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jeudi 24 février 2022

Les zélateurs du Kremlin n'avalent plus !

La guerre est la pierre de touche de la carrure d'un chef d'Etat comme le feu est la pierre de touche de l'or, aurait pu dire Nicolas Flamel. Les candidats qui s'opposent au président Macron ont réagi à l'invasion de l'Ukraine par les armées de Vladimir Poutine, chacun à sa manière. La sélection complémentaire que la guerre leur impose a vite fait d'éclaircir leurs rangs. Alors que les candidats postés aux extrêmes "comprenaient" jusqu'à dimanche dernier les objections du président Poutine qui justifiaient toute menace non suivie d'effet, la guerre ouverte a réveillé l'instinct de survie, sauf pour un, comme nous allons le voir.

Marine Le Pen condamne sans ambiguïté : « Aucune raison ne peut justifier le lancement d’une opération militaire contre l’Ukraine par la Russie qui rompt l’équilibre de la paix en Europe... »; elle appelle à une conférence internationale sous l'égide de l'ONU à Genève sans doute. Que peut-elle faire de plus après l'étalage des relations qu'elle a eues dans le passé avec les chefs du Kremlin pour booster et financer sa candidature ? A mesure que la menace se rapprochera, son patriotisme non feint prendra les commandes chez elle et nul ne peut douter qu'elle fasse bloc sous l'orage avec les pouvoirs français.

C'est plus dur pour Jean-Luc Mélenchon qui historiquement relayait en boucle la propagande russe contre l'OTAN dont la désintégration arrangerait bien les affaires de Vladimir Poutine. Et il en remettait une couche il y a peu en déclarant que dans cette crise, c'était l'OTAN l'agresseur ; et que la prise des républiques populaires du Donbass était une réponse logique (clic). On sent derrière ses grandes phrases d'aujourd'hui une terrible déception qu'il faut vite noyer dans des conférences de la paix qu'il sait inefficaces à retenir son mentor dans sa bataille des moulins. Ainsi faut-il « une réunion immédiate de l'OSCE » et une délibération d’urgence de l’Onu pour obtenir « un cessez-le-feu immédiat et un retrait de toutes les troupes étrangères d’Ukraine ». Bien sûr, il suppose que des bataillons américains ou polonais sont tapis dans les fourrés pour envenimer les choses. On ne se refait pas à si bref délai ! L'affaire restera dans les nuées diplomatiques et ça lui conviendrait plutôt (clac).

Eric Zemmour
Eclairé au gaz russe, Eric Zemmour proclame sa condamnation d'usage de l'invasion tout en adoptant les revendications du Kremlin qui la justifient. Il avait montré le bout de l'oreille lors de la reconnaissance des deux Etats croupions du Donbass (clic) ; il y va carrément aujourd'hui en réclamant de faire droit aux demandes russes dans le cadre d'une conférence internationale sur la sécurité en Europe. Il sort en même temps du commandement intégré de l'OTAN, au moment où nos faiblesses militaires justifient plus que jamais une défense en coalition. Définitivement, un rat de bibliothèque n'a pas la carrure de l'emploi, même s'il y a plus mauvais encore et moins excusable : François Fillon est sur la même ligne, à 180 degrés, la thune est en péril, on aura tout compris.

Valérie Pécresse, comme à son habitude, se paie de mots et critique la forme. En fait, sur le fond, elle ne sait pas quoi faire, mais condamne fermement et exige des réactions fortes. Lesquelles ? Bien en peine de les trouver au fond du crâne, elle n'a pas bossé le sujet. Limites de la technocratie !

Yannick Jadot, Chritiane Taubira, Anne Hidalgo condamnent la déclaration de guerre sans arrière-pensées, Jadot demandant même de soutenir l'Ukraine par l'envoi d'armement. La sphère communiste (NPA, LO et PCF) condamne du bout des lèvres et partage les responsabilités par la formule Ni OTAN, Ni Poutine, on s'en serait douté.

Entretemps, les sanctions prises par le camp occidental ne sont pas minces et les perroquets qui proclament qu'elles ont toujours prouvé leur inefficacité n'ont pas bien lu ou compris le discours de Joe Biden ce soir : un trillion quatre cents milliards de dollars d'actifs russes aux Etats-Unis ne leur parlent pas ! Les Occidentaux - je n'ai pas le détail des sanctions européennes - gardent comme dernière cartouche l'expulsion des banques russes de la chambre de compensation SWIFT qui flinguera complètement le commerce russe, pour le cas où le Kremlin ferait assassiner le président Zélensky que Poutine, tout à sa haine de qui n'est pas lui, méprise souverainement ; jusqu'à le faire liquider par ses spetnatz au prétexte qu'il leur aurait tiré dessus par exemple quand ils sont venus l'arrêter au siège de la présidence à Kyiv. Un peu comme on le fit d'Allende au Chili. On commençait à s'emmerder.

mercredi 27 janvier 2021

Amanda Gorman on the Hill

Archivage d'une émotion non feinte au jour de l'investiture du 46è président des Etats-Unis d'Amérique un certain 20 janvier 2021, en leur souhaitant bonne chance.
Ils vont en avoir besoin.
Photo d'Amanda Gorman


The Hill We Climb


When day comes,

we ask ourselves, where can we find light in this never-ending shade ?
The loss we carry. A sea we must wade.
We braved the belly of the beast.
We’ve learned that quiet isn’t always peace, and the norms and notions of what “just” is isn’t always justice.
And yet the dawn is ours before we knew it.
Somehow we do it.
Somehow we weathered and witnessed a nation that isn’t broken, but simply unfinished.
We, the successors of a country and a time where a skinny Black girl descended from slaves and raised by a single mother can dream of becoming president, only to find herself reciting for one.
And, yes, we are far from polished, far from pristine, but that doesn’t mean we are striving to form a union that is perfect.
We are striving to forge our union with purpose.
To compose a country committed to all cultures, colors, characters and conditions of man.
And so we lift our gaze, not to what stands between us, but what stands before us.
We close the divide because we know to put our future first, we must first put our differences aside.
We lay down our arms so we can reach out our arms to one another.
We seek harm to none and harmony for all.
Let the globe, if nothing else, say this is true.
That even as we grieved, we grew.
That even as we hurt, we hoped.
That even as we tired, we tried.
That we’ll forever be tied together, victorious.
Not because we will never again know defeat, but because we will never again sow division.
Scripture tells us to envision that everyone shall sit under their own vine and fig tree, and no one shall make them afraid.
If we’re to live up to our own time, then victory won’t lie in the blade, but in all the bridges we’ve made.
That is the promise to glade, the hill we climb, if only we dare.
It’s because being American is more than a pride we inherit.
It’s the past we step into and how we repair it.
We’ve seen a force that would shatter our nation, rather than share it.
Would destroy our country if it meant delaying democracy.
And this effort very nearly succeeded.
But while democracy can be periodically delayed, it can never be permanently defeated.
In this truth, in this faith we trust, for while we have our eyes on the future, history has its eyes on us.
This is the era of just redemption.
We feared at its inception.
We did not feel prepared to be the heirs of such a terrifying hour.
But within it we found the power to author a new chapter, to offer hope and laughter to ourselves.
So, while once we asked, how could we possibly prevail over catastrophe, now we assert, how could catastrophe possibly prevail over us ?
We will not march back to what was, but move to what shall be: a country that is bruised but whole, benevolent but bold, fierce and free.
We will not be turned around or interrupted by intimidation because we know our inaction and inertia will be the inheritance of the next generation, become the future.
Our blunders become their burdens.
But one thing is certain.
If we merge mercy with might, and might with right, then love becomes our legacy and change our children’s birthright.
So let us leave behind a country better than the one we were left.
Every breath from my bronze-pounded chest, we will raise this wounded world into a wondrous one.
We will rise from the golden hills of the West.
We will rise from the windswept Northeast where our forefathers first realized revolution.
We will rise from the lake-rimmed cities of the Midwestern states.
We will rise from the sun-baked South.
We will rebuild, reconcile, and recover.
And every known nook of our nation and every corner called our country, our people diverse and beautiful, will emerge battered and beautiful.
When day comes, we step out of the shade of flame and unafraid.
The new dawn balloons as we free it.
For there is always light, if only we’re brave enough to see it.
If only we’re brave enough to be it.

Amanda Gorman
(Capitol Hill, Jan 20, 2021)

mercredi 13 janvier 2021

L'ire du parti de l'âne

gravure de l'âne à la peau de lion
L'Âne vêtu d'une peau de lion de Jean de La Fontaine

Sommé de déclencher l'article 25 pour que le président Trump soit déclaré hospitalisable en urgence, Mike Pence a répondu non à Nancy Pelosi avec une hauteur de vue qui commençait à manquer dans le marais politicien de Washington : « La semaine dernière, je n'ai pas cédé à la pression pour exercer mon pouvoir au-delà de mon autorité constitutionnelle afin de déterminer le résultat de l'élection, et je ne céderai pas maintenant à la tentative de la Chambre des représentants de jouer à des jeux politiques à un moment si grave. Je vous exhorte, ainsi que tous les membres du Congrès, à éviter toute action qui diviserait plus profondément. Œuvrez avec nous pour calmer les esprits et rassembler notre pays tandis que nous nous préparons à investir Joe Biden comme le prochain président des États-Unis le 20 janvier. »

Cela n'empêchera pas le Parti démocrate d'ouvrir aujourd'hui une procédure de destitution à six jours de la fin du mandat présidentiel. On a déjà compris qu'il ne s'agissait pas tant de hâter la sortie du vieux clown, que de l'humilier publiquement et lui retirer tout avenir politique ensuite, malgré son âge canonique. Mais comme souvent avec la caste progressiste, la courte vue est de rigueur et les excités de la chambre basse ne voient pas les conséquences d'une succession d'avanies contre un homme politique finissant sur un score de 74223744 voix !! La carte des résultats par comtés ci-dessous nous montre que le cœur du réacteur républicain est au centre du pays, rejetant sur les côtes les masses "démocrates". En cas de crise grave à tendance séditieuse, le territoire des Etats-Unis n'est pas vraiment gérable sans passer en force et encore.

carte des élections 2020 aux USA
Pourquoi dès lors jeter de l'huile sur le feu de la fraude gigantesque* que les électeurs du GOP ont majoritairement intégré dans leur schéma mental ? Sans doute est-ce la soif de justice au débit d'autrui, l'adversaire, l'ennemi, qui gouverne les pulsions politiques du parti de la revanche. L'élimination d'Hillary Clinton par un personnage aussi grossier dans ses manières et son bagage intellectuel que Donald Trump ne fut pas digérée dans le camp démocrate qui voyait s'enfuir les juteuses positions promises par les sondeurs. Qu'Hillary soit une personne non recommendable, avec un tempérament de sous-maîtresse de maison, experte en magouilles et relations sulfureuses, ne pouvait justifier son élimination ! Mais que ce salaud de Trump ait eu l'audace de réussir son programme, pas tout à fait sur le Rio Grande certes, mais généralement en économie et dans les affaires étrangères les plus indémerdables, faisait pâlir de honte les professionnels de l'atermoiement ! Ce succès était furonculaire parce qu'issu d'un non-initié ! Les Démocrates veulent maintenant aller au bout de leur revanche, écraser l'intrus, quitte à mettre certains Etats à feu et à sang puisque ce sera toujours de la faute de l'autre !
* ayant déclenché une batterie de soupçons dans les Etats-clés, qui n'ont pas été convertis en preuves irréfutables


Quand Donald Trump fut élu en 2016, j'avais fait part de ma surprise à un ami plus versé que moi dans la politique américaine. Il m'avait répondu que Trump venait de casser le consensus politicien de Washington et que cela ne lui serait jamais pardonné. J'ignorais alors comment, je vois aujourd'hui l'accomplissement de la prédiction. Les deux camps se forment et bien malin qui sait de quel côté vont se ranger les pouvoirs publics des Etats rouges en cas d'insurrection. Que font les agences fédérales actuellement pour aider à contenir la colère des Républicains ? La procédure démocrate d'humiliation du champion battu ne va pas les aider à y voir clair, encore moins à obtenir "sans reproches ni murmures" le concours des polices locales à maintenir l'ordre et protéger les "gagnants".
Reste à discuter le droit extravagant des plateformes numériques à faire taire qui leur déplaît. Mais de cela, nul au pouvoir nulle part ne se plaindra ! Du bout des lèvres un peu, pour les archives !

jeudi 7 janvier 2021

Le Carnaval de Washington

Mais c'est une révolte ? Non, sire, une révolution, reprit le chœur des Vierges. Et c'est ainsi que fut commenté le Carnaval du Capitole sur les réseaux sociaux en peine d'émotions. Jusqu'à Joe Biden qui, dans un très bon discours impromptu, a usé du mot "insurrection" pour bien marquer la page d'histoire. Car l'émeute aura sa page, c'est sûr !

La profanation du Temple de la Démocratie (desecration en anglais) a secoué l'Amérique mais rien ne dit qu'aucun ne l'ait approuvée, outre les milliers de supporters en colère venus à Washington DC le jour de la Certification, pour dénoncer une fraude gigantesque dans les dépouillements des votes à l'élection présidentielle. Quoiqu'il en soit réellement, c'est ce qu'ils pensent au tréfonds d'eux-mêmes. Les quelques magouilles documentées sur les réseaux sociaux ne m'ont pas convaincu, même s'il est probable que de nombreuses irrégularités aient été attachées aux opérations électorales comme dans tout scrutin universel. Alors quand il y a cinquante procédures ! Le problème est que le président sortant n'a pas su se hisser au top de la fonction suprême jusqu'à l'étage constitutionnel. Il en est resté au plan électoral, candidat, volé peut-être, mais POTUS-45 pas vraiment. Les tweets de ces trois derniers jours en font foi. Il est toujours exécrable d'avoir la conviction de s'être fait baiser dans les grandes largeurs mais c'est à ce moment-là que l'on juge le titulaire de la charge. Celui-ci a la trempe, il n'a pas d'élégance, il n'a pas la vista.

Donald Trump est un showman doublé d'un businessman. Il a moissonné plus de gains à la téléréalité que dans la promotion immobilière - c'est du moins ce que disait sa feuille d'impôts. C'est un homme de bon sens, sûr de lui par tempérament, un peu cynique et vantard. Ces qualités lui ont été utiles pour contenir tous ceux qui pissaient à la raie de l'Oncle Sam, à commencer par les Communistes chinois. Dans un esprit "bizness" il a su hiérarchiser les menaces dirigées contre les Etats-Unis sans en oublier aucune (même le fringant Macron a fini par déplaire). Ainsi a-t-il donné sa chance au régime Kim de Corée qui ne pourra s'en prendre qu'à lui-même quand commencera sa liquéfaction. Il n'a pas cru un mot des assurances chinoises qui d'une main promeuvent la liberté de commerce et de l'autre veulent transformer toute la Mer de Chine méridionale en lac intérieur. Il ne croit pas les proclamations pacifiques des uns et des autres à commencer par celles de la Russie, il juge aux faits et ne se laisse pas distraire par l'absence des plaques d'immatriculation et d'insignes sur les transports de troupe. Les incursions quotidiennes russes en Mer baltique signent une volonté de capture d'espace qui oblige la Suède et la Finlande à réarmer, et Trump les y encourage. Il a donné blanc seing à son gendre Kushner, qui n'a pas dix pouces, pour démerder les affaires du Proche Orient dans lesquelles Obama s'était enlisé jusqu'à consentir la bombe atomique à l'Iran. Face au régime, ridicule, des mollahs, Kushner a réussi l'impensable dans aucune chancellerie, déplacer l'ambassade à Jérusalem, abandonner l'Autorité palestinienne bloquée sur ses lubies, rallier les pays arabes les plus importants à Israël et accélérer l'économie du Golfe persique. En résumé, on ne la lui fait pas ! Mais cette politique d'instinct, assez sûr, lui obscurcit la vue chez lui. Il n'a aucune culture politique - qu'a-t-il lu dans sa vie ? - et n'a jamais dépassé le niveau "meetings". Donc, à la fin, le Système le rejette comme un greffon non compatible. Certes, le Système peut lui-même être pourri mais le fait est qu'ils se séparent !

affiche Sarah Palin


L'avenir de Donald Trump est imprévisible. Quatre ans, c'est long à 75 ans. Mais la veine populaire (ou populiste) est riche de promesses pour qui saura y faire. Les électeurs de Trump n'ont pas voté par résignation mais par adhésion. Le mouvement de quasi-insurrection dans le pays est une réplique sismique du Tea Party de Sarah Palin. Il vaudrait mieux que les Trumpistes s'organisent en parti politique tranversal plutôt que par la création partout de milices citoyennes dans l'esprit de l'Ouest sauvage. L'avenir du Parti républicain se joue là. Mais le Parti démocrate va être impacté à son tour par le glissement de la classe laborieuse durement touchée par la pandémie et plus tard par l'arrêt des effets intérieurs d'une politique patriotique d'échanges extérieurs promue par Donald Trump. A terme mais avant quatre ans, il est possible que les deux grands partis traditionnels subissent une parthénogenèse et que l'espace politique américain soit occupé par quatre grands partis : un parti socialiste de revendicateurs col ouvert (Sanders, AOC, Klobuchar, Inslee...), un parti du marais, démocrates-sociaux en cravate espérant perpétuer le vivier où se choisissent les présidents démocrates, un parti conservateur du marais, attaché à l'effort et au capital, où se choisiront les présidents sérieux, un Tea Party Reloaded pouvant mimer le Rassemblement national français, avec des ténors (McConnell, Fischer, Fortenberry, Cruz, Smith...) et un gourou célébrant l'office à Mar-a-Lago. Autant dire que les élections de novembre 2024 seront une vraie boucherie politique.

Terminons par une courte réflexion. Ce qu'il s'est passé au Capitole de Washington mercredi 6 janvier 2021, peut donner des idées ailleurs et spécialement en France où la mobilisation des mécontents, si elle a bien diminué, ne s'est jamais éteinte malgré tous les artifices et contre-mesures du pouvoir. Ce genre de grand carnaval réjouirait les foules à Paris et ces messieurs de l'ordre seraient bien avisés d'écouter un peu la revendication de base qui court l'opinion : justice et propreté. C'est un vieux slogan qui marche encore !

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