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mardi 26 mars 2024

Catherine de Galles à la peine

#2252 - Sans doute le dessin le plus émouvant qui nous ait été offert gracieusement par Amy Duarte, nous montrant la princesse Catherine de Galles enlaçant ses enfants, tous de dos, repliés sur leur intimité familiale, plombée d'une tonne de soucis.

dessin d'Amy Duarte avec Kate et ses enfants de dos
Nous sommes au lendemain de sa déclaration de cancer annonçant qu'elle a commencé une chimiothérapie préventive consécutive aux examens de suivi de son opération abdominale dont on ne sait rien ou presque, sinon qu'elle exige une très longue convalescence. Crohn es-tu là ? Un peu comme le chat de Schrödinger, oui et non, les indices forment un faisceau de présomptions dans ce sens - nous ne les raconterons pas - mais d'autres cibles seraient privilégiées par des oncologues, dont le pancréas.

Si sur le banc de la déclaration elle est apparue très fatiguée, le dessin d'Amy Duarte* de dos ajoute un certain pathos à la situation, comme si nous l'apercevions prête à partir.
Princesse exemplaire venue de la roture anglaise, Catherine Middleton a apporté une fraîcheur populaire à la Firme et des qualités qui avaient pu manquer dans le passé à cette famille à problèmes, à commencer par la persévérance dans le choix de son exceptionnel destin, sa conduite irréprochable en digne "épouse de César", son accessibilité, son implication de mère. Tout le contraire de celle de son mari, dont les frasques et soupirs tirent encore des larmes aux mémés à chat de la presse people.

Les Royaux, qu'ils soient de naissance ou par choix, sont des êtres humains génétiquement semblables aux gens du commun, avec cette mission très difficile de porter au grand jour les heurs et malheurs de leurs compatriotes, même les plus intimes. Ainsi doivent-ils donner l'exemple en toute chose mais laisser affleurer aussi les imperfections de l'espèce afin que leurs sujets se corrigent, et dans les cas qui nous occupent, tant pour le roi Charles que pour la princesse Catherine, signaler explicitement au peuple de se faire dépister.

Catherine de Galles est la future reine dont le Royaume-Uni a besoin, digne héritière d'Elisabeth II qui, à sa façon, lui a passé le relais. Elle aura le temps de voir ses magnifiques cheveux repousser.
Que nos pensées affectueuses la portent dans l'épreuve, jusqu'à la victoire ! Sincèrement.

* La dessinatrice californienne est née sourde et muette en Indonésie et a commencé sa carrière aux studios Walt Disney dans le storyboarding. Plus jeune, elle était fondue de polo, et elle parle aujourd'hui normalement. Le site d'Amy Duarte est amyduarte.com.

lundi 26 février 2024

Le roi du passe-temps

carte à jouer du roi de pique
#2242 - Un ami d'enfance qui partit bac en poche sur les chemins du monde - nul ne savait où - est revenu pour sa retraite et m'a retrouvé. Malaisie, Birmanie, Indonésie, difficile de faire plus humide ! Après avoir giberné deux heures sur nos parcours respectifs, je lui posais la question de ce qui l'avait le plus surpris dans la France actuelle. Il me répondit sans réfléchir que c'était de voir toutes les églises fermées à clef sauf dans les grandes villes. Il avait déjà compris que c'était pour réduire leur cambriolage par des chiffonniers du voyage, balkaniques souvent. Puis il voulut savoir de quoi étaient faites mes journées ; et je lui fis part de mon addiction au royalisme qui m'occupait l'esprit entre deux tournées au jardin ou en campagne. Nous devisâmes donc sur cette excentricité méconnue du monde malais. Quand il eut reçu toute l'information qu'il attendait sur le royalisme et ses espérances dans une République stabilisée sur des fondations sûres, il me dit tout à trac :
- finalement c'est un passe-temps !
J'allais lui répondre par la négative quand je me tus subitement devant cette révélation.
Faut-il continuer ? Etait-ce ça ?

J'avoue m'être souvent posé la question de l'avenir du royalisme en France, à comparer son empreinte dans les années 50 et celle des années 20 aujourd'hui. Que le lecteur se rassure, je ne vais pas le barber avec la marmite dans laquelle je suis tombé petit ; mais pour faire court, nous avons plutôt rapetissé. S'il fallait extraire une seule cause de cette stagnation, laquelle choisiriez-vous ?
Pour moi c'est une enfilade d'erreurs de positionnement malgré la haute valeur de la "doctrine". On ne peut être longtemps irréprochable intellectuellement tout en se fourvoyant dans des tunnels sans fond qui nous décrédibilisent aux yeux de nos concitoyens. Et ça a commencé en 1940. Plusieurs alternatives se sont présentées ensuite à nos chefs qui ont chaque fois choisi celle qui n'avait pas d'avenir. La dernière est d'hier. L'Action française communique officiellement sur un choix que nous devrions faire entre la France ou l'UE pour régler les crises que nous traversons. Texto c'est par ici et le brûlot se termine ainsi : « Mais quand le pouvoir politique refuse de passer à l’acte, c’est bien souvent le peuple qui s’en charge… S’il veut éviter d’en arriver là, il doit d’abord rompre avec les règles européennes et le modèle mondialiste, quoi qu’il en coûte, et probablement en coûtera-t-il moins cher si le pays réel reprend le contrôle. Avec le scrutin qui vient, il faudra choisir : L’UE ou la France… ».

Ce n'est ni plus ni moins qu'un Frexit ! Or nous savons (mais pas tous) qu'il est impossible, et nous avons osé le démontrer ici. Extrait du 30/11/2020 :

- [La France] n'a pas de monnaie alternative à l'euro (même Marine Le Pen s'en est rendu compte, c'est dire).
- Sa géographie la place au cœur des flux logistiques européens qui ne peuvent l'éviter qu'en traversant les montueuses républiques alpines. Elle bloque la péninsule ibérique jusqu'au Maroc (prochain candidat au Marché commun).
- La place financière de Paris, si elle monte en technicité, ne sera jamais une place de premier plan, enchâssée qu'elle est dans une République socialiste, ennemie du succès et des profits (la Bentley du Garde des Sceaux élevé par une veuve femme de ménage fait jaser les jaloux).
- Son domaine ultramarin ne lui est d'aucun secours puisqu'elle le porte à bout de bras et que les ZEE immenses n'ont de valeur qu'exploitées. Nous ne les exploitons pas faute d'investisseurs, à peine si nous avons les moyens de les défendre dans le domaine de la pêche industrielle. Et pour la citer, la Francophonie reste cantonnée à la culture et aux valeurs humanistes ; elle n'est pas transformable en zone de libre-échange ayant du sens.
Tout comme chez les Anglais, la libération des chaînes européennes achoppe devant l'imbrication économique bien plus nouée chez nous puisque nous sommes un pays-fondateur de la CEE au centre du jeu. Le marché des produits français est d'abord le marché européen, bien avant la grande exportation pour des produits de niche comme le luxe, la nourriture chère, l'armement. Si l'aéronautique est une coopération industrielle franco-allemande hors-sujet mais souvent citée, défaire les mille liens européens en France relève des travaux d'Hercule et nous n'avons aucun Hercule au bataillon. Personne en France, à notre connaissance, ne s'est sérieusement attelé à l'étude des travaux nécessités par le Frexit en chassant le diable dans tous ses détails, à part Michel Barnier. N'ayant aucunement la prétention de lire dans les feuilles de thé, nous attendrons donc le 2 janvier 2021 pour amender le constat d'impossibilité à la lumière de la séparation effective du Royaume-Uni de l'Union européenne.
On sait depuis lors ce qu'il est advenu du Brexit ; mais cela ne touche en rien la doxa souverainiste de "la France seule" ! Un concept qui a pris l'eau quand les Sammies ont débarqué à Saint-Nazaire en 1917 !

Ce que nous ne savons pas faire, parce que nous sommes le pays gaulois du "tout ou rien", c'est l'optimisation fine de nos dépendances. Mais pour ce faire, il faudrait des politiciens d'épaisseur, de la trempe d'un Giulio Andreotti ou Mark Rutte par exemple, et pas un Foutriquet du "quoi qu'il en coûte". Tiens, l'AF réutilise l'expression pour souligner l'urgence du divorce. Encore un tunnel !

Alors quoi ?
Notre pays a besoin de retrouver l'autorité naturelle qui était la sienne sur le continent européen afin d'optimiser ses coopérations contraintes et retrouver l'autorité morale qui va avec. Il ne suffit pas de le dire. Il y a une condition sine qua non qui gouverne les autres, c'est de réparer d'abord l'Etat et de réformer nos régimes sociaux. Nous savons ce qu'il faut y faire, nous savons aussi que l'impopularité des mesures nécessaires est grande et que les ennemis de l'intérieur mettront tout en œuvre pour combattre dans un troisième tour social ce qu'ils appellent l'austérité quand il ne s'agit que de bonne gestion du pays. Car, comme le disait Mark Rutte à Emmanuel Macron en 2017, quand celui-ci, tout feu tout flamme, arrivait à Bruxelles pour réformer l'Europe : "commencez par réformer votre propre pays avant de nous lancer dans une réforme de l'Europe". Et c'est toujours vrai.

On ne va pas énumérer nos trois déficits, indignes d'un pays doté comme la France, ni la dette monstrueuse qu'a provoqué le clientélisme démocratique latin. Nous ne sommes plus aux yeux d'autrui le pays qui dit la loi, qui se projette dans l'avenir, appuyé sur une culture universellement reconnue. La France de Sarkozy, Hollande et Macron ne fait plus envie autant que jadis (sauf pour la CAF) et certainement plus peur à personne. Elle est devenue le paon de la cour tout en arrogance. C'est cela qui doit changer tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Nous n'avons pas à décréter notre assistance humanitaire au Maroc sans son avis, ni à faire la leçon à Macky Sall sur l'organisation de sa succession ni à régler la gouvernance du Liban corrompu jusqu'à l'os.
Réparer notre Etat invasif, il y faudra deux générations et des sacrifices, du moins un ajustement de la redistribution dans les limites du soutenable. Nous n'en prenons pas le chemin puisque les programmes électoraux en cours d'élaboration pour la présidentielle de 2027 sont des plans de dépenses, d'amélioration du niveau de vie. Alors, un Frexit qui ruinerait notre agriculture et ce qu'il nous reste d'industrie ? laissez-moi rire.
En tant que monarchistes, nous serions plus crédibles à enfourcher le cheval de la rigueur et du régalien.

lundi 10 avril 2023

De la noble cause providentialiste

branche de ronce à mûres en fructification

Même si le royalisme providentialiste est récusé par le légitimisme incandescent parce qu'il en affaiblirait la propagande adoubée par le prince en droit de régner, on peut lui reprocher d'invoquer à la fois le majorat intégral de la Providence et dans le même élan imposer la voie où elle devrait cantoner son choix. C'est là le vice caché de la posture.

Comment peut-on s'en remettre aux voies de la Providence et vouloir la contraindre à s'engager dans le tunnel des lois fondamentales du royaume de France ? Tant Frère Maximilien Marie du Sacré-Cœur, prieur de la Confrérie royale, qu'Hervé Volto, gouverneur émérite de la Charte de Fontevrault, semblent décidés à sommer le Ciel d'amener à la lumière le prince attendu sous les conditions qu'ils lui posent, savoir :

N'importe qui, au choix du Très-Haut, mais...
- mâle blanc au titre de la loi salique ;
- catholique en capacité d'être oint ;
- français (de souche) par le droit du sang ;
- issu de la primogéniture des rois de France ayant régné jusqu'à l'abdication ;
- jurant de son incapacité à disposer de la couronne qui en droit divin ne lui appartient pas ;
- plus ad libitum...

C'est parfait et nous n'en discuterons aucun article aujourd'hui car ce n'est pas le sujet du jour.

Apparemment, nul prince dans ce cadre légal depuis deux siècles n'a retenu l'attention de la Providence. En quoi devrait-elle se plier aux Lois fondamentales ? Qui se sent investi d'une mission de coopérateur en restauration monarchique pour tutoyer le Juge en dernier ressort ? Est-ce que le lecteur providentialiste saisit bien l'énorme péché d'orgueil consistant à se hisser au niveau de la décision ? A voir avec quel entrain ils veulent forcer le Destin sous les fourches caudines des Lois, on peut raisonnablement en douter. La punchline à buzz c'est qu'ils sont gonflés comme les grenouilles de l'étang qui demandent un roi à leur guise, mais les nôtres répètent à l'envi et en même temps que ce n'est pas à eux de choisir le roi ! A n'y rien comprendre. Reprenons par le début.

Thèse A : pour l'agnostique, Dieu existe comme l'horloger de l'horloge cosmique (merci à Voltaire). Il est un principe mathématique d'astrophysique inaccessible et autonome qui (a) produit les équations de la création. Sans doute hors du temps, a-t-il réuni les conditions d'éclosion de la vie (âme) et de l'intelligence (esprit) des espèces crées à partir d'un néant originel voire primordial, tirant son Ordre du chaos. Il ne règle pas les rouages, sa création est parfaite et éternelle, peut-être en observe-t-il l'évolution quand il revient dans notre galaxie. Il ne connaît ni le temps ni le périmètre du monde, il est le monde dans son impermanence essentielle. Dans ces conditions, il y a peu de chances qu'un pouvoir célestiel interfère dans le régime politique d'une nation donnée sur une des planètes du cosmos.

algèbre du boson de Goldstone
algèbre du boson de Goldstone


Thèse B : s'il n'est pas "que" l'Esprit mathématicien d'où tout émane, il peut être alors le dieu hébreu, vengeur et jaloux de l'Ancien testament, qui a passé la main à son fils pour œuvrer d'Amour et Charité au bénéfice de l'humanité, enfin, de la fraction de cette humanité qui le reconnaît pour maître absolu. Sauf qu'à moins d'avoir une foi aveugle, on ne peut pas considérer le désordre du monde et le malheur immense répandu pendant des siècles sur la création terrestre, comme participant de son projet. Et là, on devient vite dualiste:
Dieu ferait face à une opposition nihilienne qui procède du néant primordial et cherche à détruire ce qu'il a créé pour retourner au non-état antérieur. L'observation de la réalité peut conduire à croire en l'existence d'un mal principiel émané du chaos, résilient et concurrent du dieu positif. Alors, pour en revenir à nos moutons, se pourrait-il que ce Mal parvienne à entraver voire bloquer tout projet providentiel ? Auquel cas - mais nous allons un peu loin - demander à la Providence d'entrer dans les lices des lois fondamentales n'est-il pas compliquer sa tâche pour autant qu'elle parvienne à mater son contraire ? Auquel cas encore, nous devrions en rabattre un peu et laisser les titans combattre en attendant de connaître à quelle sauce nous serons "mangés".

cul de lampe aux grenouilles

Conclusion : plutôt que de forcer les voies de la Providence à notre idée, appelons-la de nos prières dans le pari pascalien et reconnaissons son libre-arbitre puisque elle-seule, à mon sens, en dispose. La juste mission du providentialisme n'est pas d'obtenir un monarque préformaté par un modèle royaliste historicisé, mais de ranger l'espace où s'accomplira la restauration au seul gré des voies de la Providence réputées impénétrables. La prière de référence et quotidienne dès prime devrait reprendre une supplique qui pourrait être quelque chose comme : « Donne-nous aujourd'hui, Seigneur, un roi saint derrière qui Tes enfants marcheront à Ta rencontre ». C'est un exemple.
Dès lors, il faudrait sortir des allégeances et ignorer les princes autant qu'ils refuseront de se soumettre à la Providence quand le temps viendra. Ranger l'espace d'accueil c'est un peu ranger sa chambre, purifier son cœur, s'instruire pour être utile au prince qui vient, amasser des soutiens et toutes bonnes choses nécessaires au succès de l'entreprise. C'est à mon avis la seule posture pertinente pour un providentialiste sincère. Toute autre "exigence" instrumentalise le concept pour l'abouter à notre propre construction intellectuelle. C'est un blasphème contre l'Esprit saint.

Qu'on garde bien en tête aussi que l'intérêt de retrouver en France une monarchie n'est pas de faire revivre l'Ancien régime aboli dont les traces sont partout visibles, mais de convoquer le maximum de chances à la survie de notre nation d'abord et de sa régénérescence ensuite. Mais il faut déjà être convaincu que la monarchie soit la meilleure solution et ensemencer l'opinion en conséquence. Sans être providentialiste, je le suis, je le fais. S'il reste une question fondamentale qui peut se poser, c'est bien celle-ci :

La méritons-nous ?


[ fin de la séquence pascale ]

mardi 4 avril 2023

Une Charte pour demain ?

clocher de l'abbaye de Fontevraud
[Spécial Royco] La Charte de Fontevrault est-elle fongible dans l'indifférence ? Sa continuation est mise en péril par l'absence de candidat au poste de gouverneur qui sera déclaré libre au 25 du mois d'août 2024. Pour palier cette timidité à se compromettre socialement, le président-fondateur a décidé de créer une fonction d'alter ego afin de continuer le binôme "président-gouverneur" qui jusqu'ici n'a factuellement rien prouvé, tant en effectif cotisant qu'en influence. Je ne donne pas les chiffres étiques publiés par la Charte, le but étant de trouver une échappatoire plutôt que d'appuyer sur la tête. Il s'agira donc d'un Connétable. Mazette ! On imagine l'impétrant de haute taille, l'œil perçant et suite nombreuse en armures polies-miroir, capable de renverser une situation compromise. Patience, nous allons savoir : on prendra connaissance des "attendus" en cliquant sur cet article récent du blogue chartiste : Fondation d’un nouvel office à la Charte de Fontevrault. Vous noterez que tel un cuirassé, la Charte restera sur son erre et discutera de ce point le 25 août prochain pour application un an plus tard, si Neptune y consent.

Pourquoi ?

Non, pas le connétable, mais l'apparente cachexie dont souffre la démarche œcuménique remettant l'avenir de la cause royaliste entre les mains de la Providence qui apparemment ne l'a pas saisie ! Il y a deux réponses :

(1) Le Temps : comme toute œuvre humaine, la Charte de Fontevrault est inscrite dans la quatrième dimension, le temps. La Providence n'y est pas. On peut raisonnablement penser que la puissance céleste est là, quelque part, de toute éternité et que le séquençage temporel n'est qu'un convention humaine de classement des événements les uns par rapport aux autres, mais fondamentalement ce paradigme n'est pas reconnu en "haut lieu". Pour ne pas désespérer la crypte, certains comptent en semaine d'années kabbalistique afin d'allonger la portée de la partition temporelle, mais comme le chat de Schrödinger, on ne peut être dans le siècle et dans le ciel en même temps. Ce qui veut dire que l'invocation de la Providence finit à certains égards par ressembler au mythe du Bateau Blanc* ou plus prosaïquement s'agissant du retour d'un prince, à celui de John Frum*. Mais ces deux espaces ne collisionnent pas. C'est un vice caché structurel, à mon seul avis, bien sûr.

(2) Le projet : faire parler entre elles les chapelles royalistes comme l'ont tenté les Biennales Blanches jusqu'au four de Tours constaté par le gouverneur Pachot (clic), ne peut pas être l'objectif secondaire durable d'une organisation aussi discrète que la Charte, sans l'émulation d'un but à atteindre, d'une cible. Or, ces chapelles parfaitement sécularisées ne reconnaissent, chacune à sa manière, que les avantages des principes monarchiques applicables à la royauté, sans promouvoir aucun agenda pour y atteindre, à l'exception du parti de l'Alliance royale construit sur une plateforme politique mais qui n'apparaît pas dans les lucarnes bleues. On peut comprendre que le plan proposé par la Charte de "prier et attendre le grand monarque" ne puisse convaincre largement les chapelains ; les princes un peu plus, qui ne désirent rien moins que leur tranquilité. L'accueil n'est que de sympathie, il n'y a pas d'entrainement rassembleur, encore moins multiplicateur. C'est donc bien là le défi auquel elle est confrontée : quelle queue de trajectoire susceptible d'éveiller l'intérêt dans un espace-temps défini ? Royal-Artillerie a étudié une cible programmatique simple à comprendre et surtout à expliquer : le régalien au roi, et rien d'autre ! Nul besoin d'épiloguer longuement, il suffit de cliquer sur les quatre liens de l'Espace Rénovation Politique dans la colonne latérale de ce blogue, et prendre le temps d'étudier la question.

eau-forte d'un château par Montbrillant

Ce choix du régalien strict divise le champ socio-politique entre espace étatique constitutionnel (les institutions de tête) et espaces social et sociétal où le titulaire de la charge n'interviendra jamais, laissant le gouvernement des gens aux assemblées citoyennes qu'ils se choisiront. Ainsi les vertus théologales et cardinales si prisées des chartistes reviendront-elles dans le champ régalien à l'effet de quoi il sera légitime d'appeler la Providence à les y maintenir, même si elle ne répond pas. La cible est réduite et les "valeurs" à défendre sont débarrassées des dérives "progressistes". La rechristianisation souhaitable de l'espace privé deviendra une tâche séparée de la promotion du roi et largement remise entre les mains expertes de l'épiscopat. La cible du régalien n'interfèrera pas dans le choix du monarque que les circonstances présenteront. Celui-ci devra être en capacité de conduire son domaine régalien au profit de tous, et la permanence de ce souci sera assurée par la succession familiale. On ne lui en demandera pas plus, encore moins de répondre aux lois fondamentales obsolètes qui n'ont su préserver le modèle précédent d'un échec retentissant. Une res-tau-ra-tion ne peut être un but fédérateur car, d'expérience, elle est démolissable assez facilement. Ceux qui voudront continuer à invoquer ce mythe échoué seront mieux avisés d'approvisionner suif et mèche pour incanter dans la crypte et s'y rassurer. Le défi de la Charte n'est-il pas d'ATTERRIR à moins de disparaître ? Remettre son destin à la Providence n'oblige pas à vouloir fréquenter toutes les allées du Paradis. Le Ciel aidera autant que les hommes affronteront des réalités et pas des constructions mentales dans un brouillard mystique qui les rassure. Il n'est qu'à ce niveau qu'ils rencontreront un résultat récompensant leurs efforts.

Reste une question avant de fermer l'article, que je pose aux chartistes : ce choix de remettre toute espérance dans les mains d'une Providence qui ne répond jamais, est-il un protocole de psychothérapie sourde ? Parce que l'appétence inlassable pour les visions ou apparitions, toujours indirectes mais dans le bon sens, ne laisse d'interroger l'agnostique atterré que je suis. Vos commentaires spécifiques bienvenus.


Liste des liens en clair :
  • https://charte-fontevrault-providentialisme.fr/index.php/2023/03/31/le-mot-du-gouverneur-fondation-dun-nouvel-office-a-la-charte-de-fontevrault/
  • https://chartedefontevraultprovidentialisme.wordpress.com/2019/10/21/12-octobre-2019-un-petit-commentaire-apres-la-6eme-biennale-blanche-tours/
  • https://www.gilles-debouverie.fr/mes-lectures/archives-lovecraft/10-le-bateau-blanc-lovecraft
  • https://journals.openedition.org/jso/10210
  • https://royalartillerie.blogspot.com/2019/09/providentialiste.html

samedi 18 février 2023

On a trouvé un bâtard royal

Le Landerneau royaliste bruisse de la nouvelle du mois, quelque inconnu qu'on ne connaissait pas, un bâtard agnatique du Bien-Aimé, est parmi nous. Qu'attend-il, nom de dieu, pour reprendre ce qui lui appartient ? Quatre mille lances sont dressées à ses côtés pour lui ouvrir les portes de Paris. La Maison de la Radio est à peine conquise (en fait ils ont tous fui) qu'arrivent déjà les Bleus du 1er escadron de la Garde qui veulent défendre le quai, en vain. Matignon est investi, L'Elysée déserté, l'état-major du coup d'Etat s'était réuni à l'Hôtel de la Marine. L'affaire est dans le sac des Grands Magasins par les manants du roi. Gare de l'Est, le train pour Reims.

Point de Vue et Images du monde nous la baille par le menu en clair et en totalité dans le lien ci-dessous :
Une branche aînée inconnue des Bourbons découverte ?
Reste à remonter l'arbre généalogique de l'impétrant, ce qui ne va pas tarder, au grand déplaisir des dynasties installées dans les rédactions sur papier glacé, spécialistes de la captation d'héritage. Mais en attendant Heredis ou Filae.com, on peut "descendre" la liste scientifique des coupables dans l'haplogroupe R-Z381* des Bourbons, après Louis le Grand :

  • (1) Le Grand Dauphin Louis (1661-1711)
  • (2) Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine (1670-1736), bâtard légitimé du Roi Soleil
  • (3) Louis-Auguste, prince des Dombes, fils du précédent (1700-1755)
  • (4) Louis-Charles, comte d’Eu (1701-1775), fils du même
  • (5) Louis-Alexandre, comte de Toulouse (1678-1737), bâtard légitimé du Roi Soleil
  • (6) Louis-Jean Marie, duc de Penthièvre (1725-1793), fils du précédent
  • (7) Louis-Alexandre, prince de Lamballe (1747-1768), fils du précédent
  • (8) Louis, duc de Bourgogne, le Petit Dauphin (1682-1712)
  • (9) Charles, duc de Berry (1686-1714), fils du précédent
  • (10) Louis XV, roi de France (1710-1774)
  • (11) Louis, dauphin de France (1729-1765)
  • (12) Louis XVI, roi de France et des Français (1754-1793)
  • (13) Louis XVIII, roi de France (1755-1824)
  • (14) Charles X, roi de France (1757-1836)
  • (15) Louis-Antoine, duc d’Angoulême (1775-1844), fils du précédent
  • (16) Charles-Ferdinand, duc de Berry (1778-1820) fils du même
  • (17) Henri-Dieudonné, duc de Bordeaux et comte de Chambord (1820-1883), fils posthume du duc de Berry
    (source Philippe Delorme/Point de Vue)
Desquels il serait bienvenu de retirer le pieux dauphin de Louis XV, Louis XVI et son aiguillette nouée, Louis XVIII non conforme au type et sans doute le très sérieux comte de Chambord qui fut quand même un duc de Bordeaux célibataire. Et Louis XVII, a-t-il survécu à la Révolution ? A cette liste, on ne peut pas ajouter les fils naturels ordinaires et non reconnus que d'aucuns produisirent à jet continu. L'analyse des correspondances par les experts disqualifierait la branche espagnole issue du Grand Dauphin et tout autant les cadets d'Orléans. A jouer, nous miserions sur le n°10 qui a déjà produit Valéry Giscard d'Estaing par les soupentes.

Armes des Bourbon-Busset
Que se rassurent les maîtres d'écuries royalistes, la bâtardise emporte nullité d'espérances dynastiques, sauf en cas d'urgente extrémité où le sang primerait le légitime anneau. Mais n'est-ce pas le cas aujourd'hui ? Une configuration révolutionnaire d'une opinion confrontée aux graves échecs du régime en place qui n'écoute plus personne et gouverne à sa raison sur un socle électoral moindre que le quart des inscrits est le bain de culture d'une restauration possible. Les maisons royales en piste sont possiblement contestables tant par les alcôves que dans les arcanes et leurs déviations. En ce cas, nous avons déja un bâtard prestigieux en rayon, sans attendre le fils naturel caché : la famille de Bourbon-Busset, issue du Grand Bâtard de Liège, Pierre de Bourbon (1464-1530), still going strong les enterre tous ! A la mort du dernier Condé en 1830, les Busset relevèrent ses armes "De France au bâton péri en barre de gueules en abîme". C'est l'occasion de reprendre ses classiques par ici et remarquer qu'à plusieurs reprises cette famille fut déclarée membre légitime de la maison de Bourbon. Aux jours d'aujourd'hui où la branche aînée des quarante rois a disparu corps et biens sur la terre de France, de savants docteurs de la loi pourraient, comme ils le firent en son temps de la loi salique, déterrer dans les anciens codex l'article nécessaire à satisfaire leur revendication. S'ils en ont une, évidemment !


enfant à l'étendard
L'enfant à l'étendard d'Antoine de Pienne, 1660

Postscriptum : Si le lecteur souhaite lire une étude fouillée de la question, il lui faut entrer avec papier et crayon dans l'article de Nicolas Fontaine publié le 4 février sur le site Histoires Royales (clic)

vendredi 3 février 2023

De l'ascendance davidique des rois [1/2]

Spécial royco
Temps de lecture avec les liens : deux jours.

Avant-propos
La Charte de Fontevrault* ayant rallumé la légende des origines davidiques des rois, nous avons pris le band-wagon des saints et des anges.
Le résumé ci-dessous de l'étude des ascendances davidiques des rois de France propose un autre cathéter d'injection davidienne que l'intervention légendaire de Jude, fils de Jacques le mineur, convoyé en Gaule par le non moins légendaire Joseph d'Arimathie, voire par l'arrivée de Marie de Magdala, épouse du Nazaréen, en Provence. Cette troisième voie d'accès est documentée à partir de la dynastie des exilarques juifs d'Irak au VIIIè siècle. Il est établi que depuis la déportation à Babylone, la souche est davidienne. Il est établi aussi qu'un scion de cette lignée a fait souche en Septimanie. Et tous les généalogistes convergent sur le fait qu'elle est entrée dans la maison des pippinides en épousant une fille de Charles Martel, Alda de Francie**. Nous avons choisi délibérement pour pivot entre ascendance et descendance un personnage indiscutable qui est Guilhem de Gellone (755-812) lequel, outre sa geste de preux et sa présence dans toutes les annales du temps, a laissé témoignage de son importance en l'abbaye de Gellone in eremo à Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault) où il se retira.
** Toutes les chroniques la citent sous ce nom ou sous celui d'Aude


Sceau juif de Narbonne
ASCENDANCE
L'ascendance de Guilhem de Gellone remonte en ligne directe aux exilarques juifs d'Irak, succédant par le sang aux exilarques de Babylone lesquels procèdent par le sang toujours des exilarques de Jérusalem dont le second, Salathiel ben Jechaniah (597AC/540AC) est le fils du 22ème roi de Juda, Jéchonias de Judée mort libre en 562AC, de la dynastie de David. Selon la Bible, il y a 18 ou 19 rois entre ce dernier et le roi David (1040AC/962AC).

C'est donc le fils du 2è exilarque juif d'Irak, fils lui-même du 34è et dernier exilarque de Babylone, qui débarque à Narbonne. Il s'appelle Natronaï David (672-739). Que vient-il y faire ?
Il est appelé par les bourgeois juifs de la ville à la direction de la forte communauté israélite de Narbonne qui rayonne sur toute la Méditerranée occidentale par le commerce, les arts et les sciences. Une thèse de 400 pages plus 30 p. d'appareil critique, somme éditée par l'Université de Columbia sous la plume d'Arthur Zuckerman en 1972 (bon courage !) tend à prouver que des domaines le long du fleuve Atax (jusqu'à l'oppidum de Rennes-le-Château ?) auraient été donnés aux Juifs de Narbonne par Pépin le Bref en rémunération de leur concours à la guerre des Francs, formant une principauté dans l'empire naissant. Les historiens admettent que cette entrée du sang de David dans la maison usurpatrice compense son défaut de légitimité hématique malgré leur souci d'épouser les femmes mérovingiennes disponibles. Ces possessions juives devaient être organisées autour d'un exilarque (roi en exil) du meilleur sang. D'où l'appel à Bagdad. Zuckerman l'appelle Makhir, patronyme hébreu de Natronaï en aramaïque. Mais l'important n'est pas tant le motif bien embrouillé que la suite donnée.

plan du quartier juif de la Narbonne médiavale
La juiverie archiépiscopale narbonnaise s'étendait de part et d'autre de l'ensemble cathédrale, cloître, ancien archevêché. Il n'en reste aucun témoignage visible. Elle comprenanit la rue Diderot, la rue Rouget-de-Lisle, la rue Armand-Gauthier, rue de l'Ancienne-Porte-Neuve, longeait la rue Jean-Jaurès. Deux haltes dans cette route juive : la salle au Pilier accessible par le passage de l'Ancre abrite une pierre provenant de l'ancien cimetière juif de Narbonne et dont l'épitaphe latine remonte au VII° siècle. Juste à côté la "Pierre aux Symboles" trouvée dans l'ancienne église Sainte-Marie-La-Major présente des signes ésotériques dont le pentacle ou Maguen David et deux oreilles que l'imagination n'interdit pas d'interpréter comme symbolisant le Shéma (Ecoute), prière imprécative et profession de foi fondamentale du judaïsme. Quant à la juiverie vicomtale, elle était délimitée par les actuelles rue Droite et Viollet-le-Duc au nord, à l'est la Place de Verdun, au sud le Boulevard Gambetta ; la partie à l'ouest donnait sur l'actuel canal de la Robine et remontait par le rue Marcellin Coural qui aboutit rue de l'Ancien Courrier (source wiki-narbonne)

DESCENDANCE
Sous la férule de Charles Martel, le premier exilarque de Narbonne est marié en 705 à une noble franque, Chrodelinde d'Austrasie (678-740), de laquelle il a un fils unique, Thierri d'Autun*** (705-762) lequel épousera Rolinde d'Aquitaine avec laquelle il aura un fils, Théodoric le Pieux (730-793) lequel épousera une fille de Charles Martel, Alda ou Aude de Francie (722-795) qui lui donnera 5 enfants "davidiens" au sein de la maison des Pippinides. Parmi eux, Guilhem de Gellone, mais aussi :

1/ Sigisbert ou Gilbert de ROUERGUE (750-820)
3/ Thierri II d'AUTUN (755-804)
4/ Adalelme d'AUTUN (760-803)
5/ Aube d'AUTUN (770-)
Pour savoir si l'injection a abouti à un roi de France, il convient d'explorer toute la descendance de ces cinq enfants injectés. Ce que nous ne faisons qu'amorcer...

Note*** : si on veut attaquer la thèse narbonnaise, c'est à cette charnière ; mais il faudra contrer Zuckerman qui s'est farci moult censiers, terriers et cartulaires de l'époque considérée. La critique littéraire la plus serrée fut celle de Gérard Nahon dans Le Annales en 1975, que l'on peut lire dans Persée ici.


(1) Sigisbert de Rouergue donne la lignée des Raimon de Toulouse jusqu'à la dernière fille de la ligne directe Jeanne de Toulouse mariée par traité au frère de Louis IX, Alphonse de Poitiers. L'injection davidienne pénètre alors la maison royale de France mais le couple occupé à la croisade mourra sans enfants en 1271 en Italie.

(2) Guilhem de Gellone engendre Héribert de Gellone (comte de Toulouse) dont les filles épouseront des Pepinnides d'Italie. Cause perdue !
Puis remarié, il engendre Thierri III d'Autun (790-826) qui engendre avec Emma de Bavière une fille unique, Endelberge d'Autun (825-900) laquelle épouse Louis II des Carolingiens, fils de Lothaire Ier. Bingo, l'injection davidienne entre dans la maison royale.
Le couple n'a qu'une fille, Ermengarde que l'on mariera au roi de Bourgogne, Boson V de Provence. Ils auront, après trois filles, Louis III de Provence, dit l'aveugle, empereur d'Occident. La deuxième race de rois est injectée. Etude des Guilhermides à faire.

(3) Thierry II d'Autun engendre une fille unique, Alba qui engendre Bernard Ier, comte d'Auvergne et Théodoric, comte de Châlon s/Saone. A explorer...
(4) Adalelme d'Autun ouvrira la maison de Poitiers qui se répandra au sud jusqu'en Catalogne. Cause perdue !

(5) Aube d'Atun n'aura pas d'enfant.

Place maintenant aux généalogistes distingués qui nous prouveront que l'injection davidienne a touché Hugues le Grand voire son fils, le premier des capétiens. Ou plus tardivement peut-être quelque scion de la race des rois, comme on l'a vu presque arriver avec Alphonse de Poitiers. Quid de Henri IV de France, descendant de Bernard VI d'Armagnac, sire d'Albret, et de Cécile de Rodez (1278-1312) injectée par son ascendance des comtes de Rodez ? Il s'agit de douzaines de descendances à explorer, bien au-dessus de mes forces, mais à le faire au plus court, je me concentrerais sur le Vert-Galant, parce qu'il fut un grand... "disséminateur" ! Autre conséquence : connaissant la forte impatience des nobles de ce temps à se reproduire, il n'est pas douteux que des milliers ou des dizaines de milliers de Français d'aujourd'hui soient d'ascendance davidique, sans passer par les marranes d'Espagne, réfugiés chez nous, voie dont Roger Peyreffitte recensait les avatars contemporains. Quand on aura fini ce travail, on s'attellera à la circoncision des fils de la dynastie anglaise qui veut confirmer l'ascendance davidique du trône britannique par la maison de Hanovre.


Aparté : la maison rouergate d'Arpajon procède d'Hugues Ier de Rodez (†1159). Cette prestigieuse maison comtale est injectée par les femmes Guilhermides de la maison de Narbonne. Il est possible que la harpe d'Arpajon soit une souvenance de leur origine davidienne lointaine. Mais cela n'est pas mon domaine.

Note sûre : la distance Bagdad-Narbonne n'était pas un obstacle. La diplomatie de Charlemagne avait envoyé le Franc juif Isaac le Radhanite (https://fr.wikipedia.org/wiki/Radhanites) au calife abbasside de Bagdad en 797 pour l'aider dans l'affaire d'Espagne. La route partait du port de Narbonne jusqu'à Antioche, puis par caravanne jusqu'à Bagdad. Il y resta trois ans et rentra.

Note presque sûre : Il est question plusieurs fois dans les textes d'un roi des juifs de Narbonne ou de Septimanie, et aussi d'une reine des Juifs de Narbonne. Les témoignages d'une communauté israélite organisée et souveraine en justice dans la capitale de Septimanie sont nombreux. Mais on ne trouve pas de "royaume" de Narbonne ou de Septimanie, ne fut-il que juif. Il n'est pas douteux que le carolingien (et même déjà le sage Pépin le Bref) ait reculé à l'idée de circonscrire des possessions juives dans un vrai royaume étranger enchâssé dans l'empire aux portes de la marche d'Espagne toujours contestée ; mais l'usage d'appeler "rex" qu'en firent les Juifs de leur exilarque ressortit plutôt à celui qu'on emploierait pour la "Reine des Gitans". Ca fait plaisir et n'emporte pas conséquences.


Masse des liens utilisés en clair :
  • Généalogie des exilarques de Babylone :
    https://www.genealoj.org/fr/famille-dautun-origine-juive-ha-david
  • Généalogie de Bustanaï ben Haninaï David (34è exilarque de abylone et 1er exilarque d'Irak):
    https://gw.geneanet.org/arnac?lang=fr&pz=mado&nz=boudet&p=bustanai+ben+haninai&n=david
  • Généalogie de Nehemiah Ben Haninaï David (2è exilarque d'Irak):
    https://gw.geneanet.org/arnac?lang=fr&pz=mado&nz=boudet&p=nehemiah+ben+haninai&n=david
  • Généalogie de Natronaï David (1er exilarque de Narbonne):
    https://gw.geneanet.org/arnac?lang=fr&pz=mado&nz=boudet&p=natronai&n=david&oc=1
  • Généalogie de Yehudaï Habibaï ben Natronaï David son fils :
    https://gw.geneanet.org/arnac?lang=fr&n=david&oc=0&p=yehudai+habibai+ben+natronai
  • Généalogie de Theodoric :
    https://gw.geneanet.org/pautrat?lang=fr&pz=regis+vincent&nz=pautrat&p=thierry+theodoric+habibai+ben+natronai+david&n=de+vienne+d+autun
  • Theodoric (d'Autun) :
    https://gw.geneanet.org/citron06?lang=fr&n=d+autun&oc=0&p=theodoric+i
  • Généalogie de Guilhem de Gellone :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9ribert_(fils_de_Guillaume_de_Gellone)
  • Une généalogie des Guilhelmides :
    http://thierryhelene.bianco.free.fr/drupal/?q=node/59
  • Makhir de Narbonne :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Makhir_de_Narbonne
  • Les juifs du languedoc :
    https://www.jecpj-france.com/wp-content/uploads/2021/08/les-juifs-du-languedoc-Roussillon1.pdf
  • Colonies juives en Languedoc :
    https://jguideeurope.org/fr/region/france/languedoc/
  • Narbonne dans la Jewish Encyclopedia :
    https://jewishencyclopedia.com/articles/11323-narbonne
  • Le roi juif de Narbonne :
    https://www.persee.fr/doc/anami_0003-4398_1997_num_109_218_3784
  • Juifs de Narbonne :
    http://www.corbieres-matin.fr/index.php/les-juifs-de-narbonne-suite/
  • Chronique des juifs du Languedoc :
    https://dis-leur.fr/chronique-lhistoire-oubliee-des-juifs-du-languedoc/
  • Une principauté juive du Midi :
    https://www.persee.fr/doc/anami_0003-4398_1973_num_85_112_4805
  • la base Zuckerman :
    https://en.wikipedia.org/wiki/A_Jewish_Princedom_in_Feudal_France
  • Censiers et terriers :
    https://www.persee.fr/doc/efr_0000-0000_1977_act_31_1_2249
  • Comtes de Rouergue et de Rodez :
    http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Rouergue-Rodez.pdf
  • Page 207-210 du Princedom :
    https://www.jstor.org/stable/599021
  • Recension du bouquin de Zuckerman par Patric Choffrut - Royaume/principauté juive de Septimanie :
    https://acjp.fr/uploads/articles/bba31ad3e51a5d5d368a9c17a8ffba38.pdf
  • Communauté juive narbonnaise :
    http://www.wiki-narbonne.fr/index.php?title=La_Communaut%C3%A9_Juive_sous_le_r%C3%A8gne_des_Vicomtes
  • Deux critiques du bouquin de Zuckerman :
    https://acjp.fr/uploads/articles/bba31ad3e51a5d5d368a9c17a8ffba38.pdf
    https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1975_num_30_2_293610_t1_0363_0000_001
  • Le bouquin en cause chez Amazon :
    https://www.amazon.fr/Jewish-Princedom-Feudal-France-768-900/dp/0231032986 à 508,77 euros
  • Ambassade carolingienne à Bagdad - Isaac le rhadanite que Charlemagne dépêcha à Bagdad en qualité d'ambassadeur :
    http://www.wiki-narbonne.fr/index.php?title=Judith_reine_de_Narbonne
  • Evangélisation des Gaules :
    https://www.lavie.fr/idees/histoire/levangelisation-des-gaules-une-voie-singuliere-8702.php

La suite 2/2 par ici

jeudi 2 février 2023

De l'ascendance davidique des rois [2/2]

Spécial royco
temps de lecture : 3 minutes

Sceau juif de Narbonne
L'origine davidique des rois est une affaire qui remonte aux origines mêmes des Mérovingiens, race sortie de nulle part, en Pannonie suppose-t-on. Les rares chroniques du temps dotaient la dynastie mérovingienne d'un sang réputé royal, que d'aucuns rattachèrent ensuite à la lignée du roi David de Juda. Le type "royal" était affirmé par le port d'une longue chevelure, que les Pippinides finirent par raser chez le dernier titulaire de la charge, Childéric III, avant de le cloîtrer dans un monastère près de Saint-Omer. La dispute était suffisamment sérieuse pour que la dynastie franque et les grands carolingiens des royaumes recherchent continuellement à épouser des Mérovingiennes dans la vénération d'une magie hématique.

On peut se demander pourquoi cette vénération ne s'est pas tournée plus tôt vers les dieux des germains, celtes ou goths. Thor, Odin, Taranis, Toutatis ou quelqu'autre du panthéon païen eussent fait l'affaire chez les brutes de Childéric, père de Clovis ; d'autant que l'évangélisation des Gaules fut très lente contrairement à la vulgate catholique impatiente d'hégémoniser l'espace sous ses valeurs avant que d'y dicter ses droits. Il n'y a pas eu d'église des Gaules ; la primatie des Gaules est postérieure au règne de Charlemagne (1ère mention sous Louis le Débonnaire pour l'archevêque de Bourges). C'est en soi et plus tardivement l'un des défauts d'aspect du gallicanisme ; il n'avait pas de souche dans le christianisme primitif.

Ceci mis à part, pourquoi vouloir à tout prix injecter du sang davidien dans la lignée des rois oints ? Pour consolider la transcendance, initiée par le droit divin qui les règle, et confirmée par le sacre ? D'où les titres de "roi très chrétien", "lieutenant du Christ sur terre", "fils aîné de l'Eglise" et intercesseur divin dans la guérison des écrouelles : "le roi te touche, Dieu te guérit". Ce qui finira quand même sur l'échafaud du 21 janvier 1793 avec le roi le plus proche de la définition originelle par sa piété non feinte, ses moeurs irréprochables et sa conduite très chrétienne des affaires à lui soumises. De quoi douter !

Le sang davidien en substance n'a pu éviter la dégénérescence de la race par le cancer de la consanguinité, fléau subi largement dans les familles régnantes, dont les causes étaient inconnues à l'époque. Louis XIV avait quand même des doutes, qui avait demandé à la faculté pourquoi ses enfants légitimes étaient si fragiles et ses bâtards pleins de santé. La branche dynastique injectée finira par ne plus se reproduire : Louis-Auguste et XVI de France attendit huit ans pour mettre la reine enceinte ; son frère Louis-Stanislas et XVIII de France ne put (selon le légiste) ou n'eut pas d'enfant ; Charles-Philippe ou X de France renoua avec la procréation mais les circonstances malheureuses (l'aîné ayant épousé sa cousine germaine n'eut pas d'enfant, le cadet fut assassiné) et le peu d'allant de son petit-fils pour les alcôves, fermeront la dynastie sur l'impasse d'une stérilité délibérée du couple (l'enfantement étant impossible chez Marie-Thérèse de Modène): ce qui en dira plus long sur la conscience de Chambord que son refus du drapeau tricolore. On ne prend pas rang dans un système héréditaire si on ferme le projet. Exeunt !

Ne poursuivra l'aventure que la branche exilée jadis en Espagne par Louis XIV pour succéder à l'Ensorcelé des Habsbourg sans postérité, mais d'autres injections que davidiennes seront nécessaires à la génétique selon les mauvaises langues et la maison d'Orléans. Quoi qu'il en soit, la judaïté se transmettant d'abord par les femmes, la lignée isabélitaine* espagnole a bien la goutte de sang qu'il faut, comme d'ailleurs la branche cadette échouée ici.
Note*: Isabelle II est la fille de Ferdinand VII, lui-même fils de Charles IV, ça se lit sur son visage.

L'intérêt de tout ça est purement historique, autant qu'il éclaire certaines réactions fondées sur la divinité des rois oints qui se perpétuent dans le silence des abysses dynastiques. Mais pour une monarchie souveraine et enfermée dans son domaine régalien, comme le Piéton la promeut, descendre du Psalmiste n'a que peu d'intérêt, même si les régles d'exercice qui s'appliquent au titulaire peuvent parfaitement ressortir au droit divin, non pas celui de plier la société à ses caprices mais à être en permanence confronté aux bornes posées par ce droit supérieur.
Reste à décider Qui le dicte !

mardi 20 septembre 2022

Longue vie au roi !

cercueil d'Elizabeth II porté à l'épaule

La succession huilée d'Elizabeth II à Charles III n'étonne personne ; c'est juste une question d'instant. Ce transfert illustre la supériorité de la monarchie héréditaire sur toute autre forme de gouvernement des hommes. Un de nos présidents, plus ou moins démocratiquement élu, eut-il succombé à l'âge ou à la maladie, voire même à l'attentat personnel, qu'aurait été déclarée dans l'heure la guerre de succession. Et les millions d'euros d'accourir de partout pour monter dans le train du futur vainqueur. Ici les choses se passent dans les règles, sans tonitruance, le roi depuis le premier matin a rencontré son premier ministre et enclenché l'exercice de ses droits constitutionnels sans tapage, en pleine dignité. Dans un billet resté fameux, Royal-Artillerie avait dépeint la monarchie anglaise dans les fonctions du titulaire de la charge de roi. Le voici actualisé et dépouillé des contingences polémiques d'alors (source).

British coat of arms
Le souverain anglais occupe trois fonctions. Il est le chef de l'Etat britannique et à ce titre préside les dominions du Commonwealth ; il est le chef de la nation anglaise ; il est le gouverneur de l'église anglicane.

Le souverain chef d'Etat assume une fonction constitutionnelle en légitimant la politique générale du gouvernement choisi par les Communes. C'est le discours du Trône qui ouvre les sessions parlementaires convoquées par le roi.
Le souverain assume aussi une fonction de représentation. S'il visite assez fréquemment les pays étrangers où il dispense des conseils de bonne gouvernance, le chef d'Etat reçoit les missions diplomatiques, les lettres de créances des ambassadeurs, et les délégations étrangères dans son palais. On peut comprendre qu'on n'y parle pas que de gastronomie. Surtout en Angleterre.

La fonction de chef d'Etat la plus discrète n'est pas la moins importante. Il reçoit chaque semaine le premier ministre en tête-à-tête politique pour échanger leurs idées ; le souverain y exerce ses droits : "the right to be consulted, the right to encourage, the right to warn". Plus de mille projets de loi ont été modifiés sous le règne précédent en exerçant le Queen's consent. Cet "exécutif informel" est complètement illisible par les Français qui manquent d'accoutumance au débat d'idées qu'ils transforment en rixe verbale. On peut déjà dire que la fonction de chef d'Etat britannique n'est pas neutre, qu'elle est même l'archétype du soft power.

La seconde charge assumée, chef de la Nation, est de loin la plus importante. Comme elle ne s'inscrit pas dans les minutes d'une constitution sauf pour la justice haute où il est considéré comme la "source primaire" du Droit, nous ne la voyons pas. Le souverain est le point de convergence de l'identité nationale. Quel que soit le document de nationalité que vous ayez en poche, votre acceptation à Buckingham ou votre bannissement donne ou retire votre "anglicité". Le souverain incarne aussi par l'unité de sa personne, l'unité de la Nation, et justement parce qu'il est délivré du gouvernement quotidien du pays, il surmonte les divisions politiques et les fractures sociales. Ainsi ont-ils pu s'offrir Boris Johnson sans casser le ressort national quand nous avons dû nous fader un Sarkozy (sinon c'était un DSK!) ou maintenant un Macron investissant sans vergogne tous les compartiments sociaux et personnels, ceux qui laissent en sortant la maison dans un état pire qu'ils ne l'avaient trouvée en entrant.

Par sa propre attitude le roi incarne enfin la fierté britannique. Selon son tempérament, il ajoute au sentiment de continuité de l'Etat la diffusion d'une considération certaine pour le service public qui agit en son nom, On His Majesty's Service, et pour les forces armées dont il reste le chef.
C'est enfin le souverain qui distribue honneurs et récompenses civiles et militaires. L'effet est sans doute plus fort d'être distingué par le chef pérenne de la Nation que par un politicien de rencontre sous le regard mort d'une mariane en plâtre !

Le système de gouvernement monarchique tire sa force de ce qu'il sépare les devoirs officiels du chef d'Etat de la vie tumultueuse des partis politiques. La stabilité institutionnelle est assurée par la pérennité incarnée dans son roi qui préside au carrousel des cabinets démocratiques.

Le journaliste Bagehot écrivait au XIXè siècle : « The nation is divided into parties, but the crown is of no party. Its apparent separation from business is that which removes it both from enmities and from desecration, which preserves its mystery, which enables it to combine the affection of conflicting parties ». Les deux étages sont bien distincts et cette séparation permet au peuple de se tromper en élisant un bouffon qui n'aura jamais la haute main sur l'essence même de la nation. La Grande Bretagne vit au milieu d'un foisonnement de libertés civiles gérées démocratiquement. Ce sont ces libertés que notre République, obsédée par sa survie, ne peut pas produire. Tout le contraire, elle les restreint partout au bénéfice de la pensée unique et de l'égalitarisme.

S'ajoutent aux fonctions officielles de la couronne, des charges de bienfaisance qui sont universellement appréciées. Toute la famille royale est mise à contribution dans ce domaine. Observant le rôle de la famille royale, Bagehot avait bien perçu l'intérêt de la pipolisation en disant : « A family on the throne is an interesting idea also. It brings down the pride of sovereignty to the level of petty life ».
Charkes III à son nouveau bureau

Pour enfoncer le clou, nous rappellerons que le budget public de la maison de Windsor est bien moins onéreux que celui de la présidence française puisque c'est moitié prix pour le contribuable, sans compter en plus l'orgie financière des campagnes quinquennales chez nous. Ils ont désormais un roi investi de longue date dans les défis de ce siècle, écologie, climat, nature. Il sera facile de le croire demain puisqu'il a montré déjà son engagement assidu sur plusieurs années dans ces domaines. Ce ne seront pas des thèmes de campagne électorale comme ici.
Vive le roi !

jeudi 8 septembre 2022

L'impermanence du pays réel (2/3)

Dans sa fameuse conférence en Sorbonne de 1882, Ernest Renan disait que « l’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours ». Le texte de la conférence mérite une relecture.
Ce billet répond à la deuxième assertion du programme de rentrée paru sur ce blogue le 29 août 2022.

dessin Ernest Renan
Renan induisait qu'une nation n'est pas figée dans un moule, racial, linguistique, géographique ou religieux, mais se recompose au fil des intérêts communs, des souvenirs communs, des espérances partagées. En un mot, une conscience collective en mouvement.
Elle diffère de la patrie qui est charnelle et ancrée dans nos cimetières, qui fonde le respect et la reconnaissance que nous montrons à nos aïeux avant d'aller les rejoindre, pour ce qu'ils ont sû nous transmettre, surtout quand ils moururent en nombre pour ce faire.
Cette nation française, que finalement nous voyons mal ou partiellement mais que les étrangers embrassent très bien de l'extérieur, affronte le défi de survivre en tant que nation libre dans un monde globalisé, un monde de tous les dangers. Quelle est-elle dans ce qui la distingue des nations voisines ou concurrentes ? Demandons-leur. D'abord une confrontation visible à une histoire exceptionnelle longue de deux mille ans. Nous en avons conservé les vestiges. On lit en France les pages de la période gallo-romaine, le moyen âge des cathédrales et des abbayes, la gloire du Grand siècle, la dégénérescence révolutionnaire et la régérescence impériale, la Grande armée puis l'empire colonial le plus vaste après celui de Grande Bretagne, les traces nombreuses de deux guerres mondiales et c'est à peu près tout, puisque le car de touristes ne fait pas le tour des centrales nucléaires.
Nous montrons aussi un art de vivre que les étrangers trouvent exceptionnel, une façon de partager le temps entre activité professionnelle, culture et gastronomie, gastronomie, la première du monde en constante évolution, et une façon de se foutre du tiers comme du quart qui nous fait passer pour des sauteurs. Quand il perce la surface des choses, l'étranger qui a appris la langue - il y en a plus qu'on ne le croit - découvre l'esprit français, adossé une langue riche et syntaxée, avatar du grec ancien dans sa mathématique. La France ne refuse cet accès à personne. Elle a conservé une réputation d'intelligence. Ainsi la nation est-elle le précipité de ces admirations. Que ceux qui se réjouissent d'en faire partie un jour, s'y jettent !

Mais une nation doit survivre, au moins la nôtre, dirons-nous. Au pantographe de la globalisation, nous ne pesons pas plus que le souvenir de notre "grandeur" quand nous devons rechercher en permanence les moyens de nous protéger des attaques de nations que l'on a appris à nous haïr. Ce ne sont pas tant les peuples qui nous détesteraient que les partis soutenant l'autocrate du moment. Les Chinois connaissent plus de Français que seulement monsieur Louis Vuitton. Ils ont lu nos auteurs et ne prendront pas la mouche à moins que nous ne manifestions notre légendaire arrogance à leur endroit. Pour les Russes, c'est différent. Le peuple est pavlovisé par le bourrage de crâne quotidien du pouvoir ; mais les élites russes et tous les exilés ont manifesté une inclination particulière pour la civilisation française qui est depuis longtemps un occident emblématique, riche et non menaçant. On peut en dire autant des Turcs, des Brésiliens. Des Indiens nul n'en est sûr, affairés qu'ils sont aux feuillets, travaux et jours. Parmi les pays amis et de longue date, il faut compter le Japon, l'Argentine, le Chili et quand on fait l'inventaire des réfugiés d'importance sur notre sol, on trouve du beau linge venu d'Iran, de Syrie, du Liban, d'Egypte, de Chine populaire, du Vénézuéla et même des Andes. Ceci n'empêche pas certains gouvernements maléfiques de vouloir nous écraser économiquement, nous supplanter dans nos outremers, à la limite de nous humilier, jusqu'à nous expulser du siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. Il faut donc que cette nation s'arme économiquement et militairement comme à la veille d'une déflagration mondiale. Notre poids relatif ou absolu nous oblige à coopérer dans des ensembles plus grands, capables de résister et en cas de guerre, de faire peur. Le poids commercial du marché commun, son union douanière et ses programmes de développement offrent une protection suffisante à notre économie. Au plan de la défense ou mieux dit, de la guerre, nous devons dépasser une armée de démonstration et bâtir l'architecture de défense qui forcera le respect, à condition que nous y mettions la masse. Mais c'est de la guerre de demain qu'il s'agit et pas de la guerre sans haine du maréchal Rommel. Nous n'avons pas le droit de nous tromper, mais une chose est sûre, nous ne survivrons qu'en alliance. La "France seule", c'est terminé, même si c'est dommage.

Pour faire vivre au quotidien cette nation, toute la population doit être convoquée à l'activité, sans a priori et surtout ceux qui assurent les services de base de la société, au cul des bennes à ordures, dans les fournils, sur les chantiers de travaux publics et sur les dalles des bâtiments en construction l’hiver, dans les services à la personne, dans les stations-services, les garages, dans les hôpitaux et cliniques privées, sans parler des spécialités médicales qu'ils assurent en nombre, dans les vignes depuis longtemps et dans les vergers avant mécanisation, dans nos armées enfin, chez la reine des batailles. Secouée par les migrations provoqués par le différentiel trop grand de développement entre continents ou par les guerres civiles, nous devons faire fonctionner nos services de base en intégrant tous les acteurs au travail. Bien sûr une régulation de l'immigration est plus que souhaitable pour n'avoir pas de sureffectif dans les emplois disqualifiés ou dans le désœuvrement. Dans cette population d'ailleurs, il n’y a pas que des dealers et des délinquants avec ou sans papiers, il y a tout le fonctionnement quotidien d’un pays que les nationaux de souche ont abandonné parce qu’ils ont désappris à se fatiguer. Un maréchal, que M. Macron citera dans un moment d'égarement, a dit un jour de défaite : « nous avons trop revendiqué, nous n’avons pas assez servi ».
Tout est là, et notre propre impéritie a créé l’appel d’air pour substituer le labeur au hamac des 35 heures, rtt, 5 ou 6 semaines de congés payés plus les congés maladie et convenances diverses. Il n’y a pas de grand remplacement, comme le dit notre châtelain pédéraste qui a fini par s’y faire un nom ; il y a recomplétement de forces disparues ou défectives. En ce sens, il est inutile de penser à une remigration générale, le pays s’arrête, c’est aussi bête que ça.

Une nation qui tiendra la distance face aux menaces en tout genre qui l’assaillent, sera inclusive. Ce qui n'exclut pas d'en gérer la démographie et de mettre l'immigration sous contraintes. Pour revenir au projet monarchique, il convient d'intégrer que sa conception doit tenir compte d'un paradigme extérieur hostile par hypothèse et intérieur instable par observation. L'hostilité extérieure se gèrera en alliance obligatoirement. Il sera plus compliqué de parer l'instabilité sociale, sauf par contrat entre les forces vives du pays et le gouvernement décentralisé d'une société clivée, divisée, crispée sur ses intérêts catégoriels. Il est donc évident que la réinstauration sera forcément limitée au domaine qui constitue l'os de l'Etat, l'essentiel, la promesse de continuer, le domaine régalien. Les graves imperfections sociales que le régime démagogique a créées seront traitées à part, par le peuple en ses états, par lui-seul, tels qu'il les aura choisis, dans ses capacités contributives au régime adopté.

lundi 5 septembre 2022

Après le pourquoi, le quoi (1/3)

Spécial Royco. A relire les cahiers de l'Université Saint-Louis de cet été, on perçoit très bien l'ancrage dans le passé et la revendication du meilleur gouvernement possible des hommes par la monarchie capétienne. Rien sur les voies et moyens d'une reconquête du pouvoir, rien sur l'institution monarchique prévue. On fonctionne en cercles, en loges.
Ce billet répond à la première assertion du programme de rentrée paru le 29 août 2022.

Guy Coquille
La littérature royaliste abonde en démonstrations définitives de la pertinence d'une monarchie héréditaire, aujourd'hui fédérative et sociale. S'il faut amorcer la longue cohorte des penseurs majeurs de la monarchie on peut commencer par Guy Coquille (1523-1603) et finir par Hans-Hermann Hoppe (1949-still going strong). Des douzaines entre les deux. On est archi-bordé quant au "pourquoi" : hors de la monarchie point de salut ! mais quid du quoi ?
Le "quoi" et le "comment" ou mieux l'inverse, s'appliquent à décrire l'institution monarchique réinsérée dans son environnement politique et social du moment, disons dans trente ans ? Parce la réponse à la question légitime du vulgum pecus est déterminante pour la suite. Comment ça marche ? Déjà qu'aucun prétendant ne fait l'unanimité, si l'épure institutionnelle est floue voire inexistante, on peut tirer l'échelle, plier les gaules et rentrer au chalet boire une fine : le "rêve ne cessera jamais de passer" et les royalistes suivront éternellement la séquence messe, galette et camp ! Le "comment" est une autre affaire que nous n'aborderons pas ici.

Des penseurs professionnels objecteront que le régime monarchique étant universel dans le temps et l'espace, son environnement à trente ans de distance n'aura que peu de conséquences sur son organisation. A quoi les penseurs du dimanche comme le Piéton du roi répondent qu'il ne s'agit pas d'imprimer demain matin la nouvelle constitution du royaume de France mais de fournir des billes à la propagande royaliste d'aujourd'hui pour faire avancer le schmilblick bloqué depuis cent cinquante ans, faute en partie d'image nette du régime à installer. C'est toute l'arrogance revendiquée de ce billet !

Le lecteur trouvera plus bas un projet institutionnel de base, mais l'idée est d'appeler à contribution des constitutionnalistes et des penseurs politiques pour dessiner l'épure la mieux adaptée au futur de ce pays. Quel est-il à trente ans d'avenir ?

Le projet monarchiste s'appuie sur des réalités et pas sur des phantasmes ni des rêves arrachés au passé. On part de l'hypothèse que ce pays aura retrouvé une certaine liberté dans les compartiments qui comptent vraiment, à commencer par ses comptes publics, ceci induit qu'une période de forte austérité aura précédé une réinstauration après l'assainissement de la dépense publique ramenée à son juste poids corrélé à la production de valeur ajoutée. Si ce pays, qui marche sur la tête - la Dette insupportable sur la tête de nos enfants et des leurs - ne retombe pas sur ses pieds, il aura disparu dans trente ans et sera devenu une division administrative d'un vaste ensemble de pays faillis dont les populations devront être soutenues par les pays souverains. Le régime politique en ce cas ne sera plus une préoccupation, puisqu'il n'y aura pas d'autre régime possible que le plan Marshall humanitaire gouverné de l'extérieur. Mais à supposer que les efforts nécessaires aient été d'une façon ou l'autre possibles (consentis serait beaucoup demander) il pourrait être vendu à l'électorat, après avoir inséminé l'opinion, qu'un régime monarchique éviterait de retomber dans les errements antérieurs qui nous auront conduits jusqu'au bord du gouffre duquel on ne remonte jamais.

Le projet monarchique diffusé aujourd'hui doit être clair est compréhensible par tous, même par les moins doués de nos concitoyens ; il faut sans cesse objecter de la complication des mesures proposées pour le jour d'après. L'organisation vendable serait de découpler l'essentiel et le contingent, à savoir, remettre le régalien au roi et laisser le peuple gouverner son quotidien, région par région, en démocratie représentative ou directe. On revient au projet développé cette année sur Royal-Artillerie sous le titre Quinte Floche Royale, qui prévoit de remettre au roi en ses conseils la Justice haute, la Guerre, la Sûreté, la Diplomatie et le Trésor. Seraient confiés aux régions devenues entités politiques capables d'appeler à contributions et libres de se regrouper ou de se redécouper par référendums, les douze ministères suivants, pour rappel :
- Assurance maladie nationale, privée, hôpitaux généraux, hôpitaux spécialisés, dispensaires publics, cliniques privées
- Assurance vieillesse nationale, privée, fonds de pensions, allocations et secours
- Instruction publique nationale, régionale, départementale, municipale, privée
- Universités, recherche fondamentale, grandes écoles, écoles techniques, apprentissage
- Justice basse, tribunaux d'instance et justice consulaire, cours d'arbitrage, admistration pénitentiaire
- Ecologie pratique et météo, polices municipale, cantonale, des voies, des marchés et des sols, monopoles du quotidien
- Aménagement du territoire, ponts et chaussées, ports et canaux, transports
- Recherche et sécurité énergétique (production, surveillance et transport)
- Recherche et développement industriel, aérospatial, militaire, arsenaux d'Etat
- Recherche agronomique et gestion des espaces agricoles
- Gestion des zones économiques exclusives et de la pêche
- Gestion du budget de la nation, fisc

Il existe au Roycoland des esprits plus déliés qui sont capables de pousser la description du royaume de France modèle 2050. Qu'ils le fassent ! Toujours dans le but de nourrir la propagande, des illustrations de ces différents cercles de pouvoir, des infographies, c'est ça, des infographies, aideront à comprendre la répartition des responsabilités, les interdépendances dans les communications par exemple, les éléments libres comme les universités, les ensembles communs à tous comme l'assurance-maladie, la météorologie, la gestion du budget ou l'administration pénitentiaire, les compétences locales et différenciées selon les régions etc. Tuons le jacobinisme et au diable la compétence universelle.

Un projet concret se passe d'attendus, préambules et déclarations liminaires. Il tient debout tout seul. La séparation des domaines public et régalien participe de cette clarté mais nous devons nous améliorer. La séparation nécessaire des pouvoirs tient toute dans cette formule : "le roi en ses conseils, le peuple en ses états". Il n'est pas obligatoire qu'un domaine domine l'autre. Le royaume pourrait au départ être un contrat qui se pérenniserait par la démonstration de sa supériorité en exercice. Sans doute n'est-ce pas orthodoxe, mais l'orthodoxie n'a rien donné depuis la fuite du dernier capétien régnant en 1848.

Avant de terminer faisons un sort à l'esquive classique qui me fut opposée plusieurs fois. Le royaliste n'a pas à s'inquiéter des institutions du royaume, le roi revenu y pourvoiera. Facile ! Les mêmes (je pense à certains permanents du CJB de jadis) de brandir leur prétendant, nous assurant qu'il sait déjà tout et que ses conseillers complèteront les détails. Faudrait-il encore que l'impétrant ait été formé dans l'emploi, au moins dans des sciences politiques un peu poussées, ce qui est loin d'être la cas de ceux que nous connaissons.

Qui va développer le projet monarchiste pour demain ?

cul de lampe

samedi 6 août 2022

CMRDS moins 15

Que vous remontiez du sud ou descendiez du nord, la route de Roanne est la nationale 7. En convoi c'est plus roulant que la départementale pittoresque, sauf s'il pleut. A moins de venir à deux déjà sur la machine, pensez à baisser vos cale-pieds, des anges gardiens peuvent monter en croupe rejoindre le camp de l'Action française qui en a bien besoin, l'actualité du pays étant devenue un vrai champ de mines pour quiconque s'attelle à penser la reconstruction du pays.

cale-pied moto

Jusqu'ici, l'épure était simple. La méchante République, encrassée de strates administratives redondantes et dispendieuses, captées par les fonctionnaires et leurs proxénètes de la haute bourgeoisie au moyen de la supercherie démocratique, visait à accroître les biens de l'oligarchie par tous moyens, dussent-ils convoquer au succès de l'entreprise la désintégration de la nation. La succession de politiciens de rencontre remontés du fond du tonneau des diplômés en sciences molles au bénéfice de La Casta promettait le déclin inéluctable du pays, le plus beau du monde toujours. L'Action française, et toutes les chapelles royalistes après elle, ne promeuvait d'autre issue au désastre annoncé que la remise en état de l'Etat sous la forme traditionnelle d'une monarchie fédérative active et sociale avec pour clef de voûte une famille royale permanente en laquelle puiser le roi (ndlr: ou la reine) par succession héréditaire. Sauf que...
(1) Le pays est en danger
(2) L'Etat monarchique n'est pas défini
(3) Les prétendants ne sont pas crédibles
(4) Le mouvement royaliste n'est pas organisé pour l'assaut

Nous pourrions faire dix pages sur chacun des quatre points cités et d'ailleurs ce blogue ne s'en est pas privé dans le passé. Limitons-nous à quatre paragraphes concis :

(1) Le pays est en danger d'abord parce que le Trésor est vide, ou mieux dit, a été vidé pour satisfaire aux revendications des classes victorieuses aux élections. Gouverné par des puceaux n'ayant jamais travaillé autrement que pour passer des concours d'improductifs, tout son tissu industriel a été bradé laissant insuffisamment de valeur ajoutée pour couvrir l'essentiel des besoins nationaux et le rendant incapable d'équilibrer (c'est un euphémisme) sa balance commerciale. Etranglé par la crise énergétique, menacé dans ses possessions ultramarines, le pays aux caisses vides est dans une situation assez grave pour mettre au second plan toute réforme des institutions. L'urgence prime la forme du régime.

(2) L'Etat monarchique n'est pas défini par le mouvement monarchiste pour qu'on puisse le présenter aux gens sous un angle fonctionnel de manière intelligible. Jusqu'ici la promotion de ce régime (répoussé dans le passé par la nation) s'applique d'abord à la réforme des "valeurs" alors qu'il s'agit dans l'urgence actuelle de privilégier une approche mécaniste démontrant la supériorité de la gouvernance alternative face à chacun des défis. Nous attendons toujours l'explication de cette carence didactique chez les chapelains. Ou autrement dit, quand allons-nous décider d'intéresser les gens à notre projet en offrant des solutions concrètes et compréhensibles, amalgamées dans un dispositif cohérent de gouvernement de la nation. Commencer par le projet de séparation des domaines régalien et public proposé par Royal-Artillerie est-il stupide ?

(3) Les prétendants ne sont pas crédibles parce qu'aucun n'est préparé au gouvernement quotidien des affaires d'un pays 3.0 et tous agissent par imitation de ce qu'ils voient dans les cours européennes régnantes, ce qui ne nous servira à rien. Nous avons besoin d'un roi en armure à cheval et pas dans le char à bœufs. Prendre à notre compte (c'est une formule) les affaires publiques du jour au lendemain suppose d'en avoir prévenu quelqu'un qui réunisse les compétences d'un chef d'Etat d'aujourd'hui, avec le bagage, le tempérament, la résilience, la vitesse de décision, la capacité à auditer son exécutif. Mettre un roi dans le poste de président du modèle 58-62 de la Vè Constitution ne suffira pas à sauver la France de la noyade dans l'état de calamités où elle est plongée. Ceci n'empêche pas de montrer du respect aux descendants des dynasties passées qui ont fait de la France un pays bien supérieur à celui d'aujourd'hui, rapporté aux autres et à l'époque considérée. Mais, malgré l'affection que nous leur portons, leur hérédité, comme les dépositions anciennes, ne leur crée aucun droit particulier à gouverner. Désolé d'être aussi sec mais... !

(4) Le mouvement royaliste n'est pas organisé pour l'assaut, s'il le fut jamais. Contrairement aux cellules trotskystes par exemple, aux aguets de toute insurrection populaire (les gilets jaunes des rond-points par exemple), les chapelles royalistes sont des cercles d'études doctrinales et historiques, composés d'étudiants non encore immergés dans les réalités d'une vie professionnelle, ou de retraités libérés des contraintes de résultat. La tranche d'âge active y est peu représentée, celle qui connaît par exemple la gestion par objectifs, sauf par des enseignants qui, le plus souvent pour ne pas dire toujours, n'ont jamais été exposés au feu des risques entrepreneuriaux qu'il vaut mieux ressentir qu'imaginer, si l'on veut manager le domaine régalien au XXIè siècle. On mesure à l'évidence cette carence dans la gouvernance erratique de M. Macron.

cul de lampe épée

Le Camp Maxime Réal del Sarte qui ouvre dans quinze jours au Château d'Ailly (42), a son utilité dans la construction du laboratoire intellectuel de chacun, en lui fournissant les bases essentielles à son propre enrichissement, lequel exigera quand même du travail personnel par la suite. Il ne débouchera pas sur l'essaimage de cellules de combat politique mais il ne tient qu'à certains courageux, bien au clair dans leur tête et adaptés aux réalités du pays (le vrai pays réel), de s'y mettre en durcissant les sections régionales sous une coordination centrale dont les compétences sont dès à présent disponibles et ne demandent que des moyens, les idées étant là. Les moyens ?
De l'argent... de l'argent... de l'argent !
On n'en sortira pas sinon.

jeudi 13 janvier 2022

Du microcosme

Spécial royco ! Le 2000ème article de Royal-Artillerie se termine sur un point d'interrogation : Serons-nous prêts au jour de l'insurrection qui vient ?. A vue de nez, non ! Et jamais ne le fûmes ! L'impuissance est consubstantielle au mouvement royaliste comme nous le montre son histoire. Comment se défaire de cette malédiction est le préalable à tout renouveau royaliste en France. J'en demande d'avance pardon au distingué lectorat de Royal-Artillerie si ces propos peuvent choquer, mais dans l'état de sédimentation du mouvement monarchiste il est temps d'en venir à la raison avant de laisser parler le cœur.

Typique de "la droite où l'on n'arrive jamais" comme disait Yves-Marie Adeline, le mouvement royaliste n'a jamais surmonté la liquéfaction de la menace qu'il représentait encore le 5 février 1934, ni l'erreur stratégique de Charles Maurras du 9 février 1941. Dans un article du Petit Marseillais, le Martégal évoqua la divine surprise du programme de Révolution Nationale, apportant jour après jour un soutien indéfectible au maréchal Pétain, le seul républicain des derniers maréchaux. Défendre jusqu'au bout Philippe Pétain contre les évidences d'une dérive meurtrière qui allait tourner à l'abomination n'était pas un cadeau pour la suite. Sa myopie fatale emporta toute l'Action française dans le même opprobre après-guerre, malgré les cohortes de royalistes qui avaient rejoint Londres, l'empire ou la Résistance. La classe politique battue en 40 renaquit de ses cendres plus arrogante encore à la Libération pour avoir perdu la guerre et réinventa le combat contre les "ligues dissoutes" qui contestaient sa captation illégitime des pouvoirs. Une conspiration du silence s'installa donnant tout l'espace aux organes et partis de gauche revenus. Malgré le nouveau souffle de Pierre Boutang et de ses amis cherchant la lumière dans un réhaussement intellectuel de qualité, la vieille maison expulsa tout aggiornamento dans des chapelles latérales qu'elle voulait obscures, se cramponnant aux vessies maréchalistes jusqu'à complète banqueroute du journal au terme d'une longue agonie. Ainsi a-t-on vu et successivement la parthénogenèse de la Nation française, de la Restauration nationale, de la Nouvelle Action française, du Groupe Action royaliste et quelques autres décédés en chemin. Les légitimistes ne furent pas non plus en reste qui se scindèrent entre "libéraux" et intégristes purs blancs pour se détester copieusement par dessus les tombeaux de la race épuisée.

Se diviser pour s'affaiblir semblait être l'ADN du mouvement qui s'est en plus investi dans la ridicule querelle dynastique, un combat de fantômes si on allume le projecteur des réalités qui les fait disparaître. Tout ça pour aboutir récemment au constat terrible que rien ne sera jamais prêt au jour de la rupture de paradigme. Malgré un combat courageux de tous les jours, Jean-Philippe Chauvin, pour qui j'ai une estime particulière, mourra royaliste ! Les campagnes politiques se succèdent en l'absence d'offre monarchiste. L'exemple récent le plus frappant fut l'incapacité du mouvement royaliste à embrayer sur l'irruption des Gilets Jaunes sur les ronds-points ! Manquait-il dans notre poche à tous un vademecum dialectique du royaume à venir ? Sans aucun doute ! L'Ecole de pensée pas plus que les Cercles ultras n'a jamais atterri sur un rond-point !
Seule l'Alliance royale a conçu et diffusé une plateforme politique jouable sur le papier, mais l'impécuniosité tragique de toute chapelle en odeur de sainteté, l'a privée d'un retour sur investissement après que son fondateur, vexé de l'hostilité sourde des chapelains et de celle explicite du prétendant d'Orléans en stage de Légion d'Honneur, jeta l'éponge au motif des parrainages impossibles à récolter. Il eut été mieux inspiré de persister sur un axe que nous trouvions juste et pertinent : faire la propagande du roi adossée à une nouvelle constitution sans s'indigner des embûches politiciennes qui lui faisaient perdre du temps. Nec Spe Nec Metu, la lutte continua néanmoins dans l'honneur (clic).

microcosme au microscope

Le Piéton ne cherche pas noise aux chapelles. Il leur dit simplement que le mouvement royaliste français tourne en rond au lieu de s'élancer sur un axe de conquête des esprits. Il fut un temps où, sous l'impulsion du Groupe de liaison royaliste, dissous depuis, l'idée avait germé de tenir des assises du royalisme (clic) pour mettre le problème de l'impuissance chronique sur la table. Tout fut bon à ruiner cette idée dangereuse. Les positions acquises sur un socle restreint de militants, mais aussi un réflexe de conservation des hypothèques souscrites par les aînés disparus, eurent raison d'un nouvel aggiornamento. La monarchie du futur passera après la promotion de vieilles idées du XIXè siècle, après la nécrologie de gloires à jamais enfuies. Est venu maintenant le moment d'affronter les docteurs de la loi qui désignent impérativement le successeur de Charles X sur le trône de France comme le résultat d'une équation tirée des Lois fondamentales du royaume ou de traités anciens, les déviant selon les circonstances. Jamais ! Et cette aversion des penseurs royalistes à réfléchir sur le faisceau de paramètres à réunir pour qu'une monarchie active, réactive et de temps long arrache le pays d'aujourd'hui à son déclin, me navre. C'est le petit schéma de la monarchie héréditaire successible par ordre de primogéniture mâle qui tient la rampe, bien qu'il ait échoué, complètement et trois fois. Ce qui m'émeut n'est pas la gloire à venir d'un roi superbe et bien entouré, mais la survie de la France que j'aime et que je sens passer entre mes doigts comme le sable fin de la plage du Grand Travers. Pourquoi la plupart des intellectuels royalistes refusent-ils de phosphorer sur une rénovation de l'offre politique ?

Le peuple n'est pas arithméticien mais de souche gauloise et franque, ou pire en un sens et pour partie récente, de culture caïdale. Il n'acceptera jamais le rejeton blafard d'une ancienne famille régnante déposée. Il attend le condottiere qui lui donnera envie d'être plus grand qu'il n'est grand. C'est comme ça ! Demandez aux mânes de Charles de Gaulle puisqu'il revient à la mode en période électorale. Alors ne venez pas avec un aquarelliste, un aîné foudroyé par la toxoplasmose, un bedeau, un libraire, un comptable ou un employé aux écritures de son beau-père, ça ne le fera pas. Désolé vraiment, mais ce billet de clôture n'est pas gentil parce qu'aucun motif de se réjouir ne court l'arène royaliste française, qui semble cultiver avec gourmandise l'obsolescence et la loi salique de 353 (si, si !), niant tout darwinisme : Evolution, Adaptation ! Un conseil pour la route ?

Acceptez, messires chapelains, d'être nommés sur mandat impératif d'objectifs négociés, et déchargés sur quitus au terme de la mission. Toute l'affaire est à repenser en tenant la rampe du modèle entrepreneurial, à défaut de quoi les tribuns persisteront à vouloir briller dans des conférences du mécontentement à cinquante pélerins, qui n'agrègeront que des convaincus, la plupart refusant de se compromettre pour le roi, passé la porte. L'énergie à convaincre s'obtient par la dynamique. Galette, messe, camp n'y suffisent pas. Tout ceci est sans doute maladroit sinon même indûment arrogant, mais pour commencer le vrai combat il faut un projet clair, compréhensible par tous. Il faut accoucher d'une réalité ! On va revenir là-dessus, ce mois-ci.



Ce billet est le deuxième d'une séquence "Rénovation" qui forme la deux millième contribution du Piéton du roi au blogue Royal-Artillerie. Elle se compose des trois articles suivants :

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