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lundi 25 septembre 2023

Miscellannées d'automne

feuilles mortes de bouleau

Le tapis de feuilles mortes recouvre la voie du garage, c'est parti ! M. et Mme Macron ont assisté à la messe pontificale du Vélodrome de Marseille au grand dam des curés de la laïcité. Se foutre à ce point de l'avis de M. Mélenchon, c'est du sirop ! Il n'empêche que sa prestation de rentrée sur France 2 était un peu au-dessous du registre exigé par l'emploi, avec quelques tête-à-queue spectaculaires comme dans l'affaire du Niger. L'explosion des rivalités ethniques au Sahel l'ont cornérisé et faire plus que des proclamations menaçantes est impossible à l'ancienne puissance coloniale. Que le califat sahélien vienne pour prouver que nous n'avions pas tort, à défaut d'avoir eu complètement raison. Tournons la page car nous ne sommes pas de taille à contrer l'implosion de ces sociétés bigarrées que nous gouvernions autrefois pas si mal que ça à la réflexion. Que la France prenne rang en Afrique parmi les autres partenaires occidentaux et cesse de se pousser du col au motif d'évangélisation de valeurs allogènes aux pseudo-civilisations qui nous ont succédé. Nous avons bien trop à faire chez nous et dans nos outremers pour distraire nos talents et nos sous dans des collaborations forcées qu'on nous reprochera toujours, au gré des subversions concurrentes du moment.

L'un de mes visiteurs de la fin de l'été m'a accroché sur la succession héréditaire de la monarchie, prônée dans les cercles royalistes français. Et j'avoue qu'à l'époque de la Big Tech que d'aucuns dénoncent à raison comme une résurgence du féodalisme de rente (clic), le dilemme du crétin dynaste laisse un parfum d'anachronisme persistant. Si les malheurs du pays faisaient le lit d'une monarchie revenue, la question se poserait très vite.
La monarchie héréditaire n'est pas un protocole de haras guidé par l'ADN mais une façon de pérenniser le régime par l'automaticité de la succession plutôt que par l'élection ou tout autre procédé extérieur. De tous temps, les cours royales ont formé l'héritier avec soin, les héritières aujourd'hui aussi. Le terme consacré dans les cercles royalistes est la primogéniture agnatique abusivement dénommée "loi salique", formule barbare du IVè siècle exhumée par les docteurs du XIVè siècle quand une fille s'est avancée sous la couronne, pour lui barrer la route. Tout le monde comprend ce terme encore de nos jours.

Il y a eu beaucoup d'empirisme dans cette succession à l'époque moderne et l'on a beaucoup compté sur des formules du style "bon sang ne saurait mentir" quand ce ne furent pas les "conseils" que l'on convoquait à parer l'insuffisance éventuelle du titulaire. Mais ça c'était avant, au temps du monde lent, quand on mastiquait le problème pendant des semaines pour s'y prendre l'an prochain. Le village global a rétréci l'espace et compacté le temps, aujourd'hui on réagit dans l'heure, une sorte de nucléarisation de la gouvernance. J'appuie, j'appuie pas ! La main du crétin s'exclut du protocole.
On peut dès lors comprendre que l'irruption d'un cancre voire un crétin dans la ligne successorale puisse créer la panique chez les dynasties régnantes, du moins celles dont les souverains ne sont pas que des rois au balcon. On touche là aux limites du modèle héréditaire pour comprendre que la seule automaticité n'est pas suffisante à pérenniser le système. Le crétin royal peut aujourd'hui le détruire !

Reste donc à contourner le crétin. Il n'y a pas d'autres façons que celle d'élargir le vivier. On abandonne la succession patrilinéaire pour puiser dans la famille dynaste le scion capable de continuer la mission. Bref rappel : chez Royal-Artillerie la mission est de gouverner et de protéger le domaine régalien strict des menaces extérieures et des empiettements politiques intérieurs. Y entrent donc des compétences dans les sous-domaines, diplomatie, armées, justice haute, finances et sûreté intérieure. Qui et comment choisit-on l'héritier ? Ma langue au chat sachant que le crétin ne résistera pas trois jours au quatrième pouvoir.

Justement, la question que devrait se poser tout contre-révolutionnaire est celle de bien situer le pouvoir à combattre. Qui a le pouvoir ? Henri-Pierre Jeudy dénonça très tôt l'irruption des médiats dans la sphère décisionnelle, directement parfois dans des procès cathodiques, sinon par influence lors de campagnes de presse en période électorale mais pas que. Si le pouvoir politique est fort, la presse et assimilés font de l'information et du commentaire. Le pouvoir politique faiblit-il que déjà montent au créneau des experts dont la science nous est vendue indiscutable par les chaînes d'information, et qui dictent la marche à suivre, l'infléchissement incontournable, la réforme indispensable sous peine de pilori. On voit les gouvernements retraiter en plus ou moins bon ordre devant les assauts du quatrième pouvoir capable de mettre les masses en mouvement. Mais ce pouvoir est bien plus pernicieux dans sa dictature de l'opinion qu'on ne le croit, en ce qu'il stérilise tout ce qui ne passe pas par lui. Après le ressac de la presse écrite, ne parlons pas des revues savantes qui reviendront bientôt au polycopié, il n'est aujourd'hui d'évènement que le télévènement. Les médiats en sont parfaitement conscients qui gèrent l'apparition et la disparition de voix qu'ils jugent "bonnes d'expression" ou interdites. D'où le tapage contre la presse Bolloré qui est sortie du champ de manœuvre délimité. L'incidence est directe sur la communication des courants minoritaires qui est bridée par les pontifes médiatiques, mais plus encore sur la communication groupusculaire par abonnements telle qu'elle se pratique dans le microcosme royaliste. Aucune contribution de notre bord à l'espace médiatique ne vaut si elle n'est pas un télévènement. Les démêlées judiciaires de l'Action française avec le ministre de l'Intérieur ont fait savoir aux gens qu'elle existait encore puisqu'on l'avait vu défiler. Et puis rideau ! Pareil pour les communiqués des princes, parfois intéressants ; ils sont contents d'avoir dit quelque chose de sensé, mais ils n'impriment pas ! Dire ou se taire revient au même sans le porte-voix cathodique. Nous refusons de le croire.

samedi 8 avril 2023

Pâques 23

Jésus et Marie-Madeleine au tombeau
Peinture d'Antonio Allegri da Correggio titrée Noli me Tangere 

Au matin de Pâques, le Seigneur s'est accompli dans sa divinité en prenant pour premier témoin une femme. Marie-Madeleine. Toute l'affaire avait commencé par une femme, l'archétype du Contraire qui voulut connaître l'interdit et ruina le projet de béatitude d'une espèce qui allait immanquablement s'ennuyer au jardin d'Eden. Eve. Puis passèrent les grandes reines d'Israël* qui surgissent des pages noires du peuple hébreu, Bethsabée, Jézabel, Athalie, Esther, sans lesquelles les tribus abrahamiques auraient succombé aux fumées bitumineuses du Jourdain, puis Judith qui décolla Holopherne comme on le fit plus tard de Fualdès, toutes symboles vivants de l'alliance avec Yavhé ; jusqu'à la modeste davidienne Marie de Nazareth qui enfantera le Messie.

Tout ceci est-il vraiment vrai ? Interrogeons le spécialiste :
« J’appelle historique ce qui est réellement arrivé dans le monde extérieur aux esprits, ce qui est événementiel et non seulement conscientiel. Et, en un second sens, plus profond, j’appelle historique ce qui, étant arrivé, suscite chez les hommes animés par l’idée de vérité l’attitude de l’attestation. Et j’appelle enfin historique, en un troisième sens plus profond encore, ce qui a été affirmé par divers témoins indépendants les uns des autres dans des conditions telles que l’accord de leurs témoignages ne peut s’expliquer ni par l’influence de l’un sur l’autre ni par le hasard. C’est dans ce sens-là que je crois pouvoir dire que la résurrection se présente comme historique. Ce que j’ai remarqué au sujet du tombeau vide et des apparitions (et surtout de leur rapport réciproque) me porte à penser que je suis ici en présence d’une réalité ayant le caractère d’un événement, bien que ce soit plutôt un trans-événement, je veux dire : un événement qui, quoique dans ce monde, n’est pas seulement de ce monde » (Jean Guitton).

Donc Jésus de Nazareth et Marie de Magdala se sont bien vus au tombeau après la mort du Christ, et si elle ne l'a reconnu qu'à sa voix, c'est que son corps astral* était en cours de transfiguration, pas encore achevée. Μή μου ἅπτου (noli me tangere) Ne me touche pas !
La femme est l'origine du monde. Si tous les rois naissent des femmes, les manants, les marchands, les saints, les capitaines, les voleurs, les prêtres et les assassins aussi. Le Christ ressuscité affirma cette vérité première en retardant sa rencontre d'avec les hommes. Redivinisé, il recommença par l'essentiel.
Bizarre. Vous avez dit "salique" mon cousin ? Comme c'est bizarre !

dimanche 2 mai 2021

De la disparition des dauphins

 

crypte à Saint-Denis

01. Hugues II (1005-1025) aîné sacré associé de Robert II (†1031)
 rappelé à 18 ans
02. Philippe II (1116-1131) aîné sacré associé de Louis VI (†1137)
 rappelé à 15 ans
03. Philippe de France (1209-1218) aîné de Louis VIII (†1226)
 rappelé à 9 ans
04. Louis de France (1244-1260) aîné de saint Louis (†1270)
 rappelé à 2 ans
05. Louis de France (1264-1276) aîné de Philippe III (†1285)
 rappelé à 13 ans
06. Jean Ier (1316-1316) aîné posthume de Louis X (†1316)
 rappelé à 4 jours
07. Philippe de France (1316-1317) aîné de Philippe V (†1322)
 rappelé à 8 mois
08. Jean de France (1366-1366) aîné de Charles V (†1380)
 rappelé à 7 mois
09. Charles de France (1386-1386) aîné de Charles VI (†1422)
 rappelé à 3 mois
10. Charles de France (1392-1401) puîné de Charles VI
 rappelé à 9 ans
11. Louis de Guyenne (1397-1415) puîné de Charles VI
 rappelé à 18 ans
12. Jean de Touraine (1398-1417) puîné de Charles VI
 rappelé à 19 ans
13. Louis de France (1458-1460) aîné de Louis XI (†1483)
 rappelé à 2 ans
14. Joachim de France (1459-1459) puîné de Louis XI
 rappelé à 4 mois
15. François de France (1466-1466) puîné de Louis XI
 vécut 4 heures
16. Charles-Orland de France (1492-1495) aîné de Charles VIII (†1498)
 rappelé à 3 ans
17. François de France (1497-1498) puîné de Charles VIII
 rappelé à 6 mois
18. Charles de France (1496-1496) puîné de Charles VIII
 rappelé à 1 mois
19. François de France (1497-1498) puîné de Charles VIII
 rappelé à 1 mois
20. François de Bretagne (1518-1536) aîné de François Ier (†1547)
 rappelé à 18 ans
21. Louis le Grand Dauphin (1661-1711) aîné de Louis XIV (†1715)
 rappelé à 49 ans
22. Louis le Petit Dauphin (1682-1712) aîné du Grand Dauphin
 rappelé à 29 ans
23. Louis de France (1704-1705) aîné du Petit Dauphin (†1712)
 rappelé à 1 an
24. Louis de France (1707-1712) puîné héritier du Petit Dauphin
 rappelé à 5 ans
25. Louis de France (1729-1765) aîné de Louis XV (†1774)
 rappelé à 36 ans
26. Louis-Joseph de France (1751-1761) aîné du dauphin (†1765) de Louis XV
 rappelé à 10 ans
27. Xavier de France (1753-1754) puîné héritier du dauphin de Louis XV
 rappelé à 4 mois
28. Louis-Joseph-Xavier de France (1781-1789) aîné de Louis XVI (†1793)
 rappelé à 7 ans


enfant aux yeux noirs


Ce billet n'est pas une thèse mais une conversation entre royalistes au coin du feu. Cette nécrologie, établie par M. François-Xavier Pachot, gouverneur nommé de la Charte de Fontevrault, énonce les "dauphins" de la troisième race qui sont morts avant de régner et ont ainsi laissé leur place aux trente-trois rois capétiens de droit divin(1). On accède à son étude en cliquant ici. La dynastie a évité près de la moitié de sa production patrilinéaire. La thèse providentialiste est que ces disparitions résultent d'une volonté divine décidant parmi les lieutenants du Christ qui est médiocre, bon ou meilleur pour Son projet, sans oublier que la Providence ne se met pas en équations. Quant à pénétrer les voies du Seigneur, il vaut mieux oublier, ce que ne font pas toujours les croyants, avides d'interprétations. Ceci étant dit, on peut se poser la question de savoir si ce "déchet" était aussi mauvais qu'on le répute.
Le numéro 26 par exemple pose problème : La Vauguyon, qui dès 1758 a la charge d'instruire les quatre petits-fils de Louis XV, les décrira dans ses mémoires comme Les quatre "F" : Bourgogne le Fin (notre n°26), Berry le Faible (futur Louis XVI), Provence le Faux (futur Louis XVIII), Artois le Franc (futur Charles X). A part Louis XVIII, les deux autres n'étaient pas dans l'emploi et le meilleur des quatre fut repris avant d'accéder. La Providence avait-elle le projet de ruiner la monarchie de droit divin et la dynastie tout ensemble ? On le croirait, d'autant que les successions à trois frères avaient déjà provoqué des ruptures graves, que l'on songe aux fils de Philippe le Bel : Louis X (†1316), Philippe V (†1322), Charles IV (†1328) qui, sans postérités mâles, passent la main aux Valois ; puis aux fils d'Henri II : François II (†1560), Charles IX (†1574), Henri III (†1589) qui, sans postérités mâles, passent la main aux Bourbons ; et pour finir ceux du Dauphin Louis de France mort avant son père Louis XV : Louis XVI (†1793), Louis XVIII (†1824), Charles X (†1836) qui laissent la main aux D'Orléans lesquels s'avèrent ensuite incapables de transformer l'essai. La branche de Bourbon déposée en France mourra à son tour de l'absence de toute postérité mâle. La troisième race de nos rois ne perdure qu'en Espagne à travers les guerres carlistes et la guerre civile de 1936, et revient progressivement aux Partidas d'Alphonse le Sage. L'avatar moderne de la saga capétienne est une fade "monarchie du nord" depuis la promulgation à Madrid de la constitution de 1978.
La maison d'Orléans qui réside en France voudrait renouer où le fil s'est rompu en 1873 (Chambord, le drapeau blanc), mais elle n'est que l'héritière de la Monarchie de Juillet et pas des Quarante Rois pour cause de régicide et d'usurpation (on n'hérite pas d'un crime, encore moins de deux). Il n'y a pas de quatrième race souterraine de droit divin et aucune impatience des princes à accéder. Nous sommes devant le vide total pour ce qui relève de l'incarnation du droit divin(1).

Note (1): non parce que les rois de droit divin seraient gouvernés sans frein par leurs caprices, mais parce qu'ils obéissent à une loi surnaturelle dont ils acceptent le joug lors du sacre


Les légitimistes pourraient arguer qu'en éteignant la race aînesse épuisée, la Providence a fait le lit des descendants de Philippe V d'Espagne jusqu'à Louis de Bourbon, qui règnerait sous le nom de Louis XX. Sauf que ça ne peut pas le faire avec une monarchie constitutionnelle qui est indéfiniment liée au peuple par un pacte national et n'a plus l'indépendance du modèle absolu(2) après s'être défaite de la sujétion étroite du Ciel. L'autre explication négociable résiderait dans la perception de Léon Bloy qui soutient que, par la décapitation du roi Louis XVI, la nation française s'est damnée pour longtemps. C'est de l'anthropomorphisme que d'attribuer à la puissance divine ce genre de vengeance, mais allez savoir, le Dieu de l'Ancien Testament n'est-il pas un Dieu de terreur ?

Note (2): Dont l'existence ou la réalisation ou la valeur est indépendante de toute condition de temps, d'espace, de connaissance


Quel est donc le but de ce darwinisme divin ?

C'est la première question. La deuxième concerne la "mécanique dynastique" (comme l'appelle ChouandeCœur).
Si le but reste inconnu malgré toutes les sollicitations intellectuelles des théologiens, on est ramené au sol à regarder les effets visibles de ce contrôle. Le royaume de France, dont le Christ est par définition le roi depuis la Triple Donation de sainte Jeanne d'Arc, suit-il un agenda caché de la Providence ? Si l'on observe le royaume depuis Sirius, on s'aperçoit que tous les caractères, tempéraments, qualités, vices et simples défauts ont existé chez les rois régnants, parfois immoraux, ce qui infirme par exemple un projet d'exemplarité du prince destiné à l'éducation des masses par le relais des clercs. Sur le terrain pas mieux : la marche au Rhin et la conversion des peuples résidents qui aurait pu la motiver, toujours dans l'esprit de la lieutenance du Christ, ont échoué après s'être avérée particulièrement sanglante et barbare si l'on pense au sac du Palatinat au Grand Siècle pourtant ! Par ailleurs considérant le bonheur des brebis, tout au long de l'histoire capétienne - mais sans doute en aurait-il été de même avec une autre race de rois - les peuples du royaume ont subi sans le secours du Ciel les assauts climatiques, les pestes, la disette, les guerres provoquées ou déclarées par leurs rois sous des prétextes bien étrangers à leur bonheur - qu'on pense à l'épopée milanaise de François Ier - et nous ne mettrons pas dans le lot les guerres de défense du territoire parfaitement justifiées quel que soit l'agresseur, mais qui apportèrent leur lot de misère. Quid des injustices d'un régime féodal prédateur maintenu trop longtemps au gouvernement des hommes, qui conduira à l'insurrection générale contre un roi faible et pusillanime ? Le régime monarchique en mourra ! Et ironie du sort, pour faire place à des régimes plus sanglants encore qui engageront le pays dans une guerre ouverte permanente de vingt-trois ans, de Valmy à Waterloo. Nous perdrons toutes les guerres ensuite(3). Oui, l'agenda de la Providence est bien caché ! On dirait même qu'elle ne nous aime pas !

Note (3) : 1870, 1914 (à la Noël 14 nous avions déjà consommé toute l'infanterie de ligne et remonté au front les régiments à trois chiffres), 1939, Indochine 1954.


Mise en cause de la loi salique

Ces rois-lieutenants furent-ils les bons sinon guidés vers le bien commun ? Ont-ils maintenu Son royaume sur la trajectoire choisie ? A priori pas toujours comme nous le mentionnons ci-dessus. Au fil des successions on constate que trop souvent l'affaissement du projet capétien met en cause un de ses piliers fondateurs : la loi salique. Au résultat des courses, la loi de succession patrilinéaire ruine par moment la continuité de l'Etat et met en danger la couronne elle-même. Si les couronnes des deux premières races étaient ceintes presque exclusivement pour la guerre et appelaient dans leur conversation avec Dieu des généraux de cavalerie, les filles de la première dynastie capétienne n'auraient sans doute pas démérité ensuite puisqu'elles auraient su nommer les bons généraux en les laissant exercer leur art sans interférer dans les successions dynastiques que les docteurs de la loi auraient mises hors de leur portée - d'accord, ça n'avait pas marché avec la première race. L'objection juridique menant à l'exhérédation des filles de la couronne n'aurait pas tenu longtemps avec une loi patrimoniale d'inaliénabilité interdisant "l'exportation" des biens et pouvoirs d'icelle dans le même sens qu'on interdirait bientôt sa disposition.
C'est la règle patriarcale héritée du monde militaire gréco-romain qui s'imposa dans le droit archaïque médévial, plus que la loi barbare des Francs saliens qui n'était à l'origine qu'un tarif de peines appliquées au coupable et accessoirement des dispositions réglant les héritages fonciers sur le territoire des préfectures létiques dans la coutume matrilinéaire franque4. Les docteurs de mauvaise foi qui exhumèrent une vieille règle coutumière des peuples de la forêt, promptement rédigée en latin compréhensible pour y adosser les intérêts des pouvoirs masculins régnants, construisirent le corpus des lois fondamentales au motif premier de pacifier les successions royales, au second, de réduire la hoirie, mais aussi de perpétuer leur propre influence dans l'entourage royal (qui dit loi dit chicane dit juge). L'application de ces lois aboutit, à la fin de l'histoire, à la liquéfaction du modèle par extinction de la production de titulaires ; on peut dire que le comte de Chambord, aussi intelligent fut-il, n'eut pas la force d'y répondre quand il sacrifia la possibilité d'une descendance dans une union non consommable, Marie-Thérèse de Modène étant de naissance bréhaigne et notoirement. Les couronnes qui s'en privèrent, adeptes de la primogéniture absolue, ont connu des reines exceptionnelles, on pense aux couronnes britanniques.
En passant, on ne peut comparer dans l'histoire l'aptitude des uns et des autres à gouverner sans évoquer la différence de formation des enfants royaux selon leur sexe à partir de la Renaissance. La loi salique est aujourd'hui défendue sans raison immédiate pour être raccord avec une tradition qui voudrait que l'obligation de masculinité du monarque, au même titre que celle du prêtre, réponde au devoir d'état de lieutenant du Christ. Ces arcanes oubliés se révélèrent toxiques pour la dynastie ; pourquoi s'y accrocher, reste pour moi un mystère, mais si on revient à l'idée poussée par ChouandeCœur, la Providence s'en serait servie pour ouvrir le chemin à certains et le fermer à d'autres. Dont acte !

Note (4): Le pacte pénal original des Francs saliens disposait des alleux comme suit : « Si quis mortuus fuerit et filios non demiserit, si mater sua superfuerit, ipsa in hereditatem succedat. Tunc si ipsi non fuerint, soror matris in hereditatem succedat.» (si quelqu'un meurt sans enfant et que sa mère lui survive, c'est elle qui hérite ; si ceux-là aussi sont décédés et qu'il demeure des sœurs de la mère, elles héritent). Les textes couvrant la dévolution des terres seront retravaillés ensuite par les docteurs carolingiens pour sortir les femmes de la succession d'Etat. Aller plus loin c'est par ici.




dessin_crane-et-tibias


Conclusion

Il n'y en a pas. La mécanique des successions dynastiques sciemment déviées par la Providence est une question préalable de foi et d'interprétation de "signaux". La démarche providentialiste n'en est pas moins estimable pour au moins une raison d'importance : elle arrache les royalistes à la querelle dynastique. L'Ost se rangera en bataille et Dieu donnera la victoire, à la meilleure artillerie (avait ajouté Napoléon). C'est bien sûr une attitude de confort moral que de savoir la Providence en action, et certains penseurs légitimistes le dénoncent, préférant mobiliser l'énergie pour le succès de l'aîné des Capétiens, sans surinterpréter les signaux faibles de l'au-delà. Il ne faut pas tomber dans le piège consistant à "penser" à la place de Dieu et "prévoir" Ses intentions, ce que font trop souvent des providentialistes exaltés quand ils font vivre le mythe du grand monarque caché qui attend, non son heure mais l'ordre divin d'apparaître. A tout prendre, je préfèrerais le Mérovingien caché de la race de David et dans le Midi, le dernier des Wisigoths.

Il n'en demeure pas moins que la querelle dynastique maintenue éveillée est le verrou de toute restauration monarchique en France. Alors, est-elle voulue par le Ciel ? Nous observons que les princes en cause se prêtent parfaitement à ce dessein destructeur puisque aucun d'eux n'a jamais suggéré que l'avénement du roi devait passer avant le concours d'ego et de légitimités croisées, et que son propre retrait ne poserait aucune difficulté si son concurrent avait de meilleures chances que lui, ou si la Providence se manifestait en faveur de l'autre de manière explicite pour une fois. Au fond de leur cœur, aucun n'y croit ! C'est une des limites du projet royaliste. Il ne reste plus qu'à... "instaurer".

lundi 26 septembre 2016

De l'abdication des rois de ce temps

SM Akihito 125è Empereur du Japon
Le Japon se prépare à l'abdication de sa majesté impériale qui dans son discours¹ à la nation du 8 août dernier, la demande. Il met en avant l'âge et ses misères physiologiques rapportées à une fonction iconographique, incarnative, intercédante avec les puissances célestes, ce qui est contradictoire en un sens. Demi-dieu sur terre du Japon éternel, il devrait mourir tranquillement à son poste, la succession étant assurée. Tant que tourne la lentille du phare on n'en change pas et la présence ressentie de l'empereur suffit. Il fut dans l'histoire des souverains invisibles et très puissants, voire craints dans leur silence. Est-il nécessaire de sortir au balcon pour être roi ?


Contrairement aux royaumes d'Asie où peuvent régner des ombres, la situation est différente chez les monarchies européennes où la fonction représentative est bien plus harassante puisque la seule exercée publiquement. Consulter le programme des maisons royales qui est affiché jour après jour sur le site de Régine Salens Noblesse & Royautés vaut mieux qu'un long discours. Même la lointaine monarchie hachémite de Jordanie n'y déroge pas. La plus belle reine du monde est de tous les événements jusqu'à épuiser ses couturières, le petit roi arrive à la suivre parfois.

Ce sont les reines des Pays-Bas qui avaient ouvert la voie de la retraite, abdiquant de leur vivant, qui Wilhelmine en faveur de Juliana, celle-ci en faveur de Beatrix qui à son tour cédera le trône à son fils Willem-Alexander. Le Grand Duc Jean de Luxembourg a de même passé la main à son fils Henri tout comme le prince Franz-Joseph II de Liechtenstein en faveur de son fils Hans-Adam II. Les plus marquants furent les retraits du roi Juan-Carlos d'Espagne en faveur de son fils Felipe VI et du roi des Belges Albert II en faveur de son fils Philippe. On ne peut parler d'abdications sans évoquer celle du pape Benoît XVI, fin théologien et piètre dictateur, à ceci près qu'il ne put désigner son successeur.

Le prince des Asturies devient Felipe VI
Ces successions du vivant du titulaire deviennent une heureuse coutume. Les monarchies modernes ne souffrent pas la diminution des capacités du prince en charge. Qu'on se rappelle la mise en péril de la dynastie espagnole par l'accident de chasse à l'éléphant du roi d'Espagne et les révélations que cet outrage écologique a débondées sur sa vie privée. Le royaume fait face à de sérieux ennemis, à commencer par les Basques et les Catalans, sans parler de la révision constitutionnelle appelée par la succession de deux filles qui oblige à revenir aux Partidas d'Alphonse X. Tous ces rois prématurés tiennent leur rang avec dignité et mènent les affaires avec sagacité et transparence. Ils savent le poids de l'Opinion sur leur avenir. Leurs épouses sont toutes un soutien efficace et remarquables la plupart du temps.


Reste à part la mère de toutes les monarchies constitutionnelles. La reine d'Angleterre va atteindre les soixante-cinq ans de règne. Elle aura épuisé quatorze premiers ministres et se sent d'attaque pour continuer, au détriment de son fils aussi mal marié que remarié et plutôt insaisissable quant à ses intentions. Le Royaume uni a fait sienne l'idée de passer le relais entre elle et son petit-fils William, duc de Cambridge, qui avec son épouse inséparable s'active comme l'héritier imminent de la couronne britannique.

- un parfum d'éternité -


La monarchie étant un régime de chair et de sang, a cet avantage sur les régimes froids, de l'adaptation. La "coutume" se crée en continu. Nos rois de France n'abdiquaient pas, seule leur mort était le signal du renouveau. Souhaitons que les sages qui veillent aux lois fondamentales du royaume de France sachent le jour venu en adapter les dispositions aux circonstances, ce que les anciens n'avaient jamais cessé de faire du vivant de la monarchie avant que leurs lointains successeurs ne les figent dans des concepts hors du temps quand la monarchie fut morte. Les Lois sont une indication, un cadre, un canevas, un scénario. Elles évolueront à nouveau lors de la renaissance du royaume, naturellement. Pour le moment, gravées dans le marbre funéraire d'un régime disparu, elles nous servent de main courante sur la via ferrata de la restauration ; mais il faudra bien quitter un jour les parcours touristiques escarpés et entrer dans la vraie vie des nations.


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jeudi 11 octobre 2012

Une horde de gonzesses

L'assassinat presque réussi d'une gamine de quatorze ans en vallée de Swat a causé un électro-choc dans la société politique pakistanaise. Et il faut dire qu'on l'attendait depuis assez longtemps, même si les opérations de traque n'ont jamais vraiment cessé aux FATAs¹. Après le président Asif Ali Zardari qui a répété sa détermination à combattre les islamistes et à défendre l'accès des filles à l'école, c'est le ministre de l'Information de la province où se trouve Swat, en plein coeur du pays taliban, qui a dénoncé l'attaque de "terroristes" contre une "icône de la paix", appelant à l'offensive militaire générale contre tous les combattants islamistes du nord-ouest. La chambre basse d'Islamabad a suspendu ses travaux pour condamner l'attaque ignoble et le chef d'état-major de l'armée pakistanaise s'est rendu au chevet de l'adolescente pour condamner les "lâches". Des manifestations spontanées de femmes voilées ont surgi par tout le Pakistan jusqu'à Lahore, capitale culturelle du pays.
Ce qui n'a pas empêché le fier Mouvement des talibans du Pakistan (TTP)² d'annoncer que Malala Yousufzai restait une cible à abattre pour eux ! D'où l'ordre donné par le Ministre de l'Intérieur d'expédier la gamine, toujours sous respirateur artificiel à l'Hôpital militaire mixte de Peshawar, à l'étranger, sans doute Dubaï. Un avion des Pakistan International Airlines a été aménagé pour ce transport.

C'est à l'âge de 11 ans qu'elle se révolta sur son blogue (hébergé par BBC India Urdu) contre la mainmise des fondamentalistes sur la vallée de Swat, qui brûlaient les écoles de filles. Elle n'acceptait pas de se voir rabaissée au rang d'une chose, vendue à quiconque de solvable et promise à une obéissance de tous les instants dans la vie rêvée de femme musulmane de stricte obédience. Elle voulait devenir médecin. Si elle s'en sort, elle y parviendra.

La race fière qui a longtemps fourni les fameux garde-frontière des Khyber Riffles a versé pour partie dans la bestialité de chiens peureux tout juste bons à empoisonner les citernes d'eau des écoles (quel courage !) ou s'embusquer comme des pleutres au bord des chemins creux, quand ce n'est pas de faire exploser leur 150 livres de connerie au milieu de la foule. A ce stade d'abrutissement il n'est d'autre choix que l'élimination. C'est la conviction nouvelle de l'armée pakistanaise qui a cessé de "négocier", quoiqu'ait suggéré l'ISI³ maintenant déconsidérée.

Le blogue de Malala, Gul Makai diary, n'est pas accédé en ligne et c'est dommage. Le père de Malala, Ziauddin Yousafzai, est un poète de la belle langue ourdou et directeur d'école qui a toujours soutenu la surdouée de la famille.
D'autres jeunes filles au Pakistan et en Afghanistan, se sont levées contre la promesse fondamentaliste d'un destin d'idiotes et on ne peut que saluer leur courage, plutôt rare d'ailleurs chez leurs frères apathiques. Elles risquent leur peau parce qu'elles pensent que l'avenir est aux femmes. Normal, quand on voit les résultats mirobolants obtenus sur terre par le sexe fort.



(1) Federal Administered Tribal Areas, zone montagneuse du Nord-Ouest à la frontière afghane qui n'est pas régie par les lois d'Islamabad mais par la coutume administrée par des agences (comme les agences indiennes aux Etats-Unis).
(2) Tehrik-e-Taliban Pakistan est une alliance terroriste des groupes rebelles des FATAs et de la province de Khyber Pakhtunkhwa (où se situe la vallée de Swat). Ses chefs se succèdent à mesure de leur élimination par l'armée pakistanaise.
(3) Inter-services Intelligence, service de renseignement pakistanais convaincu de manipulation des terroristes afghans


Postscriptum AFP-11/10/12 : L'adolescente a été finalement admise à l'Institut de cardiologie des forces armées pakistanaises de Rawalpindi. Un couple de médecins britanniques, qui assistait à une conférence au Pakistan au moment de l'attaque, s'est joint à l'équipe médicale pakistanaise.




jeudi 10 juin 2010

De l'autorité du réel

trapèze volantA observer les chefs de chapelle depuis un demi-siècle (déjà!), je me suis posé la question souvent de la captation de l'héritage par des légataires auto-désignés. Ceci ne concerne pas la Querelle dynastique bien qu'elle reste un puissant moteur militant, mais cette propension de certains royalistes publics à s'attribuer la défense et illustration du royaume à venir et qui littéralement "font le roi". Pour sa part, le piéton du roi est bien placé pour parler des "royalistes privés" qui sont un cas à part et construisent dans leur coin leur régime individuel et portatif !
De qui détenons-nous la charge de veiller aux intérêts du royaume ?
Les premiers répondent avoir été convoqués par la morale, le devoir ou l'honneur, ou tout cela, les uns et l'autre, vertus muettes qui ne se contredisent jamais. D'autres comme moi, grands coupables aux yeux de l'Inquisition, se laissent emportés par la jouissance dialectique d'un champ ouvert aux quatre vents de la pensée. Aucun n'a la libre-pratique de cet exercice. Je vous explique pourquoi.

Les princes en sont-ils conscients ?
Bien sûr ! Laissent-ils faire par gentillesse, vanité, désintérêt ou faiblesse ? Qu'importe ! Le flou de leur "doctrine" contribue à la prolifération désordonnée des idées royalistes et l'outrecuidance du manant naît de leur silence. Ce qui ne veut pas dire qu'ils n'aient pas potassé la question, mais dans un monde d'images et d'opinions où les citoyens veulent comprendre concrètement quels sont les effets des meilleurs principes, ils en restent à la métaphore, à la périphrase. Aussi faut-il "broder" l'étendard à leur place. Ce travail de conception, jugé par d'aucuns présomptueux, est très utile à propager l'idée du roi. Mais qui ne s'est jamais trouvé un moment suspendu dans le vide ?
Au trapèze donc ! Au dessus du vrai monde.

les princes à la Ferronnerie
Les commémorations en ce quadricentenaire de la mort du roi Henri IV sont l'occasion d'exalter le régime disparu dans une convergence de louanges qui reconstruisent le concept à la limite du mythe, s'appuyant sur la lecture d'ouvrages dithyrambiques qui ne font pas la part du gueux, afin de tendre un fil impeccable du baptême de Clovis au martyre de Louis XVI. Il y eut de magnifiques pages sous l'Ancien Régime, et aussi de grands et longs malheurs. La belle histoire doit partager ses pages avec la condition rude et parfois injuste des sujets ordinaires qui finirent un jour par jeter le bain, la bonde et tout ce qui y nageait ! Une approche critique de la période bourbonienne est nécessaire. Des chercheurs s'y emploient mais dans le milieu royaliste sont peu lus, qui préfère l'hagiographie endogamique et les proclamations fondatrices définitives.

Rebâtir à l'équilibre un système effondré, par la seule force de la logique - ce fut la démarche d'un Charles Maurras - commence par les fondations. Non point les fondations historiques ou dogmatiques qui sont bien connues pour n'y point revenir ici, mais le terrain dans lequel on veut les dresser maintenant. Ce terrain n'est pas un cadeau. Il est meuble et raviné par endroit, il mélange les marnes maçonniques, les grès bonapartistes, l'argile conciliaire, le granit capétien et le sable socialiste, beaucoup de sable. C'est bien le dernier endroit où bâtir un royaume, mais ce terrain incommode nous est imposé puisque l'histoire nous en a fait propriétaires.
Les règles de l'art de bâtir obligent à sonder avant le terrassement, c'est la recherche du pays réel. Pas le pays réel rêvé, mais le pays réel réel ! La sociologie de la France actuelle nous donnent trois évidences parmi cent. Nous allons essayer de nous en servir.

I.- Nos concitoyens vivent dans une démocratie parlementaire.
Pervertis par l'escroquerie du suffrage universel qui les convoque à donner leur opinion sur des questions comprises peu ou prou, ils subissent le filtrage de leur choix par les corps constitués. Cette frustration exacerbe leur "besoin" d'expression et crée les conditions d'une démocratie de voirie où l'on marche contre tout, jusqu'aux paysans qui défilent pour la pluie.

parlement de Berne
Les ravages du parlementarisme sont si notoires - les assemblées n'ont besoin de personne pour se déconsidérer elles-mêmes - qu'il n'y aurait aucune difficulté à réformer le parlement si le populaire avait la main, par référendum ou mandat impératif à ses représentants. Le parlement de Budapest vient de s'amputer de 48% de ses sièges pour respecter la promesse du premier ministre élu.
S'il est possible de revenir à un parlement monocaméral par économie de temps et de moyens, il ne peut être question d'annuler la chambre basse. La spécialiser ou la dé-spécialiser selon l'effet attendu, dans le souci premier de la contenir est une vieille recette. [Le chancelier Maupéou vient de roter d'aise dans le sarcophage].
La dévolution de certains choix à des instances bureaucratiques transnationales est un bon moyen d'extraire de l'hémicycle l'essentiel des joutes puériles engagées au sein du syndicat professionnel des députés de métier ! Tous les exécutifs en conviennent in petto qui envoient à Bruxelles leur projet à retravailler pour le reprendre ensuite comme loi communautaire en toute hypocrisie.
Ainsi le régime à venir devra-t-il composer avec une démocratie orale dans un parlement décoratif, et canaliser l'impatience des citoyens à se mêler des affaires de la cité dans des choix sociaux qui s'exprimeront sur l'espace de conscience politique de chacun. Les "républiques" de Charles Maurras sont des soupapes. Il ne faut pas les oublier.

II.- Les Droits ont été proclamés.
Les hommes naissent égaux en droit. Ce n'est pas le texte exact de la Déclaration de 1789 qui applique abusivement le pluriel "droits", mais c'est une loi qui promet à chacun le droit de jouer sa vie ou son destin dans tous les compartiments sociaux sans exclusive. Le temps qui coule se charge de spécialiser chaque citoyen selon l'éducation reçue, le patrimoine accessible, le capital relationnel, la chance, la malchance et surtout sa volonté et sa force de caractère.
Margaret Thatcher casquéeDans cette "égalité en droit" il y a celle des sexes. La société lutte chaque jour pour l'égalité de traitement à mérites égaux de la moitié de l'espèce humaine. Si la différenciation des genres favorise la réalisation de destins spécifiques voire de privilèges naturels - l'esprit de finesse et celui de géométrie sont distribués différemment (sauf chez Mme Thatcher) - les droits fondamentaux individuels ne peuvent être sexés (j'aplanis mon chemin vers la Coupole) surtout dans l'accès à la conduite des affaires politiques et économiques ; l'expérience ayant montré la vanité du machisme institutionnel. Et dans un raccourci saisissant on en arrive à la loi salique.
Expliquée assez finement dans un billet de Vivatrex sur les lois fondamentales (clic), la loi salique est une loi de circonstance comme toutes ses soeurs, qui ne se justifie qu'à l'aune du Bien et du Juste. Or l'argument historique de ne point céder par mariage le royaume à un prince étranger qui pourrait le revendre à un tiers malveillant, etc... est obsolète. On ne vend plus les pays et de vous à moi, mais ne le répétez pas, le Plantagenêt avait autant de droits et de coeur français que le capétien. Richard Ier d'Angleterre fut enterré en l’abbaye de Fontevraud près de son père Henri II, ses entrailles furent mises à Châlus où il fut blessé et son cœur repose à Rouen.
De nos jours, la Reine redevient "capable" car elle participe de "l'égalité en droit" qui est passée sur le siècle. La loi salique serait à remiser au musée mérovingien de Rennes-le-Château et nous pourrions lui substituer, comme en Espagne, une simple loi de préférence énoncée comme suit:
« Faute de fils, règne la fille du roi »


III.- La France est déchristianisée.
La déchristianisation du pays, aussi regrettable soit-elle, vient de loin. On sait qu'elle était bien avancée à l'ouverture des hostilités révolutionnaires et de fortes présomptions laissent accroire qu'elles étaient tournées vers l'institution plutôt que vers Dieu. D'ailleurs la première mouture du régime nouveau était religieuse. La corruption d'une institution puissamment fortifiée dans une société qui devait lui donner toujours raison, disposant librement de ses codes propres, de ses tribunaux, de ses privilèges fiscaux et de juteuses prébendes, pesa plus lourd dans l'esprit rebelle du commun que le service des âmes ici bas et leur salut dans l'au-delà qu'elle organisait dans des rites universellement acceptés. Le "besoin" de sacrements est indélébile.

ancienne abbayeDe nos jours, les églises de premier rang sont ignorées par la majorité des gens, quelquefois discréditées gratuitement comme dans cette campagne lamentable de pédophilie, alors que le foisonnement des sectes et des églises de second rang, temple du rabâchage des Témoins, du gospel hip-hop évangélique ou de l'inquisition mormone, indique que le spirituel n'est pas mort. L'islam échappe pour le moment à ce reflux bien qu'il soit amorcé dans les pays d'origine, et le bouddhisme progresse par le prestige du dalaï-lama et l'aura de ses complications essentielles - à vous y mettre, préférez le Grand Véhicule.
Qui verrait gagnant l'attelage du trône et de l'autel sur un terreau déchristianisé ? Comme le dit Jean Raspail, le roi ne pourra rentrer d'exil que dans un pays rechristianisé. A défaut de quoi il restera un roi de vitrail. Oui mais !
Ce préalable dans le droit fil de la doctrine légitimiste intégrale nous convoque à l'impossible, et à cela nul n'est tenu sur terre. L'Eglise est en phase de reflux depuis des siècles et l'inversion des courants peut ne pas intervenir avant cent ou deux cents ans. Or nous avons dramatiquement besoin d'une monarchie pour réparer la Nation attaquée de toute part dans le pays qu'elle habite, parce que nous savons que cette architecture, même déliée de la transcendance, favorisera les lois naturelles du Bien et du Juste en première instance, et toutes les libertés dont l'homme a besoin pour s'épanouir dans un projet personnel, dans une entreprise, dans la création, l'innovation, seules choses à nous confiées par la Globalisation.

Certes on pourrait y parvenir avec une monarchie provisoire sans roi - c'est la tendance lourde de l'Opinion désorientée, quand elle réclame l'homme providentiel - son Boulanger, son Général, son Sarkozy (si,si)- mais l'histoire autant que l'actualité nous dit que ce jaillissement d'une solution autoritaire ne dispose que d'un soutien éphémère, les Français étant rétifs à l'autoritarisme. Seul un roi de consensus passera si ses pouvoirs sont finement réglés et si l'on veut bien ne pas oublier la démocratie de proximité. La Nation peut tout à fait disparaître en moins de deux générations par banqueroute ou simple négligence économique et le pays être démembré au profit des intérêts du temps, régionalisation transfrontière, nations sans état, sanctuaires productivistes, principautés d'orgueil, émirats(?!) ; tout est possible dans un pays ruiné.
L'urgence prime une hypothétique christianisation des sols qu'il n'est pas non plus inutile de mettre en mouvement dès à présent.

En conclusion. Sans en faire un système.
La situation actuelle de notre société décrite dans ces trois domaines de la démocratie, des droits de l'homme et de la religion, nous prévient de ne point chevaucher la chimère de l'Ancien régime. Ne souriez pas, des cercles phosphorent sur cet axe sans bien sûr le concrétiser puisque l'impasse politique dans laquelle ils avancent se termine avec la loi de Providence : « Soulève la montagne pour moi, Seigneur ». En attendant d'être obéis, ils défendent la mémoire d'un âge d'or et substituent à l'action immédiate la veille au rempart du futur retour. Glissons.

La démocratisation irréversible nous limite à une monarchie constitutionnelle dans laquelle nous chercherons à réduire la dérive parlementariste inhérente à l'ambition humaine d'arriver en sécurité. Les mesures à prendre sont connues, sachant que l'économique commande à tout aujourd'hui.
La nécessité de libertés et d'innovation oblige à dégager des ressources en nombre et donc à contenir a minima l'Etat dans ses fonctions régaliennes strictes, ce qui convient très bien à un gouvernement resserré du modèle monarchique.
Quant à la profonde déchristianisation du pays, elle nous signale qu'il est vain d'attendre la révolution catholique pour vulgariser une offre politique royaliste. Faut-il encore qu'elle soit lisible, comprise par les gens de ce temps. D'où un gros travail d'aggiornamento, à commencer par tourner le dos quelquefois au passé lourdement chargé par les historiens idéologues, pour nous inventer des lendemains qui chantent.


le sceptre d'Ottokar
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mardi 3 novembre 2009

Lex salica, de Madrid à Paris

un manuscrit de la Lex SalicaDans la 29è livraison du Lien Légitimiste¹, Gérard de Villèle signale une déclaration méconnue du roi Louis-Philippe rapportée par le prince Jules de Polignac (dernier premier ministre de Charles X) dans un ouvrage publié à Paris sous la monarchie de Juillet en 1845. C'est la question des dommages collatéraux d'un retour aux Partidas chez les cousins d'Espagne. Ce document est le 26° de la somme Sainty. L'affaire est d'actualité, on verra plus bas.
« Ce n'est pas seulement comme Français que je prends un vif intérêt à cette question, c'est aussi comme père. Dans le cas, en effet (ce qui n'arrivera jamais de mon temps) où nous aurions le malheur de perdre M. le duc de Bordeaux sans qu'il laissât d'enfant, la couronne reviendra à mon fils ainé, pourvu que la loi salique soit maintenue en Espagne ; car, si elle le l'était pas, la renonciation de Philippe V au trône de France, en son nom et au nom de ses descendants mâles, serait frappée de nullité, puisque ce n'est qu'en acte de cette renonciation que les descendants de ce prince ont acquis un droit incontestable à la couronne d'Espagne ; mais, si ce droit leur est enlevé, ils peuvent réclamer celui que leur donne la loi salique française à l'héritage de Louis XIV. Or, comme petits-fils de Louis XIV, ils passent avant mes enfants »...
La Somme de la Querelle dynastique a été faite par Guy Sainty, sur la base de 46 documents originaux de toute provenance. Elle a été publiée intégralement sur le site Chivalric Orders en six lourdes pages, complétées de notes. C'est en anglais. Bon courage... mais il y a tout.

les partidasLes (7)Partidas du roi Alfonso el Sabio (Alphonse le sage) sont les lois fondamentales du royaume d'Espagne jusqu'à l'arrivée du Dauphin de France, Philippe V de Bourbon, qui apporta avec lui en 1701 la loi dite-franque de succession par les mâles, connue sous le nom magique de loi salique. Pour comprendre les Partidas, la notice de Garcia Marsilla éditée par Persée est très utile, mais la notice de la wikipedia en espagnol sur les Partidas est complète aussi, avec des accès vers les grimoires d'époque. On retiendra par ailleurs que la loi franque originale fut altérée par Philippe V en installant par défaut les femmes dans la succession, puis abrogée par le roi Fernando VII qui privilégiait ainsi, contre son frère cadet Don Carlos, sa fille Isabel. La Pragmatique Sanction de Fernando, excluant vingt princes du sang, contredisait les Renonciations de Philippe V qui devenaient sans objet. Sous les protestations des princes de Bourbon, le roi révoqua la Pragmatique, la réinstaura, tomba malade et mourut. La guerre carliste commençait, mais les mâles se succédant, la chose en resta là pendant le naufrage de l'Etat espagnol et la dictature qu'il appela. La Constitution de 1978 reprend la loi semi-salique de Philippe V. A noter que les modifications de la constitution espagnole sont approuvées par les Cortès, à l'issue de quoi ceux-ci sont dissous² et renvoyés devant le corps électoral (Titre X de la Constitution).

Donc par l'article 57.1 du Titre II³, l'homme précède la femme pour la succession sur le trône, s'il y a égalités de lignée et degré. Ce vestige "français" irrite les démocrates qui brandissent les Partidas "castillanes" tellement plus modernes, même après huit siècles ! L'article 57.1 contrevient en outre aux dispositions de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, adoptée le 18 décembre 1979 par l’Assemblée Générale des Nations Unies, mais l'Espagne est dérogataire pour son Titre II qui organise la monarchie.

la famille d'Asturies
Dans la mesure où le prince des Asturies Felipe et son épouse Letizia, parents de deux charmantes petites filles, n'ont pas de troisième enfant, éventuellement mâle qui disputerait alors le trône à sa soeur aînée, la révision constitutionnelle perd de son urgence dans l'Opinion, mais n'en demeure pas moins sur l'agenda politique pour continuer la "modernisation" du pays et renforcer l'hispanicité de la couronne, sa transmission n'étant pas forcément paisible. L'autre motif est bien sûr de cesser la dérogation onusienne machiste et d'aligner la couronne espagnole sur celles des monarchies du Nord que rien ne semble menacer à long terme. En fait il ne s'agit que de "rentrer dans le rang" et perpétuer la charge.

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Le référendum qui doit clôturer la procédure de révision peut - comme il en va souvent dans ce genre de consultation populiste - tourner au référendum "pour ou contre la monarchie". Car si les Espagnols sont très majoritairement "juancarlistes", il n'est pas sûr qu'ils aient choppé le virus monarchiste. Trois provinces sont ouvertement indépendantistes et donc républicaines, la Galicie, le Pays Basque et la Catalogne. Un référendum constitutionnel pourrait créer in fine le royaume "désaliquisé" de Castille et Grenade, et trois républiques dans un cadre confédéral européen, en lieu et place du royaume historique des Espagnes.

carte des espagnes
Il n'est pas dit que la Crise, aiguisant les impatiences, n'aboutisse jamais à une explosion de la nation hispanique. Auquel cas, les conventions d'Utrecht dont se réclame chaque jour Orléans pour asseoir ses revendications, tomberaient en quenouille (c'est le mot)... et il faudrait trouver autre chose. Dur, dur !

Note (1): Le Lien Légitimiste, Petit-Prix, 37240 La Chapelle-Blanche-St Martin
Note (2): l'annulation des vestiges saliques touche au Titre Il (sur la Monarchie) et exige donc la procédure extraordinaire prévue : c’est-à-dire, que le nouvel article soit approuvé à la majorité des deux tiers des membres de chaque Chambre ; ensuite que l’on procède à la dissolution immédiate des Cortes ; puis, que les Chambres élues ratifient la décision et procèdent à l’étude du nouveau texte constitutionnel qui devra être approuvé par les deux Chambres à la majorité des deux tiers. Finalement, après avoir été approuvée par les Cortes Generales, la révision sera soumise à ratification, par voie de référendum.
Note (3): Art. 57. 1 CE : La Couronne d’Espagne est héréditaire pour les successeurs de S. M. Juan Carlos I de Bourbon, héritier légitime de la dynastie historique. La succession au trône suivra l’ordre régulier de primogéniture et de représentation, la ligne antérieure étant toujours préférée aux postérieures ; dans la même ligne, on préfèrera le degré le plus proche au plus lointain ; au même degré, l’homme à la femme et, dans le même sexe, l’aîné au cadet.



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mardi 27 mars 2007

Chez la reine de Danemark


Ogier le danois dormant
Holger Danske, Ogier le Danois chez les Francs, grand pourfendeur de Sarrasins et de Lombards, dort dans les caves du château d'Elseneur. Il se réveillera quand le pays sera menacé ou à l'appel des cornes de guerre de l'empereur Charlemagne qui lui, enchâssé d'or en réparation du pillage de ses attributs de majesté et de son épée par ses successeurs, repose en sa bonne ville d'Aix-la-Chapelle.

Si les caricatures du Prophète des terroristes ne l'ont fait en rien frémir, pas plus que l'incinération des ambassades en Syrie et au Liban - d'ailleurs il aurait bien été le seul dans ce cas, vu le silence assourdissant des amis du royaume - il n'en sera pas de même quand on lui dira que le petit prince Christian, fils du dauphin Frederik, ne boit pas son lait d'aurochs dans un crâne de maure comme le veut l'étiquette du palais d'Amalienborg.

Il y a quelque chose de pourri à la maison de Danemark (... Hamlet ...) : le gentil poupon a été délaissé à la crèche municipale de Fredensborg par son aussie de maman. "C'est bon pour l'éveil et plus hygiénique car on y fait bouillir les tétines" a-t-elle déclaré à la presse en folie qui mitraillait à tout va. Les Danois adorent leur princesse des antipodes.

christian de danemark
Le royaume le plus craint d'Odin s'est soumis à une reine, et dispose d'un prince consort français, Henri de Montpezat. Comment les Grands Danes ont-ils pu dédaigner la loi salique ou ce qui en tiendrait lieu au pays des brumes éternelles, et confié leur destin au sexe faible ? Le royaume est-il disponible pour un prince étranger qui y ferait sa loi et le vendrait pour une couronne symbolique à un homme d'affaires canado-smyrno-arméno-hongrois comme l'OM. A l'évidence, non ! Idem pour Bernadotte en Suède.

Margrethe II de DanemarkAlors je voudrais connaître plus à fond cet argument de francité qui bride en France l'abandon de la vieille loi salique, au motif que le trône passerait dans des mains étrangères, forcément hostiles. Des reines, on en trouve régulièrement dans les royaumes du Nord. En Grande Bretagne, aux Pays Bas ! Et aucune fois l'on n'a vu "partir" le royaume. Peut-être dans notre "monde" royaliste (j'allais donner du "mouvement") est-il dangereusement progressiste de prendre en considération les moeurs du temps. S'il y a une vie après la mort, les Mérovingiens qui furent dépêchés en nombre dans ce fameux Walhalla qu'on leur rebaptisa Paradis, doivent pouffer de rire devant leur PS-III céleste, à nous savoir encombrés d'une vieille loi franque qu'ils ont sans doute depuis longtemps oubliée.


Emmanuelle de DampierreSur terre comme au ciel, de nos jours les walkyries commandent ! Regardez l'autorité de Bernadette Chodron de Courcel (yellow coins), l'agressivité naturelle de Simone Jacob (unveil my heart), l'arrogance propre aux sots de Marie-Ségolène R., le gant de velours cachant la main à claques de Cécilia Ciganer-Albeniz, et on y passerait une heure à faire des comparaisons avec leurs homologues masculins. Mais rien que pour le fun, opposez les caractères morphologiques de ... Marie Drucker et François Baroin, Céline Dion et René Angélil, Clara Lejeune et Hervé Gaymard, Charlotte Rampling et Jean-Michel Jarre, Nadine Lhopitalier et Edmond de Rothschild, Simone Signoret et Ivo Livi, Bonnie Parker et Clyde Barrow, ... rien n'interdit un meilleur gouvernement des femmes, si rien ne le garantit non plus.

Le gouvernement des hommes ne se limite pas à l'haltérophilie, sinon il n'y aurait partout que des dynasties basques. Les chances d'avoir une pointure sont les mêmes dans les deux sexes, et d'avoir une cloche tout pareil. Les Français risquent bien de nous le montrer dans quelques semaines.

Alors pourquoi cette discrimination qui procède sans doute de Néandertal et de la chasse à l'ours ? Où est l'erreur d'origine ? Dans le péché du même nom au jardin d'Eden, si l'on en croit la légende hébraïque de la Genèse.
Tuons à y être tous les serpents, et interdisons le cidre de pomme !


Vive la Reine !


armes de la maison de Danemark

mercredi 10 janvier 2007

Préavis de succession

armoiries de France et Navarre

La duchesse Carmen de Franco, bon pied bon oeil sur ses 80 ans, a la joie de nous annoncer la naissance au printemps prochain de son arrière-petite-fille chez le prince et la princesse de Bourbon. N'étant pas destinée à la tabacalera voisine, elle ne s'appellera pas Carmen, c'est promis.

Tous nos voeux à Louis et Marguerite pour que ça se passe bien. Nos coeurs se gonflent déjà de joie.

Mais j'entre-aperçois des esprits pénétrés qui sourcillent. Où est le mâle ? La loi de primogéniture virile est intangible en pays capétien. D'ailleurs la Lex Salica dispose sous son titre XXXIV - De Alode à l'article 6, que ...
De Terra Uero Salica Nulla Portio Hereditatis Mulieri Ueniat, Sed Ad Uirilem Sexum Tota Terrae Hereditas Perueniat.

Les jurisconsultes fondamentalistes invoquent la charge thaumaturgique du Lieutenant du Christ sur terre pour refuser au sexe faible la couronne de Clovis. Heureusement qu'à l'époque où ils exhumaient la vieille loi germanique pour virer le Plantagenêt de France, on a trouvé une pucelle de la plus haute famille, pour arracher le couillu dynaste aux sables mouvants de son impéritie.

Il est vrai que les reines, qui ne régnaient pas en France, ont plus souvent gouverné qu'à leur tour, au point de susciter les railleries des constitutionnalistes qui parlèrent de filer les lis, ou de partir en ... quenouille ...

Nous consulterons prochainement la sommité promise aux plus hautes fonctions juridiques de notre république monarchisante, S.E. Jean-Louis Debré, fils du regretté entonnoir qui nous a laissé la loi fondamentale en vigueur, nommé à ce qu'on murmure au Conseil constitutionnel.
Ca nous changera de Dumas !

Pour conclure, on se fera le petit bonheur de lire la prose facile de Monsieur de Voltaire sur ce beau sujet de dispute en cliquant sur son nom pour lire tout l'article "loi salique" de son Dictionnaire philosophique, dont nous vous passons un court extrait ci-dessous puisque vous êtes restés sages malgré la provocation :
«[...] Je puis donner ma voix dans les états généraux, et aucun pape n’y peut avoir de suffrage. Je donne donc ma voix sans difficulté, dans trois ou quatre cents ans, à une fille de France qui resterait seule descendante en droite ligne de Hugues Capet. Je la fais reine, pourvu qu’elle soit bien élevée, qu’elle ait l’esprit juste, et qu’elle ne soit point bigote. J’interprète en sa faveur cette loi qui dit que fille ne doit mie succéder. J’entends qu’elle n’héritera mie tant qu’il y aura mâle; mais dès que mâles défaillent, je prouve que le royaume est à elle, par nature qui l’ordonne, et pour le bien de la nation.
J’invite tous les bons Français à montrer le même respect pour le sang de tant de rois. Je crois que c’est l’unique moyen de prévenir les factions qui démembreraient l’État. Je propose qu’elle règne de son chef et qu’on la marie à quelque bon prince, qui prendra le nom et les armes, et qui par lui-même pourra posséder quelque canton, lequel sera annexé à la France, ainsi qu’on a conjoint Marie-Thérèse de Hongrie et François duc de Lorraine, le meilleur prince du monde ...» 
(Dictionnaire philosophique, loi salique)
 

Règne l'Infante de France et qu'elle soit belle comme maman !


Louis et Marguerite

mercredi 5 octobre 2005

Lois et Traditions (Vivatrex)

Le problème de la place de la Tradition en politique et de ses rapports avec la Loi me semble être au cœur du problème politique, à la racine du disfonctionnement politique contemporain. Il s’agit d’un problème de fond, quasi philosophique. Selon moi trois questions successives et complémentaires se posent :
1.– Qu’est ce que la tradition ?
2.– La loi peut elle devenir tradition ?
3.– La loi peut elle toucher à la tradition ; ou tout simplement : peut-on toucher à la tradition ?


Je chercherais à donner ma réponse à ces questions à travers celle portant sur la place des femmes dans la monarchie française.
C’est long et sans doute confus : soyez indulgents !

Qu’est-ce que la tradition ?

La tradition, la coutume, sont la cristallisation des usages d’une société. Ces usages prennent avec le temps une dimension quasi religieuse, et obtiennent une autorité certaine.
Mais quels usages retenir ? Car les usages varient souvent insensiblement au cours du temps : il sont vivants. Il n’y a qu’à voir l’évolution de la place de la reine dans les affaires publiques : elles ont certes été exclues des affaires publiques mais petit à petit, et cette exclusion, d’ailleurs, n’a pas été tournée qu'à leur encontre : elle prend place dans un mouvement plus large qui touche toute la famille royale et s’explique par les querelles perpétuelles entre la monarchie et les grands feudataires.
En effet, au 12ème siècle encore, alors que la royauté baigne dans une atmosphère très féodale et aristocratique, on peut parler de « trinité royale » (Luchaire). L’autorité de la royauté est alors exercée au nom du lignage, mais en fait elle l’est comme en indivision entre le roi, sa femme, son fils. Les autres membres de la famille ont un rôle plus effacé, à commencer par les filles qui sont vouées à des mariages à l’extérieur du lignage.
C’est ainsi que les actes royaux sont expédiés et souscrits au nom des trois. La reine est d’ailleurs sacrée et couronnée comme le roi (de même que le fils aîné avait longtemps été sacré du vivant du père, jusqu’à Philippe Auguste : il s’agissait d’interdire toute velléité d’un retour à une élection comme ce fut le cas pour Hugues Capet).

La « trinité capétienne » ne s’étiole qu’à partir du 13ème siècle au bénéfice du seul roi. Certains rois se méfient de leurs épouses issues parfois des familles de leurs ennemis ; d’autres, comme Charles V, leur laissent toujours un rôle politique important. Mais le nom de la reine disparaît des actes royaux, et elle tend à s’effacer de par la croissance de fait du pouvoir exercé par le roi.
L’évolution vers le pouvoir unique est aussi favorisée par les déboires des rois capétiens avec leur famille : Isabeau de Bavière pendant la folie de Charles VI ; les révoltes parfois gravissimes des frères et oncles apanagistes à la même époque et par la suite, jusqu’à la « Folle Guerre » ; et même plus tard (voir Gaston d’Orléans et Louis XIII, par exemple).
C’est donc surtout en réaction contre ces querelles FEODALES qu’une sorte de consensus s’impose autour de ce qui apparaît comme une évidence : pour éviter toute guerre dommageable avant tout au peuple, il faut que l’autorité royale soit absolue et confiée à un personnage unique, le roi, bien entendu.

J’insiste sur ce fait (quitte à m’éloigner un peu du sujet) : c’est le peuple dans son ensemble qui a voulu voir la monarchie évoluer vers un pouvoir toujours plus fort, toujours plus « absolu ». C’est le Tiers Etat qui, lors des Etats Généraux de 1614, adresse cette supplique au Roi : « Supplions très humblement Sa Majesté qu’il soit déclaré par les Etats et passé en loi fondamentale du royaume, qui soit inviolable et notoire à tous, que, comme il est reconnu souverain en son Etat, ne tenant sa couronne que de Dieu seul, il n’y a aucune puissance en terre, quelle qu’elle soit, spirituelle ou temporelle qui ait aucun droit sur son royaume pour en priver les personnes sacrées de nos rois, ni dispenser ou absoudre leurs sujets de la fidélité ou obéissance qu’ils lui doivent pour quelque cause et prétexte que se soit. » N’était ce pas réclamer la tout puissance du Roi ? Marie de Médicis fit d’ailleurs étouffer le texte, ne voulant pas d’un heurt trop direct avec le Pape. Quoiqu’il en soit, le fait que le roi et le peuple se soient entendus pour édifier un pouvoir absolu afin de réduire les grands féodaux est une tarte à la crème de l’Histoire. Il est significatif que le pouvoir de Louis XIV s'impose sans heurt à la suite des troubles de la Fronde ; il est tout aussi important de noter que tous les jurisconsultes de l’absolutisme soient issus du Tiers Etat.

Pour revenir au sujet, c’est encore le Tiers Etat qui, aux Etats Généraux d’Orléans (1560), a dénié à la reine mère le titre de majesté, qui sera dès lors porté uniquement par le roi. La reine mère n’aura aucune participation aux affaires, sauf en cas de régence ou de délégation explicite (comme ce fut le cas lors du départ à la guerre de Louis XIV). Il n’y a plus de communauté de biens entre le roi et la reine à partir de son avènement (tout ce que le roi acquiert « tourne au profit de la république qui est leur épouse mystique et la plus privilégiée » dixit Cardin Le Bret).

Qu’en conclure ? Ma conclusion personnelle est celle ci : si la tradition a ce caractère quasi sacré qu’on lui prête souvent, c’est parce qu’elle est en rapport avec le « Bien » au sens large. L’exclusion des reines des affaires publiques, tout comme la mise en place d’une monarchie absolue, ont été perçues à un moment donné, comme quelque chose de positif. Ces usages se sont alors imposés comme tel et ont dès lors été perçus comme quasi intouchable car « traditionnels ».
Mais il faut aller plus loin :

La loi peut elle devenir tradition ?

Ici il faut faire attention. Tout le monde connaît, en effet, les fameuses Lois Fondamentales de la monarchie française. Il faut bien préciser que ces principes n’ont rien, à vrai dire, de « lois » mais relèvent plutôt, elles aussi, de la tradition.
Quelques caractéristiques de ces lois peuvent déjà le laisser supposer : la liste de ces lois n’a jamais été dressée, et chacun faisait (mis à part l’hérédité, la masculinité et l’inaliénabilité de la couronne) la liste qui lui plaisait. Le Parlement de Paris, par exemple (mais il y en aurait beaucoup d’autres exemples à donner) faisait de l’enregistrement des textes royaux par les cours « souveraines » une loi fondamentale !

Les Lois Fondamentales sont des principes qui, pour la plupart, prennent place dans le contexte de flou politique entourant ce qu’on appelait à juste titre « les mystères de la royauté ». Le Cardinal de Retz évoque à la fois ce mystère essentiel qui entourait la monarchie à une époque où l’idée de constitution fixe et écrite n’était pas réalisable, et le fait que la liste de ces lois pourtant « fondamentales » n’ait été dressée : « On chercha en s’éveillant, comme à tâtons, les lois : on ne les trouva pas, on s’effara, on cria, on se les demanda : et dans cette agitation… le peuple leva le voile qui doit toujours couvrir tout ce que l’on peut croire du droit des peuples et de celui des rois, qui ne s’accordent jamais si bien ensemble que dans le silence. » A la veille de la Révolution, la royauté ne pouvait cacher sa relative faiblesse derrière ses mystères… c’en était fini pour elle… mais c’est un autre problème.
Le fait est que c’est la tradition des « lois fondamentales » qui exclut les femmes de la succession au trône. Pas la peine de disserter ici sur la question : tout le monde connaît la « loi salique », base de la masculinité de la couronne reconnue par les Lois Fondamentales du royaume. Cette loi salique, déterrée en quelque sorte du droit des Francs saliens, est mise en avant par le frère de Louis X le Hutin, Philippe, pour écarter de la succession la fille de Louis. Son recours faisait à la fois appel à la tradition (une loi venue des temps les plus reculés) et au législatif (une loi malgré tout). La masculinité eut son aspect foncièrement positif lorsqu’il s’est agi, à travers elle, d’éviter qu’un prince étranger ne s’empare de la couronne de France ; nous étions en 1328 à la mort de Charles IV le Bel, et c’est là, en effet, que la fille de Philippe le Bel a été écartée (mais tout était joué depuis bien avant !).

Ceci dit, la loi peut elle devenir tradition ?
Tout dépend de quelle loi on parle ! Ici il faudrait rentrer dans les arcanes du droit, et cela me dépasse (je ne demande que les éclaircissement de personnes plus compétentes).
Pour moi il existe deux sortes de lois :

- celles qui organisent le fonctionnement de l’Etat et celles qui fixent les principes philosophiques vers lesquels l’Etat doit tendre son action. Il s’agit de la Constitution et de son préambule. Je pense que la Constitution et son préambule doivent être tenus pour traditionnels : ils doivent être considérés comme étant un point fixe parce qu’en relation avec le « Bien » au sens large.
L’important est donc d’édicter ces principes et valeurs morales fondamentales, et l’on rejoint le problème de la Nation : qu’elles sont les valeurs fondamentales de la nation française, quelles sont les valeurs qui nous donnent un sentiment d’appartenance à une communauté particulière ? Pour ma part, je considère que les valeurs de la nation française étant et devant toujours être les valeurs judéo-chrétiennes, le préambule touche donc au bien au « Bien » en tant que tel, et devrait être en conséquence intouchable, « traditionnel ».
La Constitution proprement dite organise l’organisation et le fonctionnement de l’Etat. Elle permet l’épanouissement des valeurs fondamentales dans la société.

- celles qui réglementent la société au cas par cas dans tous les domaines. Ces lois, lois ordinaires et règlements, ne doivent pas aller à l’encontre de la Constitution et de son préambule
Et c’est là où on arrive à la troisième question : la loi ou les lois (les lois ordinaires) peuvent-elles aller à l’encontre de la tradition ?

La loi peut elle toucher à la tradition ?

Si vous m’avez suivi jusque là (félicitation, vous avez eu du courage !), vous devez deviner ma réponse : NON, ou tout du moins tout changement doit être le plus lent et le plus pensé possible..Louis XVIII et la Charte

Tradition = le « Bien » avec un B majuscule = Intouchable, ou presque. Le changement est possible, car les valeurs positives sont un cadre assez large pour laisser la mutation possible. Mais la norme doit être cette référence au Bien supérieur. Et ne croyez pas que je veuille une nation du rigorisme moral à tout crin. Les valeurs chrétiennes sont entre autres celles de la liberté, de l’égalité, de fraternité (1789 n’en apporte qu’une version laïcisée et mal comprise) !!!!

Or que voyons nous actuellement : nous voyons que le préambule et la Constitution sont organisées entre autres principes autour de cette idée que c’est « la volonté générale », la « majorité » qui fait la loi.
Or le propre de la volonté générale, le propre des majorités, c’est d’être fluctuantes, d’être ballottées au gré des passions du moment, des intérêts majoritaires, etc. Lamartine disait que la loi « n’est que la sanction de la justice »… mais quelle justice trouve t’on dans la loi du plus fort ? Ce qui est bien et juste un jour ne le sera plus dix ans plus tard si les intérêts ont varié en sens contraire. Il n’y a alors plus ni « Bien » ni « Mal », ni juste ni injuste, il n’y a plus qu’une lutte sans merci entre le « bon » des uns et le « bon » des autres. Cette fluctuation, cette incertitude quant à la norme supérieure, c’est cela l’arbitraire !
Ici pourrait prendre place une tartine de critique sur la démocratie absolue.

Pour finir, quelles conclusions tirer par rapport au sujet qui nous préoccupe ?

Les usages fluctuent, et seuls certains usages sont retenus dans la tradition. Si la légitimité ne tient que de l’antériorité, pourquoi ne pas réclamer au nom de la tradition une place politique réelle de la reine dans la monarchie française ?
La place de la reine dans la monarchie à venir ne doit pas dépendre des usages du passé, elle doit dépendre du « Bien » et du "Juste", un point c’est tout.

Il s’agit de mettre en place une monarchie moderne, qui tienne compte du « Bien » et des valeurs morales du temps. Pour les tenants d’une monarchie constitutionnelle, la tradition ce sera la Constitution, voilà le principe. C’est en effet elle et elle seule qui fixera les conditions de dévolution de la couronne ; elle tiendra compte ou non de la « tradition » venue du passé. Il s’agit de repenser la place de la reine par rapport aux valeurs du temps et au « Bien » de tous les temps.

Copyright Vivatrex, contribution postée sur le forum ViveLeRoy le 27 août 2005

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