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dimanche 9 juillet 2023

Esquisse d'une reconstituante

François Hollande
Sollicité de son commentaire sur les émeutes parties de Nanterre, M. Hollande, ancien président de la République qu'on va finir par regretter, a jugé que le problème n'était pas dans l'immigration mais dans l'inégalité de destins. Il a raison et ça me troue le c*l d'en convenir. Bien sûr l'immigration à la française est un problème en soi mais demeure à la périphérie de l'émeute comme le papier peint qui tapisse une chambre ; un décor ! Si elle était la cause première des maux endurés par la république, il suffirait de la stopper pour qu'à échéance rapprochée les feux de la révolte des quartiers s'éteignent et que du lait coule des fontaines. Même si depuis quarante ans, la population d'origine extérieure a toujours été sur-représentée parmi les émeutiers, la tension latente des "cités" n'est pas due à l'immigration actuelle. Le bouton "on-off" n'agira pas, c'est trop tard ; les naturalisations en masse sont passées par là. Et M. Hollande de renchérir au micro de Radio-France : « La grande affaire des quartiers, c'est de savoir si les enfants pourront être encadrés, instruits et capables de trouver leur destin dans des conditions qui soient équivalentes ou, au moins, moins inégalitaires que ce que l'on connaît aujourd'hui.» Après quoi on pourrait commencer à travailler sur des solutions, neuves !

Pendant le temps d'élaboration d'un nouveau paradigme social, la réforme de l'application d'une autorité légitime devra aller au bout des dysfonctionnements constatées plusieurs fois dans le contrôle des villes, qui nourrissent le discours de l'anarchie payée au mois comme celui des singes savants des préaux médiatiques. Et le même de continuer : « Donner une espérance commune tout en étant extrêmement clairs sur l'autorité. L'autorité, ce n'est pas un mot qui doit heurter. Elle doit être légitime et assumée. Elle doit être sans doute respectueuse mais respectée. Et ce, c'est la question de l'autorité qui est forcément posée. Mais pour qu'il y ait de l'autorité, il faut qu'il y ait de la justice et de l'égalité. C'est ainsi qu'elle trouve toute sa force.» Je pense qu'il a tout dit, même s'il aurait pu insister sur l'inapplication aujourd'hui du principe fondateur des sociétés modernes : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Et non, pas chez nous, selon que vous serez blanc, noir, riche ou misérable, le baqueux dégainera ou pas.
Ne serait-il pas utile d'expédier déjà aux quatre coins du monde des enquêteurs capables d'appréhender l'organisation sociale de pays comparables au nôtre, en débarrassant leur esprit de toutes les foutaises sociologiques qui ont abouti à ce que l'on voit. Comment font déjà tous nos grands voisins ; puis plus largement, les pays compliqués bien plus grands que le nôtre ? Peut-être briserons-nous le carcan des idées toutes faites qui n'arrivent nulle part !

Si depuis l'émeute, la Gauche a pris le beau rôle de la distribution de la pièce (égalité, fraternité et vivre ensemble patin-couffin), la Droite n'a pas manqué de prendre le pire comme à l'accoutumée. Il se résume en un slogan éculé : la présomption d'innocence. Pas de chance pour les soutiers de l'Ordre, on a cette fois côté parties civiles, deux vidéos, une prise de son et deux témoins oculaires du moment fatidique. Le policier a déjà l'arme de service à la main alors qu'il n'y a aucun péril imminent à stopper et contrôler le véhicule en fuite ; il met en joue à un demi-mètre de sa tête le conducteur en infraction. Et le doigt étant déjà sur la queue de détente (c'est anormal), le coup part sur mouvement de la voiture. Fin de Nahel Merzouk.

La séquence violente est connue de tous dès le lendemain du drame, ce qui n'empêche pas le directeur narcissique de l'Institut Apollon de lancer illico une cagnotte pour secourir la famille du mis en cause, comme on le fit jadis du boxeur-gitan de Massy qui avait tenu tête à des gendarmes excédant leur pouvoir sur la passerelle Léopold-Sédar-Senghor en janvier 2019. Obscène est le mot. Plus obscène est la déclaration de l'avocat du prévenu à qui la Justice a refusé une mise en liberté, niant tout fait de délinquance de la part de son client présumé innocent, alors qu'il a tué un gosse à bout portant et sans raison (selon le Parquet) quelques jours avant ! Je ne me suis pas levé ce matin pour faire le procès du policier qui fait un métier ingrat, mais j'ai noté la circonstance aggravante de son passage par le 35è RI de Belfort qui l'avait familiarisé avec les armes, d'autant qu'il était parti avec lui en Afghanistan. Est-ce son passage dans des unités de police réputées toxiques qui a modifié sa perception de l'instant présent ? Son historique judiciaire interroge aussi (16 citations comme victime). Sa réaction fébrile n'est pas celle d'un Gaillard du 35. Houston ? on a un problème avec le brigadier Florian.

En attendant la fin des bouchons sur la route des vacances, on pourrait faire la liste des mesures nécessaires à établir progressivement une paix civile, laissant à d'autres son classement par priorités. Ces deux blocs s'ajoutent à la description du pays réel criblé de dettes, proposé dans l'article de la Bavure (ici).
En vrac :

- Destruction rock-bottom du ministère de l'Education nationale. Dispersion des agents sur toute la ZEE et transformation des locaux en internats d'excellence tous niveaux avec plateaux de sport intégrés - Autonomisation des établissements scolaires de métropole et d'outremer, et renforcement des rectorats pour les questions de discipline et de cohésion dans un conseil des recteurs - Contrôle physique (ou par portiques) des frontières y compris en montagne - Enseignement de deux langues vivantes de la sixième à la terminale assuré par des locuteurs étrangers d'origine (anglais, espagnol, mandarin, arabe littéral) - Restauration de l'apprentissage des langues structurantes au collège en commençant en ZEP (voir le Nonagone de RA) - Construction de commissariats permanents en zone d'autre droit et déploiement d'une police de proximité partout, pas seulement en cité (voir avec les polices municipales) - Restauration des brigades cantonales de gendarmerie en zone gendarmerie et réaffectation de l'arme au ministère des Armées - Suppression du juge d'application des peines et transfert de la fonction en préfecture - Suppression des unités spéciales de police de la voie publique à l'exception des BACs de nuit - Suppression des possibilités de sursis dans les condamnations touchant le personnel politique dans l'exercice de ses fonctions - Assèchement des "fours à came" par la criminalisation des clients par publicité ou par la légalisation des produits, au choix - Suppression des syndicats de magistrats pour implémenter la séparation des pouvoirs - Suppression du droit de grève pour tous les fonctionnaires du domaine régalien (comme dans des pays voisins) - Interdiction aux fonctionnaires d'Etat de candidater aux élections politiques (tous niveaux) avant d'avoir démissionné - Restauration du CPE simplifiant drastiquement l'embauche des jeunes - Rapporter la loi de regroupement familial - Rétablissement de l'expulsion des criminels étrangers en fin de peine - Externalisation des peines judiciaires dans les pays d'origine (voir le Nonagone de RA) - Régularisation des étrangers travaillant à plein temps - STO agricole des abrutis du RSA - Etablissement de statistiques démographiques à l'haplogroupe des habitants de la République - Destruction du système d'enregistrement des créations d'entreprise (faire le voyage de Rotterdam pour comprendre qu'une simple déclaration à la chambre de commerce du coin doit suffire) - Refonte du système de formation professionnelle (30 mds€ par an) avec ou en dehors des partenaires sociaux habituels et destruction des bureaux-suceurs - Revalorisation des emplois délaissés nécessaires au pays - Réécriture de la carte sanitaire en adéquation besoins/ressources, en commençant par l'outremer. Remonter un réseau national de dispensaires gratuits - Interdiction stricte d'artificialisation des sols pour éviter l'extension indéfinie du zonage - Salaire des élèves des lycées professionnels (un demi-smic à prendre sur la formation professionnelle) - Salaire étudiant adossé au succès du parcours (ditto à deux-tiers) - Salaire de base des médecins généralistes s'installant dans des cantons désertés - à votre idée...

Financements (au hasard) :
- Réduction drastique du train de vie de l'Etat (l'énumération ferait vingt pages) à commencer pour l'exemple par le train de vie des anciens présidents de la République et des premiers ministres qui retomberaient au SMIC - Lutte à mort contre la fraude aux prestations sociales sous le principe que "dans le doute, on coupe" - Lutte à mort contre la fraude fiscale (d'abord la TVA d'importation avant l'externalisation des bénéfices) - Suppression des allocations de confort qui font monter le prix des services dont elles facilitent l'accès (typique de l'allocation logement qui fait mécaniquement monter les loyers) - Révision de l'AME sur les pathologies lourdes ou dangereuses - Retourner à la retraite à 65 ans (modifiée par Mitterrand) - Suppression de toutes les aides publiques à la presse - Remise à l'équilibre de la Sécurité Sociale par interruption des versements au jour du premier déficit - Suppression des subventions culturelles sauf aux institutions emblématiques - Fermeture des agences d'aides à la création d'activité, avec déploiement d'une seule banque publique de lancement ou développement des projets d'entreprise - Cessation des subventions aux syndicats professionnels ou salariés à financer sur cotisations obligatoires (comme en Allemagne) - Cessation des subventions aux fromages de la République (agences, fondations, instituts, bureaux, hauts-commissariats, postes réservés...) - Réduction drastique du personnel ministériel par concentration des ministères et défaisance des domaines inutiles accaparés par l'Etat - Suppression des doublons ou triplons de connivence dans l'administration du pays et des régions - Autonomisation financière et fiscale des régions pour contraindre à la détaxation de la décentralisation - Retour à l'IRPP universel au premier franc - à votre idée...

Pour terminer "classe", nous finissons sur cette citation du Dr Robert Lascaux :
« Si la Terreur n'est pas un système normal de gouvernement (le docteur Lascaux n'était pas un comique), elle est le fatal aboutissement d'un Etat faible tel celui de Louis XVI, qui laisse partis et factions se dresser contre son autorité. Et c'est pourquoi un Etat, s'il ne veut pas être balayé un jour et ses membres martyrisés, a le devoir de rester rigoureusement souverain.» (Biologie..., Ed. Revue mondiale p.286)
Depuis la mort de Georges Pompidou, le régime actuel est dans la même situation que le royaume de Louis XVI alors que les communautés résidentes exigent de l'Etat qu'il mette son autorité à leur service pour combattre les autres, d'ordre et pour compte. Aussi longtemps qu'il résistera à cette exigence, la situation sera stable, pourrie mais stable. Quand il inclinera vers l'un des partis pressé d'en découdre, les prodromes de l'insurrection générale seront sûrs. La "cagnotte" chez GoFundMe parle d'elle-même.

lundi 24 janvier 2022

Quinte floche royale : un projet politique

Suite à pique et dés noirs
| Justice | Guerre | Sûreté | Diplomatie | Trésor | + 12 | 

Spécial royco ! Comme nous l'avons souvent dit, l'offre politique monarchiste ne percera que si elle est compréhensible du plus grand nombre. Non tant qu'il faille en convaincre beaucoup, que pour désarmer les foules ameutées jusqu'à l'hystérie par les milices de la bourgeoisie régnante contre tout projet la menaçant. Parler du roi lèvera le vacarme d'un retour des tyrans orchestré auprès des médiats de masse par les profiteurs du régime actuel, aussi conviendra-t-il d'être fort et clair en toute compagnie ! Il n'y aura pas de place ni le temps pour les biais dialectiques, les arrières-pensées qui passent devant, les complots en chemin, pis que tout, le combat des grimoires.

Dans l'état de calamités avancé où se trouve notre pays - ce qui n'empêche pas un président à crédit d'aller faire le coq à Bruxelles - il sied de sauver l'essentiel pour qu'il ne soit pas emporté par la crue des taux d'intérêts que les banques centrales annoncent, au milieu de tous les déficits qui plombent déjà notre société avachie et son économie déglinguée. L'essentiel, comme son nom l'indique, c'est le "régalien". La nation française demeure par son Etat. En France c'est comme ça. Ce sera peut-être la rupture de paradigme du siècle : il faut sauver l'Etat dans sa quintessence, soit les cinq domaines qualifiés que sont la Justice haute, la Guerre, la Sûreté, la Diplomatie et le Trésor.

Ces cinq domaines doivent être arrachés à la dispute démocratique qui clive la nation et derrière laquelle se cachent des intérêts catégoriels puissants, souvent antagonistes, afin qu'en cas d'embolie économique et financière, il reste un socle solide d'où repartir. Le meilleur gardien des domaines régaliens est un roi en ses conseils, parce qu'il est détaché de toute contingence partisane capable autrement d'influencer le choix du référent et le gouvernement quotidien des hommes. On a pu penser mettre un conseil permanent de sages comme autorité suprême, voire un président one-shot, pour sept ans comme dans les constitutions de 1875, 1946 et 1958, mais il est prouvé que ces clefs de voûte sont friables, influençables, quelquefois vénales, parfois inadaptées (et la voûte tombe comme en 40!).

C'est d'un pacte qu'il s'agit.

Un deal à passer entre le peuple et le nouveau pouvoir royal. Aux uns le domaine public, aux autres le domaine régalien. L'accord doit être tranché par un référendum à majorité qualifiée (2/3 ?) et doit comporter une clause de non-ingérence réciproque afin que la souveraineté des uns et des autres soit pleine et entière dans leur champ d'application. Et c'est pourquoi le domaine régalien préservé doit avoir un périmètre fixe délimité strictement et non invasif. Si jusqu'ici on a compris ce qui revenait à la monarchie, qu'en est-il du domaine public gouverné par le peuple en ses parlements, voire directement à l'helvétique ? Tout le reste, aussi loin que se portera l'envie de collectiviser la nation ! Voulez-vous que l'Etat se mêle de tout ? Cotisez, cotisez tous, puisque la Providence est morte, le socialisme l'a tuée. Payez vos impôts en chantant et que soient affichés aux portes des mairies les rôles fiscaux de tous les contribuables comme on le fait ailleurs ! Et commencera la dispute sur l'étendue du champ d'application des politiques publiques. On peut faire une courte liste qui additionne les deux dés de l'image :

  • Assurance maladie nationale, privée, hôpitaux généraux, hôpitaux spécialisés, dispensaires publics, cliniques privées
  • Assurance vieillesse nationale, privée, fonds de pensions, allocations et secours
  • Instruction publique nationale, régionale, départementale, municipale, privée
  • Universités, recherche fondamentale, grandes écoles, écoles techniques, apprentissage
  • Justice basse, tribunaux d'instance et justice consulaire, cours d'arbitrage, adm. pénitentiaire
  • Ecologie pratique et météo, polices municipale, cantonale, des voies, des marchés et des sols, monopoles du quotidien (postes, tabacs...)
  • Aménagement du territoire, ponts et chaussées, ports et canaux, transports (Plan, pas plan...)
  • Recherche et sécurité énergétique (production, surveillance et transport)
  • Recherche et développement industriel, aérospatial, militaire, arsenaux d'Etat
  • Recherche agronomique et gestion des espaces agricoles
  • Gestion des zones économiques exclusives et de la pêche
  • Gestion du budget de la nation, fisc
Ces douze ministères sont responsables devant le parlement national (pour moi, monocaméral) qui élit périodiquement un premier ministre sur la base des résultats électoraux. Nous reviendrons décrire les cinq domaines régaliens plus tard. Il ne reste plus qu'à rédiger un projet de constitution, en évitant de l'encrasser de réminiscences anciennes, et surtout en se gardant qu'il se mêle de tout après avoir constaté la ruine du modèle total antérieur. Le temps de la philosophie politique est passé. On rentre tout sur six pages ? Et on détaillera dans des "capitulations" séparées. Chiche ?

Il ne restera qu'à verser le liant du pacte dans le nouveau moule pour le péréniser. Le seul ciment qui tienne est l'affect des peuples pour leur roi, leur reine. C'est un facteur indispensable dont la définition dépasse les capacités analytiques du Piéton. Dans cette équation nouvelle pourra entrer l'héritier d'une dynastie anciennement régnante, s'il en a le talent et la permission du Ciel, puisqu'il sera toujours à lui lié.

Quelques mots des cinq domaines régaliens - on en a beaucoup parlé sur ce blogue déjà.

  • La Justice haute : essentiellement des cours d'appel auxquelles s'adresseront les cours régionales : Cassation, Cour d'appel de Paris, Conseil d'Etat, Cour des Comptes, Cour d'arbitrage, CSM, la direction des cultes. La fonction de garde des Sceaux attachée à l'Etat régalien prendra tout son sens.
  • La Guerre : le pays devra être prêt en toutes circonstances à soutenir une guerre contre lui. Il ne s'agit pas de gérer une crise, mais de riposter de manière décisive tant sur le théâtre métropolitain que sur les théâtres d'outremer. Nos armées ont été concues pour entrer en premier sur des territoires en crise ne disposant pas de la parité tactique. Pour faire la guerre, la vraie, il faut doubler le budget militaire selon le général Lecointre, ancien chef d'état-major ; le but étant toujours de faire peur !
  • La Sûreté : douanes, gendarmerie et police nationale seront déployées en symbiose sur des missions bien définies pour préserver la paix civile et mener les enquêtes criminelles.
  • La Diplomatie : ayant un des premiers réseaux diplomatiques au monde, nous n'aurons aucune difficulté à le maintenir, s'il reste dans les clous de nos intérêts propres. Elle déploiera les agences d'influence actuelles, Alliance française, COFACE, Business-France, FranceAgriMer, etc.
  • Le Trésor : avec les grosses banques et caisses publiques de développement comme la BDF, la CDC, la BPI etc. Même si l'émission de monnaie et la fixation des taux de pension sont fixés collectivement par la Banque centrale européenne où nous devrons prendre toute notre part après être redevenus sérieux, il restera à financer les budgets votés, et à gérer les effets d'une dette centenale sur les politiques publiques, en réduisant le poids du service de la dette qu'assureront les générations montantes. France-Trésor est un bel outil, qui devra être réorienté.

Voilà l'ébauche. Il y a des trous, des redondances mais on peut phosphorer dessus ad libitum. Chacun peut prendre un domaine et l'emplir de ses observations, sans perdre de vue qu'il s'agit d'un nouveau pacte national : le régalien héréditaire est détaché du domaine public rendu au peuple en ses Etats. Est-ce assez clair ? Vos commentaires bienvenus.



LE REGALIEN AU ROI

LES ETATS AUX GENS

LA COURONNE AUX DIEUX




Ce billet est le troisième d'une séquence "Rénovation" qui forme la deux millième contribution du Piéton du roi au blogue Royal-Artillerie. Elle se compose des trois articles suivants : NB: Le dossier sera bouclé par une note d'ordre (un canevas de consultation) à la fin du mois.

vendredi 20 mars 2020

Un projet civilisationnel (G.A.R)


Chose promise, chose due, la recension critique du projet de société édité par le Groupe d'Action Royaliste est achevée au premier jour du printemps (avec un peu de retard). Dès l'abord, la confection de cet ouvrage de quatre cents pages est soignée, agréable, riche et sa maquette en couleurs sans doute chère à fabriquer. Le bouquin est à mettre dans toute bibliothèque royaliste. L'analyse de Frédéric Winkler est fouillée, articulée, la logique est partout présente, les citations pertinentes sont nombreuses et beaucoup sont tirées des réflexions du prince Jean d'Orléans et de celles des penseurs sociaux royalistes du siècle passé. Il y a aussi nombre de punchlines particulièrement utiles pour la dialectique du militant. C'est pourquoi dans une édition future, je suggère de dériver de cet ouvrage un tirage économique au format poche, sans images ni annexes, taille de police diminuée, un vademecum destiné aux camelots du roi et à tous les royalistes actifs, le fameux livre dans la poche près du poing américain.

Ceci dit, j'ai reçu la boîte de briques à plots comme un Lego sans le plan de montage, et la meilleure façon d'en faire l'inventaire est de tenir la rampe de la table des matières en donnant un avis si nécessaire. Le livre est construit de façon très classique en deux parties, le constat d'accident de notre société, le comment s'en sortir.
Le constat en Partie I est articulé en neuf chapitres que nous ne développerons pas puisque tout lecteur de Royal-Artillerie est parfaitement au fait des graves dysfonctionnements de notre société, agravés par le poids d'un Etat total qui se mêle de tout et le plus mal possible. Voici les neufs titres, on lira les chapitres sur Calameo ou après avoir acquis le bouquin auprès de l'Action sociale corporative ASC (voir notes en bas de page) :
A. Bilan du "Meilleur des mondes" (Huxley 1931)
B. Jeunesse et université ou la fin d'un monde
C. La République d'absurdie ou la démocratie
D. L'art ou la dissociété
E. La cité et la "communauté de rêves" de Malraux
F. Social et économie
G. Santé et environnement
H. Décentralisation et autonomie régionale
I. Comment en est-on arrivé là ?
- l'ensemble augmenté de trois annexes (brève histoire sociale, critique du libéralisme, l'épuration de 14-18)

C'est le comment en sortir qui nous intéresse ici. Il n'est pas moins question que de refaire une société nouvelle, et si l'auteur se refuse à la tabula rasa dénoncée par Edmund Burke, il sera vite rattrapé par l'impossibilité de faire en France des réformes de fond à froid. Une marche à suivre sera donc indispensable. La Partie II qui commence page 237 comporte sept chapitres :
J. Libération
K. L'Art
L. Ecologisme intégral
M. Francophonie
N. La monarchie de demain
O. Stratégie vers la monarchie
P. Notre arche d'alliance
- l'ensemble augmenté de quatre annexes (libertés économiques, pensée & action, révolution intérieure de chacun...)

On ouvre le combat d'escadre par les républiques royales qui devraient refonder les Etats régionaux dotés de la plus grande autonomie possible. Naîtront ainsi "la république familiale où ils naissent, la république municipale où ils vivent, la république provinciale de citoyenneté, la république professionnelle où ils travaillent". Il ne s'agit que de s'émanciper du jacobinisme déconcentré actuel au niveau pertinent pour le maximum d'efficience de la gestion publique sous réserve de dévolution au-dessus pour les affaires qui se traitent à plusieurs.

Mais rien ne sera réussi sans la réhabilitation du premier cercle humain, la famille. Tout doit être fait pour non seulement protéger la famille de la conception au décès, réparer les accidents de la vie, mais surtout dans une construction politique, en faire la première marche d'une société citoyenne. La famille devient la cellule-base des Etats généraux régionaux qui devront organiser les nouvelles républiques. C'est assez osé politiquement mais il faut choisir une brique de base.
Tout ceci concourt à une forme de libération de l'espace et des mœurs ! Néanmoins, à bien observer le pays réel dans son ensemble, on distingue à l'horizon 2040, une France globicéphale avec un Grand-Paris et ses riches marches de la taille d'un pays moyen européen et, sauf la métropole lyonnaise de taille approchante, des provinces qui porteront les stigmates d'un certain déclassement européen, autonomes en droit mais impécunieuses et qui resteront à la merci d'un Etat central attendant sa revanche. Sans doute les régions futures devront-elles englober plusieurs de nos provinces historiques pour être viables. Aparté : il est assez amusant de voir un groupe de réflexion d'Action française promouvoir l'organisation impériale à la limite de la confédération, mais ce n'est pas pour déplaire au Piéton du roi, qui, originaire du Bas-languedoc, est rétif à la centralisation des Francimans depuis Paris.

On touche ensuite au premier motif de ce projet avec le chapitre "Libération": la libération des professions et leur organisation en corporations. Le Groupement d'action royaliste a la fibre sociale depuis le début, dans la droite ligne des La Tour du Pin, Le Play, de Mun, Bacconnier, Bancel, tous ces gens dont les travaux furent à la base des lois sociales du Front populaire. Le livre fait la part belle à ce défi qui est à la fois central et complexe en évitant les slogans racoleurs. On y traite du syndicalisme ouvrier, de la sécurité sociale, de l'autonomisme local jusqu'à l'anarchie douce d'une vraie décentralisation. Plus que des mots, le combat affronte des titans bien vivants : capitalisme et socialisme qui se disputent encore la planète et l'asservissement des esprits. La France seule pourra-t-elle tenir à distance ces idéologies mortifères ? Peut-être mais à quel prix ? Car, à la fin de la réorganisation de l'outil France il nous faudra rester compétitifs et disons-le tout net, bien plus compétitifs qu'aujourd'hui où ce défaut majeur français est le premier vecteur de notre déclassement international (voir les études de Xavier Fontanet, un praticien de ces questions).
Il va sans dire que la libération du pays traversera nos universités dont l'autonomie sera pleine et entière.

Le chapitre suivant traite de "l'Art". Aucune incongruité dès lors que l'art et l'architecture sont deux piliers de la civilisation française et qu'à refaire une société nouvelle, il faut prendre en compte ces élégants soucis. Les Français de demain devront personnellement s'impliquer dans les arts afin que de la nation se lève une régénérescence ayant l'ambition de rayonner à nouveau sur les autres nations. Pays du luxe avec une bonne production littéraire, nous aurons moins de mal dans ce chapitre que dans celui de l'industrie.

Vient ensuite le chapitre de "l'Ecologisme intégral". On l'aura compris, l'intégral fait écho au "nationalisme intégral" de Charles Maurras, en ce sens qu'il ne laisse aucune activité humaine en dehors de lui. Les étages d'intervention s'empilent sans difficultés tant que demeure une conversation politique entre la nation et l'Exécutif. L'écologie humaine, régionale et nationale est gérable en tenant compte de la crise climatique réduite à sa dimension énergétique. Le projet réfute la pertinence de l'énergie nucléaire contre les énergies renouvelables, spécialement solaire. Il manque des chiffres de production opposables à la consommation et, bien que ce soit un autre débat, les causes et les moyens d'atténuation du réchauffement climatique font défaut. Le GAR englobe ce défi dans son travail sur l'écologie mais peine à déborder de l'hexagone. Au-delà il faut collaborer et donc "négocier" avec les intérêts parfois divergents de nos voisins. C'est finalement le seul vrai défi écologique : intégrer un ensemble de pays qui partagent les mêmes soucis et sont en capacité de déployer les mêmes moyens. Le Projet n'en parle pas. A preuve, la politique de la mer à qui on donne deux pages s'arrête à la ressource française alors que le Brexit nous apprend que la gestion halieutique est typiquement un problème international. A revoir donc ! Dans le chapitre écologique on ne peut éviter l'agriculture. Le Projet, qui promeut une agriculture traditionnelle respectueuse de la nature et des consommateurs sur l'axe de la Confédération paysanne, fait l'impasse sur l'agriculture commerciale française. Nous sommes un des grands acteurs mondiaux dans les oléagineux (graines à huile), les céréales (orge, maïs, blé dur, triticale, avoine, froment et même sorgho), laits et produits laitiers, sucre, vins, viandes. On parle de soixante milliards d'euros. A revoir donc en urgence !

Un chapitre important du Projet est la "Francophonie". C'est l'affaiblissement de l'usage mondial de la langue française qui a créé la Francophonie, à l'initiative de quatre chef d'Etat de pays décolonisés, Senghor, Diori (Niger), Bourguiba et Sihanouk au début des années 60. Il aura fallu deux conférences francophones à Niamey pour mettre le train sur les rails. La France, blessée dans son orgueil (déjà !) traîna les pieds et c'est le renfort du Canada qui viabilisa l'affaire. A l'instar du Commonwealth britannique, la Francophonie institutionnalisée est un soft power sans doute peu spectaculaire mais influent, à l'exception de l'Indochine maintenant anglophone et sinophone pour des raisons de développement économique assurant la survie d'une population grouillante. Ce qui rattache bien l'expansion d'une langue à la prospérité économique qu'elle permet, au-delà des grands auteurs ! On en revient toujours au binôme politique-économie dans n'importe quel ordre qu'on l'écrive. Une mention pour le Vietnam dont le gouvernement communiste s'accroche de manière ardente au club français pour prendre l'air que ne lui offrent ni l'ASEAN ni la Chine populaire.

On en vient au cœur du sujet : "La monarchie de demain" et l'introduction nous indique qu'il faut construire quelque chose et [ndlr: pas seulement courir les messes mortuaires, les galettes des rois et le camp viril] : "le problème des institutions se pose comme la condition de tout, comme l'obstacle contre lequel viennent buter toutes les nécessités, tous les besoins vitaux de notre société". Le projet part du constat que les libertés basses exigent le démontage d'une république massifiée, unifiée jusqu'au dernier bouton de guêtre (un exemple en passant du totalitarisme au jour d'écriture de cet article : les pharmaciens sont désormais autorisés à confectionner eux-mêmes du gel hydro-alcoolique anti-bactérien pour pallier la pénurie - gag soviétique : on n'a pas produit les flacons).

Après la doctrine comme souci, aurait dit Boutang, on en arrive à l'action : "Stratégie vers la monarchie". La libération de l'esprit par les bons auteurs et les cercles de réflexion débouche sur la pratique en commençant par le réseautage. Infuser la pertinence sociale de la monarchie exige une solide formation militante fondée sur des idées structurantes plus que sur des mots-clés. Réseauter c'est influencer, convaincre... convertir ! Le but est d'obtenir dans un espace donné une masse critique de gens convaincus ou attentifs auxquels on vendra le roi contre la liberté revenue. Ceci s'adresse évidemment à tous les entravés de la société actuelle et ils sont légions, les entrepreneurs, agriculteurs, innovateurs, commerçants, plus généralement les individualistes qui comptent d'abord sur eux-mêmes, les chefs de famille aussi, les cadres de grande entreprise et jusqu'à la technostructure dont certains éléments ont analysé la tyrannie gratuite avant de passer à l'ennemi, nous. Ce travail d'influence active fut maintes fois démarré mais n'a jamais abouti jusqu'ici puisque chez les encartés (ou abonnés) du mouvement royaliste il y a un trou énorme dans la pyramide d'âges entre 25 et 65 ans, c'est-à-dire entre la période de formation intellectuelle et la sortie des responsabilités professionnelles qui s'accommodent mal d'une compromission socio-politique, folklorique parfois. Mais nous le savons, nous ne pouvons pas lutter contre les allumés et la chevalerie, le royalisme en sécrète à jet continu parmi des populations accidentées de la vie qui viennent y chercher la rédemption de leurs échecs ou l'oubli de leur grisaille.

S'insère alors vers la fin de l'ouvrage le contrat passé entre les membres du Groupe d'Action royaliste, nommé "Notre Arche d'Alliance". La queue de trajectoire de cette association n'est pas moins que la survie de notre peuple. Elle motive tous les efforts d'étude du meilleur des régimes possibles dans son adéquation au pays de France, la propagande inlassable de cette espérance, la construction d'une perspective bénéfique aux gens du commun dans la promotion croisée des valeurs d'un humanisme chrétien avec le souvenir des Français d'exception qui nous ont précédés, de Beaudouin IV de Jérusalem à Jeanne d'Arc, de Cavelier de La Salle à Monsieur de Charrette et cent autres, de tous ceux qui firent la réputation mondiale des Français. Est-il besoin de rallier l'une des boutiques dynastiques pour y atteindre ? Frédéric Winkler nous dit carrément non :

« Nous nous adressons à ceux qui veulent avancer, concourir au retour d'une société organique. Nous reprendrons nos libertés que le système a non seulement confisqué mais que nous avons, par lâcheté et hédonisme laissé prendre. Nous laissons aux princes gérer leurs problèmes de dynastie car il nous importe d'abord de travailler à préparer le pays à leur retour. Peu importe le nombre, nous avançons et agissons, cela seul compte. On ne dira pas de nous que nous avons laissé l'avenir de nos enfants se perdre dans le néant du matérialisme. Le travail effectué depuis des années montre combien une poignée déterminée peut avancer. Ce message s'adresse à ceux qui non seulement peuvent être royalistes, attachés aux vieilles alliances celtiques, à la francophonie, mais à tout Français simplement conscient du combat profond qui se livre pour sauver l'humanisme [sens chrétien], face aux périls d'une société robotisée. Bref une nouvelle aventure qui, historiquement ne peut être que capétienne, nous évitant de sombrer dans l'abîme du libéralisme financier. Tiocfaidh àr là !»


C'est très bien. Ce qui va manquer dans le Projet de société du GAR, mais chacun a compris que l'agenda n'est pas publiable, c'est la transformation du mécontentement général - Macron nous fait un sacré cadeau de ce côté-là - en insurrection générale portant le projet monarchique dans le panier des solutions. J'ai coutume de dire que l'accédant ne sera pas le premier à Reims mais le dernier debout sur les ruines des institutions à Paris. C'est aussi pour cela que je privilégierais pour mon pari un athlète à un penseur. Mais il est temps de dépasser l'insurrection pour brosser le portrait de la monarchie revenue sur ses terres. Tout ce que nous avons dit anticipe donc une monarchie décentralisée. Jusqu'où et comment, c'est ce que nous allons essayer de comprendre sans refaire le constat de notre meilleur des mondes que nous connaissons trop.

Décentralisons, ancrons sur nos racines, procédons par ordres successifs à partir de la cellule familiale, exaltons la transcendance spirituelle, même si la déchristianisation profonde du pays range ce paramètre au rayon de l'utopie en terme de rendement. Comment tout cela s'articule-t-il ? Le projet de société de Frédéric Winkler n'est pas retranscrit sur une épure constitutionnelle et nous pensons avoir compris pourquoi. L'épine dorsale de l'analyse est dans le livre d'heures du prétendant Jean d'Orléans titré Un Prince français dont moult extraits rehaussent le texte. Or il est de notoriété publique que depuis Henri l'Ancien (1908-1999), la constitution de 1958 est le manteau royal qu'il suffira d'enfiler pour accomplir la promesse d'un retour de la royauté en France. C'est un régime parlementaire en droit, présidentiel en fait, qui laisse au chef d'Etat un domaine réservé sensé accroître son prestige et pérenniser l'action politique sans les cahots des majorités de la Chambre basse : défense et diplomatie. Mais ce régime qui ne détruit ni les partis ni les satrapies, moins encore l'Etat profond, ne peut assouvir l'ambition du projet de société du GAR. Vers la fin du livre, on reste donc sur sa fin car il manque la diagramme de synthèse qui va bien et permettrait de "visualiser" le nouveau régime monarchique.


Ne reculant devant rien, Royal-Artillerie remet au feu de la forge le régime nécessaire et possible que le Piéton a souvent proposé. De bas en haut (mais l'inverse marche aussi), des républiques autonomes territorialisées sont établies en métropole, basées sur les provinces. Leur circonscription n'est limitée que par leur viabilité économique puisqu'elles vont lever de l'impôt. Les régions de programmes existantes et précédentes produisent des statistiques utiles pour organiser leur liberté. Pour le gouvernement des pouvoirs dévolus à l'étage supérieur, ces provinces délèguent au sénat de Paris leurs représentants. L'Etat central est formé du domaine régalien et du domaine public commun. Le domaine régalien stricto sensu est remis au roi qui le commande lui-même et l'administre par son garde des sceaux. Le domaine public commun est gouverné par le premier ministre proposé par le sénat et nommé par le roi. Qui est dans quoi ?

Le domaine régalien strict comprend le Quai d'Orsay, le ministère des Armées, la Direction générale de la sécurité extérieure, la Banque de France et le Trésor public, le ministère des Finances, le services centraux de police et sûreté, la Gendarmerie nationale, la chancellerie, le conseil supérieur de la magistrature, la cour de cassation et la cour d'appel de Paris, la coordination européenne du domaine régalien.

Le domaine public commun comprend la cour des comptes, le conseil d'Etat, les parquets spécialisés et ceux de province, la coordination nationale de l'instruction publique (la fonction est décentralisée), le ministère des universités et de la recherche, la protection des instituts (ex-ministère de la culture), le ministère des solidarités (ex-Travail), la Caisse nationale d'assurance vieillesse, la Caisse nationale d'assurance maladie (les caisses primaires et d'allocations familiales sont décentralisées), l'administration des cultes, la construction et gestion des infrastructures de transports nationaux, la sûreté énergétique, l'écologie appliquée (développement durable, assainissement des nuisances), votre propre idée, la coordination européenne du domaine commun. La frontière entre les deux domaines sera sans doute disputée, surtout dans un pays qui a oublié comment fonctionne un Etat fédéral.

Les provinces sont administrées comme aujourd'hui bien que la pureté du modèle voudrait qu'elles choisissent chacune leur mode institutionnel. On y retrouve donc un parlement élu sur des circonscriptions territoriales et transversales à définir - cela fait déjà un sujet intéressant à suivre - et un exécutif désigné par les élus. Le principe général est de ne pas reproduire à l'échelon provincial les domaines gérés depuis le domaine public commun mais de se concentrer sur les domaines libérés de l'emprise étatique parisienne. Ainsi les préfets départementaux, qui aujourd'hui actionnent les décisions de Paris, seront-ils réduits en fonction, effectifs et déploiement à des missions de surveillance, relais et conseils à la manière des missi dominici. Les provinces autonomiseront les académies, les régions judiciaires qui traitent de la justice basse, mais les régions militaires comme les régions de police ressortissant au domaine régalien seront maintenues en l'état. Plus généralement les provinces auront une compétence universelle sur tous les sujets jusqu'au seuil non franchi des domaines centraux. Sauront-elles s'autonomiser réellement ? sauront-elles lever des taxes, des impôts sans quémander le blanc seing de l'Etat central ? c'est une question qu'on ne peut poser aujourd'hui, le personnel en place étant recruté dans le vivier des battus au plan national, c'est du second choix, la division 2.

A côté de ces organes de gouvernement prolifèrent des coordinations hors-Etat comme les chambres de commerce, d'industrie, des métiers, de l'agriculture, les syndicats professionnels et ouvriers, autogérés et autofinancés, corporations chargés entre autres de la formation professionnelle, des coopérations locales sans autre limite que leur efficacité, des projets inter-provinces en tous domaines, des synergies en régime mixte (public-privé) sur le seul critère de l'auto-financement. Un nouveau pays hérissé de libertés !

Nous empruntons la conclusion de cet article à Jean-Philippe Chauvin qui termine sa préface ainsi : « Ce livre que vous tenez entre les mains n'est pas un objet inanimé, il est un essai, une sorte de manifeste royaliste qui a vocation à provoquer la discussion et, aussi, à donner quelques arguments pour une monarchie sociale "à la française", active et politique : ce texte important rédigé par Frédéric Winkler est aussi un outil de travail qui peut être abordé et lu la plume à la main, et qui doit ouvrir de nouvelles perspectives pour le royalisme, sur des thèmes que les monarchistes avaient parfois un peu négligés, pris par d'autres combats. Lisez, discutez, diffusez, mais aussi complétez : cet ouvrage doit jouer le rôle d'une pierre fondatrice, comme il est aussi un pavé dans la vitrine du "politiquement correct" et du "désordre établi" !» Je crois que c'est bien ce que Royal-Artillerie a tenté de faire.

On peut comprendre aussi que ce projet civilisationnel sera directement applicable à la société post-collapsus qui s'annonce, après la remise en cause du système de mondialisation des échanges et des productions. La pandémie en cours du coronavirus de Wuhan risque de provoquer l'effondrement des collaborations trop sophistiquées entre continents, alimentées par une croissance sans limites qui participe au dérèglement climatique (RA y reviendra dans un article prochain sur les lendemains obscurs).
Redisons-le avant de partir, le régime monarchique explicité par le texte inséré sous l'affiche du banquet camelot (annulé) n'est que phosphoration personnelle et n'engage en rien le Groupe d'Action Royaliste, lequel n'a délivré aucun Nihil Obstat. Le seul mérite de cet article n'est pas d'exister (ô vanité) mais de pouvoir être critiqué, déconstruit, reconstruit, pour avancer vers le meilleur modèle applicable.
Messieurs, à vos pièces !


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lundi 9 décembre 2019

Démocratie directe avec Rory Stewart

Dans un entretien donné au Grand Continent le 8 décembre, à l'invitation de Gilles Gressani & Mathieu Roger-Lacan, Rory Stewart a cerné le défi démocratique au Royaume-Uni mais son analyse est de pleine application en France puisqu'il y dit que « le modèle actuel de gouvernement est condescendant, insultant et infantilisant pour nos citoyens ». Rory Stewart est un diplomate anglais de grande tradition, instruit, curieux et doté d'un courage physique hors du commun qui l'a poussé au fin fond de l'Empire victorien à ses risques et périls pour seulement... comprendre ! Candidat à la mairie de Londres, on peut souhaiter aux Londoniens de faire bon accueil à l'intelligence cette fois. C'est la partie relative à la démocratie directe qui nous intéresse aujourd'hui, mais auparavant il serait très utile de lire l'entretien en cliquant ici.

Royal-Artillerie a toujours soutenu l'idée d'un grand deal entre le monarque restauré et le peuple incrédule en troquant la gestion exclusive du domaine régalien strict par le roi (en ses conseils) contre la démocratie directe aux étages de conscience civique. Si l'on exclut dans ce schéma la monarchie du domaine public, on exclut aussi le demos de l'étage national parce que ce qui marchait dans une cité-état de l'Antiquité ou de la Renaissance ne fonctionne plus dans un pays presque grand de soixante-cinq millions d'habitants (sans compter les colonies). En plus, les moyens d'information-intoxication sont devenus si puissants qu'on peut abrutir le peuple dans un sens puis dans l'autre au gré des intérêts dominants, livrant la république à la dictature des opinions éphémères. Pourquoi l'alternance est-elle systématique en France ? A cause de ce jeu de bascule des opinions, qui ne sont évidemment pas des convictions mais des réactions aux provocations astucieusement propagées par les médiats. Le quinquennat n'a vu aucun président faire son second mandat et c'est bien parti pour que M. Macron s'arrête en 2022 comme ses prédécesseurs, peut-être au milieu d'un chaos semé par les assistés de l'Etat-providence au ressentiment nourri par les insoumis professionnels qui rêvent de Septembre ou d'un grand soir.

Par contre, et nous rejoignons Rory Stewart, une démocratie directe impliquant les gens dans des réflexions concrètes est souhaitable. Il constate que le ressort démocratique traditionnel britannique fondé sur les classes sociales ne bande plus. Les grands sujets de société voire géopolitiques comme le Brexit, traversent aujourd'hui toutes les classes sociales, les divisent, les antagonisent. Elites, politiciens, hauts fonctionnaires étant mentalement corrompus, il faut repartir d'en bas, les pieds au sol. Je le cite (sans autorisation) :


« Nous ne mobilisons pas les intelligences de nos soixante-dix millions de citoyens. Cette manière de faire de la politique demeure bien trop ancrée dans les idées héritées de Rousseau, dans une conception générale, une idée qu’il y a un Peuple, que les gens expriment leur volonté et qu’ils se taisent ensuite pendant quatre ou cinq années pendant lesquelles le gouvernement met en œuvre cette volonté générale, avant de les convoquer à nouveau pour qu’ils donnent leur avis. Nous devons revenir à la notion anglaise beaucoup plus ancienne du Jury, constitué de citoyens normaux choisis au hasard non pour prendre une décision isolée, mais pour délibérer, pour réfléchir. La vérité de Paris ou de Londres, c’est que les citoyens qui sont hors du gouvernement sont intelligents, peut-être plus intelligents, plus expérimentés et mieux informés que les gens qui gouvernent. Les humains sont des animaux politiques, et à ce titre nous devons tous participer activement à notre citoyenneté et compter de façon plus effective dans nos décisions. Le modèle actuel de gouvernement est condescendant, insultant et infantilisant pour nos citoyens. Une grande partie du populisme vient de notre incapacité à inclure les gens dans une conversation adulte sur les changements pratiques.»

Emmanuel Macron a eu l'intuition de ces cercles d'intelligence populaire après la secousse du Grand Débat mais il n'a pas la capacité intellectuelle ou politique de les inscrire dans un schéma démocratique direct ; parce qu'il faut simplement ruiner tout le millefeuille actuel d'un Etat bedonnant qui se mêle de tout. Si on suit la pensée de Rory Stewart (je me demande si l'idée ne lui serait pas venue lors de ses séjours en Afghanistan), nous pourrions développer un système démocratique balayant tout l'existant. Pour ne pas reproduire l'erreur jacobine, chaque province pourrait choisir son organisation politique (d'évaluation des besoins et d'exécution des décisions). On n'a pas besoin d'expliquer pourquoi des jurés départementaux du Var, du Haut-Rhin, du Nord et de Basse-Seine aboutiront à des décisions différentes concernant l'instruction publique. Idem dans nombre de sujets qui touchent les gens au plus près, comme par exemple et dernier, les règles de permis de construire en zone inondable ou douteuse. Mais ces jurys, pourquoi pas d'arrondissement, ne seront pas voués à bâtir des salles omnisport ou des ronds-points, on pourrait les faire phosphorer sur des défis d'étage national et faire remonter leurs contributions au niveau d'un Sénat, premier conseil du gouvernement futur dans les affaires publiques hors-régalien.

La cellule de base de l'organisation de l'espace reste la municipalité avec son maire français que Rory Stewart, admiratif, a croisé sur les marchés de plein vent. A partir de là tout est à imaginer, en évitant les petites satrapies ridicules et les grandes satrapies prévaricatrices, dans un esprit de contrôle direct qui n'existe même plus dans les villes moyennes et grandes où les édiles ont la cambrure du Cid Campeador. "Les Républiques" disait Maurras. On y vient, on y vient...

Un mot des thuriféraires actuels du RIC et des révocations au caprice des foules : ces gens utilisent la magie d'une démocratie rêvée pour établir leur pouvoir à travers leurs sectionnaires, qui fliqueront tout le pays à la recherche de leurs adversaires réels ou désignés, et les feront taire, comme ont su s'y prendre leurs grands aînés. Mais ce sera un autre sujet qui parlera de les réduire.

Pour finir, le mouvement royaliste serait bien inspiré de creuser la question d'une démocratie directe à échanger contre l'extraction du domaine régalien de la dispute politicienne. Et de le faire ex-nihilo, sans chercher systématiquement le raccord avec le passé dont la connaissance reste utile néanmoins. C'est plus dur, je sais.

Quatre billets de Royal-Artillerie ont déjà parlé de Rory Stewart. On peut les sélectionner en cliquant ici.

dimanche 10 février 2019

Emboîtage de la contestation


C'est une affaire de sous-traitance qui a mal tourné. Au tout début, des gens invisibles dans la société de l'image ont mis des gilets d'accidentés de la route pour être vus des pouvoirs publics qui les ignoraient. Afin que nul ne les efface des journaux télévisés, ils occupèrent rond-points et bretelles d'accès aux zones commerciales, des péages autoroutiers aussi, pour faire ch... le peuple afin que ceux-là se plaignent. Bizarrement, ils obtinrent plus de soutien que de critiques, du moins de la part des "gens". Rien n'a vraiment bougé depuis trois mois. Le soutien populaire fluctue mais ne coule pas au fond de la mer des indifférences ! Les Français expriment leur ras-le-bol et sous-traitent leur mécontentement aux Gilets jaunes, lesquels, bien conscients que les manifs syndicales bien propres avec corso fleuri n'ont jamais rien donné, sous-traitent à leur tour les revendications aux casseurs..., lesquels sont la coquille de protection des black blocks ou comme on les appelait au XIX° siècle, les anars ! Tout s'emboîte. Et le pouvoir ne sait quoi faire plus que des proclamations qui toutes tombent à l'eau.

Ce ne sont pas les cinquante ou soixante mille gilets jaunes insurgés, infestés de black blocks et d'antifascistes, qui posent problème. C'est le soutien des deux-tiers des Français (on est monté jusqu'à 84%) qui ne faiblit pas quelles que soient les mesures, annonces, diversions lancées comme des boules dans les quilles de l'actualité. La porteuse est double : la classe politique est une nuisance ; le titulaire de la présidence a volé l'élection.

Alors les minions du Château ont inventé la cellule psychologique géante, le Grand Débat National (GDN). « Dites ce que vous avez sur le cœur et vous irez mieux » un peu comme le suspect en garde à vue : avouez, soulagez votre conscience. Manque de pot, les gueux ont vu l'embrouille et les trois premières semaines de débats les ont confortés dans le jugement que le GDN est en effet une cellule sociale de dégrisement et qui pis est, une plateforme de propagande du président en tenue de campagne qui capte les heures d'audience dans un one-man-show chaque fois renouvelé et dont la conclusion devrait être inédite pour tenir les promesses de l'exercice. Sauf que chacun anticipe déjà une sortie de crise de la couleur des gilets, la couleur des cocus.

Les vieux routiers ne voient que deux issues aux deux défis : dissolution de la chambre ou réinitialisation de la procédure présidentielle. Le quinquennat aura duré deux ans ! Au lieu de cela, le pouvoir et ses relais médiatiques sont complètement abrutis sur le GDN qui repousse l'échéance de décisions très difficiles, et ils se regroupent sous l'oriflamme de la légalité. Elus pour cinq ans, ils ont la loi avec eux.

Si Macron avait du Mazarin en lui, il arrêterait le GDN qui a déjà tout donné, et il convoquerait immédiatement le Congrès de Versailles pour réhabiliter la Constitution dans son esprit parlementaire :
- retour au septennat, mais à mandat unique ;
- injection d'un tiers de proportionnelle dans les élections législatives ;
- déconnexion des élections présidentielle et législatives : plus de législatives post-élection présidentielle.

Ce serait un électrochoc dont l'intensité diminuerait la prégnance des revendications catégorielles qu'il faudra affronter, mais plus tard. Pour sortir de l'ornière, il faut casser la présidentialisation du régime car les contrepouvoirs ne fonctionnent pas et les abus de position sont trop faciles. La Constitution est détournée en permanence dans son esprit, les pouvoirs s'en amusent. Si les quinquennats précédents ont eu leur lot de césarisme à éclipses, le mandat actuel n'est que césarisme ! Le bouquet "final" est l'affaire Benalla.

Si l'attitude du président Macron, onctueuse et rigide à la fois, est perçue par les Français comme un foutage de gueule cynique, ce ne sera plus l'insurrection de cinquante mille gilets jaunes mais la révolution en marche. Sire, ce peuple est terrible, disait quelqu'un à Louis XVI, surtout quand on lui a mis la tête à l'envers !



vendredi 4 janvier 2019

Le Grand Débat en question ?

(©François Guillot/AFP)


« Qu'ils viennent me chercher !» restera dans les Annales républicaines au même titre que la brioche de Marie-Antoinette, la marque d'une inconséquence. Ils viennent, sire, et chaque jour plus près. Dans quinze jours nous commémorons la décollation du roi, n'y voyez aucune prémonition.

Comme tous ses prédécesseurs en crise, le pouvoir réagit en biaisant, par subterfuges afin de se dédouaner par avance des décisions à suivre qui pourraient être difficiles à vivre, le plus grotesque étant ce grand débat national encadré qui ne vise qu'à noyer le mécontentement général sous les formes démocratiques d'une procédure usée jusqu'à la corde. Comme dans les conférences internationales où le communiqué final est mis en forme dès le premier matin, le pouvoir a signalé qu'il continuerait comme avant quoiqu'on en dise, avec quelques ajustements à la marge pour adoucir les effets collatéraux du programme 2017. "Nous ne détricoterons pas le Quinquennat", s'est aventuré à dire le porte-parole Griveaux. Et bien évidemment, les sujets sensibles comme l'immigration sont retirés de l'agenda alors qu'elle est le premier souci de l'opinion, à ce que disent les derniers sondages IFOP du 26 novembre et BVA du 6 décembre 2018 après le dernier Eurobaromètre standard 90 de la Commission européenne de l'automne 2018. En faut-il encore ?

D'un côté, la bienpensance trie les sujets que le peuple "peut comprendre" en éliminant la peine de mort, le mariage des folles, la PMA des vierges, le lancer de nain, d'un autre côté, elle demande au même peuple de lui donner les clefs de sa propre perpétuation. Enfumage total. Qui s'y prête ? Sans doute pas les royalistes, même s'ils ne sont pas convoqués es-qualité par l'histoire immédiate à défaut d'avoir le plan de sortir de crise avec une queue de trajectoire praticable. Mais cela n'empêche pas d'y réfléchir tout de suite car tout va se passer hors-débat, maintenant.

Le site RoyautéNews abat ses cartes en trois applications concrètes de la thèse maurrassienne (l'autorité en haut, les libertés en bas), que l'on pourra lire en détails en cliquant ici et que nous résumons ci-dessous :

(a) Etablir localement le socle "Gilets jaunes" en bombardant maires et députés de demandes de corrections d'injustices et tous sujets de mécontentement.

(b) Propager sur les réseaux sociaux les insuffisances d'un Etat qui se protège derrière le mur d'une République "antédiluvienne". Exiger une réforme profonde des institutions qui explicite de vrais contre-pouvoirs autonomes et le contrôle de l'exécutif (ndlr : la Constitution a été complètement dévoyée par le césarisme).

(c) Cesser le cycle des réflexions en petits comités, observatoires, think-tanks et agir concrètement pour faire reculer l'Etat jusqu'au seuil de son domaine essentiel en détruisant ses empiètements.

Ce n'est pas une réforme mais une révolution. Et les parlementaires de la majorité présidentielle le ressentent bien, eux qui crient au charron en se proclamant élus pour cinq ans au jeu du chat perché. Pathétique d'aveuglement.

J'ai souvent sur ce blogue reproché à Louis XVI d'avoir subi la Révolution française, vautré dans le char du roi fainéant, alors qu'il aurait dû jeter le cocher au ravin et prendre les rênes pour conduire le changement (afin que rien ne change, dira-t-on plus tard). Il en avait toutes les capacités intellectuelles et cognitives - le prince le plus instruit de son temps - mais il n'avait aucune intuition politique ni la trempe de caractère voulue. Emmanuel Macron est dans le même cas. Intelligent, il ne voit rien au-delà des rapports d'étape produits dans les soupentes du Château. Le 31 décembre, si l'on ne pouvait attendre raisonnablement sa démission, il aurait pu jouer la tour et le fou avec la dissolution de la chambre basse et un référendum constitutionnel pour réformer le parlement en y insérant le référendum d'initiative citoyenne réclamé par les trois-quart des Français. Dès le 2 janvier, le pays n'aurait parlé que de ça, tout l'espace politique et médiatique aurait été submergé par les campagnes politiques initiées par la présidence ; les Gilets jaunes rentraient chez eux. Chapeau, aurait-on dit ! Mais pour ça, il faut des couilles de bison !


Nous souhaitons que RoyautéNews creuse la question de l'agit'prop à la base. Pour notre part, nous diffusons notre absolue défiance à l'endroit du grand débat national encadré et nous privilégions la multiplication des actions de terrain dans les cellules politiques de base, communes et cantons. Mais il faut faire masse et que la limaille de fer s'oriente dans le champ de l'aimant. On en reparle...... d'ici là, Michel Fugain remastérisé par les Gilets jaunes :



jeudi 11 octobre 2018

Du dialogue entre la Nation et son État

Dans Le Figaro de mardi dernier (clic), le prince Jean d'Orléans propose sa critique de la Constitution amendée de 1958 en souhaitant revenir au texte originel qui privilégie la fonction arbitrale du chef de l'Etat en appuyant le projet économique et social conçu pendant la Résistance et mis en œuvre à la Libération. D'autres que lui célèbrent le Conseil national de la résistance comme le Saint Graal à mesure que les dirigeants d'aujourd'hui s'approchent du libéralisme économique classique. Si la fonction arbitrale est aujourd'hui absente, ce n'est pas le cas du projet appuyé qui demeure encore de nos jours une calamité. A cause de ce paradigme marxiste de 1945, de tous nos voisins, nous sommes les derniers. Ce qui n'était pas le cas sous la Monarchie de Juillet que le prince-héritier a toujours en exemple, seul exemple d'ailleurs. Il a raison de plaider pour sa paroisse, le roi est l'arbitre idéal, venant de loin, au-dessus de la mêlée et des contingences subalternes, il va loin. Il est en fait le bonhomme Temps, le sage, le savant, le sphinx, le repère, l'amer, le moyeu de la nation ! Jean d'Orléans a bien raison d'en redemander, reste à prouver qu'il soit lui-même la plus sûre main à entrer dans le gant !

A cet article, le Piéton a répondu sur le site Noblesse & Royautés que « la constitution de la V° République induit le césarisme alors que son texte déploie les pouvoirs du premier ministre. Les conflits que cite le prince Jean sont génétiques à cette organisation (trop) minutieuse des pouvoirs. Aujourd’hui encore, le président sort de ses clous, et l’indépendance des pouvoirs est bafouée chaque jour. La survie de la constitution n’est pas un objectif en soi mais s’en soucier dévoile une inquiétude. Par contre la survie de l’Etat est une question autrement grave. Si les pouvoirs publics, faisant fi du clientélisme démocratique, ne réduisent pas le périmètre de l’Etat au domaine régalien avec deux ou trois exceptions, il continuera à être attaqué dans toutes ses interventions périphériques pour défaut d’efficacité ».
Fin du prologue.




Il se dit que la France aurait inventé l'Etat-nation. C'est faire bon marché de toutes les nations qui se constituées en "Etat" avant elle, en particulier les nations guerrières d'Asie, les nations précolombiennes et plus près de nous, les royaumes ethniques centralisés de Suède, Danemark, Prusse, il y en a plein sans parler de la Chine impériale ! Mais notre sujet n'est pas de débattre de l'Etat-nation mais du rapport de l'un à l'autre et de la France spécialement.

La couronne de France a décidé d'un Etat central pour sortir des complications d'un régime féodal abâtardi, et à la limite dangereux pour elle. La Fronde décida le jeune roi Louis XIV à reconstruire un Etat du modèle césariste romain, centralisé dans son droit et dans les obligations réciproques des peuples et des gens de l'Etat. A dire vrai, l'Etat central ne fut pas choisi par la nation, il lui fut imposé, puis "vendu" par les penseurs commis à sa perpétuation. De fait, la nation* subit depuis toujours l'Etat plus qu'elle ne l'a appelé à son service, et à partir de la Libération on lui a survendu l'extension de l'Etat par le confort nouveau que son débordement apportait. Il est au fil des lustres devenu la baleine morte crevée sur la plage que personne ne peut plus déplacer. Sauf à la dynamite !

(*) on parle souvent de nations au pluriel mais pour simplifier l'épure de ce billet nous en resterons à la bataille de Denain

Sauf qu'aujourd'hui l'Etat hypertrophié vit pour lui-même en pressurant la nation qui, anesthésiée, ne sait plus réagir que par la révolte sporadique et ne discute plus. Les gens de l'Etat, se sachant critiqués, ont le souci premier de la défense des avantages acquis et de la préservation d'un statut anachronique qui remonte à la bureaucratie tsariste. On sait comment tout cela a fini là-bas, il y a cent ans.

Rapporté à la nation qu'il gouverne, l'Etat français est démesuré. Ses effectifs actuels lui permettraient de gouverner l'empire de jadis dans le plus infime détail. Comparés aux autres Etats de l'OCDE, nous avons en moyenne deux millions de fonctionnaires de plus. Ceci ne veut pas dire que nous avons deux millions de surnuméraires ou de fainéants (bien que la caste défende vigoureusement sa torpeur et ses privilèges) mais que le périmètre de l'Etat est trop grand. L'Etat se mêle de tout et sa légendaire inefficacité que ses agents réfutent parce qu'ils n'ont jamais connu la vraie vie, génère des coûts insupportables dans un pays grevé de déficits énormes sous une dette souveraine qui le suce. La mauvaise gestion de l'État actionnaire, «souvent peu généreux pour cause budgétaire, parfois prodigue pour les industries en déclin ou les secteurs à la mode», fut de tout temps dénoncée par les grands commis eux-mêmes comme ici par Raymond Levy (ex-RNUR) qui parvint à privatiser Renault.
Qui pis est, c'est le domaine traditionnel de l'Etat, qu'on appelle "régalien" en souvenir de la Couronne, qui est le plus mal tenu. La nation n'a pas un rejet pavlovien de l'Etat dans ses fonctions principales mais elle commence à comprendre qu'à s'occuper de tout, jusqu'au slip du citoyen, l'Etat ne fait plus face à l'essentiel et se défausse dans des activités sociétales visibles et valorisantes comme l'égalité homme-femme, le startupping, la procréation médicale assistée pour les paires stériles et jusqu'à la consommation des drogues, des acides gras insaturés et des filles de joie !

Si le retrait de l'Etat est dramatique dans ce qu'on appelle maintenant les zones périphériques, le citoyen décentré ne réclame pas un théâtre, un juge de paix cantonal, une salle omnisport, un bar-tabac, le banquet des seniors, une salle de shoot ou le conseil municipal des enfants. Mais une Poste, une école primaire, une permanence de sécurité ouverte 7/24 (police ou gendarmerie et pompiers), un cabinet médical avec pharmacie, des édiles accessibles sans rendez-vous. Toute la vie publique n'est pas strictement du ressort de l'Etat mais l'essentiel est sa raison d'exister. Il doit faire face au défi qui monte sur son cœur de métier et répondre aux attentes basiques du citoyen à peine de s'en faire un ennemi. Et en Gaule, cela n'est pas recommandé !

Par contre lancer des mesures pour faire revenir les commerces de proximité n'est pas de son ressort mais celui des corporations et chambres de métiers ; légiférer sur l'urbanisme jusqu'à la dernière virgule, fixer le prix du gasoil, régir les conditions d'exploitation des taxis "Uber" ou la vitesse des routes départementales qui comme leur nom le suggère échappent à son autorité, non plus ! Les gens appellent l'Etat dans des missions utiles sinon primordiales, mais l'Etat n'entend pas, même s'il parle beaucoup quand on le presse. Il se pavane dans des domaines qu'on ne lui a pas confiés mais qui améliorent sa communication électorale et il s'excuse dans les autres au motif de la dureté de notre époque. Quand deviendrons-nous adultes dans ce pays ?

Le domaine régalien dont l'Etat doit être responsable sans renforts extérieurs peut être cerné assez facilement. Les dirigeants de ce pays seraient bien inspirés de se recentrer et de cesser se mettre leur vanité et leur bêtise partout, à commencer par cette addiction pathologique aux strates administratives superfétatoires que sont les communautés urbaines enchaînées de procédures et les intercommunalités plus encore liées de règlements.

Domaine régalien

Fonctions de souveraineté :
- Haute administration d'exécution
- Justice haute et maisons centrales
- Trésor public
- Armée et arsenaux
- Renseignement extérieur
- Diplomatie et agences de propagande (Alliance française, Francophonie, AFD, SOPEXA etc)

Fonctions neutres d'administration centrale :
- Cours de contrôle et conseils
- Instruction publique obligatoire du premier cycle
- Réseau sanitaire de base (dispensaires de proximité, hôpitaux généraux)
- Police criminelle et renseignement intérieur
- Recherche fondamentale
- Etablissements culturels de prestige (Opéra de Paris, Louvre, château de Versailles etc)
- L'Institut et ses académies.

Doivent sortir du périmètre de l'Etat central ceux dont les noms suivent :)
- Justice basse (juge de paix, tribunaux de première instance)
- Régime de pensions sauf caisses militaires
- Sûreté quotidienne
- Culture subventionnée
- Collèges
- Information et réseaux de communications
- Réseaux de transport
- Assurance maladie
- Assurance chômage
- Formation professionnelle et agences d'emplois
- Marchés agricoles
- Logements sociaux
- Recherche appliquée
- Universités et grandes écoles
- Think-tanks dédiés aux caprices du jour et subventionnés
- Instituts sectorisés, commissariats à..., hautes autorités de..., agences pour..., fondations de..., comités théodules, et...
- Monnaie, si l'on adopte les monnaies privées ou le free banking (mais c'est un autre débat).

A titre d'exemple, sont sortis du périmètre étatique et s'en portent bien les activités "nationales" suivantes :
- Grandes banques
- Industrie aéronautique
- Armes et recherche létale
- Industrie automobile
- Pétrole et parachimie
- Armement maritime
- Spatial
- Télécommunications
- Industries énergétiques, en partie
- Autoroutes
- Chantiers navals
-...

Ont disparu aussi les dinosaures inadaptés au temps que furent les charbonnages, la chimie lourde et la sidérurgie classique laissant parfois la place à des industries de spécialités.


justice et balance


Dès lors que cet Etat central aura ramassé dans sa main les pouvoirs essentiels à la nation, il les durcira par inclination naturelle de tout pouvoir central, et les acteurs économiques organiseront les secteurs dévolus en régime de concurrence, sans doute de manière efficace et rentable puisqu'il ne pourront plus compter sur les secours étatiques tout en faisant face au jugement des usagers et de leurs groupes de pression.

Le débarquement de deux millions de fonctionnaires est une entreprise à mener sur la base des départs en retraite pendant plusieurs années. Il nécessitera des transferts d'agents dans la période de recentrage.

Notre Etat réparé retrouvera à l'extérieur le prestige que nous avons perdu par la gestion calamiteuse des pouvoirs publics français. Nous pourrons parler fort et clair dans les enceintes de décision et ne risquerons plus des invectives humiliantes comme celles adressées cette année au président Macron par le Premier néerlandais qui dans le débat sur les solidarités Nord-Sud, l'a renvoyé à sa gabegie honteuse. Nous pourrons faire à nouveau la roue !


paon


Epilogue

La version originale de la Constitution de 1958 élit le chef de l'Etat au Congrès.
C'est la procédure la moins défavorable à une ré-instauration de la monarchie constitutionnelle. Jean d'Orléans le sait.
Outre l'ensemencement de l'opinion à l'idée du roi, il ne faut pas négliger l'entrisme dans la classe politique d'étage national comme le pratiquent certains crypto-monarchistes, en attendant Godoy.



mercredi 28 février 2018

Parkland never again ?

Pistolet des Ateliers Nationaux de France ca. 1790 - shooté par Rama — CC BY-SA 2.0-fr

Tout le monde entend parler du Second amendement de la Constitution des Etats-Unis d'Amérique sans l'avoir lu, et pourtant il ne s'agit que d'une phrase, la voici :
"A well regulated Militia, being necessary to the security of a free State, the right of the people to keep and bear Arms, shall not be infringed."
Il y a quatre mots dans ce texte qui est parfaitement clair, et pourtant l'esprit chicanier américain est parvenu à créer une jurisprudence. On s'en imprégnera en lisant l'article ad hoc chez Cornell en cliquant ici.

1) Militia : la sûreté publique peut être confiée à une milice ; ce qui est une excellente garantie de bon emploi, la hiérarchie surveillant ses effectifs dans les règles d'usage ;
2) State : C'est une affaire sérieuse qui concerne la sécurité de l'État, du comté, de la ville ;
3) People : Ce sont les civils par opposition aux soldats ;
4) Arms : A l'époque de sa rédaction (1791) les constitutionnalistes connaissaient les fusils à poudre noire rechargeable par le canon. Le texte dit aussi que les miliciens conservent l'arme chez eux et sont autorisés à sortir avec elle. Leurs enfants ne vont pas en cours avec un soufflant.

D'interprétations en exégèses savantes, on se retrouve en 2018, pour les meilleurs bénéfices du Rifle Business, avec un gamin perturbé de 19 ans qui achète librement des armes et va défourailler dans son ancien lycée avec un fusil automatique AR-15 faisant dix-sept morts !

Nous n'entrerons pas dans la dispute américaine entre le gros business et la corruption institutionnelle des parlementaires qualifiée de lobbying¹, ce sont leurs problèmes, ce sont leurs morts ! Mais nous ne nous privons pas de dire à nos lecteurs américains que dans cette affaire après bien d'autres (je pense au carnage de Colombine en 1999) l'American Way of Life en a pris un sacré coup.
L'insécurité réelle dans nos pays européens doit être combattue en rehaussant les capacités de police en voirie et en adoptant des lois plus dures contre la violence, avec des peines planchers interdisant la "compréhension" dans l'intime conviction des juges. Sans doute pas en ouvrant un rayon d'armement chez Lidl !
Note (1): On peut fouiller OpenSecrets.org par exemple pour 2017

Le mouvement lycéen Never Again qui grandit aux Etats-Unis a tout mon soutien, ce qui ne l'aidera pas beaucoup, mais par principe, nous devons dénoncer en mémoire des victimes l'usurpation constitutionnelle de la National Rifle Association. Les gros sponsors qui la fuient ont anticipé une issue défavorable à leurs intérêts ; et l'intérêt c'est important aux States. Peut-être que finalement, en tapant au portefeuille, les gosses viendront à bout des gros cons !


Postscriptum
Royal-Artillerie parlait déjà du Second Amendement au moment de la tuerie de Newton en décembre 2012 : De la milice et des armes à feu.


lundi 20 février 2017

Monarchistes ou Royalistes - rebond

Avis au distingué lectorat de Royal-Artillerie : ce billet est réservé aux royalistes en ce sens qu'il ne peut être compris entièrement si l'on n'a pas bu la potion magique ou tombé dans la marmite, petit. Le vulgariser étendrait bien trop sa rédaction jusqu'à en faire une soupe indigeste et prendrait à son rédacteur un temps qu'il n'a pas ces jours-ci. Mais tout le monde peut bien sûr le lire...

Le billet "Monarchistes ou Royalistes" a suscité deux types de réactions chez les abonnés au blogue. Nous y répondons tout en regrettant que ces réactions n'aient pas donné lieu à commentaires ici, afin d'enrichir publiquement la discussion et favoriser l'audience ; mais bon, c'est la vie du blogueur. Il s'agit d'une part d'appels à compléments sur la liste de sites impliqués dans le mouvement royaliste, liste donnée en pied de billet le 6 février dernier ; d'autre part, de critiques du "projet monarchiste" préalable à la restauration qui, aux yeux de beaucoup, enfermerait le prince accédant dans une idéologie qu'il ne partagerait pas forcément.

Liste des sites

Il y a dix fois plus de sites oubliés que de sites inscrits dans l'article. Pour se faire une idée, nous engageons le lecteur à parcourir en ligne l'AROM (Annuaire Royaliste des Organisations et Mouvements - clic), s'il trouve la clé d'entrée. Cette bible représente un travail titanesque de la Charte de Fontevrault mais elle est publiée en version imprimée sur papier. En ligne, l'AROM n'est pas facilement consultable et rarement mis à jour (c'est la limite d'une version papier) car il lui manque peut-être une méthode de construction maniable. [note d'ordre - ghost draft]. Pour les fans d'encyclopédies il y a aussi la SYLMPEDIA, un autre monstre de compilations avec 476 entrées. Et après tout ça, la République nous traitera de factieux alors que nous mâchons le travail de documentation des bureaux.

Revenons à nos moutons. Les deux demandes d'inclusion précitées recouvrent une même réalité. Il s'agit de plateformes d'information et réflexion qui n'ont pas le référencement Internet suffisant pour déclencher les moteurs de recherche et les robots de consultation-notation, et qui en plus divisent leur travail sur plusieurs supports, ce qui freine beaucoup la navigation jusqu'à décourager l'internaute. Je ne vais pas les citer mais ils s'y retrouveront.
La nouvelle communication de masse oblige à faire masse.
Donc il faudrait à chaque site d'information-réflexion un portail d'entrée unique pour tous les supports dérivés et un mode de navigation facile. Je pense que le système d'onglet-page développé par Blogger avec ses pages fixes et sa barre de navigation est supérieur à tous autres car outre sa simplicité il fait panorama dès la première seconde. Faire monter Royal-Artillerie dans votre navigateur vous donne, outre la page courante dite d'accueil, un choix instantané, entre Bienvenue/Roycoland/A-propos/Le Million du Roi/ Changing The Guard/Syndication/Liens/Contact/ et le traducteur industriel en n'importe quelle langue. Si l'onglet ne permet pas d'entrer sur le support annoncé directement (cliquer sur Le Million pour comprendre) on peut y mettre un clic réactif y conduisant, dans une image, un titre ou une courte présentation.

S'il faut aller un peu plus loin aujourd'hui, je recommanderais ce dispositif au mouvement survivantiste¹ qui s'est aussi manifesté. Ce mouvement très actif est éclaté également en plusieurs blogues intéressants, mais non liés entre eux en plus. Les propriétaires de blogues survivantistes sont-ils capables de lancer une plateforme commune avec un système d'onglets ? Cela ne coûterait pas cher à plusieurs. A la retraite, je me laisserais peut-être même tenter par un site sur le Mérovingien caché à mettre sur cette plateforme (en souvenir d'Emma Calvet) :) Dit en passant, creusez Léon Bloy, messieurs du Temple, qui écrivait dans La Chevalière de la mort (p.202-Ed.Gallica), quatre ans après le refus à l'obstacle du comte de Chambord :
« la race fleurdelysée des anciens Bourbons s'était éteinte en la personne errante et phantasmatique de Louis XVII. Après ceux-là, silence et ténèbres. C'est fini de la Tradition. La table est rase et la place est nette pour Celui qui doit venir à la façon d'un nocturne spoliateur, quand l'ineffable Trinité l'appellera par son nom. Jusqu'à ce jour plus ou moins prochain, la France est décapitée et probablement damnée. »
Après trente-deux semaines d'années, Pharamond, je te vois !

Pour un référencement professionnel abordable, je citerais Webrankinfo (clic) qui peut prendre en charge le travail ou vous former à le faire vous-mêmes.

(1) URL de quelques sites survivantistes :
* http://cril17.org/ (Bourbon-Habsbourg)
* http://louisxvii.canalblog.com/ (Louvel)
* http://cerclederichemont.centerblog.net/ (branche américaine)
* https://www.louis17.com/ (Naundorff)
* .....


Critique du projet préalable

C'est un vrai dilemme chez les royalistes, moins chez les monarchistes. Les premiers prêtent au prince les capacités de construire ex-nihilo l'échafaudage politique du pays tout sorti de son crâne. Il y a de quoi lui faire peur. Pour tout dire, les trois intentions que nous avons entendues ces dix dernières années sont toutes de même nature : copions ce qui marche. Le duc d'Anjou réplique peu ou prou la monarchie espagnole (si différente de celle que nous eûmes), le comte de Paris et le duc de Vendôme rhabillent la V° République, avec une certaine nostalgie de la monarchie de Juillet pour le second. Les D'Orléans ont raison. La monarchie des Cortes et des Partidas est propre à l'Espagne. La France dispose déjà d'une constitution, monarchique dans son essence (plus que dans son intention), surtout dans la version originale de 1958. Les pouvoirs du Premier ministre responsable devant la Chambre basse sont explicitement étendus (ce qui protège le caractère démocratique du régime) et deux fonctions régaliennes sont implicitement confiées au chef de l'Etat par la pratique gaullienne : la diplomatie et la guerre. Le chef d'Etat est de tous ses alter ego du monde libre celui qui a le plus de pouvoirs. On ne pourrait le comparer qu'à Napoléon Ier. Donc ça marche, pour autant que l'impétrant ait la carrure. Inutile de compliquer comme Yves-Marie Adeline voulut le faire avec les plus louables intentions pour disjoindre le régalien et le public. Il aboutit à la plateforme institutionnelle de l'Alliance royale qui demande une attention soutenue pour bien l'assimiler, tant le dispositif institutionnel est loin de ce que nous avons connu depuis la chute de l'Ancien régime. J'avoue n'avoir pas encore compris le scrutin législatif par collèges².

(2) Au moment de la pré-campagne présidentielle de 2007, Royal-Artillerie a fait une présentation illustrée de la plateforme institutionnelle d'Yves-Marie Adeline. On peut s'y référer en cliquant sur les billets ci-dessous :
- Législatif
- Exécutif
Il existe en tout une quarantaine de billets "Alliance royale", accessibles par le libellé AR.

Resterait donc à reprendre la rédaction de quelques articles de cette constitution et raboter les angles qui a l'usage sont apparus néfastes à sa bonne marche. Qu'en disent les docteurs de la loi ? Horreur ! Vade retro S... ! Et bien tant pis. On fera sans eux ! Pour leur répondre de manière ramassée, je recycle un commentaire donné au blogue de La Couronne pour lequel Guy Adain m'avait remercié. Il résume la pensée du Piéton du roi sur ce sujet au mois de janvier 2017 :

Les réglages d’une monarchie constitutionnelle, seule acceptable au XXIè siècle, sont extrêmement fins, et guère connus des élites françaises : qui comprend vraiment la monarchie anglaise ? tous en restent à l’écume visible du non-gouvernement du quotidien par le palais de Buckingham, mais il y a tout le reste à commencer par la corvée hebdomadaire du Premier ministre venant expliquer au monarque ce qu’il a fait ou va faire, exercice difficile parfois éprouvant d’un chef de la majorité parlementaire devant présenter ses devoirs d’écolier à sa maîtresse et accepter sa notation et ses conseils.
Mais plus grave, ces réglages me semblent hors de portée des responsables royalistes français, pour ceux du moins que je connais, carrément obsédés par les Lois fondamentales (indisponibilité, catholicité, pérégrinité, loi salique etc.). Observant la queue de trajectoire de l’histoire capétienne depuis Sirius, on s’aperçoit vite que ce sont les lois elles-mêmes qui ont pu enterrer la dynastie en bloquant l’initiative, l’imagination, au bénéfice d’une rente mortifère de situation, sans parler de la stérilisation génétique (relire Capefigue, qui en plus écrit bien).
Les « héritiers » actuels ne donnent à voir pour l’instant aucun gage d’initiative ou d’imagination et s’inscrivent encore dans les facilités de la rente dynastique. Ils suivent, alors qu’ils devraient tirer le char. [commentaire sur La Couronne le 19 janvier 2017 - (clic) ]


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