vendredi 26 mars 2021

Loup y es-tu ?

affiche chinoise du film Zhan Lang

Les "loups combattants" de l'Empire revenu au milieu du monde sont au front pour longtemps, depuis que le reste de la planète doute de plus en plus fort des explications fournies par les autorités sanitaires de Wuhan et Pékin. S'y ajoute la bronca mondiale contre le "traitement" de l'irrédentisme ouighour par des remèdes tout droit sortis des pires cauchemards soviétiques. Mais de tout cela le public de Royal-Artillerie est au courant et il ne sert à rien de recuire en daube l'actualité comme savent bien le faire les médiats de réinformation que nous ne citerons pas. C'est la conversion de la diplomatie chinoise qui nous intéresse ici.

Quand la Chine populaire est sortie de la nuit communiste sous la férule du Hakka malin, Deng Xiaoping, que sa longue expérience du monde avait convaincu de confier à la fièvre de l'or le relèvement de son pays ruiné par la révolution culturelle maoïste, il était de bon ton d'être efficace et discret dans les chancelleries. Et depuis cette époque, les ambassadeurs de la Chine populaire, bien que fortement secoués par le massacre de Tian An Men, avaient partout ou presque gagné la réputation de gens délicats, souvent fins lettrés, toujours de bonne compagnie. Même sous Hu Jintao, j'en témoigne. La reprise en main du peuple des Hans par le grand vociférateur Xi Jinping a renouvelé le personnel diplomatique aux fins d'hégémonie économique, et culturelle ensuite, contre l'Occident et ses alliés, le Japon ou la Corée du Sud. Le premier motif voire même le seul est la menace que représente leur soutien aux procédures démocratiques qui balaieraient le Parti. Le journal La Croix avait fait l'an dernier une analyse fouillée du phénomène "lycanthrope", que vous pouvez lire en cliquant ici.

Quoiqu'ils pensent au fond d'eux-mêmes et malgré leur éducation bien supérieure à celle de leurs prédécesseurs, les Zhan Lang modernes sont à l'offensive sur tous les fronts et avalent les remontrances officielles avec appétit. Parfois nous aimerions avoir les mêmes dans le réseau diplomatique français. Où tout cela va nous mener, va les mener ? Mais auparavant un avertissement :
Aucun gouvernement national n'a eu dans l'histoire la responsabilité de quatorze cent quarante millions d'âmes, comme l'assume à sa façon la Chine populaire actuelle ! Concevons-en une certaine humilité. Si nous pouvons nous offusquer des agendas politiques et stratégiques chinois, il est difficile de proposer le nom d'un dirigeant occidental ou nippon qui serait en capacité de remplacer les dirigeants en place.

Sans remonter aux calendes, rappelons quelques vérités. La décolonisation opérée par la République de Chine du maréchal Tchang Kai-Chek fut un succès acquis dès le moment où la Chine obtint en 1945 son siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies avec droit de veto. La honte de la période impériale mandchoue était effacée mais la guerre civile chinoise allait "retravailler" le concept au bénéfice du Parti communiste chinois victorieux. Cette période d'humiliations et de traités inégaux sera dès lors brandie de plus en plus souvent au fil des mandats présidentiels alors que normalement elle aurait dû s'estomper avec le temps. Il en va pareillement de l'hostilité grandissante envers l'empire nippon, malgré les compensations fournies par le Japon moderne à l'économie chinoise et avant tout à la construction d'une flotte marchande de classe mondiale. Tout montre que l'instrumentalisation de l'histoire coloniale est un ressort puissant pour le gouvernement des foules qui ont besoin de brandir le poing en cadence contre le mal absolu du moment. Le parti use et abuse de cette période coloniale, comme le fait à son niveau le FLN en Algérie.

Jusqu'à l'avénement de Xi Jinping, les présidents successifs de la période post-Tian An Men n'ont eu de cesse de rétablir l'empire sur ses marches historiques en refondant une puissance économique sur les vertus sonnantes et trébuchantes du libre-échange mondial. Quoi qu'il ait été jugé nécessaire d'entreprendre au plan de la souveraineté (Vietnam, Tibet extérieur), la priorité fut toujours donnée à la reconstruction industrielle et à la formation d'ingénieurs (le plus souvent dans les universités américaines). Le pouvoir chinois connaissait parfaitement les défis qu'il affrontait et que nous listons pour mémoire ci-dessous :
  • Pérennisation des pouvoirs du Parti communiste chinois (en voie de ringardisation rapide)
  • Développement des provinces côtières par les zones franches étrangères
  • Résorption de la crise agraire sur fond de jacqueries latentes
  • Assainissement des actifs bancaires plombés par les crédits douteux aux provinces et municipalités
  • Pollution généralisée de l'eau
  • Pollution généralisée de l'air
  • Géopolitique de l'énergie (qui aboutira à prioriser le nucléaire)
  • Réarmement avec les crédits disponibles
Mis à part le domaine énergétique où la ressource avait du mal à suivre la demande, tout avançait à son rythme propre sauf le premier point. Ce fut le crampon dans la falaise du pouvoir dont se saisirent les princeling aux dents longues. Bo Xilai, roi de Chongqing, faisait campagne pour remettre du rouge partout ; ce qu'il n'avait pu faire à Dalian qu'il avait quand même transformée en ville-modèle. Lui et l'équipe de Xi Jinping affrontèrent la coterie des libéraux shanghaïens de Jiang Zeming qui "vendait le pays aux étrangers", mais il n'en pouvait rester qu'un à la fin : Bo Xilaï est en prison, Xi Jinping se pavane à Zhongnanhaï.

Comme tout satrape communiste, Xi jinping est obsédé par sa destitution voire pire. Aussi éleva-t-il (comme Poutine en Russie) la destruction de toute opposition au rang de cause nationale sous la couverture facile de la lutte contre la corruption. On a beaucoup tué légalement sur les places de marché à midi pile ! Sauf le noyau dur des Shanghaïens qui assurent leur propre protection, il n'y a plus d'opposition intérieure au régime. La voie est libre désormais pour partir à l'assaut de l'ennemi parfait dans l'emploi, les Etats Unis d'Amérique qui contestent la primauté de l'Empire Céleste sur son aire de souveraineté ; laquelle couvre la péninsule coréenne, toutes les mers entre le continent et l'Océan pacifique nord, et jusqu'aux eaux territoriales de l'archipel indonésien des Natuna. Au nord, c'est plus flou, mais le projet de reconquête de la Mongolie extérieure se voit comme le nez au milieu de la figure (on les achète) et ne restera dès lors à reprendre que la rive droite de l'Amour arrachée par les Russes. La projection hors de la zone impériale se fait par les Routes de la Soie. C'est de la logistique, de l'expansion culturelle et la prise de comptoirs (avec ou sans garnison).

Les ambassadeurs ont reçu pour mission d'avancer sur la zone d'effort au rythme que le gouvernement central imprime aux routes de l'hégémonie sans même attendre d'instructions. Tout y passe jusqu'à l'hyène folle Bondaz Antoine, qui a déplu sur l'affaire sénatoriale de Taïwan. Il y a plus de cent cinquante ambassadeurs chinois en réseau dans le monde. Avec leurs attaches culturelles et militaires, ce sont des acteurs efficaces de la déstabilisation politique des pays-hôtes et de l'acquisition de données utiles par tous les biais collaboratifs ou d'échanges. Tout sujet fait ventre pour asséner la supériorité chinoise. Exemple : la nouvelle guerre du coton ramassé par des esclaves musulmans est déjà planétaire, à tel point que les manufacturiers de vêtements se couchent tous l'un après l'autre après s'être fait gronder. Le dernier, Hugo Boss qui a assis sa réputation sur le feldgrau de la Schutzstaffel confectionné dans des camps de travail forcé, a assuré sa clientèle chinoise de n'utiliser que du coton de première qualité, celui du Xinjiang.

What next ? Si l'on se noie dans les chiffres, autant faire les bourgeois de Calais ! Mais c'est (à mon humble avis) tout autant une question de mental ! Résister à la poussée chinoise en attendant que le balancier revienne (il le fait toujours) demande une conviction intime de sa propre valeur. Il y a six nations au monde qui résistent ouvertement : le Japon, l'Australie, l'Inde, la Grande Bretagne, les Etats-Unis d'Amérique et le Canada. L'Allemagne collabore déjà et aucun autre pays européen n'est de taille. L'Union européenne risque d'être happée, un pays après l'autre. La France a testé ses limites à Lang Son (ou Cao Bang) en 1950. Au plan de la force (la seule valeur respectée quand tout a échoué), nous ne sommes que l'ombre de ce que nous fûmes, mais nous pouvons encore faire mal dans des enceintes diplomatiques comme l'Assemblée générale des Nations Unies où nous sommes écoutés par la francophonie et le monde arabe. Faudrait-il quand même avoir quelques idées et la volonté d'en découdre. En symbiose avec les six pays précités, nous devrions participer à un coup d'arrêt de l'arrogance chinoise et le meilleur axe de contention de l'hégémonie est la question de Taïwan.
Que ferait la Chine populaire si une douzaine de pays majeurs déclaraient que la République de Chine est souveraine à Formose et que la légitimité de ses dirigeants découle de la volonté populaire exprimée dans des élections démocratiques ? Taïwan n'a jamais appartenu et d'aucune façon à la République populaire de Chine. C'est le point d'appui du levier. Il ne m'étonnerait en rien que le Congrès américain objecte un jour dans ce sens pour marquer son mépris de l'attitude belliqueuse chinoise en Mer de Chine méridionale. La Chine populaire romprait-elle les relations diplomatiques avec tous ces pays ? Impensable, son économie en mourrait et des millions d'ouvriers pauvres envahiraient les rues des mégapoles industrielles ! Mais la leçon porterait, c'est sûr, quand cesseraient les hurlements des loups combattants.

un loup, des lunes

samedi 20 mars 2021

Miquet à la houppe

Macron explique

Qu'est venu faire aux ides de mars monsieur Macron à l'hôpital de Poissy chez son ami Karl Olive ? Mesurer combien sa communication spontanée n'intéresse plus personne. Il est loin le temps des one-man shows communaux jusqu'à plus d'heure en bras de chemise ! Le charme s'est évanoui comme l'auditeur, d'ennui ! On analysera la séquence vidéo de la visite pour voir que le couloir est tenu par les gardes du corps, que trois infirmières au comptoir d'accueil lui tournent le dos, qu'on répond au téléphone pendant qu'il parle, que le ministre Véran s'ennuie ferme, que le chef de service attend que ça se passe, et que le discours du président est vide de sens. Tout y est !

La vidéo (codée HofiIcfMPvk) du passage de M. Macron au desk de l'hôpital de Poissy a finalement était retirée le 25 mars. No comment !


Le slogan des agences photographiques est qu'une seule image vaut mieux qu'un long discours. La séquence avait été précédée de celle d'un interminable convoi présidentiel franchissant l'accès à l'établissement (voir). J'espère que le porte-serviette chamarré était dans la voiture avec les codes nucléaires. Le roi est nu, l'enchantement populaire qui l'avait mis sur le trône républicain pour balayer une classe politique sclérosée et corrompue, a disparu. Aucune réforme d'ampleur n'a vu le jour. Le régime de pensions de retraite continue à empiler les schémas de Ponzi avant d'exploser quand la décroissance deviendra inévitable. Nous avons encore CMXXV parlementaires payés à parler pour ne rien dire. La loi électorale bannit des hémicycles un bon quart des votants qui s'ajoutent aux dégoûtés. La confiance en la Justice de mon pays est devenue une réplique de théâtre. L'Education nationale s'effondre sur elle-même sous le regard mort des déconstructeurs. Le système hospitalier est otage à la fois de Bercy et des coteries de mandarins. Notre industrie continue à perdre de la substance parce que les conditions d'exploitation sont déficientes (depuis longtemps). Nous avons perdu le majorat dans tous les domaines, même dans celui des vaccins.

A l'extérieur, l'Europe n'écoute plus les incantations du gentil monsieur Macron ; les défis sont sérieux, il ne l'est pas : la France est le contre-modèle absolu, dette non gagée, déficits partout, inefficacité d'une sphère publique démesurée, abonnement à la perfusion de la BCE, arrogance déplacée en toutes circonstances. La Chine populaire se moque ouvertement qu'un gouvernement "tel que le nôtre" ose s'aventurer dans les affaires taïwanaises. La Chancellerie du IVè Reich balaie les revendications françaises sur les règles communautaires et porte le fer où il fait le plus mal, sur notre savoir-faire aéronautique qu'elle entend partager. Les projets communs (quelle idée ?) du soi-disant couple franco-allemand sont ralentis ou reportés sine die. Nos recommandations en tout genre ne sont pas entendues, ni au Liban ni même au Sahel, et ce n'est pas le retour aux affaires bataves de Mark Rutte qui va y aider, notre Foutriquet l'horripile ! Ceux qui militent pour un retour au franc risquent bien de voir exaucer leur vœu si l'Eurogroupe nous fout dehors, au motif de mise en danger de la monnaie commune par notre gabegie éhontée. M. Macron a passé quatre ans à discourir, démontrer, incanter mais n'a rien fait de tangible comme s'y attendaient nos partenaires européens. Il est donc cramé !

Comment croit-il repartir en campagne présidentielle sur ce bilan ? Sans doute les sondages que lui renvoit le peuple des moutons lui indiqueront qu'il a ses chances arithmétiques, à défaut de bénéficier d'un élan populaire comme en 2016. Puisqu'au pays des aveugles les borgnes restent rois, c'est peut-être la triste promesse d'un nouveau succès. Ses contempteurs déclarés à ce jour ne font pas la toise. Rien de sérieux n'a été préparé dans l'opposition pendant quatre ans. Ce régime est décédé. Il suffit de voir les tronches.

dimanche 14 mars 2021

Agonie de la presse, et après ?

La Librairie Arthème Fayard a publié début janvier 2021, une Histoire des médias de Jacques Attali. C'est un pavé de cinq cents pages ; 415 de rédactionnel, 11 pages de graphiques, 46 pages de bibliographie classée, index des noms propres et table des matières etc. Autant dire que c'est une bible, à jour puisqu'elle va jusqu'en 2100. Ça se lit d'une traite et les royalistes tentés par la communication seraient bien inspirés de l'acquérir et de l'analyser. La recension que nous en faisons est brève, nos commentaires sur la situation du Roycoland sont plus longs. Ce billet fut publié à l'origine sur Le Million du Roi, blogue dérivé de Royal-Artillerie, qui regroupe des contributions à la communication du mouvement monarchiste. Voici déjà la quatrième de couverture du bouquin par l'auteur :

Une histoire de l'information et de ceux qui la font des origines à nos jours, et jusqu'aux enjeux de demain.
« Depuis toujours, l’homme a besoin de savoir ce qui le menace, ce qui nuit aux autres ou les sert. Et pendant longtemps, seule une poignée de puissants, souverains, religieux, marchands, ont eu le monopole de l’information, de sa fabrication à sa circulation. Une information libre, diffusée par des médias accessibles à tous et établie par des professionnels cherchant la vérité est le fruit d’une histoire récente, inattendue, fascinante. Et elle est à présent terriblement menacée.
  • Comment distinguer le vrai du faux, l’information de la distraction ?
  • Quel rapport entre informer, convaincre, enseigner, distraire ?
  • Comment la démocratie résistera-t-elle aux formes de censure et de surveillance ?
  • En quoi le déluge actuel et à venir d’informations, vraies ou fausses, influera-t-il sur notre façon de gérer les grands problèmes d’aujourd’hui et de demain ?
  • Les réseaux sociaux, outils de surveillance généralisée, qui font de chacun le journaliste de lui-même, seront-ils balayés par une vague technologique plus puissante ?
  • Les journalistes seront-ils remplacés par des automates ou resteront-ils des acteurs irremplaçables de la démocratie ?
Tels sont les sujets de ce livre. Encore une fois, comme pour tous les autres domaines dont j’ai tenté jusqu’ici de prévoir le devenir, celui des médias, vertigineux, ne peut être imaginé et maîtrisé qu’en remontant très loin dans son histoire, ou plutôt ses histoires. Ses passionnantes histoires. » J. A.


Attali
Jacques Attali, à qui l'on n'apprend rien, utilise l'empirisme organisateur d'un bout à l'autre du livre, avec cette formule heureuse qui resservira une autre fois : « Quelle que soit l'immensité des changements technologiques, démographiques, culturels, économiques, politiques et historiques, rien d'essentiel n'a changé depuis des millénaires ; du passé, on peut toujours extraire des lois, valables pour l'avenir.» Ceux des lecteurs qui sont pressés peuvent obéir à l'injonction de l'auteur : lire tous les intertitres des dix premiers chapitres en s'arrêtant aux paragraphes qui les interrogent, puis lire in extenso les trois derniers chapitres pour en tirer les conséquences. Je n'ai pas obéi et j'ai tout lu. Bien m'en a pris, j'en ressors différent.

Attali n'assène pas, il démontre, que tous les supports actuels d'information vont mourir, et à échéance de deux ou trois générations, on communiquera de cerveau à cerveau. D'ici là il faut briser le monopole de l'information orientée par les GAFA (et les BATX chinois), en les démantelant, mieux encore en leur interdisant de phagocyter les innovateurs qu'ils rachètent très cher pour les incorporer à leur hégémonie et pour étouffer toute concurrence dans leur juteuse prédation. Leur agenda est monétisé par le vol de données personnelles des gens connectés, données revendues sur le marché du marketing direct massifié, et par le captage des informations émises par des médias tiers qu'ils intègrent dans leurs segments "news" pour accroître leur audience.

Quel que soit le canal de transmission de l'information, les utilisateurs devront être éduqués à la consommation de nouvelles pour être capables de les trier et de les comprendre dans un contexte utile. Mais la masse en circulation laissera du champ aux fausses nouvelles, rumeurs, incantations jusqu'aux complots d'opinion dans lesquels s'abîmeront les naïfs et les gens peu éduqués qui, malheureusement, formeront les gros bataillons du lectorat. Les informations critiques de première main seront cryptées et diffusées aux décideurs sur abonnements (très chers), comme ce fut le cas des avvisi de la Renaissance italienne, afin d'anticiper les faits et conséquences qui leur rapporteront beaucoup d'argent. Voilà, il faut lire ce livre.

3 grenouilles sur un jonc

Quand on regarde maintenant la situation de la communication royaliste, on ne peut s'empêcher de craindre sa disparition dans le grand maëlstrom promis. Les organes proprement royalistes sont rares et minces quand ils sont imprimés. On citera la revue Politique Magazine de Jean Viansson-Ponté, le bulletin Le Bien Commun de l'Action française, Royaliste de la NAr (Bertrand Renouvin) et c'est à peu près tout. Une mention spéciale pour une revue légitimiste imprimée par une rédaction de qualité consacrée à l'histoire, Savoir de la Vendée militaire. Tout le monde regrette Les Epées et dans un registre différent, Le Lien Légitimiste. Le grand journal royaliste de kiosque n'existe plus mais il y a une raison à cela, outre l'obsolescence du format "journal d'opinion" : les rédacteurs royalistes, parfois contrariés par les chapelains, ont été accueillis dans les rédactions de revues papier comme Causeur, Valeurs Actuelles, et même jusqu'au Figaro ou au Point où ils sont plus libres que dans les organes militants et peuvent propager l'idée du roi sur un public plus large. D'aucuns intègrent des médias plus marqués à droite comme Rivarol ou Présent. Il n'empêche que tous ces supports subissent le reflux de la presse écrite qu'ils tentent d'endiguer à s'adossant à des sites Internet et à des applications pour smartphone ; ils font passer toute la réclame pour leur titre par les publications sœurs, les émissions polémiques de télévision, des newsletters sur abonnement et par les réseaux sociaux où les Community Managers doivent veiller J7H24. Ceux qui en sont exclus ne durent pas. La presse à papa est déjà bien loin. Le reste est diffusé numériquement. A quelques exceptions près, les sites royalistes sont des revues de presse qui compilent des articles déjà publiés partout ailleurs pour les commenter, voire les présenter sous un bref chapeau d'orientation, parce que ces sites n'ont pas de rédaction en propre. Les deux "Faute-à-Rousseau" sont de ceux-là. Les exceptions notables sont peu nombreuses finalement : le blogue du "Conseil dans l'espérance du roi" de Jean-Yves Pons qui est tous les jours rédigé mais se limite à l'indignation ; "Vexilla-Galliae" est aussi un site rédigé mais à angle étroit, réservé aux purs blancs. Le nouveau blog du cybermilitant Frédéric de Natal consacré aux nouvelles du Gotha commentées avec alacrité, rédige. Mention spéciale pour le blog de la Charte de Fontevrault qui rédige de temps en temps mais dans la sphère exiguë du providentialisme. On ne met pas dans le panier "presse" des sites confidentiels de fonds comme "Vive-le-roy" de l'UCLF, celui du Groupe d'Action royaliste, essentiellement social, ou le blog de Jean-Philippe Chauvin, qui produisent de la qualité mais sont limités à un lectorat acquis d'avance et qui, malgré leur niveau intellectuel, ne seront jamais cités dans la presse écrite. Pourquoi, je n'en sais rien. On en vient maintenant à la fabrication de l'information.

La presse royaliste résiduelle, numérique ou papier, crée très peu d'information originale. Son champ de prédilection est comme on l'a dit plus haut, de commenter en extrayant du champ médiatique une nouvelle déjà publiée. La presse royaliste n'a pas de journalistes à l'extérieur, pas de reporters, sauf si le parti manifeste dans la rue ; mais des penseurs, beaucoup ! Les raisons en sont le manque d'argent et la faiblesse des effectifs abonnés. Le second provoque le premier. Il n'y a pas non plus de moteur central. Malgré la profusion de sites monarchistes personnels et ceux publiant des avis de messe (sur blogs ou dans des pages Facebook), il n'y a pas d'agence de presse monarchisante qui produirait des inédits propres à la cause. S'informer de la querelle opposant le comte de Paris à la Fondation Saint-Louis dans Le Parisien libéré en dit long sur notre repli. On peut dès lors prédire la disparition du média typé royaliste, même si les idées royalistes continueront à se diffuser sur des supports extérieurs à la cause mais les "hébergeurs" garderont l'imprimatur au marbre. Oublions déjà toute possibilité d'une campagne de presse pro domo en période de rupture de paradigme constitutionnel. Des rédacteurs monarchistes ne pourront promouvoir leur champion dans un journal dominé par le Front national qui roulera pour le sien propre. Dans un jounal souverainiste, pareil. Cette marginalisation à l'œuvre depuis la disparition du quotidien L'Action française (1908-1944) est une malédiction dès lors que soixante-quinze ans plus tard, la situation n'a pu être rétablie ; au plus haut, ce fut l'hebdomadaire La Nation Française (1955-1967) de Pierre Boutang. Dans le monde de la communication future, les émetteurs royalistes, bien trop sûrs d'eux aujourd'hui, resteront à la traîne des évolutions telles que les pressent Jacques Attali. Il ne suffira plus d'ouvrir des comptes Facebook, Instagram ou TikTok pour participer à l'embolie médiatique jusqu'à la folie de la transmission de cerveau à cerveau, d'autant que ces supports sont tous mortels. Pour qu'existe un éclairage royaliste (ou simplement monarchiste) de l'actualité de nos sociétés dans l'avenir, il faudra complètement repenser le système de communication du mouvement en tenant compte des anticipations que la profession est en train d'explorer. Lire le livre. Sont-ils nés les producteurs d'avvisi numériques de demain, les monarchistes de la télépathie ?


mardi 9 mars 2021

Liquéfaction de la démocratie

Avertissement: Le régime dont il est question ici, est la démocratie d'étage national. Nous ne traitons pas des républiques communales que nous appelons de nos vœux. Vu le confinement volontaire, ce billet est atrocement long, mais le rédacteur a multiplié les intertitres permettant de faire des sauts. Bonne lecture.


« La démocratie est le pire des régimes, à l'exclusion de tous les autres » disait Winston Churchill, battu aux élections après qu'il eut gagné la guerre. Il signifiait par là que si les principes démocratiques sont inexpugnables de l'esprit moderne (et Slate nous donne son discours aux Communes du 11 novembre 1947), c'est leur mise en application dans le jeu partisan qui ruine le concept. Si chez nous, la Quatrième République est allée jusqu'au bout du projet pour finalement en mourir, la Cinquième a reconstruit un régime viable en trafiquant les scrutins au motif sacré de majorité. Expliquer à un étranger notre mode de scrutin législatif ou communal est une sacré partie de rires, qui se termine toujours par la même question : « et vous avez accepté ça ? ». Ainsi pour éviter le chahut à la Chambre basse, on accepte le chahut en ville puisqu'une fraction importante de l'électorat n'est pas représentée dans l'enceinte souveraine (ou qui le devrait). On reparle aujourd'hui de scrutin proportionnel pour faire entrer les abstentionistes au parlement dans une logique de négociation entre partis politiques, une promesse de campagne de Macron à Bayrou, et comme à chaque fois, tous les prétextes seront bons pour protéger la carrière des "sortants" du bolchevisme (60 députés LFi) et du fachisme (80 députés RN) ! Quant à réduire le nombre de sièges, n'y pensez même pas, c'était pour amuser les croyants. Jusqu'ici le pays s'est accommodé de sa démocratie latine, plus discrètement corrompue que ses soeurs méridionales, mais bien pourrie quand même, sauf que les défis qui montent à l'horizon du monde vont évacuer ce régime politique pour la bonne raison qu'il est incapable de les affronter. Ce n'est pas moi qui le dit, mais des gens hors-champ comme Jean-Marc Jancovici, qui dénonce le ressort essentiellement courtermiste du modèle et par là sa totale inadaptation. Darwinisme ? A voir l'évolution de toutes les démocraties de la planète qui dérivent vers l'illibéralisme, on peut se demander si un processus d'extinction du modèle westminstérien n'est pas enclanché.

Il est intéressant de l'entendre répondre à Natacha Polony, dans un entretien récent, qu'il sèche sur le régime idéal tout autant qu'il ne perdra pas de temps à l'imaginer, mais que par contre, c'est le chemin des améliorations du modèle en cour qui l'intéresse, si les enjeux sont établis et acceptés. Dit en passant, il ne fait aucune confiance à la classe politique aux affaires, composée d'ignorants. L'exercice de style aujourd'hui est de débroussailler ce chemin, sans chercher une queue de trajectoire plus qu'une autre. Commençons par les défis identifiés. Ils sont au nombre de deux, qui en déclenchent bien d'autres chacun ; le dérèglement climatique et la mondialisation des empires. Il est évident que les deux défis ne peuvent être affrontés que dans une perspective de temps long. La démocratie et son avatar obligé, la démagogie, sont antinomiques du temps long, induisent le populisme, nouvel opium du peuple qui le détourne des dangers grossissants. Commençons par le plus facile.

La mondialisation impériale

Quand le GATT* a été transformé en Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995, les empires existants (USA) et en reconstruction (Fédération russe, Chine populaire) étaient d'abord des territoires promis au libre-échange dont le développement était assuré par l'accès au marché mondial. L'Europe occidentale n'était alors qu'un Marché commun réglé entre douze Etats par le traité de Maastricht, renforcés de l'Autriche, de la Finlande et de la Suède. Mais à l'avènement d'autocrates au chauvinisme exacerbé à Moscou et à Pékin, les empires en développement sont devenus des rivaux systémiques pour la seule raison que notre modèle libertaire menace leurs dirigeants. Ce cabrage pose de sérieux problèmes non seulement à l'Occident mais à tout ce qui n'est pas eux ! Le tableau sera pendu au mur de nos soucis aussi longtemps que vivront les deux hêgemôns, Poutine et Xi.
* General Agreement on Tariffs & Trade


Contrairement à une perception répandue dans les états-majors atlantiques, la Russie de Poutine n'est pas une menace métallique directe. Il est plus que probable que la clique du Kremlin ne s'aventurera pas au-delà du glacis impérial historique de la Russie ; mais qu'elle prendra tout prétexte, absolument tous, pour désorganiser l'Occident jusqu'au plus complet désordre. Plus que les missiles ou les chars, ce sont les armes cybernétiques qui sont utilisées et parfois les procédés classiques du KGB jamais mort, qui tue par le poison, l'accident sur la voie publique, la chute du balcon etc. L'Allemagne contemple effarée le renforcement spectaculaire des effectifs de la chaîne Russia-Today Deutschland à l'approche des élections de l'automne 2021. Géographiquement, le Kremlin est contenu à l'ouest par l'hostilité grandissante des nations contiguës - je parle des peuples - qui font écho au tapage que le peuple russe maintient depuis un moment déjà, surtout depuis le retour et l'emprisonnement de Navalny. A l'est, c'est bloqué, l'empire chinois peut se retourner contre la Russie à tout moment s'il a besoin des ressources sibériennes, comme il le fait en Mongolie extérieure. Et la revendication historique sur la rive droite de l'Amour n'est pas éteinte.
Poutine, incapable de développer la Russie à partir des atouts considérables qu'elle possède, est un tacticien qui fonctionne au culot sur un logiciel de force, mais pas un stratège ! La menace russe cessera avec lui, comme la résistance russe à la pression chinoise d'ailleurs. En attendant nous devons agir sur le seul levier actif, la force, et donc accroître nos moyens militaires dans le but de les montrer plus que de s'en servir. Pour la France, cela demande que les programmes d'équipement soient respectés par les lois budgétaires de mobilisation des tranches, ce qui n'est jamais arrivé puisque clientélisme et courtermisme sont les deux mamelles de la démocratie française. Sortir le budget de la Défense de la sphère publique pour l'insérer dans un domaine régalien détaché ? C'est juste une piste.

S-400 russes
Il n'en va pas de même du dictateur chinois. Le coup d'Etat permanent, c'est au niveau du bureau politique de Zhongnanhaï. L'alternance, qui prévalait jusqu'ici et permettait des corrections de trajectoire exigées soit par la situation intérieure, soit par les réactions étrangères (surtout économiques) est abolie au profit d'une marche en avant que rien n'arrêtera et qui doit atteindre tout l'espace sinisé de l'ancien Empire du Milieu en 2048, pour le centenaire de la République populaire de Chine. La menace n'est pas virtuelle. Si la Russie n'a pas de routes de la soie, si elle ne fabrique pas de composants indispensables à l'industrie mondiale, si elle ne maîtrise pas les process complexes sauf ceux qu'elle emploie dans son propre réarmement, la Chine populaire dispose en revanche d'une force de frappe économique qu'elle utilise dans sa diplomatie à la moindre contradiction. L'Australie (charbon...) et Taïwan (ananas...) en font les frais aujourd'hui, mais ce ne sont que des avertissements à l'attention de voisins récalcitrants demain. Elle a montré qu'elle était capable de suborner une majorité de pays islamiques pour la soutenir dans sa gestion des irrédentistes ouighours.
A côté de la machine économique, elle fait tourner une véritable machine de guerre ouverte dont elle menace n'importe qui, à commencer par Taïwan qui ne lui a rien fait (au contraire même, vu les investissements massifs de l'île dur le continent) et surtout qui ne lui a jamais appartenu. Elle piétine au su de tous le peu de démocratie hongkongaise que les accords anglo-chinois de rétrocession avaient maintenu (pour cinquante ans) et attend les remontrances étrangères avec morgue. Elle promène l'escadre en mer de Chine pour narguer tous ses voisins qui (sauf le Cambodge de Hun Sen) la prennent pour un prédateur pervers narcissique. Aller taper dans des chalutiers indonésiens devant l'archipel des Natuna montre une volonté d'humilier gratuitement une thalassocratie majeure comme l'Indonésie, qu'elle est par ailleurs incapable de vaincre en l'état (prendre une carte).
Cette menace chinoise ne peut non plus être affrontée chez nous par des mesures ponctuelles, de circonstances, d'autant que la part communautaire des relations est grande et dominée par l'Allemagne. On a besoin de temps pour défaire une à une les ventouses de la pieuvre chinoise sur l'Europe, puisque une guerre est impossible. C'est exactement le contraire que fait la Commission germano-européenne qui signe les nouveaux accords de Munich afin de sauver les intérêts chinois de l'industrie allemande (sous-traitance eurorientale comprise), interêts qui sont primordiaux pour Berlin. Je ne vois aucun personnage de notre belle démocratie capable de mettre en œuvre une réplique intelligente à vingt ans de vue. Y penser, peut-être, le faire, non ! Notre démocratie nous mène à la soumission.

Le dérèglement climatique

L'autre défi, bien plus conséquent, est le dérèglement climatique. On pourrait faire le tour de la question en une seule phrase : l'inertie climatique (où les jours se comptent en lustres) convoque le temps long ! Les extravagances de la grande révolution industrielle ne seront digérées par la planète que dans mille ans. Mais nous devons agir aujourd'hui pour contrer les effets de notre impact dans un futur que ne verront pas ceux qui décident aujourd'hui. Connaissez-vous un politique capable de voter des mesures de restrictions sévères pour améliorer les conditions de l'espèce à l'échéance de deux cents ans ? Dans le panier actuel, ça n'existe pas. Entretemps, des calamités naturelles vont survenir, plus fréquemment disent les savants, comme le blizzard texan descendu de l'arctique, les grandes sécheresses ici, les déluges là, la fonte des glaciers polaires, et l'ouragan partout : Yasa, premier cyclone extrême de la saison 2020-21 avec des vents moyens de 260km/h et des rafales à 345km/h (trois cent quarante-cinq) le 17 décembre aux Fidji. Niran à 220km/h n'était pas mal non plus en Nouvelle Calédonie le 5 mars. La France qui a connu de beaux phénomènes en 1999 (Lothar) et en 2010 (Xynthia) va repasser à la caisse cette année, puisque nous avons essuyé quarante tempêtes majeures en quarante ans. Nous avons vu en Europe des villes éloignées de toute rivière, noyées carrément par une pluie de mousson. Les océans montent inexorablement, des îles étrecissent, des gens partent, les migrations climatiques sont en marche.

diagramme Meteo France, tempêtes majeures
Puisqu'il n'y a pas d'autre remède (s'il guérit encore !) que la diminution de l'empreinte humaine et mécanique sur la planète, sont convoquées au berceau des générations montantes les fées Carabosse de la décroissance dans une entropie générale appauvrissant les actifs en supprimant les avancées sociales, plans de carrière, avancement à l'ancienneté (la production diminuera plus vite que la population) et en faisant exploser tous les schémas Ponzi de pensions des inactifs. Tous les gens en souffriront sauf quelques happy few qui seront bientôt accrochés aux lanternes pour se passer les nerfs ! Ce n'est certainement pas sous un régime démocratique, même du modèle représentatif assagi, que quelque chose sera entrepris pour sauver le monde. Et ces défis climatiques sont autrement plus dangereux que la mondialisation impériale dont nous parlions plus haut. A la réserve près qu'un pouvoir d'autorité compris et approuvé semblera mieux à même de gérer par exemple la consommation générale, la production d'énergie et la démographie.

Quels seraient les chemins à prendre pour aboutir à un régime politique capable de gérer les crises futures ?

Si la démocratie n'est pas la solution, elle fait partie du schéma mental de tous les humains depuis qu'ils l'associent sans hésitation aux libertés individuelles, à tel point que liberté et démocratie sont synonymes. En foi de quoi, les apparences de la démocratie doivent être maintenues. Ce n'est pas un concept nouveau. Les parlements des nations européennes décident à la marge, les intentions et les mesures d'ensembles sont prises par les institutions européennes. Mais tant que le cirque parlementaire peut se produire, tout va bien. Continuons donc à élire des représentants que nous chargerons de régler des problèmes sociétaux, des soucis culturels et finalement les effets des décisions prisent sans leur consentement explicite. Afin que nul ne se sente laissé sur le bord du chemin, la proportionnelle intégrale (conscription départementale) sera instituée et les politiques passeront du temps à monter des coalitions de rencontre laissant les vrais décideurs suivre leur idée.

La revendication démocratique répondue, il s'agira de prendre le taureau par les cornes sur le reste : décroissance, défense, sûreté du territoire, relocalisations, contrôle des flux migratoires, écologie des territoires, productions agricoles, numérisation des process, communications, santé publique, recherche et développement... dans le seul but d'arrêter l'expansion de notre empreinte écologique avant de la réduire. Le plus simple serait d'extraire déjà de la dispute démocratique les fonctions indiscutablement régaliennes comme la sécurité, la sûreté intérieure, la justice haute et les affaires étrangères, afin d'avoir un continuum de l'Etat essentiel dans la tempête, sans lequel rien ne sera possible. La monnaie est un autre sujet qui ne peut se traiter (une autre fois) sans croiser le possible et le principe.

Ceci acquis, comment réduire l'empreinte ? Jean-Marc Jancovici donne sa langue au chat. A moins que la solution soit "indicible". Deux questions se bousculent déjà pour cadrer ce chapitre : les limites praticables de la zone d'effort d'une part, le processus permettant de stopper l'écart des conditions d'existence - la dérive des incontinents - pour enclencher l'entropie générale. Pour faire simple, à défaut d'être capable de faire compliqué, il s'agit pour la nation de sortir progressivement de la société de consommation. Vivre moins bien mais mieux tout en réduisant les inégalités ! Entrent en jeu l'écologie générale, le localisme, la sobriété énergétique et même une transition alimentaire vers des produits moins nocifs pour l'environnement. Il y a des tonnes d'études en ligne sur ces sujets.

Pareille politique suscitera immédiatement l'hostilité de trois groupes, les consommateurs compulsifs (nous le sommes tous un peu), les producteurs de biens (ouvriers compris), les publicistes (jusqu'aux GAFA). La pédagogie, l'appel à l'intelligence de chacun ne suffira pas. Quel que soit le chemin choisi vers un consensus, propagande, assises démocratiques, états-généraux (pourquoi pas ?), on n'évitera pas la contrainte. Il faudra dès lors inventer un régime capable de la gérer sans détruire la nation. Même si l'empirisme organisateur est un logiciel puissant, l'évolution du monde dans les cinquante dernières années amoindrit l'intérêt des expériences passées, maints exemples présents le démontrent. Pourtant des QI exceptionnels ou des majors de Polytechnique comme Jacques Attali l'utilisent encore sans le nommer (bien qu'il en connaisse tous les rouages d'origine) dans son dernier opus, Histoire des médias (lecture recommandée). Sans faire table rase du passé, le monde quotidien de demain sera à inventer, ou découvrir si l'on préfère. Le pronostic du Piéton est que nous n'échapperons pas à un régime autoritaire tant les défis précités sont grands, et que la seule précaution qu'il voit pour le moment serait d'en remettre les clés à quelqu'un qui soit sans discussion au niveau exigé de l'emploi, entouré de gens intelligents, connaissant bien leur domaine d'action. Evidemment, il ne suffira pas d'avoir fait l'ENA et d'avoir pantouflé ensuite dans les cours de contrôle, les cabinets ministériels ou préfectoraux. Nous aurons besoin de gens venant des sciences exactes, capables de trier et juger l'information en fonction de la queue de trajectoire, et pas en fonction des effets de popularité ou du raccord aux principes obsolètes de la démocratie de croisière. Autant dire que la classe politique sera barrée du pouvoir effectif, cantonée à la dispute démocratique sur le domaine public qui restera de la compétence d'un parlement, en espérant que le domaine privé s'en sera déjà échappé pour s'adapter naturellement au paradigme nouveau. Les politiques seront le quatrième groupe d'hostilité à la réforme de notre société puisqu'ils en seront exclus. Reste maintenant à définir la zone d'effort.

Avec quels pays collaborer ? L'urgence !

Idéalement, cette régression de l'empreinte écologique de notre société devrait être menée de concert avec nos voisins pour amortir les à-coups et prévenir les tentations de dumping en tout genre. Sans préjuger de la prise de conscience chez les vingt-sept pays de l'Union européenne, plus celle des pays associés comme la Suisse et la Norvège, il semble difficile de réussir l'entropie générale de nos sociétés dans le cadre européen. Le seul succès obtenu à vingt-sept récemment est la punition du Royaume-Uni se séparant du continent. Plutôt que de décider comme on a l'habitude de le faire en petit comité qui? est "capable" et qui? ne l'est pas, il serait plus efficace d'appeler à candidature les pays qui souhaiteraient suivre ce chemin de la décroissance contrôlée, après en avoir diffusé les contraintes irrévocables. On pourrait parfaitement dédoubler cet appel sur les deux grands défis que nous avons identifiés en formant un groupe de pays solidaires dans l'affrontement à la mondialisation impériale et un autre groupe pour lutter concrètement contre le dérèglement climatique. Reste la quatrième dimension, tic-tac.

piazza San Marco Venezia
Entre ceux qui disent que c'est trop tard et ceux qui soutiennent que ça finira bien par s'arranger, nous avons choisi d'entendre Jean-Marc Jancovici (sur BSmart TV par exemple). C'est clair, l'Accord de Paris est dans le rouge. Malgré l'agitation médiatique à éclipse des pouvoirs publics chez les nations conscientes de l'enjeu, la limite des 2°C à ne pas franchir, limite acceptée par la science responsable, avance vers nous chaque jour un peu plus, signifiant par là que les calamités annoncées ne seront au mieux que retardées, voire imparables. Lors de la COP 21, il avait été convenu que pour un "budget carbone" prévisible de 41 gigatonnes annuel, la corrélation entre les émissions supplémentaires de CO² et la hausse des températures indiquait qu'en quinze ans, on dépasserait la moitié des quantités nécessaires pour atteindre les fameux 2 degrés Celsius ! C'était en 2015. Il nous reste neuf ans pour passer ce cap puisque rien de sérieux n'est encore fait à la mesure du problème. Nous saurons donc en 2030 que les 2°C sont inéluctables. La hausse est-elle irréversible après 2030 si nous restons à contempler le désastre annoncé avec pour toute action la tenue de conférences, l'écriture d'articles et de podcasts ? Des gens peu soupçonnables de complot le croient. Peut-être alors que les inconvénients visibles du futur proche l'emporteront sur la politique politicienne, à moins que d'ici là les populations enfin réveillées n'aient pendu la classe politique aux réverbères pour appeler le dictateur romain qui les sortira du bouillon.


Liens en clair utilisés dans cet article:
- Républiques : https://royalartillerie.blogspot.com/2017/03/libert-basses-et-franchises-municipales.html
- Churchill : http://www.slate.fr/story/117949/churchill-democratie-valls
- Jancovici/Marianne : https://youtu.be/WOd9hVICzBg
- Météo bulles : http://tempetes.meteo.fr/spip.php?article195
- Jancovici/BSmart : https://youtu.be/QrATizaiuLM

mardi 2 mars 2021

Gainsbourg in memoriam

Gainsbourg et drapeau tricolore

Il y aura trente ans aujourd'hui que Serge Gainsbourg est mort. Du foie, à l'âge de 62 ans. Il demeure une des ressources radiophoniques les plus diffusées dans le poste, ce qui maintient son souvenir dans l'esprit du populaire et cela durera longtemps. Lucien Ginsburg (1928-1991) a traversé une bonne partie du siècle le plus meurtrier de l'histoire en ne ratant aucune séquence. Fils de réfugiés russes juifs passés par Odessa, Istanbul et Marseille, le titi parisien ne loupera pas l'étoile jaune et vivra l'Occupation en danger ; ce qui créera quarante-sept ans plus tard l'album Rock Around the Bunker où il règle ses comptes avec le nazisme. Enfant de la balle, il sera mauvais élève, peintre méconnu autant que bidasse moyen et plein d'autres emplois, mais toujours bon camarade. Pour ce que j'en avais vu, il était même gentil avec les inconnus, avec qui il partageait aux heures d'embauche la corbeille à croissants au bar du coin (Richelieu-Petits-Champs). C'était jadis la marque des hommes "classe" en croisé banquier trois-pièces sur mocassins blancs Repetto, col ouvert : "Monsieur !"

Incorporé au régiment d'Enghien (93è RI), caserné alors au quartier Charras de Courbevoie d'où les Gardes Suisses partirent pour les Tuileries s'y faire massacrer un certain 10 août 1792, Lucien a fait son temps comme tout un chacun entre gnouf et corvées (il faisait le mur pour sauter sa copine), avant de replonger dans une vie de subsistance à petits métiers, jamais loin de son pianiste de père, Joseph. Puis la trentaine venue, il devint compositeur-parolier-interprète qui sut placer ses chansons dans la voix de chanteuses connues, acquérant à leur remorque une certaine renommée. Il ira jusqu'au bout de sa revanche sur la camarde, grandiose et terrible aussi ! Sa page de la Wikipedia est longue comme un rouleau de la Mer morte. Il la mérite (clic).

Gainsbourg repose au Montparnasse entre Baudelaire et Sartre. Il eut un enterrement de satrape comme beaucoup dans sa profession en ont rêvé. Avec "sa gueule de métèque" aurait pu dire Moustaki, l'homme à la tête de chou les a toutes eues avec un piège à filles prometteur. Et de ces toutes (la liste est discourtoise), c'est Bambou que j'avais préférée... parce qu'en plus de son charme vénéneux sino-germain, elle venait de la DDASS et fut sa veuve.

La production de Serge Gainsbourg est fournie et ses meilleurs titres sont sans doute L'histoire de Melody Nelson et pour Anna Karina Sous le soleil exactement, avec une mention particulière pour Fuir le bonheur qu'il avait écrit comme cadeau de rupture à Jane Birkin. Mais pour marquer cette journée du souvenir, j'ai choisi entre cent airs, Aux armes et caetera, l'hymne national tropicalisé, pure provocation qui souleva la bronca d'anciens parachutistes énervés, lesquels me firent bien rire quand l'ignoble vint sur l'avant-scène à Strasbourg chanter "leur" Marseillaise pour les mettre au garde à vous. Pour une fois, nous n'ajouterons pas les paroles à la suite, juste l'image du manuscrit de Rouget de l'Isle que Gainsbourg avait emporté de haute lutte aux enchères en 1981.



manuscrit de la Marseillaise


Ceux d'entre vous qui aiment le reggae apprécieront ce reggae medley de 35 minutes "spécial disc-jockey" : cliquer ici ! ça vaut le coup.

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