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vendredi 18 août 2017

Fini de rire !

Les vacances s'interrompent définitivement. Barcelone, l'une des trois capitales de Méditerranée occidentale est touchée de plein fouet. Pas de yakafokon sur Royal-Artillerie - reportez-vous sinon aux déclarations des politiques en charge de notre "éducation" - simplement, que la guerre commence !


Remontons la pendule : en 2007, Nicolas Sarkozy, parfaitement conscient des antagonismes mortifères entre les riverains nord et sud de la mer méditerranée, lançait un appel conjointement avec l'Espagne et l'Italie pour une Union méditerranéenne (cf. le dossier UPM). La perception de la fracture était réelle et partagée par nos voisins. C'était le bon moment pour lancer les dés, sauf que Sarkozy n'avait déjà plus de limites à son rêve du retour de Bonaparte aux Pyramides, et englobait sur l'épure la Turquie délaissée par une Union européenne outrée, l'Egypte pour faire le poids et Israël pour plaire à ses sponsors. Angela Merkel y vit un affaiblissement de son imperium continental et noya le projet dans les tuyaux d'une usine à gaz qui descendait depuis la Laponie jusqu'aux sources du Nil. L'intuition sarkozienne était la bonne, la réalisation handicapée par son sur-moi.

C'est une union du bassin occidental de la Méditerranée qu'il faut construire en envoyant ch... les observateurs aux pieds secs, dont l'Allemagne. Sur la rive sud du bassin, il n'y a qu'un Etat disposant d'une économie, c'est le royaume chérifien. L'Algérie est un Etat sans économie (le pétrole n'est qu'une rente) et la petite Tunisie joue le rôle du roseau de la fable. On comprend tout de suite que c'est l'Algérie le problème, mais comme la disparition de la momie va déclencher une révolte civile d'ampleur, l'occasion se présentera de reconstruire sur du solide avec la bourgeoisie d'affaires locale ou avec celle expatriée chez nous et autour.
A défaut, la vague migratoire nous submergera et nos politiciens de pissotière retourneront sept fois dans la bouche la déclaration qui va bien au milieu des ruines, avant d'embarquer sur le Massilia !

Quant à combattre l'islamisme, entrer carrément dans le vif du sujet sinon quoi d'autre ?
En attendant l'ouverture des hostilités, de tout cœur avec les familles des victimes, et tous nos encouragements aux blessés des attentats islamistes de Barcelone et de Cambrils.

En attendant, on fera son profit du billet de l'Algérien Kamel Daoud publié sur Amazigh24 (maroc) après l'attentat en cliquant ici.


Lundi prochain, le blogue redémarre en écho du camp Maxime Real del Sarte de Roanne sur l'actualité et l'illusion capétiennes. Ce sera un peu dur comme rentrée mais certaines choses doivent être dites. A bientôt donc.

lundi 27 avril 2015

Coke en cale

"On a triplé Triton" : ce n'est pas un message codé de Radio-Londres, mais la courageuse initiative de l'Union européenne à l'endroit des migrants de plaisance en Méditerranée. La France mettra deux bateaux dans les eaux internationales comme l'Allemagne, la Grande Bretagne comme la Belgique, un. Le reste viendra d'Italie qui a choisi une géographie provocatrice en avançant des îles jusqu'en Afrique du Nord. Les rescapés, qu'en faire ? "On" réfléchit. "On" est un con, disait l'adjudant des Bêtises de Jacques Laurent. Nous y sommes en plein. Ces messieurs dont les burnes sont en bocaux sous l'escalier, voudraient un mandat des Nations-Unies pour sortir leur virilité. Plus pleutre tu meurs ! Pourquoi ne pas demander aux Etats-Unis d'en prendre, en mémoire des deux grands déconneurs que furent XLI et XLIII ou encore attendre Jeb Bush ? Sans oublier les nôtres :
D'Abou Kammash à El Salloum s'étend aujourd'hui entre Tunisie et Egypte une Terra Nullius que l'on appelait jadis la Libye. Jadis, avant que deux petits merdeux ne décident de refaire le monde en vrai et non plus seulement dans le fond du sofa. N'y revenons pas, cela n'avance à rien, ils seront jugés plus tard, soit par les peuples concernés*, soit par l'histoire.

La pression migratoire débouchant sur la côte libyenne en direction de l'Europe méridionale menace son bien-être relatif et par beaucoup d'aspects, ses modes de vie. On est obligé d'avouer que la crainte sourde en chacun de nous n'est pas tant la peau noire des migrants que les moeurs incompatibles que certains transportent ici en ayant fait allégeance à l'islam. Or il est démontré maintenant - mais on le savait chez nous depuis la haute époque classique - que l'islam n'est soluble dans aucun pays développé, surtout quand le pays est sincèrement démocratique. Cette religion est hégémonique dans l'espace public dès qu'elle représente une forte minorité de résidents. En fait, elle se découpe des territoires culturels et économiques dans le tissu social pré-existant. Et si l'on veut bien sonder les coeurs et les reins, toute l'affaire de Libye se joue là-dessus.

Du passé faisons table rase, enfin presque, et voyons comment bloquer cette inondation démographique si je choisis un terme polémique, mais finalement une goutte d'eau salée au regard des cinq cent millions de citoyens de la douce Union. Avant-guerre, les quatre puissances navales de Méditerranée (Espagne, France, Italie, Grèce) auraient organisé le blocus des côtes et géré tout ça au canon.

Syrte en Libye


Le trait de côte fait 1750 kilomètres de long (950 nautiques) et son contrôle est à la portée d'une escadre appuyée par des systèmes de surveillance aérienne classique. Le but aurait été de filtrer l'activité nautique en ne laissant passer que la pêche et le commerce et en arraisonnant le trafic de gens. Pour vider le sas, on aurait pris deux ports sur la côte afin d'y débarquer les prises et saccager les bateaux. Mais nous ne sommes plus dans les années 30.

Il y a justement...les gens. Tous des fuyards sans espoir de retour, qui proviennent de zones de conflit, de dictatures cruelles ou de zones sans économie : Syrie, Soudan, Erythrée, Somalie, Sahel... on trouve même des Afghans et des Irakiens, très loin de leurs bases. Prétendre que ces gens sont en ballade nautique pour avoir leur numéro de sécurité sociale est une ignominie même si dans le paquet vous en trouverez bien un ! Ces gens sont concentrés dans des camps à la merci de malfaisants qui les exploitent durement, sinon contrôlés par les mafias portuaires qui en tirent le maximum avant l'embarquement. La pression subie par ces migrants dans la zone d'attente fait partie du logiciel de trafic ; elle fait monter mécaniquement le prix à payer pour en sortir coûte que coûte, et elle estompe la perspective de dangers plus grands. Les dernières réticences à monter de nuit sur des épaves flottantes s'avèrent vaines, les récalcitrants sont "nettoyés" au su de tous. Bizness d'abord !

On voit déjà que débouchant sur un retour au pays de départ, le blocus ne résout rien, sauf à exterminer de la racaille au hasard des rencontres si les lois européennes l'autorisent. Les gens débarqués dans les ports de reprise devront être dirigés vers des camps humanitaires équipés, défendus et organisés par les Nations Unies, à défaut d'elles par l'Europe. Et qu'en ferons-nous ensuite ? Certains pourront être reconduits dans les zones sans économie en y injectant des crédits de développement, mais il n'est pas envisageable de ramener du monde dans les pays en guerre avant le retour hypothétique de la paix. Langue au chat ?

Pas tout à fait. Il va nous falloir boire la goutte d'eau salée et sans doute quelques verres de la même qui vont suivre, car les alternatives sont rares. Alors organisons le remploi des migrants dans nos économies nationales en les répartissant avec justice entre nous tous, et bridons leurs velléités d'importer leurs mœurs exogènes quelles que soient leurs croyances in petto. Et pour bien montrer notre détermination à rester libres et nous-mêmes, attaquons de front les provocations publiques de l'islam en Europe, sans mollir. Ceux des nouveaux qui n'en sont pas se fondront assez vite dans la masse des Européens et néo-Européens, les exemples abondent de communautés d'origine étrangère à forte valeur ajoutée. Les autres ne doivent pas former chancre et ce sera la condition unique d'entrée à peine d'expulsion à première requête sur le ferry de son choix. Pas de place pour la chance non plus.

Sur le chapitre maritime du défi on entendra avec profit l'avis, autorisé aujourd'hui, du contre-amiral anglais Chris Parry que nous livre Breibart-London (clic).
Amen !


Chenal de Lampedusa

(*) les peuples concernés étaient au départ bédouins, berbères et arabes auxquels s'ajoutent aujourd'hui les peuples maltais, siciliens, calabrais et demain tous ceux du bassin occidental de la Méditerranée ! De quoi faire un petit "Nuremberg".

lundi 8 décembre 2008

L'insurrection grecque

parthenon by nightNul ne savait où éclaterait la commémoration des évènements de mai 1968. Avec un peu de retard à l'allumage, l'émeute a resurgi en Grèce. La configuration est très proche de celle qui prévalait jadis, les étudiants majoritairement de gauche et les anarchistes attaquent l'establishment engraissé par la fracture sociale, tandis que les nomenklatouristes des partis socialiste et communiste rallient le camp de l'insurrection pour s'en protéger.
Soixante boutiques incinérées rue Ermou, l'artère piétonne commerçante du centre d'Athènes ; 48 heures d'horreurs selon la presse ; n'ont pas été provoquées par la colère populaire exaspérée du meurtre de sang froid d'un jeune lycéen qui jouait à caillasser une voiture de police avec ses camarades dans le quartier d'Exarhia, la Goutte d'Or locale.
La marmite était déjà en pression et les anarchistes à l'affût dans la capitale mais aussi à Salonique, Patras et Heraklion : les banques ont flambé ! Pourquoi les banques ? :) ...

Le chef de la police doit annoter ses tablettes : laisser pisser le mérinos n'est pas toujours la bonne politique de sûreté urbaine. Des expatriés nous précisent que le caillassage des voitures de police n'est rien que d'ordinaire après le coucher du soleil, ce qui tend à prouver que la société grecque est travaillée au corps par la banalisation de l"insécurité, comme la nôtre, à la réserve près que nous parvenons à protéger les centre-villes. Jusqu'à quand ?

Mercredi dernier, les anarchistes peut-être déçus de l'éclairage médiatique, ont fait détonner deux bombes artisanales à la porte du bureau local de l'AFP. Pas de quoi s'émouvoir. Et les requérants d'asile faisant la queue devant un bureau samedi dernier, voyant de la fumée en ville, ont brûlé des poubelles et caillassé les voitures qui passaient dans la rue. La Grèce est au front de l'Immigration.

incendie à Athènes
Avec leur sens bien connu des responsabilités, les partis de la Gauche dure embrayent sur des actions de protestation, SYRIZA (radicaux) sort le mégaphone devant l'Université d'Athènes ce soir, KKE appuie bruyamment la grève générale de mercredi prochain, et les profs de faculté stoppent pendant trois jours. Sans connaître la politique grecque par le menu, on devine que la Gauche est surtout très irritée de n'avoir pas le pouvoir, elle qui détient seule la légitimité de tout gouvernement démocratique.
Pour la contrer, les ministres de Karamalis vont-ils passer colonels ?

Sans doute pas, dès lors que la Grèce, empêtrée dans ses contradictions depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, recherche activement l'internationalisation de ses problèmes intérieurs et régionaux, souveraineté du plateau continental de la mer Égée, indépendance de Chypre, parité militaire avec la Turquie. L'ONU, l'UE, l'OTAN sont les piliers de sa politique - à tel point qu'elle a triché pour intégrer l'Eurogroup - mais elle prend une ré-assurance en serrant les liens avec la Russie, les Etats-Unis (riche diaspora) et certains pays majeurs de la rive sud comme l'Egypte. Ses crises internes ne peuvent plus se résoudre simplement par la force ; elle doit composer avec l'opinion internationale. Et de cela ses contempteurs sont bien conscients.

Au fait, la population de la Grèce n'est pas assimilationniste et comprend très peu d'étrangers (1% de Turcs en Thrace, quelques Albanais). L'incendie du système n'a t-il que des causes endogènes inhérentes au combat bipartisan qui fonde la République. Faut-il rappeler les Glücksburg ?
Vous le saurez au prochain épisode.


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samedi 6 septembre 2008

L'Italie embraye sur l'UPM

khadafi et berlusconiLe président du conseil italien Silvio Berlusconi vient de réparer l'outrage fait au Libyens par l'Italie de 1911 à 1942*, en débloquant 5 milliards de dollars sur vingt-cinq ans, pour des investissements d'infrastructure, dont la fameuse autoroute est-ouest entre la Tunisie et l'Egypte.
M. Berlusconi a précisé que parmi les projets qui seront financés en Libye, figuraient la construction d'un grand nombre de logements, l'installation d'entreprises italiennes, des bourses à des étudiants accueillis en Italie et des pensions pour les mutilés victimes de mines posées par l'Afrika Korps. Il prévoit aussi une coopération serrée dans la lutte contre les migrations clandestines, qualifiées par le Cavaliere de lutte "contre les marchands d'esclaves". Humour au souvenir de la traite négrière arabe particulièrement meurtrière !

Si l'on se cale bien au fond du fauteuil, on s'aperçoit qu'il agite 200 millions de dollars par an pour relancer la colonisation de l'ancienne province romaine. C'est de l'art ! D'autant que la Libye n'est pas le désert de pouilleux que l'on imagine, mais un pays développé par une sorte de despote éclairé inclassable, relativement efficace, si du moins l'on ne voit que les résultats : dans les classements du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement ), la Libye ressort en 2007 comme le pays le plus développé d'Afrique. Son PIB est de 12700$ dollars en parité de pouvoir d'achat par habitant, à comparer à celui de la Tunisie de 7500$ (source CIA). Par ailleurs, la charia a été fortement modérée (majorité des filles à marier portée à 20 ans) et la garde "maure" est assurée par des mouquères fessues.

tente de khadafi
Le Séraphin Lampion de Cyrénaïque, qui défraie la chronique des trahisons endémiques à la cause islamique, fête ainsi le 39° anniversaire de la déposition d'Idriss 1er, en bouclant la boucle de l'histoire : il rentre dans le camp occidental qu'il n'aurait jamais dû quitter. Pour amortir le billet, on notera en passant que des quatre rois arabes "anglais" (Egypte, Irak, Jordanie et Libye), trois perdirent leur trône entre 1953 et 1969 sur coup d'état militaire. Ne survit de nos jours que la dynastie hachémite de Jordanie à l'emblème de la plus belle reine palestinienne qui fut donnée aux musulmans.

On peut dévoiler aujourd'hui que les Italiens ne sont jamais tout à fait partis de Libye, même aux plus sombres heures de l'affrontement entre Washington et Tripoli, assurant à la nation nomade le minimum nécessaire.

Tripoli
Pour les Nuls en histoire, les provinces côtières libyennes furent préemptées par les Anglais au sortir de la Seconde Guerre Mondiale ce qui évita aux Italiens, battus par Montgomery, de s'en faire chasser par les indigènes, leur gardant ainsi des possibilités ultérieures de contacts fructueux.

La question reste posée de l'autorisation obtenue ou pas auprès du président Sarkozy pour que Rome se redéploie de son propre chef sur le territoire de l'Union Pour la Méditerranée. Ces politiciens italiens ont de la ressource et ne s'encombrent pas de postures théologiques. Pour finir sur un sourire exotique, nous vous offrons un court reportage photos sur le grand prix de Formule 1 de Tripoli, datant d'avant-guerre, que Berlusconi pourrait bien relancer :



*Note : c'est surtout la période fasciste 1922-1942 qui posa problème aux négociateurs pendant le quart d'heure historique, à cause de la répression sévère de la rébellion de l'émir Omar Al Mokhtar.


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dimanche 27 juillet 2008

Pour la Méditerranée

carte developpement mediterranee
L’Union Pour la Méditerranée est lancée ! Loin ! Intéresserons-nous aujourd’hui à la géopolitique de la zone. Deux lignes de fractures sont apparues pour ce grand projet du XXI° siècle : la plus évidente, une ligne horizontale de Gibraltar à Alexandrette, qui suit l’axe médian de la Mer méditerranée et sépare les Européens et leur allié turc d'un côté, des peuples fils d’Abraham de l'autre. L’autre ligne de fracture sépare les nations européennes sérieuses du Nord aux nations européennes latines, plus chaleureuses, s’estimant les seules capables de comprendre le Sud...?

Cette seconde fracture a été réduite immédiatement par la chancelière prussienne Merkel aux dépens des pays « pieds dans l’eau » que sont l’Espagne, la France et l’Italie.
L’Allemagne « fédérale » est partie prenante du projet fédéral européen, bien plus impliquée que la France, surtout depuis que le deutschemark fut rebaptisé « euro ». fanion euroturcL’Union méditerranéenne réservée aux seuls riverains, qui enterrait le processus stérile de Barcelone, dessinait à ses yeux une ligne Maginot diplomatique la rejetant au nord-est de l’Europe, dans quelque empire du Froid en tête à tête avec son allié le moins sûr – l’est-il de quelqu’un ? –, la Grande Bretagne. Albion était bien capable d’entrer seule ensuite dans le schmilblick nautique sans prévenir, par le truchement de Gibraltar. Berlin n’aurait eu d’autre choix que de se retourner vers son meilleur client, la Russie, et les pays de son glacis naturel. Cela limitait terriblement ses ambitions diplomatiques ; et bien que le grand client slave soit riche, il est d’expérience dangereux.

Si la Méditerranée n’est plus vraiment le centre du Monde, elle reste une zone de bruit diplomatique intense, à portée de voix de l’autre zone de décision pétrolière, et le seul champ où l’on puisse manœuvrer une réconciliation Nord-Sud d’envergure, en profitant d’une proximité géographique et historique que l’on ne trouve nulle part ailleurs.

Guillaume IIL’Allemagne fédérale qui depuis le succès de sa réunification veut renouer les fils du projet moyen-oriental des régimes qui l’ont précédée, ne pouvait laisser une nouvelle union, concurrente de celle où elle règne, lui tourner le dos. Troisième économie terrestre, rattrapée par la Chine certes mais toujours premier exportateur mondial, elle a terminé son expiation politique le jour où Helmut Kohl réussit à ses conditions l’anschluss de la République démocratique allemande, sans négocier non plus avec les trois alliés occidentaux réticents. L’Allemagne était désormais capable et en situation de forcer l’évènement à son seul bénéfice. Le nain politique avait rompu sa relégation de vaincu timide. Le chancelier Schröder en a remis une couche quand son ambassadeur s’est dressé à l’ONU contre « son vainqueur » américain sur l’affaire d’Irak.

Le géant économique européen qui parle assez peu de ses intentions, déroule avec quelque bonheur une diplomatie mercantile active sur l’ancienne zone d’influences ottomane et franco-britannique. Pas question donc de passer sous les fourches caudines des douanes françaises ou italiennes, deux pays sans le sou, gouvernés par des amateurs, pour atteindre politiquement la Méditerranée. Dès ce moment l’Union méditerranéenne (des riverains) rêvée par le cabinet élyséen était morte ! Le projet reviendrait sous surveillance allemande ou périrait. « Hégémonie douce » avait dit Joschka Fischer , ministre vert des affaires étrangères du gouvernement Schröder, quand l’Allemagne décida, sans en référer à quiconque, de submerger industriellement les PECO* après la chute du COMECON*. Hégémonie sans limites annoncées.

ataturkL’autre acteur de taille est la République turque, légataire universel de l’Empire ottoman, califat exclu. Sa position géographique est incontournable, ses attentes, des exigences ! Pour une première raison, elle détient la clé de l’eau de Mésopotamie et le fait savoir. Comme disait le président Demirel à Hafez al-Assad qui dénonçait les barrages turcs sur l’Euphrate : « La Turquie fait ce que bon lui semble de son eau comme les Arabes font ce qu’ils veulent de leur pétrole ».
L’autre raison est qu’elle se sent européenne et s’exclut d’elle-même du camp moyen-oriental dominé par les Arabes et les compagnies pétrolières. La seule nation de la zone qu’elle estime à son niveau de prestige est l’Iran. Leurs états-majors se connaissent d’ailleurs bien. La seule position acceptable pour elle dans une union méditerranéenne est la parité avec la France et l’Italie ; et avec le back-up de l’Allemagne, elle en deviendra vite le partenaire riverain majeur si l’affaire progresse. Mille entreprises allemandes travaillent en Turquie.

gorille pensifLa grande réconciliation euroméditerranéenne réussira-t-elle ?
Nul ne peut le prédire car les complications ne le cèderont pas facilement aux effusions médiatisées, et la rive Sud est plus souvent dans les mains d’autocrates personnellement intéressés que de gouvernements soucieux de développer des politiques communes, sauf à y trouver leur bénéfice. L’Europe pèsera-t-elle assez pour forcer le développement ? Beaucoup en doutent, à commencer par les Etats-Unis qui jouent le rôle du gorille muet de 800 livres dans le coin obscur de la salle de conférences.

En effet, si l’on passe en revue les pays de la rive Sud, on peut s’étonner du nombre de conflits latents qui les opposent : si les frontières de chacun de ces pays sont ouvertes sur l’hinterland diamétralement opposé à la mer, elles sont hyper contrôlées entre eux, voire blindées. Tous ces gens s’embrassent et se détestent. Ils ne se mettront d’accord, non entre eux mais chacun d’eux avec nous, juste pour consommer subventions et crédits que le Nord déploiera sur des projets communs. Parmi ceux-là, le seul à mon avis capable de fédérer les énergies est le projet de dépollution de la mer, sachant qu’il nous coûtera très cher et pour longtemps, car le niveau sanitaire des effluents nationaux deviendra par la suite un élément récurrent de « négociation ».

Assad juniorDoit-on dans ses conditions se réjouir du lancement de l’Union Pour la Méditerranée ? Incontestablement oui ! Pour une raison au moins : arrive dans les pays arabes une nouvelle génération éduquée à l’occidentale, arrachée au crassier idéologique, respectueuse de l’islam mais peu fataliste, qui a l’ambition de percer dans le siècle, au même niveau que ses concurrents asiatiques ou occidentaux. On croise de plus en plus souvent cette nouvelle génération dans les nœuds de communication de la planète, et les rancoeurs suries de leurs parents les agacent. Avec eux, se feront de grandes choses jusqu’à un jour peut-être fédérer la Nation arabe, au plan économique déjà ! Le développement du Croissant Vert reste le meilleur antidote au fondamentalisme musulman qui est quand même le danger identifié le plus sérieux pour l’Europe, tant du moins que le furoncle israélo-palestinien n’aura pas été résorbé. Les progrès spectaculaires des émirats du Golfe persique en font chaque jour la démonstration.

moubarak juniorQue pèsera la France dans cette partie diplomatique ? Autant que le poids de ses contributions financières, c’est-à-dire finalement peu, au-delà des exposés grandioses que nous avons l’habitude d’asséner à ceux que nous déclarons nos amis. Les autres débranchent l’oreillette.
L’Italie n’étant pas au mieux de sa forme, il est à parier que le projet passera dans les mains de l’Allemagne et de la Turquie si ces deux pays très liés depuis Guillaume II, « l’ami des 300 millions de musulmans (discours de Damas,1898) », y trouvent eux un avantage économique.

Jusqu’à aujourd’hui le Processus de Barcelone de 1995 est resté lettre morte malgré l’ouverture de lignes de crédits de la BERD de Londres parce qu’au lieu de développement économique, l’Europe a priorisé la question migratoire qui l’obsède, mais aussi parce qu’il fut accaparé par Israël pour stigmatiser le combat asymétrique du Hamas et du Hezbollah dans le cadre du chapitre « contre-terrorisme ». Aucun chef d’Etat arabe n’est venu fêter son dixième anniversaire il y a 3 ans. Aucun bilan ne fut tiré à cette occasion pour ne vexer personne ! Le cadavre est froid.
La prévention actuelle de certains chefs de la rive Sud à l’endroit de l’UPM est fondée sur cette même crainte qu’Israël n’instrumentalise la question du terrorisme sans compenser un éventuel compromis israélo-arabe par une libération réelle et définitive des territoires occupés et le règlement que la question des réfugiés palestiniens.

TzipiL’UPM pourrait ainsi achopper sur les mêmes blocages que ceux du Processus de Barcelone, sauf à vouloir intégrer les Etats-Unis dans l’affaire, les seuls capables de faire (un peu) plier l’état hébreu. S’ils y entrent, à leur tour les Russes forceront la porte, amenant par réaction, les pays du Caucase qui redoutent tout confinement au contact du géant russe. L’UPM se diluera alors dans une sorte de machin à conférences pour écologistes, géographes, doyens d’université et stratèges en laboratoire d’idées. M. Sarkozy n’est aucun de ceux-là. Mais Nicolas Hulot, José Bové, Jacques Chirac, Pascal Husting (Greenpeace), Hubert Reeves ou … Al Gore, si !
Beaucoup de bruit pour rien qui n’ait été déjà vu.

Notes :
Un bon dossier UPM est accessible à la Documentation Française sur Internet :
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/europe-mediterranee/index.shtml
PECO : Pays d’Europe centrale et orientale, désignation des pays libérés du bloc soviétique en 1989 avant qu’ils n’entrent dans l’OTAN et l’Union européenne. Ils coopéraient auparavant dans un marché commun communiste appelé le COMECON.
BERD : Banque européenne pour la Reconstruction & le Développement


(article paru dans le n°2753 de l'Action Française 2000 du 17/7/08)


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samedi 24 mai 2008

UPM, le songe creux

« L'Union européenne a fait le choix de se rapprocher de la Méditerranée. Le processus de Barcelone, qui, depuis son lancement en 1995, rapproche tous les États membres de l'Union européenne des treize États partenaires du Sud dans une coopération multilatérale, et la politique européenne de voisinage, qui renforce la coopération bilatérale avec ces pays depuis 2002, marquent notre effort pour la paix, la prospérité et le dialogue dans la région. » (Benita Ferrero-Waldner au Figaro - source)

BenitaOutre la nouvelle tectonique des plaques, l'article est intéressant pour ce qu'il dévoile de billevesées livrées par l'apparatchik ahuri ci-contre. Le Processus de Barcelone dit Euromed, n'a jamais été enclenché après les caisses de champagne d'usage et dix milliards d'euros de programmes ! L'accord UPM actuel passé à l'intérieur de l'Union sous la férule allemande ne vise qu'à le relancer ; mais s'il ne recueille pas plus de crédits utiles que la version originale, l'UPM en restera là. Ce qui arrange peut-être Berlin qui a d'autres priorités à son orient comme disent les Frères.

« Berceau des trois religions monothéistes, creuset de civilisations et de cultures, de migrations et d'échanges, la Méditerranée a une histoire indissociable de celle de l'Europe. Le bassin méditerranéen est la charnière du Nord et du Sud, de l'Orient et de l'Occident (BFW, ibid.) ». La porte était grande ouverte, inutile de l'enfoncer. Et quelle idée de déterrer les racines chrétiennes de l'Europe alors que c'est le combat rétrograde du Vatican !
Dans le pâté UPM, l'alouette c'est la religion primitive, le judaïsme. Le surfait est l'islam qui n'est pas une vraie religion mais un livre de recettes d'asservissement diverses et variées - lire le coran est s'en convaincre.
Pour combien compte Israël en Méditerranée ? Certainement plus sur la rive nord qui est terre de diaspora et d'incinération, que sur la rive sud qui est terre biblique et de pogroms. Ceci pour dire que les dirigeants des Douze Sudistes de la farce de Barcelone (je mets la Turquie à part puisque c'est l'alien historique) n'attendent individuellement pas autre chose que des subsides européens, pour continuer comme avant la confiscation des fruits de leurs productions et celle des rentes nationales, en régulant les à-coups de leur développement par l'émigration des surplus.

Contrairement aux Nordistes qui, mis à part l'abcès ouvert chypriote, s'entendent plutôt bien, les Sudistes sont à couteaux tirés depuis leur indépendance réciproque. Il ne manque aucun maillon à la chaîne des clashes (ceux-ci en italique) :

Liban-Hezbollah-Syrie-Golan-Israël-Gaza-Egypte-guerre de 1977-Libye-fondamentalisme-Tunisie-GSPC-Algérie-Polisario-Maroc.

Ils sont tous en guerre larvée et chacun dispose de ses propres disputes en dehors de la chaîne riveraine. Nous n'avons bien sûr pas compté les pays caucasiens qui sont invités de plein droit, tous en guerre ouverte entre eux ! Ordre de Washington ? Que va faire Moscou ?

Merkel et SarkozyAussi, pour le grand raout de lancement du 13 juillet prochain à Paris, on voit déjà les défections s'opérer au motif que "si lui vient, moi je ne peux venir, etc". Même le Maroc est très réticent car il veut adhérer à terme à l'UE et craint sa relégation en Division II. La Turquie qui est le poids lourd d'aujourd'hui mais aussi l'ancienne puissance coloniale méditerranéenne, n'a donné aucune réponse à rien dans ce domaine pour des motifs proches de ceux du royaume chérifien. Elle ne se ressent pas comme un pays du Moyen Orient où elle n'a aucun intérêt stratégique ou commercial. Les nouvelles de Salonique, Sarajevo, Bucarest ou de Sofia l'intéressent plus que celles provenant de Damas ou Bagdad. Elle ne fait pas partie de la "basse-cour arabe" et le laisse savoir. Demandez-lui de se repentir pour la mise en coupe réglée du Maghreb et du Proche Orient, juste pour voir !

Les défis "communs" identifiés par Bruxelles sont malgré tout nombreux : « la sécurité, la protection de l'environnement, la pérennité des approvisionnements énergétiques, la lutte contre la criminalité organisée, la maîtrise des flux migratoires et le dialogue interculturel. Au-delà de cette coopération avec nos voisins méditerranéens, c'est la compréhension de l'autre et de ses intérêts, le respect mais aussi la confiance mutuelle qu'il faut renforcer (BFW, ibid.) ».
Qui se voit discuter de ces défis et de confiance mutuelle avec MM. Bouteflika, Kadhafi ou Al-Assad ? Discuter de terrorisme avec Olmert qui craint plus que tout les freins internationaux à la lutte anti-Hamas ? L'utopie UPM est stupide, et si le Processus de Barcelone n'a pas démarré malgré les louanges de circonstance de la Commission, c'est qu'il n'était pas workable.

Une nouvelle génération doit prendre le pouvoir chez les Sudistes, pour réorganiser l'Etat et libérer les énergies de la Rue arabe, avant que nous ne collaborions à un développement harmonieux du bassin méditerranéen. Et sans que les pays non-riverains n'interviennent, à peine de remonter une troisième tour de Babel, à nouveau de briques crues.

carte UPM
Fernand Braudel, cité par le commissaire européen Ferrero, disait déjà que « la Méditerranée est un carrefour, non pas une civilisation, mais plusieurs civilisations superposées. Tout conflue vers cette mer, bouleversant et enrichissant son histoire ». Sommes-nous si pressés de voir une civilisation orientale tout bouleverser et se superposer ici à la nôtre ?

Collaborons en bilatéral à notre avantage comme l'ont fait l'Italie et la Libye sans attendre quiconque, sur le projet d'autoroute Ras Jedir - Sallum, maillon central de la future Tunis-Alexandrie, et ne construisons pas un machin de plus à la gloire éphémère d'un président continental éphémère qui n'y peut rien comprendre parce qu'il ne ressent rien passé le pont de Neuilly.

Plus sur le site France Diplomatie du Quai d'Orsay.


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