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samedi 20 novembre 2021

L'Adaptation, le clan

A mon humble avis, il est peu probable que les politiques publiques des grands pays du monde achèvent la mission de maintenir le réchauffement climatique entre 1,5 et 2,0 degrés celsius. Chacun sait aussi que le demi-degré d'écart est très impactant pour les nations au ras de l'eau. Nous ne disserterons pas aujourd'hui sur la graduation des effets sur cette échelle des cinq dixièmes, faute de savoir tout simplement. Nous ne verserons pas non plus dans les hypothèses les plus pessimistes sauf à dire, avec Jule Charney, que « la dernière fois où la planète avait été plus chaude de 3°C, c'était au cours du Pliocène, et le niveau des océans était plus élevé qu'aujourd'hui de vingt-quatre mètres.» Ceci pour le cadre général !
Par contre nous allons parler des voies et moyens nécessaires à traverser le four qu'on nous promet, nécessaires sans doute aucun, suffisants, nul ne le sait. Nous ne choisirons pas non plus une latitude, une région privilégiée, tout est relatif et contingent à l'avenir promis. Partant de l'hypothèse que cet habitat soit trouvé et qu'il soit libre d'accès, comment y devrions-nous survivre ? C'est l'objet unique de ce billet. Voici la table des matières :
  • Environnement social
  • Empirisme de l'histoire
  • Formation du groupe
  • Autonomisation des ressources
  • Défense du périmètre
  • Degré de faisabilité et conclusion
aphorisme de Charles Darwin

L'Environnement social

Le plus sûr évènement de la crise climatique ouverte sera le chaos de nos sociétés. Tous les paradigmes organisant les sociétés humaines dans leur diversité auront fondu comme neige au soleil, parce que c'est l'ensemble de l'humanité qui se mettra en mouvement vers des espaces lui promettant de survivre, à commencer par les peuples de la mer remontant vers les peuples à sec, lesquels iront vers d'autres plus haut qu'eux etc. Exclure la guerre générale de cette séquence de la Remontée participe de la niaiserie humanitaire du socialisme libidineux. Individuellement, rien non plus ne pourra se tenter pour sauver soi-même et les siens avant que l'écume du désordre ne soit retombée. C'est pourquoi les précautions prises ci et là par les plus craintifs des hôtes de ce bois ne serviront à rien, les "fermes blindées" seront submergées par les nouveaus zombies échappés de la ville, à la vie à la mort.
Quand se lèvera le silence sur les décombres fumants de nos sociétés sophistiquées, il sera temps de relire cet article, imprimé déjà quand il y avait encore du courant et placé dans une bouteille vide de morgon.

Empirisme de l'histoire

Plusieurs peuples de l'histoire ont traversé le four. Sans remonter à la résilience de l'homo sapiens qui a traversé tous les changements climatiques pour parvenir jusqu'ici, pensons aux hommes du désert dont les ancêtres n'en étaient pas. L'espèce humaine est capable de tout franchir, la seule question qui vaille est de savoir dans quelle quantité d'individus. Mais ceci est de la métaphysique.

Evacuons déjà l'idée incongrue de l'homme retourné aux bois pour se réadapter à l'évolution du temps. Bambi est mort, les Sept Nains l'ont mangé. Rien ne peut être entrepris seul au milieu du désordre de la nature sauf à vouloir prier et compter sur autrui pour écrire sa page dans le Livre des Saints, à supposer qu'il reste un croyant sur terre. En famille, non plus il n'y suffira pas. Comme à l'époque préhistorique, la masse critique d'agrégation des compétences utiles à la survie est le clan. A chacun son tartan ! Le mien sera fait des trois bleus, marine, roi et ciel. C'est pour de rire, je serai mort. L'avantage du clan sur la famille (même nombreuse) est qu'il n'est pas nécessairement constitué de parentèle ayant des "droits" mais de compétences volontaires. L'union de clans différents préfigure une force de défense qui s'avérera vite utile sur un territoire jugé défendable.

Ruinons déjà l'idée que le clan serait la ressucée moderne de néanderthal ou cromagnon. Repartant des bases certes, le clan bénéficiera des acquis des hommes d'aujourd'hui dans les sciences et la technique. De même aura-t-il vocation à augmenter ses effectifs, l'ensemble recommençant l'histoire où la révolution industrielle l'avait accélérée pour nous perdre, mais dans une autre direction, avec des ressources limitées sinon absentes, avec des savoir-faire intacts.

Formation du groupe (clan)

Est-il important que le clan soit formé dès aujourd'hui ? L'exemple des associations de précaution montées de toutes pièces en "temps de paix" nous a montré l'inadaptation de ces groupes au nouvel environnement qu'ils avaient du mal à anticiper. On dit qu'au premier mois d'une guerre on renouvelle beaucoup d'officiers supérieurs. On ignore que l'Organisation de l'armée secrète entre militaires démobilisés, qui succéda à la capitulation du maréchal Pétain, a fait la preuve... ou mieux dit, n'a rien prouvé du tout : les patriotes retournés sur leurs terres à la fin des combats s'y évanouirent le plus souvent, attendant de voir dans quel sens les choses tourneraient, autour de leurs intérêts propres voire immédiats. Il faut sentir la chaleur du napalm pour se décider en conséquence et déployer ses capacités dans le cadre ordonné d'un commandement hiérarchisé. "La discipline faisant la force principale des armées..." disait Soult. C'est pareil pour former un clan. Chacun y entre librement mais doit accepter de servir, à première demande, motivée ou non. Former un clan relève de la typologie sociologique du groupe humain et c'est presque un métier. Les candidats au pavois seraient bien avisés de s'y mettre tout de suite. Il y a quelque chose d'Uderzo et Goscinny en l'affaire.

On peut prédire aussi qu'il n'y aura pas tant de clans que ça, formés et viables, mais plutôt beaucoup de gens en groupes apeurés cherchant leur survie dans l'instant. Ils se vaporiseront au premier revers. Ceux-là seront la part des anges, et par leur attrition, consommeront moins de ce qui est nécessaire à ceux qui se seront organisés en clan.

Autonomisation des ressources

On parle ici de ressources naturelles en ambiance hostile. La première est l'eau. Nous sommes faits à 60% de H2O. L'eau c'est la vie mais aussi l'énergie quand elle court. Tout programme d'autonomisation commence par l'eau. Nos ancêtres s'établissaient à proximité d'une eau, de bonne ou moins bonne qualité. Ils la filtraient au charbon de bois. Ils n'envisageaient aucune alternative à l'eau même si la rosée matutinale fit germer dans leur esprit bien des systèmes de récolte en période de sécheresse prolongée. Avec de l'eau, tout devient possible en culture jusqu'à des températures élevées. Le plan hydraulique de l'espace en culture sera donc primordial. Cela fait quatre mille ans qu'on s'y affaire, tout est à redécouvrir facilement depuis l'antiquité mésopotamienne. J'ai vendu des cahiers autonomes sur les turbines Francis, Pelton, Kaplan et autres ; ça se trouve ; des ponts de voitures servant de multiplicateurs en retour d'angle aussi. Il existe de la littérature pour l'autonomisation dans l'édition alternative.

Généralement, on reviendra à la parcellisation des terres en remontant les haies qui freinent l'évaporation des sols et forment des prairies verticales pour les animaux adaptés. Les espèces alentours qui résistent au nouveau climat donneront de bonnes indications sur quoi semer, quoi planter. Même si tout existe déjà ou a existé, des compétences agronomiques au sein du clan seront indispensables pour raccourcir les délais de mise en culture d'un territoire autarcique. Il en va autant pour les races d'élevage les mieux adaptées à la difficulté des temps. Quand à force d'un courage opiniâtre et après bien des échecs l'affaire deviendra viable enfin, il s'agira d'avoir prévu de la défendre.

Défense du périmètre

L'espèce humaine est ainsi faite qu'elle a une tendance naturelle à s'approprier le labeur d'autrui pour économiser le sien. C'est un des signes de sa barbarie endémique cachée sous les atours de la civilisation. Un clan, établi sur des terres qui rendent, devra forcément les défendre contre l'intrus. C'est là que la typologie du groupe étudiée au moment de sa conception prend toute sa valeur. Sans hiérarchisation des responsabilités adossées à des domaines d'action, et même avec un affectio societatis fort dès le départ, il aura fallu chercher chez les volontaires une résilience certaine aux contrariétés, et même à l'injustice. Car les décisions ne seront pas toujours "justes", surtout en période d'hostilités. Les membres du clan devront donc obéir sans reproche ni murmure, quitte à rediscuter le point au moment du débriefing. Soviets et démocratie directe sont d'inutiles jouets en temps de guerre. Sans doute beaucoup de projets de clan achopperont sur cette teinture militaire qui va colorer tous les rapports sociaux. Comme le disait à ses cadets de l'Académie militaire le général Franco y Bahamonde au jour de sa fermeture : « La discipline ne confère aucun mérite lorsqu'un ordre nous est agréable. La discipline revêt sa vraie valeur lorsque nos pensées nous conseillent le contraire de ce qu'il nous est ordonné, lorsque notre coeur cherche à susciter une rébellion intérieure, ou lorsqu'un ordre est arbitraire ou erroné. Telle est la discipline que nous observons.» (Saragosse, le 14 juillet 1931)
Rien ne durera autrement. Les moyens de défense quant à eux ne sont pas un sujet. L'esprit de défense prime tout.

Degré de faisabilité

Sans insulter l'avenir, peu de clans réusssiront. Quand l'humanité se mettra en branle, elle apportera partout le désordre jusqu'au chaos. Les apocalypticiens sont tout à leur gourmandise de le décrire, sauf peut-être à prévoir dès maintenant la guerre mondiale générale vers la Sixième Extinction. Dans ces circonstances très probables, imaginer des havres de paix armée capables d'y résister peut paraître osé ! Mais il n'est pas dit qu'après une période de forte récession de la population mondiale, on ne puisse subsister dans des territoires isolés très difficiles d'accès qui auront été conquis par les plus avisés d'entre nous AVANT la guerre. A priori, aujourd'hui froids et/ou humides, ils risquent de convenir dans le futur. On peut citer le Groenland et toute la couronne arctique ; et bien évidemment le continent antarctique et la Patagonie ; mais aussi un enfouissement dans les jungles montueuses impénétrables d'Asie méridionale, un repeuplement des hauts plateaux d'Amérique latine voire celui des forêts sibériennes. L'Europe occidentale ? La première proie !

Conclusion

Il n'y en pas pas. Mais un conseil, si ! Ceux des lecteurs de ce blogue finissant qui réfléchiraient à leur participation à un clan, voire même à la formation d'un clan, et qui sont dans la quarantaine (après c'est déjà trop tard), seraient bien inspirés d'apprendre la méthode de raisonnement tactique (MRT) ; un truc militaire de caisse à sable qui a fait ses preuves, à en croire Rodolphe Barkhausen, qui partage avec nous une petite mousse depuis le pays des cigales (cliquez ici). Et n'oubliez jamais ce principe de base : pessimiste toujours dans la préparation, optimiste à l'application !
Ce billet met à disposition les briques nécessaires à chacun pour qu'il monte son mur de défense. Il ne les maçonnne pas.
Bonne guerre, les mecs !




[1977°]

dimanche 2 mai 2021

De la disparition des dauphins

 

crypte à Saint-Denis

01. Hugues II (1005-1025) aîné sacré associé de Robert II (†1031)
 rappelé à 18 ans
02. Philippe II (1116-1131) aîné sacré associé de Louis VI (†1137)
 rappelé à 15 ans
03. Philippe de France (1209-1218) aîné de Louis VIII (†1226)
 rappelé à 9 ans
04. Louis de France (1244-1260) aîné de saint Louis (†1270)
 rappelé à 2 ans
05. Louis de France (1264-1276) aîné de Philippe III (†1285)
 rappelé à 13 ans
06. Jean Ier (1316-1316) aîné posthume de Louis X (†1316)
 rappelé à 4 jours
07. Philippe de France (1316-1317) aîné de Philippe V (†1322)
 rappelé à 8 mois
08. Jean de France (1366-1366) aîné de Charles V (†1380)
 rappelé à 7 mois
09. Charles de France (1386-1386) aîné de Charles VI (†1422)
 rappelé à 3 mois
10. Charles de France (1392-1401) puîné de Charles VI
 rappelé à 9 ans
11. Louis de Guyenne (1397-1415) puîné de Charles VI
 rappelé à 18 ans
12. Jean de Touraine (1398-1417) puîné de Charles VI
 rappelé à 19 ans
13. Louis de France (1458-1460) aîné de Louis XI (†1483)
 rappelé à 2 ans
14. Joachim de France (1459-1459) puîné de Louis XI
 rappelé à 4 mois
15. François de France (1466-1466) puîné de Louis XI
 vécut 4 heures
16. Charles-Orland de France (1492-1495) aîné de Charles VIII (†1498)
 rappelé à 3 ans
17. François de France (1497-1498) puîné de Charles VIII
 rappelé à 6 mois
18. Charles de France (1496-1496) puîné de Charles VIII
 rappelé à 1 mois
19. François de France (1497-1498) puîné de Charles VIII
 rappelé à 1 mois
20. François de Bretagne (1518-1536) aîné de François Ier (†1547)
 rappelé à 18 ans
21. Louis le Grand Dauphin (1661-1711) aîné de Louis XIV (†1715)
 rappelé à 49 ans
22. Louis le Petit Dauphin (1682-1712) aîné du Grand Dauphin
 rappelé à 29 ans
23. Louis de France (1704-1705) aîné du Petit Dauphin (†1712)
 rappelé à 1 an
24. Louis de France (1707-1712) puîné héritier du Petit Dauphin
 rappelé à 5 ans
25. Louis de France (1729-1765) aîné de Louis XV (†1774)
 rappelé à 36 ans
26. Louis-Joseph de France (1751-1761) aîné du dauphin (†1765) de Louis XV
 rappelé à 10 ans
27. Xavier de France (1753-1754) puîné héritier du dauphin de Louis XV
 rappelé à 4 mois
28. Louis-Joseph-Xavier de France (1781-1789) aîné de Louis XVI (†1793)
 rappelé à 7 ans


enfant aux yeux noirs


Ce billet n'est pas une thèse mais une conversation entre royalistes au coin du feu. Cette nécrologie, établie par M. François-Xavier Pachot, gouverneur nommé de la Charte de Fontevrault, énonce les "dauphins" de la troisième race qui sont morts avant de régner et ont ainsi laissé leur place aux trente-trois rois capétiens de droit divin(1). On accède à son étude en cliquant ici. La dynastie a évité près de la moitié de sa production patrilinéaire. La thèse providentialiste est que ces disparitions résultent d'une volonté divine décidant parmi les lieutenants du Christ qui est médiocre, bon ou meilleur pour Son projet, sans oublier que la Providence ne se met pas en équations. Quant à pénétrer les voies du Seigneur, il vaut mieux oublier, ce que ne font pas toujours les croyants, avides d'interprétations. Ceci étant dit, on peut se poser la question de savoir si ce "déchet" était aussi mauvais qu'on le répute.
Le numéro 26 par exemple pose problème : La Vauguyon, qui dès 1758 a la charge d'instruire les quatre petits-fils de Louis XV, les décrira dans ses mémoires comme Les quatre "F" : Bourgogne le Fin (notre n°26), Berry le Faible (futur Louis XVI), Provence le Faux (futur Louis XVIII), Artois le Franc (futur Charles X). A part Louis XVIII, les deux autres n'étaient pas dans l'emploi et le meilleur des quatre fut repris avant d'accéder. La Providence avait-elle le projet de ruiner la monarchie de droit divin et la dynastie tout ensemble ? On le croirait, d'autant que les successions à trois frères avaient déjà provoqué des ruptures graves, que l'on songe aux fils de Philippe le Bel : Louis X (†1316), Philippe V (†1322), Charles IV (†1328) qui, sans postérités mâles, passent la main aux Valois ; puis aux fils d'Henri II : François II (†1560), Charles IX (†1574), Henri III (†1589) qui, sans postérités mâles, passent la main aux Bourbons ; et pour finir ceux du Dauphin Louis de France mort avant son père Louis XV : Louis XVI (†1793), Louis XVIII (†1824), Charles X (†1836) qui laissent la main aux D'Orléans lesquels s'avèrent ensuite incapables de transformer l'essai. La branche de Bourbon déposée en France mourra à son tour de l'absence de toute postérité mâle. La troisième race de nos rois ne perdure qu'en Espagne à travers les guerres carlistes et la guerre civile de 1936, et revient progressivement aux Partidas d'Alphonse le Sage. L'avatar moderne de la saga capétienne est une fade "monarchie du nord" depuis la promulgation à Madrid de la constitution de 1978.
La maison d'Orléans qui réside en France voudrait renouer où le fil s'est rompu en 1873 (Chambord, le drapeau blanc), mais elle n'est que l'héritière de la Monarchie de Juillet et pas des Quarante Rois pour cause de régicide et d'usurpation (on n'hérite pas d'un crime, encore moins de deux). Il n'y a pas de quatrième race souterraine de droit divin et aucune impatience des princes à accéder. Nous sommes devant le vide total pour ce qui relève de l'incarnation du droit divin(1).

Note (1): non parce que les rois de droit divin seraient gouvernés sans frein par leurs caprices, mais parce qu'ils obéissent à une loi surnaturelle dont ils acceptent le joug lors du sacre


Les légitimistes pourraient arguer qu'en éteignant la race aînesse épuisée, la Providence a fait le lit des descendants de Philippe V d'Espagne jusqu'à Louis de Bourbon, qui règnerait sous le nom de Louis XX. Sauf que ça ne peut pas le faire avec une monarchie constitutionnelle qui est indéfiniment liée au peuple par un pacte national et n'a plus l'indépendance du modèle absolu(2) après s'être défaite de la sujétion étroite du Ciel. L'autre explication négociable résiderait dans la perception de Léon Bloy qui soutient que, par la décapitation du roi Louis XVI, la nation française s'est damnée pour longtemps. C'est de l'anthropomorphisme que d'attribuer à la puissance divine ce genre de vengeance, mais allez savoir, le Dieu de l'Ancien Testament n'est-il pas un Dieu de terreur ?

Note (2): Dont l'existence ou la réalisation ou la valeur est indépendante de toute condition de temps, d'espace, de connaissance


Quel est donc le but de ce darwinisme divin ?

C'est la première question. La deuxième concerne la "mécanique dynastique" (comme l'appelle ChouandeCœur).
Si le but reste inconnu malgré toutes les sollicitations intellectuelles des théologiens, on est ramené au sol à regarder les effets visibles de ce contrôle. Le royaume de France, dont le Christ est par définition le roi depuis la Triple Donation de sainte Jeanne d'Arc, suit-il un agenda caché de la Providence ? Si l'on observe le royaume depuis Sirius, on s'aperçoit que tous les caractères, tempéraments, qualités, vices et simples défauts ont existé chez les rois régnants, parfois immoraux, ce qui infirme par exemple un projet d'exemplarité du prince destiné à l'éducation des masses par le relais des clercs. Sur le terrain pas mieux : la marche au Rhin et la conversion des peuples résidents qui aurait pu la motiver, toujours dans l'esprit de la lieutenance du Christ, ont échoué après s'être avérée particulièrement sanglante et barbare si l'on pense au sac du Palatinat au Grand Siècle pourtant ! Par ailleurs considérant le bonheur des brebis, tout au long de l'histoire capétienne - mais sans doute en aurait-il été de même avec une autre race de rois - les peuples du royaume ont subi sans le secours du Ciel les assauts climatiques, les pestes, la disette, les guerres provoquées ou déclarées par leurs rois sous des prétextes bien étrangers à leur bonheur - qu'on pense à l'épopée milanaise de François Ier - et nous ne mettrons pas dans le lot les guerres de défense du territoire parfaitement justifiées quel que soit l'agresseur, mais qui apportèrent leur lot de misère. Quid des injustices d'un régime féodal prédateur maintenu trop longtemps au gouvernement des hommes, qui conduira à l'insurrection générale contre un roi faible et pusillanime ? Le régime monarchique en mourra ! Et ironie du sort, pour faire place à des régimes plus sanglants encore qui engageront le pays dans une guerre ouverte permanente de vingt-trois ans, de Valmy à Waterloo. Nous perdrons toutes les guerres ensuite(3). Oui, l'agenda de la Providence est bien caché ! On dirait même qu'elle ne nous aime pas !

Note (3) : 1870, 1914 (à la Noël 14 nous avions déjà consommé toute l'infanterie de ligne et remonté au front les régiments à trois chiffres), 1939, Indochine 1954.


Mise en cause de la loi salique

Ces rois-lieutenants furent-ils les bons sinon guidés vers le bien commun ? Ont-ils maintenu Son royaume sur la trajectoire choisie ? A priori pas toujours comme nous le mentionnons ci-dessus. Au fil des successions on constate que trop souvent l'affaissement du projet capétien met en cause un de ses piliers fondateurs : la loi salique. Au résultat des courses, la loi de succession patrilinéaire ruine par moment la continuité de l'Etat et met en danger la couronne elle-même. Si les couronnes des deux premières races étaient ceintes presque exclusivement pour la guerre et appelaient dans leur conversation avec Dieu des généraux de cavalerie, les filles de la première dynastie capétienne n'auraient sans doute pas démérité ensuite puisqu'elles auraient su nommer les bons généraux en les laissant exercer leur art sans interférer dans les successions dynastiques que les docteurs de la loi auraient mises hors de leur portée - d'accord, ça n'avait pas marché avec la première race. L'objection juridique menant à l'exhérédation des filles de la couronne n'aurait pas tenu longtemps avec une loi patrimoniale d'inaliénabilité interdisant "l'exportation" des biens et pouvoirs d'icelle dans le même sens qu'on interdirait bientôt sa disposition.
C'est la règle patriarcale héritée du monde militaire gréco-romain qui s'imposa dans le droit archaïque médévial, plus que la loi barbare des Francs saliens qui n'était à l'origine qu'un tarif de peines appliquées au coupable et accessoirement des dispositions réglant les héritages fonciers sur le territoire des préfectures létiques dans la coutume matrilinéaire franque4. Les docteurs de mauvaise foi qui exhumèrent une vieille règle coutumière des peuples de la forêt, promptement rédigée en latin compréhensible pour y adosser les intérêts des pouvoirs masculins régnants, construisirent le corpus des lois fondamentales au motif premier de pacifier les successions royales, au second, de réduire la hoirie, mais aussi de perpétuer leur propre influence dans l'entourage royal (qui dit loi dit chicane dit juge). L'application de ces lois aboutit, à la fin de l'histoire, à la liquéfaction du modèle par extinction de la production de titulaires ; on peut dire que le comte de Chambord, aussi intelligent fut-il, n'eut pas la force d'y répondre quand il sacrifia la possibilité d'une descendance dans une union non consommable, Marie-Thérèse de Modène étant de naissance bréhaigne et notoirement. Les couronnes qui s'en privèrent, adeptes de la primogéniture absolue, ont connu des reines exceptionnelles, on pense aux couronnes britanniques.
En passant, on ne peut comparer dans l'histoire l'aptitude des uns et des autres à gouverner sans évoquer la différence de formation des enfants royaux selon leur sexe à partir de la Renaissance. La loi salique est aujourd'hui défendue sans raison immédiate pour être raccord avec une tradition qui voudrait que l'obligation de masculinité du monarque, au même titre que celle du prêtre, réponde au devoir d'état de lieutenant du Christ. Ces arcanes oubliés se révélèrent toxiques pour la dynastie ; pourquoi s'y accrocher, reste pour moi un mystère, mais si on revient à l'idée poussée par ChouandeCœur, la Providence s'en serait servie pour ouvrir le chemin à certains et le fermer à d'autres. Dont acte !

Note (4): Le pacte pénal original des Francs saliens disposait des alleux comme suit : « Si quis mortuus fuerit et filios non demiserit, si mater sua superfuerit, ipsa in hereditatem succedat. Tunc si ipsi non fuerint, soror matris in hereditatem succedat.» (si quelqu'un meurt sans enfant et que sa mère lui survive, c'est elle qui hérite ; si ceux-là aussi sont décédés et qu'il demeure des sœurs de la mère, elles héritent). Les textes couvrant la dévolution des terres seront retravaillés ensuite par les docteurs carolingiens pour sortir les femmes de la succession d'Etat. Aller plus loin c'est par ici.




dessin_crane-et-tibias


Conclusion

Il n'y en a pas. La mécanique des successions dynastiques sciemment déviées par la Providence est une question préalable de foi et d'interprétation de "signaux". La démarche providentialiste n'en est pas moins estimable pour au moins une raison d'importance : elle arrache les royalistes à la querelle dynastique. L'Ost se rangera en bataille et Dieu donnera la victoire, à la meilleure artillerie (avait ajouté Napoléon). C'est bien sûr une attitude de confort moral que de savoir la Providence en action, et certains penseurs légitimistes le dénoncent, préférant mobiliser l'énergie pour le succès de l'aîné des Capétiens, sans surinterpréter les signaux faibles de l'au-delà. Il ne faut pas tomber dans le piège consistant à "penser" à la place de Dieu et "prévoir" Ses intentions, ce que font trop souvent des providentialistes exaltés quand ils font vivre le mythe du grand monarque caché qui attend, non son heure mais l'ordre divin d'apparaître. A tout prendre, je préfèrerais le Mérovingien caché de la race de David et dans le Midi, le dernier des Wisigoths.

Il n'en demeure pas moins que la querelle dynastique maintenue éveillée est le verrou de toute restauration monarchique en France. Alors, est-elle voulue par le Ciel ? Nous observons que les princes en cause se prêtent parfaitement à ce dessein destructeur puisque aucun d'eux n'a jamais suggéré que l'avénement du roi devait passer avant le concours d'ego et de légitimités croisées, et que son propre retrait ne poserait aucune difficulté si son concurrent avait de meilleures chances que lui, ou si la Providence se manifestait en faveur de l'autre de manière explicite pour une fois. Au fond de leur cœur, aucun n'y croit ! C'est une des limites du projet royaliste. Il ne reste plus qu'à... "instaurer".

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