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dimanche 2 juillet 2023

Tectonique de l'insurrection

L'insurrection des banlieues (pour faire court) ressemble furieusement à la détente d'une faille en tension comme la Californie en connaît avec la San Andreas. Mais ce n'est pas encore le Big One annoncé par Gérard Collomb en 2018 : « après le côte-à-côte, le face-à-face !»

émeute à Saint-Denis (93)

Ce pays ne s'aime pas. Les secousses prémonitoires ont été nombreuses depuis la Manif-pour-tous en 2013, la mobilisation contre les lois sur le Travail en 2016, les gilets jaunes de 2018 et leurs suites hebdomadaires, les manifestations contre la réforme des retraites cette année et aujourd'hui les exaspérations de tous bords. La répression étatique, parfois sadique (police de Valls ou de Castaner) n'a rien réglé : l'étendue des dégâts constatée ce matin nous économise un long exposé. C'est proprement ahurissant. Et contrairement à la tectonique des plaques, il n'est pas sûr que l'explosion de colère termine la tension constatée jusqu'au meurtre de Nahel Merzouk. Peut-on parler des plaques ?

Le Piéton du roi en voit trois :

- la plaque de la globalisation des niveaux de vie ;
- la plaque de la mondialisation des spécialisations productives ;
- la plaque du déclassement relatif à la démographie.
La France les refuse toutes.

Mais s'y ajoute un ferment de révolte émané de nos élites en charge, le forçage d'une idéologie allogène dans les réflexions et les mœurs d'un peuple qui la refuse d'instinct. Le mariage pour tous est typique de cette obstination d'une caste allumée qui veut transformer de force la morale commune (un million de manifestants à Paris le 24 mars 2013) pour complaire à sa philosophie des sociétés humaines. Quand on pense que de grands ténors de la gauche gay, comme Pierre Bergé, refusaient la mascarade du mariage homosexuel, symbole éminemment bourgeois et décadent, on mesure l'entêtement de la pie Taubira à se faire un nom dans les livres d'histoire. Maintenant c'est le wokisme. Revenons à nos "plaques".

(1) La globalisation des niveaux de vie portée par l'universalité de l'information sur les conditions d'existence dans toutes les parties du monde, nourrit des comparaisons parfaitement légitimes qui sont le moteur très puissant des migrations Sud-Nord. Ce moteur ne s'essouflera que lorsque le gap sera moins grand que la peine exigée pour le franchir. En français facile, que vaudront les soucis et le prix d'un voyage d'exil pour obtenir juste une amélioration des conditions de vie si celles vécues au moment du choix sont quand même acceptables ? Tous les Kashmiris qui ont fini au fond de la mer au large de la Grèce avaient jugé que le jeu en valait la chandelle tant la misère est grande chez eux. Le problème crucial est dont le défi de l'EMIGRATION. Il ne peut se régler et progressivement que par une certaine entropie des niveaux de vie sur la planète. Les spécialistes chiffreront quel sera le gap acceptable quand remontera le niveau des moins dotés.
Jusque là, le "nord" doit gérer les migrations en fonction des capacités d'embauche et des conditions de résidence des populations déplacées par la globalisation. Et on ne parle pas encore des réfugiés climatiques. Le gouvernement français, encombré d'idées toutes plus fumeuses les unes que les autres, ne fait rien de concret, sauf à exprimer de temps en temps ses préférences auxquelles personne ne croit. Les Français ne perçoivent pas l'axe officiel de réflexion, les nouveaux arrivants non plus. Les conséquences sont fantasmées et les fomenteurs de troubles ont un boulevard.

(2) La mondialisation des spécialités productives n'est pas un concept récent. Les empires thalassocratiques occidentaux appliquèrent cette organisation de la production à l'intérieur de chacun. Mais le commerce mondial décrété par l'Occident a pris par surprise les vieilles autarcies protégées comme la France, quand les pays habitués au commerce extérieur en tirèrent bénéfice. Gouvernés par des profs de fac comme Raymond Barre, nous y avons perdu notre industrie, carrément. Nos voisins, gérés par une caste industrielle puissante comme l'Allemagne ou par des familles d'industriels qui avaient la fibre nationale comme l'Italie, ont sauvé la leur. Nous faisons des efforts pour nous rétablir et "rapporter du travail à la maison" mais la mentalité industrielle n'est pas encore revenue et nous ne rapatrierons rien de durable en industrie tant que vous n'aurons pas capté les débouchés de notre production. Le marché et l'usine vont de conserve. Cette agonie a détruit beaucoup de valeur ajoutée et de revenus, précarisant les acteurs de la production, sans toucher aux inactifs mais penseurs qui s'arrogent le droit de les gouverner. D'où le clash des gilets jaunes, entre autres.

(3) Le déclassement relatif à la démographie est inéluctable tant que la perception de la vie humaine reste en l'état dans certains pays du Sud global. Aussi longtemps que ce vecteur de puissance immédiate ne sera pas maîtrisé, il y aura une pression très forte à l'équilibre des fluides, le trop-plein d'ici cherchant à compenser le déficit là, parfois même par aspiration comme le fit longtemps l'industrie française rétive à automatiser ses chaînes. Le mouvement créé par la confrontation surpression-dépression doit être obligatoirement contrôlé (à la danoise), ce qui semble impossible en France tant que les allées du pouvoir seront en libre accès aux idées de la gauche généreuse et irresponsable. C'est donc un combat politique, qui doit être gagné absolument, sauf à voir le plus beau pays du monde se dissoudre en une magnifique réserve d'indiens. Mais qui sont ceux qui mènent ici ce combat ? Bizarrement, des Français de papier. Comme si la race n'avait pas survécu à deux guerres mondiales. On y reviendra.
cul de lampe diviseur
Après avoir défini les plaques en tension, il faut parler maintenant de la gestion nationale des catastrophes de rue. Alain Bauer disait récemment que les pouvoirs français ne savaient pas choisir entre l'intégration des nouveaux venus et leur précarisation en attente de retour à meilleure fortune chez eux. Il a raison. Il ne suffira jamais de déverser des milliards de remise en peinture des quartiers défavorisés pour avoir la paix. Il faudra intégrer les communautés allogènes en révisant l'empreinte de l'Etat sur tout le territoire, sans se départir d'une gestion à poigne de l'ordre quotidien. Comment ? En appliquant le droit existant aux acteurs du désordre comme aux fauteurs de troubles. On en revient à la judiciarisation du défi pour comprendre qu'il faut commencer par là. Reprendre en main la Justice et pour que la sacro-sainte séparation ne soit pas violée, le faire faire par l'institution elle-même. Quand mettra-t-on au gnouf les magistrats du "mur des cons" ?
Sans doute à ce moment commencera-t-on à comprendre qu'il faut extraire le domaine régalien de la dispute démocratique, si on veut avancer vers quelque chose de pérenne, en extirpant la politique politicienne de cet espace primordial.
C'est mon Projet... comme dirait l'autre.

lundi 14 mars 2022

Une défaite amère

J'ai perdu ! Après la chute du Mur en 1989, la rupture des barbelés aux frontières intérieures du Pacte qui s'ensuivit, je m'étais mis dans la tête que le commerce serait désormais le meilleur antidote à la guerre. Commercez, commercez, il en restera toujours quelque chose. A tel point que recevant de temps en temps des délégations de clients étrangers, mon premier toast de bienvenue reprenait cette antienne : Depuis l'aube du monde, la rencontre entre les hommes fut l'occasion d'échanges et souventes fois les prémices d'une amitié. Kampé ! Ça plaisait beaucoup.

Les Flamands, les Hollandais, les Danois, les Allemands, tous héritiers de la Hanse, avaient pris ce même parti-pris : le commerce d'abord, gage de richesses et de paix. C'est ainsi que furent créés les grands organes régissant les pratiques commerciales gouvernant les flux générés par les bourses de matières et denrées. Après le GATT (1948-1995) vint l'OMC ; et toutes les grandes institutions financières de dévelopement et commerce qui huilaient les échanges s'étendirent aux espaces qui avaient été libérés de l'idéologie marxiste. Le monde était alors dirigé par des gens d'une certaine épaisseur et pour ne citer qu'eux : Georges H. Bush, Mikhaïl Gorbatchev, Margaret Thatcher, Helmut Kolh, Jiang Zemin et même François Mitterrand. Cahin-caha on approchait de la fin des "histoires". Il y avait tant de monde à nourrir depuis qu'on avait compris que par le développement des échanges c'était devenu possible, que toute l'énergie se concentrait sur ce projet mondial qu'on appellera plus tard mondialisation aboutissant à la globalisation. Les grosses nations exportatrices comme l'Allemagne et le Japon ne se posaient aucune question. Etait-il intelligent de produire ici à des prix deux fois plus chers que ceux des mêmes achats qu'on savait faire ailleurs ? Les Allemands bâtissaient des usines partout, les Japonais aussi qui avaient en plus décidé de financer ex-nihilo la flotte commerciale de Chine populaire en leasing. Des centaines de porte-conteneurs, des milliers de feeders sillonnaient la planète pour assurer le transport de tout à des prix si bas qu'on ne les calculaient plus pour faire un prix de revient. La pulsation du système économique mondial ne semblait pouvoir être arrêtée, au bénéfice des inventeurs de l'idée certes, des acteurs et des back offices aussi, mais surtout au bénéfice des plus mal lotis qui découvraient une chose incroyable : l'espoir enfin d'une amélioration possible de leur sort, sinon l'évasion de leur progéniture du champ de la misère. C'est mon radotage sur l'entropie globale. Il faut constater l'enrichissement relatif des masses laborieuses asiatiques que tous les géographes des années 60 condamnaient à une misère éternelle sur la foi des paramètres démographiques rapportés aux ressources exploitables, pour comprendre ce qu'a produit l'invention de la DIT* dans la mondialisation libérale. Le seul continent qui n'a pas décollé franchement est celui qui conserva la tutelle néocoloniale par enrichissement exclusif de la classe dirigeante. La remarque s'applique aussi à l'Afrique du Sud.
Division internationale du travail

poster transports internationaux


Puis vinrent les beaufs. Dans les années 2000, deux empires renaissant des cendres de l'Histoire donnèrent successivement la main à des dirigeants de division 2 : la Fédération de Russie se choisit un ivrogne notoire et fier de l'être, auquel succéda pour le protéger des fruits de sa prévarication, un lieutenant-colonel du KGB, capacitaire en droit ; la République populaire de Chine, un fils de prince ayant obtenu son certificat d'études primaires. Celui-ci se toqua du projet impérial rebaptisé The China Dream qui visait à repousser les frontières du pays aux marches impériales incluses dans l'Empire des Grands Tsings, quoiqu'il en coûte en dépenses budgétaires pour y parvenir par la voie d'un réarmement massif, toute la nation, toutes ses entreprises publiques et privées, tous les cadres du Parti étant convoqués au succès du projet, sans murmures ni reproches, dont l'échéance ultime est le 30 septembre 2049. Ce jour-là la Russie aura perdu l'Amour. Justement, à Moscou, le colonel-espion devenu maréchal du Kremlin faisait le même rêve de reconstitution de l'Empire des Romanov dont son prédécesseur avait autorisé la translation des restes à Saint-Pétersbourg pour une inhumation télévisée. Il se guide sur la carte des minorités russophones laissées à découvert par le reflux de l'URSS. L'affaire se termine par la guerre d'Ukraine. Se termine parce que si les batailles de Kyiv, Kharkiv, Marioupol et Odessa ne sont pas perdues pour lui à cette heure, son pays est naufragé, l'Occident ayant décidé d'avoir peur, d'avoir froid pour qu'on en finisse une bonne fois avec ce genre de dément nucléaire ! A l'autre bout du monde, se discutent voies et moyens de faire la guerre à Taïwan, mais le retex de l'affaire d'Ukraine semble freiner les élans chinois. A tout le moins, le concept rhénan de paix mondiale par le commerce s'effondre !

En quarante-huit heures, l'Allemagne acte de son erreur tragique, réarme de cent milliards, reconstruit ses dépendances énergétiques pour sortir du piège russe de Merkel et Schröder. Elle est suivie par tous les pays du monde libre. L'imagination créative en action est un tropisme occidental : il n'est pas un jour sans qu'une idée de souveraineté nouvelle ou retrouvée ne traverse nos instituts de prospective. J'ai confiance, même si le gué sera plus long à traverser qu'on ne le croit. Il faut espérer que les dirigeants chinois, ceux qui ont encore cent sous de jugeotte, comprendront qu'il n'y a pas que le chrome et l'acier des armes pour abattre un pays. Le talon d'Achille est son économie si elle est entrelacée aux autres. C'est le message que la cohésion du monde libre envoie aux dictatures : celui de la barbichette.

La mondialisation va-t-elle néanmoins survivre aux appétits de cons terribles comme les deux précités ? Le monde est en réseau. Placé devant le futur antérieur, nul au monde n'a envie de revenir aux espaces étriqués d'antan, espaces géographiques et mentaux, même si la culture des particularités nationales restera le jardin de l'intimité des peuples. Les pays érémitiques n'ont aucun avenir.

fillette cambodgienne

jeudi 10 mars 2022

Vers une certaine indépendance

Nous avons parlé déjà de la mort annoncée de notre modèle social devenu insoutenable par insuffisance de valeur ajoutée produite par le travail des Français, il en est une autre : la mondialisation. Enfin, peut-être est-ce présomptueux d'enterrer la mondialisation des mœurs, des envies et des goûts sous la férule des GAFAM, mais il est un paradigme formidable qui maintenant pue la gangrène gazeuse, c'est la division internationale du travail (DIT). Depuis que la mine du monde (FDR) et l'usine du monde RPC) se sont déclarées ouvertement hostiles au monde libre qui les menace par le poison de la démocratie (plus simplement par la promotion des libertés individuelles), nous devons ramener leurs contributions essentielles aux économies clientes (nous) à la proportion de nuisance opposable dans une économie de guerre affrontant une rupture des flux. En trois mots : diminuer nos dépendances ! Certes dans le monde entrelacé d'aujourd'hui, l'indépendance est un horizon qui recule à mesure qu'on l'approche, mais cette quête du nouveau graal n'est pas stérile. Nous pouvons vivre mieux en rapatriant du travail chez nous et en augmentant notre sûreté.

Petite incidente philosophique : La mondialisation fut promue et acceptée par la terre entière parce qu'elle était une promesse d'entropie entre des mondes trop inégaux, le tiers et le nôtre. Nous perdions un peu au bénéfice de peuples nombreux que le principe de la DIT allait développer afin qu'ils ne nous fassent pas la guerre. Cela marcha à fond avec les pays d'Asie du sud-est hébergeant des nations industrieuses. Moins en Afrique, chez les contemplatifs de leurs droits. Mais dès lors que l'entropie nourrit une hostilité non feinte contre le monde donneur, il n'y a pas de raison de continuer le transfert. Nous venons d'atteindre ce point d'interrogation. Un grand pays mondialisé comme la Chine populaire va commencer à phosphorer sur les brisants de sa diplomatie de loups combattants.

porte-conteneurs

A cause de la rupture d'harmonie provoquée par l'invasion russe de l'Ukraine et le chaos énergétique mondial qu'elle engendre, tous les pays, y compris d'ailleurs les deux précités, vont faire l'inventaire de leurs dépendances, exercice toujours repoussé chez nous au nom du libéralisme, seul moyeu de développement de l'économie mondiale dans l'esprit de Davos. Dans le même mouvement, une seconde équipe lancera les recherches de dépendances alternatives pour les biens et denrées d'importation ; une troisième s'attellera au rapatriement de productions stratégiques sur le sol national, voire en zone de proximité sûre. Je mise vingt patacas que M. Macron passera commande des trois études chez McKinsey, chez Deloitte et chez Arthur D.Little, tant notre technocratie est encrassée de suffisance et d'insuffisances. C'est neuronal. Mais parlons un peu de notre cher vieux pays dont les dépendances multiples sont anciennes, n'en déplaise aux souverainistes. Quelques idées :

Si le Royaume-uni fut dans le passé notre allié obligé à la guerre, après avoir été l'ennemi héréditaire, c'est d'abord pour l'essence. De ce côté, nous prenons la trajectoire d'une quasi-indépendance énergétique en relançant les centrales nucléaires et en continuant à développer les énergies alternatives aux énergies fossiles d'importation. Il y faudra du temps mais avant dix ans nous en verrons les effets. Qui dit hydrocarbures, dit aussi chimie organique et plastiques, mais en quantités bien moindres.

Ni fer, ni charbon cokéfiable en France = pas d'acier. Mais il y en a partout ailleurs dans le monde, faut-il encore savoir placer des contrats d'approvisionnement dispersé, sans laisser les prix s'enchérir. Et pour la première fois dans ce billet : être capables d'assurer la sécurité des convois. Dans un monde hostile, cette précaution va s'imposer à tous les flux, nous n'y reviendrons pas. On a le même problème avec l'aluminium et tous les métaux à transformer. Les solutions sont les mêmes : disperser, sécuriser.

Tant pour l'énergie que pour les matières premières de base, il serait avisé de former un Lloyd's énergie et un Lloyd's matières entre acteurs du segment économique, qui veilleraient à maintenir la dispersion des approvisionnements et la tenue des cours dans une optique de sécurité. Ce serait plus efficace et moins cher qu'une nouvelle agence de planification. S'il est très difficile, sauf au tableau noir, de rapatrier les filières de production de biens de consommation, les industries ancillaires d'amont et d'aval des secteurs précédents sont identifiables facilement et peuvent être reconstruites sur les moignons subsistants qu'il faudra recapitaliser. La tache d'encre peut s'étendre à partir d'elles.

Pour la masse des industries de transformation, peut-être suffira-t-il de libérer les entrepreneurs des entraves grotesques qui les lient et accepter qu'ils y fassent fortune pour voir revenir un tissu industriel digne de nos souvenirs. C'est la seule voie aussi pour aborder aux rivages des nouvelles technologies. Sera-ce le plus difficile à imposer aux censeurs politiques de la république de gauche ? Peut-être, avant incinération du lest socialiste.

La question agricole est moins prégnante en termes de souveraineté. On fait des kiwis à Sumène. Pour huiler la circulation générale et la consommation des denrées, sans doute faudra-t-il clouer à la porte de la grange certains patrons de centrales d'achat, comme ça, juste pour le fun. Et ça calmera tout le monde sur l'empilage de marges et la paupérisation éhontée des exploitants. Nous avons un secteur agro-alimentaire puissant, sachons le protéger de la technocratie bruxelloise et de la prédation écologiste. Ce secteur n'a besoin de personne pour conquérir des marchés.

Il est d'autres secteurs que nous avons développés dans Les Sept Atouts qui n'ont pas besoin de secours d'urgence, même si nous devons veiller à leur bonne santé surtout dans le domaine militaro-industriel. La France en outre participe de l'inventivité génétique occidentale et y prend plus que sa part. Un avantage de l'Occident, même désindustrialisé, est qu'on y sait tout faire et que nous sommes encore à la source des inventions fondamentales. Le reste du monde suit, améliore, déploie, mais l'étincelle originelle vient de nous. Ne nous décourageons pas !

Une question qui revient souvent, grâce ou à cause de M. Macron, c'est l'européanisation des solutions de cette remontada. Sans être dirimant, confier notre survie aux institutions européennes est dangereux, surtout à vingt-sept ; d'abord par le temps interminable qu'il y faudra investir. Sans couper aucun pont, il ne faut pas attendre l'Europe, pas plus qu'il ne faille attendre l'Allemagne dans la mise en production des armes indispensables à notre sécurité (par exemple). Il y a deux pays qui dans l'ensemble des coopérations d'armement ont toujours répondu présents, ce sont l'Espagne et l'Italie quand le "plan de charge" était honnêtement distribué. Travaillons avec eux déjà et mesurons nos ambitions à l'aune de nos capacités. Nous saurons un jour ou bientôt si charbonnier est à nouveau maître chez lui !

lundi 23 mars 2020

Des lendemains tumultueux !

Un ami me signale que tous les "instituts" phosphorent sur la prospective post-Covid_19 afin de sortir le dossier que tous les gouvernements s'arracheront. Sans être collapsologue patenté, Royal-Artillerie rejoint la meute et vous livre la substantifique analyse d'un futur à connaître. Les gouvernements étrangers pourront cliquer sur la barre de traduction en tête de gondole (fin de la blague).

L'idée était de faire un dossier de quatre articles sur la spécialisation à outrance des fabrications qui impacte les chaînes de production partout comme on l'a vu lors du tsunami de Fukushima ; sur le rôle de l'Etat-stratège dans une société libérale ; sur le combat croissance-réchauffement climatique, et aussi, sur la fracture millénials vs. boomers. Mais le premier brouillon a laissé comprendre que la mondialisation était la mère de tous ces sujets et qu'il fallait creuser. Cela tombe à pic. Royal-Artillerie a fait plusieurs articles impliquant la mondialisation (37). Des bases existent qu'il faut actualiser et développer.


Ayant participé, de loin mais quand même, à des travaux du GATT*, je témoigne que la libéralisation des échanges par l'abaissement des barrières douanières et normatives avait deux buts : la planétarisation de la prospérité occidentale accroissant les productions et leurs marges, les échanges et leurs bénéfices, dans le cadre général d'une division internationale du travail (vieux thème testé par le COMECON). Le second but n'était rien moins que de gagner du temps sur un conflit sud-nord qui, en pleine guerre froide, semblait plus que probable sur les générations montantes quand exploserait la marmite démographique. Qu'en est-il résulté ?
*General Agreement on Tariffs & Trade, ancêtre de l'Organisation mondiale du commerce OMC

Un marché-monde s'est construit peu à peu avec pour chaque objet fabriqué une fourchette de prix étroite qui ciblait rapidement où cette chose devait être produite. En fait, comme on le verra des niveaux de vie, il y eut entropie des valeurs marchandes, sauf surtaxation locale de biens indésirables (comme les automobiles à Hong Kong). Un objet aussi international que le rasoir Philipshave vaut partout le même prix à +/-20%. Avant taxes c'est pareil pour les voitures selon le segment. Et cela va jusqu'aux fruits et légumes ! La mondialisation permet de profiter de l'inversion des saisons entre les hémisphères et offre à beaucoup de consommateurs pas forcément riches de goûter des curiosités comme en Europe les épices, les mangues, dorians, kumquat à des prix incroyablement bas qui réveilleraient les morts de la Compagnie des Indes néerlandaises. Le marché de chaque produit s'élargissant comme il ne le fut jamais même dans les empires coloniaux (les premières mondialisations), les producteurs s'enrichirent et les commerçants avec eux, jusqu'à engrener la roue d'une entropie des niveaux de vie. Et c'est déjà le défi que nous allons affronter en réduisant la mondialisation des échanges : nous ralentissons la progression des revenus du tiers-monde alors qu'il continue de croître en nombre de bouches à nourrir. En 2012, un billet titré La globalisation ou la guerre expliquait bien cela et se terminait ainsi :
Démondialiser c'est freiner l'activité économique du Tiers-Monde, voire stopper l'espoir. Quelques milliards de gens connaissent l'espoir, pour eux ou pour leurs enfants. Stoppons-le et verrons-nous sourdre alors dans notre village global des insatisfactions telles que l'injustice ne pourra être apaisée que par la violence du Sud contre le Nord. Et le monde prendra feu. La globalisation fait accéder le monde entier à la vitrine magique des belles choses. Il est facile de comprendre qu'à l'égalité des envies doit répondre, sinon l'égalité des conditions de leur satisfaction, du moins l'espoir d'y parvenir. L'espoir fait vivre... en paix.


Ceux qui chez nous veulent claquer la porte du village global ne voient pas qu'ils fournissent le carburant d'une confrontation sud-nord. Elle sera bien différente de celle que les bureaucrates du GATT redoutaient. Entretemps, le Sud s'est acheté la bombe atomique ! Non pas tant pour nous la mettre sur la gueule que pour nous dissuader de leur balancer la nôtre. Chine, Inde, Corée du Nord, Pakistan et l'Iran bientôt s(er)ont équipés. Les pouvoirs politiques du Sud ne s'y trompent pas : quand Donald Trump a lancé sa démondialisation, son premier contempteur au forum de Davos fut le président chinois qui se fit l'apôtre du libre-échange, pas pour prendre la pose, mais parce que la mondialisation est vitale pour tous les pays émergents, vitale au sens de vie ou de mort. Et encore la Chine maîtrise-t-elle sa démographie - ses problèmes sont ailleurs - mais l'Inde, l'Indonésie, le Brésil, le Mexique, le Nigeria, l'Afrique australe grouillent de populations impatientes ! La réponse académique est bien sûr de développer ces pays afin qu'ils répondent aux attentes de leur peuple, mais l'expérience montre que les figures imposées tardent à produire leurs effets, par le coulage de la corruption d'Etat principalement, alors que l'aspirateur à biens et services favorise rapidement les économies productrices, donne du travail, des salaires, l'espoir d'une vie meilleure pour les gosses.

C'est au moment du triomphe de la belle démonstration que s'élève la petite voix de Greta Thunberg. La croissance va étuver la planète. Si on ne peut laisser crever les masses oisives du tiers-monde, en décrétant que la croissance est un péché mortel, il va bien falloir à somme zéro, transférer des moyens de subsistance des pays développés vers les autres. Ceci revient à accélérer l'entropie des niveaux de vie et forcément laisser baisser le nôtre ! On va écouter une courte vidéo de propagande chinoise visant à mater les riverains de la Mer du Sud pour prendre le temps d'assimiler le concept d'empire revenu.


©China Global Television Network


Si les chefs d'Etat du monde n'arrivent pas à s'entendre sur l'entropie nécessaire pendant la journée, l'espèce humaine qui baise pendant la nuit va nous foutre la guerre ! Oh bien sûr, nous masserons nos chars en frontière et nous coulerons les barques des pouilleux assaillant le camp des saints pour sauver une économie en voie d'effondrement rapide, nous nous enfermerons sans grands moyens et sans voir les intentions mêmes pas cachées des empires revenus, les vrais, pas les conglomérats de la filandre comme l'Union européenne, non, ceux qui ont un agenda : la Fédération de Russie qui veut récupérer son glacis occidental afin de tenir sur l'Amour sans être prise à revers ; la République populaire de Chine, légataire universel de l'empire des Hans qui revient sur le limes impérial en captant toute l'eau des piémonts orientaux de l'Himalaya et ne laissera personne sur la ligne de crête, qui veut faire de la Mer du Sud un lac intérieur et gagner l'accès à l'Océan en reprenant Taïwan ; l'Inde qui a envie de tout vitrifier à l'ouest de l'Indus et repousser l'islam le plus loin possible ; et l'Iran ! Se souvient-on de ce que fut l'empire perse ? Bref, la démondialisation ouvrira l'appétit et tout le monde attaquera tout le monde ! Ce que justement redoutaient les pères du GATT pour les générations montantes. Cela vaut-il le coup ? Ne vaut-il pas mieux réparer la globalisation ?


Passons en revue les problèmes causés en Europe occidentale par le coronavirus de Wuhan et signalons après des pistes de réparation :

- Le premier choc fut d'apprendre que les génies qui gouvernent cette république endormie ont dégonflé les stocks stratégiques de masques respiratoires, comptant se refaire sur les usines chinoises alors que la Chine est un foyer épidémique permanent et donc que les productions nationales seront réquisitionnées en cas de crise sanitaire. Celui qui a signé la décision doit être déporté aux Kerguelen, à défaut injecté au chlorure de potassium.

- Le deuxième choc fut d'apprendre qu'avec une toute petite épidémie en métropole (regardez bien les chiffres c'est peanuts pour une population de soixante millions d'habitants), nous n'avions pas la moitié des lits de réanimation nécessaires et qu'à part de déclencher le Plan Blanc (pour faire quoi) nous n'arrivions pas à augmenter suffisamment ces équipements. Il semble que le ministère ait été tétanisé par Bercy pour passer les commandes en temps et en heure avant le tsunami redouté par Mme Buzyn. Faut-il encore trouver des producteurs locaux puisque chaque pays se réserve ses productions nationales.

- Le troisième choc fut de constater l'amateurisme des pouvoirs publics (du moins l'exécutif politique) incapables de décider les mesures d'urgence sanitaire qui marchent ailleurs. Nous sommes bien sûr tellement supérieurs aux asiatiques juste bons à fabriquer des poignées de porte ! Mais cinq pays ont fait face au coronavirus de Wuhan avec succès sans stopper les machines. Ils ont contrôlé leurs frontières et imposé une hygiène individuelle et publique de haut niveau, quasiment psychotique. Je cite Taïwan, la Corée du Sud, le Japon, Singapour et Hong Kong.

- Le quatrième choc n'a pas eu lieu : Depuis l'attaque au sarin du métro de Tokyo en 1995, les services de sûreté se méfient des opérations de guerre asymétrique en zone confinée. En passant, les treize membres de la secte ont été pendus en 2018. Mais l'attaque au gaz n'est pas grand chose comparée à l'attaque biologique, parce qu'on la décèle immédiatement, après quelques victimes quand même ! L'attaque biologique, elle, est sournoise car sa létalité est différée dans le temps et l'espace et ne peut être décelée que par une forte mortalité de cas identiques aux Urgences. Or nous savons maintenant que les pouvoirs publics ne sont pas prêts, pour ne pas dire pire. Quelques décès du coronavirus et on remue ciel et terre, on déplace des avions-hôpitaux, un porte-hélicoptères, on appelle l'industrie au secours... on est morts ! N'imaginez même pas une attaque à l'anthrax aux quatre coins de l'hexagone : un carnage !

La première décision à prendre - mais pourquoi les annonces tardent-elles, elles rassureraient les gens - est de reprendre les fabrications stratégiques sur le territoire national immédiatement en économie de guerre. D'éventuelles coopérations de proximité avec nos voisins peuvent légitimement s'envisager mais nous devons être sûrs. Notons que l'Allemagne a refusé d'aider l'Italie. Il faut ensuite remonter au niveau requis les structures de lutte hospitalière, quitte à les mettre sous naphtaline en attente de mobilisation. L'ancien hôpital du Val de Grâce est tout indiqué pour Paris et sa petite couronne.



La deuxième décision sera bien plus dure à prendre : il faut détruire toute la chaîne de commandement qui part du ministère et finit aux Urgences. Le scandale des masques et des respirateurs qui doivent doter le personnel soignant impose un acte fort dont se souviendront d'autres services tout aussi incompétents et arrogants dans notre belle république corrompue. Tuons le poulet pour effrayer le singe.

Rien ne sera plus comme avant, clament les pythonisses à plateaux. L'Etat, l'Etat, l'Etat, même le président encense l'Etat-providence qui avait disparu malgré 56% de dépenses publiques dans le PIB français. L'Etat est central en stratégie, partout au monde, et pour cette raison, le nôtre est en même temps coupable, du moins les politiciens qui se succèdent à sa gestion. Nos précautions sanitaires ont été désarmées au prétexte d'économies que la classe politique ne sait pas faire sur le futile et le clientélisme. On dépensera une fortune sur les PMA comme sur l'IVG et cent autres postes du coulage social, mais on réduira les moyens de réanimation pour compenser. Les exemples feraient dix pages. Le moment est venu de reconstruire l'appareil étatique en le concentrant sur ses missions essentielles qui devront être sacralisées, quoiqu'il en coûte aux bénéficiaires actuels des largesses incontrôlées - combien de millions de cartes vitales en circulation ?
C'est là que prend tout son sens un projet de société comme le rebrasse Frédéric Winkler, reconstruit sur les fondamentaux du pays, ce qui est valable pour d'autres pays bien sûr.

Reste maintenant le dernier point, la fracture inter-générationnelle
. C'est l'état des lieux qui pose problème. Que la crise climatique soit ou non le fait de l'espèce humaine ne doit pas masquer le constat que la terre est sale, les océans sont sales, la pollution de l'air, des eaux et des sols est partout. C'est un grand chantier international de nettoyage dont il s'agit, et les atermoiements, excuses et explications de la génération aux commandes la disqualifient de continuer à gérer. On ne parle pas là du climat mais de la merde !

L'autre poste du passif est le niveau d'endettement absolument phénoménal des nations, endettement et déficits encore accrus par la lutte contre le coronavirus de Wuhan. Je me pose la même question que Marc Fiorentino, mot pour mot : « Mais à la fin qui paie ? Quand toute cette crise sera terminée, on aura oublié la "solidarité" et on reviendra aux contraintes budgétaires et chacun viendra réclamer son argent, l'Etat, les banques, les bailleurs. Et il faudra rendre les "cadeaux". Peut-être pas ! Si à terme ce sont les banques centrales qui détiennent les dettes des Etats qui elles-mêmes contrôlent de fait les banques centrales, pourquoi n'assisterait-on pas au niveau mondial à un "abandon de créances" massif, une annulation pure et simple d'une partie de la dette ? »
La génération montante est condamnée à purger ce passif d'une façon l'autre, mais le clearing de Fiorentino est la bonne idée.

Au bilan il y a quand même de l'actif :
D'abord et bien qu'on nous l'annonce chaque année comme imparable, notre génération a bloqué la troisième guerre mondiale à la fois par la terreur nucléaire et par le développement des grands pays émergents qui ont intérêt à la paix. L'expansion des zones de libre-échange, un produit typiquement occidental, a arraché à la misère des centaines de millions de pauvres gens condamnés à une misère endémique par tous les géographes des années cinquante, spécialement en Asie. C'est ça de moins à faire. Et pour finir, nous avons numérisé la planète, apportant les moyens de communiquer à grand débit jusqu'aux fins fonds du monde ! Il y a fallu beaucoup d'intelligence et beaucoup de câbles et équipements de routage et stockage, on n'y pense jamais. La jeunesse n'abandonnera certainement pas cet héritage-là. Pray for millenials !

Chaque jour redonne une chance...

(C'était un peu long sur la fin, mais c'est la faute au confinement)

lundi 8 mai 2017

Et c'est reparti pour un lustre !

C'est fait ! Vox populi, vox dei : Emmanuel et Brigitte Macron ont acquis le droit de pendre la crémaillère dans la bonbonnière de la marquise de Pompadour et d'y inviter tous leurs amis pendant cinq ans, ou plus... si affinités avec le peuple français qui n'existe d'ailleurs pas. Quelle belle aventure d'amour, Guenièvre et Lancelot du Lac héritent de Camaaloth ! La reine fut professeur de latin et de français, ce qui nous ramène à des premières dames à bagage que le temps des poules nous avait fait oublier. Pour le reste, c'est à lui qu'on s'adressera désormais en lui donnant du monsieur le président ; elle, le regardera vieillir deux fois plus vite que d'habitude et la rattraper de cette façon ; c'est la fonction la plus usante du microcosme. Pour une fois, elle sera assumée par un homme de presque quarante ans, ce qui ne déplaît pas au pays, lassé des croûtons rassis des partis en cour. Le dernier jeune président fut aussi le premier d'entre-eux, Louis-Napoléon Bonaparte qui accéda à quarante ans et fut l'unique président de la II° République. Tout commence maintenant pour deux attelages inédits à la ville comme au palais, le premier ministre ayant pour référent une pointure intellectuelle quoiqu'on en dise, un khâgneux philosophe et énarque, lauréat du concours général, ce qui compte peut-être plus que le reste. A la ville, l'écart de génération n'est pas plus grand qu'entre Melania et Donald (je sais ce que vous voudriez dire).

Sans augurer de l'avenir - en aura-t-il un à l'issue des #MacronLeaks en cyrillique ? - on peut avancer que le président Macron a su évaluer par le principe de réalité la position géopolitique et les ambitions françaises jouables, bien avant les incantations vociférantes en meeting. Il ne cassera pas la baraque à l'extérieur, nous n'en avons plus les moyens et c'est un gage de succès comme aurait pu le lui dire Edmond Burke. La tabula rasa sied aux esprits simples et aux orgueilleux incultes. Oublions par contre le programme électoral qui ne survivra pas tel quel à l'élection. Ce pays est irréformable sauf au cœur d'un drame national. Pompidou disait qu'on ne pouvait en France faire bouger les lignes qu'à chaud. Par la raison ou le bon sens, c'était impossible. Comme on n'est pas (encore) en guerre intérieure, il s'agit maintenant d'attendre que les oppositions s'usent jusqu'aux congés d'été avant de gouverner au mieux des intérêts bien compris du pays et naviguer entre contraintes intérieures et dépendances extérieures as usual.

Mais il est un fait nouveau : la haute bourgeoisie s'est ralliée d'un bloc. Jacques Attali disait l'an dernier, parlant de la fusée Macron : voilà un bon produit, un bon logiciel, y a plus qu'à ! On jugera de l'influence de la Haute dans l'évolution de la contestation et dans la mise en œuvre in fine des réformes indispensables au dernier pays marxiste d'Europe ; soit par extinction du mécontentement à travers les syndicats ouvriers et le mouvement pseudo-alternatif qui canaliseront le mécontentement vers le cocufiage, soit par extinction de l'embrasement que les pouvoirs bourgeois auront provoqué pour atteindre aux circonstances de désordre nécessaires à la proclamation de l'article 16 de la Constitution, un 18-Brumaire moderne.



Dans leur analyse du mode de désignation du chef de l'Etat, le Groupe d'Action Royaliste* avait cité Danielle Mitterrand qui bornait ainsi la capacité d'intervention de son président de mari : « Après 1981, je demandais à François Mitterrand : "Pourquoi maintenant que tu as le pouvoir ne fais-tu pas ce que tu avais promis ?" Il me répondait qu’il n’avait pas le pouvoir d’affronter la Banque mondiale, le capitalisme, le néolibéralisme. Qu’il avait gagné un gouvernement mais non pas le pouvoir. J’appris ainsi qu’être le gouvernement, être président, ne sert pas à grand-chose dans ces sociétés sujettes, soumises au capitalisme. J’ai vécu l’expérience directement durant quatorze ans. En France, on élit, et les élus font des lois qu’ils n’ont jamais proposées et dont nous n’avons jamais voulu.»

Gouverner au sens plein à notre époque revient à optimiser les dépendances. Royal-Artillerie le rabâche depuis dix ans. La faillite annoncée des programmes hyper-souverainistes et les prémices d'un hard Brexit infinançable par les Brittons - le UKIP est en voie de désintégration au Royaume-Uni - a convaincu une majorité importante du corps électoral français que nous n'étions pas une île. Sans blague, nous sommes déjà mitoyens avec sept pays ! Au-delà, la France est imbriquée dans le monde pour le meilleur et pour le pire, et pas plus que sous François Mitterrand, elle n'est ni sera seule ! Mais optimiser les dépendances n'est pas s'abstenir de gouverner comme s'y est vautré ce brave monsieur Hollande, incapable de briser la coquille élyséenne. Il a dépensé son temps à se chercher des excuses, des traîtres et des miroirs, comme nous le révélait le bouquin de Davet & Lhomme qui l'a tuer. Tout le contraire de "fonctionner", présider la V° République c'est du haut niveau, quasiment surhumain, exaltant au bout du compte quand on a cumulé les gains ! Macron y croit. Croyons-y avec lui quelques semaines.

Pour conclure, constatons qu'au pantographe de la mondialisation, la France est un beau pays moyen, souvent le premier du pack des moyens (clic p.379 et >) : pnb/$ (5°), population (20°), défense (5°). Faut faire avec intelligence et ruser un peu avec nos outremers ! A défaut de rente minière, à nous de pousser partout nos atouts - il en reste - en commençant par libérer la créativité qui en permet leur exploitation. Ce pays est intelligent mais bridé par la soviétisation imposée à la Libération. Ses atouts sont : dans le désordre, l'agriculture commerciale, l'agro-alimentaire, la pharmacie, l'aérospatial, l'atome, les start-ups, la bancassurance, le luxe et le tourisme (culture, œnologie et gastronomie) sans oublier la deuxième zone économique exclusive et bien sûr, le concours Lépine.

Sortons des débats politiques... ils ne créent aucune richesse, au contraire. S'ouvre maintenant une période des luttes sociales et corporatistes annoncées pour contrer d'emblée la politique réformiste de M. Macron (ultra-libérale paraît-il, malgré des taux de prélèvements et redistribution proprement collectivistes - gag!). C'est la Gaule éternelle livrée à elle-même qui attend son Pacificateur. Mais il faut purger la colère populaire d'abord ! Vous avez les indices, on en reparle ?


Madame Première

Note (*): L'article du Groupe d'Action royaliste est à lire in extenso par ici (clic)

 

COMPLÉMENTS D'OBJET DIRECTS

De quoi s'agit-il quand on parle d'optimisation ? Faisons l'inventaire des chaînes existantes qui ne sont pas toutes de captivité mais aussi de transmission :

- Approvisionnement énergétique
(sujet abordé dans le billet précédent) Le mix énergétique français est à régler au mieux de nos intérêts mais il est facile de comprendre que des négociations au niveau européen avec les producteurs d'énergie étrangers auraient plus de poids. Si l'Europe discute avec Gazprom ou la Sonatrach pour un marché de cinq cents millions de consommateurs etc... Optimiser c'est avec l'Europe.

- Droit européen
Les cours européennes de justice nous contraignent, c'est vrai, mais à y porter nos analyses, nous agissons déjà. Il faut certainement s'impliquer plus dans le travail juridique où nous sommes reconnus très bons.

- Droit international
La charte de San Francisco nous gouverne à notre insu, mais nous avons l'avantage du fondateur et bénéficions d'un siège au Conseil de sécurité assorti d'un pouvoir de veto. Nous avons aussi une certaine aura en assemblée générale qu'il faut savoir exercer intelligemment. Bien menée, la contrainte onusienne n'en est pas une et peut rehausser le prestige de notre diplomatie.

- Code international de commerce (OMC CEE)
Les lois internationales du commerce existent depuis la Renaissance et leurs contraintes sont les garanties de nos clients et fournisseurs. Hors ces lois, nous perdrions toute crédibilité, comme s'y sont essayé quelques pays émergents à leurs dépens. Le premier secrétaire général de l'OMC fut un Français. Nous y existons donc. A nous de peser dans le sens de nos intérêts et faire agir le niveau compétent sous pression, souvent l'Union douanière européenne. Il suffit de travailler et de ne jamais lâcher le bout. On ne voyait pas trop un Harlem Désir dans le schmilblick.

- Monnaie étrangère et commune
Nous avons déporté à Francfort le pouvoir de battre monnaie pour une raison simple : nous étions incapables seuls de brider notre création monétaire. Adepte de la politique du chien crevé au fil de l'eau, la classe dirigeante française, addictée au collectivisme répartiteur, a constamment soldé ses comptes par la dévaluation. Les acteurs économiques trafiquent aujourd'hui en euro et s'en trouvent bien, j'en témoigne. Cette monnaie a autant de valeur que les quatre autres grandes monnaies du monde (GBP, CHF, USD, JPY) ce qui ne fut jamais le cas du franc français après la dévaluation Poincaré de 1928. Si nous avons perdu ce pouvoir, c'est de notre faute, y revenir ruinerait non seulement l'épargne populaire, mais notre crédibilité internationale jusqu'à l'humiliation de passer par l'euromarc ou le dollar dès que nous traiterions à l'étranger. L'accès aux prêteurs internationaux ne se fera jamais en francs nouveaux. Même à l'époque, nous émettions des bons en devises ou en eurofrancs (francs expatriés), pas en francs domestiques. Pour parer le premier choc pétrolier en 1973, Giscard d'Estaing, ministre des finances de Pompidou, fut même obligé d'emprunter en garantie-or auprès des épargnants français qui n'avaient aucune confiance dans la monnaie nationale.
Il n'y a rien à optimiser là, sauf à peser au conseil de la BCE et à rétablir nos comptes publics comme promis. Le jour où nous serons en excédents, nous n'aurons plus envie de repasser au franc.

- American way of life (culture)
L'américanisation de nos sociétés est souvent perçue comme une mode, une tendance... mais c'est parfois une véritable contrainte quand elle guide les goûts du public consommateur en stérilisant le champs des choix qui lui sont offerts. Il y a beaucoup à faire contre cette globalisation, à commencer par libérer la création domestique pour la sortir du sillon gauchisé. Même si ce n'est pas de la vraie culture, les productions d'EuropaCorp de Luc Besson démontrent qu'on peut jouer dans la cour des grands. Un "ministère" est-il la meilleure méthode ? Selon Frédéric Mitterrand, le ministère de la Culture est un fromage où toutes les dépenses sont fléchées vers les abonnés au Système, et où se recopie le modèle subventionné français, pas toujours formidable. Le cinéma est le volet le plus visible mais il y a quantité d'autres tonneaux des Danaïdes.

- Contraintes atlantiques
Il s'agit dans l'esprit des gens de l'Alliance éponyme**, mais les relations économiques et politiques entre l'Amérique du Nord et l'Europe occidentale suggèrent un billet dédié, ce serait trop long. L'OTAN est un outil de guerre à disposition, qui ne nous oblige pas plus que nous ne le voulons. Les preuves sont... désarmantes, l'affaire d'Irak de 2003 les résume toutes, l'affaire d'Afghanistan en rajoute une couche. Nous nous sommes abstenus là avec quelques autres et y sommes allés ici de notre plein gré, sous Jacques Chirac. En plus, la participation au commandement intégré et à ses procédures imposées nous a forcés à rehausser les nôtres qui commençaient sérieusement à dater.

Finances internationales
Les financiers internationaux n'ont jusqu'ici jamais manqué à l'appel du renflouement de notre gabegie nationale, ce qui laisse penser que, vu de loin, le pays est solvable et sûr, pour deux raisons : a) l'impôt rentre, même si le taux de prélèvement est exorbitant à la limite du racket fiscal ; b) le patrimoine des ménages excède la dette souveraine. Certains ont du mal à l'encaisser, mais la finance anonyme et vagabonde n'est pas notre pire ennemie, elle paie rubis sur l'ongle ! Par contre, nos déficits structurels la convoquent à la table des décisions politiques. La politique de la France ne se fait pas à la corbeille mais la corbeille téléphone souvent quand même. Le pouvoir sera toujours prudent avec la Banque puisque nous aurons longtemps besoin de preneurs de bons du Trésor.
Note (**): Le blogue Royal-Artillerie recense 47 billets libellés OTAN ou NATO. Bon courage.

lundi 23 mai 2016

Des racines européennes

L'astrolabe de Chaucer (début XV°) est-il andalou comme semblerait le revendiquer l'Institut du Monde arabe ? Certes, l'instrument à viser le ciel qu'inventèrent les astronomes grecs de l'Antiquité fut bien perfectionné par les savants arabes et spécialement par Al-Zarqali à Tolède, mais on admet que c'est le collège Merton (Oxford) qui fit la meilleure synthèse des traités d'astrolabe jusqu'à ce que les Portugais en produisent une version embarquée pour améliorer la navigation hauturière. Dans un tout autre domaine, Jean de La Fontaine fit son miel des fables d'Esope mais aussi de celles du Kalila wa Dimna, pompées du sanskrit par les Perses qui les passèrent aux Arabes, traduits à leur tour par les Castillans, leurs voisins de palier, qui les passèrent aux Français en 1644. D'où viennent les bains turcs de Budapest ? Des thermes romains peut-être ? ETC...

On apprend que notre pape Francesco aurait hésité à proclamer les "racines chrétiennes" de l'Europe. Et pourtant ! Quelle mouche a piqué le pontifex romain à se risquer sur ce terrain pour aussitôt retirer son pied ? On dirait du Hollande. Mon petit doigt me suggère qu'il n'a pas voulu remettre du charbon dans les chaudières polonaise et autrichienne qui font une crise d'urticaire musulman carabinée et parce qu'aussi la chose est en débat au Parlement européen. Benoît XVI était plus courageux... à Ratisbone. Bien sûr, aucun continent n'a vu pousser qu'une seule espèce d'arbre. Même l'empire chinois - le plus ethnocentré avec l'Egypte pharaonique - a été labouré en tous sens par des civilisations allogènes. Qu'on se souvienne que les clercs tibétains avaient la haute main sur les affaires spirituelles de la maison impériale et que les jésuites européens contribuèrent grandement au progrès de la dynastie mandchoue des Grands Tsings (la dernière).


L'Europe commence à l'Île de Fer (longitude 18°W de Greenwich aux Canaries), c'est d'ailleurs son méridien zéro traditionnel - n'en déplaise aux Rosbifs - et elle se termine à la ligne de partage des eaux que constitue la chaîne des Monts Oural, soit à la ville de Magnitogorsk (59°E) pour fixer un peu mieux les idées. A l'exception de la Thrace turque, de l'Albanie et de la Bosnie Herzégovine, retournées en profondeur par les Ottomans, l'Europe actuelle a toujours un socle chrétien. Mais si elle embrassa la foi chrétienne à mesure que les empereurs romains d'orient et d'occident se convertirent, des temples, édicules et fontaines sacrées préexistaient en ville comme en forêt par tout le continent. Les grandes religions polythéistes classiques et barbares, qui construisirent ces édifices et ces mythologies, tinrent le pays très longtemps avant la conversion ; imaginez que Troie fut prise au XIIè siècle av.JC.
Les monothéismes qui les écrasèrent parvinrent à régner sans partage jusqu'au XIXè siècle, en s'entre-déchirant au nom du même Dieu, ce qui est rare dans l'histoire de l'Humanité. Oui, les racines chrétiennes de l'Europe y existent indubitablement, elles portent les fondations des cathédrales, elles ont bu le sang des schismatiques et des impies, elles ont gardé les ossements des croyants à millions, mais le sol en contient bien d'autres qui les ont plus ou moins nourries. Les fontaines en alcôve de nos forêts ont vécu le remplacement de leur statue miraculeuse tant qu'elles ont coulé. Qui était celle qui précéda le druide gaulois ? Qui lui fut substituée par le prêtre romain ? Quelle sainte catholique y fut accueillie ? Par chance les imams détestent les statues.

Si l'Europe fut un continent en guerre civile perpétuelle - elle en mourra en 1945 - l'histoire retiendra d'abord dans les grandes épopées ses opérations extérieures : le combat acharné des armées croisées contre les armées arabo-musulmanes qui se firent une guerre de deux cents ans au Proche Orient. Les conséquences en furent grandes tant sur le développement de l'occident médiéval que sur celui de l'orient islamique, mais on n'en retient aujourd'hui que l'humiliation des Arabes alors qu'à la fin ce sont eux qui vainquirent ! Comme quoi, la mauvaise foi est la chose la mieux partagée. L'Europe renvoyée sur ses terres allait s'élancer à la Renaissance sur toute la planète et son empreinte y demeure presque partout.
Alors pourquoi l'Europe cherche-t-elle ses racines ?

Est-ce un quelconque signe ? Oui. De décadence ! De dévirilisation ! Les Portugais de la circumnavigation, les Espagnols de la Conquête, les Hollandais, les Anglais, les Français des empires coloniaux ne cherchaient pas leurs racines. Ils étaient en phase de découverte du monde et d'asservissement des peuples nouveaux, captant le plus possible de matières, marchandises et denrées à transformer et consommer. De nos jours, on dirait qu'ils étaient dans leur phase de "mondialisation". D'ailleurs Royal-Artillerie avait fait un article célèbre en ce sens (L'Esprit de l'horizon).

Mais l'expansion est terminée pour l'Europe*. Il faut dire que deux guerres mondiales atroces provoquées par elle ont fini par l'assagir, sans la guérir quand même d'une certaine arrogance : l'Europe s'invite presque partout dans la solution de conflits, pour proposer aussi son modèle démocratique et ses codes sociaux comme remèdes ultimes aux imperfections de l'espèce humaine. Une civilisation est toujours satisfaite de sa propre supériorité et répute ses marges en barbarie. Elle cherche à bloquer le temps de sa suprématie jusqu'à ce qu'il s'échappe de ses mains par la supériorité acquise sur le limes contre elle. C'est d'Ibn Khaldoun (Tunis, 1332 - Le Caire, 1406), premier analyste anormatif des sociétés humaines et théoricien des civilisations.

Contrairement à nos frayeurs, ce ne sont pas les Musulmans dispersés et largement en retard aujourd'hui dans tous les compartiments du jeu (sauf les maths) qui vont nous supplanter dans les enceintes décisionnaires, mais les empires nouveaux et renaissants, à diverses raisons que nous avons maintes fois exposées sur ce site. L'affaire se joue entre la thalassocratie anglo-saxonne, l'empire continental chinois et l'empire vide des glaces russes. Les Musulmans sont-ils du renfort dans ce choc des quatre mondes (j'y compte encore l'Europe) ? J'en doute. Du moins ils n'ont rien prouvé en ce sens jusqu'ici. Qu'ils ne cherchent pas en revanche à imposer leurs modes sociétaux, perclus d'obsessions génitales et de discriminations sexistes. Merci. Nous allons garder nos clochers et nos fontaines miraculeuses où l'on jette des pièces de monnaie, nos martyrs et nos saints dans des statues en plâtre, toutes nos racines antiques et modernes, nos femmes en jambes et en cheveux et notre joie de vivre !

« Nos ancêtres les Gaulois » par Toutatis, on n'en démordra pas !
- Vous reprendrez bien un peu de sanglier ?
- Désolé, j'ai piscine.

Piscine du harem de Jean-Léon Gérôme (1876, L'Ermitage)

* Note : Pour mesurer le point d'aboutissement du déclin relatif de l'Occident et compléter la théorie d'Ibn Khaldoun, il faudrait lire Mass Flourishing de l'économiste américain Edmund Phelps, prix Nobel d'économie 2006, qui soutient que "le plus tragique dans notre déclin est bien que l'Occident ne soit même plus l'Occident" (Princeton University Press, 2013).
Rappelons aussi l'ancien de référence : Oswald Spengler et son Déclin de l'Occident (Gallimard, 1931) dont les intuitions sont de pleine application aujourd'hui :
- capitalisme financier international en lutte contre les économies nationales
- presse vendue à la ploutocratie qui mute de la liberté à l'asservissement
- réseau mondial de communication uniformisant la pensée
- morosité démocratique après la mort des idéologies
- migration des prolétariats étrangers concurrents des classes ouvrières nationales
- destruction de l'environnement par une technique déchaînée
- choc civilisationnel (merci au Pr Gilbert Merlio)


lundi 28 mars 2016

Où l'on reparle des frontières...

La série d'attentats islamistes en Europe occidentale renforce le parti du combat de tranchée. Quoi de plus naturel pour attraper les Freux d'Allah que de remettre partout les barrières douanières laissant ensuite à chaque pays la responsabilité de la chasse sur son territoire. C'est tellement évident que pointe au fond du cortex reptilien du Néanderthal Nouveau le doute métaphysique : Et si c'était trop simple ? Une fois les frontières blindées et le Mur de l'Atlantique relevé - comment, par qui et à quel prix? - nous nous sentirons à nouveau chez nous. Sauf que...



On apprenait jadis au collège que le territoire métropolitain faisait 550.000 km², soit mille kilomètres en hauteur, de Dunkerque à Tamanra au Perthus et autant de Brest à Strasbourg. Ce grand pays est troué partout de nids à rats* où s'avère gésir la menace la plus menaçante, auquel cas il ne faudra pas attendre longtemps pour que le principe de l'infranchissable relève aussi les octrois des villes et barrent les routes de postes de gendarmerie cantonale, et ailleurs de portiques capables de faire un fond d'œil des conducteurs à transmettre en temps réel au commandement central de la Vallstasi, enfoui dans les carrières de gypse de Taverny (Val d'Oise). C'est une amélioration sensible du dispositif de coercition que connut la France occupée par nos cousins germains.

(*) M. le Ministre de la Ville en compte une centaine en métropole.


Des voix s'élèvent du camp de la frilosité pacifiste pour annoncer un coût économique sensible pour la France et ses voisins et au-delà. Ce qui tombe mal pour un Etat en faillite incapable d'impulser aucune amélioration mais ayant tout fait pour gélifier l'emploi chez nous quand il croît partout ailleurs. Se sont penchés sur le problème le Commissariat français à la stratégie, mieux connu à l'enseigne de France Stratégie, et la Fondation allemande Bertelsmann qu'on ne présente plus.

France Stratégie chiffre à dix milliards d'euros par an (source FS) l'abandon du dispositif Schengen. La généralisation des contrôles permanents serait équivalente à une taxe de 3% sur le commerce entre les pays de la zone Schengen, qui diminuerait structurellement de 10 à 20%.
La Fondation Bertelsmann (épaulée par l'Institut Prognos) voit grand. Son travail couvre 42 pays qui représentent 90% du commerce mondial. On y apprend que le rétablissement des contrôles au sein de l'espace de libre circulation Schengen entraînerait dans l'Union européenne un surcoût des échanges commerciaux situé entre 470 et 1400 milliards d'euros en dix ans selon l'hypothèse dérivée (Source FB). La France en serait pour 80-244 Mds€ et l'Allemagne pour 77-237 Mds€ selon l'hypothèse dérivée. Mais c'est la Grande Bretagne qui douillerait le plus avec une fourchette de 87-264 Mds€ sans prendre en compte le Brexit. Tous les autres pays seraient touchés jusqu'aux Etats-Unis et en Chine.

On savait l'Union européenne première zone économique mondiale mais sans doute pas à ce point ! Le Big Bizness va-t-il laisser faire ? Inutile d'envisager une quelconque opposition musclée des miquets que nous nous sommes choisi comme gouvernants. Les "gros cigares" ne se laisseront pas impressionner par qui vous savez, sauf à laisser les démagogues s'agiter dans les lucarnes bleues, la main sur le cœur et le menton haut. Alors quoi ?


La menace est l'espèce humaine, pas les bocaux de Nutella

La libre circulation des marchandises doit être maintenue le plus possible afin de préserver nos atouts : import-export, investissements industriels et logistiques, agriculture commerciale sont les atouts européens. Notre compétitivité internationale n'est pas un slogan, elle induit l'emploi et par ricochet le financement de nos modèles sociaux ; elle est donc primordiale pour tous ceux qui n'émargent pas au payroll public. Dans le mensuel NPI, Nathaly Stey nous précise que les contrôles aux frontières intérieures de l'UE, en diminuant la fiabilité des délais de livraison, mettrait à mal les schémas de production décentralisée faisant appel à des produits semi-manufacturés en provenance de plusieurs pays européens. A terme, une telle évolution aurait des conséquences sur l'accueil d'investissements sur le territoire européen. L'abandon de Schengen aurait surtout un effet très lourd sur les travailleurs frontaliers (source NPI).

La logique voudrait donc que l'on sépare les flux - le fer d'un côté, le steak de l'autre - et que l'on privilégie pour y atteindre le fret massifié et le report modal. C'est bien la route ouverte à tout le monde qui crée le problème "Schengen". Deux vecteurs hors-route sont convoqués à cette spécialisation, la voie d'eau et la voie ferrée. Par chance elles participent à l'équation environnementale. Favoriser le report modal consiste à mettre côte-à-côte le navire de haute mer, la barge fluviale et le train-bloc au détriment du camionnage qui atomise le transport et suscite les contrôles (comme à Calais). L'Europe occidentale a tout le savoir-faire nécessaire pour améliorer son report modal et elle peut investir dans la séparation des flux routiers en approche des frontières si on en reste au schéma de frontières intérieures blindées. Les passagers seront, eux, bombardés de rayons dans les gares, aérogares, et postes douaniers jusqu'à la généralisation de la biométrie partout. Nous vivrons alors une époque formidable de flicage global comme ne pouvaient l'imaginer les polices communistes dans leurs rêves les plus fous. Non ? Alors quoi ?


Passer à l'offensive serait plus économique et moins liberticide

Effectivement, on pourrait moins se défendre et attaquer plus. En commençant par chez nous ! Quand un gouvernement, normalement monté, décidera-t-il de purger les "quartiers" de leur armement ? On sait faire parce que l'histoire nous a montré comment faire. On sait aussi spécialiser la procédure aux populations intéressées. Expliquer cela dans ce blogue contreviendrait aux lois, mais...

Priorité au renseignement : le renseignement offensif doit être ciblé par économie des moyens et commandé par des gens intelligents et non par des courtisans. Les résultats doivent être traités à part selon des procédures légales adaptées, supervisées par des parquets spécialisés. Ces résultats doivent être mis hors d'état de nuire et leur environnement neutralisé pour de bon tout en préservant les ratières utiles. Autant dire que le cadre légal pourrait mieux faire. Mais ceci serait un chapitre supplémentaire qui nous départirait de notre sérénité proverbiale.


En conclusion, pour mettre efficacement nos concitoyens en sûreté, nous avons le choix entre le flicage global qui a la faveur des esprits simples et l'attaque frontale de la menace. Pourrons-nous attendre treize mois ? Peut-être !

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lundi 20 juillet 2015

IV.- Patrie et humanité

Nous terminons aujourd'hui notre cycle "Patrie" commencé le 8 juin, destiné aux jeunes militants et à ceux qui iront au CMRDS 2015*, à partir des cours de philo d'André Bridoux (1893-1982). Voici la quatrième et dernière lecture.

I.- Terroirs et frontières
II.- Race, langage
III.- Coutumes et communauté
IV.- Patrie et humanité

Royal-Artillerie de 1745


Préambule

L'année 1709 où le royaume de France est très menacé par la coalition des Anglais, Autrichiens et Hollandais dans la Guerre de Succession d'Espagne, Louis XIV appelle au sursaut la nation en ces termes : « Quoique ma tendresse pour les peuples ne soit pas moins vive que celle que j'ai pour mes propres enfants, quoique je partage tous les maux que la guerre fait souffrir à des sujets aussi fidèles, que j'aie fait voir à toute l'Europe que je désirais sincèrement les faire jouir de la paix, je suis persuadé qu'ils s'opposeraient eux-mêmes à la recevoir à des conditions également contraires à la justice et à l'honneur du nom français ». (texte intégral de l'appel du 12 juin 1709 lu dans les 39000 paroisses de France). En 1711, ce sera Denain ! Mais la force de cohésion et de riposte de la vieille nation gauloise doit être canalisée. A défaut, elle peut être dévastatrice comme l'ont montré les guerres européennes de la Révolution et de l'Empire. Voici ce qu'en dit Bridoux en 1944 :

41.- Nécessité de son éducation : Patrie et Humanité

Comme les sentiments familiaux, l'amour de la patrie doit être soumis à une éducation morale. Lorsqu'il est abandonné à lui-même, à plus forte raison lorsqu'il est soumis à des excitations imprudentes, il s'exaspère aisément ; il peut alors aveugler l'homme et l'entraîner à l'impérialisme, à la haine de l'étranger, au mépris des sentiments humains. Nous trouvons un excès de cet ordre dans le fameux vers de Corneille : «Albe vous a nommé, je ne vous connais plus.» Lorsqu'il est indiscipliné au contraire, loin de compromettre en nous les sentiments pacifiques et humains, il en facilité l'éclosion.

D'abord, on doit y puiser le ferme propos de ne jamais offenser la patrie des autres. Surtout, la patrie peut et doit être l'école de l'humanité ; c'est dans son atmosphère que nous faisons l'apprentissage de sentiments et des vertus qui pourront ensuite être étendus au-delà des frontières. Comment aimer les hommes si on ne les aime pas d'abord dans ses compatriotes ? Qu'on le veuille ou non, l'homme n'est pas un idéal abstrait ; il appartient à une patrie, comme à une famille ; on ne le trouve que là. Dans les relations humaines, il faut nécessairement compter avec les patries.

Le sentiment d'appartenir à une patrie indépendante et prospère est dans l'âme d'un homme la pièce principale, la clef de voûte. Quand cette pièce vient à manquer, c'est-à-dire dans la ruine de la patrie, tout s'effondre. Le salut de la patrie maintient tout.
Il y a peu de choses qui soient au-dessus de l'amour de la patrie et des devoirs qui lui correspondent. Clemenceau disait : «J'ai connu le monde, eh bien, pour moi ce qui compte, c'est l'amour de la France.» Peut-être n'y a-t-il rien de plus émouvant dans notre histoire que la visite qu'il fit en juillet 1918, dans les lignes de Champagne, aux troupes sacrifiées qui devaient faire face à la dernière offensive. Dans un des postes les plus menacés, les soldats lui offrirent un petit bouquet de fleurs des champs : «Mes enfants, leur dit-il, ces fleurs iront dans mon cercueil.» On sait qu'il a tenu parole.

42.- La nation est une âme, un principe spirituel

Avec le temps, les enfants d'une même patrie sentent de plus en plus la force du lien qui les unit. Ils acquièrent une sensibilité commune, ils sont rapprochés par les mêmes souvenirs et les mêmes espérances, ils sont animés d'un vouloir-vivre commun. A la longue ils prennent conscience de n'avoir qu'une seule âme, d'être une seule personne, de former une nation. La nation est un être collectif, qui possède néanmoins l'unité sprituelle, comme la personne, et qui en prend conscience. Nul ne l'a mieux dit que Renan, dans une page justement célèbre... Ndlr : que tous les royalistes connaissent par coeur (le fameux texte de 1882 est ici).

(*) Camp Maxime Real del Sarte organisé chaque été par l'Action française depuis 1953. Il se tiendra cette année au château d'Ailly, à Parigny (Loire) près de Roanne, du 17 au 23 août 2015.



43.- Conclusion du cycle

- Maréchal Blaise de Monluc -
grand dépêcheur devant l'Éternel
S'achève ici le cycle de quatre lectures préparatoires au CMRDS 2015. On peut aussi s'en passer et y aller quand même. Plutôt que de vous soumettre un résumé de synthèse dans le procédé académique, le Piéton du roi vous fait part en conclusion d'une réflexion métaphysique qui laisse aujourd'hui douter de l'élan du sacrifice patriotique.
Dans les siècles passés, l'espérance de vie des gens en nos contrées était la moitié de celle d'aujourd'hui. On pouvait donc attendre la force de l'âge et disparaître par après, naturellement. La force de l'âge était aussi celle de combattre à la guerre et, même si l'envie de vivre aussi longtemps que possible existait bien sûr, le risque d'abréger une vie pas si longue finalement laissait accepter le risque de la perdre. On prête aux Sioux de Little Big Horn un orgueil raisonné dans la fameuse phrase «C'est un beau jour pour mourir!» mais on ne se disputera pas pour savoir si elle ne fut pas prononcée aussi sur bien des champs de bataille d'Europe s'il faisait beau et quand on se tuait à la main. L'expression courante utilisée pour tuer son adversaire était d'ailleurs de le "dépêcher".

La société moderne a sacralisé la vie en voulant faire oublier par maints artifices à tous ses consommateurs leur fin inéluctable. L'instinct de survie de l'espèce est un renfort appréciable du mercantilisme, et pour tromper son monde jusqu'au bout on en vient même à embaumer les cons. Dans cet environnement qui pousse à vieillir le plus longtemps possible (certains disent "vivre vieux" mais la vérité c'est "vieillir" pour finir dans des branchements de tuyaux) il me semble hasardeux d'appeler au sacrifice la nation comme Louis XIV avait su le faire avant la bataille de Malplaquet.

Les témoins de la mobilisation de 1939 me l'avaient confié : dans les trains de mobilisés, c'était bien plus la résignation que l'enthousiasme de 14, état d'esprit défaitiste que les observateurs mettront sur le compte des pertes de la Grande Guerre qui avaient touché toutes les familles, toutes les villes et villages : cette nation était déjà trop morte pour remettre ça ! Sans préjuger donc de la prochaine mobilisation, je crains que le ciment de la patrie ne s'effrite bientôt, non tant par les coups de boutoir des étrangers qui sont bien réels, que par la résignation des nationaux. Les patries meurent aussi, dit André Bridoux. Ceux qui accourent à nos frontières ont pour beaucoup perdu la leur.

mercredi 9 avril 2014

L'Esprit de l'horizon

Demain matin au Shangri-La Hotel de Paris se tiendra un symposium international sur l'Accord de partenariat transatlantique. Il est précédé ce soir d'un grand raout au Cercle interallié où les protagonistes viendront parler de leurs vacances de ski. L'événement a été annoncé sur LaFauteàRousseau dans la rubrique "La Patte à Catoneo" le 25 février. Il entre en archives Royal-Artillerie.

[crédit Fine Art America]

Qui se souviendrait de Hendrick van der Burch sans son tableau Les Joueurs de cartes qui récite déjà la mondialisation¹. On est en 1660. Le chapeau est en castor du Canada, le motif des carreaux de sol est chinois, le pichet en faïence de Delft imite la porcelaine de Canton, le tapis est turc, la carte marine invite à rêver, le jeune serviteur d'importation aux boucles dorées en livrée chamarrée regarde le jeu, surpris. La fillette repose son chien sur un coussin en brocart de soie italienne à l'insu de sa mère qui bluffe. Les fenêtres nous séparent de l'ailleurs qui est partout présent dans la pièce. L'officier regarde cet ailleurs d'où provient la lumière blanche de Hollande, au ras de la mer.
Nous sommes au faîte de la puissance de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Les Provinces-Unies débarrassées de la tutelle espagnole repoussent leur horizon. C'est leur Siècle d'or. Les Hollandais écriront après les Portugais une des plus belles pages d'histoire du commerce international. Les comptoirs ont disparu, l'esprit demeure.

L'horizon de l'ermite est un trait

Pour tous les autres, il bouge. Sauf à croître et embellir sur place dans un immense empire borné de montagnes et de mers comme le fit le Cathay, les nations dominantes bougent l'horizon. Irrépressible syndrome du découvreur, faim des espaces cachés, fantasmes d'immensité, richesses, épices, femmes adorables inconnues, eldorado, c'est la mondialisation annoncée. L'affaire est vieille comme la race humaine. L'homme marche, que voulez-vous.

Nos lecteurs les plus vieux se souviennent de la conquête chinoise franco-anglaise dans leurs livres d'histoire, les autres achèteront des ouvrages sur liseuse pour apprendre ce que fut la mise au joug de l'empire décadent des Grands Tsings par les barbares mécanisés que nous fûmes avant eux. On les battit au canon ; puis nous fîmes ouvrir de force leurs ports au commerce impérial jusqu'à pourrir sciemment leurs moeurs par la commercialisation de l'opium. La ratification d'accords sous la menace fut réunie sous le terme de "traités inégaux" ; et ça continue mais ici : à notre tour, nous sommes un peu les Grands Tsings du jour.

L'Europe proie

Nos empires jadis privaient de lit le soleil, l'Europe a fini de "bouger l'horizon". Elle sédimente sur place, elle vieillit et se dégrade lentement vers ce qui restera à la fin, un grand marché ouvert aux quatre vents. Sera-ce le terrain vague à tout le monde comme on le dit des filles publiques ? Non !

La fille aînée de l'Europe entend capter l'héritage décadent dès à présent pour se nourrir des derniers sucs du pré-cadavre de sa mère et ne rien laisser à ses contempteurs aussi affamés qu'elle. Elle nous force à un traité inégal, mais librement consenti par ceux qui en espèrent des avantages personnels pour eux et leurs familles. On l'appelle Accord de libre-échange transatlantique, ou Transatlantic Trade and Investment Partnership² (TTIP). Des hallucinés chantaient l'Europe de l'Atlantique à l'Oural, les Américains vont réussir l'Atlantique de Hawaï à Brest(-Litovsk) ! Même pas peur !

On parle aussitôt chez nous de boeuf aux hormones, de maïs transgénique, d'obésité et d'abêtissement culturel. A cet égard, on fait mine d'oublier certains combats réactionnaires nés aux Etats-Unis qui foisonnent maintenant sur le vieux continent pour freiner la gangrène gazeuse de nos lois. Bref, les paramètres en analyse sont nombreux. Au-delà des tracts de promotion édités par les services gouvernementaux, il serait utile, avant de continuer à brailler, de toucher du doigt ces réalités promises. Justement ça tombe bien ! On passe maintenant en mode OACI :

The Future of Transatlantic Trade sous-titré (Building an integrated transatlantic marketplace: TTIP and Beyond) est un symposium³ qui se tiendra au Shangri-La Hotel de Paris le 10 avril 2014.
Je traduis la bande-annonce :
"Tandis que la croissance des marchés économiques émergents est en train de ralentir, l'Ouest recherche des accords commerciaux régionaux tels que le TTIP entre l'UE et les Etats-Unis pour stimuler la croissance économique globale. Ce partenariat, s'il est conclu, devrait accroître le PIB global et créer des opportunités pour de nouveaux emplois. Selon le Centre de Recherche en économie politique, un accord transatlantique d'ensemble devrait accroître le PIB de l'Europe de 70 à 120 milliards d'euros et celui des Etats-Unis de 50 à 95 milliards."

Suit la liste des intervenants : Speakers
Puis l'inscription à 1290€ + TVA récupérable, si vous réglez avant le 14 mars, et 1490€ après cette date (les abonnés au Washington Post ont 30% de remise).
Coordonnées :
Dii agency - European Voice - 164 boulevard Haussmann 75008 Paris
Tel : +33 1 43 12 85 55 - Fax : +33 1 40 06 95 26
adresse email : register@europeanvoice.com

D'après les organisateurs, les questions primordiales sont au nombre de quatre :
- Quel impact attendre des élections européennes et américaines de 2014 sur les négociations transatlantiques ?
- Quels sont les obstacles possibles à cet accord ?
- Comment le TTIP affectera-t-il les émergents et le commerce mondial ?
- Quel futur pour le commerce transatlantique si l’accord n’aboutit pas ?

Il ne s'agit rien moins que d'un marché commun intégral

Cette affaire est plus importante que toutes les dérives sociétales (réversibles) et tous les reniements doctrinaux du pouvoir parisien (révocable), sans parler des élections pour de rire dont beaucoup attendent tant et qui ne changeront rien car le Système est construit contre elles.

L'accès aux salles de la négociation officielle du TTIP nous étant toujours barré, à nous et à tous autres, je suis tenté de recommander aux responsables de tout mouvement souverainiste d'envoyer son "reporter" au symposium du Shangri-La pour connaître la vérité au coeur des attentes d'acteurs économiques globaux ; cent cinquante décideurs-clés sont annoncés. Car ce ne sont pas les textes qui priment, même en droit écrit, mais la lecture qu'en font ceux qui les appliqueront. Ne pas se contenter donc du truchement de MM. Chevènement, Védrine, Quatrepoint ou Philippot ; analyser par soi-même et commenter à la source.

On peut aussi assister au pré-programme de la veille 9 avril qui réunira les principaux protagonistes du symposium au Cercle de l'Union interalliée à Paris de 17h30 à 19h00 pour 250€ seulement, sur le thème "What’s going on in Washington ?" ; pour se faire des potes.
Repousser l'horizon ? Appel aux dons.


Notes :
(1) Dix ans plus tard, Pieter De Hooch qui fut son maître et dont la cote est bien supérieure, recomposera toute la scène mais sans la 'mondialisation' dans son Couple jouant aux cartes avec une servante (clic). Pour la petite histoire, le tableau de Van der Burch était au musée de Detroit, ville ayant déclaré sa banqueroute ; il n'y est plus.
(2) Le projet de TTIP de la Commission européenne tel qu'à l'origine est ici (v.2/07/2013).
(3) Le site de l'événement au Shangri-La : Transatlantic Trade.

PS : certains sont très contre. Ils s'appellent Les moutons enragés (clic).

PPS : une réaction d'ATTAC en voirie devant le Shangri-La :




mercredi 20 février 2013

Qui croit se payer l'Ours ?

Maurice Mory Taylor Jr.
L'affaire GoodYear reprend des tours avec la lettre ironique du patron de Titan Int'l Inc. à M. Montebourg, que personne ne lit dans le texte. Si ce courrier dénonce l'extravagance des positions de la CGT d'Amiens Nord, débinée maintenant par la CFDT, il se paie carrément la tête du ministre français - et ça nul ne le souligne - en faisant exploser la contradiction d'un libre-échange sans frein opposé à la légitime conservation de l'emploi industriel. Il y dit avoir claqué des millions en lobbying pour faire passer des lois anti-dumping aux Etats-Unis contre les fabricants de pneus chinois et se rit de proclamer qu'ayant réussi, c'est l'Etat américain qui en retour encaisse les droits de douane.
Quand il se dit prêt à acheter une usine indienne ou chinoise où les ouvriers sont payés un dollar de l'heure, c'est une boutade qui passe inaperçue pour les abrutis. Il veut souligner d'abord que la politique de l'OMC conduite par les occidentaux mène à ce genre de stupidité qui finira par crever les propres usines nationales du premier manufacturier mondial, Michelin. M. Montebourg est donc invité à faire des représentations auprès de la Commission européenne pour que soient dressées sans retard des barrières tarifaires à l'invasion de pneus chinois subventionnés, avant de songer à "discuter" avec un repreneur qui sera submergé par les produits asiatiques.

Nul doute que sa lettre a circulé dans les milieux d'affaires. C'est envoyé. Par une grande gueule certes ; mais pas si faux ! TITAN c'est aussi 1.486.998.000 dollars de ventes 2011 en pneus agricoles, miniers et tout-terrain, et un résultat d'exploitation de 132.173.000 dollars pour la même année (cf. comptes annuels). Nous aimerions avoir quelques grandes gueules dans son genre par chez nous. Voici la lettre originale selon le fac-simile des Echos.





February 8, 2013


Mr Arnaud Montebourg
Ministere du Redressement Productif
139 rue de Bercy
Teledoc 136
75572 Paris Cedes 12


Dear Mr. Montebourg:

I have just returned to the United States from Australia where I have been on the past few weeks on business; therefore, my apologies for not answering your letter dated 31st January 2013.

I appreciate your thinking that your Ministry is protecting industrial activities and jobs in France. I and Titan have a 40-year history in buying closed factories and companies, losing millions of dollars and turning them around to create a good business, paying good wages. Goodyear tried for over four years to save part of the Amiens jobs that are some of the highest paid, but the French unions and French government did nothing but talk.

I have visited the factory a couple of times. The French workforce gets paid high wages but works only three hours. They get one hour for breaks and lunch, talk for three, and work for three. I told this to the French union workers to their faces. They told me that's the French way!

You are a politician so you don't want to rock the boat. The Chinese are shipping tires into France - really all over Europe - and yet you do nothing. the Chinese government subsidized all the tire companies. In five years, Michelin won't be able to produce tires in France. France will lose its industrial business because its government is more government.

Sir, your letter states you want Titan to start a discussion. How stupid do you think we are? Titan is the one with money and talent to produce tires. What does the crazy union have ? It has the French government. The French farmer wants cheap tire. He does not care if the tires are from China or India and governments are subsidizing them. Your government doesn't care either. "We're French !"

The U.S. government is not much better than the French. Titan had to pay millions to Washington lawyers to sue the Chinese tire companies because of their subsidizing. Titan won. The government collects the duties. We don't get the duties, the government does.

Titan is going to buy a Chinese tire company or an Indian one, pay less than one Euro per hour and ship all the tires France needs. You can keep the so-called workers. Titan has no interest in the Amien North factory.

Best regards,

(signé)
Maurice M. Taylor, Jr.
Chairman and CEO

MMT/jb

TITAN INTERNATIONAL INCORPORATED
2701 SPRUCE STREET * QUINCY, ILLINOIS 62301
(217) 228-6011 * FAX (217) 228-3166


Pour mémoire, Titan annonçait en 2009 l'ouverture de négociations avec Goodyear pour le rachat du site d'Amiens, après avoir racheté l'usine GY de Freeport (Ill.) en 2005 :

September 23, 2009 11:21 AM Eastern Time
Titan International Inc. Signs Letter of Intent with Goodyear Tire & Rubber Co.
QUINCY, Ill.--(BUSINESS WIRE)--Titan International Inc. announces today that it has signed a letter of intent with The Goodyear Tire & Rubber Company to purchase certain farm tire assets, including the Goodyear Dunlop Tires France (GDTF) Amiens North factory. This agreement is non-binding and will be subject to GDTF’s satisfactory completion of a social plan related to consumer tire activity at the Amiens North facility, along with completion of due diligence, a definitive acquisition agreement and other standard acquisition approval requirements.

“Titan maintains its focus and specialty in the farm and off-the-road wheel and tire business,” said Titan Chairman and CEO Maurice M. Taylor Jr. “We hope GDTF can come to an expedient arrangement with the Central Works Council in France. If this can be done, the process will move forward.”

Titan fabrique déjà pour la marque Goodyear aux Etats Unis. La CGT Amiens (Michael Wamen) veut attaquer en justice au niveau mondial les accords passés entre ces deux manufacturiers. Qui va payer les avocats ?
Fermez le ban.

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