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lundi 6 décembre 2021

En revenant de la vigie

Nie-de-pie de navire
Le spectacle du monde est confondant de bêtise. "Salut à Toi, Tu as gagné" chanterait Jacques Brel. Aussi loin que porte le regard et pour peu qu'on comprenne quelles cartes vont se retourner sur la table, on est saisi par la puérilité de certains dirigeants de l'espèce humaine qui me semblent plus cons quand leur pays est plus grand. A tout honneur, le Grand Xi Mao II, ou comment un parti communiste peut susciter des génies à partir d'un certificat d'études. On lui sait deux maîtres qu'il doit surpasser, Mao Zedong et Deng Xiaoping, sans imaginer que l'objectif une fois atteint - c'est fait puisqu'il est entré dans la Constitution de la République populaire de Chine - il va s'appliquer à égaler son modèle ultime qui est Khian-loung (Qianlong), empereur des Grands Tsings qui régna au XVIIIè siècle de notre ère au firmament de tous les empires du Milieu, le Louis XIV chinois. Sa biographie (en anglais) est édifiante (clic). La mission de Xi Jinping, son obsession est d'achever la marche au limes de l'empire disparu et d'agréger Taïwan, les Pescadores et les Diaoyu à la Chine éternelle revenue à la première place du monde. Pour l'instant, les escadrilles chinoises pénètrent quasi-quotidiennement l'espace aérien de la République de Chine (Taïwan) afin de provoquer l'accident qui justifiera aux yeux du peuple Han le sacrifice de ses "boys" qu'il faudra bien lancer à l'assaut des plages minées de l'île rebelle pour laver l'affront. A supposer qu'ils y réussissent, le premier ambassadeur convoqué ensuite par Xi Jinping, bouffi d'orgueil comme jamais, sera celui de la Fédération de Russie à qui sera posée une seule question : combien vous faut-il de temps pour évacuer la rive droite de l'Amour ?

Justement, la Russie. Son comportement menaçant en frontière de l'Ukraine a donné lieu à plein d'analyses quant aux motifs de ce priapisme poutinien. Les moins informés évoquent la crainte de Moscou de voir l'OTAN avaler le pays, alors que la déstabilisation du Donbass par les Russes n'est intervenue qu'après la révolution de couleur dont l'intention était de s'associer à l'Union européenne, d'OTAN il n'était pas question. Et c'est pourtant la revendication explicite du Kremlin présentée au Département d'Etat. Or l'OTAN n'en veut pas. Cette revendication qui résonne comme une scie, cache un motif bien plus solidement ancré dans l'esprit des dirigeants russes qui est celui du refus de l'indépendance ukrainienne, tout simplement. Le but est de réintégrer la République ukrainienne encore "séparée" dans le giron de la Fédération de Russie avec la Crimée et les républiques-croupions de Donetsk et Lougansk. A cet effet la propagande interne russe en fait des tonnes sur l'humiliation des petits frères gouvernés par un président juif financé par le Juif Soros et qui n'attendent que leur libération ! Et ça marche. L'opinion russe est maintenant persuadée que l'invasion de l'Ukraine sera facile et brève puisque la population se lèvera comme un seul homme contre la clique de Kiev et soutiendra les libérateurs. Le seul problème est que les Etats-Unis et les alliés orientaux de l'OTAN sont au courant. D'où la mise en garde de Jens Stoltenberg, promettant un prix très élevé de l'aventure. En clair, l'Occident s'est fait baiser en Crimée, pas deux fois !

Plus près de nous... les Brexteurs ! L'affaire qui était pliée dans l'esprit des séparatistes est en train de merder pour la simple raison que le 1O agrège les difficultés intérieures qu'il ne maîtrise pas aux inévitables ajustements extérieurs consécutifs à l'exécution du traité de divorce. Londres négocie à l'indienne - ceux des lecteurs qui ont vendu quelque chose à l'Inde me comprendront - en instrumentalisant son propre désordre et n'honorant jamais son accord plus longtemps que minuit comme Cendrillon dans son carrosse. C'est le syndrome des "améliorations" consécutives à la signature. La dernière race au monde juste après le crapaud disait-on dans les milieux d'affaires européens quand j'étais jeune, on voit très bien ce pauvre Boris Johnson juché sur le nénuphar, grimmé en clown ébouriffé ! Sauf qu'entretemps, les entrepreneurs de la Tech partent vers un environnement plus prévisible, administré par des adultes, à tel point qu'il devient difficile pour un informaticien un peu pointu de trouver un poste à son niveau en Angleterre aujourd'hui. Beaucoup de boîtes d'intermédiation, de cabinets d'affaires sont partis sans tambours ni trompettes, ne laissant sur place qu'une agence de liaison sinon rien. Bien des start-up ont cherché des couveuses ailleurs. Le projet d'un Singapour-sur-Tamise semble fragilisé ; il faut dire que le monde est grand et que le soleil brille partout. La dispute franco-anglaise de la pêche signale à nos partenaires européens la façon de négocier du gouvernement de Londres ; ils peuvent visualiser les difficultés qu'ils doivent attendre de toute négociation bilatérale qu'ils engageront avec lui. Sans parler même de la crise de Calais qui sert de repoussoir français en politique intérieure, le cabinet de Priti Patel acquiesçant à Paris ce qu'elle va refuser aux Communes.

Le quatrième point chaud pourrait devenir brûlant avant les autres. Le goupe des "Cinq plus Un" (les USA étant en congé) vient de suspendre à nouveau les négociations de dénucléarisation avec le nouveau gouvernement iranien à Genève, après une reprise de deux jours succédant à une énième rupture (source). Pourquoi ? Le nouveau cabinet du président Raïssi, ex-chef des juges issu des fondamentalistes de Qom, détricote les divers accords partiels obtenus du gouvernement précédent Rouhani au motif de réorientation et contestation des sanctions américaines non liées à l'atome, ce qui laisse comprendre que des mois passeront sinon plus, avant qu'un nouveau traité ne soit mis sur la table. Entretemps, et après avoir expulsé les inspecteurs de l'AIEA viennoise des sites nucléaires iraniens, le nouveau gouvernement est suspecté de pousser les feux de l'enrichissement d'uranium au grade militaire afin d'arriver au plus vite au seuil de l'ogive détonnante. Evidemment, tant le Conseil de coopération du Golfe que tous les services russes comme occidentaux anticipent une vitrification des usines atomiques par Israël avant que l'arme ne soit prête. Selon le camp et l'éloignement de la zone à risques, on parle en mois, moins souvent en années. Si la réflexion de Jacques Chirac* de 2007 était encore d'actualité il y a quatre mois, l'irruption de fondamentalistes hystériques à la manœuvre laisse craindre que la consommation par le régime d'un bon million d'Iraniens ne soit qu'un tribut à la gloire d'Allah, qui pourvoiera à leur vengeance. C'est une question à suivre sur les sites spécialisés en polémologie.

* Dans un point de presse le 29 janvier 2007 devant le Nouvel Observateur, le New York Times et l'International Herald Tribune, le président Chirac avait soutenu que la détention par l'Iran d'une bombe atomique était suryout stupide puisqu'elle n'aurait pas fait deux kilomètres dans les airs que la cité de Téhéran serait rasée.


Finissons sur un sourire : D'avoir obtenu 39% au second tour du congrès LR alors qu'il n'en espérait pas plus de 6 au premier, Eric Ciotti a pris le melon ! Oubliant que c'est la ligne Pécresse qui a gagné au jeu des petits chevaux républicains, le voila qui prépare un accord de fusion pour sauver son programme. Il n'a pas compris le protocole d'investiture du parti et je m'en étonne. D'autant plus qu'il annonce lancer un mini-mouvement à lui. Les vieux réflexes ont la peau dure !


[1988°]

lundi 19 avril 2021

Des bœufs et des chiens

bull baiting painting

Notre époque est stupéfiante de naïveté peut-être feinte dans le camp occidental. Doit-on accepter d'être gouvernés par les idiots du village global ? Depuis une dizaine d'années, les pays de l'Occident n'ont plus d'autre feuille de route que celle de contenir leurs contempteurs... du mieux possible... en fonction des "circonstances"... sans froisser les pays jadis colonisés et en tenant compte des retours de flammes sur la politique intérieure... On peut se limiter à citer les pays disposant d'une diplomatie active globale, finalement peu nombreux : Etats-Unis, Japon, Royaume-Uni, France et en second rang l'Australie, l'Italie, l'Allemagne et c'est à peu près tout. Nos adversaires, qui nous reprochent tous une agressivité mal dissimulée sous la protection des lois internationales, établies par nous bien sûr à notre bénéfice, nous prennent pour des chiens qui aboient et ne mordent plus. Nos armes d'exportation que furent la démocratie magique et les droits de l'homme adaptés à l'histoire de chacun ne fonctionnent plus. Tous les émergents ont appris à s'en passer, qui pis est, à le faire savoir ! La police des mœurs et la morale des nations sont de plus en plus souvent remplacées dans les chancelleries par le droit de la force, ce qui a relancé une course à l'armement conventionnel que l'on croyait reléguée au rayon des cotillons et confettis de carnaval. Des pays où le peuple est pauvre, mal soigné, mal nourri, mal traité, engloutissent des budgets colossaux dans la ferraille de guerre au motif irrationnel de prévenir toute attaque du pays voisin qui en fait autant. C'est tout le progrès de la Société des nations qui s'annule, même si on en conserve les formes.
Dernier outrage : la répression sanglante de la junte birmane est protégée par deux membres du Conseil de Sécurité qui craignent plus que tout l'ingérence d'autrui dans leurs propres crimes et bloquent toute sanction à l'endroit des généraux birmans. Il n'est même pas la peine de les citer ! Si d'aventure ils s'énervent, les pays occidentaux contourneront l'obstacle en tapant où ça fait mal, au porte-monnaie personnel des putschistes. Dans la communauté internationale le climat est pestilenciel puisqu'à divers motifs la guerre ouverte est revenue comme à l'époque de la guerre froide et l'hostilité réciproque des blocs est communément admise comme allant de soi. Aux guerres entre pays s'ajoutent les guerres asymétriques dont se servent les Etats déstabilisateurs pour augmenter le désordre à leur profit.

Les bœufs sont au nombre de quatre. La Turquie aurait pu faire un bon cinquième mais son objectif "ottoman" est par trop risible et quand sa monnaie disparaît, elle emporte avec elle toute crédibilité. L'Iran d'abord :

La République islamique avance lentement contre vents et marées vers la production d'une arme atomique. Elle accepte pratiquement d'en discuter avec tout le monde tant que ça reste au niveau des discussions, et les ayatollahs ont toute la patience nécessaire à faire traîner les choses en longueur et mensonges. Les Occidentaux en sont bien conscients, surtout depuis l'annonce récente d'un enrichissement de l'uranium à 60%, taux proprement extravagant pour une utilisation civile. Mais nous devons faire semblant de croire à une certaine bonne volonté. C'est ainsi ! Jusqu'au clash final qui engagera la survie d'Israël et vitrifiera Téhéran... L'Etat hébreu n'a aucun doute sur la marche du bœuf chiite, à peine ralentie par les sanctions américaines. Pourquoi l'Iran veut-il une bombe atomique ? D'abord pour entrer dans le club des puissants en souvenir de l'empire perse ; ensuite pour établir sa suprématie morale et stratégique sur le monde sunnite ; accessoirement pour bloquer les rêves d'expansion du Likoud israélien. D'autres avantages mineurs en sont attendus comme de discipliner ses clients syrien et irakien. Rien ne les détournera de ce but. C'est la même chose avec la Corée du Nord.

Le royaume communiste des Kim, qui dispose aujourd'hui de la bombe atomique, a deux objectifs entrecroisés : perpétuer la dynastie par tous moyens à l'intérieur - la famine n'étant pas un obstacle moral - et à l'extérieur, neutraliser le frère méridional en faisant sortir les troupes américaines d'occupation de la péninsule, quoiqu'il en coûte de promesses, main sur le cœur. Les négociations engagées par le département d'Etat et Donald Trump avaient été acceptées par Pyongyang, de la même façon que les mollahs avaient discuté énergie nucléaire avec le Five plus one à Genève. Parlons, parlons, ça n'engage à rien mais continuons d'avancer lentement, sûrement. Trump a vu la partie de poker tourner au bonneteau et sa générosité non feinte en a pris un coup. Donnons-en acte, même s'il avait balayé d'un revers de main les avertissements de son Département d'Etat qui savait que le leader coréen le baladerait sans sortir de ses rails. De toutes façons, personne et la Chine non plus, n'a réussi à faire dévier les Kim de leur objectif.

La Chine populaire a un jeu stratégique plus ouvert depuis qu'elle a décidé de proclamer urbi et orbi son projet. Nous en avons parlé plusieurs fois sur ce blogue. Le but du Parti communiste est d'avoir recouvré, avant le centenaire de la République populaire, la suprématie impériale sur toute l'aire stratégique définie par les empereurs de jadis. C'est le Chinese Dream de Xi Jinping. Les points de friction périmétrique(1) sont nombreux dans l'espace géopolitique mais rien n'arrêtera - sauf la guerre ouverte - la marche au limes d'une part et la caporalisation du peuple de l'autre, afin de prévenir toute instabilité des masses de l'intérieur. La parité de puissance économique et militaire avec les Etats-Unis est une conséquence de la recherche d'un imperium plus qu'un but en soi. Le Piéton fait le pari que la Chine populaire n'y parviendra pas, à cause de l'encrassement mental provoqué par la rééducation générale en cours. Restreindre la liberté de penser est la première faute des dictateurs, elle stérilise la créativité, le goût du risque, la folle ambition, l'invention. Dans le programme, il faut aussi mater les minorités sans retard ni précautions particulières au moindre soupçon d'identitarisme ou de fractionnisme pour éviter toute insurrection de revers. C'est le même rouleau compresseur communiste classique que chez le cousin nord-coréen, mais avec un emballage plus vendeur et de l'argent ; quoique le sourire commercial de la diplomatie chinoise pourrait s'effacer si la Chambre des Communes britannique rejoint les parlements néerlandais, canadien, européen et le Congrès de Washington pour reprocher aux Chinois la répression brutale des Ouighours et appeler aux sanctions internationales. Les Affaires étrangères chinoises sont aux cent coups !

Le quatrième bœuf c'est la Fédération de Russie. En dehors des dix métropoles, c'est encore un peu la Haute Volta d'Helmut Schmidt. Le faible PIB par tête de pipe le confirme. Vladimir Poutine n'est pas le génie que certains attendaient contre l'Amérique, les nègres, les arabiaques et tous les démons du libéralisme. Non, il a seulement déclaré vouloir reprendre la main sur l'ancien glacis soviétique russophone. C'est une stratégie monocouloir qui fait l'impasse sur le développement du pays disposant le plus d'atouts à long terme, mais qui a l'avantage d'être toute d'application et facile à comprendre. Le Kremlin comme les trois autres bœufs est capable de discuter à l'infini de tout processus qu'il n'appliquera pas. Trump et Macron s'y sont cassé les dents. Il ne déviera pas d'un degré de son axe d'effort. La dernière preuve est la préparation d'une prise en tenaille de l'Ukraine orientale, au moins jusqu'au Dniepr, à partir du Donbass et de la Crimée, pour relier la prétendue République populaire de Donetsk à la péninsule reconquise et barrer l'accès de l'Ukraine à la Mer d'Azov (clic). D'aucuns soutiennent que ce n'est qu'un test de Joe Biden, lequel a stigmatisé la Russie comme ennemi des Etats-Unis. Poutine n'y parviendra pas sauf à payer très cher dans d'autres compartiments du jeu, mais se doit d'essayer pour se prouver à lui-même et à sa clique que la feuille de route impériale continue. Les Russes n'ont pas de chance d'avoir le KGB aux manettes partout. Reste que si Navalny meurt dans la colonie pénitentiaire IK-2, les méthodes historiques de régulation des oppositions peuvent déclencher une bronca populaire qu'il leur sera difficile de contenir sans effusion de sang.

2 pitbulls noirs

Si la marche des bœufs vers l'hégémonie régionale et le contrôle des mers(2) ne s'arrête pas, les "chiens" finiront par former la meute jusqu'à devenir redoutables pour essentiellement deux raisons : ce sont des créateurs de valeur ajoutée et de fric ; ils savent tout faire, absolument, et n'ont besoin de piller aucun pays émergent pour produire de l'innovation en continu. Dans la période de transition climatique qui s'annonce, ce ne sont pas les Bœufs qui vont inventer des solutions à l'échelle de la planète. L'avenir est plutôt chez les hackers en garage que dans les laboratoires d'idées disciplinées veillant au progrès du parti communiste ou à celui de tout autre clique coercitive ailleurs. La liberté est un moteur puissant. Elle est du côté de l'Occident.


Note (1): Golfe du Tonkin, îles huileuses de la Mer de Chine méridionale, Ladakh pour tenir la crête himalayenne, Mongolie extérieure, rive droite du fleuve Amour demain, îles Senkaku, Taïwan et Pescadores.
Note (2): Comme à l'époque de la canonière, chaque bœuf a sa mer à lui (sauf la Corée du Nord) : L'Iran veut contrôler le Golfe persique et la Mer d'Oman ; La Chine populaire veut faire des deux mers de Chine des lacs intérieurs comme la Mer de Bohaï ; la Russie veut contrôler la Baltique orientale comme la Mer de Barents (future route arctique alternative à Suez) et la Mer noire.

jeudi 20 août 2020

Cadet Rousselle aux Émirats

La frégate Forbin inaugure le mouillage de Mina Zayed en 2009

L'accord d'Abraham est le résultat de la mise en tension du Moyen-Orient par la théocratie iranienne. Les camps se forment à l'approche d'une guerre ouverte entre les deux obédiences musulmanes. La Chine populaire renforce en armes et en moyens de toute sorte, l'allié millénaire de l'Empire du Milieu. les Etats-Unis tentent de former au sud du Golfe persique un bloc ayant une profondeur stratégique permettant la manœuvre. La Chine est motivée par les importantes ressources pétrolières de Mésopotamie ; les Etats-Unis autosuffisants en pétrole, réduisent leurs soucis à la pérennisation de l'Etat hébreu, le chouchou des Evangéliques américains... et des juifs de New-York.

S'invite dans le schmilblick la Turquie, pas vraiment invitée et le cul entre deux chaises, qui rêve de revenir aux frontières du califat historique aux dépens des Arabes. Pour le moment l'écho est plutôt celui d'un refus du néocolonialisme ottoman mais les services sont tous sur le qui-vive, tant le Sultan de la Porte est imprévisible. Ceci étant posé, on voit aussi que l'Accord d'Abraham agit comme un révélateur argentique sur chaque pays et dévoile au public la lassitude générale des soutiens aux Palestiniens dont les organisations corrompues et imbéciles réclamaient encore hier le droit au retour des réfugiés.

Evacuons cette question collatérale que la presse mouline en continu :
Fin 2018, on comptait 5442947 fiches palestiniennes actives à l'UNRWA -Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient. L'UNRWA annonce en 2020 qu'elle en a 5,6 millions. Il existe environ un million de réfugiés non-inscrits, susceptibles de demander un numéro en cas de droit au retour. La population citoyenne d'Israël est de neuf millions de gens dont six millions de Juifs ou déclarés tels. A côté d'eux sont installés 4,6 millions de Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza en sus des résidents arabes israéliens. On n'imagine pas un gouvernement juif accepter l'installation supplémentaire de l'équivalent de sa propre population pour former à ses portes un Etat plus gros que lui. Mais c'est plutôt la communauté médiatique internationale qui remet balle au centre le problème palestinien, les soucis des chancelleries arabes sont ailleurs et plus graves. Fin de la blague.


Derrière les Emirats arabes unis ou à côté d'eux, se rangent les intérêts bien compris de chacun. Oman est géographiquement au cœur du défi persique. Pour ne pas tenter le diable, Elana DeLozier du Washington Institute, signalait hier soir que le nouveau sultan d'Oman venait de reconstruire son Etat duquel il ne gardait que les fonctions de chef d'Etat et de chef des Armées. En vingt-huit décrets, Défense, Affaires étrangères, Finances et Banque centrale sont dévolues à des ministres, pas tous de la famille, mais le sultan Haitham reste Premier ministre en titre, assisté de trois vice-premiers gérant le domaine réservé. Ceux qui connaissent quelqu'un à Mascate peuvent cliquer ici. L'Omanais sait qu'il ne peut rester neutre avec le Yémen en feu à sa porte et de l'autre côté, riverain du Détroit d'Ormuz sous le feu des canons iraniens. Ainsi augmente-t-il les garanties du sultanat en n'étant plus la pièce indispensable de l'échiquier, cible éventuelle d'escadrons de la mort des gardiens de la révolution qui ne se sont pas privés de cibler dans leur communication les tours de verre dans lesquelles complotent les cheikhs.

L'autre pays qui se prépare à la guerre est le petit royaume de Bahrein, une île de pas 800km² coincée entre la côte séoudienne et le Qatar pro-iranien. Sa chance est d'abriter deux bases navales importantes de l'US Navy. Il fait peu de doute que la maison royale cherche les mots pour le dire avant de satisfaire son protecteur.

Quid de la France dans tout ça ?


Nous sommes mouillés jusqu'au cou même si les officines de gauche concentrent l'analyse sur l'avenir compromis de la Palestine arabe pour ameuter l'opinion française au bénéfice de leurs clients. En fait le piège... à loup est sur le Golfe, pas au Liban ou à Ramallah, encore moins à Bamako. Impatient de faire l'acteur sur le Golfe persique, pourtant zone britannique des Sykes-Picot, Jacques Chirac signa, après le Koweit et le Qatar, un accord de défense avec l'émirat d'Abou Dhabi, à divers motifs peu stratégiques que nous n'étalerons pas ici (chars Leclerc et avions Mirage 2000). L'accord affichait une solidarité franco-arabe contre l'Iran de... Valéry Giscard d'Estaing (eh oui !). Voulant faire plus que son prédécesseur décrété impotent, Nicolas Sarkozy établit une base navale au port de Mina Zayed en 2008 pour activer la guerre si besoin était, malgré une vision stratégique encore plus mesurée que celle de son prédécesseur. On peut maintenant que ça risque de chauffer parler de l'accord qui nous tient :

Bien sûr il est secret (?!) quoique les milieux généralement bien informés affirment que c'est une assurance à première demande. Le téléphone sonne et nous attaquons. On ne va pas aller faire les miquets au Conseil de sécurité, non, nous attaquons ! Incertitudes, ambiguïté ? Nous attaquons ! Mais j'ignore si les moyens militaires inscrits dans l'accord sont limités ou illimités. En régime de croisière, les forces françaises prépositionnées se limitent au 5è Cuirassiers, à l'escadron Lorraine sur Rafale, au commandement et à la logistique d'une force française de l'Océan indien et à l'antenne d'acquisition de renseignements armée par la DGSE ; ce qui fait environ sept cents personnes sur le payroll. La Royale fait escale régulièrement à Mina Zayed pour recharger les frigos. Donc, que les lecteurs fidèles se rassurent, les Français seront au cœur de l'action. Rien à voir avec la chasse aux freux au Sahel, ou le five o'clock tea de la FINUL. Une petite carte pour finir ?

Cliquer pour agrandir

mardi 18 août 2020

Le Proche-Orient vu d'un drone

L'Orient compliqué, qu'ils disaient dans les chancelleries du XXè siècle ! La cause nationale arabe, création d'une Palestine moderne, a épuisé la patience et les subsides des tuteurs des organisations palestiniennes. A voir les réactions européennes favorables à l'accord diplomatique entre Israël et les Emirats, la patience de la Commission européenne est pareillement usée. Seuls les Etats qui instrumentalisent les réfugiés palestiniens contre l'existence même d'Israël comme l'Iran, ou ceux qui redoutent des représailles orchestrées par les clans intégristes comme le Koweït et le sultanat d'Oman, refusent l'accord. Et pourtant le Soudan ouvertement, Bahrein très bientôt vont monter dans le band-wagon. Les relations normalisées feront dès lors une large tache d'encre sur la géographie arabe, ce qui influencera inévitablement l'existence même de la Ligue arabe, dont le destin semble plus proche du club de colonels anglais en retraite que d'une union stratégique qui impose un agenda.

Prince héritier d'Abou Dhabi
Shaykh Mohammed bin Zayed Al-Nahyan
On ne va pas s'enfoncer dans le dédale de la "Rue arabe" et partager l'émotion des uns et des autres, d'autant que je doute de la pleine sincérité des Palestiniens accrochés par un micro-trottoir. Mais lançons le drone au-dessus du Proche et Moyen-Orient pour voir les choses en gros. Il y a trois acteurs majeurs aujourd'hui sur la région, la Turquie islamique d'Erdogan (80 millions hab.), la République islamique d'Iran (82 millions d'hab.) et la République arabe d'Egypte (100 millions d'hab.) dont l'islam est religion d'Etat et la Charia source du droit. On pourrait dessiner trois concentricités en amalgamant à chacun ses clients pour avoir un effet de masse. Quand on aura fini, on comprendra tout de suite pourquoi l'Etat hébreu de seulement 9 millions d'habitants cherche à composer en permanence en offrant à ses interlocuteurs ce qu'il sait faire le mieux, la guerre et les technologies de pointe en tous domaines. Israël est un peu dans le rôle de Sparte. Deux acteurs majeurs sur trois se sont déclarés contre l'accord historique et le troisième, l'Egypte, a explosé de joie ! Venons-en maintenant à la question palestinienne d'aujourd'hui.

La revendication palestinienne, qui à l'origine prônait la destruction pure et simple de l'Etat d'Israël, se limite à demander aux instances internationales la reconnaissance d'un Etat arabe indépendant dans les frontières de 1967 ayant Jérusalem pour capitale et capable d'accueillir les familles des réfugiés de 1948 exerçant leur droit de retour. C'est clair, moral et toussa sauf que la proposition coupe à angle droit l'autre revendication, celle d'Eretz Israël qui doit manger tout l'espace disponible entre la mer et l'Euphrate. Manque de pot, le second a gagné la guerre (plusieurs fois), le premier l'a perdue par procuration. La théorie communiste d'une guérilla perpétuelle comme suite à donner à une défaite a fait long feu puisque Israël en a accepté le défi et a pris des mesures drastiques pour l'éteindre, quoiqu'il en coûte aux autres ! Les proxys arabes qui entendent les imprécations stériles des dirigeants palestiniens depuis cinquante ans sont fatigués. Certains doutent même que les chefs palestiniens soient suivis par les populations qui semblent souhaiter avant tout une vie normale avec du travail, un logement et une perspective d'éducation des enfants. Il ne faut pas avoir fait Saint-Cyr pour comprendre qu'Israël agite l'hologramme d'une normalisation pacificatrice en récompense de l'abandon de la revendication identitaire. Ceux qui poussent inlassablement les Palestiniens à la résistance éternelle se gardent bien de vivre parmi eux, aux conditions de leur quotidien.

Au-delà, les gouvernements arabes ont depuis longtemps compris que l'ostracisation des Juifs bridait un développement corrélé à leur démographie positive, au motif fumeux de l'impossible concrétisation du rêve d'un peuple sans Etat depuis toujours. Pour rehausser leur propre sécurité, deux ennemis d'Israël, l'Egypte et la Jordanie, ont passé l'éponge afin de s'attaquer plutôt à d'immenses défis domestiques. Cette reconnaissance enfreignant la doxa victimaire ne leur a pas porté tort. Au tour des "riches" arabes de reconsidérer maintenant le blocage palestinien de la Ligue arabe qui bride leur transition post-pétrole par un développement accéléré des industries de pointe en tous domaines, le luxe et le trade ne suffisant pas à assurer la pérennité de leurs économies et la richesse de leurs familles. Quatre cas particuliers :

Le Koweït est à l'origine une enclave découpée dans l'Irak où commandent aujourd'hui les Arabes des marais sous domination iranienne. L'émir qui craint une réaction explosive sur sa frontière, a déclaré en rester au statu quo.
Bahrein (ancienne possession persane) a été fortement déstabilisé par la communauté chiite et abrite une base navale américaine. Pour se garantir contre l'Iran, Bahrein va sans doute rejoindre le "club des traitres".
Le Qatar a été expulsé des organes de coordination du Golfe à plusieurs motifs dont celui de financement d'organisations terroristes et de propagande impie (Al-Jezira). Il est soutenu activement par la Turquie, l'Iran et le PSG.
Le sultanat d'Oman est la puissance historique qui a donné son nom au bassin inférieur du Golfe persique, la mer d'Oman, et qui a longtemps possédé sur la rive nord l'enclave de Gwadar aujourd'hui pakistanaise. Le nouveau sultan a les difficultés propres à la région mais en plus, son pays est adossé à l'Hadramaout yéménite, un foyer terroriste actif que personne ne sait éteindre à cause d'une géographie trop favorable aux nids de freux. Oman, trop près des côtes iraniennes, ne bougera qu'en dernier.

carte du Moyen-Orien

Reste la complication séoudienne ! Le dauphin MBS, qui a fait le pari d'une transition rapide du royaume vers une économie occidentalisée diversifiée, se heurte au wahhabisme conquérant, soutien indéfectible de la famille des Séoud aussi longtemps qu'elle les autorise à régenter les mœurs et à exporter le salafisme. Sans objectiver ni nier les relations techniques entre les services israéliens et les siens, l'Arabie heureuse fait le mort dans la question présente en attendant sans doute de voir où serait le gras d'un ralliement ? Elle affronte l'Iran au Yémen et se prépare à une guerre ouverte avec la théocratie perse par dessus ses voisins. Peut-être veut-elle mesurer d'abord la sincérité et l'efficacité de l'engagement des Israéliens dans son perpétuel combat contre le chiisme. Nous ne dirons rien des pays spectateurs empêtrés dans des problèmes internes quasi-insurmontables qui les raient de la carte : Syrie, Liban et Irak.

Voilà donc la photographie d'altitude de la région au moment. On ne peut clore l'article sans féliciter Jared Kushner et l'Administration de son beau-père pour avoir mis au jour l'Accord dit d'Abraham ; ni évoquer le destin promis à Gaza par les riches arabes après le retrait de Tsahal et des colonies juives, pas moins qu'un petit Dubaï sur Méditerranée ! avant que le Hamas ne capture le pouvoir pour en faire un ghetto intégriste et un foyer terroriste poursuivant la chimère d'une destruction d'Israël avec des bombes humaines et des cerfs-volants ! « La Palestine n'est pas à vendre » déclarent l'OLP et le Hamas qui ne vivent que de la charité fraternelle et de l'aide onusienne. Faudrait-il encore qu'elle ait quelque valeur ! Finalement les peuples sont toujours les cocus de l'histoire et de ses démagogues.

mardi 7 janvier 2020

Bagdad Barnum

La lettre** du commandant américain William Seely à son homologue irakien au Ministère de la Défense à Bagdad n'est pas un fake. Elle est la réponse prématurée à la notification officielle de la demande de retrait des troupes étrangères émise par gouvernement, notification qui n'est pas encore parvenue à l'ambassade des Etats-Unis, si tant est que le Premier ministre par intérim s'y résolve. Le couac en est bien un, à moins qu'il ne s'agisse de faire savoir par avance aux autorités irakiennes que les Alliés sont prêts à faire mouvement. Pour le moment, ils cessent leurs opérations contre Daech pour laisser refroidir les fûts.
** (voir en pied de billet)

Contre les Deux Occupants

Un article de Radio France internationale que vous lirez ci-dessous avec son autorisation expresse, nous dévoile que le vote de la Chambre basse a été une mascarade. Seulement la moitié des députés ont répondu à la convocation du président de la Chambre et la résolution a été "adoptée" sans vote. Ce pouvoir en liquéfaction ne peut être pris au sérieux, et l'exécutif qui doit statuer sur la pseudo-résolution est démissionnaire sous la pression de la rue. Voici la situation et l'explication de la thèse des Deux Occupants :



Il est peu utile de se lancer dans le pronostic comme s'y jettent les "experts" médiatiques qui courent les jetons de présence sur les plateaux télévisés (pas de noms, ils font vivre leur famille). Deux raisons à cette retenue : à l'aube d'une guerre, le renseignement est la mère du succès, et il serait extravagant qu'on puisse arracher les vérités détenues par les services américains, britanniques ou français. Deuxièmement, même si Donald Trump est dans le secret, son impulsivité peut à tout moment dévier la trajectoire tactique du Pentagone. Par contre, on a le droit de formuler un souhait :

- Que cesse la dictature sanglante des mollahs iraniens !

Les images des funérailles de Kassem Soleimani diffusées en boucle sur les chaînes de complaisance ne doivent pas masquer l'hostilité du peuple iranien au régime islamique sévère et sa coercition meurtrière sur les gens. On torture et on pend avec grand entrain en Iran. Puisse le défi américain hors d'atteinte du régime iranien provoquer l'effondrement de la charpente théocratique ! C'est tout le mal que nous souhaitons à ce peuple sage et instruit, venu du fond des âges.


**Lettre prématurée du commandement US sur zone

mercredi 19 juin 2019

Trump sur le divan

Quelle mouche a piqué Trump de se mettre "in bed" avec Netanyahou ? Parce que son gendre coiffe des anglaises pour dormir ? Son octennat s'annonçait radieux par l'amorce d'une réindustrialisation des Etats-Unis, la reprise de l'emploi, le retour des bénéfices dans les entreprises, le blocage des latinos et la joie simple et sincère du red neck. Il a fallu qu'il coure patauger dans la fange du conflit israélo-palestinien jusqu'à embrasser en aveugle les vues les plus offensives du Likoud. Sa fille s'étant convertie, on ne lui fera pas l'injure de prétendre qu'il ignore tout du projet sioniste d'Eretz Israël et de la guerre permanente qu'il induit au Proche Orient. Mais avant que de condamner Donald Trump, interjetons appel de sa psychologie.


Il s'est prêté à un long entretien pour Playboy magazine en 1990, bien avant qu'il ne pense à foutre dehors les playmobils du camp de l'éléphant. Cela a le mérite de la neutralité et on y apprend tout ce que vous vouliez savoir sans jamais oser le demander, soit en lisant la recension de Liberty Blitzkrieg écrite en janvier 2016 par Michael Krieger, donc juste avant les Primaires présidentielles du Parti républicain qu'il emporta (clic), soit par le résumé succinct de Royal-Artillerie ci-dessous.

L'animal est un joueur invétéré et plus complexe que ne le montre le chien de prairie mort qu'il porte sur son crâne. Le grossier personnage qu'il cultive est celui de l'éternel gagnant qui a tous les droits, même celui de pousser la balle du pied au quatrième trou. Perdre n'est pas dans son logiciel, même s'il reconnaît qu'au bout du bout, le capital des gains va se liquéfier dans la tombe. Trump est un showman avec un ego démesuré qui s'assoit sur tout principe non approuvé par lui, à l'exception notable du principe de bon sens élémentaire. Toute sa politique est explicable par tweets, il ne s'en prive pas, et son public le comprend au premier mot sans passer par le filtre de l'université ou des média professoraux. On comprend que son activité présidentielle soit terrifiante pour l'establishment de Washington car il est imprévisible et joue plus facilement l'instant que le simple court-terme. Et le monde véritable n'est pas pour lui au fond des rapports des services gouvernementaux mais sur l'écran plat du Bureau Ovale, le portable à la main.

Le show prime tout et lui-même est le show, le Donald Trump Show. On comprend dès lors qu'ayant accédé à la scène du monde devant des milliards de téléspectateurs médusés, il ne puisse cesser d'en jouir, d'où sa candidature pour le second mandat constitutionnel. Mais tout ceci n'explique pas son acharnement contre l'Iran.

Après tout, les accords nucléaires de Vienne (2015) avaient entrouvert la porte de la théocratie pour un pourrissement des mœurs sociales comme cela fut le cas dans les pays de l'Est sous la botte communiste. C'est le Levi's 501, Radio-Luxemburg-the-Radio-of-the-Stars et le PepsiCola qui ont ruiné le communisme, autant que la guerre des étoiles de Ronald Reagan. Il en allait de même pour la société iranienne, étouffée par le clergé le plus rétrograde et misogyne du monde, après les sorciers du Sud-Kivu. Le poison occidental qui infusait déjà à travers le Bazar, allait se répandre plus vite sur les classes défavorisées que sont les femmes, les jeunes, les minorités, les travailleurs modestes et sur la bourgeoisie d'affaires en rupture de foi. Les investisseurs relançaient des projets importants, dans l'automobile ou la recherche pétrolière, tout se mettait en place pour des lendemains supportables et une remise en question d'une république islamique obsolète. Mais non !

Comme tout paysan de l'Indiana, Donald Trump déteste la République islamique d'Iran depuis la prise d'otages des fonctionnaires de l'ambassade américaine à Téhéran en 1979. L'outrage est inexpiable. L'accord de 2015, outre le fait de redévelopper l'Iran, débloquait aussi des fonds séquestrés à l'étranger qui, dans l'esprit de Trump, allaient être versés dans les aventures extérieures des mollahs plus que dans les nécessités sociales. S'y ajoutent les soupçons étayés des services israéliens d'une poursuite en sous-main de la recherche nucléaire à Téhéran. Il faut dire que l'Iran n'a jamais cherché à faire mentir ces allégations, en respectant la lettre des accords de Vienne plus que leur esprit et en s'immisçant dans les conflits voisins jusqu'à déclencher une guerre civile au Yémen, après avoir échoué au Bahrein. Ne parlons même pas de l'installation permanente des Gardiens de la Révolution en Syrie et du surarmement du Hezbollah, dans l'objectif évident de déstabiliser tout le nord de l'Etat hébreu à la première occasion.

Sur les conseils de Netanyahou, Trump a décidé de ne pas attendre le pourrissement annoncé de la société iranienne et de parer immédiatement les coups projetés contre ses deux plus fidèles alliés, Israël et l'Arabie séoudite. En fait, il n'y a pas de stratégie Trump. On est sur le court de tennis et il se bat dans un énième set, là, devant lui, pas demain ! Un seul but, la victoire par la mort de l'adversaire. Ce n'est pas politiquement correct du moment qu'il n'y a pas l'expression d'une philosophie de la diplomatie américaine sur zones et que les kilomètres d'analyses pointues sont délaissées au bénéfice de l'instinct primal ! Je plains ceux qui proposent des cours de prospective diplomatique américaine. Quant à ceux qui dénonçaient Donald Trump comme démagogue, stupide, menteur dans le sillage de la vieille chouette Sanders, ils en sont pour leur frais : le démagogue caresse, circonvient, subvertit. Rien de tout cela, l'horrible tycoon newyorkais fait ce qu'il dit, insulte, contourne les chevaux de frise de la nomenklatura et y réussit plutôt bien, même si ce n'est pas, voire jamais, dans notre intérêt d'allié fidèle. Damned ! The show must go on... à nos frais ! C'était hier un 18 juin, l'appel de Trump à achever le travail... en nous achevant aussi.




samedi 15 juin 2019

L'affaire d'Ormuz

Caler les faits ! C'est ce pourquoi les journalistes existaient. Au lieu de quoi ils versent aujourd'hui dans l'alarme, peut-être sur ordre des rédactions, afin d'accroître l'audience des beaufs incultes qui achèteront du Coca Cola. Il en est ainsi de l'incident du Golfe d'Oman.
En cas d'aggravation de la situation régionale, ces experts annoncent un bond du brut à 200 dollars le baril qui culbuterait le prix français du sans-plomb à la pompe avec les conséquences politiques que l'on sait dans un pays qui surtaxe le carburant. Le blocage du Détroit d'Ormuz suggéré comme élément de négociation par les mollahs quant à lui, ouvrirait la plus formidable pénurie d'huile que le monde ait connu depuis la Guerre du Canal de Suez. Et vas-y pour le tour de table du «qu'en pensez-vous ?». Rares sont les critiques sérieuses de ce scénario de presse sur les plateaux médiatiques, ce qui tendrait à faire croire au dessein d'abrutissement des masses qu'ils poursuivent.


Même si depuis Colin Powell les preuves d'images américaines sont suspectes, il semble difficile d'exonérer totalement l'Iran. Certes, le gouvernement nie toute implication mais chacun sait qu'il ne gouverne pas tout le spectre islamique et que les Gardiens de la révolution (Pasdaran) ont leur propre agenda : survivre coûte que coûte dans leurs intérêts propres. Pour purger les soupçons, on ne voit pas non plus les services émiratis immerger des mines, a fortiori les plaquer de nuit sur les coques des tankers, au nez et à la barbe des Omanais assez jaloux de leur position équilibrée en l'affaire. On peut exclure aussi les Séoudiens qui ne sauraient que sous-traiter. Reste la CIA, comme dans les bons romans d'espionnage... mais l'agence de Langley n'est pas dans les petits papiers de Big Twittos.

Si la piste des Pasdaran devenait sérieuse, le mobile de la mise en tension du Golfe collerait parfaitement à la situation intérieure de la République islamique s'il s'agissait de provoquer un sursaut national comme à l'époque de la guerre déclarée par Saddam Hussein. Mais rien n'est moins sûr. Le régime des mollahs est durement secoué par la crise économique et sociale qu'il ne peut surmonter, et il est susceptible de s'écrouler à la faveur d'une catastrophe naturelle ou d'une insurrection générale des mécontents tant ils sont nombreux. Miser sur un sursaut nationaliste est jeter trop loin le bouchon. Les Iraniens sont fatigués de la rhétorique guerrière d'un clergé milliardaire qui se battra pour ses privilèges jusqu'au dernier d'entre eux. L'affaire du Golfe d'Oman ressemble par certains égards à la fuite en avant d'une composante essentielle d'un régime qui ne verrait sa perpétuation que dans le chaos.

En restent pour le moment les effets. Pour que le pétrole monte, il faut que les acheteurs soient plus nombreux que les vendeurs, quels que soient leurs motifs. Or les acteurs du secteur ne croient pas en une reprise rapide du commerce mondial tant que le conflit stratégique Chine-USA n'est pas stabilisé. Peu d'entre eux croient en une paix durable et sincère. Mais qu'au moins les compteurs soient bloqués, comme il en va du différent Occident-Russie ! Ainsi, après les avaries de deux tankers, a-t-on vu un pic de cotations qui pourrait bien n'être que spéculatif et limité à la journée ou à trois jours. Puis pendant les travaux la vente continuera sous la loi de l'offre et de la demande...

L'autre hystérie journalistique concerne le blocage du détroit d'Ormuz (carte ci-dessous). "Compte tenu des réserves stratégiques existantes et des possibilités d’augmentation de la production ailleurs dans le monde, la diminution des flux énergétiques qui en résulterait ne durerait pas assez pour entraîner une pénurie dommageable" affirmait dans Cairn le capitaine de vaisseau Eudeline. Il y a eu un précédent, en 1988, une frégate américaine avait été avariée par un mine dérivante et l'Iran a perdu. Incapables de tenir la ligne du détroit, la flotte iranienne avait immergé des mines à partir de ses propres plateformes pétrolières pour y perdre à la fin des bâtiments de guerre et les deux plateformes en question. La parade actuelle, largement soutenue par les Etats arabes du Golfe sauf le Qatar et le Sultanat d'Oman, serait de forcer le blocus avec des chasseurs de mines escortés et de vitrifier la côte iranienne sur trente milles de profondeur (soit 50 kilomètres) en face de la péninsule déchiquetée de Musandam (à Oman) pour éloigner les sites de tir de missiles sol-mer. En cas de persistance de la menace, une administration précédente à celle de Donald Trump se proposait de ruiner les infrastructures industrielles des îles autour de Qeshm dans la baie de Bandar-e-Abbas, au motif du droit de poursuite des bandes de Pasdaran œuvrant sur le Golfe. C'est ce que Trump englobe dans sa menace d'extermination générale du régime des mollahs.


Pour finir, une mise en surtension du Golfe persique n'est pas de l'intérêt de l'Iran parce qu'il utilise aussi le Détroit d'Ormuz comme débouché et que les Américains peuvent parfaitement sécuriser le commerce arabe tout en bloquant le sien dans ses ports. Mais l'Iran a montré aussi que sa logique ne convoquait pas toujours le bon sens et que proclamations et exhortations sont au menu plus souvent que la solution des équations géopolitiques. Depuis qu'il existe, le régime n'a pas développé le pays mais a exporté ses nuisances tout autour pour un bénéfice nul. Même l'Irak chiite s'en méfie, avant que la Syrie n'y pense.


vendredi 1 février 2019

Instex !

... ou les délices de la compensation.


Aujourd'hui démarre le système de troc international européen visant à contourner l'hégémonie américaine sur le commerce extérieur iranien. L'articulation du dispositif est celle de la compensation commerciale que pratiquent certains pays développés avec le quart-monde. La France est un acteur important de compensation depuis les décolonisations, les pays tiers n'ayant pas assez de devises convertibles nécessaires aux importations indispensables. Une figure connue de ce milieu était Jacques Cresson, époux d'Edith Cresson, ancien de chez Peugeot qui jusqu'à sa mort en 2001 présida aux activités de l'ACECO (Association pour la compensation des échanges commerciaux). Ce fut dans ses fonctions de conseil aux entreprises un homme disponible, attentif et patient. Son expérience permettait de vendre n'importe quoi n'importe où à n'importe qui. On estime la part de commerce compensé au dixième des échanges nord-sud, ce n'est donc pas anecdotique, mais ce chiffre inclut le troc pur (barter trade) et le rachat de production des équipements livrés (buy-back). Dans le cas d'INTEX, il s'agit de compensation croisée comme le montre l'article de RFI ci-dessous. On utilise parfois le terme plus sec de "contre-achat". Comment ça marche ?

Exemple : le Laos a besoin de pièces de turbines pour ses barrages hydroélectriques. Le gouvernement veut conserver son petit stock de devises convertibles pour ses importations alimentaires car les récoltes ont été insuffisantes. Le fournisseur français de pièces de rechanges propose un contre-achat et demande ce que le pays veut troquer. Le Laos propose du textile et des plantes médicinales, bases d'huiles essentielles. Schématiquement, le fournisseur cherche et trouve un marché de bases pharmaceutiques en Allemagne. Commencent alors les calculs des valeurs intrinsèques réciproques et des valeurs d'échange, soit les prix de marché moins les frais bancaires et commerciaux et commissions de troc. Quand tout est calé, le fournisseur de pièces de turbines vend ses pièces au Laos et les bases pharmaceutiques en Allemagne. Sans le savoir peut-être mais qu'importe, le laboratoire allemand paiera en réalité les pièces de turbines au fournisseur français, le Laos ne sortira aucune devise convertible. Il suffira de mobiliser ensuite la logistique et les crédits documentaires.
Nota : L'expression documentaire de l'accord de contre-achat est un peu plus compliquée qu'un échange de lettres de crédit mais elle ne vise qu'à la sûreté de l'échange accepté.

On s'aperçoit déjà qu'il n'y a eu aucun autre flux financier que le virement du laboratoire vers le fournisseur français. Dans le cas qui nous occupe aujourd'hui, il n'y aurait eu aucun flux monétaire international (hors marché unique européen) et pour peu que les frets, assurances et manutentions soient exprimés et réglés en euros ou en livres sterling, la transaction n'apparaîtrait pas sur les écrans radar américains, sauf bien sûr à utiliser la CIA pour traquer tout le commerce laotien, ce qui serait facile. Mais qu'en sera-t-il du commerce iranien ? L'article de Radio France internationale proposé gratuitement par cette chaîne d'information nous éclaire :



Il y a fort à parier que l'enfant hyperactif de la Maison Blanche entrera dans une colère noire à voir s'évanouir un levier de contraintes "imparables" qu'Israël lui a imposé contre la République islamique d'Iran. Le Piéton du roi s'attend à des représailles sanglantes qui pourraient mettre en péril l'Alliance atlantique si les choses s'envenimaient. D'un autre côté, se mettre à dos l'Europe, après la Chine, la Russie et le Japon, convoque un faisceau d'intelligences que l'on ne voit plus dans le fameux bureau ovale. Tout est possible.


vendredi 10 août 2018

L'Iran au carrefour des enfers

ll y a quelques jours, je répondais à Jean-Yves Pons qui traitait de la crise iranienne sur son blogue du Conseil dans l'espérance du roi, que les mollahs ne se laisseraient pas faire (source) :

« Comme vous le signalez en fin d’article, le régime des Mollahs ne pliera pas. Le clergé et ses affidés ont capté la moitié de l’économie iranienne, engrangé une épargne considérable, tiennent les robinets pétroliers qui y abondent, et salarient une milice intérieure aussi bien équipée qu’une armée classique.
En cas de révolte du peuple, tous les ingrédients existent pour réprimer la contestation dans le sang comme le faisait Saddam Hussein et nous le montre Bachar el-Assad. A partir d’un certain nombre de morts on ne parle plus que de statistiques, disait Staline. Au nom de « Dieu est grand » la théocratie chiite incinèrera les « impies » par centaines de milliers !
L’autre projet (celui d’Obama) était plus subtil : pourrir la société iranienne par le Coca et les Levis 501, avec du rock en renfort. Cela a bien marché dans les pays de l’Est avant la chute du Mur, et il n’y avait pas encore Internet. »



Aujourd'hui sur Radio-France internationale, Djamchid Assadi (professeur iranien de mercatique à l'ESC-Dijon) répond aux questions intéressantes de Darya Kianpour et nous conduit au seuil de cette répression annoncée. Son cadrage est furieusement pertinent. Voici l'article libéré de droits :




PS : l'attitude de l'armée régulière en cas d'émeutes généralisées est en question. Sera-t-elle spectatrice comme on l'a vue à la chute du Shah, ou bien sécurisera-t-elle le régime ? On peut avancer que la "concurrence budgétaire" des Gardiens de la révolution l'ait longtemps humiliée et l'incitera à observer les événements jusqu'à traîner les pieds à mettre en œuvre les dispositifs sécuritaires que le clergé aux abois lui demanderait. Peut-être aussi que les commandants des grandes unités seront carrément achetés par la CIA comme il en fut des généraux de Saddam Hussein fin 2002 qui n'engagèrent pas leurs forces contre la coalition américaine de l'année suivante.

À Bray-Dunes le 11/8/2018


lundi 14 mai 2018

La diagonale atomique de Donald Trump

Le retrait américain de l'accord nucléaire iranien convoque un peu plus de sérieux que n'en montrent les chaînes françaises d'information. C'est une affaire très grave, non parce qu'elle remonte à bloc la pendule des tensions au Moyen-Orient mais aussi parce qu'elle brise le consensus atlantique autour duquel tourne la planète quoiqu'on en dise. La guerre prévisible que mènera Israël d'ordre et pour compte Trump contre l'Iran, se fera sans participation européenne pour une raison très simple, l'Europe aura d'ici là disparu des écrans stratégiques, la France seule ne pouvant peser, la preuve en est faite par l'inanité des postures de séduction retenues par Emmanuel Macron. La Grande Bretagne est littéralement avalée par un Brexit de plus en plus douteux ; l'Allemagne se révèle être le nain diplomatique affairé aux affaires et c'est tout ; les autres pays suivant à leur rythme et souvent pas du tout.

C'est un article assez complet d'Emile Simpson, publié deux heures avant l'annonce du retrait dans Foreign Policy, qui cadre le mieux le problème : il s'intitule The Predictable Disaster of Trump’s Lonely Iran Strategy et vous pouvez le lire en cliquant sur ce titre. On le complètera utilement du "rapport d'étape" donné par Robert Malley au site Orient XXI et titré : Face à Trump, l’Europe peut encore sauver l’accord sur le nucléaire iranien... et éviter un embrasement régional. Malley fut négociateur à l'accord pour Obama.

courtoisie Gage Skidmore

L'exterritorialité des rétorsions promises par Trump affectera directement nos entreprises européennes - ce sont celles qui nous intéressent - mais aussi des entreprises russes ou chinoises qui commercent ou comptaient commercer avec les Etats-Unis comme avec l'Iran. Cette menace hégémonique est insupportable mais on ne voit pour l'instant que les prémices de négociations entre les deux rives de l'Atlantique alors que nous aurions pu attendre un "non" catégorique des principales démocraties occidentales. Donald Trump n'aime pas les négociateurs, il a viré Rex Tillerson pour ce motif. Il ne comprend que les contempteurs directs, les casques à pointe ! Justement Angela Merkel a dit son fait au mogul newyorkais mais il va falloir agir très concrètement pour peser.

Si on se recule au fond du chesterfield plein cuir de buffle, on voit que Trump délègue sa diplomatie active à des puissances locales qu'il manœuvre à sa guise par tous moyens et sans en calculer le prix. Il attaque la Chine par la Corée du Sud chargée de faire la paix avec le frère nordiste en banqueroute, et ça peut marcher s'il ne change pas d'idée pendant le mois qui reste à courir jusqu'au sommet de Singapour du 12 juin.
Au Moyen-Orient, il a mis ses billes en Israël, semble-t-il à l'incitation pressante de son gendre Kushner, le mari de sa fille Ivanka. Il va donner tous les moyens de se battre à Benjamin Netanyahou afin de casser le dispositif syrien organisé par les gardiens de la Révolution islamique et faire reculer le front chiite.
Les questions de face, d'honneur, de crédibilité intérieure pousseront l'Iran des mollahs à réagir et si le président Rohani a déclaré ne pas vouloir exagérer les tensions, n'oublions jamais que ce n'est pas lui qui commande les opérations militaires, ni la stratégie de la République islamique. La classe dirigeante constate déjà les dégâts de la libéralisation rampante dans les grandes villes iraniennes qui minent les positions sociales du clergé mais surtout celles des milices du régime qui représentent des millions de personnes. Une guerre permettrait de stopper cette dérive dangereuse à terme et assurerait pour longtemps les virements mensuels des soldes et salaires.

L'Iran et Israël sont sur des routes de collision depuis la présidence d'Ahmadinejad. Israël bénéficie pour le moment du soutien quasi-explicite des pays de la péninsule arabique (sauf le Qatar) que menacent les ayatollahs de Qom, ce qui peut inciter les faucons de Jérusalem à saisir l'occasion d'en finir avant que naisse une bombe atomique chiite. Mais la conflagration conventionnelle impliquera à coup sûr les Etats-Unis et tous ses moyens sur zone qui sont puissants. Comme Israël ne pourra jamais s'en sortir seul contre un pays qui sut résister à l'Irak de Saddam Hussein, il est à prévoir que les Marines devront débarquer en phase II sur la rive nord du Golfe persique, mais probablement seuls cette fois ! Nul ne prédit l'issue de cette hypothèse coup de poing qui ne pourra que s'éterniser.

S'il est impossible que les Etats-Unis soient battus, la conflagration ameutera des puissances locales qui verront l'opportunité de régler de vieux comptes, je pense à la Turquie sur sa frontière sud et à la Russie sur le Caucase. La plus sûre des conséquences sera la disparition de l'Europe occidentale du théâtre d'opérations et des enceintes diplomatiques, sauf la France, piégée par un traité militaire d'assistance automatique avec les Emirats arabes unis qui se déclenchera s'ils sont attaqués par l'Iran.

courtoisie Brendan Smialowski


L'Alliance atlantique ne résistera pas à ce vacarme qui dévoilera la même fracture qu'en 2003 lors de la guerre de Junior en Irak. Les pays majeurs de l'OTAN à l'exception du Royaume-Uni, avaient refusé de monter dans le bandwagon des faucons mouillés en route vers Bagdad. L'OTAN jusqu'ici n'avait de justification que par la terreur qu'elle inspirait à nos adversaires, terreur dénoncée par les idiots utiles, agents d'influence du Kremlin, qui n'ont jamais compris comment fonctionne ce deterrent. Le démantèlement de l'OTAN fera croître d'autant les "appétits de justice" du pouvoir russe qui vit encore dans l'humiliation de l'ère Eltsine et veut reconquérir ses marches. Les pays européens du glacis oriental auront du souci à se faire, autant peut-être que la Tchécoslovaquie en 1938. Trump voit-il vraiment ce à quoi le mène sa brutalité ? Je ne le pense pas.

Quant à nous, la tentation sera grande de se rapprocher plus tard de la Russie, signalant par là notre immaturité depuis la guerre civile européenne de 1939-1945 qui nous a jeté dans les bras d'un "protecteur". Avant de "collaborer" avec les empires centraux revenus (Russie et Turquie), organisons nos coopérations, déployons nos capacités de puissance, pensons d'abord à nous muscler. Ensuite, quand seront partis les administrateurs russes issus du KGB, sera venu le temps de coopérer avec des gens qui partageront plus de valeurs avec nous que n'en partage la démocrature russe d'aujourd'hui. Bonne chance à Alexeï Navalny demain au tribunal.


Terminons sur cette chimère de défense européenne dont on va parler en boucle dans un mois quand les entreprises européennes seront attaquées par l'administration Trump. On ne peut pas faire quelque chose de dissuasif et cohérent en Europe sans la Grande Bretagne, la France et l'Allemagne. La première est déjà en dehors de l'épure, il faut donc sortir de l'épure constitutionnelle continentale. La troisième traîne les pieds, mais la fermeture programmée du parapluie atomique américain va peut-être faire bouger les lignes dans l'opinion allemande, car tout se décide là ! Autour de ces trois puissances, on a besoin du Danemark et de la Norvège pour les détroits baltes, des Pays-Bas pour la Mer du nord et de l'Italie pour la Méditerranée. Si les autres veulent venir, pourquoi pas, mais aux conditions des précités. Le risque est néanmoins grand qu'on se perde dans une usine à gaz à vingt-huit comme aiment les monter les fédéralistes et les fonctionnaires de Bruxelles en peine de grandeur.

Demain mardi se réunissent à Bruxelles quatre pays impliqués dans l'accord nucléaire iranien : l'Allemagne, la France, l'Iran et le Royaume-Uni.

lundi 23 avril 2018

Macron en Amérique

Emmanuel Macron et son épouse seront chez George Washington ce lundi soir 23 avril pour répondre à l'invitation de Donald Trump. Le programme est serré, comme Macron les aime, et vous pouvez le consulter ici.

Courtoisie de Paris-Match
La presse américaine cherche à comprendre la relation amicale entre les deux hommes que tout oppose. L'article de Lauren Collin dans The Newyorker (clac) résume assez bien ce paradoxe que seul un pragmatisme poussée aux limites du raisonnable peut expliquer du côté français. Il faut maintenant faire un peu de géostratégie pour éclairer notre relation aux Etats-Unis.

Comme le dit Hubert Védrine souvent, la France est plus grande dans les yeux étrangers qu'elle ne toise dans les yeux des Français. Mais elle a aussi ses limites dans ses capacités militaires qui renforcent ou diminuent ses propositions et tantôt ses menaces. Par son histoire, la France est un des pays emblématiques de l'Occident avec la Grande Bretagne et les Etats-Unis. A ce titre, elle participe donc de sa décadence depuis le reflux des anciens empires, reflux définitivement terminé par la résurrection du plus vieil empire du monde, la Chine.

La Chine est le panda de quatre cent livres dans un coin de la pièce des négociations internationales, partie prenante ou pas. Tout se décide en fonction d'elle, rarement avec elle, souvent contre elle. Sauf accident social ou financier toujours possible, la taille de l'ours à l'horizon de vingt ans a de quoi faire peur. En face d'elle, l'Europe est devenu le "pays des vieux". Jadis primordial dans les sciences pures et appliquées, mère des guerres et des lois, elle est surpassée dans tous les compartiments du jeu mondial sauf... dans les parfums, la bière, l'aviation civile, les paquebots de luxe, les satellites, les missiles et les canots Riva. Prenons quelques exemples de ces dépassements en côte : le rail à grande vitesse est désormais chinois ou japonais, le moteur essence haute compression est japonais, la robotique est japonaise, le développement informatique est américain, la sidérurgie est chinoise ou coréenne, les armes d'ultra-pointe sont américaines. L'Asie du Sud-Est et orientale n'ont plus besoin des produits ou savoir-faire européens dans des pans entiers de l'économie qui vont du BTP, à l'automobile, du traitement des eaux aux énergies durables, de la construction navale aux nouvelles techniques de communication, sans parler de ce qui fut longtemps un fleuron européen : les universités. Les leurs ont dépassé les universités britanniques et allemandes. Seul bémol, la caporalisation des études supérieures en Asie bride la créativité alors que le désordre européen la stimule.


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Certes l'Europe ne disparaît pas, mais elle n'impressionne plus le reste du monde. Elle est perçue d'abord comme une destination de voyages inoubliables et un centre de production de biens sophistiqués typés "Europe" mais pas nécessairement vendables partout. Même aux Etats-Unis, qui furent longtemps friands de qualité européenne, on n'attend rien de l'Europe actuelle sauf du vin. Aussi Macron aura bien du mal à convaincre Trump de le suivre en quelque domaine que ce soit, car si l'Europe pèse peu dans l'esprit du mogul newyorkais, la France n'est qu'une partie de ce "peu". La relation Europe-USA dans l'univers mental de Trump est avant tout commerciale sinon uniquement. Il regarde les tableaux (d'une seule page) fournis par le Département du Commerce et surligne les postes où l'Amérique perd. Par camaraderie, les autres questions soulevées par le président français seront écoutées poliment et renvoyées aux experts. Reste la stratégie :

Les nœuds gordiens sont l'accord nucléaire iranien qui menace Israël et la mise en tension russe qui défie le Pentagone. Le reste ne concerne pas la France dans l'esprit des conseillers de Trump. Sur ces deux points, les présidents se sont mis d'accord pour saigner le poulet et effrayer le singe qui observe dans l'arbre ; et le poulet c'est le régime assadien qui sans doute va dérouiller au maximum quels que soient les ronds de jambe diplomatiques à l'ONU. Le bombardement occidental des installations chimiques supposées n'avait d'autre but que d'annuler le syndrome Obama de surintellectualisation des conflits. L'Occident tape désormais autant qu'il parle. Si Obama avait tapé en 2013, Poutine n'aurait jamais envahi la Crimée. Au fait, où en sont les représailles russes promises par Lavrov ? Les Russes tchatchent et tapent des pieds, pas plus ! L'autre singe est la théocratie obsolète de Téhéran que tous laissent s'épuiser en Syrie et au Yémen en attendant une révolution qui l'abattra. C'est le Levi's 501, le hard rock et le Coca Cola qui ont miné le mur de Berlin. Pareil en Iran.


Avec la fleurdelis de Louis XVI peut-être ? (courtoisie ABC News)

Restent les sujets chics. Du climat, les néo-cons n'ont cure et Trump n'y comprend rien. Les menaces de guerre commerciale par les droits de douane ne sont pas prises au sérieux à la Maison Blanche, d'autant que ses adversaires les plus convaincants sont des universitaires sans pétrole. Trump a décidé d'exiger beaucoup pour une exemption des nouveaux droits comme en fait l'expérience Shinto Abe qui rentre bredouille des Etats-Unis.
Quelle voie reste-t-il à Macron pour rapporter quelque chose à son retour ? Le nihil obstat sur une défense européenne. Bien sûr, les Américains assortiront leur bénédiction probable d'un privilège de fournitures d'armes (comme c'est le cas aujourd'hui) et donneront des apaisements aux anciens pays du bloc soviétique qui sont à fond contre la fermeture du parapluie atomique américain. A ceci près, que la chancelière allemande a parlé ces jours-ci de l'Alliance atlantique comme d'un joyau précieux à soigneusement préserver. Que voulait-elle dire à son visiteur ? Qu'elle était contre un détricotage de l'OTAN ? Si Emmanuel Macron ne rapporte rien de neuf dans la relation transatlantique, il ne rapporte rien du tout. Enfin, au fond ! Car sur la forme, les communiqués ronfleront de bonne humeur et d'avancées "historiques".


lundi 4 décembre 2017

Derniers jours tranquilles à Jérusalem

Une chose énorme est advenue samedi dernier, que la presse d'alarme a loupé, occupée qu'elle est à courir les petites phrases, insultes et grivoiseries du microcosme : Jean-Luc Mélenchon aurait envoyé Nathalie Saint-Cricq se faire foutre après l'enregistrement de L'Emission politique de Léa Salamé, ce qui déjà est un défi !

Oui, énorme :

Pour mettre les points sur les "i" quant à l'installation d'une base iranienne près de Damas et à 50km de ses lignes, Tsahal a envoyé trois missiles détruire trois bâtiments. Les forces syriennes en ont détruit deux, un seul a tapé. Certaines sources parlent de quatre missiles, mais l'un deux n'aurait été que dévié par une détonation à proximité. Jusqu'ici le Dôme de Fer était israélien, jusqu'ici !


Les boucliers anti-missiles développés par les Américains (Patriot), les Européens (Aster) et les Russes (S-300 S-400 et S-500) - les Indiens et les Chinois en développent aussi sous licence russe - doivent être étanches dans un conflit nucléaire puisqu'un seul raté cause des dommages irréparables. Mais dans un conflit conventionnel, sous une cloche de sûreté comme exposé en 2010 sur Royal-Artillerie (clic), le pays en défense peut encaisser un trou dans le bouclier. C'est ce qu'il vient de se passer à 13km au sud-ouest de Damas avec un système russe S-300. Un dépôt de munitions a sauté et la déflagration a été entendue dans la capitale, mais c'est tout. Enfin, douze morts à al-Kiswah (supposés iraniens) selon une agence arabe digne de foi. En septembre déjà, l'aviation israélienne avait détruit un dépôt d'armes du Hezbollah à côté de l'aéroport international de Damas. Apparemment cela a servi de leçon, aux Syriens.

Dans la conduite de la guerre intérieure, l'armée syrienne a peu d'entraînement dans sa défense aérienne puisque aucun de ses ennemis ne disposent d'aéronefs, et même avec un monitoring russe l'état de préparation doit s'améliorer. Mais un score de 2/3 ou 3/4 est un bon début pour les opérateurs syriens. Israël vient de perdre une supériorité tactique aérienne sur son plus proche ennemi. La prochaine étape est la musculation de la DCA automatique syrienne faisant du pays une véritable no-fly zone. Pour peu que les Russes laissent derrière eux leurs avions performants SU-35 en Syrie, Israël verra se dresser un véritable mur aérien sur sa frontière du nord-est.

Pause-clope sur un lanceur S-300 russe

Ce n'est pas fini, désolé ! Au moment où le Hezbollah rentre à la maison et déstabilise à nouveau le Liban, le président Trump semble avoir décidé de transférer l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem-ouest. Ce qui induit la reconnaissance officielle de Jérusalem comme capitale définitive de l'Etat hébreu. Lequel met toujours en avant l'indivisibilité de sa capitale, une façon explicite de nier les limites de Jérusalem-est (pseudo capitale d'un futur et improbable Etat palestinien). Peu de temps avant sa mort, alors qu'on le pressait de négocier, Yasser Arafat avait dit qu'il n'était "pas encore né celui qui donnerait Jérusalem" en échange de quoique que ce soit.

La ville est sainte pour l'Islam et indisponible dans aucune négociation. Comme elle l'est tout autant pour les Juifs, on ne voit pas la motivation de Donald Trump à décider d'allumer cet incendie après sa tournée triomphale de vieux nouveau riche chez les Séouds, à moins que le Département d'Etat de Rex Tillerson n'ait sorti les algorithmes gagnants. Jusqu'à plus ample informé c'est un terrible shitstorm que de tenir cette promesse électorale. Le pas de clerc va rallumer le terrorisme palestinien comme semble-t-il le Hamas s'y prépare s'il perd ses positions à Gaza. La diplomatie américaine va-t-elle coaguler les sections de guerre asymétrique de l'Etat islamique, d'Al-Qaïda et les groupuscules de terreur palestiniens* ?

*Brigades al-Qods, Brigades Ezzedine al-Qassam du Djihad islamique palestinien, sans parler des Brigades des Martyrs d’al-Aqsa qui pourraient se reconstituer si Abou Mazen jette l'éponge.

C'est vrai qu'avec la paix possible en Syrie, on risquerait de s'emmerder !



Postscriptum :
Sur le bouclier antimissile israélien, on fera son profit du dernier article du Times Of Israel qui revient sur l'annulation du test Arrow 3 prévu aujourd'hui lundi en cliquant ici. La proximité des systèmes S-400 russes de Tartous y est-elle pour quelque chose ? Les essais de qualification effectués en 2013 au-dessus de la Méditerranée orientale avaient passablement énervé les Russes qui avaient mimé une interception par une batterie de S-300.

lundi 12 juin 2017

Qatar, premier round



Alors que toute la Ligue arabe semblait aimantée dans la même direction lors de la visite de Donald Trump à Riyad, les conseillers du roi Salmane d'Arabie séoudite ont déclenché l'embargo sur le Qatar. Le motif exprimé à la face du monde est sans intérêt, car risible. Toute la péninsule laisse fondations charitables, confréries pieuses et autres organes islamiques financer les groupes de combattants musulmans jusqu'à atteindre parfois l'organisation du prétendu Etat islamique pour le Levant et l'Irak. Cela fait des années que le Qatar fait la nique au puissant royaume des Séouds, tant par le désalignement stratégique que par la propagande laïque d'Aljazeera. Et qui pis est, l'émirat, partageant un champ gazier sous le Golfe avec l'Iran des mollahs, est accusé de compréhension à l'égard du grand démon chiite assoiffé de conquêtes (Irak, Yémen, quoi demain...).

Une carte nous montre que le Qatar est une presqu'île accessible par mer et par air si l'Iran le veut bien, dès lors que l'Arabie Saoudite ferme le pédoncule terrestre. Donc les observateurs payés au mois supputent une provocation séoudienne visant à jeter le Qatar affamé par le blocus dans les bras de l'Iran, ce qui justifiera le déferlement d'une division blindée venant sauver le sunnisme arabe de l'hérésie. Remarquez que c'est arrivé au Bahreïn où la majorité chiite s'est soulevée spontanément jusqu'à ce que la dynastie El-Khalifa appelle le roi au secours, qui a fait donner les chars - il n'y avait que la Chaussée Roi Fahd à franchir. L'Iran a toujours nié fomenter des troubles, on peut ne pas le croire ou l'inverse, et noter que la contestation débordait largement la communauté chiite. Au moment d'écrire ces lignes, l'Iran force déjà le blocus par avion et fait manœuvrer une petite escadre au large du Sultanat d'Oman pour encombrer le détroit. Quant au Bahreïn, c'est devenu aujourd'hui un royaume maté, une valeur sûre pour les Séouds.


Mais il y a un os pour refaire le coup du Bahreïn au Qatar. Le Grand Turc s'en mêle, qui a fait voter au parlement d'Ankara le déploiement de troupes turques dans l'émirat où une base s'apprête à les recevoir. Le roi peut se mesurer aux Turcs loin de chez eux, en souvenir de l'épopée de Lawrence d'Arabie, et faire donner ses armées toutes neuves, mais le terrain est miné en quatre endroits : les alliés occidentaux ont cinq bases militaires : le CENTCOM des Etats-Unis a une grande base aérienne à El-Udeid (Qatar), une base navale pour la V° Flotte à Manama (Bahreïn), les Britanniques développent une base navale au port bahreïni de Mina Salman et la France une base marine active à Abou-Dhabi qui double ses capacités de Djibouti, plus une base aérienne (BA104) incluse dans la base émirienne d'El-Dhafra. Il y a peu de chances que les artilleries turque et séoudienne donnent de la voix sur zone. D'où l'offre de médiation de l'émir Sabah IV du Koweit, pris en tenaille entre l'Irak (toujours revanchard) et l'Arabie séoudite hégémonique, qui craint pour sa vie et ses puits.

Les deux pays occidentaux les plus "mouillés" sur le Golfe persique sont la France et les Etats-Unis, les Anglais étant toujours la référence historique. La logique diplomatique voudrait que les trois occidentaux s'entendent - il ne serait pas inintelligent que la Grande Bretagne soit investie médiatrice - et que commencent des discussions entre les Emirats arabes unis, l'Arabie heureuse, le Qatar en prenant soin de bien refouler la Turquie des salles de conférence pour les raisons qu'on vous expose ci-après. Un mot sur le sultanat d'Oman, voisin incontournable mais détesté de Riyad pour son indépendance d'esprit et sa position stratégique sur le détroit d'Ormuz alors que Riyad n'a nulle part ce type de levier géographique.

Recep Erdoğan refait à Doha le même coup que Vladimir Poutine avait fait à Damas en envoyant ses armées au secours de Bachar el-Assad. Comme Poutine, il a une petite base en construction près de Doha qui fait tête de pont ; comme Poutine, il veut surprendre les chancelleries du monde qui doivent l'admirer comme le Soliman revenu ; comme Poutine, il est très content de faire la nique aux Américains. Le déploiement turc est fait sous le couvert d'un accord de défense mutuelle de 2014 avec une clause automatique dite de "casus fœderis" (style art.5 du traité de l'Atlantique nord). Erdoğan signe ce genre d'accord avec qui il peut dans le projet ottoman d'un retour de la Turquie au premier rang des nations. L'intrusion de la Turquie n'apporte aucun crédit d'apaisement, a fortiori vis à vis de l'Iran. On voit bien que la paix n'est pas l'obsession d'Ankara qui semble vouloir prospérer sur les cassures arabes et le fumier commercial des Emirats. Et comme nous le voyons en Syrie, le gouvernement Erdogan ne se battra éventuellement sur le Golfe que pour ses propres intérêts qui... rejoignent ceux de l'Iran dans les provinces kurdes de l'Est.


Mais puisqu'on parle de Poutine, notons que le ministre des affaires étrangères El-Thani est monté samedi dernier voir Sergeï Lavrov à Moscou pour se plaindre du sort fait à l'émirat. Les Russes détestent que les fils noués dans l'affaire syrienne soient coupés et ré-entortillés autrement, juste au moment où l'on va en finir à Mossoul et à Raqqa avec l'organisation Etat islamique. Tout le monde a son filleul dans cette guerre et les rôles sont attribués, les hiérarchies aussi. Après bien des tâtonnements, le Kremlin est parvenu à rester du côté de la crosse en ménageant les loups sunnites et les moutons chiites pour la suite à donner. Mais nul à Moscou n'a l'intention de s'attarder sur l'Euphrate, la guerre coûte un bras et tout bouleversement, sans parler même d'une guerre déportée sur le Golfe, enferrerait les forces russes sur place. A la fin, on arrive à une confrontation américano-russe qui ne peut pas tourner en affrontement mais, vu les histoires d'interférences de hackers russes dans l'élection présidentielle américaine, ce n'est vraiment pas le moment de discuter d'une garantie de stabilisation du Golfe persique avec les Russes au Congrès de Washington.

Justement, comment va réagir le gorille de neuf cents livres qui sommeille dans le coin de la pièce ? Le président Trump n'est pas encore prêt, ce type de dossier inextricable ne pouvant être assimilé en une seule semaine. Et puis il est carrément obsédé par tous ceux qui voudraient le foutre à la porte de la Maison Blanche.

Alors, les Turcs, les Arabes, les comment déjà ? Emiratis, Qataris, Koweitis, c'est des dollars américains au moins ? Même pas, mon Commander-in-Chief, des piastres de nègres !
- Riyals, rials, dinars, dirhams...
- Ta gueule, Steve ! appelle-moi Mike Pompeo à Langley !


Quelle issue, sans issue ?
(1) Pronostic vital engagé pour le commerce de Dubaï.
(2) Quid du Conseil de coopération du Golfe qui manœuvre les divisions blindées ? Avec l'imbrication des accords mutuel de défense, partout ailleurs ce Conseil aurait volé en éclats. Sauf ici, vous savez l'expression "l'orient compliqué" ! Seuls le Quai d'Orsay et le Foreign Office y comprennent quelque chose, et nous n'y sommes pas.

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