonaire, il n'en sut rien.


vendredi 26 août 2022

Avènement de l'Etat moderne

Il faut lire Le Parti des Politiques de Bertrand Renouvin qui paraît en feuilleton sur son blogue personnel ; travail commémorant la Saint-Barthélémy (24 août).

Bertrand enouvin
Le titre complet est Le parti des Politiques et l'avènement de l'Etat moderne. Jusqu'ici, sept chroniques ont paru. L'ouvrage est d'importance et mériterait l'impression d'un fascicule à part collationnant tout ce travail. Il fait parti du dossier Res Publica chez Renouvin.
L'intérêt premier est qu'il ne s'agit pas de refaire les annales de la période, en gros la France des guerres de religion, mais d'en recenser les motifs profonds, d'en analyser les conjonctions et croisements, en un mot d'expliquer la trajectoire de ce mouvement politique recréant in fine l'Etat.
Bien qu'il se défende d'être historien, Bertrand Renouvin accède au niveau des meilleurs de la profession.
Voici les liens cliquables de ces chroniques avec tout simplement pour chacune, la phrase-seuil en italique et les libellés qu'y attache l'auteur, sans commentaires.
Ndlr: les mots clefs (libellés) ne sont pas cliquables dans notre article comme ils le sont sur le blogue de l'auteur. Y aller voir donc.

cul de lampe

Chapitre 1 (Chronique 169) - Nous commémorons cette année le 450ème anniversaire de la Saint Barthélémy. Commencés dans la nuit du 23 au 24 août 1572, les massacres de huguenots se poursuivent à Paris jusqu’au 29 août et s’étendent à la France entière.
mots clefs : Catherine de Medicis | catholicisme | Cicéron | colloque de Poissy | édit du 17 janvier 1562 | Etat | François de Guise | François II | guerre de Religion | Henri II | huguenots | massacre de Wassy | Michel de l'Hospital | papauté | protestantisme |
diviseur
Chapitre 2 (Chronique 170) - Commis par les hommes du duc de Guise, le massacre de Wassy plonge la France dans les guerres de Religion. La monarchie royale se trouve alors confrontée à un déchaînement de violence qui n’est pas seulement le résultat tragique de l’extrémisme catholique.
mots clefs : angoisse | calvinisme | Catherine de Medicis | catholicisme | Charles IX | Conjuration d'Amboise | Espagne | Etat | François de Guise | Guerres de religion | Guillaume d'Orange | monarchie royale | Paix d'Amboise | Philippe II | Surprise de Meaux | traité du Cateau-Cambrésis |
diviseur
Chapitre 3 (Chronique 171) - Il faut faire la guerre en vue de la paix. La conviction exprimée par Michel de l’Hospital est partagée par Catherine de Médicis. L’insurrection protestante qui suit le massacre de Wassy exige la mobilisation de l’armée royale.
mots clefs : Catherine de Medicis | catholicisme | Charles IX | édit de Saint-Germain | Elisabeth I | Espagne | Guerres de religion | Guillaume d'Orange | Henri de Navarre | Lépante | Marguerite de Valois | papauté | protestantisme |
diviseur
Chapitre 4 (Chronique 172) - Dans la France déchirée comme jamais, le pouvoir royal reste inspiré par une philosophie qui mêle l’humanisme érasmien et le néoplatonisme. Ceci afin de mieux cultiver un idéal de tolérance religieuse et d’harmonie politique pour le service de l’Etat, qui participe du divin, et pour le peuple qui devrait être tout uniment chrétien.
mots clefs : Catherine de Medicis | catholicisme | Charles IX | duc d'Albe | Gaspard de Coligny | Grégoire XIII | Guerres de religion | Henri de Navarre | Pays-Bas | Pie V | protestantisme | Saint-Barthélémy |
diviseur
Chapitre 5 (Chronique 173) - Le roman, le cinéma et divers livres d’histoire ont ancré l’idée de l’écrasante responsabilité de Charles IX, roi faible, et de Catherine de Médicis, reine cynique, dans les massacres déclenchés le 24 août 1572. Un vif débat demeure entre les savants qui ont récemment travaillé sur la Saint-Barthélemy
mots clefs : catholicisme | Charles IX | Espagne | Gaspard de Coligny | Guerres de religion | Henri de Guise | papauté | parlement de Paris | Philippe II | protestantisme | Saint-Barthélémy | Sainte Ligue |
diviseur
Chapitre 6 (Chronique 174) - En août 1572, face à une insurrection politique, religieuse et sociale, Charles IX et Catherine de Médicis ont sauvé in extremis ce qui pouvait l’être : l’autorité légitime n’a pas été renversée, les injonctions royales ont évité maints massacres dans le pays, l’Etat a pu conserver quelques éléments de sa puissance souveraine à l’intérieur du royaume – la liberté de conscience a été préservée – et dans les affaires extérieures.
mots clefs : Anne de Montmorency | catholicisme | Charles IX | Etat | François de Guise | Guerres de religion | Henri de Guise | Henri de Navarre | Henri III | Marguerite de Valois | médiation | Michel de l'Hospital | papauté | protestantisme | Saint-Barthélémy | Sainte Ligue | traité de Nemours |
diviseur
Chapitre 7 (Chronique 175) - La pensée des Politiques s’est élaborée dans la violence de l’Histoire. La seconde moitié du XVIe siècle donne à voir les pires atrocités mais les partisans de la paix civile et religieuse s’engagent selon des œuvres qui marquent leur temps et encore le nôtre.
mots clefs : catholicisme | Etat souveraineté | François Hotman | Guerres de religion | Henri III | Henri IV | Jean Bodin | médiation | Montaigne | protestantisme | République | Saint-Barthélémy |

cul de lampe


Nous ignorons si et quand d'autre(s) chronique(s) suivront sur le même sujet. En ce cas, elles seront ajoutées à cette recension.
A ne pas rater, c'est sûr.

jeudi 25 août 2022

La flotte russe prend l'eau

Alors que le flotte de la Fédération de Russie fut de longtemps considérée comme un péché d'orgueil de Vladimir Poutine, impressionné par les grandes unités seules capables d'inspirer la crainte aux contempteurs de l'empire russe, depuis le naufrage du Moskwa, il semblerait que la "crainte" ait changé de camp.
Toute la flotte de guerre russe de Sébastopol a été transférée à Novorossiysk sur la côte caucasienne. Ne restent que les bateaux de service et les marie-salopes. L'amirauté de Sébastopol, qui a déjà pris un drone kamikaze dans sa cour le 31 juillet, a pris un missile volant sur le toit ce 20 août. L'amiral avait pourtant été limogé par Moscou après la cagade du Moskwa, mais quand ça veut pas, ça veut pas.

Faisons la revue.

La flotte de surface est adossée à une industrie navale peu performante et dépendante de certaines fabrications étrangères (occidentales). Les six grands patrouilleurs récents ont déçu l'état-major. Il est question d'en revendre quatre à l'Algérie. Les frégates de la classe Admiral Gorshkov exigent au moins dix ans de construction et on n'en a mis à l'eau que trois sur les quinze prévues depuis 2006.

Le fameux porte-avions Admiral Kouznetsov, dans lequel courent des chats noirs la nuit, n'a plus levé l'ancre depuis 2017, signifiant que la flotille embarquée n'a fait aucun exercice à la mer depuis cinq ans. Il est en carénage à Mourmansk.
Les deux croiseurs de bataille de la classe Kirov qui n'ont servi qu'en diplomatie, le Pyotr Velikiy et l'Admiral Nakhimov, ne sont pas engagés, malgré le grand carénage du second qui a duré vingt ans (20) !
De la classe des croiseurs-lance-missiles Slava, trois sur dix seulement ont été construits, moins un (le Moskwa) qui fut perdu à Odessa. Ça tombe bien, il resterait une coque à terminer, mouillée à Mykolaiv.

Les bâtiments spécialisés dans les opérations amphibies ne sont pas prêts à combattre (à dire vrai, on n'en sait rien, ce sont peut-être les troupes de marine qui ne sont pas encore au niveau) puisque l'amirauté n'a lancé aucune opération de débarquement sur la côte ukrainienne (sauf sur l'île aux serpents dont ils sont repartis). Et pourtant c'était vraiment le mouvement tactique décisif au début de la guerre pour étouffer Odessa et créer le continuum entre la Crimée et la Transnistrie. Pour améliorer ses capacités amphibies, la Russie aurait mis en chantier deux copies du Mistral français. Il faudra les finir et importer les composants qu'on lit sur les plans français. Ce n'est donc pas pour demain.

le Belgorod

Reste la flotte sous-marine. C'est le seul vrai atout de Vladimir Poutine. Que ce soit en conventionnel ou en nucléaire, les chantiers russes ont sû garder l'expérience acquise sous l'ère soviétique après quelques années de déprime. A la guerre, ce sont des unités multirôles qui peuvent faire gagner la bataille. Ce sont eux qui délivrent aujourd'hui les missiles de croisière sur l'Ukraine. Mais les systèmes à base de Harpoon peuvent désormais les détecter au moment du lancement et la Mer noire devenir un bassin d'opérations navales trop étroit pour eux. Quelles que soient leurs qualités (reconnues), ils ne remplaceront pas les navires de surface dans les missions d'interdiction, de souveraineté ou de débarquement qui exigent de la masse.

A terme, par la rupture de ses approvisionnements en construction et maintenance à quoi s'ajoute le renchérissement des coûts de fabrication, la flotte russe est condamnée à régresser, qui pis est, dans un environnement insécure. L'otanisation de la Suède et de la Finlande provoquée par Poutine menace ses mouvements en Mer baltique mais aussi en Mer de Barents (Mourmansk). La Mer noire est une nasse. La seule liberté d'évolution est offerte par l'Océan pacifique d'extrême-orient, jusqu'à ce que le Japon ne termine sa montée en puissance pour obtenir la parité, et eux, n'ont pas de problèmes industriels.

Faute de déployer autour de plateformes aéro-navales les navires de défense qui forment un groupe aéro-naval quasi-impénétrable, ces grands bateaux qui allaient partout montrer le pavillon, sont devenus des cibles de plus en plus faciles à atteindre depuis que les missiles anti-navires gagnent en portée et précision. Il n'y en a aucun en Mer noire. La flotte russe pourra demain défendre ses atterrages et la liberté de navigation avant toute guerre, mais elle devra abandonner le rêve d'une escadre impériale océanique qui ferait sa loi. Fatale déception pour qui vous savez.

mardi 23 août 2022

Il suffit de passer le Pont

Roman de gare estival - chapitre 8
Bientôt libérés de pointage à Copenhague, Med, Alf et leurs amies attaquent la partie exotique du voyage vers le grand nord.

Øresundsbron
Le pont ? Il faut le voir en photo avant que d'y passer. Le mégapont de l'Øresund est le marqueur inoubliable du voyage en Scandinavie. Mille mètres suspendus au-dessus de l'eau et trois mille cinq cents mètres enfouis sous l'eau, ça vous la coupe ! Prouesse d'architecte certes, mais aussi un pied fabuleux pour les ingénieurs et le designer. On y va !

Le quadrille s'était confirmé à Copenhague et le lendemain de la rixe, Alf était passé au poste prendre des nouvelles des nationaux. Il apprit que les résultats revenus de l'hôpital étaient bons et donc qu'ils pourraient faire mouvement dès demain s'ils le souhaitaient, sans récidive bien sûr.
- Quand on a su que des Français se battaient en ville, on est venus vite, mais ce n'étaient pas les Français habituels, dit le capitaine du poste en souriant.
- Ils sont comment d'habitude, demanda Alf en rejoignant l'Amazon.
- Plus exposés au soleil ! Et ils ont des série 7 ou des classe S noires ! Bon choix l'Amazon, tout forgeron sait réparer ça et ça rend sympathique par ici.
- Il y a encore des forgerons au Danemark ?
- Oui, le dimanche pour faire des animations pour touristes. Vous montez où ?
- Kirkenès si Dieu veut !
- C'est loin, bonne route quand même ! Prenez une carte d'automobile club pour la Suède dans une station-service, comme le Riksförbundet M Sverige, ça aidera en cas d'imprévu, même pour deux roues crevées.
- Merci beaucoup. Salut Capitaine !

Et Alf rejoignit les autres à l'auberge de jeunesse pour annoncer les préparatifs. Il ne restait que 2400 kilomètres avant la mer de Barents, selon le Michelin.

C'était vrai, le passage du pont de l'Øresund valait à lui seul le voyage, et Alf avait trouvé de la documentation à l'Office de tourisme, ce qui leur avait permis de préparer le saut du détroit. Il traduisait la brochure anglaise à haute voix : depuis l'île danoise de Seeland jusqu'en Scanie suédoise : 7850 mètres de long avec les précurseurs à niveau et souterrain. L'infrastructure totale avec les voies d'approches routières et ferroviaires faisait seize kilomètres. L'architecte s'appellait Georg Rotne, il est suédois et son nom est entré dans l'histoire des travaux publics comme Gustave Eiffel. D'accord, répliquait Med, nous avons quand même le majestueux pont de Normandie et le viaduc anglais de Millau tout d'élégance ! Et Liliane de couper l'effet en précisant que le mégapont Hong Kong-Macao ne faisait que cinquante kilomètres au dessus de la Rivière des Perles. Et à Macao il y a des casinos, mdr !
- Oui, ce n'est pas Chaudes-Aigues, on savait déjà, répliqua Alf, qui leur avait narré leur passage dans la seule ville au monde à n'avoir pas inventé l'eau chaude.
Le quadrige s'était formé naturellement, Med et Martha, Alf et Liliane, mais Med semblait plus accroché car sa cavalière avait des arguments peu courants, au Plessis-Robinson s'entend ! Un profil de statue grecque, le nez dans le prolongement exact du front, de grands yeux curieux de tout, la gorge haute et petite, le reste dans les canons, et une conversation volubile mais créative. Liliane était brune aussi. Moins grande, elle faisait sans doute le même poids compensant la toise par des rondeurs bienvenues. Avec un visage d'ange moins expressif, elle était le type d'Alf. Mais lui avait un caractère de marin, sans attaches fortes, et s'il montrait chaque jour une galanterie de premier jour, il ne la badait pas comme Med badait Martha. A les regarder parler et s'affairer, on savait qu'elles ne venaient pas d'une souche lotharingienne, mais plus sûrement d'Italie méridionale. C'est du moins ce que pensait Alf.

Ensemble vous décidâtes de zapper Stockholm que vous feriez au retour selon le temps imparti. Depuis Malmö vous remontâtes par la rive orientale du détroit vers Helsingborg où s'embranche la route qui monte au lac de Vättern. Des gîtes y étaient facilement accessibles où vous passâtes deux nuits, puis rejoignîtes la route de la côte du golfe de Botnie qui montait en Finlande en faisant étape à Söderhamn, terminus de la nationale 50, où vous aviez réservé un AirBnB dans une maison en bois par l'entremise d'une connaissance de Paris. Deux jours furent dédiés à la pêche, et ce fut barbecue-poisson midi et soir. Les deux couples commençait à fusionner de leur côté chacun et ce qui n'était au départ qu'une idylle de voyage, pour l'agrément de la compagnie et la gaîté des soirées, montrait chaque jour les prémices d'un compagnonnage, si on pouvait le dire ainsi. Med et Martha avaient des conversaztions soutenues sur des plans de maison et Liliane, qui avait un bon coup de crayon, dessinait des profils de maisons écologiques. Alf en revanche prenait du temps pour l'entretien de la voiture. Le défi n'était-il pas de l'amener jusqu'à Kirkenès, et de la redescendre. L'Amazon allait quand même sur ses soixante ans ! Son copain Romain-Jean de Calais lui avait fait un plan d'entretien en distance et temps. Il s'apppliquait à le suivre si ça ne dérangeait pas le programme. Pour le moment, les fluides eau et huile avaient gardé leur couleur neuve et le circuit de freinage avait été passé à la Penrite silicone, donc sans entretien. Il convenait quand même de vérifier tous les niveaux le matin à froid ; une simple routine. A Kirkenès il chercherait un pont de garage pour graisser les trains roulants et huiler le châssis avant de redescendre. Pour le moment il huilait les charnières de porte, le verrou de capot-moteur et de malle et repoussait chaque matin le graissage des axes de pédalier difficile à atteindre. Il avait aussi une boîte d'ampoules de phare car en Suède on roulait tout le temps en feux de jour et ça bouffait les bulbes. Quelle connerie par beau temps !

Sundsvall

Justement, la latitude se rappela à eux le matin du départ vers Sundsvall. Un brouillard tenace qu'ils croyaient venir de la mer, enveloppait tout et à la station-service la caissière leur avait recommandé de différer leur voyage tant que le bouchon d'étoupe ne serait pas dissous par le vent, car en fait, c'est la forêt qui poussait des nuages au ras du sol sous le vent d'ouest. Ils se le tinrent pour dit et partirent faire un brunch dans une cafétéria en face du poste à essence en attendant l'embellie. Le temps était vraiment moche et le soleil, bien blanc comme plein d'eau, ne parvint à percer que vers midi. Il fallait raccourcir d'autant l'étape du jour. Finalement au bout de deux heures de roulage ils atteignirent avant Sundsvall une sorte de motel au bord d'un lac qui louait des huttes. Sur la route, il ne passait plus un chat. La météo devait être sérieusement hostile, valait mieux attendre que les dieux du panthéon viking soient mieux disposés à leur égard. Il y avait déjà une famille hollandaise (d'après la plaque) et deux couples d'allemands, du moins à ce qu'on devinait des femmes blondes en short bronzées cirage. Oui, ils avaient aussi un van Volkswagen immatriculé "HH" à Hambourg. Le bureau du motel avait un espace "picnic" comme on pouvait le lire sur la plaque au-dessus de l'entrée du store et où on achetait, à prix raisonnable bien qu'un peu plus cher, le strict nécessaire pour survivre à une nuit et pas d'alcool. L'espèce humaine ayant cet avantage sur les expèces animales de sublimer ses pulsions, la nuit fut dédiée à l'amour, comme il se pratiquait chaque soir en ces lieux prisés de la bonne société venue de la ville proche changer les olives d'eau. Vers 9 heures le soleil rayonnait. Un café expédié avec des brioches un peu sèches et vous décidâtes de faire au moins quatre cents kilomètres pour rattraper un peu sur le programme initial, sachant toujours qu'il faudrait s'arrêter avant cinq heures pour trouver où coucher. On ferait les sandwiches au prochain bled. Et l'Amazon vrombit !

(la suite au prochain numéro)

dimanche 21 août 2022

Cette guerre qui tarde

Dans deux jours c'est la fête nationale en Ukraine. Défileront à Kyiv les carcasses rouillés de l'arme blindée du petit csar pour se réjouir que la guerre des six jours finisse son sixième mois ! Pas plus qu'il n'a réussi son examen de sortie du KGB en 1985, Vladimir Poutine a échoué au brevet d'état-major en 2022 ! Mais il reste une valeur sûre pour ses admirateurs au plus profond de l'adversité.
montre à couronne inversée
Malgré les dénégations de Poutine, la campagne médiatique et offensive comme les outrances de Medvedev à raser tout ce qui n'est pas russe jusqu'à Berlin, instillent dans les opinions russe et européennes la promesse d'une guerre à venir, une guerre préventive pour Moscou ! Ci et là nous entendons parler des "attaques" de l'OTAN et réciter la fable de la trahison des Etats-Unis à l'endroit de l'Union soviétique à qui les Américains auraient promis de ne pas déplacer les frontières de l'Alliance plus à l'est que la ligne Oder-Neisse (C'est la frontière de l'Allemagne de l'Est et de la Pologne dessinée par Staline). Cette assertion participe de la propagande infernale du trio Poutine-Medvedev-Lavrov dont aucun n'assista aux discussions interalliées de 1990. Par contre nous avons la chance d'avoir encore parmi nous des acteurs soviétiques de premier plan qui vécurent ces moments-là, comme Mikhaïl Gorbatchev et Edouard Chevardnadze, lesquels démentent aujourd'hui que le sujet de l'élargissement de l'OTAN ait été abordé avec l'Ouest à cette époque. La prospective proprement militaire à la veille de la réunification allemande restait alors dans une posture réciproque des deux pactes en chiens de faïence s'observant pour savoir qui allait démonter son organisation le premier. Personne n'a jamais trouvé de "preuves" de cette promesse même si des choses ont pu se dire entre certains délégués de l'Est et de l'Ouest à la cafétéria ou au pissoir. On sait aussi que H.W. Bush (qui succéda à Ronald Reagan, le vainqueur de la guerre froide) refusait d'accepter dans l'Alliance des pays comme la Pologne ou la Tchécoslovaquie chez qui il prévoyait un coulage de crédits américains pour réhabiliter des armées bonnes à ferrailler, et que Bill Clinton qui lui succéda ne voulait, lui non plus, s'embarrasser des casses soviétiques. Il a fallu au pays de l'Est nouvellement libérés, une insistance de tous les instants auprès du Département d'Etat de Washington et auprès du Secrétariat général de l'Alliance à Bruxelles pour que s'ouvre cette possibilité. Mais on entend encore les agents d'influence du Kremlin sinon des experts désinformés, soutenir ce "parjure" pour apporter une brique de justification au mur des lamentations russes et sauver la réputation du soldat Poutine, réputation gravement entachée par la destruction systématique des villes et villages d'Ukraine au seul bénéfice de la terreur inspirée. Et ces putains de nazis ne paniquent même pas !

Un dénommé Dugenêt, Jean Dugenêt, dont le blog est hébergé chez Mediapart a fait un sort à ces sornettes. Il faut le lire ici (si le lien est rompu par Mediapart, me demander le texte que j'ai sauvegardé chez moi). Comme nous l'avons souvent dit, ce n'est pas l'OTAN qui a avancé mais les nations libérées qui s'y sont jetées, avant même d'ouvrir des négociations avec la Communauté européenne. Elles savaient d'expérience que la défaite soviétique ne changeait pas le fonds hégémonique impérial de la Russie et que l'ours aujourd'hui blessé, leur existence serait mise à nouveau en danger, une fois guéri. On sait aujourd'hui que tous les prétextes sont bons à Moscou, même les plus grossiers, pour dominer ses voisins. Les pays les plus menacés après l'Ukraine sont les trois pays baltes qui contiennent de fortes minorités de pieds-noirs russes, motivant tout secours existentiel, et la Géorgie. C'est pourquoi il faut vider l'abcès une bonne fois avec l'équipe mafieuse du Kremlin et stopper l'invasion de l'Ukraine, quoiqu'il en coûte aujourd'hui et bien moins que demain. Ceci implique de s'ingérer dans la protection des populations civiles que Poutine massacre d'allégresse. Nous savons faire des dômes de fer. Faisons-les ! Ce n'est pas de la cobelligérance.
carte OTAN
Avec l'adhésion de la Suède et de la Finlande, le confinement occidental de l'empire russe est achevé.


Le Piéton n'a pas les compétences nécessaires à un pronostic militaire dans cette guerre d'artillerie, mais j'ai noté que la mise en insécurité de la presqu'île de Crimée par les Ukrainiens était une riche idée. La Riviera russe sous les suies des dépôts d'hydrocarbures en feu, c'est une carte postale qui va circuler et alimenter les conversations à la veillée des datchas. Trente-six mille voitures russes ont quitté la Crimée après l'assaut non attribué sur Saki. En cassant tous les ponts, couper de sa logistique le saillant russe avancé sur la rive droite du Dniepr et menacer la sécurité de son éventuelle retraite n'est pas mal non plus. Si jamais Kherson tombe, c'est la honte, et de grands limogeages sont à prévoir à l'état-major russe. Et si quelqu'un perce le tablier du pont de Kertch, il y aura du novitchok en spray à la caisse à sable. Dans cette attente, une DCA moderne va rehausser la protection de l'ouvrage emblématique de la conquête de 2014, même si pareil système n'a pas privé le quartier général de l'amirauté à Sébastopol de se prendre un drone sur le toit.

Que les choses soient claires en stratégie comparée. Les présidents américains ne risquent pas le procès en canonisation pour la gestion de l'Urss qu'ils ont abattue, et ils ont, comme nous-mêmes, mésestimé entre bien d'autres choses le tropisme ukrainien bien vivant à Moscou au moment de la révolution orange de 2004. L'auraient-ils compris qu'il eussent mieux fait de forcer ensuite les accords de Minsk de 2015 afin de suturer la plaie purulente du Donbass, même si la signature de Poutine n'a de valeur que jusqu'à minuit. Si le pouvoir ukrainien a multiplié les arguties pour se cabrer contre la mise en application des accords, ce sont les Européens et d'abord la France et l'Allemagne au format Normandie* qui n'ont pas été à la hauteur. Il fallait user du chantage aux crédits d'investissements pour fédéraliser l'Ukraine. Le rôle de Merkel est trouble. Elle était la mieux placée pour détecter le prétexte que cherchait Poutine, elle parle russe, sait comment fonctionne le pouvoir soviétique, assez pour en reconnaître l'avatar. Et elle lui achetait tout son gaz. Mais ne voulant pas insulter l'avenir énergétique négocié avec les Verts, elle fit les gros yeux et pas plus. De notre côté, il faut reconnaître que les présidents de rencontre, que nous subissons depuis bientôt trente ans, n'avaient aucun une idée claire de la meilleure stratégie, se contentant de rapporter au pupitre ce qu'ils avaient entendu en conférence de chefs d'Etat. Hollande est l'archétype du président liquide, certes de bonne volonté, mais très insuffisant. Son successeur est un acteur, un peu comme Zélensky mais sans aucune conviction stratégique en propre, qui jouit au micro de l'imbroglio dans lequel il erre. Son crédo est la mutualisation européenne et c'est loin de suffire, à voir le peu de considération qu'il suscite inter pares.

Si la guerre d'Ukraine a été déclenchée par Poutine, on s'accorde à penser que l'Europe occidentale n'a pas été au niveau de l'enjeu par ses hésitations, les faux signaux (Nordstream II) et par dessus tout à mon avis, par la prise de commandement de la Commission européenne par la complaisante Allemagne qui n'avait qu'un agenda de prospérité dans la rigueur et de soft power complètement dépassé. Ses comptes budgétaires exemplaires traduisaient son désarmement militaire. Pas sûr que le cabinet Scholz de la coalition tricolore améliore le projet. Ils sont mous dans tous les compartiments du jeu et restent le jouet de leurs industriels, à commencer par la coopération européenne dans l'armement. Sans se fâcher avec l'Allemagne nous devrions reporter notre intérêt sur nos sœurs latines avec lesquelles nous partageons le théâtre de tous les prochains défis, la Méditerranée occidentale. Cette fois Merkel ne mettra pas le pied dans la porte pour favoriser son client traditionnel, la Turquie (5000 entreprises allemandes y travaillent). Pas sûr que notre foutriquet national l'ait compris, qui poursuit un destin qu'on lui assure mondial, en remplaçant le téléphone de Poutine par celui de Mohdi. L'autre est en Inde, vous imaginez ? On me dit dans l'oreillette qu'il a rappelé Poutine pour qu'il évacue ses canons de la centrale atomique. L'Elysée communique d'abondance sur l'entretien téléphonique duquel le Kremlin ne dit rien ni que dalle ! Ça va le faire, c'est sûr !
*Le format Normandie c'est l'Allemagne, la Biélorussie, la France, la Russie et l'Ukraine


char Armarta T-14
Si on croise les évolutions de part et d'autre, on comprend que le Pentagone a décidé de saigner à blanc la Russie de Poutine en se servant des capacités de résistance de Kiev. La Russie consomme une quantité importante d'armes et de munitions pour une guerre statique qui se pétrifie. Même si elle déstocke les dotations de l'ère soviétique en premier, elle emploie aussi mais à peu d'effet des armes très coûteuses comme des missiles de dernière génération chers et précieux. On ne voit pas non plus les chars Armata de la-mort-qui-tue (en silhouette ci-dessus) ou les derniers Sukhoï SU-57. Une énième rallonge, de 775 millions de dollars cette fois, est annoncée à Washington pour l'armement des unités combattantes. Par le détail des fournitures publié à dessein, on comprend que le Pentagone est de plain-pied avec l'état-major ukrainien puisqu'il anticipe la manœuvre. Par exemple, ils vont fournir dans la dernière tranche quarante véhicules MaxxPro de déminage, et des missile anti-radars AGM-88 HARM, signalant une contre-offensive américaine en préparation. L'artillerie de précision afflue qui permet de frapper dans la profondeur les QG, les aérodromes et les stocks de carburant et de munitions. Les coups de main des forces spéciales aboutissent toujours dans la zone occupée voire en Russie même. Il n'y a pas de sabotages par les spetsnaz en Ukraine qui sont rapidement capturés. Les Américains sont à l'évidence de plus en plus impliqués, ce qui ne fait pas les affaires de Poutine qui partait sur une opération spéciale la fleur au fusil avec une chaîne de commandement de bric et de broc. Si la contre-offensive tarde du côté ukrainien, c'est aussi que de gros contingents de spécialistes sont à l'instruction dans des pays de l'ouest. On parle de dix mille ukrainiens en stages au Royaume Uni.

Vladimir Poutine soucieux
Malgré le pilonnage aveugle de l'artillerie russe, "justifié" par l'immobilisation des forces adverses, le front n'avance plus. Le grignotage cesse, faute peut-être de ressources humaines (c'est ce qu'on dit partout mais bon !) et plus sûrement d'enthousiasme. On imagine sans peine les questions que se posent les soldats au sol du côté russe. Ils font quoi de mal les nazis commandés par un Juif ? Pourquoi les citadins opprimés ne nous ont pas accueillis avec le pain et le sel en libérateurs ? Les soldats ukrainiens du régiment Azov défendent la terre ukrainienne et alors ? A quoi sert-il de bombarder des quartiers d'habitation à Kharkiv ? Au fait, jamais personne n'a bombardé la centrale atomique de Zaporijia, on n'y voit pas non plus de canons, les relevés satellites canadiens espacés d'un mois n'y montrent pas le moindre trou. Par contre les ancillaires hors-périmètre sensible dérouillent pour déployer au plus large un chantage à la terreur nucléaire. A défaut de pouvoir incendier la centrale qui risquerait d'irradier les nouvelles républiques séparées voire les oblasts russes selon le vent, Poutine déplace son chantage à nul effet en Prusse orientale en surdotant ses moyens offensifs à Kaliningrad. On cherche à comprendre le coup d'après. La Mer baltique devient un "lac atlantique" par l'adhésion de la Suède et de la Finlande à l'OTAN. Ce mec est un génie. Va-t-il poser un ultimatum neutralisant ses voisins en les menaçant de lâcher ses missiles hypervéloces ? Au premier coup de semonce sur une gare de triage polonaise par exemple, au "motif légitime" du transit d'armes occidentales, il perd le pont de Crimée. On peut aussi prévenir Minsk que tout coup parti de Biélorussie sera réputé tiré par l'armée de Loukachenko et le coup rendu. On peut aussi installer un protocole de passage des détroits danois pour le contrôle des cargaisons en recherche d'articles prohibés. On peut descendre les brise-glaces du golfe de Botnie pour couper la ligne de navigation de Saint-Pétersbourg à Kaliningrad. On peut engorger l'Øresund de navires de commerce à l'approche de bateaux de guerre russes. Il fait moins de quatre mille mètres au débouché avec des tirants d'eau à dix mètres sur les bords. Le passage sous le mégapont est étroit, obligeant les capitaines à passer au-dessus du tunnel de Drogden par mauvais temps, donc au ras de la côte danoise et de ses batteries. Les autres passages sont aussi compliqués, insécures, tortueux et plus longs. Il y a mille façons d'emmerder Poutine en dehors du régime de sanctions. Pourquoi s'en priver, il nous fait une guerre qu'il n'ose pas nous déclarer de peur de la perdre, mais il l'a déjà perdue. Même le joyau de Sébastopol est remis en question. Ses armées sont embourbées pour longtemps et désormais s'usent sur place à se défendre. Ses généraux le sentent-ils ? C'est sa seule crainte. Va-t-il y aller quand même pour atteindre au tragique qui marquera sa page d'histoire ? Il est cornérisé et d'autant plus dangereux.
(19/08/2022)

samedi 20 août 2022

UDT.AF moins 5 - On se hâte !

Si le Camp Maxime Réal del Sarte est organisé pour les jeunes royalistes jusqu'à l'âge de trente ans, leurs aînés peuvent aussi participer au même endroit à quatre jours de manifestation parallèle groupés en université d'été du jeudi au dimanche. Le site AF communique les informations essentielles :

« Du 25 août au 28 août : l’université d’été débute le jeudi matin. Il est possible d’arriver le mercredi soir pour dîner.

Au programme : conférences, débats, moments conviviaux, nombreux stands artisanaux, littéraires, gastronomiques etc., et banquet festif pour clore cette belle semaine !

Le camp des petits chouans (3-15 ans) assure une prise en charge des enfants les matinées autour d’activités multiples ; les après-midi ils sont à la charge de leurs parents.

Le couchage s’effectue sous tente personnelle sur le site (ndlr: c'est plus marrant si vous avez des gosses), ou bien par vos soins dans des gîtes ou hôtels disponibles à proximité (ndlr: que vous aurez réservés déjà - on est au mois d'août). ». On peut apporter sa moto pour faire des runs le soir dans le bled.

Oui, c'est de la provoc ! On ne le fera plus.

jeudi 18 août 2022

Barkhane suite et fin

D'est en ouest le désert du Sahara n'a pas de limites ; plouf plouf ! Il va de l'Océan atlantique à la Mer rouge. Verticalement son écozone se limite aux deux lignes florales d'extinction du cramcram au sud et du dattier au nord. La pliure saharienne méridionale dont nous parlons souvent est la ligne Néma-Tombouctou-Agadès-Faya Largeau. Vous achetez la carte Michelin 953 que tout explorateur a dans le Land Rover et vous êtes prêts à comprendre l'orgueil de M. Macron. Pour finir la seconde savante, au nord, c'est la ligne Colomb Béchar-Ghardaïa-Gabès qui ferme l'Algérie utile.
carte Afrique Nord

Quelqu'un dans ce gouvernement de groupies a-t-il suggéré à Vulcain-président que la zone Sahel-Sahara, tu la tiens toute ou tu ne la tiens pas ; et que s'enferrer dans un schéma complètement étranger à l'épure stratégique n'est qu'un péché d'orgueil. Le trou noir représenté maintenant par le Mali russe démonte toute ambition de réduire par nous-mêmes les "djihadistes" sur zone. Vous allez comprendre. Supposons que la France ait été morcelée par un accident de l'histoire et qu'elle soit la proie de grandes compagnies de soudards dévôts qui convertissent par la terreur les masses laborieuses et démocratiques rescapées. La province orientale (ou burgonde) pourra-t-elle combattre cette nuisance en ne franchissant jamais la nationale 20 ? Oui, à condition que la province occidentale (ou wisigothe) chasse les mêmes avec le même entrain jusqu'à la nationale 20. Auquel cas les deux pouvoirs s'enverront des signaux de fumée pour s'entraider. Allez à la carte Michelin. Le retrait du Mali du dispositif défensif baptisé G5-Sahel laisse un grand vide en plein milieu du théâtre d'opérations. Nous sommes repliés à Niamey et à Ougadougou (OPS). Même si notre action se limite au renseignement et à l'appui-feu - on va quand même engager le 2ème Etranger pieds au sol - comment pourrons-nous fonctionner sans ouvrir le canal malien qui depuis hier est devenu un canal russe ? Allo quoi ? Comme donc le suggère Michel Goya dans un article de février dernier qu'il vient de recycler, ce n'était peut-être pas la peine de faire une crise d'urticaire quand la junte malienne a annoncé qu'elle appelait un soutien extérieur supplémentaire.
Sans vraiment composer avec le groupe Wagner, on pouvait la jouer plus finement en leur laissant un espace de manœuvre où exercer leurs talents, la zone est assez vaste, mais notre président a pris l'annonce de la junte comme un affront personnel et en a fait sa chose. Lors du sommet comminatoire de Pau, Vulcain s'était vu comme Bonaparte aux Pyramides et a distribué les rôles sans écouter vraiment les dirigeants africains, comme le relève le général Clément-Bollée chez l'IRIS (clic). Il a créé la Takouba blanche en soutien de Barkhane, expliqué où et quand les armées noires allaient de battre - je mets les Maures de côté - et pas une fois il n'a convaincu les participants que tout cela était vain sans résoudre le défi politique que représente l'impossible cohabitaion de deux races hostiles au Mali ! L'une ayant vécu dans le passé de l'esclavagisation de l'autre. A partir de quoi, il fallait mettre l'arme au pied et demander au pouvoir de Bamako d'appliquer les Accords d'Alger séance tenante avant qu'on ne ressorte les Tigres.

L'autre point d'interrogation est le succès logistique du déménagement de nos bases sahéliennes et principalement celui de Gao, après Kidal, Tessalit, Tombouctou, Gossi et Ménaka. Des centaines de conteneurs, pont aérien quotidien, des convois interminables sous couverture Reaper et Mirage, des jours de roulage pour les colonnes blindées ! Tout ça ? et le canard djihadiste est toujours vivant ? On peut comprendre que les FAMa s'affranchissent de cette masse trop lourde à manœuvrer et se satisfassent de troupes de fort à l'ancienne, de commandos de chasse anti-rezzou (comme Goïta en a commandé dans le passé) et du soutien brutal et indiscriminé de quelques chasseurs-bombardiers russes de vitrification des "tacticals". Ça fait un peu bande dessinée méhariste mais avec quelques précautions sérieuses d'éclairage, ça marche. Quelques drones turcs pourraient faire l'appoint si Wagner met en place un poste de pilotage. Auront-ils moins de résultats ? Nous n'en avons pas obtenu beaucoup, à part la neutralisation de chefs de katiba qui ne provoque rien de plus que de l'avancement chez les freux.
camions sur la piste

Restant en soutien de l'armée nigérienne et s'il y a lieu de l'armée tchadienne, nous n'empêcherons pas le commandement nigérien de prendre langue avec les troupes manœuvrant au Mali dans sa zone d'intérêt, et donc avec le groupe russe-qui-mange-les-petits-enfants. Que vont faire les Etats-Unis sur leur base de Niamey dans ce qui se présente comme une nouvelle OPEX sans résultats ? Parce que la fin de l'histoire sera toujours la même ; les tribus établies sur la zone finiront par négocier entre elles et trouver des accomodements avec le ciel et le narco-trafic. Nous sommes là-bas par le caprice d'un homme qui n'a aucun ressenti tactique et aucune formation coloniale pouvant lui apporter des clefs qui tournent dans les serrures ethniques. Sa vison est brouillée par le prisme démocratique mais il ne veut pas l'admettre. Tant que les tribus resteront désunies par l'effet des gouvernances clientélistes, elles seront un vivier de recrutement pour les groupes djihadistes qui prospèrent sur zone dans tous les trafics, à l'ombre du saint coran. Bien sûr nous pouvons aider les peuples sahéliens à repousser la crasse islamiste mais à la condition expresse de ne pas organiser les choses à leur place, et de ne pas parler à leur place. Nous pouvons aussi ne pas les aider et laisser construire et prospérer un émirat islamique. Le problème, notre problème, est que la frontière méridionale de l'Europe est justement au niveau de la pliure saharienne évoquée plus haut et que l'Algérie russiste de Tebboune pue la gangrène gazeuse, qui donc ne la tient pas pour notre compte. C'est géostratégique.

Postscriptum : C'est l'été. On peut lire à la plage le carnet de marche du Cdt Joffre vers Tombouctou où il entra le 12 février 1894 et en apprendre beaucoup sur l'organisation touareg. C'est à lire ici.

La baston

Roman de gare estival - chapitre 7
C'est parti pour Amsterdam, la porte de la Scandinavie. L'armement de l'Amazon étant réalisé, il sied maintenant de faire le vrai voyage.

Le meurtre des deux copines de vacances de l'été dernier continuait à affecter les relations d'Alf et Med avec les filles qu'ils rencontraient. Mais d'avoir appris qu'elles étaient régulièrement mariées, juste en fugue, leur laissait croire qu'ils avaient fait un pas hors de l'épure "soleil, sexe et mer" en entrant dans des complications imprévisibles, ce qui les dédouanait au fond de leur sentiment diffus de culpabilité.

Trois jours avaient passé. Le camping international était plein. Beaucoup d'Anglais venus par le ferry de Newcastle, et le reste de toutes provenances. Alf avait une liste de curiosités incontournables, le Rijksmuseum d'abord, une croisière dînatoire en bateau-mouche pour laquelle il serait mieux d'être accompagnés et surtout, le Musée maritime. On pouvait aussi louer un vélo. C'est la crosiière qui fit décoller le voyage. Il ne fallut pas grand effort pour convaincre deux françaises qui partageaient une Amstel avec nos deux brigands d'abandonner les sandwiches poulet-mayo-salade du kiosque pour un vrai repas assis, boisson à volonté, avec la ville qui défile derrière la glace. Mais c'est au Rijksmuseum le lendemain qu'on forma le "pack". Alf fit très fort devant une copie des Joueurs de cartes d'Hendrick van der Burch - Med le savait savant sur le siècle d'or hollandais mais quand même - la prise était de 1660 :

tableau hollandais
Le chapeau du joueur est en castor du Canada ; le motif des carreaux de sol est chinois ; le pichet en faïence de Delft imite la porcelaine de Canton ; le tapis est turc ; la carte marine invite à rêver ; le jeune serviteur d'importation aux boucles dorées en livrée chamarrée regarde le jeu, surpris par qualque chose. La fillette repose son chien sur un coussin en brocart de soie italienne à l'insu de sa mère qui bluffe. Les fenêtres nous séparent de l'ailleurs qui est partout présent dans la pièce. Fin de l'exposé sur la mondialisation occidentale. Mais c'est avec Wermeer que vous vous éclatâtes ! Alf avait la manière d'éveiller l'intérêt du nyctalope, celui qui entre dans la pénombre d'un tableau, et chaque pièce à deviner s'avérait intéressante. Que faisait dans La liseuse le gros cupidon dans son cadre sous le repentir découvert en 2017 ? il l'a remis dans La dame debout. Pourquoi cette obsession ? Qui se reflète dans le carreau de la liseuse ? le mari ? De qui est-donc la lettre ? Alf avait des réponses qu'il apportait avec une conviction telle qu'il était cru sans rire. Les filles n'avaient pas fait l'école du Louvre, mais de la bonne bourgeoisie lorraine elles rapportaient l'attention et le bagage. Il y avait donc un échange et cela était prometteur pour la semaine de vacances annoncée. Et voici, sans plus attendre, la minute à boire pour chasser le spleen batave (avec la traduction en dialecte) :

Your rainstorm creates spots On my pearlwhite mood My hands are on your hips But my mind is at the door They say it becomes a habit I tried But no matter how it turns My house protecs no more It rains harder than i can take Harder than i can drink It rains harder than the ground can take Harder than i can Your rainstorms are the clouds On my heavenly blue mood My hands are on your hips But my mind is at the door Your eyes remain grey Denying every color It's like there's no one living there Like there's nothing going on It rains harder than i can take Harder than i can drink It rains harder than the ground can take Harder than i can Your rainstorms are too dark For my heavenly blue mood Cause's my head is in the clouds And my hand is at the door Harder than i can take Harder than i can drink It's raining harder than the ground can take Harder than i can It's raining harder than i can take Harder than i can drink It's raining harder than the ground can take Harder than i can

Depuis l'ouverture du grand pont sans doute, le ferry si commode d'Amsterdam à Göteborg n'existait plus. Vous feriez donc une plage de la Frise pour le coup d'œil exceptionnel puis gagneriez Copenhague. On n'évite pas Copenhague s'il y a de la place pour quatre à l'auberge de jeunesse. Il y en avait ! Et un parking aussi à proximité. Depuis l'épisode du Rijksmuseum, le niveau du voyage s'était rehaussé, ce qui faisait marrer Alf quand il voyait Med distrait de ses obsessions de pitécanthrope : se nourrir pour se reproduire. Evidemment, on ne pouvait secouer ces dames comme des cagoles après qu'elles aient insisté au point-presse pour prendre un guide culturel de la ville plutôt que "Bars & Lounges". Mais Alf l'avait feuilleté rapidement pour retenir le nom de deux ou trois rues loin du désert de la soif. C'est ainsi que savamment guidée, l'équipe parvint à l'entrée du Wessels Kro, bar historique mais tendance et pas trop touristique, quoique ! Du poisson en smørrebrød, du porc grillé-persillé-patate, le plat national dit-on ; escargots à la canelle (c'est un petit gâteau pégueux) et des pintes de bière, eurent raison de l'appétit des dîneurs. L'addition et vous rentrâtes à pied. Riche idée pour se faire des souvenirs. De fait, sorti du night district - le red district était ailleurs - l'affluence avait beaucoup baissé et ils étaient trois qui barraient maintenant le trottoir en éructant dans un pâtois incompréhensible et pâteux, que même Shakespeare avait refusé d'insérer dans son Hamlet. Med avait assez bu pour tenter de négocier le passage mais Alf qui tenait mieux la mousse, rangea les filles derrière eux et s'adressant à Med lui dit d'une voix forte :
- Quand faut y aller, faut y aller !
Feintant du gauche il décocha un coup mortel dans les joyeuses de la plus proche des brutes, et Med recouvrant la mémoire de ses cours de noble art entra en mêlée de crochet en upercut. Les filles avaient reculé, Martha fouillait dans son smartphone le numéro des flics. Le problème est que les trois cochons danois étaient trop bourrés pour sentir les coups. C'est un vieux truc d'apache des fortifications que de ne pas engager des ivrognes. Alf et Med commençaient à l'apprendre et le manque d'assiduité à la salle de muscu se faisait sentir. Finalement c'était le 112. Liliane était partie relever la plaque de rue qu'elle avait photographiée à cause d'un nom imprononçable, et le temps de revenir, un petit attroupement s'était formé mais de renfort, point, ils étaient tous Danois ! Cinq minutes après, la sirène enfin. La Passat jaune et blanc arriva, suivie peu après par un fourgon, laissant supposer que la POLITI allait embarquer tout le monde pour démêler le vrai du faux au poste.


- Qui a appelé le 112, demanda un sergent de police.
Martha se retint à quatre de lever la main en réalisant qu'elle allait monter elle-aussi dans le panier à salade. Liliane et elle reprirent leur chemin vers l'auberge où elles attendraient des nouvelles. Elles étaient crevées en plus et passablement "intoxiquées". A l'éthylotest dans le fourgon, les trois Danois sortirent vainqueurs haut la main, ce qui rehaussa leur fierté. Chacun néanmoins se tenait à carreau, les flics ayant menacé d'enchaîner leurs invités aux mains courantes s'ils remuaient ou s'invectivaient. Arrivés au poste, la séquence papiers, interrogatoire, attente interminable faisait ressembler ce moment-là à une garde-à-vue. Alf et Med avait pris le parti de ne rien demander, de se tenir tranquilles et de somnoler. Med avait choisi un coin de la banquette pour se caler facilement. Il faut dire qu'étudiants, ils avaient déjà fréquenté les salles de police et même les cages pour Med. Deux heures étaient passées qu'on appela enfin Med pour sa déposition. Il fut bref et concis. Alf suivit qui n'en rajouta pas, sauf à admettre le coup de pied qui avait été apparemment signalé par le Danois. Puis il leur fut notifié en (mauvais) français qu'ils étaient libres de rentrer à l'auberge mais pas de quitter la ville avant que les résultats des examens médicaux des trois Danois ne soient tombés. Ils devraient donc revenir au poste avant de partir mais certainement pas demain.

- On leur a donc mis la branlée ? dit dehors Alf en riant.
- J'ai foutrement sommeil.
Il était quatre heures du matin et le ciel était déjà clair.
Ils ne se souvenaient plus du code et durent réveiller les filles pour l'obtenir et entrer se pieuter, morts !
(la suite au prochain numéro)

mardi 16 août 2022

Au balcon de la Collaboration

Le Pen, Mélenchon, Zemmour
...auxquels s'ajoutent Asselineau, Dupont-Aignan, Fillon, Gave, Mariani, Myard, Philippot, Sapir, Stone etc.

D'où vient la kremlinophilie d'une partie des élites françaises qui depuis l'invasion russe de l'Ukraine ont mis leur enthousiasme sous le boisseau mais ne l'ont pas éteint ? Françoise Thom disait que la France se sent une proximité structurelle avec la Russie. Économiquement et politiquement, c’est un pays étatisé, avec des penchants centralisateurs jacobins et un fort tropisme antilibéral, dans lequel se rejoignent la droite et la gauche (source). Mais de là à célébrer Poutine ! Il n'est pas un jour qu'on ne se moque des sanctions occidentales du côté des amis français de Vladimir Poutine, au motif de leur inefficacité. Ils demandent leur levée afin de protéger les peuples européens des effets secondaires, subis déjà ou attendus. Je ne voulais pas croire, qu'à l'exception des révolutionistes tarés de la France insoumise, tous les idiots complètement inutiles du Kremlin soient du bord de la droite classique ou dure en France. Qu'ils admirent un agent raté du KGB qui a réussi à garantir par la force la fortune familiale d'un président finissant au seuil du delirium tremens, parce qu'il va à la messe le dimanche et défend la race slave, me sidère. Le reste (et ce billet sans doute) ne serait que propagande contre lui. Et pourtant ! Il y a deux choses à remettre droit :
Si on excepte les rétentions d'offre par spéculation de la part des importateurs, la population française ne souffre pas des sanctions occidentales imposées à la Russie - il n'y a jamais eu aucun produit russe au supermarché - et le rationnement énergétique probable pour l'hiver prochain sera supportable tant nous gaspillons aujourd'hui d'énergie comme des enfants gâtés. Mettez un poêle (c'est l'Etat qui paye) et rentrez du bois.
Deuxièmement, les sanctions occidentales sont en train de ruiner l'économie russe, dans le visible et l'invisible, ce qui sera certes rattrapable en temps de paix plus tard, mais sous un régime différent parce qu'à celui-ci, tout le monde a déjà donné. Mais les sanctions détruisent surtout la confiance commerciale entre les opérateurs russes et le monde extérieur, confiance sans laquelle aucun contrat ne sera signé demain. Même les opérateurs chinois hésitent déjà à s'engager (voir ci-dessous)! Et proclamer que les deux tiers des représentants de la planète à l'ONU n'appliquent pas les sanctions occidentales à la Russie ne veut pas dire que leurs opérateurs nationaux se risqueront à la rupture d'embargo. Seul fonctionnera le marché noir international mais à son bénéfice propre et pas à celui de la Russie. Vous voulez du cobalt russe ? No problemo ! On va vous l'obtenir 20% sous le cours mondial. En bitcoins ? En bitcoins !
Nous n'entrerons pas aujourd'hui dans le ressenti des peuples russes que nous ignorons, mais que les amis de Poutine jugent excellent pour le pouvoir adoré, parce que les sondages indépendants le disent. Tous biaisés par appel téléphonique d'abonnés repérés (relire 1984). Mais il y a des faits qui contredisent les agents d'influence du Kremlin et c'est de cela qu'il faut parler maintenant, en se demandant d'où Marine Le Pen tient ses informations rassurantes sur la vie des Russes. De l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours ?
Plusieurs études émergent au cinquième mois de la guerre et nous avons choisi celle de Foreign Policy, un institut dont nous connaissons l'intégrité. Cet article de Royal-Artillerie n'est pas une traduction (original ici) mais une recension, peut-être même infidèle à la marge parce qu'elle s'alimente à d'autres sources aussi.

C'est parti !

Comme l'opinion est reprise en main par le pouvoir pour cacher les dissidences sourdes et les oppositions publiques, l'économie russe est absorbée par le trou noir statistique des chiffres gouvernementaux. Instituts et fondations, pas nécessairement hostiles, sont privées de données. Jusqu'ici un flot mensuel de chiffres inondait les rédactions économiques. Sans tarir le flot complètement le Kremlin, dont les publications étaient jusqu'à l'an dernier appréciées, sélectionne maintenant tous les chiffres sans signification pour permettre la compilation de pages statistiques par des tiers. La publication est aussi épaisse mais contient une masse de chiffres sans intérêt. Les données défavorables en ont été expurgées. Ont disparu ainsi les chiffres du commerce extérieur, surtout ceux des échanges européens, les données sur le gaz et le pétrole, les exportations de denrées, les entrées et sorties de capitaux; les investissement étrangers directs, les prêts et emprunts par origine des fonds. Même l'Agence fédérale du transport aérien, Rosaviatsiya, a cessé d'informer sur les volumes de passagers transportés. Tout va dès lors pour le mieux dans le meilleur des mondes (c'est le cas de le dire).
Les instituts qui mâchent ces statistiques sont obligés de projeter dans l'avenir les tendances annoncées par l'économie russe d'avant-guerre. Ces travaux ne valent plus rien même s'ils alimentent les idiots inutiles à l'étranger. Pas découragés, les experts* de Foreign Policy ont contourné l'ouragan des mensonges, et en croisant des données complexes impactées par l'économie courante - c'est un peu l'histoire de la consommation électrique qui confirme ou infirme le taux de croissance chinois - ils sont parvenus à donner une image assez fidèle de l'économie russe après cinq mois de guerre en Ukraine. Le résumé est sans appel : Le départ du bizness étranger et les sanctions sont en train d'écraser l'économie russe à court et long terme. Voici les controverses les plus courantes ; il y en a neuf :
*Ces spéléologues s'appellent Franek Sokolowski, Michal Wyrebkowski, Mateusz Kasprowicz, Michal Boron, Yash Bhansali, Ryan Vakil

(1) La Russie peut rediriger ses exportations de gaz vers l'Asie au lieu de l'Europe

Non ! Le gaz est une énergie captive. Seulement dix pour cent du gaz russe peut-être liquéfié et donc dérouté. Tous les gazoducs russes au départ de Russie occidentale vont en direction de l'Ouest et ne sont pas connectables au réseau sibérien naissant qui approvisionnera un jour l'Extrême Orient. En réalité les 16,5 milliards de mètres-cubes exportés en Chine populaire l'an dernier ne font que dix pourcent des cent soixante-dix milliards de mètres-cubes exportés en Europe (83% de la production totale russe). Le gazoduc asiatique en construction prendra des années et engloutira beaucoup d'argent. La Russie perd la carte "gaz". Exportatrice de minerais et denrées non transformés, la Russie est bien plus tributaire des pays étrangers que l'inverse. Le gaz russe va rester dans le sol et Gazprom a publié ses chiffres de production de juillet en baisse de 35% sur une année. Le prix de la crise est significatif pour les finances du géant russe.

(2) Puisque le pétrole est plus fongible que le gaz captif, Poutine peut simplement en vendre plus en Asie

La Chine populaire et l'Inde ont déja compris qu'elles étaient les seuls débouchés pour l'huile russe de l'Oural, ayant par ailleurs bien d'autres fournisseurs potentiels, en résultat de quoi elles ont "accepté" un rabais de 35 dollars au baril quand auparavant le pétrole russe valait le prix du Brent ou du WTI avec parfois un petit rabais commercial de cinq dollars selon l'humeur. Ceci sans masquer la contrainte logistique, les tankers russes mettent en moyenne trente-cinq jours pour livrer les parcs asiatiques quand il suffisait de sept jours vers l'Europe. C'est pour cette raison qu'habituellement le pétrole russe partait plus en Europe qu'en Asie (53% contre 49%). Cette contre-performance est sensible pour les compagnies russes parce que leur pétrole est plus cher à extraire que celui de leurs grands concurrents. Reste pour l'avenir la crédibilité entamée de fournisseur d'énergie non fiable, comme de tout autre matière première ! Le statut de superpouvoir énergétique est durablement compromis, à tel point que le ministre de l'énergie a révisé ses projections de production, en forte baisse.
Ndlr : pour comprendre le marché des commodités, il faut garder à l'esprit deux choses : la première est que le marché d'une matière est à somme nulle, tout déséquilibre entre l'offre et la demande est ajusté instantanément par le prix du jour. Donc ce que ne vend pas la Russie en Europe peut tout à fait partir en Inde mais les quantités que l'Inde approvisionnait jusque là sont à nouveau libres sur le marché et sous pression, que l'Europe par exemple peut racheter immédiatement un peu moins cher. Donc la démarche ne crée pas de pénurie. La deuxième chose est qu'il n'y a que deux énergies mondiales libres (fongibles) qui se vendent et s'achètent n'importe où, ce sont le pétrole et le charbon. Donc ces commodités ne peuvent subir aucun embargo et entrer dans le même paragraphe d'analyse que le gaz.

(3) La Russie compense la perte du bizness et des importations occidentales en y substituant des importations asiatiques

Les importations jouent un rôle important dans l'économie russe puisqu'elles représentent vingt pourcent de son produit intérieur brut. L'autarcie recherchée par Poutine se heurte aux besoins cruciaux d'intrants divers, de pièces détachées et de technologie, détenues aujourd'hui par des partenaires commerciaux plus qu'hésitants. Les imports russes se sont réduits de moitié ces derniers mois. Le relais asiatique ? On notera que l'administration des douanes chinoises publie une diminution de cinquante pourcent des exportations vers la Russie depuis le début de l'année, passant de 8,1 milliards mensuels à 3,8 milliards de dollars US. Normalement la Chine populaire exporte sept fois plus de biens aux Etats-Unis qu'en Russie et donc la crainte de dommages collatéraux retient les opérateurs chinois de contourner les sanctions occidentales pour sauver des positions marginales en Russie. Ce pays n'a pas la main sur son commerce extérieur (ndlr: nous l'avons souvent dit ici, le comparant à un pays africain de rentes minières).

(4) La consommation intérieure russe et la confiance des clients restent fortes

Tous les indices parallèles signalent le contraire. Les anticipations "officielles" des chefs d'entreprises ont plongé de vingt pourcent. De combien en vrai, nul ne le sait. Les ventes de véhicules importés sont stoppées. Le commerce électronique (Yandex) et les ventes en ligne des grandes villes ont plongé profond.

(5) Le bizness globalisé n'a pas réellement fui la Russie et la fuite des capitaux et des talents est surestimée

Les sociétés globales représentaient cinq millions de travailleurs (12% de la force de travail). Plus d'un millier de sociétés qui formaient quarante pourcent du PIB russe ont mis la clé sous la porte, annulant trois décennies d'investissements étrangers. S'y ajoute l'exode de cinq cent mille citoyens (ndlr: à notre avis le chiffre est exagéré), parmi les plus éduqués et les plus compétents du pays, un exode que le pays ne peut pas encaisser facilement. Même le maire de Moscou est d'accord que la perte d'emplois sera massive.

(6) Poutine dispose d'un excédent budgétaire dégagé par les prix augmentés de l'énergie

Le ministère des finances annonce un déficit de deux pourcent du PIB malgré la hausse des prix de l'énergie. Ceci est dû aux dépenses d'équipement militaire et aux interventions de tous ordres du Kremlin dans les domaines monétaire et fiscal y compris des projets qui tiennent au cœur du tsar, le tout financé par la planche à billets. La banque centrale a doublé la mise à disposition de roubles.

(7) Poutine dispose de centaines de milliards de dollars d'épargne de précaution, permettant de tenir sans que les finances du Kremlin soient impactées.

Le défi le plus sûr pour Poutine est que des réserves en devises étrangères s'élevant à six cent milliards de dollars, trois cents milliards sont gelés dans les banques américaines, européennes et japonaises. Il se discute d'employer ce séquestre à reconstruire l'Ukraine plus tard. Les réserves disponibles sont consommées rapidement, soixante-quinze millards depuis le début de la guerre, ce qui est techniquement normal après les sanctions imposées à la banque centrale de Russie. Par contre, la banque de Gazprom qui n'est pas sous sanctions peut faire office de coffre à devises mais son compte d'exploitation ne lui permet pas d'en stocker beaucoup, tant elle a de dépenses à couvrir et un avenir moins que clair en perdant à terme tous ses clients solvables occidentaux.
Plus inquiétant. Le ministre des finances a ressorti une vieille règle budgétaire disant que les surplus de la vente de gaz et de pétrole doivent être dirigés sur le fonds national souverain. Poutine a coupé court à la proposition y compris en rapportant les règles de dépenses du fonds national souverain, afin de pouvoir combler le déficit budgétaire de cette année, ce qui amputerait le fonds d'un bon tiers de ses avoirs. Tout indique que le Kremlin se dirige vers un assèchement de ses réserves.

(8) Le rouble est la devise la plus performante au monde cette année

C'est faire bon marché d'un contrôle des changes parmi les plus sévères au monde. Il est impossible à quiconque d'acheter des dollars ni même d'accéder à ses comptes bancaires en devises. En revanche l'exigence posée aux exportateurs de se faire payer en roubles accroît la demande en roubles sur un marché de changes très étroit, faisant donc monter le taux. Les volumes d'échanges contrôlés n'ont plus rien à voir avec ceux précédant la guerre, et un marché noir des devises se déploie. Même la banque centrale de Russie admet que le taux du rouble tient plus à la politique du gouvernement qu'aux changes libres.

(9/9) La mise en place des sanctions et le retrait du bizness sont largement accomplis, aucune autre pression économique n'est désormais nécessaire

Si l'économie russe a été gravement endommagée par les sanctions occidentales, il reste des secteurs sensibles qui continuent à nourrir l'hubris du dictateur, et particulièrement dans les domaines pétrolier et gazier. Des instituts travaillent à étendre les sanctions économiques jusqu'à étouffer la pompe à guerre, du moins tant que les nations alliées resteront unies contre Poutine. (ndlr: l'embargo sur le charbon et le pétrole décidé par l'Union européenne participe de ce resserrement du garrot).

Les défaitistes chez nous qui arguent du rebond de l'économie russe postérieurement aux sanctions occidentales, veulent ignorer les faits quelle que soit la mesure appliquée, quel que soit le niveau considéré. L'économie russe chancèle et ce n'est pas le moment de freiner sur les sanctions (ndlr: comme le demande Victor Orban).

Voilà !


Reste la question qui tue : Poutine admettra-t-il sa défaite telle qu'elle se profile à l'horizon ? Rien n'est moins sûr. Son entourage (les siloviki) non plus, qui a tout à perdre personnellement, comme le dit Mikhaïl Khodorkovski. La paix ne peut venir que d'un cercle plus éloigné du pouvoir paranoïaque, un cercle de militaires débarqués pour insolence plus sûrement qu'un cerle d'hommes d'affaires que le Kremlin menace physiquement, en lui donnant le spectacle en continu de disparitions inexpliquées ou d'empoisonnements suspects. Aux dernières extrémités et compte tenu des bonnes dispositions de l'Elysée à son endroit, Vladimir Poutine pourrait obtenir l'asile politique en France avec un certificat d'hébergement du Menhir au château de Montretout à Saint-Cloud. On referait le coup de Lambert mais en plus grandiose.

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