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mardi 26 mars 2024

Catherine de Galles à la peine

#2252 - Sans doute le dessin le plus émouvant qui nous ait été offert gracieusement par Amy Duarte, nous montrant la princesse Catherine de Galles enlaçant ses enfants, tous de dos, repliés sur leur intimité familiale, plombée d'une tonne de soucis.

dessin d'Amy Duarte avec Kate et ses enfants de dos
Nous sommes au lendemain de sa déclaration de cancer annonçant qu'elle a commencé une chimiothérapie préventive consécutive aux examens de suivi de son opération abdominale dont on ne sait rien ou presque, sinon qu'elle exige une très longue convalescence. Crohn es-tu là ? Un peu comme le chat de Schrödinger, oui et non, les indices forment un faisceau de présomptions dans ce sens - nous ne les raconterons pas - mais d'autres cibles seraient privilégiées par des oncologues, dont le pancréas.

Si sur le banc de la déclaration elle est apparue très fatiguée, le dessin d'Amy Duarte* de dos ajoute un certain pathos à la situation, comme si nous l'apercevions prête à partir.
Princesse exemplaire venue de la roture anglaise, Catherine Middleton a apporté une fraîcheur populaire à la Firme et des qualités qui avaient pu manquer dans le passé à cette famille à problèmes, à commencer par la persévérance dans le choix de son exceptionnel destin, sa conduite irréprochable en digne "épouse de César", son accessibilité, son implication de mère. Tout le contraire de celle de son mari, dont les frasques et soupirs tirent encore des larmes aux mémés à chat de la presse people.

Les Royaux, qu'ils soient de naissance ou par choix, sont des êtres humains génétiquement semblables aux gens du commun, avec cette mission très difficile de porter au grand jour les heurs et malheurs de leurs compatriotes, même les plus intimes. Ainsi doivent-ils donner l'exemple en toute chose mais laisser affleurer aussi les imperfections de l'espèce afin que leurs sujets se corrigent, et dans les cas qui nous occupent, tant pour le roi Charles que pour la princesse Catherine, signaler explicitement au peuple de se faire dépister.

Catherine de Galles est la future reine dont le Royaume-Uni a besoin, digne héritière d'Elisabeth II qui, à sa façon, lui a passé le relais. Elle aura le temps de voir ses magnifiques cheveux repousser.
Que nos pensées affectueuses la portent dans l'épreuve, jusqu'à la victoire ! Sincèrement.

* La dessinatrice californienne est née sourde et muette en Indonésie et a commencé sa carrière aux studios Walt Disney dans le storyboarding. Plus jeune, elle était fondue de polo, et elle parle aujourd'hui normalement. Le site d'Amy Duarte est amyduarte.com.

jeudi 16 novembre 2023

De la trudoïsation du leadership

Le limogeage de Suella Braverman, authentique ministre de droite du cabinet Sunak, et la lecture d'un article de Jeremy Stubbs publié ce matin dans Causeur (clic) m'ont conduit à mesurer les progrès du sans-couillisme dans nos démocraties vénérées. Il est patent.

Suella Braverman, l'homme à poigne du cabinet Sunak

Dans sa réaction donnée à la presse dès le lendemain de sa disgrâce, Suella Braverman taille un costard au premier ministre de sa majesté l'accusant de trahir le programme qui les a fait élire sur un ton inhabituel dans le cercle étonisé du pouvoir britannique. C'est à lire ici (clic droit sous Chrome en français). En résumé, mollesse dans la régulation de l'immigration, mollesse agravée dans la lutte contre l'immigration forcée ou illégale (Stop the boats !), molesse dans l'application du protocole irlandais, molesse dans l'expulsion des foutaises de genre du milieu scolaire, etc... Elle avait aussi demandé de rompre avec la Cour européenne des droits de l'homme qui bride la liberté de gouverner son espace au mieux des intérêts du royaume. Bref, elle était tout simplement de droite, et lui succède au Home Department James Cleverly, un besogneux ayant préféré l'escalier social à l'ascenseur, qui a fait carrière dans l'armée de réserve. Il est lt-colonel d'état-major à la 1st (UK) Division depuis huit ans. Rishi Sunak cherchait un ministre de l'Intérieur instruit et obéissant, il l'a !

Ces reproches sont du même accabit que ceux qu'on pourrait faire aux deux autres yuppies aux manettes que sont Emmanuel Macron et Justin Trudeau. Celui qui proclamait lors de son élection que le Canada était de retour sur la scène internationale, en digne fils de son père, n'a jusqu'ici impressionné personne. Que pouvait-on attendre d'un étudiant prolongé en sciences éducatives de McGill ? Est-ce la faute au Canada itself ? Sorti de l'arctique, le pays immense et sous-peuplé ne pèse pas grand chose en géopolitique, au moment surtout où le monde libre affronte des casques à boulons comme Poutine, Netanyahou, Erdogan ou Kim Il-jun (et sa sœur).

Mais le nôtre est-il mieux ? Que retiendra-t-on de ses deux mandats ? Dix ans, sinon rien. Macron a (mal) géré les défis sans les affronter vraiment, même sous un second mandat débarrassé d'une réélection. Ne parlons pas de la polka avec Poutine avant l'invasion de l'Ukraine (personne n'a toujours rien compris sauf peut-être que la doxa nucléaire interdisait de penser qu'un psychopathe pouvait accéder au bouton rouge), mais parlons plutôt de la position en ajustement quotidien sur l'opération d'éradication du Hamas par Israël. Frémissant d'horreur, il convoque une coalition anti-terroriste copiée sur celle anti-daesh, laisse passer les bombardements en tapis de l'armée de l'air israélienne sur Gaza-nord, puis se réveille pour un cessez-le-feu quand les combats ont cerné les hôpitaux mais au sol, donc moins meurtriers, et croit pouvoir longtemps ménager la chèvre et le chou en même temps, sans paraître à la marche contre l'antisémitisme quand on lui demandait seulement d'y venir un quart d'heure au début. Quant à la "coalition" anti-Hamas, personne strictement personne ne lui a répondu.

Comme le Canada de Justin Trudeau hélas, la France d'Emmanuel Macron n'est pas écoutée sur la scène internationale même quand il lui arrive de concrétiser de bonnes intentions. Aider l'Arménie à montrer les dents au satrape azéri et au sultan de la Porte n'a suscité aucun rallye derrière nous bien que ce pays chrétien enclavé mérite qu'on le protège des appétits voisins.
Pour boucler sur l'entame de ce billet d'humeur, que va-t-il se passer dans la navette de la loi d'immigration entre les deux chambres du parlement ? Le projet du gouvernement a été durci au Sénat par des mesures de bon sens. C'est dans ce domaine (le bon sens) qu'on attend la chambre haute. Nul doute que la majorité relative présidentielle à l'Assemblée nationale épurera le durcissement des dispositions pour aller vers le fameux consensus mou qui est la marque de fabrique de la Vème République depuis le second mandat de Chirac. Déjà les oppositions automatiques tant élues que professionnelles fourbissent leurs arguments contre la "cruauté" du texte. Le marais parlementaire fléchira et la énième loi de régulation de l'immigration sera archivée sur l'étagère ad hoc après que Dalloz ait amendé ses codes.

Le sentiment général, avec plus de cinquante pour cent d'abstention aux élections, est que le pays n'est pas gouverné tant à l'intérieur que sur ses marches. C'est pour nous le régime même qui est en cause. La classe politique est obsédée par sa carrière politique et jauge toute décision à l'aune du résultat électoral attendu. Ils sont déjà en campagne pour la présidentielle de 2027. Au niveau national, la démocratie est un venin. Nous l'avons souvent développé sur ce modeste blogue. Comme on dit au champ de tir, au résultat : nos armées sont sous-équipées ; nos finances publiques en grave déficit partout ; notre dette souveraine versée sur la tête de nos enfants est criminelle pour un pays disposant de tels atouts et en temps de paix en plus ; notre système éducatif public est à fuir tant notre place dans les classements mondiaux est basse ; notre société est de plus en plus communautarisée donc fragmentée, donc dividée en camps qui s'observent avec mépris ; et pour finir, nos outremers qui sont un héritage du prestige d'antan, ne sont pas défendus.
Il faut arracher l'essentiel de notre Etat au carnage démocratique tout en laissant prospérer le débat aux étages subalternes dans une monarchie fédérative, décentralisée, ayant pour principe de gouvernement le bons sens et la nature. Il existe des manières douces, non brutales, de convertir pas à pas un régime déficient, mais le pays gaulois ne croit qu'aux grands éclats, c'est notre malédiction hélas, trois fois hélas.

samedi 6 mai 2023

Charles III, un bon vieux roi

Charles III en uniforme
La presse audiovisuelle française se pourlèche les babines, l'Audimat crève le plafond et la seconde de publicité est bien plus chère. La presse écrite ne sait pas trop - qui lit encore le journal chez les masses laborieuses et démocratiques ? - et elle s'est engagée dans le tunnel traditionnel du roi-potiche sans pouvoir politique ; comme ça, nul ne sera ici dépaysé. Mais c'est tout le contraire ! Même si le roi d'Angleterre n'entre pas dans la dispute politicienne - il y a autant de tocards en face qu'en France - il a une fonction d'envergure par bien des aspects, à commencer par le captage de la position suprême qui évite au pays d'avoir un condottiere demi-habile et roué, en capacité électorale d'y atteindre et péter plus haut que son cul, en se prenant pour le roi du monde. Chez nous, les exemples abondent sans qu'il soit nécessaire d'en remettre ! Nous en subissons actuellement les effets. Des autres pouvoirs du roi anglais (armées, église anglicane, ouverture du parlement...) il faut retenir celui d'obliger le premier ministre élu par les Communes, à venir chaque semaine entendre ses conseils, son acquiescement, ses remontrances. Et rien de tel pour remettre les esprits à leur juste place.

Nous, Français, sommes liés par le droit écrit et normalement rien ne se passe qui ne soit prévu et imprimé. A l'inverse, nos voisins britanniques fondent leur vie politique sur la Pratique, se contentant d'un cadre constitutionnel général qu'il n'est pas nécessaire d'amender chaque fois que les oies cendrées changent d'itinéraire. C'est sur la Pratique que se fonde la construction monarchique anglaise et c'est pour cela que nous ne la comprenons pas. Et curieusement encore moins dans le microcosme royaliste français où chacun cherche dans les grimoires où est le béton de ses convictions. Le Bill of Rights date de 1689 et le système de Westminster qui l'explicite fut rédigé par le constitutionnaliste Walter Bagehot en 1876. Si l'on fit des concessions au temps qui passe en 1701 et en 1911, le principe a traversé les âges et finalement le concept n'a pas pris une ride. Mais pour nous, cartésiens, les textes ne donnant aucun pouvoir politique au souverain anglais ou si peu, nous décrétons qu'il n'en a pas, n'imaginant pas une seconde que l'on puisse en pratique supplémenter un texte en se fondant simplement sur la Coutume. Cette pratique de la coutume peut tout aussi bien laisser une certaine liberté au roi Charles de dire son fait à l'opinion dans les cas graves, en quittant le mutisme (entêté parfois) de sa mère. Dira, dira pas ? On verra.

Par ailleurs, si la pérennité du modèle britannique est assurée en grande partie par sa monarchie, l'impermanence du monde n'est pas stoppée pour autant. Avec moins de gants que n'en prenaient les petits Etats de la couronne avec Elisabeth II, des majorités nouvelles y recherchent leur propre souveraineté en créant des républiques.
Depuis que l'Inde et l'Australie n'en attendent plus rien, le Commonwealth est réduit à un club de fumeurs de cigares, le moteur anglais ayant fini par caler ! Le Brexit a montré qu'il n'y avait aucun substitut à la communauté européenne sur cet espace mondial, qui réponde aux attentes du Royaume-uni tel qu'il devient après ce divorce. La City conserve certes ses positions, mais le reste semble à vau l'eau.

Plus embêtant est l'augmentation du son, côté "woke". Deux campagnes sont lancées pour que le nouveau roi accepte publiquement de compenser des siècles d'esclavage d'une façon ou d'une autre, mais on parle aussi de pénalités financières jusque sur les avoirs de la famille royale. La seconde campagne couvre toute la colonisation anglaise dont il est demandé au roi de se repentir avec plus de solemnité que par les regrets exprimés ci et là lors de voyages officiels. Des organes de presse comme The Guardian sont sur la brèche depuis un mois pour que leur "cause" avance. Ce sont les réactions du roi sur ces sujets précis qui marqueront son règne, plus que son inclination évidente pour l'écologie du quotidien qui lui a fait faire des choses exemplaires avant tous les autres.

Quoi qu'il en soit, les peuples du Royaume-uni célèbrent le couronnement de leur roi dans la joie. La monarchie est aussi une fête, des cartes commémoratives, des mugs, des t'shirts, de la vaisselle au chiffre, des bougies et le souvenir impérissable des défilés, les chevaux de la Garde, le carrosse et tout le diable-qui-rit son train.


logo officiel du couronnement - style bleu




Royal-Artillerie a publié plusieurs billets sur la monarchie anglaise dans l'intention de faire comprendre le réglage fin de ces institutions exotiques. Les voici :
- Changing The Guard
- Rule Britannia...
- Le Jubilé du siècle
- Longue vie au roi !

mardi 20 septembre 2022

Longue vie au roi !

cercueil d'Elizabeth II porté à l'épaule

La succession huilée d'Elizabeth II à Charles III n'étonne personne ; c'est juste une question d'instant. Ce transfert illustre la supériorité de la monarchie héréditaire sur toute autre forme de gouvernement des hommes. Un de nos présidents, plus ou moins démocratiquement élu, eut-il succombé à l'âge ou à la maladie, voire même à l'attentat personnel, qu'aurait été déclarée dans l'heure la guerre de succession. Et les millions d'euros d'accourir de partout pour monter dans le train du futur vainqueur. Ici les choses se passent dans les règles, sans tonitruance, le roi depuis le premier matin a rencontré son premier ministre et enclenché l'exercice de ses droits constitutionnels sans tapage, en pleine dignité. Dans un billet resté fameux, Royal-Artillerie avait dépeint la monarchie anglaise dans les fonctions du titulaire de la charge de roi. Le voici actualisé et dépouillé des contingences polémiques d'alors (source).

British coat of arms
Le souverain anglais occupe trois fonctions. Il est le chef de l'Etat britannique et à ce titre préside les dominions du Commonwealth ; il est le chef de la nation anglaise ; il est le gouverneur de l'église anglicane.

Le souverain chef d'Etat assume une fonction constitutionnelle en légitimant la politique générale du gouvernement choisi par les Communes. C'est le discours du Trône qui ouvre les sessions parlementaires convoquées par le roi.
Le souverain assume aussi une fonction de représentation. S'il visite assez fréquemment les pays étrangers où il dispense des conseils de bonne gouvernance, le chef d'Etat reçoit les missions diplomatiques, les lettres de créances des ambassadeurs, et les délégations étrangères dans son palais. On peut comprendre qu'on n'y parle pas que de gastronomie. Surtout en Angleterre.

La fonction de chef d'Etat la plus discrète n'est pas la moins importante. Il reçoit chaque semaine le premier ministre en tête-à-tête politique pour échanger leurs idées ; le souverain y exerce ses droits : "the right to be consulted, the right to encourage, the right to warn". Plus de mille projets de loi ont été modifiés sous le règne précédent en exerçant le Queen's consent. Cet "exécutif informel" est complètement illisible par les Français qui manquent d'accoutumance au débat d'idées qu'ils transforment en rixe verbale. On peut déjà dire que la fonction de chef d'Etat britannique n'est pas neutre, qu'elle est même l'archétype du soft power.

La seconde charge assumée, chef de la Nation, est de loin la plus importante. Comme elle ne s'inscrit pas dans les minutes d'une constitution sauf pour la justice haute où il est considéré comme la "source primaire" du Droit, nous ne la voyons pas. Le souverain est le point de convergence de l'identité nationale. Quel que soit le document de nationalité que vous ayez en poche, votre acceptation à Buckingham ou votre bannissement donne ou retire votre "anglicité". Le souverain incarne aussi par l'unité de sa personne, l'unité de la Nation, et justement parce qu'il est délivré du gouvernement quotidien du pays, il surmonte les divisions politiques et les fractures sociales. Ainsi ont-ils pu s'offrir Boris Johnson sans casser le ressort national quand nous avons dû nous fader un Sarkozy (sinon c'était un DSK!) ou maintenant un Macron investissant sans vergogne tous les compartiments sociaux et personnels, ceux qui laissent en sortant la maison dans un état pire qu'ils ne l'avaient trouvée en entrant.

Par sa propre attitude le roi incarne enfin la fierté britannique. Selon son tempérament, il ajoute au sentiment de continuité de l'Etat la diffusion d'une considération certaine pour le service public qui agit en son nom, On His Majesty's Service, et pour les forces armées dont il reste le chef.
C'est enfin le souverain qui distribue honneurs et récompenses civiles et militaires. L'effet est sans doute plus fort d'être distingué par le chef pérenne de la Nation que par un politicien de rencontre sous le regard mort d'une mariane en plâtre !

Le système de gouvernement monarchique tire sa force de ce qu'il sépare les devoirs officiels du chef d'Etat de la vie tumultueuse des partis politiques. La stabilité institutionnelle est assurée par la pérennité incarnée dans son roi qui préside au carrousel des cabinets démocratiques.

Le journaliste Bagehot écrivait au XIXè siècle : « The nation is divided into parties, but the crown is of no party. Its apparent separation from business is that which removes it both from enmities and from desecration, which preserves its mystery, which enables it to combine the affection of conflicting parties ». Les deux étages sont bien distincts et cette séparation permet au peuple de se tromper en élisant un bouffon qui n'aura jamais la haute main sur l'essence même de la nation. La Grande Bretagne vit au milieu d'un foisonnement de libertés civiles gérées démocratiquement. Ce sont ces libertés que notre République, obsédée par sa survie, ne peut pas produire. Tout le contraire, elle les restreint partout au bénéfice de la pensée unique et de l'égalitarisme.

S'ajoutent aux fonctions officielles de la couronne, des charges de bienfaisance qui sont universellement appréciées. Toute la famille royale est mise à contribution dans ce domaine. Observant le rôle de la famille royale, Bagehot avait bien perçu l'intérêt de la pipolisation en disant : « A family on the throne is an interesting idea also. It brings down the pride of sovereignty to the level of petty life ».
Charkes III à son nouveau bureau

Pour enfoncer le clou, nous rappellerons que le budget public de la maison de Windsor est bien moins onéreux que celui de la présidence française puisque c'est moitié prix pour le contribuable, sans compter en plus l'orgie financière des campagnes quinquennales chez nous. Ils ont désormais un roi investi de longue date dans les défis de ce siècle, écologie, climat, nature. Il sera facile de le croire demain puisqu'il a montré déjà son engagement assidu sur plusieurs années dans ces domaines. Ce ne seront pas des thèmes de campagne électorale comme ici.
Vive le roi !

lundi 19 septembre 2022

La valeur affective dans les monarchies modernes

Westminster Hall QE2 catafalque

La longueur de la file d'attente pour Westminster Hall qui atteignit par moment vingt-trois heures est une réponse définitive aux critiques déplacées des esprits forts sur la monarchie, régime obsolète, dispendieux et immoral eu égard à l'égalité des hommes entre eux. Sauf que le peuple britannique n'a pas versé dans le fossé des revendications et communie dans la peine à la mort de sa reine sans se poser aucune autre question. Est-il zoulou pour autant ?

L'affect populaire est un des paramètres essentiels pour maintenir un régime monarchique et les maisons régnantes le savent bien. La semaine funéraire anglaise est millimétrée au bénéfice de l'aura de la famille royale, et l'importance jamais vue d'une telle foule lui donne raison.

Moins calculé, moins encadré, moins contraint est l'hommage rendu par les Hongkongais à "leur" reine devant le consulat général britannique à Admiralty, à telle enseigne que le proconsul chinois a actionné les autorités locales pour que les médiats cessent de rapporter des images de ce deuil et faire le lit de commentaires inconvenants dans leurs publications. Les "affligés", comme on dit en Cévennes, marquent par leurs bouquets et par leurs condoléances portées au Registre la nostalgie d'un âge devenu d'or, l'âge de la complète liberté. Au moment où montent les dictatures aussi sophistiquées qu'impitoyables, le souvenir des libertés publiques et individuelles arrache des larmes.

UK general consulate Hong Kong

Longue vie au roi Charles III !

jeudi 2 juin 2022

Le jubilé du siècle

bouquet de felurs


Soixante-dix ans de règne qui, à nous Français, ne disent rien de plus que ce que nous racontent les photos sur papier glacé d'une reine exceptionnelle, qui aux yeux du monde entier n'a besoin d'autre titre pour la désigner que "La Reine". Et pourtant, il y a bien plus que les photos et la saga Windsor. Le réglage fin de la monarchie constitutionnelle anglaise, s'il gère la parade, permet une co-souveraineté politique entre le monarque héréditaire et le Parlement de Westminster. Ce réglage est défini par la coutume, ce que notre constitution française de droit écrit ne pourra jamais atteindre dans sa réduction cartésienne. Il y a quinze ans dans ce blogue, nous méditions sur la comparaison de nos textes fondateurs sous le titre de Suprématie de la coutuime. En voici la conclusion, après les cornemuses de circonstances, sans chichis et bon enfant :



C'était lundi passé (5 nov. 2007) le discours du Trône de S.M. Elisabeth II. Sa prestation devant les chambres réunies ne signifie pas autre chose que sa prééminence comme chef permanent de l'Exécutif, et la lecture d'un texte soigneusement préparé par le Premier ministre, la reconnaissance par le souverain de la volonté populaire exprimée par le suffrage universel. C'est une souveraineté croisée. A noter qu'outre-manche le futur premier ministre va au combat électoral comme chef de parti et qu'il n'y a pas de surprise ; le peuple désigne exactement le locataire du 10 Downing Street. Mais le chef de l'Exécutif, au nom de qui sont publiées les lois après "Royal Assent", est aussi commandant en chef des forces armées, et gouverneur suprême de l'Eglise d'Angleterre qui n'est pas séparée de l'Etat (nota : l'islam ne sera jamais à parité chez eux). Son rôle est strictement d'influence, laquelle tient toute dans la personnalité du souverain en charge au moment.
Reine Elisabeth II
Au plan international cette influence est grande surtout à travers le système de dominions dans le Commonwealth. Et l'on sait bien que le prestige de la durée est insurpassable pour un monarque de caractère. Surtout si la comparaison vient de chez nous ... Peut-être ce face-à-face permanent entre le monarque et la nation n'est-il pas adaptable en France ? L'orgueil citoyen a trop longtemps était mis en culture ici qu'on puisse aujourd'hui le réduire. La nation n'est en face que d'elle-même et il n'y a personne pour lui répondre, sauf une laitière en plâtre dans la salle des mariages de la mairie ! Le face-à-face anglais a franchi les siècles et reconnaissons que leur monarchie a su évoluer sans autre accroc que la révolte de Cromwell (1649) qui régna dix ans sur des principes despotiques proches de nos empires, cent cinquante ans avant nous. Ils eurent le temps de se vacciner contre les miracles alors que nous continuons à courir toujours comme des canards sans tête derrière l'homme providentiel. Le plus surprenant reste quand même la pérennisation du régime féodal foncier à travers cette monarchie constitutionnelle, et dans un autre domaine, l'inventivité économique d'un pays traditionnel à coeur mais résolument moderne dans ses orientations sociales. Comme quoi, ils sont assez doués les Rosbifs. Entre-temps nous avons expliqué au monde la marche à suivre. Après avoir "inventé" les Lumières, nous avons essayé deux empires, deux moutures de monarchie, cinq républiques, et nous ne rions même pas d'aborder aujourd'hui aux rivages de la sixième, tout en continuant à expliquer au monde la marche à suivre ! En fait la Pratique, nous n'y connaissons rien ! Nous sommes des rédacteurs impénitents, cramponnés à notre Torah déroulée par les clercs : une nation de boutiquiers gouvernée par des notaires.
Et si nous essayions la monarchie constitutionnelle au lieu d'une 6ème République ? Avec une charte de seulement 2 pages (écrit gros), sans préambule triomphant ni codicille castrateur.


coquelicot

Que Dieu garde la Reine !

lundi 6 décembre 2021

En revenant de la vigie

Nie-de-pie de navire
Le spectacle du monde est confondant de bêtise. "Salut à Toi, Tu as gagné" chanterait Jacques Brel. Aussi loin que porte le regard et pour peu qu'on comprenne quelles cartes vont se retourner sur la table, on est saisi par la puérilité de certains dirigeants de l'espèce humaine qui me semblent plus cons quand leur pays est plus grand. A tout honneur, le Grand Xi Mao II, ou comment un parti communiste peut susciter des génies à partir d'un certificat d'études. On lui sait deux maîtres qu'il doit surpasser, Mao Zedong et Deng Xiaoping, sans imaginer que l'objectif une fois atteint - c'est fait puisqu'il est entré dans la Constitution de la République populaire de Chine - il va s'appliquer à égaler son modèle ultime qui est Khian-loung (Qianlong), empereur des Grands Tsings qui régna au XVIIIè siècle de notre ère au firmament de tous les empires du Milieu, le Louis XIV chinois. Sa biographie (en anglais) est édifiante (clic). La mission de Xi Jinping, son obsession est d'achever la marche au limes de l'empire disparu et d'agréger Taïwan, les Pescadores et les Diaoyu à la Chine éternelle revenue à la première place du monde. Pour l'instant, les escadrilles chinoises pénètrent quasi-quotidiennement l'espace aérien de la République de Chine (Taïwan) afin de provoquer l'accident qui justifiera aux yeux du peuple Han le sacrifice de ses "boys" qu'il faudra bien lancer à l'assaut des plages minées de l'île rebelle pour laver l'affront. A supposer qu'ils y réussissent, le premier ambassadeur convoqué ensuite par Xi Jinping, bouffi d'orgueil comme jamais, sera celui de la Fédération de Russie à qui sera posée une seule question : combien vous faut-il de temps pour évacuer la rive droite de l'Amour ?

Justement, la Russie. Son comportement menaçant en frontière de l'Ukraine a donné lieu à plein d'analyses quant aux motifs de ce priapisme poutinien. Les moins informés évoquent la crainte de Moscou de voir l'OTAN avaler le pays, alors que la déstabilisation du Donbass par les Russes n'est intervenue qu'après la révolution de couleur dont l'intention était de s'associer à l'Union européenne, d'OTAN il n'était pas question. Et c'est pourtant la revendication explicite du Kremlin présentée au Département d'Etat. Or l'OTAN n'en veut pas. Cette revendication qui résonne comme une scie, cache un motif bien plus solidement ancré dans l'esprit des dirigeants russes qui est celui du refus de l'indépendance ukrainienne, tout simplement. Le but est de réintégrer la République ukrainienne encore "séparée" dans le giron de la Fédération de Russie avec la Crimée et les républiques-croupions de Donetsk et Lougansk. A cet effet la propagande interne russe en fait des tonnes sur l'humiliation des petits frères gouvernés par un président juif financé par le Juif Soros et qui n'attendent que leur libération ! Et ça marche. L'opinion russe est maintenant persuadée que l'invasion de l'Ukraine sera facile et brève puisque la population se lèvera comme un seul homme contre la clique de Kiev et soutiendra les libérateurs. Le seul problème est que les Etats-Unis et les alliés orientaux de l'OTAN sont au courant. D'où la mise en garde de Jens Stoltenberg, promettant un prix très élevé de l'aventure. En clair, l'Occident s'est fait baiser en Crimée, pas deux fois !

Plus près de nous... les Brexteurs ! L'affaire qui était pliée dans l'esprit des séparatistes est en train de merder pour la simple raison que le 1O agrège les difficultés intérieures qu'il ne maîtrise pas aux inévitables ajustements extérieurs consécutifs à l'exécution du traité de divorce. Londres négocie à l'indienne - ceux des lecteurs qui ont vendu quelque chose à l'Inde me comprendront - en instrumentalisant son propre désordre et n'honorant jamais son accord plus longtemps que minuit comme Cendrillon dans son carrosse. C'est le syndrome des "améliorations" consécutives à la signature. La dernière race au monde juste après le crapaud disait-on dans les milieux d'affaires européens quand j'étais jeune, on voit très bien ce pauvre Boris Johnson juché sur le nénuphar, grimmé en clown ébouriffé ! Sauf qu'entretemps, les entrepreneurs de la Tech partent vers un environnement plus prévisible, administré par des adultes, à tel point qu'il devient difficile pour un informaticien un peu pointu de trouver un poste à son niveau en Angleterre aujourd'hui. Beaucoup de boîtes d'intermédiation, de cabinets d'affaires sont partis sans tambours ni trompettes, ne laissant sur place qu'une agence de liaison sinon rien. Bien des start-up ont cherché des couveuses ailleurs. Le projet d'un Singapour-sur-Tamise semble fragilisé ; il faut dire que le monde est grand et que le soleil brille partout. La dispute franco-anglaise de la pêche signale à nos partenaires européens la façon de négocier du gouvernement de Londres ; ils peuvent visualiser les difficultés qu'ils doivent attendre de toute négociation bilatérale qu'ils engageront avec lui. Sans parler même de la crise de Calais qui sert de repoussoir français en politique intérieure, le cabinet de Priti Patel acquiesçant à Paris ce qu'elle va refuser aux Communes.

Le quatrième point chaud pourrait devenir brûlant avant les autres. Le goupe des "Cinq plus Un" (les USA étant en congé) vient de suspendre à nouveau les négociations de dénucléarisation avec le nouveau gouvernement iranien à Genève, après une reprise de deux jours succédant à une énième rupture (source). Pourquoi ? Le nouveau cabinet du président Raïssi, ex-chef des juges issu des fondamentalistes de Qom, détricote les divers accords partiels obtenus du gouvernement précédent Rouhani au motif de réorientation et contestation des sanctions américaines non liées à l'atome, ce qui laisse comprendre que des mois passeront sinon plus, avant qu'un nouveau traité ne soit mis sur la table. Entretemps, et après avoir expulsé les inspecteurs de l'AIEA viennoise des sites nucléaires iraniens, le nouveau gouvernement est suspecté de pousser les feux de l'enrichissement d'uranium au grade militaire afin d'arriver au plus vite au seuil de l'ogive détonnante. Evidemment, tant le Conseil de coopération du Golfe que tous les services russes comme occidentaux anticipent une vitrification des usines atomiques par Israël avant que l'arme ne soit prête. Selon le camp et l'éloignement de la zone à risques, on parle en mois, moins souvent en années. Si la réflexion de Jacques Chirac* de 2007 était encore d'actualité il y a quatre mois, l'irruption de fondamentalistes hystériques à la manœuvre laisse craindre que la consommation par le régime d'un bon million d'Iraniens ne soit qu'un tribut à la gloire d'Allah, qui pourvoiera à leur vengeance. C'est une question à suivre sur les sites spécialisés en polémologie.

* Dans un point de presse le 29 janvier 2007 devant le Nouvel Observateur, le New York Times et l'International Herald Tribune, le président Chirac avait soutenu que la détention par l'Iran d'une bombe atomique était suryout stupide puisqu'elle n'aurait pas fait deux kilomètres dans les airs que la cité de Téhéran serait rasée.


Finissons sur un sourire : D'avoir obtenu 39% au second tour du congrès LR alors qu'il n'en espérait pas plus de 6 au premier, Eric Ciotti a pris le melon ! Oubliant que c'est la ligne Pécresse qui a gagné au jeu des petits chevaux républicains, le voila qui prépare un accord de fusion pour sauver son programme. Il n'a pas compris le protocole d'investiture du parti et je m'en étonne. D'autant plus qu'il annonce lancer un mini-mouvement à lui. Les vieux réflexes ont la peau dure !


[1988°]

vendredi 17 septembre 2021

AUKUS

SNA britannique
La Chine populaire n'a pas eu à attendre longtemps la réponse américaine aux insultes de sa presse officieuse (Global Times) sur la sortie compliquée d'Afghanistan, insultes rehaussées de celles peu diplomatiques du ministère chinois des affaires étrangères qui avait pourtant bien profité de la pax americana pour faire du business dans les mines afghanes. Elle prend en pleine gueule l'AUKUS !

Ce qui aurait pu être une coopération industrielle quasiment ordinaire entre deux Etats de l'Océan pacifique avec le renfort des compétences anglaises dans la navale en général, les moteurs atomiques Rolls Royce et spécialement la missilerie, a muté en un pacte de confinement dans ses eaux historiques d'un empire jamais nommé par Joe Biden, au motif limpide de la liberté de navigation pour un commerce pacifique dans une zone sûre. Couplé avec les exercices des quatre escadres du QUAD dans l'Océan indien (pour le contrôle du couloir de Malacca), le pacte Aukus, qui est bien plus large que la seule construction navale, interdira à M. Xi Jinping de manœuvrer à sa guise au-delà de la ligne insulaire japonaise puisqu'il devra concentrer ses forces sur la détection de sous-marins furtifs surarmés dans les mers de Chine méridionale et orientale. Evidemment, deux autres noms n'ont pas été prononcés que tout le monde a entendus : les Philippines et Taïwan, deux Etats "alliés" en fenêtre de l'océan, plus qu'agacés par l'agressivité chinoise en continu dans leurs eaux et dans leur espace aérien. Boris Johnson pour sa part a précisé aux Communes que le pacte n'était pas dirigé contre la Chine, suscitant des éternuements sur les bancs de la majorité. Mais l'investissement de la Grande Bretagne en Australie signifie aussi aux Européens un transport du barycentre stratégique anglais vers la zone indo-pacifique pour faire pièce à la Chine qui la nargue depuis Hong Kong.

Le plus spectaculaire des dispositions du pacte AUKUS est la nucléarisation de la propulsion des futurs sous-marins australiens afin d'éliminer les soutages et d'améliorer la furtivité. Comme l'a signalé le premier ministre Morrison, le changement de pied est la conséquence d'un rehaussement stratégique australien au vu de l'insécurité grandissante dans la zone indo-pacifique. Il ne dit pas que jusque là, l'Australie se limitait à défendre ses propres atterrages et les nations de l'ancien empire allemand du Pacifique. Mais la Chine populaire et ses sociétés minières sont intervenues dans sa zone d'intérêt, allant jusqu'à acheter le gouvernement des Salomon, en même temps qu'une agressivité sans bornes se déchaînait contre l'Australie à tous motifs dès qu'elle est mise en cause (5G, pandémie, drois humains...). La Chine n'a pas hésité à interrompre ses achats de vins, charbon, cuivre, blé, orge etc... menaçant in fine de faire de l'Australie son ennemie (sic) ! Cette hostilité hors de saison a conduit l'Australie à remonter sa présence au sein du QUAD sur la ligne d'attente des Ryūkyū et d'aligner la technologie de ses capacités navales sur celles de VIIè Flotte US. L'hystérie chinoise vient de renforcer le camp opposé. Et Global Times de promettre l'enfer "sans merci" (resic) à qui viendrait dans ses eaux.



Le contrat nucléaire de construction navale du pacte de défense termine abruptement le contrat français de cinquante-six milliards d'euros devenu obsolète, qui programmait la mise en chantier de douze sous-marins conventionnels "Attack" de Naval Group à Cherbourg pour mettre à la mer une flotte submersible en 2050. La menace n'attendra pas si longtemps, mais le hic est que le groupe français pouvait parfaitement livrer ces submersibles Attack en propulsion nucléaire puisque dérivés de la classe Barracuda. Le désappointement somme toute mesuré des ministères français de la Défense et des Affaires étrangères laisse comprendre qu'il va y avoir une forme de compensation de la part des Etats-Unis (cf. Blinken), sinon qu'ils s'en foutent, sans nous dire quand même que le contrat de mise en fabrication n'était toujours pas signé en bonne et due forme, même si une coopération industrielle était amorcée dans les bureaux d'études - cent vingt familles australiennes vivent à Cherbourg et des familles françaises à Adélaïde, qui vont faire leurs valises. Une certaine méfiance s'était même glissée entre les partenaires, qui avait nécessité la répétition d'assurances par la partie française en termes de délais, coûts et compensations industrielles.
Cette rupture de cap du gouvernement de Canberra est un manque à gagner pour nous, pas une perte sèche. Mais on dit qu'aucune mise en chantier n'est prévue aujourd'hui sur le site spécialisé cherbourgeois même si des négociations sont en cours avec l'Indonésie et les Philippines. Nonobstant, le carnet de commandes chez Naval Group n'est pas plat, mais c'est une autre question. Reste le défaut de renseignement côté français. Le contrat du siècle aurait dû être surveillé comme le lait sur le feu, pour apprendre que Scott Morrison nous trahissait dès le mois de mars à Washington. Le directeur général de la DGSE, Bernard Émié, est à saquer, si ce n'est déjà fait. On reviendra sur les motifs des uns et des autres.

Pressé par l'horloge (biologique), Joe Biden a donc rapidement basculé la zone d'effort des Etats-Unis depuis le grand Moyen-Orient vers le Pacifique. Les conséquences sur le sac de nœuds judéo-persico-arabiaque ne vont pas tarder à émerger, mais dans quel domaine serons-nous donc surpris est un mystère encore. Par contre, il a décidé, toujours sans la nommer, de s'occuper personnellement de la Chine populaire dont le personnel politique a eu des mots malheureux à son endroit. Les génies de Zhongnanhaï ont oublié ou jamais appris que le vieil acteur de western qu'était Donald Reagan avait crevé l'Union soviétique comme un ballon de foire en la gonflant par une course effrénée à la technologie ruineuse de la guerre des étoiles. Quel défi occidental d'ampleur l'Empire du Milieu va-t-il devoir affronter pour que ses dirigeants ne perdent pas la face ? Sera-ce dans le domaine des drones sous-marins pilotés par satellite, dans les microprocesseurs de nouvelle génération, dans la guerre cybernétique, dans les sciences quantiques appliquées, les boucliers anti-missiles étanches ou les croiseurs spatiaux ? Sinon tout cela à la fois ?
Si les dirigeants chinois étaient assez intelligents pour comprendre qu'il ne sert à rien de se proclamer la première puissance mondiale et le devenir lors de l'anniversaire de la République populaire au 1er octobre 2049, ils réduiraient la pression en chaudière et mettraient le chadburn sur "En-Avant-Lente". Ils collaboreraient avec leurs voisins de manière honnête, ils cesseraient le pillage industriel et technologique, ils lâcheraient la bride à Taïwan parce qu'ils n'ont jamais gouverné auparavant cette île que l'empire mandchou a perdue, mais surtout parce que le peuple taïwanais est fondamentalement hostile à l'anschluss communiste*. Et ils favoriseraient la liberté de créativité individuelle d'une race qui n'en manque pas. C'est faire seppuku, d'accord ! Mais le peuple extraordinaitre des Hans célestes le vaut bien !

(*) Les autorités taïwanaises, qui n'ont pas plus entendu que les autres le nom de Taïwan dans les trois discours présentant l'AUKUS (en vidéo), ont chaleureusement remercié Américains et Australiens qui, dans leur conseil annuel (AUSMIN) de ce vendredi, viennent de resserrer leurs liens avec elles (source).

vendredi 9 avril 2021

Le duc d'Edimbourg est mort

le prince Philip en grenadier de la Garde
Pour marquer cette journée, Royal-Artillerie a choisi une photo du prince-consort en tenue de grenadier de la Garde (dont il était colonel) cherchant à surprendre son épouse qui lui répond par un fou-rire. Philip Mountbatten a quitté ce monde dans sa centième année. Et ce monde en est triste parce qu'une page se tourne pour nous tous. Aristocrate jusqu'au bout des ongles, il endossa par amour une des fonctions les plus difficiles du Gotha, celle de prince-consort, indispensable soutien de la reine et toujours second. Il sut tenir son rang sans disparaître de la scène royale, son caractère trempé et volontaire, son allure avantageuse l'y aidant certainement. Après une guerre traversée sur les ponts de la Royal Navy dès l'âge de dix-huit ans, guerre qu'il finira lieutenant de vaisseau en baie de Tokyo pour la reddition japonaise, il fut de tous les instants occupé à gagner l'élue de son cœur. Sa notice Wikipedia est bien faite et nous vous y adressons en cliquant ici.

Il y a une trentaine d'année, le prince recevait Jean-Pierre Elkabbach au palais de Buckingham pour parler d'écologie, et plus précisément de la dégradation rapide de notre planète sur laquelle les espèces, dont la nôtre, étaient de plus en plus menacées. Il affirmait alors qu'il était presque trop tard pour réagir et que dans cinquante ans la situation serait intenable ; il nous reste vingt ans pour arriver au terme de la prédiction. On notera vers la fin de la conversation la distance qu'il maintient avec la reine, son épouse, devant le journaliste français. Voici l'entretien :


J'aurais une pensée spéciale ce soir pour la reine Elisabeth II à qui cette disparition signale la fin d'une époque au milieu d'immenses difficultés pour le pays et la maison royale tout autant. Même si le retour chez lui du prince Philip, hospitalisé pour une infection rebelle qui l'avait défiguré, anticipait une fin prochaine, chacun croisait les doigts pour qu'il partage une dernière fois son gâteau d'anniversaire avec ses petits-enfants surtout, lesquels lui avaient permis de rattraper un éloignement que ses propres enfants avaient subi, éloignement motivé par les missions officielles de toute nature. Qu'il repose en paix !

lundi 1 février 2021

Un Brexit gagnant est dans les tuyaux

Ça fait un mois que le Royaume-Uni de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord a largué le continent et les relevés géodésiques n'ont alerté d'aucun glissement des amers. La reine Elisabeth II va fêter ses soixante-neuf ans de règne le 6 février prochain, et le fringant duc d'Edimbourg passera le siècle le 10 juin. La descendance est assurée, la Firme donne le ton à la presse people. Des Anglais mieux informés que Stéphane Bern soupçonnent la reine d'être in petto une brexitrice refoulée. Rule, Britannia ! Britannia, rule the waves ! Quant aux spécialistes payés au mois, ils nous ont expliqué la rupture systémique en détails qui finalement se résument au déshuilage des procédures commerciales et à la quarantaine bancaire.

Elisabeth 2


A ceux qui ont pris le blogue en marche*, nous conseillons de consulter la mise en ligne du dossier par Matignon en cliquant ici ! Effectivement les Britanniques se plaignent des difficultés rencontrées en frontière de la Communauté européenne dans des procédures qui pour eux ressemblent à une punition, comme les certificats sanitaires, formulaires douaniers, listes de colisage modélisées, les factures commerciales internationales, lettre de voitures, connaissements et tout le diable son train. Choses inconnues d'eux jusqu'ici quand il était aussi facile d'aller de Manchester à Czerwionka-Leszczyny comme autrefois de Nantes à Montaigu.


Ils devraient s'en consoler pour une seule raison : contraints et forcés, les plus petits producteurs britanniques apprennent le métier d'opérateur international. Ils s'arment pour le commerce à la grande exportation. Dans trois ans, ils seront des concurrents redoutables urbi et orbi travaillant de conserve avec leurs transitaires anglais dans le monde entier, Europe continentale y comprise bien sûr. Nous les avons forcés à se former.

Entretemps Boris Johnson et ses successeurs accroîtront au maximum l'attractivité du royaume pour les talents créatifs, les entrepreneurs au grand large, les fous d'argent ! Ayant rompu avec les avares bataves, les chanoines rhénans et les communistes français, ils mettront au service des idées ce que l'Angleterre a toujours su faire mieux que les autres : la liberté dans l'imagination. Et certains ne s'y sont pas trompés comme le patron de Nissan UK qui, actant l'absence de droits et quotas, a célébré les futurs succès de son usine de Sunderland qu'il va convertir aux modèles de demain. S'ouvrant sur tout le Commonwealth sans demander les permissions réglementaires à Bruxelles et approvisionnant tous ses intrants européens sans contraintes démesurées, l'industrie britannique peut reprendre des couleurs dès lors qu'elle reste adossée aux usines allemandes et italiennes et qu'elle a toute liberté de navigation.

Un autre avantage de la séparation est de recouvrer l'agilité du gouvernement. La preuve en est faite, là, tout de suite, dans le management de la vaccination contre le coronavirus chinois. Quand la Commission recherchait le consensus des vingt-sept pays pour le plus petit dénominateur commun à ceux qui voulaient le vaccin ARN et à ceux qui voulaient un vaccin à souches mortes, le Royaume-Uni n'avait pas à perdre de précieuses semaines en cohésion, la cohérence y suffisait. Puis Bruxelles passa un mois dans des réunions de marchands de tapis avec les laboratoires pharmaceutiques pour obtenir le plus bas prix possible d'un produit en cours de développement (c'est énorme de bêtise) pour, à la fin, montrer un retard de trois mois (3!!!) sur la procédure britannique. D'un côté, on va à l'essentiel - vacciner la population le plus vite possible pour bloquer l'affaissement économique et sauver des vies - de l'autre, on s'emploie à réaliser pour s'en vanter ensuite l'exploit bureaucratique de mutualiser les commandes, mais dans les délais abscons d'une fédération de papier, alors que la Santé reste dans l'Union une compétence nationale.
Le Spiegel (clic) s'en prend très vivement à la présidente allemande de la Commission, Ursula von der Leyen, pour son arrogance, ses ambitions de carrière et sa faible compétence dans l'emploi, toutes choses qui dans ses postes précédents ont été remarquées avec une adresse certaine à se défausser sur autrui quand elle n'abandonnait pas le poste avant l'audit. AKK qui lui succède au ministère de la Défense à Berlin, n'a pas encore terminé de passer la serpillière sur l'ère Von der Leyen et le ministre allemand de la Santé tire à boulets rouges sur la Commission européenne et sa présidente (lire l'article). Les Anglais ont certes aussi leur bureaucratie, mais ils savent la shunter dans l'urgence. Ça leur a fait gagner des guerres dans le passé.

Reste la question qui hantait M. Barnier : Singapour-sur-Tamise. La City de Londres est un des géants mondiaux de la bancassurance et le traité l'empêche de démarcher librement la clientèle continentale. Il est certain que ces dispositions réduisent la masse des dépôts bancaires et la collecte de primes. Mais le savoir-faire, le talent et la perversité financière sont toujours les moteurs de la City avec trois marchés de capacité mondiale qui n'ont pas de concurrents continentaux, je cite : le London Stock Exchange comme bourse des valeurs et leur introduction, le London Metal Exchange comme marché des non-ferreux et de l'acier, le London Bullion Market pour les métaux précieux, et le marché interbancaire des capitaux parmi les plus fournis et achalandés de la planète. S'ajoute le Llyod's, leader incontestable dans l'assurance et la réassurance. On voit bien qu'on n'est pas chez les miquets ! Mais d'autres que le piéton impécunieux le verront aussi. Et s'il est plus difficile aujourd'hui de vendre un plan d'épargne-logement anglais à madame Michu, le phare de l'ingénierie financière hors-normes et hors-réseau brillera désormais de mille feux puisque la surveillance de Bruxelles aura baissé d'intensité. D'ailleurs tous les discours ronflants de l'Europarlement contre les paradis fiscaux n'ont jamais entamé les capacités créatives de la perfide Albion. C'est là-bas qu'aurait dû aller M. Cahuzac lors d'un week-end shopping avec la belle-fille de Michel Drucker. Et puis, comme nous le montre l'actualité des bourses chaque jour (MNI), la haute finance aujourd'hui, c'est le cerveau d'un gnome génial, une tablette connectée où il faut, et un rail chaque matin. Penser à changer de narine. Le reste vient naturellement et c'est de l'or.

le Ring du London Metal Exchange

Une incidente d'actualité : depuis hier dimanche, "les demandes pour les visas British National Overseas (BNO) sont ouvertes. Les citoyens de Hong Kong détenteurs de passeports BNO ont le choix de vivre, travailler et étudier au Royaume Uni, libres d'y reconstruire leur vie. Nous sommes fiers de ce jour historique par lequel nous honorons notre promesse aux Hongkongais" dixit la ministre de l'Intérieur britannique Priti Pratel. C'est indéniablement du renfort pour le royaume. Hong Kong est troisième au classement PISA, la plupart des immigrants sont des gens formés dans des métiers d'avenir, sinon fortunés. Il leur suffira de se maintenir cinq ans (je vous fais grâce des détails) pour obtenir la citoyenneté britannique de plein droit. On estime que sept mille réinstallations sont déjà effectuées, l'argent continue d'affluer pour couvrir le reset hongkongais. La Chine populaire enrage et, avec un culot monstre après sa brutale reprise en main de l'ancienne colonie contrevenant au traité anglo-chinois de 1984, dénonce une atteinte au droit international ! Rien n'effraie plus les communistes que de perdre leur pantalon en public.

Ceci mis à part, des difficultés sont attendues avec l'Ecosse et peut-être l'Irlande du Nord, qui sentent la courroie de la camisole se détendre. Mais si la prospérité revient au Royaume-Uni, ces nations de rugby pèseront les inconvénients d'un désarrimage, dont la faisabilité pratique n'est pas démontrée, à l'aune de celui enduré par la Grande Bretagne dans la procédure européenne. Le vice caché du royaume est peut-être dans le timing. L'incarnation de l'unité britannique est une reine très respectée mais à la fin d'un long règne, finissant en vrille, dont le successeur aura beaucoup de mal à obtenir l'oreille des milieux d'affaires, et dont le fils du sus-dit est un gros point d'interrogation, ou d'exclamation comme on veut. La classe politique, aussi corrompue que la nôtre, devra néanmoins faire le pont entre les institutions de la couronne et les institutionnels de la finance et de l'industrie, ce qui n'est pas écrit d'avance ! Mais l'histoire a montré que les peuples britanniques en danger pouvaient précipiter en cohésion solide entre deux disputes, comme les Afghans un peu. Le Piéton leur souhaite sincèrement de réussir, non pour l'exemple (on a déjà dit pourquoi ici) mais pour le bonheur de nations courageuses qui font notre admiration aussi souvent qu'elles nous agacent. Sacrés Godons !

coquelicot

samedi 1 février 2020

Ça, c'est fait !


C'est fait ! Le Royaume uni de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord a quitté l'Union européenne. Il reste onze mois jusqu'à la Saint-Sylvestre pour veiller aux détails. Deux atterrissages : soit un traité de libre échange est paraphé entre Londres et Bruxelles puis ratifié par tout le monde et le Royaume uni retourne dans une sorte d'AELE associée au Marché commun, au pire il se retrouverait dans la position du Canada ou du Japon qui ont signé des traités avantageux ; soit aucun traité n'est acceptable pour l'une des deux parties ou les deux, alors la Grande Bretagne et sa petite remorque irlandaise deviennent pour l'Europe un pays tiers, étranger, ultramarin.


Discours du Premier ministre de Sa Gracieuse Majesté lors de la soirée du Brexit

Tonight we are leaving the European Union
For many people this is an astonishing moment of hope, a moment they thought would never come
And there are many of course who feel a sense of anxiety and loss
And then of course there is a third group – perhaps the biggest – who had started to worry that the whole political wrangle would never come to an end
I understand all those feelings, and our job as the government – my job – is to bring this country together now and take us forward
And the most important thing to say tonight is that this is not an end but a beginning
This is the moment when the dawn breaks and the curtain goes up on a new act in our great national drama
And yes it is partly about using these new powers – this recaptured sovereignty – to deliver the changes people voted for
Whether that is by controlling immigration or creating freeports or liberating our fishing industry or doing free trade deals
Or simply making our laws and rules for the benefit of the people of this country
And of course I think that is the right and healthy and democratic thing to do
Because for all its strengths and for all its admirable qualities, the EU has evolved over 50 years in a direction that no longer suits this country
And that is a judgment that you, the people, have now confirmed at the polls
Not once but twice
And yet this moment is far bigger than that
It is not just about some legal extrication
It is potentially a moment of real national renewal and change
This is the dawn of a new era in which we no longer accept that your life chances – your family’s life chances - should depend on which part of the country you grow up in
This is the moment when we really begin to unite and level up
Defeating crime, transforming our NHS, and with better education, with superb technology
And with the biggest revival of our infrastructure since the Victorians
We will spread hope and opportunity to every part of the UK
And if we can get this right I believe that with every month that goes by we will grow in confidence not just at home but abroad
And in our diplomacy, in our fight against climate change,
In our campaigns for human rights or female education or free trade we will rediscover muscles that we have not used for decades
The power of independent thought and action
Not because we want to detract from anything done by our EU friends – of course not
We want this to be the beginning of a new era of friendly cooperation
Between the EU and an energetic Britain.
A Britain that is simultaneously a great European power
And truly global in our range and ambitions
And when I look at this country’s incredible assets
Our scientists, our engineers, our world-leading universities, our armed forces
When I look at the potential of this country waiting to be unleashed
I know that we can turn this opportunity into a stunning success
And whatever the bumps in the road ahead
I know that we will succeed
We have obeyed the people
We have taken back the tools of self-government
Now is the time to use those tools to unleash the full potential of this brilliant country and to make better the lives of everyone in every corner of our United Kingdom.



Pour les besoins de la démonstration, il vaudrait mieux un Brexit sec afin que les Anglais nous fassent la démonstration de leur génie ; mais les liens tissés depuis si longtemps avec l'Europe occidentale ne pourront être défaits si facilement, et le meilleur pronostic reste un traité de libre-échange a minima dans le style du traité euro-norvégien voire euro-turc.

Jouons aux devinettes. Que se passerait-il si la Grande Bretagne choisissait le grand large churchillien et bâtissait un Hong Kong au bout du tunnel sous la Manche ? L'exemple du succès britannique obligerait la technocratie européenne à desserrer l'étau des normes, règles et lois qui étouffent le vieux continent ; et sans doute les nations européennes retrouveraient-elles des couleurs. Quant à la France prise en étau entre l'expansion britannique souhaitable pour notre commerce extérieur et la rigueur budgétaire allemande, elle serait forcée à la réforme sous peine de déclassement durable et perte d'influence politique lourde (ça a déjà commencé). Mais une réforme imposée de l'extérieur susciterait ici l'insurrection, voire une révolution tant le monarque et sa cour sont haïs, ce qui permettrait peut-être d'assainir le pays par sa ruine préalable (humour).

Nécessité faisant loi en pays pragmatique, le plus probable dans ce jeu de devinettes, en cas de désaccord, n'est-il pas qu'une Grande Bretagne libre devienne le cinquante-et-unième état de l'Union sinon un Porto Rico de luxe associé ou intégré dans le nouveau marché nord-américain renégocié entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique, le USMCA.

En fait Boris Johnson a pléthore d'options et dispose de l'atout maître qu'est l'architecture mentale du rosbif : un tempérament incoercible et une dialectique intime le poussant à l'audace. Crazy BoJo pourrait réussir le spectaculaire rétablissement d'une nation jusqu'ici décadente.
Quel encouragement !



Carte des problèmes futurs : Grand Londres, Ecosse, Ulster


La démarche est-elle répétible en France ? Rien n'est moins sûr. La Grande Bretagne est une île excentrée et la couronne anglaise règne sur trois autres pays riches et grands, alors que la France, bien que baignée par six mers, est un carrefour européen continentalisé et toutes nos projections au-delà des mers le sont au bénéfice d'Etats mendiants qui mesurent leur affection à la somme des virements. En outre, nous sommes le verrou de la péninsule ibérique que notre retrait enfermerait. La géographie est à elle-seule un défi hors de portée, surtout d'un pays en faillite incapable d'offrir aucune compensation.

Au plan de l'économie, toutes nos industries sont communautaires ainsi que tout le secteur agro-alimentaire, à part la viticulture qui produit local et livre mondial. Il nous reste en propre les coiffeurs et les bars-tabacs. Tous nos comptes publics sont dans le rouge, notre dette est de type tiers-mondain et notre royal prestige s'est enfui derrière l'impéritie des gouvernements successifs d'une République aux seins de plâtre. Alors bonne chance aux Frexiteurs, la pelote d'ennuis à dérouler est bien plus longue qu'ils ne se l'imaginent, mais ils font bien partie des Français d'aujourd'hui, incultes en économie mais exportateurs de valeurs et modèles dont personne ailleurs ne veut. Le Brexit est le faux exemple. Avant d'envisager quoi que ce soit, il faudra annuler le lavage de cerveau français aux poisons du CNR-45 et rééduquer les nouvelles générations aux idées neuves ou réinventées et à celles qui font le succès des empires revenus... qui forment les fondamentaux traditionnels !


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From the white cliffs of Dover (clic)

dimanche 12 janvier 2020

Meghxit

Cliché ©Splash Magazine

Les ducs de Sussex ont soixante-treize ans à eux deux. Même s'ils cultivent un côté adulescent, ce ne sont pas des perdreaux de l'année. La tragi-comédie du retrait de la Firme, loin des yeux mais près des sous, plante un clou dans la poupée vaudoue de la dynastie Saxe-Cobourg-Gotha, naturalisée Windsor en 1917 pour se départir des Huns qu'on allait écraser. La gentry anglaise a toujours pris de haut ces nobles d'importation. D'ailleurs les Spencer ont plus d'une fois signalé qu'ils étaient seigneurs sur leurs terres bien avant que ne débarque la famille régnante. C'est le funeste épisode "Wallis Simpson" qui a entamé le prestige de la dynastie. Et c'est justement cette affaire qui remonte en surface dans le caprice de la duchesse de Sussex aujourd'hui. Le mariage très inégal du frère du futur roi d'Angleterre, le statut de divorcée de l'épousée, la condition d'actrice et sa matité héritée de maman, plus son américanité synonyme grand-breton de barbarie, résonnent dans le passé. Annonçaient-ils sa fuite au Canada, laissant le gentil prince Harry se dépatouiller seul avec la famille régnante prise au dépourvu. C'est ce que pense une majorité de gens qui ne lisent pas tous les tabloïds londoniens. Le peuple est déçu, sauf une poignée de républicains qui louent le caractère frondeur d'un couple décidé à vivre par lui-même et pour lui-même, loin des hypocrisies royales. C'est sûr qu'il n'y en a pas ailleurs !

Le prince est le fils cadet de Lady Diana, tuée, on s'en souvient, par les reporters-photographes dans le tunnel de l'Alma à Paris. Il a conservé de cette tragédie une exécration de la presse people devant laquelle ses fonctions dynastiques l'obligent à se présenter, quand son épouse, actrice remarquée outre-Atlantique, s'y ferait plutôt bien, si tant est qu'on ne l'accable pas pour des détails. Ce défaut d'axe entre eux va grandir dans le futur mais il est peut-être moins dangereux que le projet humanitaire qui n'en est pas vraiment un au fond. Manger sur du Charity Bizness n'est pas digne d'un duc, vendre des mugs à l'effigie du couple non plus. Si ce n'est déjà fait, Meghan Markle va comprendre qu'elle a épousé un prince de belle prestance certes, mais un peu immature. Comme d'ailleurs une bonne partie de la Firme. Que l'on pense à Margaret, sœur de la Reine, et ses amants officiels, au prince Andrew et Sarah Ferguson, et même, pourquoi le cacher, à Charles et Camilla Parker-Bowles. La Maison Windsor aurait pu faire mieux avec une pincée de bromure dans le five o'clock.

Dans un long article donné au New Yorker, Rebecca Mead démonte le termitage de la charpente monarchique anglaise et, partant de la monétisation de la marque "Sussex Royal", conclut en termes définitifs comme suit :
« This step is unlikely to please critics who insist that Sussex is a title, not a brand name, and that it is no more Harry and Meghan’s to exploit than Buckingham Palace is the Queen’s to sell off. This is a position in which the republican-leaning petitioners of Brighton and Hove find themselves in unlikely unity with the royalist and would-be Sussex canceller, Piers Morgan. That the monarchy is an intolerable institution can be widely agreed; the Duke and Duchess of Sussex are merely the latest and loudest to say it, just as George IV, with his bedizened escape hatch by the sea, was one of the most flamboyant to express it. There are many reasons to argue for the monarchy’s abolition; it is only lately that the human rights of those born and married into it have come into focus as among the most compelling arguments for the institution’s obsolescence.»



Harry est un pilote d'hélicoptère militaire (Squadron leader de la Royal Air Force). Il plairait à tout le monde qu'il monte une compagnie de services héliportés à Vancouver ou à Seattle, qu'il abandonne un métier de relations publiques qui le gave, et devienne patron de sa propre affaire et de sa propre vie. Si Meghan ne l'a pas épousé que pour le titre, elle le suivra et l'épaulera. A défaut, il continuera seul, jusqu'à trouver l'âme sœur moins éblouissante sans doute mais plus "raccord". C'est tout le mal que je souhaite à ce garçon si sympathique.


jeudi 26 décembre 2019

Boxing D.

Boxing Day ! Le Piéton du roi remercie du fond du cœur messieurs les présidents de la République, du Sénat et de l'Assemblée nationale ainsi que notre Premier ministre pour la chaleur des vœux de bonheur qu'ils ont adressé à la nation à l'occasion de la Fête de Noël. Comme dans d'autres Etats européens, il eut suffit de ceux du Chef de notre Etat pour satisfaire aux canons de l'élégance morale et intellectuelle, mais trop fort n'a jamais manqué. Merci. Nous souhaitons qu'un soupçon de réciprocité illumine aussi les fêtes musulmanes, juives et bouddhistes. On me dit dans l'oreillette que ça se fait déjà pour la rupture de jeune du Ramadan et aussi au dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France ; seul Matthieu Ricard n'a pas reçu sa carte pour l'anniversaire du 14° dalaï-lama. J'ignorais. Dont acte !

Chacun aura compris que les petits messieurs, arrivés où ils sont par la vertu d'une médiocrité habile - des chiqueurs ! aurait dit Boutang - n'ont pas les burnes pour souhaiter un Joyeux Noël aux Français. Puisque le Bedeau de Dreux n'a rien dit non plus et son cousin espagnol si peu, nous nous contenterons des vœux de la reine d'Angleterre qui était souveraine de France il n'y a pas si longtemps, en foi de quoi d'ailleurs, M. Guy Mollet avait, en 1956 lors de la crise de Suez, demandé à la Couronne britannique de prendre sous son aile la République française agonisante, empêtrée dans une décolonisation coûteuse. Vieille histoire certes, mais qui montrait combien la République branlait déjà dans le manche. Soixante ans plus tard, elle a tout envahi mais est de partout corrodée, endettée à mort, ridicule et semble ne plus tenir debout que par la violence de la répression des mécontents. L'image qui restera de la République de 2019 est l'éventration de la cathédrale Notre-Dame de Paris !

Ecoutons maintenant Sa Gracieuse Majesté qui parle à nos cœurs du haut de ses 93 ans :


"As a child, I never imagined that one day a man would walk on the moon. Yet this year we marked the 50th anniversary of the famous Apollo 11 mission.

"As those historic pictures were beamed back to Earth, millions of us sat transfixed to our television screens, as we watched Neil Armstrong taking a small step for man and a giant leap for mankind - and, indeed, for womankind. It's a reminder for us all that giant leaps often start with small steps.

"This year we marked another important anniversary: D-Day. On 6th June 1944, some 156,000 British, Canadian and American forces landed in northern France. It was the largest ever seaborne invasion and was delayed due to bad weather.

"I well remember the look of concern on my father's face. He knew the secret D-Day plans but could of course share that burden with no one.

"For the 75th anniversary of that decisive battle, in a true spirit of reconciliation, those who had formally been sworn enemies came together in friendly commemorations either side of the Channel, putting past differences behind them.

"Such reconciliation seldom happens overnight. It takes patience and time to rebuild trust, and progress often comes through small steps.

"Since the end of the Second World War, many charities, groups and organisations have worked to promote peace and unity around the world, bringing together those who have been on opposing sides.

"By being willing to put past differences behind us and move forward together, we honour the freedom and democracy once won for us at so great a cost.

"The challenges many people face today may be different to those once faced by my generation, but I have been struck by how new generations have brought a similar sense of purpose to issues such as protecting our environment and our climate.

"My family and I are also inspired by the men and women of our emergency services and armed forces; and at Christmas, we remember all those on duty at home and abroad, who are helping those in need and keeping us and our families safe and secure.

"Two hundred years on from the birth of my great, great grandmother, Queen Victoria, Prince Philip and I have been delighted to welcome our eighth great-grandchild into our family.

"Of course, at the heart of the Christmas story lies the birth of a child: a seemingly small and insignificant step overlooked by many in Bethlehem.

"But in time, through his teaching and by his example, Jesus Christ would show the world how small steps taken in faith and in hope can overcome long-held differences and deep-seated divisions to bring harmony and understanding.

"Many of us already try to follow in his footsteps. The path, of course, is not always smooth, and may at times this year have felt quite bumpy, but small steps can make a world of difference.

"As Christmas dawned, church congregations around the world joined in singing It Came Upon The Midnight Clear. Like many timeless carols, it speaks not just of the coming of Jesus Christ into a divided world, many years ago, but also of the relevance, even today, of the angel's message of peace and goodwill.

"It's a timely reminder of what positive things can be achieved when people set aside past differences and come together in the spirit of friendship and reconciliation. And, as we all look forward to the start of a new decade, it's worth remembering that it is often the small steps, not the giant leaps, that bring about the most lasting change.

"And so, I wish you all a very happy Christmas".


Et comme le Premier ministre Boris Johnson préfère nous adresser son message de Noël depuis le 10 Downing Street plutôt que de déclamer l'Illiade en grec antique, profitons-en :

mercredi 28 août 2019

BoJo dictateur romain

Alexander Boris Johnson, quatorzième premier ministre de sa Gracieuse Majesté, semble fed up par le parlementarisme grand-breton et renvoie les Communes au 14 octobre. Ce qui lui laisse tout le temps de négocier à Bruxelles et à Belfast un meilleur accord que celui obtenu par Theresa May. D'autant que sa majorité n'est maintenant que d'une voix à Westminster avec le renfort de dix élus du parti unioniste irlandais. Ce n'est donc pas jouable et il ne tient pas à s'épuiser comme son prédécesseur ! Les parlementaires d'opposition hurlent au charron... On commençait à s'emmerder au bord de la Tamise.

Radio France internationale sort un petit topo bien fait qui nous évite de phosphorer pendant les vacances. Je vous le livre, libre de droits :



samedi 16 février 2019

Rule Britannia, Britannia rule the waves !

Une analyse d'un historien irlandais qui en vaut d'autres pour expliquer le Brexit : le syndrome impérial anglais. Radio France internationale s'est entretenue avec Fintan O'Toole qu'on ne présente plus (c'est une blague). Il n'en est pas moins un journaliste connu favorablement en Irlande grâce à ses contributions au Irish Times de Dublin. Sa page Wikipedia vous en dit plus.
L'Angleterre a des atouts sérieux et de nombreux handicaps, en particulier son déficit agricole historique et sa désindustrialisation massive. Parmi ses atouts nous citerons l'aéronautique, l'ingénierie pétrolière, l'industrie de défense, la navale de guerre, la biochimie, jusqu'à hier l'automobile, l'université et l'ingénierie financière de la City. Les acteurs de ce dernier domaine sont violemment opposés au Brexit qui va supprimer des positions avantageuses acquises par un savoir faire indiscuté dans le monde entier : les subprimes, la titrisation, c'est eux ! Mais c'est à New York qu'on a sauté par les fenêtres. Relire Nylonkong Galaxy sur Royal-Artillerie.

Ce qu'il reste d'industrie britannique est complètement intégré à l'industrie continentale. Renverser ces alliances techniques est quasiment impossible sauf pour quelques politiciens de rencontre comme Boris Johnson qui n'a jamais travaillé de ses dix doigts. Contrairement à une idée répandue au Royaume-Uni, le Commonwealth blanc n'est peut-être pas la zone d'atterrissage rêvée pour la nouvelle Grande-Bretagne en ce sens qu'il n'attend rien de la vieille métropole. Ses "dominions" ont appris à se passer d'elle depuis la fin de la seconde guerre mondiale et rien ne signale un appétit particulier des "colons" pour le retour de l'arrogance anglaise. Sans oublier que ce sont beaucoup d'Irlandais, Gallois et Ecossais qui ont été obligés de faire souche outremer. De son côté, le Commonwealth de couleur (l'Inde surtout) a déjà récupéré de l'ancienne métropole les fleurons qui l'intéressait et ne projette pas son avenir à travers un traité de libre-échange avec Londres, même si la gentry locale y envoie ses gosses étudier. Dans sa définition normande, le Brexit est un bâton merdeux, plus facile à prendre qu'à lâcher ! Voyons maintenant ce que nous dit Fintan O'Toole :






mardi 16 octobre 2018

Que nous apprennent les brèves du mardi ?

Remaniement ministériel :

(1) La technostructure n'attend rien de plus d'un ministre qu'un rôle de porte-parole dans un domaine délimité de la politique gouvernementale. Il est facile de croire que des refus, s'il en fut, ont plus tenu au devoir de se lever tôt pour aller se faire engueuler chez Bourdin. A preuve, les "fragiles" du gouvernement ont déserté au premier motif possible.

(2) Les politiciens de l'opposition qui touillent dans le long délai de promulgation afin de démontrer on ne sait trop quoi, sont dans l'inutile, ou le ridicule comme Eric Ciotti, puisqu'ils savent bien depuis la présidence Sarkozy, que les ministres sont les valets de pied du Château.

(3) Les éditocrates en ont beaucoup rabattu depuis que leurs injonctions sont restées lettres mortes et que Matignon s'est ouvertement moqué d'eux. Pris à contrepied, ils encensent aujourd'hui le cabinet Philippe III. La presse vit comme la bourse, entre hystérie et panique.


Déluge audois :

Les épisodes cévenols sont imprévisibles en intensité mais pas en occurence. Un des problèmes au défaut d'alerte sur le département est-il dans la gestion des heures de sommeil des fonctionnaires de la météorologie ? Crue monstrueuse à 5h du matin, alerte rouge déclenchée à 7h quand les ponts ont déjà sautés.


Démontage du journaliste séoudien à Istanbul :

(1) Les faits détaillés seront établis par la Sûreté turque qui a pu accéder à la scène de crime, mais tout laisse penser que l'affaire a été décidée par une faction méprisée de la haute société séoudienne afin de nuire au pouvoir du Macron des Dunes "MBS", si ce n'est à la famille du roi Salmane. A moins que ce ne soit un coup de couteau d'une société secrète wahhabite excédée par les libéralités nouvelles à l'endroit des zispissdicounasses qui refusent désormais de leur pomper le nœud.

(2) Aucun pouvoir vengeur, désireux de renvoyer un opposant chez son créateur, n'aurait choisi son propre consulat, dans la Turquie d'Erdogan en plus ! Au mieux aurait-il demandé conseil au Kremlin qui lui aurait proposé de descendre l'avion de la Pan Am !

Brexit :

(1) L'affaire n'est pas comme on le croit entre l'Union européenne et le Royaume Uni, mais entre la Grande Bretagne et l'île d'Irlande ! D'ailleurs la guerre que livre Theresa May aux Communes le prouve tous les jours. Laissons-les s'entretuer (politiquement) et passons l'accord avec le vainqueur, sachant que nous sommes directement impliqués dans la solution par la République d'Irlande qui est un des fleurons libéraux de l'UE.

(2) Le Brexit ne vaut que dur ! Sinon il ne prouvera rien ! En cas d'accord de libre-échange des personnes et des biens, les partis souverainistes français auront sauté pour rien comme des cabris en criant Brexit ! Brexit !




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