Affichage des articles dont le libellé est théocratie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est théocratie. Afficher tous les articles

jeudi 2 mars 2023

Al prat dels cremats*

*Au champ des brûlés

Ruines de Montségur (Ariège)
Au mois de mars rouvre la saison des "pélerinages cathares": le 16 est la borne, Montségur, leur Chartres. Les ruines du château se dressent dans le ciel du Pays d'Olmes comme l'accusation éternelle de forfaiture et cruauté à l'endroit de la papauté qui déclencha une guerre civile au sein de la chrétienté pour rassurer sa puissance spirituelle et temporelle. Cette abomination n'a jamais éteint le feu de la contestation en Languedoc - la Réforme en sera l'avatar souterrain - parce qu'elle fut la matrice de police générale de la pensée pour tous les siècles à venir. Le Manuel de l'Inquisiteur de Bernard Gui (1261-1331) est au programme des écoles de criminologie.

Il y a sept cent soixante-dix neuf ans que furent brûlés deux cent cathares** aux ides de mars à Montségur. Une stèle commémore depuis 1960 leur acte de foi. Car ce qui étonna tous les gens présents à cette crémation fut de voir l'entrain avec lequel hommes et femmes sautèrent d'eux-mêmes dans le gigantesque brasier.
C'est le philosophe médiéviste René Nelli (1906-1982) qui a le mieux verbalisé ce détachement des parfaits quand il écrit : « la seule tâche morale qu'ils croyaient qu'il incombait à l'homme (était) de se déshabiller du néant dont il est com-posé, et qui pourtant par les prestiges de Satan, lui apparaît dans le Mirage, comme la part de lui-même à laquelle il est le plus attaché ». Le "corps, cette guenille" dont ils devaient se dévêtir !
Convaincus que des trois éléments de l'homme ternaire, l'âme animant le corps (amphore réceptacle du mal) avait été subjuguée par Satan, être et non-être émané du Mal principiel, afin de l'asservir et de la garder séparée de l'esprit qui l'attendait auprès du Père, ils croyaient que la destruction de l'œuvre maligne par le feu hâtait la recollection de l'ensemble dans la perspective d'une éternité en l'un des ciels d'Isaïe, dussent-ils endurer leur perfectionnement par la métempsycose avant que d'y atteindre.
Note**: cathare de καθαροί qui signifie "purs", terme savant du IVè siècle vulgarisé dans les années 50

Leur métaphysique était plus élaborée que celle de l'église romaine, en laquelle d'ailleurs ils savaient puiser des analogies pour leur thèse en lisant Augustin d'Hippone par exemple, qui était un dualiste tardif de la veine de Mani. Leur reconstruction religieuse était globale, complète et fermée et par cela puissante, au point de convertir des élites civiles et religieuses dans les pays où leur doctrine était enseignée. On a pu comprendre que la papauté se soit légitimement inquiétée de cette gnose capable d'une démonstration sans faille de ses thèses, à laquelle elle ne savait opposer que des clercs peu instruits et des prélats d'abord soucieux des privilèges mondains de leur charge. Il fallut attendre l'irruption dans la tragédie albigeoise de Dominique de Guzmán (fondateur des dominicains sous la règle de saint Augustin) pour que reprennent les études théologiques et que se contruise une critique sérieuse des thèses hérétiques. Jusque là, ni par le fer et le feu, ni par les accommodements, rien n'avait pu endiguer la prédication des Bons Hommes qui prêchaient à hauteur de fidèle et avaient réponse à tout. Ce mode d'action eut-il été choisi par le pape de préférence à la croisade sanglante en terre chrétienne qu'Innocent III n'aurait pas eu à vendre son âme au diable ! Il dut convenir sur le tard qu'il s'était fourvoyé.

Quelle était la charpente dualiste des cathares languedociens que les frêres prêcheurs durent combattre ?
René Nelli la résume en sept points :

  • Dieu est tout-puissant dans le bien et dans l'éternité (1) ;
  • il existe dans le temps une racine du mal qui vicie toute manifestation originellement bonne (2) ;
  • le principe du mal n'est en dernier ressort que nihil ou du moins un demi-être (être sans être) (3) ;
  • le mal ne peut se manifester que dans le Mélange* (4) ;
  • le vrai Dieu a tout créé de sa propre substance et non point du néant (5) ;
  • la création est co-éternelle au créateur (6) ;
  • la créature n'a pas de libre-arbitre (7).
Quelques explications :
(1) C'est Son domaine, Il y règne en maître absolu mais une autre force préexiste à l'extérieur de Lui, qui Le défie.
(2) A l'origine du Temps, existe un principe malin qui gâche toute la création y semant le désordre et le chaos moral (le monde que nous connaissons).
(3) Ce mal principiel dérive vers son néant dans lequel il engloutira son être et son non-être à la fin des temps.
(4) Le Mélange évoque le monde manichéen où luttent deux royaumes, celui de la lumière (et de l'ordre manifesté) et celui des ténèbres (et du chaos néantisé). Selon Heidegger, "le néant ne reste pas l'opposé indéterminé de l'existant, mais il se dévoile comme composant l'être de cet existant".
(5) La création est consubstantielle à Dieu Lui-même et non émanée du néant primordial (c'est la signification dualiste) . Elle est attaquée de l'extérieur (et non pas de l'intérieur comme dans le dogme romain qui convertit l'ange Lucifer à œuvrer pour le Mal).
(6) La création ne relève pas du temps (invention diabolique) mais de la substance divine vraie en toute éternité.
(7) Contrairement au catholicisme qui fonde la révélation satanique sur le libre-arbitre des anges et des hommes, les êtres conscients sont victimes d'une illusion en ce monde que leur âme ne peut combattre, séparée qu'elle est de l'esprit libre et sauvé en Dieu. Sa seule possibilité est le repentir que l'on suscite par le consolamentum.

Stèle cathare de Montségur (1960)


Des exégètes pétris d'érudition ont conclu que, si on montait le niveau d'examen de la philosophie cathare, le catharisme était partie intégrante du christianisme dans une diversité que l'œcuménisme actuel aurait pu accueillir. La brutalité de la réponse de Rome contre la purification extrême aux limites de l'idée de Dieu fut une forme de bestialité qui engendrera moins de trois siècles plus tard la protestation de Martin Luther. L'hérésie dualiste s'était éteinte en Languedoc, mais le feu de tourbe de la rancune continuait sous terre, et quand les protestants promurent le libre examen, ils proclamaient ce faisant, le règne de la libre pensée. Il ne fallut rien de plus pour que l'embrasement anti-catholique se manifestât : toutes les hérésies contenues au Moyen Âge se relevèrent en pleine fureur, soutenues par le glaive des grands et la dialectique des nouveaux docteurs de la foi. Après la Michelade de 1567 à Nîmes, la sénéchaussée de Nîmes et Beaucaire bascula du côté du parti huguenot. On sait la suite sanglante des guerres de religion qui, dans l'enthousiasme de l'extermination des mal-pensants, revêtirent les oripeaux de la croisade albigeoise avec les mêmes joyeusetés de la sainte Inquisition. Après la révocation de l'édit de Nantes, politique justifiée mais saccagée par les exactions des missionnaires de la Contre-Réforme encadrés de dragons, la persécution des réformés fut totale, et surtout contre ceux qui disposant de moins de biens, ne pouvaient s'exiler. Les nouveaux convertis du bout des lèvres passeront le mot à leur descendance afin que la revanche puisse être prise à la première occasion, ce fut la révolution française (clic). Finalement le feu ne s'éteindra qu'avec la déchristianisation !

L'église romaine a depuis lors abandonné la métaphysique et l'eschatologie au bénéfice de la charité ostensible dans un champ de compétences encombré de tous les bons et mauvais sentiments de la nature humaine, à se demander parfois si, au fin fond d'elle-même, elle croit vraiment encore en Dieu. Le désordre des idées et des mœurs n'y a jamais cessé, le Mal semble y avoir fait son lit. Les évolutions récentes de la papauté ramenées au message plébéien le plus facile à comprendre et diffuser, ne laissent pas augurer d'un sursaut moral suffisant quand le monde semble au seuil de la guerre. L'autoritarisme capricieux du pape en charge et la mièvrerie de l'universalisme catholique nous seront de peu de secours dans l'affrontement qui vient au sein de la chrétienté, car c'est bien de la guerre des patriarches qu'il va s'agir. Les âmes errantes des parfaits, marquées au feu de la persécution, ont-elles pu rejoindre l'Esprit ? Au moins seront-elles sauvées de l'apocalypse qui vient.


Biblio :
- RP. Antoine Dondaine, Durand de Huesca et la polémique anti-cathare, 1959
- Déodat Roché, Un traité cathare inédit du début du XIIIè siècle, 1961
- Christine Thouzellier, Livre des deux principes, Paris 1973
- René Nelli, Le phénomène cathare, Toulouse 1988
- Valérie Sottocasa, Protestants et catholiques face à la Révolution dans les montagnes du Languedoc, Annales 2009
- Sophie Poirey, La procédure d'inquisition... et (ctrl F) la bulle pontificale Si adversus vos (*), Caen 2012
- Jacques Chiffoleau, Bulle pontificale Vergentis in senium (*), Paris 2015

vendredi 2 novembre 2018

Memento Mori

Sarcophage romain dit de la porte entr'ouverte

Bien des façons d'être triste aujourd'hui, mais secouons-nous, ça ne durera pas ! Evidemment : tout finit toujours par s'arranger, même mal  (proverbe cévenol). On pourrait faire l'article des magnifiques sarcophages romains, de leurs intentions voire de leur lecture de la vie du défunt qui y repose, mais nous serions éblouis par la légèreté talentueuse des artistes de l'Antiquité qui ne furent jamais égalés. Ce n'est pas le jour de s'éblouir. La pluie, le vent, les nuages si bas que l'Aigoual fait l'Olympe, nous font revenir au Désert, loin des marbres et des porphyres. Aux Déserts. A la méditation, aux idées noires, aux idées grises... c'est Jour des Morts, de nos morts. D'aucuns partirent à reculons, certains implorèrent, d'autres furent fauchés à l'assaut et certains ont expiré dans leur lit, seuls, en famille, mais nul ne partit en riant ou en chantant, sauf à parler des martyrs car nous en eûmes beaucoup quand même, et je ne parle pas des supplices romains qui voulurent écraser les paléochrétiens des Gaules en les jetant au lion ou au taureau. Non, non, des martyrs languedociens du XIII° siècle qui ne sont inscrits à aucun jour du calendrier, mais ça pourrait changer, un peu comme change la perception du génocide vendéen, dès lors que le temps ne fait rien en l'affaire. Il semblerait que ça commence à bouger puisque l'évêque de Pamiers, Mgr Eychenne, parle du « sort extrêmement cruel réservé à ces croyants que l'on a coutume d'appeler Cathares » en disant une messe pour eux le 16 octobre dernier à Montségur (source).
Sur le site Riposte catholique, un catho du bout du banc, Dom Bernardo, se moque et de l'évêque de Pamiers et des Cathares qu'il réduit à l'état de secte, signalant, à qui veut bien partager sa colère, une méconnaissance achevée de cette hérésie ; l'hérésie des uns pouvant être l'orthodoxie des autres, oui mais là ça risque de faire un peu trop compliqué pour lui.

Refusant d'abjurer, deux cents quinze Parfaits "crameront" vifs au Prat des cramats sous les murs du château de Montségur. Bien avant eux, cent quarante Parfaits de Minerve, dédaignant l'absoute, étaient montés aux bûchers d'une seul pas. Soixante Parfaits des Cassès allèrent sur les fagots en pleine sérénité ; Montaigne, écœuré, en parla ! Quatre cents Parfaits de Lavaur se jetèrent dans les flammes dans une commune exhortation. Il y en eu bien d'autres et toujours des deux sexes. Ces hérétiques étaient "triés" par les légats pontificaux qui dans le doute ne s'abstenaient jamais. Si la Croisade des Albigeois tacha de merde les longs manteaux ecclésiastiques, elle permit de s'assurer dans la méditation des veillées que, sous la menace, le pape pouvait se transformer en tigre. Les Protestants s'en souviendront plus tard, qui ne firent aucun cadeau. Mais pour quoi les Parfaits mouraient-ils ?


Nous sommes au XIII° siècle. Le pape Innocent III a déclaré en 1209 le Languedoc "exposé en proie", ce qui signifie en clair dans l'esprit des croisés que toutes les exactions commises sont absoutes et le butin acquis d'avance, sans méjuger la captation des fiefs. La terre, chrétienne pourtant, doit se régénérer dans le sang des hérétiques. Mais contrairement aux espérances de la papauté, ce n'est pas la guerre totale de Simon de Montfort qui vaincra les Bonshommes mais la sainte Inquisition qui éradiquera ensuite tout le tissu social suspect d'hérésie, simplement suspect, extermination, tabula rasa. Ce qui n'explique pas le détachement des Parfaits devant le supplice, si on ne connaît pas les trois principes de la métaphysique qu'ils reconnaissaient dans l'humanité sans pour autant croire qu'ils puissent se recomposer en substance autonome : l'Esprit, l'âme et le corps. Aucun lien ne réunit les trois principes dans l'unité de l'individu, ils se combattent dans une guerre qui n'a jamais commencé et ne finira pas, celle du Bien et du Mal.

L'Esprit est d'essence divine éternelle et commun à toute la Création. Pour se faire comprendre on pourrait faire aujourd'hui une analogie avec le magnétisme terrestre, combiné aux attractions solaire et lunaire sans lesquelles nous n'aurions jamais pu naître en ce monde. Si le piéton était télévangéliste il vous en ferait dix minutes sans un seul verre d'eau mais en affichant son RIB. L'Esprit éternel est le réceptacle de la vie éternelle de l'âme du croyant. Aujourd'hui ce principe premier qui préexiste à tout est l'obsession de l'agnostique qui ne se satisfait d'aucune explication humaine et nie le hasard du précipité cosmique.

L'âme fonde l'in.di.vi.du ! Elle pense, elle anime, elle est la génératrice personnelle de chacun. Elle immatricule l'homme dans le grand livre céleste des chrétiens. Elle est exposée aux pires tourments, aux exaltations, au mysticisme mais aussi à la colère et la cruauté. Même si elle connaît le bonheur parfois, elle est toute contenue dans la gangue du corps qui l'aliène et dont les pulsions de toute nature lui pourrissent la vie terrestre.

Le corps est démoniaque, le siège de tous les péchés, une tunique qui serre, une prison qui affame, une guenille à la fin ! Le brûler accélérait le "passage" vers une réincarnation au pire, au mieux une libération où l'âme pourrait se recomposer en l'Esprit. Une métaphysique de la fin tout à fait bouddhiste dans ses cycles et tributaire de l'Eveil.

Il faudra attendre saint Thomas d'Aquin pour que cesse la dislocation de l'individu par la refondation de sa substance propre... mais c'est un autre chapitre. Nous retiendrons que les Parfaits avaient assimilé si profondément ces antagonismes en eux-mêmes qu'ils ont vécu la carbonisation des corps comme une véritable libération. Heureusement pour leurs adversaires qu'ils ne furent jamais soldats. La sévérité des Inquisitions qui se sont succédé pendant un siècle pour parvenir à leur destruction, a-t-elle pris en compte ce danger latent de ninjas invincibles semant la guérilla par tout le royaume ? Ce fut plutôt l'apogée de la théocratie absolue qui ne souffrait aucune concurrence ici-bas et là-haut, qui crut tenir son majorat et ses dîmes par la terreur et les excommunications. Elle condamnera plus tard un chevalier de La Barre pour des rumeurs d'impiété, blasphèmes, sacrilèges exécrables et abominables et pour être raccord avec la tradition, fit brûler son corps décapité sur la place publique. Le Premier Ordre en mourra !

Normalement, une chanson de troubadour doit finir ce billet puisque le catharisme, les faydits*, la ménestrandie, la fine amor furent parfaitement liés par l'anticléricalisme occitan. Nous avons choisi pour l'occasion l'Epervier incassable du chevalier faydit Raimon de Miraval (ca. 1159-1218) :

Bel m’es qu’ieu cant e condei
Pois l’aur’es dous’ e-l temps gais
E pels vergiers e pels plais
Aug lo retint e-l gabei
Que fan l’auzelet menut
Entre-l blanc e-l vert e-l vaire
Adonc se deuria traire
Cel que vol qu’Amors l’ajut
Vas captenensa de drut

Ieu non soi drutz mas domnei
Ni no-m sent pena ni fais
Ni-m rancur leu ni m’irais
Ni per orgolh no m’esfrei
Pero temensa-m fait mut
Qu’a la bella de bon aire
Non aus mostar ni retraire
Mon cor qu’ill tenc escondut
Tro qu’aia-l sieu conogut

Ses pregar et ses autrei
Son intratz en greu pantais
Com pogues semblar verais
S’ieu sa gran valor desplei
Qu’enquer non a pretz avut
Domna que nasques de maire
Que contra-l sieu valgues gaire
Et si-n sai maint car tengut
Que-l sieus a-l melhor vencut

Ben vol qu’om gen la cortei
E platz li solatz e jais
E no-ill agrad’om savais
Que s’en dersguis ni-s malmei
Mas li pro son ben vengut
A cui fai tan bel vejaire
Que quascus es sos lauzaire
Quan son d’enan lieis mogut
Meils que s’eran siei vendut

Ja non cre qu’ab lieis parei
Beutatz d’autra dompna mais,
Que flors de rosier quan nais
Non es plus fresca de lei
Cors ben fait e gen cregut
Boqu’et oills del mon esclaire
Que Beutatz plus no-i saup faire
Se-i mes tota sa vertut
Que res no l’es remasut

Ja me domna no-s malei
S’ieu a sa merce m’eslais
Qu’ieu non ai cor que m’abais
Ni vas Amor me desrei
Qu’ades ai del mieils volgut
Defors e dins mon repaire
E de lieis non sui gabaire
Que plus no-i ai entendut
Mas gen m’acolh e-m salut

Cansos, vai me dir al rei
Cui jois guid’è vest e pais
Qu’anc no-l trobei en biais
Qu’aital com ieu volh lo vei
Ab que cobre Montagut
E Carcasson’ el repaire
Pois er de pretz emperaire
E doptaran son escut
Sai Frances e lai Masmut

Domn’ades m’avetz valgut
Tant que per vos sui chantaire
E no-n cugei canso faire
Tro-l fieu vos agues rendut
de Miraval qu’ai perdut

Mas lo rei m’a convengut
Que l’o-m rendra ans de gaire
E mon Audiart Belcaire
Puois poiran dompnas e drut
Cobrar lo joi qu’an perdut
(Traduction ici)

(*) Faydit ou faidit : chevalier ou seigneur SDF après les confiscations des barons français ou de leurs évêques; Raimon de Miraval mourut dans la misère chez les Cisterciennes de Santa María de Les Franqueses au nord de Lérida en Catalogne.




jeudi 30 août 2018

Un pape aux abois


L'archevêque Viganò
Ras la mitre, ce pape est un bouffon ! C'est en ces quelques mots qu'on peut résumer le cri de colère de l'archevêque lombard Carlo Maria Viganò. Mais déjà la presse catholique progressiste voit dans les accusations du nonce émérite contre Sa Sainteté François dans le scandale McCarrick un complot conservateur visant à briser le réformisme du pape argentin. A ses yeux, les réseaux homosexuels, les réseaux pédophiles, les nombreux crimes et péchés individuels sont affaires courantes et parfois anciennes qu'il faut traiter en temps et heure, dans la honte, la pénitence, la prière et tout le diable son train, peut-être même en déférant, contraint et forcé, les délinquants à la Justice du territoire ayant abrité ces "horreurs", à défaut, les couvrir jusqu'au bout pour sauver le bizness. Et les chargés de propagande de la presse mainstream de dénigrer déjà le lanceur d'alerte comme un prélat cupide et ambitieux.

L'exclamation du jésuite américain James Martin tombe à point pour résumer la situation de corruption morale du clergé de son pays : « L’idée d’une épuration des prêtres gays est aussi ridicule que dangereuse. Une telle épuration viderait les paroisses et les ordres religieux de milliers de prêtres et d’évêques qui mènent une vie saine de service et qui restent fidèles à leur célibat ».
A tomber de l'armoire ! Ils couchent urbi et orbi mais ne se marient pas, donc le vœu est sauf. Je m'amuse à l'idée d'une détection des gays. Doit-on mettre la fille cachée de Naomie Campbell dans le lit de l'éprouvé pour s'assurer de sa saine réaction ?

Et il en va autant (Yves Daoudal dixit) au Chili, et même en Uruguay. Faut-il cacher les orgies romaines des monsignores de la jaquette qui auraient pu choquer à mort le pape Benoît XVI, lequel déplorait la pourriture (sic) de l'Eglise dans son homélie du pallium d'investiture ? Ne parlons pas des quatorze mille enfants irlandais élargis par le clergé, là c'est trop !
Mais Bergoglio, s'il est touché gravement, semble vouloir négocier dans le marigot du Vatican plutôt que de trancher définitivement le nœud gordien à la hache ! Il se trompe lourdement, le vent a tourné, la tradition revient vent arrière en Europe et aux Etats-Unis. Un tout petit signe ? les dominicaines de Fanjeaux ont remis l'uniforme et jeté le fichu "femme-de-ménage" aux orties. L'Eglise a besoin de sérieux et d'autorité. La bronca des épiscopes américains qui soutiennent le nonce dénonciateur signale que Sa Sainteté n'en a plus !

Que l'Eglise catholique s'effondre en France ne serait pas un drame si grand, la nature a horreur du vide et des alternatives prendraient sa succession. Ses préceptes (sauf contre l'avortement) défendent des principes qui nous affaiblissent, nous moutonnisent. Au cœur de métier, les messes sont de moins en moins courues, sans doute parce que les gens ont fait leur deuil des promesses de vie éternelle et s'appliquent à profiter de leur vie terrestre sous la devise "mieux vaut tenir qu'espérer". La morale naturelle à l'espèce humaine remplacera partout la DSE (doctrine sociale de l'Eglise). Les diocèses, tous en péril, se sont déjà reconvertis dans le caritatif (comme les protestants), laissant l'eschatologie de base aux religions exotiques. Pour y aider, on peut relire Frédéric Nietzsche dans sa Critique des valeurs supérieures (livre deuxième de La Volonté de puissance) ; c'est définitif ! Et désespérant.


Iconographie populaire des Bons Chrétiens sur le chemin de Compostelle


Le christianisme est un message universel de paix et d'égalité entre les hommes autant que la promesse de lendemains cachés qui chanteront. Et justement, dans le droit fil des évangiles, nos ancêtres cathares déployaient leur doctrine sur le "Sermon de la montagne" et refusaient le logiciel binaire développé par les Pères de l'Eglise pour antagoniser le bien et le mal au sein de la même Création. Pour les Cathares, Dieu l'Eternel était étranger au Néant originel qui pouvait aspirer les âmes comme le trou noir de Hawkings. Dieu est le principe de l'invisible qui n'a fait que les esprits, entités impossibles à corrompre ou détruire. Le visible est une illusion qui procède d'un autre principe étranger à Dieu et venant du Néant. Ciel et terre, tunique de peau (prison charnelle), tout le visible est corruptible, destiné à pourrir et disparaître à la fin des temps. Les affaires de mœurs qui minent l'Eglise aujourd'hui comme hier sont plein cadre. L'Eglise se vautre dans l'illusoire éphémère et délaisse l'éternel essentiel ! On comprend que les Cathares aient fortement déplu dans une métaphysique aussi puissante (*)

La construction hiérarchique de l'Eglise qui a suivi l'épopée christique a transformé patiemment le message de Jésus (jamais écrit de sa main, notez bien) tel que l'ont relayé les évangélistes et ses apôtres dans leurs Actes, en un instrument de pouvoir séculier, jusqu'à l'asservissement légal des âmes et leur mise en culture. D'où l'apparition de contestations successives provoquées le plus souvent par la corruption et les privilèges des hiérarques, contestations déclarées comme hérésies par le pouvoir dominant menacé. L'oppression culminera au sac de Béziers mené en 1209 sous l'autorité du légat pontifical, mais il y eut d'autres pics ensuite jusqu'au XVIIIè siècle, jusqu'à ce que les sociétés civiles mettent le hola à la prédation cléricale par la libération des consciences.

Que l'Eglise ne veuille pas marier ses prêtres pour cent fausses raisons, ni ordonner des femmes qui restent pour elle une sous-espèce humaine corvéable à merci, ni chasser les pervers, ni condamner à la clôture en Pologne ceux des satanistes qui réclameront l'absolution, n'a plus d'intérêt.
Il existera toujours par ci par là des curés d'Ars qui soulageront les souffrances mentales des gens en recherche vitale d'affection. Ces abbés suffiront à pérenniser le message christique original qui offre aux âmes errantes qui l'entendent l'apaisement d'une angoisse de la fin de notre vie. Pour ceux qui savent ces choses, c'était le prêche des Bons Hommes que l'Eglise romaine fit brûler jadis comme du papier parce qu'ils l'accusaient de manipulation et de détournement du projet christique original. Leurs prédicateurs qui couraient châteaux et marchés, étaient instruits et convaincants, aucun n'en réchappa.

Ces évènements (la croisade des Albigeois) et les guerres de religion qui éclatèrent plus tard en France au XVIè siècle pour que la papauté sauve les meubles, ont laissé de profondes traces dans le Midi. D'aucuns de l'Eglise actuelle s'en moquent comme de vieilles lunes dépassées mais si on leur disait de mettre à la benne tous les conciles de la même époque et d'avant comme de vieux trucs dépassés, ils hurleraient au charron contre les contempteurs de la doctrine infaillible. En fait seule l'histoire les emmerde ! Et l'actualité plus encore !


Il va falloir parler pour dire quelque chose de crédible enfin !



Nota (*) Celui qui veut creuser la métaphysique cathare, qui reprend des tours à mesure que s'effondre la prégnance catholique conciliaire, peut chercher le bouquin d'Anne Brenon "Le vrai visage du catharisme" (Loubatières), un livre bien écrit et documenté. Aller plus avant convoque des pointures médiévistes comme Christine Thouzellier (1902-1982), Jean Duvernoy (1917-2010) et surtout René Nelli (1906-1982) qui a traduit du vieux languedocien tous les textes cathares rescapés de la Sainte Inquisition. Par contre se méfier des "vulgarisateurs" qui romantisent la vie des Cathares.


mercredi 19 décembre 2012

Nouvelles de la boutique sémite

Dispute au dîner. Les Juifs de Palestine ferment le couloir cisjordanien à Givat Hamatos avec 2610 appartements (voir la carte de B'Tselem) et agrandissent Ramat Shlomo de 1500 clapiers. Ici, ils ont des droits historiques, bibliques, sur la Judée et la Samarie. Là, ils enfreignent les résolutions onusiennes et le droit international en bâtissant chez autrui pour immigrer en zone occupée. Le piéton du roi fait passer la bouteille et se ressert une lichée de Saint-Amour (les grès triasiques du terroir en font des vins charpentés en macération longue mais qui se boivent adolescents) et proclame qu'il s'en fout !
Les Gazaouis ont bombardé Sdérot pendant des lustres avec des rockets faites en tubes fly-tox ; en fait ils visaient les occupants sans titre de Najd dont les villageois arabes furent expulsés en 1948. Peu me chaut, ce n'est pas moi qui prend la pelle à fossoyer. Les Israéliens pilonnent des écoles ou des dispensaires à Gaza City dans lesquels se planque la vaillante infanterie du Hamas. Même punition, la pelle à d'autres, j'ai mal au dos.
Cette ethnie sémite s'entretue de bon coeur depuis des siècles dans une guerre fratricide. Salut Abram, le patriarche, pas le char ! C'est leur malédiction et les voies du Dieu tonnerre qu'ils adorent à leur manière sont impénétrables.

Sur la même longueur d'onde du Département d'Etat, je pense que le double langage hébreu n'honore pas son gouvernement de boutiquiers sans vista. Petit jeu, petit gain ! A diverses raisons aussi entortillées que les anglaises des purs fainéants de la vieille ville, les responsables israéliens cultivent le danger de leur situation comme des tomates, repoussant de diverses façons l'aube de toute solution ; comme celle de deux Etats économiquement imbriqués. Peut-être pensent-ils que l'Holocauste leur sert de viatique originel (comme le péché originel qui sert à tout) et les autorise à pratiquer sans vergogne les caprices politiciens qui leur traversent l'esprit. Ils se trompent lourdement car les yeux du monde sont secs à leurs malheurs. La moitié de la planète en passe de diriger l'autre est étanche aux horreurs de nos guerres, ils ont eu les leurs, en pire ; et quelques millions d'empêcheurs de commercer en rond ne vont pas leur couper l'appétit si d'aventure ils se faisaient foutre à la mer ! Mettre l'affaire en débat dans les diasporas asiatiques est instructif vu de Sirius.




Et symétriquement, le recours aux bombes terroristes placées dans le public, le refus de tout compromis pacificateur du côté du Hamas, comme le défilé d'enfants armés déguisés en martyrs dans les cohortes vertes hystériques, assèchent par avance toute commisération extérieure pour les conséquences futures d'une vindicte remontée en boucle. Les monceaux de ruines de Gaza ressemblent à d'autres monceaux de ruines accumulés ailleurs par les évènements naturels. Affronter les réalités semble des deux bords impossible. C'est le mot : réalités. Ces gens, accrochés à des principes fumeux et mortifères, ignorent volontairement les réalités du monde actuel et comptent encore, des trois côtés¹, sur des soutiens extérieurs pour que le mirage de leurs illusions restent en suspension sur l'horizon. C'est la guerre et la mort qui vont surgir du brouillard de poussière ! Tirez le rideau c'est horrible à voir.
"Trente à !", la partie continue sans moi.


Dieu pourvoiera aux cartouches !


(1) Likoud, Hamas, Fatah

lundi 16 juillet 2012

Ennahda du rêve à la réalité


De notre correspondant alangui à Djerba.
Le parti islamique tunisien vient d'achever son congrès fondateur de parti de gouvernement. La realpolitik a pris le dessus en cherchant à copier le modèle éprouvé de l'AKP turc. Peu préparés à gérer au sens plein, les cadres musulmans, s'ils sont intarissables sur la criminilisation des blasphèmes, peinent à saisir les rouages d'une administration moderne pour se cantoner jusqu'ici dans l'épuration. Qu'ils épurent la justice de Ben Ali n'est que justice, même si le cadi local ne va pas suppléer aux juges formés à la fac de droit. Pareil chez la police, bien que les vrais salopards se soient depuis longtemps réfugiés... en France. Il leur reste à écrire une constitution, ce qui leur fera une belle jambe, sous le hijab.

La question pénible que le congrès a esquivé reste ce p... de chômage qu'Allah n'a pas supprimé en nommant au palais Dar el Bey un croyant spécialiste de thermodynamique. Et pourtant, c'est bien l'absence de travail et la corruption notoire dans les procédures de recrutement qui ont ouvert les vannes de la révolution de jasmin dans la Tunisie profonde. Si les agents d'Ennahda ont parfaitement fait le job (comme l'AKP jadis en Anatolie) en expliquant que seul le parti religieux apporterait travail et morale au fin fond du pays, ils ont quitté leur zone d'effort dès que la victoire fut acquise, laissant les populations avec le soupçon métaphysique de se l'être fait mettre. Il n'y a pas plus de travail qu'avant, sinon moins quand les patrons ont fui.

L'AKP a sauvé sa conquête par la croissance à marche forcée, l'émigration des surnuméraires et une gestion avisée de ses adversaires. Mais ce sont des Turcs et le pays est grand. La Tunisie est une maquiladora, on y vient produire à bon compte depuis l'étranger, il n'y a pas de marché intérieur et les frontières économiques du Maghreb cassent toute perspective régionale, sauf en paroles lors de rencontre des "pays frères". Si la charia rampante ou évidente est de peu d'effet sur les usines, il n'en va pas de même pour le secteur tertiaire tourné vers l'étranger, et le tourisme d'abord qui fait 15% du PIB avec de l'argent frais. Même si le développment du pays n'est pas cantoné au tourisme - c'est tout de même un pays touristique de rêve - la Tunisie d'Ennadah ne pourra faire l'économie de cette "exportation statique" à des motifs idéologiques. Le gouvernement tiendra-t-il sa base partisane ? Parviendra-t-il à briser les groupes salafistes qui lui font une contre-publicité à l'extérieur ? Va-t-il à son tour encager ses opposants ? Rien n'est moins sûr.

Le dernier scrupule dans la chaussure est la question des femmes. Les femmes tunisiennes sont réputées pour leur entregent et leurs capacités à tous niveaux. D'ailleurs Ben Ali n'était-il pas gouverné par sa coiffeuse de femme ? La prévention pavlovienne du parti islamique à leur endroit pourrait bien priver le pays de compétences appliquées au bénéfice de compétences purement cérébrales dont il n'a jamais eu moins besoin.
Au vu des insuffisances qui se dessinent et mettent en péril autant la "réislamisation" que la rénovation économique, le paradoxe serait un monitoring de l'ambassade de Turquie à Tunis sur certains ministères, renouant par là avec la vieille Régence.


L'économique d'abord, la politique suivra !





samedi 16 juin 2012

Le Prince Naïf est mort


De son vrai nom, Naïf ben Abdoul Aziz el-Séoud, le défunt prince était jusqu'à hier vice premier-ministre du royaume chargé de la police et successeur désigné du roi Abdullah. Il avait un frère et un fils dans le job, l'un à la défense, l'autre au contre-terrorisme. Il est décédé (de leucémie aiguë foudroyante ?) dans un hôpital genevois à 78 ans, sa biographie est dans la wikipédia anglaise, je vous l'épargne. Son cas est intéressant.

S'il avait accédé au trône des Séoud, nous aurions eu le prototype du roi wahhabite, dur à faire pâlir les émirs salafistes, disposant de moyens illimités pour la propagation de la foi et bénéficiant du soutien indéfectible du Département d'Etat américain. La totale pour la marche à l'Europe, mais la solution aussi pour régler les métastases AQMI ! C'est assez simple, mais un peu long, je m'en excuse.

Tout a commencé le Onze-Septembre. Les avions qui tapent dans les tours ont été détournés par des Séoudiens et les liens tissés entre les chefs de tribus, au premier rang desquels la famille royale, et les intégristes musulmans partout dans le monde sont tellement connus que la cour de Riyad réfute aussitôt l'amalgame immédiat des services occidentaux. C'est Naïf, trois mois plus tard, qui consentira à déclarer que 15 des 19 terroristes sont bien de chez eux, les preuves accumulées étant flagrantes ; mais après s'être répandu quand même dans la presse arabe du Golfe pour désigner du doigt celui du Mossad, ce qui fera le miel du négationiste français Meyssan. Sa position est vite intenable puisqu'il est en charge de l'enquête, et n'a rien vu ; aussi prend-il le train en marche de la répression réclamée par les Etats-Unis (sans qui le royaume n'est rien, on ne le répète jamais assez) dès que al-Qaïda fait le faux pas d'attaquer au coeur du royaume en 2003, visant des cantonnements américains puis des bâtiments administratifs, ensuite le consulat américain de Djeddah et les infrastructures de soutien au complexe pétrolier d'Abqaïq ; Oussama Ben Laden, énivré de ses premiers "succès", crie partout qu'il va renverser la famille royale impie. C'est l'époque où il s'échauffe à parler du nouveau Califat.

Naïf y voit ni un combat politique malgré les résonances dans la mouvance wahhabite, ni une lutte contre la subversion, mais une corrida qui ne sera dénouée que par la mort de la Bête. Il n'y va pas de main morte et fait tuer presque tout ce qu'on attrape. Les résidus des colonnes alqaïdistes s'enfuient en 2007 au Yémen où le président Saleh les tolèrera comme atout de négociation ultérieure. Depuis qu'il a rendu son paquetage, le trident USA-Arabie-Yémen peut maintenant les finir.
En 2009, al-Qaïda visera son fils Muhammad (le contre-terroriste) dans un attentat à la bombe kamikaze, mais il passera au travers. La roue de la répression n'en prit que plus de tours. Mais Naïf ne s'est pas contenté de raffles et d'exécutions.

Sentant bien que les rangs alqaïdistes avaient été garnis d'intégristes chauffés à blanc par les imams wahhabites qui dénoncaient à longueur de prière les dérives sociétales d'un royaume en proie au démon de l'occidentalisation, Naïf avait décrété la purification morale du pays. N'avait-il pas dit au clergé local peu après sa nomination de "Crown Prince" l'an dernier que l'Arabie séoudite n'oscillerait ni ne transigerait jamais sur son adhésion à la doctrine wahhabite puritaine, et que son idéologie était la source même de fierté, de succès et de progrès du royaume séoudite. Ce n'était pas que des mots confortant sa position :
Il avait mis au point avec le clergé un programme de "sécurité intellectuelle" avec des stages de redressement des jeunes détenus politiques à qui on enseigne la loi islamique orthodoxe pour les arracher à d'inutile djihad. Le programme est suivi de près par les responsables de Guantanamo. Dans cette veine, il avait aussi élargi le champ d'intervention des Moutaween, la police islamique qui entre partout, se saisit des biens et des gens comme une Gestapo ordinaire.
Les princes libéraux voyaient dans son avènement celle du Grand Inquisiteur couvert du sang des décapitations, ce qui fait tache dans les boutiques de luxe du faubourg Saint-Honoré. C'est un grand soulagement pour eux consenti par Allah qui se prive du bras ferme de Naïf pour étendre son règne. Allah Akbar !

L'autre axe d'effort du Prince Naïf trouve également son origine dans le wahhabisme local : c'est la "réduction" des Chiites. Et ça tombe bien que la maison-mère soit en délicatesse avec les Etats-Unis. Sa lecture des affaires du monde, arabe spécialement, voyait partout la main discrète de Téhéran. Ce qui poussa le roi à intervenir massivement à Bahreïn pour réprimer le soulèvement populaire de Manama majoritairement chiite. Son intuition quant à l'implication des shias dans l'assassinat de Rafiq Hariri en 2005 s'est vérifiée depuis que le TSL en charge de l'affaire a convoqué à la barre le Hezbollah libanais et ses protagonistes désignés nommément. Ceci a également joué dans la décision de contrer tout de suite Bachar el-Assad et sa clique alaouite par le truchement de la Ligue arabe. Mais armait-il les Salafistes pour coombattre al-Qaïda reste tout de même la bonne question. Il n'est que de voir le déroulement de la révolution libyenne et le foutoir inextricable de la résistance syrienne pour avoir un doute.

Partisan du conflit ouvert, il disparait trop tôt pour libérer les Syriens qu'il entendait encager ensuite dans une belle république wahhabite gestapisée comme il les aime. Mais il sera regretté aux Etats-Unis parce qu'il avait tendance à aller au bout de ses projets, ce que nos démocraties ne peuvent toujours réussir. Faire faire ce qu'on ne peut faire, vieil adage du Foreign Office.
Sa disparition libère un peu d'espace à la tolérance, au dialogue inter-confessionnel et à l'instruction publique fondée sur l'apprentissage de connaissances utiles au pays. Mais jusques à quand ? Le jeu d'influences dans la maison des Séoud désignerait son frère Salman à sa place d'Héritier présomptif. Salman ben Abdul Aziz el-Séoud, ministre de la Défense, a une réputation de diplomate et d'arbitre conciliant ayant beaucoup de relations dans le monde... il a 76 ans et pas un tempérament de conquérant. En deux mots, il n'a pas le profil qui convient au tuteur.







PS : au même moment disparaît chez nous le sympathique Thierry Roland. Quelle collision au paradis entre un bavard impénitent au rire d'hyène en rut et le Torqemada pur jus ravi trop tôt à l'estime des siens.

jeudi 29 mars 2012

L'Empathie des religions du Livre

Ce billet est soumis à une convention divine qui l'exclut de l'espace-temps. Tout y est actuel quelle qu'en soit la date puisque les "vérités "sont éternelles.

L'écume du communautarisme turbide retombe et le piéton de se sentir un peu comme le dernier des Mohicans car il ne sent pas sous ses pieds sa propre commmunauté. Les appels à la cohésion sociale sont des prouts médiatiques, il n'y a pas, et de longtemps dans notre beau pays, de cohésion sociale mais de multiples fractures. Et la fracture religieuse n'est pas la moindre. L'immigration effrenée de populations expulsées de chez elles par la crasse islamique a importé chez nous (ça veut dire quoi maintenant "chez nous" ?) la guerre fratricide des deux fils d'Abraham. Leurs descendants nourrissent leur querelle d'un contentieux millénaire sur des disputes de nomades dont le débat ne nous a jamais tenté. Leurs histoires sont emplies de tumultes au désert, de décapitations, égorgements, sacrifices rituels, massacres de masse, martyrs de toutes façons et les plus horribles d'abord, pour dévier d'un côté sur les ambigüités du message évangélique primant les pauvres et les malades sur toute régime de civilisation dans l'ordre ; le sentiment prime la raison ; et finir de l'autre côté en assujétissant les consciences à des rites minutieux et des imprécations mortifères visant à l'éradication d'autrui, du moins sa mise en servitude. Quels programmes !

La greffe
Fille des civilisations grecque et latine, la France a été déviée de ses axes par la dictature des codes sémitiques importés par l'Eglise catholique. Chez les peuples de la forêt, des rus à milliers et rivières languides, des fontaines-oratoires et des champs blonds ou verts, jouissant d'un climat tempéré par un soleil doux, ami des bêtes et des gens, chez les peuples des montagnes et des vastes plaines qui labouraient l'épée à la ceinture et se nourrissaient sans tabou du fruit de leur travail, on a transplanté dans leur imaginaire l'aridité du désert stérile et brûlant, la mythologie d'un peuple barbare "élu", inconnu, content du joug de préceptes obscurs, incapable d'exprimer une civilisation autrement que par l'écriture. A quoi s'ajoutèrent le récit de mœurs bédouines en forme de paraboles, et pour emblème spirituel, un cadavre accroché au bois de supplice dont on raconte chaque année la terrible Passion. De Son destin cruel, voulu par les hommes de ce temps, là-bas, nous devons nous repentir, ici ! Nous naissons coupables et resterons pécheurs toute notre vie, sans quoi nous n'obtiendrons aucune commisération du Ciel ! Le convoi de bateleurs, de prophètes, de nécromants, d'agités et d'agitateurs sans patrie (C. Maurras, Anthinéa) est sinistre, mais le voyons-nous tel qu'il est ? Il accompagne la fureur des conquêtes inexpiées des deux autres livres, ancien testament et coran, conquêtes que les temps modernes associeraient à des génocides. Un regard étranger à notre hémisphère est frappé de sidération quand il accède à nos fondamentaux exotiques. Pour un bouddhiste, l'affaire commence par la culpabilisation de l'humanité coupable de curiosité, et finit après des torrents de sang - la Bible n'est que meurtres - par le martyre de main d'homme du Dieu révélé aux hommes, dont on mange le corps en souvenir, sous forme d'hostie, pour en prendre de la force, comme les Papous consommaient leurs valeureux vaincus ! L'empreinte mentale est si forte qu'aucun chrétien ne réagit à ce raccourci.

L'hégémonie et ses disputes
Des générations inlassables cherchant à établir leur pouvoir sur les âmes n'eurent de cesse de vouloir anéantir le « miracle esthétique et politique de la thalassocratie grecque » dans son universalité dangereuse ; de détruire la propension humaine à défier son destin tragique par la certitude de pouvoir changer les choses en modelant le monde par ses codes propres ; en étant son propre médiateur entre sa race fille du Ciel et les contradictions vulgaires de la Terre, une définition de la philosophie. Marquer la "Création" de sa propre métaphysique en construisant l'ordre sur le chaos naturel, c'est de l'autonomie, un blasphème. A défaut de parvenir à extirper complètement les résistances, les dictateurs de conscience récupérèrent la partie utile de la grécité pour la propagande de la "nuit" judéo-chrétienne. Puis vinrent les guerres de religions... on y retourne !

Il n'est pas étonnant, après que leur pouvoir ait été gravement entamé pendant la seconde moitié du XX° siècle en Europe, que les hiérarques du clergé chrétien soient en osmose aujourd'hui avec ceux des deux autres religions cousines, jusqu'à faire consciemment le lit du communautarisme honni pour sauver leur propre communauté.
Les trois religions du Livre veulent imposer leur propre fonds comme socle social, socle sur lequel seront assis leurs particularismes. La vieille religion catholique quand elle put dominer s'est imposée par le fer et le feu chaque fois que sa progression était entravée ou ses acquits menacés. La religion judaïque vaporisée par l'Empire romain a préservé son identité par de nombreux ancrages disséminés partout et elle sut prendre des gages dans certaines professions mieux adaptées au génie de ses ouailles, jusqu'à nos jours en politique, dans les médias et les cercles d'influence ; la dernière venue, ou revenue, le religion musulmane, revendique la liberté d'impacter les us et coutumes de territoires où elle est majoritaire - définition de la démocratie locale directe - en y versant les codes sociaux extraits de son livre de prières ; la plus à la traîne parce que la plus combattue par l'athéisme maçon, la religion catholique, ne s'oppose pas à cette sécularisation active des deux autres, pensant y regagner un jour la sienne propre.

Le communautarisme final et son désordre
Il faut ouvrir les yeux, lire les précautions sémantiques des faiseurs d'opinion, le communautarisme est là, à l'anglaise, définitivement. La République a échoué, le communautarisme va la détruire. Par le jacobinisme, elle a brisé une fédération de terroirs liés par une forte identité nationale dont les croyances importées font partie. Afin d'imposer la dictature égalitaire du gouvernement des atomes-individus, plus faciles à influencer avec une propagande rodée, elle a déclaré la guerre à la religion dominante qui la contrait depuis la Révolution, pour finalement plier le genou devant l'assaut d'autres mœurs exogènes qu'elle n'a pas voulu convertir aux nôtres puisqu'elle les refusait. Vide de sens inné, la République accapare des valeurs naturelles essentielles qu'elle fait siennes, mais qu'elle ne sait pas défendre parce que ses règles sociales tracées sur la comète sont contradictoires comme les ordres criés sur le chantier de la tour de Babel. La République d'aujourd'hui sécrète le désordre.

Elle laisse voir à marée basse le chaos de ses infrastructures morales, culbutées l'une par-dessus l'autre. Et tout au fond du paysage, deux centaines de Mohamed Merah, le pois-chiche ravagé de haine, reçoivent cinq-sur-cinq le prétexte de leur non-intégration pour se déchaîner et faire le dernier film de leur vie. La société exonère d'avance les imams de toute assignation pour manipulation des imbéciles, en inventant un mot qui les décharge de toute responsabilité : l'auto-radicalisation. Il fallait y penser.

Il n'y a pas de solution politicienne,
il faut retourner à Athènes


vendredi 17 février 2012

Qinghaï, le pays où les moines...

... brûlent comme du papier

Quand les opinions européennes sont tétanisées par le spectacle des révolutions arabes mettant à leur porte des régimes théocratiques qui leur promettent la Conquête, l'autodafé des moines bouddhistes des provinces chinoises du piémont himalayen les laissent froides. C'est loin, même de nos jours, et les moines en feu font partie du voyage mental organisé en Asie.
Bravant l'interdit dogmatique, de jeunes moines et d'autres préfèrent donc s'incinérer plutôt que d'accepter les camps de rééducation promis aux déviants. Des 6000 monastères des années cinquante il n'en reste que 580, mais leur destruction méthodique n'avait pas intégré dans le programme administratif que les moines continueraient d'y affluer. Aussi les manifestations populaires dans les provinces extérieures du Tibet historique, Kham et Amdo, sont-elles réprimées à feu ouvert par les préfectures. Les meneurs, "moines-gangsters", sont raflés et traités par l'appareil d'Etat qui, en la matière, est un expert. La perversité de la sanction est son côté positif assumé par le pouvoir : le futur empereur, Xi Jinping, n'a-t-il pas été "reconstruit" en sept ans pendant la révolution culturelle dans les travaux des champs de la commune populaire de Wen'anyi au Shaanxi ? Le fer à repasser idéologique est institutionnel. Le lavage de cerveau c'est pour votre bien, il vaut bien votre vie.

La lutte de la foi et de l'intelligence contre la Connerie en bottes de fer est perdue d'avance pour deux raisons premières :
- l'image formatée d'une civilisation tibétaine barbare est inculquée dès le plus jeune âge dans le cerveau des Hans¹, la race céleste restant contre vents et marées le Sel de la Terre ; quoiqu'il arrive aux minorités instables est de leur faute, indolence, paresse, superstitions ; il suffit de faire ses huit heures avec application pour que tout s'arrange. Aucune image de moine en feu ne peut écorner cette caricature, même si la blogosphère dénonce le veto chinois au Conseil de sécurité de l'ONU dans l'affaire syrienne, ce qui signale une perception décalée des affaires intérieures bientôt.
(1) à un point tel que la chaîne sino-américaine du Falungong, New Tang Dynasty Television, n'en parle pas.

- l'absence de structure offensive de résistance tibétaine permettant de pitonner de l'extérieur des soutiens autres que moraux. A la pression chinoise, il faut une contre-pression du modèle courant et accessible. Le gouvernement théocratique en exil ne fait pas l'unanimité et n'a jusqu'ici provoqué que des demandes étrangères de négociation pacifique entre les parties, ce qui est risible avec un régime communiste.

S'y ajoute bien sûr l'interdit de Mammon, un milliard de boeufs doivent cracher du fric comme on en vit jamais autant sur Terre, ce n'est pas le moment de fermer les portes de l'Eldorado, et M. Xi Jinping qui sera promu secrétaire général du PCC à l'automne prochain, a été reçu à la Maison Blanche pour parler de la sous-évaluation du renminbi, et du veto chinois au Conseil de sécurité qui met en péril la santé du peuple syrien !


L'irrédentisme tibétain dans les provinces chinoises, et non plus seulement sur le toit du monde, s'ajoute à l'effervescence ouïgoure et à l'irrédentisme silencieux de la Grande Mongolie. Menacé sur ses trois marches continentales, l'Empire est déstabilisé par sa décrédibilisation générale dans les affaires du quotidien, comme le souligne avec moults détails l'International Herald Leader (clac). Les gouvernements central et provinciaux poussent au développement le plus possible et partout pour désarmer leurs contempteurs, en créant chez eux des classes moyennes plus attentives à leur patrimoine qu'à leurs convictions religieuses. Malgré cela la concurrence des jeunes hans éduqués reste forte, et dans certaines préfectures du Qinghaï et du Sichuan ils font figures de colons, de pieds-noirs, avec cette propension de la race au clinquant qui excite les aborigènes.

Les études des cercles économiques nourrissant le pouvoir stigmatisent les déséquilibres de tous ordres et les dévastations provoquées par une urbanisation débridée qui ruine l'environnement pour longtemps, la conjonction des deux pouvant déclencher un chaos global hors de maîtrise de l'armée. Les analystes étrangers sont sur la même ligne interrogative et certains, plus indépendants, ont dépassé le stade du "comment" pour celui du "quand". Jusqu'ici la croissance très forte de la Chine pouvait émerveiller le visiteur mais s'analyser dans la foulée comme une fuite en avant. Pour cent raisons dont la première est imagée par la maxime de bourse qui dit que les arbres ne poussent jamais jusqu'au ciel, la croissance va devenir normale, créant des tensions intenables dans la population active, ruinant les banques plombées par des actifs pourris dissimulés, vidant les tours orgueilleuses, faisant exploser les prix des nécessités. Alors se lèveront les nouveaux Boxers.

En attendant que s'écrive l'histoire, silence, on compte ! La chancelière Merkel, venue en visite à Zhongnanhaï au début du mois pour appâter la SAFE¹ aux bons souverains en euros, a soulevé la question tibétaine parmi beaucoup d'autres sujets de préoccupation (sic), mais n'a certainement pas relevé la brutalité du maintien de l'ordre communiste dans les provinces tibétaines de l'intérieur, ce qui serait de l'ingérence. Wen Jiabao a collectionné sa liste de dissidents favoris dans le tonneau où le capucin de l'Arizona jette les "Mars".
Nos gouvernements étant livrés pieds et poings liés au négoce, il n'y a qu'une riposte à apporter au massacre des Tibétains, le boycott des produits chinois. Lisez les étiquettes et jetez ostensiblement.
Ça va le faire, pour une fois qu'il suffit d'y croire.





(1) SAFE : State administration of foreign exchange, Pékin

samedi 28 janvier 2012

Place Tahrir ou des Cocus

 

Que pense le maréchal Tantawi, embaumé vivant derrière son bureau reverni ? Qu'ils pendent le raïs et me foutent la paix ! Il a pris ses assurances auprès des Frères musulmans vainqueurs des élections, à charge pour eux de laisser l'état-major venir à une retraite tranquille, à charge pour lui de leur prêter main forte dans la pacification des naïfs. L'humour cairotte, redoutable de précision et acidité, aura-t-il raison du pacte de non-agression mutuelle ? J'en doute si les salafistes s'en mêlent. Demandons-le à Tariq Ramadan, grand enfumeur de gaouris devant l'Eternel. Il est courageux.

Islam, pluralisme, démocratie dans ses fondements plutôt que dans ses pratiques, deviennent un amalgame possible de la nouvelle alchimie islamique. La non-représentation des niais de la Place est un vrai problème d'autant qu'ils se sont dressés contre sans trop savoir ce pour quoi ils se battaient, plus loin que la liberté individuelle à l'occidentale. Sont-ils adaptables à l'Etat des Frères ? A l'évidence ils n'ont pas combattu la religion et accepteront peut-être les finalités d'une charia dépouillée des règles néandertaliennes. L'Islam littéral du Coran ânonné est très minoritaire et cantonné au monde arabe. Wahhabites et salafistes sont l'exception culturelle fondée sur l'illettrisme et le lavage de cerveaux des madrasas. Le centre de gravité de l'Islam est quelque part entre la Turquie, la Malaisie et l'Indonésie où cohabitent, avec quelques accrochages sanglants parfois, les valeurs occidentales et celles de l'islam réformé.

Sans doute Tariq Ramadan dévoile-t-il sans y toucher la ruse des Frères musulmans, dont son grand-père fut le fondateur, assassiné par la police du roi Farouk. Un Etat, civil d'abord, reconnaissant l'expression de tous et affichant à tous les carrefours de l'opinion la liberté de dire et faire jusqu'à la limite non franchie de ne pas agresser la liberté d'autrui. C'est cette frontière qui va devenir mobile, avec la mise en pression de cette liberté d'opposition aux nouvelles valeurs ; en même temps que seront nommés aux postes-clés de tous niveaux, du quartier aux ministères, des Frères et des idiots utiles. Sera établi plus tard un Etat islamique adapté aux mœurs égyptiennes passablement corrodées par le canal de Suez, quand la société aura été patiemment verrouillée.

Les chancelleries européennes ne croient pas aux assurances des Frères Musulmans la main sur le coeur, même s'ils enfreignent en s'en vantant un principe majeur de la charia: ils vont lancer des emprunts à intérêts sur le marché international des capitaux pour faire vivre le pays. Les Américains du Département d'Etat restent très prudents, se contentant d'émettre des avis sans frais, mais David Pollock, une pointure du Washington Intitute for Near-East Policy (clic), expliquait hier soir le double langage de la confrérie en se fondant sur des exemples concrets, faciles à trouver entre leurs deux sites, anglais et arabe. On peut lire son article ici. Nous ne nous y attardons pas, chacun devine.

crédit Shawn Baldwin, NYTimes
La fin de l'histoire risque de ne pas être celle attendue. Au-delà des questions "fondamentales" sur la préséance des valeurs, va surgir le retour de bâton économique. Si les Frères musulmans ont prospéré indéniablement sur la misère bien réelle des laissés-pour-compte de la société égyptienne en politisant leurs œuvres caritatives, il leur était utile de dénoncer le système, un des plus pourri de la région. Il n'y a aucune raison aujourd'hui de prédire aucune embellie économique pour l'Egypte "crasseuse", d'autant que le tourisme s'est effondré et qu'il n'a jamais nourri tout le monde. Trouveront-ils des fonds islamiques pour donner le change en endettant la nation jusqu'au cou ? Les bailleurs ont eux-aussi leurs limites et leurs sûretés, et il est peu probable qu'ils pontent à fonds perdus. Reviendront un jour place Tahrir les cocus d'hier en bien plus grand nombre et le peuple immense des bidonvilles derrière eux, voulant monnayer leur espérance disparue*.

Liberté, égalité, tolérance ne sont pas inscrits dans la Charia. C'est là que se croisent à quatre-vingt-dix degrés les valeurs de la place Tahrir et celles du nouveau parlement. C'est ce sac de nœuds le bout de l'histoire.


(*) addendum postérieur : c'est exactement ce qu'il s'est passé avec l'appel à Abdel Fattah al-Sissi le 3 juillet 2013.

mardi 13 octobre 2009

Urumqi - Téhéran

manifestants ouigoursPas de repos pour les Ouigours. Le tribunal de Urumqi a condamné à mort six émeutiers arrêtés par la police lors des évènements de juillet dernier au Turkestan chinois, mieux connu sous le nom de Xinkiang. On se souvient qu'en représailles (un peu téléphonées) pour deux victimes ouigours lors d'une rixe intervenue dans une usine du Guangdong au sud du pays, la communauté ouigoure de la province du Nord-ouest avait tout cassé dans les quartiers chinois. Bilan 197 morts (presque tous hans) et 1600 blessés ; 718 émeutiers avaient été capturés par la police. Diaporama des émeutes sur Skynews.

contremanif chinoiseSur les 718 prévenus, 21 ont été convaincus d'homicide, incendie, pillage ou dommages aux biens d'autrui. Les six premiers émeutiers condamnés à mort et un septième condamné à vie sont ouigours. Le tarif pour ces choses est toujours affiché en Chine, nul n'est surpris. Désolé sans doute, on le comprend, mais pas surpris. Les familles des 197 victimes sont également désolées. A savoir quand même : la Justice chinoise tue aujourd'hui plus facilement les prévaricateurs et les violeurs que les manifestants ou les jacqueries, jusqu'à la limite non franchie du meurtre, car la mort se paye en Chine au Talion. Les représentations que fait l'égérie indépendantiste Kadeer dans le monde libre pour condamner ce verdict, au motif qu'il rallumera le ressentiment du peuple ouigour au Xinkiang, sont stupides :

Kadeer la pasionaria ouigoureOu bien, elle est dans une logique d'insurrection et ses encouragements du mois de juillet pourraient le laisser croire, en quel cas elle encaisse six martyrs et continue la lutte en dollars, sachant toutefois que les "pieds noirs" sont ici plus nombreux que les "arabes" ; ou bien, elle est dans une logique de dénonciation du viol des droits, et d'abord doit-elle condamner les 197 meurtres commis par "ses" émeutiers, avant d'en appeler à la clémence du juge d'application des peines, sachant que les pressions d'Amnesty International ou celles des diplomaties occidentales n'auront aucun effet ; sinon celui peut-être de précipiter les exécutions pour tourner la page. « Pendant les tirs, la vente continue ».

bas-relief zaratoustraCe n'est pas exactement la même chose à Téhéran. Les manifestations d'électeurs frustrés des résultats "incroyables" aux élections présidentielles - on n'avait jamais vu de mémoire démocratique, sauf en Corse, des taux de participation supérieur à cent pour cent - furent réprimés très durement par les nervis du régime islamique et après une trentaine de morts, 1400 manifestants furent raflés pour intimider la population. L'intention de "terreur pacificatrice" se termine normalement en apothéose par une pendaison à grand spectacle, à la grue. Ce sacrifice rituel signale la fin de la parenthèse. Là, il n'est pas question de justice.
Les images envoyées de Téhéran montrent des prétoires où les nombreux sièges de spectateurs sont tous occupés par des prévenus. Un par un, sans avocat, ils viennent réciter leurs aveux devant des "juges" patibulaires, comme dans le film éponyme de Costa Gavras, puis reviennent à leur place attendre le bon vouloir d'on ne sait qui. Les jugements sont mis en délibéré. Viennent de sortir deux condamnations à mort par pendaison sous les attendus classiques, "guerre à Dieu", intelligence avec des puissances étrangères, etc., ce que vous pouvez imaginer dans une théocratie précarisée par son incompétence à administrer une nation, et in fine pourrie par sa barbarie quand elle se sent menacée. Elle l'est !

émeutes à TéhéranDans les deux condamnés il y a un militant pour le retour du Shah de Perse.
Mohammad Reza Ali Zamani est membre d'Anjomane Padeshahi Iran, la Kingdom Assembly Of Iran dont le siège est à Londres. API a eu la mauvaise idée de revendiquer sur le site fédératif de Tondar l'attentat meurtrier de Shiraz le jour même où il fut commis le 12 avril 2008. Le texte est violemment anti-islamique et annonce ne pas vouloir faire de quartier. Est-ce une falsification des services iraniens ?

Qu'à cela seul ne tienne, les jugements avaient été annoncés d'avance par l'ayatollah Ahmed Khatami, membre éminent de l'Assemblée des Experts (Conseil suprême) : « ceux qui ont participé aux protestations sont mohareb », un crime islamique qui signifie "faire la guerre à Dieu" ; « les forces d'opposition complotent contre Dieu. En foi de quoi ceux qui seront arrêtés seront punis durement et leurs chefs condamnés à mort comme ennemis de la République islamique » (prêche du vendredi 26 juin 09).

Et pour tout comprendre de la justice iranienne, elle a communiqué que Ali Zamani avait été incarcéré avant l'élection présidentielle du 12 juin, dans le cadre d'une procédure anti-terroriste au Sud, donc avant les manifestations. Avait-il une permission pour manifester ? A n'en pas douter ! La condamnation pour "mohareb" peut indiquer qu'elle est motivée par l'attentat de Shiraz ou par les émeutes. Auquel cas l'amalgame intentionnel auquel se livrent les porte-paroles du pouvoir est de mauvais augure. On commuera les peines capitales des "manifestants" et pas celles des "terroristes". La Kingdom Assembly Of Iran risque bien d'avoir gagné un martyr. Quelle sache au moins le capitaliser.

Si vous voulez manifester votre soutien à Ali Zamani, rejoignez la pétition de
la Conférence Monarchiste Internationale :

» FREE ZAMANI «


Ali zamani
L'exécution est suspendu au verdict d'appel qui interviendra à partir du 4 novembre 2009.




Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez aussi le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

Articles les plus consultés