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lundi 26 décembre 2016

"Boxing" Day 2016 !

C'est cadeau ! Box ou boxe ? La trêve des confiseurs est la période la plus attendue des pouvoirs publics, en ce qu'ils y recherchent une indulgence des peuples à leur endroit. En musique ce serait un soupir. Qu'ils ne comptent pas sur nous, ils sont bien trop mauvais pour nous endormir. Au moment où les malheurs partagés rapprochent la France et l'Allemagne, tous les indicateurs sont au vert pour... leur divergence.
Deux entraves majeures désunissent le couple franco-allemand, le Brexit et la pétrification jugée irrémédiable de la nation française. Le Conseil des Cinq sages teutons¹ pronostique une rupture entre la social-démocratie française à compte d'autrui et la Rhénanité libérale allemande, la France devenant la Reine des Gitans ou dit autrement, la présidente du Club EU-Med (sic) ! D'un autre côté, des experts confirmés comme le professeur Pierre-André Buigues (Toulouse Business School) réitèrent le constat d'un décrochage français dans tous les compartiments du jeu.

La rupture de l'attelage sera la conséquence la plus directe du Brexit. Jusqu'à présent, l'Allemagne lourde (le qualificatif est plus parlant que "réunifiée") se tenait à équidistance du groupe des économies dirigées et de celui des économies libres. La deuxième économie (ou troisième selon le change) du marché commun quittant les instances politiques de l'Union européenne, ce rôle d'arbitre disparaît et oblige la Chancellerie à creuser son propre sillon sans camouflage. La puissance des industriels allemands (souvent propriétaires en titre de leurs affaires) nous laisse penser qu'ils vont renforcer le pôle libéral au Conseil plutôt que d'aider la France, à faire quoi d'ailleurs, ils se le demandent encore tant elle apparaît bloquée.

La France, puissance moyenne mais à capacité mondiale encore, est à la merci de ses propres désordres qui sont grands et elle aura bien du mal à imposer son leadership aux pays méridionaux qui luttent déjà contre le cancer latin avant d'en importer une sur-dose. Car la grande sœur est très malade et son déclin plus sûr que celui de l'Italie, parce qu'elle pèse bien plus lourd et que le poids n'est pas un avantage dans la pente.

En écoutant monsieur Buigues² on obtient la liste de tout ce qui ne va pas, mais le canon qui nous vise est déjà chargé à boulets rouges par la remontée des taux d'emprunts de refinancement de notre dette publique, causée par la hausse des taux américains.

(i) La création individuelle de richesse est en France inférieure à la moyenne européenne et l'écart avec l'Allemagne se creuse par l'inertie du chômage structurel français ; de 2 points en l'an 2000 cet écart est passé à 16. (Ndlr: C'est la mesure la plus sûre du décrochage à long terme).

(ii) Nos capacités d'exportation sont effondrées quand on les compare aux allemandes. L'écart de 2,6 points en 2000 est monté cette année à 16,7 points. Le World Economic Forum classe la compétitivité française à la 22è place (RFA 4è). Nos productions sont chères (aux prix scandinaves) pour une qualité moyenne (au standard latin). C'est toute l'organisation du travail et sa fiscalité qu'il faut revoir. S'agit-il encore de réforme ou de reconstruction ? Bon courage !

(iii) Notre industrie est déclassée tant par un grave déficit de formation (en dépit de 30 milliards de crédits de formation dépensés chaque année) et par un sous-investissement en robotisation. On compte en France 1,20 robot acheté pour 1000 salariés contre 1,32 en Espagne ; 1,60 en Italie et 2,80 en Allemagne. (Ndlr: où trouver les capitaux que par ailleurs on fait fuir ?)

M. Buigues termine ainsi : « Certains économistes sont sceptiques sur la capacité de la France à relever ces défis, mais si la France n’accepte de profondes réformes que pouvons-nous attendre du futur pour notre pays ? Un déclin qui se perpétue, une faillite si les taux augmentent ».


Le Piéton du roi ne sent pas l'immense colère nécessaire parmi les candidats à l'élection présidentielle. Finalement nous subissons le gouvernement des gnomes, plus ou moins fats, plus ou moins déconnectés des réalités et toujours contents d'eux-mêmes. Les écuries d'Augias sont sous un mètre de merde et il ne suffira pas de détourner le fleuve. Autant les passer au bulldozer ! Il faut chasser les prébendiers de la République, leurs familles, leurs porte-plumes, leurs porte-flingues, leurs loges, La Casta enfin ; et rebâtir à neuf une pyramide dont les faces convergeront au sommet pour capter l'aimantation nécessaire à la Nation avec la seule intention de faire le bonheur du peuple ; mais d'un peuple éduqué, redevenu intelligent.
Le rêve passe. Je demande le Temps !


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lundi 22 août 2016

La banqueroute planquée sous le beurkini

« Mettez deux électrodes dans une poche de gélatine de veau ça ne fera jamais une batterie de voiture ». C'est ce que me disait ce vendredi matin mon coiffeur à vingt euros - finition rasoir, à la lecture des extraits de la somme éphémère de François Padebol parue chez Albin Michel sous le titre accrocheur : "Conversations privées avec le président". Accrocheur mais décevant parce qu'à la fin il n'est pas félixfaurisé par la Pompe funèbre ! « Quel con, ce type !» conclua l'artisan payé au clic, ne sachant pas pour qui j'avais voté jadis.
Et tandis que je repliais le Midi Libre, j'aperçois l'entrefilet signalant que Benoît Hamon - mais si, il est connu jusqu'à Palavas-les-Flots - monte dans le manège aux connards*. L'élite, la vraie, ayant déserté la politique, les médiocres se ruent !

On ne parle aujourd'hui que du sac à bain de Shéhérazade et de tout ce qui est islamique jusqu'à la nausée. En ce dernier jour de sérénité estivale, laissons tomber les sectateurs du prophète et revenons aux fondamentaux : nous entrerons demain dans la période électorale de tous les dangers pour les finances publiques - s'il en reste : les programmes des candidats ne brandissent que des dépenses à découvert sauf à enfumer parfois l'électeur de projets de recettes impopulaires impossibles à décréter, qui le feront fuir. Or Les caisses sont vides et le pays n’est en rien réformé dans les sources de l'hémorragie financière qui draine toute son énergie, à commencer par l'Etat tétraplégique hérité de l'Empire, baleine échouée en soins palliatifs éternels dont on ne sait qui la débranchera. La croissance de remploi de l'expansion démographique est nulle ou epsilonique, à la limite de la fabrication statistique. La Dette soutenue par des taux d'intérêts bas ou nuls doit quand même être servie en principal et nous coûte horriblement cher ; et au-delà de nos déficits structurels, nous importons abrutis** et crevards par palanquées complètes derrière l'Allemagne ! Qu'importe à la fin ! Le cirque des primaires amusera le peuple et lui cachera la misère du régime. Pendant ce temps, se glissent discrètement vers un ailleurs meilleur nos chances pour des lendemains qui chantent : ceux qui ont réussi partent, ceux qui réussiront partent plus vite encore (clic).

Reste le Veau national, qui persévère dans une épargne soutenue de ses disponibilités ne consommant que le nécessaire. Le taux d’épargne est presque un record mondial. Ce qui peut s’expliquer d’une bien curieuse façon ; du moins commence-t’on à l’expliquer ainsi dans les couloirs des ministères où circule l'épouvantable idée d'un amalgame de la nation et de l'Etat, la première devant assurer la survie du second quoiqu'il en coûte. Ouvrez vos oreilles :

Les Français ont une capacité d’épargne plus importante parce qu’ils bénéficient de prestations sociales de tous ordres bien plus élevées que les autres. Les prélèvements sur la richesse nationale que l’on dit rédhibitoires pour la santé économique du pays seraient donc compensés par des bas de laine énormes. Plus simplement, les déficits budgétaires et sociaux alimenteraient certes la consommation mais surtout l’épargne privée en bout de tuyau. Il faut être demeuré pour ne pas comprendre qu’il faudra inverser le flux pour sauver le pays et surtout le régime socialiste, et que l’épargne privée sera confisquée d’une manière ou l’autre pour boucher les trous. Comme en Argentine jadis ? Le FMI est déjà d'accord***, nous dit son directeur général français, Christine Lagarde : on commencera à taxer l'épargne des ménages à dix pour cent. Qu'en disent les candidats au pompon ?
Salut les c… !

* Sobriquet donné par Dominique de Villepin aux députés français qui lui reprochaient de ne pas être des leurs.
** Qualificatif utilisé par le ministre de l'Intérieur du land de Berlin pour les "réfugiés" de Mme Merkel.
*** cf. Business Bourse (clic) d'il y a un an.

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lundi 28 mars 2016

Où l'on reparle des frontières...

La série d'attentats islamistes en Europe occidentale renforce le parti du combat de tranchée. Quoi de plus naturel pour attraper les Freux d'Allah que de remettre partout les barrières douanières laissant ensuite à chaque pays la responsabilité de la chasse sur son territoire. C'est tellement évident que pointe au fond du cortex reptilien du Néanderthal Nouveau le doute métaphysique : Et si c'était trop simple ? Une fois les frontières blindées et le Mur de l'Atlantique relevé - comment, par qui et à quel prix? - nous nous sentirons à nouveau chez nous. Sauf que...



On apprenait jadis au collège que le territoire métropolitain faisait 550.000 km², soit mille kilomètres en hauteur, de Dunkerque à Tamanra au Perthus et autant de Brest à Strasbourg. Ce grand pays est troué partout de nids à rats* où s'avère gésir la menace la plus menaçante, auquel cas il ne faudra pas attendre longtemps pour que le principe de l'infranchissable relève aussi les octrois des villes et barrent les routes de postes de gendarmerie cantonale, et ailleurs de portiques capables de faire un fond d'œil des conducteurs à transmettre en temps réel au commandement central de la Vallstasi, enfoui dans les carrières de gypse de Taverny (Val d'Oise). C'est une amélioration sensible du dispositif de coercition que connut la France occupée par nos cousins germains.

(*) M. le Ministre de la Ville en compte une centaine en métropole.


Des voix s'élèvent du camp de la frilosité pacifiste pour annoncer un coût économique sensible pour la France et ses voisins et au-delà. Ce qui tombe mal pour un Etat en faillite incapable d'impulser aucune amélioration mais ayant tout fait pour gélifier l'emploi chez nous quand il croît partout ailleurs. Se sont penchés sur le problème le Commissariat français à la stratégie, mieux connu à l'enseigne de France Stratégie, et la Fondation allemande Bertelsmann qu'on ne présente plus.

France Stratégie chiffre à dix milliards d'euros par an (source FS) l'abandon du dispositif Schengen. La généralisation des contrôles permanents serait équivalente à une taxe de 3% sur le commerce entre les pays de la zone Schengen, qui diminuerait structurellement de 10 à 20%.
La Fondation Bertelsmann (épaulée par l'Institut Prognos) voit grand. Son travail couvre 42 pays qui représentent 90% du commerce mondial. On y apprend que le rétablissement des contrôles au sein de l'espace de libre circulation Schengen entraînerait dans l'Union européenne un surcoût des échanges commerciaux situé entre 470 et 1400 milliards d'euros en dix ans selon l'hypothèse dérivée (Source FB). La France en serait pour 80-244 Mds€ et l'Allemagne pour 77-237 Mds€ selon l'hypothèse dérivée. Mais c'est la Grande Bretagne qui douillerait le plus avec une fourchette de 87-264 Mds€ sans prendre en compte le Brexit. Tous les autres pays seraient touchés jusqu'aux Etats-Unis et en Chine.

On savait l'Union européenne première zone économique mondiale mais sans doute pas à ce point ! Le Big Bizness va-t-il laisser faire ? Inutile d'envisager une quelconque opposition musclée des miquets que nous nous sommes choisi comme gouvernants. Les "gros cigares" ne se laisseront pas impressionner par qui vous savez, sauf à laisser les démagogues s'agiter dans les lucarnes bleues, la main sur le cœur et le menton haut. Alors quoi ?


La menace est l'espèce humaine, pas les bocaux de Nutella

La libre circulation des marchandises doit être maintenue le plus possible afin de préserver nos atouts : import-export, investissements industriels et logistiques, agriculture commerciale sont les atouts européens. Notre compétitivité internationale n'est pas un slogan, elle induit l'emploi et par ricochet le financement de nos modèles sociaux ; elle est donc primordiale pour tous ceux qui n'émargent pas au payroll public. Dans le mensuel NPI, Nathaly Stey nous précise que les contrôles aux frontières intérieures de l'UE, en diminuant la fiabilité des délais de livraison, mettrait à mal les schémas de production décentralisée faisant appel à des produits semi-manufacturés en provenance de plusieurs pays européens. A terme, une telle évolution aurait des conséquences sur l'accueil d'investissements sur le territoire européen. L'abandon de Schengen aurait surtout un effet très lourd sur les travailleurs frontaliers (source NPI).

La logique voudrait donc que l'on sépare les flux - le fer d'un côté, le steak de l'autre - et que l'on privilégie pour y atteindre le fret massifié et le report modal. C'est bien la route ouverte à tout le monde qui crée le problème "Schengen". Deux vecteurs hors-route sont convoqués à cette spécialisation, la voie d'eau et la voie ferrée. Par chance elles participent à l'équation environnementale. Favoriser le report modal consiste à mettre côte-à-côte le navire de haute mer, la barge fluviale et le train-bloc au détriment du camionnage qui atomise le transport et suscite les contrôles (comme à Calais). L'Europe occidentale a tout le savoir-faire nécessaire pour améliorer son report modal et elle peut investir dans la séparation des flux routiers en approche des frontières si on en reste au schéma de frontières intérieures blindées. Les passagers seront, eux, bombardés de rayons dans les gares, aérogares, et postes douaniers jusqu'à la généralisation de la biométrie partout. Nous vivrons alors une époque formidable de flicage global comme ne pouvaient l'imaginer les polices communistes dans leurs rêves les plus fous. Non ? Alors quoi ?


Passer à l'offensive serait plus économique et moins liberticide

Effectivement, on pourrait moins se défendre et attaquer plus. En commençant par chez nous ! Quand un gouvernement, normalement monté, décidera-t-il de purger les "quartiers" de leur armement ? On sait faire parce que l'histoire nous a montré comment faire. On sait aussi spécialiser la procédure aux populations intéressées. Expliquer cela dans ce blogue contreviendrait aux lois, mais...

Priorité au renseignement : le renseignement offensif doit être ciblé par économie des moyens et commandé par des gens intelligents et non par des courtisans. Les résultats doivent être traités à part selon des procédures légales adaptées, supervisées par des parquets spécialisés. Ces résultats doivent être mis hors d'état de nuire et leur environnement neutralisé pour de bon tout en préservant les ratières utiles. Autant dire que le cadre légal pourrait mieux faire. Mais ceci serait un chapitre supplémentaire qui nous départirait de notre sérénité proverbiale.


En conclusion, pour mettre efficacement nos concitoyens en sûreté, nous avons le choix entre le flicage global qui a la faveur des esprits simples et l'attaque frontale de la menace. Pourrons-nous attendre treize mois ? Peut-être !

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lundi 29 juin 2015

Grands travaux technocratiques

Qui a dit (récemment) « la démocratie est ainsi faite que les Parlements et les opinions publiques passent parfois des mois, sinon des années, à discuter de sujets absolument mineurs, (comme le nombre de dimanches d’ouverture de quelques magasins), et zéro minute sur des sujets structurant pour des siècles l’avenir d’un pays » ?

Nous dirons un "réveillé", comme il s'en compte de plus en plus : quelqu'un qui découvre la relativité du sacrement démocratique ; c'est Jacques Attali sur son blog de l'Express, le 3 juin 2015. Notre démocratie latine est incapable de bâtir l'avenir sauf à des coûts surenchéris par l'emprunt et la concertation démagogique. Elle est plus lente que toutes ses soeurs du Nord. Ses projets, quand ils sortent enfin, restent parfois inachevés par le changement de majorité politique. Pour fixer les idées, citons le bouclage des périphériques franciliens A86 et A104, l'un achevé sous péage avec 30 ans de retard, l'autre inachevé depuis 20 ans par manque d'autorité, excès de précautions et protections.

(cliquez pour augmenter)

Le cas d'espèce débattu par Jacques Attali est une alternative d'investissements lourds entre le grand port d'Ile de France, Rouen-Le Havre, et le canal à grand gabarit vers le Benelux, dit Seine-Nord. La Commission européenne devrait dire d'ici à fin juillet 2015 si elle participe au financement du dit-canal et à quelle hauteur (+/-40%). Même s'il est doué pour mettre en perspective l'avenir, Attali pose une équation d'exclusive qui partout au Nord n'aurait pas lieu d'être. Il soutient que le pouvoir choisissant Seine-Nord ouvre la route aux chargeurs vers la Mer du Nord contre la vocation naturelle du Havre à irriguer la région parisienne (voir son article de l'Express en cliquant ici). Or, on n'a pas à choisir entre ces deux axes, on doit les combiner pour valoriser tous nos atouts. Nous ne devons pas sacrifier le Havre ou Rouen au profit d'Anvers-Gand mais nous ne sommes pas armés intellectuellement pour les englober dans un projet d'aménagement de tout le nord-ouest de la France parce que ce pays n'a pas son grand projet : il bricole.

Afin de caler le sujet en complétant l'analyse d'Attali, nous rappelons que la logistique n'est plus de nos jours l'organisation des débouchés de l'entreprise mais une fonction stratégique de l'aménagement du territoire qui tend à capter les flux de valeur ajoutée pour s'en nourrir. Gênes, Barcelone, Marseille, Le Havre, Felixstowe sont des ports nationaux qui desservent leur pays quand Anvers, Gand, Rotterdam, Brême, Hambourg sont des ports internationaux d'éclatement disposant d'un hinterland ramifié et qui irriguent très loin derrière eux. Le programme d'European Rail Shuttle Railways en est une démonstration, qui à un moment déchargeait à Lyon et à Milan depuis Rotterdam ! On a pu les calmer, mais la concurrence renaîtra plus forte. Attendre et voir est la pire des positions. Il faut mettre le paquet dans les compartiments gagnants du pays, la France du nord-ouest en est un. Sa compétitivité augmentée déclenchera le détournement à notre profit de plus en plus de flux logistiques de la zone atlantique nord-est. Du moins c'est le but : faire de la valeur ajoutée ici plutôt qu'au Benelux.

Avec Seine-Nord, il s'agit d'améliorer l'hinterland des ports normands et de Paris par les canaux de gabarit européen et de profiter de retombées économiques le long des voies fluviales et autour des plateformes multimodales, plutôt que de spécialiser le port du Havre dans l'approvisionnement rapide de Gennevilliers en camions ! Passer de la mer au fleuve et du fleuve au canal, quoi de plus "naturel" ? Dans les années 70 on a ainsi tenté de faire entrer Dunkerque dans l'interactivité des ports belges, en vain car cela déplut aux syndicats de rentiers. La situation sociale de Dunkerque s'est redressée depuis avec une nouvelle génération de dockers, mais le train d'opportunités est passé. Il faut attendre le prochain. En revanche, pour la vallée de la Seine c'est maintenant qu'il faut bouger ; l'affaire n'a que trop duré. Paradoxalement Dunkerque et Rouen seront dès lors interconnectés au gabarit européen.

Jacques Attali
Le lecteur trouvera en note (1) ci-dessous, un commentaire technique d'un ancien de la batellerie, particulièrement au fait des défis logistiques pour avoir navigué longtemps dans le secteur Europe nord-ouest, texte parfaitement éclairant sur les décalages français qui semblent irrémédiables avec la classe politique actuelle. Jacques Attali, pour sa part, termine son billet de dépit :
« Deux ans avant le cinq centième anniversaire de la création du Havre², on vient de mettre un clou sur son cercueil. Et ceux qui, depuis des décennies, pensent qu’il faut aider Rouen contre le Havre, finiront peut être par comprendre que la mort de l’un précédera de peu la mort de l’autre. Suivra ensuite celle de Paris. Ceux qui auront pris cette néfaste décision ne seront plus là depuis longtemps ».

Les travaux du Havre ne se limitent pas à l'autoroute ferroviaire, monsieur Attali (cf. son blogue). La profession consultée nous renvoie au dossier ad hoc du journal Le Marin qui dans son numéro du 12 juin 2015 fait dix pages sur l'Axe-Seine (pages 31 à 41). On y voit les Normands se battre avec courage pour relever le défi d'entrer au club du Range Nord par Le Havre ; Rouen de son côté étatisant sa résistance par défaut d'un transit-time concurrentiel.

Une agence de bassin, le GIE HAROPA², a été créée en 2012 pour mutualiser à l'international les synergies entre les ports de la Basse Seine pour sauver Rouen et Paris par la voie d'eau. C'est déjà un guichet unique (mais pas exclusif) pour les formalités douanières qui vise aussi les autres maillons de la chaîne logistique. Alain Vidalies, ministre des Transports nous en touche un mot : « L'objectif de HAROPA est de constituer la Supply Chain d'un bassin de vie de 25 millions de consommateurs et de participer activement à la création de valeur ajoutée et d'emplois d'un nouveau territoire unifié par l'axe Seine [...] Fonctionner en synergie doit permettre aux trois ports de mieux répondre aux attentes des clients. C'est notamment la clef pour formuler des offres de bout en bout, du port maritime au dernier kilomètre, en optimisant coûts et CO². C'est aussi la bonne échelle pour développer des systèmes d'information et d'intelligence logistiques qui seront les avantages concurrentiels clés de demain.» D'où l'accent mis sur l'immobilier d'entreposage tout au long du corridor pour gérer le transport massifié. Fin 2014, HAROPA administrait déjà 2,7 millions de mètre-carrés.

Concept minimaliste du parc éco-industriel Calvados-Honfleur

L'argument de fonds du GIE est d'être par Le Havre le premier gros complexe portuaire atlantique touché à l’import en Europe et le dernier quitté à l’export, ce qui est vrai. Mais l'avantage géographique doit être valorisé par des hommes motivés et intéressés. Sans méjuger des qualités techniques des équipes impliquées, on jugera de l'efficacité du "guichet commercial unique" avec le temps. Les hommes politiques, maîtres et seigneurs en France, ont hésité trop longtemps à trancher sur un sujet dont ils apprécient peut-être mal les retombées, car le tempo de la mondialisation n'est pas le leur, encadrés qu'ils sont de deux élections rapprochées. Nos voisins du Nord ont le même type de régime mais il y existe un consensus national sur la nécessité d'infrastructures gagnantes que nous n'avons pas dans notre désordre gaulois.


Notes :

(1) Réponse au billet de Jacques Attali paru dans l'Express n°3335 du 3 juin 2015 :
JC Malbrunot
« Si l’auteur est homme d’esprit et possède une bonne plume, à mon simple point de vue de batelier retraité qui a effectué souvent des manutentions dans les ports du nord (Anvers, Rotterdam, Amsterdam, Hambourg), quand d’aventure je trouvais du fret à Rouen ou au Havre, j’avais l’impression de venir dans des ports fantômes ! Quand Le Havre annonce 68 millions de tonnes et que Rotterdam réalise 440 millions de tonnes, c’est déclouer le cercueil qu’il faut faire pour sa résurrection ! Un Hollandais m’avait dit un jour «vous les Français vous ne saurez jamais tirer profiter vos voies d’eau» ! J’ai traduit, qu’avec la géographie que nous avons, nous étions des nuls !
Jamais les Hollandais n’auraient fait Port 2000 sans le raccorder au canal de Tancarville ! Avec la Seine, le port du Havre a une position stratégique pour desservir l’Ile de France, mais bien mieux encore, il reste quelques travaux pour terminer la mise au grand gabarit jusqu’à Nogent-sur-Seine dont une écluse qui fera peut-être 110 mètres entre deux écluses de 180 mètres en service, et le chantier traîne en longueur, il faut encore attendre 2020 pour en voir la finalité !
Avec une position aussi privilégiée, comment Le Havre, pour le 500 ème anniversaire, ne pourrait-il pas atteindre les 5 millions de conteneurs, et doubler son tonnage ? Les camions sont incontournables, le chemin de fer tout autant, mais sortir l’artillerie lourde pour que ne se fasse pas le canal Seine-Nord, c’est porter une fois de plus un mauvais coup au mode fluvial. Tout le long du Canal Albert de Liège à Anvers, il y a des entreprises et le canal Seine-Nord peut-être lui aussi être un puissant vecteur économique avec ses plateformes multimodales.
A mon avis, c’est manquer d’ambition pour nos ports maritimes que de ne pas mieux valoriser la voie d’eau ; le plus à craindre c’est notre manque de culture fluviale, et avoir peur du canal Seine-Nord en est encore la triste démonstration ! Pas besoin du canal Seine-Nord pour que les Hollandais nous envoient depuis Rotterdam des camions de toutes nationalités, ce qui nous fait perdre près de 20% d’emplois dans notre secteur routier !» (J-C. Malbrunot)

(2) Le Havre de Grâce fut fondé en 1517 par le roi François Ier sur des marais que viendront assécher des entreprises hollandaises (déjà !). Le GIE HAROPA diffuse ses ambitions sur un site auquel on accède en cliquant ici. Ceux qui veulent enrichir l'étude de cas liront avec profit le rapport Gay-Granier-Plantrou de 2013 sur la Basse Seine et Paris en cliquant trois fois ici, et .


mardi 17 février 2015

Il faut aimer les Pays-Bas

Le gouvernement français fait une crise d'urticaire médiatique pour combattre les monstres qu'il a enfantés (lui et tous les autres avant lui). On sent une énergie incommensurable dans l'agitation que redouble encore le vacarme des radio-télévisions qui bouffent littéralement sur les morts. Les ministres courent partout comme des canards sans tête. Des voix, peu nombreuses, détonnent qui réclament que l'on distraie un peu de cette énergie pour combattre le chômage qui atteint des proportions sud-américaines chez nous ! En pure perte et pour deux raisons :

La seule mesure efficace n'est pas de faire mais de défaire. C'est la totale libération de l'esprit d'entreprise qui créera de l'emploi. Ce n'est pas une incantation, il suffit de regarder où les emplois se multiplient. Défaire commence pas l'incinération de centaines de lois, codes, décrets et ordonnances qui sont un carcan de plus en plus insupportable à tous, sauf bien sûr aux "normateurs" qui vivent de ce carcan. Inutile de faire la liste. Le sémillant Macron a porté le fer dans un millième des contraintes stupides françaises. Il n'ira pas plus loin, sauf se proclamer dictateur à la romaine le temps de la purge. Je voterai pour lui au plébiscite qui suivra.

La seconde : A l'exclusion du précité, les gens de gouvernement sont des puceaux économiques qui n'ont aucune vibration entrepreneuriale et ne savent donc pas ce que veut dire "libérer l'esprit". Il est donc exclu qu'ils ressentent en eux cette vérité économique qui, avouons-le, croise à 90 degrés toute leur idéologie socialiste de prédation d'une classe pour nourrir l'autre ! En plus, ils sont tous nourris par la Cantine socialiste depuis la maternelle. Mais ne l'avons-nous pas méritée cette clique dépassée ? ils ne sont pas venus au pouvoir par un coup d'Etat mais par les suffrages de la majorité imbécile qui se dit être le peuple français. Belle démocratie que celle où règnent les cons.

Je termine par un exemple personnel, ce qui n'arrive pas souvent ici.
A la moitié du troisième âge, j'aurais l'envie de renouer avec une activité exercée précédemment pour meubler mes jours et pimenter aussi ma retraite. J'ai des connaissances, des relations, de bonnes références bancaires. A l'idée de l'avalanche de formulaires, déclarations, avances sur cotisations, avis des explicateurs de la jongle (experts comptables, conseillers fiscaux...), mon prurit entrepreneurial se calme vite. Nous sommes des milliers dans ce cas à préférer finalement bricoler dans notre garage ou relire Montaigne.

Et pourtant, les contrats que j'obtiendrais seraient pure valeur ajoutée pour l'économie de mon pays et fourniraient des heures de travail à des manufacturiers français par exemple et à quelques prestataires de services. J'ai appris que c'était facile aux Pays-Bas. D'accord, il y a moins de têtes ahuries dans les allées du pouvoir que chez nous et c'est tout un peuple qui a la fibre bizness, mais il faut aimer les Pays-Bas.

Ils ont des rois en plus ! C'est moins tarte !




mercredi 9 avril 2014

L'Esprit de l'horizon

Demain matin au Shangri-La Hotel de Paris se tiendra un symposium international sur l'Accord de partenariat transatlantique. Il est précédé ce soir d'un grand raout au Cercle interallié où les protagonistes viendront parler de leurs vacances de ski. L'événement a été annoncé sur LaFauteàRousseau dans la rubrique "La Patte à Catoneo" le 25 février. Il entre en archives Royal-Artillerie.

[crédit Fine Art America]

Qui se souviendrait de Hendrick van der Burch sans son tableau Les Joueurs de cartes qui récite déjà la mondialisation¹. On est en 1660. Le chapeau est en castor du Canada, le motif des carreaux de sol est chinois, le pichet en faïence de Delft imite la porcelaine de Canton, le tapis est turc, la carte marine invite à rêver, le jeune serviteur d'importation aux boucles dorées en livrée chamarrée regarde le jeu, surpris. La fillette repose son chien sur un coussin en brocart de soie italienne à l'insu de sa mère qui bluffe. Les fenêtres nous séparent de l'ailleurs qui est partout présent dans la pièce. L'officier regarde cet ailleurs d'où provient la lumière blanche de Hollande, au ras de la mer.
Nous sommes au faîte de la puissance de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Les Provinces-Unies débarrassées de la tutelle espagnole repoussent leur horizon. C'est leur Siècle d'or. Les Hollandais écriront après les Portugais une des plus belles pages d'histoire du commerce international. Les comptoirs ont disparu, l'esprit demeure.

L'horizon de l'ermite est un trait

Pour tous les autres, il bouge. Sauf à croître et embellir sur place dans un immense empire borné de montagnes et de mers comme le fit le Cathay, les nations dominantes bougent l'horizon. Irrépressible syndrome du découvreur, faim des espaces cachés, fantasmes d'immensité, richesses, épices, femmes adorables inconnues, eldorado, c'est la mondialisation annoncée. L'affaire est vieille comme la race humaine. L'homme marche, que voulez-vous.

Nos lecteurs les plus vieux se souviennent de la conquête chinoise franco-anglaise dans leurs livres d'histoire, les autres achèteront des ouvrages sur liseuse pour apprendre ce que fut la mise au joug de l'empire décadent des Grands Tsings par les barbares mécanisés que nous fûmes avant eux. On les battit au canon ; puis nous fîmes ouvrir de force leurs ports au commerce impérial jusqu'à pourrir sciemment leurs moeurs par la commercialisation de l'opium. La ratification d'accords sous la menace fut réunie sous le terme de "traités inégaux" ; et ça continue mais ici : à notre tour, nous sommes un peu les Grands Tsings du jour.

L'Europe proie

Nos empires jadis privaient de lit le soleil, l'Europe a fini de "bouger l'horizon". Elle sédimente sur place, elle vieillit et se dégrade lentement vers ce qui restera à la fin, un grand marché ouvert aux quatre vents. Sera-ce le terrain vague à tout le monde comme on le dit des filles publiques ? Non !

La fille aînée de l'Europe entend capter l'héritage décadent dès à présent pour se nourrir des derniers sucs du pré-cadavre de sa mère et ne rien laisser à ses contempteurs aussi affamés qu'elle. Elle nous force à un traité inégal, mais librement consenti par ceux qui en espèrent des avantages personnels pour eux et leurs familles. On l'appelle Accord de libre-échange transatlantique, ou Transatlantic Trade and Investment Partnership² (TTIP). Des hallucinés chantaient l'Europe de l'Atlantique à l'Oural, les Américains vont réussir l'Atlantique de Hawaï à Brest(-Litovsk) ! Même pas peur !

On parle aussitôt chez nous de boeuf aux hormones, de maïs transgénique, d'obésité et d'abêtissement culturel. A cet égard, on fait mine d'oublier certains combats réactionnaires nés aux Etats-Unis qui foisonnent maintenant sur le vieux continent pour freiner la gangrène gazeuse de nos lois. Bref, les paramètres en analyse sont nombreux. Au-delà des tracts de promotion édités par les services gouvernementaux, il serait utile, avant de continuer à brailler, de toucher du doigt ces réalités promises. Justement ça tombe bien ! On passe maintenant en mode OACI :

The Future of Transatlantic Trade sous-titré (Building an integrated transatlantic marketplace: TTIP and Beyond) est un symposium³ qui se tiendra au Shangri-La Hotel de Paris le 10 avril 2014.
Je traduis la bande-annonce :
"Tandis que la croissance des marchés économiques émergents est en train de ralentir, l'Ouest recherche des accords commerciaux régionaux tels que le TTIP entre l'UE et les Etats-Unis pour stimuler la croissance économique globale. Ce partenariat, s'il est conclu, devrait accroître le PIB global et créer des opportunités pour de nouveaux emplois. Selon le Centre de Recherche en économie politique, un accord transatlantique d'ensemble devrait accroître le PIB de l'Europe de 70 à 120 milliards d'euros et celui des Etats-Unis de 50 à 95 milliards."

Suit la liste des intervenants : Speakers
Puis l'inscription à 1290€ + TVA récupérable, si vous réglez avant le 14 mars, et 1490€ après cette date (les abonnés au Washington Post ont 30% de remise).
Coordonnées :
Dii agency - European Voice - 164 boulevard Haussmann 75008 Paris
Tel : +33 1 43 12 85 55 - Fax : +33 1 40 06 95 26
adresse email : register@europeanvoice.com

D'après les organisateurs, les questions primordiales sont au nombre de quatre :
- Quel impact attendre des élections européennes et américaines de 2014 sur les négociations transatlantiques ?
- Quels sont les obstacles possibles à cet accord ?
- Comment le TTIP affectera-t-il les émergents et le commerce mondial ?
- Quel futur pour le commerce transatlantique si l’accord n’aboutit pas ?

Il ne s'agit rien moins que d'un marché commun intégral

Cette affaire est plus importante que toutes les dérives sociétales (réversibles) et tous les reniements doctrinaux du pouvoir parisien (révocable), sans parler des élections pour de rire dont beaucoup attendent tant et qui ne changeront rien car le Système est construit contre elles.

L'accès aux salles de la négociation officielle du TTIP nous étant toujours barré, à nous et à tous autres, je suis tenté de recommander aux responsables de tout mouvement souverainiste d'envoyer son "reporter" au symposium du Shangri-La pour connaître la vérité au coeur des attentes d'acteurs économiques globaux ; cent cinquante décideurs-clés sont annoncés. Car ce ne sont pas les textes qui priment, même en droit écrit, mais la lecture qu'en font ceux qui les appliqueront. Ne pas se contenter donc du truchement de MM. Chevènement, Védrine, Quatrepoint ou Philippot ; analyser par soi-même et commenter à la source.

On peut aussi assister au pré-programme de la veille 9 avril qui réunira les principaux protagonistes du symposium au Cercle de l'Union interalliée à Paris de 17h30 à 19h00 pour 250€ seulement, sur le thème "What’s going on in Washington ?" ; pour se faire des potes.
Repousser l'horizon ? Appel aux dons.


Notes :
(1) Dix ans plus tard, Pieter De Hooch qui fut son maître et dont la cote est bien supérieure, recomposera toute la scène mais sans la 'mondialisation' dans son Couple jouant aux cartes avec une servante (clic). Pour la petite histoire, le tableau de Van der Burch était au musée de Detroit, ville ayant déclaré sa banqueroute ; il n'y est plus.
(2) Le projet de TTIP de la Commission européenne tel qu'à l'origine est ici (v.2/07/2013).
(3) Le site de l'événement au Shangri-La : Transatlantic Trade.

PS : certains sont très contre. Ils s'appellent Les moutons enragés (clic).

PPS : une réaction d'ATTAC en voirie devant le Shangri-La :




mercredi 20 février 2013

Crâne alibi

Il n'est pas de site royaliste sauf un - vous y êtes - qui n'ait fait ses choux gras de la tête momifiée d'Henri IV. On (oui c'est anonyme, laisse comprendre Royauté-News) vient de créer ex-nihilo un Conseil pour les Funérailles du Chef d'Henri IV. Osons croire que la messe mortuaire sera célébrée à Notre-Dame de Paris où le roi mort passa une première fois et que les cours européennes délégueront ! Jusqu'à présent l'authentification de la pièce par comparaison des ADN aux frais de l'aîné des Capétiens n'a abouti qu'à la remettre au coffre dans une chambre forte dont je tairai le nom. J'ai lu incidemment que Mgr Henri était fort rigolard de cette affaire qui n'a servi qu'à faire mousser son contempteur à nul autre effet que d'avoir une demi-colonne dans le journal, lui même ayant obtenu la sienne en réplique. Plutôt que ce duel archi-rejoué - scène 3 Utrecht 153ème Clac ! - on aurait attendu de nos messeigneurs qu'ils enfonçassent la porte de notre insondable Connerie, sans tourner clef ni poignée, mais d'un grand coup de latte à la Monluc. Car il y a urgence.
Je ne sais si les chiffres vous lassent comme le prétendent les fabricants d'opinion qui nous prennent pour des cafres, mais ils se gâtent en continu, et augurent de lendemains qui chantent en grec. D'ailleurs François Normal est allé à Athènes pour s'en faire une idée et au passage, s'essayer à l'insulte tragique, un registre peu travaillé en diplomatie, puisqu'il va proposer à l'Etat noyé jusqu'aux yeux dans la Dette et dont le peuple bouffe des rats, la vente en leasing de deux frégates de génération FREMM. C'est vrai qu'il a fait HEC.

une Fremm à 640M€/pièce, lisse
La cambrure avantageuse du chef français était au comble du ridicule à vouloir faire le grand frère attentionné si l'on sait que toute l'affaire est entre les mains de la chancellerie de Berlin et que les chiffres du premier émetteur de dette de l'Eurogroup (nous) sont catastrophiques : déficits publics tous accrus, dette souveraine et sociale en gonflement régulier, récession économique établie, déficit commercial honteux. L'Italie dont nous nous moquons avec condescendance finit 2012 avec un excédent commercial de 11 milliards d'euros !
Qu'en disent nos princes ? Que dalles ! Gueux ! Mgr Henri, qui devrait choisir un autre sujet, a reçu Le Figaro dans ses appartements parisiens pour manifester son effroi de l'apocalypse qu'ouvre le mariage gay ; son fils, Vendôme, a bravé la froidure de la Porte Maillot pour participer à la Manif pour Tous contre cette avancée sociétale ; le cousin d'Amérique a signé une belle lettre confirmant son émoi, même si l'Espagne a depuis longtemps franchi la ligne rouge. Merci à tous déjà, mais on est loin du compte. Il ne faut pas retourner à son bénéfice le leurre qu'utilise le pouvoir à masquer son impéritie, pour éviter de se compromettre sur les grands sujets décisifs toujours prégnants derrière ce fumigène socialiste. Il faut parler régime politique, calibre de l'Etat, modèle économique, modèle social, place du pays dans l'Europe institutionnelle, rang diplomatique assumé, etc... sans se priver peut-être d'élaborer un vrai Projet pour la France, ou ce qu'il en restera !

Alors gentils princes messeigneurs, veuillez remettre le crâne du Vert Galant au conservateur du Château de Pau, et ouvrir en vos différents instituts des séances de travail sur les questions qui saignent, ressortissant au domaine régalien, dit en passant, et nous épargner "ma vie, mon oeuvre", le segment historique étant jusqu'ici peu rempli. M'est avis que si Henri de Navarre retournait parmi nous, il botterait le cul de la grande fratrie bourbonnienne en leur demandant qu'est-ce qu'ils glandent foutrrrebleu ! Et si nous étions sérieux, ensemble ?


Le Roi au siège de Paris

jeudi 24 janvier 2013

L'Allemagne s'est réveillée, à qui le tour ?

C'est la semaine franco-allemande. Après le billet de l'AF2000 pour le traité de l'Elysée, le Piéton du roi pousse plus loin l'analyse de la relation Paris-Berlin. L'Allemagne de Schröder et de Merkel a retrouvé son hégémonie technologique de la Belle Epoque. Nous n'avons rien qui y ressemble, sauf peut-être dans quelques domaines de pointe qui, rassemblés en pied de page, ne font quand même pas une hégémonie.

Reichskanzler von Caprivi (1890-1894)
A la charnière ouvrante du XX° siècle, tout ce qui avançait comme progrès était allemand ; la chimie, l'industrie teutonne et même le savoir dispensé dans les instituts avaient dépassé la référence britannique. La "qualité allemande" déjà ! Edward Luttwak en fait une description saisissante dans son bouquin The Rise of China vs. the Logic of Strategy. Prenons le temps de le lire (ndlr : traduction RA en mode "belle infidèle"):
Ça vaut la peine de rappeler que vers l'année 1890 l'Allemagne avait pris le dessus sur la Grande Bretagne dans l'innovation industrielle, captant ainsi des marchés globaux, accumulant des capitaux qui finançaient ensuite d'autres innovations pour surpasser le modèle secteur après secteur. Dans l'industrie, fondamentale jadis, de l'acier, l'avantage technologique allemand s'accroissait ; dans celui, primordial alors, de la chimie, il était absolu déjà ! Ceci facilitait la supériorité de l'Allemagne dans d'autres formes de fabrications, comme par exemple l'industrie électrique. Les entrepreneurs ou les managers britanniques n'étaient pas assez formés pour faire plein usage des sciences et des technologies, et dans tous les cas c'était les universités allemandes et non pas anglaises qui faisaient avancer ces sciences et technologies ; et la plupart des enseignements rattachés. De plus, dans les mines et usines anglaises, les syndicats ouvriers résistaient fortement à l'introduction de techniques et machines réduisant le travail des hommes, comme à la plupart des innovations. Grâce au premier schéma au monde de pensions de vieillesse et d'invalidité, ainsi qu'à une assurance maladie-accidents, et tout autant par la persistance d'un large paternalisme industriel, les ouvriers allemands se sentaient plus rassurés et plus ouverts à l'innovation. L'avantage allemand tenait aussi au "système" allemand : le dit-Consensus de Berlin fut plus efficace que le pragmatisme de la débrouille célébré par les Anglais.
Chaque pays était une démocratie parlementaire avec un monarque chef de l'Etat, mais les pouvoirs constitutionnels plus forts de l'exécutif allemand furent utilisés non seulement pour contenir l'opposition parlementaire mais encore pour guider l'investissement vers l'innovation la plus large. Un résultat en fut le régime de pensions d'Etat, destiné à être copié dans le monde entier ; un autre fut que les pays allemands nouvellement unifiés furent desservis par un réseau de chemins de fer beaucoup plus efficace que les 120 compagnies ferroviaires anglaises qui quittaient Londres de multiples gares non connectées entre elles, et dont certaines lignes couraient parallèlement au concurrent sur de longues distances pour atteindre différentes gares dans la même petite ville. La centralisation allemande eut une influence sur l'industrie elle-même en favorisant l'émergence de puissantes compagnies amalgamées qui pouvaient financer une recherche et développement systématiques quand leurs concurrents britanniques ne le pouvaient pas. Ceci montrait que les Anglais ne devaient pas raisonnablement espérer combler leur retard. La supériorité allemande en toutes choses n'était qu'une question de temps, tandis que dans l'enseignement général la compétition était déjà terminée : en 1900, même dans les universités anglaises, il était impossible d'étudier des sujets aussi variés que la chimie ou la poétique grecque sans connaître d'abord l'allemand, alors que l'anglais n'était nécessaire que pour la littérature anglaise. En finances, la génération de capital plus rapide d'une économie allemande plus dynamique prévalut à la fois sur l'expertise et sur les connexions globales des banquiers mercantiles de Londres, adossés à l'avantage que représentait la livre sterling, LA monnaie de réserve mondiale alors. Les Warburgs de Hambourg dépassèrent les Rothschilds de Londres ; et les plus grandes banques anglaises étaient déjà éclipsées par la Deutsche Bank, devenue la plus grosse du monde en 1914, et de loin la plus pointue dans le financement de l'industrie.
Sur la base de 1890 en appliquant une projection réaliste à trente ans, par le bénéfice des industries les plus avancées au monde, les meilleures universités, les banques les plus riches et la société relativement la plus harmonieuse grâce à son Etat-providence, l'Allemagne de 1920 aurait dû se trouver supérieure en tout à une Grande Bretagne de plus en plus vieillie. Au lieu de quoi, en 1920, l'Allemagne était vaincue, ruinée et destinée à un autre quart de siècle de désastres...(Luttwak, The rise of China - Chapter Seven, The Inevitable Analogy) - nous reprenons la main !


Ainsi l'Allemagne de jadis était pratiquement première en tout sauf dans un domaine : la stratégie. Première de la classe, l'Allemagne prit le melon et décida d'entrer dans la compétition mondiale que se livraient alors la France et l'Angleterre par leurs empires. Un domaine n'était pas de niveau pour rivaliser en vraie grandeur : celui de la marine de guerre. Son orgueil ne pouvait se satisfaire d'une flotte de sûreté côtière en mer Baltique. Il lui fallait montrer le pavillon sur l'océan. Les lois de construction de tonnage se succédèrent de 1898 à 1912. L'hubris de la suprématie militaire se saisit de ses dirigeants, puis de ses élites, et elle ne vit pas qu'elle donnait prise à ses deux contempteurs qui jusque là n'arrivaient pas à suivre au plan économique. La guerre est une grande niveleuse, et se créa progressivement une formidable opposition étrangère dans le registre polémologique, qui précipitée en coalitions, en moins de 50 ans vint à bout du succès germanique.

Un Spitfire engageant le Bismark dans un fjord


Les dirigeants allemands d'aujourd'hui ont appris la leçon. La guerre et la diplomatie d'orgueil jamais plus. On règne par le travail, le sérieux, le bon sens germanique et la considération que nous renvoient les clients. Le souvenir de l'Allemagne dominant économiquement l'Europe par son seul génie national est très présent et montre la bonne et la mauvaise voie. Les Français eux n'ont rien appris ! Bien sûr, ils pensent avoir gagné la guerre - mais qui gagne une guerre civile européenne ? - donc ils pensent avoir raison. En conséquence de quoi leur système est le meilleur, certes révisable à la marge dans les périodes de basse conjoncture ; et la France, mère des Droits, est un grand pays, aimé, envié, écouté, qui dispose d'un siège permanent au Conseil de Sécurité de l'ONU à parité avec d'immenses empires comme les Etats-Unis, la Chine, la Russie. En réalité nous sommes ignorés autant que nous ignorons les autres, et notre suffisance universelle est le pire obstacle à nos efforts.
Chez nous, la médiocrité intellectuelle des malins parvenus au pouvoir nous prive de tout projet national capable de capter l'adhésion des Français, mais pire encore, de tout projet présentable pour l'Europe qui a la taille requise pour affronter les défis de tous ordres lancés par les anciens empires revenus en surface. Pourtant nos voisins nous attendaient à ce niveau ; l'Europe, c'était quand même nous à l'origine ! C'était avant ! Avant que nous ne laissions les rênes de l'Europe à des rastacouères polyglottes sans vista ; avant que nous n'étalions notre banqueroute au su de tous ; avant que nous redoublions d'arrogance en exigeant de l'Allemagne de l'inflation chez elle pour nous guérir chez nous.
Et si nous commencions par redevenir sérieux, peut-être parviendrions-nous à convaincre Berlin que nos thèses de croissances imbriquées sont efficaces et profitables à tous ? Mais quel crédit pensez-vous que nos partenaires accordent à Ayrault, Moscovici ou à Cahuzac ? A la tête de l'Eurogroupe ils ont préféré mettre un illustre inconnu néerlandais de préférence à notre "brillant" ministre des Finances mal rasé.

Malgré les gesticulations hystériques de la présidence française du Conseil européen activées par l'équipe Sarkozy, les observateurs sont pessimistes sur notre force de conviction à cause justement du décrochage entre partenaires franco-allemands. Ça remonte à dix ans. La navigation de conserve a cessé quand Chirac a planté Schröder en 2003 sur les réformes de société, après avoir convenu que chacun d'eux ferait un grand azur chez lui. Le chancelier allemand lança son Agenda 2010. Le président français fit de la politique au fil de l'eau, comme le chien crevé de la fable. Il faut avouer qu'avec la palanquée de connards dont il s'était affublé après avoir rossé Le Pen par 82 à 18, il ne pouvait aller loin. Depuis, le navire Allemagne a fait sa route, il en a une, il est désormais loin, on voit la fumée des cheminées sur l'horizon. Toujours à quai, nous nous disputons sur des broutilles et les cales sont pleines d'eau. Personne ne veut pomper, personne ne sait qui attend quoi. Les ministres-bureaucrates tournent en rond, guettant un sourcillement de Valérie Trierweiler ! Le temps passe à évoquer des pince-fesses, à se "placer" pour la suite, à faire une bonne communication. Une ambiance finalement très Louis XVI.
Ah si ! Nous avons un ministère pour gérer l'exception culturelle que le monde nous envie. Les autres n'en ont pas !

Pour finir sur une note plus heureuse qui va contraster avec cette météo pourrie qui nous poursuit, réitérons nos atouts. Nous sommes bons voire très bons en astronautique, aéronautique, missilerie, génie naval, énergie nucléaire, biochimie, aciérie, bancassurance, génie civil, traitement et distribution de l'eau, agro-alimentaire, tourisme, films muets, lingerie fine et gastronomie (veuillez ajouter un domaine oublié en commentaire ci-dessous. Merci.).
Autant de raisons d'espérer, non ? Quand la France se réveillera.





mercredi 26 décembre 2012

Boxing day à Florange

Ce billet est une commande récapitulant les billets précédents sur ce sujet. Elle est parue dans l'Action Française 2000 du 20 décembre 2012. Elle entre en archives RA le lendemain de Noël, jour férié de la St-Etienne en Alsace-Moselle (boxing day) .

Les quatre cents kilomètres à la mer pénalisent les deux haut-fourneaux de Hayange, dit-on au siège d'ArcelorMittal. Avant de poursuivre, précisons que Florange n'est que l'adresse des bureaux du site sidérurgique contesté, qui s'étire dans la vallée de la Fensch, au nord de Metz, sur un maillage ferroviaire privé exploitant 250 kilomètres de voies. Sur ce site intégré, on va du magma à la canette à boisson en partant du coke fabriqué à Serémange et du minerai aggloméré à Rombas vers les hauts-fourneaux de Hayange, qui coulent la fonte pour l'aciérie de Serémange-Erzange. Les brames passent aux laminoirs à chaud puis à froid, écrouissage, étamage à Ebange. Depuis l'arrêt de la phase liquide les brames viennent de Dunkerque, mais l'excellence est dans le train à froid dont ArcelorMittal ne veut se séparer car l'outil, qui livre entre autres les constructeurs automobiles allemands, est réputé pour sa qualité.

Ainsi que l'expliquait Serge Fuss de la CFDT après l'arrêt technique du second haut-fourneau, l'intégration complète du process, phase liquide et laminage à froid, est « un grand atout économique, car cela nous permet, par exemple, d’utiliser les gaz des hauts-fourneaux et de l’aciérie pour faire fonctionner les laminoirs. La sidérurgie est très haute émettrice de gaz à effet de serre, mais chez nous, le bilan carbone est beaucoup plus favorable qu’ailleurs : peu de transports, hormis le minerai qui arrive par voie fluviale, les expéditions qui partent par le même chemin ou par la voie ferrée, et des hauts-fourneaux qui polluent presque deux fois moins que nos concurrents, car nous maîtrisons l’injection de poussières de charbon qui freine la formation de gaz carbonique ».

Et d'autres mettent en avant que la clientèle des produits finis est à proximité, voire sur place à Florange même comme Tata-Steel Rail et Thyssen-Krupp Presta, et que la distance moindre des bassins industriels de transformation en aval amortit quand même un peu le coût d'approche des matières premières apportées de la mer.
Deux rapports ont conclu à la viabilité du site intégré : l'un officiel, établi par une commission ad hoc dirigée par M. Pascal Faure fut remis en juillet dernier au gouvernement qui semble-t-il ne l'a pas lu, sauf M. Montebourg ; l'autre, interne, déniché récemment par les syndicats, est réfuté par la direction financière de la firme qui n'aurait pas chargé la mule de tous les coûts induits qu'elle doit porter. Il y a pour le moins un gros doute. Le rapport Faure devrait être passé au crible d'un expert, un sidérurgiste (Francis Mer à tout hasard, ancien patron d'Usinor-Sacilor et ministre des finances de Jacques Chirac), sur la base des calculs faits par ArcelorMittal dans le deuxième rapport. Ce serait plus logique que de continuer la partie de poker-menteur entre MM. Mittal et Ayrault où l'on sait d'avance qui ramassera le pot.


Les HF de Hayange

On pourrait alors poser une question toute simple : pourquoi ArcelorMittal persiste-t-il à vouloir garder la cokerie de Serémange afin de fournir les hauts-fourneaux de Dunkerque qui retourneront les brames ainsi coulées aux laminoirs d'Ebange ? C'est son affaire, me direz-vous ! Mais vous tirez sur 400km le charbon primaire puis sur 400km le coke en retour et sur 400km ensuite les brames dans l'autre sens, détruisant l'économie de l'alternative. A moins que de stopper les deux hauts-fourneaux de Hayange ne sécurise l'importation de brames russes qui en 2011 arrivaient par vingt mille tonnes/mois !

Si après les deux rapports précités, il était confirmé pour la troisième fois par cette contre-expertise que le site intégré de Florange est viable économiquement, il serait alors temps de bloquer le dépeçage indien et d'exproprier l'opérateur « mondial », par tous moyens légaux, afin de conserver autant que faire se peut les bases industrielles lourdes qui nous restent, car c'est de la destruction de notre industrie dont on parle et pas que de six cents emplois.

L'affaire est éminemment politique, au sens noble. Elle devrait enthousiasmer un pouvoir socialiste ayant une affection particulière pour les masses laborieuses et démocratiques. Pas du tout. Eblouis, un peu jaloux, mais si contents d'approcher la Fortune, nos apparatchiks de province se sont laisser hypnotiser par Kaa le python du Livre de la Jungle ! Et pour apaiser les syndicats ahuris ils ont nommé le sous-préfet de Thionville(sic) "contrôleur" du développement des nouveaux processus sidérurgiques à très basses émissions de carbone (ULCOS en anglais) !

Edouard Martin, CFDT-Florange
Florange est, bien plus que Notre-Dame-des-Landes, le dossier risqué pour le pouvoir socialiste, parce qu'en matière de sidérurgie la vérité dérive au sein d'un marché libre impossible à maîtriser depuis Paris. Une seule voie, passer le projet à des professionnels de la filière aussitôt l'expropriation décidée.

L'absence criante de politique industrielle dont le ministère du Redressement productif n'est que l'alibi détesté, l'entêtement puéril d'un premier ministre robotique dépassé par les enjeux, la défiance des élus de terrain devant cette mollesse des chefs au premier choc sérieux, la liquéfaction continue de notre industrie et d'emplois non remplacés, tout concourt à lever un fort mécontentement dans le populaire qui peut emporter le gouvernement et ruiner la cohésion parlementaire. Mais la sidérurgie française vivra, faudrait-il passer sur le ventre du capital vagabond, parce qu'elle est la base même de notre renaissance !

dimanche 9 décembre 2012

Mirabel-NDDL même punition ?

Ce billet est paru dans le bimensuel L'Action Française 2000 du 6 décembre 2012, en page 2 Economie sous le titre "Un aéroport pour quoi faire ?". Il entre en archives RA.


C'était le plus grand aéroport du monde. On expropria 93000 arpents de bonne terre et qui furent reliés (sur plans) à la grande ville proche : train rapide, autoroute dédiée. Quatorze ans après son triomphe, l'Etat du Québec rétrocéda 81000 arpents à qui les voulait, la merveille technocratique était un échec sur toute la ligne. L'aéroport de Montréal est toujours Dorval, commissionné en 1941, amélioré et renommé Montréal-Pierre-Elliott-Trudeau en 2004. Il passe douze millions de passagers et accueille l'Airbus géant A380. Sa capacité sera portée à vingt millions. L'aéroport du futur qui devait le remplacer s'appelle Mirabel ; on l'a gardé pour le fret, l'aviation générale, et Bombardier y monte ses avions CSeries. L'échec du projet est dû à la distance accrue depuis le centre-ville et aux liaisons inachevées faute de crédits, ainsi qu'au maintien de Dorval. La concurrence d'aéroports internationaux à grand débit comme Toronto et Ottawa n'est pas non plus étrangère au ratage.

Montréal-Mirabel


L'Aéroport du Grand Ouest s'inscrit sur la même épure, à la réserve près que les autorités politiques forceront les compagnies à y venir, ce que n'a pas fait le Québec libéral. Il n'empêche que les liaisons posent les mêmes problèmes financiers entre Nantes et Rennes et la concurrence du hub intercontinental "Aéroports de Paris" à seulement deux heures de Nantes par TGV ressemble à celle qu'affronta Mirabel. L'aéroport actuel de Nantes-Atlantique à urbaniser ne sera pas décommissionné parce qu'une usine Airbus y travaille et emprunte sa piste de 2900m pour enlever sa production vers Toulouse. Personne ne poussera dehors Airbus Industrie avec deux mille emplois à la clef, à moins qu'ils ne partent chez Airbus-Saint-Nazaire.
Reste le bocage. Les terres arables ne sont pas vues aujourd'hui comme à l'époque "tout-béton" du Commissariat au Plan. On leur donne une valeur intrinsèque qu'elles n'avaient plus aux yeux des aménageurs. Ne devrait-on pas interdire la viabilisation des terres arables et laisser se développer l'habitat sur les terres stériles ? Vaste débat qui froisse la frénésie urbanistique d'élus pressés d'accroître leurs taxes locales et leur modeste gloire. Les écologistes, les chrétiens, des anarchistes ou altermondialistes sont venus protéger une agriculture de bocage traditionnelle. C'est une coalition hétéroclite certes, mais indispensable. S'il n'y avait eu au Larzac que les bergers de brebis pour s'opposer aux chenilles des chars, ce beau plateau calcaire serait aujourd'hui décapé jusqu'au roc.

Nantes-Atlantique à Château-Bougon


Qui peut prédire sérieusement un trafic aérien international d'ampleur à Notre-Dame-des-Landes ? La politique des compagnies aériennes est celle des hubs où elles regroupent leurs passagers intercontinentaux provenant de plusieurs aéroports régionaux. Et n'en déplaise aux Bretons, Nantes ne sera jamais un "hub" européen. Le Canada fit l'hommage au vieil aéroport de Montréal du nom de qui voulut le supprimer. C'est ce qu'il adviendra à Bouguenais du futur Nantes-Jean-Marc-Ayrault ! L'humour québécois est sans frontières.





Dossier Plus : http://www.histoirequebec.qc.ca/publicat/vol2num1/v2n1_12m.htm





jeudi 6 décembre 2012

Ayrault Zéro

Le zéro pensant
Mercredi, questions d'actualités au palais Bourbon. La France d'en-bas (c'est moi) entre à la Chambre par le truchement de la télévision. Question au premier ministre d'une députée de Moselle, Anne Grommerch, sur l'accord Matignon-ArcelorMittal de Florange ; rien d'extraordinaire, les questions que tout le monde se pose. Avant de continuer, précisons que cette procédure est encadrée par un règlement pointilleux ayant survécu à la sanction du ridicule ici : le temps global consacré à chaque question est de 4 minutes. Des chronomètres ont été installés dans l’hémicycle, afin que chacun puisse vérifier que ce temps de présentation de la question de 2 minutes et celui identique de la réponse ministérielle soit respecté (sic). M. Ayrault a longuement remercié monsieur le Président, mesdames et messieurs les députés, madame la députée du nouveau groupe R-UMP qui lui avait communiqué le texte de cette question avant séance par pure courtoisie ce dont il remerciait son président de groupe de lui poser la question de savoir pourquoi elle avait été informé par un grand journal du soir de la teneur des dits-accords pour la simple raison qu'il avait tenu à respecter les parties prenantes et devant recevoir les syndicats aujourd'hui même et les élus régionaux demain matin et chacun comprenait qu'il n'ait pas divulgué auparavant ces informations et caetera.
En vieux routard de l'hémicycle progressant en crabe, il a atteint la cloche des deux minutes, cloche tenue au perchoir par l'inénarrable imbécile heureux Bartolone, sans même commencer à répondre à aucune des questions posées. Questions bénignes à mon sens, j'aurais été plus "franc".
Que fait ce type à Matignon, fut ma réaction. On ne peut demander la lune et le charisme, la compétence, l'intelligence, l'empathie, le courage ou l'élégance oratoire au chef du gouvernement, mais au moins l'une ! Ayrault, à l'aune de cette liste, n'a rien ; c'est un zéro. Ses cours d'allemand devaient être un désastre d'ennui. Maire de Nantes il fut, dit-on. Autoritaire en plus, laissent filtrer ses "amis" de là-bas, c'était déjà franchir le seuil d'incompétence au principe de Peters. La lamentable affaire de ND des Landes dont les comptes ont été déjà trafiqués en est le point d'orgue. Les cadres d'ArcelorMittal qui sont venus négocier à Matignon se sont pincés pour ne pas rire quand ils ont dû s'expliquer sur le trading de quota de CO² ou le marché de la bobine mince... et à la fin tout rapporter au patron : "c'était facile, chef !".

le poker-sidérurgiste
Mittal père et fils ne voulaient pas conserver la filière chaude de Florange pour de bonnes raisons géographiques et conjoncturelles. ArcelorMittal ne dispose pas de cash pour investir dans de nouveaux procédés, et la famille ne semble pas vouloir en remettre en Europe occidentale du moins. Ils font de l'optimisation et jonglent avec les charges d'exploitation entre tous les sites européens, les subventions, quotas, crédits d'impôt, abattements divers ; ils n'ont pas les moyens d'une stratégie, surtout avec une notation "spéculative" des agences qui jugent que c'est un casino. Les Mittal¹ en bons gamblers de table sortent du tunnel politique français inentamés. Les hauts fourneaux seront éteints l'un après l'autre et la filière refroidie cédée plus tard à l'Etat dans un projet fumant de fonte verte abandonné déjà par Bruxelles. D'ici là, ArcelorMittal doit "absorber" 629 ouvriers de la filière condamnée. C'est un job pour une direction des ressources humaines affûtée, et Dieu sait qu'elle l'est. Reste la vraie question, celle de Montebourg malgré tout : l'industrialisation.

Si nous laissons fonctionner la liberté des plus forts, nous sommes en accord avec le dogme libéral défendu par la Commission européenne, mais nous allons continuer à perdre notre industrie, un peu par la mondialisation, beaucoup par la politique imbécile des gouvernements qui se sont succédé depuis 1997 et qui ont négligé le secondaire au profit du tertiaire, proclamé graal du XXI° siècle. Notre tertiaire n'a d'ailleurs pas démérité, nous avons conquis de fortes positions mondiales dans la bancassurance, mais il est aujourd'hui évident que c'est le secondaire qui fournit l'emploi de masse ; à condition bien sûr que les activités roulent librement, les nouvelles remplaçant les anciennes comme les feuilles caduques de l'arbre. C'est là que les gouvernements sont coupables : les créations ont toujours été entravées par des règles absconses et inéconomiques, parfois avec les meilleures intentions du monde, parfois à défaut de capitalistes "souchiens" dont nous avons très peu vraiment. Le MEDEF est en plus présidé par un riche marchand de vent, échappée de SciencesPo, qui n'a rien à faire là !


Alexeï Mordachov
Ce gouvernement d'idéologues dépassés ne peut à la fois réindustrialiser le pays et punir le succès de ceux qui s'y collent. Il faut être très bloqué mentalement pour articuler cette contradiction ; mais ils le sont par moment ! Au-delà de la dialectique socialiste archaïque, on peut quand même accepter que la ré-industrialisation comporte un volet conservatoire de ce qui existe déjà. Elémentaire, mon cher Watson. Les syndicats, conservateurs par nature, sont aussi sur cette ligne de défense. Pourquoi dès lors ne pas avoir tenté le coup d'accordéon de Montebourg qui reprenait de force tout le site de Florange pour le donner le lendemain au consortium CMI-Severstal, prêt à mettre un demi-milliard de cash sur la table pour rénover l'outil et partir à la guerre... à la seule réserve de la réalité constatée d'un pacte entre le belge et le russe (soyons prudent) ? Tant Alexeï Mordachov que Bernard Serin ne sont des miquets à vendre des cravates dans un parapluie devant les Galeries Lafayette comme Bernard Tapie. Ce sont de vrais industriels, de la partie, qui n'ont pas fait l'ENA, capables et... bénéficiaires même en période de crise, donc compétents.

Bernard Serin
A les voir venir - Severstal avait joué le chevalier blanc lors de l'OPA hostile sur Arcelor en 2006 - on comprend bien que les Mittal aient contre-attaqué immédiatement en menaçant l'emploi des autres sites sidérurgiques français pris comme gage dans la dispute ; mais sans être prétentieux (si quand même mais tant pis), on pouvait leur passer sur le ventre dans la phase de basse conjoncture actuelle, avec un mauvais bilan de la holding, et compte-tenu que les aciéries n'entrent pas dans une attaché-case, comme le racontent certains "experts" qui défilent dans les lucarnes. Pour ce faire, il fallait travailler au Projet avant ! Avant ? quand M. Hollande, juché sur le fourgon de l'intersyndicale à Florange, promettait l'embellie. La construction de ce Projet dépasse de beaucoup les capacités techniques du couple Hollande-Ayrault, simples apparatchiks n'ayant jamais bossé en vrai, ni misé leur bon argent dans une aventure industrielle ou commerciale. Des rentiers de la République.
On en revient au syndrome du puceau économique, terrible handicap de la France au milieu d'une crise avant tout économique et financière, deux domaines où ces messieurs qui nous gouvernement sont vraiment de mauvais étudiants.
En pleine dépression, nous avons mis aux affaires le chef-magazinier de la Quincaillerie Duluc à Tulle, excellente maison rue du Docteur Valette pour les connaisseurs.
Nous allons le payer cher.



(1) Lakshmi Mittal (le père) n'est pas un sidérurgiste indien comme le répètent des journalistes sous-informés, dont Yvan Rioufol. MM. Mittal n'ont aucune activité en Inde où les lois sociales et industrielles sont trop contraignantes pour eux. Indiens de naissance, cosmopolites de nature et londoniens par commodité.


Postscriptum de 14h30:
Le sous-préfet hors-cadre de Thionville va donc être le gendarme en charge d'Arcelor-Mittal. Pétaing, je tremble ! A moins d'en avoir une paire à sortir la brouette pour aller chercher le pain, il va se faire bouffer cru. Le cabinet de M. Ayrault aurait dû recruter un ingénieur d'affaires ayant usé sa vie professionnelle à faire des contrats en Inde, avec qui il aurait pu comprendre comment la famille Mittal allait les enkroumer.
Un Marwari du Rajasthan c'est plus subtil qu'un breton. Pour ne pas saisir le bâton merdeux de l'ULCOS ? retirer immédiatement sa soumission à Bruxelles, quasiment acceptée puisque la Commission avait mis le dossier en tête de pile et sécurisé les crédits.
Remonter un projet technologique complexe qui prendra du temps pour la tranche qui sera jugée en 2013, supputant un gel drastique des crédits sous l'impulsion des britanniques et leurs suiveurs. Revenir à la Noël 2013, désolés, mais ravis ! On a fait plus que l'impossible !
Entretemps, toute la panoplie des contretemps va être utilisée par les négociateurs réputés les plus retors au monde, du grand art ! Il va se passer chaque jour quelque chose aux Galeries Mittal ! Pauvre monsieur Ayrault, il ne pouvait pas savoir que ces salopards n'obéissent pas aux 35 heures.


PPS: on consultera avec profit le Rapport officiel de Pascal Faure sur Florange, remis au ministre Montebourg le 27 juillet 2012 (rapport Faure). Il démontrait la viabilité du site sidérurgique intégré et pressait le gouvernement d'agir vite, ce qui était beaucoup lui demander avec le mariage pour tous, le vote étranger, les repentances et vingt urgences de ce calibre.




On dit le fils plus fort que le père !



mardi 27 novembre 2012

Sans peur, pas sans reproches

Au premier abord, j'ai eu une érection mentale : que nous fait encore le bellâtre bandant ? Au second rabord, j'ai débandé. Il y a quelque chose de vrai et donc sincère dans le sort jeté à Lakshmi Mittal par Me Arnaud Montebourg. Le jetsetter plein aux as semble être sur l'orbite d'un projet de classement personnel au palmarès de Forbes, plus que dans l'ambition irrépressible d'un leadership mondial de l'acier. Riche à milliards (30 de mémoire), sa holding est endettée à milliards (23 de mémoire) et les agences de notation la classent en catégorie "spéculative". La faute à pas de chance, le capitalisme, chère médème, c'est aussi prendre des risques. Acheter des mines qui finiront en canettes c'est de l'intégration verticale. Sauf que la mine vaut ce que vaut sa matière, et rien que cela ! En période de récession, l'intégration verticale congèle la structure et les réglages ne se font pas. Le produit fini se rétreint, à l'autre bout le minerai ne paie plus la mine. Alors on bricole ; Mr Mittal qui appartient à la caste mercantile des Marwaris, a une formation commerciale et n'est pas ingénieur, il bricole ses chiffres. Il me fait penser furieusement à Bernard Tapie, fameux redresseur d'industries à dépecer.

Même s'il est désavoué implicitement par son président qui reçoit ce cher Lakshmi au château, Me Montebourg aura eu le mérite de faire exploser le consensus libéral d'auto-régulation des marchés, présentement celui de l'acier, régulation dévoyée par la capacité de nuisance de gestionnaires trop courts ou mal-intentionnés. Nulle valeur ne monte jusqu'au ciel et la croissance ne se mesure pas sur l'échelle ouverte de Richter. Aussi, capturer des coulées de fonte et des laminoirs en Europe occidentale, sur le marché le moins prometteur de la planète, comme l'a fait Mittal par une OPA hostile sur Arcelor en 2006, peut se juger comme une intention de détruire à terme un concurrent des sidérurgies low-cost émergentes, à la faveur du premier retournement de conjoncture ; nous y sommes. Et c'est ce que dit Montebourg à Mittal quand il lance : "le problème des hauts-fourneaux de Florange, ce n'est pas les hauts-fourneaux de Florange, c'est Mittal".

Dans un billet précédent, nous avions montré pourquoi le site de Florange est une "entité sidérurgique" qu'il est malaisé de découper en appartements, les uns rentables, les autres moins ou pas du tout : Le site de Florange est intégré. On entre du charbon et du fer d'un côté, on sort des bobines de tole et des canettes de l'autre. Mittal arrête seulement une partie du site, celui de la coulée à chaud. Bercy a 60 jours pour présenter à Mittal un acheteur du process ; le prix de cession sera négocié avec le repreneur présenté par M. Montebourg ! Mais quel industriel peut vendre à son conseil d'administration l'achat d'une coulée à chaud, avec deux vieux hauts fourneaux, dont le client de cette production contrôlerait le train de laminage des brames en aval ? Qui ferait le prix à qui ? Il faut être un grand dépendeur d'andouilles pour y croire. En l'état, Mittal garderait la cokerie pour approvisionner ses trois hauts fourneaux de Dunkerque qui lui retourneront des brames pour le train à chaud et laminoir de Florange. S'il cède la cokerie, à quel prix achèterait-il ce coke pour Dunkerque ? Il mettrait évidemment ces brames en concurrence avec celles que le repreneur de la coulée à chaud distraira de ses ventes, repreneur qui cherchera raisonnablement à récupérer un peu des six ou sept cents millions d'euros que lui aura coûté la mise à niveau de son achat... (source).
Il n'est pas étonnant que le nouvel acheteur (russe ?) ne puisse s'engager que sur la totalité du site, aux fins de quoi l'expropriation par l'Etat est à mon sens justifiée, même si en droit on pourra se disputer longtemps. N'oublions pas qu'il n'y a pas de capitalisme français digne de ce nom capable de suppléer l'Etat et que la nationalisation est l'arme des pays faibles, mais c'est ainsi. Il suffira de payer Mittal en bons grecs ! Notre Trésor en a plein.
"Rentable, le site de Florange est un établissement inscrit au greffe du tribunal de commerce de Nancy que l'Etat peut reprendre sans l'aval de son propriétaire moyennant indemnisation. L'idée serait une association avec un opérateur industriel, minoritaire dans le capital le temps de stabiliser l'activité. Mais l'Etat est particulièrement impécunieux. Le prix éventuel du site de Florange demeure un mystère. Sollicités, ni le ministre ni ArcelorMittal ne s'avancent sur la question. Mais la mauvaise conjoncture pousse les prix à la baisse, indique un expert" (Les Echos).

Moralement, le coup de sang du ministre est juste : couler une usine pour qu'elle n'en concurrence pas une autre en refusant de la vendre est faire peu de cas des ouvriers et de la stratégie globale industrielle du pays-hôte. Quand le libéralisme tourne au capitalisme sauvage - on y est en plein - il ne sert pas la société où il s'exerce, la seule finalité qui vaille. Seule est à prendre en compte la viabilité de l'activité sur un cycle conjoncturel, c'est oui ou c'est non. Il semblerait qu'à Florange ce soit oui (mais pas assez pour ces messieurs à gros cigares). Quant à la menace d'impact sur les vingt mille salariés français du groupe, elle est risible. Si les produits plats de Dunkerque et de Fos sont touchés par la nationalisation de Florange (on se demande comment Mittal fera ce lien), la valeur des sites diminuerait sensiblement. Leur valeur de rachat serait dès lors plus abordable et il y aurait bien plus de repreneurs intéressés par ces deux sidérurgies sur l'eau qu'on en a trouvés pour l'usine lorraine enclavée.

Pour une fois qu'un ministre français se bat, on peut tirer son chapeau. Non ?

Le point faible du projet montebourgeois est que les "managers" de son côté n'en sont pas. Les socialistes sont l'espèce la plus éloignée de la "production" qui soit. La ruse technocratique ne suffira pas, il faut aussi de réelles compétences industrielles de classe internationale pour arracher la sidérurgie française à l'ornière hindoue. Langue au chat !

Mais le vrai maillon faible c'est le volet politique qui peut faire foirer le projet d'Arnaud. Et les syndicats s'y attendent, qui n'ont aucune confiance dans la fermeté d'un président aussi irrésolu que M. Hollande. "Iront-ils au bout ?" est la seule question qui court les vestiaires. Il est parfois bon d'aller au clash, à chaud, en toute mauvaise foi si nécessaire, sans oublier les menaces collatérales déloyales. Seule la victoire est belle, elle nettoie les noirceurs car ce sont les vainqueurs qui l'écrivent. C'est hélas le contraire du tempérament temporisateur de M. Normal, son goût du consensus, ce compromis a minima dont le Ciel nous a punis.
Si les choses s'étaient arrangées ce soir à l'Elysée, sur le dos des ouvriers comme à Gandrange, on aurait pu prévoir de grandes secousses politiques attisées par la énième reculade socialiste ; les communistes y sont prêts, capitalisant sur le mécontentement général et sur la cure d'austérité prussienne. Les écologistes ne pourraient pas se laisser distancer et l'aile gauche du PS se détacherait de chacun des deux groupes parlementaires au Sénat et à l'Assemblée nationale. Il faudrait beaucoup de bagout corrézien pour rattraper ça. Ce n'est pas fini, il reste encore trois jours.


Postscriptum: Sapin (ministre du travail) juge la nationalisation hors de saison. Ca le ferait vraiment ch... que le chien fou Montebourg règle un dossier social pourrissant dans ses tiroirs mais qui lui appartient. Les ouvriers ? C'est secondaire, a dit Terra Nova.

Terminons sur la provocation du maire de Londres, Boris Johnson. En tournée de promotion à New Delhi, sans son coiffeur, il a appelé les Indiens à rejoindre sa capitale économique et financière plutôt que de perdre leur temps en France, oubliant que ce ne sont pas les états-majors qui coulent l'acier mais des ouvriers et que la sidérurgie anglaise est au main des Indiens de la Tata Steel qui ont le même logiciel prédateur que Mittal Steel. Le reste est aux Séoudiens de l'Al-Tuwairqi Group (Thamesteel) qui ont fait un coup d'accordéon en janvier dernier pour éponger leurs pertes à moindre prix. Si d'appeler ces chiens est patriote, alors M. Johnson est inégalable en humour


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