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mercredi 10 mai 2017

Marion s'en va !



Il y avait cent raisons de voter Macron, et autant de ne pas le faire mais ce qui a déterminé beaucoup d'électeurs se résume à la maxime gaullienne : au premier tour on choisit, on second tour on élimine. J'ai éliminé le programme crypto-bolivarien de monsieur Philippot, le corneculage sur l'euro et le gudisme rampant. Pour le reste (sécurité, identité, immigration, préférence nationale) je me serais laissé tenter si quelqu'un d'autre que Marine Le Pen m'avait proposé du gâteau. Je n'ai jamais cru ni en ses capacités de rassemblement, ni en son niveau intellectuel, sans parler de sa vulgarité et de son dilettantisme - elle ne bosse pas ses dossiers ! Eut-elle été moins paresseuse qu'elle aurait emporté la région Nord-Picardie. Gagner un malheureux point entre les deux tours des régionales n'a jamais été critiqué, la faiblesse était pourtant prémonitoire.

Le "débat" fut accablant pour tout spectateur et pour sa nièce d'abord (elle n'aurait pas tenu jusqu'au bout, dit-on). Si l'on comparait une campagne électorale à une course hippique, ce serait du trot monté, l'épreuve toute à la main du début à la fin. Sauf qu'à y engager un tocard, on est presque sûr qu'en voyant la ligne droite il va se mettre à courir pour en finir plus vite. C'est ce qui s'est passé avec Marine Le Pen le 3 mai.

La contre-performance - arriver troisième dans une élection à deux ! - est à mettre au crédit du suicide politique de la mégère-en-chef qui va maintenant se cramponner pour encaisser les législatives. Bien sûr la bouillie pour chat du programme Philippot a découragé beaucoup de ceux qui prirent la peine de l'étudier. Racolage et démagogie sur fond de souffrances populaires laissaient voir l'usure de la trame. A partir d'un certain niveau d'instruction, les gens ne se satisfont plus d'entendre pour toute réponse à toute question que c'est la faute à l'Europe, c'est la faute à l'immigré légal et clandestin.

L'affaire aurait été pilotée par Marion sur son propre programme que j'aurais sans doute suivi. Jusqu'à ce matin je pensais qu'avec cinq ans de bonification au Palais Bourbon, l'esprit le plus délié du Bureau politique avait plus que des chances de l'emporter en 2022 avec sa ligne politique carrée et simple à promouvoir. Hélas la sclérose en plaques du parti ondulant sur tous les sujets ne le permettra pas. Ils sont nuls à chier et n'ont pas compris que Marion aurait enfoncé le coin dans les cohortes fillonistes à la seule condition d'oublier cette foutaise moscovite de sortir de l'Eurogroupe. Il fallait poloniser Sapir (lol).

Je partage à 95% les arguments d'Aymeric Chauprade qui expliquait au journal l'Opinion le 4 mai dernier pourquoi il s'était résolu à voter Macron. Si vous souhaitez passer à autre chose ou écouter la radio, cliquez d'abord sur le lien ci-dessous, le Piéton a les mêmes idées :
Chauprade - pourquoi je voterai Macron !

Le bon attelage aurait été Marion Maréchal-Le Pen / Aymeric Chauprade. On sortait complètement des doutes métafachistes, des détails de l'histoire et du Zyklon B ! On n'allait plus à Vienne au bal de la Waffen. On ajoutait une dimension géopolitique sérieuse au programme. Pour Marion, sa position politique "droite libérale et colbertiste si nécessaire" alliée à des convictions catholiques conservatrices ne pouvait que faire un carton. En plus elle a prouvé à la Chambre et en meeting qu'elle est un orateur convaincant, beaucoup d'aisance intellectuelle, de clarté quand elle déroule un raisonnement, d'à-propos, de mordant à l'occasion, et... une plastique naturelle irréprochable, la terreur de l'UMP en PACA ! Ils sont sauvés, elle part, écœurée par la mafia Philippot qui ose se maintenir après le désastre !



Pour la droite nationaliste, le danger est aujourd'hui de se leurrer sur les onze millions de voix obtenues au second tour et croire en la transmutation à l'identique aux législatives du mois de juin. La personnalité des candidats va forcément jouer comme le programme rénové qui ne peut être celui avec lequel fut perdue la présidentielle dans ses exagérations, mensonges et folies douces. C'est basique. On n'élit pas un député de cette façon.

Faudra-t-il encore trouver les cinq cents trente candidats (DLF prendra sa place) car d'eux dépendront aussi les subventions publiques calculées au nombre de suffrages exprimés, ensuite faire l'a priori d'un afflux militant pour la campagne de base, tractages, réunions publiques locales, contrôles des bureaux de vote etc... pour le moment, des pans entiers du territoire sont à jeun d'avoir rencontré des militants bleu-marine impliqués dans la campagne. Message aux investis : le kit de candidature est trois fois moins cher cette année, le coefficient multiplicateur du parti Jeanne ayant été fortement révisé depuis que la brigade financière enquête sur 2012.

FN-DLF sera un accord d'appareils, il m'étonnerait qu'il ruisselle jusqu'au terrain. Certes une bonne quarantaine de circonscriptions se sont déjà données au Front national dimanche dernier et il ne devrait pas être si difficile d'avoir des députés. Il leur reste un mois ! A miser chez le book, je jouerais 30 !

Reste à comprendre comment la droite pourrait se recomposer après la faillite Fillon, sans doute plus facilement au niveau local qu'à Paris. Avec la disparition de la scène politique de Marion Maréchal-Le Pen, il sera plus facile d'accommoder les restes en PACA mais le grand parti de droite qui nous manque redevient une chimère tant les convergences étaient sûres entre Marion, Bompard et les députés pizzaioli du Sud.


Postscriptum du 18 mai 2017: Pour la bonne administration du dossier, nous joignons le lien du testament politique de Marion Maréchal Le Pen donné à Valeurs actuelles le 17/05/2017 :
Le testament politique de Marion Maréchal-Le Pen recueilli par Geoffroy Lejeune (clic) la confirme à son niveau réel, bien au-dessus d'autres cadres du Front national. Le verbatim de l'entretien est archivé en Californie pour plus tard et donné ci-dessous d'un bloc brut de décoffrage:

[ Vous quittez la vie politique à seulement 27 ans, après cinq années de mandat. Depuis votre arrivée à l’Assemblée, en 2012, la notoriété a-t-elle été un poids ? La notoriété a toujours fait partie de ma vie. J’ai grandi à l’ombre de celle de mon grand-père, de celle de mon père, plus tard de celle de ma tante : elle fait partie de mon quotidien. J’ai toujours été la “petite-fille de”, où que j’aille, quoi que je fasse, je n’ai jamais pu y échapper. Je n’ai jamais connu l’anonymat. Mais même si c’était assez pesant, cela s’est avéré positif et m’a permis de ne pas être grisée par la notoriété le jour où j’y ai été confrontée. J’ai donc un rapport assez détaché à cela, dépassionné. Pour moi, la notoriété est un outil dans le cadre de mon travail, pas une fin en soi. Cette exposition naturelle m’a permis aussi de ne pas chercher la médiatisation, d’avoir une communication raisonnée, maîtrisée, de ne pas chercher le bruit médiatique, de choisir pendant cinq ans certaines émissions, certains formats, de ne parler que lorsque j’avais quelque chose à dire, de ne pas être uniquement dans le slogan médiatique, mais dans une vraie construction politique. Lorsqu’on est arrêtée dans la rue, à 22 ans, qu’on ne peut plus être anonyme, cela joue-t-il psychologiquement ? Oui, bien sûr. Ce qui est dur, c’est d’essayer de continuer à avoir une vie normale. Pour des raisons de sécurité, je n’y suis pas réellement parvenue : je suis passée d’une vie où je prenais les transports en commun, où je vivais comme tout le monde, à une vie plus cachée. Mais certains domaines m’ont permis de me préserver, de m’en extraire. Mes amis les plus proches ne viennent pas du milieu politique, ils sont des Français de tous profils, ils sont cadres dans l’événementiel, commerciaux, avocats, et en continuant à vivre avec ces gens-là je ne me suis pas déconnectée de la réalité. J’ai gardé ces amis, et leur vie simple. Je ne suis jamais sortie dans des endroits huppés, je ne vais pas dans les grands restaurants, j’ai des loisirs et des vacances simples, je n’ai jamais vécu grand train. Mon environnement social immédiat, c’est la classe moyenne. Qu’avez-vous perdu en faisant de la politique ? Je n’ai pas trop perdu, parce que j’y ai pris garde, mais je pense qu’en politique, on a tendance à perdre les amis capables de nous critiquer. Il y a un phénomène de cour qui s’installe assez naturellement, le côté “vu à la télé” biaise complètement les rapports humains, d’autant plus quand il y a des jeux de pouvoir dans les partis. On perd aussi beaucoup de sa liberté privée. On voit souvent la politique comme un milieu de profiteurs, mais c’est aussi un milieu sacrificiel à bien des égards, car il y a une grande porosité entre la vie publique et la vie privée, il est très difficile de garder un équilibre. Et puis il y a la contrainte des partis politiques, qui est frustrante. On peut critiquer le système des partis, légitimement à certains égards, mais ils sont incontournables dans le cadre institutionnel actuel. Malheureusement les initiatives isolées de la société civile, que l’on peut admirer par ailleurs, fonctionnent peu sur le plan électoral. Pour être efficace, il faut donc se plier à une discipline de parti, ce n’est pas toujours évident. Vous avez le sentiment d’avoir perdu en liberté durant cinq ans ? Forcément, c’est logique, surtout quand on a face à soi des gens qui passent leur temps à essayer de nous diviser, politiquement et humainement. J’ai toujours eu le souci de ne pas me dédire tout en ne faisant pas les choux gras des médias. Cette contrainte vous a-t-elle oppressée ? J’en ai été parfois un peu frustrée, oui, surtout à 27 ans. J’avais peur de devenir comme certains responsables politiques qui sont des moulins à slogans, ne servent que des éléments de langage. Ce n’est pas mon modèle. Qu’avez-vous appris durant votre mandat ? J’ai acquis des expertises et des compétences. La politique demande une grande capacité d’adaptation. Au moment de votre élection, vous étiez particulièrement scrutée. On épiait la jeune fille blonde, certains ironisaient au sujet de “Barbie fait de la politique”, et vous vous êtes finalement révélée travailleuse, presque bonne élève… Mon jeune âge a été indéniablement un handicap en termes de crédibilité. Lorsque je suis arrivée à l’Assemblée, j’ai suivi un parcours administratif et, au moment de créer mon adresse mail, on m’a demandé de quel député j’étais l’assistante ! De même, lors de mes premières réunions avec des responsables syndicaux agricoles, ils ne me regardaient pas, moi, mais mon assistant de 45 ans, qui était un homme. Ce n’est pas méchant, mais ce monde a du mal à avoir une interlocutrice de mon âge. Ma jeunesse a donc été davantage un handicap que ma féminité, qui, dans le jeu politique actuel, est un atout. Nous vivons encore dans le pays de la galanterie ! Je peux dire des choses fortes qui seront plus audibles que dans la bouche d’un homme ; l’agressivité à mon égard peut être assez vite mal perçue, et cela force aussi mes adversaires politiques à aller sur le fond en évitant les postures. Vous prenez à rebrousse-poil les discours de femmes politiques qui se plaignent du sexisme… J’ai toujours refusé de jouer les victimes. À une certaine époque, les gens s’enorgueillissaient d’être des héros, aujourd’hui ils se félicitent d’être des victimes ! Je trouve délétère cette victimisation permanente eu égard à son sexe, à son handicap, à son origine. Je n’ai jamais voulu jouer de ma féminité comme d’un handicap, je n’ai jamais été victime de misogynie, je le dis franchement, au contraire, cette féminité a été un atout. J’ai toujours trouvé cela très paradoxal que les femmes, surtout à gauche, disons-le, s’enferment dans cet élan victimaire pour pouvoir justifier certaines erreurs ou certaines carences. François Fillon s’adressait à la droite traditionnelle, Marine Le Pen a séduit les classes populaires. Tous deux ont perdu cette élection présidentielle. Est-il possible de réconcilier ces deux électorats ? Je pense que la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires. C’était la synergie qu’avait réussie Nicolas Sarkozy en 2007. Indéniablement, il y a des gagnants et des perdants de la mondialisation, une fracture territoriale, une France périphérique, une fracture mondialistes-patriotes, mais je crois que la droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c’est celui de leur identité. Pas l’identité comme un folklore artificiel ou comme un musée qu’on dépoussière, mais comme un ciment social. L’identité, c’est ce qui nous donne le sentiment d’être un peuple, en dépit de lieux de vie différents, de modes de vie différents. Et ce ciment social a été brisé à plusieurs égards. L’enjeu essentiel de civilisation, à mon sens, est de savoir comment conserver, protéger, transmettre et vivifier ce ciment social. C’est là qu’intervient la question de l’école, de la transmission, de la culture, de nos traditions, de notre patrimoine, d’un certain mode de vie. Le philosophe François-Xavier Bellamy dit que l’avantage de la culture, c’est que c’est le seul bien qui se partage indéfiniment sans jamais léser personne. Si on s’attache à la transmission et à la vivification de la France, nation littéraire, nation philosophique, nation historique, à partir de là, on peut défendre ce ciment social et sauver le pays des fractures qui l’attendent. La question identitaire unifierait donc toutes les droites ? La question identitaire permet de transcender les clivages. Elle comporte une dimension abstraite, c’est vrai, avec des symboles, la Marseillaise, la devise, notre patrimoine républicain, et une dimension charnelle, notre terre, notre terroir, notre gastronomie, la pierre locale avec laquelle on construit sa maison. Ces deux dimensions sont complémentaires. Pour parler de stratégie, le souci commun de l’électorat de la droite conservatrice et de la France périphérique, qui n’ont pas le même rapport à la mondialisation, c’est le souci de la transmission de leur patrimoine matériel et immatériel. À partir de ce constat, on peut imaginer des passerelles pour les rassembler et apporter des réponses en commun. Mais le programme très libéral de Fillon était un repoussoir pour les classes populaires, et la sortie de l’euro de Marine Le Pen effraie la droite… Voilà pourquoi je parle de passerelles. Quand une partie de la France conservatrice défend le mariage et la filiation, elle défend aussi une partie de l’identité française avec une certaine idée des rapports humains basée sur le bien commun et l’intérêt du plus faible plutôt que sur la jouissance et l’envie de l’individu dans une liberté sans limite. C’est donc un combat identitaire, qui peut rejoindre le combat identitaire des classes populaires plus axé sur les questions liées à l’immigration et au multiculturalisme. Bien sûr, il peut y avoir des divergences économiques, mais les moteurs de vote sont essentiellement spirituel, culturel et identitaire : les masses ne bougent pas autour de l’économie. Ce qui relie ces deux électorats, c’est donc le conservatisme. Il peut s’agir de conservation de l’identité, d’un mode de vie, mais aussi du patrimoine, des entreprises, d’un modèle économique à défendre en régulant la mondialisation. Vous revendiquez-vous conservatrice ? Oui, car je défends la conservation de ce qui est beau et juste dans notre histoire, je souhaite conserver les leçons de nos expériences passées ainsi qu’une certaine vision de l’homme, de sa dignité, du refus de sa marchandisation, d’ailleurs partagée par une majorité de Français. Croyez-vous à la persistance du clivage gauche-droite ? Je pense que les courants de droite et de gauche continuent d’exister et de structurer la vie politique, car il y a des héritages philosophiques, culturels, des références et des logiciels qui continuent d’irriguer la vie politique française. C’est un clivage qui continue d’exister mais qui est inexact dans la structuration actuelle des partis. Pour caricaturer un peu, je reprendrais la phrase de l’historien Ghislain de Diesbach : « Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. » Pour être plus exacte, je dirais que les deux grands partis, Les Républicains et le PS, se retrouvent aujourd’hui dans un grand bloc centre droit, centre gauche en accord sur tous les sujets fondamentaux. L’union des droites reste-t-elle un de vos objectifs ? Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, cette union patriotique que j’appelle de mes vœux n’a pas de sens en prenant en compte les partis actuels : je ne vois pas comment le FN pourrait faire une alliance nationale avec Les Républicains au regard de la façon dont ils gouvernent et du logiciel qui est le leur. Et au regard du logiciel du FN, qui se situe à gauche sur de nombreux sujets, notamment en économie ? Ce qui reste possible, c’est l’union des hommes. Il existe aujourd’hui une zone blanche, entre certains courants chez Les Républicains, que je qualifierais de droite nationale conservatrice, Nicolas Dupont-Aignan, ceux qui sortent du champ politique, comme Philippe de Villiers, certains élus et cadres de la droite, et le FN. Dans cette zone blanche, il y a une recomposition à opérer, qui s’apparenterait à l’union de certaines droites. Mais sans doute pas avec cette droite des Républicains, qui est une droite reniée. Vous avez à de nombreuses reprises cité des personnalités de droite comme Henri Guaino, Jacques Myard, Pierre Lellouche, Alain Marsaud, Éric Ciotti, en disant que pourriez travailler avec eux. Si, demain, Laurent Wauquiez dirige Les Républicains, cela changera-t-il la donne ? Oui, un profil comme Laurent Wauquiez change la donne. Mais il faut voir ce qu’il fera de ce pouvoir ! Si c’est pour avoir un nouveau Sarkozy, ce n’est pas utile… Laurent Wauquiez est-il sincère ? Je ne sonde pas les cœurs et les reins. Est-il capable de mettre en place des alliances intéressantes ? Seul l’avenir le dira. Ce qui est sûr, c’est que, dans le paysage politique actuel à droite, il fait partie de ceux dont les déclarations laissent penser qu’on aurait des choses à se dire et à faire ensemble, je ne vais pas dire le contraire. Néanmoins, pour être honnête, je ne suis pas certaine que Laurent Wauquiez mènerait spontanément cette politique au conseil régional s’il n’y avait pas un groupe FN aussi fort, devenu incontournable électoralement. La présence du FN contraint la droite à mener une certaine politique et à se remettre en question. La réalité, c’est que la droite a été sous la coupe psychologique de la gauche pendant des années et que le poids du FN la force aujourd’hui à se repositionner. Pourquoi la tentative de structurer une droite “hors les murs”, à mi-chemin entre Les Républicains et le FN, a-t-elle échoué politiquement ? Elle ne pouvait marcher que dans l’optique d’être une passerelle entre la droite et le FN, or Les Républicains ne sont pas suffisamment en difficulté électorale pour accepter de bouger. La droite a une clientèle électorale, notamment chez les personnes âgées, qui lui reste très fidèle, lui permettant de survivre, en l’empêchant d’envisager cette recomposition. Les choses seront peut-être différentes dans dix ans. La génération qui vient a déjà mis un bulletin FN dans l’urne, elle est complètement décomplexée, plus du tout sensible à la diabolisation, n’a pas baigné dans le rêve européen et n’a rien à perdre. Dans les dix ans qui viennent, les cartes seront totalement rebattues… Les figures de cette droite “hors les murs”, Buisson, Villiers, Zemmour, vous ont-elles influencée ? J’écoute ce qu’ils disent, je les lis. Ils sont assez complémentaires. Philippe de Villiers mène un combat culturel, Éric Zemmour un combat journalistique et Patrick Buisson un combat idéologique. Chacun à sa manière, ils ont fait bouger des lignes et réussissent à s’adresser à un lectorat transversal qui va du FN aux Républicains en passant par Dupont-Aignan. Ils incarnent cette droite intellectuelle à laquelle la gauche au pouvoir a permis de réémerger, mais c’est trop peu, ils sont trop peu nombreux, et il reste encore beaucoup à faire. Notamment par le biais d’Internet : l’enjeu de la génération patriote qui vient va être de mettre ses compétences au service d’une cause. À quelle droite appartenez-vous ? Lorsqu’on me demande à quelle droite j’appartiens, je réponds, en reprenant la classification de René Rémond, que je suis à la confluence de la droite légitimiste et de la droite bonapartiste. Mais, pour prendre une catégorie plus récente, j’appartiens à la “droite Buisson”. J’ai été très marquée, récemment, par son livre la Cause du peuple, dans lequel j’ai vu, exposés de manière claire, les fondements de cette droite nationale, identitaire, sociale, qui est la mienne. Vous ne vous dites pas bonapartiste ? Il y a un côté très révolutionnaire chez Napoléon. J’ai une fascination pour ce personnage exceptionnel, pour ce génie militaire, qui a structuré de manière très efficace notre État nation, mais je trouve cette fascination un peu morbide : au service de ses ambitions personnelles, il a quand même été capable de sacrifier à une échelle industrielle des Français, et sa démarche fait peu de cas de la vie humaine, il a également réhabilité certains responsables à l’origine du massacre des Vendéens. Qu’avez-vous pensé de la campagne de François Fillon ? J’ai lu l’intégralité de son projet. On m’avait dit qu’il était formidable et je l’ai trouvé très décevant sur le fond. Je reconnais un certain talent à François Fillon parce qu’il a réussi, notamment à l’issue de la primaire, à se fabriquer de manière totalement artificielle la réputation d’un homme souverainiste, de droite, conservateur, alerte sur la question identitaire, alors que, quand on regardait dans le détail, c’était extrêmement léger, très peu ambitieux. De toute façon, sa campagne était impossible, il a été inaudible à cause des affaires… Et sa posture de rebelle, de survivant, anti-système et anti-médias ? Il l’a adoptée extrêmement tardivement… Si le but était de jouer comme Trump, c’était un peu petit bras. Je l’ai trouvé bon dans l’Émission politique, sur France 2. Il n’est pas un mauvais orateur. Mais j’ai senti qu’il avait des réserves, qu’il n’osait pas y aller. Il a par exemple supprimé la référence au Qatar et à l’Arabie saoudite dans un discours sur l’islamisme. Cet homme a manqué de courage dans sa campagne. Croyez-vous réellement au clivage entre “mondialistes” et “patriotes” ? Je crois que nous sommes confrontés aujourd’hui à une élite d’émigrés spirituels, au sens où, spirituellement, ceux qui nous dirigent ne sont plus nos compatriotes. Leur vie est à l’échelle mondiale, ils passent leur temps dans les business class entre New York, Doha et Singapour, la France est étriquée à leurs yeux, ils ne raisonnent plus à l’échelle nationale. Leur cynisme est d’autant plus fort que ces gens se sont évertués à briser les frontières des Français pour fabriquer de nouvelles frontières à leur profit grâce à l’argent. Ils ont, eux, des frontières géographiques, vivent dans les meilleurs quartiers en se préservant des problèmes liés à l’immigration et aux tensions culturelles qu’ils imposent aux Français. Ils ont, eux, des frontières sociales, se cooptent aux meilleurs postes, alors qu’il n’y a jamais eu aussi peu de fils d’ouvriers dans les grandes écoles. Ils ont, eux, des frontières scolaires, mettent leurs enfants dans les écoles privées quand les enfants des Français doivent subir les lamentables programmes et méthodes qu’ils ont mis en place. Et je trouve cela profondément injuste. En face, les patriotes sont tout simplement les partisans de l’enracinement, ce qui n’empêche pas d’être lucide sur les défis de la mondialisation. À vos yeux, Macron est l’incarnation de ces élites ? Macron en est une belle incarnation. J’aime la formule de Finkielkraut : pour Macron, « la France n’est plus une histoire, la France n’est plus même un pays, c’est un pur espace ». À ses yeux, la France est une start-up multiculturelle, un business, qui doit être le plus rentable possible. S’il faut faire rentrer un million d’immigrés dans le pays parce que c’est rentable, quelles que soient les conséquences sociales, il le fera. Pour lui, la France est un territoire, pas une patrie ; c’est une population, pas un peuple ; ce sont des individus, pas des personnes. Macron est un héritier des soixante-huitards ? Macron accomplit Mai 68. Avec lui, c’est l’idéologie du progrès, le culte du renouveau, qui implique nécessairement de faire table rase du passé. C’est l’idée soixante-huitarde selon laquelle l’homme ne peut s’émanciper que s’il se délie de tout héritage, de toute autorité, de tout cadre culturel. Je pense que c’est une erreur fondamentale. Et sur le plan économique ? Macron considère que la société apaisée, qui fonctionne, est celle dans laquelle les liens sociaux sont uniquement régis par les liens économiques, les liens égoïstes, le contrat. L’État est réduit au minimum, c’est le libéralisme intégral, une idéologie née à gauche, où l’individu prime sur toute autre considération. Macron ne voulait d’ailleurs pas avoir de programme, mais proposait un « contrat avec la nation ». Cela a des conséquences politiques très claires : quand vous avez une distension brutale du lien social, avec le terrorisme par exemple, que répond M. Macron ? Qu’il faut deux points de PIB en plus, qu’il faut réduire le chômage et investir dans les banlieues françaises. Il apporte une réponse strictement économique, alors qu’en fait, cette distension du lien social ne relève pas principalement de l’économie, mais du domaine moral et culturel. Ces gens-là n’arriveront pas à répondre à ces défis, ils sont à côté de la plaque, ils sont dans la négation anthropologique. Ce qui fait un peuple, ce n’est pas le contrat, c’est la pure gratuité. C’est, selon la formule de Renan, « d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ». C’est ce sentiment commun qui permet naturellement le civisme, la politesse et la solidarité sans y avoir nécessairement un intérêt égoïste. Trouvez-vous une qualité à Macron ? … C’est un bon communicant… Je suis frappée par sa capacité à mettre à profit la formule du cardinal de Retz, « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». Il l’a théorisée, intellectualisée, et surfe sur une ambiguïté générale. Macron est l’incarnation de ce concept, c’est assez fort. Il est progressiste, mais j’ai envie de lui répondre par Orwell : « Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains. » Moi, je ne trouve pas plus humain de mettre en place un modèle économique qui fait fabriquer nos produits par des esclaves à l’autre bout du monde, d’avoir un Whirlpool en Pologne plutôt qu’en France, de créer des mouvements de population qui rendent tout le monde malheureux et génèrent des situations tendues et conflictuelles, que les droits de l’enfant d’avoir un référent père et mère soient niés, que les femmes louent leur ventre et vendent leur bébé. Cette vision de la société me fait peur. Marine Le Pen vous a affublée, il y a quelques semaines, du qualificatif « raide », comme votre génération, disait-elle… Oui, je pense que Marine a bien perçu que la génération qui va subir tous les manquements et toutes les lâchetés de la classe politique, a de quoi être raide… C’est ma génération qui va payer les fractures territoriale et sociale ; qui va subir à grande échelle les cassures entraînées par le multiculturalisme ; qui va devoir combattre le fléau de l’islam politique et radical qui gangrène les banlieues ; qui va encore probablement connaître des dizaines de morts lors d’attentats ; qui va subir la casse sociale, le chômage de masse ; qui va payer les abus de la génération 68, qui a joué la cigale tout l’été et nous laisse des déficits incommensurables, des privilèges de classe intenables et irréformables… Quand on sait cela, il y a de quoi avoir une certaine raideur et une certaine exigence, car c’est ma génération qui va devoir se retrousser les manches et relever ces défis immenses. J’appartiens peut-être à une génération un peu dure, mais la vie est dure. Le chômage nous touche particulièrement, les jeunes sont les plus confrontés à l’insécurité du quotidien, à la cohabitation multiculturelle, aux difficultés de logement. Ma génération est désenchantée, elle sait que les lendemains ne chanteront pas et a compris qu’elle vivra moins bien que celle de ses parents. Nous sommes raides, mais l’angoisse est importante. Avez-vous, par moments, été frustrée dans votre activité de député ? Forcément, car le fonctionnement actuel des institutions ne permet pas à un député non inscrit d’être entendu. J’ai fait une fois voter un amendement très technique, pas politique, en commission, qui a été annulé deux heures plus tard à la suite d’une nouvelle réunion expresse de la même commission : voilà un exemple qui illustre à quel point l’intérêt général a complètement déserté cette Assemblée. J’ajoute que l’Assemblée nationale est en grande partie une chambre d’enregistrement des directives du Parlement européen, qu’on vit un simulacre de débat en commission, en sachant pertinemment que la France n’a pas de marge de manœuvre. Ensuite, les disciplines de parti sont tellement présentes qu’il n’y a aucun suspense sur les votes, on a beau argumenter, débattre, cela ne sert à rien. Ce fonctionnement est assez médiocre et très frustrant sur le plan intellectuel. Cela a d’ailleurs tué la qualité du débat car chacun récite sans emphase ses arguments. J’avais discuté avec un fonctionnaire présent depuis longtemps qui m’expliquait avoir vécu l’effondrement progressif du niveau des députés de législature en législature… Continuerez-vous, une fois retirée, à intervenir dans le débat public ? A priori non, ce n’est pas prévu. Excluez-vous de mener un combat parallèle, sur le plan culturel par exemple ? Non, je ne l’exclus pas. Si ma reconversion professionnelle me le permet, j’essaierai de le faire. Mais en tout cas, je ne ferai pas que cela. Que retenez-vous du fonctionnement des médias, auxquels vous avez eu beaucoup affaire ? Ce fonctionnement ne me convient pas du tout puisqu’il privilégie la superficialité, l’instantanéité et l’agitation du moment. J’ai constaté que certains journalistes, qui reprochent beaucoup de choses aux politiques, sont en réalité le strict reflet de leur médiocrité. À mesure que les politiques devenaient des petits technos formatés sortis de Sciences Po et de l’Ena, les journalistes devenaient des petits clones formatés sortis des écoles de journalisme. J’ai assez peu d’estime pour la profession, où je n’ai trouvé presque aucune culture historique, politique, où j’ai entendu du slogan et des éléments de langage, où beaucoup reprennent la dépêche AFP du matin, recopient ce qu’a écrit le collègue. Mais cet univers est le reflet du fonctionnement actuel de la société. J’avais lu une analyse scientifique expliquant que le fonctionnement cérébral des générations qui viennent était radicalement différent de celui de la génération de nos grands-parents. Les connexions neuronales se façonnent en fonction des stimuli extérieurs et de notre environnement : nos grands-parents, qui étaient soumis à moins d’informations, développaient leur mémoire et leur concentration, et ont beaucoup de mal avec la saturation de l’information et le zapping. La génération qui vient, elle, a une capacité à passer très vite d’une information à une autre mais de moins en moins de capacité de concentration et de mémoire. Cela pose un vrai problème de société : au lieu de contrer ce phénomène général, l’école l’accompagne, au lieu d’être un sanctuaire qui force le cerveau à développer ses capacités, elle s’aligne et baisse le niveau d’exigence. Et les médias s’adaptent à cela, au temps de cerveau disponible. Cela pose également un problème démocratique : on ne peut pas être un citoyen éclairé si on n’a pas un minimum de mémoire, de capacité d’analyse et de concentration. Disons-le aussi, le fonctionnement de certains médias, notamment leur financement, pour ceux qui vivent non pas de leurs lecteurs mais d’aides directes ou indirectes, ne les aide pas à se confronter à la réalité, les empêche de sortir de leur monde dogmatique, sectaire, idéologique. Trouvez-vous les journalistes conformistes ? Beaucoup sont bien-pensants, mais, pire : ils sont ultra-prévisibles. Certains journalistes commentent davantage qu’ils n’informent. On peut aujourd’hui faire de la politique à très haut niveau en répétant trois slogans à la radio le matin ; si on veut être paresseux, cet univers permet de l’être. Les formats sont toujours les mêmes, quand on va dans une émission, on sait exactement ce qu’on va entendre parce qu’ils répètent tous la même chose. J’ai vu un vrai manque de travail et une vraie paresse intellectuelle, et, très rarement, j’ai rencontré des journalistes pertinents dans leur approche, originaux. Dans certaines émissions, l’invité a parfois même moins d’importance que le journaliste qui est devenu le propre objet de l’émission. Quels écrivains vous ont marquée, construite intellectuellement et politiquement ? J’aime beaucoup Simone Weil, j’ai lu sa Note sur la suppression générale des partis politiques. Je suis marquée par les analyses d’Alain de Benoist, sans être d’accord avec lui sur tout, mais il a une capacité à démocratiser les sujets éminemment complexes notamment dans son livre sur la théorie du genre, les Démons du bien. Plus jeune, j’ai été marquée par les livres de Jean Sévillia, Historiquement correct, Moralement correct, le Terrorisme intellectuel, qui remettent en cause tous les paradigmes dans lesquels on évolue, cela m’avait fait énormément de bien. J’ai beaucoup aimé aussi les Fleurs d’Ulysse, de Jacques Trémolet de Villers, ainsi que son récent livre sur Jeanne d’Arc. J’apprécie la critique du libéralisme de Michéa, qui en pointe les dérives. J’ai aimé également le livre de Frédéric Rouvillois, Être (ou ne pas être) républicain. Les Déshérités de François-Xavier Bellamy est aussi un livre qui a compté pour moi politiquement. Quelles sont vos références majeures parmi les classiques ? Je suis une fervente lectrice de Péguy et Barrès, qui parlent mieux que quiconque de la France, même si ce n’est pas très politiquement correct. J’ai lu l’Anthologie de la poésie française de Pompidou, je l’ai toujours à côté de moi. J’ai lu Balzac, il y a longtemps, j’ai adoré Rousseau — sur le plan littéraire, moins sur le plan politique —, je vais lire le “Petit Lavisse”, j’ai découvert au moment des commémorations de la Première Guerre mondiale Orages d’acier d’Ernst Jünger et les Croix de bois de Roland Dorgelès, qui retracent la ferveur patriotique de ces millions d’hommes dans l’horreur… J’ai en mémoire, aussi, un texte magnifique de Pic de La Mirandole sur la différence entre la nature animale et la nature humaine, De la dignité de l’homme. Au sujet de l’homme, il écrit : « À lui, il est donné d’avoir ce qu’il désire et d’être ce qu’il veut. »]




samedi 16 janvier 2016

Aymeric Chauprade, Français libre


(cf. entretien à Valeurs Actuelles - clic)
Comme par un fait exprès les conclusions de la réflexion politique d'Aymeric Chauprade s'emboîtent dans les préconisations gratuites de Royal-Artillerie, au roi près.

Il articule son projet sur trois axes :
(1) Désislamisation de la France en repoussant la loi factieuse islamique ;
(2) Désétatisation de la France ;
(3) Reconstruction de la puissance géopolitique, militaire, maritime et énergétique.



La désislamisation est un enjeu de civilisation bien plus que politique ou sociétal. C'est le socle même de la nation qui est attaqué, et les prêcheurs haineux à qui l'on fait bon genre dans notre classe politique, ne s'en cachent nullement. Il n'est pas besoin d'épiloguer. Les accommodements de cohabitation ne doivent pas déborder les dispositions de la Loi de 1905 - rien n'est jamais parfait.

La désétatisation est primordiale. Rien ne sera accompli pour la résurrection du pays en laissant tout l'espace économique et particulier dans les mains des agents de l'Etat. Le pays doit être libéré du marxisme-léninisme du XX° siècle, une bonne fois pour toutes. Les voies pour y atteindre restent encore un mystère dans le projet des Français Libres, mais vu la bunkérisation énorme de l'establishment (fonctionnarisé à 90%, donc disposant des doubles commandes), on peut comprendre qu'il faille ruser.

La reconstruction géopolitique est une utopie. Mais elle est belle. Pareille reconstruction est subordonnée à la résurrection économique du pays (énergie comprise) afin de dégager par la suite les débours exigés par la mise à niveau de notre puissance maritime et militaire ; le rang géopolitique ultérieur n'étant que la conséquence ultime de cet immense travail de renaissance du pays.

Royal-Artillerie partage aussi deux analyses d'Aymeric Chauprade :

- le souverainisme est un tunnel car il ne tient pas compte des réalités. L'image du Diner's Club souveraniste est cruelle mais si vraie. On est dans l'entre-soi, on giberne, on s'énerve, on s'excite, avant de reprendre un doigt de brandy.

- le Front national rénové est face au mur de la compétence. Il en manque gravement. C'est un parti de préaux, de slogans. Le débat électoral en région Nord-Pas-de-Calais entre Xavier Bertrand et Marine Le Pen (le seul que j'aie suivi) l'a amplement montré. Même s'il m'agace passablement, Bertrand avait travaillé à fond son sujet, Marine Le Pen n'a jamais pu se départir des assertions populistes du plan national et ne connaissait pas "sa" région.




Lancer un parti du modèle gaulliste historique est un défi sérieux car le segment est occupé ou ciblé. Le parti de Bruno Mégret ou celui de Philippe de Villiers ont fait long feu. Celui de Carl Lang ne décolle pas. M. Dupont-Aignan est le supplétif attrayant et parfois décisif du RPR recomposé dans Les Républicains. Le parti de Jean-Pierre Chevènement est issu du CERES stalinien (bonjour la soviétisation) mais n'existe pratiquement plus. D'autres partis du Bon Sens n'arrivent pas à percer. Même si Aymeric Chauprade a des références personnelles impressionnantes, des soutiens de qualité et une bonne aisance au pupitre, il lui faudra une prouesse pédagogique pour intéresser l'électeur et avant lui les cotisants.

Au-delà des trois axes majeurs du programme, il lui faudra également traverser le champ de mines habituel de la politique intérieure française, et c'est là que tout peut se terminer :

- Alliance atlantique : degré d'intégration, partage des commandements
- TAFTA : la plus forte charge explosive
- Guerre de cent ans israélo-palestinienne
- Politique russe du Quai d'Orsay et de la Commission européenne
- Politique arabe du Quai d'Orsay (AC connaît bien)
- Union européenne : définition des cercles de subsidiarité
- Défense européenne : enterrement de première ou deuxième classe
- Eurogroupe : intégration des politiques économiques et eurobonds


Laissons-lui le dernier mot :

« La voie de la sagesse et du redressement passe par premièrement par davantage de souveraineté dans la construction européenne et deuxièmement par un vigoureux programme de réformes pour libérer notre pays de ses contraintes intérieures.»

lundi 16 novembre 2015

Roucasseries frontistes

Même si les attentats de Da'ech à Paris ont remis du charbon dans la chaudière à Marine, rien ne pouvait tomber plus mal avant les élections régionales pour le Nouveau-Front-national que le départ d'Aymeric Chauprade et de Jean Roucas. Le pitre que nous aimons bien s'est vu ostracisé par la profession et par les loueurs de salles ; il doit gagner sa vie en suant sang et eau comme tout un chacun depuis le départ d'Adam du jardin d'Eden. On comprend bien qu'il n'ait pu longtemps résister à la promesse de l'ermitage, d'autant qu'il est assez intelligent pour comprendre que les penseurs du Front, en sus de quelques bonnes idées, racolent sur un catalogue adaptable à chaque auditoire et n'ont aucune colonne doctrinale au-delà des incantations de préaux ! Les contradictions politiques sont légion en tous domaines et le chapitre économique parfaitement décalé voire ringard. Même Jean-Luc Mélenchon ne s'y risquerait pas autant ! On pourrait en faire la liste mais il est plus intéressant de comprendre avec Bertrand Renouvin pourquoi le FN est génétiquement stérile pour l'exercice du pouvoir. Nous utilisons son découpage comme guide-âne (clic) :

Le parti est (était) divisé en trois, ce qui augure mal de l'axe politique décisif à mettre en œuvre en régions, sans même parler des législatives de 2017 qui convoqueraient une fusion des courants.

Dans l'ordre d'apparition :

Premier bloc autour du fondateur Jean-Marie Le Pen et de son plus fidèle soutien Bruno Gollnisch : les « vieilles chemises » de l’extrême-droite qui cultivent un nationalisme xénophobe et ne reculent pas devant les contre-performances de déclarations outrancières qui ruinent l'effort de propagande précédent.

Deuxième bloc autour de Florian Philippot, énarque très présent dans les médias : un courant néo-gaulliste qui défend les services publics, le Plan quinquennal et réclame le retour à la monnaie nationale, sans insister sur l’immigration, qui sera traitée cas par cas avec déjà un quota acceptable depuis peu.

Troisième bloc autour d’Aymeric Chauprade, ancien professeur à l'Ecole de Guerre de Paris et de Kénitra, un courant qui endosse le « choc des civilisations », le grand remplacement camusien et appelle à la remigration surtout dirigée contre les musulmans. Sa vidéo de l'université d'été 2014 du FNJ est explicite :


On voit déjà que les trois blocs ne sont pas miscibles, donc en concurrence. Le thé dansant de la Waffen SS autrichienne ne peut cohabiter avec les gaullisteries de Philippot, qui lui même a du mal à percer le plafond d'érudition géopolitique d'un Chauprade.

Et là on en vient au problème Marine Le Pen. Laissons dire Renouvin qui est limpide sur la question : « Elle ne peut espérer se maintenir par des compromis car toutes les tendances du Front national proposent des ruptures radicales : sortie de la zone euro, nettoyage ethnico-religieux, rejet des élites… Ces radicalités juxtaposées permettent de rassembler le jour du scrutin des électorats très différents en jouant au législateur qu’on ne sera pas. » En résumé, l'essai de 2017 ne pourra pas être transformé car la majorité parlementaire sera improbable, les antagonismes étant trop forts. Les élections régionales, si elles permettent au Front national d'accéder par la proportionnelle à cet étage administratif, révéleront sans doute ce désordre qui sinon fusera sous le tapis jusqu'à la présidentielle.

Roucas n'a peut-être pas vu l'emboîtement du schmilblick mais Chauprade, si ! Apparemment (pour l'instant du moins), son départ clair et net n'entraîne pas le bloc camusien derrière lui. On va quand même récupérer au Figaro sa déclaration de rupture pour la suite. Ses motifs sont carrés :

1.- amour-propre : il a été déssaisi de toutes ses responsabilités par mafiatage du bloc Philippot ;
2.- amour-propre : ringardisation du programme économique. C'est invendable à l'étranger où il va souvent et passe pour un dinosaure marxiste dans ce segment primordial ;
3.- question d'ego : caporalisation au bureau politique qui lui reproche d'avoir extradé les pilotes d'Air Cocaïne en affaiblissant l'image du parti.





Conclusion

On savait que le Front national était le parti du mécontentement (et d'ailleurs légitimement). L'aggiornamento de la firme Le Pen par la fille du pirate, qui a priorisé le raccolage tous azimuts afin de crever le plafond des extrêmes droites françaises, l'a transformé en aggrégats de mécontents, parfois opposés. Comme le signale très justement Renouvin, la Vè République marche sur deux jambes, un exécutif fort et une caution démocratique par une chambre basse de godillots en soutien. Or les tendances ne sont pas miscibles et même avec un programme commun de gouvernement, il apparaîtra vite que chaque projet de loi divisera l'hypothétique majorité, jusqu'au renversement du cabinet Philippot et dissolution de la Chambre. Ce n'est pas le bloc ancestral qui renâclera à ruiner l'accession si on veut bien se remémorer le nombre de fois où le Menhir cassa la baraque électorale par des outrances hors d'âge !

Voter pour le Front national rénové ne peut l'être dans l'espoir de voir s'appliquer un programme performant de redressement du pays. Il n'existe pas ; ils ne l'ont pas. Voter pour le Front national est le choix d'un chaos politique d'abord, social ensuite et politique pour finir. Trois fois ! Le scénario est assez facile à écrire avec pour acteurs : le secteur protégé avec ses deux millions de surnuméraires, les régimes spéciaux soviétiques, les forces vives du secteur marchand, les partenaires étrangers aux champs politique et économique, les prêteurs sur gage qui nous permettent de faire la soudure entre le 10 novembre et le premier janvier. La décrépitude de la république sur tous les plans appelle à faire table rase d'un système irréformable. Le mieux-disant des systèmes de remplacement en termes d'efficacité est le système monarchique, à la réserve près que les monarchistes (ou royalistes) ne sont pas prêts, et loin s'en faut ! Le chaos frontiste fera une magnifique page d'histoire et un océan d'explications savantes, mais nul ne sait sur quoi il débouchera. La mise en tutelle comme en Grèce ? Je n'en sais rien.

dimanche 8 mars 2009

Conférence Chauprade Gouguenheim

blason LDFLors du colloque universitaire organisé par les Amis de Guy Augé le 2 avril 2005, Claude Rousseau rappelait que « Pilate avait deux belles vertus, la lucidité et la force. La première lui avait permis de résister aux persuasions des pontifes ; la seconde de résister aux cris d’un peuple mutiné. Elles n’ont pu cependant empêcher de crucifier l’Innocence ».
La lucidité est convoquée par Lys de France pour une double conférence le 28 mars à Paris. S'ils sont innocents au fond de leur coeur, seul vrai juge du dernier ressort, Aymeric Chauprade et Sylvain Gouguenheim savent l'effet des crucifixions médiatiques ! Le premier a pulvérisé la thèse du relais arabe dans la tradition grecque dans son bouquin "Aristote au Mont St Michel", le second n'a pas mesuré assez minutieusement ses empathies discrètes à la résistance. Ils vont nous expliquer tout cela...


croix teutonique
gouguenheimSylvain Gouguenheim, agrégé d'histoire et prof à Normale'sup, a travaillé sur les fausses terreurs de l’an mil avant de consacrer ses recherches sur l’histoire de l’Ordre teutonique. S’appuyant sur une documentation riche et abondante, il livra une vision dépourvue de leurs clichés dépréciatifs. A la publication de son ouvrage Aristote au Mont-Saint-Michel, il reçut les félicitations de la Critique avant d’être la victime d'une cabale universitaire pour évasion du chemin creux de l'histoire convenue, faisant des savants arabes les sauveurs de la tradition classique embourbée dans l'obscurantisme médiéval. Il récusait donc l'idée quasi taboue selon laquelle la civilisation musulmane avait contribué à la transmission de l’héritage grec.

Le 28 mars il présentera son dernier livre « Les relations mariales des chevaliers teutoniques » que l'on pourra acheter sur place et faire dédicacer par l'auteur.


crox celtique
ChaupradeAymeric Chauprade, docteur en sciences politiques et professeur de géopolitique à la Sorbonne, à Neuchâtel et à Kénitra, soutiendra la thèse de l'impérialisme américain progressant masqué par l'Alliance atlantique qui ne vise pas moins qu'à absorber les marches méditerranéennes et eurasiatiques de l'empire occidental pour les préserver de toute influence russe et chinoise.
Dénoncé par Le Point pour complaisance envers la thèse du complot établie par Marion Cotillard et Jean-Marie Bigard, il a payé sa "lucidité" de son éviction récente de l'Ecole de Guerre par le ministre de la Défense Morin.

Il nous présentera son livre « Le retour des civilisations dans la géopolitique mondiale ». Achat sur place et dédicace.


3 lis


Conférences Lys de France
174 rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris
(entrée au fond de la cour)
M° St Philippe-du-Roule

le samedi 28 mars 2009
à 20h00 précises
(soyez ponctuels)

Participation aux frais : 5 €
et verre de l'amitié

S'inscrire sur le site sinon chez
Lys de France
BP 80 434
75327 Paris Cedex 07
(places limitées)





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