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jeudi 4 avril 2024

L'Europe mûrit.

#2255 - Hésitant d'un pied sur l'autre sur l'implication plus ou moins soutenue des Etats-Unis dans la guerre d'Ukraine, l'Europe a finalement décidé de prendre ce qu'ils lui donnent et de ne plus compter sur eux à l'étage stratégique. La boussole éponyme lui montre la seule queue de trajectoire probable, la nucléarisation de ses armées pour faire contrepoids aux appétits déclarés de l'empire russe revenu sur le limes occidental.

Mais comme une dissuation nucléaire ne fonctionne pleinement que si elle est adossée à des armées conventionnelles bâties sur la peur qu'elles inspirent, les pays européens ont décidé de les remettre déjà à niveau, la question d'une bombe européenne qui, à mon avis n'en est plus une, sera débattue en son temps.
Dès lors que les arsenaux européens se sortent les doigts et prennent les contrats que leur passent les Etats, le délai du réarmement devrait être raccourci - sauf si l'Allemagne se liquéfie, bien sûr.

J'avoue ne pas comprendre les admirateurs chez nous de Vladimir Poutine qui est l'Hégémon le plus con que la terre ait porté :
Pour matérialiser son rêve impérial en capturant les fameuses terres noires, il se coupe de la première puissance commerciale mondiale qui n'avait que des indulgences à son endroit ; il perd la Mer baltique et le tampon stratégique de deux pays neutres entre la Russie et la frontière atlantique ; il ruine sa balance commerciale en vendant ses matières premières au rabais contre des devises non convertibles ou pourries ; il stoppe définitivement le développement des territoires non métropolitains de l'immense Russie en créant les conditions d'une instabilité sociale d'ampleur. A quoi s'ajoute l'exode des cerveaux.

Si le Kremlin compte se refaire par un maximum de saloperies dans l'espace informationnel, il tombe maintenant sur des Etats occidentaux avertis qui le guettent partout. S'il est probable que les peuples russes conditionnés du berceau à la tombe continuent de participer à la guerre patriotique "imposée à la Russie par l'Occident", ses élites ont déjà fait le tour de la propagande éhontée des services intérieurs de sécurité. A la première occasion favorable, elles lâcheront le pouvoir, le temps de se mettre en sûreté. Le "monde libre" n'aura jamais si bien porté son nom !

Avion F-16 en alerte la nuit
Il n'en demeure pas moins que les capacités de pure destruction mises en œuvre par l'état-major russe se maintiennent à un niveau élevé, même si elles n'ont pas une grande influence sur la conduite de la guerre, ne touchant que des infrastructures civiles. Pour cette raison, priorité est donnée aux moyens ukrainiens d'atteindre les positions de départ des coups ou les vecteurs des armes. Plus la logistique énergétique de guerre en cassant les raffineries ! Nous ne sommes pas loin d'une no-fly zone décrétée par l'OTAN à l'ouest du Dniepr. Il serait utile de la compléter d'un droit de suite inversé permettant d'attaquer les vecteurs russes en avant de la zone. Sera-ce une escalade ? De toute façon il y aura escalade !

lundi 12 février 2024

Europe, porte tes couilles !

Cet article #2238 est un billet d'anticipation.
Au soir du refus acté par le Congrès des Etats Unis de continuer à soutenir l'Ukraine sur l'injonction du prédicateur Trump, l'Europe occidentale pourra considérer que l'aube qui se lèvera chez elle sera celle du premier jour de sa libération. A l'image du calendrier républicain de la Révolution, l'Union pourra éditer le sien pour l'An I.

l'enlèvement d'Europe par Botero
( ceci n'est pas un boeuf ! )

Sur le fond, Trump et ses affidés de la House mais aussi bien des personnels du Département d'Etat (MAE) considèrent que l'affaire est intra-européenne et que les Etats Unis n'ont pas à tirer les marrons du feu pour que la Civilisation du hamac continue à se balancer mollement sous la brise des alizés en comptant ses droits sociaux d'une main, un verre de Daiquiri dans l'autre (avé la rondelle de citron). Au classement mondial des PIB, l'Union européenne pèse quinze trillions de dollars, derrière la Chine populaire (21,5) et les Etats Unis (26). Elle a donc toutes les bases nécessaires à sa propre défense et devrait faire la police à ses confins et sur tous ses atterrages. Les pays alliés non-européens (USA, Canada, Japon, Australie pour ne citer qu'eux) se demandent parfois ce qu'apporte l'Union dans la corbeille de la défense commune de l'Occident global. L'implication des Etats Unis dans la guerre de dislocation de la Yougoslavie s'est faite à contre-cœur entre les timidités du secrétaire général Boutros Boutros Ghali et l'énervement de la France et de l'Allemagne se positionnant chacune derrière son client, pour ne rien faire de plus au final que de proclamer au pupitre des hémicycles l'intolérable de la situation.

L'affaire d'Ukraine est le révélateur de l'impuissance assumée des pays européens. Se rejoue la posture de tutelle des Américains qui découvrent tous les jours depuis deux ans que leurs alliés européens sont à poil, capables de tenir juste le délai du pont aérien transatlantique acheminant les boys qui viendront se faire massacrer pour nos beaux yeux. Est-il nécessaire de développer ?

Non ! Sur ce blogue il fut toujours considéré que l'OTAN était le meilleur outil de défense en Europe et pour la France surtout, qui devait souvent s'en distraire pour défendre ses intérêts en Afrique ou en outremer. Le "meilleur" ne se comptait pas en chars, avions, obusiers. Le "meilleur" était gagé sur la terreur que l'organisation inspirait aux pays du Pacte de Varsovie, dont les cerveaux avaient été lessivés à cette horreur pendant quarante-cinq ans par le pouvoir soviétique. Le premier défi d'une armée est de faire peur. L'OTAN faisait peur et leur glaçait les os, ce qui les incita à y entrer au plus vite avant que l'ours russe ne se refasse une santé. La crainte inspirée par l'OTAN chez les Russes est devenue depuis lors littéralement "raisonnable". Elle se dissèque maintenant, elle se maîtrise, elle n'est plus un réflexe, une peur-panique. En cause, les hésitations qui ont suivi la déclaration de Joe Biden au début de l'invasion qui signalait à son opinion intérieure que pas un soldat américain ne mettrait le pied en Ukraine. On ne sort de l'ambigüité qu'à son détriment, disait le cardinal de Retz, et il fut acté par les dirigeants russes que la réassurance donnée aux parents américains constituait une garantie pour eux-mêmes. En fait, on en est toujours là.

un verre de daiquiri
( le daiquiri dans le hamac )
L'OTAN fait d'autant moins peur que les pays riches d'Europe occidentale ne savent pas convertir leurs industries en économie de guerre et s'avèrent au détail incapables d'attaquer. C'est tout bénef pour Moscou même si l'économie russe est en train de saigner ! Bloqué sur le front ukrainien, le Kremlin peut raisonnablement envisager de percer en Lituanie vers Kalinigrad par le corridor de Suwalki, en suscitant une insurrection des populations russophones "maltraîtées" par les nations baltes. Même si l'avantage d'une césure entre la Pologne et les Baltes n'est pas obtenue au final, l'opération spéciale au secours des pieds-noirs russes testerait en vraie grandeur la résolution des Etats Unis à taper fort pour les contrer, au risque d'embraser toute la Baltique orientale. Si Washington branle du manche, l'Union européenne sera convoquée à l'avant-scène d'une guerre probable sur ses terres, car la Russie changera de dentier pour celui de Dracula. Comment l'UE pourrait-elle s'y préparer ?

En cessant déjà de parler, et en mettant son économie en état de guerre dans l'optique d'un prochain engagement à outrance sans parapluie nucléaire. Où trouvera-t-elle les fonds ? Dans l'excès de prestations sociales et le coulage général des fonds publics. Comment y parvenir ne fait pas partie du débat dans cet article (on pourrait) mais la proclamation d'un état de siège permettrait de freiner les sabotages politiques et sociaux. Nous avons vu les délais parfois incompressibles de la mise à niveau de nos productions d'armement, si les Russes reprennent la Baltique orientale à l'OTAN, il sera déjà trop tard. C'est la conclusion à laquelle sont arrivés les dirigeants polonais qui n'attendent personne et réarment à fond faisant feu de tout bois.

Evitons de perdre du temps et de l'énergie dans les débats corne-cul de la "défense européenne à la française". Réarmons dans tous les compartiments utiles à la guerre qui vient. On verra ensuite comment se coordonner, mais les structures de commandement OTAN sont et seront disponibles à cet effet. Les Américains n'attendent finalement que ça, que l'Europe devienne adulte.

Ceux d'entre vous qui veulent obtenir une estimation réaliste de l'avenir européeen ne peuvent pas faire l'économie de l'expertise de Françoise Thom qui emboîte présent et futur russes dans un article remarquable d'intelligence, Déstalinisation et dépoutinisation du 10 février 2024. Vous y apprendrez aussi ce qu'il se cache derrière la campagne électorale de Boris Nadejdine. Le professeur Thom est la seule sur son créneau à synthétiser ses analyses hors des attendus habituels de la profession.

Bonus : un dommage collatéral au réarmement de l'Europe sera l'impact direct sur les usines exportatrices chinoises, par l'assèchement des moyens de surconsommation dû à la baisse inéluctable du niveau de vie. Ce que fera le Parti communiste chinois des millions de travailleurs débauchés sera intéressant à suivre. Quelqu'un à Zhongnanhai se mordra-t-il les doigts d'avoir soufflé sur les braises de la psychopathie du petit tsar qui a déclenché tout ce cirque ?


Postscriptum du jour

Si d'aventure le Congrès des Etats Unis réalisait la létalité de son détournement de l'Ukraine qui assignerait sa volonté de puissance aux caprices éphémères de sa politique intérieure, ce billet n'en garderait pas moins sa pertinence, le doute rampant d'un déni d'implication n'étant plus permis aux nations européennes. Amen.

mercredi 7 février 2024

Des singes en hiver

#2237 - Nous sommes le 7 février, les ligues dissoutes ne se sont pas reconstituées pour prendre d'assaut l'Assemblée nationale. On me dit dans l'oreillette qu'aucun pouvoir ne gît en ce lieu sauf de nuisance. On s'en doutait un peu quand après la défaite de Rungis, le premier élan de la Coordination Rurale fut d'assaillir l'institution, pour finalement retourner ses tracteurs par dépit et rentrer à Montauban. Sans doute avaient-ils vu entretemps les questions d'actualités au gouvernement sur la 3ème chaîne et mesuré les capacités réduites de la machine parlementaire. A quoi bon prendre d'assaut le siège des inutilités. Tout se décide ailleurs.

L'antiparlementarisme primaire de ce blogue est une honte bue ! Même s'il est largement partagé par certaines célébrités politiques qui s'en tiennent loin pour ne pas prêter la main à la verge purificatrice des caricaturistes, l'antiparlementarisme est un mal qui se répand jusqu'au plus profond du pays par la conviction des masses laborieuses que ces enceintes sont des fromages de la République qui servent à nourrir les sans-métiers du pays faisant profession de politicien. Un député mien s'était jeté dans la bataille politique en 2017, qui avait eu l'idée saugrenue d'apppliquer scrupuleusement son programme une fois élu. Quelle idée ! Son travail fut remarquable et salué, son assiduité rare, son opiniâtreté parfois moquée ; il ne se représenta pas en 2022 car il n'avait abouti à rien. "J'ai payé pour savoir" me dit-il un jour, écœuré. Le parlement n'est pas du tout le moteur démocratique que l'on imagine. C'est un jeu de l'oie, un monopoly géant, un mécano d'usine à gaz. D'ailleurs si constitutionnellement ils détiennent la souveraineté, ils ne s'en servent pas parce que les règles d'exercice de leur mandat qu'ils se sont eux-mêmes données les en détournent. Peigne-culs en plus : avec leurs émoluements confortables, ils se votent une augmentation des notes de frais pour suivre la hausse des prix parce qu'il ne leur est pas venu à l'idée qu'au moment où bien des catégories sociales rament, ils pouvaient distraire un peu de leur traitement de base pour régler une ou deux notes de restaurant ou les fleurs destinées à leur assistante parlementaire ou à leur maîtresse parisienne. Domminique de Villepin les surnommait "les connards". C'est définitif, ils président à l'effondrement du pays constaté aujourd'hui par Michel Onfray et Dominique Jamet(*).

8 février demain, il y aura toujours Gaza, l'Ukraine, Taïwan et Montauban. Un réflexe tardif de bon sens au Château a sorti de l'épure diplomatique Ouagadoudou, Bamako et Niamey. Aux Russes de protéger maintenant les futurs maréchaux du canibalisme des foules surchauffées. Lâche mais légitime soulagement. Mais ce qui m'interpelle dès l'aube, c'est la candidature de Xavier Bertrand à l'élection présidentielle de 2027 proclamée depuis les Hauts de France à l'effet de vaincre le Front National (sic). Cette obsession du président de région n'est pas nouvelle parce qu'il est confronté à des élus de terrain de bon niveau qui ne se laissent pas éblouir par son aisance technocratique et qui persistent à appeler un chat un chat. Mais cet axe de campagne sera-t-il le bon ? Les Français ne semblent pas redouter la possible irruption de la droite dure sous les plafonds dorés de la république. Ils s'inquiètent de l'insécurité qui n'est plus du ressenti, de l'affaissement des services publics financés par des impôts qui augmentent et, quand ils ont le temps, de la nouvelle colorimétrie de notre société qui remplace l'ancienne plus pâle. Certes pour monsieur Bertrand, il y a loin de la coupe aux lèvres - comme on dit dans les blogs destinés à l'Académie française - à commencer par déblayer ses concurrents au sein de son propre parti politique. Avouant avoir appris de ses erreurs, et les primaires républicaines furent l'erreur majeure des trois derniers quinquennats, il envisagerait donc se lancer seul à côté de la "machine à perdre" que représente si bien le tandem Ciotti-Wauquiez. Peut-être aussi contre le pavois des adhérents qui pensent, dit-on, à David Lisnard, maire de Cannes et président de l'Association des maires de France. Celui-ci n'a pas l'aisance médiatique de Bertrand mais, un ton plus bas, semble plus proche de son auditoire, ce qui n'est pas non plus gage de succès, l'image imprégnée dans le cerveau de l'électeur étant plutôt celle du grand chef catholique à la Chirac que celle d'un besogneux honnête. Sauf qu'au jour où nous mettons sous presse, ce candidat LR capable d'aimanter le corps électoral n'est pas visible encore. Les Républicains ont raté le coche en 2021 en éliminant Michel Barnier qui avait la stature "professionnelle", le prestige du Brexit et la gueule de l'emploi. La photo d'époque parle d'elle-même (clic) qui n'aligne à côté de lui que des vedettes d'étape.

Je partage l'avis de Luc Ferry qui les trouve nuls. Emmanuel Macron a clairement gagné la présidentielle de 2022 et tout aussi clairement perdu les législatives s'ensuivant. Les Républicains auraient dû passer un accord de gouvernement à l'allemande avec Macron pour lui fournir la majorité requise à l'Assemblée nationale et faire avancer leurs idées en même temps. Que risquaient-ils à la fin puisque Macron ne pourra pas se représenter en 2027 et donc que les cartes de tous les groupes politiques seront rebattues fin 2026. De vrais stratèges ; mais c'eût été pour faire quoi ? Ce sont les élections européennes qui comptent de plus en plus et leur chef de file n'imprime pas.

dessin d'une candidate au pupitre

Qui voit-on susceptible de courir ce marathon de trois ans ?

- Personne à l'extrême-gauche qui s'émiettera pour compter ses voix en vue des élections législatives ! Les Vertes-de-rage pourraient néanmoins sauter plus tôt du Titanic.
- La gauche de raison n'a pas de candidat naturel - elle est presque le seul parti dans ce cas. Avec son QI de bulot (Luc Ferry dixit) Olivier Faure n'avait aucune chance, c'est bien pourquoi le PS propulse Raphaël Glucksman aux européennes avant peut-être de l'accompagner plus loin s'il réussissait à finir troisième derrière la majorité présidentielle voire deuxième si elle se divise.
- La majorité présidentielle partagera les mêmes intentions de comptage que l'extrême-gauche en vue des législatives ; ses trois composantes se braqueront forcément après les européennes à mesure que se rapprochera l'élection présidentielle. Renaissance n'a pas de leader national, à moins que Bruno Le Maire ne suive les conseils de Houellebecq ; Horizon n'a qu'Edouard Philippe à qui colle toujours le sparadrap des 80km/h ; et le MODEM n'osera pas remettre le couvert à François Bayrou même s'il insiste après sa relaxation au bénéfice du doute. Ceux qui le connaissent bien en l'affaire, ne doutent pas.
- On a parlé plus haut des Républicains. Ciotti chauffe la salle pour Wauquiez, mais ce président de région reste pour l'opinion un très bon président... de région. Xavier Bertrand a ses chances s'il surmonte sa propension à entrer dans le détail des dossiers, ce qu'il fait avec passion, car ce n'est pas la technicité qui est porteuse d'une candidature à la présidentielle mais le charisme et le récit national proposé.
- Enfin le Rassemblement National. Si Jordan Bardella gagne largement les élections européennes de juin prochain, Marine Le Pen sera assurée de participer au scrutin de 2027 en laissant courir l'idée d'un ticket avec lui. Sa (seule) chance d'aboutir est que ses adversaires la diabolisent - Bertrand parle aujourd'hui déjà de "fachos" - au lieu de démonter son programme économique bolivarien et qui ne vaut pas plus. L'électeur RN (30% du corps électoral annoncé pour juin) n'est pas sensible à la dénonciation de dérives réelles ou supposées des dirigeants de son parti vers le NSDAP, en plus qu'il ne comprend pas grand chose au bal de la Waffen à Vienne, aux conférences communes avec la Lega ou Fratelli d'Italia en Italie, aux indulgences plénières accordées à Victor Orban ou à Robert Fitso ; ce qu'il veut c'est d'abord de l'ordre, encore de l'ordre et finir les fins de mois !
- Reste le Z. Pas celui de l'opération militaire spéciale (quoique!) mais celui de Reconquête. Difficile de ressortir de la fosse à la fin du parcours du combattant. Si Marion Maréchal fait les 5% libérateurs aux européennes (elle est sondée à 6% donc c'est possible) se posera la question du candidat pour 2027 puisqu'il a été jugé que le lecteur ne fait pas l'électeur. Auquel cas Reconquête balisera l'accès au second tour et Zemmour rejoindra Mélenchon à l'EHPAD des bois flottés de la démocratie échouée.
Si revenait en 2027 un parti "Chasse, Pêche et Traditions" j'y retournerais bien.


Postscriptum du 7/02/2024 :
L'autre nouvelle diffusée par la Nomenklatura est la conscience morale de la gauche caviar prise la main dans le panier de jeunes patientes sous hypnose. Où vont-ils chercher tout ça ?

samedi 25 novembre 2023

Les peuples d'Europe s'ébrouent

Il se passe quelque chose chez les peuples européens que nos sociologues confits en dévotion académique ont du mal à appréhender, parce que ces manifestations d'humeur croisent à angle droit toutes les lignes de l'épure du vivre ensemble et son contraire. Fascisme, antifascisme, extrême-droite ou gauche, néo-nazisme, saints et autres remplacés, rien ne colle. Et c'est à Dublin qu'on vient de le constater.

feux d'émeutes à Dublin

L'éruption de violence déclenchée par le surinage de braves passants par un étranger présumé ne coche aucun des codes conformes à la doxa des écoles régionales de journalisme. Des Irlandais moyens et plutôt jeunes ont attaqué la police et les vitrines du capital vagabond dans une belle émeute à la française, ne touchant pas un seul cheveu des quelques étrangers venus aux nouvelles qui eurent la bonne idée de rester en retrait de ce combat de roux. Pis encore, d'aucun chez ceux-là portèrent secours spontanément aux yeux brûlés par les gaz et autres blessures superficielles de manifestants trop avancés. En fait, le motif prévalant n'était ni la malchance dans la vie, ou un quelconque déclassement social causé par quelque grand remplacement, le désœuvrement, encore moins un fureur raciste, la cible était clairement le gouvernement de la République d'Irlande. Sa molesse générale dans la gestion de la société, ses indulgences coupables, son enfumage permanent, sa façon de mentir en fait ! Un reportage du Guardian sur zone titre « Le gouvernement n'écoute pas ». Ils auraient pu choisir aussi "l'anarchie celtique renaît".

Ces événements déboulent dans les lucarnes bleues juste après la victoire (mesurée) du parti de Geert Wilders aux Pays-Bas qui a percuté de face les éditocrates patentés. La relation qu'en a fait la presse française subventionnée est complètement démentie par les réactions politiques du peuple batave et des partis qui le représentent. Le peuple espère être entendu cette fois. Si la coalition avec le PVV est difficile à former, aucun parti jusqu'ici n'a exclu de voter certaines mesures que proposerait le prochain gouvernement quand elles iront dans le bon sens, pour faire court, aussi longtemps qu'il s'agira de contrôler l'immigration d'une main de fer à la danoise. Et nos petits curés de l'information dirigée de chercher partout le plafond de verre ou le barrage républicain voire le cordon sanitaire indispensable à... à quoi déjà ? A confiner l'extrème-droite, définition tellement usée qu'on n'en voit plus la trame. Du dégagisme. La classe politique est disqualifiée, elle qui a laissé dériver la société au nom de principes exogènes dictés par une commission intouchable, sortie depuis longtemps de son sillon économique pour maintenant régler nos mœurs. Ainsi parle-t-on de "Nexit" pour foutre les jetons aux commissaires pontifiants, leur rappelant que les Pays-Bas avaient voté "non" à Maastricht en 2005.

Mais plus que la Commision, ce sont les médiats français qui paniquent. Ils font des cartes de progression de la fameuse extrême-droite en Europe (en passant, France-Inter qualifie l'AfD de parti néo-nazi), de sages universitaires sont arrachés à leurs grimoires pour éventrer la "Bête immonde au ventre encore fécond", et bien des pisse-copie se demandent sans doute s'ils seront encore payés l'an prochain. On agite le lectorat à moitié disparu, on gratte l'épiderme de l'opinion pour s'apercevoir qu'elle n'est en rien choquée par ce renversement d'alliances convenues sans son accord. L'opinion veut des gens sérieux, à poigne, gérant intelligemment les défis qu'affronte ce pays, sur la seule base du bon sens. C'est toute la construction idéologique de la Casta qui est menacée par l'exaspération des "gens" devant l'impéritie des pouvoirs publics et ses indulgences coupables au nom de principes fumeux dont on n'a cure à la fin. Le très grand nombre de participants à la marche de Crepol et ensuite aux obsèques du jeune Thomas sont un message de défiance à l'endroit de tous les pouvoirs vérolés par la naïveté consentie pour apaiser les tensions. La désobéissance civile n'est plus très loin et on peut anticiper un clash contre l'Etat (style gilet jaune du Puy-en-Velay) plus problable qu'aucune ratonnade comme aimerait à le faire croire la gauche en manque d'idées, les noms des mis en cause pour Crépol seraient-ils même arabes.

En conclusion, si la classe politique dans son ensemble est disqualifiée par le peuple, c'est le segment de gauche qui va disparaître en premier dès lors qu'il sera considéré comme un potentiel ennemi de l'intérieur. On qualifiait autrefois ainsi le Parti communiste stalinien et son relais de nervis de la CGT, mais c'est aujourd'hui toute la gauche, molle au centre, hystérique au bord, qui est jugée malfaisante et vendue aux intérêts hostiles à notre société. Quand le vieux peuple gaulois s'éveillera, il emportera tout facilement tant la charpente républicaine est pourrie de valeurs anti-sociales. Saurons-nous alors vivre en anarchie ? rien n'est moins sûr, nous avons désappris à nous prendre en charge chacun.

mercredi 13 septembre 2023

La Droite où l'on arrive jamais...*

*C'est un titre d'Yves-Marie Adeline et Hugues de Soyecourt, disponible à l'Alliance royale (clic).

Beaucoup d'agitation dans le camp retranché de la droite pour les élections européennes, mais nul ne veut refaire le parti de la Ligue à moins bien sûr d'en être lui-même le chef. Je ne sais plus quel journaliste américain en poste à Paris, surtout au Harry's Bar, me disait devant un blue lagoon qu'il y avait trop de "chefs" en cuisine à droite pour que les plats arrivent en salle et soient bons.

Voici les sondages : Toutes catégories confondues, le score le plus fort en intentions de vote est l'abstention : ce serait du 55+/-5% puis viennent les quatre partis qui nous intéressent :
- Rassemblement national/Bardella à 25%
- Les Républicains/Bellamy-Barnier à 9%
- Reconquête/Maréchal à 6%
- Debout la France/Dupont-Aignan à 3%

Il saute aux yeux que le RN, qui devance déjà le patchwork Renaissance à 23%, n'est pas demandeur d'un renfort, qui l'amènerait fatalement sur des bordures qu'il ne veut pas piétiner. En plus, Jordan Bardella n'a pas commencé sa campagne et il est un débatteur qui peut améliorer le chiffre tant il est bon. Un 30% est à sa portée, sans qu'il ait besoin du rancisme de Zemmour ni des hypothèques de pouvoir stérile des Républicains. Qui est-il d'abord ?

Jordan Bardella avec son rictus chiraquien
Pur produit de l'immigration heureuse, né à Drancy aujourd'hui en 1995 d'une souche italo-kabyle, Jordan Bardella fera très tôt de la politique en intégrant l'UNI. Cultivant une certaine intimité avec une fille du clan du Menhir, il accèdera facilement à la rampe de lumière du FN-RN, parce qu'il est surtout foutrement intelligent et très délié dans son discours. Tout le monde comprend Jordan Bardella, et d'abord sur les sujets difficiles. C'est pourquoi nous pensons qu'il peut améliorer le score RN aux Européennes de 2024 et, si nous le pensons dans notre cuisine, d'autres ont compris aussi qu'il y avait un train à prendre qui arrivera à l'heure pour une fois. C'est pourquoi la Droite, une fois encore ne coagulera pas en une alliance de circonstance capable de la faire gagner en sièges au Parlement de Strasbourg. Plus sur l'homme, voir la Wikipedia.

L'autre pointure dans le basket c'est bien évidemment Marion Maréchal. Elle aussi est intelligente et a un esprit délié, mais il n'a pas la plasticité de celui du jeune patron du RN ; en un mot, elle ne peut (sait) pas parler de tout en restant convaincante. Avant d'en venir au porte-à-faux Zemmour, il faut quand même dire que le projet qui devait la lancer à pleine vitesse sur une ligne droite politique, a fait pschitt. L'ISSEP de Lyon (Institut des sciences sociales, économiques et politiques) est un four, pour une première raison : il y a beaucoup de concurrence dans ce secteur de grandes écoles de management et la validation des diplômes par l'Etat est primordiale pour que s'y inscrivent des élèves cotisants en nombre. Même s'il y a quelques noms connus, on n'a jamais vu non plus de vraies pointures dans le corps enseignant et sans doute trop d'éditorialistes moyens. L'autre problème de Marion Maréchal est la présence à ses côtés de Nicolas Bay et Guillaume Peltier au Bureau national du parti zemmourien. Ces ambitieux ont un agenda qui croise celui de belle blonde et leur CV les garantit sans scrupules. Mais elle a par son mari italien des connexions que les autres n'ont pas et qui pourraient compenser dans les couloirs de l'institution européenne.

Reste le syndicat des sortants, Les Républicains, réunissant toujours les deux courants du centre libéral et de la droite affaissée de gouvernement. Leur chef actuel à Strasbourg est François-Xavier Bellamy, prof de philo, intelligent et assez bon débatteur, mais - est-ce physique ? - il n'imprime pas, comme on dit chez les sondeurs. Le parti de M. Ciotti aurait-il enfin un candidat naturel ? Nul n'en voit et les tentations sont grandes d'aller faire masse chez Horizons pour profiter des bons sondages d'Edouard Philippe, si tant est qu'il y reste de la place depuis que le Petit Reître qui s'agite en tous sens avant que ne claque la trappe judiciaire, a adoubé Moussa Darmanin pour la présidentielle de 2027 sans voir qu'il ne fait pas le poids. Les malins ont vu le défaut de carres et la connivence des nains. Chez Horizons et le hamac électoral promis !

Un mot sur celui que tout le monde avait en tête jadis, Eric Zemmour. Ses qualités de polémiste n'ont pas suffi à transformer le lecteur en électeur. Son plus gros défaut, et c'est la fente de l'armure, est son inclination à solliciter l'histoire pour nourrir son présupposé. La dernière bêtise est cette affaire de Pétain sauveur des juifs français. C'est une légende urbaine que j'entends depuis mon enfance et qui n'a jamais pu être prouvée dans aucun protocole de recherche. Pourquoi s'y agripper comme la moule au bouchot ? Il semble incapable de ne pas avoir raison, surtout dans le domaine de l'histoire du dimanche. Le roman national(iste) est de plus en plus romancé. Sa prosopopée l'enferre et il semble que personne ne puisse le convaincre d'arrêter le massacre de ses idées par ailleurs de bons sens souvent. Ses travers prendront le pas sur le programme de sa tête de liste et augurent d'un petit score (3%?) après lequel les troupes se débanderont en vue des prochaines législatives.

A qui Bardella prendra-t-il des voix ? Aux Républicains bien sûr, même si le programme socio-économique de Marine Le Pen est un repoussoir pour les électeurs actifs qui se lèvent plus tôt qu'elle. Six ou 7% ? Ce sera bien payé vu le brouillard programmatique de ce parti téfalien et enterrera définitivement ses chances futures. Les affaires à droite se discutent désormais hors de lui, entre Philippe, Le Maire, Woerth, Bayrou voire Darmanin et Sarkozy. La Droite sera alors représentée par le Rassemblement national avec une politique sociale à l'Insoumise qui répond parfaitement au constat d'Yves-Marie Adeline, lequel expliquait dans son livre en titre « pourquoi la droite, même quand elle est au pouvoir, est contrainte à faire une politique de gauche » mais cette fois pour d'autres raisons que morales, par pure démagogie, le second péché capital de la démocratie après la luxure des élus.

dimanche 5 juin 2022

D-day 2022

Avec le jubilé de platine et le débarquement de Normandie c'est la "semaine anglaise". Soixante-dix-huit ans plus tard, nous comptons plus que jamais sur la prise en compte de nos intérêts par le condominium anglo-américain qui définit et gère la stratégie européenne malgré les rodomontades françaises. La faute à qui ?
A nous ! 100% !

paras américains avant largage sur le Cotentin
- Le stick 77 de la 101st Airborne prêt à décoller la nuit du 5 juin 1944 pour un largage sur Carentan -

La question Europe-USA. Le raisonnement américain nous concernant est simple : "Vous, Européens, avez choisi de privilégier des régimes de protection sociale avancée pour ne pas dire extravagants, en réduisant vos moyens de défense à un niveau ridicule, défense que vous remettez entre nos mains. Ne nous prenez pas trop longtemps pour des cons, celui qui paie gouverne ses intérêts propres".

Nous sommes donc le jouet de la politique américaine qui, ne l'oublions pas, suit un cycle de huit ans haché en quatre périodes de deux ans. Il peut donc y avoir des ruptures de tendance et le "complot américain" n'est pas si sûr qu'il continue dans la durée depuis la victoire de la Guerre froide, mais nous n'avons aucune influence sur la tendance du moment. M. Macron en a fait l'amère expérience, deux fois ! Dès l'effondrement de l'Union soviétique, dans lequel notre contribution était nulle, nous nous sommes autorisés à basculer les ressources fiscales attribuées à nos armées vers les caisses sans fond de la protection sociale. En 1991 nous avions 1200 chars de combat, en 2022 nous en avons 222 (c'est facile à retenir). Comme nous l'avons déjà dit, sans appeler les renforts américains nous sommes dans l'incapacité de nous défendre si d'aventure un pouvoir plus belliqueux encore que celui de M. Poutine avançait sur le territoire de l'Europe orientale. Et tous les pays de l'Est savent que tant la France que l'Allemagne d'aujourd'hui sont des nains militaires en combat intensif. Nous avons une belle armée expéditionnaire capable de gérer des hostilités du fort au faible quand celui-ci n'a ni chars ni avions ni canons. Sortis de ce genre d'opérations de gendarmerie coloniale, nous avons des unités de démonstration (qui font vendre) mais jamais la masse critique pour un engagement à parité de capacités. Alors à vouloir troquer l'OTAN contre la Politique de sécurité et de défense commune européenne (Lisbonne 2007) pilotée par la France, nous serons toujours seuls de cet avis ! Dans cette situation de dépendance assumée, nous ne pouvons nous en prendre qu'à nous-mêmes et c'est le seul message sensé qu'avait passé Donald Trump à l'Europe occidentale : "Sortez-vous les doigts et défendez-vous, merde !" ; ce qu'Angela Merkel avait compris comme l'annonce d'un désengagement prochain des Etats-Unis, et c'est tout ! alors qu'elle aurait dû réagir et lancer le plan de réarmement à cent milliards de Scholz !

Si l'Europe est un embarras, qui somme toute leur coûte cher, c'est la Chine le vrai souci des Etats-Unis. La Russie (PIB de l'Espagne avant la guerre qui va passer sous la barre fatidique des mille milliards de dollars l'an prochain) a le destin d'un Katanga avec des ogives nucléaires, mais ça reste gérable pour Washington, surtout si on ruine son économie en la ramenant au statut de fournisseur de matières premières non transformées dont les prix sont fixés à Londres et à Chicago. La Chine par contre, est le premier souci parce qu'elle menace tout le Pacifique nord, et plus bas jusqu'aux Salomons, et parce qu'elle a les moyens humains, industriels et scientifiques de défier les Etats-Unis dans le compartiment de l'innovation, ce dont les Russes sont incapables (et plus encore maintenant que les talents ont calté). Poutine de surcroît, seul dans son château, n'a pas la carrure d'un empereur, et que dire de ses affidés tous tombés du même vieux moule.

Voilà ! Donc en 2022 nous comptons encore sur le déstockage des armes américaines, sur la puissance industrielle des usines d'armement américaines et sur la mobilisation des GI's pour nous défendre ! L'affaire d'Ukraine se règlera à temps et contretemps entre Moscou et Washington, et quoi qu'il arrive si Dieu lui prête vie, Vladimir Poutine aura obtenu un avantage important pour lui et le pouvoir qui lui succèdera, celui de n'avoir que deux interlocuteurs décisifs au monde, Washington et Pékin. L'Europe-providence, trop hétérogène pour précipiter en puissance, fera où on lui dira de faire ! Avec nos régimes sociaux dispendieux et notre culture des loisirs, nous nous sommes rendus sans combattre et sommes à la merci pour longtemps des empires autocratiques revenus, défendus par un autre empire, démocratique certes, mais qui ne nous écoute pas. Commémorons le 6 juin notre abaissement, sans oublier que c'est le 17 juin 1940 que nous avons capitulé définitivement.


mardi 26 octobre 2021

Lettre ouverte à Monseigneur

Signalé par Frédéric de Natal sur son site Monarchies & Dynasties du Monde, voici le texte intégral de l'adresse aux candidats publiée sur le site officiel "Comte De Paris" du prétendant au trône de France :

La France doit retrouver son autorité


Dans le Pacifique (l’affaire des sous-marins avec l’Australie), en Afrique (d’abord la Libye, ensuite la Centrafrique et le Mali, maintenant l’Algérie), en Europe (les dernières nouvelles de l’ESA), notre autorité, principe même de notre souveraineté, est remise en cause.
La souveraineté c’est l’autorité suprême, d’un souverain, d’une nation ; c’est aussi le caractère d’un État qui n’est soumis à aucun autre.
Nos politiques qui se portent candidats à l’autorité suprême de notre pays devraient y réfléchir à deux fois. Ont-ils ce qu’il faut pour redonner à notre pays son autorité et par conséquent sa souveraineté pour le faire avancer dans un monde si complexe ?
Depuis les années 80, l’État a renoncé aux moyens de sa souveraineté, qu’ils soient politiques, économiques et financiers ou sociaux. Ces moyens de notre souveraineté ont été abandonnés à l’Union Européenne et à de nombreuses structures administratives externes comme la BCE, ou internes comme le Conseil Scientifique.
Le résultat de ce changement de paradigme c’est que l’État ne mène plus de politique pour résoudre les difficultés françaises (la réforme des fonctionnaires, les 35 heures, les retraites, la crise des hôpitaux, etc.). Avec le système du quinquennat et sans vraie décentralisation, le chef de l’État, ne cherchant plus à mettre en scène le destin national, masque son impuissance par une communication plus ou moins adaptée.
Les Français, eux, comprennent de moins en moins leurs hommes politiques et se détournent des urnes. Voyant leur avenir compromis, que ce soit sur les questions éducatives, sur le travail, sur leur couverture sociale et leur retraite, sur leur environnement de vie, ils réagissent vivement, et parfois de façon désespérée, comme lors de la crise des gilets jaunes ou des manifestations d’opposition à la politique sanitaire. De son coté, l’État se replie sur des processus de décisions descendants et parfois brutaux qui excluent les instances intermédiaires ou locales.
Il est urgent de remettre les choses à l’endroit, dans le cadre d’une Europe des pays souverains favorisant une vraie collaboration.
Souverains, c’est à dire alliant trois pouvoirs équilibrés : celui d’un seul (le prince), celui de plusieurs (le parlement) et celui de tous (l’expression directe de la population à travers des mécanismes comme le référendum). La formule consacrée en est la meilleure expression : « le prince en ses conseils et le peuple en ses états ».
Notre pays doit retrouver les moyens de sa politique, pour remettre en musique son destin dans une collaboration européenne où il garde sa souveraineté. La Pologne et sa Cour constitutionnelle, comme d’ailleurs l’Allemagne et la Cour suprême de Karlsruhe ne s’y sont pas trompés dans leurs décisions récentes. Ces moyens doivent pouvoir être appliqués dans le respect des libertés publiques et individuelles, qui ces derniers temps ont été trop oubliées.
A cela doit s’ajouter des vues à long-terme avec une dichotomie institutionnelle entre le Président de la République et le Chef de gouvernement issu du parlement, avec une décentralisation souple (plus politique qu’administrative) pour répondre aux enjeux d’aujourd’hui.
Il est aussi important que les instances de conseil qui se multiplient à l’horizon restent à leur place de bonnes conseillères, subordonnées à des politiques qui prennent et assument leurs décisions, dans le respect d’un juste milieu de parole et d’action.

Jean, Comte de Paris


Jean d'Orléans


cul de lampe


En ce Trentième Dimanche du Temps Ordinaire vous avez communiqué, Monseigneur, sur la campagne électorale présidentielle, appelant de vos vœux les candidats à retrouver la souveraineté de notre pays. Ceci est juste et bon. La fréquence porteuse de votre adresse est l'autorité procédant de la souveraineté (ndlr: c'est ainsi depuis Philippe-le-Bel). Or, vous n'êtes pas sans savoir qu'il n'existe d'autorité sur un espace donné qu'exercée sur quelque chose ou quelqu'un résidant sur cet espace. L'autorité n'est pas un concept mais une action. A côté de quoi la souveraineté sur un espace donné ne vaut que si elle est reconnue par les tiers occupant aussi cet espace. Nul n'est une île et aucun pays sûrement ! Qu'en est-il aujourd'hui dans la nation française ?

Pour une meilleure compréhension de votre pensée, vous concrétisez votre thèse sur six exemples d'actualité : l'Australie, la Libye, la Centrafrique, le Mali, l'Algérie, l'Agence Spatiale Européenne (ESA). Sauf votre respect, ce n'est pas pertinent. Voyons-le en détail sans faire de grands développements :

Quelle est notre autorité sur le Commonwealth Of Australia ?

En trouverait-on dans le contrat de collaboration militaire passé avec le Premier Turnbull ?
Avez-vous pris connaissance de la cascade de contrats passés par Naval Group ? Des clauses d'emboîtement ? Des clauses d'abandon ?
Aussi désagréable et même vulgaire qu'ait été la gestion de la fin de contrat par le cabinet Morrison, rien, à ce qu'en disent les sources informées comme Le Floch-Prigent par exemple, n'y est modifiable par le levier d'autorité. Ce genre de situation se gère par une approche froidement rationnelle, comme l'a fait le patron de Naval Group qui avoue ne voir aucune conséquence grave sur la marche de son affaire, sans émotion, d'incantations moins encore. De vous à moi, nos cris d'orfraie en ont fait rire beaucoup, à commencer par le Premier britannique.

Allons-nous réarmer nos relations africaines par une démarche d'autorité ?

La Libye est une ancienne possession italienne abandonnée à la Grande Bretagne à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Les trois régions historiques recouvreront leur indépendance successivement à mesure que se déploiera une administration élémentaire. Le coup d'Etat du colonel Kadhafi de 1969 ne nous concerne en rien, la France ayant évacué le Fezzan en... 1955 ! Il aura fallu qu'un philosophe marchand de bois en recherche désespérée de sa Guerre d'Espagne fasse le siège d'un président moins affermi dans ses principes que ses prédécesseurs pour que nous semions la mort au bénéfice d'un tiers seulement du pays. Les deux autres tiers n'étaient pas contents. On sait la suite.

La République centrafricaine : faut-il en parler, Monseigneur ? Notre "autorité" s'est éteinte par après la mascarade impériale offerte à Jean-Bedel Bokassa par M. Giscard d'Estaing pour une poignée de brillants et les faveurs de Catherine impératrice. A moins que vous ne décidiez de guider d'une main ferme le gouvernement démocratiquement élu de Bangui (qui se protège derrière les mercenaires Wagner) il est sans doute plus avisé de nous retirer sur la pointe des pieds !

Le Mali c'est ce qu'il reste du Soudan français quand on a tout distribué. Pas étonnant que l'Etat de Bamako n'ait jamais rien gouverné plus loin que Mopti. Nous sommes dans une situation d'OPEX sur demande des autorités légitimes du pays. Ces gens, dont nous ne jugerons pas les travers et les qualités, ont en main leur propre destin, bien incapables d'imposer leur volonté sur l'Azawad (pour faire simple) et le savent parfaitement. De quelle autorité voulez-vous jouer pour contraindre les pouvoirs publics et la junte d'entrer dans notre stratégie s'ils ne le veulent pas pour des raisons que nous ignorons tout en les devinant ? Vous n'êtes pas colonialiste, alors il faut glisser et partir. Moi, si !

Le sujet de l'Algérie est souvent traité sur Royal-Artillerie (voir dans la barre de recherche ou le libellé ad hoc). La paranoïa de la classe politique algérienne issue de la guerre de libération (libération de quoi est l'autre question) interdit d'appliquer aucune mesure d'autorité, sauf à appliquer à la lettre les Accords d'Evian et les protocoles migratoires successifs de 1964, 1968 et 1995 en oubliant l'esprit complètement corrodé aujourd'hui qui y présidait jadis, puisque le refus de s'entendre par la partie algérienne est patent (voir l'accueil hostile du rapport Stora et son sabotage par Abdelmadjid Chikhi). Le jeu diplomatique assez intense entre la mère et la fille ne dispense pas de fermeté, mais bien malin celui qui trouvera un point d'appui pour actionner un levier d'autorité sur un pouvoir hystérisé par les menaces de plus en plus graves qui pèsent sur sa perpétuation.

Par contre, et c'est votre sixième point, nous avons une autorité légitime sur l'Agence spatiale européenne parce qu'elle est une création de l'industrie spatiale française sans laquelle il n'y aurait rien !

E.S.A.

Cette coopération intergouvernementale n'est pas une institution de l'Union européenne à laquelle nous avons délégué une part de notre souveraineté. Comme Airbus dans l'industrie aéronautique, l'ESA vit sa vie sur les contributions directes des pays participants et sur le produit des contrats placés. Elle peut aussi prendre des commandes de la Commission européenne comme la fabrication et le lancement du système de positionnement Galileo. D'autres pays non-UE sont parties prenantes dans l'ESA comme la Norvège, la Suisse, le Canada, la Turquie, l'Ukraine, Israël et maintenant le Royaume-Uni. Ceci pour dire que les relations internes dans une agence associant vingt-deux membres, quand elles se détériorent, se gèrent par des procédures de solution des conflits bien connues des grands groupes et ce n'est qu'au risque d'une rupture que peut intervenir le moment d'autorité, en gardant à l'esprit que c'est celui qui paie qui commande à la fin et vice versa.

Arrivés là, nous n'avons pas entamé vos vœux de souveraineté.

La nation française n'est soumise à aucune autre nation, son Etat est souverain en droit. Nous pouvons, par le moyen d'une décision à inventer sans doute, couper tous les liens étrangers que nous estimons nuisibles à notre destin, à notre bonheur. Il faudrait des circonstances exceptionnelles comme une dictature à la romaine pour prendre cette décision qui nous ramènerait à l'économie pré-industrielle. Les fans de l'Ancien Régime seraient ravis, le premier jour. Nous aurions de quoi boire et manger à satiété et du courant électrique. Du bois pour se chauffer mais pas d'essence pour circuler, qu'importe puisque nous serions redevenus souverains ! Dès la deuxième semaine nous envierions la société nord-coréenne. Cette gentille caricature n'est là que pour montrer que la souveraineté est un leurre. Imbrication et entrelacement sont les règles de notre économie et ce depuis très longtemps. Le vrai défi est beaucoup plus difficile à relever : il s'agit d'optimiser nos dépendances. Et cela ne pourra se faire à partir de slogans mais dans une action en profondeur sur la trame de notre vie économique. Cela convoquera du temps, beaucoup de temps et de la patience. Mais il y a une pré-condition : réparer notre Etat. Criblé de dettes et produisant du déficit comme une laiterie du beurre, la France dans sa situation présente est incapable d'optimiser ses dépendances dans les domaines que vous citez, parce que les caisses sont vides et que ce sont les monarchies du Golfe qui font l'échéance (bonjour la souveraineté) et présentement paient les chèques électoraux de M. Macron. Allons-y voir :

Réforme de la fonction publique, semaine des 35 heures, retraites, crise des hôpitaux convoquent beaucoup d'argent pour aboutir et s'installer durablement dans le paysage socio-politique français. Ces réformes sont indispensables pour retrouver nos équilibres fondamentaux. Tout le monde connaît les solutions les moins dolosives mais nous n'avons pas les moyens financiers sur la durée pour les engager sérieusement. Alors on biaise, on parle, on consulte, on ne fait rien. Et sans miser très gros chez les books de Londres, disons que nous aurons encore moins de moyens quand la nouvelle coalition allemande prendra ses marques, parce qu'elle coupera l'eau de la fontaine.
Pourquoi existe-t-il une BCE ? (c'est lié)
Parce que depuis la Libération (ne remontons pas à Poincaré) nos élites politiques se sont avérées incapables de gérer notre monnaie nationale qui était toujours pour elles un souci technique de seconde zone, ...la "grandeur" étant le premier de tous. Permettez un instant. Quand je fus affecté aux FFA dans les années 60, un marc valait un franc. Quand nous avons imposé l'euro à l'Allemagne fédérale en échange de sa réunification, le taux de conversion était monté à 3,35385. Mesurez, Monseigneur la perte de substance ! Trente ans de commerce extérieur ont défitivement ruiné toute confiance des opérateurs dans la gestion monétaire française. Et les déficits monstrueux de la balance commerciale interdisent de revenir à une monnaie dévaluable, sauf à ruiner les ménages français comme les Allemands de Weimar.

Par contre je vous suis tout à fait sur un point très important.

L'Europe technocratique intégrée, si elle sait gérer parfaitement la matérialité des flux, est d'une bêtise crasse dans les normes et les "valeurs". C'est avec d'autres mots, ce que dit Michel Barnier, allant même jusqu'au principe d'identité constitutionnelle. Il est urgent de revenir à une Europe des nations où les Etats ne soient plus de plain-pied avec les commissaires et leurs directeurs mais les dominent pour les subordonner comme il en va de fonctionnaires, ce qui est leur emploi ! Ça c'est une vraie réforme, difficile, mais la France bénéficiera de renforts et pâtira aussi de quelques trahisons. Elle ne nous économisera pas la souffrance de devenir enfin sérieux, mais cette nouvelle conversation des pouvoirs en Europe huilera tous les frottements géopolitiques européens et rendra l'initiative aux nations chez elles, leur laissant alors le bénéfice de la gloire (motivation puissante des gouvernants) et réciproquement le poids de la honte, ce qui n'est que justice. Réussir la reconstruction d'un telle coopération européenne serait un grand œuvre.

Comme le fit en son temps l'archiduc Otto de Habsbourg, voulez-vous, Monseigneur, vous y consacrer pleinement ? Jusqu'à vous faire connaître partout en Europe comme le prince impulsant le renouveau de l'Europe institutionnelle ? Certes, il faudra organiser la réflexion autour de vous dans un conseil d'experts, chasser ce fameux diable des détails, produire, traduire et propager vos solutions, articuler les étapes nécessaires, courir les conférences internationales, y parler ; insister jusqu'à la constitution finale de ce qu'il serait sage d'appeler désormais une Confédération européenne ; en un mot d'aujourd'hui : faire le buzz ! Mais à la fin, quel bel achèvement ! Qui ouvrirait, sans doute aucun, d'autres perspectives pour l'accomplissement de votre destin.



drapeaux européens


[modifié le 27/10/2021-09:30]

mercredi 30 juin 2021

Chevaucher le bœuf

Depuis deux ans, je lis la production de Christian Vanneste sur son blog (clic) et j'en fait grand profit, même si nous ne sommes pas toujours d'accord. Aujourd'hui 30 juin, le député honoraire de Tourcoing nous propose une synthèse très intéressante sur les effets de l'accrochage des wagons d'Europe de l'Est au train communautaire de l'Ouest ; et c'est à lire ici sous le titre L'Europe est-elle encore libre ?.

Tout part du refus hongrois de la promotion de l'homosexualité dans la jeunesse sans que soit réprimée une orientation minoritaire intime qui ne regarde pas l'Etat. Cela n'est rien bien sûr, mais le rallye des minoritaires fut surprenant, comme Mark Rutte, qu'on a connu mieux inspiré, demandant l'exclusion de la Hongrie de l'Union européenne. La liste est longue chez nous des Gomorrhéens, mais qui aurait supposé qu'il y en ait tant ailleurs ? Brisons ! La perle de cette synthèse n'est pas là.

M. Vanneste explique comment fonctionne la membrane osmotique entre les deux blocs, oriental et occidental qui laisse passer des valeurs très différentes et, c'est nous qui le disons, moins avancées certes mais moins décadentes en Europe orientale. Je cite :

« La question de la reconnaissance d’une “communauté lgbt+” et de ses droits est idéologique. Autrement dit, elle devrait se situer sur le terrain de la libre discussion et dépendre du choix des citoyens. C’est le fait d’interdire le débat et d’exiger une pensée unique qui est en contradiction avec les valeurs libérales de l’Europe. Il y a deux idéologies : la première considère que le choix de sa sexualité, ou le fait de l’assumer si on considère que ce n’est pas un choix, ne nuit pas aux autres et donc ne doit pas être entravé ; la seconde estime que le maintien de la famille unissant les deux sexes pour donner la vie à des enfants et les éduquer appartient au Bien commun d’une société qui doit être défendu. La confrontation entre ces ceux conceptions doit être digne. Ce qui est stupéfiant, c’est que la caste qui dirige l’Europe fait de la première option une idéologie obligatoire. Le totalitarisme est bien passé de ce côté-ci du mur (ndlr: de Berlin) ! »

Et l'auteur convoque Hélène Carrère d'Encausse à la résurrection de la vieille nomenklatura matérialiste et enrichie jadis, sournoise et libidineuse aujourd'hui, mais toujours riche. Tout ceci a une explication que nous avons donnée en commentaire à ce billet, que voici. C'est la dépense d'énergie des gouvernements sur le sociétal à défaut de savoir maîtriser le régalien :

« La mode des “valeurs” et l’invasion de la sphère privée par l’Etat cachent (mal) une incapacité des régimes d’Europe occidentale à gérer leur domaine régalien. C’est d’ailleurs pourquoi ils le déportent si facilement au niveau fédéral. En revanche ils se jettent dans le sociétal car ce domaine est plus tapageur et rémunérateur électoralement que l’austère mission qui justifiait au départ leur existence. Mais les peuples commencent à le voir au travers de l’insécurité galopante, justice complaisante, sécurité sociale précarisée, éducation “nationale” effondrée, déficits partout !
Bien sûr la nomenklatura virera sa cuti au moment nécessaire pour récupérer l’électeur en fuite, mais rien ne dit qu’elle y parvienne cette fois, le divorce entre elle et le “peuple” étant semble-t-il consommé, au vu d’une abstention record en France.
La séquence des Gilets jaunes sur les ronds-points était une mise en bouche. Le mécontentement peut coaguler plus largement et des accidents regrettables survenir qui toucheront la classe politique ad hominem. Le sentent-ils ? Apparemment pas ! Les jeux puérils inter-partis continuent.
Pour revenir au titre de votre remarquable synthèse, pour être libre faut-il encore exister ! Il y a un marché commun des denrées et produits, des libertés de circulation des gens et des sous, des facilités monétaires, des agences utiles, d’autres moins, mais il n’existe pas d’Europe. Ni nation européenne, ni menace armée européenne, ni diplomatie européenne et, sans doute plus grave, ni projet européen déclaré.
On n’existe vraiment que lorsqu’on vous craint ! » (Catoneo 30.06.2021-14:15)



céramique attique

Par quelque bout qu'on tienne la lunette, on voit bien (et c'est paradoxal) que l'Union européenne n'existe pas. Sylvie Kauffmann, dans Le Monde, s'étale sur deux échecs majeurs d'Angela Merkel au soir de son mandat, échecs qui signalent un déclassement de l'Europe. Il s'agissait de... : (1) bavarder tous ensemble avec Vladimir Poutine (ndlr: pour l'enfermer dans les rets du dialogue et utiliser son ego contre ses lubies) plutôt que d'attendre qu'il quitte la Crimée ; (2) mettre au clair les procédures et les garanties des investissements croisés entre l'Europe et la Chine populaire. Les motifs de la démarche allemande sont intelligents mais il n'est pas possible de manœuvrer à vingt-sept sur des sujets aussi fins, à moins que certains pays ne délèguent leur diplomatie à des pays mieux préparés qu'eux sur certains sujets. Et ce test est définitif quant à l'impuissance (au sens urologique) de l'Union européenne en l'état. L'Europe puissance n'existe pas. "Ne pas critiquer sans proposer", tel est le leitmotiv de Royal-Artillerie. L'Europe institutionnalisée doit être réformée... et vite (mais voir plus bas) car les défis n'attendront pas, qui ne seront pas aussi simples que le Brexit. Le marché commun des biens et denrées, idées, gens et sous fonctionne bien. La Grande Bretagne s'en aperçoit chaque jour à son détriment. Premier marché normé de consommation au monde, il est très mal défendu - l'épisode Trump en a apporté la preuve. Comme dit dans le commentaire laissé sur le blogue de M. Vanneste, les Européens doivent "déclarer" un projet commun afin que tous les partenaires-adversaires du monde entier se calent dessus. Ce qui met le Kremlin en transes ce sont les sous-ensembles flous de la diplomatie-croupion de la Commission européenne menée par Michel, Borrell et Von der Leyen. Que fait l'Europe en Serbie, Moldavie, Ukraine, Géorgie, Arménie ? Pourquoi parle-t-on avec les Kosovars ? Quel est l'avenir de la candidature turque ? Et d'autres questions se posent à d'autres diplomaties : va-t-on associer le Maroc, la Tunisie, le Liban ? Il n'y a jamais d'autre réponse que de langue de bois. Les traités de libre-échange avec d'autres sous-continents sont-ils une fatalité ou une volonté, pourquoi ? Rien n'est jamais clair et la technostructure bruxelloise travaille dans son coin sans communiquer et pendant de longues années avant d'accoucher du projet indispensable à notre bonheur. Reste la question de se défendre.

Les lecteurs de ce blogue savent déjà que le Piéton est atlantiste, à un seul motif : l'OTAN est une alliance militaire qui fait peur à ses contempteurs, et en matière de guerre, c'est toujours un bon début. Mais il n'est pas normal qu'un espace économique aussi riche et vaste n'ait pas la décision d'entrer ou pas en guerre car cela amoindri la crédibilité de ses remontrances. Pour y atteindre il y a deux conditions qui sont loin d'être réunies : (1) un système pyramidal de défense autonome (personne sauf la France n'en veut, du moins bien sûr si elle est la pointe de pyramide) et (2) les moyens financiers d'un réarmement sérieux (qui ne peuvent qu'être retirés aux prestations sociales où gît le pognon de dingue). Donc, on n'ira pas au-delà de doublonner des états-majors sans troupes et passer à la presse des communiqués ronflants. Mais en cas crise chaude, la seule réaction européenne sera d'attendre les Etats-Unis.
En conclusion, si tant est que le projet européen évoqué ci-dessus soit déclarable, il ne pourra pas être défendu ! C'est grave. Et spécialement pour nous, Français. Parce que la gabegie éhontée de notre petite union soviétique qui croyait avoir réussi nous prive de tout ressort. L'alternative à l'Europe n'existe pas pour nous parce que nous ne pouvons plus rien faire par nous-mêmes. Plombés de déficits partout monstrueux et d'une dette à l'africaine, nous nous sommes mis à la merci des finances supranationales et de la Bundesbank, quand ce n'est pas de prêteurs sur emprunts d'Etat gagés sur le patrimoine des ménages. La République universelle française qui se mêle de tout d'al brès a la toumbo ne dispose plus des ressources nécessaires à sa propre survie mais les quémande. Ses ambitions déclarées font rire nos partenaires qui reviennent déjà à l'orthodoxie budgétaire quand notre enfant gâté de président part en campagne et distribue à poignées l'argent qu'il extorquera à Bruxelles !

Peut-on faire un pronostic à dix ans ? L'Europe, malade de ses "valeurs" et irréformable par le déni des peuples qui s'en méfient, est exposée en proie, comme on disait au Moyen Âge des villes ouvertes à tous les brigands. Elle passera sous le joug de quelqu'un ; peut-être se sauvera-t-elle in extremis par quelque édit de Caracalla ainsi que le discutait jadis Régis Debray. Réformer l'Europe, bien sûr, et personne ne sait comment. Sans doute le Bas Empire romain connut-il le même défi avant d'être gouverné par des hommes habillés de peaux de bêtes. Finalement nous allons sortir de l'histoire pour devenir une destination des beaux jours, autant que la planète réchauffée nous en laissera.

lundi 23 novembre 2020

L'Heure de l'empire

Avertissement : c'est un peu long, confinement oblige ! Mais il y a des intertitres.


M. Guy Verhofstadt, ancien premier ministre du roi des Belges et fédéraliste passionné, pousse à l'intégration institutionnelle des Etats européens, du moins ceux qui le souhaitent, afin que le sous-continent soit capable de déployer une diplomatie au niveau de sa puissance commerciale et les forces armées sans lesquelles il serait vain de croire peser sur les desseins qui s'entrecroisent sur le globe. Cette ambition, si elle se réalisait, contreviendrait à la souveraineté des Etats-Nations qui composent le Conseil européen et sacrifierait la règle de majorité établie par le compromis de Luxembourg en 1966 à la demande expresse du général De Gaulle, laquelle règle transforme le régime confédéral en "vétocratie" ; chaque pays y pesant la masse de son pouvoir de nuisance.

Donnons-lui raison, donnons-lui tort, agréons-en l'urgence mais ouvrons les yeux. Les derniers défis que nous opposent les tenants de civilisations incompatibles avec nos mœurs occidentales ne peuvent être relevés par aucune des nations européennes réagissant en son splendide isolement. Aucune ! Que ce soient les conséquences de l'irrédentisme arménien coincé dans les mâchoires russes, la révocation du traité de Lausanne infligé à la Turquie en 1923, la menace d'une bombe atomique islamique menaçant Mare Nostrum. Trois défis, trois impossibilités. La déstabilisation de l'Afrique du Nord n'est pas sur l'épure ce matin puisque nous, Français, l'avons construite comme on la retrouve aujourd'hui ! C'est "notre" problème ou dit plus crûment, à chacun sa merde ! Nous ne parlons pas non plus de l'immigration de masse de peuplades insuffisamment formées aux travaux et aux jours de notre bel Occident.

Pour enfoncer le clou qui semble dépasser encore de la planche de nos convictions, je pressens que nous n'arriverons à rien sur les quatre premiers points d'effort du Quai d'Orsay aujourd'hui que sont le Sahel, le Liban, la Mer Egée, le Haut-Karabakh ; même avec des alliés de circonstances pour les trois premiers ! Mais c'est pareil pour la Grande-Bretagne qui dispose du verrou d'entrée (Gibraltar) et de bases stratégiques de pleine souveraineté à Chypre et qui ne fait rien ; ou pour l'Italie qui est au front de tous les défis méditerranéens et craint de mettre le feu aux nations musulmanes qui se pressent déjà à ses frontières, ce pour ne parler que des nations impliquées hors-les-murs au gré des menaces, toutes les autres restant planquées. Faut-il faire un dessin ? Faisons-le.

Sahel

Bernard Lugan est parfaitement juste quand il exclut tout protocole de pacification oubliant les causes enracinées du désordre. La misère, endémique à des pays sans autre richesse que des ventres affamés, couplée à une mal-gouvernance chronique d'élites cupides, multiplie la ressource en "maquisards" dans les cinq pays impliqués. Cette ressource est rémunérée par des financements de toutes origines qui convergent sur zone autant que les narcotiques... et le défi est sans fin. "En tuer" comme la devise du 501è Chars de Combat ? Jusqu'à quand ?

Liban

Quel crâne d'œuf dans les soupentes de l'Elysée a pu croire un instant que les chefs de clan libanais allaient abandonner une once de pouvoir parce que la moitié de la capitale avait été détruite en conséquence de leur incurie ? Depuis le voyage triomphant de M. Macron, ils recherchent le capo di tutti capi manucuré en armani et ray'ban, qui présentera suffisamment bien pour faire débloquer les subsides internationaux qu'ils comptent s'approprier par les mille tentacules de la pieuvre libanaise, chacun détenant des infrastructures essentielles, du BTP, des services au public, des œuvres caritatives et secours en tout genre. Si Carlos Ghosn n'était pas sous le coup d'un mandat d'arrêt international, il ferait parfaitement l'affaire... et gagnerait gros.

Mer Egée

Pour une raison qui me dépasse, M. Macron s'est cru investi d'une mission de défense des valeurs de la communauté internationale dans les affaires de virilité en Méditerranée orientale, coupant les convois turcs en route vers la Libye, promenant le pavillon dans la zone grecque de recherche sismique comme au temps du sandjak d'Alexandrette. Sauf qu'à l'exception d'une Italie solidaire de nos émotions, aucun autre pays européen n'a voulu affronter le Sultan déchaîné dans son hubris de déconstruction du traité de Lausanne qui a donné toute l'eau bleue aux Grecs et presque rien aux héritiers des glorieux Ottomans. Mais ça pourrait changer. L'Allemagne qui connaît assez bien la région a déjà anticipé que les protagonistes grecs et turcs finiraient par s'arranger enrre eux sur le dos des puissances extérieures. Elle vend donc aux deux, des sous-marins. Et il n'a pas fallu longtemps pour que la Grèce nous fasse un vent dans son plan de refonte navale. Malgré tout, Angela Merkel est aujourd'hui suffisamment agacée par le pétomane d'Ankara qu'elle a fait arraisonner par une de ses frégates un cargo turc sur la route de Misrata.

Haut-Karabakh

Puisque nous sommes l'ami historique et le grand protecteur de l'Arménie, nous sommes coupables de n'avoir pas averti l'homme présumé fort du pays, Nikol Pachinian, que sa politique anti-russe et ses œillades atlantiques hors de saison allaient lui attirer les pires ennuis dans son environnement géopolitique. L'Azerbaïdjan accumulait de l'équipement militaire payé par les exportations de naphte de la British Petroleum et de gaz par les trois gazoducs stratégiques vers l'Iran, la Grèce et Turquie (?!) et vers la Russie, autant de points d'appui diplomatiques en cas de conflit car le gaz prime. Pendant ce temps l'Arménie rêvait à sa grande Arménie des contes enchantés sans avoir les moyens militaires de tenir les territoires enclavés dans l'Azerbaïdjan qu'elle avait depécé lors de la déconfiture soviétique. Il n'a pas fallu longtemps pour que les conseillers du Sultan voit la lueur du jour dans la fente des ambitions arméniennes et y passent. Le drapeau turc flotte sur Bakou (allez-y voir) et Ankara a maintenant, par le corridor du Nakhitchevan ouvert dans le sud de l'Arménie, l'accès goudronné jusqu'à Shirvan et la Mer Caspienne. Les Russes ont laissé faire, puis stoppé le film au bon moment pour eux, et n'attendent plus que la chute du leader vaincu qui les snobait. Qu'y ferons-nous ?
Co-président du protocole de Minsk, nous avons assisté pendant vingt-cinq ans à l'entêtement de plus en plus stupide des délégués arméniens à ne pas vouloir négocier - alors qu'ils avaient expulsé six cents milles Azerbaïdjanais des districts entourant le Haut-Karabakh historique - et nous nous sommes montrés incapables de les raisonner et évidemment incapables de faire sauter la Légion sur Stepanakert. Si nous arrivons à protéger les monastères et les édifices chrétiens (comment faire sur le terrain ?) nous aurons atteint la limite la plus reculée de nos capacités.

Où situer la frontière ?


Ces exemples donnent les limites de notre "puissance". La France seule de Charles Maurras a toutes les peines du monde à sortir aujourd'hui du Lac Commun et ses désordres intérieurs en tout domaine ne pourront qu'étrécir son périmètre d'intervention. Sauf fédération des nations européennes autour de nos propres efforts à peser sur le destin du monde proche, nous allons revenir au limes capétien. Depuis le départ de Jacques Delors des affaires européennes - ça fait un bail - le projet un peu arrogant de la main française dans le gant européen a fait long feu. Malgré l'hostilité ouverte du Royaume-Uni à notre endroit et certaines réticences de peuples à cornes qui trafiquent en couronnes, le projet aurait pu s'étoffer si nous n'avions pas ruiné notre propre pays à des motifs purement électoraux et idéologiques ! La France de Georges Pompidou, et celle de Valéry Giscard d'Estaing un peu moins, pesait son poids dans les enceintes décisionnaires avec des comptes bien tenus, une politique industrielle et énergétique assumée, des ambitions solides et une dissuasion nucléaire sans état d'âme. Des études étrangères lui prédisaient une quatrième place pérenne dans le top-10 des nations développées. Pompidou comme Giscard d'Estaing s'en sont servi au plan diplomatique : qui aurait résisté à Pompidou ? Giscard d'Estaing a créé le G7 pour parler ensemble et franchement autour de la cheminée de Rambouillet. Raymond Barre, son ministre, était le modèle de rigueur qui faisait taire toute critique étrangère à notre endroit. Le chancelier Schmidt n'avait-il pas admis que l'Allemagne se contenterait du primat industriel et n'interfèrerait pas dans les affaires étrangères de la France ? On rêve !

Depuis la chute de Giscard en 1981 et la mise en œuvre du programme archaïque et commun de gouvernement, les masses laborieuses et démocratiques parvenues aux affaires n'ont cessé de perdre du terrain, des emplois et de l'argent. La quatrième ou cinquième puissance mondiale, disposant d'un siège permanent au Conseil de sécurité avec droit de véto, perdit de son influence comme un mauvais pneu de l'air. Et mis à part le morceau de bravoure de Dominique de Villepin à l'Assemblée générale de l'ONU contre l'intention américaine d'attaquer l'Irak en 2003, nous ne sommes plus écoutés, qui pis est, en sommes arrivés à un point tel que les insultes fusent à l'endroit de notre président pour avoir mis les mains dans la merde des caricatures obscènes de Charlie Hebdo ; quand Donald Trump le prend publiquement pour un loser ; quand un ancien président américain se permet de faire dans ses mémoires tout une page ridiculisant l'ancien président Sarkozy (mais il faut la lire car c'est tout à fait lui); quand enfin le Sultan de la Sublime Porte ne trouve plus les mots pour se foutre de la gueule de M. Macron qui a osé le défier ! Jusqu'à la Chine de Pékin qui s'est permis une invective humiliante à l'endroit du même lorsque nous avons accepté un refit des six frégates Lafayette vendues en 1991 à Taïwan : « Mais pour qui se prennent donc les Français pour venir nous défier si loin de chez eux ?». Ils ont bien tort les Chinois : j'apprends que nous venons de prendre langue avec le QUAD océanique pour donner notre point de vue sur les défis du Pacifique-Nord à l'Inde, au Japon, à l'Australie et aux Etats-Unis ! No comment.

Alors quoi ?


Guy Verhofstadt croit (au sens mystique) qu'une fédération des nations européennes ayant intégré les domaines régaliens de chacune dans un gouvernement central saura tenir tête aux empires revenus. C'est probablement vrai au vu de la puissance économique et financière de l'Union européenne. Les empires en question sont au nombre de trois nous concernant : la Fédération de Russie, la Chine populaire et les Etats-Unis d'Amérique. Les autres qui se croient tels, n'en finissent plus d'émerger et leurs intérêts restent négociables.
Cette fédération est-elle contructible ? A mon avis, non ! Déjà, tous les pays qui se sont arrachés à l'empire soviétique ont dans leurs chairs les traces de la dictature à distance, de la prévalence des intérêts impériaux même très éloignés des leurs, de la coercition qui visent à interdire ou dévoyer les initiatives, de la bêtise crasse des plans centraux, en un mot du socialisme jacobin ! Il faudra attendre que toute la génération de l'Est ayant eu vingt ans en 1990, trépasse pour que l'empreinte mentale de la captivité s'efface. Les pays balkaniques et la Grèce feront où nous leur dirons de faire dans la mesure où le robinet des subventions coule encore ; reste l'Europe occidentale divisée entre Germains et Latins, et la Scandinavie qui se cherche. Autant dire que rien n'est fait, surtout si ce projet de Fédération occidentale était "français". Mais prenons les choses autrement.
carte de l'Europe politique
Depuis le Brexit et pour contrebalancer un hypothétique majorat franco-allemand, deux groupes se sont formés qui ne cessent de se renforcer. En France, nous ne voulons pas croire que ces deux groupes aient été montés contre nous plus que contre l'Allemagne et pourtant ! Le premier groupe de nations antagonistes est la Nouvelle Ligue hanséatique qui regroupe l'Irlande, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Finlande, l'Estonie, la Lituanie et la Lettonie (marqués H sur la carte). L'obsession commune est la défense des valeurs frugales de l'Union économique et monétaire, même si tout le monde ne règle pas son pain en euros. Elle observe l'utilisation orthodoxe du mécanisme de stabilité, préfère les prêts aux dons, et veut qu'un examen de solvabilité précède toute décision de subvention. Le budget européen est obligé d'en tenir compte au grand dam des cigales latines. On y est en plein aujourd'hui avec les chicayas du Plan de relance post-covid. La Ligue pèse 50 millions d'habitants et 2600 milliards de PIB. Pour fixer les idées, les PIB européens remarquables sont ceux de l'Allemagne 3100 milliards d'euros, suivi par la France avec 2160 milliards, l'Italie 1800 milliards et l'Espagne 1300 milliards.

Le second groupe dissident est le fameux cercle de Visegrád qui regroupe la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie et la Hongrie. Bien différent du premier groupe, celui-ci vise à préserver sa souveraineté à tout prix dans les domaines laissés libres par les traités européens. C'est plus un cercle de clients que de promoteurs puisque ses économies ont été rebâties par l'Europe occidentale après l'effondrement du Comecon. Il pèse 64 millions d'habitants et 880 milliards d'euros de PIB. Il est dans l'orbite allemande et déteste les nègres. Dans certaines sessions du Conseil européen, ce groupe est renforcé de l'Autriche et de la Slovénie.

Il existe un troisième groupe inter-national dont nous ne parlerons pas par défaut d'information mais qui se manifeste chaque année dans un sommet au plus haut niveau, c'est le groupe des pays de langue allemande : Belgique, Luxembourg, Liechtenstein, Allemagne, Suisse, Autriche.

Ceci étant, le Conseil européen est divisé en quatre parties : le tandem impérial Allemagne-France qui lutte autant pour ne pas se désunir que pour convaincre les autres de ses propositions, la Nouvelle Ligue hanséatique de libre-échange près de ses sous, le groupe de Visegrád et ses alliés de circonstances, puis des pays seuls comme la Grèce, Chypre, Malte, la Croatie, l'Italie, l'Espagne, qui font et défont les majorités et dont les voix s'achètent dans les couloirs. Même avec de l'enthousiasme, on voit mal émerger une fédération à l'intersection des quatre groupes. Sans doute à l'origine aurait-il été possible de pousser les feux d'une Fédération occidentale européenne à six ou huit mais cela passait par la Communauté européenne de défense que les gaullistes et les communistes à Paris refusèrent par principe (sur ordre de qui ?). C'est le moment d'éclairer maintenant le schmilblick par un autre acteur que nous nous plaisons en France à débiner mais qui pèse de tout son poids sur les tergiversations européennes : l'OTAN.

Comme nous l'avons souvent dit sur ce site, la composante militaire de l'OTAN (appelée NATO pour la distinguer) est l'arme de défense privilégiée par tous les pays européens à l'exception du nôtre, au seul motif de son efficacité à faire peur. Au temps de l'occupation soviétique en Europe orientale, le NATO était l'ogre coupable de tous les maux et capable de faire pire que Dresde ou Hambourg ! La haine des peuples était tellement exacerbée à son endroit qu'il en est resté chez tous l'idée qu'une fois libérés des Russes, la meilleure protection possible contre leur retour était ce fameux ogre qui faisait si peur au Kremlin ! Et tombe la thèse du complot atlantique ayant visé à s'étendre sur le glacis soviétique à la faveur des atermoiements de Boris Eltsine. Ce sont tous les pays d'Europe non-russes de l'Est qui ont demandé leur intégration au NATO avant même de faire des représentations à Bruxelles pour être associés au Marché Commun. Même l'Albanie se méfie et a rejoint l'Alliance bien avant d'entrer dans l'Union européenne. S'il est de bon ton de traiter l'OTAN par-dessus la jambe chez nous (jusqu'au jour où nous en aurons vraiment besoin), il en va tout différemment chez les autres. Ils ne prendront aucune décision qui altèrerait leur protection ou leur sentiment de protection, si vous préférez. Aussi est-il vain de promouvoir une défense européenne chez des peuples qui n'ont pas soif d'indépendance militaire et craignent le retrait du parapluie atomique américain. Donc tout projet visant à fédérer un ou plusieurs domaines appartenant au régalien sera-t-il jugé chez les autres à l'aune de ses effets sur la confiance atlantique. Autant dire que ça ne marchera jamais, sauf ! Sauf si les Etats-unis, fatigués de s'occuper du vieux monde, organisent par eux-mêmes cette fédération ou confédération européenne qui prendra à sa charge les responsabilités que les Etats-Unis ne veulent plus assumer. Et nous n'aurons d'autre mot à dire que de sortir du jeu ou d'acquiescer ! Même M. Verhofstadt ne sera pas consulté ; alors M. Macron, pensez donc !

Sera-ce donc le Frexit ?

Nous en reparlerons bientôt dans un article Frexit & Chimères. Le Frexit étant impossible techniquement, ce sera plus vraisemblablement la ruine de notre orgueil et le destin du Portugal, comme disait le général De Gaulle en nous convoquant à des hauteurs que nous ne pûmes jamais atteindre. Dans tous les cas, les conséquences stratégiques sur l'Europe seront immenses. La confusion des intérêts nationaux l'exposera en proie. Les empires précités viendront peut-être y mettre de l'ordre, s'ils y trouvent leur avantage et parviennent à s'entendre. Sinon une monstrueuse anarchie cernera un noyau dur et résilient constitué par quelques pays de l'Europe sérieuse autour de l'Allemagne, quelque chose comme l'avatar du Saint Empire. Les mânes d'Otto de Habsbourg-Lorraine esquissent un sourire, mais il est déjà tard.

jeudi 19 novembre 2020

Le sémaphore de Palavas

Confiné au rangement de mon petit bureau domestique - le Home Office - j'ai retrouvé un classement des flottes marchandes publié par la CNUCED* l'an dernier sur des données de Clarksons Research (au cas où quelqu'un voudrait creuser). L'organisation brasse un milliard de rapports excellents en tous genres et pour une bonne part dans le domaine maritime, ce qui nous intéresse ici. Pour la partie d'à-terre, on peut fouiller aussi le site de l'Union maritime et portuaire du Havre, l'UMEP.

porte-conteneurs


Contrairement à la perception ambiante, ce classement en valeur des navires (indépendant donc des pavillons) attribue 35% de la flotte mondiale à l'Europe occidentale. Suivent le Japon, les Etats-Unis et la Chine populaire. Le score européen est dû principalement à la Grèce, à la Norvège (eh oui) et à l'Allemagne. Derrière l'Allemagne sur une marche assez haute, on trouve la Grande-Bretagne, le Danemark et les Pays-bas. La France n'est pas absente mais classée 18è, avec la moitié du tonnage danois, malgré notre armement fétiche CMA-CGM (troisième armement mondial dans le conteneur). Dit en passant, Taïwan est 10è ! Je précise que l'étude Clarksons incorpore, outre les vraquiers, tankers, cargos et porte-conteneurs, les navires à passagers et les navires de soutien offshore mais pas les bateaux militaires, les yachts, la pêche, la navigation intérieure, les plateformes offshores ni les barges. Difficile donc de comparer avec d'autres institutions qui classent différemment. Mais cette entame ne vise pas à analyser l'évolution des flottes marchandes. Il ne s'agit que de comprendre les divergences d'intérêts entre les nations européennes en temps de crise.

A l'heure où la démondialisation est au programme des tribuns politiques, il est bon de comprendre pourquoi les nations de libre-échange ne vont pas ouvrir leurs bras au malthusianisme français couplé à la réforme des flux marchands dans laquelle la France apparaît si peu. Pour ce qui concerne l'Union européenne stricto sensu (même si ses décisions s'inscrivent dans le concert plus vaste des nations maritimes), nos amis néerlandais, allemands et danois - je ne parle même pas des Grecs - ne voudront rien savoir de nos tentations protectionistes et fadaises écologistes puisqu'ils vivent largement du commerce mondial. Certes, ce n'est pas d'aujourd'hui, mais depuis la fin de l'empire colonial, notre empreinte mondiale a fortement étréci, nos échanges internationaux avec, et la flotte de haute mer a suivi ! Je viens d'une époque où des copains naviguaient sur Chargeurs Réunis, Messageries Maritimes, Navigation Mixte ou Delmas vers des ports qu'on ne retrouve plus que dans les romans d'espionnage. Bref, nous avons décroché, et sans M. Jacques Saadé qui a relancé l'armement français par la CMA, nous aurions disparu.

Si l'on excepte l'Allemagne qui suit avec plus ou moins de bonheur une géostratégie complexe depuis la réunification et la libération des pays de l'Est, nous avons au-dessus de nous un arc libéral qui nous soupçonne de complot à la Delors. Ce que cherchent dans les règles d'une Europe organisée tous les pays au nord du nôtre, c'est une zone de libre-échange la plus fluide possible, une Europe partenaire de traités économiques les plus lointains et les plus étendus, un marché mondial sans droits ni taxes (c'était l'intention du GATT). A cet effet, les pays que nous allons citer n'entendent pas être entravés de "valeurs européennes" définies et sanctionnées au plan fédéral et dont le juge le plus actif serait la France, ses Lumières, sa République bananière, sa Grandeur indépassable et sa Révolution sanglante. L'arc libéral commence aux îles britanniques, depuis le Brexit le doute n'est plus permis ; il se continue par les Flandres belges et les Pays-bas, puis le Danemark. Laissons l'Allemagne de côté pour la raison évoquée ci-avant, et on continue par la Pologne, la Suède, les deux pays baltes, l'Estonie et la Finlande. On reconstitue pratiquement la Ligue hanséatique.
La fibre européenne se juge au vote des peuples quand on les appelle à référendum : les Irlandais durent voter deux fois sur le Traité de Nice et refusèrent plus tard le traité de Lisbonne ; les Danois ont dû revoter sur Maastricht après que quatre dérogations majeures (opt-out) leur furent accordées par Bruxelles, mais ils ont voté deux fois contre l'euro pour conserver la couronne danoise ; les Suédois on refusé la clause d'automaticité et ont conservé la couronne suédoise ; les Néerlandais comme les Français ont voté contre le traité constitutionnel de 2005, puis ont refusé l'association de l'Ukraine à l'UE ; les Hongrois ont quant à eux refusé massivement les quotas européens de migrants ; et arriva... le Brexit !

Ceci pour dire que les valeurs européennes, démocratiques ou républicaines n'émeuvent pas tous les peuples pareillement et que les incantations répétées des délégués français ne trouvent que peu d'écho. Sans même parler de nos "projets" de réorganisation institutionnelle. Alors, dans la situation présente où trois piliers** de notre économie sont au bord de l'effondrement, où nos finances publiques n'ont plus rien à envier à celles du Wakanda, où notre goût de l'aventure gratuite mais coûteuse étend son blanc manteau sur le Sahel, le Levant, le Caucase et que sais-je demain, nous ne devons pas nous étonner si nos propositions à compte d'autrui (puisque nous n'avons plus le rond) soient débinées par les pays précités qui ont des affaires sérieuses sur le gaz ! Quant aux cousins gréco-latins, il ne reste que l'Espagne et le Portugal qui pourraient nous entendre ; l'Italie pour ce qui concerne son industrie performante est tournée vers le grand large et elle nous garde un chien de sa chienne pour avoir rompu la digue libyenne ; la Grèce (première flotte marchande mondiale) est gouvernée par des Grecs : ils achètent quatre frégates américaines pour le prix de deux frégates françaises !

Les dix-sept mois qui restent à l'équipe en place verront s'ajouter aux désordres intérieurs le reflux de notre influence européenne, surtout si l'Allemagne prend ses distances avec notre impérialisme moral comme on le sent de plus en plus. Quel imbécile a couplé les dispositifs de relance européenne à la manifestation d'un état de droit que personne n'a pris la peine de définir ? Finalement, l'élection de M. Macron dans le but de se débarrasser d'une classe politique corrompue, intéressée d'abord à sa propre perpétuation, si elle a effectivement fracassé les partis traditionnels, n'aura abouti à aucun des changements espérés. Mais le plus triste c'est qu'à ce jour, le plus mauvais reste encore le moins mauvais. C'est tout dire ! Bon, je retourne à mon classement.

* UNCTAD : United Nations Conference on Trade and Development ou Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED)
** Aéronautique, tourisme et gastronomie


Le phare-restaurant de Palavas-les-Flots

mercredi 26 février 2020

Die eine heißt Veronika 
L'autre s'appelle Marie


La succession d'Angela Merkel tarde ! C'est le moins que l'on puisse dire tant la liquéfaction de la Chancellerie passe d'eau sous la porte. Y domine l'impression (vue de l'extérieur bien sûr) d'une gestion fébrile des affaires courantes qui se limiterait à la réorganisation des écuries légataires d'un pouvoir qui fait son mandat de trop. La pantalonnade parlementaire de Thuringe, la faille entre la CDU droitière et la CSU sociale doucement s'élargit, qui peut finir en fracture. La tuerie de Hanau, instrumentalisée comme jamais pour enfoncer le parti national-nationaliste Alternative für Deutschland, qui finalement ne fait pas plus dans le chauvinisme que ses cousins du cercle de Visegrád, donne du grain à moudre aux adversaires d'une Allemagne-puissance qui poussent à l'éternel repentir d'un cortège d'horreurs vieux de trois-quarts de siècle. Tout affaissement de l'Allemagne ne nous profite plus, nos économies sont interpénétrées et nos soucis extérieurs presque partout partagés, quel que soit le chancelier à poste. Et dans le compartiment de la défense, sans l'Allemagne, notre résistance concrète sur la béance du nord-est est plus que mal assurée, même si la géographie des guerres à venir modifie les espaces et la rose des vents.

Trois mandats "hambourgeois" de la chancelière Merkel ne sont pas parvenus à établir une diplomatie qui fasse la toise. La menace non voilée d'attaquer les importations de voitures allemandes aux Etats-Unis stoppe le gazoduc Northstream et vitrifie la riposte européenne aux contre-mesures américaines. A tel point qu'on se demande ce que fait aujourd'hui la République fédérale dans des cercles décisionnaires comme le format Normandie sur l'Ukraine, la table ronde à quatre sur Idlib et la nouvelle conférence euro-iranienne sur la bombe atomique des mollahs. Il suffira que le Département d'Etat fronce les sourcils pour que l'Allemagne obtempère afin de sauver VW, Daimler-Benz et BMW ; à moins qu'un seul tweet de la Maison Blanche n'enterre les décisions dans l'heure !

Eut-il suffi de ruser ? Plutôt que de douter à haute voix de l'engagement atlantique des Etats-Unis, ne valait-il pas mieux d'arbitrer les crédits budgétaires nationaux afin d'atteindre rapidement les fameux 2% PIB de dépenses militaires pour leur enlever un gage ? En plus, il ne s'agissait pas de réarmer, mais simplement remettre en fonctionnement de nombreux équipement arrêtés sur parc par défaut de pièces de rechange. Les taux d'immobilisation du matériel militaire de la Bundeswehr sont hallucinants. Une fois l'armée allemande réactivée, la force obtenue pouvait servir ensuite à combler le déficit de confiance germano-américain. Mais non ! Le complexe pacifiste a pris le dessus et l'effort fut confié aux "explications". Les choses pourraient changer si une CDU déportée à droite arrivait aux affaires et musclait sa stratégie, au moins pour bloquer la fuite d'électeurs vers les partis d'extrême-droite. Cela nous concerne directement.

Inutile de développer l'intérêt de conjuguer nos forces en période de basses eaux atlantiques, surtout après le départ des Anglais. Si la relation spéciale anglo-américaine est chahutée par le trumpisme échevelé du locataire de la Maison Blanche, elle demeure active avec le protocole nucléaire de la double-clé. Le Brexit anticipe une océanisation des forces britanniques même si les coopérations françaises perdureront ; mais c'est l'état d'esprit qui sera complètement changé : Britannia rule the waves ! Ceci nous pousse inexorablement vers la continentalisation du nôtre. Et en matière de guerre ouverte, se pose au-delà des moyens disponibles la question de l'intégration des corps ou simplement des états-majors, la seule alliance ne suffisant plus (à mon avis).

Sur cette question, l'initiative de M. Macron, qui n'a pas été repoussée à Berlin, consistant à avancer notre frontière sensible du Rhin à l'Elbe, milite pour l'intégration des états-majors continentaux. Les réticences allemandes sur nos opérations sahéliennes l'exclut pour nos clusters coloniaux. La fusion des corps quant à elle ne semble pas pertinente quoiqu'en ait voulu montrer la Brigade franco-allemande de Müllheim. Mais la standardisation des armes, calibres et procédures en cours ne nuira pas, ce que permet encore le combat OTAN. Reste la question de la langue d'emploi que nous ne traiterons pas aujourd'hui mais qui empêche l'intégration des unités élémentaires, compagnies/escadrons.

La conclusion de ce billet me fait remonter à mon année allemande de manœuvre avec le panzer grenadier bataillon entre bois en triangle et bois en croissant : on se sentait épaulés !



Paroles du SansSouci de la Légion

A la sortie de la caserne,
Il y a un vieux moulin.
Deux jolies filles habitent là,
Et chantent soir et matin.
La blonde c’est Véronica,
Et la brune c’est Marie.
Ces jolies filles sont les amours
De toute la compagnie.

Pira la la,
Pira la la...
Pira la la la la la la la la.
Pira la la...
Pira la la, Véronica Marie.

Pour toi Véronica,
Ha ! Ha ! Ha !
Pour toi Véronica,
Ha ! Ha ! Ha !
Pour toi Véronica,
Véronica Marie.

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