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vendredi 23 février 2024

Anniversaire d'une forfaiture attendue

faucon gerfaut, emblême de l'Ukraine
#2241- Cela fera deux ans demain qu'a commencé la guerre russe des trois jours ! Au Kremlin, le capominus di tutti capi sème le chaos depuis dix ans sur le limes occidental de la Fédération de Russie qui ne lui suffit pas. Pourtant il y aurait beaucoup à faire pour la rendre présentable. Au lieu de quoi, la clique en charge veut augmenter son "espace vital" comme Adolf Hitler le faisait des Sudètes, mais au moins le Führer tant aimé gouvernait un pays civilisé où les trois quarts de la population n'allait pas chaque matin chier dehors dans un trou de neige.
L'économie de guerre qui leur permet de tenir la dragée haute à l'Occident commence à détruire l'économie civile déstabilisée par les sanctions, rationnée dans ses approvisionnements, et bloquée dans ses exportations ; ce à quoi les Russes sont habitués depuis toujours. La pénurie budgétaire détisse la cohésion de la Fédération dans ses espaces perfusés de subventions, comme ils le sont tous à l'est des monts Oural. Quand Moscou ne pourra plus payer les gueux, il y aura de gros problèmes comme l'anticipait Hélène Carrère d'Encausse. Les gouverneurs seront tentés d'ouvrir des alternatives pour se maintenir à poste en "sauvant" leurs administrés. Entretemps, le budget russe entrera dans le tunnel d'une compétition existentielle lancée par le Kremlin parce qu'il va falloir tenir tête à l'implication de plus en plus lourde de l'Occident global dans la guerre d'Ukraine aux côtés de Kiev, lequel rehausse continûment le niveau technologique des armes livrées au front. Le dernier défi du même genre fut la "Guerre des Etoiles" de Ronald Reagan que le Politburo n'avait pu suivre parce qu'il était en train de s'y ruiner. Finalement, la ruine de l'Union soviétique emportera peu après la bassine, le bébé, l'eau du bain, tout ! Chaos total !

Contrairement à la doxa pro-russe française, la Russie n'a pas d'amis. La Chine populaire soutient Moscou comme la corde le pendu en surveillant l'extrême-orient sensible où elle a des revendications anciennes mais toujours réitérées. Des banques chinoises ferment leurs comptes russes. Les entrepreneurs chinois appelés à combler le déficit de production russe ne viennent pas afin de ne pas mettre en péril leurs exportations plus juteuses vers les pays de l'OCDE, et les corporations gazières ne se précipitent pas pour poser les tuyaux au Kazakhstan, si encore elles s'y décidaient réellement un jour ; les mollahs iraniens facturent les drones à prix d'ami dix fois plus chers que le tarif ; l'Inde absorbe beaucoup de brut à prix cassé qu'elle raffine avant de le revendre sur le marché mondial encaissant la marge que se faisaient les Russes auparavant. Et personne n'accepte plus les roubles. Mais l'ancien préposé aux tampons du KGB de Dresde fait campagne sur ses succès... historiques, et les otaries en réunion battent des nageoires !

Jusqu'où iront-ils ces Russes-là, car nous faisons la différence ! Jusqu'au chaos final tel que l'a connu l'URSS. La banqueroute morale et sociale de la Russie ne lui permettra pas de sauver de la dislocation la Fédération de Russie et sa coagulation forcée. Après le départ des "stans" en 1991, viendra bientôt celui des républiques ethniques à l'identité fortement marquée dont les hommes auront le plus contribué aux listes de morts et disparus de la guerre d'Ukraine. N'ayant jamais été éduquées à leur propre prise en charge, le désordre sera total, tant et si bien que se fera sentir rapidement un besoin d'ordre. Quels seront alors les pôles d'aimantation permettant de faire tourner des systèmes "solaires" de l'Oural au Kamtchaka ?

La Chine populaire est déjà à l'affût d'un anschluss économique et démographique des terres de l'Amour qui lui furent arrachées par les tsars aux siècles précédents (*). Dès la mort de Staline, cette revendication rampante a donné lieu à des conflits ouverts sino-soviétiques qui précipitèrent en un affrontement armé en 1969.
Le Caucase musulman trouvera peut-être une solution avec l'une des puissances régionales du Croissant qui manifestera son intérêt, les autres au bonheur la chance à qui paiera le plus.
Délestée d'un terrain vague immense qu'elle n'aura pas pu tenir, la Russie occidentale deviendra un tigre économique aussitôt que les réformes économiques de bon sens auront été appliquées, après destruction complète de la clique prédatrice poutinienne qui obère tout développement utile. Rien ne dit que la Biélorussie ne s'y agrègera pas ; ce serait son intérêt.
Si le nouveau pouvoir russe est assez intelligent, il décrètera zone franche l'enclave de Kaliningrad qui entrera ce faisant, comme la Norvège, dans le marché commun où est sa vraie place.

carte politique de la Fédération de Russie

Mais l'anniversaire des deux ans de guerre est aussi le moment de faire le point.

Le front oriental au Donbass est stabilisé, les belligérants essaient d'oblitérer les saillants (comme Avidiivka) mais d'aucun côté la puissance de feu n'est suffisante à maintenir une poussée décisive qui percerait le dispositif adverse. Le bombardement des lignes arrières, nœuds logiqtiques, postes de commandement, radars et conduites de tir se poursuit, les Russes travaillant au poids, les Ukrainiens au mètre. La couverture aérienne de l'Ukraine par des avions modernes facilitera la manœuvre mais ne changera pas le fond tactique. Puisque la contre-offensive de Kiev visant à atteindre la Mer d'Azov pour rompre le continuum territorial entre le Donbass et la Crimée a échoué, il semble que la zone d'effort soit maintenant la péninsule tatare. On attend donc la coupure du pont de Crimée pour demain si elle n'a déjà été faite au moment où s'écrit cet article. Les Russes s'y attendent aussi. Ne tenant plus la mer, les Russes auront un mal de chien à se maintenir en Crimée sous les bombes métriques ukrainiennes, mais les garnisons se battront sans doute jusqu'au bout pour entrer dans l'Histoire.

Sur le plan diplomatique, le fait marquant de ce mois de février 2024 est le triple accord de sécurité que l'Ukraine a signé séparément avec le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France pour programmer un soutien dans la durée (dix ans) en attendant l'intégration du pays dans l'Alliance atlantique. L'implication formalisée des trois puissances européennes du côté ukrainien aura plusieurs effets induits, le premier étant de montrer au Congrès des Etats-Unis que la Vieille Europe ne s'en laisse pas compter, ni par l'un, ni par l'autre. Le deuxième est une occidentalisation de l'armement ukrainien et une normalisation OTAN des règles d'engagement. Le troisième effet signale aux pays en retrait de la main comme l'Autriche, la Hongrie ou la Slovaquie qu'on n'a pas besoin d'eux pour contenir l'avancée de la brute qui marche ; ce qui les obligera à en rabattre lors des prochains sommets à Bruxelles. La Commission européenne est aussi et d'une certaine façon by-passée par ce mouvement stratégique des trois pays majeurs ; faut-il y voir la main de l'Angleterre ?
Sur un autre plan, on notera la mise en place à l'initiative des Etats-Unis de plusieurs "coalitions de capacités" en soutien à l'Ukraine qui spécialisent la trajectoire des efforts consentis par l'Occident. Coalition "information" de l'Estonie et du Luxembourg, coalition "artillerie" de la France et des Etats-Unis ; coalition "F-16" des Pays-Bas, Danemark, Belgique ; coalition "anti-aérienne" de l'Allemagne, France, Belgique, Danemark, Lituanie, Grèce et le Royaume-Uni ; etc.

Il ne reste plus qu'à décrypter le mystère de l'hypnose des dirigeants occidentaux qui aura duré vingt ans. Si on connaît les circonstances russes de l'ascension de Poutine, par le côté obscur de la corruption sanglante au sein d'un mouvement de captation du pouvoir par les siloviki (FSB), il est incompréhensible que l'insignifiance primitive d'un employé du KGB mal noté par ses chefs n'ait pas sauté aux yeux des services d'analyse, à moins que ce ne soient les dirigeants politiques qui aient décidé de passer outre leur avis ; mais tous à la fois ? Ce n'est pas pensable. Je suis demandeur d'une explication.

Pour terminer, rappelons les termes de l'accord négocié à Istanbul au mois de mars 2022 par les délégations ukrainiennes et russes, accord qui fut refusé par le Kremlin alors en pleine offensive :
  • Retrait de l'armée russe des territoires envahis depuis le 24 février ;
  • Finlandisation de l'Ukraine (pas d'intégration à l'OTAN);
  • Démilitarisation limitée (le format de l'armée devait être négocié à part);
  • Les oblasts séparatistes du Donbass bénéficieraient d'une autonomie semblable à celle du Pays basque espagnol ;
  • L'Ukraine s'engageait à tenir un référendum d'appartenance en Crimée (et pas dans tout le pays) avant quinze ans ;
  • Un traité de neutralité et sécurité devait recevoir l'endos de puissances européennes prêtes à s'investir dans son exécution.
Le premier avril 2022, la question pouvait être en voie de réglement, mais alors que les colonnes blindées russes commençaient à desserrer l'étau, surgissait le massacre ignoble de Boutcha ! Pourtant des contacts ténus furent maintenus jusqu'à la chute de Marioupol le 17 mai et son score atroce de victimes civiles et militaires. Terminato !

Les belligérants ne sont plus aujourd'hui dans le même état d'esprit, qui marchent sur des centaines de milliers de morts. Les Ukrainiens reçoivent enfin des armes de dernière génération qui apportent allonge et précision ; les Russes de leur côté bénéficient de la reconversion de leurs usines mécaniques à l'économie de guerre et la production est là. Les munitions ne semblent pas être un problème, surtout en 152 coréen, même si la logistique russe est régulièrement visée. Il faudrait être autour de la caisse à sable de chaque état-major pour les écouter, mais il semble que les Ukrainiens soient modérément optimistes à partir du moment où les livraisons d'armes occidentales continuent. Reste à trouver les hommes pour les servir. C'est leur problème ; par contre ils doivent absolument contrôler leur espace aérien et dans ce compartiment nous seuls pouvons les aider. Et aussi au niveau de chacun :

Volodymyr Zelensky a créé le site UNITED24 pour collecter des fonds de fondations et de particuliers pour l'effort de guerre. Chacun peut contribuer d'un simple clic à partir de 50 euros. C'est par ici. Merci. Le piéton cotise pour la fabrication des drones navals (*). Aussi, quand un bateau est envoyé par le fond au moyen de l'un d'entre eux, il peut légitimement se reservir à l'apéro un verre de muscat de Frontignan !

mercredi 8 novembre 2023

Fin de la blague ?

Un des contributeurs au blogue du colonel Goya (La Voie de l'Epée) a désigné le Hamas comme "le marteau des mollahs". A voir le funeste destin de cette organisation terroriste, il semblerait qu'ils en ont cassé le manche et laissé le fer s'envoler jusque dans les fours de la barbarie. Le grand pogrom du 7 octobre signe au comble de l'horreur le suicide de l'institution palestinienne et de ses excroissances de combat puisque rien n'arrêtera la vengeance du cabinet Netanyahou pris en flagrant délit d'incompétence et arrogance associées. Le même envisage de gérer une période de transition à Gaza, ce que lui déconseillent fortement tous ses amis à l'aune de la profondeur mesurée de ses capacités stratégiques. On ne creusera pas aujourd'hui l'insondable connerie du cabinet des hystériques, pour en venir aux menaces futures qu'il a attisées.

Il y a quatre acteurs résidents sur zone qui rebattent leurs cartes en anticipation de la disparition du marteau des mollahs. Mieux dit, quatre groupes dirigés chacun par un grand pays, je nommerais l'Egypte, l'Iran, la Turquie et l'Arabie heureuse. Le plus impliqué est la République islamique d'Iran qui, à première demande d'Israël, a vu rappliquer en Méditerranée orientale et Mer rouge trois groupes navals américains capables d'incinérer toute la région en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.

fumée du bombardement

Que dire de l'Egypte ? Le pays est travaillé par les Frères musulmans dont le Hamas est une succursale, et c'est le premier souci du gouvernement du maréchal al-Sissi. Comme ils sont partout sur le territoire et que partout ils ont mis les plus miséreux dans leur poche, les Frères musulmans sont une réelle menace existentielle. L'Egypte jauge le conflit en cours avec cette règle simple d'impact domestique sans trop s'émouvoir du score respectif des massacres. Elle fera le minimum syndical humanitaire en tâchant de préserver sa souveraineté sur le Sinaï. Pas question d'y déporter des Gazaouis sans toit ni ressources ; l'économie égyptienne n'y tiendra pas, elle qui a du mal déjà avec ses propres pauvres et use d'artifices pour maintenir le couvercle fermé sur la misère ébulliente. Si l'Egypte a signé la paix avec Israël, elle ne se considère pas tenue de l'aimer et le fait savoir. Tous les juifs du Caire ont pris l'avion.

L'Iran agit par proxies à l'étranger, les Gardiens de la Révolution en Syrie, les milices chiites en Irak, le Hezbollah libanais en Syrie et sur la frontière nord d'Israël, les Houtis du Yémen pour prendre en tenaille l'Arabie séoudite et jusqu'à hier le Hamas comme détonnateur d'une mine enterrée sous l'Etat hébreu. La réaction américaine lui a montré que ce savant dispositif ne le garantissait contre rien. Il serait intelligent que les autorités de Qom analysent l'impasse de l'option de violence contrôlée du cabinet Netanyahou à l'endroit des Palestiniens de Cisjordanie, en abandonnent sa mauvaise copie sur leurs zones d'efforts et trouvent voies et moyens d'entrer à nouveau dans les bonnes grâces du marché libre solvable et rémunérateur afin de relancer une économie à demi crevée. Pour cela il lui faut "civiliser" son industrie nucléaire et ne pas tout investir dans le camp des assassins patentés. Renoncer à la bombe atomique. Au lieu de quoi, leur esprit étroit va embrasser un raisonnement binaire à la coréenne qui verra dans la première détonation nucléaire la mise au pot d'une garantie irréfragable de sa survie. Que les Russes les y aident (comme on le soupçonne en rémunération de transferts de technologie d'armement) ou pas, ils y parviendront en achetant ce qui leur manque... au Pakistan. A terme mais pas si loin, l'Iran va disposer de la même dissuasion qu'Israël, et rien ne permet de croire que les avions de Tsahal y puissent faire quelque chose pour l'empêcher, les usines iraniennes étant à seize cents kilomètres sans aucune possibilité de se poser au retour sauf à revenir au point de départ. Comment ravitaille-t-on demain des avions au-dessus des pays arabes ? A partir de là, les mollahs auront moins besoin de déstabiliser leurs voisins et peut-être que les proxies seront débandés pour une meilleure respiration d'ensemble. Adieu les marteaux !

L'autre acteur impliqué dans le billard à trois bandes c'est la maison des Séoud. Le prince-héritier a lancé le grand défi de la pérennisation de sa dynastie en misant tout sur une transition industrielle dans la recherche de pointe et l'innovation, pour suppléer au déficit attendu des moyens de développement procurés par le pétrole. C'est parmi d'autres, le projet monstrueux de la ville-monde de NEOM sur la Mer rouge. Il a pensé que la science sophistiquée de la recherche israélienne lui serait d'un puissant renfort, et qu'au spectacle de la collaboration générale des Etats arabes de la région avec Israël et jusqu'au Maroc, il pouvait jouer cette carte sans condamner la cause palestinienne ni trop froisser le Conseil des grands oulémas. C'est terminé ! Si le pogrom du 7 octobre est horrible (mais il avait fait démonter à vif un journaliste séoudien dans le consulat d'Istanbul), le massacre en cours des civils gazaouis repousse aux calendes grecques tout rapprochement avec l'Etat hébreu désormais pestiféré. Ce recul va peser sur les monarchies du Golfe et, bien que l'argent n'ait aucune odeur, les Accords d'Abraham ou mieux de Jared et Ivanka Kushner ont coulé à pic. Toutes les portes claquent ; même celle de Jordanie avec laquelle l'Arabie vient de se lier en mariant royalement une riche et belle séoudienne avec le prince-héritier Hussein.

En Jordanie, le roi Abdallah II a passé le micro à son épouse qui gratifie d'entretiens fouillés la presse internationale en soutien des Palestiniens (elle est palestinienne) en dénonçant l'iniquité de la politique juive (voir sur CNN). Soixante pour cent des habitants du royaume sont des Palestiniens réfugiés de la Guerre des Six Jours et la pression exercée par les colons juifs et leurs soutiens parlementaires et policiers le menace directement, comme il en fut pour son père qui dut réprimer dans le sang la tentative de subversion par l'OLP en 1970 (Septembre noir). L'armée bédouine y réussira-t-elle cette fois encore ? Quoiqu'il advienne et pour les mêmes raisons qu'en Arabie, la confiance a disparu entre voisins et la Jordanie va basculer dans le camp des "durs" pour elle-même survivre. Chapeau l'artiste Netanyahou. On ne peut se quitter sans parler de ce grand faisan d'Erdogan. La Turquie est le troisième pays impliqué mais lui, volontairement. C'est Jean-Gilles Malliarakis qui en parle le mieux dans son blogue l'Insolent (clic).

L'article, à mon avis décisif et complet, est titré Un virage prévisible (clic). J'en dévoile ici la conclusion : Qu'il s'agisse de l'ambition de son président de devenir le chef du monde musulman, et de se servir pour cela du prétexte de la question palestinienne ou de son aspiration islamiste et identitaire à marcher vers l'Asie centrale, mais aussi de son utilisation contre l'Europe de l'arme migratoire, la Turquie d'Erdogan ne saurait évidemment faire partie de notre famille. La Défense de l'Europe ne peut plus dépendre des foucades et des intrigues du dictateur d'Ankara. Si au moins la guerre de Gaza peut faire comprendre à l'Europe amollie qu'elle serre en son sein un renard capable de lui bouffer le foie et qu'il est temps de reconsidérer nos partenariats sous un angle froid d'intérêts ponctuels sans aucune stratégie d'influence, tout n'aura pas été perdu dans ces horreurs. On peut aussi douter que les trois peintres en charge de l'Union fassent la toise de ce défi turc. Mais certains autres posent la question de la suite à donner quand plus rien ne sera debout et que les bombes se tomberont plus. C'est la question à un million de dollars qu'il ne faut pas poser tant que les deux peuples opposés et imbriqués sembleront n'avoir pour projet chacun que de foutre l'autre à la mer ! Et pourtant des gens pensent :

Dominique de Villepin affirme avec raison qu'aucune solution n'est viable si elle ne convoque pas la justice, et pour lui, la solution du conflit qui nous préoccupe, si on en cherche une bien sûr, est de sortir cinq cent mille juifs de Cisjordanie et deux cent mille autres de Jérusalem-est, à défaut de quoi l'Etat d'Israël sera confronté à une insécurité grandissante (clic source à lire). Il est écrit dans l'histoire des peuples que la spirale des surenchères conduira le plus faible démographiquement à être acculé à sa propre disparition, voire à son asservissement, avant quoi il aura exercé l'ultima ratio dont disposera sa nation au moment critique . Pour l'Etat hébreu, l'éventualité de sa disparition imminente fera péter une bombe atomique. Massada ! Tout finit toujours par s'arranger, même mal (proverbe cévenol). Fin du conflit !

samedi 28 octobre 2023

Du blasphème à la damnation

Riche éditorial de Bertrand Renouvin dans le numéro 1264 de Royaliste sur le désordre du domaine régalien assumé par le pouvoir au motif d'on ne sait quoi, et qui produit en queue de trajectoire l'égorgement du père Hamel dans son église à Saint-Etienne-du-Rouvray, la décapitation de Samuel Paty en pleine rue à Conflans-Sainte-Honorine et le poignardage mortel de Dominique Bernard dans son lycée d'Arras.
Mais cette fois encore, il est un paramètre absent de l'analyse, dont tous les éditocrates se tiennent éloignés et que nous allons évoquer ici : le blasphème.

Le droit au blasphème, si souvent brandi par la presse branchée quand il s'applique à une divinité quelle qu'elle soit ou aux us et coutumes d'une religion, ne peut régler les injures aux croyants, au clergé, aux adeptes, provocations à la haine souvent qui restent passibles de 45000 d'euros d'amende et d'un an de prison. La frontière est mince entre l'homme physique et ses idées.

Le blasphème est de longue mèche en France - une date les écrase toutes, celle du supplice du chevalier de La Barre le 1er juillet 1766 à Abbeville, convaincu « d'impiété, blasphèmes, sacrilèges exécrables et abominables » par le présidial compétent du baillage. Il faudra attendre la loi de Séparation de 1905 pour que ce délit ou crime (c'est selon) disparaisse du Code, la religion devenant une affaire privée de conscience (ou l'inverse). Puis ce droit exercé d'abord à l'endroit des clergés - l'anticléricalislme français est un sport national - a dérivé vers l'injure publique à l'endroit de Dieu. Je me souviens d'une réflexion de Jean-Marie Lustiger, pas encore cardinal, qui, a la vue de dessins immondes du Christ en croix sur Hara Kiri, faisait remarquer que la presse satirique était monté d'un étage, délaissant les clercs pour affronter Dieu lui-même, et qu'on en verrait de funestes conséquences. La rédaction de Charlie Hebdo et Samuel Paty expliquant maladroitement l'intérêt de ce filon l'ont payé de leur vie ; leurs assassins n'ayant pas compris la liberté d'injures garantie par le droit français. Mais qui comprend vraiment ça ?

Les unes anticléricales et très sexualisées des journaux satiriques, en voie de disparition aujourd'hui car débranchés du marché infomationnel, faisaient sourire quand on passait au kiosque prendre le journal du matin. Quand il s'est agi d'appliquer le même traitement aux divinités célestes, beaucoup de passants en furent choqués, et en bon agnostique, j'en fus. Il n'est pas si difficile de deviner l'effet que ces caricatures produisent sur le mental plus frustre de fidèles non "modernisés"; le ramdam qui suivit (avec un certain délai) la publication des fameuses caricatures danoises nous en a convaincu en son temps (2005). Mais sûrs de l'ancrage de nos valeurs républicaines, les pouvoirs publics se sont mis la tête dans le sac de la constitution irréfragable de la république en guise de totem d'immunité pour ceux qui franchiraient la ligne rouge verte ! Ceux-là ont perdu la leur. Et bien sûr, la République française n'y est pour rien !

un enfant juif et un enfant arabe
Arc-boutés sur le droit, les gouvernements croient se prémunir des dangers provenant du domaine spirituel, et de tous autres aussi, par une diarrhée législative continue réglant l'effet de la cause. Ceci est punissable, donc ne peut survenir ! Ce mantra est tout ce qu'on oppose en haut lieu au futur tsunami qui nous guette, je parle de la déferlante propalestinienne que la guerre dévastatrice de Gaza est en train de pousser vers tous les pays d'Occident. On signale à New York, Londres, Berlin une insécurité grandissante chez les communautés israélites ciblées par un nouvel antisémitisme, pas toujours initié par des musulmans d'ailleurs. Les doyens des universités américaines ont un mal de chien (quand ils s'en donnent) à faire rentrer le dentifrice de la haine antisémite dans le tube. Le Secrétaire Blinken somme le Qatar de modérer et réduire le flux d'informations émis par la chaîne Al Jæzeera sur la situation de Gaza pour prévenir une extension des manifestations de la rue arabe, en pure perte puisque dès ce matin, la chaîne a quasiment doublé son volume de reportages et analyses. Ankara prend fait et cause pour le Hamas : cette posture va résonner jusque dans les communautés turques d'Allemagne et d'Alsace. Et même TF1 diffuse un reportage par images satellites des destructions de l'enclave dans le style "avant-après". C'est ravageur ! En bas de chez nous, les partis radicaux tels La France insoumise ou le Nouveau Parti anticapitaliste ont flairé l'opportunité d'un surf facile sur la vague islamique qui monte partout en Europe contre les bombardements israéliens de la population gazaouie innocente. Les canaux officiels ont du mal à fonder la réaction virulente d'Israël sur le grand pogrom du 7 octobre dont on a fait, à tort, l'économie d'images insoutenables de décapitations, éventrations, incinérations à vif etc... qui auraient marqué les esprits dans un sens plus favorable aux kibboutzim et aux raveurs israéliens. Ces horreurs sont déjà passées par pertes et profits des "dérapages inévitables" par tous les sectateurs du Prophète. Ce que l'on entrevoyait de compassion au lendemain des massacres de Juifs a été estompé par certaines réactions très mesurées comme celles de la reine palestinienne de Jordanie sur CNN. Les gouvernements arabes ont parfois déploré mais le plus souvent se sont tus. Les autocrates à poste ont sauté sur l'occasion pour dénoncer, mais avec d'autres mots, l'idée absurde de vouloir forcer une greffe ethnique dans un corps qui la rejette. L'Asie centrale et orientale qui ne compte pas les hommes avec autant d'affection que nous, reste loin de l'orage, bien près de résoudre un conflit typiquement occidental par la loi du "dernier arrivé premier parti". Comme le dit Ricardo Perissich dans Telos, l'occasion est donnée au « Sud opprimé » de maudire l'Occident dans l'organisation foireuse de son espace au détriment de tous les autres. Que dire enfin de cet Occident dégueulasse qui en plus brûle des corans à Stockholm ? Blasphème, la boucle est bouclée.

Si Israël ne peut pas laisser vivre une menace terroriste d'ampleur théocratique à ses frontières, il ne peut aboutir à un résultat pérenne à Gaza et demain au Sud-Liban sans accepter sa propre damnation. Cornérisé par l'impéritie du cabinet "biblique" Netanyahou, l'Etat hébreu renoue avec la conquête sanglante de Canaan que ses voisins peuvent relire pour s'édifier. Et trois groupes navals américains ne bloqueront pas les torrents de rage qui vont noyer le monde arabe. Le Secrétaire général des Nations Unies le voit bien et l'exprime avec d'autres ; on va vers quelque chose d'inédit qui peut muter à tout moment en une guerre sainte épouvantable, laquelle allumera ses feux partout où vivent des musulmans, quiétistes, pieux ou salafistes, voire soufis ou agnostiques. Il ne sera plus temps de faire des lois et de s'empoigner sur les bancs de l'Assemblée nationale. Ce sera bien plus cher que les émeutes "Nahel" du 27 juin au 7 juillet de cette année qui ont touché soixante-six départements et cinq cent seize communes pour 58297 atteintes aux biens ; elles ont surpassé de beaucoup celles de 2005 qui avaient concerné (seulement) vingt-cinq départements et deux cents communes, selon un rapport au Sénat du 25 octobre. What next ? Quelqu'un a-t-il le 06 de Madame Borne ?

mercredi 21 juin 2023

Mouseland, une tentation d'anarchie

drapeau noir de l'anarchie
(PJP)
En été, fais ce qu'il te plaît ! Cette insurrection qui vient doucement et que d'autres (Cortes et Leurquin) appellent "L'Affrontement", ne pourra être contenue sans que soit augmentée la répression au-delà des dispositions du droit actuel, ce qui augure un durcissement de la loi. Mais avec une majorité relative sous tension au Palais Bourbon, la marche au flicage n'est pas gagnée d'avance. On rit déjà aux contorsions sémantiques indispensables au gouvernement pour agréger à son projet répressif les partis de la périphérie affamés de maroquins. Elisabeth Borne va devoir avaler le chapeau, la jugulaire et la plume de faisan qui jusqu'ici l'ornait. Son problème est que tous les moyens existent ailleurs pour bloquer l'insurrection et qu'on ne peut botter en touche en mettant l'affaire à l'étude comme d'hab. Ils existent, tels qu'ils sont déployés largement par les régimes autoritaires, même barbouillés d'un pastel démocratique, et que s'y adonner n'est pas moral aux yeux de la bienpensance, laquelle s'y fera quand même, soyons-en sûrs, dès que la maison de campagne en Normandie sera menacée. Comme le suggérait une fois Ségolène Royal, le ministère de la police chinois te réglerait ça en trois coups de cuillère à pot, avec la reconnaissance faciale et la numérisation de toute vie, dans l'espace public pour commencer.

Le suffrage universel et l'exercice obstiné de la démocratie à éclipse que le peuple a choisi en 1962 sans n'y rien comprendre, ne règleront rien. Chacun doit se préparer mentalement à être gouverné autrement demain. Peut-être même à ne plus intervenir dans la sphère politique existante sauf à la marge. Vous verrez s'affronter deux mouvances, l'anarchie peut-être organisée, parée de noms moqueurs ou généreux d'une part, et le bloc de la Raison qui tiendra sur ses intérêts de l'autre. Entre les deux, des partis liquides comme LR ou le PS en attente d'être liquidés et des coteries du bonneteau politique rappelant les partis de la Fronde. Le modèle actuel est mort de toute façon.

L'anarchie en bas ? voire "l'anarchie plus un" de Charles Maurras ? Je répondais tantôt à un intervenant qui m'est cher que si je promouvais la démocratie directe à l'échelon des collectivités locales, avec territorialisation de l'impôt consenti pour responsabiliser le votant, j'attendais en revanche un système fondé sur les provinces (comme le Bundesrat) pour légiférer à l'échelon national. Parce qu'à ce niveau d'appréhension des enjeux, faire voter des gens sur un programme comportant, outre les mesures clientélistes abondant au Hamac national, les gigafactories, l'ordinateur quantique et la loi de programmation militaire, c'était se foutre du monde. Quant aux capacités cognitives du peuple, que ne dira-t-on ici qu'on n'ait déjà mille fois dit partout, jusqu'à la boutade de Winston Churchill sur le régime parlementaire "...à l'exclusion de tout autre", formule ironique assénée en dernier recours par les thuriféraires de la démocratie universelle et que je traduis par un "mais vous l'avez voulu !". En fait, c'était une vacherie du vieux lion machouillant son Romeo y Julieta.

Dans sa parabole des chats gouvernant les rats, Thomas C. Douglas (1904-1986) s'insurgeait contre la servitude volontaire des peuples régis par les protocoles démocratiques. En 1576, Etienne de La Boétie avait déjà fait le tour de la question, apparemment en vain, à voir la supercherie démocratique actuelle. En 1961, Douglas avait repris le concept en le décapant à l'acide de la lutte des classes et ça avait donné "Mouseland" (cinq minutes qui en valent bien plus):



Liens de cet article en clair :
- L'anarchie sans désordre (PJP) : https://lireestunplaisir.wordpress.com/2021/03/20/lanarchie-est-la-plus-haute-expression-de-lordre-elisee-reclus/
- La Boétie : https://www.espacefrancais.com/la-boetie-discours-de-la-servitude-volontaire/
- Tommy Douglas : https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/tommy-douglas

mercredi 12 avril 2023

Depuis le phare d'Agincourt (ROC)

phare de Pengjia (ROC)
Quand il a invité Ursula von Der Leyen à l'accompagner dans son voyage à Pékin, Emmanuel Macron s'est hissé sur le pavois de l'empereur d'Europe occidentale, accompagné de son adjudant-major qui prendrait des notes. Je pense que lors du prochain Conseil européen, il va y avoir du bruit. Non pas tant que les pays au contact, qui hurlent déjà au charron en apprenant que Miquet à la Houppe a encore pris ses distances avec l'Ukraine et Taïwan en pleine crise, demanderont des comptes, que de la part de la Commission qui vient d'être humiliée dans les largeurs. Que va faire M. Borrell à Pékin dès ce 13 avril ? Recadrer la politique de l'Union à l'endroit de la Chine populaire ? Ça ne servira à rien, le découplage macronien va être accru par les services chinois qui sont plus retors que ceux du Catalan, outre le fait qu'il est débordé déjà par la Deutschland AG qui suit son propre agenda industriel, distinct de celui de Bruxelles.

De quoi s'agit-il au fond ?

D'autonomie stratégique européenne. Dans son entretien donné aux Echos (clic), M. Macron vante ses succès sur cette voie, étroite et périlleuse, d'immodeste façon en ces termes : « Il y a cinq ans, l'autonomie stratégique était une chimère. Aujourd'hui, tout le monde en parle. C'est un changement majeur. Nous nous sommes dotés d'instruments sur la défense et sur la politique industrielle. Les avancées sont nombreuses : le Chips Act (ndlr: semiconducteurs essentiels), le Net Zero Industry Act (ndlr: rapatriement des industries de la transition verte) et le Critical Raw Material Act (ndlr: production dans l'UE de matières premières rares essentielles), ces textes européens sont les briques de notre autonomie stratégique. Nous avons commencé à implanter des usines de batteries, de composants hydrogène ou d'électronique. Et nous nous sommes dotés d'instruments défensifs qui étaient complètement contraires à l'idéologie européenne il y a seulement trois ou quatre ans ! Nous disposons à présent d'instruments de protection très efficaces.»
S'il ne s'agit encore que d'une montée en puissance, l'élan est donné dans le bon sens, après des années d'errances idéologiques dans le brouillard de la mondialisation heureuse. Mais est-il besoin pour y atteindre de braquer les Etats-Unis en ce moment ? Qui pis est, de tracer en pointillés une ligne de fracture au sein de l'Europe entre les pays échappés du bloc soviétique et les pays occidentaux préservés par les Accords de Yalta ? L'Europe seule n'a pas les moyens de se défendre contre le chef paranoïaque du Kremlin, capable de tout pour passer à la postérité comme Ivan-le-Terrible Reloaded. Six mille têtes nucléaires (dont quelques unes marchent encore) sont à sa disposition pour déployer le cauchemar atomique sur son étranger proche dès qu'il se convaincra qu'il est perdu. La menace n'est pas qu'un bluff sur le tapis vert puisqu'il enfreint aussitôt la demande chinoise de non-prolifération des ogives en décidant d'en placer en Biélorussie. Rien ni personne n'arrêtera les effets de cette névrose en dehors du premier cercle, seul capable de commander les sicaires qui achèveront une bonne fois la "vision impérialiste" de M. Poutine.

Alors, découpler maintenant les intérêts européens et américains comme le propose M. Macron, est plutôt malvenu, même si la démarche est légitime sur le long terme. Mais achevons le travail d'abord, m.... ! Cet propension irrésistible à communiquer sans retenue est un des plus gros défauts de notre vibrionnant foutriquet et nous ne pouvons que souhaiter qu'on le lui dise en face lors du prochain Conseil européen. Je crois qu'il y a des volontaires pour le lui crier fort et clair. Reste l'idée en soi :
Il est difficile de croire que le coup de couteau dans le dos que nous avons reçu dans l'affaire des sous-marins pour l'Australie n'aurait rien produit dans le cercle des pouvoirs français. Il est plus que probable qu'il a accéléré la re-gaullisation de notre politique étrangère en amplifiant les marges de désaccord. De par notre présence et par l'histoire aussi, nous sommes partie prenante dans la zone indo-pacifique, mais à notre mesure sur des théâtres assez bien définis. Ce n'est pas parce que nous avons baptisé le phare d'Agincourt au large de Formose et que la base navale chinoise de Zhanjiang s'est appelée jadis Fort-Bayard que nous avons des intérêts "vitaux" dans le Détroit de Taïwan. Ni même dans le Pacifique-nord. D'autant que les moyens budgétaires que nous laisse une politique de providence sociale exacerbée mise au compte de nos générations futures, limiteront fatalement nos interventions s'il faut un jour y aller pour de vrai.

Une autonomie stratégique de l'Union européenne serait la queue de trajectoire d'une politique étrangère souple et déterminée à vingt-sept ou plus, ce qui revient à en reconnaître l'impossibilité. Que reste-t-il à la France en ce cas ? Remonter en puissance sur nos propres zones d'effort afin de ne plus dépendre des alliances géopolitiques, même s'il est dans notre intérêt d'y participer. Mais sans vassalisation matérielle. Pour y parvenir, il faudra réduire la dépense publique et pas qu'un peu. Sauf à abandonner nos outremers et les fruits annoncés par la ZEE française, la deuxième du monde !

jeudi 9 février 2023

Le monde n'est que chaos

Celui qui dispose d'un globe terrestre peut le faire tourner lentement en faisant l'inventaire des calamités, naturelles et humaines : il en sera saisi d'effroi. En partant de la ligne de changement de date du Pacifique vers l'est, il arrivera aussitôt sur le Pérou en révolution contre la caste qui a tous les leviers et prospère à la sueur de l'indien et juste en bas, un Chili ravagé par des incendies titanesques qui commandent aux hommes. L'Argentine, pays neuf disposant de tout, est ruinée par ses habitants. Le Brésil va laisser s'affronter les pauvres de droite et les pauvres de gauche sans qu'aucun ne sache vraiment ce que tout cela signifie, moins encore le géronte corrompu que la Cour suprême pour se garantir a remis en selle au soir de sa vie. De la Colombie jusqu'à la Basse Californie, ce sont les narco-trafiquants qui gouvernent, pillent et tuent ; les chemins sont encombrés de fuyards qui montent en famille vers la lumière américaine. Arrivé là, ce n'est pas terrible non plus. Si tu es noir, tu risques carrément ta peau en ville le soir en dehors du ghetto.

On passe l'Atlantique pour aborder aux rivages du vieux monde rationnel, héritier de la civilisation greco-romaine. Et là, un empire mythique, venu du fond de la barbarie, entreprend la conquête de ses voisins par le fer et le feu, accumulant des vies dépêchées par milliers et sans répit, pour finir par menacer tout ce qui n'est pas lui. Nul ne sait si par dépit, l'empereur nouveau, arraché à la fange soviétique, ne va pas déclencher une bombe atomique. Seuls suffiraient les noms ? en voici : Azerbaïdjan, Syrie, Hataï, Anatolie, Irak, Iran, Israel, Libye, Sahel, Congo, Kenya, Mozambique, Somalie, Yemen et plus loin, Afghanistan, Birmanie, Xinkiang, mer de Chine et Corée du Nord. Il en manque ? Peut-être en cherchant bien, mais ce n'est pas non plus un catalogue. La question qui finit par arriver est celle du pourquoi. Y a-t-il une cause majeure ou des causes non liées ?

Mon agnosticisme atterré me suggère le Néant primordial duquel tout procède et dont quelqu'un ou un meilleur principe a forcé l'espace pour construire l'Ordre. Ce Néant subsiste, me disent les Bons Hommes, et tout défaut d'ordre le laisse émerger à nouveau. Le chaos est consubstanciel à notre monde. Certains l'appellent le Mal et le griment en bouc pour faire peur aux âmes simples. Il est contenu dans le Néant par l'Ordre. Celui que nous avons sous la main est l'ordre naturel. Des thésards l'ont appelé "écologie". N'est-il pas temps de s'y mettre pour de vrai ? dans tous les compartiments de la vie terrestre, à commencer par celui de la Raison.

Après l'orgie de mort et destruction de la seconde guerre mondiale, les nations rescapées formèrent un cercle de raison. Mais il n'accueillit pas tous les pays à parité. Le camp de la force, les vainqueurs de cet holocauste - les cinq membres permanents du Conseil de sécurité - se réservèrent le droit d'approuver ce que décideraient les autres. L'intention originelle était viciée dès le départ. La raison cédait le pas, et le vieux Poméranien éternua dans sa tombe, la force primait toujours le droit. Soixante-quinze ans plus tard, la messe est dite. Il faut être payé à la ligne pour expliquer pourquoi !

L'espèce humaine, enfin plutôt terrienne, déborde de partout et d'aucuns croient que dans ce chaos elle survivra avec un effectif de neuf milliards d'individus. Des forts en calcul nous expliquent qu'au 20 août nous avons épuisé les ressources annuelles disponibles sur terre. Donc nous vivons jusqu'à la fin de l'année en consommant le stock. Le stock de tout. En même temps, la crise climatique (que nous en soyons la cause ou pas n'a plus d'importance) amplifie les caprices de la nature dans des proportions que certains pays ne peuvent plus affronter. Alors quoi ?
Alors rien !
Notre génération n'a pas compris l'ordre naturel et l'aurait-elle compris qu'elle n'aurait su l'imposer. Elle n'est pas prête à remettre en cause ses modes de vie et de pensée, ses avantages acquis. Pourquoi ou comment ? Ce n'est pas important : le résultat est là ! Nous sommes en faute. L'espèce aujourd'hui en échec doit s'en remettre aux générations montantes qui semblent plus impliquées globalement dans ces défis bientôt monstrueux, et plus capables que nous de réunir le concert des nations pour coordonner la lutte écologique et climatique. Aussi nous garderons-nous bien de donner des conseils.

Satan rouge

S'il y avait quelqu'un au Ciel, il enverrait trucider les tyrans qui ajoutent leur chaos perso au chaos global ; mais apparemment il n'y a personne, comme dit la chanson d'Alain Souchon. On peut en revanche miser sur la pérennité du Néant originel, du Mal principiel qui dérègle tout. Lui, il va bien, merci.

Terminons par la parabole de Maxime Laguerre :

J'étais seul sur le quai.
Devant moi un train magnifique qui s'appelait « Le Progrès ». Des wagons, les voyageurs faisaient de grands gestes pour m'inviter à monter. L'un d'eux baissa la glace et me dit : « Venez donc, partons tous ensemble, il faut vivre avec son temps ! »
Alors je suis monté, je me suis assis et le train est parti. La campagne que nous traversions était belle. Puis elle a commencé à se couvrir de constructions étranges dont je ne comprenais pas la signification. Cela a fini par me donner le tournis. J'ai demandé à mes voisins où allait ce train. Ils ne savaient pas. On disait qu'il allait peut-être vers un pays merveilleux.
Alors, j'ai fait tous les wagons pour trouver quelqu'un sachant exactement où nous allions. Personne ne savait rien de précis, mais comme tout le monde y allait, pourquoi se tracasser ? Voulant en savoir plus, j'ai cherché le conducteur. Il n'y en avait pas ! Alors j'ai dit aux autres : ne croyez-vous pas que nous devrions nous arrêter. Le train va trop vite et nous ne savons pas où nous allons.
Soudain silencieux les gens m'ont regardé d'un drôle d'air, comme si quelque chose n'allait pas très bien dans ma tête. Enfin l'un d'eux m'a répondu : « Mais monsieur, vous savez, on n'arrête pas « Le Progrès ».

lundi 17 octobre 2022

"Légion" est mon nom car nous sommes plusieurs

Le sixième jour ils reprirent Kherson et le septième jour Zélensky se reposa. Il avait terminé la construction d'une nation ukrainienne. De la seule façon qui tienne longtemps : contre les Huns amassés à sa porte !

une avenue d'une ville ruinée

Dans le Guardian d'hier, un papier de Simon Tisdall qui fera date, promeut l'incinération des relations diplomatiques avec la Fédération de Russie gouvernée par une clique de menteurs sociopathes, en confinant partout ses délégations dans une immense léproserie morale. « Il est temps, dit-il, d'arrêter de croire que la Russie de Poutine est un pays normal. Il est temps d'admettre que la diplomatie a échoué. Il est temps de terminer l'isolement complet de Moscou en retirant tous les diplomates américains, européens et japonais, en fermant toutes les ambassades occidentales et en ostracisant les officiels russes dans les forums, y compris aux Nations-Unies. Tous les diplomates russes doivent être expulsés simultanément. Cela débarrassera l'Ouest d'une équipe bigarrée de menteurs professionnels qui polluent les ondes de leur propagande ».
Car tout ne procède pas d'un seul homme, mais d'une légion démoniaque de pillards et d'assassins qui se sont rencontrés sous le parapluie du Kremlin, après qu'en furent chassés les hauts fonctionnaires de carrière, motivés, les malheureux, par l'intérêt supérieur de cet immense pays. Cette mafia a la certitude de jouer son propre avenir plus que celui de la Russie. Comme dans l'Evangile selon saint Marc, ils sont plusieurs en un seul corps. A défaut de les anéantir, nous souffrirons comme jamais car ils n'ont pas de limites, dans aucun compartiment.

Contrairement à ce que veulent des pays intéressés plus que d'autres au retour du commerce normal international, la guerre d'Ukraine ne cessera pas dans une chambre de décompression diplomatique avant qu'elle ne soit gagnée au sol par l'un ou l'autre des protagonistes. Pour une première raison, Poutine joue sa peau s'il la perd et même si simplement il est stoppé sur place dans une guerre de positions pour longtemps. Des esprits moins encombrés du pathos nationaliste russe, que certains décrivent comme le "second cercle", ont compris que leur petit tsar était bien un lieutenant-colonel raté du KGB, une petite frappe des fortifs mangée par l'appât du butin, mais certainement pas le stratège prétendu qui retournerait l'Europe dégénérée comme un gant ! Le gnome maléfique n'a même pas vu qu'il avait un allié d'évidence, riche et puissant, capable de booster son industrie d'armement et sa fortune - le reste, il s'en fiche - allié qu'il a perdu dès le lendemain du 24 février 2022 : c'est l'Allemagne de Schröder, Merkel et Sholz. Au cœur du réacteur atlantique, ils faisaient contrepoids à l'imperium américain en écrivant l'avenir du continent sur le logiciel de L'Esprit des lois : « l'effet naturel du commerce est de porter à la paix ». Ils protégeaient la Russie des emballements de la démocratie américaine ou du trumpisme. Il va mesurer maintenant le "gap" entre son armée de brocante et celle de son pire ennemi qui peut la réduire en cendres.

L'article de Tisdall en anglais est à lire ici. Pour une fois il n'est pas sévère avec Macron, mais le deviendrait si notre sémillant génie des longues tables persistait à vouloir régler quelque chose par téléphone avec quelqu'un qui le méprise comme sont méprisés tous les autres dirigeants occidentaux. Extrait sur les médiateurs :

«...despite this huge anti-war consensus, backed by three-quarters of the world’s countries; despite solemn declarations that the latest atrocities are “unacceptable” and Russia’s annexations are illegal; and despite the Kremlin’s insincere talk of talks, substantive steps to halt the fighting and pursue a genuine peace process remain wholly absent. Emmanuel Macron, France’s president, tried hard. But his repeated phone calls to Putin proved fruitless and sparked accusations of appeasement. After his trauma in Kyiv, Guterres, the UN’s secretary-general, is reduced to heartfelt pleas. His sole success – lifting Russia’s Black Sea grain blockade – is in trouble. Some hoped China might act as honest broker. But Beijing, enjoying western discomfort and discounted Russian oil, prefers to sit it out while expressing “concern”. Breaking the habit of a lifetime, even Israel’s Naftali Bennett offered to play peacemaker. But he, too, was fobbed off, flannelled and misled by Putin and Lavrov. The reason there’s no peace – the reason diplomacy isn’t working – is simple. Putin does not want it. [...]»

L'histoire de la nouvelle Ukraine commencera le lendemain de la reprise de Kherson et le roman national nécessaire à l'édification des générations montantes est déjà bourré de gloires, cher payées comme il se doit. Telle la France en son temps les yeux vissés à la ligne bleue des Vosges, la Crimée deviendra l'Alsace-Lorraine des peuples ukrainiens et tout sera mis en œuvre pour reconquérir un territoire qui, dit en passant, se vide de ses colons russes à grande vitesse. Les voleurs ne se sentent pas tranquilles malgré les assurances d'un pouvoir lointain mais pour l'instant battu partout. Il se pourrait même que les nouvelles frappes sur la ville de Donetsk vide également cet oblast mal assuré des colons russes apeurés. Sans population civile à préserver, il n'en restera rien, que dalles, comme Stalingrad, Varsovie, Berlin, Grozny, Alep, Marioupol.

diviseur

Alors ils entrèrent dans l'antre de la Bête.
- Quel est ton nom ?
- Légion est mon nom, car nous sommes plusieurs...
Et Il les expulsa vers les porcs... qui sautèrent la falaise à se noyer (Marc 5-9 revisité)

vendredi 23 septembre 2022

Renaissance pensée d'une monarchie (3/3)

(billet spécial royco déporté après les funérailles d'Elizabeth II)

statuette du penseur confucianiste
Ce billet répond à la troisième assertion du programme de rentrée 2022 paru le 29 août dernier. La pensée monarchiste doit se régéréner sur ce siècle et pas sur les siècles passés. Si l'héritage d'une forte production royaliste en physique sociale, comme disait Maurras, est abondant, nous évitant de créer la monarchie de demain ex nihilo, il circule très peu de pensée structurée autour de cette forme de gouvernement qui soit applicable au monde de demain, que trop de royalistes s'obstinent à refuser.
Par ailleurs, l'espace dialectique est encombré d'exemples autocratiques desquels on ne tirera rien qui ressemble à notre projet, mais qui sont retenus par des explicateurs en manque de modèle. Il faut évacuer les dictateurs à poigne de notre espace dialectique qui consomment beaucoup d'énergie dans nos rangs. La bibliothèque monarchiste française n'a pas en rayon ces tyranneaux électoralisés qui n'ont de "roi" que ce qu'en laisse Ubu.
Il y a de la place pour des idées neuves qui ont fait leur preuve, ce qui est le paradoxe du monarchisme, mais ce ne sont pas douze blogueurs et dix conférenciers qui fourniront le jus de crâne. Il faut que de vrais intellectuels libres d'allégeances phosphorent sur la réinstauration monarchique au XXIè siècle, et publient. C'est ça le vrai défi du monarchisme français, parce que tant les princes que les chapelles ne sont pas calibrés pour l'instant à atteindre la queue de trajectoire, le roi revenu.

Est-il utile que le Piéton s'enferre de lui-même dans la renaissance raisonnée d'une monarchie au XXIè siècle ? S'il cherche de vrais intellectuels, c'est bien qu'il n'a pas trouvé en lui les ressources nécessaires à cet ouvrage, mais aussi que son audience bien insuffisante ne justifie pas cette colossale réflexion ; et il y a quand même une question de niveau, hein ? Un mot quand même en partant :
S'il lui faudra connaître les gloires, heurs et malheurs de la monarchie disparue sur ce même espace géographique, le penseur courageux ou surdoué, qui osera reconstruire une monarchie dans ce XXIè siècle, devra dépasser tous les avatars souterrains de la royauté pour découvrir la monarchie adaptée à son temps et susceptible d'évoluer avec lui, ce que ne sut faire l'Ancien régime ; pas plus que ses continuateurs d'aujourd'hui pourtant prévenus contre l'obsolescence obligée d'un concept qui se pétrifie. Comptant sur l'expérience acquise qui aura sédimenté dans son esprit et le guidera à son insu, il repartira d'une feuille blanche pour aboutir en cohérence et praticabilité au projet adapté à son écosystème de réinstauration du roi.

cul de lampe à l'épée


Hors-sujet : à compter de demain, la production du Piéton du roi va devenir épisodique et, plus souvent que de coutume elle consistera en la reprise de textes importants que nous jugerons utiles à la cause monarchiste. S'il ne s'agit pas (encore) de raccrocher les gants - quelques brèves de comptoir ensemenceront la vie du blogue - il faut veiller à ne pas entrer dans la sénescence des radotages qui tuent plus sûrement que le ridicule. Sans parler de lassitude, est apparue une difficulté nouvelle à écrire après une épreuve personnelle inaboutie. J'en tiens compte.
Rien n'empêche au distingué lectorat de ce blogue d'y puiser dès à présent du matériau autant que de besoin, dans les limites de la licence Creative Commons. Il existe aussi en ligne des aspirateurs de sites web qui marchent bien, surtout si l'on ne veut pas garder l'iconographie des articles toujours très lourde à charger. Trop vieux pour la charrue, viendra bien un jour où je retournerai enter les francs. C'est ce matin le premier jour d'automne !

jeudi 8 septembre 2022

L'impermanence du pays réel (2/3)

Dans sa fameuse conférence en Sorbonne de 1882, Ernest Renan disait que « l’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours ». Le texte de la conférence mérite une relecture.
Ce billet répond à la deuxième assertion du programme de rentrée paru sur ce blogue le 29 août 2022.

dessin Ernest Renan
Renan induisait qu'une nation n'est pas figée dans un moule, racial, linguistique, géographique ou religieux, mais se recompose au fil des intérêts communs, des souvenirs communs, des espérances partagées. En un mot, une conscience collective en mouvement.
Elle diffère de la patrie qui est charnelle et ancrée dans nos cimetières, qui fonde le respect et la reconnaissance que nous montrons à nos aïeux avant d'aller les rejoindre, pour ce qu'ils ont sû nous transmettre, surtout quand ils moururent en nombre pour ce faire.
Cette nation française, que finalement nous voyons mal ou partiellement mais que les étrangers embrassent très bien de l'extérieur, affronte le défi de survivre en tant que nation libre dans un monde globalisé, un monde de tous les dangers. Quelle est-elle dans ce qui la distingue des nations voisines ou concurrentes ? Demandons-leur. D'abord une confrontation visible à une histoire exceptionnelle longue de deux mille ans. Nous en avons conservé les vestiges. On lit en France les pages de la période gallo-romaine, le moyen âge des cathédrales et des abbayes, la gloire du Grand siècle, la dégénérescence révolutionnaire et la régérescence impériale, la Grande armée puis l'empire colonial le plus vaste après celui de Grande Bretagne, les traces nombreuses de deux guerres mondiales et c'est à peu près tout, puisque le car de touristes ne fait pas le tour des centrales nucléaires.
Nous montrons aussi un art de vivre que les étrangers trouvent exceptionnel, une façon de partager le temps entre activité professionnelle, culture et gastronomie, gastronomie, la première du monde en constante évolution, et une façon de se foutre du tiers comme du quart qui nous fait passer pour des sauteurs. Quand il perce la surface des choses, l'étranger qui a appris la langue - il y en a plus qu'on ne le croit - découvre l'esprit français, adossé une langue riche et syntaxée, avatar du grec ancien dans sa mathématique. La France ne refuse cet accès à personne. Elle a conservé une réputation d'intelligence. Ainsi la nation est-elle le précipité de ces admirations. Que ceux qui se réjouissent d'en faire partie un jour, s'y jettent !

Mais une nation doit survivre, au moins la nôtre, dirons-nous. Au pantographe de la globalisation, nous ne pesons pas plus que le souvenir de notre "grandeur" quand nous devons rechercher en permanence les moyens de nous protéger des attaques de nations que l'on a appris à nous haïr. Ce ne sont pas tant les peuples qui nous détesteraient que les partis soutenant l'autocrate du moment. Les Chinois connaissent plus de Français que seulement monsieur Louis Vuitton. Ils ont lu nos auteurs et ne prendront pas la mouche à moins que nous ne manifestions notre légendaire arrogance à leur endroit. Pour les Russes, c'est différent. Le peuple est pavlovisé par le bourrage de crâne quotidien du pouvoir ; mais les élites russes et tous les exilés ont manifesté une inclination particulière pour la civilisation française qui est depuis longtemps un occident emblématique, riche et non menaçant. On peut en dire autant des Turcs, des Brésiliens. Des Indiens nul n'en est sûr, affairés qu'ils sont aux feuillets, travaux et jours. Parmi les pays amis et de longue date, il faut compter le Japon, l'Argentine, le Chili et quand on fait l'inventaire des réfugiés d'importance sur notre sol, on trouve du beau linge venu d'Iran, de Syrie, du Liban, d'Egypte, de Chine populaire, du Vénézuéla et même des Andes. Ceci n'empêche pas certains gouvernements maléfiques de vouloir nous écraser économiquement, nous supplanter dans nos outremers, à la limite de nous humilier, jusqu'à nous expulser du siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. Il faut donc que cette nation s'arme économiquement et militairement comme à la veille d'une déflagration mondiale. Notre poids relatif ou absolu nous oblige à coopérer dans des ensembles plus grands, capables de résister et en cas de guerre, de faire peur. Le poids commercial du marché commun, son union douanière et ses programmes de développement offrent une protection suffisante à notre économie. Au plan de la défense ou mieux dit, de la guerre, nous devons dépasser une armée de démonstration et bâtir l'architecture de défense qui forcera le respect, à condition que nous y mettions la masse. Mais c'est de la guerre de demain qu'il s'agit et pas de la guerre sans haine du maréchal Rommel. Nous n'avons pas le droit de nous tromper, mais une chose est sûre, nous ne survivrons qu'en alliance. La "France seule", c'est terminé, même si c'est dommage.

Pour faire vivre au quotidien cette nation, toute la population doit être convoquée à l'activité, sans a priori et surtout ceux qui assurent les services de base de la société, au cul des bennes à ordures, dans les fournils, sur les chantiers de travaux publics et sur les dalles des bâtiments en construction l’hiver, dans les services à la personne, dans les stations-services, les garages, dans les hôpitaux et cliniques privées, sans parler des spécialités médicales qu'ils assurent en nombre, dans les vignes depuis longtemps et dans les vergers avant mécanisation, dans nos armées enfin, chez la reine des batailles. Secouée par les migrations provoqués par le différentiel trop grand de développement entre continents ou par les guerres civiles, nous devons faire fonctionner nos services de base en intégrant tous les acteurs au travail. Bien sûr une régulation de l'immigration est plus que souhaitable pour n'avoir pas de sureffectif dans les emplois disqualifiés ou dans le désœuvrement. Dans cette population d'ailleurs, il n’y a pas que des dealers et des délinquants avec ou sans papiers, il y a tout le fonctionnement quotidien d’un pays que les nationaux de souche ont abandonné parce qu’ils ont désappris à se fatiguer. Un maréchal, que M. Macron citera dans un moment d'égarement, a dit un jour de défaite : « nous avons trop revendiqué, nous n’avons pas assez servi ».
Tout est là, et notre propre impéritie a créé l’appel d’air pour substituer le labeur au hamac des 35 heures, rtt, 5 ou 6 semaines de congés payés plus les congés maladie et convenances diverses. Il n’y a pas de grand remplacement, comme le dit notre châtelain pédéraste qui a fini par s’y faire un nom ; il y a recomplétement de forces disparues ou défectives. En ce sens, il est inutile de penser à une remigration générale, le pays s’arrête, c’est aussi bête que ça.

Une nation qui tiendra la distance face aux menaces en tout genre qui l’assaillent, sera inclusive. Ce qui n'exclut pas d'en gérer la démographie et de mettre l'immigration sous contraintes. Pour revenir au projet monarchique, il convient d'intégrer que sa conception doit tenir compte d'un paradigme extérieur hostile par hypothèse et intérieur instable par observation. L'hostilité extérieure se gèrera en alliance obligatoirement. Il sera plus compliqué de parer l'instabilité sociale, sauf par contrat entre les forces vives du pays et le gouvernement décentralisé d'une société clivée, divisée, crispée sur ses intérêts catégoriels. Il est donc évident que la réinstauration sera forcément limitée au domaine qui constitue l'os de l'Etat, l'essentiel, la promesse de continuer, le domaine régalien. Les graves imperfections sociales que le régime démagogique a créées seront traitées à part, par le peuple en ses états, par lui-seul, tels qu'il les aura choisis, dans ses capacités contributives au régime adopté.

lundi 5 septembre 2022

Après le pourquoi, le quoi (1/3)

Spécial Royco. A relire les cahiers de l'Université Saint-Louis de cet été, on perçoit très bien l'ancrage dans le passé et la revendication du meilleur gouvernement possible des hommes par la monarchie capétienne. Rien sur les voies et moyens d'une reconquête du pouvoir, rien sur l'institution monarchique prévue. On fonctionne en cercles, en loges.
Ce billet répond à la première assertion du programme de rentrée paru le 29 août 2022.

Guy Coquille
La littérature royaliste abonde en démonstrations définitives de la pertinence d'une monarchie héréditaire, aujourd'hui fédérative et sociale. S'il faut amorcer la longue cohorte des penseurs majeurs de la monarchie on peut commencer par Guy Coquille (1523-1603) et finir par Hans-Hermann Hoppe (1949-still going strong). Des douzaines entre les deux. On est archi-bordé quant au "pourquoi" : hors de la monarchie point de salut ! mais quid du quoi ?
Le "quoi" et le "comment" ou mieux l'inverse, s'appliquent à décrire l'institution monarchique réinsérée dans son environnement politique et social du moment, disons dans trente ans ? Parce la réponse à la question légitime du vulgum pecus est déterminante pour la suite. Comment ça marche ? Déjà qu'aucun prétendant ne fait l'unanimité, si l'épure institutionnelle est floue voire inexistante, on peut tirer l'échelle, plier les gaules et rentrer au chalet boire une fine : le "rêve ne cessera jamais de passer" et les royalistes suivront éternellement la séquence messe, galette et camp ! Le "comment" est une autre affaire que nous n'aborderons pas ici.

Des penseurs professionnels objecteront que le régime monarchique étant universel dans le temps et l'espace, son environnement à trente ans de distance n'aura que peu de conséquences sur son organisation. A quoi les penseurs du dimanche comme le Piéton du roi répondent qu'il ne s'agit pas d'imprimer demain matin la nouvelle constitution du royaume de France mais de fournir des billes à la propagande royaliste d'aujourd'hui pour faire avancer le schmilblick bloqué depuis cent cinquante ans, faute en partie d'image nette du régime à installer. C'est toute l'arrogance revendiquée de ce billet !

Le lecteur trouvera plus bas un projet institutionnel de base, mais l'idée est d'appeler à contribution des constitutionnalistes et des penseurs politiques pour dessiner l'épure la mieux adaptée au futur de ce pays. Quel est-il à trente ans d'avenir ?

Le projet monarchiste s'appuie sur des réalités et pas sur des phantasmes ni des rêves arrachés au passé. On part de l'hypothèse que ce pays aura retrouvé une certaine liberté dans les compartiments qui comptent vraiment, à commencer par ses comptes publics, ceci induit qu'une période de forte austérité aura précédé une réinstauration après l'assainissement de la dépense publique ramenée à son juste poids corrélé à la production de valeur ajoutée. Si ce pays, qui marche sur la tête - la Dette insupportable sur la tête de nos enfants et des leurs - ne retombe pas sur ses pieds, il aura disparu dans trente ans et sera devenu une division administrative d'un vaste ensemble de pays faillis dont les populations devront être soutenues par les pays souverains. Le régime politique en ce cas ne sera plus une préoccupation, puisqu'il n'y aura pas d'autre régime possible que le plan Marshall humanitaire gouverné de l'extérieur. Mais à supposer que les efforts nécessaires aient été d'une façon ou l'autre possibles (consentis serait beaucoup demander) il pourrait être vendu à l'électorat, après avoir inséminé l'opinion, qu'un régime monarchique éviterait de retomber dans les errements antérieurs qui nous auront conduits jusqu'au bord du gouffre duquel on ne remonte jamais.

Le projet monarchique diffusé aujourd'hui doit être clair est compréhensible par tous, même par les moins doués de nos concitoyens ; il faut sans cesse objecter de la complication des mesures proposées pour le jour d'après. L'organisation vendable serait de découpler l'essentiel et le contingent, à savoir, remettre le régalien au roi et laisser le peuple gouverner son quotidien, région par région, en démocratie représentative ou directe. On revient au projet développé cette année sur Royal-Artillerie sous le titre Quinte Floche Royale, qui prévoit de remettre au roi en ses conseils la Justice haute, la Guerre, la Sûreté, la Diplomatie et le Trésor. Seraient confiés aux régions devenues entités politiques capables d'appeler à contributions et libres de se regrouper ou de se redécouper par référendums, les douze ministères suivants, pour rappel :
- Assurance maladie nationale, privée, hôpitaux généraux, hôpitaux spécialisés, dispensaires publics, cliniques privées
- Assurance vieillesse nationale, privée, fonds de pensions, allocations et secours
- Instruction publique nationale, régionale, départementale, municipale, privée
- Universités, recherche fondamentale, grandes écoles, écoles techniques, apprentissage
- Justice basse, tribunaux d'instance et justice consulaire, cours d'arbitrage, admistration pénitentiaire
- Ecologie pratique et météo, polices municipale, cantonale, des voies, des marchés et des sols, monopoles du quotidien
- Aménagement du territoire, ponts et chaussées, ports et canaux, transports
- Recherche et sécurité énergétique (production, surveillance et transport)
- Recherche et développement industriel, aérospatial, militaire, arsenaux d'Etat
- Recherche agronomique et gestion des espaces agricoles
- Gestion des zones économiques exclusives et de la pêche
- Gestion du budget de la nation, fisc

Il existe au Roycoland des esprits plus déliés qui sont capables de pousser la description du royaume de France modèle 2050. Qu'ils le fassent ! Toujours dans le but de nourrir la propagande, des illustrations de ces différents cercles de pouvoir, des infographies, c'est ça, des infographies, aideront à comprendre la répartition des responsabilités, les interdépendances dans les communications par exemple, les éléments libres comme les universités, les ensembles communs à tous comme l'assurance-maladie, la météorologie, la gestion du budget ou l'administration pénitentiaire, les compétences locales et différenciées selon les régions etc. Tuons le jacobinisme et au diable la compétence universelle.

Un projet concret se passe d'attendus, préambules et déclarations liminaires. Il tient debout tout seul. La séparation des domaines public et régalien participe de cette clarté mais nous devons nous améliorer. La séparation nécessaire des pouvoirs tient toute dans cette formule : "le roi en ses conseils, le peuple en ses états". Il n'est pas obligatoire qu'un domaine domine l'autre. Le royaume pourrait au départ être un contrat qui se pérenniserait par la démonstration de sa supériorité en exercice. Sans doute n'est-ce pas orthodoxe, mais l'orthodoxie n'a rien donné depuis la fuite du dernier capétien régnant en 1848.

Avant de terminer faisons un sort à l'esquive classique qui me fut opposée plusieurs fois. Le royaliste n'a pas à s'inquiéter des institutions du royaume, le roi revenu y pourvoiera. Facile ! Les mêmes (je pense à certains permanents du CJB de jadis) de brandir leur prétendant, nous assurant qu'il sait déjà tout et que ses conseillers complèteront les détails. Faudrait-il encore que l'impétrant ait été formé dans l'emploi, au moins dans des sciences politiques un peu poussées, ce qui est loin d'être la cas de ceux que nous connaissons.

Qui va développer le projet monarchiste pour demain ?

cul de lampe

vendredi 12 août 2022

Le "vai te foder" brésilien

le ministre Guedes
Dans l'A-Propos du 15 août 2008 qui ouvre ce blogue, j'avais osé une assertion digne d'Hubert Védrine à la différence près qu'il convenait, lui, que la France était certes une puissance moyenne mais d'influence mondiale. Sous la statue d'Alphonse XII, j'écrivais donc dans les jardins du Retiro au quinze-août 2008 :
« (1) La France est une ancienne grande puissance de taille moyenne, dont le prestige est mis en péril par l'affaissement moral et mental de ses peuples et par une gestion inqualifiable de sa république.»

Je crois bien avoir eu raison sur ce prestigieux penseur de la diplomatie française, et m'en désole d'autant plus que le péril annoncé est aujourd'hui bien visible : l'influence mondiale de notre pays n'est fait que de communication française sans application concrète au dehors. En fait, elle disparaît lentement et sûrement. A preuve l'absence de tout effet dans les cas suivants :
  • M. Paulo Guedes, ministre brésilien de l'économie, nous envoie officiellement "nous faire foutre" depuis Brasilia, après avoir déclaré auparavant que Mme Macron était vraiment moche ! La dispute vient du blocage des accords UE-Mercosur par M. Macron à Bruxelles au motif d'une gestion inadéquate des incendies d'Amazonie. On attend les appréciations étrangères sur les feux de Gironde, immaîtrisables faute de moyens adaptés.
  • Vladimir Poutine n'a tenu aucun compte du harcèlement téléphonique du même, jusqu'à le marginaliser en mettant au centre du jeu diplomatique Recep Erdoğan, à qui justement M. Macron fit les gros yeux en 2020 lors de la campagne d'exploration gazière en mer Egée. Le Turc, pas impressionné par les pattes Village d'Emmanuel Macron, l'homme équivoque qui épousa sa "mère", annonce reprendre les recherches sismiques avec un navire plus gros cette fois. Il se fout complètement du groupe aéro-naval français, si tant est qu'on le bouge à portée des missiles de Tartous.
  • La junte malienne, dont M. Hollande a sauvé le pays du califat, nous pisse à la raie en soutenant même que nous avons renseigné les groupes djihadistes qui attaquent leurs positions. Pis encore, elle importe de Russie un système de DCA avec radars (source Africom) qui n'est d'aucune utilité pour lutter contre l'EIGS ou le GSIM mais lui permettra d'interdire le survol de son territoire par les avions alliés, lesquels jusqu'ici n'écoutaient rien de ses menaces ; outre la protection anti-aérienne des résidences de la junte.
  • Devant l'incapacité de la France paternaliste à parer la disette annoncée, le président Macky Sall (Sénégal et UA) va à Sotchi négocier en personne le déblocage des grains et fertilisants de la Mer noire avec Vladimir Poutine, et y parvient finalement. Sergueï Lavrov va de ce pas en Egypte, au Congo-Brazza, en Ouganda et en Ethiopie ramasser les jetons des succès de la négociation directe entre l'UA et Moscou.
  • On ne reviendra pas sur le soufflet diplomatique reçu de nos alliés anglais, américains et australiens dans l'affaire des sous-marins, qui ont considéré que payer le dédit suffirait amplement à calmer les vapeurs de la vieille nation éconduite. Ce qui fut vrai. Cela ne prive pas les cerveaux du Château d'échafauder une alliance militaire dans la zone indo-pacifique avec les mêmes et l'Inde, alors qu'aucun de ceux-là ne nous y attend, le tonnage français disponible sur zone étant ridiculement faible.
  • Avant de finir, faisons la liste des aides militaires au régime ukrainien pour s'apercevoir que nous sommes très loin derrière les autres pays européens bien moins bruyants que nous, sans parler de la Grande Bretagne et des Etats-Unis ; mais il n'est de jour que nous ne donnions notre avis.
  • Dernier clou dans le cercueil de l'influence, l'inefficience totale de la France dans la solution de la crise libanaise, dont nous nous prétendons le "parrain" sans qu'on ne nous ait rien demandé. Les rodomontades de Macron sur les ruines fumantes des silos en sont restées au stade des actualités cinématographiques.
Etait-ce la faute exclusive de M. Macron ou la dérive d'insignifiance vient-elle de la tendance de fond d'un inéluctable destin ? Charles de Gaulle n'a rien réussi de probant dans les affaires étrangères, il n'a pas fait cesser la guerre du Vietnam malgré le discours de Phnom-Penh ; il n'a pas détaché le Québec du Canada ; nos relations avec l'Algérie devinrent exécrables dès le début et nous nous mîmes à dos nos voisins européens et atlantiques à force de vouloir imposer à tous notre Europe française qui sentait bon le Premier Empire. Les chimères gaulliennes disparurent avec lui. Sans doute parce que les chiffres sont têtus et, n'en déplaise aux philosophes, l'économie prime. Or, si on la classe dans les listes mondiales, la nôtre est en recul depuis la mort du président Pompidou. S'y ajoute le cancer de la Dette et les trois cancers des déficits, budgétaire, commercial et social que rien ni quiconque ne semble pouvoir résorber, sauf à déclencher une révolution des assistés. Aucun pays, si riche soit-il, ne résiste longtemps au drainage continu de sa valeur ajoutée dans le tonneau sans fond du bien-être social. Le monde nous regarde nous liquéfier, certains avec attendrissement, d'autres avec ravissement mais la plupart avec indifférence. On attend l'ultimatum des Comores, un jour wagnérisées, à "libérer" Mayotte.

Pour prolonger l'illusion, nous cherchons à intervenir ci et là de notre propre chef à tout motif, pour exister sur la scène internationale, mais quand y sommes-nous appelés ? Tout nous montre que c'est notre président qui se propose de lui-même, comme à Beyrouth l'an dernier ou à Yaoundé, Cotonou et Bissau fin juillet. Avec tant d'insistance qu'il faut venir avec le carnet de chèques pour être bien reçu. Nous devons accepter et faire dire à nos dirigeants que la France est une puissance moyenne européenne, mais disposant d'une zone exclusive maritime très étendue, trop étendue peut-être pour ses présentes capacités de défense. Il n'est plus que temps de taire notre insupportable arrogance et de recalibrer nos moyens dans tous les compartiments diplomatiques et militaires en réduisant nos ambitions et en renforçant nos interventions dans le champ de nos intérêts de proximité et sur notre outremer. Souvenons-nous de la maxime : qui peut courir longtemps et loin avec des galoches de 44 s'il chausse du 41 ? Laissons les empires s'affronter à leur guise. Nous ne sommes plus de taille. Nous avons trois jours de munitions pour faire une guerre du modèle ukrainien. Un point c'est tout. La grandeur c'était au IVè siècle. Nous sommes au Vème, celui du Bas-Empire finissant.

lundi 4 juillet 2022

July 4th


From the Halls of Montezuma
To the Shores of Tripoli ;
We will fight our country's battles
In the air, on land and sea ;
First to fight for right and freedom
And to keep our honor clean ;
We are proud to claim the title
of United States Marines.

Our flag's unfurled to every breeze
From dawn to setting sun ;
We have fought in ev'ry clime and place
Where we could take a gun ;
In the snow of far-off Northern lands
And in sunny tropic scenes ;
You will find us always on the job
The United States Marines.

Here's health to you and to our Corps
Which we are proud to serve
In many a strife we've fought for life
And never lost our nerve ;
If the Army and the Navy
Ever look on Heaven's scenes ;
They will find the streets are guarded
By United States Marines.


the yellow ribbon


BONNE FÊTE NATIONALE
A NOS INDÉFECTIBLES ALLIÉS !




BONUS SPECIAL


D-Dollaz est un danseur freestyle de Brooklyn, ici sur un air de Jay-Z :
American Dreamin'
Dreamed of you this morning Then came the dawn, and I thought you were here with me If you could only see How much I love you That's all, that's all baby Oh no-oh, I never gave up no way I never, felt that before Oh no-oh, I never gave up no way I never, felt that before Oh no-oh, I never gave up no way I never, felt that before But there's always; that's all, that's all baby Uh, uh! This is the shit you dream about with the homies steaming out Back-to-back, backing them Bimmers out Seems as our plans to get a grant Then go off to college, didn't pan or even out We need it now, we need a town We need a place to pitch, we need a mound For now, I'm just a lazy boy Day-dreaming in my La-Z-Boy In the clouds of smoke, been playing this Marvin Mama forgive me, should be thinking about Harvard But that's too far away, niggas are starving Nothing wrong with my aim, just gotta change the target I got dreams of bagging snidd-ow, the size of pillows I see pies every time my eyes clidd-ose I see rides, sixes, I gotta get those Life's a bitch, I hope to not make her a widow Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (American-dreaming) Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (I'm just American-dreaming) Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (American-dreaming) But there's always, that's all, that's all baby Uh, uh! Now see the life's right there, and it seems right there It's not quite near, and it's not like we're Professionals, moving the decimals Know where to cop? Nah! Got a connect? No! Who in the F knows how to be successful Need a Personal Jesus, I'm in Depeche Mode They say its celestial, it's all in the stars Like Tony La Russa on how you play your Cards 'Cause y'all ain't fucking with me! The ironies are At all costs better avoid these bars Now let's start, on your mark Get set, let's go, get out the car Going in circles it's a vicious cycle This is a crash course, this ain't high school Wake up Muttley, you're dreaming again Your own reality show, the season begins Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (American-dreaming) Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (I'm just American-dreaming) Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (American-dreaming) But there's always, that's all, that's all baby Step one in this process: scramble up in your projects And head to the heights where big coke is processed You gotta convince them that you're not from the precinct Please speak slow 'cause he no speaky no English If he takes a liking after a couple of trips And your money is straight, he's going to give you consignment You're now in a game where only time can tell Survive the droughts, I wish you well – hold up Survive the droughts? I wish you well? How sick am I? I wish you health I wish you wheels, I wish you wealth I wish you insight so you could see for yourself You could see the signs when the jackers is scheming And the cops is coming, you could read their mind You could see from behind, you could redefine The game as we know it, one dream at a time I'm American-dreaming Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (American-dreaming) Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (I'm just American-dreaming) Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (American-dreaming) But there's always, that's all, that's all baby American-dreaming/AZLyrics

lundi 13 juin 2022

Munich !

Ce billet pourrait être le deuxième d'une courte série entamée par celui du 30 mai 2022 (clic), et qui s'achèvera au soir de la capitulation négociée de l'Ukraine.

La dernière analyse tactique du colonel Goya (clac) laisse comprendre que la guerre statique s'installe en Ukraine, prélude à un conflit prolongé, aussi longtemps que les ressources russes et américaines pourront y être versées. De part et d'autre on creuse tout en protégeant ses lignes logistiques. Les prises de cotes exigent des semaines. C'est Verdun tous les jours et la guerre de 1915-1917.

Ce qui me met la puce à l'oreille est la visite annoncée à Kiev des trois fées Carabosse européennes ayant déclaré qu'il ne fallait pas humilier Vladimir Poutine : Olaf Scholz, Emmanuel Macron et Mario Draghi. Que ne vont-ils à Moscou sommer Poutine de cesser le chantage aux grains qui met en péril l'alimentation de pays très peuplés en lui commandant d'ouvrir la mer aux convois. Bien sûr ils essuieraient un refus du csar buté, au prétexte des sanctions commençant à ruiner son économie de bric et de broc. Mais le message, double, serait entendu clair et fort à la FAO et chez les pays dépendant des céréales ukrainiennes :
- la Russie et l'Occident vont les laisser crever ;
- mais la Russie en crèvera derrière ; elle deviendra la planche pourrie sur laquelle le Sud ferait bien de ne plus s'aventurer !

La démarche aurait eu plus de poids si le premier ministre anglais, quel qu'il soit, avait rejoint les continentaux ; mais la visite est à Kiev, pas à Moscou. Si Boris Johnson n'y va pas, c'est qu'il organise le front du refus de capituler avec les anciens pays de l'Est et la Scandinavie en soutenant manu militari l'effort de guerre ukrainien. Contrairement à cet investissement dans l'effort prolongé - qui rappelle celui de Winston Churchill abandonné à son sort par la France en juin 40 mais qui releva l'affront dans l'honneur et vainquit - ces messieurs raisonnables nous font irrésistiblement penser à Daladier, Chamberlain, auxquels se serait joint le Comte Ciano. Il ne s'agira pas moins que de vendre au président Zélensky la perte du Donbass, de la mer d'Azov et l'abandon du rêve criméen en échange de la neutralité d'un nouvel Etat ukrainien diminué certes mais conservant un accès à la mer (comme l'Irak du Foreign Office). C'est d'ailleurs ce que la diplomatie de Kiev avait grosso modo proposé le mois dernier à Istanbul à la partie russe en remaniant les Accords de Minsk. La procédure éviterait l'humiliation du capo russo di tutti capi ! Et après ?

poutine cible

L'équation suivante n'a que deux facteurs : l'état de santé de Poutine ; l'état de calamités de l'économie russe.

Le petit csar va-t-il crever ?
Sa succession sera normalement violente comme dans les familles de la mafia sicilienne. Il n'empêche qu'un nouveau chef de famille rebattra les cartes et qu'il faut moins s'attendre à un doctrinaire qui prolongerait la mission évangélique de Poutine que d'un chef de clan plus impitoyable que ses concurrents pour garantir ses intérêts.

L'arrière va-t-il tenir ?
La doxa veut que le peuple russe soit inépuisable dans sa résistance au malheur. A ce qu'on voit, cette résilience semble moins sûre à l'ouest de l'Oural et dans les grandes villes occidentalisées. En Sibérie et en Extrême-Orient on ne sait pas, jusqu'à ce que la mobilisation générale soit décrétée par un état de guerre. Nonobstant l'enthousiasme relatif et toujours mis en scène par les chaînes du pouvoir - il n'y en a pas d'autres - l'économie russe a dépassé le stade de l'érosion et entame celui de la ruine. Certes, il entre encore beaucoup d'argent que rapportent les exportations d'énergie, mais tout cet argent est versé dans le tonneau sans fond de la guerre, dans le marché noir international de la rechange et, bien sûr, dans les comptes de l'oligarchie et la corruption endémique du complexe militaro-industriel. L'économie civile n'en voit rien. Les "marques" ont disparu, les flottes de taxis se réduisent faute d'entretien, on commence à démonter de vieux avions pour réparer les plus récents, il y a de moins en moins de choses à acheter dans les rayons alimentaires et non alimentaires ; les ventes d'automobiles ont dégringolé de quatre-vingt pourcent. Chômage agravé, baisse du revenu distribué par une économie qui ralentit, consommation rapide de l'épargne des ménages ; à l'heure d'Internet on ne peut pas être sûr de cette fameuse résilience russe. L'autre surprise est plus inquiétante pour le pouvoir russe :

Après de grandes déclarations de fraternité à la vie à la mort, la Chine populaire n'intervient pas, même si elle nourrit le marché noir de la rechange et des règlements internationaux. On dit que Xi Jinping a très mal pris le fait d'avoir été baladé en février 2022 comme n'importe quel chef d'Etat occidental quand Poutine masquait encore ses intentions offensives. Dans la phase de crédibilité du parti écornée par la gestion du Covid-19 et avant le XXè Congrès, le gouvernement chinois ne souhaite pas indisposer les nations occidentales plus que de raison. Aussi la Russie ne bénéficie pas d'un contournement chinois des sanctions occidentales. Et cela fait une grosse différence même si Poutine n'est pas intéressé par l'Intendance.
Ce que produira l'effondrement économique de la Russie est un mystère. Bravo aux experts qui peuvent faire dix minutes sur un plateau avec un seul verre d'eau.

Il en est un qui parle peu souvent mais quand même : Hubert Védrine rejoint le président Macron pour combattre et parler. Mais il avoue que son intuition lui susurre qu'il n'y a jamais eu d'agenda diplomatique à Washington et que la guerre russe d'Ukraine a été retournée nommément contre Vladimir Poutine lui-même, dont le Pentagone et le Département d'Etat veulent se débarrasser. Auquel cas, la situation tactique deviendrait secondaire si la guerre durait assez longtemps pour disloquer le Kremlin après avoir ruiné l'économie russe. Malgré ses milliers d'ogives nucléaires, la Russie post-communiste serait effectivement ramenée à un statut régional, son pouvoir de nuisance partout ailleurs étant fort amoindri par la stérilisation de son économie domestique. Quant à l'Ukraine ? Oui, bon, l'omelette, les œufs...

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