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vendredi 2 février 2024

Un Six-Février en 2024 ?

#2236 - On va entendre cette année encore sur les chaînes du service public l'évocation de la ruée des ligues phashistes sur le Palais Bourbon que la République sut défendre ; mais l'émeute du 6 février 1934 n'était l'assaut d'aucun parti fasciste qui, s'il y était venu, aurait sans doute vaincu au matin du 7 février, pour faire quoi l'après-midi... est une autre affaire. Sans doute les usines se seraient-elles vidées de leurs ouvriers qui seraient descendus sur le nouveau parlement pour lui reprendre le pouvoir à moins que Moscou ne téléphone. Le succès des forces de l'ordre tient plus au délitement des assauts non coordonnés des ligues, allié à la pusillanimité des chefs au créneau, que dans la manœuvre des gardes. Quatre-vingt-dix ans plus tard, le pays est à nouveau énervé tant dans sa sociologie que dans sa vie quotidienne. La fameuse "convergence des luttes" qui fit si longtemps rêver la Gauche, précipitera-t-elle en un composé explosif en 2024 ?

Le Cri, l'autre
Quand on y regarde bien, on observe des impatiences de fond dans plusieurs segments de notre société qui sont toutes motivées par la même répulsion : la gouvernance froide de la technostructure dissimulée derrière un gouvernement de bateleurs plus ou moins doués qui jusqu'ici débitaient un slogan désarmant : « nous savons ce qui est bon pour vous, faites-nous confiance ! » Cette arrogance légitime du vous êtes bien trop cons pour tout comprendre a dominé la plupart des secteurs, de l'agriculture, pêche et pinard, à la fonction hospitalière sans oublier l'éducation nationale, la pollution et les oiseaux migrateurs. Les administrés y opposent toujours le bon sens ! Notre jeune Premier fait tout avec talent pour nous convaincre que nous avons toute son attention et qu'il a du bon sens justement. Nous devons lui reconnaître une mise en action rapide de mesures concrètes au sein du périmètre de souveraineté restreinte qui le bride. Il sait déjà que ça ne suffira pas car peuvent s'agréger aux paysans condamnés par la dérive des continents, les laissés-pour-compte de la république, mal logés ou pas logés du tout, mal nourris, rameurs ubérisés des services de base, vrais chômeurs méprisés, revendicateurs du toujours-plus et cette strate la plus basse de notre peuple, les pales escarpes d'une anarchie grise à l'affût, dont les émeutes rangeraient celles de Nahel au rayon des "débordements". C'est ce prodrome qu'annonçait le pamphlet de La Fabrique, L'Insurrection qui vient, sans en donner la date. Il n'est pas impossible qu'elle entre en gare cette année.

Quand on allonge la focale pour mieux voir ce mécontentement général, la cause, ou une des causes, mais pour moi la cause première, c'est que notre Etat est malade depuis longtemps parce que souvent conduit par des jean-foutre (Paul Bismuth referens). Malade à vouloir s'occuper de tout, s'occuper de tout pour occuper aussi le plus d'espace médiatique disponible ; malade du clientélisme latin qui a ruiné ses finances, malade de l'insupportable orgueil de la Casta, malade de sa vassalisation à un empire qui, avec Jacques Delors, a envisagé d'œuvrer pour lui-même plutôt que pour les nations qui l'avaient construit. Au fil des prérogatives concédées à Bruxelles, le nœud de coopérations est devenu le siège d'un tutorat, avec son domaine propre qui confine au monopole dans des activités de plus en plus nombreuses (jusqu'aux masques sanitaires) et ne peut qu'augmenter son empreinte par la loi de la tache d'encre que suit tout pouvoir supranational (cf. l'article 17 Traité de l'UE). Ainsi la Commission a l'initiative dans le processus législatif et elle élabore les propositions qu'adopteront les deux organes décisionnels, parlement européen et Conseil. Et le Conseil est souverain pour les traités de libre-échange à la majorité qualifiée (pas de veto). Nous avons sur la tête le poids de deux Etats, le nôtre et l'autre. Resterait à comprendre lequel est utile réellement, en simulant les subsidiarités pour obtenir le panorama d'une décentralisation et son efficacité. Qui fait quoi et bien ? C'est compliqué mais pas infaisable, si ce n'était politiquement incorrect.

Par moment le gouvernement de Paris s'ébroue et veut débarquer la chape européenne trop lourde à porter, mais il est vite rappelé aux réalités du pouvoir concédé par son tuteur bruxellois. Il n'exerce sa souveraineté qu'aux marges. Toute décision percute les directives européennes, ce qui ne veut pas dire qu'elles sont toutes funestes. A titre d'exemple, si nous pouvons boire l'eau du robinet c'est bien grâce à la Commission qui a imposé des normes strictes de potabilité sous peine d'amendes quand le souci des autorités françaises était alors de privatiser tous les syndicats d'adduction avec une mise en conformité des eaux livrées exécutable pour la forme bien des années plus tard. Il y a d'autres exemples, en matière d'aménagement du territoire, d'étiquettage sincère des produits du commerce, de heures de conduite des poids lourds et caetera. Il n'y a pas que la courbure des bananes. Mais en matière de garantie de prix comme le réclament les paysans vendant trop souvent à perte, le gouvernement est démuni dès lors qu'il fausserait la concurrence libre et non faussée. C'est un exemple de barrière politique.
Le gouvernement français, étranglé par la crise agricole, se dirige-t-il vers des "opt-out" comme en ont eus le Royaume-Uni de jadis et le Danemark ? Quel en sera le prix ? Le marché commun est un enchevêtrement commercial et financier que personne ne peut défaire et qui d'un certain côté enfreint le concept même du libéralisme tant les contraintes imposées sont devenues nombreuses. La normalisation socialiste a fait des ravages et n'est pas réversible sauf dommages définitifs comme on le voit Outre-Manche où l'on a bénéficié des meilleures conditions de rupture possibles (île, monnaie, hub financier, langue mondiale, influence impériale rémanente). Nous n'avons rien de tout ça et la géographie de l'Europe nous place en son centre. N'oublions pas enfin que la communauté européenne est un démultiplicateur de puissance sans lequel la France, laissée à ses démons socialistes, aurait disparu des écrans, à l'image de son stock de munitions.

Lors de l'insurrection précédente, celle des Gilets Jaunes, le gouvernement de M. Macron a déversé un pognon de dingue sur les segments sociaux défavorisés ; rebelotte pour adoucir les affres du confinement vis à vis des commerçants - nous étions en guerre sans savoir alors ce qu'était une guerre en vrai - puis sur la fonction publique hospitalière qui sut profiter d'un engagement valeureux contre l'épidémie chinoise pour réclamer son dû et se retrouver à la fin... comme avant ; avec une dette maintenant gigantesque qui agace tous nos partenaires de l'Eurogroupe. Dans la crise agricole se dessine la même recette, noyer le mécontentement sous le pognon (un demi-milliard dit-on à Bercy) et les promesses, sauf que là nous avons dépassé les bornes que nous avions juré de ne pas franchir, toujours pour de bons motifs. Nos déficits croissent autant que le service de la dette qui les comble, augmenté de la hausse des taux de pension. Bruxelles ne peut pas laisser passer ça avec une monnaie commune, et les capacités cognitives d'Ursula von Der Leyen sont largement insuffisantes pour sortir du défi actuel par le haut.

barrage de la garde mobile sur le pont de la Concorde à Paris le 6 février 1934

L'alternative à la crise actuelle est de renverser la table à Bruxelles, au moins pour calmer les nerfs des impatients, mais faut-il encore savoir quoi proposer d'autre. Il est illusoire de penser que le gouvernement archi-européiste de M. Macron puisse braver la doxa libérale de la Commission, à moins d'être coincé dans l'angle de la pièce sous le feu des luparas. Il l'est tout autant d'imaginer qu'il ait la tentation de changer le paradigme européen afin de trouver la solution équilibrant la liberté de chacun dans un projet commun de puissance assumée. Ce jacobinisme des institutions bruxelloises cherchant l'uniformité partout de l'Ile de Fer à Kirkenes a été fortement impulsé par les commissaires français. Or l'histoire de l'Europe a montré que le régime gagnant au plan économique et financier fut celui de l'empire des diversités. Le niveau de vie de ces territoires dits terres d'empire, que l'on devine la nuit sous la fameuse banane bleue, est encore aujourd'hui supérieur à celui de l'Etat d'autorité qui se donne une vocation d'universalité poussant partout ses principes d'organisation. Elle existe cette solution. Nous l'avons déjà présentée, c'est la fédération dans la confédération. Mais rien ne pourra marcher chez nous en jonglant avec les trois déficits monstrueux que nous fait subir notre incurie (budget primaire, commerce extérieur et sécurité sociale).
Après avoir éteint les incendies et cloué Michel-Edouard Leclerc à la porte de la grange France, il faudra revoir la dépense publique, mais pas qu'elle, nos conditions de production également et le niveau des prestations sociales que notre système économique ne peut plus soutenir. En même temps, il serait avisé de construire avec nos partenaires majeurs européens les contours d'une confédération des nations qui donnerait de l'air frais à chacun. Le principe en est simple et peut être laissé au choix des peuples de chaque pays : ceux qui veulent se fédérer entre eux le font, et leur fédération spécifique avec d'autres fédérations cousines et avec d'autres pays non fédérés, entre dans une confédération européenne qui réunit tout le monde et dispose de ses compétences propres. C'est là que la vraie discussion commence : à quel niveau placer les exécutifs et pour faire quoi ? Mais qu'on se rassure, il y a des gens qui sont payés très cher pour réfléchir à ce genre de question.

A ces deux étages pourrait s'ajouter un troisième, rassemblant des pays en attente d'adhésion ou simplement intéressés par le marché en libre pratique des biens, denrées et services mais non désireux de s'inclure dans une politique continentale pour diverses raisons. J'y verrais bien des pays de l'Est libérés de l'orbite soviétique, la Turquie, la Suisse, la Norvège, le Maroc, l'Ecosse.

Quoi qu'il en soit, le régime institutionnel combiné actuel est en défaut, et s'il n'a pas provoqué par lui-même tous les mécontentements, il bride leur solution. En attendant, les choses peuvent mal tourner en France, surtout si les technocrates à double-foyers jouent avec les revendications catégorielles en ne proposant que des mesures chiffrées sur une base d'expertise comptable. Sans explorer les causes profondes du stress social, ça ne marchera pas. Les Gaules restent un composé instable qui exige un pouvoir juste et affermi sur ses prérogatives régaliennes, ce qui n'est plus du tout le cas. De fait l'Etat essentiel a disparu ne laissant derrière lui que ses inconvénients. Les monarchistes ont-ils quelque chose à dire ?

jeudi 11 janvier 2024

Trois messes et des flambeaux

La commémoration de l'exécution du roi Louis XVI convoque chaque année les partisans du roi à des manifestations nombreuses à Paris et en province. Cercles et sections vous renseigneront.

Saint-Germain l'Auxerrois (Paris 1er)
¤ Messe samedi 20 janvier à 11:00
Organisateur : Le Cercle de l'Œillet Blanc

Basilique royale de Saint-Denis (93)
¤ Messe samedi 20 janvier à midi pile
Organisateur : Le Mémorial de France

Place Saint-Augustin (Paris 8è)
¤ Marche aux flambeaux pour le roi mort
Samedi 20 janvier à 18:00
Organisateur : L'Action française

Chapelle expiatoire (Paris 8è)
¤ Messe dimanche 21 janvier à 10:30
Organisateur : L'Institut de la Maison de Bourbon



lys sur fond noir

mardi 13 juin 2023

Pourquoi faire simple quand on peut compliquer ?

registre paroissial d'état-civil

Faisant un peu de généalogie familiale entre deux tailles au jardin, j'ai fouillé les registres paroissiaux et plus tard d'état-civil de deux villages sur la période 1680-1810. Si le registre est toujours un livre relié au chiffre de l'administration du moment, parfois coté parfois non, la dérive inflationiste du texte est manifeste. Sous l'ancien régime, le curé ou le prieur en charge des écritures va à l'essentiel (mais il y a tout ce qui concerne l'inscrit, tant au baptême, mariage ou sépulture) et la confiance est totale dans l'intelligence même mesurée de qui le consultera plus tard. Par exemple on ouvre l'année par son chiffre en lettres et les inscriptions à suivre commenceront par la formule "L'an que dessus et le...", quand d'autres montreront un peu d'orgueil dans leur fonction en commençant chacune par une formule du genre"Cejourd'hui en l'an mil sept cens trente cinq etc. ".

Arrive la République. Déjà l'inscription, qui sous l'ancien régime prenait cinq à six lignes voire plus pour un mariage surtout entre conjoints de paroisses différentes, occupe maintenant la moitié de la page du registre, et les trois quarts de l'inscription concerne non pas l'inscrit mais le scribe. Ainsi au hasard pour la naissance normale d'une gamine à Tressan :
« Aujourd'hui Septième de Ventose En deux de La République a honze heures du matin Par devant moy Jean Ribot membre du Conseil Général de la Commune de Tressan Elu pour dresser Les actes destinés à Constater les naissances mariages et décès des citoyens Est comparu en la Salle publique de La maison Commune Le Citoyen Guillhaume Serraux assisté de françois Serraux son frère agé de trentehuit ans Et françois aubert Son Beaufrère agé de quarante ans a déclaré à moy jean Ribot que Marianne nougaret son Epouse en légitime Mariage est accouchée avant hier cinquième jour du présen mois de Ventose a trois heures apres midi dans la maison dhabitation audit Tressan D'une fille a laquelle a donné le nom de marianne serraux Daprès la Déclaration du dit guillhaume Serraux et françois serraux Et françois aubert dommicilés dans la ditte muncipalité qui ont Certifié Conforme à la vérité et de la représentation qui m'a eté faitte de lenfant denommé jai Rédigé en vertu des Pouvoirs qui me sont délégués le Présent acte que le père de Lenfan a signé avec moi et les témoins fait en La maison commune de tressan Département de l'hérault le jour mois an que dessus------(suivent les signatures) »

Nota : J'ai respecté au possible les capitalisations et fautes diverses qu'on pourra vérifier par ce lien sur Pierres Vives

Dès lors vous savez tout sur la situation de la commune même si elle est unique au monde, parfois son département de rattachement ou arrondissement, quelquefois canton, d'autres fois les trois ensemble comme des poupées russes. L'année est bien sûr répétée à chaque inscription comme étant celle de République française si d'aventure les Vendéens investissaient la mairie dans la nuit, puis vient le titre nom et grade du receveur de l'acte et le cas échéant le motif de sa présence au pupitre (absence ou maladie du titulaire), souvent aussi l'heure de l'inscription, et tout renseignement qui lui semblera utile à montrer son importance au milieu de villageois qui accomplissent la démarche sans malice, et qui ont souvent du mal à signer proprement. Les circonstances générales de la saisie de l'acte comme la situation de la commune sur le globe terrestre vont se répéter une bonne centaine de fois à l'identique tout au long des pages. Il arrive aussi que le plumitif fasse assaut de calligraphie, les caractères à l'anglaise plaisent beaucoup parce que plus difficiles à lire par les ploucs et tellement élégants, bien au-dessus de leur condition. On n'imagine pas le plaisir sans mélange du cuistre teuton qui rédige en gothique bien serré.

Au résultat, le temps de consultation du généalogiste même amateur est considérablement augmenté par le "progrès". Je vous explique : quand vous recherchez les trois étapes de la vie de quelqu'un (naissance, mariage, décès) vous imprimez dans votre cerveau son nom et prénom mais aussi ceux du conjoint (qui sert de détrompeur en cas d'homonymie) et de la parentèle proche ; puis vous balayez du regard les deux premières lignes de l'inscription dans le registre paroissial, souvent en mauvais état (plus le village est petit, moins on s'applique à bien écrire) et si rien n'accroche vous passez à l'inscription suivante ; il faut dix secondes. Dans le registre "moderne" tenu par les nouveaux administrateurs, ces noms sont situés dans le troisième quart de l'inscription fort copieuse, au milieu de mots non déterminants. Il faut trente secondes ou plus, si l'écriture est lisible. A quand même une exception près, dans une petite ville de l'an II où le registre tenu par une lumière commence ses inscriptions du style "Acte de décès de Gérault Tarthampion, en date du...etc." Evidemment ça n'a pas duré, et son successeur a repris le modèle complet en usage avant cette marque d'audace ! D'autres officiers d'état-civil, agacés sans doute par le foutoir réglementaire, ont écrit dans la marge de qui on parle. Mais ça, les curés de l'ancien temps le faisaient déjà. Et dans ce cas-là on va très vite.

On notera de cette époque et particulièrement avant 1793, l'inscription fréquente d'enfants naturels de mère désignée, sinon la formule est "légitime et naturel" ce qui veut dire "non adopté". Et plusieurs fois par an dans des villages de moins de mille habitants l'inscription d'enfants trouvés (sous le porche de l'église le plus souvent). Ils sont baptisés avec deux prénoms dont l'un deviendra son patronyme. Le choix des prénoms n'est pas clair mais il peut être ceux des témoins au baptême. Autre curiosité dans le Midi, les inscriptions d'abjuration de la foi réformée après la Révocation de 1685. Et à cette occasion, le prêtre à plume s'applique spécialement, c'est une victoire sur le démon de l'hérésie.

Ce goût immodéré du jargon pour impressionner les masses laborieuses continue de nos jours - il faudra bientôt créer des interprètes des textes de loi - mais ça remonte à très loin. Boiffils de Massanne dit que les rédactions ampoulées ont été rapportées de Byzance par les notaires de la croisade, impressionnés sans doute par l'enculage des mouches grecques. Et on passa du droit à la chicane. Quand il suffisait auparavant pour acheter un terrain de bien le situer, de connaître ses voisins par la formule de confrontation et d'avoir les noms et qualités des parties à la vente sans oublier à qui répondait la tenure ; il faudra, après les croisades, noyer la description et l'accord financier des parties d'attendus et considérants divers sans autre intérêt que celui de faire monter les honoraires, le tout en latin d'étude (de cuisine), parfaitement incompréhensible du tenancier moyen. On était passé des douze tables de la Loi aux édits de Constantinople.

Aujourd'hui, nos actes notariés ont été modélisés dans un jargon très obscur pour quelqu'un qui est peu versé dans le droit, mais il y a loin encore entre leur rédaction et celle des lois et décrets que débite le pouvoir en continu. Nous en avons déjà parlé ici. Les petits esprits se gobergent de formules ronflantes autant qu'ils sont petits. On devrait donner le travail de scribe à l'intelligence artificielle. On me dit dans l'oreillette que c'est en cours. Comme quoi, il ne faut pas désespérer d'une société auto-immune !

jeudi 4 mai 2023

Ambiance provinciale à la veille des Etats

Demain, il y a 234 ans, s'ouvraient à Versailles les Etats Généraux qui allaient liquider l'Ancien régime. Au lieu de grands développements nous avons choisi d'évoquer les mœurs sociales des années qui les précédèrent en province dans une petite ville cévenole et l'exemple vient de Sumène*.

« Le chevalier Joseph Henry du Fesq, marquis de la ville territoire et dépendances de Sumène, seigneur de Saint Julien, Solanon, Férussac et autres places, était un fort bel homme ayant la cervelle un peu à l'envers ; mais jovial et lutineur de filles, aimant sonner de la trompe de chasse comme aussi de banqueter avec la jeunesse. On lui donna un conseil judiciaire** qui fut M. de Massanne.
« Ce seigneur bon vivant était bien le chef qu'il fallait à cette société du 18è siècle tant aimée des faiseurs d'opéras comiques : gentilshommes égrillards, abbés coquets, bourgeois grognons, intendants fripons, paysans madrés, et les femmes toutes mignonnes, toutes jolies, avec un esprit d'enfer et une vanité de démon, tout cela poudré, pailleté, lisant des vers et prétendant à la sensibilité de Jean-Jacques ou de Diderot.

« Les meubles avaient une grâce charmante, les habits un luxe ravissant et les femmes portaient ces étoffes de soie chiffonée feuille morte ou gorge de pigeon dont la nuance effacée faisant ressortir la blancheur de leurs dents et l'éclat quelquefois emprunté de leur teint. Certes Sumène était bien reculé, bien confiné. Ses dames sentaient fort la province et ses cavaliers n'auraient pas donné le ton à la Cour. Cependant, il s'y trouvait une société assez nombreuse, aimant fort le monde et reflétant en raccourci les manières et les opinions du siècle. Beaucoup ayant couru les garnisons et les villes rapportaient les mœurs et les usages de Paris et des provinces.

« Le marquis de Sumène avait gardé les allures du mousquetaire. MM de Ménard et de Boisserolle brillaient par la légèreté et la raillerie voltairienne. MM. de Massanne étaient aimables cavaliers. Le vieux M. de Labro portait chaque matin un bouquet aux dames avec cette galanterie un peu surannée qui sied si bien aux vieillards. On y trouvait l'abbé de Villaret et l'abbé de Ménard ; les graves parlementaires comme MM. de Boisserolle et de Ménard père n'y manquaient pas. Les marchands eux mêmes alors moins cloîtrés qu'aujourd'hui dans leurs chiffres et derrière leur comptoir, cultivaient l'épigramme et le madrigal, surtout ceux qui venaient de Lyon, Marseille et Bordeaux. On y avait une tessiture de philosophie. M. de Sumène recevait l'Encyclopédie et M. Durant l'aïné passait de bonnes heures dans son jardin en la compagnie de Jean-Jacques Rousseau, Raynal et des autres. On y faisait des vers à la mode de cette époque [...]. On y faisait quelque peu l'amour, on n'en doute pas.

« Cette jolie société avait bien quelques défauts ; elle était frivole, pointilleuse, jalouse, possessive, mais elle allait mourir souriante et parée, et notre démocratie aura bien de la peine à enfanter sa pareille pour la politesse et l'esprit. »

L'auteur*** rejoint là le mot de Talleyrand-Périgord :"Qui n'a pas vécu dans les années voisines de 1780 n'a pas connu le plaisir de vivre" auquel j'ajouterais "pour peu qu'on ait du bien"


Note *: Dans l'arrondisseemnt du Vigan (Gard)
Note **: ou dit autrement, un curateur
Note *** : Histoire de Sumène écrite pas Isidore Boiffils de Massanne en 1864

vue de Sumène

Faible d'esprit mais excellent cœur n'ayant jamais vexé personne, le marquis Joseph Henry du Fesq s'éteignit en février 1814. On l'ensevelit sans mausolée ni épitaphe au milieu de ses anciens sujets. Deux mois plus tard, à l'annonce de la proclamation de Louis XVIII comme roi de France, M. de Massanne en grande tenue précéda la foule enthousiaste des Suménols à l'église paroissiale pour entonner le Te Deum. L'auteur du livre précise qu'alors « les catholiques chantèrent beaucoup, crièrent beaucoup mais ne firent aucun mal ni dommage aux patriotes. Tous les partis maudissaient Bonaparte. » Puis vint la Terreur blanche, sans que le sang ne coulât à Sumène, mais c'est une autre histoire, histoire qui se continue encore dans cette ville jadis prospère devenue aujourd'hui un village nécessiteux.

dimanche 16 avril 2023

La Route des Rutènes (archive)

Note d'ordre : Ceci est le résultat d'un travail personnel de longue haleine et sans intérêt public mais accessible à tous. Il est sauvegardé sur ce blogue par commodité et susceptible d'augmentations/corrections. On n'y trouvera pas de carte détaillée de toutes les voies romaines du Midi, ni les modes et techniques précises de construction standardisée de ces routes, juste une évocation ; de nombreux ouvrages spécialisés en parlent d'abondance pour qu'il ne soit pas nécessaire de mimer l'érudit. Ce n'est donc pas une "thèse de dynamique spatiale" comme on appelle aujourd'hui les monographies de transport.


chaussée sur un pont romain sans doute repavée

Dans une vie antérieure, j'ai appris qu'un consul romain décréta la construction d'une Via Rutenorum de Nîmes à Rodez à travers une contrée coupée en tous sens de montagnes et de cours d'eau parfois encaissés (Vidourle, Rieutord, Hérault, (Arre) Vis, Tarn, Viaur, Aveyron), avec de grandes déclivités (accès au plateau du Larzac). Je la date du IIè siècle post-Christum et on la retrouve dans l'histoire régionale sous différents noms en sus du précité, selon les tronçons : Cami Romieu, Cami Farrat, Route des Rutènes, Chemin Royal, Chemin Vieux, Grand Chemin. A noter que la section Larzac-Nîmes n'est pas sur la Table de Peutinger, ni sur l'Itinéraire d'Antonin (guide du routard du IVè s.). Elle est notée comme "diverticula" par l'archéologue Louis Bousquet.
Des géographes donnent pour acquis que cette "route" est un tronçon d'une voie romaine transversale qui allait de Arles à Saintes en bifurquant de la voie domitienne à Nîmes pour franchir les Cévennes. Elle se continue après Rodez vers Cahors etc... En fait, le même service est aujourd'hui rendu par l'aboutement d'est en ouest des routes D999 (de Nîmes à La Cavalerie du Larzac), N9 (de La Cavalerie à Millau) et D911 (de Millau à La Primaube - Aveyron) puis la N88 (de La Primaube à Rodez).

Quelle pouvait être l'intention du consul romain à lancer pareils travaux en Narbonnaise ?

Il a toujours existé un chemin à travers les basses Cévennes reliant les Volques aux Rutènes. A l'époque gallo-romaine, Segodunum ("le piton des plus forts"), bien qu'excentrée, était une ville relativement plus importante qu'aujourd'hui, capitale d'un pays riche tant en mines, cultures qu'en industries, et gouvernée par des élites éduquées qui n'eurent aucun mal à prendre en charge l'administration impériale à leur compte après la Conquête. S'il reste très peu de vestiges romains sur l'oppidum de Rodez (planchers carrelés de villas, mosaïques, hypocauste, amphithéâtre, fondations du grand forum, acqueduc, cloaque voûté), plusieurs voies romaines importantes en rayonnaient avant la construction de la Via Rutenorum, qui permettaient déjà l'accès à Toulouse par Gaillac et Rabastens, à l'Aquitaine par Cahors, à la Narbonaise maritime par Clermont l'Hérault et à Lyon par Javols. Il aurait existé aussi une voie Nîmes-Lodève (par Sommières, St Martin-de-Londres (départementale D1) et continuant sous la Séranne par La Vacquerie (-St Martin de Castries) permettant d'éviter le chaos du piémont de l'Aigoual (Lingas) et d'attraper à Soubès la pénétrante sud-nord vers Millau en direction du nord et la Domitienne en direction du sud. Mais sur le Larzac, notre route est identifiée comme différente de celle de Lodève qu'elle rejoindrait à hauteur de La Cavalerie (?!). Quand on connaît le territoire traversé entre Le Vigan et La Cavalerie, on élimine tout intérêt fiscal voire même administratif. Par contre, connaissant les têtes dures des Cévennes et les caboches du Rouergue, il est pensable que la voie facilitait les opérations de police de l'empire, la circulation des ordres impériaux et du courrier.
On ne doit pas négliger les motifs économiques d'échanges interprovinces et au-delà. Nîmes est à cette époque le pôle le plus attractif du Midi et une bourgeoisie d'affaires y est très influente. Descendent du Massif Central, des minerais triviaux et précieux, des articles métalliques, de la poix, de la vaisselle en quantité industrielle (céramique sigillée de la Gaufresenque près Millau), des bœufs (salers rouges), des moutons, de la laine, du drap et des fromages ; proviennent d'Aquitaine et d'Espagne, ânes et chevaux, des peaux tanées, des fourrures, des fruits secs, des minerais raffinés ; d'Italie, de l'huile (d'olive), des produits de l'agriculture élaborée, du vin ; et importés par le port de Narbonne, arrivent des épices, des herbes de sacrifice (myrrhe, encens), des parfums (musc), de la soie, de l'ivoire provenant de Méditerranée orientale (Alexandrie et les échelles du Levant) ; sans oublier le trafic du sel de mer indispensable aux salaisons.
Reste l'hypothèse d'une voie de recul stratégique permettant de faire marcher des légions depuis Arles vers le bassin fluvial de la Garonne sans passer par les voies littorales faciles à conquérir pour l'ennemi du moment. A ce sujet, il faut rappeler que la voie ferrée Tournemire-Le Vigan par le Larzac (1879-1971), tronçon d'un Rodez-Lunel, répondait aussi au défi stratégique de basculer en sûreté des moyens entre les bassins du Rhône et de la Garonne. Mais plus probablement tous ces motifs se sont rejoints pour ouvrir une voie coûteuse entre la capitale économique du pays et l'oppidum ruthénois d'où repartaient d'autres voies vers l'ouest et le nord.

Il est quasiment certain que les ingénieurs de l'empire ont suivi le plus souvent possible les drayes à bétail ou les chemins gaulois que l'on nous dit nombreux. Ainsi parle-t-on souvent de voies "gallo-romaines". Pour terminer ce paragraphe, il faut souligner qu'avant la Conquête, il existait des voies gauloises empierrées dites charretières, capables de trafic à grand débit. César en fera bon usage pour faire marcher ses légions, comme plus tard les hordes barbares feront leur profit des belles voies romaines comme autant d'axes de pénétration rapide de leur cavalerie et de leur charroi.
Nous allons donc nous limiter à sa description et oublier son intention initiale. Le contrôle de l'itinéraire est fait sur la carte Michelin n°80 au 200.000ème (éd.1990 d'avant l'autoroute A75). Pour mémoire, les Ponts & Chaussées romains ont construit plus de 320.000 kilomètres de routes ! Elles furent la première armature impériale et à ce titre, il semblerait que ces constructions ne cessèrent pas tant que l'Etat prévalut jusqu'au IVè siècle.

Itinéraire
La Route des Rutènes "Nîmes-Millau-Rodez" commence dans le bassin drainant du Vidourle (fuseau de la départementale D999 du Gard) jusqu'à Moulès (près de Ganges). Elle franchit à sec le torrent du Rieutord pour remonter vers Sumène* et bascule à Cap-de-Coste dans le bassin drainant de l'Hérault qu'elle franchit à Pont-d'Hérault. Elle évite les emportements de l'Arre en passant par Bréau et le col de Mouzoulès et par Aumessas rejoint Alzon où elle franchit la Vis, puis se hisse par le causse de Campestre sur le plateau du Larzac au col de la Barrière près de Sauclières (frontière gauloise entre Volques et Rutènes), vers Saint-Martin du Vican. Soit elle rejoint à l'Hospitalet du Larzac ou à La Cavalerie la voie Cessero-Luteva-Condatomagos-Segodunum qui remonte de Saint Thibéry depuis la Voie domitienne vers Rodez, mais plus probablement elle tire droit à travers le camp militaire jusqu'à l'est de Creissels d'où elle tombe sur le Tarn qu'elle passe à gué. A noter l'alignement SE-NO de St Martin du Vican, Les Liquisses, Les Agastous, La Blaquière et St Michel.
*une option intéressante à vérifier serait le chemin en hauteur Ganges-Cap-de-Coste qui suit la ligne de partage des eaux entre Rieutord et Hérault et qui évite les crues du torrent. Il s'embranche en continuation du Chemin des Cades à Ganges et vers le nord devient le GR 60. C'est dans l'autre sens une large piste forestière desservant les Jumeaux de Sumène. Cet itinéraire évite la côte si raide qui, passant de Sumène à Pont-d'Hérault, fit tant parler d'elle sous l'Ancien régime.


De Millau vers Rodez on la suit sur le fuseau de la D911 (Millau-Villefranche de Rouergue) jusqu'à la tour d'Azinières, puis vers Comberoumal, les Vernhes (lac de Pareloup), Camboulas, la Baraque du Pouget, Viel-Vayssac, Briane, Hyars, La Vayssière et par la D62 au Monastère sous Rodez pour franchir l'Aveyron et monter à l'assaut du piton jusqu'à la porte Sainte-Catherine. Les passages attestés existent** mais sont peu nombreux. Une pratique des travaux publics permettrait de diriger aujourd'hui la voie entre les côtes montueuses, les gués et les toponymes romains comme Lestrade. Combien de "baraques" dans les deux fuseaux successivement considérés ! Mais sur notre itinéraire, il ne reste aucun pont romain franchissant les fleuves et rivières précités. De Rodez le réseau continue vers Cahors, vers Toulouse d'une part, et vers Javols (et Lyon) d'autre part. Pour mémoire, des drayes destinées à la transhumance, qu'il ne faut pas confondre avec des voies romaines, sillonnent le territoire et peuvent prêter à confusion.

Technique des chaussées
Le tracé privilégié par les ingénieurs impériaux est la géodésique s'affranchissant des déclivités par le déblai-remblai du sol primaire. Si le souci de la pente est présent, celui de la ligne droite l'est tout autant et l'on s'étonne de trouver des pentes raides qui convoquaient parfois un renfort d'attelage pour franchir le col.

Nous confions ce paragraphe à l'érudition des grands anciens qui savaient tout sur la voie romaine standard (avec beaucoup d'exceptions): 22 pieds romains de large, bordés de 2x14 pieds non edificandi (50 pieds d'emprise totale), chaussée perméable sur ballast, parfois bombée, parfois non, dégorgeant dans des fossés ou drains d'évacuation. Les voies qui nous occupent en pays rutène n'étaient pas pavées comme les voies prestigieuses de la plaine de Languedoc, mais empierrées et sablées (viae glarea stratae), donc plus difficiles à détecter de nos jours, même si parfois sous la terre arable rapportée par le vent, on retrouve l'ouvrage multi-couches presque intact, avec son profil légèrement convexe.

Bornes milliaires :
Les distances que l'on trouve sur les bornes kilométriques rescapées de l'antiquariat se comptent en lieues gauloises romanisées ou en milles romains. Après d'épiques empoignements au millimètre près entre sociétés savantes, l'académie s'est accordée sur les valeurs suivantes :
La grande lieue gauloise (7500 pieds) vaudrait 2468 mètres d'aujourd'hui et le mille romain 1481 mètres (1000 double-pas).
Le pied romain dont on connaît des étalons vaut 0,296 mètre ce qui porte l'emprise inaliénable de la voie standard à 15 mètres et la largeur carrossable de la chaussée à presque 6 mètres. Sur le camp militaire du Larzac, on a fouillé un tronçon à grand débit qui faisaient 7,40 mètres de large.

**Passages attestés :
Le Monastère et Layoule pour l'Aveyron (2 bretelles inexplicables d'accès à la ville mais déjà constatées ailleurs en Rhénanie, se rejoignant à la Baraque du Pouget-D911)
Mas Marcou (Flavin)
Hyars (Flavin)
Camboulas (pour le Viaur)
Crespiaguet
Canet de Salars
Les Vernhes (Pareloup)
Curan
Comberoumal (vallon romain)
Azinières
Les Aumières (GR62)
Millau (Condatomagos = place de marché du confluent)
Gué de Saint-Thomas (Tarn)
Route de Brunas (lacets)
(on n'a pas retrouvé l'embranchement des deux voies du Larzac entre L'Hospitalet et La Cavalerie, mais les bâtiments romains de services aux voyageurs sont peut-être sous les villages bâtis)
Sauclières
Col de la Barrière (D999 x D273)
Alzon (pour la Vis)
Mouzoulès (col de) du taillable de Mars (le chemin des Rutènes signalé en surplomb de la vallée de l'Arre ressemble plus à un chemin gaulois empierré qu'à une voie romaine)
Le Vigan (Avicantus - chant d'oiseau)
Le Rey (pour l'Arboux) Pont-d'Hérault (pour l'Hérault)
Sumène
Gué de Ganges (Aganticum) (pour le Rieutord)
Mandiargues
Sauve (pour le Vidourle)
Quissac (Quintiacum)
Montpezat
Chemin vieux de Sauve (Porte de S. à Nîmes)

Le doute qui persiste sur certains tronçons de la voie pourrait être levé en faisant une randonnée à cheval (avec quelques instruments de géodésique) et en se mettant dans la peau de l'ingénieur romain, sachant qu'il privilégiait la ligne droite ou les larges courbes prenant en écharpe la déclivité plutôt que des lacets moins abrupts, pour des considérations économiques et de visibilité du trafic. Le territoire n'a pas été bouleversé, on est dans les conditions d'époque. En selle !

borne milliaire à Rodez
borne milliaire à Rodez

Sources :
  • https://www.nationalgeographic.fr/histoire/les-voies-romaines-reseau-routier-dun-empire
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Voies_romaines_en_Gaule (dont Arles-Saintes en Charente maritime)
  • https://fr.taylrrenee.com/obrazovanie/85077-rimskaya-doroga-opisanie-istoriya-osobennosti-i-interesnye-fakty.html
  • https://aquitania.u-bordeaux-montaigne.fr/_jumi/pdf/1385.pdf (p.333 et s. - voies et chemins en Rouergue)
  • http://www.nemausensis.com/Gard/TopoGard.htm
  • http://www.lesportesdutemps.com/archives/2019/08/01/37536008.html (distances)
  • https://www.st-jacques-aveyron.com/ititour/objects/poi/documents/E01-livre-sur-voie-romaine-Lestrade.pdf
  • http://www.nemausensis.com/Nimes/ViaDomitia/MilliairesVoieDomitiene.pdf (bornes milliaires)
  • https://www.persee.fr/doc/galia_0016-4119_1999_num_56_1_3011 (lieue gauloise)
  • http://voiesromaines35.e-monsite.com/pages/elements-de-toponymie.html
  • https://journals.openedition.org/gallia/596 (St Thibéry-Rodez)
  • https://issuu.com/loubatieres/docs/9782862666280 (itinéraire en Basses Cévennes)
  • https://www.archeo-rome.com/voies/voies05.html (centuriation pratique)
  • https://www.jstor.org/stable/44744702 (relais routiers romains entre St Thibéry et Rodez)
  • https://www.persee.fr/doc/sracf_1159-7151_2009_act_35_1_1422 (vestiges romains de Rodez et de Millau)
  • https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96163310/f1.item (Le Gautier de la construction des chemins - 1755)
  • https://www.journaldemillau.fr/2023/11/28/histoire-et-patrimoine-a-la-decouverte-de-la-voie-antique-entre-millau-et-nimes-12-11608508.php (page 1 sur 2)
  • https://www.journaldemillau.fr/2023/11/29/histoire-et-patrimoine-a-la-decouverte-de-la-voie-antique-entre-millau-et-nimes-22-11608553.php (page 2 sur 2)
  • https://www.jstor.org/stable/41643360 (Les Rutènes d'Alexandre Albenque - recension par Marcel Renard)
  • https://archives.musee-archeologienationale.fr/index.php/notes-sur-les-voie-romaines-qui-ont-travers-le-pays-des-ruth-nes - Notes sur les voie romaines qui ont traversé le pays des Ruthènes (9.02.1860 pour la Commission de topographie des Gaules du Ministère)


Commentaires ? Les corrections étayées sont bienvenues.

jeudi 2 mars 2023

Al prat dels cremats*

*Au champ des brûlés

Ruines de Montségur (Ariège)
Au mois de mars rouvre la saison des "pélerinages cathares": le 16 est la borne, Montségur, leur Chartres. Les ruines du château se dressent dans le ciel du Pays d'Olmes comme l'accusation éternelle de forfaiture et cruauté à l'endroit de la papauté qui déclencha une guerre civile au sein de la chrétienté pour rassurer sa puissance spirituelle et temporelle. Cette abomination n'a jamais éteint le feu de la contestation en Languedoc - la Réforme en sera l'avatar souterrain - parce qu'elle fut la matrice de police générale de la pensée pour tous les siècles à venir. Le Manuel de l'Inquisiteur de Bernard Gui (1261-1331) est au programme des écoles de criminologie.

Il y a sept cent soixante-dix neuf ans que furent brûlés deux cent cathares** aux ides de mars à Montségur. Une stèle commémore depuis 1960 leur acte de foi. Car ce qui étonna tous les gens présents à cette crémation fut de voir l'entrain avec lequel hommes et femmes sautèrent d'eux-mêmes dans le gigantesque brasier.
C'est le philosophe médiéviste René Nelli (1906-1982) qui a le mieux verbalisé ce détachement des parfaits quand il écrit : « la seule tâche morale qu'ils croyaient qu'il incombait à l'homme (était) de se déshabiller du néant dont il est com-posé, et qui pourtant par les prestiges de Satan, lui apparaît dans le Mirage, comme la part de lui-même à laquelle il est le plus attaché ». Le "corps, cette guenille" dont ils devaient se dévêtir !
Convaincus que des trois éléments de l'homme ternaire, l'âme animant le corps (amphore réceptacle du mal) avait été subjuguée par Satan, être et non-être émané du Mal principiel, afin de l'asservir et de la garder séparée de l'esprit qui l'attendait auprès du Père, ils croyaient que la destruction de l'œuvre maligne par le feu hâtait la recollection de l'ensemble dans la perspective d'une éternité en l'un des ciels d'Isaïe, dussent-ils endurer leur perfectionnement par la métempsycose avant que d'y atteindre.
Note**: cathare de καθαροί qui signifie "purs", terme savant du IVè siècle vulgarisé dans les années 50

Leur métaphysique était plus élaborée que celle de l'église romaine, en laquelle d'ailleurs ils savaient puiser des analogies pour leur thèse en lisant Augustin d'Hippone par exemple, qui était un dualiste tardif de la veine de Mani. Leur reconstruction religieuse était globale, complète et fermée et par cela puissante, au point de convertir des élites civiles et religieuses dans les pays où leur doctrine était enseignée. On a pu comprendre que la papauté se soit légitimement inquiétée de cette gnose capable d'une démonstration sans faille de ses thèses, à laquelle elle ne savait opposer que des clercs peu instruits et des prélats d'abord soucieux des privilèges mondains de leur charge. Il fallut attendre l'irruption dans la tragédie albigeoise de Dominique de Guzmán (fondateur des dominicains sous la règle de saint Augustin) pour que reprennent les études théologiques et que se contruise une critique sérieuse des thèses hérétiques. Jusque là, ni par le fer et le feu, ni par les accommodements, rien n'avait pu endiguer la prédication des Bons Hommes qui prêchaient à hauteur de fidèle et avaient réponse à tout. Ce mode d'action eut-il été choisi par le pape de préférence à la croisade sanglante en terre chrétienne qu'Innocent III n'aurait pas eu à vendre son âme au diable ! Il dut convenir sur le tard qu'il s'était fourvoyé.

Quelle était la charpente dualiste des cathares languedociens que les frêres prêcheurs durent combattre ?
René Nelli la résume en sept points :

  • Dieu est tout-puissant dans le bien et dans l'éternité (1) ;
  • il existe dans le temps une racine du mal qui vicie toute manifestation originellement bonne (2) ;
  • le principe du mal n'est en dernier ressort que nihil ou du moins un demi-être (être sans être) (3) ;
  • le mal ne peut se manifester que dans le Mélange* (4) ;
  • le vrai Dieu a tout créé de sa propre substance et non point du néant (5) ;
  • la création est co-éternelle au créateur (6) ;
  • la créature n'a pas de libre-arbitre (7).
Quelques explications :
(1) C'est Son domaine, Il y règne en maître absolu mais une autre force préexiste à l'extérieur de Lui, qui Le défie.
(2) A l'origine du Temps, existe un principe malin qui gâche toute la création y semant le désordre et le chaos moral (le monde que nous connaissons).
(3) Ce mal principiel dérive vers son néant dans lequel il engloutira son être et son non-être à la fin des temps.
(4) Le Mélange évoque le monde manichéen où luttent deux royaumes, celui de la lumière (et de l'ordre manifesté) et celui des ténèbres (et du chaos néantisé). Selon Heidegger, "le néant ne reste pas l'opposé indéterminé de l'existant, mais il se dévoile comme composant l'être de cet existant".
(5) La création est consubstantielle à Dieu Lui-même et non émanée du néant primordial (c'est la signification dualiste) . Elle est attaquée de l'extérieur (et non pas de l'intérieur comme dans le dogme romain qui convertit l'ange Lucifer à œuvrer pour le Mal).
(6) La création ne relève pas du temps (invention diabolique) mais de la substance divine vraie en toute éternité.
(7) Contrairement au catholicisme qui fonde la révélation satanique sur le libre-arbitre des anges et des hommes, les êtres conscients sont victimes d'une illusion en ce monde que leur âme ne peut combattre, séparée qu'elle est de l'esprit libre et sauvé en Dieu. Sa seule possibilité est le repentir que l'on suscite par le consolamentum.

Stèle cathare de Montségur (1960)


Des exégètes pétris d'érudition ont conclu que, si on montait le niveau d'examen de la philosophie cathare, le catharisme était partie intégrante du christianisme dans une diversité que l'œcuménisme actuel aurait pu accueillir. La brutalité de la réponse de Rome contre la purification extrême aux limites de l'idée de Dieu fut une forme de bestialité qui engendrera moins de trois siècles plus tard la protestation de Martin Luther. L'hérésie dualiste s'était éteinte en Languedoc, mais le feu de tourbe de la rancune continuait sous terre, et quand les protestants promurent le libre examen, ils proclamaient ce faisant, le règne de la libre pensée. Il ne fallut rien de plus pour que l'embrasement anti-catholique se manifestât : toutes les hérésies contenues au Moyen Âge se relevèrent en pleine fureur, soutenues par le glaive des grands et la dialectique des nouveaux docteurs de la foi. Après la Michelade de 1567 à Nîmes, la sénéchaussée de Nîmes et Beaucaire bascula du côté du parti huguenot. On sait la suite sanglante des guerres de religion qui, dans l'enthousiasme de l'extermination des mal-pensants, revêtirent les oripeaux de la croisade albigeoise avec les mêmes joyeusetés de la sainte Inquisition. Après la révocation de l'édit de Nantes, politique justifiée mais saccagée par les exactions des missionnaires de la Contre-Réforme encadrés de dragons, la persécution des réformés fut totale, et surtout contre ceux qui disposant de moins de biens, ne pouvaient s'exiler. Les nouveaux convertis du bout des lèvres passeront le mot à leur descendance afin que la revanche puisse être prise à la première occasion, ce fut la révolution française (clic). Finalement le feu ne s'éteindra qu'avec la déchristianisation !

L'église romaine a depuis lors abandonné la métaphysique et l'eschatologie au bénéfice de la charité ostensible dans un champ de compétences encombré de tous les bons et mauvais sentiments de la nature humaine, à se demander parfois si, au fin fond d'elle-même, elle croit vraiment encore en Dieu. Le désordre des idées et des mœurs n'y a jamais cessé, le Mal semble y avoir fait son lit. Les évolutions récentes de la papauté ramenées au message plébéien le plus facile à comprendre et diffuser, ne laissent pas augurer d'un sursaut moral suffisant quand le monde semble au seuil de la guerre. L'autoritarisme capricieux du pape en charge et la mièvrerie de l'universalisme catholique nous seront de peu de secours dans l'affrontement qui vient au sein de la chrétienté, car c'est bien de la guerre des patriarches qu'il va s'agir. Les âmes errantes des parfaits, marquées au feu de la persécution, ont-elles pu rejoindre l'Esprit ? Au moins seront-elles sauvées de l'apocalypse qui vient.


Biblio :
- RP. Antoine Dondaine, Durand de Huesca et la polémique anti-cathare, 1959
- Déodat Roché, Un traité cathare inédit du début du XIIIè siècle, 1961
- Christine Thouzellier, Livre des deux principes, Paris 1973
- René Nelli, Le phénomène cathare, Toulouse 1988
- Valérie Sottocasa, Protestants et catholiques face à la Révolution dans les montagnes du Languedoc, Annales 2009
- Sophie Poirey, La procédure d'inquisition... et (ctrl F) la bulle pontificale Si adversus vos (*), Caen 2012
- Jacques Chiffoleau, Bulle pontificale Vergentis in senium (*), Paris 2015

dimanche 5 février 2023

6-février en 2023

bouton antiparlementaire
Ayant eu le privilège de bien connaître l'un des camelots du roi qui avancèrent vers le pont de la Concorde en ce funeste jour du 6 février, j'en appris qu'il n'y avait aucune insurrection qui vaille sans chef décidé à vaincre. Relire aussi Lucien Rebatet qui s'y battit et à l'occasion, Robert Brasillach qui fut tué le même jour onze ans plus tard, ce jour même où naissait Bob Marley. Il est de ces collisions !

On a dit beaucoup (trop) contre le colonel de La Rocque, on a dit beaucoup moins contre les chefs absents de l'Action française qui avaient arpenté les tréteaux en appelant le peuple à renverser la Gueuse, sans qu'on les retrouve le jour venu sur le pavé parisien. Maurice Pujo se fendit d'une longue analyse justifiant l'échec de cette journée par le déroulé prévisible des événements du lendemain qui en annuleraient tous les fruits.
Dit en plus court, l'insurrection n'avait pas téléphoné avant son entrée en gare !

Ce blogue a chaque année commémoré le 6-février-34. Nous n'ajouterons pas de révélations inédites ou moins sues, mais profitons de cette méditation annuelle pour prévenir les jeunes militants de ne pas s'engager à corps perdu dans une manifestation si leurs chefs ne l'ont pas préparée, ne sont pas devant, et si le nombre critique n'est pas atteint. Certes ce n'est pas un métier que la révolte, mais ça y ressemble.
Benito l'ancien était plus affûté à l'ouvrage que nos penseurs au marbre.

bouquet
PSAUME VII
J'ai passé cette nuit au mont des Oliviers.
Etais-je auprès de vous, bien indigne, Seigneur ?
Je ne sais, mais la chaîne était lourde à mes pieds,
Et je suais aussi, comme vous, ma sueur.

Ce n'est pas sans grand mal, voyez-vous qu'on arrache
Notre cœur aux seuls biens auxquels il fut voué
Et l'ange vient trancher plutôt qu'il ne détache
Le fil de ce bateau que vous aviez noué.

Vous avez trop connu cette terre où nous sommes,
Vous avez trop aimé l'air que nous respirions,
Pour n'avoir pas souffert ce que souffrent les hommes
Et n'avoir pas gémi dans votre passion.

Ah ! si demain, Seigneur, du jardin des Olives,
Je pouvais repartir vers le monde qu'on voit,
Laissez-moi boire encor aux fontaines d'eau vive,
Et laissez s'éloigner cette coupe de moi.

Mais s'il vous faut encor mon attente, Seigneur,
S'il vous faut l'aube noire et la plus dure peine,
Prenez l'arrachement et prenez la douleur,
Que votre volonté soit faite et non la mienne.
(Robert Brasillach, Fresnes, 5 février 1945)

vendredi 3 février 2023

De l'ascendance davidique des rois [1/2]

Spécial royco
Temps de lecture avec les liens : deux jours.

Avant-propos
La Charte de Fontevrault* ayant rallumé la légende des origines davidiques des rois, nous avons pris le band-wagon des saints et des anges.
Le résumé ci-dessous de l'étude des ascendances davidiques des rois de France propose un autre cathéter d'injection davidienne que l'intervention légendaire de Jude, fils de Jacques le mineur, convoyé en Gaule par le non moins légendaire Joseph d'Arimathie, voire par l'arrivée de Marie de Magdala, épouse du Nazaréen, en Provence. Cette troisième voie d'accès est documentée à partir de la dynastie des exilarques juifs d'Irak au VIIIè siècle. Il est établi que depuis la déportation à Babylone, la souche est davidienne. Il est établi aussi qu'un scion de cette lignée a fait souche en Septimanie. Et tous les généalogistes convergent sur le fait qu'elle est entrée dans la maison des pippinides en épousant une fille de Charles Martel, Alda de Francie**. Nous avons choisi délibérement pour pivot entre ascendance et descendance un personnage indiscutable qui est Guilhem de Gellone (755-812) lequel, outre sa geste de preux et sa présence dans toutes les annales du temps, a laissé témoignage de son importance en l'abbaye de Gellone in eremo à Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault) où il se retira.
** Toutes les chroniques la citent sous ce nom ou sous celui d'Aude


Sceau juif de Narbonne
ASCENDANCE
L'ascendance de Guilhem de Gellone remonte en ligne directe aux exilarques juifs d'Irak, succédant par le sang aux exilarques de Babylone lesquels procèdent par le sang toujours des exilarques de Jérusalem dont le second, Salathiel ben Jechaniah (597AC/540AC) est le fils du 22ème roi de Juda, Jéchonias de Judée mort libre en 562AC, de la dynastie de David. Selon la Bible, il y a 18 ou 19 rois entre ce dernier et le roi David (1040AC/962AC).

C'est donc le fils du 2è exilarque juif d'Irak, fils lui-même du 34è et dernier exilarque de Babylone, qui débarque à Narbonne. Il s'appelle Natronaï David (672-739). Que vient-il y faire ?
Il est appelé par les bourgeois juifs de la ville à la direction de la forte communauté israélite de Narbonne qui rayonne sur toute la Méditerranée occidentale par le commerce, les arts et les sciences. Une thèse de 400 pages plus 30 p. d'appareil critique, somme éditée par l'Université de Columbia sous la plume d'Arthur Zuckerman en 1972 (bon courage !) tend à prouver que des domaines le long du fleuve Atax (jusqu'à l'oppidum de Rennes-le-Château ?) auraient été donnés aux Juifs de Narbonne par Pépin le Bref en rémunération de leur concours à la guerre des Francs, formant une principauté dans l'empire naissant. Les historiens admettent que cette entrée du sang de David dans la maison usurpatrice compense son défaut de légitimité hématique malgré leur souci d'épouser les femmes mérovingiennes disponibles. Ces possessions juives devaient être organisées autour d'un exilarque (roi en exil) du meilleur sang. D'où l'appel à Bagdad. Zuckerman l'appelle Makhir, patronyme hébreu de Natronaï en aramaïque. Mais l'important n'est pas tant le motif bien embrouillé que la suite donnée.

plan du quartier juif de la Narbonne médiavale
La juiverie archiépiscopale narbonnaise s'étendait de part et d'autre de l'ensemble cathédrale, cloître, ancien archevêché. Il n'en reste aucun témoignage visible. Elle comprenanit la rue Diderot, la rue Rouget-de-Lisle, la rue Armand-Gauthier, rue de l'Ancienne-Porte-Neuve, longeait la rue Jean-Jaurès. Deux haltes dans cette route juive : la salle au Pilier accessible par le passage de l'Ancre abrite une pierre provenant de l'ancien cimetière juif de Narbonne et dont l'épitaphe latine remonte au VII° siècle. Juste à côté la "Pierre aux Symboles" trouvée dans l'ancienne église Sainte-Marie-La-Major présente des signes ésotériques dont le pentacle ou Maguen David et deux oreilles que l'imagination n'interdit pas d'interpréter comme symbolisant le Shéma (Ecoute), prière imprécative et profession de foi fondamentale du judaïsme. Quant à la juiverie vicomtale, elle était délimitée par les actuelles rue Droite et Viollet-le-Duc au nord, à l'est la Place de Verdun, au sud le Boulevard Gambetta ; la partie à l'ouest donnait sur l'actuel canal de la Robine et remontait par le rue Marcellin Coural qui aboutit rue de l'Ancien Courrier (source wiki-narbonne)

DESCENDANCE
Sous la férule de Charles Martel, le premier exilarque de Narbonne est marié en 705 à une noble franque, Chrodelinde d'Austrasie (678-740), de laquelle il a un fils unique, Thierri d'Autun*** (705-762) lequel épousera Rolinde d'Aquitaine avec laquelle il aura un fils, Théodoric le Pieux (730-793) lequel épousera une fille de Charles Martel, Alda ou Aude de Francie (722-795) qui lui donnera 5 enfants "davidiens" au sein de la maison des Pippinides. Parmi eux, Guilhem de Gellone, mais aussi :

1/ Sigisbert ou Gilbert de ROUERGUE (750-820)
3/ Thierri II d'AUTUN (755-804)
4/ Adalelme d'AUTUN (760-803)
5/ Aube d'AUTUN (770-)
Pour savoir si l'injection a abouti à un roi de France, il convient d'explorer toute la descendance de ces cinq enfants injectés. Ce que nous ne faisons qu'amorcer...

Note*** : si on veut attaquer la thèse narbonnaise, c'est à cette charnière ; mais il faudra contrer Zuckerman qui s'est farci moult censiers, terriers et cartulaires de l'époque considérée. La critique littéraire la plus serrée fut celle de Gérard Nahon dans Le Annales en 1975, que l'on peut lire dans Persée ici.


(1) Sigisbert de Rouergue donne la lignée des Raimon de Toulouse jusqu'à la dernière fille de la ligne directe Jeanne de Toulouse mariée par traité au frère de Louis IX, Alphonse de Poitiers. L'injection davidienne pénètre alors la maison royale de France mais le couple occupé à la croisade mourra sans enfants en 1271 en Italie.

(2) Guilhem de Gellone engendre Héribert de Gellone (comte de Toulouse) dont les filles épouseront des Pepinnides d'Italie. Cause perdue !
Puis remarié, il engendre Thierri III d'Autun (790-826) qui engendre avec Emma de Bavière une fille unique, Endelberge d'Autun (825-900) laquelle épouse Louis II des Carolingiens, fils de Lothaire Ier. Bingo, l'injection davidienne entre dans la maison royale.
Le couple n'a qu'une fille, Ermengarde que l'on mariera au roi de Bourgogne, Boson V de Provence. Ils auront, après trois filles, Louis III de Provence, dit l'aveugle, empereur d'Occident. La deuxième race de rois est injectée. Etude des Guilhermides à faire.

(3) Thierry II d'Autun engendre une fille unique, Alba qui engendre Bernard Ier, comte d'Auvergne et Théodoric, comte de Châlon s/Saone. A explorer...
(4) Adalelme d'Autun ouvrira la maison de Poitiers qui se répandra au sud jusqu'en Catalogne. Cause perdue !

(5) Aube d'Atun n'aura pas d'enfant.

Place maintenant aux généalogistes distingués qui nous prouveront que l'injection davidienne a touché Hugues le Grand voire son fils, le premier des capétiens. Ou plus tardivement peut-être quelque scion de la race des rois, comme on l'a vu presque arriver avec Alphonse de Poitiers. Quid de Henri IV de France, descendant de Bernard VI d'Armagnac, sire d'Albret, et de Cécile de Rodez (1278-1312) injectée par son ascendance des comtes de Rodez ? Il s'agit de douzaines de descendances à explorer, bien au-dessus de mes forces, mais à le faire au plus court, je me concentrerais sur le Vert-Galant, parce qu'il fut un grand... "disséminateur" ! Autre conséquence : connaissant la forte impatience des nobles de ce temps à se reproduire, il n'est pas douteux que des milliers ou des dizaines de milliers de Français d'aujourd'hui soient d'ascendance davidique, sans passer par les marranes d'Espagne, réfugiés chez nous, voie dont Roger Peyreffitte recensait les avatars contemporains. Quand on aura fini ce travail, on s'attellera à la circoncision des fils de la dynastie anglaise qui veut confirmer l'ascendance davidique du trône britannique par la maison de Hanovre.


Aparté : la maison rouergate d'Arpajon procède d'Hugues Ier de Rodez (†1159). Cette prestigieuse maison comtale est injectée par les femmes Guilhermides de la maison de Narbonne. Il est possible que la harpe d'Arpajon soit une souvenance de leur origine davidienne lointaine. Mais cela n'est pas mon domaine.

Note sûre : la distance Bagdad-Narbonne n'était pas un obstacle. La diplomatie de Charlemagne avait envoyé le Franc juif Isaac le Radhanite (https://fr.wikipedia.org/wiki/Radhanites) au calife abbasside de Bagdad en 797 pour l'aider dans l'affaire d'Espagne. La route partait du port de Narbonne jusqu'à Antioche, puis par caravanne jusqu'à Bagdad. Il y resta trois ans et rentra.

Note presque sûre : Il est question plusieurs fois dans les textes d'un roi des juifs de Narbonne ou de Septimanie, et aussi d'une reine des Juifs de Narbonne. Les témoignages d'une communauté israélite organisée et souveraine en justice dans la capitale de Septimanie sont nombreux. Mais on ne trouve pas de "royaume" de Narbonne ou de Septimanie, ne fut-il que juif. Il n'est pas douteux que le carolingien (et même déjà le sage Pépin le Bref) ait reculé à l'idée de circonscrire des possessions juives dans un vrai royaume étranger enchâssé dans l'empire aux portes de la marche d'Espagne toujours contestée ; mais l'usage d'appeler "rex" qu'en firent les Juifs de leur exilarque ressortit plutôt à celui qu'on emploierait pour la "Reine des Gitans". Ca fait plaisir et n'emporte pas conséquences.


Masse des liens utilisés en clair :
  • Généalogie des exilarques de Babylone :
    https://www.genealoj.org/fr/famille-dautun-origine-juive-ha-david
  • Généalogie de Bustanaï ben Haninaï David (34è exilarque de abylone et 1er exilarque d'Irak):
    https://gw.geneanet.org/arnac?lang=fr&pz=mado&nz=boudet&p=bustanai+ben+haninai&n=david
  • Généalogie de Nehemiah Ben Haninaï David (2è exilarque d'Irak):
    https://gw.geneanet.org/arnac?lang=fr&pz=mado&nz=boudet&p=nehemiah+ben+haninai&n=david
  • Généalogie de Natronaï David (1er exilarque de Narbonne):
    https://gw.geneanet.org/arnac?lang=fr&pz=mado&nz=boudet&p=natronai&n=david&oc=1
  • Généalogie de Yehudaï Habibaï ben Natronaï David son fils :
    https://gw.geneanet.org/arnac?lang=fr&n=david&oc=0&p=yehudai+habibai+ben+natronai
  • Généalogie de Theodoric :
    https://gw.geneanet.org/pautrat?lang=fr&pz=regis+vincent&nz=pautrat&p=thierry+theodoric+habibai+ben+natronai+david&n=de+vienne+d+autun
  • Theodoric (d'Autun) :
    https://gw.geneanet.org/citron06?lang=fr&n=d+autun&oc=0&p=theodoric+i
  • Généalogie de Guilhem de Gellone :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9ribert_(fils_de_Guillaume_de_Gellone)
  • Une généalogie des Guilhelmides :
    http://thierryhelene.bianco.free.fr/drupal/?q=node/59
  • Makhir de Narbonne :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Makhir_de_Narbonne
  • Les juifs du languedoc :
    https://www.jecpj-france.com/wp-content/uploads/2021/08/les-juifs-du-languedoc-Roussillon1.pdf
  • Colonies juives en Languedoc :
    https://jguideeurope.org/fr/region/france/languedoc/
  • Narbonne dans la Jewish Encyclopedia :
    https://jewishencyclopedia.com/articles/11323-narbonne
  • Le roi juif de Narbonne :
    https://www.persee.fr/doc/anami_0003-4398_1997_num_109_218_3784
  • Juifs de Narbonne :
    http://www.corbieres-matin.fr/index.php/les-juifs-de-narbonne-suite/
  • Chronique des juifs du Languedoc :
    https://dis-leur.fr/chronique-lhistoire-oubliee-des-juifs-du-languedoc/
  • Une principauté juive du Midi :
    https://www.persee.fr/doc/anami_0003-4398_1973_num_85_112_4805
  • la base Zuckerman :
    https://en.wikipedia.org/wiki/A_Jewish_Princedom_in_Feudal_France
  • Censiers et terriers :
    https://www.persee.fr/doc/efr_0000-0000_1977_act_31_1_2249
  • Comtes de Rouergue et de Rodez :
    http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Rouergue-Rodez.pdf
  • Page 207-210 du Princedom :
    https://www.jstor.org/stable/599021
  • Recension du bouquin de Zuckerman par Patric Choffrut - Royaume/principauté juive de Septimanie :
    https://acjp.fr/uploads/articles/bba31ad3e51a5d5d368a9c17a8ffba38.pdf
  • Communauté juive narbonnaise :
    http://www.wiki-narbonne.fr/index.php?title=La_Communaut%C3%A9_Juive_sous_le_r%C3%A8gne_des_Vicomtes
  • Deux critiques du bouquin de Zuckerman :
    https://acjp.fr/uploads/articles/bba31ad3e51a5d5d368a9c17a8ffba38.pdf
    https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1975_num_30_2_293610_t1_0363_0000_001
  • Le bouquin en cause chez Amazon :
    https://www.amazon.fr/Jewish-Princedom-Feudal-France-768-900/dp/0231032986 à 508,77 euros
  • Ambassade carolingienne à Bagdad - Isaac le rhadanite que Charlemagne dépêcha à Bagdad en qualité d'ambassadeur :
    http://www.wiki-narbonne.fr/index.php?title=Judith_reine_de_Narbonne
  • Evangélisation des Gaules :
    https://www.lavie.fr/idees/histoire/levangelisation-des-gaules-une-voie-singuliere-8702.php

La suite 2/2 par ici

jeudi 2 février 2023

De l'ascendance davidique des rois [2/2]

Spécial royco
temps de lecture : 3 minutes

Sceau juif de Narbonne
L'origine davidique des rois est une affaire qui remonte aux origines mêmes des Mérovingiens, race sortie de nulle part, en Pannonie suppose-t-on. Les rares chroniques du temps dotaient la dynastie mérovingienne d'un sang réputé royal, que d'aucuns rattachèrent ensuite à la lignée du roi David de Juda. Le type "royal" était affirmé par le port d'une longue chevelure, que les Pippinides finirent par raser chez le dernier titulaire de la charge, Childéric III, avant de le cloîtrer dans un monastère près de Saint-Omer. La dispute était suffisamment sérieuse pour que la dynastie franque et les grands carolingiens des royaumes recherchent continuellement à épouser des Mérovingiennes dans la vénération d'une magie hématique.

On peut se demander pourquoi cette vénération ne s'est pas tournée plus tôt vers les dieux des germains, celtes ou goths. Thor, Odin, Taranis, Toutatis ou quelqu'autre du panthéon païen eussent fait l'affaire chez les brutes de Childéric, père de Clovis ; d'autant que l'évangélisation des Gaules fut très lente contrairement à la vulgate catholique impatiente d'hégémoniser l'espace sous ses valeurs avant que d'y dicter ses droits. Il n'y a pas eu d'église des Gaules ; la primatie des Gaules est postérieure au règne de Charlemagne (1ère mention sous Louis le Débonnaire pour l'archevêque de Bourges). C'est en soi et plus tardivement l'un des défauts d'aspect du gallicanisme ; il n'avait pas de souche dans le christianisme primitif.

Ceci mis à part, pourquoi vouloir à tout prix injecter du sang davidien dans la lignée des rois oints ? Pour consolider la transcendance, initiée par le droit divin qui les règle, et confirmée par le sacre ? D'où les titres de "roi très chrétien", "lieutenant du Christ sur terre", "fils aîné de l'Eglise" et intercesseur divin dans la guérison des écrouelles : "le roi te touche, Dieu te guérit". Ce qui finira quand même sur l'échafaud du 21 janvier 1793 avec le roi le plus proche de la définition originelle par sa piété non feinte, ses moeurs irréprochables et sa conduite très chrétienne des affaires à lui soumises. De quoi douter !

Le sang davidien en substance n'a pu éviter la dégénérescence de la race par le cancer de la consanguinité, fléau subi largement dans les familles régnantes, dont les causes étaient inconnues à l'époque. Louis XIV avait quand même des doutes, qui avait demandé à la faculté pourquoi ses enfants légitimes étaient si fragiles et ses bâtards pleins de santé. La branche dynastique injectée finira par ne plus se reproduire : Louis-Auguste et XVI de France attendit huit ans pour mettre la reine enceinte ; son frère Louis-Stanislas et XVIII de France ne put (selon le légiste) ou n'eut pas d'enfant ; Charles-Philippe ou X de France renoua avec la procréation mais les circonstances malheureuses (l'aîné ayant épousé sa cousine germaine n'eut pas d'enfant, le cadet fut assassiné) et le peu d'allant de son petit-fils pour les alcôves, fermeront la dynastie sur l'impasse d'une stérilité délibérée du couple (l'enfantement étant impossible chez Marie-Thérèse de Modène): ce qui en dira plus long sur la conscience de Chambord que son refus du drapeau tricolore. On ne prend pas rang dans un système héréditaire si on ferme le projet. Exeunt !

Ne poursuivra l'aventure que la branche exilée jadis en Espagne par Louis XIV pour succéder à l'Ensorcelé des Habsbourg sans postérité, mais d'autres injections que davidiennes seront nécessaires à la génétique selon les mauvaises langues et la maison d'Orléans. Quoi qu'il en soit, la judaïté se transmettant d'abord par les femmes, la lignée isabélitaine* espagnole a bien la goutte de sang qu'il faut, comme d'ailleurs la branche cadette échouée ici.
Note*: Isabelle II est la fille de Ferdinand VII, lui-même fils de Charles IV, ça se lit sur son visage.

L'intérêt de tout ça est purement historique, autant qu'il éclaire certaines réactions fondées sur la divinité des rois oints qui se perpétuent dans le silence des abysses dynastiques. Mais pour une monarchie souveraine et enfermée dans son domaine régalien, comme le Piéton la promeut, descendre du Psalmiste n'a que peu d'intérêt, même si les régles d'exercice qui s'appliquent au titulaire peuvent parfaitement ressortir au droit divin, non pas celui de plier la société à ses caprices mais à être en permanence confronté aux bornes posées par ce droit supérieur.
Reste à décider Qui le dicte !

vendredi 26 août 2022

Avènement de l'Etat moderne

Il faut lire Le Parti des Politiques de Bertrand Renouvin qui paraît en feuilleton sur son blogue personnel ; travail commémorant la Saint-Barthélémy (24 août).

Bertrand enouvin
Le titre complet est Le parti des Politiques et l'avènement de l'Etat moderne. Jusqu'ici, sept chroniques ont paru. L'ouvrage est d'importance et mériterait l'impression d'un fascicule à part collationnant tout ce travail. Il fait parti du dossier Res Publica chez Renouvin.
L'intérêt premier est qu'il ne s'agit pas de refaire les annales de la période, en gros la France des guerres de religion, mais d'en recenser les motifs profonds, d'en analyser les conjonctions et croisements, en un mot d'expliquer la trajectoire de ce mouvement politique recréant in fine l'Etat.
Bien qu'il se défende d'être historien, Bertrand Renouvin accède au niveau des meilleurs de la profession.
Voici les liens cliquables de ces chroniques avec tout simplement pour chacune, la phrase-seuil en italique et les libellés qu'y attache l'auteur, sans commentaires.
Ndlr: les mots clefs (libellés) ne sont pas cliquables dans notre article comme ils le sont sur le blogue de l'auteur. Y aller voir donc.

cul de lampe

Chapitre 1 (Chronique 169) - Nous commémorons cette année le 450ème anniversaire de la Saint Barthélémy. Commencés dans la nuit du 23 au 24 août 1572, les massacres de huguenots se poursuivent à Paris jusqu’au 29 août et s’étendent à la France entière.
mots clefs : Catherine de Medicis | catholicisme | Cicéron | colloque de Poissy | édit du 17 janvier 1562 | Etat | François de Guise | François II | guerre de Religion | Henri II | huguenots | massacre de Wassy | Michel de l'Hospital | papauté | protestantisme |
diviseur
Chapitre 2 (Chronique 170) - Commis par les hommes du duc de Guise, le massacre de Wassy plonge la France dans les guerres de Religion. La monarchie royale se trouve alors confrontée à un déchaînement de violence qui n’est pas seulement le résultat tragique de l’extrémisme catholique.
mots clefs : angoisse | calvinisme | Catherine de Medicis | catholicisme | Charles IX | Conjuration d'Amboise | Espagne | Etat | François de Guise | Guerres de religion | Guillaume d'Orange | monarchie royale | Paix d'Amboise | Philippe II | Surprise de Meaux | traité du Cateau-Cambrésis |
diviseur
Chapitre 3 (Chronique 171) - Il faut faire la guerre en vue de la paix. La conviction exprimée par Michel de l’Hospital est partagée par Catherine de Médicis. L’insurrection protestante qui suit le massacre de Wassy exige la mobilisation de l’armée royale.
mots clefs : Catherine de Medicis | catholicisme | Charles IX | édit de Saint-Germain | Elisabeth I | Espagne | Guerres de religion | Guillaume d'Orange | Henri de Navarre | Lépante | Marguerite de Valois | papauté | protestantisme |
diviseur
Chapitre 4 (Chronique 172) - Dans la France déchirée comme jamais, le pouvoir royal reste inspiré par une philosophie qui mêle l’humanisme érasmien et le néoplatonisme. Ceci afin de mieux cultiver un idéal de tolérance religieuse et d’harmonie politique pour le service de l’Etat, qui participe du divin, et pour le peuple qui devrait être tout uniment chrétien.
mots clefs : Catherine de Medicis | catholicisme | Charles IX | duc d'Albe | Gaspard de Coligny | Grégoire XIII | Guerres de religion | Henri de Navarre | Pays-Bas | Pie V | protestantisme | Saint-Barthélémy |
diviseur
Chapitre 5 (Chronique 173) - Le roman, le cinéma et divers livres d’histoire ont ancré l’idée de l’écrasante responsabilité de Charles IX, roi faible, et de Catherine de Médicis, reine cynique, dans les massacres déclenchés le 24 août 1572. Un vif débat demeure entre les savants qui ont récemment travaillé sur la Saint-Barthélemy
mots clefs : catholicisme | Charles IX | Espagne | Gaspard de Coligny | Guerres de religion | Henri de Guise | papauté | parlement de Paris | Philippe II | protestantisme | Saint-Barthélémy | Sainte Ligue |
diviseur
Chapitre 6 (Chronique 174) - En août 1572, face à une insurrection politique, religieuse et sociale, Charles IX et Catherine de Médicis ont sauvé in extremis ce qui pouvait l’être : l’autorité légitime n’a pas été renversée, les injonctions royales ont évité maints massacres dans le pays, l’Etat a pu conserver quelques éléments de sa puissance souveraine à l’intérieur du royaume – la liberté de conscience a été préservée – et dans les affaires extérieures.
mots clefs : Anne de Montmorency | catholicisme | Charles IX | Etat | François de Guise | Guerres de religion | Henri de Guise | Henri de Navarre | Henri III | Marguerite de Valois | médiation | Michel de l'Hospital | papauté | protestantisme | Saint-Barthélémy | Sainte Ligue | traité de Nemours |
diviseur
Chapitre 7 (Chronique 175) - La pensée des Politiques s’est élaborée dans la violence de l’Histoire. La seconde moitié du XVIe siècle donne à voir les pires atrocités mais les partisans de la paix civile et religieuse s’engagent selon des œuvres qui marquent leur temps et encore le nôtre.
mots clefs : catholicisme | Etat souveraineté | François Hotman | Guerres de religion | Henri III | Henri IV | Jean Bodin | médiation | Montaigne | protestantisme | République | Saint-Barthélémy |

cul de lampe


Nous ignorons si et quand d'autre(s) chronique(s) suivront sur le même sujet. En ce cas, elles seront ajoutées à cette recension.
A ne pas rater, c'est sûr.

mercredi 13 juillet 2022

Faire peur !

« Ils sabrèrent le gouverneur de Launay puis lui coupèrent la tête au couteau de cuisine avant de la mettre sur une pique qui précèderait les braillards.»

Les quatre jours du soulèvement de Paris contre le roi résumeront toute la Révolution française. Il fallait être terriblement myope pour ne pas voir que le régime avait fondu comme neige au soleil. Le 15 juillet, le président de la Noblesse aux Etats généraux et vénérable du Grand Orient, Sigismond de Montmorency-Luxembourg, avait foutu le camp pour Londres abandonnant derrière lui une fortune considérable ; le 16 c'était Artois et Condé qui passaient la frontière ; les suivront des secrétaires d'Etat et les pairs les plus exposés jusqu'à La Vauguyon, précepteur des quatre fils du Dauphin et in fine ministre des affaires étrangères quatre jours avant de monter incognito et sans perruque dans la berline pour Le Havre, où il se fit prendre, avant d'être sauvé par Mirabeau le grêlé.

En cela la prise de la Bastille, un monument d'incompétence d'un pouvoir liquéfié, est devenue le symbole le plus fort de la Révolution française parce qu'elle l'enferme toute. Même si d'irréductibles Gaulois ne célèbrent pas le 14-Juillet, la journée est notre fête nationale articulée traditionnellement sur trois manifestations : les bals des pompiers, les feux d'artifice et les défilés militaires. C'est le jour des contacts armée-nation qui sont d'une importance capitale en temps de crise, surtout depuis que la suppression de la conscription a distendu le lien génétique entre les familles et les régiments.

Le défilé militaire de Paris est présenté ici par le ministère des armées, lequel nous propose cette magnifique photo de la garde à cheval que le monde entier nous envie (pour une fois c'est vrai).

la Garde à cheval

Ce spectacle sur les Champs Elysées est la plus proche représentation de nos armées en l'état, c'est-à-dire des unités de démonstration, parfois même de simple échantillonnage. Les écoles de cadres des trois armes sont nombreuses, mais les troupes de manœuvre étiques en proportion. Nous attendons du chef de l'Etat, déstabilisé sur le front intérieur par de piètres résultats électoraux, qu'il annonce dans son discours officiel le réarmement du pays et quels arbitrages de dépenses publiques seront convoqués à sa réussite. Il lustrera son profil de médaille bien plus sûrement qu'en politique intérieure où il ne semble pas avoir compris que la nouvelle chambre élue veuille parler au nom de toute la nation au lieu d'enregistrer bêtement ses caprices narcissiques, comme on l'a vu au long des cinq années passées.

Comme nous l'avons déjà dit, en citant les chefs d'état-major du pays, il faut doubler déjà nos dépenses militaires de temps de paix pour ne pas susciter de chantage dans notre zone d'intérêts et sur nos outremers particulièrement vulnérables. En un mot comme en cent : il faut de nouveau faire peur ! Et pour le temps de guerre, il faut savoir convertir notre économie en économie de guerre à commencer par nos arsenaux ; il y a du travail et le temps n'est pas aux pitreries de la Nupes ou aux acidités gastriques de Mme Borne.

Un petit hommage à la reine des batailles :


Postscriptum du 14 : Le site provençal de La Faute à Rousseau produit aujourd'hui une page de Chateaubriand, spectateur affligé de la prise de la Bastille. On peut y accéder en cliquant ici puis sur l'image de la forteresse en feu.

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