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dimanche 30 janvier 2022

Rénovation - note d'ordre

 

©RA 2005
* le régalien au roi *
* les états aux gens *
* la couronne aux dieux *


Le dossier Rénovation est constitué de dix articles qui tirent les leçons du passé, même lointain, du présent bien sûr, et permettent de projeter dans l'avenir une possibilité de restauration monarchique. Si le principe prime le prince, celui-ci est indispensable. Aussi doit-on s'atteler à produire des candidats de talents formés à l'emploi ; qui eux-mêmes ne seront pas d'un grand secours si l'environnement institutionnel est vicié ou vicieux. C'est donc la pyramide du socle à la pointe qu'il faut embrasser tout entière, ce qui n'est pas aussi difficile qu'on peut le redouter de prime abord.

Le socle institutionnel favorise ou défavorise une restauration monarchique. Propager le plus largement possible la réforme de notre Etat est le moment le plus important sur l'axe d'effort. C'est le dixième article qui s'y colle. Mais il faut déblayer en même temps les obstacles à la marche en avant. Tous les obstacles.
Si pour la restauration qui vient, une dispute dynastique hors de saison diminuait dramatiquement les chances d'une accession à l'emploi du candidat le plus apte à régner au recommencement du royaume, il serait légitime d'écarter les plaideurs et de trouver la troisième voie qui mettrait tout le monde d'accord, contents, pas contents ! Qu'importe à la fin ! Sans doute devrons-nous casser les codes pour échapper au blocage des lois abolies. Toute l'évolution, toute l'histoire des découvertes est une fracture des codes légués pour laisser naître de nouveaux systèmes. La désignation du prince en charge parmi le vivier dynastique pourrait, comme on l'a souvent dit sur Royal-Artillerie, découler de la victoire circonstancielle de quelqu'un, celui (ou celle) que nous appelons d'habitude : "le dernier debout au milieu des ruines à Paris", plutôt que le premier à Reims dans le char à bœufs. L'évolution de notre société a remisé définitivement la berline de Gand. Les Français sont vaccinés au chef. Un chef va au charbon. Ce fut vrai des vieux rois, et ça le redevient. S'ils n'y prennent garde, les rentiers dynastiques, qui se sont juste donnés la peine de naître, vont tomber de l'échelle ! Mais le principe s'appliquera, en tirant de l'histoire les erreurs qui ruinèrent la monarchie, toutes les erreurs pour n'y pas revenir.


Dans l'ordre de publication sur Royal-Artillerie nous trouverons donc les dix articles suivants :

armes du piéton
Catoneo


lundi 15 février 2021

Du poids des princes

Contrairement aux autocraties démocratiques qui gouvernent par strates horizontales empilées afin de rémunérer au plus large leurs clients, les monarchies exécutives sont génétiquement pyramidales et réduisent la taille de la bureaucratie administrative à mesure que l'on s'élève dans la hiérarchie. Le responsable suprême ne peut donner ses ordres à des centaines de pions, mais se fie à l'excellence des ministres peu nombreux du Conseil qu'il a choisis hors des partis et qui partagent avec lui l'efficacité du commandement des hommes à la voix. Peu de papiers, des idées claires, une autorité naturelle sans arrogance et une tonne de bon sens. Les monarchistes rationnels dont je m'honore de faire partie, ne peuvent devenir royalistes que si les princes de l'Almanach les convainquent d'être faits pour l'emploi. Et pour ce qui concerne le royaume souterrain de France, l'écart est un ravin où périssent les meilleurs élans (et les lemmings). Les démonstrations de la pertinence du roi traditionnel achoppent parfois sur l'éventail du choix de l'impétrant. "Le prince" n'est pas gent ordinaire. Il est fait d'une glaise spéciale qui remonte loin dans le temps, pour les vrais du moins ! Les qualités requises sont celles des Atlantes qui portent les chaires des églises. Ecrasantes. Douloureuses. On ne devient pas prince, on l'est, on ne fait pas le prince sauf à vouloir divertir. Mais il peut arriver qu'un alignement rare de planètes crée un prince. Atout, poids, contrepoids, lest de quille, notre monarchie fédérative, sociale et décentralisée, comme la promeut adroitement le Groupement d'Action royaliste, ne pourra s'incarner dans un prince que si le nouveau titulaire de la charge est en capacité d'accomplir la mission confiée au modèle. On ne restaurera pas la monarchie pour cent jours. Ça ne se fait plus !

pentagramme
Royal-Artillerie a creusé plusieurs fois la question. Nous proposons quatre articles de 2015 (entre 24 libellés "prince" sur ce blogue):

- De l'âme des princes 
dont nous extrayons le premier paragraphe : « Nos âmes à l'image des dieux qu'elles ont contemplés dans leur vie antérieure* sont diverses et variées. Enfermés dans des corps qu'elles n'ont peut-être pas choisis, elle subissent la servitude de l'incarnation et s'abîment des passions qui les assiègent, sauf chez les princes. Des trois parties de l'âme platonicienne, c'est le νο̃υς qui domine chez eux et qu'on appelle raison, du même sang que celui des dieux. Les deux autres, l'appétit de la vie (ou les élans) et la colère (ou l'orgueil) y sont contenues par la première plus fortement que chez nous. Ceux d'entre eux qui ne le peuvent n'en sont pas. Nous avons coutume de révérer des personnes descendant de personnages illustres au seul motif de leur hérédité. C'est pure courtoisie.»

- Le Pentagone du prince 
dont nous extrayons l'entame : « Il y a quatre choses pour soutenir un monde : la connaissance du Sage, la justice du Grand, les prières du Pieux, le courage du Brave. Mais tout cela n'est rien sans celui qui gouverne et connaît l'art de gouverner (Frank Herbert, in Dune). C'est le pentagone du pouvoir. Cet art de gouverner s'apprend jeune. Il doit pénétrer le prince au fur et à mesure de sa croissance. C'est son sang, son âme, sa "spécialité".»

- Spécialités du pentagone du prince 
dont nous extrayons la conclusion : « Il faudra au prince pénétrer les arcanes du droit des Etats pour n'être jamais subjugué par les diktats que lui présentera la Faculté et garder le recul nécessaire qu'apporte la connaissance des "dessous" avant l'expérience à venir, sans oublier, comme le dit Herbert dans les archives du Bene Gesserit (T.v-XOX232), que la loi choisit toujours son camp en fonction des modalités exécutives ; la moralité et les finasseries juridiques ont peu de chose à voir avec elle dès lors que la véritable question qui se pose est : "Qui tient le manche du fouet ?". Bismarck avait compris qu'un prince dit le droit avant de le lire ! C'est une formation spéciale de l'esprit.»

- Le Jeu du prince 
dont on extrait l'entame : « Celui-ci a de particulier qu'il se joue en solitaire et que son adversaire est l'avenir. Il se présente comme un échiquier sur lequel, au milieu de tous les autres, un pion est impossible à déplacer, le roi justement et il n'y a qu'une pièce du roi. Le reste est fait de tours, de chevaux, de soldats et de fous diagonaux. Chacun se reconnaîtra. Jouer contre l'avenir revient à jouer contre qui le gouverne, et quoi plus sûrement ne le fait que les lois. Les lois règnent sur l'avenir ; les rites et les règles sur le passé. Enfermé dans les Lois fondamentales du royaume, le roi du jeu n'a aucune liberté de mouvement au plan des principes qui commandent le choix qu'en firent les sages. Il ne saurait fuir, on ne peut l'inter-changer, l'escamoter au profit d'un choix plus commode, adapté aux temps, une figure plus aimable, plus capable, plus consensuelle, non ! C'est un roi dicté.»

spirales

Le Temps comme souci


Comme à la fin de l'année 2018 où explosa l'insurrection d'une classe de mécontents soutenue par 84% des Français selon les instituts (i.e les gilets jaunes des ronds-points, non pas les hordes gauchistes qui suivirent par après), nous arrivons aujourd'hui au seuil d'une phase critique pour le pouvoir, qui va combiner le relèvement de notre économie au sens le plus large, le management d'une épidémie saisonnière étrange, fatale aux anciens, la défiance générale vis à vis des administrations qui ont été exposées au feu de l'actualité par un pouvoir politique inquiet, et trois élections, cantonales, régionales et présidentielle. Il ne manquera qu'un ouragan force 12 Beaufort le soir de Noël ! De cette phase, sauf l'ouragan, il ne ressort rien de très encourageant à poursuivre, sinon des opportunités à changer de paradigme une bonne fois, au gré des circonstances. Sommes-nous prêts ? Non ! Sont-ils prêts ? Non ! Le monarchisme français continuera d'avoir raison dans le cercle fermé des penseurs excentriques. Le royalisme français incantera sur le défaut d'appel du peuple à voir régner son prétendant et remettra le couvert pour la prochaine fois. En est-il partout pareil ? NON !

Trois pays nous font la leçon, à nous-autres royalistes : la Serbie, la Roumanie et la Bulgarie. Il ne se passe pas une semaine sans que les sites spécialisés dans les maisons royales ne citent une démarche publique ayant du sens de la part d'Alexandre et Katherine de Yougoslavie, de Margareta de Roumanie et Radu Duda, sans parler de l'ombre portée du Czar des Bulgares Siméon II sur le pays le plus difficle des Balkans après la Bosnie, prince qui a fait la démonstration de ses capacités à gouverner au quotidien. D'autres anciennes maisons royales s'impliquent en Europe dans les affaires publiques de leur pays. En France, les rares sorties sont cantonnées aux commémorations s'il y a une messe ! Certes l'Etat français mesure chichement leur participation à son programme mais il est d'autres manières subtiles d'ensemencer l'opinion à l'idée du roi, comme l'avait montré François Mitterrand lorsqu'il avait lancé le Millénaire capétien en 1987 avec le succès que l'on sait pour le duc de Cadix Alphonse de Bourbon. Où en sommes-nous aujourd'hui ?

Cinq maisons sont convocables en France :

La maison de Bourbon dont l'aîné est espagnol et français, qui est écartelé entre le combat franquiste vital pour la position sociale de sa famille et le soutien moral aux légitimistes français. On sait ce qu'il veut puisque ces derniers vœux ont déroulé ses convictions que partagent beaucoup de royalistes français, mais il n'a pas l'artillerie.

La maison d'Orléans, dite de France, qui émerge dans l'actualité plus souvent pour des affaires d'argent ou d'héritage que pour son projet de restauration et dont l'héritier ne parvient pas à s'établir dans le monde d'aujourd'hui, vivant de rentes, subsides et soutiens amicaux. Il dispose de la légion d'Action française et de sympathies militaires qui en resteront au niveau de l'affection.

La maison impériale, dernière venue, souffre du défaut de pérennité - aucun des deux empires n'eut de succession, ce qui est la base d'une monarchie classique - mais en revanche elle peut arguer qu'elle fut battue chaque fois par la guerre étrangère, et non par la guerre civile qui emporta les Bourbons au moins trois fois en un siècle. Le prince Napoléon dispose de tous les atouts d'un prince appelé à régner tant par sa situation personnelle (HEC, Harvard) que par sa position sociale (Blackstone Londres). Mais il n'est pas intéressé à cajoler une cour de groupies ni à monter un second 18-Brumaire.

La maison de Bourbon-Parme et ses nombreux rameaux peu impliqués en France, à l'exception de Mgr Sixte-Henri, duc d'Aranjuez et régent de la Communion carliste traditionaliste, et de Mgr Charles-Emmanuel, engagé dans le mouvement légitimiste français et dans l'Ordre sacré militaire et constantinien de saint Georges. Celui-ci a l'oreille des pouvoirs publics.

La maison de Bourbon Busset sera toujours l'aînée des capétiennes au droit du sang et, à voir se chamailler les "dynastes", dissimulera un sourire énigmatique derrière l'écarlate de son bâton de bâtardise. C'est une maison impeccable qui s'attire le respect de l'Etat français.

chrysantheme stylise


Au résultat, la ressource est faible et appelle une seule question : est-il raisonnable au XXIè siècle de vouloir confier le destin d'un pays menacé de partout et de l'intérieur surtout, à celui que désigneront les lois de dévolution automatique de la couronne perdue ? Poser la question c'est y répondre, et je suis bien conscient que le vide créé donne le vertige. Mais le "restaurateur" ne pourra être ni moyen, ni passif. Avec l'aide de Dieu, il faudra propulser un champion. A défaut, le former déjà !

samedi 20 octobre 2018

Le Bhoutan a voté

Sauf les moines et les nonnes retranchés des listes électorales par la Constitution de 2008, les Bhoutanais ont voté jeudi dernier pour députer quarante-sept des leurs à l'Assemblée nationale de Thimphou. Contrairement à une opinion répandue dans les médias occidentaux chaque fois qu'une nation nous imite, le régime parlementaire fondé sur le suffrage universel ne fait pas l'unanimité des sujets du roi-dragon, qui sont plus nombreux que partout ailleurs à penser aujourd'hui, avec un recul de dix ans, que le modèle démocratique a surtout apporté des disputes, des discordes, et une effervescence stérile jusque dans les familles, sans même citer une insupportable démagogie des candidats en campagne que ces montagnards détectent de loin.

Qui promet d'asphalter la route, d'agrandir l'école primaire ou d'augmenter le débit de l'eau de ville est vite vu comme celui qui justifiera demain une hausse des impôts afin que les usagers subviennent eux-mêmes aux promesses électorales réalisées. Les deux défis du pays sont la santé avec la carte sanitaire et le sous-emploi qui force à partir. Nul ne comprend vraiment en quoi la transformation de la monarchie absolue antérieure en une monarchie constitutionnelle avec parlement bicaméral accroît les chances d'avancer vers la solution de ces deux vrais problèmes. La surenchère des programmes, le porte à porte des agents électoraux avec du riz, du bétel ou des gâteaux sucrés ne convainc pas ; à dire vrai certains commencent à imaginer qu'on les méprise assez pour les prendre à l'hameçon d'un paquet de clopes !

Une des plus belles reines du monde
C'est le roi Jigme Singye Wangchuck qui décida du bonheur obligatoire, puis de moderniser le régime tout en le bhoutanisant : il expulsa manu militari des communautés népalaises et assamaises qui profitaient sans titres de l'accueil bhoutanais pour déstabiliser leurs pays d'origine. Sur ce, il abdiqua en faveur de son fils (sans attendre le deuil de la nation) lequel fut chargé d'exécuter l'idée. Si on juge le succès de l'entreprise à la participation des inscrits (71,46% cette fois), la phase de choix des représentants fonctionne. Qu'en fait-on ensuite est une autre histoire.

Ce "petit" pays de 760.000 habitants répartis sur un territoire plus grand que notre région PACA n'est pas très riche mais debout. Avait-il besoin d'adopter les simagrées démocratiques pour s'en sortir plus vite ? Il y a des fondamentaux difficiles à ignorer comme la géographie himalayenne, la fertilité des sols ou la force de travail éduquée que le changement paradigme ne transformera pas. Une sortie par le haut semble possible par l'éducation de pointe afin de distinguer ce peuple fier des masses miséreuses de la plaine alluviale du Brahmapoutre ; elle ne convoque en rien un régime plutôt qu'un autre pour y parvenir, sauf à croire, comme moi, qu'un despote éclairé dans la grande tradition frédéricienne a fait ses preuves dans les pires difficultés comme nous l'enseigne l'histoire.
Croire au bonheur par le prince plus que par la foule !




Pour les lecteurs impatients, le résultat des législatives vient de tomber : on peut cliquer ici.


dimanche 8 janvier 2017

Vœux du Piéton pour 2017



Avec les rois-mages arrivent les vœux de Royal-Artillerie. L'année qui s'est achevée n'a rien signifié pour la cause monarchiste en France, eu égard à l'ampleur de la crise civilisationnelle que traverse l'Europe et la France surtout qui est en son milieu. Nos princes, toujours aussi réticents à se compromettre dans des actions médiatiques soutenues qui compenseraient l'impossibilité à lever une armée, se cantonnent au service minimum de déclarations morales qui permettent juste de mettre quelques bûches dans l'âtre de leurs fidèles en attendant la suite dont ils seront exclus.

Or la suite peut être terrible si le pays n'est pas réformé en profondeur et rapidement avant que n'éclatent des troubles communautaires et les désordres de la banqueroute. Si c'est d'un changement de paradigme qu'il s'agit, ce serait l'énième occasion de placer le roi en situation. La République en a connu d'autres qui se sont tous soldés par l'échec de la revendication monarchiste, même si le putsch de 1958 prit des couleurs approchantes quand le pouvoir fut remis au général De Gaulle. Les royalistes aujourd'hui ne sont pas prêts pour conquérir l'espace créé par les troubles et répondre immédiatement à la revendication populaire d'un dictateur à la romaine qui cessera la chienlit générale.

Que donc nos princes - et ce sera le vœu du Piéton du roi pour 2017 - poussent les études de leurs enfants, leur donnent l'aisance future d'un vrai métier, les éduquent au quotidien dans l'inventaire de leurs responsabilités historiques et les dévient des tentations mondaines qui pourraient en faire de petites marquises et marquis poudrés sans cervelle. Cela nous rendrait peut-être service dans l'avenir car votre tour à vous, Messeigneurs de la rente dynastique, est passé.

Hors de cause, Royal-Artillerie-Blog adresse ses vœux les plus sincères aux troupes françaises en opérations extérieures, à leurs cadres de terrain, à leurs chefs de corps. Que l'année 2017 voie le commencement du renouvellement des matériels et dotations techniques afin que l'expertise accumulée par nos hommes dans des engagements rapprochés puisse s'exprimer pleinement dans la sécurité de tous. Salut spécial aux Marsouins.


Bonne et heureuse année à mes lecteurs fidèles !


Vive le roi quand même !

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lundi 30 novembre 2015

Le Jeu du prince


Avertissement : Cet article est paru dans Le Lien Légitimiste n° 65 de septembre-octobre 2015 (page 5), dans la rubrique Les Libres Propos de Catoneo. Comme le signale l'intitulé de la rubrique, ces propos peuvent se démarquer de la ligne éditoriale du journal mais pas toujours. A la relecture, ce billet m'est apparu théseux, limite emmerdant au sens où l'entendait Hubert Beuve-Méry. Il entre en archives Royal-Artillerie avec les quatre autres déjà publiés sur le même thème¹ sur votre blogue préféré.

(le roi est vissé à l'échiquier)
Le jeu du prince se joue chez les royalistes et uniquement chez eux, les autres ne le connaissent pas, enfin, quelques-uns quand même peuvent nous surprendre à regretter la disparition du chef inaliénable de la Nation (sacré monsieur Macron, il leur a flanqué une belle frousse), mais généralement on ignore qu'il puisse s'agir d'un jeu. Celui-ci a de particulier qu'il se joue en solitaire et que son adversaire est l'avenir. Il se présente comme un échiquier sur lequel, au milieu de tous les autres, un pion est impossible à déplacer, le roi justement et il n'y a qu'une pièce du roi. Le reste est fait de tours, de chevaux, de soldats et de fous diagonaux. Chacun se reconnaîtra. Jouer contre l'avenir revient à jouer contre qui le gouverne, et quoi plus sûrement ne le fait que les lois. Les lois règnent sur l'avenir ; les rites et les règles sur le passé. Enfermé dans les Lois fondamentales du royaume, le roi du jeu n'a aucune liberté de mouvement au plan des principes qui commandent le choix qu'en firent les sages. Il ne saurait fuir, on ne peut l'inter-changer, l'escamoter au profit d'un choix plus commode, adapté aux temps, une figure plus aimable, plus capable, plus consensuelle, non ! C'est un roi dicté. Comme on le dirait chez les gueux : il faut faire avec !
Les lois peuvent aussi ruiner l'avenir comme la Providence s'y essaie parfois. Que l'on se remémore la fin de l'Ancien régime et nous verrons qu'Elle préempta le meilleur pour laisser aux lois les trois autres, lois qui tranchèrent en faveur du plus faible comme si elles avaient souhaité que tout cela cesse ! Mais accuser les lois fondamentales d'aveuglement est une grande dispute que nous commencerons quand nous aurons terminé d'autres querelles qui minent le royalisme. Prenons-les pour le moment comme elles sont, fondamentales et sacrées.

Le retour d'une monarchie sur les terres du vieux royaume disparu convoque bien plus de qualités chez l'impétrant désigné que n'en montrera jamais aucun honnête homme. Caractère trempé dans un tempérament d'exception, une éducation poussée, une formation spéciale à l'emploi futur sont indispensables. N'est pas roi qui veut, on l'oublie trop souvent, et dans les sphères dynastiques plus qu'ailleurs. S'il est impossible de déplacer ou de retirer le pion roi du jeu, gagner la partie revient à déplacer une grande part des responsabilités nées d'une restauration sur ses épaules. Dans le costume à la bonne taille, exprimant toutes les qualités de sa gouvernance, le prince régnant prendra toute la gloire des succès ; insuffisamment formé, trop dilettante voire sous-calibré dans la fonction, il demeurera le premier responsable d'une restauration échouée (pour la quatrième fois !). Vu d'où revient la France après deux siècles de chaos, on s'accorde à juger que les deux premiers titulaires d'une monarchie revenue doivent être irréprochables dans tous les compartiments du jeu, la compensation d'un défaut dirimant par le secours d'un Conseil privé exceptionnellement efficace ne pouvant intervenir qu'à compter du troisième.
Alors il faut au prince se former à l'emploi et accepter le souci permanent d'éduquer sa progéniture à succéder, ce qui n'est pas particulièrement excitant dans une période préparatoire dont on ignore la durée qui peut être très longue. On souhaite pour ses enfants le bonheur et l'insouciance comme chez tout le monde, alors qu'on n'est plus tout le monde. A l'éducation heureuse il faut substituer le dressage. Ceux qui se disent héritiers des Quarante Rois ou ne consentent qu'à n'être seraient bien inspirés de jauger les prémices d'une usurpation par défaut de niveau et de mesurer les efforts supplémentaires pour y atteindre.

Le Duc de Berry - Louis XVI
Le dernier roi de France "sur-cultivé" fut le duc de Berry qui n'était pas particulièrement taillé pour le poste. Nous le disions plus haut. Bien que son précepteur, monsieur le duc de La Vauguyon, l'ait poussé en histoire, géographie, mathématiques, sciences, droit public, latin, grec, anglais, italien, allemand et escrime, sa pensée politique restera influencée par Fénelon à la demande de son père, et par les Lumières, la plus sûre façon de ruiner la charpente féodale qui tenait tout l'édifice. Ce bon roi Louis XVI, cultivé plus qu'aucun prince de son époque, n'était pas formé au métier de roi ; Choiseul du fond de son exil s'en désolera. Alors s'il faut assimiler les bases communes et engranger les connaissances les plus étendues comme tous les enfants de l'establishment, il sied quand on est prince d'apprendre en plus celles du gouvernement des hommes. Et ces matières sont des spécialités qui ne s'enseignent ni à l'université ni dans les écoles d'administration, mais dans le monde réel. C'est en ce sens que l'on promeut la supériorité de la monarchie qui tient son avantage de l'éducation précoce des princes à la fonction au sein de leur famille. C'est indéniablement spécial. Cet apprentissage particulier a aussi l'avantage de conférer progressivement une certaine autorité naturelle à l'élève qui se démarque de ses camarades d'étude quand il comprend le chemin d'exception sur lequel il avance.

On peut citer quelques unes de ces spécialités : les finances internationales immergées brassent soixante-dix trillions de dollars par an et les produits dérivés dix fois plus, ce qui fait presque dix fois le PIB mondial ; on ne peut bouder ces réalités. Il faut en suivre l'impact économique, à défaut de ne pouvoir toujours le précéder. Les infra-stratégies des grandes puissances ne sont pas contenues dans les déclarations et programmes des gouvernements éphémères, ce sont des tendances de fond ; un prince ne peut les ignorer car tous les pays sont aujourd'hui interdépendants et les axes de plus grand effort des puissances sont rarement parallèles. Savoir sous quel angle les unes et les autres croiseront-elles le nôtre est primordial. Les marchés de denrées et matières premières règnent sur les conditions de vie des pays producteurs et touchent des milliards de gens, c'est une activité primordiale dans la globalisation capable de grands désordres, ses mécanismes doivent être maîtrisés pour en anticiper les effets, trop souvent nocifs. Il est d'autres domaines que l'on peut classer comme spécialités dans la formation au gouvernement des hommes, droit public international, géopolitique environnementale, gestion des démocraties ouvertes...
Il n'est pas question ici de devenir expert dans ces choses supérieures, si l'on se souvient que l'expertise bouchent souvent la vision latérale par l'inclination naturelle à l'orgueil du savoir, mais on ne peut plus régner de nos jours sans être capable d'analyse des changements de son immédiat stratégique. Un chef d'Etat moderne ne peut plus déléguer le choix de ses orientations politiques à l'exégèse de ses conseillers. La décision est à prendre à la fin de l'exposé.

Roi n'est pas une sinécure, et Louis XVI s'en plaignait quand dans son testament il interpellait son fils qui pourrait avoir le "malheur de devenir roi". Le seul apaisement est que nul n'y est contraint. L'op-out préalable, l'abdication existent. Prince n'est pas facile non plus, généralement certes, mais plus encore en situation d'accéder. Tant que les difficultés de la charge sont éloignées, les candidats se déclarent, pensant peut-être à une "rente" de situation en devenir et l'accès au balcon des acclamations, mais dans le tumulte probable de la restauration ils seront peu nombreux à briguer le poste jusqu'au bout, jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. Comme nous l'avons souvent dit sur Royal-Artillerie, nous le reconnaîtrons, le dernier debout à Paris au milieu des ruines fumantes de la démagogie écrasée sous le poids de ses mensonges et de son impécuniosité. Nul autre ne sera avant lui le premier à Reims à attendre l'onction car rien ne tombera du Ciel. Il faudra, messeigneurs, se construire à l'emploi pour se battre. Exercice passionnant quand on a de la marge.




Le Lien Légitimiste
2 Le Petit-Prix
37240 La Chapelle Blanche Saint Martin

(bimestriel exclusivement sur abonnement 30 €, service électronique à 10 €)

(1) Quatre billets ont paru sur ce thème :
- De l'Éducation des rois le 14.11.2008
- Du bon sens capétien le 7.02.2012
- Le Pentagone du prince le 7.09.2015
- Spécialités du pentagone du prince du 5.10.2015


lundi 26 octobre 2015

Du gouvernement des princes, de celui des bureaux


Il est des ministres bons et mauvais, et dans le régime de l'éphémère il est difficile de prédire leur comportement s'ils n'ont jamais exercé. Le pouvoir qui les choisit en démocratie recherche parfois la compétence, mais plus souvent une harmonie des "courants" et la non-concurrence lors des prochaines courses de haies. Ce qui ne garantit rien, ni l'accomplissement de la mission, ni la fidélité. Mais il arrive aussi qu'un maroquin échoie à une personne de qualité, au-dessus des contingences politiciennes. A quoi distingue-t-on un bon d'un mauvais ministre ? Le science-fictionniste Herbert exprimait son jus de crâne en ces termes :

«La différence entre un bon administrateur et un mauvais tient à quelques cheveux. Les bons administrateurs sont ceux qui font des choix immédiats [...] Un mauvais administrateur, par contre, hésite, discutaille, réclame des réunions, des rapports, des commissions d'enquête. En fin de compte, par son comportement, il risque de créer de sérieux problèmes [...] Le mauvais administrateur s'occupe davantage des rapports que des décisions. Il cherche à se constituer le dossier impeccable qu'il pourra exhiber comme excuse à ses erreurs. Le bon administrateur se contente de donner des instructions verbales. Il ne cache pas ce qu'il a fait si, à la suite de ses ordres, des problèmes surgissent. Il s'entoure de gens capables d'agir avec discernement sur la base de simples instructions verbales. Souvent, l'information la plus importante, c'est qu'il y a une difficulté quelque part. Le mauvais administrateur dissimule sa faute jusqu'au moment où il n'est plus possible de redresser la barre.»

La prestigieuse Ecole nationale d'administration française et sa succursale de division 2, Sciences-Po, produisent des employés de "bureaux", livrés parfaitement rodés au jet continu de la production de rapports, normes, projets de loi et décrets, adroits également pour déplacer les responsabilités qui leur incombent sur les têtes subalternes (le protocole du lampiste). Sans texte, éléments de langage, lexique de langue de bois, prompteurs pour les plus haut placés, ils sont vite perdus. Leur pensée doit être couchée. Mais l'enseignement de la carrière que prodigue l'ENA se déroule aussi sous les auspices du célèbre aphorisme : la fin justifie les moyens.

A voir tourner le manège, on sait qu'il est monté par des gens sans aveu, prêts à tout pour s'ancrer soi-même et les siens au rocher de l'Establishment, par tous moyens pourvu qu'ils soient rapides et sûrs. La course aux honneurs en période d'impermanence comme aujourd'hui montre qu'il n'est ni honneur, ni morale à ce niveau ; d'ailleurs cette caste ne démissionne jamais quels que soient les motifs qui le demanderaient ; on les chasse comme valet indélicat. Et de voir partir la queue basse les Alain Carignon (Lyonnaise des Eaux), Gérard Longuet (financement PR), Michel Roussin (HLM de Paris), Strauss-Kahn (MNEF), Donnedieu de Vabres (blanchiment), Pierre Bédier (corruption marchés publics Yvelines), Christian Blanc (cigares), Alain Joyandet (abus de jets), Alliot-Marie (Ben Ali), Tron (fétichisme des orteils), Cahuzac (fraude fiscale), Yamina Benguigui (fraude), Aquilino Morelle (cireur de pompes), Thévenoud (phobie administrative), Kader Arif (népotisme)... Et il y en eut beaucoup d'autres avant eux, sans compter les suicidés à deux balles.


Pour ce qui les concerne, les monarchies exécutives sont génétiquement pyramidales et réduisent la taille de la bureaucratie administrative à mesure que l'on s'élève dans la hiérarchie. Le responsable suprême ne peut gouverner à des centaines de pions, mais se cantonne à l'excellence des ministres peu nombreux du Conseil qui partagent avec lui l'efficacité du commandement des hommes à la voix. Peu de papiers, des idées claires, une autorité naturelle sans arrogance et une tonne de bon sens.
Les monarchies ont aussi une prédisposition naturelle (quasiment féodale) à classer les hommes et les postes qu'ils occupent dans une hiérarchie visible et sue de tous où chacun connaît sa propre position et toutes celles de son environnement professionnel, l'espérant temporaire bien sûr. C'est le meilleur système d'ascenseur politique et social puisque les degrés d'élévation sont publics et ouverts. Les ministres de nos vieux rois vinrent si souvent de la roture qu'il est inutile de le prouver, la plupart furent par après anoblis. Mais il y eut aussi des ministres convoqués dans la noblesse qui ne déméritèrent pas non plus. Sauf rare exception - dans des périodes troublées - c'est la compétence qui dictait le choix du souverain, au vif déplaisir parfois de la Cour. Ces gens débattaient en Conseil au même étage d'intelligence, on décidait, on écrivait peu, sauf des ordres !


A contrario, la pléthore de ministres et sous-ministres des gouvernements de nos Républiques est encore aggravée par l'inflation des cabinets ministériels qui doublent le staff permanent, quand ce n'est pas un gouvernement parallèle qui est recrée au niveau du président comme s'il s'agissait de se méfier continûment du gouvernement régulier. Il n'y a plus de hiérarchie, mais un panier de crabes qui se battent à coups de tweets et de projets démagogiques.
En dessous d'eux, les "bureaux" prospèrent sur leur production réglementaire dont le but le plus évident est leur propre perpétuation. D'où ce cancer de la complication recherchée pour réduire la visibilité des effets induits par l'action politique et dérouter les administrés.


La France, pays de droit écrit, est devenue championne du monde de la diarrhée législative, son code du travail, par exemple, est une arme mortelle pour aucun crâne sur lequel on l'assène puisqu'il pèse trois kilos ! Mais s'il est le plus emblématique, il n'est peut-être pas le plus lourd : les codes électoral, pénal, des impôts, et de la consommation ont vu leur poids augmenter encore plus vite que celui du code du travail. La bureaucratie spécialisée se nourrit de cette inflation qui rend impossible toute réforme puisque la production plumitive ne cesse jamais. Réformer c'est surtout écrire la réforme dans tous ses détails d'application, on n'en sort jamais. Sauf à ruiner l'ouvrage jusqu'aux fondations et rebâtir tout en neuf, on ne réformera pas. C'est ce qui nous attend. On fera autrement, et nous sauverons ce qui reste de chantiers navals français !




(Cycle d'Arrakeen 2015)

lundi 19 octobre 2015

Les contes de la Crypte

Dans le journal électronique Vexilla Galliae, j'ai lu la énième mise au point sur la légitimité du duc d'Anjou à s'asseoir sur le trône de France, ce qui ne laisse de m'étonner tant on y revient souvent, à croire que ce n'est pas sûr. C'est un communiqué du prince Sixte-Henri de Bourbon Parme, duc d'Aranjuez, qui a déclenché la bronca de la crypte légitimiste, communiqué dans lequel il disait en quelques mots tout le mal qu'il pensait de la lignée isabélitaine espagnole, d'une totale usurpation par rapport à la loi salique de Bourbon et donc à la lignée carliste qu'il représente. Avant d'aller plus loin, nous convions le lecteur à passer quelques minutes sur deux anciens articles de Royal-Artillerie et un autre sur la généalogie des Bourbons d'Espagne :

- L'énigme Godoy ou le soupçon de régénération du sang de Bourbon
- Le parti de l'Honneur (une lettre de Brasillach sur le carlisme)
- De la paternité dynastique des Bourbons d'Espagne

En réfutation des allégations carlistes et des commentaires œcuméniques de certains (dont le piéton du Roi), deux articles ont été produits récemment sur Vexilla Galliae, l'un du professeur Bouscau qui démontre, s'il en était encore besoin (et il en est apparemment besoin), la parfaite légitimité du prince Louis ; l'autre de l'historien Daniel de Montplaisir apportant son renfort à la même thèse. Par courtoisie, mais aussi parce que nous partageons certains de leurs arguments, nous lions ces deux articles ci-dessous :

- Communiqué du Groupement universitaire pour l'étude des institutions publiques de la Monarchie française
- Mise au point sur le droit royal

Disons-le carrément : il est horripilant de voir capter la monarchie par un royalisme tutélaire hors duquel point de salut. La Cour suprême royaliste proclame le château fièrement dressé pour l'éternité sur ses fondations entourées de douves, et nul ne veut voir que, franchi le rempart, il est complètement ruiné. Le royaume qu'il était succomba trois fois sous le poids de la monarchie d'alors (1789/92 - 1830 - 1848), monarchie qui fut battue par la guerre civile en quatre rois. La dynastie vaincue ne peut même pas invoquer la défaite d'une guerre étrangère envahissant le territoire comme pourrait s'en prévaloir l'histoire napoléonienne. En 1789, la monarchie séculaire s'est effondrée sur elle-même ; rétablie par le Congrès de Vienne (donc par l'étranger) en 1814, cette monarchie rénovée subit le rejet du greffon en 1830 ; et la solution miracle du roi bourgeois anglicisé proche des gens ne fit pas plus longtemps illusion, qui dut détaler comme un péteux en 1848. Se fonder sur de pareils antécédents est très osé, d'aucun camp ! Pense-t-on attirer ainsi l'intérêt de l'Opinion sur une nouvelle offre politique (presque) inédite ? La balle au centre ! On repart à zéro.

Le principe monarchique prime le prince. Il n'est plus possible d'en démontrer ses bienfaits sur Royal-Artillerie qui depuis dix ans les rabâche. Mais la monarchie française ne peut être "encagée" par la dernière dynastie régnante, chassée depuis cinq générations (167 ans). Certes, les surgeons de la maison de Bourbon peuvent se régir par les lois fondamentales du royaume de France s'ils le décident ainsi, mais ils ne peuvent pas y être contraints par les "docteurs de la Loi" édictant voies et moyens au nom d'un royaume disparu. A quel titre professeurs et marquis poudrés dicteraient-ils leurs conclusions aux princes pour les imposer lors d'une restauration ? Les ancêtres de nos princes firent les lois qui les arrangeaient. Même s'ils ne sont plus en capacité de légiférer (pas plus que les docteurs d'ailleurs), leurs descendants actuels sont tout aussi libres de réfléchir aux conditions et circonstances d'une accession. Philippe V a importé ses lois en Espagne, ce qui n'était ni nécessaire, ni très rusé (ils avaient les Partidas d'Alfonso el Sabio) mais bon... le tempérament espagnol a renoué plus tard avec ses origines et va sans doute abandonner totalement ce qui reste des lois de Bourbon pour assurer la succession des filles de Felipe VI. Un roi Bourbon revenu chez nous pourrait très bien éditer un corpus doctrinal différent des lois fondamentales qui conviendrait mieux à la situation politique du moment. Un roi non-Bourbon aussi !

Que la monarchie revenue de cette façon déplaise aux thuriféraires de l'Ancien régime n'a que peu d'intérêt pour la suite. Que les déçus repartent d'où ils viennent, dans les livres d'histoire. L'important est le meilleur futur possible de ce magnifique pays mis à l'encan par la loi démocratique de l'envie, et surtout celui des gens qui l'habitent, et certainement pas le confort des émotions royalistes. C'est la monarchie qui nous sauvera et la monarchie est d'abord un principe de gouvernement des hommes avant que d'être un régime successoral.

Nos princes sont libres. Aussi libres que les sujets appelés aujourd'hui citoyens qui cherchent à revenir en monarchie pour les bienfaits et avantages propres à ce régime. Quand Jack Lang admet qu'un roi améliorerait les institutions en sauvant la pointe de pyramide de la dispute démagogique ; quand Jacques Attali déplore que le gouvernement démocratique soit incapable de gérer le temps long et s'épuise à des querelles sans intérêt ; quand Emmanuel Macron met en scène l'absence du père de la Nation à la tête de l'Etat depuis qu'on a coupé notre roi en deux ; quand de plus en plus d'hommes politiques observent le pourrissement quasiment irrémédiable des institutions républicaines gangrenées par les syndicats et le secteur protégé ; on peut s'autoriser à penser que l'option monarchique revient sur la table.




Au sein de cette option, Bourbon est une option, au milieu d'autres options dont l'ex-nihilo n'est pas la moindre. L'affection que nous portons naturellement à nos princes ne les dispense pas de se préparer sérieusement à la fonction de roi, régent, lieutenant-général, que sais-je, surtout pour ceux d'entre eux qui aspirent à nous gouverner. Il est important que ce souci d'être au-dessus du lot soit partagé publiquement avec les militants et les cotisants. Pure justice. Que le meilleur gagne, mais pour cela il lui faudra passer le rapport supérieur de la boîte à vitesses car aucun de ceux que nous connaissons n'est prêt. Qui avait parlé du Mérovingien caché ? C'est pour finir sur un sourire.


lundi 5 octobre 2015

Spécialités du pentagone du prince

Dans un premier article [Le Pentagone du prince] nous nous sommes permis d'énoncer quelques spécialités utiles à la formation d'un prince accédant. Certains parmi nos lecteurs ayant demandé des éclaircissements, ces cinq spécialités sont aujourd'hui un peu plus développées ci-dessous :





* Finances internationales immergées, marchés denrées et matières

#1. Les finances immergées et les marchés denrées-matières sont des spécialités dont la compréhension n'est accessible que par les back-offices des banques ou par les salles de marché des maisons de trading. Leur influence est considérable sur les paramètres politiques, certains disent que l'essentiel du pouvoir y gît.

A s'en tenir aux finances immergées, signalons que les "finances au noir" brassent soixante-dix trillions (mille milliards) de dollars par an (fourchette de l'estimation de ses acteurs : 65-75). Les produits financiers dérivés capturent sept cents trillions de dollars, soit le PIB mondial puissance 10. Côté titres, la bourse en chambre noire de compensation absorbe environ un sixième des transactions (ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on compense avant bourse comme les pêcheurs font la "criée" en mer avant de débarquer le poisson). Ces transactions sont par définitions "préalables", elles induisent des effets sur les marchés de plein vent ! Ceux qui veulent creuser la question en français peuvent cliquer ici sur le shadow banking de Henri Lepage.

Les exécutifs des grands pays connaissent ces données sans toujours les comprendre à l'exception de Cameron, Xi Jinping et Obama. Un prince incapable de participer à ces mécanismes (même s'il n'en joue pas) est un prince d'opérette. Il semblerait que les lois de la génétique nous en aient préservé un.

Les marchés denrées et matières sont plus compliqués et bien plus dangereux puisque ce sont des marchés de leviers. Passer quelques semaines au London Metal Exchange ou à Chicago n'est pas perdre son temps.
Un exécutif "étanche" aux futures est à la merci d'explicateurs intéressés et ne verra venir ni la disette intentionnelle ni l'inondation dirigée. Vladimir Poutine s'en mord les doigts qui mesurait sa puissance à l'immensité d'un Etat-continent en oubliant qu'il n'est maître d'aucun prix des productions de l'empire ! Tout ce qu'extraient les Russes est "valorisé" à l'étranger. Au Congo, c'est pareil.
La plupart des dirigeants arabes cherchent encore où fut mise l'allumette des "printemps". Et pourtant la manipulation des cours des produits alimentaires n'est pas chose nouvelle, manipulation dont ils étaient chez eux coutumiers pour rétablir les équilibres sociaux.





* Droit international appliqué

#2. Sauf à passer par un cursus juridique classique de droit public, la connaissance des réalités pratiques du droit de force inter-nations est indispensable. Il est aujourd'hui des cours internationales qui brassent ces problèmes quotidiennement.

Depuis l'aube du monde les nations s'affrontent à bon droit. S'il n'y suffit, on convoque les puissances célestes ! Nous avions cru en être revenu alors que la moitié du bassin méditerranéen se gouverne désormais du Ciel ! Il n'y a rien à opposer au Croyant que la force, sa propre force parfois. En ce sens les jugements des cours internationales ont peu d'effet sur les théocraties prétendues, et le prince accédant sera bien avisé d'outiller sa diplomatie selon des lignes de force fondées sur la jusrisprudence et l'histoire plutôt que sur des principes généreux. C'est pure manipulation dans un champ d'hypocrisie sans frontière qu'il faut labourer dans la pestilence des remords.

Pour les royalistes, la plus célèbre fut l'exhumation de la vieille loi franque des successions patrimoniales en 1358 qui fondait enfin sur quelque chose d'écrit la masculinité souhaitée du légataire universel au bénéfice du royal champion. Tout l'art fut ensuite d'en faire une loi fondamentale du royaume de France, affublant l'usurpation réussie du pouvoir légal qui le menaçait. Facile, l'Université de Paris jadis s'imposait à tous.

Il en va de même aujourd'hui avec la sacralisation de la démocratie de Westminster qui gouverne (ou gouvernait jusqu'à hier) les "jugements" des enceintes internationales, séparant le bon grain de l'ivraie, donnant et reprenant les crédits de développement, séquestrant et libérant les avoirs bancaires, canalisant le commerce et l'alimentation. Ces supercheries ne sont tenables qu'étayées par un corpus doctrinal. Pour la démocratie il est de grand poids et grossit sans cesse. Il faudra au prince pénétrer les arcanes du droit des Etats pour n'être jamais subjugué par les diktats que lui présentera la Faculté et garder le recul nécessaire qu'apporte la connaissance des "dessous" avant l'expérience à venir, sans oublier, comme le dit Herbert dans les archives du Bene Gesserit (T.v-XOX232), que la loi choisit toujours son camp en fonction des modalités exécutives ; la moralité et les finasseries juridiques ont peu de chose à voir avec elle dès lors que la véritable question qui se pose est : "Qui tient le manche du fouet ?".
Bismarck avait compris qu'un prince dit le droit avant de le lire ! C'est une formation spéciale de l'esprit.






* Infra-stratégies, art de la guerre

#3. Pour la stratégie, on a envie de pousser à l'étude des Sun Tzu et Clausewitz - ce qui ne serait aucunement perdre son temps - mais ce sont les infra-stratégies actuelles qui comptent dans le débat et leur approche n'est pas si aisée. Peu de cénacles s'en occupent et les pénétrer demande beaucoup d'habileté... ou de relations. Avec les secondes cela reste possible.

La seule stratégie qui soit porteuse des diplomaties des Etats-continents est la globalisation : c'est la stratégie infrastructurelle, d'aucuns pensent (comme nous) qu'elle est unique et que toute alternative y est un leurre. L'entropie générale des mœurs de l'espèce humaine déclenchée par la colonisation globale européenne puis par la mondialisation anglo-saxonne dérive vers un empire planétaire fini dont les instruments de pouvoir sont à ce jour inconnus mais cherchés avec avidité. On disait auparavant impérialisme ou hégémonisme. Le concept s'est mercantilisé mais la queue de trajectoire est la même : Imperat !
La démarche américaine visant à équilibrer le TAFTA d'un traité identique à son occident¹ participe de cette marche à l'empire dans laquelle son seul contempteur est la Chine qui a déclaré son propre projet impérial sur sa tranche de pamplemousse.

Toute diplomatie - et c'est un domaine réservé d'excellence pour un prince accédant - doit être définie et conduite dans cet environnement quelque peu éloigné des déclarations fraternelles des enceintes de communication internationale que sont celles de l'ONU pour ne citer qu'elle entre dix. Ne pas oublier que le droit international et la morale internationale sont deux grilles d'analyse parfaitement étrangère l'une à l'autre. Trouver entre les deux l'intérêt stratégique d'un pays moyen et démunis comme le nôtre est un exploit. Nous l'attendrions du prince, sinon à quoi bon, nous nous contenterons d'un Vergennes-Védrine dans l'emploi.

Pour ce qui est de notre zone de chalandise, on conviendra que nous assistons à l'effondrement du bassin méditerranéen, comme si le fond de la mer s'était ouvert sur les abysses et emportait tout dans un trou noir. S'opposent deux mondes, l'un scientifique mais désarticulé, l'autre perdu dans les incantations et le désordre. A la charnière de cet affrontement on trouve deux Etats religieux stables dont l'un au moins ne laisse d'inquiéter : le Maroc à l'ouest, la Turquie à l'est. L'Europe a perdu cinquante ans à bricoler des relations douteuses avec la rive africaine et les Échelles du Levant. Il n'y eut aucune autre politique occidentale que celle de contenir les richesses minières de la région en période d'instabilité et de laisser aux politiciens la libre pratique de tous les trafics rémunérateurs.
Une collaboration des deux rives s'avère aujourd'hui l'échappatoire obligée pour contrer une guerre qui menace, et la France y conserve du crédit.

Dans sa conférence pour Vexilla Galliae, Jean-Claude Martinez suggérait de concrétiser l'Union pour la Méditerranée en une Haute Autorité indépendante des Etats (Royal-Artillerie reviendra s'il y a lieu sur ce nouveau concept à quatre agences exécutives) et Gérard de Villèle promouvait la candidature du prince aîné de Bourbon à sa présidence (ndlr: il est déjà Bailli Grand-croix d’honneur et dévotion de l’Ordre de Malte et s'installerait à La Valette). Ce serait à tout le moins un stage instructif. Comme au paragraphe #5 ci-dessous, le prince serait bien avisé de réfléchir à une infra-stratégie méditerranéenne pour son pays.

En attendant, on prendrait le pouls d'Hubert Védrine que ce ne serait pas non plus du temps perdu : clic !




* Physique sociale du comportement des masses

#4. La sociologie des foules est une base d'apprentissage politique qui fut travaillée par de grands penseurs, mais la nouvelle société de communication actuelle en demande la révision complète pour ne pas dire la reconstruction totale. Les foules réagissent au smartphone. Le meilleur stage ne peut être fait ailleurs que dans un grand service de sûreté nationale.

C'est de la gestion de la démocratie qu'il s'agit donc. Les libertés individuelles avec lesquelles on la confond souvent pour en exporter le modèle chez des peuples asservis, entrent en collision avec la philosophie de l'État lorsqu'on parvient au seuil de l'anarchie chez les peuples romanesques comme le français, l'italien ou le russe. Ces outre-libertés sont néfastes au plan national dès lors que, s'en réclamant, des contre-pouvoirs s'organisent en empiétant sur le domaine régalien, contre-pouvoirs qui bétonnent leurs positions par des lois d'opportunités... On pense généralement aux syndicats professionnels organisés sur les métiers et qui ont accédé à la strate politique pour renforcer le modèle social de chacun de leur sponsor. Par chance ils sont divisés, vénaux et se détestent. L'autre pouvoir usurpé est la presse qui s'érige en cour suprême des opinions et se fait fort de la "faire". Sans suggérer à l'impétrant un stage chez un gouvernement à poigne, nous le pensons très fort :) et il n'aurait aucun mal à s'y faire admettre es qualité.

Droit au but : le flicage généralisé du troupeau est en marche, à preuve les faibles remontrances contre l'espionnage réciproque inter-allié. Le terrorisme se banalise à grande vitesse. Les tueries universitaires aux Etats-Unis participent de cette sociopathie exacerbée par le bombardement informatif quotidien et la seule réponse connue à ce jour - après une période d'angélisme - reste la surveillance.
Michel Foucault a creusé la question jusqu'au roc dans son ouvrage Surveiller et punir de 1975 ; voir son étude du Panoptikon de Bentham. La surveillance est en progression partout sous forme de ruses ou de coercition et ses méthodes appliquées sont complètement documentées et disponibles. Un livre de chevet pour tout prétendant sérieux.

La reconstruction d'une sûreté nationale est devenue primordiale à l'heure du Village Global et les réglages en sont très fins. Il y a plusieurs modèles (parfois français d'ailleurs qui fut appliqué ci et là dans l'empire) mais la certitude de leur accomplissement nous annonce le retour de la Stasi-light, du NKVD-diet, de la Securitate-soft et peut-être à la fin, de la Gestapo-second chance !

Quel exécutif prendrait ces choses par dessus la jambe ?
Un prince détaché de ces contingences en sera la victime rapidement. Il lui serait avantageux d'assimiler quelque cynisme à l'antique et de développer aussi une philosophie du soupçon pour affronter l'encerclement de son pouvoir. Tout pouvoir sécrète son propre encerclement. Etabli, il doit former le cercle de chariots. Les techniques de police ne sont pas un sujet secondaire ; il est des officines expérimentées capables d'enseigner la matière. Même en France ; inutile de demander un stage chez Academi à Moyok en Caroline du nord.






* Géographie humaine de l'Afrique noire

#5. Pourquoi l'Afrique noire ? Parce que c'est notre premier défi européen. Nous en économisons ici la description que chacun anticipe déjà. Le prince en formation ne pourra faire autrement que de passer du temps dans plusieurs ONG mouillées sur le terrain.

Cette acquisition de connaissances sur l'Afrique, et plus particulièrement l'Afrique noire, ne vise pas pas à meubler de longues soirées d'hiver où l'on ne parlerait que de migrations. Il ne s'agit rien moins que de définir pays par pays quel est le hiatus de développement acceptable par les indigènes qui annulerait les inconvénients de l'émigration. S'arracher aux siens, à sa patrie (sauf l'enfer sur terre) exige de grands sacrifices. Le décalage attendu signale-t-il un progrès dans l'espérance d'un futur meilleur, cette "idée" en vaut-elle le coup ?

Il y a deux moteurs puissants de l'émigration, la misère endémique et le mirage européen. Si la guerre au sous-développement n'est pas déclenchée par les empires responsables du monde, on va au K.O. de l'Occident. L'Afrique comme souci n'est pas un jeu ! Quels qu'en soient les motifs mercantiles, l'implication de la Chine dans la construction ex-nihilo d'une grande ville comme Kilamba nous fait comprendre qu'on peut forcer le développement s'il l'on s'attache au concret avant de nourrir les administrations. A cet égard, la double grille africaine dont le principe est calqué sur le développement des piémonts himalayens chinois rencontre l'intérêt de politiques intelligents comme Jean-Louis Borloo qui en viennent aujourd'hui à prioriser l'électrification générale des pays. C'est du développement lourd, le seul qui franchira le siècle. En attendant les champs de force de la double grille, le défi exige de mettre déjà une forte pression sur les structures de pouvoir existantes afin de développer au moins l'illusion d'un progrès pour enrayer la misère.

A titre d'exemple, les pays du Sahel sont un laboratoire : en Centrafrique, une femme a cinq enfants viables en moyenne. Quel taux de développement serait nécessaire pour "absorber" ce flux démographique quand on sait les ressources modestes de ce pays perdu ? Aucune croissance normale n'est possible avec les moyens classiques. Il s'agit d'inventer quelque chose d'autre...

Quant au mirage européen, le propre des mirages est de ne point exister. Aussi est-il vain de vouloir le casser par une confrontation aux réalités. D'expérience ça ne marche pas. L'espoir porté par l'imagination sera toujours plus fort.

Sans doute aucun, faire accompagner le prince en "stage" par un spécialiste des questions africaines serait un must, et il en est plusieurs qui seront flattés de se voir convoqués à un travail utile, concrétisant leurs recherches. Suivez mon regard : clac !



Le billet précédent sur le même sujet se terminait par les synthèses qui achèvent la période de formation. Nous y renvoyons le lecteur intéressé s'il veut bien cliquer ici.







Note d'ordre

Ce billet n'a d'autre but que de nourrir le débat sur la question de la formation des princes en situation d'accession. On connaît bien l'éducation des rois, on ne sait pas grand chose de celle des princes qui ne règnent pas (pas encore). Qui prendrait ces propos pour une manifestation d'arrogance se tromperait mais pour une critique de l'existant, un peu moins. Les princes en vue sont pour le moment sous-calibrés rapport à l'emploi possible. Il ne sert à rien de faire semblant et ce begnin neglect doit être abandonné pour les générations montantes qui, elles, devront se former aux tempêtes du siècle.


(1) le TPPA (Trans-Pacific Partnership Agreement) vient d'être signé aujourd'hui 5 octobre à Atlanta. Le TAFTA va suivre.

(Cycle d'Arrakeen 2015)

lundi 7 septembre 2015

Le pentagone du prince

Le silence assourdissant des maisons princières aux jours de l'assaut des frontières européennes, ainsi qu'au spectacle de cette guerre non déclarée d'une rive à l'autre de la Méditerranée qu'est l'offensive du fondamentalisme musulman, m'a conduit à douter de leur perception des enjeux. Quel est leur degré de perception des réalités ? Ma langue au chat. Quel devrait-il être ? C'est déjà plus facile.

Contre la Cour - Billet didactique offensif

Il y a quatre choses pour soutenir un monde : La connaissance du Sage, la justice du Grand, les prières du Pieux, le courage du Brave. Mais tout cela n'est rien sans celui qui gouverne et connaît l'art de gouverner (Frank Herbert, in Dune). C'est le pentagone du pouvoir.

(source inconnue)
Cet art de gouverner s'apprend jeune. Il doit pénétrer le prince au fur et à mesure de sa croissance. C'est son sang, son âme, sa "spécialité". Les enfants des dynasties régnantes sont éduqués au berceau pour y atteindre - enfin, dès l'âge de raison. En dehors du cursus d'appropriation des connaissances, le plus difficile pour eux est d'apprendre à convaincre plutôt qu'à obliger. Aiguiser l'analyse et le jugement réclame des connaissances fouillées, mais d'abord la formation d'un caractère "intellectuel" affirmé, en plus d'un tempérament persuasif et serein. Le nerf du prince n'est pas celui du commun.
Les enfants des dynasties ambitieuses qui ne règnent pas doivent être mis au travail comme les autres, sinon on peut retrouver en eux le jour venu, les mêmes travers que l'on reproche aux dirigeants de rencontre que la République puise dans le vivier des arrivistes : boulimie sexuelle, comportement de parvenus ridicules, goinfrerie gratuite, caporalisme du commandement et in fine tyrannie ; toutes choses impossibles chez une famille régnante même depuis peu, qui entendrait poursuivre.

Nous devons constater, sans nous en affliger, que les prétendants que promènent ci et là les actualités royalistes ne sont pas prédisposés à la mise sur orbite d'un vrai chef d'Etat ; soit qu'ils jugent utopique une quelconque confrontation de leurs capacités à l'emploi éventuel qui les guette, soit que ces mêmes capacités ne suffisent pas à les porter au niveau requis et qu'ils en soient conscients. D'aucuns peuvent aussi se laisser tromper par le niveau parfois exécrable de chefs sélectionnés par le système démocratique. Sont-ce les princes les plus inquiets de ce hiatus ? peut-être plus que la cour qui ne rêve que de promulguer avertissements et conseils ! Les "dresseurs de prétendants", selon l'heureuse formule d'Yves-Marie Adeline, se renouvellent sans cesse à mesure de l'usure du précédent, vaincus par l'inertie du champion. La chambrière de Royal-Artillerie n'est pas loin non plus de glisser des mains du Piéton.

Mais hors de la pépinière des conseillers avoués, le doute fuse et la proportion très grande de militants royalistes rangés des voitures - comme l'avait mesuré le sondage¹ SYLM pour les Premières Assises Royalistes - ne s'explique que par la révélation de l'inanité d'un combat dont l'urgence n'est pas partagée en haut lieu. L'infanterie se laisse décimer en formation tant que le capitaine est devant, l'épée au ciel.

Villars à Denain - 1712


Sans déroger au respect que méritent les princes sincères, on peut faire une simulation de niveau et laisser à chacun le soin de mesurer l'écart à l'existant. Nous avertissons le lecteur que la description d'emploi contenue dans les lignes qui suivent ne visent en rien à copier les gouvernements d'Ancien régime, mais cherche à cerner les qualités utiles pour faire de la politique exécutive à haute fréquence. Dans notre monde, la prise de décisions irrévocables est quotidienne pour l'Exécutif. Cette aptitude dépasse la formation classique d'un élève appliqué. Il y faut la race : on ne peut que partir d'un tempérament favorable et forger le caractère qui y commandera. Sans ce préalable, il est vain de "cotiser".

Comme nous le disions dans un billet irrévérencieux au mois de mars, L'âme des princes, « la destinée du prince oblige à monter le niveau le plus haut possible pendant la période de sa formation - on en jugera par les diplômes obtenus - et à forger un caractère résilient. Outre les nécessaires humanités et mathématiques, il tombe sous le sens que des études de droit public, de finances publiques et de commerce international, clôturées par un passage dans une académie militaire, soient le minimum syndical pour qui s'apprêterait à nous gouverner aujourd'hui ». Ceci étant acquis, il reste la pratique des codes sans laquelle le prince accédant resterait dépendant de son entourage. C'est exactement l'objet de cet article.

Gouverner au plus près du vent oblige à bien connaitre les codes de communication et de transaction des hommes qui comptent. Sans en rechercher l'expertise, le prince doit être familier de la langue des grandes corporations sociales qui pèseront le plus lourdement sur ses décisions. Cet apprentissage ne peut être obtenu autrement qu'en travaillant le temps nécessaire à cette acquisition dans chacune de ces grandes corporations. Cette accoutumance "technique" est indispensable pour comprendre les débats du futur Conseil et provoquer sans délai les synthèses attendues. Le monde du XXI° siècle ne nous laisse plus le loisir d'interminables exégèses, il faut "réagir". Pour ce faire, faut-il aussi comprendre l'événement dans l'essentiel sans le filtre du chargé d'affaires. Les anciens rois nous avaient habitués à cette prescience.

Quelles sont donc ces corporations que la culture générale de l'honnête homme ne suffit pas à connaître ? Il y en a heureusement peu, mais ce sont des spécialités contiguës au pouvoir ; à notre avis, les voici toutes, je crois :

* Finances internationales immergées, marchés denrées et matières
* Droit international appliqué
* Infra-stratégies, art de la guerre
* Physique sociale du comportement des masses
* Géographie humaine de l'Afrique noire et haïkous

En quelques paragraphes pourquoi :

Ces spécialités ne sont pas enseignées pour elles-mêmes, sauf à dériver d'enseignements magistraux plus globaux, et il vaut mieux qu'il en soit ainsi car le monde universitaire est trop confiné et lent pour les pratiquer ensuite². Elles s'apprennent en s'investissant dans le milieu considéré, pas forcément longtemps. Il y a d'autres spécialités secondaires dans ce cas, mais elles ne sont pas contiguës au pouvoir et ne nous intéressent pas ici. Exemple : affrètement, conduite d'une opération amphibie, cyber-attaque,... le cas de l'espionnage se discuterait :)

#1. Les finances immergées et les marchés denrées-matières sont des spécialités dont la compréhension n'est accessible que par les back-offices des banques ou par les salles de marché des maisons de trading. Leur influence est considérable sur les paramètres politiques, certains disent que l'essentiel du pouvoir y gît.

#2. Sauf à passer par un cursus juridique classique de droit public, la connaissance des réalités pratiques du droit de force inter-nations est indispensable. Il est aujourd'hui des cours internationales qui brassent ces problèmes quotidiennement.

#3. Pour la stratégie, on a envie de pousser à l'étude des Sun Tzu et Clausewitz - ce qui ne serait aucunement perdre son temps - mais ce sont les infra-stratégies actuelles qui comptent dans le débat et leur approche n'est pas si aisée. Peu de cénacles s'en occupent et les pénétrer demande beaucoup d'habileté ou de relations. Avec les secondes cela reste possible.

#4. La sociologie des foules est une base d'apprentissage politique qui fut travaillée par de grands penseurs, mais la nouvelle société de communication actuelle en demande la révision complète pour ne pas dire la reconstruction. Les foules réagissent au smartphone. Le meilleur stage ne peut être fait ailleurs que dans un grand service de sûreté nationale ou chez... Facebook.

#5. Pourquoi l'Afrique noire ? Parce que c'est notre premier défi européen. Nous en économisons ici la description que chacun anticipe déjà. Le prince en formation ne pourra faire autrement que de passer du temps dans plusieurs ONG/agences mouillées sur le terrain. Vacances exotiques en perspective sur trois ou quatre ans. Et les haïkous ?
C'est le comte Herman Van Rompuy qui m'a demandé d'ajouter cet art tout en finesse qui ne sera jamais enseigné à la fac à peine d'en mourir. Ils lui permirent de meubler les séances interminables du Conseil européen. Royal-Artillerie vous offre le sien à la fin du billet.


(hors sujet - plaisir des yeux)



À la fin du cycle des spécialités, viendra le temps des synthèses. En situation d'accéder, le prince devrait avoir achevé la connaissance intime de son pays en faisant l'inventaire des dépendances incontournables, des contraintes indesserrables que sa géographie et le monde lui appliquent. Il serait dommage à ce moment d'affaiblir sa réflexion de l'incorporation de coutumes apprises de l'ancien temps puisque l'époque du royalisme pouet-pouet sera achevée à la veille de l'accession.
Les atouts du pays qui restent nombreux à ce jour seront mis à l'actif du bilan. Contraintes et dépendances au passif. Afin que le déséquilibre du bilan national soit gérable, il conviendra de combattre l'effet des dépendances et contraintes et de magnifier les atouts. Par l'optimisation des déséquilibres se terminera l'apprentissage de "l'art de gouverner" laissant place dès lors à l'accumulation de l'expérience.

A la table du nouveau gouvernement on ne devrait gérer que le domaine régalien - il serait sage précaution que de laisser la société à ses disputes démocratiques. Au Conseil de demain, ils seront cinq. Comme un poing fermé, ce Conseil des ministres sera puissant et réactif. Ainsi que l'expliquait Jean-Claude Martinez à la conférence du Centre d'Etudes Historiques sur le Maroc : un pays se gouverne avec une demi-douzaine de "patrons". Faut-il encore les avoir ! C'était l'effectif de la vieille monarchie et Napoléon n'en prit pas beaucoup plus. L'Allemagne (5+9), la Suisse (7) s'y tiennent presque. Les cabinets pléthoriques de la République française sont ridicules, et l'émiettement partisan du pouvoir ajoute l'inefficacité au grotesque ! Ne changeons pas en pire et retenons-nous, messeigneurs, de récompenser ducs et marquis, vicomtes et barons.

Que vienne ce temps avant que le pays n'expire. Il aura alors achevé sa révolution à l'extrême limite de la période autorisée pour sa survie. Deux siècles et demi pour lui faire faire 360 degrés, une révolution. Au roi, et vite !

Vexilla regis prodeunt, y a plus qu'à !








Note d'ordre

À quoi sert ce billet, en suite de quelques autres attachés à la formation du prince ? L'audience modeste du blogue laisse répondre : "à rien". Mais le Web est vaste comme l'océan où on laisse des bouteilles. Si quelque impétrant ramasse celle-ci sur la grève de nos regrets, elle voudra lui dire que nous prenons au sérieux le retour d'une monarchie en France et qu'il ne faut pas jouer avec notre espérance. A se dire "dynaste" comme on l'entend partout dans les maisons princières, il sied de se préparer à toute éventualité de restauration ou instauration pour la conduire au succès, et cela commence par sa propre formation et celle de ses héritiers.

Les princes d'aujourd'hui en situation d'accéder ne sont pas vraiment formés à l'emploi³. Etudes très moyennes, profession sans profession, inaptitude à bâtir un corpus doctrinal personnel, communication terne, confort de l'historicisation de toute apparition publique, revendication répétitive de droits hérités qui sont en fait perdus, le tout signalant une inaptitude alarmante. Le syndrome du bouchon de liège plombé par l'hameçon.

Si leurs enfants ne sont pas mieux formés à terme, alors nous saurons que les princes en vue n'y croient pas plus que n'y croient nos adversaires républicains et qu'ils jouent avec un mouvement de sympathie populaire qui les flatte et leur coûte si peu. C'est pour cela que j'observerai avec une grande curiosité les progrès que feront Eugénie, Gaston, Louis, Alphonse, Antoinette, Louise-Marguerite et quelques autres... en souhaitant de tout cœur que cette nouvelle génération s'investisse avec courage dans le grand projet en s'organisant entre eux pour le réussir.

A défaut de quoi, le pronostic historique demeure qu'ils devront s'effacer tous un jour pour laisser passer du sang neuf, car il est une certitude inflexible : le plus beau pays du monde ne pourra rester longtemps sans maître.





L'arbre se dévêt
Contre la morsure du vent
L'oiseau est trahi


(1) 61% selon le Livre Blanc de 2009
(2) La lexicisation du transport maritime mondial entreprise soit par l'ONU soit par l'université française dans les années 80 sont des exemples aboutis d'obsolescence instantanée. Deux mois de travail chez un transitaire hongkongais valent deux ans de cours et durent plus longtemps.
(3) Sauf un.


A paraître : Spécialités du pentagone du prince


(Cycle d'Arrakeen 2015)

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