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samedi 25 février 2023

Monde 2 Poutine 0

tableau des votes à l'ONU
La résolution ci-dessous intimant l'ordre à la Russie de retirer ses troupes de chez son voisin a été approuvée en Assemblée générale des Nations Unies par 141 pays contre 7 et 31 abstentions. C'est la deuxième majorité écrasante contre la Russie dans l'enceinte onusienne. On notera que des pays supposés inclus dans la sphère d'amitié russe ont voté cette résolution : la Serbie revendiquant le Kosovo et craignant pour le Sandjak ; le Cambodge vassalisé par la Chine populaire. Les abstentionnistes ont chacun leurs raisons, parfois mercantiles comme l'Inde, et leurs propres provinces séparatistes ou un voisin trop puissant comme tous les Stan d'Asie centrale. Bien des pays africains découpés par les colonisateurs auraient dû réfléchir avant que de s'abstenir ou d'aller aux lavabos. Mais parmi les soutiens ouverts à la Russie ont notera deux connards : le Mali qui vient implicitement de faire droit à la revendication touarègue et à la création de l'Azawad, et la Syrie de Damas qui devrait laisser tomber désormais les régions du nord.

Sont partis pisser l'Azerbaïdjan, le Burkina Faso, la Dominique (?!), la Guinée équatoriale, le Zwaziland, la Grenade (?!), la Guinée-Bissau, le Liban, le Sénégal, le Turkménistan, la Tanzanie et le Vénézuéla (qui est pourtant un allié sûr de Moscou). Pendant qu'elle promène son plan de paix capitulation d'une chancellerie l'autre, les motivations de la Chine populaire à s'abstenir sont explicites si elle veut médiater, mais son vote pourra se retouner contre elle quand les oulémas du Golfe renfloueront le Turkestan oriental. Cette résolution approuvée quand même par une majorité écrasante ne fait pas les affaires de Poutine, même si on ne compte plus les résolutions onusiennes restées lettres mortes. Elle lui ôte toute légitimité à continuer le massacre et à siéger en même temps au Conseil de Sécurité. N'en déplaise à M. Lavrov, c'est encore une défaite de sa diplomatie. Et pour enfoncer le clou à l’occasion de ce premier anniversaire de l’agression russe, le Conseil de Sécurité a observé une minute de silence vendredi 24 février 2023, en hommage à toutes les victimes de la guerre en Ukraine ; le représentant de la Fédération de Russie s'est levé avec tous ses collègues. Le Secrétaire général Guterres, faisant l'économie d'une prudence équivoque, a déclaré à cette occasion que les civils ukrainiens vivaient dans un véritable enfer.

Voici le texte officiel (dont le point 9 qui va s'avérer très ennuyeux par la suite car c'est le piton "Nuremberg" où va s'accrocher l'Ukraine) :

L’Assemblée générale,
Rappelant les buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies, Rappelant également que, en vertu de l’Article 2 de la Charte des Nations Unies, tous les États sont tenus de s’abstenir, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies, et de régler leurs différends internationaux par des moyens pacifiques ;
Réaffirmant que nulle acquisition territoriale résultant de la menace ou de l’emploi de la force ne sera reconnue comme légale, Rappelant ses résolutions pertinentes adoptées lors de sa onzième session extraordinaire d’urgence et sa résolution 68/262 du 27 mars 2014 ;
Soulignant, un an après l’invasion totale de l’Ukraine, que la réalisation d’une paix globale, juste et durable constituerait une contribution importante au renforcement de la paix et de la sécurité internationales ;
Rappelant l’ordonnance de la Cour internationale de Justice en date du 16 mars 2022 ;
Déplorant les conséquences désastreuses, sur le plan des droits humains et sur le plan humanitaire, de l’agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine, notamment les attaques incessantes contre les infrastructures critiques dans toute l’Ukraine, avec des conséquences dévastatrices pour les civils, et se déclarant gravement préoccupée par le nombre élevé de victimes civiles, notamment des femmes et des enfants, par le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays et de réfugiés ayant besoin d’une aide humanitaire, et par les violations et les atteintes commises contre des enfants ;
Notant avec une profonde inquiétude les répercussions négatives que la guerre a sur la sécurité alimentaire mondiale, l’énergie, la sécurité et la sûreté nucléaires et l’environnement ;

1. Souligne la nécessité de parvenir, dans les meilleurs délais, à une paix globale, juste et durable en Ukraine, conformément aux principes de la Charte des Nations Unies ;
2. Se félicite des efforts déployés par le Secrétaire général et les États Membres pour promouvoir une paix globale, juste et durable en Ukraine, conformément à la Charte, y compris les principes de l’égalité souveraine et de l’intégrité territoriale des États, et leur exprime son ferme soutien ;
3. Appelle les États Membres et les organisations internationales à appuyer encore plus les efforts diplomatiques visant à instaurer une paix globale, juste et durable en Ukraine, conformément à la Charte ;
4. Réaffirme son attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’unité et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières nternationalement reconnues, s’étendant à ses eaux territoriales ;
5. Exige de nouveau que la Fédération de Russie retire immédiatement, complètement et sans condition toutes ses forces militaires du territoire ukrainien à l’intérieur des frontières internationalement reconnues du pays, et appelle à une cessation des hostilités ;
6. Exige que le traitement par les parties au conflit armé de tous les prisonniers de guerre soit conforme aux dispositions de la Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre du 12 août 19492 et du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève de 19493, et demande l’échange complet des prisonniers de guerre, la libération de toutes les personnes détenues illégalement et le retour de tous les internés et des civils transférés et déportés de force, y compris les enfants ;
7. Demande aux parties au conflit armé de respecter pleinement les obligations qui leur incombent en vertu du droit humanitaire international, à savoir veiller systématiquement à épargner la population civile et les biens de caractère civil, assurer un accès humanitaire sûr et sans entrave aux personnes qui en ont besoin, et s’abstenir d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de rendre inutilisables les biens indispensables à la survie de la population civile ;
8. Appelle à la cessation immédiate des attaques contre les infrastructures critiques de l’Ukraine et de toute attaque délibérée contre des biens civils, notamment des résidences, des établissements scolaires et des hôpitaux ;
9. Souligne qu’il faut ouvrir des enquêtes et engager des poursuites appropriées, équitables et indépendantes au niveau national ou international pour que les auteurs des crimes les plus graves au regard du droit international qui auront été commis sur le territoire ukrainien répondent de leurs actes, et que justice soit rendue à toutes les victimes et que de futurs crimes soient évités ;
10. Demande instamment à tous les États Membres de coopérer dans un esprit de solidarité pour faire face aux répercussions mondiales qu’a la guerre sur la sécurité alimentaire, l’énergie, les finances, l’environnement et la sécurité et la sûreté nucléaires, souligne que les arrangements en vue d’une paix globale, juste et durable en Ukraine devraient tenir compte de ces facteurs, et demande aux États Membres de soutenir le Secrétaire général dans les efforts qu’il déploie pour faire face à ces répercussions ;
11. Décide d’ajourner à titre provisoire sa onzième session extraordinaire d’urgence et d’autoriser sa présidence à la rouvrir à la demande des États Membres.
(source : https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/LTD/N23/048/59/PDF/N2304859.pdf )
Info plus ici : https://press.un.org/fr/2023/ag12492.doc.htm

vendredi 2 septembre 2022

Le bouillon de onze heures

Michelle Bachelet HCDH

Telle Cendrillon, un quart d'heure avant minuit, Michelle Bachelet, Haut-Commissaire aux droits de l'homme des Nations Unies, édite son rapport sur la gouvernance chinoise du Xinjiang après son voyage à Ouroumouchi de mai 2022. C'est une retentissante paire de gifles aux pouvoirs régional et central chinois dont les mensonges sont établis. Au douzième coup de minuit, Mme Bachelet a rendu son tablier et s'en est retournée au Chili. Elle a survécu (l'article ONU ici) et la condamnation est édictée depuis Genève, pas New-York.

Pourtant le voyage du mois de mai s'était passé le moins mal possible (cliquer là et comprendre) pour les autorités chinoises. Sans être sûres d'avoir réfuté définitivement les allégations de camps de rééducation, torture et travail, de stérilisation des femmes, de punitions diverses et variées, de destructions ou désacralisation d'édifices islamiques, de disparitions inexplicables, elles pensaient avoir suffisamment instillé le doute dans la délégation onusienne pour pouvoir couvrir son compte-rendu du bruit augmenté de sa propagande à haute fréquence. Las, la vieille les a vus venir dans leurs tentatives directes et détournées pour enterrer son rapport avant qu'il ne paraisse. Plein la gueule : « L’ampleur de la détention arbitraire et discriminatoire d’Ouïghours et de membres d’autres groupes essentiellement musulmans (…) dans un contexte de restrictions et de privation des droits fondamentaux tant individuels que collectifs peut constituer des crimes internationaux, en particulier des crimes contre l’humanité. »

Les casuites chinois vont s'exercer à contester le texte, mot à mot, en y cherchant l'intention de nuire, mais l'important n'est pas dans ce qui est dit ou ce qui est ignoré : le "scandale" pour Pékin est le levier qu'offre aux dissidents chinois et ouïghours une institution mondiale officielle comme le HCDH. Le mal est fait ! L'ONU y dénonce l'art de gouverner par la seule force et elle ringardise la diplomatie casque-à-pointe-et-boulons des loups combattants. Il va être difficile pour le ministère chinois des affaires étrangères de contenir l'impact en dénigrant le Haut-Commisaire sortant. Mme Bachelet, d'ascendance française - la souche vient de Chassagne-Montrachet en Côte d'Or - fut présidente de la République du Chili, un pays désaligné important dans l'Océan pacifique sud, et garde de son ancienne fonction une fierté bien placée capable de résister à la marée montante de l'impérialisme chinois.

Ce ne sont plus Raphaël Glucksmann et sa jolie copine qui tiennent meeting au théâtre Edwige Feuillère de Vesoul ; mais le monde entier qui va compulser les horreurs du communisme en action, et surtout celles de la bataille démographique réduisant par tous moyens, absolument tous, les naissances dans les familles musulmanes. C'est le plus écœurant. Seront cherchées aussi les statistiques d'attrition des pratiques concentrationnaires chinoises. Pas bon pour les Instituts Confucius ! Pas bon non plus pour les pays islamiques qui ont dans le passé soutenu le pouvoir de Pékin contre les "tentatives de déstabilisation" exogènes au seul motif de terrorisme du parti ouïghour de l'étranger. Désastreux aussi pour l'exportation des productions du Xinjiang réputées fabriquées par des esclaves. Fallait-il matraquer des millions de gens pour se venger de quelques centaines d'irrédentistes enragés, facilement débusqués ? il est sûr que la haine anti-han a grandi au Turkestan oriental et qu'il ne faut pas désormais se fier à l'eau qui dort. C'est le vrai résultat de la campagne de pacification brutale et indiscriminée : la haine !

Le Xinjiang est une conquête chinoise récente. Qui se souvient de l'éphémère République du Turkestan de 1933 luttant contre la République de Chine du Kuomintang ? C'est par ici. D'ailleurs il avait été remarqué à l'époque que les cartes impériales échangées avec les puissances étrangères ne délimitaient pas ce "bout du monde" désertique mis en coupe réglée par des seigneurs de la guerre à leur seul bénéfice. Les choses décantèrent dans l'entre-deux-guerres quand se leva un désir d'organisation politique des musulmans de la région. Le pays fut plusieurs fois mis à feu et à sang. La province gagna son autonomie en 1955, avec le bilinguisme, mais des agitateurs formés dans le Golfe persique ont imaginé qu'ils pouvaient créer une république islamique, mitoyenne du Kazakhstan (complètement laïcisé), du Kirghizistan et du Tadjikistan (tout aussi corrompus). Pourtant le Prophète leur avait interdit de boire ! Après la mise au pas par l'armée et la police chinoises du Tibet des neiges éternelles, le projet du MITO (Mouvement islamiste du Turkestan oriental) est pur délire, Pékin ayant montré qu'il en tuerait autant que nécessaire. Mais à partir d'aujourd'hui, c'est sûr et prouvé.
Un peu plus de géopolitique ?

Carte économique du Xinjiang et pays limitrophes
Sources : Atlas of the people’s Republic of China, Foreign languages Press, Pékin, 1989 ; Jacques Leclerc, Aménagement linguistique dans le monde, université de Laval, Québec, Canada ; Central Intelligence Agency (CIA), Maps and publications, Washington DC ; Recensement chinois de novembre 2000 ; ChinaOnline, Chicago.

jeudi 30 décembre 2021

Le râle afghan

De tous côtés montent les malédictions qu'adressent aux Occidentaux les rationnaires de la conscience universelle. La disette afghane tourne à la famine ; l'incurie des barbares au front de taureau qui ont repris pied à Kaboul et dans les capitales régionales empêche de nourrir une population en grand danger depuis qu'on a détruit ses moyens de subsistance et le tissu économique du pays.

Route de Kandahar

On savait Allah absent de ces séquences de malheur, on savait les Talibans incapables d'autre chose que de se battre contre tout ce qui n'est pas eux ! On sait aujourd'hui qu'ils prennent en otage tout un peuple pour attendrir les cœurs d'occident et faire débonder les subsides internationaux qu'ils sauront "gérer".

Vingt ans d'occupation furent vingt ans de progrès, quoiqu'en disent certains laboratoires d'analyses géopolitiques qui nous sont systématiquement hostiles. Tous les témoignages concordent pour une fois. Avant sa submersion par la crasse islamiste, le pays, certes abonné aux agences de développement, arrivait à joindre les deux bouts et les gens mangeaient, se vêtaient, étudiaient, travaillaient. Il y avait un "projet". Il n'y a plus de projet, que la misère déjà et la mort derrière !

L'affaire va-t-elle être portée devant le Conseil de Sécurité des Nations-Unies ? Il serait temps que les deux membres permanents ayant ouvert des relations amicales avec l'Emirat islamique d'Afghanistan dévoilent maintenant la position des trains de vivres russes et chinois qui se dirigent vers Kaboul. Sans doute aussi que l'Organisation de Coopération Islamique qui s'est réunie à Islamabad le 20 décembre, saura mettre un peu de coercition dans son programme d'incitations pacifiques ? Finalement non. Les participants se sont séparés sur un accord de mobilisation des finances internationales qui évitera à chacun d'en mettre un peu plus de sa poche. Peut-être devrions-nous passer par les idiots utiles Fillon, Mélenchon, Depardieu et les sino-béats décorés comme JP. Raffarin, pour débloquer les convois humanitaires stoppés aux postes frontières ? Parce que nul ne doute que les empires émergents ont déjà déstocké le blé dont leurs clients ont aujourd'hui besoin !!!

rue de Kaboul en 1970
Jours tranquilles à Kaboul dans les années 70

jeudi 11 février 2021

Dangereux Mister Xi !

Commence cette nuit à l'horoscope chinois l'année du Buffle. Sur les conseils d'un ami taïwanais (qui se reconnaîtra) j'ai relu les trente articles de la déclaration universelle des droits de l'homme des Nations-Unies à côté du speech inaugural de Xi Jinping au Sommet virtuel de Davos 2021. La Chine populaire coche d'une croix rouge la moitié des cases ! Faites le test vous-mêmes (clic)

Xi Jinping

Dans son discours impeccable qui a dû ravir tant d'otaries sinophiles, le président Xi Jinping s'applique à détruire les dispositions de plusieurs articles de la Déclaration (il est vrai, signée par la République de Chine de Tchang Kaï-chek) qu'il n'est pas loin de convertir en simples ingérences, à commencer par la fin du préambule onusien : « L'Assemblée générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l'homme comme l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l'esprit, s'efforcent, par l'enseignement et l'éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d'en assurer, par des mesures progressives d'ordre national et international, la reconnaissance et l'application universelles et effectives, tant parmi les populations des Etats Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction. »

Dans le texte que nous allons analyser en version française, tel que diffusé par l'agence Chine Nouvelle-Xinhua (clic), le président Xi prend exactement le contrepied de cette universalité en proclamant sa différence : « Chaque pays est unique avec son histoire, sa culture et son système social. Aucun n’est supérieur aux autres. L’essentiel, c’est de savoir s’ils s’adaptent aux conditions nationales du pays, s’ils sont soutenus par le peuple, s’ils apportent la stabilité politique, le progrès social et la vie meilleure et s’ils contribuent au progrès de l’humanité. Les différences en termes d’histoire, de culture et de système social existent depuis toujours. Elles sont une caractéristique inhérente à la civilisation humaine. Il n’y a pas de civilisation humaine sans diversité, et cette diversité existe et existera pour toujours**. Ce qui est à craindre, ce n’est pas la différence, c’est l’arrogance, le préjugé et la haine ; c’est la tentative de créer une hiérarchie des civilisations et d’imposer l’histoire, la culture et le système social de l’un aux autres.»
Les différences partout, très bien, je suis pour. Mais dans les faits, sauf en Chine populaire ! Pourquoi dès lors se maintenir aux Nations-Unies si on condamne chez soi les principes qui ont fondé l'organisation ? Vu la lâcheté générale et la vénalité des clients de l'empire chinois, les inconvénients sont minces au regard des avantages procurés par les nombreuses agences qui dispensent services, conseils et subsides de développement, mais surtout pour la tribune ouverte sur le monde entier quand les alliances de couloir laissent un peu de temps libre.
**Voir l'article de Jean-Noël Poirier dans Causeur sur l'impossible assimilation chez les Confucéens

Multilatéralisme sauf chez moi !

On en vient maintenant au multilatéralisme censé corriger l'hégémonie américaine qu'il ne nomme pas : « Nous devons poursuivre l’ouverture et l’inclusion et rejeter la fermeture et l’exclusion. Le multilatéralisme signifie que les affaires internationales doivent être gérées avec les consultations, et que l’avenir du monde, déterminé conjointement par tous. Créer de petits cercles ou déclencher une nouvelle guerre froide, chercher à exclure, à menacer et à intimider, recourir arbitrairement au découplage, à la rupture d’approvisionnement ou aux sanctions, et créer l’éloignement ou l’isolement ne peuvent entraîner le monde que dans la division, voire dans la confrontation. Nous ne pouvons pas relever les défis communs dans un monde divisé, et la confrontation nous conduira à l’impasse.»

carte Mer de Chine
C'est sur ce point-là qu'il faut poser la question aux riverains de la Mer de Chine orientale et surtout à ceux de la Mer de Chine méridionale, sur un arc de tension qui va de la Corée du Sud jusqu'à l'Indonésie. Sauf avec les Corées, la Chine populaire est en posture menaçante de guerre ouverte avec tous. Ces deux mers (au nord et au sud de Taïwan) sont destinées à devenir des mers intérieures de la Chine populaire avant le centenaire de sa création. Le Parti communiste chinois, saisi d'un hubris tétanique, ne souffrira aucun embarras et se met en conséquence dans la position de devoir engager n'importe où un conflit armé. Il croit en sortir vainqueur par le volume du tonnage engagé sur mer et les nombreuses batteries d'artillerie à longue portée massées sur les côtes. Conscient que l'échec éventuel de la conquête d'un territoire comme Taïwan (qu'il n'a jamais administré) signerait l'effondrement honteux du Parti (cf. cette analyse), on se doute que la destruction systématique des infrastructures de communications et des villes sera prioritaire en ce cas, quitte à faire reculer l'île de cent ans ou plus, sans même parler des dommages collatéraux aux populations civiles qui n'auront eu que le tort de croire les représentants qu'elles ont élus. Les empires aiment bien punir leurs vassaux infidèles et comme ils ne souhaitent pas y revenir, il faut que la leçon entre dans les chairs.

Dans ce discours de Davos, M. Xi récidive plus loin en qualifiant d'ingérence toute curiosité des pays étrangers sur la gouvernance du Parti : « Les différences en termes d’histoire, de culture et de système social ne sont pas un prétexte pour se livrer à l’antagonisme ou à la confrontation, mais une impulsion qui nourrit la coopération. Il faut respecter et concilier les différences, s’abstenir de s’ingérer dans les affaires intérieures d’autrui, et régler les divergences par les consultations et le dialogue. L’Histoire et la réalité nous enseignent maintes fois que dans le monde d’aujourd’hui, choisir la mauvaise voie de l’antagonisme et de la confrontation, qu’elle soit sous forme de guerre froide, chaude, commerciale ou technologique, c’est pénaliser les intérêts de tous les pays et le bien-être de tous les peuples.»
Comprenez : Mes camps de Ouighours sont à moi ! Occupez-vous des vôtres, et si vous n'en avez pas, c'est que vous ne savez pas gouverner. On capture, on mate, on assimile ! En phagocytant les nations de proximité, le Parti communiste élimine la confrontation et l'antagonisme sur le limes impérial et les déplace plus loin, selon le vieux précepte de ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi, on en discute ! C'est ce qui fonde le rapport d'hostilité sino-indien mais rien ne dit que l'agressivité se polarise au Ladakh. Il fait chaud à la frontière du Yunnan où le pouvoir birman ne contrôle pas les ethnies rebelles qui menacent les communautés han et les ouvrages d'infrastructure chinois. Il fait chaud à Hong Kong où le Parti a dû déchirer le traité international anglo-chinois pour surmonter l'insurrection.

Union européenne et Chine Populaire


Revenons au concret. La Commission européenne soumet au parlement de l'Union un accord réciproque d'investissements paraphé en grande pompe d'ordre et pour compte les industries européennes vivant de la grande exportation, c'est-à-dire l'Allemagne et ses sous-traitants orientaux et lombards. Beaucoup s'offusquent qu'un accord soit passé avec un Parti esclavagiste qui ne respecte rien ni personne encore moins sa signature, comme celle apposée sur les accords de rétrocession de Hong Kong. Auxquels je répondrai : "faut voir !"

DS PSA avec Sophie Marceau
* Inauguration de l'usine PSA de Shenzhen pour les DS *


S'il n'est pas besoin de pousser l'analyse pour obtenir l'intime conviction que la Chine de monsieur Xi a muté en une tyrannie féroce***, il nous faut garder la tête froide. Où est notre intérêt ? Sauverons-nous un cinquième de l'humanité avec nos petits bras musclés, un milliard trois cents millions de gens gérés comme des numéros par un empire autocratique qui a remplacé les bons auteurs marxistes par le 1984 de Georges Orwell ? Assurément non. Mais si les pays de l'OCDE ont longtemps caressé la chimère d'une libération sociale intérieure par des échanges économiques intenses - et jusqu'à l'arrivée de M. Xi, rien ne lui donnait tort - il est prouvé qu'aussi étroite sera la fente qui laisse passer le jour, la lumière de l'Ouest érodera le complot communiste d'abêtissement des foules. Nous avons coutume de dire ici que c'est le Coca Cola, le rock n'roll et le Lewis 501 qui ont ruiné le Mur de Berlin. Tout ce que nous passerons en Chine populaire par les canaux de la coopération économique et industrielle entamera les certitudes obligatoires des commissaires politiques qui sont revenus dans les entreprises et dans les universités diffuser le projet archaïque d'une société matérialiste réglée par Marx, Engels, Lénine et Staline. Il faut leur pourrir la vie, avec adresse et être plus retors qu'eux, même si le défi est de taille parlant de Chinois.

C'est dans ce but que les idiots utiles comme Jean-Pierre Raffarin le seront vraiment. Promener sa bonhommie en défonçant les portes ouvertes de la fausse liberté finira par user la détermination des plus cons qui seront bien obligés de mettre le costume à la mode de chez nous et suivre l'étiquette étrangère. Il en faut comme lui des milliers ! Et si la procédure fait tourner les usines VW, PSA ou Siemens, où sera le mal ? De toute façon nul n'infléchira de l'extérieur la coercition que le Parti communiste inflige aux peuples de Chine populaire mais on l'aura autrement ! Rien ne dit non plus que l'ethnie Han, fatiguée d'être gouvernée par un président disposant pour tout titre du certificat d'études et encombrée d'une myriade de petits sectionnaires zélés, recrutés pour leur obéissance aveugle aux consignes, ne se lève pas un jour en nombre. Les émeutes rurales sont monnaie courante même si elles ne sont plus rapportées par les journaux depuis quelques années, sous peine d'être qualifiées d'atteinte à la sûreté de l'Etat. Le pogrom anti-musulman d'Urumqi perpétré par les commerçants chinois de la ville en 2009 fut spontané. Après tout, on leur a appris la révolution. A moins que ce ne soit du côté des états-majors que l'on s'inquiète des dérives polémologiques de politiciens aussi stupides que corrompus, qui veulent chacun leur petit paragraphe dans la grande page d'histoire de la Chine présomptueuse qui se refermera un jour comme le royaume voisin des Kim ! On les aura à l'érosion !

***Radio Free Asia (clic) signale qu'un tribunal de Maoming City (province du Guandong) a condamné à quatorze ans de prison (14!!) Niu Tengyu (23 ans) pour avoir associé le nom et une photo de la fille de Xi Jinping dans un,e discussion sur un forum China Wiki : elle s'appelle Xi Mingze. Vingt-trois autres prévenus ont comparu pour le même motif, on ne connaît pas les sentences ; les avocats ont été interdits, bien sûr. Au bout de 14 ans Niu Tengyu aura l'intelligence d'une laitue. Ils font appel - on ne rit pas. Ayez pitié !

Pense-t-on pour finir que les déboires de Jack Ma, patron d'Alibaba, bloqué en bourse et retiré de la circulation pendant plusieurs semaines pour revenir le cerveau lavé, comme les arrestations arbitraires d'hommes d'affaires étrangers sous des prétextes futiles, soient de nature à conforter l'enracinement des oligarques chinois en territoire communiste ? C'est juste une question... perfide.

Ceux qui se sentent en manque d'approfondissement à la lecture de ce simple billet pourront lire la recension de Charles Parton du communiqué officiel émis par le Cinquième Plenum du Parti communiste chinois, à la demande de Bill Bishop (Sinocism) : China – A Look Ahead to 2021 and Beyond. Idéal pour briller dans les dîners (clandestins) en ville.

Le Buffle exprime la force tranquille dans une résilience infatigable. Souhaitons que l'Occident sache l'exercer !



un enfant jouant de la flute traversière sur un buffle d'eau

mardi 10 mars 2020

Self-transformation de l'Afrique


Au hasard d'une navigation sur les canaux 300 d'information, je tombe sur une interview du Dr Carlos Lopes chez la chaîne francophone Africa24, économiste bissau-guinéen, ancien Secrétaire général de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies, qui a des choses intéressantes à nous dire en seulement onze minutes et vingt secondes. On pourrait en faire un bouquin de deux cents pages ! Justement, le Dr Lopes nous explique tout ça posément dans un opuscule de 164 pages titré Africa in Transformation - Economic Development in the Age of Doubt. Ce livre indispensable (malheureusement en anglais bien que l'auteur parle un français impeccable) se vend sous format papier ou numérique chez Palgrave.

TABLE DES MATIERES et extraits en cliquant sur le site MacMillan

Introduction
* Changing Politics
* Respecting Diversity
* Understanding Policy Space
* Structural Transformation Through Industrialisation
* Increasing Agricultural Productivity
* Revisiting the Social Contract
* Adjusting to Climate Change
* Inserting Agency in the Relations with China
Conclusion
On lira avec intérêt la critique du livre proposée en français par Financial Afrik en cliquant ici, recension qui reprend les huit défis principaux que ce continent de la démesure, équivalent à l'Inde, affronte avec d'énormes atouts et des handicaps pas moins monstrueux.

L'interview fait écho aux thèmes chers à Royal-Artillerie qui fonde le développement du continent africain sur l'industrie, le transport lourd et la grille électrique. Bien noter l'ossification des Etats rentiers abonnés à la paresse fiscale sinon à la paresse tout court (nous pensons à l'Algérie qui va énormément souffrir de l'effondrement des cours du pétrole). L'économiste Lopes ne compte pas sur eux. On appréciera aussi sa conclusion privilégiant l'africanisation d'une démocratie adaptée au besoin du peuple, même en tolérant une certaine autocratie si les résultats sont là, plutôt que de répandre un modèle occidental exotique. La journaliste qui a parfaitement préparé l'entretien s'appelle Fanny Mounichy.


Lien original sur Africa24 :https://www.africa24tv.com/fr/interview-guinee-bissau-carlos-lopez-economiste

vendredi 21 février 2020

La feuille de route allemande


Peu de commentaires de la presse généraliste française sur le discours de Frank-Walter Steinmeier à l'ouverture de la Conférence de Munich sur la Sécurité le 14 février dernier. Ce n'est pas un speech protocolaire du modèle choisi pour ouvrir les jeux olympiques mais une déclaration de politique extérieure de la République fédérale allemande engageant les années à venir. Tous les chapitres y sont traités et nous pouvons considérer qu'au moment où la Chancellerie se cherche, la présidence assume l'intérim de l'intelligence. Il faut dire aussi que M. Steinmeier n'est pas une potiche constitutionnelle mais un homme de convictions qui ne les a jamais cachées dans sa fonction.

La présidence allemande diffuse le texte en français, profitons-en en cliquant ici.

Nous allons reprendre quatre temps forts de cette allocution. D'abord le président constate que depuis sa création (ndlr: 1871) c'est la première fois que l'Allemagne n'est entourée que d'amis. Mais ce n'est pas le cas de ces voisins qui sont confrontés à des "menaces existentielles". Aussi le désintérêt de la nation germanique pour la politique extérieure est-il coupable. De même les Allemands pensent être les meilleurs européens du monde par le niveau de leurs contributions tant économiques que financières mais l'Union est fracturée en tous sens et les politiques divergent notamment au chapitre de la défense commune.
En résumé, l'Europe réelle n'est pas l'Europe souhaitée par les Allemands. C'est le constat numéro 1 !

Plus grave peut-être est de réaliser que les grands empires du monde qui jusque-là poussaient à la réussite du projet européen, ressenti comme un facteur d'apaisement et d'équilibre mondial (ndlr : le soft power), menacent aujourd'hui directement l'Union européenne dans ses intérêts vitaux quand ils n'œuvrent pas à sa fracturation.
Le président en tire un conclusion qui ramasse tout : « 75 ans après la fin de la guerre, l’Europe est et reste par ailleurs la seule réponse efficace aux défis de notre histoire et de notre géographie. Si le projet européen échoue, les enseignements tirés de l’histoire allemande seront remis en cause. C’est ce tout qui rend l’Europe pour nous existentielle. C’est grâce à l’Europe et à travers elle que l’Allemagne a pu cesser d’osciller entre une politique de puissance débridée et la démesure culturelle. Cette Europe unie ne pourra survivre que si nous la considérons comme le lieu parfaitement concret de la responsabilité allemande. ».
Chaque mot compte ; la germanité ne peut s'épanouir et se contrôler qu'au sein de l'Union européenne. C'est le constat numéro 2 !

S'ensuit une séquence que je juge adressée à la France sans qu'elle ne soit nommée, mais le rappel des Lumières et celui d'un ambition civilisatrice transportant un modèle unique partout où se pose notre regard retentit comme une ironie feutrée de la mission universelle de la Grosse Nation, nous ! Il défend l'approche pragmatique des conflits avant la célébration des principes, à commencer par éviter les guerres. Plus loin une pierre dans notre jardin sahélien où l'affaire ne se résoudra pas en ignorant la complexité des causes premières. Le propos est raccord avec le refus de la Chancelière de fournir des effectifs de combat supplémentaire à la structure Takouba montée par la France. (ndlr : cette approche ethnique rejoint les analyses de Bernard Lugan).
C'est le constat numéro 3 : pour obtenir le renfort allemand il faudra convaincre de la profondeur de nos analyses !

Au chapitre de la défense commune, le président entremêle une composante européenne dans les commandements de l'OTAN et s'appuie sur les déclarations de M. Macron qui assurait que « la sécurité à long terme de l’Europe passe par une alliance forte avec les États-Unis ». En fait l'idée porteuse de la logique allemande est de ne jamais porter atteinte à la cohésion et à l'unité européenne. Quand on sait comment raisonnent les Baltes et les pays de Visegrád sur la question atlantique, on a compris que nous ne trouverons pas toujours l'Allemagne à nos côtés dans la poursuite de la chimère d'arrogance militaire, ici souvent dénoncée. Symétriquement, il refuse d'engager l'Europe dans des relations particulières avec la Russie si elles sont susceptibles de heurter le sentiment d'insécurité des pays de l'Est. Mais, à juste raison, il prévient que ce ne sont pas les deux pour cent de dépenses militaires à budgéter par tous les pays de l'Alliance qui vont suffire à contrôler les désordres grandissants de notre planète. Et d'exalter la diplomatie, le retour de l'intelligence et l'abandon des analyses primaires (à la Trump).
On en arrive rapidement au Conseil de sécurité des Nations-Unies. Les privilèges des cinq membres permanents du Conseil se justifient aussi longtemps qu'ils œuvrent en tant que gardiens de l'ordre et de la paix, ils ne le sont plus s'ils protègent les intérêts propres de chacun au détriment de cet ordre. L'ambition allemande est sur une voie de responsabilité mondiale (à l'image de son industrie qui couvre tous les compartiments de production à l'échelle mondiale), mais elle opérera à travers les structures institutionnelles de l'Union européenne. Comprenons que le siège de la France au Conseil (ndlr : impécunieuse et déclassée) devrait logiquement devenir celui de l'Union.
C'est le constat numéro 4 !


Voila ! Le président fédéral reprend l'intuition d'Agela Merkel exprimée à Taormina sur le largage d'amarres des Etats-Unis qui déplacent leur centre de gravité vers l'Asie, mais il y ajoute que ce n'est pas que l'affaire de l'Administration Trump ; c'est une tendance de fond du Congrès. N'étant pas chef de l'exécutif, il ne peut proposer ou annoncer des mesures précises pour avancer sur un quelconque agenda, mais puisque l'Allemagne prend la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne pour le second semestre 2020, sa feuille de route est imprimée.

Ce document est essentiel pour qui voudra analyser la politique étrangère allemande dans l'avenir.

Ceux de nos lecteurs qui ont continué l'allemand après le lycée peuvent écouter le prononcé diffusé par la chaîne publique allemande ARD :

mercredi 26 septembre 2018

Alors, on bouge ou on regarde ?


Donald Trump à la tribune des Nations Unies n'a montré aucun doute quant à son génie. Il a déroulé les bienfaits apportés à l'humanité par son courage politique et diplomatique comme un guérisseur de l'Ouest sauvage vante son élixir. Donald Trump n'a aucun problème, mis à part des histoires de sexe qui en France feraient sourire mais qui, aux Etats-Unis, donnent prise aux adversaires en mal d'arguments.

Parce qu'il n'y a pas réellement d'arguments sérieux contre Trump ! Sauf qu'il détruit la Société wilsonienne des nations et laisse du champ aux règlements de comptes régionaux. C'est la conséquence de l'unilatéralisme qui donne la part du lion au plus fort, quand il n'y a bien sûr qu'un seul "plus-fort". Par chance, le président américain exerce une dictature du bon sens plus que de caprices. Ce n'est pas un satrape parfumé à la lavande mais un entêté qui applique une politique de comptoir approuvée par les compagnons de tournée. Garçon, remettez-nous ça ! Jusqu'ici ça marche !

Ceci pour dire que le problème, c'est bien nous qui l'avons parce Trump et sa bande de chimps peuvent très bien réussir. S'il n'est pas dit qu'il arrive en même temps à résorber le déficit commercial américain, dénucléariser la péninsule coréenne, terminer l'affaire palestinienne par l'écrasement définitif des Palestiniens et faire sauter la théocratie iranienne par une révolution, rien n'indique pour l'instant qu'il y échoue ; même si l'aboutissement de ce programme inédit exigerait de gagner les élections de mi-mandat et une réélection en 2020 à la Maison Blanche. Ce n'est pas rien, mais la bête politique qu'on a vu en campagne électorale ne va pas manger le T-bone avec des baguettes !

On en vient aux fondamentaux, ces réalités que nous avons généralement glissées sous le tapis. Aucun pays d'Europe ne fait le poids, même l'Allemagne réunifiée doute du sien dans les affaires de tarifs douaniers. Bien sûr une confédération européenne gouvernée comme les quatre autres empires* pourrait tenir tête et défendre ses intérêts sans prendre des gants. Elle n'existe pas. Eut-elle existé d'ailleurs qu'elle n'aurait pas laissé l'Iran la menacer d'un programme de bombe atomique, ni lâché la bride aux sionistes qui mettent aux fers la main d'œuvre récalcitrante en terre sainte. A la première odeur de gaz, Assad aurait été enterré sous les décombres de son palais en béton armé. Elle n'aurait pas accepté non plus le dumping d'Etat de la Chine dans des secteurs concurrentiels qui menacent son avenir, ni que le tsar nouveau s'occupe des minorités russes en pays balte. En revanche, qu'il bouffe la Crimée russse, d'accord.

Mais c'est de la fiction. Le discours d'Emmanuel Macron à l'Assemblée Générale des Nations-Unies est un catalogue de vœux, une feuille de route proposée par un pays ayant encore un semblant d'autorité morale, mais comme le moine en son couvent, incapable d'agir à l'échelle du défi extérieur.

(*) Il y a quatre empires disons-nous : la Chine, l'Inde, la Russie et les Etats-Unis. Ce qui pourrait nous arriver est que par lassitude dans leurs affrontements, ils en viennent à s'entendre sur notre dos. Qu'ils nous assignent à chacun "leur" mission, "leur" segment de la division internationale du travail comme on disait jadis. Avec un Donald Trump totalement inculte en sciences politiques, on peut s'attendre à tout, y compris à des renversements d'alliance du samedi au lundi. Qui aurait parié un kopek il y a un an sur une négociation soutenue avec Kim Jong-un, un "type formidable" aujourd'hui ?

Lors des sommets OTAN et du G7 de Taormina en 2017, la chancelière allemande avait clairement fait comprendre et publiquement que l'Europe occidentale ne pouvait plus compter sur l'automaticité d'une cohésion atlantique en cas de crise. Le temps passé à faire vivre la démocratie chez elle et dans les pays voisins a mangé celui de la réflexion approfondie sur le chemin d'une réelle indépendance de l'Europe qui se retrouve divisée pour défendre les valeurs de ses civilisations. Il serait temps que les Européens raisonnent en termes de puissance et seule une confédération des nations européennes y répondra. Le diable est bien sûr dans les détails mais pratiquement je réitère ma suggestion d'un référendum européen pays par pays sur la seule question qui les résume toutes : confédération ou fédération ?

Les pays ayant voté pour la fédération se fédéreront entre eux et entreront comme entité unique dans la confédération qu'auront préférée les autres. Sans doute est-ce trop simple. J'en parle à Trump, lui, comprendra.


On peut lire le discours de Donald Trump aux Nations Unies en cliquant ici.



mercredi 12 décembre 2012

La Veuve Noire et "1984"

Cray Black Widow
C'est le site Numerama qui a détecté des choses pas nettes à la réunion de l'Union internationale des Télécommmunications (UIT) à Dubaï cette semaine, après qu'un traître de l'UIT ait passé un document de travail confidentiel à Cory Doctorow chez BoingBoing. La réunion, sous l'égide des Nations Unies, s'apprêterait à policer l'Internet sur le modèle de la NSA américaine (National Security Agency/Central Security Service) par l'adoption généralisée du système d'analyse profonde de paquets transmis (DPI) par la mise en vigueur d'une norme onusienne lancée sous la cote ITU-T Y.2770 relativement bénigne mais qui renvoie à des détails de mise en application où se cache un sacré démon. C'est ce document qui a fuité : ses 96 pages sont accessibles en cliquant ici. Ce billet est un peu plus technique mais les chaînes virtuelles le sont toujours plus que les chaînes physiques.

On comprend bien que la traque aux terroristes et aux pédophiles motive une surveillance plus étroite des transmissions sur Internet, mais à tout le moins cette lutte légitime est le wagon de tête d'un train bien plus long qui officialise une surveillance inavouable au bénéfice  des ayant-droits sur contenu (ils sauveront la Hadopi) mais surtout bien évidemment à celui des polices les plus basses. Médiapart peut s'inquiéter.
Si la propriété intellectuelle dans un monde aussi maillé que le Village Global reste un vaste débat, le flicage à grand débit d'Internet n'en est plus un, à voir ce qui se passe dans des pays équipés comme la Chine et la Russie. Voici quelques exemples triés par Korben tiré du draft de l'UIT :
  • Détecter et bloquer des protocoles comme Bittorrent ;
  • Détecter et bloquer la transmission de fichiers contenant des digital rights management (DRM) (gestion des droits numériques) ;
  • Détecter et bloquer la transmission de fichiers en provenance d'une personne ou d'un serveur ciblé ;
  • Détecter et bloquer la transmission de messages Session Initiation Protocol (SIP) contenant certains mots clés (protocole standard de gestion de sessions en télécommunications multimédia) ;
  • Identifier certains serveurs en analysant les paquets qui circulent sur le réseau (pour probablement pouvoir le bloquer ensuite ou envoyer la police le débrancher) ;
  • Mesurer le trafic engendré par certaines applications ou protocoles, pour le filtrer, le bloquer ou mettre de la qualité de service (QoS) ;
  • Détecter et bloquer certains paquets de logiciels ou de jeux précis ;
  • Identifier les gros uploaders de fichiers sur Bittorrent ;
  • Identifier et bloquer la voix sur protocole Internet (VoIP) en peer to peer (P2P) selon certains critères ;
  • Détecter un utilisateur précis de VoIP en P2P
  • .


Pour mieux comprendre il faut aller voir la NSA. Disons déjà que ce n'est pas un service secret puisque ses activités ont fait l'objet d'un reportage fouillé sur Arte le 24 novembre (clic). Au pire ce serait un service discret. La batterie de supercalculateurs Cray Black Widow abrités par l'agence permet de filtrer toutes les conversations provenant des Etats-Unis ou venant des Etats-Unis. On cible un interlocuteur, un réseau, un lieu, on enregistre tout, on écoute à l'envi, on note, on détruit, puis on patrouille les communications sur la base de mots-clés, comme le réseau Echelon en Europe, Essaim en France. Les supercalculateurs vous trient des millions de conversations par seconde en moins de temps qu'il n'en faut pour appuyer sur un bouton. C'est ce traitement super-efficace, le DPI, que viennent vendre à l'UIT des professionnels de l'espionnage que sont Alcatel-Lucent par exemple. L'intérêt des pouvoirs publics est tel qu'il semble plus facile de lutter contre le réchauffement de la planète que contre le flicage généralisé de nos conversations. On assiste à une mondialisation du Patriot Act de George W. Bush.

Pour faire bon poids, signalons aux naïfs qu'un portable éteint dans leur poche peut être activé à distance par l'opérateur et servir de micro ou de GPS à l'envers. L'imagination humaine est sans limites et la puissance cérébrale de l'espèce vaincra l'Ordre à la fin, mais avouons que ce sera sacrément dur. Pendant ce temps, passent dans les lucarnes de petits journalistes, affairés à de petites histoires dérisoires qui sentent le pipi, et tellement contents d'être là. Ils trahissent d'une certaine façon.

On attend avec intérêt la contribution et la décision de Mme Fleur Pellerin, ministre en charge de l'économie numérique auprès d'Arnaud Montebourg, qui jusqu'à récemment plaidait pour une confidentialité accrue des données personnelles transitant sur Internet et pour garantir la fameuse neutralité du Net. Elle prépare un texte d'application en France, mais avec la meilleure volonté du monde il sera sans valeur à l'autre bout du fil : « Je pense que nous pouvons nous engager à proposer au Parlement dans le courant de l'année 2013, vraisemblablement au premier semestre, un projet de loi sur ces questions, sur un corpus de règles qui permettrait de garantir la protection des données personnelles et la vie privée sur Internet ». Par chance, elle est capable et motivée. Fin de la session à Dubaï le 14 décembre.

mardi 25 septembre 2012

Hollande monte au Machin

Alors que monsieur Normal répétait sa contribution historique à l'Assemblée générale des Nations Unies, la presse de caniveau n'était émoustillée que par la collision probable à New York des favorites du Sultan, Mme de Maintenant et Mme d'Hier. Ah lala lala ! Rendez-vous compte... ! Nous n'en resterons pas là ; ce blogue se tient droit et ne met pas les coudes sur la table.

Après une attente interminable (tout le monde a débordé de son temps de parole) M. Hollande a enfin parlé au pupitre.
En bon (excellent même) premier secrétaire du Parti socialiste en congrès, il a montré toute l'assurance du chef d'Etat élu de haute lutte qui ne manque d'enfoncer aucune porte ouverte. Le phare du monde s'est exprimé, nos valeurs sont d'application universelle et ne se marchandent pas, etc. les applaudissements furent polis. "Je-veux" et "la-France" ont ponctué un discours pour le moins convenu, à l'exception notable d'un projet de globalisation de la taxe Tobin et de l'établissement d'une agence onusienne de l'environnement sur le continent africain. Si, quand même, il a été question de la dépénalisation de l'homosexualité qui a dû faire frémir le Croissant vert, et une invitation a été lancée pour une conférence à Paris ou à Tulle de je ne sais plus quoi d'important. L'avis général des fonctionnaires de couloir qui manquent souvent d'indulgence se résumerait à la note "peut mieux faire".

Le coeur du projet hollandien est en quatre morceaux que nous traduisons de la langue de bois classique :

- L'Iran ayant vexé l'Elysée en refusant une énième conférence stérile à Paris, est sommé de stopper sa marche à la bombe avant ... (vitrification), que le "grand peuple iranien" me le pardonne.

- Le Rwanda est prié de cesser d'incendier le Nord-Kivu avant que ne s'ouvre le 16° Sommet de la Francophonie à Kinshasa le 8 octobre où se rendra notre bon président.

- L'ONU doit occuper maintenant les zones syriennes libérées par la rebellion. On cherche la base juridique de ce mouvement quand le représentant de Damas est là, assis dans le fauteuil syrien à l'Assemblée générale.

- La France fera tout et même plus pour les Africains se démerdent eux-mêmes à purger le Nord-Mali des rezzous djihadistes. Sachant que les régiments de la CEDEAO sont infoutus de battre tous ensemble un seul bataillon AQMI, on peut se demander si M. Normal ne se moque pas, comme dirait Charlie-Hebdo.

Il vous reste 17 minutes pour écouter l'original, et contrairement à l'avis des apparatchiks de la maison de verre, ça aurait pu être pire :

lundi 6 juin 2011

Libye : le temps de l'infanterie

L'OTAN prolonge de trois mois ses opérations libyennes, ce qui veut dire en clair que Kahdafi et son dispositif tribal ont gagné la première manche. A charge de revanche donc !

Le secrétaire général Anders Fogh Rasmussen, le chef du Quai d'Orsay Alain Juppé, le secrétaire d'Etat Hillary Clinton, le ministre des affaires étrangères Franco Frattini, ne cessent de brandir les défections quasi-quotidiennes des ministres, ambassadeurs, officiers de l'Etat libyen comme autant de lézardes annonciatrices de la ruine de l'édifice. Mais une autocratie ne vit pas sur ses ministères. A preuve, les ministres du gouvernement Fillon pourraient s'enfuir aux Kerguelen qu'on n'y verrait aucun changement. On n'arrête pas de pilonner au même endroit, preuve donc qu'on ne peut percer la carapace de l'Immonde !

Qu'en est-il vraiment est difficile à savoir tant la communication est maîtrisée par tous les protagonistes. Ni trop près, ni trop loin mais mitoyenne se trouve l'Algérie. Qu'y dit-on de l'affaire ? Curieusement pas grand chose alors que les titres sont nombreux contre le régime syrien ; l'autre préoccupation algéroise est l'agitation sociale, le différent avec le Maroc, frontière d'Oujda ouverte ou fermée, Polisario et ONU, etc... on y parle aussi de la reprise de la guerre Nord-Sud au Soudan. Libye ? RAS.
Or chacun sait que les voies de recomplètement des dotations traversent les frontières du Tchad et de l'Algérie saharienne. On fantasme sur des stocks russes ou ukrainiens.
Les plus lucides sont aux pays du Maghreb ceux qui signalent le trafic d'exfiltration d'armes lourdes des dépôts libyens vers les groupes d'AQMi au Sahel. Si AQMi se retrouve doté des mêmes armes que les moudjahidine afghans (et arabes) de jadis, bonjour la sécurité aérienne en approche et au décollage.
On peut dire sans se tromper qu'à l'exception de la Tunisie marquée du sceau du détonateur et qui peut craindre des représailles de dictateurs à la fin maintenus, les pays arabes d'Afrique s'accommodent de la guerre libyenne et de la pénétration de l'OTAN tant qu'elle ne déborde pas physiquement chez eux. Peu de changement dans la politique arabe, le nez sur les chaussures.
L'OTAN aura-t-elle sa revanche ?


Elle engage maintenant les hélicos de combat au sol comme si elle descendait à ras des dispositions d'engagement de la résolution onusienne. On dit qu'une bataille est gagnée ou perdue sur les derniers cinquante mètres, c'est un travail d'infanterie, et comme le débarquement nous est interdit, il faut bien impliquer les autochtones mais en les y préparant convenablement. Ces bandes de joyeux branleurs qui tirent au ciel à tout moment sont inutiles et pèsent sur l'Ordinaire. Jusqu'ici les autochtones s'avèrent incapables de vaincre, et la défection massive des cadres gouvernementaux n'apporte pas grand chose à l'insurrection s'ils se planquent pour la plupart en Italie (clic). On peut aussi mettre en doute leur professionnalisme inversement proportionnel au poids des médailles de poitrine.
Nous avons vécu deux mois de stratégie de l'élastique logistique sans qu'aucun camp ne sache comment résoudre la pénurie de dotations au bout de la corde tendue. Et l'un de reculer vers ses dépôts quand l'autre s'éloignait des siens, pour rejouer plusieurs fois la même pièce inversée. L'armée libyenne est une armée de guérilla de mauvaise qualité, organisée pour des rezzous, pas pour refaire l'Afrikakorps !

Et demain ?
Les belligérants appliquent la lâche maxime maoïste des armées dans le peuple comme le poisson dans l'eau - le terme moderne est "bouclier humain". Même les Tigres ne sauront trier les combattants des civils, et nous, Français, savons que même une infanterie "importée" posée au sol fait ce tri avec beaucoup de difficultés dès lors que les soldats du soir deviennent les paysans du matin. La seule voie d'achèvement de ce conflit atypique est la victoire au sol des gens du cru qui sauront détecter les galons sous le chèche, qu'ils soient insurgés... ou gouvernementaux ! Un peu cynique mais vrai. Pour les contrats à signer avec la nouvelle armée de l'air libyenne, souhaitons celle des premiers. Mais comment l'obtenir ?
En subrogeant un état-major OTAN et une instruction militaire au règlement de combat qui fait terriblement défaut aux unités (de part et d'autre).

Les volontaires benghaziens doivent être incorporés (et soldés) et suivre une instruction accélérée¹ où prévaut la cohésion, la discipline (générale et de feu) et le maniement des armes russes de tous calibres.

On fait vite. L'unité d'instruction est la section à quatre groupes, ultérieurement portée sur véhicules. Tous les groupes sont à sept (1+6) ; trois de choc, un d'appui. La section est à 30 (2+28) à pied. L'unité élémentaire ne se dissocie pas, mais on peut la recomposer en trois groupes de chasse au besoin. Au bout d'une première période d'instruction de neuf semaines de six jours, l'unité est engagée progressivement sur la deuxième ligne de front dans un dispositif de compagnie à 100 (3x30+10).
On pourrait copier le programme des centres d'instruction d'infanterie européens qui marchent. Mais vu l'objectif d'engagement à très court terme, il serait utile, sans négliger les fondamentaux, d'appuyer sur les formations suivantes :
- Cohésion de l'unité de tous les instants
- Maniement des armes en ambiance de stress, discipline de feu
- Entretien de l'armement yeux fermés
- Conditionnement psychique poussé
- Manoeuvre différenciée des groupes (se situer dans un dispositif de combat)
Après l'engagement d'un mois, les jeunes unités seraient rappelées au centre pour un complément d'instruction et une spécialisation de cinq semaines dans un règlement de combat exécuté au sein d'un bataillon. Réengagées cette fois en première ligne, elles combattront deux mois, avant de retourner au centre pour cinq autres semaines.
Ces unités équipées alors des moyens nécessaires d'acquisition de l'information disponible devant eux devraient être commandées par des structures compétentes de niveau compagnie situées en retrait utilisant des "professionnels", eux-mêmes sous les ordres d'un état-major tactique OTAN extérieur.
La dernière période d'instruction viserait à qualifier les unités pour des manoeuvres au niveau brigade et éventuellement recompléter les tableaux. Restera à les aguerrir.

Si l'on veut compter, on formerait des compagnies d'infanterie qui comprennent les ordres au bout de 24 semaines (avec 15 jours de permissions intercalées). Si on commençait à la Pentecôte, le Conseil national de transition² aurait des bataillons professionnalisés vers la fin novembre. Ces gens de Benghazi que l'on dit ne pas être des perdreaux de l'année, pensent-ils qu'ils en auront terminé largement d'ici là ?


La résolution 1973 de l'ONU expire, si l'on peut dire, en septembre prochain. Il y aura beaucoup de morts sur la table ronde du Conseil de sécurité lors des débats si l'affaire n'a pas été conclue par l'OTAN. Si nous coupons tout chemin de retraite au clan Kadahfi, ils perfectionneront l'esquive et l'immersion populaire, et la situation de combat s'éternisera comme en Somalie. Mais s'ils voient la construction d'une armée libyenne "européenne", ils sauront que leurs jours sont réellement comptés car leurs compatriotes ne les traîneront pas en justice. Reste à peser sur leur détermination, mais au moment nous avons échoué.
Après la revanche, la belle ?



Note (1): Table horaire d'une journée au centre d'instruction, comme ça, pour voir.
05:00 Réveil et décrassage
05:30 Toilette, habillement
06:00 Premier repas et perceptions
06:30 Rassemblement
06:35-7:30 Ordre serré
07:40 Présentation à tous du programme de la journée
07:45 Mouvement vers le champ de manoeuvre (ou de tir) et exercice du matin ou tir à la cible
11:00 Collation sur place et repos
12:00 Instruction théorique tactique au tableau ou sur la caisse à sable
13:30 Exercice de l'après-midi mettant en pratique le cours
16:30 Fin de manoeuvre, retour au quartier
17:00 Toilette et rassemblement
17:30 Dîner
18:30 Repos (4j/7) ou prise de tour de garde (3j/7)
21:30 Extinction des feux

Note (2): On peut dire que le CNT a beaucoup glandé jusqu'ici sur la question strictement militaire.

mercredi 16 septembre 2009

Cinq minutes en Barbarie

Richard GoldstoneLe rapport de l'ONU sur l'opération Plomb Durci de Tsahal à Gaza qui parle de crimes de guerre, est jugé sévère par l'opinion israélienne qui, à son habitude, préempte le dossier au prétexte qu'Israël est la seule république démocratique de la région. Je doute que l'argutie suffise aujourd'hui, les salopards peuvent voter au suffrage universel. La déclaration de presse officielle est ici. Même s'il est juif sudafricain, le juge Goldstone (on dirait un nom byzantin anglicisé) ne peut renvoyer Hamas et Tsahal dos à dos comme le fait souvent la diplomatie américaine, car les missiles ne pèsent pas le même poids et le résultat des courses est en défaveur de l'Etat hébreu : 1300 à 13 ! Coefficient 100 ! Ne parlons pas des champs de ruines, ils ont défavorablement impressionné la mission onusienne qui succéda à la visite médiatique de Ban Ki Moon in situ. Quelques photos...

porteur de gravatscoupole de mosquée à terreLe motif le plus sûr fut celui de décourager la population civile de soutenir l'Admnistration islamique intégriste de Gaza. C'est donc bien une guerre de punition. Si l'on sait comprendre que le pouvoir du Hamas est quand même quelque part un pouvoir élu (même mal), donc légal et partant légitime puisque résident, l'opération Plomb Durci s'apparente ainsi à une opération de "terreur" dans la signification stricte du mot. Les représailles sur populations civiles après un attentat, les bombardements de zones peuplées pour démoraliser l'arrière, les blocus alimentaires, participent de l'outillage terrorisant, et de grands exemples du passé résonnent à ce mot, Coventry, Dresde, Nagazaki pour arriver aujourd'hui à la minuscule Gaza. Tsahal est le bras armé d'un Etat déshumanisé, sans âme ni projet, qui regarde avancer vers lui le mur du peloton d'exécution commandé par le concert des nations lassées. Ses gouvernements naviguent à vue dans une optique globale de survie d'un pays allogène enkysté dans une région fondamentalement hostile, à l'exception peut-être de l'avatar républicain de l'empire ottoman, ancien prédateur des mêmes territoires qui en asservit les populations arabes durant des siècles. Quel renfort !

bombes au phosphoreCertes, les chrétiens sionistes, peu émus par le massacre et les dévastations, nous expliqueront que la Rue arabe ne respecte que la force, que les combattants islamistes sont des froussards qui se cachent dans les jupes de leurs femmes au milieu de leurs gosses, que leurs dirigeants sont sans parole ni honneur, et que la misère des populations doit tout à leur indolence génétique. D'accord !
Mais si les combattants se terrent chez les civils "comme le poisson dans l'eau" (disait Mao Tsé Tung), les dommages collatéraux incontournables doivent retenir le bras armé, et d'autres moyens doivent être trouvés pour les excaver et les neutraliser. C'est à cela que l'on distingue une nation civilisée d'une nation barbare. Or, le comportement prédateur d'un Etat hébreu aveuglé par sa règle suprémaciste le disqualifie de la civilisation, malgré l'incinération de la moitié de son peuple par le reich allemand le plus sauvage de l'histoire humaine. Comment en est-on arrivé là ??? Que penserait Theodor Herzl de son "enfant" ?
Maurras ne plaçait-il pas d'instinct Sion en barbarie ?
A creuser.


Note (1): Le score de Plomb Durci ci-dessous sur les 360 km² de la bande de Gaza :
4,000 logements
600 ateliers, boutiques ou bureaux
24 mosqués
31 casernes de police
10 réseaux d'assainissement
8 hôpitaux
26 dispensaires
50 sites onusiens endommagés, principalement UNWRA
Les photos satelitte ont spotté 2692 immeubles détruits
220 cratères sur les routes et ponts
167 kilomètres de routes inutilisables
714 cratères en zone agricole
2,100 hectares de champs bouleversés
187 serres détruites (28 ha)
2232 hectares retournés par les bulldozers, les chars et les bombardements phosphoreux.
Total estimé à deux milliards de dollars au moins.
A partir de là, la bande a été transformée en camp d'internement géant et sa reconstruction bloquée par Israël à tous prétextes disponibles.



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jeudi 9 juillet 2009

La peau de banane hondurienne

ZeladaLa Providence fait bien les choses et elle adore les surprises. Barak Obama à peine arrivé au commandement du Tiers-Monde que les tyranneaux de pissotière de l'Axe du Mal légué par Bush, se déconsidèrent, l'un dans une explosion atomique, l'autre dans le matraquage des enfants de la bourgeoisie iranienne, donnant en creux raison au Texan qui avait simplifié sa diplomatie à ce qu'il pouvait lui-même y comprendre ! Jusqu'à présent, de Saint-Petersbourg à Pyongyang en passant par Bagdad, rien ne lui donne tort. Hillary Clinton aurait dû se tenir sur cette ligne facile d'accès, même pour un universitaire brillant, au lieu de quoi on part à Washington dans les mérites comparés de la chèvre et du choux, pour soutenir le putsch communiste avorté contre le putsch capitaliste réussi. La realpolitik est tout l'inverse. Même à Tegucigalpa !
Par les moustaches de Plekzy-Glass, qu'est-il besoin de soutenir Manuel Zelaya, ami des Ortega, Chavez, Morales, Castro, latifundiaire honteux reconverti dans le populisme latino de centre droit - le pire - dès qu'il y vit le plus court chemin vers sa survie politique et viagère, véritable "continuisme aux affaires" dans la grande tradition folklorique de la région ? L'explication est simple : ...

MichelettiElu président en 2006 par les classes moyennes grâce au Parti Libéral et à un programme de kärchérisation des couches insanes de la société hondurienne percluse de gangs, il lut un matin dans la Constitution sur laquelle il avait juré, que son mandat présidentiel était un CDD non renouvelable. Damned ! Le pilier n'étant pas celui de Notre-Dame, il embrassa la foi anticapitaliste du plus offrant, Chavez, qui fournirait l'essence à moitié prix. Comment réparer l'injustice d'un destin exceptionnel enfanté dans la soie et le bois d'oeuvre (comme BHL) si ce n'est "contre les riches" ? Dans le droit fil de tous les démagogues, il décida de passer outre aux lois fondamentales par appel au peuple lors d'un référendum-plébiscite que lui conseillèrent les communistes Chavez et Ortega qui chez eux s'en étaient plutôt bien trouvé. Il ne s'agissait que d'élire une assemblée constituante missionnée pour écrire une constitution enfin convenable, qui lui donnerait ce temps long si nécessaire à l'accomplissement de l'Oeuvre, et à la fortune de sa famille même si les dents du fond baignent déjà. Ce qui ne plut ni au Congrès ni à la Cour suprême ni à leur bras séculier, l'armée. On expulsa Zelaya au Costa Rica dans une sorte de putsch anti-coup d'état.
La bourgeoisie foncière du Honduras avait sauvé les meubles, et la bénédiction morale fut donnée par la prélature sous le goupillon de Mgr Oscar Andres Rodriguez cardinal-archevêque de Tegucigalpa au motif de ne pas verser le sang. Rien de nouveau pour la Théologie de la Libération.
Le déroulé du film par ici.

un singe au Honduras

Quel bonheur pour la presse ! Quel malheur pour les Honduriens dont deux sur trois vivent sous le seuil de pauvreté ! Le pays-mère du capitalisme n'étant plus capitaliste depuis qu'il nationalise les banques et les fabricants d'automobiles, les sonneries de la réprobation unanime ont convoqué les condamnations de toutes parts de cet assaut "réussi" contre la Démocratie. Même Medvedev a fait les gros yeux, en se tapant sur les cuisses de rire ! Kouchner aussi, et ça fait toute la différence depuis qu'il ferme les yeux sur les états démocratiquement impurs mais clients. On attend Kadhafi, Kim Jong-il et Robert Mugabe d'une minute à l'autre. Seul Berlusconi s'est tu, il recevait Hu Jintao pour une usine Fiat.

L'OEA (Organisation des Etats Américains) a condamné le pronunciamento qui menace tous les chefs pourris d'Amérique latine protégés par la démocratie représentative, comme le furent en d'autres automnes les patriarches intouchables. La seule issue est l'explosion en vol de Manuel Zelaya, par crainte de quoi aucun des présidents qui le soutiennent n'a osé prendre l'avion du retour, se contentant de débarquer à l'escale de Managua pour faire un peu de télé. Du camp de "la libertad o la muerte", on a vu Miguel d'Escoto (Nicaragua et ONU), Cristina Kirchner (Argentine), Rafael Correa (Equateur), Fernando Lugo (Paraguay) et José Miguel Insulza (OEA) s'envoler pour San Salvador en conférence de réprobation. Chavez a coupé l'essence et a massé le théâtre aux armées vénézuelien en frontière. Il n'en a pas de commune avec le Honduras, et ne risque donc rien.

Le "président" par intérim Micheletti va se rendre au Costa Rica aujourd'hui pour rencontrer son "prédécesseur" lors d'une réunion de conciliation organisée par le président costaricien Arias, prix Nobel de la paix. Quand on se parle ...


armes du Honduras
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mardi 21 avril 2009

Vagabondages au Quai

AhmadinejadLe président iranien, venu à Genève lancer sa campagne électorale, a "surpris" les diplomates à gâteaux mous qui lui avaient donné quelques cours de maintien. Pauvre Ban Ki Moon, toujours dans la lune. Shuntant les médias de la Diaspora et ses alliés qui censurent le discours iranien de lundi à Genève, nous offrons au distingué lectorat de Royal-Artillerie les plus larges extraits de l'allocution du président Ahmadinedjad, dont le texte intégral qui valait son pesant de pistaches, n'est pas même affiché sur FARS News, l'agence de presse de Téhéran :...

[ndlr entre crochets]
« ... Les puissances victorieuses [des guerres mondiales] se nomment elles-mêmes les conquérants du monde, tandis qu'elles ignorent ou abaissent les droits des autres nations en leur imposant des lois oppressives et des arrangements internationaux [1]
...
Après la seconde Guerre mondiale, elles recoururent à l'expulsion de toute une nation de chez elle au prétexte de la soufrance juive. Elles envoyèrent des émigrants d'Europe, des Etats-Unis et d'autres parties du monde pour établir un gouvernement complètement raciste de la Palestine occupée. En réparation des graves conséquences du racisme en Europe, elles ont aidé à porter au pouvoir en Palestine le régime raciste le plus cruel et le plus répressif [2].
...
Il est d'autant plus regrettable qu'un certain nombre de gouvernements occidentaux et les États-Unis se soient engagés à défendre les auteurs racistes d'actes de génocide, alors que l'éveil des consciences et la liberté d'esprit des gens du monde entier condamnaient l'agression, la brutalité et le bombardement de civils de la bande de Gaza [3]..
...
[Les conflits irakien et afghan furent] un exemple clair de l'égocentrisme, du racisme, de la discrimination ou de l'atteinte à la dignité et à l'indépendance des nations.
...
Aujourd'hui, la communauté des hommes est confrontée à un type de racisme qui a terni l'image de l'humanité. Au début du troisième millénaire, le mot "sionisme" personnifie le racisme, qui faussement ressortit à une religion et abuse des sentiments religieux pour masquer la haine.
Des efforts doivent être entrepris pour mettre un terme à l'usage abusif de moyens politiques internationaux par les sionistes et leurs supporters. Les gouvernements doivent être encouragés et aidés dans leur combat pour l'éradication de ce racisme barbare et pour la réforme des mécanismes internationaux actuels [4].
...
Vous êtes tous au fait de la conspiration de quelques puissances et cercles sionistes contre les buts et les objectifs de cette conférence. Il doit être établi que le boycott de cette session précise est une indication véritable du soutien accordé à ce flagrant exemple de racisme. »

...
Notes :
[1] On ne disgressera pas sur le régime oppressif des mollahs iraniens qui est le prototype insurpassé aujourd'hui. En savent quelque chose toutes les communautés non-chiites.
[2] On ne peut faire l'économie d'une évidence : le régime hébreu dès son origine est délibérément ethnique et son racisme national appelé autrement est d'acception commune à l'Ouest, en rémission des péchés allemands. Après trois guerres gagnées, ça a empiré.
[3] La véhémence du ton et les épithètes exagérés ne peuvent masquer le silence coupable des Etats dans l'affaire de Gaza.
[4] Ces mécanismes internationaux qui brident l'accès de l'Iran à la bombe atomique.

Le discours est dans le ton et au niveau de provocation attendus. Les Européens - à l'origine de la création d'Israël - durent quitter la salle de conférence. On peut d'ailleurs profiter de l'occasion pour trier les "européens" sur cette démarche : qui s'est senti européen ? Je ne crois pas que la Russie, ni la Turquie, ni les Caucasiens soient sortis. Quid des Moldaves et des Ukrainiens ? C'est secondaire. Ce qui est explicite est le cheminement du Quai d'Orsay.

sortie des délégués européens
*La patrie autoproclamée des droits de l'homme participe de très près à l'élaboration du communiqué final Durban II en négociant avec ses "amis" arabes modérés l'échange de bons procédés.
*A l'annonce d'un discours du président iranien, plusieurs pays dont les Etats-Unis et l'Allemagne, annulent leur participation pour ne pas perdre du temps en explications vaseuses.
*La France empéguée par le communiqué final est obligée de rester, mais marque le coup en envoyant simplement son ambassadeur à Genève.
*Devant la bronca des lobbies juifs, M. Kouchner signale qu'au moindre écart iranien sa délégation quittera ostensiblement la salle. Ce qu'elle fait, suivie de toutes les délégations nationales de l'Union européenne.
*Les Etats-Unis absents ramassent le pot en déclarant que si le discours est inadmissible, il n'obère en rien le dialogue direct dans préalable ni conditions que Washington doit ouvrir avec Téhéran. Obama apprend vite !
*La France revient à la conférence pour ne pas laisser tout le bénéfice à Mme Clinton et ne pas abandonner ses "amis" arabes modérés, les mêmes qui ont applaudi au discours du satrape persan.
* La Licra menace le ministère ...

Ce n'est pas de la diplomatie, mais des travaux dirigés qui normalement recalent l'impétrant. Le pas de pitre fait rire nos voisins qui s'étaient abstenus de paraître au cirque onusien ; l'annonce du retour à Genève de notre ambassadeur déclenche une nouvelle bronca des lobbies juifs ; et nos déclarations péremptoires à l'endroit du président iranien sont mal reçues par le pouvoir islamique. Finalement on perd sur tous les tableaux sauf peut-être vis à vis des arabes modérés, c'est-à-dire de ceux qui ne comptent pas.

YadeLe ministre Kouchner avait eu la juste inspiration quand, voulant débiner son secrétaire d'Etat Yade, il déclara que la diplomatie et les droits de l'homme étaient quasiment incompatibles. L'effet obtenu - Rama Yade est au firmament des sondages ! - le voila qui retourne à ses vomissements et embringue le pays dans un débat corne-cul qui n'est pas de notre intérêt.
En effet, dans l'affaire de Palestine nous ne sommes nulle part sauf au Val de Grâce¹ :
- le "foyer juif" de Palestine a été créé par les Anglais (déclaration Balfour)
- le sionisme canal historique a pour père un juif hongrois (Theodor Herzl)
- le territoire convoité était sous mandat britannique
- nous n'avons pas participé à la Solution Finale même si certains ont fermé les yeux au mauvais moment
- la seule bataille conduite avec l'allié israélien contre nos "amis" égyptiens, nous l'avons perdue (Suez 1956)
- nous n'avons participé de près ou de loin à aucune autre bataille au Proche Orient
- nous n'y couvrons rien ni personne et nous avons été incapables de protéger notre allié historique libanais contre Israël faute de moyens et de détermination.

Mais la bienpensance cosmopolite nous somme de nous impliquer. Alors nous persistons dans cette erreur allopathétique à nos intérêts traditionnels. Mme Royal nous excusera-t-elle auprès des nations sérieuses ?

Note (1): soins palliatifs à Yasser Arafat



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