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jeudi 9 février 2017

In Fillon We Trust, lol !


Bien obligés ! Le feuilleton hivernal n'est pas fini, tant du moins que des réponses nettes n'auront pas cloué le bec aux accusateurs. Mais encore ? Tant que le candidat n'aura pas compris qu'un emploi fictif avec enrichissement personnel est ce qui se fait de pire comme stratagème de crédit foncier. Chassez le naturel, il revient au galop : l'attitude digne et meurtrie de madame Fillon milite pour son ignorance des faits présumés. « A l'insu de son plein gré » ironisait le candidat au confessionnal médiatique. On aimerait que ce soit vrai, pour elle. La simplicité et bonne foi évidente de son interview accordée en mai 2007 au Sunday Telegraph plaide pour elle et contre lui. On imagine parfaitement quelle est la vie d'épouse d'un homme politique sarthois. Tous ceux qui la croisent à Solesmes ou à Sablé voient en elle madame Fillon et pas Penelope Clarke ! On lui parle, on lui glisse une requête, on prend des nouvelles. De là à conclure qu'elle s'implique dans les travaux parlementaires de son mari plus loin que les relations publiques indispensables à un élu local - goûtez-moi ces cookies maison, vous "mendierez" des nouvelles ! - il y a un grand pas, que ni le député-suppléant Marc Joulaud, ni Martine Crnkovic, vice-présidente de la Communauté de communes, ni l'amie de toujours qui vit en face du château, ne franchit. Alors c'est parce qu'elle travaillait au Palais Bourbon ? Jamais. Nul n'a trouvé notes, brouillons, rapports, analyses, agendas ni badge d'accès. L'emploi est fictif de chez Fictif et la cupidité établie, à fond : ils n'ont pas même oublié l'indemnité de licenciement à chaque réélection puisqu'ils y avaient droit, sans doute pour sauver le caddy au Super-U ! Le redémarrage de la campagne peut se briser sur le scepticisme général de l'Opinion, convaincue un instant par les accents de sincérité du candidat s'excusant, mais perturbée par ce foutu million d'euros que finalement les Fillon ont bien empalmé. Alors quoi ?

Aucun plan B n'a pu être lancé en dix jours. Comme le disait jadis un politicien anglais dont j'ai oublié le nom, la Droite française perd régulièrement parce qu'il y a trop de chefs en cuisine. Ils sont tous douteux, epsilonesques ou ectoplasmiques. Ils se détestent. B comme Bérézina, Branlée, Bordel. Seule une pointure indiscutée de la société civile pouvait sauver le programme du Fillon des Primaires. Il en existe bien sûr mais ce serait capituler en rase campagne et abandonner le(s) pouvoir(s) à un étranger au grand cirque : une horreur ! Tous sont venus à la politique faire carrière jusqu'à leur mort, ils sont tétanisés par la mise en échec du logiciel. Derrière la présidentielle, il y a les législatives de juin et les sénatoriales partielles de septembre 2017 où se renouvellent prébendes et privilèges. Il ne faut pas rater ça et c'est bien plus important que d'avoir son meilleur ennemi à Matignon ou à l'Elysée. Car M. Fillon, excellent technocrate, n'est pas l'apparatchik rassembleur qu'il cherche à montrer. C'est aussi un chieur cassant qui a levé une fronde interne à l'époque de sa gloire.

Sans remonter à l'époque des cheveux permanentés du quadra avantageux, souvenons-nous qu'il avait théorisé la présidentialisation du régime en proposant de techniciser la fonction de premier ministre (doté de pouvoirs très étendus par la Constitution de 1958) jusqu'à sa suppression : La France peut supporter la vérité, Éd. Albin Michel, 2006.
En mai 2007, il endosse le costume de Premier ministre du président Sarkozy, tout en regrettant de perdre les pleins pouvoirs constitutionnels sous les quolibets de Patrick Devedjian qui lui rappelle son livre. Traité comme l'adjudant-major des services gouvernementaux par le président qui déporte l'essentiel de la prise de décisions à l'Elysée, il avouera plus tard avoir énormément souffert de l'activisme et du mépris de Nicolas Sarkozy. Mais lors du remaniement ministériel de novembre 2010 il s'accroche au rocher et obtient le renouvellement du mandat jusqu'en mai 2012, à l'étonnement de tous.
L'élection de 2012 perdue, et malgré un bilan plutôt catastrophique que l'on imputera à l'omniprésident des sondages Buisson, le parti le pressent comme candidat naturel de la Droite parisienne aux élections municipales de mars 2014. Bien qu'en tête des intentions de vote, il se défile pour pantoufler dans une circonscription ultra-facile au grand dam de Rachida Dati, maire du 7ème arrondissement qui la visait. Mais ce n'est pas tout.

Pourquoi solliciter de Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de l'Elysée, l'accélération des procédures visant son ancien bourreau. Il s'en défend et crie au complot (déjà) mais l'affaire est documentée. Pourquoi s'acharner sur Squarcini quand d'autres grands flics indésirables aux nouveaux maîtres, plus ou moins issus de la barbouzeraie antérieure comme Claude Guéant, Michel Gaudin, Frédéric Péchenard, Christian Flaesch, sont recasés proprement d'abord, plus tard sera plus tard. Pourquoi tant de haine de la part de l'ex-premier ministre ? Et lui de s'étonner aujourd'hui d'une machination visant à détruire ses chances ! Des gens le connaissent mieux que sa femme ; il n'est pas interdit d'imaginer jusqu'à demain minuit que le paquet fut remis par quelqu'un du métier au Canard Enchaîné, après, nous dit Bruno Roger-Petit, qu'un autre journal ait refusé la bombe ! S'il n'y avait rien de vrai dans tout cela, pourquoi prendre la peine d'une fabrication vite éventée qui peut exploser entre les mains du livreur ? Il n'y avait rien d'illégal sauf l'éthique, les carbonari d'un jour ont été les plus fins.

Le choix est désormais impossible dans le spectre politique entre la ringardise gauchiste, le télévangélisme opportuniste, l'armaggedon économique et la technocratie triste. Quelles que soient ses capacités réelles à réformer - le Piéton a un gros doute - voter pour saint François Fillon c'est déjà voter contre ! Contre la soviétisation ultime du pays, contre la pharaonisation du pouvoir, contre la ruine de l'épargne populaire. Comme l'expliquait la semaine passée, maître Soulez Larivière, spécialiste du crash aérien, quand un avion atteint sur la piste d'envol sa vitesse V1, il ne peut plus que décoller et l'on doit tirer le manche. Quelque soit le commandant de bord, l'avion des Républicains roule trop vite pour qu'on l'arrête sans dommages fatals. Faut faire avec !

Finalement nous voterons avec un cœur qui ne bat guère, pour nous éviter la guerre, même à perdre l'honneur et la guerre aussi. Allez Fillon ! Vas-y François !


Ça va pas le faire mais quand t'as pas le choix !


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PS : Qu'en dit Monsieur Poisson de tout ça ?


Limpide comme toujours !

lundi 2 janvier 2017

Déboisement des impétrants


Ce billet a paru dans Le Lien légitimiste n°72 de novembre-décembre 2016 (p.4 et 5) à la rubrique des 'Libres Propos de Catoneo' sous le titre De l'essartage des lauréats. Il entre en archives Royal-Artillerie à la St Basile, patron des calomniateurs, sous le libellé LLL.

Au grand tournoi de hache franque bien des crânes ont été fendus, dont celui des deux derniers présidents de la République et celui du Gaulliste de référence, ancien premier ministre. A croire que ce régime magique se purgerait des indésirables par lui-même ! De la poussière du champ clos monsieur Fillon a surgi, impeccable, épilé, qui fut désigné champion du Parti de l'Ordre, le dimanche anniversaire de la mort de Clovis. Un destin exceptionnel ! La Droite de gouvernement alignant les bannières de ses différences a rangé son infanterie en cohortes serrées qui regardent amusées la cohue des volailles socialistes tentant d'étouffer leur désordre dans un front de façade qui ne pourra recevoir d'aucune façon l'assaut ! Leur chef a passé Varennes sans encombres. Est-ce fini déjà ? Pratiquement, quoique !
Ce qui était, à l'origine du concept gaullien, la rencontre d'un homme et d'un peuple, a disparu dans la guerre des partis, renouant avec l'ADN gaulois du pays qui abaisse mécaniquement la fonction présidentielle au profit des baronnies subalternes et des chefferies provinciales réduites à leurs guichets achalandés. Le pays est "latin" comme jamais, clientéliste en diable, fait de petits calculs, et si le programme brutal de réformes de monsieur Fillon est jugé par beaucoup indispensable à la survie de notre État-nation, les mêmes en redoutent les incidences personnelles sur eux-mêmes et attendent in petto qu'un troisième tour législatif et un quatrième tour social versent deux fois plus d'eau que de vin dans la jarre ! Le gouvernement botté de monsieur Fillon tiendra-t-il le choc de ses promesses ? Rien n'est moins sûr.

François Fillon
Le champion de la Droite sérieuse est un apparatchik de quarante ans de pratique. Il a commencé sa vie active en 1976 comme assistant parlementaire du député du Maine, Joël Le Theule. Il a occupé tous les postes du microcosme y démontrant une échine souple - contre Maastricht mais pour Lisbonne - jusqu'au dernier emploi qui lui valut le sobriquet de "collaborateur" de la part de son patron. Au jeu des citations, postures et manifestations diverses, on trouve chez lui tout et son contraire et nous ne jouerons pas aujourd’hui, d'autres s'en chargent qui veulent démonter l'armure. Monsieur Fillon est un vrai... politicien, si adroit qu'il ne fait pas politicien. Fils de notaire, bien marié, une seule fois, cinq enfants bien élevés, vie de famille au manoir, il rassure bien au-delà de La Manif Pour Tous. Ce qui devient inquiétant est quand même de l'entendre se revendiquer de Philippe Séguin, un homme politique ayant construit sa légende de bonapartiste dans les combines d'appareil pour finir imprécateur. Même la loi Séguin de 1987, la seule ayant gardé son nom, qui ouvrait l'apprentissage à toutes les filières, n'a pas eu les outils de contrainte nécessaires à son succès - trente ans après nous envions encore l'Allemagne. Archétype de la "machine à perdre", le cacique ténébreux, mais ondulant à ses heures comme devant François Mitterrand lors du fameux débat de la Sorbonne, est parvenu à ruiner le travail de Chirac à Paris jusqu'à perdre la mairie en 2001 après avoir capitulé en rase campagne. C'est Jean-Gilles Malliarakis qui en parle le mieux¹. Premier président de la Cour des Comptes en fin de carrière, agressant de ses remontrances parfois pertinentes les cabinets dépensiers successifs, il a voulu entrer dans l'histoire comme gaulliste social en attaquant toute mesure d'économie sur une fonction publique pléthorique dont il se fit le héraut. Et quand le quotidien de référence de l'opposition publiait ses récriminations avec gourmandise, le journaliste, épris d'équilibre subitement, signalait à côté « qu'en un quart de siècle, les dépenses publiques de personnels, en milliards d'euros constants [avaient] plus que doublé, passant de 140 milliards en 1980, puis 173 milliards d'euros en 1990, et 227 milliards d'euros en 2000 à 288 milliards d'euros en 2007 ». Alors la légende Séguin cacherait-elle un art vérifié du pouvoir de nuisance ? On avait compris qu'il reprochait surtout aux gouvernements visés de ne pas l'avoir retenu comme le premier ministre qu'un fort en thème comme lui à l'évidence méritait d'être. L'intensité de son agitation dans un parcours erratique de trente-sept ans l'y autorisait sans doute, mais pas ses nerfs. Monsieur Fillon a-t-il vu cet échec séguiniste avant de se réclamer de ce grand inutile ? Pourquoi ? Pour faire à son tour patriote-libéral-social ? Et le programme carré qu'il espère forcer à la Chambre pourra-t-il passer sans arrondir les angles ? Le nombre des sceptiques s'accroît ; ils anticipent les amendements qui huileront les commissions parlementaires si tant est que la Chambre nouvelle soit conquise et acquise au président nouveau, l'électorat n'ayant pas peur des cohabitations.

A preuve de tout cela, il y a deux réformes préalables à la grande Réforme d'un pays failli comme le nôtre qui n'apparaissent pas. Et si ce sont des réformes difficiles², elles sont aussi le passe-fil de toutes les autres, du moins elles en ouvrent le canal.

Marine Le Pen
Il y a d'abord la séparation du Parlement et de l'État. L'État est pris ici dans son acception générale d'administration du territoire et des peuples. En attendant qu'un roi simplifie l'épure constitutionnelle, le parlement est souverain en ce qu'il porte l'expression de la Nation. Il n'est pas logique que le parlement chargé de mettre en œuvre la politique de la Nation, soit envahi par les corps constitués de l'administration publique et ses affidés. Ils ne peuvent légiférer d'un côté et rédiger voire différer sine die les décrets d'application de l'autre. Il y a clairement conflit d'intérêts*. La pénétration de la fonction publique dans les rouages parlementaires est une absurdité dont s'est protégée la Grande Bretagne par exemple. L'inéligibilité des fonctionnaires cesserait leur pression au parlement et permettrait d'ouvrir la voie à la réduction du périmètre de l'État contre laquelle ils se battent becs et ongles. Comparés à nos partenaires de l'OCDE, nous avons 1,6 million de surnuméraires rapportés à la moyenne, et plus encore comparés au cousin germain. Réduisons le périmètre pour réduire les effectifs (et non pas l'inverse). On pourrait le faire en plus ou moins vingt ans au fur et à mesure des départs en retraite.

(*) Le patron, la Nation, est gouverné par ses employés, les fonctionnaires !

Aparté : quand les syndicats de fonctionnaires instrumentalisent le travail pénible des infirmières ou le danger d'exercer celui de policier ou de pompier, il faut répondre que nous n'avons pas cinq millions ciçnq cent mille agents de ces catégories et par contre beaucoup de doublons entre la fonction d'État et la fonction territoriale et aussi du bois mort détaché ci et là.

Emmanuel Macron
La seconde réforme-mère est le sevrage des syndicats professionnels aux financements publics. Les syndicats ouvriers et patronaux ne doivent pouvoir compter que sur les cotisations de leurs adhérents, ce qui forme la première motivation de leurs cadres à défendre leurs intérêts propres. Ceci ne veut pas dire qu'il faille pétrifier leur influence à la masse des cotisations actuelles. Dans la mesure où certains services aujourd'hui "publics" seraient reversés aux partenaires sociaux responsables, la masse d'adhérents augmenterait forcément pour simplement couvrir les besoins de tout un chacun, comme il en va chez nos voisins. Le tarissement des subventions publiques changerait carrément le programme de défense des intérêts catégoriels qui resteraient différents des intérêts généraux que les centrales syndicales disputent aux élus. On passerait du parasitisme au paritarisme vrai. Une bonne coopération serait d'ailleurs utile au point suivant.

Jean-Luc Mélenchon
Devrait intervenir dans la foulée une troisième réforme au titre de la justice sociale. Elle serait comprise par tous jusqu'au hameau le plus reculé dans un pays friand d'égalité : l'euro cotisé pour sa pension future doit avoir la même valeur pour tous. Cette proclamation d'une réelle égalité en droits serait le sceau de justice qui validerait tout le reste du programme. Il s'agirait d'établir une retraite équitable universelle par points. Les régimes de pensions de base publiques et privées devraient être fusionnés pour aboutir à un régime unique. Le système par points permettrait ensuite d'arrêter les régimes spéciaux qui sont une vraie gangrène pour la cohésion nationale tant les disparités sont grandes et les bénéficiaires arrogants. La caisse unique par points supprimerait naturellement de nombreuses caisses complémentaires et de substitution qui vivent dans le déficit perpétuel. Le futur statut de la caisse unique pourrait être apparenté à celui de la Banque de France, protégée comme il faut pour y interdire les doigts crochus de l'État qui viendrait sinon y calmer le prurit de son impéritie, comme il le fait aujourd'hui en pillant la Caisse nationale pour alimenter la ligne budgétaire des pensions de ses fonctionnaires. Il serait possible à tous de cotiser ailleurs pour soi-même mais sans défiscalisation pour ne pas diminuer la ressource des cotisations obligatoires.

Malheureusement, on ne voit pas ces projets dans les cartons de monsieur Fillon, même si dans le microcosme parisien le troisième est évoqué plus fréquemment que les deux autres, parce que des pays modernes utilisent les points à leur entière satisfaction. Seule la bureaucratie tsariste retranchée dans les caisses spéciales y fait obstacle chez nous et quelques idéologues en péril, l'intelligence cédant le pas au goût du pouvoir petit !

Vincent Peillon
Reste tout simplement à monsieur Fillon d'être élu. Élu contre l'État ! Le mal français réside dans l'étatisation à outrance² qui plombe le génie de ce peuple et sa créativité naturelle : le mammouth est devenu un géant et bien malin qui le tuera. Avec cinquante-sept pour cent de captation de la richesse produite, l'État français est devenu invincible ; et si l'on y ajoute les monopoles socialistes stratégiques que sont l'EDF, la SNCF et quelques autres, on voit la République parfaitement installée pour continuer à vampiriser la Nation sur laquelle elle se vautre, énorme. D'ici mai 2017, quatre mois peuvent suffire à l'État pour se sauver de l'amputation en faisant peur à tout le monde. Cela a commencé. L'État dans son ensemble devient dans l'esprit de la Gauche quelque sorte de sécurité sociale globale qui protégerait de tout. Ses fortifications sont en cours de relèvement. On va hisser l'artillerie de rempart.

Saluons pour finir l'intelligence du politburo de Sens Commun qui, pour une fois à droite, monte en croupe du candidat le plus proche de ses idées susceptible de gagner, plutôt que de soutenir son propre candidat forcément relégué à une campagne de témoignage que personne n'entendra. Le grand sweepstake de l'an prochain se courra entre cinq écuries de tailles comparables, comme on pouvait s'y attendre : un centre, flanqué de part et d'autre des deux partis historiques de gouvernement qui chercheront à le phagocyter, et deux extrêmes qui se touchent. Tout le spectre politique est couvert, il n'y a plus de place, sauf pour un messie.

(1) Cf. L'Insolent
(2) Ce sujet avait été traité dans Royal-Artillerie en deux billets du mois de novembre :
- Trois réformes-mères
- La Réforme impossible
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lundi 19 décembre 2016

Des nouvelles du Spectre

Il n'y a plus de bipartisme en France, le spectre politique utile est fait de cinq courants : [EXG] Extrême gauche | [GDG] Gauche de gouvernement | [CDG] Centre de gouvernement | [DDG] Droite de gouvernement | [EXD] Extrême droite. Dans un billet précédent nous avons parlé des interstices, venons-en aujourd'hui au principal. L'iconographie de ce billet n'est pas un pronostic ni une préférence.

[EXG] L'extrême-gauche historique s'est regroupée derrière son meilleur tribun du moment, qui avait récolté onze pour cent des suffrages exprimés en avril 2012 : Jean-Luc Mélenchon, sous vos applaudissements. Nul ne le conteste, sauf les deux partis révolutionnaires à sa propre gauche qui, sans aucun espoir de l'emporter, manœuvrent dans une stratégie de subsides post-électoraux (voir le billet des Interstitiels). Porté par le renfort du Parti communiste français, lui sont ôtés les soucis de parrainages, seul capital encore utile au vieux parti stalinien. Il va donc y aller franco de port et d'emballage avec une proclamation de non-ralliement qui fera des dégâts au second tour de la Présidentielle en mai 2017.

[GDG] A Gauche, c'est la grande inconnue et le combat des frères du Grand Orient ! Le président décédé politiquement ouvre la voie aux impétrants en tous genres, confessions et agenda. Bien malin qui prédirait le résultat du premier tour de la primaire socialiste lancée sous les auspices de La Belle Alliance populaire. S'y bousculent tous les caractères qui font l'intérêt pédagogique du cirque électoral, témoins, imprécateurs, boulets et dérailleurs. Les premiers déclarés sont les plus sincères, les derniers les plus sournois.

Benoît Hamon, Gérard Filoche en ont gros sur la patate et quelque chose à dire, mais le second a été éliminé d'entrée, en toute "équanimité" comme dit le président de la Haute autorité de la primaire citoyenne, pour ses outrances passées ; il va les assigner, direct ! Damned ! c'était le candidat de la fachosphère qui voulait en faire un troll. Va-t-il se présenter en candidat libre ? Plus probablement, il rejoindra le Parti de gauche de Coquerel et Corbière. Arnaud Montebourg, bouffi d'orgueil, ne se voit nulle part ailleurs que dans ce concours de plaidoiries depuis qu'il a fait dix-sept pour cent à la Primaire Aubry-Hollande de 2012 ; entre-temps, ce grand impulsif a fatigué du monde tout en le faisant rire et la fraîcheur de la surprise a passé. Manuel Valls se revendique comme l'exécuteur testamentaire du quinquennat agonisant et, prévoyant, avait acheté son hastag #Valls2017 dès 2012. Mais il n'est rien d'autre au parti socialiste que le maire autoritaire d'Evry. Il a contre lui tous les autres jusqu'au dernier venu, le "dérailleur" Vincent Peillon, rappelé de son exil fiscal pour torpiller l'helvéto-catalan que tout le monde déteste aujourd'hui pour son arrogance, ses colères, son autoritarisme, ses volte-faces, sa femme de la FrançAfrique et le 49-3. Peillon a le bon logiciel de campagne en lui-même et une revanche à prendre sur la Rocardie d'ordre et pour compte son mentor assassiné au Sofitel de New-York. Vieil apparatchik de la veine réformiste strauss-khanienne, il peut parler deux heures avec un verre d'eau sur tous les sujets. S'il fallait miser chez les bookmakers de Londres, je le donnerais lauréat du concours inter-socialiste. Pinel, Benhamias et De Rugy sont figurants mais ils améliorent leur page Wikipédia.

[CDG] Le Centre utile vient d'être conquis en trois coup de queuillère à pot par Emmanuel Macron, plus vite que l'Etat islamique n'a repris Palmyre (et l'a quitté). Avec quinze mille militants payants au Parc des Expositions de la Porte de Versailles, il a renvoyé dans les cordes les partis croupions du centre-droit que sont les Centristes d'Hervé Morin, l'UDI de Jean-Christophe Lagarde et le MoDem de François Bayrou. Aucun n'est capable aujourd'hui de franchir la barre des cinq pour cent de suffrages ouvrant droit au remboursement des frais de campagne. Ça bride l'élan :) Au centre-gauche, les radicaux ont disparu en tant qu'espèce différenciée, Sylvia Pinel ayant rejoint la Belle Alliance pour ne pas être accusée d'avoir fait le lit du fachisme en captant par une candidature directe des suffrages utiles ailleurs.

[DDG] A Droite, les jeux sont faits. Le parti est en ordre, les centristes ralliés (finalement tous sauf le fat de Pau qui se décidera après l'Épiphanie) discutent des postes possibles au râteau de croupier. François Fillon n'a plus qu'à tenir le choc des assauts de tous les autres. On est en démocratie et tous les coups sont permis, même les plus bas, mais avec quarante ans de pratique, il est le dernier à se laisser surprendre. Bien épaulé, par des gens qui connaissent bien les dossiers (je pense à Eric Wœrth et Thierry Solère), il devrait mener l'aventure à terme, même si les mises au point se succèdent, arrondissant les angles du programme. Un bémol ? son shadow cabinet ressemble plus à une synthèse hollandienne qu'à un gouvernement de combat (voir l'organigramme mexicain en pied de billet): on a la désagréable impression d'être arrivé déjà à la ronde des desserts. L'ouverture au centre, préalable à la victoire, commence à affadir le programme botté, les quatre prochains mois seront longs pour monsieur Fillon et il ne m'étonnerait pas que sous la contrainte des réalités, une fois élu président (pour cent jours), il déroule le programme... d'Alain Juppé. De quoi en remettre dans la coupe d'huile de foie de morue que le vaincu doit avaler chaque matin que Dieu fait à Bordeaux.

[EXD] Le Front national va moins bien qu'il n'allait aux élections régionales de cette année. Le monolithe se fendille à mesure que le combat électoral gagne en intensité. Le problème central est le programme économique marxiste de Marine Le Pen, que les cadres du bureau politique ont acheté dans le champ des labours souverainistes, oubliant un peu vite que les Français n'ont jamais validé ces options. Ils s'en défieraient plutôt comme la plupart des populations menacées par le mondialisme que sont les Italiens, Espagnols, Grecs et Portugais. Quitter l'euro pour avoir quoi ? Une piastre que personne au monde ne change un vendredi ne sachant quel en sera le cours le lundi matin à l'ouverture des banques ? Marion Maréchal-Le Pen a très bien vu que ça ne collait pas, et d'autres idioties aussi ! Mais validées par le sémillant Philippot, qui se verrait bien le Raspoutine de la Duchesse de Montretout, ces âneries deviennent une affaire d'orgueil. Les chapitres économiques sont si mal travaillés au fond que la fente est large et l'épée traverse l'armure. Le jeu de massacre des économistes médiatisés va commencer après les fêtes. La jeune Le Pen a plus de sens politique que l'ancien élève de l'ENA, et ça n'est apparemment pas acceptable pour les evzones de Nanterre. Avec un charisme fou en plus, la totale !

Marine Le Pen va-t-elle repasser sous le fameux plafond de verre ? C'est son dilletantisme qui lui a coûté la région du Nord. Ses dossiers n'étaient pas assimilés, toute question pertinente était renvoyée à la dictature de Bruxelles ou à la submersion migratoire, elle ne savait pas convaincre au-delà des slogans faciles et éculés. Et pour ce qu'elle en montre aujourd'hui - sans doute se réserve-t-elle pour le vrai combat électoral - il semblerait que la candidate soit pour l'instant aussi faible qu'avant dans la construction de son raisonnement. On n'est pas à l'oral de Sciences Po mais dans le dur maintenant. Quand parle-t-on de responsabilisation citoyenne ? Les Français veulent-ils vraiment l'homme providentiel ? Combien font deux et deux ?

La volonté nationale est un des maux dont les intrigants de tous les temps et les despotes de tous âges ont le plus largement abusé. Les uns en ont vu l'expression dans les suffrages achetés de quelques agents du pouvoir ; d'autres dans les votes d'une minorité intéressée ou craintive ; il y en a même qui l'ont découverte toute formulée dans le silence des peuples ; et qui ont pensé que du fait de l'obéissance naissait pour eux le droit du commandement.
(Alexis de Tocqueville)


Tout ceci n'est que le contour du spectre politique. A remplir les cinq cases du jeu, nous mettrions en lices, aujourd'hui 19 décembre 2016, les candidats déclarés suivants, de la gauche vers la droite :
[EXG] Jean-Luc Mélenchon
[GDG] Vincent Peillon
[CDG] Emmanuel Macron*
[DDG] François Fillon*
[EXD] Marine Le Pen*

Les étoilés sont notre pronostic de second tour (2 de ces 3).


Pour info, gouvernement de campagne de François Fillon :
- cliquer pour agrandir -

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Prochain billet sur le sujet : Déboisement des impétrants (LLL)

lundi 28 novembre 2016

La Réforme impossible


On ne discutera pas ici de la pertinence des réformes proposées par la Droite républicaine, qu'elles viennent de l'équipe de M. Fillon ou de celle de M. Juppé - ce sont les mêmes aux 9/10è. Mais si le mal français est bien l'étatisation à outrance qui plombe le génie de ce peuple et sa créativité native, on doit considérer que le mammouth est devenu énorme et bien malin qui le tuera. Avec cinquante-sept pour cent de captation de la richesse produite, l'État est devenu invincible ; et si l'on ajoute les monopoles socialistes de production que sont l'EDF, la SNCF et d'autres, on voit la République parfaitement installée pour continuer à exploiter la nation sur laquelle elle se vautre, énorme.

Il serait vraiment étonnant qu'un peuple aussi immature en démocratie que le peuple français¹ parvienne à réformer son système par la voie démocratique. A vrai dire, ce n'est jamais arrivé de toute son histoire ! La dernière réforme tentée en période de paix intervint à la fin du règne de Louis XV, quand le roi eut compris que sous ses ors impeccables le régime courait à sa ruine au milieu des injustices et dans un foutoir unique au monde. De grands esprits comme Vauban avaient signalé les désordres du royaume. Son successeur Louis XVI, peu attiré par la politique (son frère d'Artois lui ressemblera en Charles X), se laissa convaincre d'effacer le dangereux progrès pour renouer avec les privilèges antérieurs, on sait comment tout cela a fini. La Constituante de 1789 n'eut qu'à ouvrir les tiroirs de Calonne et Maupéou, tout ou presque était là. Ensuite la France se réformera à chaque rupture de paradigme. C'est Brumaire, la Restauration, les Trois Glorieuses, la Révolution de 1848, Sedan, Le Front Populaire, Pétain, Le Putsch d'Alger etc... Une seule période fait exception, la première décennie du XXè siècle appelée aussi La Belle Epoque où la IIIè Républque réformera beaucoup. Alors bon courage monsieur Fillon.

S'il n'a au moment nulle opposition sérieuse, elle va bien finir par coaguler d'ici l'été 2017, et c'est bien naïf de sa part de croire à l'adoubement démocratique d'une élection présidentielle gagnée, pour imaginer que ses oppositions vont se taire ensuite au seul motif de la "volonté exprimée par le peuple". La France connaît des troisième et quatrième tours jusqu'à l'émeute parfois, les centrales syndicales et les groupes d'agitateurs professionnels n'ayant cure de la démocratie, juste bonne pour les moutons. Il suffit d'entendre M. Martinez refuser par avance tout résultat qui lui déplaira !

M. Fillon a fait le tour de France des réalités avant de construire son programme de réformes. Cette démarche nous montre aussi que jusque là M. Fillon ne vivait pas dans les réalités². La guerre est un art simple, tout d'exécution, disait Bonaparte. Il est moins important de connaître à fond ses dossiers que de commander "l'ouverture du feu" au bon moment ! A tout vous dire, je n'y crois pas pour cent raisons que je développerai ailleurs bientôt.

(1) Dans ce pays gaulois, tous les scrutins doivent être trafiqués à l'avance pour obtenir une majorité de gouvernement
(2) Effectivement il a une carrière d'apparatchik (CV)

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