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samedi 11 novembre 2023

Tenir !

Cette année, au cent cinquième anniversaire de l'Armistice de 1918, nous pourrions faire un parallèle entre ces deux guerres de positions que sont la Grande Guerre et la Guerre d'Ukraine, mais d'autres plus savants, comme Michel Goya, nous ont précédé.

général Valeri Zaluzhnyi CEM de l'Ukraine
On retrouve aujourd'hui le même paradigme macabre - "Tenir" était la devise du 129è RI en 14/18 - d'une bataille d'attrition qui consomme beaucoup d'hommes pour que sur les cartes rien ne bouge vraiment. Et c'est vrai chez chaque belligérant. Tenir est synonyme de "mourir" et quand on félicite une unité pour sa "tenue au feu" on acte une surconsommation de ses effectifs par des citations et des croix.

Quand le chef d'état-major général Valeri Zaloujny n'imagine pas de percer le front russe sans une percée technologique décisive, il s'avoue bloqué et condamné à "tenir".

Nous, l'Occident, devons fournir la couverture aérienne sans laquelle rien en-dessous n'est possible à l'économie, et phosphorer à tous niveaux sur une innovation décisive. Les Ukrainiens s'y appliquent mais ne nous interdisent pas d'en faire autant.
Slava Ukraini ! Memento mortuorum et honorifica eos !

Voici la liste des Onze-Novembre de Royal-Artillerie :

L'Action française sera comme chaque année en haut des Champs Elysées ce samedi à 19h30 avec Paul-Marie Coûteaux cette fois (source RN-AF).

jeudi 10 novembre 2022

Onze Novembre 2022

Comme tous les Français, je suis la guerre d'Ukraine dans tous les détails que nous rendent accessibles les médiats d'aujourd'hui, réseaux sociaux en tête. C'est une guerre de positions comme le fut la Grande Guerre dès 1915. Et celle-ci explique celle-là. C'est Michel Goya dans ses interventions sur BFMTV et sur son blogue La Voie de l'Epée qui déroule ces analogies savantes en les expliquant par le menu, ce qui rend, comment dire, l'affaire intéressante. Comment ne pas penser cette année à la guerre austro-germano-russe de 1914-1917 qui après la Révolution d'octobre s'acheva à la paix de Brest-Litovsk, libérant les empires centraux de leur front oriental pour se rabattre sur le front de l'ouest. En 1917, l'armée impériale russe était dans le même état de dislocation que l'armée de Vladimir Poutine aujourd'hui (clic), un canard sans tête, sous-équipé de surcroît. Armée de mêlée comme l'avaient été les armées française et anglaise au déclenchement de la guerre, la tactique d'offensive à outrance très consommatrice de ressources humaines n'avait pas évolué à l'expérience des combats. En 1917, la troupe démotivée n'était plus commandée quand elle obéissait encore, la désertion était la règle, le corps des officiers luttait contre la bolchevisation et la révolution détruisait "l'arrière". Arrêter les frais visait à stabiliser le front pour négocier quelque chose avant qu'il ne reste plus rien à troquer. Lénine et Trotski avaient vu le danger vital.
Il semblerait qu'aujourd'hui le Kremlin ne bénéficie pas de la même lucidité. Ayant loupé l'armistice très avantageux pour les Russes proposé par Kiev à la fin du mois de mars à Istanboul (autonomie du Donbass et prêt à bail de la Crimée), au prétexte que l'opération n'avait pas encore abouti, la Russie se retrouve maintenant acculée par endroit sur ses frontières internationales et en passe d'être chassée de la rive droite du Dniepr, formidable fossé antichar qu'elle ne franchira plus. Après la fuite de l'administration municipale de Kherson et le retrait des unités d'active de la ville, on attend l'activation d'une ligne Siegfried sur la rive gauche du fleuve en protection de l'ithsme de Crimée, ligne à partir de laquelle l'artillerie russe pilonnera Kherson jusqu'aux décombres. Au spectacle de ruines fumantes partout et de morts en tas, les pays frères demanderont-ils à Moscou de signer l'armistice ?
Commandée par un amateur que l'on disait grand stratège et qui s'avère n'être finalement qu'une "petite frappe des fortifs", l'armée russe est à son tour disloquée, à la merci des foudres du tyranneau qui pète de trouille et n'ira pas plus au G20 de Bali qu'il n'est allé visiter le front du Donbass. Au bout du bout, il va bien falloir le liquider avec ses affidés pour parler raisonnablement avec toutes les parties au conflit. En attendant, il se venge de ses déboires en tapant sur la population civile. Ce type est amoral. J'en viendrais presque à consoler nos poutinolâtres d'avoir été si enthousiastes de la vilaine dictature poutinienne pour découvrir à la fin que c'est de la merde !

gerbe de bleuets et rubans
Cette année, le Onze-Novembre qui tombe un vendredi est quand même plus qu'un long weekend. Nous nous souvenons de l'hécatombe qui faucha la fine fleur de la jeunesse française. Vingt-sept pour cent des 18-27 ans payèrent de leur vie pour nous permettre de continuer l'histoire de France. Nous eûmes 1397800 tués dont 75000 coloniaux et trois fois plus de blessés, sans compter les disparus que l'on estime à 300000 (wiki). Ces hommes valides de la meilleure race nous ont manqué ensuite ; c'est indéniable quand on mesure le déclin moral amorcé dans l'entre-deux-guerres qui aboutira à l'effondrement de 1940 dont nous ne pûmes jamais nous relever. Il faudra se souvenir demain d'une génération guerrière qui fit son devoir pour le présent et l'avenir. Essayons de nous hisser à son niveau.
Qu'il en soit de même aujourd'hui pour la jeune nation ukrainienne qui forge son destin dans le sang des Russes, peuple maudit abusé par l'histoire jusqu'à l'abrutissement !

jeudi 11 novembre 2021

Liquéfaction du Reich

A la fenêtre du bureau, le chrysanthème-infusion a fleuri partout et trois coquelicots de la Somme se sont déployés dans un ultime cri avant l'hiver ! C'est le Onze Novembre. Comme chaque année, Royal-Artillerie propose un billet relatant un point saillant de la guerre de quatorze, et cette année nous allons parler des Allemands.

Au déclenchement des hostilités, les austro-allemands nous étaient supérieurs en tout, sauf le courage. Discipline de fer, habillement, logistique lourde, armement modernisé, artillerie massue, flotte menaçante en Mer du Nord, esprit offensif. Une vraie machine à vaincre !

A la fin des hostilités, nous leur étions supérieurs en tout. Parce que nous avions évolué dans tous les compartiments du jeu polémologique avec une élégance intellectuelle que le monde nous enviera par la suite, jusqu'en 1940 ! Comme l'a dit Michel Goya dans son bouquin C'est bien nous qui l'avons gagnée les renforts décisifs ne vinrent pas des alliés mais de notre propre génie industriel et de nos usines d'armement au plus haut niveau technique. Et de l'arrière qui a tenu grâce aux Françaises.

Prenons l'exemple du charroi. Nous commençons la guerre à pied et à cheval. Que de morts ! Mais après les déboires des deux premières années, nous contruisons des camions par milliers à quatre roues motrices et directrices, en même temps que nous comblons les vieilles routes pour faire des "nationales" goudronnées permettant la relève à moindre fatigue et le redéploiement rapide des unités. Les décisions du grand état-major ne prennent que quelques semaines, l'industrie et les travaux publics sont mobilisés en permanence. A la fin de la guerre, nous avons plus de camions militaires que toutes les autres armées de la planète réunies. Il est vrai que nous avions eu avant-guerre la première industrie automobile du monde !

carte du 11 novembre


Sûres d'elles, trop sûres d'elles, les armées austro-allemandes ont pâti de la morgue prussienne du haut commandement, qu'illustrent si bien Ludendorff (relire sa Guerre totale) et Hindenburg, sans parler du Kronprinz, réincarnation du Hun ! L'Allemagne n'a pas de stratégie construite et l'opportunisme qui domine toute sa réflexion, accumule les "paris"... perdus, jusqu'à la démoralisation générale. Les récits de nos soldats découvrant la puanteur et la pourriture des casemates allemandes abandonnées dans le reflux, nous signalent au moins de l'incompréhension de la part de nos poilus quand ce n'est pas de la stupeur. Au mois d'octobre 1918, l'armée de Guillaume II se liquéfie, la Belgique est envahie de déserteurs rentrant chez eux à pied, les armées impériales d'Autriche-Hongrie fortement atteintes se divisent et sont vaincues partout pour capituler en Italie, les Ottomans, un grand cadavre mis sur le dos, les marins se mutinent à Kiel, les généraux prussiens du grand quartier général sont rentrés dans leurs terres. Qui vient au wagon de Rethondes capituler devant Foch ? L'aide de camp du chancelier Ebert, le général von Winterfeldt, ex-attaché militaire de l’ambassade à Paris, le secrétaire d'Etat Erzberger accompagné du comte von Oberndorff des Affaires étrangères de Berlin et un capitaine de vaisseau inconnu jusque là (il finira amiral). Des chefs ? point ! Le Reich s'est vaporisé. Guillaume II sera accueilli en Hollande où il coupera du bois jusqu'à la fin de ses jours. L'humiliation est totale et imprègnera fortement les mentalités des peuples allemands qui, les plaies pansées, rumineront la revanche que l'on sait.

Jacques Bainville écrit dès le 20 novembre 1918 que « la France n'a pas de politique. Elle se croit ou elle se sent liée par des principes qui lui ont été funestes dans le passé et auxquels elle a donné par ignorance et faiblesse un acquiescement regrettable. Si l'on ne comprend pas ce qui se passe en Allemagne et le renouvellement des forces qui s'y opère à la faveur d'une révolution qu'on affecte de regarder comme superficielle et que nous tenons, quant à nous, pour autre chose qu'un camouflage : si l'on méconnaît chez l'ennemi la force de ce mouvement démocratique et national que l'on exalte pourtant chez nous comme un facteur de notre victoire : si l'on reste immobile, résigné et spéculatif à un moment aussi critique, quand nous avons tous les moyens d'agir et tous les atouts en main, oh ! alors, il n'est pas difficile de le prévoir : nous allons, et pour bientôt, à un cruel réveil. L'Allemagne n'aura eu que les apparences de la défaite. Nous ne devrons pas tarder à compter avec elle.»
Emportée par les nuées wilsoniennes, la République française tracera de nouvelles frontières européennes, se créera de nouveaux clients, sans jamais oser rediviser l'Allemagne "prussienne" entre royaumes et principautés qui nous avaient si bien réussi dans un lointain passé. Au lieu de quoi on jouera la belle vingt ans plus tard !


mercredi 11 novembre 2020

Ruine de l'empire colonial allemand

Cette année, pour le Onze-Novembre, nous évoquons la Grande Guerre en Afrique à l'appui de quoi nous avons consulté ce document de Radio France internationale.

La cohabitation précaire des puissances européennes sur le continent africain trouva dès le début des hostilités l'occasion d'arrondir le pré carré de chacun. La carte en pied de page nous montre l'imbrication des propriétés allemandes, belges, britanniques, espagnoles, françaises, italiennes et portugaises sans compter le dominion américain du Liberia.

photo de Paul von Lettow-Vorbeck


Le défaut de l'empire colonial allemand était de ne point former bloc puisque construit au gré des opportunités sur les restes de la colonisation euro-occidentale (Portugal, Hollande, France, Angleterre... dans l'ordre d'arrivée). Ses possessions étaient divisées entre quatre territoires, Togo, Cameroun, Tanzanie-Burundi-Rwanda, Namibie actuelle, dont le dépeçage ultérieur allait vite se révéler compliqué. Pour faire court, l'affaire n'était pas jouable sur un plan stratégique puisque chaque partie était prise en tenaille par les alliés anglo-français, jusqu'à ce qu'un chef militaire de souche poméranienne décide d'en faire sa chose. C'est ainsi que le colonel Paul-Emil von Lettow-Vorbeck, à la tête d'une maigre armée coloniale de tirailleurs Askaris, motivée et réactive, résista aux nombreux assauts alliés tout en ravageant leurs intérêts. Il ne déposa les armes qu'après la capitulation du IIè Reich, le 25 novembre 2018 à Mbala (Zambie). Le peu d'effectifs allemands venus prendre le thé ternit durablement la fierté britannique, lesquels décidèrent d'ériger une petite stèle commémorant la reddition au lieu d'un arc de triomphe !

La notice Lettow-Vorbeck de la Wikipedia nous dévoile un officier de tradition prussienne formé au Collège français de Berlin et passé par l'Ecole d'Artillerie. Homme de goût et de culture autant que de caractère, il séduisit les coloniaux d'Afrique qui l'approchèrent indépendamment de leur nationalité. Décoré Pour le Mérite par l'empereur Guillaume II en 1916, il en fut averti par le général boer Jan Smuts contre lequel il se battait !

La quasi-totalité des opérations alliées furent conduites par l'Union Sud-Africaine sous le commandement du général Botha. La France ne s'impliquant que dans la prise du Togo, la colonie-modèle du Reich, et au Cameroun. Pour finir la page d'histoire, Le Togo fut donné à la France, ainsi que le plateau camerounais, les Anglais récupérant la chaîne de la dorsale camerounaise contiguë au Nigéria ; le Rwanda-Burundi fut donné aux Belges ; l'Afrique orientale allemande fut recomposée au sein du Tanganyka pour devenir plus tard la Tanzanie en agrégeant Zanzibar. L'empire colonial allemand ne dura que quarante-sept ans. Il était formé des quatre possessions africaines, mais aussi de la grosse base navale chinoise de Tsingtao, la Nouvelle-Guinée pour partie, les Samoa, les Marshall, Palau et Nauru, les Salomon du nord, les Carolines pour moitié et les Mariannes, Bougainville. Le commandement était fixé au nouveau port de Rabaul, Nouvelle-Bretagne des Bismarck. Les tribus locales n'étant pas corvéables, les Allemands louèrent de la main d'oeuvre auprès des corporations shanghaïennes et cantonaises pour défricher et planter les denrées exotiques dont ils voulaient faire commerce. Ces possessions très étendues aux antipodes de l'Empire allemand fonctionnèrent en symbiose avec les puissances industrielles du Pacifique Nord jusqu'à ce que les affaires se gâtent en Europe.

La tentation coloniale fut l'erreur majeure du IIè Reich qui, à la Belle Epoque, dominait sans partage toute l'industrie et la recherche européennes. Ce soft power l'appelait à organiser un jour l'espace économique continental (l'Allemagne démocratique s'y met maintenant depuis que la Grande Bretagne s'en désintéresse). Mais le projet colonial, et la mise en chantier d'une flotte océanique pour l'appliquer, heurtèrent les sensibilités des deux empires anglais et français, surtout la thalassocratie britannique. Si la Grande Bretagne n'avait pas jusque-là de contentieux sérieux avec le Reich, la France pour sa part était en quête de revanche après la défaite de 1870. On ne refera pas l'histoire, mais l'empire colonial allemand fut fatal à l'Empire allemand. Malgré l'Entente cordiale, jamais les Anglais n'auraient répondu à nos demandes d'engagement si la flotte impériale s'était limitée à la Baltique et ne les menaçait pas sur la Mer du nord et au long cours. Il reste de l'empire colonial allemand une empreinte à Tsingtao (Qindao) où une brasserie réputée fournit une excellente bière à fermentation basse aux supermarchés européens.








Combien d’fois l’a t’on parcourue
Cette petite piste,
En traversant la lande herbue
Lorsque le jour se lève.
En écoutant le rythme
De la chanson intime
Oh ! oh ! Ô porteurs
Et askaris, haïdo, heile safari
Ô porteurs et askaris, haïdo, heile safari !

Et quand un jour nous partirons
Pour le dernier voyage,
Et chante-nous cette chanson
Comme un dernier hommage.
Et s’il ne pleure personne
Que Dieu nous pardonne
Ô nos porteurs
Et askaris, haïdo, heile safari.
Ô porteurs et askaris, haïdo, heile safari !


Heia Safari


lundi 11 novembre 2019

Qué Li Bèngoun !




En ce Onze-Novembre, cinq minutes de silence en hommage à nos morts pour la France, nos estropiés, nos gueules cassées et nos anciens combattants aujourd'hui disparus. Pensons à ce qu'ils ont enduré mais d'abord à ce qu'ils diraient s'ils revenaient dans notre société décadente ! Voir comment nous laissons contester nos mœurs et coutumes par de nouveaux venus qui prétendent maximiser les leurs par un contrôle étroit des libertés publiques et privées, les laisserait sans voix. Ils regretteraient d'avoir bondi hors de la tranchée pour que nous en arrivions là, surtout pour ce qui concerne la nouvelle valeur post-moderne de l'enfant-droit qui ouvre la porte à la marchandisation de la vie. Nos anciens accepteraient bien des nouveautés mais certainement pas les poupons vivants sur catalogue ! Et s'il vous reste une minute de silence, pensez aux autres grands oubliés, les chevaux.




Après cette entame dépitée, il serait classe de faire un paragraphe stratégique. Bien des soutiens de l'Union européenne arguent d'une paix continue en Europe pour justifier la dévolution de souveraineté, l'extinction des nationalismes, l'entropie bleue ! Ne nous lassons pas de leur répondre que c'est la paix occidentale et la menace orientale qui ont favorisé le développement des institutions communautaires. Mais aujourd'hui le monde s'échappe doucement de la période de paix entre les empires, et ce n'est pas l'Union actuelle qui va faire front.

Sans revenir sur la chimère d'une défense européenne intégrée - personne n'en veut pour la substituer à l'OTAN qui est la réponse adaptée pour l'instant - on doit reconsidérer nos capacités de résilience à l'aune du seul pragmatisme, car on ne va pas rejouer avec la vie de centaines de milliers d'hommes en accumulant des bévues sur principes. Nous avons une petite armée. Il suffirait qu'elle soit appelée sur deux théâtres d'opérations en même temps pour que nous soyons dans l'obligation de choisir sur lequel elle se battra. Les réalités nous conduisent dans une collaboration plus étroites entre les armées majeures européennes, y compris entre les industries auxquelles elles s'adossent. Il y a présentement trois pays qui comptent se battre à l'Ouest, la Grande Bretagne, la France et l'Italie. L'Allemagne peut les rejoindre ou s'en éloigner selon les exigences géopolitiques d'un pays charnière entre orient et occident, mais jusqu'ici la seule contribution allemande est industrielle et à ses conditions. D'emblée, éliminons l'idée de vouloir tout commander, mais surtout de loger le projet chez l'Union européenne.

Les quatre pays précités ont l'habitude de travailler ensemble sur des programmes militaro-industriels d'ampleur et dans le renseignement. Il est facile dans le cadre OTAN de fluidifier le combat de coalition dans l'air et sur mer puisque toutes les procédures sont normalisées. Nous devrions nous engager dans la voie de la collaboration permanente des armées de terre dans les quatre composantes que sont l'artillerie, l'arme blindée, l'infanterie et le génie. La cohésion obtenue, si possible jusqu'au niveau des bataillons (état-majors tactiques), intéressera d'autres armées contiguës qui proposeront à leurs pouvoirs politiques de rallier ce nouveau noyau dur européen. Alors une défense commune finira par s'outiller sans grandes conférences, séminaires internationaux et autres proclamations tartarines, pour peu que les dirigeants politiques aient le sens des responsabilités.

Si nous voulons la paix chez nous, il faudra faire des sacrifices budgétaires en réorientant les dépenses de prestations sociales qui deviennent extravagantes au pays de la ouate, et assainir le territoire afin d'avoir un fond de théâtre sécurisé. Finalement, ce serait un vrai grand chantier, capable d'intéresser un ou plusieurs chefs d'Etat par la gloire qu'il rapporterait.





Qu'ils y viennent !



Table Royal-Artillerie pour l'Armistice du 11 novembre 1918



2007 : La levée en masse construite sur la haine

2008 : Le 122°RI de Rodez est reconstitué au front en remontant mille hommes du régiment de réserve à l'instruction, le 322°RI.

2009 : Chasseurs alpins des Vosges (le 7) et tant d'écrivains français broyés par la guerre

2010 : Dernières opérations, le 129°RI à la peine, à l'honneur

2011 : La Grande Guerre expliquée par Yves-Marie Adeline (44 min.)

2012 : Le char Renault FT-1917

2012 : La Bataille navale de Tahiti (mais si)

2013 : Le canon 75 Mle 1897

2014 : Une photo du clairon et rien de plus

2015 : Ernest Renan dans la tranchée - Fragments intimes

2016 : Mémoires d'un simple soldat des transmissions au 162è RI de Verdun

2017 : Le Dreadnought Danton (1909-1917)

2018 : Les Américains, les chevaux

2018 : Les camions français de la Grande Guerre

2018 : Ecrivains combattants, les vrais

2018 : Centenaire, le Bataillon de Marche du Pacifique




CONVOCATION ACTION FRANCAISE

Lundi 11 novembre à 19h30, la jeunesse d'Action française déposera une gerbe sous la plaque commémorative apposée en haut des Champs-Elysées (face à l'Arc, trottoir de droite après la bouche de métro Etoile, la plaque bleue est scellée dans le mur), en souvenir des étudiants qui bravèrent l'occupant pour célébrer le 11 novembre en 1940.

dimanche 11 novembre 2018

Centenaire de l'Armistice

C'est aujourd'hui à 11h. L'Europe commémore la fin de la guerre civile de 14-18 appelée autrement guerre européenne de suprématie. Il y en avait eues d'autres sous les rois, sous l'Empire mais aucune encore n'avait été gagnée acier contre acier. C'est l'occasion pour tous de réfléchir aux causes de l'affrontement franco-allemand qui dura trois quarts de siècle (1870-1945): le militarisme prussien repoussant les frontières de son "espace vital" trouva suffisamment d'écho dans les certitudes de l'état-major français, qu'il devenait plus qu'urgent de vérifier sur le terrain qui des deux avait trouvé la formule gagnante, et chez nous, la revanche sur l'humiliation de 1870. De grands penseurs sur l'art et la manière de s'entretuer convainquirent les politiques que des nuées de paysans formés hâtivement à l'ordre serré écraseraient les Huns avec une consommation raisonnable des effectifs. La théorie s'appelait l'offensive à outrance, elle fut développée et appliquée par le général Robert Nivelle et les généraux anglais qu'il avait séduits, avec les résultats que l'on sait : la guerre se fit toute entière chez nous et les consommations furent décuplées. C'est à la fin l'acier français et la qualité de l'ingénierie française dont les usines étaient protégées par une armée de terre franco-anglaise pétrie de courage et bien commandée, qui vainquirent, on ne le dira jamais assez. La levée en masse ne vint à bout de l'invasion qu'à la fin d'une guerre mécanique terrible.

La presse bruisse d'une commémoration low cost décidée par le Château où seront glorifiés les soldats de première ligne quel que soit leur camp. Les généraux et maréchaux seront cités incidemment mais sans appuyer car il faudrait sinon "revaloriser" les casques à pointe de la Prusse vaincue où naquit Angela Merkel. Quant aux soldats, ils auraient été victimes des contraintes et menaces afin de se maintenir dans les tranchées sous l'orage. A ces explicateurs "petite bite" on devrait poser la question simple : « Pourquoi lorsque un chef d'unité demandait des volontaires vers l'avant, il y avait la plupart du temps malgré le péril plus de doigts levés que de postes à pourvoir ?» Ayant eu le privilège de parler à de véritables poilus et pas à des chercheurs de l'université, j'en ai retiré une histoire de peur et de gloire, de pleurs et de rires, de morts et de crasse, de gueules cassées et surtout de ce courage mâtiné de bonne humeur qui faisait accepter l'impossible, l'indicible. On insulterait leur mémoire à les considérer comme des veaux partant à l'abattoir. On ne peut pas les rapetisser à la toise qui les ferait ressembler à ce que nous sommes devenus, nous : des moutons !

Ceci étant dit, nous commencerons cet ultime billet du Centenaire par un hommage aux cadres des unités de combat, sergents, adjudants et officiers qui commandaient à la voix des gens qu'ils connaissaient par leur nom. La guerre en consomma beaucoup et on ne parle que rarement des postes très difficiles qu'ils ont occupés. Garder la tête froide, l'autorité, la capacité d'analyse sous la mitraille, dans le vacarme des bombes et les gaz, entre les geysers de cailloux et de boue jusqu'à l'élan d'un assaut libérateur. Tous les jours ! Ils assumaient deux responsabilités, celle de leurs hommes qu'il fallait "gérer" au quotidien et soutenir moralement, celle de la mission dans une bataille de mêlée où tout fléchissement pouvait être fatal à la ligne de front. Sans eux, les unités élémentaires se transformeraient en troupeau de chats, la combativité disparaitrait avec le relâchement de la discipline, la défaite serait sûre. Les cadres étaient le principe catalyseur d'une section, d'une compagnie qu'ils transformaient en unité combattante. Rien sans eux n'aurait été possible. Parmi eux figurent des célébrités. Si chacun connaît les écrivains et les artistes morts pour la France, moins nombreux sont ceux qui savent que des députés (assez peu finalement) ont combattu. Parmi eux nous choisirons un royaliste (normal!) : le duc de Rohan.

Né le 4 avril 1879 à Paris, Josselin de Rohan-Chabot, douzième duc de Rohan (en photo), embrasse la carrière militaire dès ses dix-huit ans et part en 1900 combattre en Chine les Boxers avec le 6è Dragons. Conservateur, catholique et anti-maçons, il succède naturellement à son père comme député du Morbihan en 1914. Mobilisé dès la déclaration de guerre comme lieutenant de réserve, cet officier de cavalerie est versé au 27è Dragons puis après la Marne, il est promu capitaine au 15è Dragons en 1915. Le régiment devant tirer à la courte-paille un officier qui rejoindra l'infanterie pour y commander une compagnie de combat, le capitaine de Rohan refuse de faire tirer au sort ses lieutenants, estimant qu’à lui seul revenait cet honneur périlleux. Il rejoindra le 4è Bataillon de Chasseurs à pied, jusqu'à Verdun. Blessé à deux reprises, il rejoint chaque fois le front. Dans la nuit du 13 au 14 juillet 1916, le capitaine de Rohan part avec son ordonnance en reconnaissance sur le terrain de chasse de son château de Manancourt dans la Somme, vers le calvaire d'Hardecourt-aux-Bois où une semaine auparavant le capitaine Augustin Cochin du 146e RI a été tué devant sa compagnie alors qu'il contre-attaquait. Son ouïe affaiblie par une blessure aux tympans du mois de mars, il tombe, à deux heures du matin, sous les balles d'une mitrailleuse du 182/16.Royal-Saxon qui ne dormait pas. Il est enterré le 15 juillet dans le cimetière militaire de Cerisy-Gailly. Il avait 37 ans.






Les émissions commémoratives du centenaire vous en apprendront bien plus sur la "fin de l'histoire" qu'un modeste blogue comme celui-ci. Pour vous offrir un épisode inédit comme ce blogue aime le faire, nous allons parler aujourd'hui des renforts océaniens au sein de l'Empire français, et particulièrement de ceux levés en Nouvelle Calédonie, territoire d'outremer qui a renouvelé ses vœux français dimanche dernier. Précisons que dans les territoires du Pacifique seuls les citoyens français étaient mobilisables dans les mêmes classes d'âge que les métropolitains. Les sujets sous statut de l'indigénat n'étaient pas incorporables. Mais la consommation de troupes sur le front de l'Est obligea le gouverneur Jules Repiquet (1874-1960) à contourner la règle en proposant le volontariat. Ces recrues passeront par la même filière que les Français, conseil de révision, vaccinations, instruction militaire, aguerrissement, versement en division combattante mais sans dispersion. A l'époque, toute la guerre était conduite par divisions: pour le Bataillon mixte du Pacifique ce fut la 72è du général Ferrandini.


La grande majorité du contingent océanien sera incorporé au BMP formé à Nouméa puis basé à Marseille sous l'autorité du capitaine Montagne pour incorporer les autres recrues d'Océanie comme les Tahitiens. Il fit une belle guerre, d'abord sous les ordres du chef de bataillon Trouilh en Champagne, puis fut remonté au front sous les ordres du chef de bataillon Gondy, et toujours au contact dans les pires moments ; ce n'était pas une unité supplétive ou de coolies charriant du ballast même s'ils participèrent comme tout le monde à l'entretien des ouvrages militaires, mais des soldats dans la bonne moyenne à l'issue de leur formation. Ces troupes qui passèrent au Chemin des Dames, terminèrent la guerre dans l'honneur et le bataillon fut cité à l'ordre de la Xème Armée le 10 décembre 1918 (voir l'historique du BMP en cliquant ici ou bien en original sur le document de Vincennes, en cliquant là). Les pertes furent d'un cinquième des effectifs français (et créoles) et un tiers des effectifs canaques. Eh quand même !

La motivation des Canaques qui s'enrôlèrent reste en débat d'autant qu'une révolte éclata en 1917 sur la grande île. Si on comprend que la pression des autorités indigènes et des missions ait pu pousser le jeune Canaque à signer, on sait par des témoignages que la double curiosité de découvrir et la France et la guerre moderne en décida beaucoup. Il n'est pas correct de dire que la vie tribale pouvait être chiante à mourir pour certains esprits aventureux, mais on peut le penser très fort. Quoiqu'il en soit, la bonne tenue au feu de ces troupes coloniales primitives créa pour la première fois chez les autochtones une véritable identité dépassant le maillage tribal par le sentiment d'une fierté acquise chèrement sur le territoire même du colonisateur. Cette conscience collective valut aux indigènes une nouvelle politique d'assimilation mise en œuvre par le gouverneur Guyon dès 1925. Elle n'aboutira quand même pas à faire du Canaque un citoyen français. Dommage ! Mais les anciens tirailleurs à qui fut proposé la citoyenneté en 1925, la refusèrent majoritairement, ce qui signalait la solidité de leur attachement à leur terre ancestrale.


Pour mémoire, les possessions océaniennes engagées furent, outre la Nouvelle Calédonie et les Nouvelles Hébrides sous condominium franco-anglais, les archipels polynésiens (Société surtout, les quatre autres étant vides) et les protectorats de Wallis et Futuna. Les indigènes de ces territoires étaient considérés avant-guerre comme peu employables dans les affaires militaires voire inaptes à l'instruction nécessaire à la formation d'un soldat. Les pertes au front firent reconsidérer les talents sans doute cachés de cette ressource dès 1915. Pour bien cadrer l'histoire, au plus fort de son engagement, le BMP comptait 1222 rationnaires, 91 chevaux et 44 voitures répartis en un état-major de bataillon, une section hors-rang, quatre compagnies de combat et une compagnie de mitrailleuses. D'autres Océaniens français s'engagèrent dans les troupes impériales de l'ANZAC (Australian and New Zealand Army Corps).






Terminons ce centenaire en saluant la dernière composante de l'histoire de 14-18 : l'arrière qui a "tenu", comme on disait alors ; nos usines ont tourné à fond tout au long de la guerre grâce aux femmes. Les femmes de France furent admirables dans les hôpitaux, les fermes, les ateliers. L'économie de guerre leur doit beaucoup.
Tant les combats dantesques que l'ampleur des dévastations constatées partout ont fait crier « Plus jamais ça !» aux survivants de l'apocalypse. Hélas, la dureté des circonstances avait pour le moins affaibli leur perception de l'avenir même si leur connaissance de l'espèce humaine avait terriblement progressé. Le pire nous était promis, il l'est encore ! Après plusieurs ouvrages relatant ses campagnes, l'ancien chef d'état-major général allemand, Erich Ludendorff, publiera en 1935 Der totale Krieg, une doctrine mobilisant toutes les forces matérielles et morales de l'empire disparu pour l'éradication de l'ennemi, doctrine qui annonçait une guerre plus effroyable encore !


Voilà ! C'est terminé. La Grande Guerre, en ressortant des commémorations de son centenaire, entre dans la nuit de l'histoire. Royal-Artillerie pourrait s'arrêter maintenant, nous en avons beaucoup fait. Ce billet est le quinzième de la série "14-18". Merci aux lecteurs fidèles. A plus !



Postscriptum :
Outre les études de Jacques Frémeaux sur l'empire colonial, nous signalons qu'une étude sur la Nouvelle Calédonie en guerre a été publiée en ligne par Mme Boubin-Boyer, dont on peut lire le travail en cliquant ici.



Tous les billets Royal-Artillerie du Onze-Novembre sont libellés "1111"






Buona notte amore
Ti vedro nei miei sogni
Buona notte a te che sei lontano




Postscriptum du 12
RFi, Radio-France internationale, a monté un gros dossier sur la Guerre de 14 en Afrique. On peut y accéder en cliquant ici.

vendredi 9 novembre 2018

Ecrivains-combattants de 14-18

La Grande Guerre a nourri des écrivains qui par elle devinrent grands à leur tour. Nous évoquons aujourd'hui les récits célèbres que la littérature a produit dès la fin des hostilités. On les trouve encore en bouquinerie ou sur des sites spécialisés dans les vieux livres. Achetez-les, c'est de première main. Mais on ne peut faire cet article sans signaler que la guerre a tué plus de cinq cent écrivains français derrière Charles Péguy, Alain-Fournier, Guillaume Apollinaire, Léon de Montesquiou, Victor Ségalen, Ernest Psichari, Augustin Cochin etc. Ils ont une plaque au Panthéon.

A l'intention des jeunes lecteurs, il ne faut pas lire trop tôt cette production littéraire qui peut mettre en tête des cauchemars tenaces. Rares sont ceux qui mobilisés ou engagés en 14 en sont ressortis indemnes, ils ont aussi passé à la postérité l'horreur et la terreur en même temps que les qualités guerrières et la gloire. Le premier écrivain-combattant qui vient à l'esprit est Roland Dorgelès avec Les Croix de Bois. Ce "roman" est une succession de nouvelles qui campent soit une situation particulière, soit un caractère de soldat. Il fut reçu à l'époque par les anciens combattants comme parfaitement cadré et juste.

Le volontaire Henri Barbusse de tempérament cévenol (réfractaire) transmit son expérience des tranchées (à 40 ans) dans Le Feu, journal d'une escouade. Il s'agit de la mise en forme de son carnet de marche, gratté en 1915 et 1916, rédigée dans son lit d'hôpital à Chartres. Admirateur de la Révolution russe, mort à Moscou, bien des communes de la couronne rouge parisienne donnèrent son nom à des rues. Ce qui n'enlève rien à la qualité de l'œuvre et le niveau d'effroi qui s'en dégage.
Le pacifisme de Jean Giono se fondera sur sa traversée de la guerre qu'il relate dans Le grand troupeau. Sans aucun esprit belliqueux mais discipliné, il sera de tous les coups qui évoquent la dureté des temps, Les Eparges, Verdun, Noyon, Saint-Quentin, la Somme, l'offensive Nivelle au Chemin des Dames. Il a le droit de dire ce qu'il veut !


Le volontaire suisse de la Légion étrangère Blaise Cendras écrira La main coupée qu'il a perdue lors de la grande offensive de Champagne en 1915. Jean Paulhan pour Le Guerrier appliqué au 9è Zouaves est incontournable. Le style en plus.

Le capitaine Emilio Lussu est le plus connu des écrivains-combattants italiens. Mobilisé dans la Brigade sarde Sassari, il participe au Verdun italien, le Mont Zebio, qui lui inspirera son chef d'œuvre Un anno sull'Altipiano. Tempérament affirmé, il affrontera les chemises noires l'arme au poing et s'évadera de sa bastille des îles Lipari. L'autre italien est le volontaire lombard Carlo Emilio Gadda. Fait prisonnier à Caporetto, il racontera sa guerre et sa captivité au Hanovre dans son Giornale di guerra e di prigionia. Mais c'est son œuvre "civile" d'un style si spécial qui le fera entrer ensuite dans la légende, à côté de pointures comme Proust.

On sait que les Anglais ont beaucoup "donné" à la Grande Guerre, chez nous sur la Somme où tant disparurent, aux Dardanelles et au Proche Orient. S'il faut un jour lire Les Sept piliers de la sagesse du colonel Lawrence dit d'Arabie, on doit citer un auteur-combattant qui fit carrière, Alan Alexander Milne, le créateur de Winnie L'ourson. Enrôlé en 1915 comme sous-lieutenant au 4th Battalion du Royal Warwickshire, il est grièvement blessé en 1916 à l'offensive anglaise sur la Somme. Rétabli mais fragile, il entrera au contrespionnage et y rédigera la propagande du Mi7 au War Office. La Somme lui fera publier Peace with Honour, un brûlot pacifiste qui ne l'empêchera pas de rempiler comme capitaine dans la British Home Guard, chez lui à Hartfield, demandant à ses subordonnés de l'appeler Mister Milne.

On ne peut faire l'économie d'Orages d'acier d'Ernst Jünger, lieutenant dans les troupes d'assaut, peut-être le plus technique des récits, qui laisse peu de place à la dramatisation. C'est aussi un amoureux de la France et des Français.
Reste à signaler pour finir le fameux roman pacifiste de l'abbé Erich Maria Remarque A l'ouest, rien de nouveau que les nazis brûleront comme décadent. On en fera des films !

La liste des écrivains combattants est longue, à la hauteur du retentissement de cette première guerre mondiale. la Wikipedia donne une liste d'auteurs que vous pouvez consulter en cliquant ici, sinon le site éponyme en cliquant là.

Un livre hors de la tranchée littéraire mais difficile à trouver donne un éclairage saisissant de la guerre de l'ombre. C'est l'ouvrage posthume Mes souvenirs du Commandant Ladoux, recueillis par Marcel Berger. Patron du 5è Bureau à Paris puis du 2è Bureau au GQG, il dénichera Mata-Hari et bien d'autres espions qu'il fera fusiller, en particulier ceux basés au pays basque espagnol. Selon sa veuve, il a été liquidé à distance à Cannes en 1933 par l'Abwehr ou par le Sicherheitsdienst nazi, au moyen d'un paquet de photos toxiques que lui envoyait une "vieille connaissance allemande", Mademoiselle Doktor, mais dont les encadrements avaient été sans doute traités aux streptocoques ou une autre saloperie qui se logea dans les sinus. Peut-être s'était-il moqué exagérément de l'adversaire dans trois romans d'espionnage qu'il avait fait paraître au Masque après la guerre ? Il agonisa cinq jours. On ne connaissait pas le polonium à l'époque.


Nous ne pouvons pas nous quitter sans évoquer celui dont on parle le plus ces jours-ci. Maurice Genevoix. Mobilisé comme sous-lieutenant de réserve au 106è RI de Châlons, il est rapidement sur la Marne puis remonte sous Verdun. Ce sera d'ailleurs le titre du premier volume de la série de cinq qui composera sa contribution majeure à l'histoire de la Grande Guerre Ceux de 14. Une prose linéaire, précise, chirurgicale. pas d'emphase, la réalité suffit amplement ! Blessé grièvement aux Éparges en 1915, il perdra l'usage de sa main gauche.


En conclusion, s'il en faut une, la mobilisation générale des hommes de ce pays en août 14 incluait toutes les professions, charges et dignités. S'y ajoutèrent des volontaires, en nombre. Souvenons-nous de tous les francophiles étrangers qui individuellement n'hésitèrent pas une minute à nous rejoindre. Les empires centraux, agresseurs venus du côté obscur de la civilisation européenne, ne connurent pas ces ralliements.
Parmi les professions mobilisées, celle d'écrivain fut bien représentée et paya le prix fort quelque soit le pays. Si la masse de manœuvre mérite d'entrer tout entière dans la grande histoire des hommes, cet article particulier est un modeste hommage au talent et au courage des soldats de la plume au bout du fusil ! Ce sont eux d'abord qui, disposant de la facilité d'écriture purent saisir la matière du récit, eux qui mirent en perspective cette tragédie que nous pouvons mieux comprendre aujourd'hui. Merci.




©La Grande Guerre en dessins

mercredi 7 novembre 2018

Tout en camion !

Latil TAR 4x4 1915
La guerre ouverte fut déclarée à pied, à cheval et en train. C'est sur voie ferrée que les régiments furent remontés à la ligne bleue des Vosges, l'approche de l'ennemi (sous la menace de son artillerie) se faisant à pied. L'armée française avait un charroi automobile symbolique et si le général Galliéni retourna la situation de Joffre sur la Marne ce fut en enrôlant les compagnies de taxis parisiens. De même vit-on des autobus urbains monter des renforts au front, s'y maintenir le temps d'évaluer la situation... et revenir pleins de blessés vers l'arrière.

Rapidement un grand charroi militaire devint nécessaire pour déplacer rapidement l'artillerie et obtenir une meilleure mobilité des unités en soutien. L'industrie française répondit avec ses meilleures productions. Aujourd'hui nous faisons un billet mécanique du camion Berliet à partir des photos d'époque et des planches de la Fondation Marius Berliet. A l'entrée en guerre, la marque lyonnaise était le premier fabricant de camions au monde. Il est intéressant de comprendre les choix techniques d'un camion de guerre dont la doctrine d'emploi n'est pas celle d'un poids lourd civil.

Le cahier des charges demande un porteur solide, économique et simple d'entretien à l'échelon compagnie. La maison Berliet y répondra magnifiquement, comme il en sera souvent dans le futur. Ce camion à tout faire sera un châssis-cabine de 3T5 capable d'emporter une charge utile de 4 tonnes et jusqu'à 10 tonnes avec sa remorque. Dans la limite de poids autorisée tous les composants de fatigue seront surdimensionnés à commencer par le moteur.


Le châssis BERLIET CBA



C'est un châssis échelle riveté avec tous ses ancillaires boulonnés, supports, berceaux, etc... La traverse accueillant le pédalier et les commandes par levier (rapports de vitesse, frein sur roues) est en aluminium. Elle se démonte d'un bloc.
Le châssis est posé sur quatre ressorts à lames.


Le moteur Z



Quatre cylindres en ligne bi-bloc à soupapes latérales du même côté, d'une cylindrée de 4400cm³ (réalésé ensuite à 5300cm³), bridé à 1200 t/mn par un régulateur ferroviaire à masselottes agissant sur le papillon du carburateur. Graissage sous pression et non par barbotage. Vilebrequin, paliers, bielles, arbre à cames sont plus gros que ceux des modèles civils.
Le moteur délivre 22 HP et emporte la bête à 25 km/h jusqu'au bout du monde.


La cinématique



Technique transaxle avant la date (Porsche 928, Alfa Romeo Alfetta):
Moteur et embrayage à l'avant envoyant le couple à une boîte-pont au niveau des paliers de chaînes arrière.
La boîte est une 4-vitesses (prise en 4ème) et marche arrière. Ses engrenages surdimensionnés sont en acier nickel-chrome.

La traction par chaînes Berliet est préférée à la technique Cardan plus fragile, en plus de la facilité de réparation d'un maillon de chaîne sans faire retour à l'échelon.
Le différentiel peut-être freiné (au pied) et joue un rôle de ralentisseur.

Les roues à bandage sont du modèle artillerie en 940x130 devant et jumelées en 1000x130 derrière.



Même si le CBA fut proclamé "camion de la victoire" d'autres constructeurs français livreront de bons camions militaires, Renault, De Dion, Ariès, le puissant Latil à quatre roues motrices et directrices, et on vit même des camions américains. Mais la moitié du trafic de la Voie Sacrée sera du Berliet CBA. Le modèle sera amélioré constamment pour les services publics après-guerre jusque dans les années 30. La maison Berliet en produira 40000 !

lundi 5 novembre 2018

Notes jetées sur la Grande Guerre



Sans doute est-ce l'un des derniers billets Royal-Artillerie sur la guerre de 14-18. Nous avons été fidèle aux rendez-vous du Onze-Novembre avec des évocations que nous jugions moins connues, sur les unités qui nous touchaient de plus près - le 122èRI, le 129èRI, le 7èBCA - ou des billets techniques sur le canon de 75 ou le tank Renault. Ces billets sont libellés "1111" ; il y en a douze avec celui-ci. Nous ferons un article spécial le jour même de l'Armistice. Aujourd'hui nous laissons libre cours à nos pensées qui vagabondent.

Les commémorations officielles s'attachent, pour ce que nous voyons de leurs préparatifs sur Internet, à n'oublier personne. La guerre ne fut pas qu'une affaire entre les Français et les Allemands, dit le général Irastorza, président du Centenaire. Merci de nous prendre pour des idiots. Qui ignore encore que cette guerre fit s'affronter les empires thalassocratiques aux empires centraux sans oublier de nombreux alliés de part et d'autre ? D'où son nom de "Grande Guerre". Sait-on que le Japon nous fournissait des bateaux et qu'une flottille nippone épaulait les Anglais en Méditerranée ? Mais à vouloir n'oublier personne, on minimise de beaucoup la gloire et le respect dus à nos soldats.



La cause de la capitulation allemande fut d'abord et avant tout la tenue au feu des troupes métropolitaines et impériales franco-britanniques lors des épisodes décisifs déclenchés par l'état-major allemand. Que tout le monde ailleurs ait fait son devoir ne doit jamais faire oublier que c'est baïonnette au canon que fut acquise cette victoire, avec deux mains et sur deux pieds.

Aparté : Nous ne parlons pas des fusillés pour désobéissance : 639 exécutions sur 8.194.500 mobilisés, 1.457.000 morts (source) et deux fois et demi autant de blessés, montrent à l'évidence que cette page de la guerre a été instrumentalisée pour servir à des fins de propagande anti-militariste, toujours par les mêmes. Et ce pauvre Hollande de demander qu'on ne les oublie pas !

L'autre point que je voudrais évoquer est la contribution américaine. Nous, Français, les avons formés et équipés quand ils ont débarqué, et ils se sont bien battus. Mais ce n'est pas sur le terrain que leur contribution fut la plus positive même si tout renfort fut bénéfique dans l'offensive. C'est chez eux ! L'enrôlement général des jeunes gens sur la côte Est des Etats-Unis était bien sûr épié par le renseignement allemand. Quand les camps d'instruction étaient pleins, ils se vidaient sur des bateaux en partance pour Brest ou Saint-Nazaire et ils se remplissaient aussitôt pour le prochain convoi. Les états-majors centraux comprirent dès 1917 que retourner la situation sur le front occidental devenait impossible chaque jour un peu plus et les plans de guerre devinrent contradictoires dans les projections des stratèges allemands.

Sammies en 1918

A cet égard, on feint d'ignorer le désordre intérieur à l'empire boche. Les grèves générales sont documentées à Berlin, Hambourg et Kiel, Bochum, Cologne, etc. C'est un soulèvement qui se développa sur les traces de la révolution russe de 1917, jusqu'à Munich. Les nouvelles fusaient jusqu'au front, un monde à l'arrière s'écroulait et bientôt vivres et munitions arrivaient mal. La démoralisation des troupes était enclenchée. Si la vieille discipline germanique faisait encore illusion, les traces laissées par l'ennemi dans sa retraite montraient le découragement des unités au contact et la perte de sens de ces combats. Les marins se mutinèrent dans les ports de la Baltique. L'empereur fut chassé par une révolution qui ne disait pas son nom (à ce moment-là) et qui déboucha sur la capitulation, comme la révolution russe avait abouti à l'armistice de Brest-Litovsk en décembre 1917. En fait, les armées austro-allemandes étaient dans la tenaille des offensives puissantes des alliés sur le front de l'Ouest et des insurrections populaires sur le front intérieur, sans parler bien sûr du capital humain disparu au front.

L'empire allemand sans empereur fut brisé en morceaux. Nous n'avons pas convaincu nos alliés de le démembrer, ce qui aurait sauvé la suite de l'histoire. Ils ont jugé que trop de puissance française en Europe occidentale irait contre leurs intérêts. Le Foreign Office voulut protéger les équilibres traditionnels continentaux afin que dans l'avenir nul ne soit en capacité de lui nuire. Il sut vingt ans plus tard qu'il avait complètement tort et que cette politique allemande aurait pu conduire à la disparition pure et simple de la Grande Bretagne.




Il faudrait maintenant évoquer ces "militaires" qui furent par la suite oubliés bien qu'ils aient payé le prix fort dans ce conflit : nos chevaux, nos mulets et nos chiens. Il est mort sur le front de France presque autant d'équidés que de soldats ! Sauf dans les troupes britanniques où le rapport au cheval était celui de partenaire à partenaire, la monture était considérée comme un vecteur d'arme comme un autre, et la cavalerie française n'était pas la mieux disposée envers ses effectifs. Dans les échanges interalliés de 1914 on s'aperçut que le dos des chevaux français étaient en très mauvais état car nos cavaliers de si belle prestance ne daignaient pas mettre pied à terre quand le service n'exigeait pas d'être monté. Ils crevaient leur chevaux sous eux et comptaient sur la remonte. Cela dépendait aussi des armes et de leurs traditions différentes, cuirassiers, hussards, dragons, chasseurs...

Quand les Anglais débarquèrent dans les Flandres, les unités françaises furent surprises de voir arriver avec eux tant de vétérinaires et des infirmeries de campagne dédiées aux chevaux. Les archives du War Office signalent que le corps médical britannique traita 725216 chevaux pendant toute la guerre pour blessures, gazages et maladies et qu'il en sauva 529064 (c'est beau l'administration). Les chevaux réformés furent retirés du front par tous moyens adaptés à leur état et même par train, péniches et barges aménagées, ce dernier moyen étant le plus commode pour les chevaux blessés par l'artillerie.

S'il est beaucoup de monuments commémorant la cavalerie, il en est peu, sauf dans l'empire britannique, à commémorer le cheval en guerre, à l'exception du monument aux morts de la 2ème Division de Cavalerie de Luneville qui a recensé les chevaux en garnison morts pour la France en même temps que les hommes :

Morts au Champ d'honneur : INSOLENT MERCREDI COMIC TAPAGEUR GIL BLAS LE ROUDIEN NAUDET BUFFALO LAGARDE GERMINAL ALLEGRO FERNANDEZ ISOLA NINIVE FRANC-TIREUR CARDINAL FERNANDEZ BOBY KALIF LATTE BEAUSÉJOUR ST BRICE MANON BOYARD FRIPON II ATTILA COQUETTE XIX VIGILANTE YVETTE BAMBEZ JOUG LETTES IMPOSANTE DEMEMONT FOKENNY KLAUSSE DUCHESSE GALANTE ISOLA MYLORD EPINETTE MISTINGUETTE MONTMIRAIL COMMEGNE IMPOSTEUR JIL ST FORT KALIPSO KETTANNNE ATTENDU REVEIL REINUS COCO III MARGOT DECOUSSE BLANC-BEC VAPEUR AMITIE INDICIBLE PIMPOLETTE AGARETTO MAROC FAUVETTE PIROUETTE LEDA LA ROCHELLE FAISAN MIKADO CARDINAL JAVELINE BELRET FERNANDEZ - Blessés au Champ d'honneur : ALLEGRO MORGAN DEMOISELLE JULIETTE LA FROUSSE SAPAJOU MILARD BANDIT IV PNEU


samedi 11 novembre 2017

Le Danton (1909-1917)

Les billets commémoratifs de Royal-Artillerie publiés pour le onze novembre n'ont jamais fait sa part à la Marine nationale. Voici pour l'avant-dernier, une évocation des batailles navales de cette année 1917.

La Mission du Centenaire recadre la guerre maritime à l'intérieur d'une note donnée par le professeur Frank :

« Les batailles en mer sont moins sanglantes mais décisives en 1917. La bataille du Jutland de la fin mai 1916 avait confirmé l’incapacité de la marine de surface allemande face à la supériorité de la marine britannique même si celle-ci avait subi des pertes plus importantes dans cet affrontement naval. Au blocus maritime infligé par la Grande-Bretagne qui provoque de graves pénuries, préjudiciables à ses industries de guerre, à son ravitaillement et au moral de sa population, l’Allemagne répond par l’attaque des navires de commerce par ses sous-marins. En janvier 1917, elle décrète même "la guerre sous-marine à outrance" dont les premiers succès sont indéniables. En avril, plus de 860000 tonnes de bâtiments marchands sont envoyés par le fond. Après les empires centraux, les alliés connaissent donc à leur tour de sérieux problèmes de ravitaillement. Mais, le Royaume-Uni, avec l’aide des Américains, gagnent cette bataille de l’Atlantique en organisant des convois pour protéger les navires civils. Les pertes tombent à 400000 tonnes en décembre et à 300000 au début de l’année suivante. La dissymétrie est rétablie : les pénuries frappent plus durement l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie que la France ou la Grande-Bretagne. Surtout, même si les Allemands en ont mesuré le risque, la guerre sous-marine provoque l’entrée en guerre des Etats-Unis contre eux.»

Ah, les aquarelles de marine !

La France avait laissé l'Atlantique orientale et la Mer du Nord à la Royal Navy pour mettre ses plus gros moyens navals en Méditerranée afin de protéger ses convois coloniaux et le débouché du canal de Suez. En Méditerranée la 1ère Armée Navale fit face aux marines des empires centraux et jusqu'en 1915 à la marine italienne. Les Austro-hongrois opéraient à partir des ports de l'Adriatique-nord comme Trieste et Pola (à la pointe de l'Istrie) où ils hébergèrent deux croiseurs allemands venus en renfort.

Une curiosité d'abord : En avril 1917 arrive à Malte le contre-amiral japonais Kōzō Satō sur le croiseur Akashi avec deux flottilles de quatre destroyers japonais (9 navires en tout) pour libérer la Royal Navy de ses missions d'escorte au commerce. L'Akashi était un croiseur de la classe Suma sur plans japonais (post-Bertin) mais surentraîné par les dommages subis lors de la guerre russo-japonaise de 1905-1906, croiseur qui avait fait entre autres la bataille de Chemulpo, le blocus de Port-Arthur, la bataille de Tsushima, jusqu'au blocus de Tsingtao en 1914. Le 1er juin, une troisième flottille de quatre destroyers rejoint Malte derrière le croiseur Izumo qui relève l'Akashi. Fin 1917, la Marine française se fait livrer à Port Saïd douze destroyers de fabrication japonaise du type Kaba. Elle avait déjà acheté 34 chalutiers nippons en 1916 pour les transformer en patrouilleurs. Même si les choses se gâteront plus tard, il y avait à cette époque une proximité certaine entre les militaires français et nippons, depuis Napoléon III en fait. L'ingénieur naval Emile Bertin (1840-1924) travailla quatre ans aux arsenaux nippons pour construire la flotte de l'empereur Mutsuhito. Les Russes lui doivent le désastre de Tsushima où 45 navires du Czar furent coulés par les fabrications et copies "Bertin", mais surtout parce qu'il avait fait assimiler le combat d'escadre aux amiraux nippons.

Aujourd'hui nous allons évoquer la classe révolutionnaire* Danton, des cuirassés lancés à partir de 1909 dans le cadre du Plan naval de 1905. Cette série "surclassée" par les Dreadnoughts anglais fit quand même le job au convoyage et sur le barrage du canal d'Otrante ; le principe de la cuirasse compartimentée sauva des milliers de vies dont celles de l'équipage du Voltaire torpillé deux fois au large de Milos en Mer Egée, qui put rejoindre Toulon. Le Danton, premier de la série - sa fiche détaillée et ses campagnes sont ici - était un cuirassé de 145 mètres de long et 18500 tonnes, propulsé par les nouvelles turbines à vapeur Parsons donnant 22500 chevaux ; le monstre filait 19 nœuds mais était limité en rayon d'action par une forte consommation des soutes dans ses 26 chaudières à charbon. Son armement était composé de deux tourelles doubles de 305mm, six doubles de 240, seize canons Schneider de 75, dix canons rapides Hotchkiss de 47 et deux tubes à torpilles de 450mm.

Le cuirassé Danton, escorté par le contre-torpilleur Massue (un bâtiment de la classe Claymore lancé à Toulon en 1906 avec des tubes de 450mm, commandé par le Lieutenant de vaisseau Cantener), appareilla de Toulon le 18 mars 1917 à 17h30 pour Corfou avec 946 officiers, officiers-mariniers, matelots d'équipage et 155 marins passagers rejoignant leur bord en Adriatique. Le signalement de sous-marins ennemis en Mer Tyrrhénienne obligea le commandant, capitaine de vaisseau Delage, à modifier sa route en choisissant la côte occidentale de Sardaigne plutôt que de doubler le Cap Corse vers Messine, et à se prémunir contre toute surprise en doublant ses vigies ; le convoi avançait en zigzag ; ce qui ne suffit pas.

Au milieu de la journée du lendemain (rapport du naufrage ici), par brise de nord-ouest, mer clapoteuse peu "lisible", au large de l'île San Pietro à la pointe occidentale de Sardaigne, la vigie de hune signala un sillage suspect à 500 mètres seulement. Un coup de canon de 47 fut tiré au jugé. A 13h17 selon la radio, le Danton recevait par son bâbord avant sous la chambre de commande de la tourelle de 305 puis en plein flanc au niveau des machines contre la chambre des dynamos, deux torpilles allemandes du sous-marin U-Boot 64 (Kapitänleutnant Robert Moraht - 1884-1956) qui sera grenadé et canonné ensuite le 17 juin 1918 par HMS Lychnis.

Le commandant Delage engagea le combat, mais les équipements électriques tombaient en panne les uns après les autres, jusqu'à la barre qui devint inopérante. Le contre-torpilleur qui ouvrait la route rebroussa chemin pour grenader le submersible. Dix minutes passées, le navire commençait à donner de la bande et les potences électriques des canots étaient inutilisables. L'équipage évacua sur ordre en se jetant à la mer pour rejoindre le Massue et un peu plus tard les chalutiers accourus sur zone. La ceinture d'acier alvéolée donna le temps nécessaire au Danton pour évacuer son équipage mais c'est l'honneur qui engloutit le commandant qui refusa de quitter la passerelle. Il y eut 296 morts, congestionnés ou noyés. Le grand Danton mit une demi-heure pour chavirer sur son bâbord et partir au fond, Delage restant cramponné à la passerelle criant "Vive la France". Ironie du sort : Delage était sous-marinier dans l'âme, ayant commandé auparavant le Gymnote, le Gustave-Zédé puis la 1ère Flottille sous-marine de Toulon en 1909.


Mais Joseph Delage (1862-1917) était plus que cela : il sortit de l'Ecole navale à dix-huit ans. Après une carrière dans l'Empire comme à l'Hôtel de la Marine à Paris, il entre en guerre à la tête du 1er régiment de fusiliers-marins et toujours devant aux combats d'Ypres, de l'Yser et de Dixmude, il est blessé le 23 octobre 1914, ce qui ne le prive pas de commander encore la manœuvre... Bref, un sacré tempérament de gaulois indestructible. On le retrouve en photo en août 1915 dans les tranchées à Furnes en conversation avec l'amiral Ronarc'h... puis il embarque à Toulon sur le Danton à la Noël 1915.

Des sondages hollandais pour un tracé de gazoduc repérèrent la gigantesque épave en 2008 par plus de mille mètres de fond. Bizarrement la descente du navire l'avait fait dériver de plusieurs nautiques, les coordonnées de 2008 ne correspondant pas à celles de 1917 (25 milles au SW du phare de Capo Sandalo), ce qui nous indique qu'il avait une carène fluide. La Marine de guerre perdit 19945 marins auxquels s'ajoutent 3200 marins au commerce (source Paul Chack). Quant à la brigade de fusiliers-marins de l'amiral Ronarc'h qui combattit sur l'Yser, elle fut consommée en totalité en seize mois (6500 hommes) selon ses propres mémoires. A l'armistice de 1918, les pertes matérielles françaises totalisaient 4 cuirassés, 5 croiseurs, 6 croiseurs auxiliaires, 23 contre-torpilleurs, 13 sous-marins, 75 avisos, patrouilleurs et chalutiers réquisitionnés. La guerre maritime ne s'achèvera pour la Royale qu'en mai 1919 quand cesseront les opérations de supériorité navale prévues en Mer Noire par l'armistice de Moudros entre les Forces de l'Entente et l'Empire ottoman (30 oct 1918).


Hommage à nos marins morts pour la France !

19 mars 1917, le cuirassé Danton va chavirer par bâbord


* Six cuirassés : Danton, Voltaire, Diderot, Condorcet, Mirabeau, Vergniaud
** Source principale Marine nationale
*** Ndlr : les billets du Onze Novembre sont tous libellés "1111"


Epave du Danton latitude: 38°45'51''  longitude: 8°11'01''


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