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samedi 20 janvier 2024

Agonie de la démocratie d'étage national

Ce que les Grecs antiques ont inventé, c'est la démocratie dans la cité. Le citoyen, engagé par ses contributions de toutes sortes dans la vie de sa cité, obtenait par la démocratie le droit de dire sa pensée sur l'emploi de ses efforts. Par la suite et chez nous, les chartes d'affranchissement des municipalités ouvrirent droit aux habitants de dire leur fait et leurs requêtes à leur gouvernement local qui s'était substitué au seigneur du cru ; ce que tout le monde trouvait parfaitement normal. Sauf qu'alors, on votait par feu (famille) quel que soit d'ailleurs le sexe du chef de feu parce qu'on n'avait pas découvert le concept d'un homme - une voix.
Même si Louis XIV tenta de "normaliser" (déjà !) les municipalités en nommant les maires résidents à côté des consuls élus, les assemblées fonctionnaient à la satisfaction de tous, on trouve peu de reproches les concernant dans les cahiers de doléances de 1788. Mais ce n'est pas le sujet du jour. Non, c'est Donald Trump le souci.
profil droit de Donald Trump

Même si les pères fondateurs des Etats Unis d'Amérique ont inventé un suffrage présidentiel indirect (les grands électeurs) pour canaliser les humeurs et fureurs populaires, la dérive de la pratique porte au devant de la scène l'archétype du démagogue grossier dans tous ses comportements personnels et sociaux, qui ne recule devant aucune outrance si elle lui rapporte des points de sondage ; jusqu'à même prétendre fusiller le chef d'état-major ou le directeur d'agence qui lui déplaît. Bien sûr que c'est un propos de tréteaux dans le feu de la campagne ; mais on se souvient de la traduction qu'ont fait les foules chauffées à blanc de propos incendiaires du même Trump sur l'inversion prétendue des résultats électoraux perpétrée par ses adversaires démocrates : ça a donné le 6-Janvier au Capitole ! Pour aller directement au bout de la question : qu'ont à faire ces foules déchaînées dans un processus de choix démocratique souverain ? Rien ! Parce que le concept si valable au plan municipal - on n'installe pas un urinoir public n'importe où - est faux à l'étage national. Maîtres du monde, les Etats-Unis ont une politique étrangère particulièrement prégnante sur les autres pays. Quel soupçon de compétence accorderez-vous au redneck de l'Iowa pour juger de la pertinence de l'Alliance atlantique ? Mais la même question se pose en France et autour de nous en Europe : va-t-on réduire drastiquement les prestations sociales et le coulage d'abord de ces prestations qu'on dit monstrueux, pour favoriser un réarmement urgent de nos moyens de défense eu égard à la montée des périls orientaux ? C'est Denise à l'Accueil qui va avoir le fin mot de l'histoire ?

Le distingué lecteur de Canon Gaillon a compris déjà qu'il faut demander leur avis aux gens dans leur champ de conscience et ne pas utiliser l'alibi de la démocratie pour faire le lit des prébendiers de la République qui se parent du prestige de leur élection pour écraser l'intelligence d'autrui quand ils ont été élus par des cons. Ce qui risque d'arriver aux Etats-Unis à la fin de l'année par l'élection du porc-magnat de la téléréalité peut très bien nous arriver dans un autre genre en mai 2027. Ce n'est pas si loin. L'opinion chauffée par les chaînes d'information n'entendra plus la voix de la raison dans les projections de tous ordres qui nous assaillent mais cèdera au vacarme des solutions rapides proposées par des idées courtes que l'on trouve de tous bords ! Pour parler franc, je crains bien moins l'arrivée au pouvoir d'une droite réputée dure que celle de gentils incompétents une fois les micros éteints. Le programme économique de la candidate du Rassemblement national est atterrant, et son tout-ou-rien n'augure aucun aggiornamento de la première semaine. Il faudra comme en 1983 taper dans le mur des réalités pour changer le fusil d'épaule sous la contrainte des agences de notation. Pour sa part, Giorgia Meloni a fait la démonstration d'une mue professionnelle rapide pour donner à son pays le rang qu'il mérite en Europe ; je suis moins sûr de la mue d'une Marine Le Pen qui, hors des estrades, n'a jamais rien prouvé de sa vie, si tant est qu'elle ait les gènes nécessaires au gouvernement des Gaules, puisque son père nous a montré qu'ils lui faisaient défaut.

Mais le retour de Donald Trump aux affaires de la première démocratie mondiale pourrait être la chance que l'Europe attend depuis longtemps pour recouvrer son autonomie polémologique, parce qu'il est indigne de son statut qu'elle s'en remette pour sa sécurité à une puissance équivalente à la sienne mais lointaine et dévorée par ses propres problèmes intérieurs, et qui pour cela, pourrait lui faire défaut. En attendant, ce blogue - quand on le lui demandera - fera campagne pour Nikki Haley.

Nikki Haley
Même avec une simple licence d'expert-comptable, cette ancienne ambassadrice de l'administration Trump auprès des Nations Unies et gouverneur jadis de Caroline du Sud, fille d'immigrés sikhs, a l'oreille du grand capital qui redoute le chaos annoncé par une réélection du vieux gamin de 78 ans et qui se méfie du politocard Ron DeSantis ! C'est Le Monde qui en parle. Et puis une femme de caractère ferait plutôt pas mal dans le paysage pour "gérer" l'ingérable Deep State de la côte Est. Elles ont parfois de ces cruautés qui marquent l'histoire. N'a-t-elle pas dit : « Quand vous rendez les coups de pied, ça fait plus mal avec des talons » ?

trois grenouilles sur un roseau

En résumé, ne demandez au peuple que ce qu'il sait vous répondre en connaissance de cause et ne l'instrumentalisez pas pour faire avancer votre agenda de sa part dans des domaines qu'il ne maîtrise pas. C'est la supercherie de base de la démocratie d'étage national, mais certains beaux esprits ont dit qu'elle était la moins pire, pour une vraie raison : le peuple ressent intimement les tressaillements de son insécurité collective sans qu'il soit besoin de l'abrutir. C'est ce qu'il se passe chez nous, malgré les dénégations officielles répétées, avec l'intime conviction d'un remplacement de la population autochtone par des populations allogènes peu soucieuses des premiers. Fonder le gouvernement des hommes sur le mensonge et la duplicité finit par convoquer l'émeute, puis l'insurrection générale contre les pouvoirs publics. S'en moquent-ils à ce point qu'ils pensent désarmorcer le mécontentement par de grands oraux archi-télévisés comme nous l'a montré mardi dernier l'interminable conférence de presse du président de la République, intarrissable d'aisance et de talent ? Au matin du commencement était le verbe, a dit l'évangéliste ; puis vers midi le verbe encore, pour finir le soir avec le verbe ! Le grand oral de M. Macron s'est achevé sur un goût d'inachevé mâtiné d'ennui, car plus personne n'y croit. Gabriel Robin dit tout cela bien mieux (clic).

trois grenouilles sur un roseau

Ce blogue a aujourd'hui dix-neuf ans et a posté deux mille deux cent trente-trois billets. Achèvera-t-il sa vingtième année ? Il faut savoir glisser et ne pas appuyer, disait un fabuliste fameux !

lundi 15 mai 2023

Et la révolution bordel !

Las des foutaises césariennes de la classe politique aux manettes qui gouverne par interdictions, j'ai relu le billet de Bertrand Renouvin déplorant la crise démocratique (ici) et j'ai écouté avec attention le dernier débat des Visiteurs du soir animé par Frédéric Taddeï sur la chaîne "fachiste" CNews (là). Vous pouvez tout aussi bien faire comme moi et vous dispenser du énième billet de Royal-Artillerie sur la démocratie en crise, en visionnant cette émission avec, entre autres, Olivier Dard et François Bousquet. Est passé aussi ce même samedi à la télé, l'excellentissime Richard de Sèze qu'on ne présente plus, pour son dernier bouquin En arrivant au paradis*. Sinon quoi ?
Note* : Ce livre est présenté par l'auteur sur Ligne Droite.

graffiti

La démocratie est en crise génétique en France et dans les pays latins parce qu'on n'y apprend pas à contenir ses émotions et à dominer son sujet au-dessus des contingences personnelles. En Europe, on voit que la carte des désordres civiques latents ou exposés est circonscrite à l'arc latin, prolongé jusqu'à la péninsule grecque. Il y a depuis quelques mois la même effervescence en Angleterre mais pour d'autres raisons qui tiennent d'abord à des mesures de coercition coûteuses pour les gens, décidées par une classe politique usée jusqu'à la corde, qui s'est mis la tête dans le sac du Brexit.
Ce régime, plaqué sur des peuples effervescents qui croient être les patrons de leur nation, est un paradigme complexe dont le réglage fin convoque des vertus spéciales qui ne sont pas données à tous. L'Europe du nord y atteint, parce que ses gouvernements écoutent la base - le défi de l'immigration y est emblématique et par exemple, le criblage des entrées au Danemark a ramené l'extême-droite à l'étiage (2%) en appliquant simplement les mesures réclamées par les gens. Sinon, comme disait l'abbé Sieyès, l'apathie du peuple est requise pour que ça fonctionne... mais pas garantie non plus, ajoutons-nous. A défaut, le citoyen doit être mis en confiance de ses dirigeants - un peu de charisme ne nuit pas - ou carrément dépolitisé : la politique, il y a des gens pour ça ! En Gaule aussi ?

La politisation du peuple date ici de la Révolution française quand les actes furent jugés "au nom de lui". On revint deux mille ans en arrière, au pavois gaulois des tribus ingouvernables. Mais la Révolution ne changea pas les chaînes de pouvoir, elle les maintint différemment, sauf que l'aristocratie laissa la préséance à la bourgeoisie. Ces deux groupes n'étaient pas tout inclus dans les deux ordres de la Noblesse et du Tiers comme on le croirait. Bien des administrateurs de talent du royaume venaient de la roture et des bourgeois d'affaires étaient devenus des nobles fiscaux. Le plus sioux fut pour eux de saisir le prétexte de la "liberté" pour se jeter sur le labeur en l'atomisant afin de le mettre à leur merci. Et il y a des cons insoumis qui, le poing levé, se réclament de cette prédation. Quand le peuple s'aperçut que les mouches avaient changé d'âne pour que tout redevienne comme avant, il se souleva, en 1830, en 1848, en 1870, en 1936, posa le fusil en 1940, expulsa les rationnaires de la IVè République en 1958, et ceux qui l'étaient devenus sous la Vème en 1968 ; il dit stop en 1981, en 2005 et se souleva à nouveau en 2018 (GJ), quel que soit le régime en place finalement. Le bouillonnement continue aujourd'hui, non tant contre une réforme mal faite des pensions par répartition de Ponzi que par un agacement général contre la morgue des pouvoirs publics captés par une élite déconnectée des réalités, sous la férule d'un satrape aussi fier que limité dans l'emploi.

Comme le disait la philosophe Barbara Stiegler chez Taddeï, quand Bruno Le Maire déclare connaître le "peuple" parce qu'il l'a rencontré (sic), il s'exclut du demos pour gravir l'Aventin du cratos qui nous surplombe. Le même avait prédit qu'il ne ferait pas un grand score à la primaire UMP car il était trop intelligent, trop décalé de la masse. Cette position d'instituteur d'un peuple incapable d'ordre et de vision est partagée par l'actuel chef de l'Etat, et déteint sur tous les ministres et cabinets qui rédigent en continu projets de loi, ordonnances et décrets. Outre l'abscondité des textes, les intérêts du peuple sont trop souvent écartés au profit, non pas du bien commun qui les prime, mais du bien de quelques-uns qu'il faut pérenniser. A la fin, le peuple submergé par une gouvernance imbitable leur dit merde. Aux deux-tiers, disent les instituts de sondage. A ce niveau de rejet, la machine démocratique se grippe, d'autant plus que le vase d'expansion de l'Assemblée nationale ne joue plus son rôle d'amortissement, à cause de la bordélisation systématique des débats, qui laisse croire que l'antiparlementarisme primaire a fait son lit dans l'hémicycle. Pas besoin de refaire le pont de la Concorde du 6-Février, les députés vont se détruire tout seuls. "Tous pourris" dit la rumeur ? Ils en rajoutent.

Quid de la suite ?
Soit M. Macron dissout l'Assemblée nationale le 15 juillet prochain, soit il ne le fait pas. En ce dernier cas, il entre dans la spirale de la révolution. C'est l'histoire de L'insurrection qui vient. Soit il dissout la chambre en recherche d'une majorité qu'il peut d'ailleurs obtenir par un réflexe d'ordre du corps électoral. Encore une "chambre introuvable". Soit il ne dégage pas de majorité claire et entre dans le tunnel des compromis au cas par cas avec qui veut bien de lui. Son narcissisme laisse augurer d'une démission en réponse à ce qu'il prendra pour un affront personnel. Ce qui ne résoudra rien si le cadre politique (=constitutionnel) reste le même. C'est pour ça qu'il faut retirer l'essentiel de l'Etat du carnage politique d'une démocratie en crise récurrente parce qu'il s'est inscrit dans la durée. Reste la question à mille dollars : par qui le remplacez-vous dans les capacités requises ? Vertige du vide.

lundi 20 mars 2023

Nos yeux grand ouverts sur la démocratie

Francis Fukuyama
La fin de l'Histoire de Francis Fukuyama (TNI 1989) n'en finit plus de reculer dans le temps. Le triomphe des démocraties sur l'Axe du mal, un peu tout ce qui n'était pas elles, avouons-le, n'aura pas duré plus longtemps que la guerre préventive d'Irak de 2003, aux motifs que l'on voudrait obscurs mais qui en réalité tiennent dans la seule main de Georges W. Bush. Avec des novateurs en conservatisme appelés "néocons", Donald Rumsfeld, Dick Cheney et surtout Paul Wolfowitz, le jeune président se crut chargé du fardeau de finir le travail commencé par son père au Moyen Orient. On sait ce qu'il en fut et comment les hommes forts du tiers-monde sentirent alors le vent du boulet leur frôler les moustaches, reconfirmés dans leurs craintes par la liquidation de Mouammar Kadhafi près de Syrte en 2011. Alors le monde commença à se partager en deux espaces civilisationnels, démocratique et autocratique ; mais raconter le comment du pourquoi n'est pas l'objectif de ce billet.

Sans en faire une thèse, plutôt une conversation au coin du feu, nous allons essayer de percer la légitimité de la revendication chinoise qui prétend faire le bonheur du peuple au terme d'un processus d'éducation contrainte. Pourquoi la Chine populaire ? Parce qu'elle est devenu le modèle à suivre, modèle qu'elle exporte très bien et facilement. Ses dirigeants actuels feignent d'ignorer les prétendues avancées démocratiques célébrées par les pays du G7 et s'en tiennent aux arcanes marxistes-léninistes du paradis accessible à terme, dans la discipline confucianiste mâtinée de Qi Gong. Allons au fond : quel est le but légitime à atteindre pour les dirigeants qui gouvernent les sociétés humaines ? Satisfaire les besoins du peuple dont ils ont la charge dans l'optique du meilleur bonheur possible. Comme le dit la formule, le droit du prince naît du besoin du peuple. Quel est-il ?
  • Se nourrir à satiété
  • Se reproduire
  • Vivre en sûreté (abrité et sécure)
  • Obtenir d'autrui sa considération
  • Vaquer sans encombres
Le bonheur dépasse ces fondamentaux :
  • Acquérir un espace en propre à gouverner
  • Pouvoir se projeter dans l'avenir
  • Savourer la plénitude d'une situation stable et sûre
  • Accomplir son rêve
  • Mourir dans la dignité sans souffrances
Le distingué lecteur voit bien qu'il y manque quelque chose, l'amour.
Mais l'amour est aussi rare que le génie et nous bornons notre philosophie de comptoir aux limites du zinc.

Sauf le "gouvernement" du petit lopin qu'il modère, le régime chinois ne retire rien de la liste. Il en rajoute même du côté de l'enrichissement personnel et de la capitalisation des aventures personnelles. Il émet une seule interdiction : ne pas faire l'empereur ! Le Chinois ne peut distraire des moyens personnels ou collectifs pour enchâsser un royaume à lui dans l'empire, le dit-royaume serait-il petit. Même s'il y a des voies de contournement, il n'est pas libre d'organiser comme bon lui semble ses échanges avec autrui, son interaction, sa liberté toute relative s'arrêtant où commence non pas celle de son voisin mais celle de l'Empire. En résumé, il est exclu du champ politique. Il n'est pas la particule élementaire autonome du demos, et ça fout par terre toute la construction mentale socio-politique de l'Occident global. Le pouvoir chinois et ses imitateurs nient l'existentialisme et, blasphème, la qualité de "citoyen". Le problème pour l'Occident, s'il veut continuer à se mêler de la marche du monde, est que le modèle de régime illibéral ou à liberté limitée est facile à expliquer, à comprendre et à mettre en œuvre, ce qui va hâter les conversions .

La supercherie de notre côté est d'amalgamer des valeurs propres à l'humanité, à l'espèce, au concept démocratique. Le bonheur individuel peut prospérer à l'ombre de sociétés à liberté limitée qui assurent tous les fondamentaux précités. Dans quel but l'empire chinois revenu au balcon du monde a-t-il édicté ce régime de liberté limitée ? La raison la plus évidente est celle de se reconstruire lui-même sans opposition intérieure dans ce qu'il considère être son périmètre naturel et historique. Nonobstant les débordements stratégiques visant à étendre son gouvernement à des terres qu'elle n'a jamais gouvernées (et l'empire des Tsings la précédant pas beaucoup plus), la Chine populaire ne mérite de recevoir aucune critique tant que son pouvoir se concentre sur l'objectif du bonheur, ce qui n'est manifestement pas le cas, ni au Tibet ni au Turkestan oriental. Il serait avisé que nos chefs d'Etat prennent la mesure du champ d'exercice de leurs critiques et soient plus tranchants sur les évidences d'un comportement déviant, laissant au génie propre de cet empire trimillénaire le mode d'organisation politique qu'il souhaite dans son aire d'intérêts. En plus court, ne pas donner de leçon mais contrer rationnellement où c'est nécessaire.

Action ? Promouvoir la libertad à la mexicaine... sans jamais la définir.

Personnellement, moins je vois d'Etat, mieux je me porte, quitte à limiter mes ambitions à la fertilité de mon alleu et son bornage ; en Cévennes, c'est atavique, l'Etat invasif donne de l'urticaire.
Garçon, remettez-nous ça !

lundi 29 novembre 2021

Tectonique des blocs électoraux

Va commencer la campagne électorale très bientôt. Avec l'arrivée sur le marché du candidat LR officiel le 4 décembre prochain et la mainlevée cette semaine aussi de l'hypothèque Zemmour, le band-wagon sera lancé. Qui ne le prendra pas maintenant n'y montera jamais... le sortant étant à part, pour continuer à bénéficier des avantages de la fonction et faire campagne aux frais de la marquise, mais quand tu tutoies le pape, tout t'est permis ! Il n'est aucun jour déjà que lui ou sa clique ne fasse irruption sur l'avant-scène médiatique pour maintenir éveillé l'intérêt des masses laborieuses et démocratiques comme le disait Georges Marchais (il nous manque !). Les médiats sont au maximum de puissance d'émission dans le même but, captiver l'auditoire qui renchérira l'Audimat (comprenez, le prix des quinze secondes de publicité). Mais les bâtons merdeux commencent à se compter, qui vont faire grossir la facture des déplacements : guerre des coquilles, Antilles, Nouvelle Calédonie, Brexit de Calais, rigueur budgétaire revenue à la Chancellerie de Berlin, prurit poutinien aux portes de l'Union et pour faire bon poids, l'Omicron austral. Miquet à la houppe a donc lancé la sienne campagne, toute en rhétorique ; il adore "expliquer" !

L'auditoire justement, quel est-il ? Mis à part les locuteurs étrangers non impliqués dans la vie d'une nation qui n'est pas la leur mais qui résident ici à millions, apparaissent dans la boule de verre quatre blocs distincts qui ne se mélangent pas. On aurait pu titrer ce billet "Typologie de l'électorat" mais c'est assez prétentieux. Commençons par les plus nombreux, ceux qui ne votent pas !

Bon an mal an, ils constituent maintenant la moitié des citoyens appelés aux urnes, non-inscrits et abstentionistes. C'est beaucoup pour avoir fait la Révolution que le monde entier nous envia. La moitié des non-inscrits sont de jeunes adultes ayant autre chose à faire que de la politique ou qui sont partis réussir ailleurs. Un tiers des non-inscrits sont des déclassés sociaux qui ne se sentent pas concernés par la Cité ou qui subissent parfois des avanies administratives qui les distancient des services publics. Le solde (17% donc) sont des anarchistes et autres asociaux de naissance qui ne reconnaissent pas la légitimité de l'Etat et moins encore celle des scrutins. Les deux dernières catégories sont figées, on y entre comme dans les ordres sans en jamais sortir. La première catégorie est évolutive, les individus passant ou pas vers les autres blocs. Les abstentionistes varient au fil des circonstances si les étals politiques n'offrent rien qui les branchent. Ils sont issus des quatre blocs dont on va parler maintenant et ne sont pas agrégés, donc divisibles et enrôlables (plus par là).

C'est donc la moitié seulement des citoyens qui va voter et infléchir la course des astres politiques. Cette moitié est constituée de quatre blocs sociaux, travaillés par des partis politiques qui cherchent à s'identifier à eux pour en obtenir les faveurs avant d'en prendre le commandement. Subséquemment on trouve les Indignés de Stéphane Hessel, les lève-tôt, les administrateurs à statut et les pensionnés. Leurs intérêts se croisent rarement mais on pourrait segmenter différemment. Ce qui est intéressant n'est pas de décrire dans le détail la composition de chaque bloc (on va le faire très brièvement ci-dessous) mais de les voir interagir pour déboucher in fine à former une majorité qui réalisera l'équation magique « e=50+epsilon/100 ». Pour les cerner, il ne faut pas se fier aux politiciens qui idéologisent le bloc concerné mais parler aux gens qui le constituent. Voisins, familles, bar-tabac, camping, transports en commun, manifestations diverses et variées donnent accès à l'échantillonnage. Libre ensuite à chacun de comprendre, de vouloir comprendre et de relever sa position géodésique.

animaux de Granville

Composition des blocs

Les Indignés comprennent les révolutionnaires, les insoumis, les réveillés (woke), les discriminés par auto-suggestion et les assistés sociaux de métier. C'est le syndicat des "droits à" et toujours plus. Les équilibres budgétaires sont refusés au simple motif que de l'argent, il y en a ! L'oisiveté est une occupation comme une autre. Chez eux, c'est à ras du sol ! Certains écologistes s'y font happer qui en meurent comme la mouche sur le papier-collant.

Les "lève-tôt" sont tous ceux qui on mis le réveil entre 6h30 et 7h00 pour rejoindre un poste de travail. Ça va du cadre d'entreprise au petit patron, du médecin à l'infirmière, de l'ouvrier au commercial itinérant, du saltimbanque à la caissière. Ils sont le plus grand effectif électoral, et heureusement ! Leur souci est d'arrêter le manège aux chevaux de bois électoraux pour stabiliser le faisceau de contraintes en tout genre qui les visent. Travaillant dur, ils n'acceptent pas la gabegie de la dépense publique et l'assistanat open bar à l'endroit des populations du hamac national.

Les administrateurs à statut sont les rouages de l'Etat et des services publics, abonnés au Monde en haut, lisant Le Hérisson chez le coiffeur en bas ! En France ils sont très nombreux et partagent des réflexes conservateurs pour perpétuer les avantages de leur statut, avantages anciens qui furent édictés pour attirer des vocations dans des emplois monotones ou usants. Tous savent exactement le nombre de jours de congé qu'il leur reste ainsi que celui des arrêts maladie acceptés.

Les pensionnés profitent de leur retraite de la vie active. Certains viennent des catégories ci-dessus mais leur nouvelle position en marge crée des intérêts spécifiques au bout de quelques années. Leur souci est la pérénisation viagère de leur pouvoir d'achat, fut-il modeste, la stabilité du système d'assurance maladie et les conditions à venir qui environneront la vie de leurs descendants s'il en ont ; à défaut d'en avoir, ils mangent leur épargne au tirage et au grattage en croisière.

A noter que les écologistes se répartissent entre ces quatre blocs, et le challenge du candidat officiel des Verts n'est que de les en extraire pour former un bloc à lui, en dramatisant à outrance le défi climatique et la pollution.

Tectonique des blocs électoraux

L'archipel des Indignés commence toujours sa campagne en représentation de tout le corps électoral dont on décrète l'insupportable souffrance sous le joug des riches et des puissants. Les imprécations révolutionnaires n'améliorant pas le score, les ténors se radicalisent tout au long de la campagne au fur et à mesure qu'ils comprennent qu'ils ne gouverneront jamais. En 2017 M. Mélenchon, champion de ce bloc, fit quand même 20% des exprimés et 15% des inscrits (source). L'usure de l'image d'un vieux tribun toujours plus bolivarien laisse douter d'un meilleur résultat en avril 2022. Ce bloc fait bloc et reste à part. Il ne participe pas à la tectonique des blocs électoraux.

C'est chez les trois autres qu'il faut observer la parthénogenèse qui au fil des semaines va faire Le Nombre. Le bloc le plus important des lève-tôt restera le plus solide dans ses convictions d'ordre et de gestion patrimoniale d'un Etat dégraissé, puis se jettera dans les bras du plus habile à lui faire croire qu'il est le pari le plus sûr dans l'avenir. Mais ce n'est pas non plus le bloc des playmobils. Il sait compter, il sait anticiper, et plus important, il sait décoder la promesse électorale. Toutes choses égales par ailleurs, le candidat gagnant sera celui qui apaisera les inquiétudes des lève-tôt à se lever pour rien. Et ce bloc a fourni la ressource des gilets jaunes sur les ronds-points, auxquels M. Macron n'a jamais sû répondre malgré un happening de tous les instants en province. Si ce bloc vote pour un candidat incongru comme Hollande en 2012, c'est que l'adversaire est moins que rien dans sa tête. Pauvre Zébulon Sarkozy qui a cru refaire en 2012 le coup de 2007 : "Vous allez voir ce que vous allez voir !" Qui l'aurait cru deux fois ?
Les candidats déclarés à ce jour, qui ne sont pas captifs d'un bloc comme celui des Indignés, ont parfaitement saisi les attentes du bloc majeur. C'est pourquoi tous les programmes des centres et de droite sont miscibles. Reste à voir qui va se détacher des deux autres blocs pour rejoindre celui-ci au second tour.

De celui des pensionnés ? Probablement parce qu'il ont des soucis approchants d'ordre et de saine gestion pérénisant leurs "acquis". Une fraction cèdera aux sirènes socialistes en souvenir de vieilles solidarités à compte d'autrui comme les piétons de gauche les exigeaient de la Bastille à la République quand ils étaient plus jeunes. Et ce bloc se coupera en trois. Les rêveurs finissants voteront par habitude, les gens sérieux revenus de tout voteront pour l'efficacité à rénover l'Etat, et les doctrinaires engoncés dans des schémas impossibles mais parfaits en théorie qui entendent mourir intellectuellement intacts, voteront pour un candidat atypique voire s'abstiendront, ou marqueront leur bulletin du signe de leur dépit, d'une fleurdelis parfois.

De celui des administrateurs ? Peu à très peu rejoindront. L'état de calamité générale observé dans tous les compartiments d'une sphère publique invasive et décalée (déficits partout, dettes à l'africaine, affaissement des services publics à commencer par l'enseignement) convoque à son chevet les bons docteurs de droite comme de gauche, signifiant à ce bloc des immobiles que leur statut plus ou moins privilégié est malgré toutes les assurances, en péril ! Devant la menace, ce bloc n'en restera pas un. Les plus intraitables, sachant perdue d'avance la cause de solidarité nationale à leur profit, rallieront les Indignés pour marquer le coup. Ce qui explique le score étonnant de Mélenchon la dernière fois ! Au second tour, une partie des administrateurs votera blanc ou nul. Le solde votera contre le favori des instituts de sondage pour amoindrir le plus possible sa légitimité en prévision des élections législatives et du quatrième tour dans la rue s'il y échet.

A retenir peut-être, que les commerçants du marché politique sont là pour vendre leur production en fracturant les blocs électoraux à leur avantage. Quand vous écouterez les allocutions des uns et des autres, campés sur des convictions inébranlables, vous en saisirez désormais plus facilement le motif, qui est de cliver d'abord pour entrer ensuite dans la circulation générale des blocs fracturés dérivants, avant qu'ils ne se ressoudent.


Loui-Philippe fait des bulles


Sinon, à quoi sert cet article ?
A rien, sauf à augmenter le compteur : c'est le numéro 1982.


[1982°]

mardi 9 mars 2021

Liquéfaction de la démocratie

Avertissement: Le régime dont il est question ici, est la démocratie d'étage national. Nous ne traitons pas des républiques communales que nous appelons de nos vœux. Vu le confinement volontaire, ce billet est atrocement long, mais le rédacteur a multiplié les intertitres permettant de faire des sauts. Bonne lecture.


« La démocratie est le pire des régimes, à l'exclusion de tous les autres » disait Winston Churchill, battu aux élections après qu'il eut gagné la guerre. Il signifiait par là que si les principes démocratiques sont inexpugnables de l'esprit moderne (et Slate nous donne son discours aux Communes du 11 novembre 1947), c'est leur mise en application dans le jeu partisan qui ruine le concept. Si chez nous, la Quatrième République est allée jusqu'au bout du projet pour finalement en mourir, la Cinquième a reconstruit un régime viable en trafiquant les scrutins au motif sacré de majorité. Expliquer à un étranger notre mode de scrutin législatif ou communal est une sacré partie de rires, qui se termine toujours par la même question : « et vous avez accepté ça ? ». Ainsi pour éviter le chahut à la Chambre basse, on accepte le chahut en ville puisqu'une fraction importante de l'électorat n'est pas représentée dans l'enceinte souveraine (ou qui le devrait). On reparle aujourd'hui de scrutin proportionnel pour faire entrer les abstentionistes au parlement dans une logique de négociation entre partis politiques, une promesse de campagne de Macron à Bayrou, et comme à chaque fois, tous les prétextes seront bons pour protéger la carrière des "sortants" du bolchevisme (60 députés LFi) et du fachisme (80 députés RN) ! Quant à réduire le nombre de sièges, n'y pensez même pas, c'était pour amuser les croyants. Jusqu'ici le pays s'est accommodé de sa démocratie latine, plus discrètement corrompue que ses soeurs méridionales, mais bien pourrie quand même, sauf que les défis qui montent à l'horizon du monde vont évacuer ce régime politique pour la bonne raison qu'il est incapable de les affronter. Ce n'est pas moi qui le dit, mais des gens hors-champ comme Jean-Marc Jancovici, qui dénonce le ressort essentiellement courtermiste du modèle et par là sa totale inadaptation. Darwinisme ? A voir l'évolution de toutes les démocraties de la planète qui dérivent vers l'illibéralisme, on peut se demander si un processus d'extinction du modèle westminstérien n'est pas enclanché.

Il est intéressant de l'entendre répondre à Natacha Polony, dans un entretien récent, qu'il sèche sur le régime idéal tout autant qu'il ne perdra pas de temps à l'imaginer, mais que par contre, c'est le chemin des améliorations du modèle en cour qui l'intéresse, si les enjeux sont établis et acceptés. Dit en passant, il ne fait aucune confiance à la classe politique aux affaires, composée d'ignorants. L'exercice de style aujourd'hui est de débroussailler ce chemin, sans chercher une queue de trajectoire plus qu'une autre. Commençons par les défis identifiés. Ils sont au nombre de deux, qui en déclenchent bien d'autres chacun ; le dérèglement climatique et la mondialisation des empires. Il est évident que les deux défis ne peuvent être affrontés que dans une perspective de temps long. La démocratie et son avatar obligé, la démagogie, sont antinomiques du temps long, induisent le populisme, nouvel opium du peuple qui le détourne des dangers grossissants. Commençons par le plus facile.

La mondialisation impériale

Quand le GATT* a été transformé en Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995, les empires existants (USA) et en reconstruction (Fédération russe, Chine populaire) étaient d'abord des territoires promis au libre-échange dont le développement était assuré par l'accès au marché mondial. L'Europe occidentale n'était alors qu'un Marché commun réglé entre douze Etats par le traité de Maastricht, renforcés de l'Autriche, de la Finlande et de la Suède. Mais à l'avènement d'autocrates au chauvinisme exacerbé à Moscou et à Pékin, les empires en développement sont devenus des rivaux systémiques pour la seule raison que notre modèle libertaire menace leurs dirigeants. Ce cabrage pose de sérieux problèmes non seulement à l'Occident mais à tout ce qui n'est pas eux ! Le tableau sera pendu au mur de nos soucis aussi longtemps que vivront les deux hêgemôns, Poutine et Xi.
* General Agreement on Tariffs & Trade


Contrairement à une perception répandue dans les états-majors atlantiques, la Russie de Poutine n'est pas une menace métallique directe. Il est plus que probable que la clique du Kremlin ne s'aventurera pas au-delà du glacis impérial historique de la Russie ; mais qu'elle prendra tout prétexte, absolument tous, pour désorganiser l'Occident jusqu'au plus complet désordre. Plus que les missiles ou les chars, ce sont les armes cybernétiques qui sont utilisées et parfois les procédés classiques du KGB jamais mort, qui tue par le poison, l'accident sur la voie publique, la chute du balcon etc. L'Allemagne contemple effarée le renforcement spectaculaire des effectifs de la chaîne Russia-Today Deutschland à l'approche des élections de l'automne 2021. Géographiquement, le Kremlin est contenu à l'ouest par l'hostilité grandissante des nations contiguës - je parle des peuples - qui font écho au tapage que le peuple russe maintient depuis un moment déjà, surtout depuis le retour et l'emprisonnement de Navalny. A l'est, c'est bloqué, l'empire chinois peut se retourner contre la Russie à tout moment s'il a besoin des ressources sibériennes, comme il le fait en Mongolie extérieure. Et la revendication historique sur la rive droite de l'Amour n'est pas éteinte.
Poutine, incapable de développer la Russie à partir des atouts considérables qu'elle possède, est un tacticien qui fonctionne au culot sur un logiciel de force, mais pas un stratège ! La menace russe cessera avec lui, comme la résistance russe à la pression chinoise d'ailleurs. En attendant nous devons agir sur le seul levier actif, la force, et donc accroître nos moyens militaires dans le but de les montrer plus que de s'en servir. Pour la France, cela demande que les programmes d'équipement soient respectés par les lois budgétaires de mobilisation des tranches, ce qui n'est jamais arrivé puisque clientélisme et courtermisme sont les deux mamelles de la démocratie française. Sortir le budget de la Défense de la sphère publique pour l'insérer dans un domaine régalien détaché ? C'est juste une piste.

S-400 russes
Il n'en va pas de même du dictateur chinois. Le coup d'Etat permanent, c'est au niveau du bureau politique de Zhongnanhaï. L'alternance, qui prévalait jusqu'ici et permettait des corrections de trajectoire exigées soit par la situation intérieure, soit par les réactions étrangères (surtout économiques) est abolie au profit d'une marche en avant que rien n'arrêtera et qui doit atteindre tout l'espace sinisé de l'ancien Empire du Milieu en 2048, pour le centenaire de la République populaire de Chine. La menace n'est pas virtuelle. Si la Russie n'a pas de routes de la soie, si elle ne fabrique pas de composants indispensables à l'industrie mondiale, si elle ne maîtrise pas les process complexes sauf ceux qu'elle emploie dans son propre réarmement, la Chine populaire dispose en revanche d'une force de frappe économique qu'elle utilise dans sa diplomatie à la moindre contradiction. L'Australie (charbon...) et Taïwan (ananas...) en font les frais aujourd'hui, mais ce ne sont que des avertissements à l'attention de voisins récalcitrants demain. Elle a montré qu'elle était capable de suborner une majorité de pays islamiques pour la soutenir dans sa gestion des irrédentistes ouighours.
A côté de la machine économique, elle fait tourner une véritable machine de guerre ouverte dont elle menace n'importe qui, à commencer par Taïwan qui ne lui a rien fait (au contraire même, vu les investissements massifs de l'île dur le continent) et surtout qui ne lui a jamais appartenu. Elle piétine au su de tous le peu de démocratie hongkongaise que les accords anglo-chinois de rétrocession avaient maintenu (pour cinquante ans) et attend les remontrances étrangères avec morgue. Elle promène l'escadre en mer de Chine pour narguer tous ses voisins qui (sauf le Cambodge de Hun Sen) la prennent pour un prédateur pervers narcissique. Aller taper dans des chalutiers indonésiens devant l'archipel des Natuna montre une volonté d'humilier gratuitement une thalassocratie majeure comme l'Indonésie, qu'elle est par ailleurs incapable de vaincre en l'état (prendre une carte).
Cette menace chinoise ne peut non plus être affrontée chez nous par des mesures ponctuelles, de circonstances, d'autant que la part communautaire des relations est grande et dominée par l'Allemagne. On a besoin de temps pour défaire une à une les ventouses de la pieuvre chinoise sur l'Europe, puisque une guerre est impossible. C'est exactement le contraire que fait la Commission germano-européenne qui signe les nouveaux accords de Munich afin de sauver les intérêts chinois de l'industrie allemande (sous-traitance eurorientale comprise), interêts qui sont primordiaux pour Berlin. Je ne vois aucun personnage de notre belle démocratie capable de mettre en œuvre une réplique intelligente à vingt ans de vue. Y penser, peut-être, le faire, non ! Notre démocratie nous mène à la soumission.

Le dérèglement climatique

L'autre défi, bien plus conséquent, est le dérèglement climatique. On pourrait faire le tour de la question en une seule phrase : l'inertie climatique (où les jours se comptent en lustres) convoque le temps long ! Les extravagances de la grande révolution industrielle ne seront digérées par la planète que dans mille ans. Mais nous devons agir aujourd'hui pour contrer les effets de notre impact dans un futur que ne verront pas ceux qui décident aujourd'hui. Connaissez-vous un politique capable de voter des mesures de restrictions sévères pour améliorer les conditions de l'espèce à l'échéance de deux cents ans ? Dans le panier actuel, ça n'existe pas. Entretemps, des calamités naturelles vont survenir, plus fréquemment disent les savants, comme le blizzard texan descendu de l'arctique, les grandes sécheresses ici, les déluges là, la fonte des glaciers polaires, et l'ouragan partout : Yasa, premier cyclone extrême de la saison 2020-21 avec des vents moyens de 260km/h et des rafales à 345km/h (trois cent quarante-cinq) le 17 décembre aux Fidji. Niran à 220km/h n'était pas mal non plus en Nouvelle Calédonie le 5 mars. La France qui a connu de beaux phénomènes en 1999 (Lothar) et en 2010 (Xynthia) va repasser à la caisse cette année, puisque nous avons essuyé quarante tempêtes majeures en quarante ans. Nous avons vu en Europe des villes éloignées de toute rivière, noyées carrément par une pluie de mousson. Les océans montent inexorablement, des îles étrecissent, des gens partent, les migrations climatiques sont en marche.

diagramme Meteo France, tempêtes majeures
Puisqu'il n'y a pas d'autre remède (s'il guérit encore !) que la diminution de l'empreinte humaine et mécanique sur la planète, sont convoquées au berceau des générations montantes les fées Carabosse de la décroissance dans une entropie générale appauvrissant les actifs en supprimant les avancées sociales, plans de carrière, avancement à l'ancienneté (la production diminuera plus vite que la population) et en faisant exploser tous les schémas Ponzi de pensions des inactifs. Tous les gens en souffriront sauf quelques happy few qui seront bientôt accrochés aux lanternes pour se passer les nerfs ! Ce n'est certainement pas sous un régime démocratique, même du modèle représentatif assagi, que quelque chose sera entrepris pour sauver le monde. Et ces défis climatiques sont autrement plus dangereux que la mondialisation impériale dont nous parlions plus haut. A la réserve près qu'un pouvoir d'autorité compris et approuvé semblera mieux à même de gérer par exemple la consommation générale, la production d'énergie et la démographie.

Quels seraient les chemins à prendre pour aboutir à un régime politique capable de gérer les crises futures ?

Si la démocratie n'est pas la solution, elle fait partie du schéma mental de tous les humains depuis qu'ils l'associent sans hésitation aux libertés individuelles, à tel point que liberté et démocratie sont synonymes. En foi de quoi, les apparences de la démocratie doivent être maintenues. Ce n'est pas un concept nouveau. Les parlements des nations européennes décident à la marge, les intentions et les mesures d'ensembles sont prises par les institutions européennes. Mais tant que le cirque parlementaire peut se produire, tout va bien. Continuons donc à élire des représentants que nous chargerons de régler des problèmes sociétaux, des soucis culturels et finalement les effets des décisions prisent sans leur consentement explicite. Afin que nul ne se sente laissé sur le bord du chemin, la proportionnelle intégrale (conscription départementale) sera instituée et les politiques passeront du temps à monter des coalitions de rencontre laissant les vrais décideurs suivre leur idée.

La revendication démocratique répondue, il s'agira de prendre le taureau par les cornes sur le reste : décroissance, défense, sûreté du territoire, relocalisations, contrôle des flux migratoires, écologie des territoires, productions agricoles, numérisation des process, communications, santé publique, recherche et développement... dans le seul but d'arrêter l'expansion de notre empreinte écologique avant de la réduire. Le plus simple serait d'extraire déjà de la dispute démocratique les fonctions indiscutablement régaliennes comme la sécurité, la sûreté intérieure, la justice haute et les affaires étrangères, afin d'avoir un continuum de l'Etat essentiel dans la tempête, sans lequel rien ne sera possible. La monnaie est un autre sujet qui ne peut se traiter (une autre fois) sans croiser le possible et le principe.

Ceci acquis, comment réduire l'empreinte ? Jean-Marc Jancovici donne sa langue au chat. A moins que la solution soit "indicible". Deux questions se bousculent déjà pour cadrer ce chapitre : les limites praticables de la zone d'effort d'une part, le processus permettant de stopper l'écart des conditions d'existence - la dérive des incontinents - pour enclencher l'entropie générale. Pour faire simple, à défaut d'être capable de faire compliqué, il s'agit pour la nation de sortir progressivement de la société de consommation. Vivre moins bien mais mieux tout en réduisant les inégalités ! Entrent en jeu l'écologie générale, le localisme, la sobriété énergétique et même une transition alimentaire vers des produits moins nocifs pour l'environnement. Il y a des tonnes d'études en ligne sur ces sujets.

Pareille politique suscitera immédiatement l'hostilité de trois groupes, les consommateurs compulsifs (nous le sommes tous un peu), les producteurs de biens (ouvriers compris), les publicistes (jusqu'aux GAFA). La pédagogie, l'appel à l'intelligence de chacun ne suffira pas. Quel que soit le chemin choisi vers un consensus, propagande, assises démocratiques, états-généraux (pourquoi pas ?), on n'évitera pas la contrainte. Il faudra dès lors inventer un régime capable de la gérer sans détruire la nation. Même si l'empirisme organisateur est un logiciel puissant, l'évolution du monde dans les cinquante dernières années amoindrit l'intérêt des expériences passées, maints exemples présents le démontrent. Pourtant des QI exceptionnels ou des majors de Polytechnique comme Jacques Attali l'utilisent encore sans le nommer (bien qu'il en connaisse tous les rouages d'origine) dans son dernier opus, Histoire des médias (lecture recommandée). Sans faire table rase du passé, le monde quotidien de demain sera à inventer, ou découvrir si l'on préfère. Le pronostic du Piéton est que nous n'échapperons pas à un régime autoritaire tant les défis précités sont grands, et que la seule précaution qu'il voit pour le moment serait d'en remettre les clés à quelqu'un qui soit sans discussion au niveau exigé de l'emploi, entouré de gens intelligents, connaissant bien leur domaine d'action. Evidemment, il ne suffira pas d'avoir fait l'ENA et d'avoir pantouflé ensuite dans les cours de contrôle, les cabinets ministériels ou préfectoraux. Nous aurons besoin de gens venant des sciences exactes, capables de trier et juger l'information en fonction de la queue de trajectoire, et pas en fonction des effets de popularité ou du raccord aux principes obsolètes de la démocratie de croisière. Autant dire que la classe politique sera barrée du pouvoir effectif, cantonée à la dispute démocratique sur le domaine public qui restera de la compétence d'un parlement, en espérant que le domaine privé s'en sera déjà échappé pour s'adapter naturellement au paradigme nouveau. Les politiques seront le quatrième groupe d'hostilité à la réforme de notre société puisqu'ils en seront exclus. Reste maintenant à définir la zone d'effort.

Avec quels pays collaborer ? L'urgence !

Idéalement, cette régression de l'empreinte écologique de notre société devrait être menée de concert avec nos voisins pour amortir les à-coups et prévenir les tentations de dumping en tout genre. Sans préjuger de la prise de conscience chez les vingt-sept pays de l'Union européenne, plus celle des pays associés comme la Suisse et la Norvège, il semble difficile de réussir l'entropie générale de nos sociétés dans le cadre européen. Le seul succès obtenu à vingt-sept récemment est la punition du Royaume-Uni se séparant du continent. Plutôt que de décider comme on a l'habitude de le faire en petit comité qui? est "capable" et qui? ne l'est pas, il serait plus efficace d'appeler à candidature les pays qui souhaiteraient suivre ce chemin de la décroissance contrôlée, après en avoir diffusé les contraintes irrévocables. On pourrait parfaitement dédoubler cet appel sur les deux grands défis que nous avons identifiés en formant un groupe de pays solidaires dans l'affrontement à la mondialisation impériale et un autre groupe pour lutter concrètement contre le dérèglement climatique. Reste la quatrième dimension, tic-tac.

piazza San Marco Venezia
Entre ceux qui disent que c'est trop tard et ceux qui soutiennent que ça finira bien par s'arranger, nous avons choisi d'entendre Jean-Marc Jancovici (sur BSmart TV par exemple). C'est clair, l'Accord de Paris est dans le rouge. Malgré l'agitation médiatique à éclipse des pouvoirs publics chez les nations conscientes de l'enjeu, la limite des 2°C à ne pas franchir, limite acceptée par la science responsable, avance vers nous chaque jour un peu plus, signifiant par là que les calamités annoncées ne seront au mieux que retardées, voire imparables. Lors de la COP 21, il avait été convenu que pour un "budget carbone" prévisible de 41 gigatonnes annuel, la corrélation entre les émissions supplémentaires de CO² et la hausse des températures indiquait qu'en quinze ans, on dépasserait la moitié des quantités nécessaires pour atteindre les fameux 2 degrés Celsius ! C'était en 2015. Il nous reste neuf ans pour passer ce cap puisque rien de sérieux n'est encore fait à la mesure du problème. Nous saurons donc en 2030 que les 2°C sont inéluctables. La hausse est-elle irréversible après 2030 si nous restons à contempler le désastre annoncé avec pour toute action la tenue de conférences, l'écriture d'articles et de podcasts ? Des gens peu soupçonnables de complot le croient. Peut-être alors que les inconvénients visibles du futur proche l'emporteront sur la politique politicienne, à moins que d'ici là les populations enfin réveillées n'aient pendu la classe politique aux réverbères pour appeler le dictateur romain qui les sortira du bouillon.


Liens en clair utilisés dans cet article:
- Républiques : https://royalartillerie.blogspot.com/2017/03/libert-basses-et-franchises-municipales.html
- Churchill : http://www.slate.fr/story/117949/churchill-democratie-valls
- Jancovici/Marianne : https://youtu.be/WOd9hVICzBg
- Météo bulles : http://tempetes.meteo.fr/spip.php?article195
- Jancovici/BSmart : https://youtu.be/QrATizaiuLM

vendredi 28 août 2020

Sahel, la grosse fatigue

Le putsch malien a signé l'échec de la "pacification française" et peut-être son terme. Sur Orient XXI, Rémi Carayol fait l'analyse de notre intervention au Sahel, depuis le raid de M. Hollande sur Tombouctou jusqu'à la démission du dilettante socialiste IBK ces jours-ci. Après avoir évoqué la complexité explosive du Mali ethnique - Bernard Lugan avait fait le tour de la question structurelle dans ses bulletins mensuels "L'Afrique Réelle" - l'auteur qui se cantonne à relater la théorie des injonctions parisiennes à l'endroit du protectorat, fait sans l'assumer explicitement (ses lecteurs ne le comprendraient pas) le procès de la démocratisation à outrance, fameuses élections magiques, que le nouvel ordre mondial exige de tout régime en crise, comme il en va ce tantôt du régime confessionnel des Libanais. Aparté : le résultat le plus "probant" n'est pas au Liban mais en Irak où les communautés légitimées par leurs groupes parlementaires font masse pour se détruire à travers leurs milices.

Même si lundi, M. Macron demande au président Aoun un cabinet de mission, sous-entendu composé exclusivement de compétences utiles au pays, après avoir pris fait et cause pour le Hezbollah, nous ne sommes pas loin d'imposer à nouveau au Liban comme au Mali un gouvernement de coalition qui là-bas comme ici n'est que le compromis d'un partage des "affaires". Ces syndicats d'ententes frauduleuses n'ont partout réussi qu'à déporter un maximum d'argent dans les paradis bancaires. On parle ces jours-ci des millionnaires comme Karim Keïta (fils d'IBK) exfiltré en Côte d'Ivoire près de ses comptes, ou Zoé Kabila (frère de Joseph et gouverneur du Tanganyika) en délicatesse avec les donateurs américains. On peut les prendre un par un, c'est sans fin. Rolex ? Pas assez cher, mon fils ! On laisse tomber Ibrahim Boubacar Keïta pour corruption aggravée par un régime clanique légitimé par les urnes, avant de reconstruire un régime aux mêmes normes démocratiques mais plus obéissant ? Ce n'est plus de la politique étrangère mais l'idéologisation d'une mission de contention des fermentations populaires, nourries par le sous-développement chronique de l'Afrique noire.

Democracy, the God that failed ! écrivait Hans Hermann Hoppe. Qu'importe, ça sonne bien aux oreilles de l'opinion internationale et dans les enceintes onusiennes, la démocratie. Alors on persiste dans cette dérive qui finit par faire beaucoup de morts. Bien sûr, disent les normateurs, c'est parce que ces peuples sont immatures qu'ils sont incapables d'appliquer la vraie démocratie de Westminster qui les sauverait de l'abîme. A lire l'article de Carayol, on comprend bien qu'il n'est pas venu encore le temps des réalités. La guerre des partis, soutenue par Paris pour faire émerger une sacro-sainte majorité, est-elle plus supportable que la guerre des clans, des tribus, celle des civilisations nomades contre leurs voisines agro-pastorales ? Le coup d'Etat malien nous répond que non ! Les putschistes demandent du temps pour organiser la cohabitation de tous à l'intérieur de frontières internationales sures et reconnues. Trois ans c'est peut-être beaucoup mais dix-huit mois au moins sembleraient un délai efficace pour aboutir. Nous n'oserons pas brouillonner une feuille de route, mais il nous semble préférable de fédérer les intérêts tribaux dans un grand conseil des chefs coutumiers plutôt que de demander par millions les avis éclairés du berger peul, du planteur bambara, du marchand de graines et de sodas, du gonfleur de roues songhai et du pêcheur d'anguilles pour la distribution des maroquins. A le faire malgré tout, autant que la démarche soit purement décorative pour un régime fédéralisé par le haut. Reste Barkhane :


Les conseillers de M. Macron pensent-ils toujours tenir le Sahel depuis les plateaux mauritaniens jusqu'au Darfour avec un corps expéditionnaire de cinq mille hommes, même bien équipés ? Le théâtre d'opérations fait 36 degrés de longitude (du 12°W au 24°E) soit un dixième du globe terrestre. Les Américains ont dû faire un calcul rapide en 240 signes pour leur Commander-in-Chief et plient les gaules. Je ressors ma vieille carte 953 Michelin et je m'étonne que les Compagnies sahariennes aient pu tenir le territoire (sans doute moins peuplé) de l'Atlantique au Fezzan ! Elles enrôlaient des goumiers provenant de tous les groupes ethniques sahélo/sahariens, Maures, Bédouins arabophones, Toubous du Niger, Touaregs et autres ethnies de l'Est. Elles étaient autonomes, vivaient en autarcie, savaient tout faire et pratiquaient la vadrouille plus souvent que la vie de fort ; tactique qui sera reprise plus tard avec les commandos de chasse en Algérie. Nul ne met en question la détermination des commandants français au Sahel, mais Barkhane est un bien gros marteau pour écraser la mouche terroriste qui pond ses œufs partout en profitant du contexte psychologique. Va-t-on s'intéresser un jour au fond des choses ? A la compétition pour les maigres ressources, à la haine tribale remontant à la traite arabe, à la concussion généralisée mais parfaitement documentée chez nos services, au déni de tout vivre-ensemble... et en tirer les bonnes conclusions ? Mais sans jamais cesser de se demander où est la queue de trajectoire : dans quel but ultime sommes-nous là-bas ?


La doxa française est de protéger au Sahel l'Europe de l'infiltration des malfaisants du défunt califat. Oui bon ! Tous les attentats européens sont l'œuvre de résidents nationaux. Croit-on les combattre en patrouillant le désert ? Un truc m'échappe, et si nos partenaires européens sont de bonne volonté, peut-être doutent-ils maintenant de notre expertise, au vu des résultats moyens moyens. Le dispositif Tacouba cassera du terroriste, c'est sûr puisque l'Europe forme les meilleures forces spéciales, mais le cadet sans avenir de la fratrie de cinq à qui sera proposé un fusil, une moto et une femme n'aura pas besoin d'apprendre les hadiths du Prophète pour rejoindre la guérilla. La ressource est inépuisable, comme la misère quotidienne et morale de peuples éternellement sous-développés.

Finalement, nous en sommes partis trop tôt !

jeudi 12 mars 2020

Le vendredi 13 du coronavirus



Et Jupiter lança l'éclair qui foudroya ces élections municipales que son parti tentait de perdre ! C'était du moins ce qu'anticipaient des sources généralement bien informées au zinc de La Civette en bas de chez moi. Bien vu les pochetrons, mais ce n'est pas ça ! On confine les vieux qui vont tous passer à l'eau ferrugineuse, l'Education nationale ferme, Bercy inverse la pompe à phynances et inonde le pays d'argent pour combattre au rempart le plus exposé. Toute remarque de Francfort ou de Bruxelles est d'avance mise à la broyeuse. A nous Keynes ! On va emprunter puisqu'on est à sec !

Anticipant la saturation d'un système hospitalier déjà démotivé, le Piéton du roi partage gratis pro Deo les remèdes sanitaires de ses aïeux du Midi, qui ont vécu, sauf à la fin, loin des médicastres et traversé la crise du phylloxéra et la grippe espagnole du Texas :

Dedans : Aérer les pièces en grand deux fois par jour sinon quand le soleil tape. Au retour de la vigne ou de l'atelier, on se lavait les mains et les avant-bras au savon de Marseille dans une cuvette dont on ne récupérait jamais l'eau. Des deux grands-pères, le Cévenol ne mettait jamais les pieds sous la table sans les avoir lavés eux-aussi. De cette habitude transmise de père en fils depuis Jésus-Christ, je n'ai su jamais le motif sanitaire précis, bien que le lavement de pieds fasse partie des trucs catholiques.

Cette génération était taiseuse et ne parlait jamais la bouche pleine si parlait-on encore à table. Les bulles égotiques étaient plus larges qu'aujourd'hui et il n'était jamais besoin de s'approcher d'autrui pour lui parler "les-yeux-dans-les-yeux" ; cela aurait été vécu comme une intrusion. Notre mode d'échanges actuels impose le port du masque de base. Les hypocondriaques iront chercher un masque de peintre à cartouches chez Monsieur Bricolage.

Viennent ensuite quelques conseils d'hygiène moins banals. Se laver les dents au réveil avant de petit-déjeuner (et après bien sûr) pour ne pas réingérer la flore bactérienne résiduelle du sommeil. Se gargariser au Synthol à 10% une fois par jour. Verser un demi-verre d'eau de Javel dans chaque siphon du logement chaque jour. Si des évacuations sont paresseuses les déboucher sans attendre au Destop ou à la soude caustique (moins cher). Bizarre mais utile, tirer la chasse des WC après avoir rabattu le couvercle pour ne pas disperser l'aérosol formé par la trombe d'eau ; elle est toujours chargée en flore bactérienne intestinale.

La question des animaux domestiques n'est pas traitée mais ils sont de potentiels pestiférés eux-aussi, sauf les chauves-souris bien sûr.

Dehors : outre le masque en intissé, porter des lunettes fermées dans la cohue. Ne toucher personne et mettre des gants de peau (Millau) plutôt qu'en plastique pour ne pas donner l'impression d'un isolement motivé. Ne pas tenir les rampes, les barres, les poignées sauf si c'est nécessaire. Faire ses courses avec les protections indiquées et les poser chez soi sur une table en passant tous les emballages externes à l'alcool à brûler. Ne déballer que ce qui va être cuit. Enfin, passer chaque jour plans de travail, porte de frigo, de four, de lave-vaisselle et toiles cirées à l'eau de Javel 5%. Les précautions peuvent sembler fastidieuses mais on parle maintenant d'une épidémie galopante et grave, et tous les fluides corporels sont des vecteurs.




Les conséquences probables de l'épidémie feront plus tard l'objet d'un billet prospectif, mais déjà on entrevoit une solution au mécontentement hospitalier par la révision des procédures, dotations et capacités. Restera l'impact géopolitique : on changera de paradigme global quelle que soit la résistance des profiteurs de la mondialisation.

mercredi 11 mars 2020

Voter ?


Ma commune qui avait formé une intercommunalité avec deux villes voisines et partageait certains services municipaux, s'est laissée absorber ensuite dans une communauté urbaine géante de soixante dix communes et quatre cent mille habitants. Autant le dire tout de suite, elle y a disparu. La mairie décide encore dans quatre domaines : loisirs-culture, police municipale, écoles primaires (cantines) et spéculation immobilière (bétonnage des friches industrielles). Le reste est parti.
Les services municipaux maintenus "font suivre". Sans s'étendre sur le mur de mauvaise foi que personnellement j'ai affronté dans le cas d'un sinistre où la ville, maître d'ouvrage, était impliquée jusqu'au cou*, je partage un doute général avec mes voisins : on va voter pour QUOI ? A quoi ces braves gens me répondent pour QUI vont-ils voter. L'élection municipale devient un casting ! Cela n'empêche aucune liste de bourrer les boîtes aux lettres de programmes.
*Je n'avais pas tourné de vidéo de l'accident et n'avais recueilli aucun témoignage un dimanche d'hiver en fin d'après-midi, sous l'orage qui avait défoncé la clôture d'un chantier municipal ! Contact en live avec le service compétent refusé.

A lire les professions de foi, on n'y voit que dépenses de confort, de la Maternelle à l'EHPAD, et embellissements visibles conjuguées au refus de tout développement économique qui pourrait permettre peut-être de financer ces avancées sociales. Les nuisances, chère médème, les nuisances, l'air, le bruit d'usine, le réchauffement climatique ! Et à la fin, la palanquée de fiers-à-bras qui vaincra commencera à utiliser la fameuse capacité d'auto-financement résiduelle laissée par l'équipe sortante pour montrer aux badauds leurs réalisations prestigieuses, avant que de pétitionner pour l'augmentation des subventions publiques de l'Etat et du département. Aucune valeur ajoutée n'entre en ligne de compte, mentalité de moutons, les Hébreux au désert, Tintin au Congo, exigeants en plus !

Il fut un temps, quand les communes avaient toutes les compétences municipales, où il était avisé pour certains groupes politiques de faire de l'entrisme pour acquérir un peu de visibilité et montrer leur connaissance des dossiers. Ce temps est révolu dès lors que se forme une technocratie au niveau de la communauté urbaine, qui va sédimenter et devenir inexpugnable. On commence à le sentir lors des débats d'assemblée. Cette voie parallèle d'accès à une enceinte décisionnaire devient sans objet.

Pourquoi dès lors participer aux élections municipales ? Par habitude ? Pour serrer les mains des édiles, parler au conseiller-maire, au député, à mon ami le chef de la police ? L'habitude... anticiper le pointage des listes entre deux tours où pour la première fois je me serais abstenu. Pourquoi ? Et pourquoi leur répondrais-je qu'ils jouent dans une pièce idiote qui, au-delà des services rendus à quelques lobbies fonciers intéressants, ne sert qu'à former le collège électoral du scrutin sénatorial, scrutin destiné à donner une seconde chance aux battus, aux seconds couteaux, aux apparatchiks de parti méritants. Si encore j'étais inscrit à Paris, je serais motivé à foutre dehors Dame Bêtise, ses rats, sa crasse, son incompétence, son ostracisme, sa cour de tiers-mondains de la jaquette, sa végétalisation étique et le goût des fonds perdus.

Le Covid-19 pourrait-il me donner la réponse ?

lundi 9 décembre 2019

Démocratie directe avec Rory Stewart

Dans un entretien donné au Grand Continent le 8 décembre, à l'invitation de Gilles Gressani & Mathieu Roger-Lacan, Rory Stewart a cerné le défi démocratique au Royaume-Uni mais son analyse est de pleine application en France puisqu'il y dit que « le modèle actuel de gouvernement est condescendant, insultant et infantilisant pour nos citoyens ». Rory Stewart est un diplomate anglais de grande tradition, instruit, curieux et doté d'un courage physique hors du commun qui l'a poussé au fin fond de l'Empire victorien à ses risques et périls pour seulement... comprendre ! Candidat à la mairie de Londres, on peut souhaiter aux Londoniens de faire bon accueil à l'intelligence cette fois. C'est la partie relative à la démocratie directe qui nous intéresse aujourd'hui, mais auparavant il serait très utile de lire l'entretien en cliquant ici.

Royal-Artillerie a toujours soutenu l'idée d'un grand deal entre le monarque restauré et le peuple incrédule en troquant la gestion exclusive du domaine régalien strict par le roi (en ses conseils) contre la démocratie directe aux étages de conscience civique. Si l'on exclut dans ce schéma la monarchie du domaine public, on exclut aussi le demos de l'étage national parce que ce qui marchait dans une cité-état de l'Antiquité ou de la Renaissance ne fonctionne plus dans un pays presque grand de soixante-cinq millions d'habitants (sans compter les colonies). En plus, les moyens d'information-intoxication sont devenus si puissants qu'on peut abrutir le peuple dans un sens puis dans l'autre au gré des intérêts dominants, livrant la république à la dictature des opinions éphémères. Pourquoi l'alternance est-elle systématique en France ? A cause de ce jeu de bascule des opinions, qui ne sont évidemment pas des convictions mais des réactions aux provocations astucieusement propagées par les médiats. Le quinquennat n'a vu aucun président faire son second mandat et c'est bien parti pour que M. Macron s'arrête en 2022 comme ses prédécesseurs, peut-être au milieu d'un chaos semé par les assistés de l'Etat-providence au ressentiment nourri par les insoumis professionnels qui rêvent de Septembre ou d'un grand soir.

Par contre, et nous rejoignons Rory Stewart, une démocratie directe impliquant les gens dans des réflexions concrètes est souhaitable. Il constate que le ressort démocratique traditionnel britannique fondé sur les classes sociales ne bande plus. Les grands sujets de société voire géopolitiques comme le Brexit, traversent aujourd'hui toutes les classes sociales, les divisent, les antagonisent. Elites, politiciens, hauts fonctionnaires étant mentalement corrompus, il faut repartir d'en bas, les pieds au sol. Je le cite (sans autorisation) :


« Nous ne mobilisons pas les intelligences de nos soixante-dix millions de citoyens. Cette manière de faire de la politique demeure bien trop ancrée dans les idées héritées de Rousseau, dans une conception générale, une idée qu’il y a un Peuple, que les gens expriment leur volonté et qu’ils se taisent ensuite pendant quatre ou cinq années pendant lesquelles le gouvernement met en œuvre cette volonté générale, avant de les convoquer à nouveau pour qu’ils donnent leur avis. Nous devons revenir à la notion anglaise beaucoup plus ancienne du Jury, constitué de citoyens normaux choisis au hasard non pour prendre une décision isolée, mais pour délibérer, pour réfléchir. La vérité de Paris ou de Londres, c’est que les citoyens qui sont hors du gouvernement sont intelligents, peut-être plus intelligents, plus expérimentés et mieux informés que les gens qui gouvernent. Les humains sont des animaux politiques, et à ce titre nous devons tous participer activement à notre citoyenneté et compter de façon plus effective dans nos décisions. Le modèle actuel de gouvernement est condescendant, insultant et infantilisant pour nos citoyens. Une grande partie du populisme vient de notre incapacité à inclure les gens dans une conversation adulte sur les changements pratiques.»

Emmanuel Macron a eu l'intuition de ces cercles d'intelligence populaire après la secousse du Grand Débat mais il n'a pas la capacité intellectuelle ou politique de les inscrire dans un schéma démocratique direct ; parce qu'il faut simplement ruiner tout le millefeuille actuel d'un Etat bedonnant qui se mêle de tout. Si on suit la pensée de Rory Stewart (je me demande si l'idée ne lui serait pas venue lors de ses séjours en Afghanistan), nous pourrions développer un système démocratique balayant tout l'existant. Pour ne pas reproduire l'erreur jacobine, chaque province pourrait choisir son organisation politique (d'évaluation des besoins et d'exécution des décisions). On n'a pas besoin d'expliquer pourquoi des jurés départementaux du Var, du Haut-Rhin, du Nord et de Basse-Seine aboutiront à des décisions différentes concernant l'instruction publique. Idem dans nombre de sujets qui touchent les gens au plus près, comme par exemple et dernier, les règles de permis de construire en zone inondable ou douteuse. Mais ces jurys, pourquoi pas d'arrondissement, ne seront pas voués à bâtir des salles omnisport ou des ronds-points, on pourrait les faire phosphorer sur des défis d'étage national et faire remonter leurs contributions au niveau d'un Sénat, premier conseil du gouvernement futur dans les affaires publiques hors-régalien.

La cellule de base de l'organisation de l'espace reste la municipalité avec son maire français que Rory Stewart, admiratif, a croisé sur les marchés de plein vent. A partir de là tout est à imaginer, en évitant les petites satrapies ridicules et les grandes satrapies prévaricatrices, dans un esprit de contrôle direct qui n'existe même plus dans les villes moyennes et grandes où les édiles ont la cambrure du Cid Campeador. "Les Républiques" disait Maurras. On y vient, on y vient...

Un mot des thuriféraires actuels du RIC et des révocations au caprice des foules : ces gens utilisent la magie d'une démocratie rêvée pour établir leur pouvoir à travers leurs sectionnaires, qui fliqueront tout le pays à la recherche de leurs adversaires réels ou désignés, et les feront taire, comme ont su s'y prendre leurs grands aînés. Mais ce sera un autre sujet qui parlera de les réduire.

Pour finir, le mouvement royaliste serait bien inspiré de creuser la question d'une démocratie directe à échanger contre l'extraction du domaine régalien de la dispute politicienne. Et de le faire ex-nihilo, sans chercher systématiquement le raccord avec le passé dont la connaissance reste utile néanmoins. C'est plus dur, je sais.

Quatre billets de Royal-Artillerie ont déjà parlé de Rory Stewart. On peut les sélectionner en cliquant ici.

dimanche 24 novembre 2019

Ce qui retient les bouchers...


Le revers électoral du Parti communiste chinois à Hong Kong* - ses propres députés parlent d'une "raclée" - ne peut rester impuni si l'on sait que la perte de face est, au contraire du ridicule français, mortelle ! On parle donc de massacre modèle 89 pour laver l'affront dans le sang. L'avant-veille des élections d'arrondissement plusieurs tycoons hongkongais derrière Stanley Ho ont rendu visite au gouvernement pour le prévenir des conséquences funestes d'une répression sanglante tant pour Hong Kong que pour la Chine continentale et au premier chef, pour le Parti communiste chinois lui-même.
(*)Dix-sept des 18 districts de gestion du territoire sont désormais à l'opposition
Art Artman qu'on ne présente plus (gag : il est un analyste politique blanchi sous le harnois aux Etats-Unis) déroule pour Epoch Times les conséquences d'un massacre-réflexe auquel s'abandonneraient les dinosaures de Pékin. Nous utilisons ses réflexions sans en faire une traduction :

(1) Destruction de la réputation de Hong Kong en tant que place sûre et libre pour les affaires. Perte d'investissements étrangers et de touristes (ndlr: c'est déjà fait).

(2) Fuite des capitaux des classes aisées et moyennes locales, fuite déjà soutenue depuis les menaces répressives de M. Xi, accompagnée du désinvestissement de capitaux étrangers cherchant à sortir avant fermeture de la nasse communiste. En 2015 la bourse de Shanghaï s'était crashée au seul soupçon de contrôle des transactions et contrôle des capitaux libres.

(3) Plus que l'outrage proclamé par Washington et ses alliés, de dures sanctions frapperont le régime chinois. (ndlr: on peut y croire depuis que Trump a fait l'impensable pour M. Raffarin, tenir tête au gros Panda).

(4) Les manufactures étrangères accélèreront leur sortie du marché chinois en prévision de son étrécissement et de ses contrôles de plus en plus tatillons, vers des territoires sûrs comme l'Inde, ou des pays de l'ASEAN, voire même les Etats-Unis. La délocalisation règlera les problèmes de propriété intellectuelle, d'actionnariat contraint et de risques judiciaires imprévisibles pour les cadres.

(5) La réputation internationale du business chinois souffrira grandement et des campagnes de boycott plus ou moins spontanées de type "Blood Product" se déchaîneront contre les marques chinoises.

(6) Les investissements étrangers en Chine cesseront quasiment pendant une ou quelques années à cause des réseaux sociaux et aussi de la prise de conscience éthique de certains grands patrons globalisés.

(7) Les actions des sociétés chinoises perdront de la valeur sur toutes les bourses, comme on l'a vu au moment de la surtaxe des produits chinois importés aux Etats-Unis. Leurs actionnaires étrangers et chinois seront vaccinés pour longtemps.

(8) Le chômage en Chine augmentera par la perte de commandes aux usines et le déficit touristique. Pendant au moins un an, le tourisme étranger stoppera en Chine, ruinant beaucoup de petits métiers. Le PCC doit comprendre que cent millions (ou plus) de nouveaux chômeurs créeront les conditions d'une insurrection générale (ndlr: voir l'exemple iranien).

(9) Les pays auxquels la Chine communiste dispute des îles en Mer de Chine méridionale et orientale accroîtront leurs capacités de défense militaire à la vue de cette mutation de leurs interlocuteurs devenus subitement enragés. Les Philippines redeviendront l'allié privilégié des Etats-Unis aussitôt que la tension montera.

(10) Le grand projet impérial des nouvelles routes de la soie sera mis en péril par la transformation du gros Panda "Win-Win" en tigre rabique ! Pendant un an au moins, on ne se pressera plus aux guichets chinois de développement. Bien des pays tombés dans la trappe chinoise de la dette relevable sur titres montreront les dents, avec le soutien de la communauté internationale. Mais le pire est ailleurs et concerne le Parti itself : la gigantesque cohue chinoise des laissés-pour-compte s'accroîtra de beaucoup et à tout vouloir commander, on devient la cible de tous. Les problèmes dont souffrent et souffriront les Chinois pauvres seront tous imputés au Parti communiste dont les cadres locaux sont déjà détestés.

Xi Jinping pourra à nouveau dénoncer comme criminels ceux qui font la distinction entre le peuple chinois et le Parti communiste chinois, mais la fracture sera béante et visible par tous. Une nouvelle ère de vérité commencera pour purger les mensonges. Les idiots utiles français seront confondus et montrés du doigt ! Il ne sera que temps !




Pour la petite histoire, le Parti communiste chinois de Hong Kong s'est planté deux fois dans l'évaluation des élections d'arrondissement. Les sondages faits dans les estates auprès des résidents âgés (les autres travaillent) ont été détournés par les sondés qui ont répondu "oui" pour que leur logement ne soit pas remis en question, puis dans l'isoloir ont voté "non" pour que leurs enfants, neveux, cousins vivent libres. Secondement, les nouveaux résidents, déversés du continent par le pouvoir chinois pour changer le sang du territoire (c'est l'expression utilisée) ont découvert la liberté dans ses détails impossibles en Chine et ne souhaitent pas que le système policier chinois s'étende sur Hong Kong ; et après avoir donné les bonnes assurances aux agents du gouvernement, ont voté pro-democracy dans l'isoloir.

Tout est sur la table, et la perte de face est sévère.






Postscriptum du mardi 26 novembre 2019

Les résultats définitifs détaillés du scrutin renouvelant les conseils d'arrondissements sont en ligne sur la Wikipédia (clic). Le référendum voulu par la cheffe du gouvernement de Hong Kong est donc perdu dans le rapport de 57 à 42.
Voici les résultats résumés :

Masse :
Nombre d'inscrits : 4.132.977
Votes exprimés : 2.943.842 soit 71,23%
Voix données aux partis du mouvement Pro-democracy : 1.674.083 soit 57,10%
Voix données aux partis Pro-Pékin : 1.233.030 soit 42,06%
Voix donnés à des candidats non alignés : 24.623 soit 0,83%
Bulletins non validés : 12.097 soit 0,41%

Concrétisation :
Nombres de conseillers Pro-democracy élus : 388
Nombres de conseillers Pro-Pékin élus : 62
Nombre de conseillers non alignés : 2

Majorités des 18 conseils d'arrondissements :
Majorité Pro-democracy : 17
Majorité Pro-Pékin : 1

Tous les détails en ligne ici.

lundi 21 octobre 2019

Grosse fatigue démocratique


Le feu de l'émeute s'est propagé depuis les Champs-Elysées aux quatre coins de la planète. Après le combat de libération de Caracas, vint Paris, suivi d'Alger puis Hong Kong, Quito, Barcelone, Port-au-Prince, Beyrouth et maintenant Santiago du Chili. Les causes du soulèvement sont chaque fois endogènes et circonstanciées, surtout en Algérie, mais la porteuse en basse fréquence, sauf au Venezuela communiste, est partout identique : une défiance énorme vis-à-vis de la classe politique, déclarée imbécile et corrompue. C'est le principe de démocratie représentative qui est remis en cause. Sa vocation de planter des mâts de cocagne dans chaque circonscription électorale est vilipendée par les peuples qui y voient autant de course à l'enrichissement rapide, plus rapide que l'entreprenariat, bien plus encore qu'une vie de labeur. L'anti-parlementarisme n'a pas besoin de calomniateurs ou de médisants, il suffit de laisser vivre en transparence grands et même petits élus pour le voir grandir. A preuve récemment le déni total de Sylvie Goulard de l'immoralité de sa position judiciaire, confirmé par la colère du président Macron, dépité de ne pas avoir été obéi ! Mais cette posture n'est pas nouvelle. François Fillon n'a jamais compris qu'on lui cherche des poux dans la tête pour avoir nourri toute sa famille sur fonds parlementaires puisqu'il était raccord avec les textes ! Richard Ferrand constitue un patrimoine immobilier à sa compagne en détournant vers elle les débours de sa caisse mutuelle, abandonne son maroquin pour éviter les lazzis dans sa fonction, puis est adoubé au Perchoir pour plaire à l'Empereur d'Europe.

Si on remonte dans le temps (mais pas trop) on retrouve tous les scandales politiques de la IIIè République - ceux d'aujourd'hui font "petit joueur" - à ne citer que Panama, Wilson, Oustric, Stavisky. Mais le modèle étant auto-guérissable en résultat du bourrage de crâne des peuples à qui on assène que la démocratie représentative est la seule qui fonctionne, le reste, comprenez la démocratie directe, n'étant qu'anarchie et désordre des foules. Et on évite d'étudier dans le détail le fonctionnement de la Confédération suisse qui fait mentir les politologues depuis 728 ans (merci Wikipedia). Ce qui tend à prouver que l'exercice démocratique direct est jouable au sein de circonscriptions délimitées par le champ de conscience identitaire des citoyens - je me sens aveyronnais et sensible au sort des peuples en aval jusqu'à la Garonne comme des cantalous - mais qu'à l'étage national le principe est en défaut. Les élus une fois installés et grassement payés à relire les directives de Bruxelles se désintéressent de la problématique locale en s'appuyant sur l'article 27 de la Constitution qui récuse le mandat impératif à l'élu.

Laissons les autres pays vivre leur transformation démocratique et penchons-nous un instant sur le nôtre, en espérant ne pas trop rabâcher. Les six strates d'administration d'un pays moyen, qui se traverse dans une seule journée entre le lever et le coucher de soleil, sont le ferment de la fracture politique entre le peuple et ses élites : l'Europe institutionnelle avec un exécutif, un parlement, une cour de justice, des agences normatives ; l'Etat central français (le plus gros de l'OCDE rapporté à sa population d'administrés) avec deux chambres parlementaires, des tribunaux, une cour de cassation, cour des comptes, Conseil d'Etat et cent autres "organisations" dédiées à l'empreinte étatique ; des régions répliquant chacune à son niveau le modèle d'Etat central avec exécutif, parlement, organisations de gestion et contrôle etc ; des départements répliquant l'organisation des régions avec son exécutif, parlement etc... jusqu'à la DDE (trous en formation) ; les communautés urbaines répliquant les fonctions exécutives départementales sur leur zone d'intérêt avec des services dédiés et une assemblée d'élus municipaux ; la commune, le plus souvent dépouillée de pouvoirs, mais qui reste la seule structure au contact du citoyen pour lui répondre que "ce n'est plus de son ressort". Et dans les trois métropoles françaises, cette strate basse est divisée entre mairie centrale et mairies d'arrondissement ! Tout ce barnum pour "gérer" soixante cinq millions d'habitants ? Quand le citoyen imagine le poids qu'il porte sur la tête au seul prétexte de le gouverner il est pris de vertiges, met un gilet jaune et va au rond-point en discuter avec d'autres comme lui. Puis la fermentation démarre et la classe politique prend peur. Mais de l'avis d'un vieil anarchiste de droite, La Casta n'a pas encore assez peur pour remettre en cause la pyramide des prébendes qu'elle a construite.

In cauda, chacun peut observer que les tyrannies modernes sont le plus souvent issues de processus démocratiques. Et je prends le pari que le nouveau président de Tunisie se regarde dans la glace à se demander si une petite moustache avec des lunettes à la Jaruzelski ne seraient pas préférables pour développer ses prérogatives.

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