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jeudi 8 septembre 2022

L'impermanence du pays réel (2/3)

Dans sa fameuse conférence en Sorbonne de 1882, Ernest Renan disait que « l’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours ». Le texte de la conférence mérite une relecture.
Ce billet répond à la deuxième assertion du programme de rentrée paru sur ce blogue le 29 août 2022.

dessin Ernest Renan
Renan induisait qu'une nation n'est pas figée dans un moule, racial, linguistique, géographique ou religieux, mais se recompose au fil des intérêts communs, des souvenirs communs, des espérances partagées. En un mot, une conscience collective en mouvement.
Elle diffère de la patrie qui est charnelle et ancrée dans nos cimetières, qui fonde le respect et la reconnaissance que nous montrons à nos aïeux avant d'aller les rejoindre, pour ce qu'ils ont sû nous transmettre, surtout quand ils moururent en nombre pour ce faire.
Cette nation française, que finalement nous voyons mal ou partiellement mais que les étrangers embrassent très bien de l'extérieur, affronte le défi de survivre en tant que nation libre dans un monde globalisé, un monde de tous les dangers. Quelle est-elle dans ce qui la distingue des nations voisines ou concurrentes ? Demandons-leur. D'abord une confrontation visible à une histoire exceptionnelle longue de deux mille ans. Nous en avons conservé les vestiges. On lit en France les pages de la période gallo-romaine, le moyen âge des cathédrales et des abbayes, la gloire du Grand siècle, la dégénérescence révolutionnaire et la régérescence impériale, la Grande armée puis l'empire colonial le plus vaste après celui de Grande Bretagne, les traces nombreuses de deux guerres mondiales et c'est à peu près tout, puisque le car de touristes ne fait pas le tour des centrales nucléaires.
Nous montrons aussi un art de vivre que les étrangers trouvent exceptionnel, une façon de partager le temps entre activité professionnelle, culture et gastronomie, gastronomie, la première du monde en constante évolution, et une façon de se foutre du tiers comme du quart qui nous fait passer pour des sauteurs. Quand il perce la surface des choses, l'étranger qui a appris la langue - il y en a plus qu'on ne le croit - découvre l'esprit français, adossé une langue riche et syntaxée, avatar du grec ancien dans sa mathématique. La France ne refuse cet accès à personne. Elle a conservé une réputation d'intelligence. Ainsi la nation est-elle le précipité de ces admirations. Que ceux qui se réjouissent d'en faire partie un jour, s'y jettent !

Mais une nation doit survivre, au moins la nôtre, dirons-nous. Au pantographe de la globalisation, nous ne pesons pas plus que le souvenir de notre "grandeur" quand nous devons rechercher en permanence les moyens de nous protéger des attaques de nations que l'on a appris à nous haïr. Ce ne sont pas tant les peuples qui nous détesteraient que les partis soutenant l'autocrate du moment. Les Chinois connaissent plus de Français que seulement monsieur Louis Vuitton. Ils ont lu nos auteurs et ne prendront pas la mouche à moins que nous ne manifestions notre légendaire arrogance à leur endroit. Pour les Russes, c'est différent. Le peuple est pavlovisé par le bourrage de crâne quotidien du pouvoir ; mais les élites russes et tous les exilés ont manifesté une inclination particulière pour la civilisation française qui est depuis longtemps un occident emblématique, riche et non menaçant. On peut en dire autant des Turcs, des Brésiliens. Des Indiens nul n'en est sûr, affairés qu'ils sont aux feuillets, travaux et jours. Parmi les pays amis et de longue date, il faut compter le Japon, l'Argentine, le Chili et quand on fait l'inventaire des réfugiés d'importance sur notre sol, on trouve du beau linge venu d'Iran, de Syrie, du Liban, d'Egypte, de Chine populaire, du Vénézuéla et même des Andes. Ceci n'empêche pas certains gouvernements maléfiques de vouloir nous écraser économiquement, nous supplanter dans nos outremers, à la limite de nous humilier, jusqu'à nous expulser du siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. Il faut donc que cette nation s'arme économiquement et militairement comme à la veille d'une déflagration mondiale. Notre poids relatif ou absolu nous oblige à coopérer dans des ensembles plus grands, capables de résister et en cas de guerre, de faire peur. Le poids commercial du marché commun, son union douanière et ses programmes de développement offrent une protection suffisante à notre économie. Au plan de la défense ou mieux dit, de la guerre, nous devons dépasser une armée de démonstration et bâtir l'architecture de défense qui forcera le respect, à condition que nous y mettions la masse. Mais c'est de la guerre de demain qu'il s'agit et pas de la guerre sans haine du maréchal Rommel. Nous n'avons pas le droit de nous tromper, mais une chose est sûre, nous ne survivrons qu'en alliance. La "France seule", c'est terminé, même si c'est dommage.

Pour faire vivre au quotidien cette nation, toute la population doit être convoquée à l'activité, sans a priori et surtout ceux qui assurent les services de base de la société, au cul des bennes à ordures, dans les fournils, sur les chantiers de travaux publics et sur les dalles des bâtiments en construction l’hiver, dans les services à la personne, dans les stations-services, les garages, dans les hôpitaux et cliniques privées, sans parler des spécialités médicales qu'ils assurent en nombre, dans les vignes depuis longtemps et dans les vergers avant mécanisation, dans nos armées enfin, chez la reine des batailles. Secouée par les migrations provoqués par le différentiel trop grand de développement entre continents ou par les guerres civiles, nous devons faire fonctionner nos services de base en intégrant tous les acteurs au travail. Bien sûr une régulation de l'immigration est plus que souhaitable pour n'avoir pas de sureffectif dans les emplois disqualifiés ou dans le désœuvrement. Dans cette population d'ailleurs, il n’y a pas que des dealers et des délinquants avec ou sans papiers, il y a tout le fonctionnement quotidien d’un pays que les nationaux de souche ont abandonné parce qu’ils ont désappris à se fatiguer. Un maréchal, que M. Macron citera dans un moment d'égarement, a dit un jour de défaite : « nous avons trop revendiqué, nous n’avons pas assez servi ».
Tout est là, et notre propre impéritie a créé l’appel d’air pour substituer le labeur au hamac des 35 heures, rtt, 5 ou 6 semaines de congés payés plus les congés maladie et convenances diverses. Il n’y a pas de grand remplacement, comme le dit notre châtelain pédéraste qui a fini par s’y faire un nom ; il y a recomplétement de forces disparues ou défectives. En ce sens, il est inutile de penser à une remigration générale, le pays s’arrête, c’est aussi bête que ça.

Une nation qui tiendra la distance face aux menaces en tout genre qui l’assaillent, sera inclusive. Ce qui n'exclut pas d'en gérer la démographie et de mettre l'immigration sous contraintes. Pour revenir au projet monarchique, il convient d'intégrer que sa conception doit tenir compte d'un paradigme extérieur hostile par hypothèse et intérieur instable par observation. L'hostilité extérieure se gèrera en alliance obligatoirement. Il sera plus compliqué de parer l'instabilité sociale, sauf par contrat entre les forces vives du pays et le gouvernement décentralisé d'une société clivée, divisée, crispée sur ses intérêts catégoriels. Il est donc évident que la réinstauration sera forcément limitée au domaine qui constitue l'os de l'Etat, l'essentiel, la promesse de continuer, le domaine régalien. Les graves imperfections sociales que le régime démagogique a créées seront traitées à part, par le peuple en ses états, par lui-seul, tels qu'il les aura choisis, dans ses capacités contributives au régime adopté.

lundi 5 septembre 2022

Après le pourquoi, le quoi (1/3)

Spécial Royco. A relire les cahiers de l'Université Saint-Louis de cet été, on perçoit très bien l'ancrage dans le passé et la revendication du meilleur gouvernement possible des hommes par la monarchie capétienne. Rien sur les voies et moyens d'une reconquête du pouvoir, rien sur l'institution monarchique prévue. On fonctionne en cercles, en loges.
Ce billet répond à la première assertion du programme de rentrée paru le 29 août 2022.

Guy Coquille
La littérature royaliste abonde en démonstrations définitives de la pertinence d'une monarchie héréditaire, aujourd'hui fédérative et sociale. S'il faut amorcer la longue cohorte des penseurs majeurs de la monarchie on peut commencer par Guy Coquille (1523-1603) et finir par Hans-Hermann Hoppe (1949-still going strong). Des douzaines entre les deux. On est archi-bordé quant au "pourquoi" : hors de la monarchie point de salut ! mais quid du quoi ?
Le "quoi" et le "comment" ou mieux l'inverse, s'appliquent à décrire l'institution monarchique réinsérée dans son environnement politique et social du moment, disons dans trente ans ? Parce la réponse à la question légitime du vulgum pecus est déterminante pour la suite. Comment ça marche ? Déjà qu'aucun prétendant ne fait l'unanimité, si l'épure institutionnelle est floue voire inexistante, on peut tirer l'échelle, plier les gaules et rentrer au chalet boire une fine : le "rêve ne cessera jamais de passer" et les royalistes suivront éternellement la séquence messe, galette et camp ! Le "comment" est une autre affaire que nous n'aborderons pas ici.

Des penseurs professionnels objecteront que le régime monarchique étant universel dans le temps et l'espace, son environnement à trente ans de distance n'aura que peu de conséquences sur son organisation. A quoi les penseurs du dimanche comme le Piéton du roi répondent qu'il ne s'agit pas d'imprimer demain matin la nouvelle constitution du royaume de France mais de fournir des billes à la propagande royaliste d'aujourd'hui pour faire avancer le schmilblick bloqué depuis cent cinquante ans, faute en partie d'image nette du régime à installer. C'est toute l'arrogance revendiquée de ce billet !

Le lecteur trouvera plus bas un projet institutionnel de base, mais l'idée est d'appeler à contribution des constitutionnalistes et des penseurs politiques pour dessiner l'épure la mieux adaptée au futur de ce pays. Quel est-il à trente ans d'avenir ?

Le projet monarchiste s'appuie sur des réalités et pas sur des phantasmes ni des rêves arrachés au passé. On part de l'hypothèse que ce pays aura retrouvé une certaine liberté dans les compartiments qui comptent vraiment, à commencer par ses comptes publics, ceci induit qu'une période de forte austérité aura précédé une réinstauration après l'assainissement de la dépense publique ramenée à son juste poids corrélé à la production de valeur ajoutée. Si ce pays, qui marche sur la tête - la Dette insupportable sur la tête de nos enfants et des leurs - ne retombe pas sur ses pieds, il aura disparu dans trente ans et sera devenu une division administrative d'un vaste ensemble de pays faillis dont les populations devront être soutenues par les pays souverains. Le régime politique en ce cas ne sera plus une préoccupation, puisqu'il n'y aura pas d'autre régime possible que le plan Marshall humanitaire gouverné de l'extérieur. Mais à supposer que les efforts nécessaires aient été d'une façon ou l'autre possibles (consentis serait beaucoup demander) il pourrait être vendu à l'électorat, après avoir inséminé l'opinion, qu'un régime monarchique éviterait de retomber dans les errements antérieurs qui nous auront conduits jusqu'au bord du gouffre duquel on ne remonte jamais.

Le projet monarchique diffusé aujourd'hui doit être clair est compréhensible par tous, même par les moins doués de nos concitoyens ; il faut sans cesse objecter de la complication des mesures proposées pour le jour d'après. L'organisation vendable serait de découpler l'essentiel et le contingent, à savoir, remettre le régalien au roi et laisser le peuple gouverner son quotidien, région par région, en démocratie représentative ou directe. On revient au projet développé cette année sur Royal-Artillerie sous le titre Quinte Floche Royale, qui prévoit de remettre au roi en ses conseils la Justice haute, la Guerre, la Sûreté, la Diplomatie et le Trésor. Seraient confiés aux régions devenues entités politiques capables d'appeler à contributions et libres de se regrouper ou de se redécouper par référendums, les douze ministères suivants, pour rappel :
- Assurance maladie nationale, privée, hôpitaux généraux, hôpitaux spécialisés, dispensaires publics, cliniques privées
- Assurance vieillesse nationale, privée, fonds de pensions, allocations et secours
- Instruction publique nationale, régionale, départementale, municipale, privée
- Universités, recherche fondamentale, grandes écoles, écoles techniques, apprentissage
- Justice basse, tribunaux d'instance et justice consulaire, cours d'arbitrage, admistration pénitentiaire
- Ecologie pratique et météo, polices municipale, cantonale, des voies, des marchés et des sols, monopoles du quotidien
- Aménagement du territoire, ponts et chaussées, ports et canaux, transports
- Recherche et sécurité énergétique (production, surveillance et transport)
- Recherche et développement industriel, aérospatial, militaire, arsenaux d'Etat
- Recherche agronomique et gestion des espaces agricoles
- Gestion des zones économiques exclusives et de la pêche
- Gestion du budget de la nation, fisc

Il existe au Roycoland des esprits plus déliés qui sont capables de pousser la description du royaume de France modèle 2050. Qu'ils le fassent ! Toujours dans le but de nourrir la propagande, des illustrations de ces différents cercles de pouvoir, des infographies, c'est ça, des infographies, aideront à comprendre la répartition des responsabilités, les interdépendances dans les communications par exemple, les éléments libres comme les universités, les ensembles communs à tous comme l'assurance-maladie, la météorologie, la gestion du budget ou l'administration pénitentiaire, les compétences locales et différenciées selon les régions etc. Tuons le jacobinisme et au diable la compétence universelle.

Un projet concret se passe d'attendus, préambules et déclarations liminaires. Il tient debout tout seul. La séparation des domaines public et régalien participe de cette clarté mais nous devons nous améliorer. La séparation nécessaire des pouvoirs tient toute dans cette formule : "le roi en ses conseils, le peuple en ses états". Il n'est pas obligatoire qu'un domaine domine l'autre. Le royaume pourrait au départ être un contrat qui se pérenniserait par la démonstration de sa supériorité en exercice. Sans doute n'est-ce pas orthodoxe, mais l'orthodoxie n'a rien donné depuis la fuite du dernier capétien régnant en 1848.

Avant de terminer faisons un sort à l'esquive classique qui me fut opposée plusieurs fois. Le royaliste n'a pas à s'inquiéter des institutions du royaume, le roi revenu y pourvoiera. Facile ! Les mêmes (je pense à certains permanents du CJB de jadis) de brandir leur prétendant, nous assurant qu'il sait déjà tout et que ses conseillers complèteront les détails. Faudrait-il encore que l'impétrant ait été formé dans l'emploi, au moins dans des sciences politiques un peu poussées, ce qui est loin d'être la cas de ceux que nous connaissons.

Qui va développer le projet monarchiste pour demain ?

cul de lampe

dimanche 30 janvier 2022

Rénovation - note d'ordre

 

©RA 2005
* le régalien au roi *
* les états aux gens *
* la couronne aux dieux *


Le dossier Rénovation est constitué de dix articles qui tirent les leçons du passé, même lointain, du présent bien sûr, et permettent de projeter dans l'avenir une possibilité de restauration monarchique. Si le principe prime le prince, celui-ci est indispensable. Aussi doit-on s'atteler à produire des candidats de talents formés à l'emploi ; qui eux-mêmes ne seront pas d'un grand secours si l'environnement institutionnel est vicié ou vicieux. C'est donc la pyramide du socle à la pointe qu'il faut embrasser tout entière, ce qui n'est pas aussi difficile qu'on peut le redouter de prime abord.

Le socle institutionnel favorise ou défavorise une restauration monarchique. Propager le plus largement possible la réforme de notre Etat est le moment le plus important sur l'axe d'effort. C'est le dixième article qui s'y colle. Mais il faut déblayer en même temps les obstacles à la marche en avant. Tous les obstacles.
Si pour la restauration qui vient, une dispute dynastique hors de saison diminuait dramatiquement les chances d'une accession à l'emploi du candidat le plus apte à régner au recommencement du royaume, il serait légitime d'écarter les plaideurs et de trouver la troisième voie qui mettrait tout le monde d'accord, contents, pas contents ! Qu'importe à la fin ! Sans doute devrons-nous casser les codes pour échapper au blocage des lois abolies. Toute l'évolution, toute l'histoire des découvertes est une fracture des codes légués pour laisser naître de nouveaux systèmes. La désignation du prince en charge parmi le vivier dynastique pourrait, comme on l'a souvent dit sur Royal-Artillerie, découler de la victoire circonstancielle de quelqu'un, celui (ou celle) que nous appelons d'habitude : "le dernier debout au milieu des ruines à Paris", plutôt que le premier à Reims dans le char à bœufs. L'évolution de notre société a remisé définitivement la berline de Gand. Les Français sont vaccinés au chef. Un chef va au charbon. Ce fut vrai des vieux rois, et ça le redevient. S'ils n'y prennent garde, les rentiers dynastiques, qui se sont juste donnés la peine de naître, vont tomber de l'échelle ! Mais le principe s'appliquera, en tirant de l'histoire les erreurs qui ruinèrent la monarchie, toutes les erreurs pour n'y pas revenir.


Dans l'ordre de publication sur Royal-Artillerie nous trouverons donc les dix articles suivants :

armes du piéton
Catoneo


lundi 24 janvier 2022

Quinte floche royale : un projet politique

Suite à pique et dés noirs
| Justice | Guerre | Sûreté | Diplomatie | Trésor | + 12 | 

Spécial royco ! Comme nous l'avons souvent dit, l'offre politique monarchiste ne percera que si elle est compréhensible du plus grand nombre. Non tant qu'il faille en convaincre beaucoup, que pour désarmer les foules ameutées jusqu'à l'hystérie par les milices de la bourgeoisie régnante contre tout projet la menaçant. Parler du roi lèvera le vacarme d'un retour des tyrans orchestré auprès des médiats de masse par les profiteurs du régime actuel, aussi conviendra-t-il d'être fort et clair en toute compagnie ! Il n'y aura pas de place ni le temps pour les biais dialectiques, les arrières-pensées qui passent devant, les complots en chemin, pis que tout, le combat des grimoires.

Dans l'état de calamités avancé où se trouve notre pays - ce qui n'empêche pas un président à crédit d'aller faire le coq à Bruxelles - il sied de sauver l'essentiel pour qu'il ne soit pas emporté par la crue des taux d'intérêts que les banques centrales annoncent, au milieu de tous les déficits qui plombent déjà notre société avachie et son économie déglinguée. L'essentiel, comme son nom l'indique, c'est le "régalien". La nation française demeure par son Etat. En France c'est comme ça. Ce sera peut-être la rupture de paradigme du siècle : il faut sauver l'Etat dans sa quintessence, soit les cinq domaines qualifiés que sont la Justice haute, la Guerre, la Sûreté, la Diplomatie et le Trésor.

Ces cinq domaines doivent être arrachés à la dispute démocratique qui clive la nation et derrière laquelle se cachent des intérêts catégoriels puissants, souvent antagonistes, afin qu'en cas d'embolie économique et financière, il reste un socle solide d'où repartir. Le meilleur gardien des domaines régaliens est un roi en ses conseils, parce qu'il est détaché de toute contingence partisane capable autrement d'influencer le choix du référent et le gouvernement quotidien des hommes. On a pu penser mettre un conseil permanent de sages comme autorité suprême, voire un président one-shot, pour sept ans comme dans les constitutions de 1875, 1946 et 1958, mais il est prouvé que ces clefs de voûte sont friables, influençables, quelquefois vénales, parfois inadaptées (et la voûte tombe comme en 40!).

C'est d'un pacte qu'il s'agit.

Un deal à passer entre le peuple et le nouveau pouvoir royal. Aux uns le domaine public, aux autres le domaine régalien. L'accord doit être tranché par un référendum à majorité qualifiée (2/3 ?) et doit comporter une clause de non-ingérence réciproque afin que la souveraineté des uns et des autres soit pleine et entière dans leur champ d'application. Et c'est pourquoi le domaine régalien préservé doit avoir un périmètre fixe délimité strictement et non invasif. Si jusqu'ici on a compris ce qui revenait à la monarchie, qu'en est-il du domaine public gouverné par le peuple en ses parlements, voire directement à l'helvétique ? Tout le reste, aussi loin que se portera l'envie de collectiviser la nation ! Voulez-vous que l'Etat se mêle de tout ? Cotisez, cotisez tous, puisque la Providence est morte, le socialisme l'a tuée. Payez vos impôts en chantant et que soient affichés aux portes des mairies les rôles fiscaux de tous les contribuables comme on le fait ailleurs ! Et commencera la dispute sur l'étendue du champ d'application des politiques publiques. On peut faire une courte liste qui additionne les deux dés de l'image :

  • Assurance maladie nationale, privée, hôpitaux généraux, hôpitaux spécialisés, dispensaires publics, cliniques privées
  • Assurance vieillesse nationale, privée, fonds de pensions, allocations et secours
  • Instruction publique nationale, régionale, départementale, municipale, privée
  • Universités, recherche fondamentale, grandes écoles, écoles techniques, apprentissage
  • Justice basse, tribunaux d'instance et justice consulaire, cours d'arbitrage, adm. pénitentiaire
  • Ecologie pratique et météo, polices municipale, cantonale, des voies, des marchés et des sols, monopoles du quotidien (postes, tabacs...)
  • Aménagement du territoire, ponts et chaussées, ports et canaux, transports (Plan, pas plan...)
  • Recherche et sécurité énergétique (production, surveillance et transport)
  • Recherche et développement industriel, aérospatial, militaire, arsenaux d'Etat
  • Recherche agronomique et gestion des espaces agricoles
  • Gestion des zones économiques exclusives et de la pêche
  • Gestion du budget de la nation, fisc
Ces douze ministères sont responsables devant le parlement national (pour moi, monocaméral) qui élit périodiquement un premier ministre sur la base des résultats électoraux. Nous reviendrons décrire les cinq domaines régaliens plus tard. Il ne reste plus qu'à rédiger un projet de constitution, en évitant de l'encrasser de réminiscences anciennes, et surtout en se gardant qu'il se mêle de tout après avoir constaté la ruine du modèle total antérieur. Le temps de la philosophie politique est passé. On rentre tout sur six pages ? Et on détaillera dans des "capitulations" séparées. Chiche ?

Il ne restera qu'à verser le liant du pacte dans le nouveau moule pour le péréniser. Le seul ciment qui tienne est l'affect des peuples pour leur roi, leur reine. C'est un facteur indispensable dont la définition dépasse les capacités analytiques du Piéton. Dans cette équation nouvelle pourra entrer l'héritier d'une dynastie anciennement régnante, s'il en a le talent et la permission du Ciel, puisqu'il sera toujours à lui lié.

Quelques mots des cinq domaines régaliens - on en a beaucoup parlé sur ce blogue déjà.

  • La Justice haute : essentiellement des cours d'appel auxquelles s'adresseront les cours régionales : Cassation, Cour d'appel de Paris, Conseil d'Etat, Cour des Comptes, Cour d'arbitrage, CSM, la direction des cultes. La fonction de garde des Sceaux attachée à l'Etat régalien prendra tout son sens.
  • La Guerre : le pays devra être prêt en toutes circonstances à soutenir une guerre contre lui. Il ne s'agit pas de gérer une crise, mais de riposter de manière décisive tant sur le théâtre métropolitain que sur les théâtres d'outremer. Nos armées ont été concues pour entrer en premier sur des territoires en crise ne disposant pas de la parité tactique. Pour faire la guerre, la vraie, il faut doubler le budget militaire selon le général Lecointre, ancien chef d'état-major ; le but étant toujours de faire peur !
  • La Sûreté : douanes, gendarmerie et police nationale seront déployées en symbiose sur des missions bien définies pour préserver la paix civile et mener les enquêtes criminelles.
  • La Diplomatie : ayant un des premiers réseaux diplomatiques au monde, nous n'aurons aucune difficulté à le maintenir, s'il reste dans les clous de nos intérêts propres. Elle déploiera les agences d'influence actuelles, Alliance française, COFACE, Business-France, FranceAgriMer, etc.
  • Le Trésor : avec les grosses banques et caisses publiques de développement comme la BDF, la CDC, la BPI etc. Même si l'émission de monnaie et la fixation des taux de pension sont fixés collectivement par la Banque centrale européenne où nous devrons prendre toute notre part après être redevenus sérieux, il restera à financer les budgets votés, et à gérer les effets d'une dette centenale sur les politiques publiques, en réduisant le poids du service de la dette qu'assureront les générations montantes. France-Trésor est un bel outil, qui devra être réorienté.

Voilà l'ébauche. Il y a des trous, des redondances mais on peut phosphorer dessus ad libitum. Chacun peut prendre un domaine et l'emplir de ses observations, sans perdre de vue qu'il s'agit d'un nouveau pacte national : le régalien héréditaire est détaché du domaine public rendu au peuple en ses Etats. Est-ce assez clair ? Vos commentaires bienvenus.



LE REGALIEN AU ROI

LES ETATS AUX GENS

LA COURONNE AUX DIEUX




Ce billet est le troisième d'une séquence "Rénovation" qui forme la deux millième contribution du Piéton du roi au blogue Royal-Artillerie. Elle se compose des trois articles suivants : NB: Le dossier sera bouclé par une note d'ordre (un canevas de consultation) à la fin du mois.

mardi 4 janvier 2022

Clap 2000 !

nombre 2000 ensablé

Spécial royco ! Deux millième billet sur Royal-Artillerie, la psychothérapie rédactionnelle du Piéton du roi achève sa dix-septième année. L'usage est d'emplir le deux millième billet de statistiques* en tout genre montrant l'intérêt que le site a éveillé, ô combien il est "utile" et d'appeler aux dons. Que nenni ! Je remercie les lecteurs fidèles dont certains viennent ici depuis le début de l'aventure. J'aurais aimé plus de commentaires, mais bon ! Foin de la gloriole à deux sous qui ne feront jamais un franc, il en faut vingt, l'eulogie présumée du blogue monarchiste le plus décalé de la Toile (loin derrière le Lys Noir quand même) attendra. Mais l'occasion de faire le point sur des années et des années de royalisme ouvre droit à la nécrologie des prétentions dynastiques qui veulent occuper l'espace des rêves royalistes, à tout prix semble-t-il, à nul effet pour sûr. Quand on parle critique du royalisme c'est forcément ad hominem et sans débiner les personnes qui s'avancent comme légataires dynastiques universels, on peut légitimement les passer sous la toise de l'emploi, plus sûrement sous celle de l'accession.

Partant du principe discuté qu'une restauration monarchique devrait aboutir à la réinstallation d'une des dynasties ayant régné en France, l'attention (pour les jeunes lecteurs) serait directement captée par trois personnalités, dans l'ordre d'entrée en scène de leur revendication :
  • Louis de Bourbon (1589)
  • Jean-Christophe Napoléon (1804)
  • Jean d'Orléans (1830)
Un observateur arrivé de Sirius trouverait l'idée drôle : remettre en selle une dynastie battue dans le passé, plutôt que de préparer à l'emploi une famille ayant compétences et mérites d'y accéder, sans l'obligatoire ballade nécropolitaine. Vouloir reconquérir les fastes du passé à travers la transmission patrimoniale d'un royaume coulé à pic dans les abysses de l'histoire relève-t-il d'une pathologie ? Les royalistes qui s'émeuvent aux souvenirs imaginés d'un âge d'or intellectuel et moral n'ont pu avancer d'un mètre dans leur quête d'une restauration depuis deux siècles. C'est beaucoup et généralement ils ne veulent pas savoir pourquoi. C'est la faute au temps qu'il fait, aux circonstances, aux guerres, aux malveillants, aux traîtres, mais jamais aux insuffisances de la dynastie souterraine qui porte leur espérance. Et pourtant, ils seraient prêts à leur donner les clés du camion ! Pas sûr que l'idée soit si largement partagée.

Héritier moral de l'Ancien Régime, Louis de Bourbon descend du fils du Grand Dauphin, le duc d'Anjou que Louis XIV envoya en Espagne sur la demande du roi Charles II l'Ensorcelé, mourant sans postérité. Hériter de l'Empire français, Jean-Christophe Napoléon descend de Jérôme Bonaparte, quatrième frère de l'empereur Napoléon, roi de Westphalie durant l'épopée. L'empereur Napoléon III descend pour sa part de Louis Bonaparte, troisième frère de l'empereur Napoléon, cette branche est éteinte. Personne ne descend d'aucun des deux empereurs. Héritier de la Monarchie de Juillet, Jean d'Orléans descend de Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV et plus directement du fils aîné de Louis-Philippe Ier, Ferdinand-Philippe duc d'Orléans. Les successions ne prenant pas les ponts, son héritage est brisé par le régicide de son ancêtre direct Philippe-Egalité. A part le Bonaparte, les deux autres buttent sur un plafond de verre : le Bourbon, celui du franquisme et de l'affairisme ; D'Orléans, celui d'une oisiveté sans vergogne revendiquant les fruits du travail d'autrui. Si rien ne prive les descendants des dynasties battues de prétendre revenir sur le trône de France, rien non plus ne leur donne l'exclusivité de cette démarche. Comme le disait un lecteur assidu l'an dernier en commentaire, on ne voit pas "le descendant de Philippe Auguste, Philippe le Bel et Charles V" dans cet échantillonnage. C'est du régime monarchique dont on doit se soucier après en avoir déroulé tous les avantages devant nos concitoyens. Pas tant que ça des impétrants !

Vient maintenant la question à cent mille dollars qu'il ne faut pas poser.

Qui serait le bon choix ?


La monarchie est un concept charnel et spirituel à la fois. Il y faut donc un titulaire de qualité offrant au bien commun le fruit de l'acquis et ses talents innés dans un environnement choisi. Royal-Artillerie a plusieurs fois évoqué la hauteur de la marche menant au trône. Explicitement cinq fois. Même s'ils sont longs, les cinq articles ci-dessous sont à relire impérativement aujourd'hui dans le lit de ce 2000è billet dont ils sont parties intégrantes (et archiver peut-être, des fois que l'hébergeur fasse faillite) :

Résumons-nous. Il n'est pas pertinent de rechercher dans le personnage qui initiera une restauration, le copycat d'un prince ancien, a fortiori le roi de vitrail de Jean Raspail, même si ça nous plairait bien. Il y faut du tempérament personnel, du caractère, une éducation au niveau de celle des alter ego du monde dirigeant et une formation préalable à l'emploi. Tempérament et caractère ressortissent à l'inné. Ce n'est bien sûr pas pour la raison qu'on n'y puit rien faire qu'il faudrait accepter n'importe qui. L'acquis pour sa part est tout le reste.
Nous avons en France des grandes écoles qui forment une vraie élite managériale disposant du plus large spectre de conscience et sciences contrairement aux universités étrangères qui réduisent le champ visuel du créneau pour accentuer sa spécialisation. Grandes écoles ne veut pas dire "grande école" mais les sept soeurs : Normale Sup, Polytechnique, CentraleSupelec, Navale, HEC, Mines ou Ponts, Saint-Cyr. On a oublié Physique & Chimie de Paris et SupOptique. C'est dans ce vivier qu'il faudra puiser le restaurateur de la monarchie, que l'on fera passer par l'ENA pour qu'il assimile tous les rouages du gouvernement d'un pays. Le tempérament devra donner la résilience et l'équanimité ; l'intelligence et la formation, la perception rapide de l'enjeu ; le caractère, l'intuition d'une décision pertinente. Le monde dans lequel nous continuons à vouloir vivre avant qu'il ne se transforme en four crématoire, ne laisse plus le temps aux "conseils" et autre réunion des licenciés en sciences molles. Le décideur interpelé doit décider, là, maintenant. En connaissez-vous ? Il n'y a aucun espoir de restauration monarchique en dehors de cet environnement.

clap 2000ème

De la monarchie absolue à la monarchie constitutionnelle


La royauté, flèche du progrès, s'oppose à l'Etat républicain obèse, éparpillé en autant d'emplois que de clients, manipulant une liberté abstraite, une égalité abstraite, une fraternité abstraite, jetant les vaincus idéologiques d'un jour sur les vainqueurs d'un autre dans un combat civil permanent sous la tyrannie du Nombre ! Un système à promettre condamné à la fuite en avant !
Agent commissionné de Dieu pour le bien de son peuple, le roi de France était empereur en son royaume. Il personnifiait l'unité du droit, était l'unique source du droit, et dans l'architecture pyramidale dont il était la pointe, toute loi, toute règle ne procédaient que de lui. De cette solitude impartagée est né l'adjectif "absolu" (ab solu) désignant un être existant par lui-même, parfait (dit le Larousse). Missionné par Dieu à la défense, l'harmonie et le bien commun de la nation telle que l'a forgée l'histoire et la géographie, il ne répondait de ses actes qu'à Dieu. Dans les Six Livres de la République, Jean Bodin théorise ainsi l'absorption de la société civile par l'Etat politique pour lui offrir une protection totale, créant le concept toujours vivace aujourd'hui de l'Etat-nation. Le droit régalien qui en découlait n'avait aucune autre limite que celles imposées par le Tuteur, la source primaire de toutes choses à laquelle le roi devait revenir continuellement pour y renouveler son immunité. D'où l'expression mal comprise de "droit divin".

Cet absolutisme qui ne pouvait compter sur aucune excuse, imposait une grande rigueur dans l'émission ou le retrait des lois, sinon plus encore dans l'organisation des fonctions de chacun attaché à l'Etat, le but ultime étant l'ordre, à défaut duquel rien ne tient. On se souviendra que Bodin vécut pendant les guerres de religion et que Bossuet, qui fonda le "droit divin", traversa la Fronde. Finalement, les clés de ce régime étaient le Droit de Dieu et la Morale naturelle propre à l'espèce civilisée, dans le souci premier du bien de l'humanité ainsi que le disait Bodin : "Il n’est de richesse que d’hommes". On voit que loin d'être maître de ses caprices, le roi d'antan était pris dans les fers du Droit de Dieu et que le soin qu'il devait prendre de ses peuples incluait celui qu'il réservait à ses ennemis ; d'où la leçon donnée au soir de Fontenoy par Louis XV au Dauphin : « Le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes. La vraie gloire est de l’épargner.»

Sous l'Ancien régime la conversation du roi et de son créateur était permanente et plus tendue encore quand on approchait du terme de l'exercice pour déposer les comptes. Lieutenance du Christ sur terre, la charge suprême était écrasée sous le poids de la volonté divine. Le roi craignait Dieu autant qu'il pouvait être craint de ses sujets. Evidemment, pour les esprits forts d'aujourd'hui, cette sujétion du chef de l'Etat à une puissance surnaturelle est inimaginable puisqu'ils se prennent tous pour des dieux, avant de mourir comme des hommes et pourrir comme des bêtes. Mais la sujétion divine n'est pas adaptable. Toutes les monarchies l'ont conservée. Aucun roi n'est seul au monde. C'est dans le package. D'où la difficulté à intégrer le binôme Dieu-Roi dans une société décrétée laïque par ses élites jusqu'au point d'en faire une vertu. Si l'athéïsme actuel n'est pas un obstacle puisqu'il se cantone à la sphère privée, il sied de trouver le "frein" qui se substituera au droit divin dans le domaine public, et ce fut le défi des temps modernes. Les Anglais les premiers l'ont trouvé dans le régime constitutionnel - la démocratie de Westminster - une façon de faire atterrir les commandements surnaturels en les déliant de leur origine divine. La constitution prend à son compte le droit supérieur (positif et naturel) auquel le monarque devra se conformer s'il veut exercer librement sa fonction. La monarchie n'est dès lors plus vraiment "absolue" mais par la qualité supérieure de sa gouvernance, au quotidien comme sur le temps long, elle peut conserver l'autorité naturelle qui en aurait découlé. Un seul monarque dans l'histoire a su conserver l'absolutisme en niant la transcendance, c'est le despote éclairé dont l'archétype cynique est Frédéric II de Prusse. C'est sans le savoir celui qu'attendent les Français pour nettoyer la porcherie politique. Les monarchistes devront faire avec !

En conclusion, le roi de demain (mais si !) ne sera pas échappé d'un livre mais fait de chair et de sang. Prisonnier de la tunique cathare, il devra renouer la conversation métaphysique qui le transcende et le bride, et accepter les limites que lui imposeront ses sujets avant de lui rendre sa souveraineté au sein d'une constitution de l'Etat. Dans ce double encadrement, il exercera ses pouvoirs pour le bien commun et la pérennité de la nation. Selon la formule consacrée, elle gèrera les affaires subalternes en ses états ; le roi gèrera les affaires régaliennes en ses conseils ; et les peuples seront bien gardés.

De la mise à jour


Parlons-nous en l'air, pour les petits oiseaux qui pépient dans les arbres ? Que non. L'époque connaît un net recul du fantasme républicain au sens où les générations montantes dépassent le cadre de valeurs imposé par leurs aînés et s'abstiennent de remettre des pièces dans la machine démocratique en n'allant pas voter. Ils ont acquis une conscience planétaire et jugent étriqué le périmètre national que tant de leurs soucis débordent. Ils ne connaissent la nation que comme une brique d’un tout et non une finalité en soi, pas plus que l'enclos exclusif de l’exercice démocratique. A l'autre bout du champ de conscience, ils sont affairés à la réalisation du moi à travers moult réseaux d'échanges sans frontières qui les passionnent autant qu'ils les intoxiquent. Pour au final ne reconnaître aucun avantage à la République es qualité qui peut leur apparaître comme un régime hégémonique désincarné faisant tourner sans répit la crécelle de ses "valeurs" au bénéfice des thuriféraires qui en vivent. Leur conscience est purgée, la page est à écrire dans ce qui devient un désert moral. La mesure des préoccupations de l'opinion nous montre que les tenants d'une idéologie sont définitivement ringardisés. A nous de savoir convaincre avec les mots d'aujourd'hui, en commençant par bien comprendre le nouvel environnement politique de la cité. Quelque chose est au-dessus d'elle mais la "nation" n'y suffit plus.

Aux cœurs vaillants qui entrent en monarchisme, je souhaite d'en bien comprendre les enjeux et d'approfondir leur formation dans la perspective d'une conversion des idées en succès palpables, mesurables et mesurés, au sein d'un monde différent de celui qui reçut les écrits des grands maîtres, sans doute pas meilleur (ce monde), mais qui n'a plus rien à voir avec la République inquisitoriale des années 1900 contre laquelle se levaient les royalistes. Le "danger" actuel vient plus de la société que de l'Etat. Exigez de vos chefs l'aggornamiento et la gestion par objectifs avec quitus en fin de mandat ! Nourrissez-vous du fonds théorique des penseurs monarchistes, mais pensez aussi par vous-mêmes, proposez, soyez autonomes en esprit et faites vivre vos convictions dans la France d'aujourd'hui. Courage, il en faudra ! Mais serons-nous prêts au jour de l'insurrection qui vient ? C'est notre seul défi.



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Ce billet est le premier d'une séquence "Rénovation" qui forme la deux millième contribution du Piéton du roi au blogue Royal-Artillerie. Elle se compose des trois articles suivants :

dimanche 31 octobre 2021

Baudus, censeur du Roi

Amable de Baudus (Cahors 1761 - Poitiers 1822), magistrat, publiciste et agent de renseignement, d'une vieille famille toscane prospérant à Saint-Antonin-Noble-Val en Rouergue, s'étant déportée à Cahors à la fin des guerres de Navarre quand la vicomté passa à la Réforme, restera dans l'histoire de l'Emigration comme le rédacteur du Spectateur du Nord à Hambourg, très prisé des chancelleries, puis, plus tard comme directeur du service de censure du roi Louis XVIII.

page du Spectateur
C'est par le site Vexilla Galliæ que le Piéton a découvert le sujet de cet article, attiré par l'estimable recension que fit Florence de Baudus de la biographie de son ancêtre.
La liste des emplois d'Amable de Baudus suffirait à peser la richesse de sa vie. Personnage de seconde ligne, comme on dirait dans l'escadre, il observe tout, l'écrit dans son journal ou le transmet en secret à Talleyrand, puis à ses successeurs dans l'emploi de diplomate. Le livre est bien écrit mais comme dans tous les livres "de famille", on commence par les origines du clan et le cheminement jusqu'au membre éminent dont on parle. Dans cette biographie, cette première partie est un peu longue puisqu'elle occupe une trentaine de pages, n'apportant pas grand chose à la compréhension de la période étudiée mais qui ravira neveux et cousins de l'auteur. C'est après que démarre le thriller. Car c'en est un. L'époque s'y prête certes, mais la narration est nerveuse et fuide à la fois. Le style d'écriture de Florence de Baudus est agréable et rapide par la conversation soutenue de l'auteur avec la prose du XVIIIè siècle. On ne lâche plus son bouquin avant de l'avoir fini.

Plus près de la curiosité des lecteurs de ce blogue, l'ouvrage participe d'une exploration de l'Emigration et croise tout ce que nous avons lu sur le sujet jusques et y compris l'apathie relative des deux princes du sang, ballotés entre exil et proscription, qui le plus souvent se paient de mots à l'endroit de leurs fidèles et courtisans. On ne reviendra pas sur l'affaire Quiberon et l'incurie d'Artois. Mais on comprend que leur retour à Paris par deux fois fut pour l'Europe metternichienne la solution de facilité. La cause était partout entendue, que seul Provence sut faire mentir un temps.

L'auteur laisse deviner une prévention contre les Bourbons. La Restauration n'est que l'exhalaison finale d'une race au terme de sa force. Ceux de Naples, Bourbons Deux-Siciles, sont volontairement méjugés pour mettre en valeur Murat (du Lot lui-aussi) et Caroline Bonaparte qui entrent dans leurs palais à la faveur du transport de Joseph Bonaparte à la couronne d'Espagne que Charles IV a libérée (1808). Mais ce billet vise autre chose. Il me revient une réflexion de Gérard de Villèle sur les certitudes définitives des légitimistes intégraux (ceux que le Piéton appelle les "ultrabrites") sur la période de la Restauration, alors qu'ils n'en connaissent que ce qu'en disent les livres, livres savamment choisis en plus, parmi ceux qui les confortent dans leurs préjugés (ou postjugés) ; sans rajouter qu'aucun bien sûr n'y a jamais vécu, sauf le comte de Saint-Germain. L'époque tumultueuse ô combien, est complexe, infiniment complexe et ceux qui l'ont traversée devraient être remis en situation dans leurs réactions, leur enthousiasme, leur distance, leur dédain. C'est bien le cas d'Amable de Baudus. Issu d'une famille fidèle au roi très chrétien qui a abandonné ses terres pour ne pas le trahir, il accepte la Constituante et devient maire de Cahors en 1790, mais refuse la constitution civile du clergé.
Après Varennes, il rejoint l'Emigration des princes sans grand succès, erre un peu et se fixe à Hambourg où il publie le Spectateur du Nord qui finalement établira sa "gloire". Perspicace, productif et modéré dans ses opinions politiques, il attire l'œil de Talleyrand, ministre des relations extérieures du Directoire, qui l'emploie comme agent germanophone de renseignement puis l'envoie fouiner à la Diète impériale de Ratisbonne où se réorganisent les principautés allemandes. Etc. Revenu enfin à Paris sous le Consulat, chez Talleyrand toujours, il acceptera de gouverner l'éducation des fils du nouveau roi de Naples, son païs, Joachim Murat de Labastide-Fortunière en Quercy, malgré le parcours sanglant du jeune maréchal à l'endroit des royalistes parisiens et des patriotes madrilènes. Mais la carrière éblouissante du Murat des charges de cavalerie sans doute le décide-t-elle ! Il s'investira jusqu'au bout et bien après l'exécution du roi de Naples déchu, dans la protection de cette famille royale. Puis on descendra de la berline de Gand. Baudus rentre enfin chez sa femme à Poitiers. Aux Cent jours il se mouille pour son ami Murat dont l'impétuosité met en danger les plans de l'Empereur revenu. Il sera appelé ensuite au service de Louis XVIII pour la contre-propagande et le contrôle des publicistes, derrière le duc de Richelieu (1766-1822), président du Conseil honni des ultras parce que trop modéré à leurs yeux, que Baudus appuiera jusqu'au bout, jusqu'à s'en faire un ami.

Baudus, lit et écrit beaucoup (trop pour sa santé) mais il n'est pas un tâcheron d'Etat. Il est à la table de la noblesse d'Etat quand ce n'est elle qui dîne à la sienne. Il fréquente du beau monde et des évêques qui en font le siège, surtout quand se rediscute le concordat de Pie VII. Mais il n'accèda jamais à la secrétairerie bien qu'il en eut les qualités morales et intellectuelles, et de solides relations. Pour autant il ne poussera jamais son avantage dans le commerce des princes antérieurs, non plus qu'il ne fréquentera la Cour. Peut-être lui manqua-t-il la fortune qui fait et défait celle des autres ? Il est des gens honnêtes qui ne savent pas gagner.

Florence de Baudus a déplacé des tonnes d'archives pour pallier la distance temporelle (on verra tout ça dans les annexes à son ouvrage). Deux choses nous interpellent qui ne sont pas expliquées :
La première est la faible volonté d'Amable de se réunir avec sa famille malgré la correspondance aimante et bienveillante qu'il lui adresse et qu'il en reçoit, sachant aussi qu'il la soutient pécuniairement autant qu'il le peut et n'y manque jamais. A leur égard, son souci balance entre la survie financière de la famille séparée de lui et l'incontournable obsession de l'éducation de ses trois fils qu'il ne voit pas beaucoup. Ils finiront tous les trois à l'armée. On peut aussi penser qu'Amable, si loin si longtemps et toujours entouré du beau sexe, a pu avoir des "fréquentations", à moins que son portrait très mâle latin ne dissimule un tempérament de confesseur.
La seconde est chez lui l'ardente obligation de servir l'Etat (sauf la Convention jacobine bien sûr) qui le conduit à obéir à toutes injonctions de ses maîtres. Il est souvent coincé par les circonstances de la tragédie nationale qui ne lui offrent aucune échappatoire, mais il a le tropisme ancillaire de l'Etat et ne se dérobe jamais à l'appel. Même à contremploi dans la censure pour un ancien publiciste renommé, il se jette à corps perdu dans la besogne avec zèle, jusqu'à modéliser pour Richelieu les meilleures méthodes de contrôle des journaux. C'est d'avoir vécu hors d'atteinte sous la Convention qui l'a sauvé de son impétuosité intellectuelle, mais à l'inverse d'autres émigrés qui, selon le mot de Talleyrand n'ont rien appris ni rien oublié, Baudus a su raison garder, les yeux ouverts sur l'évolution des mœurs politiques de son temps dans tout l'espace européen d'alors, puisqu'il a mis au-dessus du bouillonnement des idées l'intérêt supérieur de la France tel qu'il le percevait dans la position tenue. En sortant des chemins creux qui n'aboutissent pas, prenons-en de la graine à l'avenir, pour l'avenir.
L'intelligence d'abord. Que Dieu donne !


Le titre de ce livre à lire absolument est : Amable de Baudus - Des services secrets de Talleyrand à la direction de la Censure sous Louis XVIII Ed. SPM/L'Harmattan Paris 2012 - chez Decitre à 34 euros (380 pages en 160x240).


portrait de Baudus
Marie Jean Louis Amable Baudus de Villenove

lundi 15 février 2021

Du poids des princes

Contrairement aux autocraties démocratiques qui gouvernent par strates horizontales empilées afin de rémunérer au plus large leurs clients, les monarchies exécutives sont génétiquement pyramidales et réduisent la taille de la bureaucratie administrative à mesure que l'on s'élève dans la hiérarchie. Le responsable suprême ne peut donner ses ordres à des centaines de pions, mais se fie à l'excellence des ministres peu nombreux du Conseil qu'il a choisis hors des partis et qui partagent avec lui l'efficacité du commandement des hommes à la voix. Peu de papiers, des idées claires, une autorité naturelle sans arrogance et une tonne de bon sens. Les monarchistes rationnels dont je m'honore de faire partie, ne peuvent devenir royalistes que si les princes de l'Almanach les convainquent d'être faits pour l'emploi. Et pour ce qui concerne le royaume souterrain de France, l'écart est un ravin où périssent les meilleurs élans (et les lemmings). Les démonstrations de la pertinence du roi traditionnel achoppent parfois sur l'éventail du choix de l'impétrant. "Le prince" n'est pas gent ordinaire. Il est fait d'une glaise spéciale qui remonte loin dans le temps, pour les vrais du moins ! Les qualités requises sont celles des Atlantes qui portent les chaires des églises. Ecrasantes. Douloureuses. On ne devient pas prince, on l'est, on ne fait pas le prince sauf à vouloir divertir. Mais il peut arriver qu'un alignement rare de planètes crée un prince. Atout, poids, contrepoids, lest de quille, notre monarchie fédérative, sociale et décentralisée, comme la promeut adroitement le Groupement d'Action royaliste, ne pourra s'incarner dans un prince que si le nouveau titulaire de la charge est en capacité d'accomplir la mission confiée au modèle. On ne restaurera pas la monarchie pour cent jours. Ça ne se fait plus !

pentagramme
Royal-Artillerie a creusé plusieurs fois la question. Nous proposons quatre articles de 2015 (entre 24 libellés "prince" sur ce blogue):

- De l'âme des princes 
dont nous extrayons le premier paragraphe : « Nos âmes à l'image des dieux qu'elles ont contemplés dans leur vie antérieure* sont diverses et variées. Enfermés dans des corps qu'elles n'ont peut-être pas choisis, elle subissent la servitude de l'incarnation et s'abîment des passions qui les assiègent, sauf chez les princes. Des trois parties de l'âme platonicienne, c'est le νο̃υς qui domine chez eux et qu'on appelle raison, du même sang que celui des dieux. Les deux autres, l'appétit de la vie (ou les élans) et la colère (ou l'orgueil) y sont contenues par la première plus fortement que chez nous. Ceux d'entre eux qui ne le peuvent n'en sont pas. Nous avons coutume de révérer des personnes descendant de personnages illustres au seul motif de leur hérédité. C'est pure courtoisie.»

- Le Pentagone du prince 
dont nous extrayons l'entame : « Il y a quatre choses pour soutenir un monde : la connaissance du Sage, la justice du Grand, les prières du Pieux, le courage du Brave. Mais tout cela n'est rien sans celui qui gouverne et connaît l'art de gouverner (Frank Herbert, in Dune). C'est le pentagone du pouvoir. Cet art de gouverner s'apprend jeune. Il doit pénétrer le prince au fur et à mesure de sa croissance. C'est son sang, son âme, sa "spécialité".»

- Spécialités du pentagone du prince 
dont nous extrayons la conclusion : « Il faudra au prince pénétrer les arcanes du droit des Etats pour n'être jamais subjugué par les diktats que lui présentera la Faculté et garder le recul nécessaire qu'apporte la connaissance des "dessous" avant l'expérience à venir, sans oublier, comme le dit Herbert dans les archives du Bene Gesserit (T.v-XOX232), que la loi choisit toujours son camp en fonction des modalités exécutives ; la moralité et les finasseries juridiques ont peu de chose à voir avec elle dès lors que la véritable question qui se pose est : "Qui tient le manche du fouet ?". Bismarck avait compris qu'un prince dit le droit avant de le lire ! C'est une formation spéciale de l'esprit.»

- Le Jeu du prince 
dont on extrait l'entame : « Celui-ci a de particulier qu'il se joue en solitaire et que son adversaire est l'avenir. Il se présente comme un échiquier sur lequel, au milieu de tous les autres, un pion est impossible à déplacer, le roi justement et il n'y a qu'une pièce du roi. Le reste est fait de tours, de chevaux, de soldats et de fous diagonaux. Chacun se reconnaîtra. Jouer contre l'avenir revient à jouer contre qui le gouverne, et quoi plus sûrement ne le fait que les lois. Les lois règnent sur l'avenir ; les rites et les règles sur le passé. Enfermé dans les Lois fondamentales du royaume, le roi du jeu n'a aucune liberté de mouvement au plan des principes qui commandent le choix qu'en firent les sages. Il ne saurait fuir, on ne peut l'inter-changer, l'escamoter au profit d'un choix plus commode, adapté aux temps, une figure plus aimable, plus capable, plus consensuelle, non ! C'est un roi dicté.»

spirales

Le Temps comme souci


Comme à la fin de l'année 2018 où explosa l'insurrection d'une classe de mécontents soutenue par 84% des Français selon les instituts (i.e les gilets jaunes des ronds-points, non pas les hordes gauchistes qui suivirent par après), nous arrivons aujourd'hui au seuil d'une phase critique pour le pouvoir, qui va combiner le relèvement de notre économie au sens le plus large, le management d'une épidémie saisonnière étrange, fatale aux anciens, la défiance générale vis à vis des administrations qui ont été exposées au feu de l'actualité par un pouvoir politique inquiet, et trois élections, cantonales, régionales et présidentielle. Il ne manquera qu'un ouragan force 12 Beaufort le soir de Noël ! De cette phase, sauf l'ouragan, il ne ressort rien de très encourageant à poursuivre, sinon des opportunités à changer de paradigme une bonne fois, au gré des circonstances. Sommes-nous prêts ? Non ! Sont-ils prêts ? Non ! Le monarchisme français continuera d'avoir raison dans le cercle fermé des penseurs excentriques. Le royalisme français incantera sur le défaut d'appel du peuple à voir régner son prétendant et remettra le couvert pour la prochaine fois. En est-il partout pareil ? NON !

Trois pays nous font la leçon, à nous-autres royalistes : la Serbie, la Roumanie et la Bulgarie. Il ne se passe pas une semaine sans que les sites spécialisés dans les maisons royales ne citent une démarche publique ayant du sens de la part d'Alexandre et Katherine de Yougoslavie, de Margareta de Roumanie et Radu Duda, sans parler de l'ombre portée du Czar des Bulgares Siméon II sur le pays le plus difficle des Balkans après la Bosnie, prince qui a fait la démonstration de ses capacités à gouverner au quotidien. D'autres anciennes maisons royales s'impliquent en Europe dans les affaires publiques de leur pays. En France, les rares sorties sont cantonnées aux commémorations s'il y a une messe ! Certes l'Etat français mesure chichement leur participation à son programme mais il est d'autres manières subtiles d'ensemencer l'opinion à l'idée du roi, comme l'avait montré François Mitterrand lorsqu'il avait lancé le Millénaire capétien en 1987 avec le succès que l'on sait pour le duc de Cadix Alphonse de Bourbon. Où en sommes-nous aujourd'hui ?

Cinq maisons sont convocables en France :

La maison de Bourbon dont l'aîné est espagnol et français, qui est écartelé entre le combat franquiste vital pour la position sociale de sa famille et le soutien moral aux légitimistes français. On sait ce qu'il veut puisque ces derniers vœux ont déroulé ses convictions que partagent beaucoup de royalistes français, mais il n'a pas l'artillerie.

La maison d'Orléans, dite de France, qui émerge dans l'actualité plus souvent pour des affaires d'argent ou d'héritage que pour son projet de restauration et dont l'héritier ne parvient pas à s'établir dans le monde d'aujourd'hui, vivant de rentes, subsides et soutiens amicaux. Il dispose de la légion d'Action française et de sympathies militaires qui en resteront au niveau de l'affection.

La maison impériale, dernière venue, souffre du défaut de pérennité - aucun des deux empires n'eut de succession, ce qui est la base d'une monarchie classique - mais en revanche elle peut arguer qu'elle fut battue chaque fois par la guerre étrangère, et non par la guerre civile qui emporta les Bourbons au moins trois fois en un siècle. Le prince Napoléon dispose de tous les atouts d'un prince appelé à régner tant par sa situation personnelle (HEC, Harvard) que par sa position sociale (Blackstone Londres). Mais il n'est pas intéressé à cajoler une cour de groupies ni à monter un second 18-Brumaire.

La maison de Bourbon-Parme et ses nombreux rameaux peu impliqués en France, à l'exception de Mgr Sixte-Henri, duc d'Aranjuez et régent de la Communion carliste traditionaliste, et de Mgr Charles-Emmanuel, engagé dans le mouvement légitimiste français et dans l'Ordre sacré militaire et constantinien de saint Georges. Celui-ci a l'oreille des pouvoirs publics.

La maison de Bourbon Busset sera toujours l'aînée des capétiennes au droit du sang et, à voir se chamailler les "dynastes", dissimulera un sourire énigmatique derrière l'écarlate de son bâton de bâtardise. C'est une maison impeccable qui s'attire le respect de l'Etat français.

chrysantheme stylise


Au résultat, la ressource est faible et appelle une seule question : est-il raisonnable au XXIè siècle de vouloir confier le destin d'un pays menacé de partout et de l'intérieur surtout, à celui que désigneront les lois de dévolution automatique de la couronne perdue ? Poser la question c'est y répondre, et je suis bien conscient que le vide créé donne le vertige. Mais le "restaurateur" ne pourra être ni moyen, ni passif. Avec l'aide de Dieu, il faudra propulser un champion. A défaut, le former déjà !

vendredi 20 mars 2020

Un projet civilisationnel (G.A.R)


Chose promise, chose due, la recension critique du projet de société édité par le Groupe d'Action Royaliste est achevée au premier jour du printemps (avec un peu de retard). Dès l'abord, la confection de cet ouvrage de quatre cents pages est soignée, agréable, riche et sa maquette en couleurs sans doute chère à fabriquer. Le bouquin est à mettre dans toute bibliothèque royaliste. L'analyse de Frédéric Winkler est fouillée, articulée, la logique est partout présente, les citations pertinentes sont nombreuses et beaucoup sont tirées des réflexions du prince Jean d'Orléans et de celles des penseurs sociaux royalistes du siècle passé. Il y a aussi nombre de punchlines particulièrement utiles pour la dialectique du militant. C'est pourquoi dans une édition future, je suggère de dériver de cet ouvrage un tirage économique au format poche, sans images ni annexes, taille de police diminuée, un vademecum destiné aux camelots du roi et à tous les royalistes actifs, le fameux livre dans la poche près du poing américain.

Ceci dit, j'ai reçu la boîte de briques à plots comme un Lego sans le plan de montage, et la meilleure façon d'en faire l'inventaire est de tenir la rampe de la table des matières en donnant un avis si nécessaire. Le livre est construit de façon très classique en deux parties, le constat d'accident de notre société, le comment s'en sortir.
Le constat en Partie I est articulé en neuf chapitres que nous ne développerons pas puisque tout lecteur de Royal-Artillerie est parfaitement au fait des graves dysfonctionnements de notre société, agravés par le poids d'un Etat total qui se mêle de tout et le plus mal possible. Voici les neufs titres, on lira les chapitres sur Calameo ou après avoir acquis le bouquin auprès de l'Action sociale corporative ASC (voir notes en bas de page) :
A. Bilan du "Meilleur des mondes" (Huxley 1931)
B. Jeunesse et université ou la fin d'un monde
C. La République d'absurdie ou la démocratie
D. L'art ou la dissociété
E. La cité et la "communauté de rêves" de Malraux
F. Social et économie
G. Santé et environnement
H. Décentralisation et autonomie régionale
I. Comment en est-on arrivé là ?
- l'ensemble augmenté de trois annexes (brève histoire sociale, critique du libéralisme, l'épuration de 14-18)

C'est le comment en sortir qui nous intéresse ici. Il n'est pas moins question que de refaire une société nouvelle, et si l'auteur se refuse à la tabula rasa dénoncée par Edmund Burke, il sera vite rattrapé par l'impossibilité de faire en France des réformes de fond à froid. Une marche à suivre sera donc indispensable. La Partie II qui commence page 237 comporte sept chapitres :
J. Libération
K. L'Art
L. Ecologisme intégral
M. Francophonie
N. La monarchie de demain
O. Stratégie vers la monarchie
P. Notre arche d'alliance
- l'ensemble augmenté de quatre annexes (libertés économiques, pensée & action, révolution intérieure de chacun...)

On ouvre le combat d'escadre par les républiques royales qui devraient refonder les Etats régionaux dotés de la plus grande autonomie possible. Naîtront ainsi "la république familiale où ils naissent, la république municipale où ils vivent, la république provinciale de citoyenneté, la république professionnelle où ils travaillent". Il ne s'agit que de s'émanciper du jacobinisme déconcentré actuel au niveau pertinent pour le maximum d'efficience de la gestion publique sous réserve de dévolution au-dessus pour les affaires qui se traitent à plusieurs.

Mais rien ne sera réussi sans la réhabilitation du premier cercle humain, la famille. Tout doit être fait pour non seulement protéger la famille de la conception au décès, réparer les accidents de la vie, mais surtout dans une construction politique, en faire la première marche d'une société citoyenne. La famille devient la cellule-base des Etats généraux régionaux qui devront organiser les nouvelles républiques. C'est assez osé politiquement mais il faut choisir une brique de base.
Tout ceci concourt à une forme de libération de l'espace et des mœurs ! Néanmoins, à bien observer le pays réel dans son ensemble, on distingue à l'horizon 2040, une France globicéphale avec un Grand-Paris et ses riches marches de la taille d'un pays moyen européen et, sauf la métropole lyonnaise de taille approchante, des provinces qui porteront les stigmates d'un certain déclassement européen, autonomes en droit mais impécunieuses et qui resteront à la merci d'un Etat central attendant sa revanche. Sans doute les régions futures devront-elles englober plusieurs de nos provinces historiques pour être viables. Aparté : il est assez amusant de voir un groupe de réflexion d'Action française promouvoir l'organisation impériale à la limite de la confédération, mais ce n'est pas pour déplaire au Piéton du roi, qui, originaire du Bas-languedoc, est rétif à la centralisation des Francimans depuis Paris.

On touche ensuite au premier motif de ce projet avec le chapitre "Libération": la libération des professions et leur organisation en corporations. Le Groupement d'action royaliste a la fibre sociale depuis le début, dans la droite ligne des La Tour du Pin, Le Play, de Mun, Bacconnier, Bancel, tous ces gens dont les travaux furent à la base des lois sociales du Front populaire. Le livre fait la part belle à ce défi qui est à la fois central et complexe en évitant les slogans racoleurs. On y traite du syndicalisme ouvrier, de la sécurité sociale, de l'autonomisme local jusqu'à l'anarchie douce d'une vraie décentralisation. Plus que des mots, le combat affronte des titans bien vivants : capitalisme et socialisme qui se disputent encore la planète et l'asservissement des esprits. La France seule pourra-t-elle tenir à distance ces idéologies mortifères ? Peut-être mais à quel prix ? Car, à la fin de la réorganisation de l'outil France il nous faudra rester compétitifs et disons-le tout net, bien plus compétitifs qu'aujourd'hui où ce défaut majeur français est le premier vecteur de notre déclassement international (voir les études de Xavier Fontanet, un praticien de ces questions).
Il va sans dire que la libération du pays traversera nos universités dont l'autonomie sera pleine et entière.

Le chapitre suivant traite de "l'Art". Aucune incongruité dès lors que l'art et l'architecture sont deux piliers de la civilisation française et qu'à refaire une société nouvelle, il faut prendre en compte ces élégants soucis. Les Français de demain devront personnellement s'impliquer dans les arts afin que de la nation se lève une régénérescence ayant l'ambition de rayonner à nouveau sur les autres nations. Pays du luxe avec une bonne production littéraire, nous aurons moins de mal dans ce chapitre que dans celui de l'industrie.

Vient ensuite le chapitre de "l'Ecologisme intégral". On l'aura compris, l'intégral fait écho au "nationalisme intégral" de Charles Maurras, en ce sens qu'il ne laisse aucune activité humaine en dehors de lui. Les étages d'intervention s'empilent sans difficultés tant que demeure une conversation politique entre la nation et l'Exécutif. L'écologie humaine, régionale et nationale est gérable en tenant compte de la crise climatique réduite à sa dimension énergétique. Le projet réfute la pertinence de l'énergie nucléaire contre les énergies renouvelables, spécialement solaire. Il manque des chiffres de production opposables à la consommation et, bien que ce soit un autre débat, les causes et les moyens d'atténuation du réchauffement climatique font défaut. Le GAR englobe ce défi dans son travail sur l'écologie mais peine à déborder de l'hexagone. Au-delà il faut collaborer et donc "négocier" avec les intérêts parfois divergents de nos voisins. C'est finalement le seul vrai défi écologique : intégrer un ensemble de pays qui partagent les mêmes soucis et sont en capacité de déployer les mêmes moyens. Le Projet n'en parle pas. A preuve, la politique de la mer à qui on donne deux pages s'arrête à la ressource française alors que le Brexit nous apprend que la gestion halieutique est typiquement un problème international. A revoir donc ! Dans le chapitre écologique on ne peut éviter l'agriculture. Le Projet, qui promeut une agriculture traditionnelle respectueuse de la nature et des consommateurs sur l'axe de la Confédération paysanne, fait l'impasse sur l'agriculture commerciale française. Nous sommes un des grands acteurs mondiaux dans les oléagineux (graines à huile), les céréales (orge, maïs, blé dur, triticale, avoine, froment et même sorgho), laits et produits laitiers, sucre, vins, viandes. On parle de soixante milliards d'euros. A revoir donc en urgence !

Un chapitre important du Projet est la "Francophonie". C'est l'affaiblissement de l'usage mondial de la langue française qui a créé la Francophonie, à l'initiative de quatre chef d'Etat de pays décolonisés, Senghor, Diori (Niger), Bourguiba et Sihanouk au début des années 60. Il aura fallu deux conférences francophones à Niamey pour mettre le train sur les rails. La France, blessée dans son orgueil (déjà !) traîna les pieds et c'est le renfort du Canada qui viabilisa l'affaire. A l'instar du Commonwealth britannique, la Francophonie institutionnalisée est un soft power sans doute peu spectaculaire mais influent, à l'exception de l'Indochine maintenant anglophone et sinophone pour des raisons de développement économique assurant la survie d'une population grouillante. Ce qui rattache bien l'expansion d'une langue à la prospérité économique qu'elle permet, au-delà des grands auteurs ! On en revient toujours au binôme politique-économie dans n'importe quel ordre qu'on l'écrive. Une mention pour le Vietnam dont le gouvernement communiste s'accroche de manière ardente au club français pour prendre l'air que ne lui offrent ni l'ASEAN ni la Chine populaire.

On en vient au cœur du sujet : "La monarchie de demain" et l'introduction nous indique qu'il faut construire quelque chose et [ndlr: pas seulement courir les messes mortuaires, les galettes des rois et le camp viril] : "le problème des institutions se pose comme la condition de tout, comme l'obstacle contre lequel viennent buter toutes les nécessités, tous les besoins vitaux de notre société". Le projet part du constat que les libertés basses exigent le démontage d'une république massifiée, unifiée jusqu'au dernier bouton de guêtre (un exemple en passant du totalitarisme au jour d'écriture de cet article : les pharmaciens sont désormais autorisés à confectionner eux-mêmes du gel hydro-alcoolique anti-bactérien pour pallier la pénurie - gag soviétique : on n'a pas produit les flacons).

Après la doctrine comme souci, aurait dit Boutang, on en arrive à l'action : "Stratégie vers la monarchie". La libération de l'esprit par les bons auteurs et les cercles de réflexion débouche sur la pratique en commençant par le réseautage. Infuser la pertinence sociale de la monarchie exige une solide formation militante fondée sur des idées structurantes plus que sur des mots-clés. Réseauter c'est influencer, convaincre... convertir ! Le but est d'obtenir dans un espace donné une masse critique de gens convaincus ou attentifs auxquels on vendra le roi contre la liberté revenue. Ceci s'adresse évidemment à tous les entravés de la société actuelle et ils sont légions, les entrepreneurs, agriculteurs, innovateurs, commerçants, plus généralement les individualistes qui comptent d'abord sur eux-mêmes, les chefs de famille aussi, les cadres de grande entreprise et jusqu'à la technostructure dont certains éléments ont analysé la tyrannie gratuite avant de passer à l'ennemi, nous. Ce travail d'influence active fut maintes fois démarré mais n'a jamais abouti jusqu'ici puisque chez les encartés (ou abonnés) du mouvement royaliste il y a un trou énorme dans la pyramide d'âges entre 25 et 65 ans, c'est-à-dire entre la période de formation intellectuelle et la sortie des responsabilités professionnelles qui s'accommodent mal d'une compromission socio-politique, folklorique parfois. Mais nous le savons, nous ne pouvons pas lutter contre les allumés et la chevalerie, le royalisme en sécrète à jet continu parmi des populations accidentées de la vie qui viennent y chercher la rédemption de leurs échecs ou l'oubli de leur grisaille.

S'insère alors vers la fin de l'ouvrage le contrat passé entre les membres du Groupe d'Action royaliste, nommé "Notre Arche d'Alliance". La queue de trajectoire de cette association n'est pas moins que la survie de notre peuple. Elle motive tous les efforts d'étude du meilleur des régimes possibles dans son adéquation au pays de France, la propagande inlassable de cette espérance, la construction d'une perspective bénéfique aux gens du commun dans la promotion croisée des valeurs d'un humanisme chrétien avec le souvenir des Français d'exception qui nous ont précédés, de Beaudouin IV de Jérusalem à Jeanne d'Arc, de Cavelier de La Salle à Monsieur de Charrette et cent autres, de tous ceux qui firent la réputation mondiale des Français. Est-il besoin de rallier l'une des boutiques dynastiques pour y atteindre ? Frédéric Winkler nous dit carrément non :

« Nous nous adressons à ceux qui veulent avancer, concourir au retour d'une société organique. Nous reprendrons nos libertés que le système a non seulement confisqué mais que nous avons, par lâcheté et hédonisme laissé prendre. Nous laissons aux princes gérer leurs problèmes de dynastie car il nous importe d'abord de travailler à préparer le pays à leur retour. Peu importe le nombre, nous avançons et agissons, cela seul compte. On ne dira pas de nous que nous avons laissé l'avenir de nos enfants se perdre dans le néant du matérialisme. Le travail effectué depuis des années montre combien une poignée déterminée peut avancer. Ce message s'adresse à ceux qui non seulement peuvent être royalistes, attachés aux vieilles alliances celtiques, à la francophonie, mais à tout Français simplement conscient du combat profond qui se livre pour sauver l'humanisme [sens chrétien], face aux périls d'une société robotisée. Bref une nouvelle aventure qui, historiquement ne peut être que capétienne, nous évitant de sombrer dans l'abîme du libéralisme financier. Tiocfaidh àr là !»


C'est très bien. Ce qui va manquer dans le Projet de société du GAR, mais chacun a compris que l'agenda n'est pas publiable, c'est la transformation du mécontentement général - Macron nous fait un sacré cadeau de ce côté-là - en insurrection générale portant le projet monarchique dans le panier des solutions. J'ai coutume de dire que l'accédant ne sera pas le premier à Reims mais le dernier debout sur les ruines des institutions à Paris. C'est aussi pour cela que je privilégierais pour mon pari un athlète à un penseur. Mais il est temps de dépasser l'insurrection pour brosser le portrait de la monarchie revenue sur ses terres. Tout ce que nous avons dit anticipe donc une monarchie décentralisée. Jusqu'où et comment, c'est ce que nous allons essayer de comprendre sans refaire le constat de notre meilleur des mondes que nous connaissons trop.

Décentralisons, ancrons sur nos racines, procédons par ordres successifs à partir de la cellule familiale, exaltons la transcendance spirituelle, même si la déchristianisation profonde du pays range ce paramètre au rayon de l'utopie en terme de rendement. Comment tout cela s'articule-t-il ? Le projet de société de Frédéric Winkler n'est pas retranscrit sur une épure constitutionnelle et nous pensons avoir compris pourquoi. L'épine dorsale de l'analyse est dans le livre d'heures du prétendant Jean d'Orléans titré Un Prince français dont moult extraits rehaussent le texte. Or il est de notoriété publique que depuis Henri l'Ancien (1908-1999), la constitution de 1958 est le manteau royal qu'il suffira d'enfiler pour accomplir la promesse d'un retour de la royauté en France. C'est un régime parlementaire en droit, présidentiel en fait, qui laisse au chef d'Etat un domaine réservé sensé accroître son prestige et pérenniser l'action politique sans les cahots des majorités de la Chambre basse : défense et diplomatie. Mais ce régime qui ne détruit ni les partis ni les satrapies, moins encore l'Etat profond, ne peut assouvir l'ambition du projet de société du GAR. Vers la fin du livre, on reste donc sur sa fin car il manque la diagramme de synthèse qui va bien et permettrait de "visualiser" le nouveau régime monarchique.


Ne reculant devant rien, Royal-Artillerie remet au feu de la forge le régime nécessaire et possible que le Piéton a souvent proposé. De bas en haut (mais l'inverse marche aussi), des républiques autonomes territorialisées sont établies en métropole, basées sur les provinces. Leur circonscription n'est limitée que par leur viabilité économique puisqu'elles vont lever de l'impôt. Les régions de programmes existantes et précédentes produisent des statistiques utiles pour organiser leur liberté. Pour le gouvernement des pouvoirs dévolus à l'étage supérieur, ces provinces délèguent au sénat de Paris leurs représentants. L'Etat central est formé du domaine régalien et du domaine public commun. Le domaine régalien stricto sensu est remis au roi qui le commande lui-même et l'administre par son garde des sceaux. Le domaine public commun est gouverné par le premier ministre proposé par le sénat et nommé par le roi. Qui est dans quoi ?

Le domaine régalien strict comprend le Quai d'Orsay, le ministère des Armées, la Direction générale de la sécurité extérieure, la Banque de France et le Trésor public, le ministère des Finances, le services centraux de police et sûreté, la Gendarmerie nationale, la chancellerie, le conseil supérieur de la magistrature, la cour de cassation et la cour d'appel de Paris, la coordination européenne du domaine régalien.

Le domaine public commun comprend la cour des comptes, le conseil d'Etat, les parquets spécialisés et ceux de province, la coordination nationale de l'instruction publique (la fonction est décentralisée), le ministère des universités et de la recherche, la protection des instituts (ex-ministère de la culture), le ministère des solidarités (ex-Travail), la Caisse nationale d'assurance vieillesse, la Caisse nationale d'assurance maladie (les caisses primaires et d'allocations familiales sont décentralisées), l'administration des cultes, la construction et gestion des infrastructures de transports nationaux, la sûreté énergétique, l'écologie appliquée (développement durable, assainissement des nuisances), votre propre idée, la coordination européenne du domaine commun. La frontière entre les deux domaines sera sans doute disputée, surtout dans un pays qui a oublié comment fonctionne un Etat fédéral.

Les provinces sont administrées comme aujourd'hui bien que la pureté du modèle voudrait qu'elles choisissent chacune leur mode institutionnel. On y retrouve donc un parlement élu sur des circonscriptions territoriales et transversales à définir - cela fait déjà un sujet intéressant à suivre - et un exécutif désigné par les élus. Le principe général est de ne pas reproduire à l'échelon provincial les domaines gérés depuis le domaine public commun mais de se concentrer sur les domaines libérés de l'emprise étatique parisienne. Ainsi les préfets départementaux, qui aujourd'hui actionnent les décisions de Paris, seront-ils réduits en fonction, effectifs et déploiement à des missions de surveillance, relais et conseils à la manière des missi dominici. Les provinces autonomiseront les académies, les régions judiciaires qui traitent de la justice basse, mais les régions militaires comme les régions de police ressortissant au domaine régalien seront maintenues en l'état. Plus généralement les provinces auront une compétence universelle sur tous les sujets jusqu'au seuil non franchi des domaines centraux. Sauront-elles s'autonomiser réellement ? sauront-elles lever des taxes, des impôts sans quémander le blanc seing de l'Etat central ? c'est une question qu'on ne peut poser aujourd'hui, le personnel en place étant recruté dans le vivier des battus au plan national, c'est du second choix, la division 2.

A côté de ces organes de gouvernement prolifèrent des coordinations hors-Etat comme les chambres de commerce, d'industrie, des métiers, de l'agriculture, les syndicats professionnels et ouvriers, autogérés et autofinancés, corporations chargés entre autres de la formation professionnelle, des coopérations locales sans autre limite que leur efficacité, des projets inter-provinces en tous domaines, des synergies en régime mixte (public-privé) sur le seul critère de l'auto-financement. Un nouveau pays hérissé de libertés !

Nous empruntons la conclusion de cet article à Jean-Philippe Chauvin qui termine sa préface ainsi : « Ce livre que vous tenez entre les mains n'est pas un objet inanimé, il est un essai, une sorte de manifeste royaliste qui a vocation à provoquer la discussion et, aussi, à donner quelques arguments pour une monarchie sociale "à la française", active et politique : ce texte important rédigé par Frédéric Winkler est aussi un outil de travail qui peut être abordé et lu la plume à la main, et qui doit ouvrir de nouvelles perspectives pour le royalisme, sur des thèmes que les monarchistes avaient parfois un peu négligés, pris par d'autres combats. Lisez, discutez, diffusez, mais aussi complétez : cet ouvrage doit jouer le rôle d'une pierre fondatrice, comme il est aussi un pavé dans la vitrine du "politiquement correct" et du "désordre établi" !» Je crois que c'est bien ce que Royal-Artillerie a tenté de faire.

On peut comprendre aussi que ce projet civilisationnel sera directement applicable à la société post-collapsus qui s'annonce, après la remise en cause du système de mondialisation des échanges et des productions. La pandémie en cours du coronavirus de Wuhan risque de provoquer l'effondrement des collaborations trop sophistiquées entre continents, alimentées par une croissance sans limites qui participe au dérèglement climatique (RA y reviendra dans un article prochain sur les lendemains obscurs).
Redisons-le avant de partir, le régime monarchique explicité par le texte inséré sous l'affiche du banquet camelot (annulé) n'est que phosphoration personnelle et n'engage en rien le Groupe d'Action Royaliste, lequel n'a délivré aucun Nihil Obstat. Le seul mérite de cet article n'est pas d'exister (ô vanité) mais de pouvoir être critiqué, déconstruit, reconstruit, pour avancer vers le meilleur modèle applicable.
Messieurs, à vos pièces !


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