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jeudi 15 février 2024

Nos armées vers un 3%pib ?

#2239 Ce billet est l'application des mesures de rattrapage exigées par le billet précédent.
Souvenons-nous de la déclaration du général Lecointre, CEMA sur le départ à l'été 2022, qui ouvrait la réflexion sur un doublement des crédits d'armement pour atteindre la masse critique de nos armées en dessous de laquelle nous n'étions pas "sérieux". Quelque part il a été entendu, puisqu'il laissait un budget hors-pensions de 35 milliards d'euros à 1,86%pib (2020) et que la queue de trajectoire de la dernière loi de programmation militaire de 413 milliard d'euros, décidée par le président Macron pour racheter l'incurie de ses prédécesseurs, devrait permettre d'atteindre 50 milliards, hors-pensions, à l'horizon de 2050. Le compte du Gal Lecointre n'y est pas tout à fait (2x35=70). Nous n'entrerons pas dans les détails de cette projection mais plutôt dans la dispute atlantique des "2%pib" rapportée aux pays membres de l'Alliance. La France devrait atteindre ce totem du "partage du fardeau" en 2025 et rejoindre la classe des bons élèves menacés que sont les trois Baltes, la Finlande, la Grèce, la Hongrie, la Roumanie, la Slovaquie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, lesquels couvrent par ces crédits bien d'autres théâtres stratégiques que l'Europe (source OTAN). La France est à 1,90%pib sauf que si nous retranchons le coût estimé car secret de l'assurance-vie nucléaire de +/-10% du total qui ne concerne pas les alliés, nous tombons à 1,71% quoiqu'encore devant l'Allemagne à 1,57% avant le sursaut de cent milliards en cours à Berlin.

projet franco-allemand d'avion du futur

Le général Yakovleff, *ancien commandant en second du SHAPE, disait récemment que si l'on retranchait des budgets nord-américains les dépenses non-affectées à l'Alliance atlantique, le partage du coût de la défense de l'Europe était réparti moitié-moitié entre les deux rives de l'océan. Il ajoutait qu'il serait plus juste que l'Europe en prenne jusqu'aux deux tiers, ce qui implique un réhaussement sensible des budgets continentaux de défense. Puisqu'on en parle beaucoup, il faut savoir que factuellement¹ Donald Trump a plutôt renforcé l'OTAN que l'inverse pendant son mandat présidentiel. Par contre ses menaces à peine voilées envers les pays à la traîne de contributions a fait dire à Angela Merkel, lors du G7 de Taormina en 2017, qu'il était temps que l'Allemagne se prenne en charge.

Note (1) Extrait d'un article de Nemrod : « Malgré bien des considérations négatives quant à l’organisation, le mandat de Donald Trump a été marqué par d’importantes augmentations des dépenses militaires américaines au sein de l’OTAN. Les États-Unis se sont par exemple appuyés sur le programme de l’Initiative Européenne de Dissuasion (EDI), lancé par Barack Obama dans une perspective dissuasive de l’agression russe contre l’OTAN, permettant d’améliorer les capacités de l’Alliance à envoyer des renforts en Europe de l’est. En 2019, le département de la Défense américain demande un financement de 6,5 milliards de dollars, contre seulement 3,4 milliards en 2016. Le Département d’État sous Mike Pompeo a d’ailleurs accordé une attention particulière à l'Europe de l’Est comme espace stratégique permettant de contrer l’influence russe en améliorant la sécurité et la coopération énergétique. La Pologne en est l’illustration, souhaitant établir une base militaire américaine du nom de Fort Trump sur son territoire, alors que les États-Unis effectuent des rotations des forces de combat à travers le pays et exploitent les drones de reconnaissance polonais. L’Atlantique-Nord en est une autre, dont l’importance stratégique devient évidente pour les membres alliés, et où la marine américaine a officiellement rétabli sa IIe flotte en 2018. Divers exemples qui témoignent ainsi d’une tendance américaine à renforcer les aptitudes transatlantiques à se défendre et à dissuader une grande variété de menaces et ce, malgré la rhétorique contradictoire de Donald Trump. » (lien vers la source)

Pour diverses raisons de contexte, dès 2017 la tendance était déjà au rehaussement des engagements budgétaires militaires chez les Européens. Des instituts réputés comme l'IFRAP jugent que notre effort de défense ne peut être en dessous de 3% du produit intérieur brut, mais le biais de l'étude est de consommer le trop-plein de prestations sociales pour nous ramener à la moyenne OCDE. Nous en resterons donc à la perception de François Lecointre qui donne comme objectif 70 milliards d'euros constants, ce qui ferait 2,6%pib actuel hors-nucléaire, hors-pensions, donc un total légèrement supérieur à 3%pib. On est raccord. Cet effort sera-t-il suffisant pour garantir nos outremers contre l'appétit des empires prédateurss est une autre question.

Où est le gras budgétaire permettant de financer l'effort de défense ? C'est l'IFRAP qui donne les pistes : « Grand paradoxe : en France, où l’État est omniprésent, il semble bien que le sujet de la sécurité extérieure, de la défense et de la dissuasion soit devenu le parent pauvre de nos finances publiques. C’est pourtant la première raison d’être de l’État que d’assurer la sécurité de ses habitants. Las, l’État-providence a souvent pris le pas sur l’État régalien. Aujourd’hui, la puissance publique rime plus avec la protection sociale au sens large : près de 31 % du PIB y sont consacrés (la moyenne de l’OCDE est à 20 %), soit un total de 812 milliards d’euros (dont 763 milliards de prestations) en 2019 par rapport à 1347 milliards de dépenses publiques la même année » (source).

Donc, comme nous l'annoncions à cheval sur le taureau blanc, c'est la protection sociale qui va payer la sécurité du pays. A préjuger des réactions des classes populaires chauffées à blanc par les capitulards et autres collabos en devenir, l'affaire ne pourra être conduite sans que soit nommé un dictateur romain à la Salvadorienne avec fermeture de l'assistance publique, suspension de l'état de droit, mise à pied des juges, loi martiale, état de siège. On commençait à s'emmerder !

samedi 20 janvier 2024

Agonie de la démocratie d'étage national

Ce que les Grecs antiques ont inventé, c'est la démocratie dans la cité. Le citoyen, engagé par ses contributions de toutes sortes dans la vie de sa cité, obtenait par la démocratie le droit de dire sa pensée sur l'emploi de ses efforts. Par la suite et chez nous, les chartes d'affranchissement des municipalités ouvrirent droit aux habitants de dire leur fait et leurs requêtes à leur gouvernement local qui s'était substitué au seigneur du cru ; ce que tout le monde trouvait parfaitement normal. Sauf qu'alors, on votait par feu (famille) quel que soit d'ailleurs le sexe du chef de feu parce qu'on n'avait pas découvert le concept d'un homme - une voix.
Même si Louis XIV tenta de "normaliser" (déjà !) les municipalités en nommant les maires résidents à côté des consuls élus, les assemblées fonctionnaient à la satisfaction de tous, on trouve peu de reproches les concernant dans les cahiers de doléances de 1788. Mais ce n'est pas le sujet du jour. Non, c'est Donald Trump le souci.
profil droit de Donald Trump

Même si les pères fondateurs des Etats Unis d'Amérique ont inventé un suffrage présidentiel indirect (les grands électeurs) pour canaliser les humeurs et fureurs populaires, la dérive de la pratique porte au devant de la scène l'archétype du démagogue grossier dans tous ses comportements personnels et sociaux, qui ne recule devant aucune outrance si elle lui rapporte des points de sondage ; jusqu'à même prétendre fusiller le chef d'état-major ou le directeur d'agence qui lui déplaît. Bien sûr que c'est un propos de tréteaux dans le feu de la campagne ; mais on se souvient de la traduction qu'ont fait les foules chauffées à blanc de propos incendiaires du même Trump sur l'inversion prétendue des résultats électoraux perpétrée par ses adversaires démocrates : ça a donné le 6-Janvier au Capitole ! Pour aller directement au bout de la question : qu'ont à faire ces foules déchaînées dans un processus de choix démocratique souverain ? Rien ! Parce que le concept si valable au plan municipal - on n'installe pas un urinoir public n'importe où - est faux à l'étage national. Maîtres du monde, les Etats-Unis ont une politique étrangère particulièrement prégnante sur les autres pays. Quel soupçon de compétence accorderez-vous au redneck de l'Iowa pour juger de la pertinence de l'Alliance atlantique ? Mais la même question se pose en France et autour de nous en Europe : va-t-on réduire drastiquement les prestations sociales et le coulage d'abord de ces prestations qu'on dit monstrueux, pour favoriser un réarmement urgent de nos moyens de défense eu égard à la montée des périls orientaux ? C'est Denise à l'Accueil qui va avoir le fin mot de l'histoire ?

Le distingué lecteur de Canon Gaillon a compris déjà qu'il faut demander leur avis aux gens dans leur champ de conscience et ne pas utiliser l'alibi de la démocratie pour faire le lit des prébendiers de la République qui se parent du prestige de leur élection pour écraser l'intelligence d'autrui quand ils ont été élus par des cons. Ce qui risque d'arriver aux Etats-Unis à la fin de l'année par l'élection du porc-magnat de la téléréalité peut très bien nous arriver dans un autre genre en mai 2027. Ce n'est pas si loin. L'opinion chauffée par les chaînes d'information n'entendra plus la voix de la raison dans les projections de tous ordres qui nous assaillent mais cèdera au vacarme des solutions rapides proposées par des idées courtes que l'on trouve de tous bords ! Pour parler franc, je crains bien moins l'arrivée au pouvoir d'une droite réputée dure que celle de gentils incompétents une fois les micros éteints. Le programme économique de la candidate du Rassemblement national est atterrant, et son tout-ou-rien n'augure aucun aggiornamento de la première semaine. Il faudra comme en 1983 taper dans le mur des réalités pour changer le fusil d'épaule sous la contrainte des agences de notation. Pour sa part, Giorgia Meloni a fait la démonstration d'une mue professionnelle rapide pour donner à son pays le rang qu'il mérite en Europe ; je suis moins sûr de la mue d'une Marine Le Pen qui, hors des estrades, n'a jamais rien prouvé de sa vie, si tant est qu'elle ait les gènes nécessaires au gouvernement des Gaules, puisque son père nous a montré qu'ils lui faisaient défaut.

Mais le retour de Donald Trump aux affaires de la première démocratie mondiale pourrait être la chance que l'Europe attend depuis longtemps pour recouvrer son autonomie polémologique, parce qu'il est indigne de son statut qu'elle s'en remette pour sa sécurité à une puissance équivalente à la sienne mais lointaine et dévorée par ses propres problèmes intérieurs, et qui pour cela, pourrait lui faire défaut. En attendant, ce blogue - quand on le lui demandera - fera campagne pour Nikki Haley.

Nikki Haley
Même avec une simple licence d'expert-comptable, cette ancienne ambassadrice de l'administration Trump auprès des Nations Unies et gouverneur jadis de Caroline du Sud, fille d'immigrés sikhs, a l'oreille du grand capital qui redoute le chaos annoncé par une réélection du vieux gamin de 78 ans et qui se méfie du politocard Ron DeSantis ! C'est Le Monde qui en parle. Et puis une femme de caractère ferait plutôt pas mal dans le paysage pour "gérer" l'ingérable Deep State de la côte Est. Elles ont parfois de ces cruautés qui marquent l'histoire. N'a-t-elle pas dit : « Quand vous rendez les coups de pied, ça fait plus mal avec des talons » ?

trois grenouilles sur un roseau

En résumé, ne demandez au peuple que ce qu'il sait vous répondre en connaissance de cause et ne l'instrumentalisez pas pour faire avancer votre agenda de sa part dans des domaines qu'il ne maîtrise pas. C'est la supercherie de base de la démocratie d'étage national, mais certains beaux esprits ont dit qu'elle était la moins pire, pour une vraie raison : le peuple ressent intimement les tressaillements de son insécurité collective sans qu'il soit besoin de l'abrutir. C'est ce qu'il se passe chez nous, malgré les dénégations officielles répétées, avec l'intime conviction d'un remplacement de la population autochtone par des populations allogènes peu soucieuses des premiers. Fonder le gouvernement des hommes sur le mensonge et la duplicité finit par convoquer l'émeute, puis l'insurrection générale contre les pouvoirs publics. S'en moquent-ils à ce point qu'ils pensent désarmorcer le mécontentement par de grands oraux archi-télévisés comme nous l'a montré mardi dernier l'interminable conférence de presse du président de la République, intarrissable d'aisance et de talent ? Au matin du commencement était le verbe, a dit l'évangéliste ; puis vers midi le verbe encore, pour finir le soir avec le verbe ! Le grand oral de M. Macron s'est achevé sur un goût d'inachevé mâtiné d'ennui, car plus personne n'y croit. Gabriel Robin dit tout cela bien mieux (clic).

trois grenouilles sur un roseau

Ce blogue a aujourd'hui dix-neuf ans et a posté deux mille deux cent trente-trois billets. Achèvera-t-il sa vingtième année ? Il faut savoir glisser et ne pas appuyer, disait un fabuliste fameux !

jeudi 21 octobre 2021

Le sac du Capitole

la foule sur les marches du Capitole


Bannon
Steve Bannon n'est pas mon ami plus que ça, juste un type intéressant. Le comité ad hoc de la Chambre des Représentants de Washington a voté à l'unanimité que des poursuites contre lui soient engagées par le ministère de la Justice pour son rôle présumé dans l'assaut du 6 janvier 2021 (clic). Ces messieurs les parlementaires cherchent à monter plus que montrer le complot trumpien en faisant porter le chapeau au conseiller "intellectuel" de l'ancien président, président-star de la téléréalité remonté sur les planches, qu'ils n'ont pas su empêcher. Le golfeur fou avec un chien de prairie mort sur la tête caracole d'Etat en Etat pour placer ses amis en meilleure position aux "Mid-Terms" et ultérieurement prendre le lead pour la présidentielle qui se rapproche. Contre Kamala Harris il ne devrait pas avoir trop de mal si déjà dans son camp à elle les purs blacks s'en distancent. Il faut donc construire sans tarder l'intellectualisation du coup d'Etat pour bien démontrer à quel point l'affaire avait été réfléchie et préparée dans les caves de la Maison Blanche. Je pouffe ! Revenons en arrière.

Un budget de deux mille policiers aurait été submergé par deux cents braillards non armés ? Je ne le crois pas. Les portes ont été ouvertes. Trois heures passées devant CNN (canal Free 354) avec des confirmations par les réseaux sociaux qui ont diffusé des vidéos de l'intérieur, ont documenté une faiblesse inavouable des unités de sécurité. Ceci ne concerne pas le Secret Service qui n'obéit pas à la sécurité domestique. Ce n'est qu'à l'arrivée des renforts de police que les forces de l'ordre ont commencé à manœuvrer pour amorcer l'évacuation des couloirs et de la rotonde. L'enquête du FBI ira au bout des choses, mais il n'est pas anodin que le chef de la police ait démissionné sans attendre la fin de la journée ; quelque chose avait foiré. Reste à savoir quoi.

S'agissait-il de faire peur aux sénateurs républicains trop timorés pour rejeter la certification du vote des grands électeurs ? J'ai beaucoup de mal à imaginer le scénario d'un vote en chambre haute sous pression de la foule comme aux plus beaux jours de la Révolution française. Au final, s'il y a eu émeute, il n'y a pas eu insurrection, il n'y a pas eu coup d'Etat.
L'affaire s'est conclue à peu de frais. Cinq morts dans un pays qui tire avant de comprendre, du mobilier cassé, portes et carreaux brisés, du désordre. Pas d'incendie au Reichstag ! Mais une réelle profanation du Temple de la Démocratie en Amérique, comme dirait notre Tocqueville.

Les limites de la démocratie représentative ont été atteintes. Le peuple en foule ne fait plus confiance à ses élus. Nous avons le même tropisme antiparlementaire en France. Quelles que soient les conclusions de l'enquête, l'administration Biden ne pourra pas faire l'économie d'une réforme en profondeur des modes de scrutin, Etat par Etat, pour éteindre les soupçons de fraudes électorales de plus en plus pesants. C'est un travail de dix ans ! Et chez nous ? La lanterne ? Que disions-nous le lendemain du carnaval de Washington ?

dimanche 14 février 2021

Acquitté coupable !

manchette de Forbes

Dans l'affaire du 6 janvier 2021, qui a vu le Capitole de Washington envahi par des hordes de mécontents amassés devant l'institution par les discours enflammés de la Maison Blanche, l'ex-président des Etats-Unis Donald Trump a été reconnu coupable par 57 sénateurs sur cent ce samedi 13 février 2021.

Le leader républicain Mitch McConnell, qui a voté l'acquittement par discipline partisane a déclaré à l'annonce du verdict : « There's no question — none — that President Trump is practically & morally responsible for provoking the events of [Jan. 6.]...The people who stormed this building believed they were acting on [Trump's] wishes and instructions.» (source Axios).

Trois séquences de cette journée du 6 janvier ont levé le doute quant au niveau d'implication de l'ex-président :

- la caméra de surveillance du hall d'entrée principale du Capitole a montré qu'une équipe d'activistes équipés et décidés ont brisé les ouvrants pour faire entrer les braillards. Vêtus de noirs, masqués et portant de gros sacs à dos, ils n'avaient pas prévu de pique-niquer sur les tapis de haute laine ! L'irruption de ces gens organisés démontrait le lien entre l'émeute et les appels à s'en prendre aux traitres proférés sur les réseaux sociaux que l'équipe présidentielle de communication suivait en continu depuis plusieurs jours en espérant une inversion de tendance par la peur à l'avantage de leur patron.

- Appelé en urgence pour faire monter la Garde après la mise en sécurité précaire du vice-président Mike Pence (que les assaillants voulaient pendre), Donald Trump a refusé sous le prétexte fallacieux qu'il s'agissait d'antifas, montrant par là qu'il ne pouvait surmonter son exaspération devant le refus d'obtempérer de Pence (celui-ci n'avait pas le pouvoir constitutionnel pour annuler la certification des votes des grands électeurs).

- La démonstration de la déléguée des Iles Vierges soulignant l'intention ou la bêtise du président immobile devant sa télévision au spectacle de l'émeute et ne faisant rien ! Comme le pyromane qui craque une allumette au pied du sapin, puis le voyant s'embraser, appelle les pompiers, conscient de sa faute. Si le même reste à contempler le brasier, ce n'est plus un accident !

Il n'en fallait pas plus pour condamner l'ex-président, même si la règle des deux-tiers s'est appliquée comme il en va pour destituer un président en exercice, alors que le gouvernement du pays n'était pas mis en danger par la procédure, bien que les faits ressortissent à son mandat. Pourtant la présidence du tribunal a été remise au doyen d'âge et non pas au président de la Cour suprême parce que l'accusé est déchargé de ses fonctions. Et Trump, qui semble ignorer le score désastreux pour son image et la condamnation morale qu'il induit, a aussitôt crié "victoire" ! On ne se refait pas !

Suivre les débats en direct sur CNN a permis de lire une page d'histoire en cours d'écriture, sans les commentaires vaseux des journalistes de plateaux français. Ainsi a-t-on pu mesurer le professionnalisme des procureurs démocrates qui ont cherché avec patience et pédagogie à convaincre les indécis de la partie adverse, tandis que les avocats de l'ex-président, confiants dans l'arithmétique, n'ont fait aucun effort de conviction, accumulant les arguments de procédure. Merci aux fournisseurs d'accès.

mardi 19 janvier 2021

Le Lion est mort ce soir

Difficile d'échapper à l'envie d'écrire l'article qui marquera le jour de l'enterrement du vieux lion par un vieil âne ! Exit Trump, malade de la peste populiste, ce pelé, ce galeux d'où venait tout leur mal. Retour à la normalité ! Enfin, la normalité a soixante-dix-huit piges mais porte beau pour quelques mois encore. Viendra après lui le procureur Harris, les cheveux sur les dents, juste à temps pour remettre de l'ordre. On verra !
Inutile de fouiller la presse pour connaître la raison qui a poussé 74 millions d'électeurs américains à vouloir le réélire, mais le quasi-plein emploi avant le coronavirus chinois n'y était pas pour rien ; je ne suis pas le nez dans le guidon de la politique intérieure aux Etats-Unis (Dreuz s'en charge), et des amis et famille qui y vivent et que j'ai interrogés, aucun ne s'est abstenu le 3 novembre, la moitié pour, la moitié contre. Ce seront donc les affaires extérieures qui capteront notre intérêt.
Mais auparavant, j'ose une opinion sur l'attitude belliqueuse du président sortant quant aux résultats des élections. Je le crois sincèrement outré par la fraude réelle ou supposée. S'est-il construit mentalement un motif de l'échec qu'il ne voulait pas anticiper ; a-t-il été circonvenu par une partie de son entourage pour diverses raisons (vingt mille dollars/jour pour Rudy Giuliani par exemple) ? Quoiqu'il en soit, il a semblé très affecté par la déception de ses partisans, son « Je vous aime » en témoigne. Homme populaire de la télévision, il a d'instinct l'habitude de convertir les audiences en résultats. Les foules que ses meetings ont drainées quand son adversaire faisait campagne depuis son garage à Wilmington, l'ont convaincu qu'il allait gagner dans un fauteuil, et il a pu craindre que les invisibles, les électeurs ayant choisi la Poste, ne soit le levier d'un retournement des chiffres, un peu mais d'une autre façon comme Cambridge Analytica y était parvenue en 2016 dans les Etats-bascules. Son dépit est à la hauteur de ses certitudes, son tempérament lui interdit d'accepter le truandage. Il ne viendra pas à récipiscence et le procès d'impeachment est à la limite inique, mais il peut le gagner.

Trump dans l'ombre

Durant son mandat, Donald Trump fut convoqué sur trois axes cardinaux, la Russie, le Proche Orient et la Chine. Dans les trois cas mais plus largement aussi, il a montré une appétence particulière pour les hommes forts pensant peut-être qu'en étant un lui-même, ils méritaient d'accéder à son propre niveau. Sarcasme à part, il a réussi dans ces trois compartiments du jeu diplomatique, sans déclencher de guerre ! Les singes hurleurs de la Gauche universitaire américaine ne veulent pas l'entendre, tout affairés à défendre des valeurs démocratiques quand elles leur permettent de gagner - c'est comme chez nous. Leur intérêt pour les choses étrangères ne s'éveille qu'à l'impact extérieur sur la politique intérieure. C'est ainsi que le Kremlin eut la vedette dès le début dans la presse "démocrate". Au demeurant, si la Russie s'est impliquée dans le processus électoral de 2016, ce qui a fortement gêné ensuite le Département d'Etat, la Gauche n'a pas voulu voir que la brutalité intellectuelle de Trump avait fait réfléchir Poutine, qui se prend pour un grand joueur d'échecs, mais qui n'a pas avancé d'un mille dans la reconquête du glacis soviétique sous son mandat. Le locataire de la Maison Blanche ne comprendrait aucune subtilité sémantique dont Lavrov et son équipe ont usé et abusé sous l'ère Obama ; il était donc inutile de lui faire un deuxième coup de Crimée, en Mer noire ou sur la Baltique, la réaction n'était pas prévisible et la facture éventuellement chère. A part des moulinets diplomatiques, l'équipe du FSB a été confinée sur les théâtres difficiles et dépensiers. Et la Russie restera l'ennemi systémique de la prochaine administration.

Tout à l'inverse, les dirigeants chinois ont multiplié les arguties et les formules pour s'apercevoir à leur dépens que Donald Trump ne lisait que des cartoons et des graphiques simplifiés, tellement simplifiés qu'ils lui montraient chaque semaine le déficit abyssal de la balance commerciale américaine sur la Chine populaire. Ce constat lui a suffi pour frapper ! Il prit aussi des mesures désagréables pour gâcher l'arrogance chinoise en faisant des grâces à la République de Chine de Taïpei et en épaulant le Japon dans son effort de confinement des appétits chinois. Mais ce qu'il a tenté avec Kim Jong-un pour ennuyer Pékin restera dans l'histoire comme un échec retentissant... de la dictature nord-coréenne, même si les chancelleries mettent l'insuccès de la démarche à son débit. Pour avoir suivi l'affaire, il ne proposait rien moins que d'intégrer l'économie de rente minière dans l'économie globale en levant le blocus, et de participer au développment du pays par un tsunami d'investissements privés, à la seule condition de rendre l'arme atomique. Normalement, la classe dirigeante nord-coréenne pouvait s'enrichir énormément puisqu'elle détenait toutes les richesses à négocier, l'incitation américaine était remarquable à produire une classe d'oligarques avides de reconnaissance. Kim et sa soeur sont resté bloqués sur l'agenda familial de transformer le sang et les larmes populaires en bombe nucléaire afin d'asseoir l'emprise dynastique pour l'éternité. La température va donc monter doucement dans le chaudron nord-coréen jusqu'au grand étripage, la terreur n'étant vaincue que par une terreur plus grande. Avant d'être dévoré par les molosses du quan jue, quelqu'un se souviendra alors de l'occasion manquée avec le chien fou de Washington. Mais c'est au Proche Orient que réside l'exploit.

Après avoir cafouillé dans la guerre de Syrie, il a convenu, avec Invanka peut-être, que le bourbier arabiaque était inintéressant, jusqu'à passer la patate chaude à son gendre Jared. Et mise à part la trahison des Kurdes syriens (communistes quand même, hein ?), les résultats sont là ! Pivotant sur le seul allié sûr de la région, Israël, il a dégorgé la lampe d'Aladin et résolu le conflit judéo-palestinien en retournant pratiquement tous les soutiens à la cause perdue. Nous avons fait le tour de la question dans un article ad hoc titré Le Proche-Orient vu d'un drone. Très susceptible comme tout animateur de télévision, Trump n'a pas non plus accepté la visite qui s'annonçait triomphale du général iranien Qassem Soleimani à Bagdad, venu constater in situ combien ses milices avaient mis de roquettes dans le panier américain. Il en est mort ! L'Iran cherche toujours à le venger mais je crois que l'Administration Biden se montrera plus à même de vitrifier Bandar Abbas que celle de Trump. Pour finir le tableau d'actifs du bilan diplomatique, ajoutons l'enclenchement d'une réconciliation nationale en Afghanistan où il semblerait que les forces armées régulières parviennent à résister aux attentats des jusqu'au-boutistes. Apparemment le pouvoir central négocie sans mollir avec les chefs talibans et ça avance. Et au dernier jour, il a choisi le Maroc contre l'Algérie.

Donald Trump a quand même encaissé des échecs. Le Mexique n'a pas payé un mètre de mur et a obtenu le renouvellement du traité de libre échange avec les Etats-Unis et le Canada. Les Latinos font tourner au quotidien tous les Etats américains mitoyens du Mexique ; on a fini par le lui dire à Mar-a-Lago. A Caracas, le gouvernement de narco-trafiquants bolivariens ne s'est jamais si bien porté, même si la débâcle économique du Venezuela a dissipé toute envie d'imitation sur le continent sud-américain. A Téhéran, le régime des mollahs est en mode survie mais demeure une menace régionale que les pires sanctions n'ont pas entamée, bien que la population paie un prix exorbitant la poussant au désordre. Les cibles potentielles n'ont perçu aucun affaissement de l'Iran et ont choisi de se préparer à la confrontation ultime. Les relations euro-américaines ont été déteriorées sur tous les plans, mais surtout par la stupidité d'une guerre commerciale déclarée comme à des ennemis alors que tout était négociable mais certes... compliqué. Par chance, les journées de Donald Trump étaient courtes, entre la télé en continu, le smartphone et les week-ends au golf, elles nous ont privés de son entêtement sur des dossiers techniques qui l'ennuyaient, pour ne pas dire qu'ils le dépassaient. La Turquie en est un. La Grande Bretagne en est un autre. Le dossier indien n'a pas été bouclé. Et finalement il n'a pas acheté l'Islande !


Trump au golf

mercredi 13 janvier 2021

L'ire du parti de l'âne

gravure de l'âne à la peau de lion
L'Âne vêtu d'une peau de lion de Jean de La Fontaine

Sommé de déclencher l'article 25 pour que le président Trump soit déclaré hospitalisable en urgence, Mike Pence a répondu non à Nancy Pelosi avec une hauteur de vue qui commençait à manquer dans le marais politicien de Washington : « La semaine dernière, je n'ai pas cédé à la pression pour exercer mon pouvoir au-delà de mon autorité constitutionnelle afin de déterminer le résultat de l'élection, et je ne céderai pas maintenant à la tentative de la Chambre des représentants de jouer à des jeux politiques à un moment si grave. Je vous exhorte, ainsi que tous les membres du Congrès, à éviter toute action qui diviserait plus profondément. Œuvrez avec nous pour calmer les esprits et rassembler notre pays tandis que nous nous préparons à investir Joe Biden comme le prochain président des États-Unis le 20 janvier. »

Cela n'empêchera pas le Parti démocrate d'ouvrir aujourd'hui une procédure de destitution à six jours de la fin du mandat présidentiel. On a déjà compris qu'il ne s'agissait pas tant de hâter la sortie du vieux clown, que de l'humilier publiquement et lui retirer tout avenir politique ensuite, malgré son âge canonique. Mais comme souvent avec la caste progressiste, la courte vue est de rigueur et les excités de la chambre basse ne voient pas les conséquences d'une succession d'avanies contre un homme politique finissant sur un score de 74223744 voix !! La carte des résultats par comtés ci-dessous nous montre que le cœur du réacteur républicain est au centre du pays, rejetant sur les côtes les masses "démocrates". En cas de crise grave à tendance séditieuse, le territoire des Etats-Unis n'est pas vraiment gérable sans passer en force et encore.

carte des élections 2020 aux USA
Pourquoi dès lors jeter de l'huile sur le feu de la fraude gigantesque* que les électeurs du GOP ont majoritairement intégré dans leur schéma mental ? Sans doute est-ce la soif de justice au débit d'autrui, l'adversaire, l'ennemi, qui gouverne les pulsions politiques du parti de la revanche. L'élimination d'Hillary Clinton par un personnage aussi grossier dans ses manières et son bagage intellectuel que Donald Trump ne fut pas digérée dans le camp démocrate qui voyait s'enfuir les juteuses positions promises par les sondeurs. Qu'Hillary soit une personne non recommendable, avec un tempérament de sous-maîtresse de maison, experte en magouilles et relations sulfureuses, ne pouvait justifier son élimination ! Mais que ce salaud de Trump ait eu l'audace de réussir son programme, pas tout à fait sur le Rio Grande certes, mais généralement en économie et dans les affaires étrangères les plus indémerdables, faisait pâlir de honte les professionnels de l'atermoiement ! Ce succès était furonculaire parce qu'issu d'un non-initié ! Les Démocrates veulent maintenant aller au bout de leur revanche, écraser l'intrus, quitte à mettre certains Etats à feu et à sang puisque ce sera toujours de la faute de l'autre !
* ayant déclenché une batterie de soupçons dans les Etats-clés, qui n'ont pas été convertis en preuves irréfutables


Quand Donald Trump fut élu en 2016, j'avais fait part de ma surprise à un ami plus versé que moi dans la politique américaine. Il m'avait répondu que Trump venait de casser le consensus politicien de Washington et que cela ne lui serait jamais pardonné. J'ignorais alors comment, je vois aujourd'hui l'accomplissement de la prédiction. Les deux camps se forment et bien malin qui sait de quel côté vont se ranger les pouvoirs publics des Etats rouges en cas d'insurrection. Que font les agences fédérales actuellement pour aider à contenir la colère des Républicains ? La procédure démocrate d'humiliation du champion battu ne va pas les aider à y voir clair, encore moins à obtenir "sans reproches ni murmures" le concours des polices locales à maintenir l'ordre et protéger les "gagnants".
Reste à discuter le droit extravagant des plateformes numériques à faire taire qui leur déplaît. Mais de cela, nul au pouvoir nulle part ne se plaindra ! Du bout des lèvres un peu, pour les archives !

jeudi 7 janvier 2021

Le Carnaval de Washington

Mais c'est une révolte ? Non, sire, une révolution, reprit le chœur des Vierges. Et c'est ainsi que fut commenté le Carnaval du Capitole sur les réseaux sociaux en peine d'émotions. Jusqu'à Joe Biden qui, dans un très bon discours impromptu, a usé du mot "insurrection" pour bien marquer la page d'histoire. Car l'émeute aura sa page, c'est sûr !

La profanation du Temple de la Démocratie (desecration en anglais) a secoué l'Amérique mais rien ne dit qu'aucun ne l'ait approuvée, outre les milliers de supporters en colère venus à Washington DC le jour de la Certification, pour dénoncer une fraude gigantesque dans les dépouillements des votes à l'élection présidentielle. Quoiqu'il en soit réellement, c'est ce qu'ils pensent au tréfonds d'eux-mêmes. Les quelques magouilles documentées sur les réseaux sociaux ne m'ont pas convaincu, même s'il est probable que de nombreuses irrégularités aient été attachées aux opérations électorales comme dans tout scrutin universel. Alors quand il y a cinquante procédures ! Le problème est que le président sortant n'a pas su se hisser au top de la fonction suprême jusqu'à l'étage constitutionnel. Il en est resté au plan électoral, candidat, volé peut-être, mais POTUS-45 pas vraiment. Les tweets de ces trois derniers jours en font foi. Il est toujours exécrable d'avoir la conviction de s'être fait baiser dans les grandes largeurs mais c'est à ce moment-là que l'on juge le titulaire de la charge. Celui-ci a la trempe, il n'a pas d'élégance, il n'a pas la vista.

Donald Trump est un showman doublé d'un businessman. Il a moissonné plus de gains à la téléréalité que dans la promotion immobilière - c'est du moins ce que disait sa feuille d'impôts. C'est un homme de bon sens, sûr de lui par tempérament, un peu cynique et vantard. Ces qualités lui ont été utiles pour contenir tous ceux qui pissaient à la raie de l'Oncle Sam, à commencer par les Communistes chinois. Dans un esprit "bizness" il a su hiérarchiser les menaces dirigées contre les Etats-Unis sans en oublier aucune (même le fringant Macron a fini par déplaire). Ainsi a-t-il donné sa chance au régime Kim de Corée qui ne pourra s'en prendre qu'à lui-même quand commencera sa liquéfaction. Il n'a pas cru un mot des assurances chinoises qui d'une main promeuvent la liberté de commerce et de l'autre veulent transformer toute la Mer de Chine méridionale en lac intérieur. Il ne croit pas les proclamations pacifiques des uns et des autres à commencer par celles de la Russie, il juge aux faits et ne se laisse pas distraire par l'absence des plaques d'immatriculation et d'insignes sur les transports de troupe. Les incursions quotidiennes russes en Mer baltique signent une volonté de capture d'espace qui oblige la Suède et la Finlande à réarmer, et Trump les y encourage. Il a donné blanc seing à son gendre Kushner, qui n'a pas dix pouces, pour démerder les affaires du Proche Orient dans lesquelles Obama s'était enlisé jusqu'à consentir la bombe atomique à l'Iran. Face au régime, ridicule, des mollahs, Kushner a réussi l'impensable dans aucune chancellerie, déplacer l'ambassade à Jérusalem, abandonner l'Autorité palestinienne bloquée sur ses lubies, rallier les pays arabes les plus importants à Israël et accélérer l'économie du Golfe persique. En résumé, on ne la lui fait pas ! Mais cette politique d'instinct, assez sûr, lui obscurcit la vue chez lui. Il n'a aucune culture politique - qu'a-t-il lu dans sa vie ? - et n'a jamais dépassé le niveau "meetings". Donc, à la fin, le Système le rejette comme un greffon non compatible. Certes, le Système peut lui-même être pourri mais le fait est qu'ils se séparent !

affiche Sarah Palin


L'avenir de Donald Trump est imprévisible. Quatre ans, c'est long à 75 ans. Mais la veine populaire (ou populiste) est riche de promesses pour qui saura y faire. Les électeurs de Trump n'ont pas voté par résignation mais par adhésion. Le mouvement de quasi-insurrection dans le pays est une réplique sismique du Tea Party de Sarah Palin. Il vaudrait mieux que les Trumpistes s'organisent en parti politique tranversal plutôt que par la création partout de milices citoyennes dans l'esprit de l'Ouest sauvage. L'avenir du Parti républicain se joue là. Mais le Parti démocrate va être impacté à son tour par le glissement de la classe laborieuse durement touchée par la pandémie et plus tard par l'arrêt des effets intérieurs d'une politique patriotique d'échanges extérieurs promue par Donald Trump. A terme mais avant quatre ans, il est possible que les deux grands partis traditionnels subissent une parthénogenèse et que l'espace politique américain soit occupé par quatre grands partis : un parti socialiste de revendicateurs col ouvert (Sanders, AOC, Klobuchar, Inslee...), un parti du marais, démocrates-sociaux en cravate espérant perpétuer le vivier où se choisissent les présidents démocrates, un parti conservateur du marais, attaché à l'effort et au capital, où se choisiront les présidents sérieux, un Tea Party Reloaded pouvant mimer le Rassemblement national français, avec des ténors (McConnell, Fischer, Fortenberry, Cruz, Smith...) et un gourou célébrant l'office à Mar-a-Lago. Autant dire que les élections de novembre 2024 seront une vraie boucherie politique.

Terminons par une courte réflexion. Ce qu'il s'est passé au Capitole de Washington mercredi 6 janvier 2021, peut donner des idées ailleurs et spécialement en France où la mobilisation des mécontents, si elle a bien diminué, ne s'est jamais éteinte malgré tous les artifices et contre-mesures du pouvoir. Ce genre de grand carnaval réjouirait les foules à Paris et ces messieurs de l'ordre seraient bien avisés d'écouter un peu la revendication de base qui court l'opinion : justice et propreté. C'est un vieux slogan qui marche encore !

jeudi 8 octobre 2020

L'Homme au chien de prairie mort sur la tête

Resurrexit ! La Com'Team de la Maison Blanche n'a pas osé envoyer l'hymne de l'Empire Strikes Back sur les images du retour de Dark Vador depuis l'hôpital militaire. Et pourtant chacun l'aura fredonné en visionnant la vidéo. Il reste trois semaines utiles avant le vote crucial et ce n'est pas s'avancer beaucoup que de prédire que tout peut arriver de ce côté-ci du Potomac si le gap Biden-Trump ne se resserre pas. Mais sans doute pas la provocation irrémédiable dont rêvent ses ennemis, l'acteur connaît les limites de la téléréalité.

Si Donald Trump perd sa réélection, il le devra à son immaturité dans l'appréhension de la pandémie du coronavirus chinois, qu'il n'a saisie qu'à travers un prisme politique : où étaient les démocrates, il fallait les déconsidérer à tout prix et prendre leur contrepied ! Sans voir pour cette fois les réalités de terrain qui n'obéissaient pas aux éructations du golfeur intrépide. Après trois belles années de succès, l'Homme au chien de prairie mort sur la tête s'est vautré. J'allais dire... bêtement.

Si nul ne l'a jamais pris pour un génie - parlez-en au chef français de Mar-a-Lago sinon à John Bolton dans son nouveau bouquin - Trump montre une constance dans ses certitudes de comptoir, aussi triviales puissent-elles être tant qu'elles se fondent sur le bon sens. S'il a réussi dans l'économie domestique et l'emploi industriel, c'est en politique étrangère qu'il a déployé au plus large ses simplifications, avec des résultats heureux. Pourquoi par exemple tenir la balance égale entre deux thèses irréconciliables au nom du droit international et de la moralité, quand il est possible d'arrêter un conflit en choisissant le meilleur au moment pour écraser l'autre ? Puisqu'il faut être deux pour se battre, tuons l'un d'eux et l'aurore de la paix se lève! Si dans les détails il n'a rien compris au fond de l'affaire - son gendre Kushner s'en est chargé pour lui - c'est exactement ce qu'il vient de se passer au Proche Orient dans le conflit israélo-palestinien qui avait métastasé par tout le monde arabe. On notera qu'en Syrie, ce que l'on prend pour des divagations américaines n'est que le résultat d'un constat quotidien : quiconque aujourd'hui tient la dragée haute aux forces coalisées autour de Bachar el Assad est notre allié du moment ; ça peut changer d'une semaine à l'autre. Au résultat, il a divisé le corps expéditionnaire américain de moitié entre l'Euphrate et le Tigre, sans bouleverser l'épure. Il n'y a pas de trajectoire stratégique pour une raison bien simple : ça ne marche jamais au Proche Orient, l'histoire l'a démontré. Il en va de même en Afghanistan où sans rien connaître à l'histoire de l'Empire des Indes, Donald Genius a compris que l'affaire était un bâton merdeux plus facile à prendre qu'à lâcher. Il le lâche, et d'ici la Noël on dénouera partout les yellow ribbons round the ole oak tree.

Il a eu la même attitude, faite de constats simplistes, à l'endroit des alliés européens des Etats Unis qui "profitent" d'un parapluie nucléaire et conventionnel bon marché pour distraire le prix d'une défense crédible dans des schémas de pensions à la générosité inavouable sur fond de clientélisme démocratique. De même avec la Chine populaire, le double standard dialectique communiste et la surenchère hégémonique qu'elle dissimule (mal) ne l'ont pas impressionné. Il leur a mis des droits de douane pénalisants et des entraves de toute sorte à leur développement. Aucune finesse, tout à la masse d'arme (comme à Poitiers), mais ça marche ! On l'insulte dans les chancelleries de l'ambassadrice, mais jusqu'ici à voix basse ! Ce salaud a réussi dans d'autres domaines où les diplomaties occidentales se cassaient les dents (bien limées), comme la Corée du Nord dont la nomenklatura a été inséminée au doute capitaliste ; comme la quadrilatérale navale Inde-Japon-Australie-Etats Unis (The Quad) qui manoeuvre en escadre dans les eaux du Pacifique Nord et de l'Océan indien avec la Chine de Pékin pour plastron. Comme à son habitude, la France a refusé de rejoindre pour ne pas offusquer la Chine, mais a ouvert une collaboration avec l'Inde et l'Australie pour notre ZEE, croyant n'en tirer que le bénéfice sans la peine ! Ils ne comptent pas sur nous (c'est un secret). « Tout ce que touche Macron devient de la merde !» (sic Trump)

Terminons ! Statistiquement il y a peu de chance de Trump batte le tandem Biden-Harris - c'est elle qui va sauver le mandat du gâtisme - mais quoiqu'il advienne, Donald Trump commandera le pays jusqu'au 19 janvier 2021. Après les résultats de l'élection, il lui restera soixante-quinze jours pour nous surprendre : on n'est pas un animateur de télé pour rien !



- 1973 -

lundi 31 août 2020

"Moment" de l'histoire

Moment, s.m. s'entend en mécanique du produit d'une force par sa distance à un point ou à un axe ; c'est ainsi qu'on dit que la somme des moments de deux composantes est égale au moment de leur résultante, par rapport à un point quelconque pris dans leur plan (Maurice La Châtre, Dictionnaire universel, Paris 1854)

 


Comme l'affirmait Vaïsse Villiers - je ne le sus que plus tard après être passé mille cinq cent quatre-vingt-seize fois devant sa plaque de rue pour aller à l'école - l'histoire est cyclique, une roue lente toujours en mouvement sur un moyeu qui orbite dans l'univers du Destin. Aussi souriais-je souvent par la suite d'entendre que l'histoire ne repassait pas les plats sans parler du fameux sens marxiste de l'Histoire qui permit à la France de se retirer de toutes ses positions pour devenir la nation qui pérore en souvenir de sa grandeur. Je compris aussi pourquoi de grands esprits avaient investi tant d'énergie à produire des leçons édifiantes à l'attention de leurs contemporains comme Grandeur et décadence de l'Empire romain, qui n'était finalement qu'un solennel avertissement. Il est plus que temps de mettre en perspective - si ce n'est trop présomptueux - la décadence de l'empire occidental !

Est-il besoin d'en faire la démonstration ? Même pas, la démographie négative et la part étrécie de richesses produites par l'Occident rapportée au total de l'activité humaine sur terre parlent d'elles-mêmes. Ce reflux est-il une décadence ? C'est le début d'une bonne question à laquelle tous les gouvernements répondent non, plutôt un ajustement historique de la tectonique des continents. Sans revenir à Dioclétien ou Charlemagne, nous retrouvons aujourd'hui l'époque pré-industrielle où les maîtres du moment étaient au Milieu du monde, ce qui ne se voyait pas autant qu'aujourd'hui puisque ceux-là n'avaient aucune envie de s'impliquer plus loin que les marches impériales. Prospérait au-delà des sables de l'océan steppique l'Europe des nations combattantes, en guerre permanente (7 ans, 30 ans, 100 ans...) jusqu'à ce qu'au XIXè siècle, la putréfaction de l'empire mandchou ne les attirât et leur permît de mettre en coupe réglée le Centre du monde pour s'en repaître. La cupidité générale déséquilibra les appétits réputés légitimes - à chacun son empire mondial - jusqu'à jeter tous les uns sur tous les autres pour qu'à la fin, l'Occident se dévore lui-même. Deux guerres mondiales ont réglé pour longtemps la question des suprématies. L'épuisement occidental à s'entretuer a laissé revenir contre lui les empires défunts qui renaissent de leurs cendres. Le balancier de Vaïsse Villiers qui s'était perdu derrière Alpha du Centaure, revient. Sa masse inertielle est monstrueuse, à voir les dégâts qu'il a déjà causés. Et nous le regardons grossir, sidérés ! Nous ne faisons que ça.

Les dirigeants occidentaux qui ont blindé leurs modèles socio-économiques dans les rets des organisations internationales sont empêtrés dans des logiques mercantiles et morales de premier échelon. Ils brandissent des libertés dans certains domaines qui rapportent et des obligations impératives dans d'autres qui les gênent. Ils ne voient pas les enjeux ou les laissent aux analystes stratégiques que l'on ne lit pas. De vista ? point ! mais, le nez dans le guidon, un contrôle tatillon des peuples réputés indociles et plus intelligents qu'eux. Le futur lointain n'est appréhendé que par les cerveaux numériques de la Silicon Valley pour faire court, et plus du tout par les états-majors partisans qui gèrent nos sociétés civiles dans le champ des mœurs plutôt que dans celui des équilibres pérennes. Quand chez nous on en arrive à jouer le redressement du pays sur un Gosplan bureaucratique donné à un politicien raté, il y a de quoi affûter les pointes des rapières. A les voir s'agiter comme des papillons sous la lampe, on laisse naître en soi le sentiment que le système prétendument démocratique a sélectionné le fond du panier, la division 2, les recalés de la Production, des bavards diarrhéiques, des mangeurs de mots, des intellectuels assis selon le mot d'Audiard ; alors qu'il nous faudrait des cons qui marchent. Mais regardez la distribution ! La plupart des noms entreront demain comme insulte populaire dans Le Petit Robert. Rien ne bouge. Cette sous-classe politique nous laisse subir notre environnement géopolitique. La France est le paillasson du monde.
Ce n'est pas partout pareil, à preuve :

Le mandat américain de Donald Trump, un richissime promoteur et animateur télé avec pas cent sous d'idées mais du bon sens, aura plus fait pour contenir les assaillants de l'Occident que tous les clubs dédiés à l'hégémonie de l'American Way Of Life. Son ego démesuré l'a précipité contre "l'Impossible" et malgré les prévisions catastrophiques des instituts payés au mois, il l'a fracassé. Souvenez-vous, on ne pouvait affronter la Chine qui était devenue l'usine du monde et détenait un matelas impressionnant de bons du Trésor, des encaisses gigantesques en devises prêtes à s'investir à milliards dans les routes de la soie, une marine de guerre en constante augmentation, des projets de développement partout jusqu'en Afrique ou Papouasie, et le top du top, une fabrique universitaire qui déversait des dizaines de milliers d'ingénieurs chaque année comme CocaCola des canettes à Dunkerque ! Il fallait négocier intelligemment et retraiter pas à pas en attendant la démocratisation inévitable d'un peuple ayant goûté aux joies de la société permissive de consommation, sans parler de l'effondrement des banques régionales percluses de créances bonnes à jeter à la décharge. On attendait les désordres civils intérieurs qui finiraient par casser l'élan irrésistible du monstre capitalo-communiste aux intentions douteuses. A l'évidence Trump n'a rien compris à ce raisonnement tout en finesse. Il a juste comparé les chiffres de la balance commerciale : action !

On pourrait en dire autant des prétentions insupportables de la théocratie iranienne à vouloir imposer la nuit islamique sur tout le Moyen Orient. Israël a signalé aux services américains que l'Iran laissait tomber le corset nucléaire en investissant tout son disponible dans la conquête de l'Irak pétrolier et dans l'implantation de bases en Syrie visant Israël. Non seulement Trump est sorti du traité nucléaire, mais il a fait tuer le numéro deux du régime islamique, le général Souleimani, proconsul des ayatollahs à Bagdad, en attendant de faire plus à la première occasion. Le message a été reçu cinq sur cinq. Les mollahs ont fait des funérailles grandioses en menaçant le monde entier, puis ont abattu par erreur un avion civil chez eux. Les autorités irakiennes et les tribus arabes qu'elles représentent ont pris les Iraniens en grippe et Israël continue de casser en Syrie le dispositif des Pasdaran au fur et à mesure qu'il est reconstitué. Les menaces réitérées sur le Détroit d'Ormuz n'inquiètent que les écoles de journalisme, les acteurs régionaux sachant que la côte iranienne de Bandar Abbas sera vitrifiée au premier dommage consenti par la Vè Flotte en Mer d'Oman. Sans doute la France de son côté, impliquée durablement dans le Golfe persique par ses accords imprudents de défense, se rassure-telle de la pugnacité de la brute au chien de prairie mort sur la tête. Qu'en sera-t-il de son éventuel successeur avec ses deux heures de lucidité quotidiennes ? C'est un autre article, mais on se prépare à un coup d'Etat en Iran donnant tous les commandements aux Gardiens de la Révolution en péril ; pas la révolution, le système de prédation nationale des Gardiens. Un troisième article ? D'autres zones à soucis reçoivent la même attention trumpienne au premier degré entre deux greens, que ce soit le scandale du partage des charges de l'Alliance atlantique, le merdier coréen, et moins dangereux mais plus rémunérateur en voix, l'immigration hispanique, la loi & l'ordre et les maquiladoras mexicaines... D'où LA question : Donald Trump arrivera-t-il à bloquer le balancier de Vaïsse Villiers ?

Bien sûr que non ! C'est affaire de fondamentaux. L'histoire des hommes obéit à des tendances lourdes que rompent provisoirement des éruptions violentes comme les guerres, la peste, les calamités naturelles ou la fission atomique, ce qui ne veut pas dire que ces tendances ne puissent être déviées quand elles ne peuvent être contrées. Et là nous voyons que le régime démocratique qui administre nos sociétés et qui devrait veiller à leur perpétuation est complètement inadapté. Elles doivent être gérées à l'horizon du siècle, mais ce sont des gens souvent mal élus sur des horizons si proches d'eux - cinq à six ans - qui décident et l'inadéquation du régime politique en devient risible comparé aux enjeux.
L'impermanence du monde a toujours un sens, même si ce sens n'est pas une ligne droite vers le paradis soviétique mais plutôt une orbite à plan mobile qui va et revient. L'histoire du monde depuis la haute antiquité nous le prouve. En foi de quoi, on ne peut conduire un pays au jour le jour. Le facteur temps long doit être intégré à l'épure de la gouvernance, et nous en sommes si loin ! Tout le monde peut comprendre ça, même autour d'un feu de palettes sur le rond-point. Sans en faire une obsession, ce régime parlementaire de chahut institutionnel n'est pas capable de parer le retour du balancier mégatonique que nous allons prendre en pleine poire. Inde et Chine ne nous feront pas de cadeaux ; elles ont des comptes à solder. Et l'Afrique, milliardaire en désœuvrés, nous garde un chien de sa chienne puisqu'il faut bien trouver un responsable à son déclassement. La Russie prendra son gain ! L'Europe fera des proclamations morales ou juridiques, l'Amérique du Nord se ramassera chez elle pour encaisser le choc de la boule de démolition.





Nous avons besoin dès aujourd'hui d'un Etat fort, pugnace et commandé, capable d'affronter les empires revenus, seul ou en coalition. Le nôtre est un Etat totalitaire à moitié crevé qui exhale une odeur de gangrène gazeuse et coûte un pognon de dingue* en perfusions. Nous devons resserrer notre Etat sur le domaine régalien strict et débander les voraces qui nous privent de l'essentiel. Une parasélite politique pléthorique, des dizaines de milliers d'associations ou syndicats incapables de vivre sur cotisations, un système social ravagé par une fraude aux prestations et pensions quasiment consentie, un clergé médiatique concordataire (un milliard d'aides à la presse), des saltimbanques payés à ne rien foutre, des étages administratifs redondants où se cramponnent les rationnaires de la République, leurs fils et leurs neveux. La situation confuse et insécure crée un sentiment général d'étouffement chez les masses laborieuses ! Brisons les contraintes accumulées au fil des campagnes électorales. Les périodes de moindre coercition furent souvent celles de grande créativité, inventivité, solutions pratiques, du moins de ce côté-ci de la Sainte Carte**. Les "commandeurs" dans l'âme sous-estiment toujours les capacités de l'espèce humaine à s'organiser en autonomie quand on l'abandonne à elle-même. Ils mangent sur des schémas hiérarchisés qui remontent de l'îlotier de quartier qui vérifie les masques jusqu'au général d'armée qui écrit sa page dans l'encyclopédie, en passant par tous les grades de la prébende publique. Ainsi le régime actuel bouffe-t-il plus de la moitié de la richesse produite pour exister.
Les gens capables d'entraîner et d'organiser les autres au niveau du quartier, de la ville, de la province ont souvent de meilleures capacités d'anticipation que les habiles et les malins qui se font élire sur des promesses sans lendemain. Trouvons ces gens capables et lançons des Exodus à Saint-Nazaire, direction les Kerguelen pour nos surnuméraires, à moins que quelque pays ne nous les prenne en route. Et n'oubliez jamais que la parasélite ne disparaît que quand on lui fait peur (comme en mai 68).

Au-dessus des collaborations de premier et deuxième niveau, au pays des vingt ou cent républiques nouvelles contractant entre elles, il nous suffirait d'avoir un roi, un roi actif en ses conseils, qui représenterait notre pays, son âme, sa continuité, veillerait à notre défense avec "ses" armées, et à qui s'adresseraient les autres nations pour échanger plans et projets de commun bénéfice. L'anarchie*** plus un ? C'est ça ! Il faut faire confiance aux hommes de bonne volonté et de bon sens plutôt qu'à ceux qui font métier de vivre à nos dépens. Le vrai modèle à la fin, c'est une grande confédération helvétique, couronnée pour cause de paradigme gaulois. Si nous ne savons pas la faire, invitons des Suisses à l'organiser chez nous. Ce ne serait pas la première fois que la France en carence appelle des étrangers doués à son service. La liste en est très longue, jusque dans la foration des fûts d'artillerie sous Louis XV.
A suivre...


Notes :

* Collectivisme en reconstruction :
- 56% du PIB en dépense publique
- la fiscalité la + forte de l'OCDE et peut-être du monde.
- les plus forts impôts de production en Europe après la Grèce (on va les diminuer dans le plan industriel de relance)
- un Etat qui se mêle de tout et si mal, mais considère le domaine régalien comme sa variable d'ajustement
- une Justice misérable (on jugera Balladur en janvier prochain pour les rétrocommissions de... 1995!)
- une économie administrée par l'Etat, que l'on appelle "mixte" où le secteur public est presque partout déficitaire
- le record mondial de lois, règles, règlements et normes avec une perversité particulière à aggraver les directives européennes
- la remise en question régulièrement de la propriété privée
- l'incapacité à assurer l'ordre de base

** La carte appelée aussi "la carte interdite"

*** Ce billet est le dix-huitième de Royal-Artillerie avec le libellé "anarchie"

jeudi 12 mars 2020

Le vendredi 13 du coronavirus



Et Jupiter lança l'éclair qui foudroya ces élections municipales que son parti tentait de perdre ! C'était du moins ce qu'anticipaient des sources généralement bien informées au zinc de La Civette en bas de chez moi. Bien vu les pochetrons, mais ce n'est pas ça ! On confine les vieux qui vont tous passer à l'eau ferrugineuse, l'Education nationale ferme, Bercy inverse la pompe à phynances et inonde le pays d'argent pour combattre au rempart le plus exposé. Toute remarque de Francfort ou de Bruxelles est d'avance mise à la broyeuse. A nous Keynes ! On va emprunter puisqu'on est à sec !

Anticipant la saturation d'un système hospitalier déjà démotivé, le Piéton du roi partage gratis pro Deo les remèdes sanitaires de ses aïeux du Midi, qui ont vécu, sauf à la fin, loin des médicastres et traversé la crise du phylloxéra et la grippe espagnole du Texas :

Dedans : Aérer les pièces en grand deux fois par jour sinon quand le soleil tape. Au retour de la vigne ou de l'atelier, on se lavait les mains et les avant-bras au savon de Marseille dans une cuvette dont on ne récupérait jamais l'eau. Des deux grands-pères, le Cévenol ne mettait jamais les pieds sous la table sans les avoir lavés eux-aussi. De cette habitude transmise de père en fils depuis Jésus-Christ, je n'ai su jamais le motif sanitaire précis, bien que le lavement de pieds fasse partie des trucs catholiques.

Cette génération était taiseuse et ne parlait jamais la bouche pleine si parlait-on encore à table. Les bulles égotiques étaient plus larges qu'aujourd'hui et il n'était jamais besoin de s'approcher d'autrui pour lui parler "les-yeux-dans-les-yeux" ; cela aurait été vécu comme une intrusion. Notre mode d'échanges actuels impose le port du masque de base. Les hypocondriaques iront chercher un masque de peintre à cartouches chez Monsieur Bricolage.

Viennent ensuite quelques conseils d'hygiène moins banals. Se laver les dents au réveil avant de petit-déjeuner (et après bien sûr) pour ne pas réingérer la flore bactérienne résiduelle du sommeil. Se gargariser au Synthol à 10% une fois par jour. Verser un demi-verre d'eau de Javel dans chaque siphon du logement chaque jour. Si des évacuations sont paresseuses les déboucher sans attendre au Destop ou à la soude caustique (moins cher). Bizarre mais utile, tirer la chasse des WC après avoir rabattu le couvercle pour ne pas disperser l'aérosol formé par la trombe d'eau ; elle est toujours chargée en flore bactérienne intestinale.

La question des animaux domestiques n'est pas traitée mais ils sont de potentiels pestiférés eux-aussi, sauf les chauves-souris bien sûr.

Dehors : outre le masque en intissé, porter des lunettes fermées dans la cohue. Ne toucher personne et mettre des gants de peau (Millau) plutôt qu'en plastique pour ne pas donner l'impression d'un isolement motivé. Ne pas tenir les rampes, les barres, les poignées sauf si c'est nécessaire. Faire ses courses avec les protections indiquées et les poser chez soi sur une table en passant tous les emballages externes à l'alcool à brûler. Ne déballer que ce qui va être cuit. Enfin, passer chaque jour plans de travail, porte de frigo, de four, de lave-vaisselle et toiles cirées à l'eau de Javel 5%. Les précautions peuvent sembler fastidieuses mais on parle maintenant d'une épidémie galopante et grave, et tous les fluides corporels sont des vecteurs.




Les conséquences probables de l'épidémie feront plus tard l'objet d'un billet prospectif, mais déjà on entrevoit une solution au mécontentement hospitalier par la révision des procédures, dotations et capacités. Restera l'impact géopolitique : on changera de paradigme global quelle que soit la résistance des profiteurs de la mondialisation.

mercredi 2 octobre 2019

Des travaux et des jours sans lune



Boris Johnson persiste et signe : ils partent ! Le 31 octobre à minuit GMT ! Quoi qu'exigera ou dira la Commission européenne, le Royaume uni, qui a déjà dédoublé ses amarres, déhalera de sa position critique en tirant sur l'Irlande. Pas sur l'Éire ou l'Ulster, mais sur tout l'île d'Irlande. Avouons que c'est assez rusé. Il claque la porte, mais sans pêne ni gâche, elle battra sur son dormant comme une double porte de saloon. Plus exactement, il ferme le lourd portail devant et ouvre en grand la porte de derrière.

Pas question de revenir sur les accords du Vendredi saint et de rallumer la guerre de religion par des postes de douane entre les deux irlandes. C'est toute l'Irlande (pas encore réunifiée) qui dès lors devient un sas de décompression douanière, le contrôle physique des mouvements, gens et denrées, ne pouvant se faire que par des brigades volantes autour de Belfast ou Larne, et par des contrôles à l'embarquement sur les ferries anglais de la mer d'Irlande, au sein du royaume donc. Ce qui aboutira à laisser l'administration anglaise maîtresse de tous les flux circulant vers et dans l'archipel britannique. La contrebande sera totale. Ce joyeux bordel sera inacceptable pour l'Europe sérieuse mais l'Europe rieuse, dont nous faisons désormais partie avec nos cent pour cent de dette, rira !

Restera à faire payer les milliards que doit le royaume à ses partenaires continentaux. A part de déclencher une guerre, que ces salauds ont l'habitude de gagner, nul ne voit comment l'y contraindre. Nous anticipons que si cet "arrangement" n'est pas une solution pérenne, il peut éloigner les calamités et retarder la prise d'indépendance de la nation écossaise qui verra les inconvénients du Brexit moins sévères qu'annoncés et s'y adaptera.



Un mot sur la crise institutionnelle américaine. Donald Trump a mis plusieurs jours à comprendre que cette fois les Démocrates voulaient sa mort. Nancy Pelosi qui bloquait jusqu'ici toute procédure de révocation pour battre Trump à la loyale, dans les urnes, a consenti à ouvrir la boîte de Pandore de l'impeachment, à la condition que l'affaire progresse au pas de charge chez les Représentants, sans compter les week-ends, les délais de courtoisie, les atermoiements pour convenances personnelles eu égard aux personnes convoquées. Trump comptait sur des délais pour se retourner et retourner l'opinion contre le parlement, il n'en a pas. Même si les inélégances dont on l'accuse risquent de ne pas suffire pour arracher un vote au Sénat, la pression du temps peut lui laisser tweeter une énormité qui l'achèvera. Est-ce sur son caractère impétueux que compte Pelosi pour le tuer ? Pour l'instant il tourne comme un canard sans tête et les rats pointent leur museau aux dalots.



Le troisième (et dernier) mot concerne Hong Kong à l'heure du 70ème anniversaire de la République populaire de Chine. Nul ne pouvait prédire, lors de l'anniversaire des trente ans du massacre de Tian An Men, que le territoire se soulèverait contre le pouvoir communiste à la première occasion. Il faut dire que le procédé chinois consistant à stériliser un par un et dans le temps les effets du traité sino-britannique de restitution du comptoir colonial, a accumulé tant de contraintes que la main de fer a fini par percer le gant de velours. Les hauts fonctionnaires capables d'analyser la situation ont été mis sur la touche et leurs très obéissants remplaçants boivent les paroles du grand président Xi, voire les devinent au lieu de réfléchir. Pas plus qu'en 1989 à Pékin, les cadres supérieurs du Parti communiste chinois ne sauront dénouer adroitement l'affaire de Hong Kong et il est à prévoir qu'un embrasement, spontané ou provoqué, ne soit le motif d'horreurs définitives... que le monde de la finance internationale oubliera vite avec regrets. Je suis très pessimiste.

Voilà ! Pas plus aujourd'hui. Si, on commémore aujourd'hui la division de Jamal Khashoggi au consulat séoudien d'Istanbul.

mercredi 11 septembre 2019

President Cash !



A quelques jours de la commémoration du Onze Septembre, Donald Trump a renvoyé la barbarie barbue au fond de ses grottes empuanties au bouc ! Traiter avec des hommes normaux pour négocier le retrait d'Afghanistan du contingent américain contre la destruction des métastases d'Al-Qaïda et de l'Etat Islamique était jouable au plan stratégique ; moins sûr au plan de la paix intérieure afghane ; d'autant que dès l'origine le groupe de Mollah Omar se considérait "occupé" par les étrangers de la bande à Ben Laden. Il dénonça l'attaque des tours jumelles comme une connerie majuscule qui allait emporter tout l'ouvrage de subversion des tribus pachtounes patiemment construit. La suite lui donna raison. Mais les Talibans d'aujourd'hui sont apparemment incapables de mesure et de négocier autre chose qu'une reddition finale : après certes quelques modalités diplomatiques convenues pour une période de transition que l'on écourtera au possible avant de ranger les accords au musée des traités pourris.

Mais il y a Trump ! On ne la lui fait pas. Il ouvre toutes les portes, même celles que ses services tiennent fermées et il deale à longueur d'année avec les pires dictateurs, mais il réagit en homme au besoin, ce qui passait pour ringard dans la sphère occidentale où nous avons pris l'habitude de nous excuser de tout. Trump "ne comprend pas". Ce n'est pas un diplomate. Le dernier attentat de Kaboul a démontré s'il en était besoin qu'il ne faut pas parler aux cons ; ça les instruit ! (merci M. Audiard). « They are dead !» tweetait-il lundi dernier.

Sans doute et sauf incinération par l'Etat central qui se renforce patiemment, les Talibans reviendront-ils un jour à la table de négociation si les Etats-Unis les y invitent, mais ils ont perdu la main. Ils chercheront de toute façon à la reprendre par la terreur, comme d'habitude, mais devraient se méfier d'une réaction drastique du locataire de la Maison Blanche qui pourrait vouloir laisser une trace indélébile dans l'histoire, en souvenir des tours jumelles.

Qu'importe à la fin le sort de ces crasseux ! Une pensée ce soir pour les trois mille victimes de Manhattan. L'incapacité islamique était devenu insupportable à des fils de famille de l'Arabie heureuse, à un point tel qu'elle les frustrait des succès de l'Occident, cet Occident maudit qui renvoyait une image dévalorisée du croissant vert et qu'il fallait effacer. Plus surprenant, la bourgeoisie arabe fit partout la nouba au spectacle des avions percutant les tours jusque tard dans la nuit. Cette réaction est parfaitement documentée, surtout au Caire ! Méfions-nous de nos amis ; de nos ennemis c'est facile !


mercredi 19 juin 2019

Trump sur le divan

Quelle mouche a piqué Trump de se mettre "in bed" avec Netanyahou ? Parce que son gendre coiffe des anglaises pour dormir ? Son octennat s'annonçait radieux par l'amorce d'une réindustrialisation des Etats-Unis, la reprise de l'emploi, le retour des bénéfices dans les entreprises, le blocage des latinos et la joie simple et sincère du red neck. Il a fallu qu'il coure patauger dans la fange du conflit israélo-palestinien jusqu'à embrasser en aveugle les vues les plus offensives du Likoud. Sa fille s'étant convertie, on ne lui fera pas l'injure de prétendre qu'il ignore tout du projet sioniste d'Eretz Israël et de la guerre permanente qu'il induit au Proche Orient. Mais avant que de condamner Donald Trump, interjetons appel de sa psychologie.


Il s'est prêté à un long entretien pour Playboy magazine en 1990, bien avant qu'il ne pense à foutre dehors les playmobils du camp de l'éléphant. Cela a le mérite de la neutralité et on y apprend tout ce que vous vouliez savoir sans jamais oser le demander, soit en lisant la recension de Liberty Blitzkrieg écrite en janvier 2016 par Michael Krieger, donc juste avant les Primaires présidentielles du Parti républicain qu'il emporta (clic), soit par le résumé succinct de Royal-Artillerie ci-dessous.

L'animal est un joueur invétéré et plus complexe que ne le montre le chien de prairie mort qu'il porte sur son crâne. Le grossier personnage qu'il cultive est celui de l'éternel gagnant qui a tous les droits, même celui de pousser la balle du pied au quatrième trou. Perdre n'est pas dans son logiciel, même s'il reconnaît qu'au bout du bout, le capital des gains va se liquéfier dans la tombe. Trump est un showman avec un ego démesuré qui s'assoit sur tout principe non approuvé par lui, à l'exception notable du principe de bon sens élémentaire. Toute sa politique est explicable par tweets, il ne s'en prive pas, et son public le comprend au premier mot sans passer par le filtre de l'université ou des média professoraux. On comprend que son activité présidentielle soit terrifiante pour l'establishment de Washington car il est imprévisible et joue plus facilement l'instant que le simple court-terme. Et le monde véritable n'est pas pour lui au fond des rapports des services gouvernementaux mais sur l'écran plat du Bureau Ovale, le portable à la main.

Le show prime tout et lui-même est le show, le Donald Trump Show. On comprend dès lors qu'ayant accédé à la scène du monde devant des milliards de téléspectateurs médusés, il ne puisse cesser d'en jouir, d'où sa candidature pour le second mandat constitutionnel. Mais tout ceci n'explique pas son acharnement contre l'Iran.

Après tout, les accords nucléaires de Vienne (2015) avaient entrouvert la porte de la théocratie pour un pourrissement des mœurs sociales comme cela fut le cas dans les pays de l'Est sous la botte communiste. C'est le Levi's 501, Radio-Luxemburg-the-Radio-of-the-Stars et le PepsiCola qui ont ruiné le communisme, autant que la guerre des étoiles de Ronald Reagan. Il en allait de même pour la société iranienne, étouffée par le clergé le plus rétrograde et misogyne du monde, après les sorciers du Sud-Kivu. Le poison occidental qui infusait déjà à travers le Bazar, allait se répandre plus vite sur les classes défavorisées que sont les femmes, les jeunes, les minorités, les travailleurs modestes et sur la bourgeoisie d'affaires en rupture de foi. Les investisseurs relançaient des projets importants, dans l'automobile ou la recherche pétrolière, tout se mettait en place pour des lendemains supportables et une remise en question d'une république islamique obsolète. Mais non !

Comme tout paysan de l'Indiana, Donald Trump déteste la République islamique d'Iran depuis la prise d'otages des fonctionnaires de l'ambassade américaine à Téhéran en 1979. L'outrage est inexpiable. L'accord de 2015, outre le fait de redévelopper l'Iran, débloquait aussi des fonds séquestrés à l'étranger qui, dans l'esprit de Trump, allaient être versés dans les aventures extérieures des mollahs plus que dans les nécessités sociales. S'y ajoutent les soupçons étayés des services israéliens d'une poursuite en sous-main de la recherche nucléaire à Téhéran. Il faut dire que l'Iran n'a jamais cherché à faire mentir ces allégations, en respectant la lettre des accords de Vienne plus que leur esprit et en s'immisçant dans les conflits voisins jusqu'à déclencher une guerre civile au Yémen, après avoir échoué au Bahrein. Ne parlons même pas de l'installation permanente des Gardiens de la Révolution en Syrie et du surarmement du Hezbollah, dans l'objectif évident de déstabiliser tout le nord de l'Etat hébreu à la première occasion.

Sur les conseils de Netanyahou, Trump a décidé de ne pas attendre le pourrissement annoncé de la société iranienne et de parer immédiatement les coups projetés contre ses deux plus fidèles alliés, Israël et l'Arabie séoudite. En fait, il n'y a pas de stratégie Trump. On est sur le court de tennis et il se bat dans un énième set, là, devant lui, pas demain ! Un seul but, la victoire par la mort de l'adversaire. Ce n'est pas politiquement correct du moment qu'il n'y a pas l'expression d'une philosophie de la diplomatie américaine sur zones et que les kilomètres d'analyses pointues sont délaissées au bénéfice de l'instinct primal ! Je plains ceux qui proposent des cours de prospective diplomatique américaine. Quant à ceux qui dénonçaient Donald Trump comme démagogue, stupide, menteur dans le sillage de la vieille chouette Sanders, ils en sont pour leur frais : le démagogue caresse, circonvient, subvertit. Rien de tout cela, l'horrible tycoon newyorkais fait ce qu'il dit, insulte, contourne les chevaux de frise de la nomenklatura et y réussit plutôt bien, même si ce n'est pas, voire jamais, dans notre intérêt d'allié fidèle. Damned ! The show must go on... à nos frais ! C'était hier un 18 juin, l'appel de Trump à achever le travail... en nous achevant aussi.




samedi 15 juin 2019

L'affaire d'Ormuz

Caler les faits ! C'est ce pourquoi les journalistes existaient. Au lieu de quoi ils versent aujourd'hui dans l'alarme, peut-être sur ordre des rédactions, afin d'accroître l'audience des beaufs incultes qui achèteront du Coca Cola. Il en est ainsi de l'incident du Golfe d'Oman.
En cas d'aggravation de la situation régionale, ces experts annoncent un bond du brut à 200 dollars le baril qui culbuterait le prix français du sans-plomb à la pompe avec les conséquences politiques que l'on sait dans un pays qui surtaxe le carburant. Le blocage du Détroit d'Ormuz suggéré comme élément de négociation par les mollahs quant à lui, ouvrirait la plus formidable pénurie d'huile que le monde ait connu depuis la Guerre du Canal de Suez. Et vas-y pour le tour de table du «qu'en pensez-vous ?». Rares sont les critiques sérieuses de ce scénario de presse sur les plateaux médiatiques, ce qui tendrait à faire croire au dessein d'abrutissement des masses qu'ils poursuivent.


Même si depuis Colin Powell les preuves d'images américaines sont suspectes, il semble difficile d'exonérer totalement l'Iran. Certes, le gouvernement nie toute implication mais chacun sait qu'il ne gouverne pas tout le spectre islamique et que les Gardiens de la révolution (Pasdaran) ont leur propre agenda : survivre coûte que coûte dans leurs intérêts propres. Pour purger les soupçons, on ne voit pas non plus les services émiratis immerger des mines, a fortiori les plaquer de nuit sur les coques des tankers, au nez et à la barbe des Omanais assez jaloux de leur position équilibrée en l'affaire. On peut exclure aussi les Séoudiens qui ne sauraient que sous-traiter. Reste la CIA, comme dans les bons romans d'espionnage... mais l'agence de Langley n'est pas dans les petits papiers de Big Twittos.

Si la piste des Pasdaran devenait sérieuse, le mobile de la mise en tension du Golfe collerait parfaitement à la situation intérieure de la République islamique s'il s'agissait de provoquer un sursaut national comme à l'époque de la guerre déclarée par Saddam Hussein. Mais rien n'est moins sûr. Le régime des mollahs est durement secoué par la crise économique et sociale qu'il ne peut surmonter, et il est susceptible de s'écrouler à la faveur d'une catastrophe naturelle ou d'une insurrection générale des mécontents tant ils sont nombreux. Miser sur un sursaut nationaliste est jeter trop loin le bouchon. Les Iraniens sont fatigués de la rhétorique guerrière d'un clergé milliardaire qui se battra pour ses privilèges jusqu'au dernier d'entre eux. L'affaire du Golfe d'Oman ressemble par certains égards à la fuite en avant d'une composante essentielle d'un régime qui ne verrait sa perpétuation que dans le chaos.

En restent pour le moment les effets. Pour que le pétrole monte, il faut que les acheteurs soient plus nombreux que les vendeurs, quels que soient leurs motifs. Or les acteurs du secteur ne croient pas en une reprise rapide du commerce mondial tant que le conflit stratégique Chine-USA n'est pas stabilisé. Peu d'entre eux croient en une paix durable et sincère. Mais qu'au moins les compteurs soient bloqués, comme il en va du différent Occident-Russie ! Ainsi, après les avaries de deux tankers, a-t-on vu un pic de cotations qui pourrait bien n'être que spéculatif et limité à la journée ou à trois jours. Puis pendant les travaux la vente continuera sous la loi de l'offre et de la demande...

L'autre hystérie journalistique concerne le blocage du détroit d'Ormuz (carte ci-dessous). "Compte tenu des réserves stratégiques existantes et des possibilités d’augmentation de la production ailleurs dans le monde, la diminution des flux énergétiques qui en résulterait ne durerait pas assez pour entraîner une pénurie dommageable" affirmait dans Cairn le capitaine de vaisseau Eudeline. Il y a eu un précédent, en 1988, une frégate américaine avait été avariée par un mine dérivante et l'Iran a perdu. Incapables de tenir la ligne du détroit, la flotte iranienne avait immergé des mines à partir de ses propres plateformes pétrolières pour y perdre à la fin des bâtiments de guerre et les deux plateformes en question. La parade actuelle, largement soutenue par les Etats arabes du Golfe sauf le Qatar et le Sultanat d'Oman, serait de forcer le blocus avec des chasseurs de mines escortés et de vitrifier la côte iranienne sur trente milles de profondeur (soit 50 kilomètres) en face de la péninsule déchiquetée de Musandam (à Oman) pour éloigner les sites de tir de missiles sol-mer. En cas de persistance de la menace, une administration précédente à celle de Donald Trump se proposait de ruiner les infrastructures industrielles des îles autour de Qeshm dans la baie de Bandar-e-Abbas, au motif du droit de poursuite des bandes de Pasdaran œuvrant sur le Golfe. C'est ce que Trump englobe dans sa menace d'extermination générale du régime des mollahs.


Pour finir, une mise en surtension du Golfe persique n'est pas de l'intérêt de l'Iran parce qu'il utilise aussi le Détroit d'Ormuz comme débouché et que les Américains peuvent parfaitement sécuriser le commerce arabe tout en bloquant le sien dans ses ports. Mais l'Iran a montré aussi que sa logique ne convoquait pas toujours le bon sens et que proclamations et exhortations sont au menu plus souvent que la solution des équations géopolitiques. Depuis qu'il existe, le régime n'a pas développé le pays mais a exporté ses nuisances tout autour pour un bénéfice nul. Même l'Irak chiite s'en méfie, avant que la Syrie n'y pense.


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