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jeudi 4 août 2022

La crise de nerf chinoise

Mrs Pelosi
La visite à Taïpei de Nancy Pelosi, speaker de la Chambre des Représentants de Washington (ndlr: Royal-Artillerie s'adresse aussi aux enfants grands), a agi comme révélateur des difficultés intérieures dans lesquelles se débat le pouvoir actuel chinois. Sa réaction carrément hystérique laisse comprendre que l'inconfort enduré n'est pas dans les seules questions stratégiques. Mme Pelosi ne s'est pas privée de le faire remarquer. L'économie est affaissée par l'intrusion de plus en plus profonde des commissaires politiques du parti communiste dans les entreprises, même moyennes, au moment où les enjeux industriels et commerciaux exigent une réactivité qui est maintenant sous contrôle (et pas par la strate la plus intelligente du parti). Ne parlons pas de la caporalisation des universités sous contrôle qui augure mal de l'avenir de la recherche en Chine. L'épargne des ménages, si importante dans la mentalité chinoise de prévoyance, est parfois investie dans des spéculations mal maîtrisées qui ont levé au Henan une forte contestation de petits clients, réprimée avec une violence disproportionnée par les nervis du parti. La promotion immobilière de masse qui a séquestré de gros acomptes de clients sur plan, est partout en péril (une source francophone). On parle en milliards de renminbis. L'emploi industriel stagne partout ou régresse, laissant à découvert une masse d'ouvriers mécontents, pas encore convertis aux coups d'accordéon du capitalisme sauvage, et qui peuvent précipiter en une révolte du type Boxers. Tout celà à trois mois du XXè Congrès du PCC où Xi Jinping doit s'affirmer ou disparaître (une autre source francophone mais payante).

On sait, malgré tous les efforts de la censure d'Etat, que le groupe informel des Shanghaïens est vent debout contre la politique d'arrogance internationale. On sait que le premier ministre Li Keqiang et le personnel politique attaché à lui sont contre le bridage de l'économie domestique au motif de contrôle resserré du développement dans la vieille tradition de dirigisme qui a échoué partout ailleurs. Mais deux points sont (à mon avis) plus dangereux pour l'avenir de Xi Jinping - complètement défoncé au culte de la personnalité - c'est la gestion catastrophique de la pandémie Zéro-Covid et l'échec de la politique étrangère basée sur la revanche des nations opprimées par l'Occident. Aucun pays étranger ne coopère de bon cœur avec la Chine populaire. Les relations sont de pur intérêt et le plus souvent par l'achat des décideurs (la liste est trop longue), ou par contrainte géopolitique.

Par exemple, parmi les pays de l'ASEAN, aucun pays (sauf le Cambodge survendu par Hun Sen) ne collabore volontairement. Même le Laos communiste doit lutter contre la sinisation du fleuve Mékong. La captation de la Mer de Chine méridionale interdit toute fraternité, des pouvoirs sûrement, mais des peuples encore moins. Les Chinois sont apparentés à des pirates. L'intrusion chinoise en Afrique à coup de milliards se heurte aux fondamentaux que nous connaissons bien. Si les intérêts des présidents divergent de ceux de la Chine, comme en Angola, tout le plan de conquête est ruiné en trois coups de queuillère à pot. En fait les établissements chinois en Afrique sont aussi fragiles que pompeux et ils constituent un futur butin pour les classes politiques montantes. Plus grave, pour le ministre des affaires étrangères, est la cagade du Pacifique. Fort d'accords plus ou moins extorqués aux dirigeants des îles Salomon, les loups guerriers de la diplomatie chinoise se sont mis en tête de passer des accords avec tous les autres Etats de l'Océan pacifique, et furent si sûrs d'eux qu'ils montèrent un gros raout aux îles Fidji pour officialiser leur entrée fracassante dans l'arrière-cour des alliés. Pas un Etat n'a signé dès lors qu'il fut clair que la Chine populaire deviendrait le meilleur partenaire dans la sûreté des atterrages et pour le contrôle social des populations. Ça n'a pas tardé puisque aux Salomon le gouvernement vient d'officialiser la censure préalable de la presse publique comme en Chine populaire. L'Australie qui a senti sur la joue le vent du boulet s'est sortie les doigts, comme les autres nations de la région. Une (re)fraternisation des nations éparses de l'Océan pacifique est en cours après qu'elles ont mesuré l'enjeu stratégique de l'espace maritime qu'elles représentent ensemble pour des méga-puissances de la taille de la Chine.

Reste les routes de la Soie. Le projet va de pair avec le China Dream qui n'est rien moins que le retour de la souveraineté chinoise sur toutes les marches de l'empire du Milieu. Aparté: le Turkestan oriental appelé Xinkiang n'en faisait pas partie, mais on se rattrappe avec les îles de la Mer de Chine et le Tibet en oubliant l'Amour (on l'a déjà dit). Le plus gros effort du projet One Belt One Road était de parvenir à livrer l'Union européenne en traversant toute l'Asie centrale en train. Des infrastructures considérables ont été financées dans ce but ainsi qu'un parc de matériel roulant impressionnant. L'inversion de flux provoquée par la guerre d'Ukraine contre laquelle Pékin n'a rien dit, s'ils ne l'ont pas involontairement encouragée en s'affichant solidaires de Poutine à la fin des Jeux d'hiver, entame gravement la rentabilité du projet. Pareil pour le passage du nord-est qui devait acheminer des vraquiers chinois et internationaux vers les ports européens de l'arc atlantique : la situation potentiellement conflictuelle de l'océan arctique rehausse les primes d'assurance à un niveau rendant l'alternative peu intéressante. Nul doute que des opposants à l'autocrate à demi-fou - qui a fait inscrire sa pensée dans la Constitution - susciteront des doutes quant à ses compétences au prochain congrès. On sait qu'en fils de prince, il n'a pas fait d'études.

Revenons sur l'affaire de Taïwan. Nous en avons parlé beaucoup ces dernières années (voir le libellé "taiwan"). Si la coterie de Tonton Xi en avait dans le pantalon, elle n'organiserait pas une parade navale tous canons dehors autour de l'île rebelle mais plus simplement, elle capturerait les îles nationalistes à portée de fusil de ses côtes. Il faut quand même qu'il y ait un sérieux doute de succès pour se priver d'une victoire aussi emblématique. Quelles sont-elles ces incongruités stratégiques ?

Quemoy (Kinmen), l'archipel de Matsu et Wuchiu Yu entre les deux, sont des possessions taiwanaises à quelques encâblures de la côte chinoise, qui datent de la fin de la guerre civile. Le problème est peut-être que l'écrasement ou l'incinération des habitants (car on ne voit pas l'Armée populaire de libération se lancer dans un combat au corps à corps) soulèverait un profond ressentiment contre Pékin chez les populations de la province maritime du Foukien qui sont les mêmes que les insulaires. Une carte vaut mieux qu'un long discours et les articles de la Wikipedia sont très bien faits. Relire pourquoi pas Le scandale de Quemoy. Pas besoin d'épiloguer, ça saute aux yeux !

Détroit de Taïwan
Tout ce que vous vouliez savoir sur Quemoy sans jamais oser le demander c'est par ici ; sur les Matsu c'est par là, et pour les Wuchiu ici aussi.

Au final, Xi Jinping n'a pas grand chose de décisif à apporter au XXè Congrès du parti, sauf l'emprisonnement d'opposants au motif de prévarication, des armées augmentées et rénovées, des promesses de grandeur et un futur qui chante. Cela risque de ne pas suffire après dix ans de pouvoir impartagé et la ruine du plan "un pays, deux systèmes" par la répression de Hong Kong. D'où l'agitation désordonnée pour faire croire à une menace extérieure prégnante justifiant sa politique tous azimuts de desserrement des fers de l'oppression occidentale à laquelle il veut croire. Wang Yi, ministre des affaires étrangères, vient d'annuler sa rencontre avec son homologue japonais au prétexte d'un communiqué désobligeant du G7. La diplomatie chinoise patauge et s'énerve. L'hystérisation n'est peut-être qu'à ses débuts.

mardi 2 août 2022

Les Ninja de Langley

Ayman Mohammed al-Zawahiri est mort de neurasthénie sur son balcon de Kaboul où il prenait le frais en attendant le châtiment divin. Car on ne peut raisonnablement croire que le "penseur" d'al-Qaïda, celui qui a monté tous les gros coups, à commencer par l'attaque des tours jumelles de New-York et du Pentagone de Washington, n'ait pas anticipé pendant une seconde de temps le repérage satellitaire américain de la CIA qu'il avait aux trousses depuis 2002.

drone Reaper

Les circonstances de la liquidation du chef suprême dans sa villa sécurisée d'Abbottabad en 2011 ne laissaient aucun doute sur les capacités de l'agence à acquérir ses cibles. L'homme le plus prudent et le plus informé de la sphère terroriste ne pouvait l'ignorer. C'est ainsi qu'il avait pris l'habitude de sortir fumer une clope (ndlr) sur le balcon quand la brise de l'aurore descendait sur la ville à ses pieds. Qui attendait-il à 6h15 du matin ?

On saluera le luxe de précautions limitant les dommages collatéraux à rien ou epsilon, en remplaçant le combo "lumière et chaleur" par deux Flying Ginsu amenés à portée par un drone Reaper, les lames hachant menu tout ce qu'elles rencontrent en bas. Les fondamentalistes afghans ont trahi leur promesse de lutter contre le terrorisme international, promesse signée le 29 février 2020 à Doha (Qatar), en hébergeant à Kaboul dans une "villa sûre" le leader le plus corrosif du même terrorisme international. Nul doute que leurs réclamations sur tel ou tel point des accords de paix ne soient jamais prises en considération par les Etats-Unis ni par leurs alliés dans la cagade afghane. Quoique, à voir tout ce que perd la société afghane depuis la Libération, nous pouvons croire que nous avions quand même apporté quelque chose à ces peuples. S'il y eut de nombreux conflits entre tradition et développement - BREAKING : je m'interromps cinq minutes pour regarder sur CTi Taïwan le C-40C de Nancy Pelosi (82 ans) atterrir à Taïpei (02.08.2022-22:45 heure locale) ; un doigt d'honneur dans le cul de Xi Jinping - Oui... les avancées sociales en Afghanistan ?

Elles concernent surtout le développement de base par la réhabilitation des services publics avec les infrastructures idoines (écoles, postes, gares, banques, aéroports, rails, routes), l'électrification et le déploiement d'une administration sur le territoire au plus loin possible en profondeur (c'est elle qui pliera en premier sous la poussée des talibans). Mais c'est la libération du sexe jadis faible qui en sera l'emblème dans tous les pays du monde, même et surtout là où les femmes musulmanes sont opprimées.

Les filles feront des études, qu'elle pourront pousser jusqu'au troisième cycle ; et les garçons aussi, qui rencontreront des professeurs de meilleure valeur. Les femmes iront travailler le matin dans toutes sortes de services et guichets comme chez nous, et même comme pilote d'avion de ligne ou de liaison (Top Gun). Les clubs de sport se multiplieront (boxe féminine aussi) et des emplois en tout genre seront offerts par les administrations renaissantes et l'économie ragaillardie. On comprend la stupeur et la douleur d'une population ramenée brusquement à l'âge du bronze.

Certains petits reporters, comme Geoffroy Antoine chez Bld Voltaire qui passe sur CNews, se vautrent dans l'antiaméricanisme primaire en ne voyant d'autre issue à l'intervention occidentale en Afghanistan que le retour des talibans aux affaires et leur réarmement. Mais ce sont avant tous, les politiciens afghans désignés par la Loya Jirga et la hiérarchie militaire afghane qui ont trahi leurs peuples en détournant les moyens de défense du pays à leur profit, moyens considérables mis à disposition de l'ANA par les Occidentaux. Oui, cela nous a coûté très cher, mais il est minable de soutenir que c'était en pure perte. La mission civilisatrice était largement acceptée dans les couches pacifiques de la population. L'erreur - parce qu'il y a bien une couille dans le potage quelque part - est de n'avoir pas su instrumentaliser la dynastie des Mohammedzaï (Barakzaï), dont le dernier roi, Zaher Shah, était très respecté ; auquel on substitua le gauleiter Hamid Karzaï, un Popalzaï de la tribu pachtoune d’Ahmed Shah Dourrani (1722-1772), fondateur de l’Afghanistan. S'il avait des références, il n'avait pas l'aura qui en impose jusqu'au fond des montagnes.

Faute de vouloir en dire plus, le nez dans son parjure, le pouvoir à Kaboul dénonce l'intrusion d'un drone et in petto la pratique de l'assassinat ciblé qui menace ses chefs. Certains qui se croient plus forts que nous peuvent maintenant mesurer la valeur de la signature afghane à l'aune de la preuve, et accessoirement la furtivité de la menace qui "plane". Les Chinois s'inquiètent déjà de la merde islamiste qui risquent de remonter le corridor du Wahkan s'ils y passent une route de la soie comme c'était prévu au moment des effusions sino-afghane, quand Pékin prit le départ cahotique américain pour une victoire chinoise. Ils vont déchanter et réduire les transferts. A quoi sert-il d'acheter à prix d'or des gens sans aveu ?

Ce soir, champagne pour fêter la dispersion d'al-Zawahiri le funeste, mais surtout pour féliciter Mme Pelosi de n'avoir pas écouté les sirènes du sans-couillisme et les menaces en papier mâché de Pékin. On lui savait de la pugnacité. Ceux qui l'ont connue ou ceux qui la suivent savent qu'elle n'a pas un tempérament à avoir peur du bruit.

l'avion de Pelosi se pose à Taïpei

mardi 8 mars 2022

Quatre remarques et un enterrement

char russe près de Lugansk

L'armée blindée russe se signale par un grand Z blanc peint sur le flanc des chars et des transports de troupe. La signification est vaseuse : est-ce le Z de la direction de l'ouest, le Z nazi de la cible Zelenskiy, l'initiale du prénom de la maîtresse du major général Guerrasimov, le héros de Crimée commandant la 41è Armée, Zhannochka peut-être, hélas pour elle déja veuve de la main gauche, tué sous les murs de Karkhov hier, après que son adjoint Sukhovetsky y ait péri au début du mois ? Le mystère reste entier, mais s'il en est un qui rit jaune, c'est bien Zorro Zemmour, zélateur de Musculator, qui a ravalé sa salive au faux-pas du "oui mais" dont est coutumière l'extrême-droite française. Chacun sait bien que les condamnations de ce bord sont de pure forme en période électorale, parce que 99% de la population française compatit aux malheurs de l'Ukraine, et qu'en régime de suffrage universel direct, chaque voix compte. Mais à connaître ce milieu, on devine sous le bruit de la compassion forcée, la porteuse de la petite musique soutenant Poutine malgré tout. La destruction de Grozny, la destruction d'Alep n'ont jamais soulevé d'inquiétudes dans ce camp habitué à éponger l'ardoise. Les barils de poudre largués par les hélicoptères de Bachar el-Assad dévastaient immeubles et civils de tous âges que des parlementaires français prenaient l'anisette en terrasse à Damas en se laissant filmer par la propagande du régime.

S'il en était besoin, avec les têtes de pioche il est toujours besoin, le mouvement vers l'Ouest des trois républiques évadées de l'Union soviétique que sont la Géorgie, la Moldavie et l'Ukraine, indique à l'opinion compréhensive qu'elles y cherchent refuge contre l'Hégémon dément du Kremlin ; et que ce n'est pas l'Ouest qui avance vers l'est mais l'inverse. Que la Finlande et la Suède ouvre des discussions avec l'OTAN pour entrer dans le commandement intégré ne doit pas les émouvoir non plus. Ce sont bien sûr pour eux les abrutis du Pentagone qui avancent, et quand passe l'escadrille de la chasse russe sur l'île de Gotland c'est parce que son GPS a été brouillé par les méchants Finlandais. Il sera intéressant de savoir combien prendra de temps l'acceptation par l'extrême-droite que la translation géostratégique est à l'inverse de ce qu'elle dénonçait jusqu'ici ! Mais le programme électoral est imprimé et ça coûte cher. On y trouve donc encore le projet de retrait du commandement intégré atlantique alors que grossissent les prémices d'une guerre mondiale par dépit (Philippe de Lara s'en inquiète), et que nous ne sommes pas plus capables de nous défendre seuls que nous ne l'étions en septembre 39 ; peut-être moins encore, vu les dotations matérielles de type démonstrateurs dont nous disposons aujourd'hui. Réarmons, putain, réarmons tout de suite !

Dans cette guerre déclarée, une chose ne laisse de m'étonner : la capture des avoirs extérieurs de la Banque centrale de Russie. J'en sais la raison, j'en sais les effets, mais on ne bloque pas un trillion de dollars impunément. Le précédent de l'Afghanistan taliban n'en est pas un, les réserves confisquées sont d'origine budgétaire américaine. Bruno Le Maire a parlé de guerre économique "totale". Le séquestre des liquidités russes et l'arrêt à venir le 12 mars des échanges instantannés par le réseau Swift sont des sanctions nucléaires contre une économie somme toute peu résiliente et portée seulement par ses échanges extérieurs. Contrairement aux négateurs de toute efficacité des sanctions (Iran, Syrie, Russie), je pense que l'effondrement de la bourse de Moscou et du rouble appauvrissant la classe moyenne basse à très court terme ne pourra pas être tempéré par la propagande lourde d'un pouvoir acculé devenant dangereux pour tous. Le Russe informé du caractère tchétchénien des opérations n'en voudra rien croire. Pour l'instant ! Mais en 2022 l'information finit toujours par percer le mur de la censure, d'autant que le pouvoir n'a pas coupé les télécommunications avec le reste du monde et qu'arrivent des descriptions et des images qui contredisent l'opération spéciale de dénazification sous les fleurs et les vivats de la foule libérée. Acculé, Poutine va-t-il péter les plombs et tirer ?

Le quatrième point est la fable chinoise du poulet et du singe : on tue le poulet au sol pour effrayer le singe dans l'arbre. A ce qui suinte des allées du pouvoir chinois (voir les sites choisis par RA), les stratèges si sûrs d'eux jusqu'ici sont carrément sur le cul à observer la vitesse incroyable et la masse destructrice des sanctions décidées par le G7 et l'UE. Ils en mesurent toutes les conséquences et les appliquent au pantographe sur l'économie chinoise en cas d'une invasion de Taïwan. Même s'il est un peu tôt pour l'affirmer, je crois pouvoir écrire dans un mois que Poutine a sauvé Taïwan. Outre la possibilité que l'île rebelle entrerait dans une résistance inexpugnable (la géographie montagneuse de Taïwan s'y prête cent fois mieux que les plaines d'Ukraine) obligeant les troupes chinoises à excéder le temps imparti par l'état-major avant réaction musclée des Américains et des Japonais, les sanctions économiques et financières déstabiliseraient durablement la société industrielle et manufacturière chinoise, dont le premier marché est l'Amérique du Nord, jetant à la rue des cohortes immenses de chômeurs vindicatifs. Dans le passé, le pouvoir chinois a toujous reculé devant une répression sanglante car le peuple Han est éduqué depuis le berceau aux vertus de la révolution marxiste léniniste. S'attaquant au peuple des gueux laborieux et fiers, il passerait sous le drapeau fasciste. Merde alors !

L'enterrement est celui de l'amitié russo-ukrainienne. Poutine attaque deux grandes villes emblématiques de l'Ukraine russe, Kharkov et Odessa, qui lui étaient tout dévouées il y a deux mois encore. Les dévastations et le malheur des gens exposé par tous les canaux de communication, comparés à une propagande russe imbécile tenant d'une époque révolue, auront durablement retourné les populations "russes" vivant en Ukraine, d'autant qu'elles n'ont senti jusque là aucun effet de la nazification du pays ; même si le front du Donbass fut chaud tous les jours depuis 2014 ; mais avec l'avion de la Malaysian Airlines en prime, la cause était entendue. Ce qui est plus grave encore est que la prévention naturelle des pays de l'Europe de l'Est contre les Russes comme peuple slave attardé va se diffuser en Europe occidentale, et on peut parier que l'amitié franco-russe en soit atteinte assez largement tant que Poutine vivra malgré les efforts d'apaisement des zélateurs intéressés ou pas dans leur fortune. Que meure Poutine est la seule véritable porte de sortie de cette guerre protéiforme contre nous. Cela fera un bel enterrement avec les flonflons et les pom-pom girls tout droit venues de la Nouvelle Orléans !

lundi 10 janvier 2022

La faille au fond du Détroit

Petit chapeau

Ce billet a été rédigé le 15 décembre 2021 après qu'ait apparu plusieurs fois ce mois-là dans la presse diplomatique américaine l'expression "One China-One Taiwan" qui confirmait mon intuition d'une dérive diplomatique discrète plus que secrète au Département d'Etat sur la question de Taïwan. Il a été mis sur étagère en attendant le premier incident grave provoqué dans le Détroit par l'Armée populaire de Chine avant le nouvel an lunaire, mais une analyse plus fine annonce une crise économique intérieure insoutenable par le Parti, que provoquerait la réaction chimique d'une invasion éventuelle de Taïwan. La Chine est trop imbriquée aujourd'hui dans l'économie mondiale pour que la société civile accepte d'être ruinée par les caprices idéologiques d'autocrates indéboulonnables... jusqu'à preuve du contraire. Prudence est mère de sûreté, même chez les fiers-à-bras communistes. On ira de la gueule, mais sans plus, telle est du moins le pronostic de Royal-Artillerie, en attendant le démenti dans le sang et les larmes... des autres ! Le nouvel an chinois, c'est dans vingt jours. On entrera dans l'année du tigre, en plus !

aigle vs. panda

L'accord explicite de convergence sino-américaine sur l'unité de la nation chinoise résulte de plusieurs actes, après la reconnaissance diplomatique de Richard Nixon et Henry Kissinger emboîtant le pas à Charles de Gaulle :
  • Les Trois communiqués dont le premier (I) fut rédigé à Shanghaï par Richard Nixon et le Premier ministre Zhou Enlaï en 1972, stipule les positions respectives sur tous les voisins du périmètre chinois, Taïwan étant réputée incluse dans le périmètre.
    Vous pouvez le lire en cliquant ici.

    Le deuxième communiqué (II) rédigé en 1978 sépare les relations diplomatiques exclusives entre Washington et Pékin des relations commerciales, culturelles et autres que les Etats-Unis maintiendront avec Taïwan.
    Vous pouvez le lire en cliquant ici.

    Le troisième communiqué (III) de 1982 réitère la volonté de coopération dans tous les domaines, réaffirme les communiqués précédents pour Taïwan et envisage une réduction des ventes d'armes, sous réserve par ailleurs que la République populaire veuille soulager la pression sur le Détroit.
    Vous pouvez le lire en cliquant ici. Ce communiqué est suivi des Six assurances données par les Etats-Unis à Taïwan.

  • Les Six assurances à Taïwan (clic) ont été éditées par le Département d'Etat à l'intention du Congrès des Etats-Unis. Elles sont la feuille de route de toutes les administrations américaines depuis 1982, et ont été formalisées en 2016. On peut les lire ici ou les résumer comme suit :
    Elles réaffirment le Code des relations américano-taiwanaises de 1979 (TRA) (c'est presque un livre), la liberté de vendre des armes américaines à Taïwan et réaffirment la neutralité des Etats-Unis dans les relations diplomatiques sino-chinoises dans lesquelles les Etats-Unis s'interdisent d'entrer. Ce dispositif a été reconfirmé solennellement aux Etats-Unis le 4 décembre 2020.

  • Le TRA (Taiwan Relations Act), précité, est une loi du Congrès qui dispose de tous les élements de coopération avec Taïwan dans les moindres détails. Voilà, vous avez la base documentaire.

En 1998, furent ajoutés à la série les "trois non" de Bill Clinton que l'on avait connu mieux aspiré : non à l'indépendance, non à deux Chines, non à "One China-One Taiwan", en plus de la non-participation aux institutions internationales. Mais si les caciques du PCC purent frétiller d'aise, la proclamation fut un coup d'épée dans l'eau.

Depuis l'arrivée de Donald Trump aux affaires, les relations sino-américaines se sont raffraîchies sur fond de duplicité de la partie chinoise dans les domaines technologiques (espionnage caractérisé) et commerciaux (dumping généralisé). Les services américains se sont rendus compte qu'ils n'avaient plus en face d'eux la même Chine que celle avec laquelle leurs prédecesseurs avaient passés ces accords de coopération établissant un modus vivendi dont on prévoyait une amélioration à mesure que monterait le niveau de développement du géant réveillé. Le problème est que les trois acteurs parties à la dispute ont changé, le plus stable dans ses conviction restant quand même le parrain américain. A noter en passant que le Japon directement impliqué dans les hostilités n'est jamais intervenu.

Que s'est-il passé depuis les accords de 1982 ?

La situation géopolitique des années 80 était simple et très favorable à la paix. Le pouvoir chinois était affairé au décollage d'une Chine ensablée dans le soviétisme obèse des grandes corporations d'Etat. Il avait déroulé le tapis rouge aux investisseurs industriels étrangers pour gagner du temps. Les entrepreneurs taïwanais, parmi bien d'autres, s'engouffrèrent dans les programmes subventionnés ou détaxés jusqu'à constituer au Guandong de véritables villes industrielles taïwanaises. Les grands manufacturiers internationaux actuels chinois comptent nombre d'entreprises taïwanaises.
Sur l'île, c'était le Kuomintang qui tenait la barre dans l'objectif d'une réunification, à l'avantage bien sûr de ses cadres, et qui s'appuyait sur le transfert continu de technologie au continent. Le pouvoir à Pékin y avait répondu par une formule culte : un pays, deux systèmes ! De fait, s'ouvrirent des liaisons maritimes et aériennes au-dessus du détroit et on échangea des délégations et des visas pour que les populations se connaissent. Les Américains étaient enchantés ravis de voir le chemin emprunté par les Chinois des deux rives, qui allègerait bientôt le fardeau de leur présence militaire au Japon.

Puis arrivèrent au pouvoir à Taïpeh les "indigènes" qui n'avaient cure d'un quelconque anschluss à la mode communiste améliorée et revendiquaient une spécificité formosane propre à les distinguer des Foukiénois et des Cantonais de l'autre rive. On avait oublié que la prise de gage de Tchang Kaï-chek en 1949 n'était pas loin de la conquête de l'Algérie par Bugeaud, mais eux, s'en souvenaient ! En l'an 2000, la "démocratie" mettait un coup de pied dans la fourmillère diplomatique dès l'avènement de son premier chef d'Etat élu, Chen Shu-bian ! Bête noire de Pékin par ses déclarations intempestives, il sera succédé en 2008 par le candidat du Kuomitang Ma Ying-jeou et jeté en prison en 2009 pour corruption agravée. Les "affaires" allaient reprendre comme avant, sauf qu'à l'élection de 2016 c'est à nouveau le camp des "indigènes" qui revint au pouvoir en la personne de Mme Tsai Ing-Wen. Elle sait se moquer du pouvoir communiste en soutenant que l'île ne déclarera pas son indépendance puisqu'elle est indépendante de facto !

Mais de l'autre côté de l'eau les choses ont aussi changé. A partir de 2007, le clan Xi prend les rênes du parti au niveau du secrétariat central et fait de la place dans sa hiérarchie pour promouvoir Xi Jinping. Lui, comme d'autres fils de princes communistes, veut sauver le maoïsme du capitalisme débridé qu'ils ne maitrisent plus et s'invente une feuille de route hégémonique (le China Dream) pour revenir en pleine gloire aux frontières du dernier empire. Et de fixer la date de réunification, par la force si besoin, au centenaire de la fondation de la République populaire de Chine en 2049. A partir de là, les discours offensifs du président Xi Jinping et des responsables diplomatiques n'ont jamais cessé, jusqu'à l'outrance, même au ridicule parfois.

Pour les Américains, relativement bien disposés jusqu'à l'avènement de Xi Jinping à la présidence, les paramètres géopolitiques ont sérieusement bougé, la Chine populaire d'aujourd'hui n'étant plus dans l'état d'esprit de la Chine populaire d'hier, fondé sur la conciliation et la coopération économique. C'est l'affrontement qui est partout recherché par les Chinois, jusqu'à faire dire à Jean-Claude Juncker que la Chine était devenue un "rival systémique", au sens où elle travaille inlassablement à imposer son modèle dictatorial partout où c'est possible.

Arrive ensuite en 2017 le vingtième anniversaire tonitruant et militarisé de la rétrocession de Hong Kong, date encadrée de la répression sauvage de deux manifestations de jeunesse ayant convoqué chaque fois plus d'un million de Hongkongais à Victoria Park ! La première fut la révolte des parapluies de 2014, la seconde, celle de la démocratie en 2019. Terminée par la loi de sécurité nationale typiquement vague qui est désormais l'intrument de destruction massive de toute contestation, fut-elle bénigne, cette répression a eu le résultat imprévu qu'aux yeux du monde, le slogan "un pays, deux systèmes" est mort ! Outre le fait que le pouvoir chinois, défié dans sa superbe, s'est assis sur le traité international sino-britannique pour ne pas perdre la face dans l'ancienne colonie anglaise, les Américains - qui ne sont jamais intervenus à Hong Kong par aucun service parallèle - ont pris acte de ce que la partie adverse, avec laquelle ils avaient traité jadis, avait disparu et que tout revenait sur la table avec de nouveaux interlocuteurs, certainement pas de bonne foi. Certes, Anthony Blinken ne le dit pas comme ça, mais les analystes américains à Washington parlent désormais de "One China, One Taiwan" : le concept de la Chine unique a vécu ! Les Taïwanais en ont pris acte depuis longtemps, et se moquent ouvertement des Continentaux qui persistent dans une guerre civile de soixante-dix ans aujourd'hui, qui ne veut plus rien dire pour eux. Entretemps ils ont établi chez eux une démocratie du modèle de Westminster, garantissant l'alternance, et comptent bien la conserver. Et cela rend fous de rage le pouvoir chinois qui redouble sa propagande anti-nationaliste à usage intérieur.

Pour bien enfoncer le clou dans le crâne des loups guerriers qui ont cru en allant au cinéma qu'ils allaient mettre le monde à genou, Joe Biden a invité officiellement Taïwan au Sommet des Démocraties en oubliant évidemment la république tyrannique de Chine. Hurlements ! Production précipitée d'un opuscule montrant au monde effaré la supériorité en tous domaines de la démocratie à la chinoise ! Ils y croient en plus ! Tous en rient !

On assiste donc à une dérive diplomatique lente qui éloigne deux notions concurrentes depuis le début des relations sino-américaines, la reconnaissance d'une souveraineté informelle de la République populaire de Chine sur l'île de Taïwan d'une part, bien qu'elle ne l'ait jamais gouvernée ; et d'autre part, la coopération en tous domaines (sauf diplomatiques) des Etats-Unis et de Taïwan. Alors que l'intention d'origine était de laisser converger les deux postures de part et d'autre du détroit, on observe aujourd'hui leur découplage. Et se réaffirme chaque semaine l'engagement américain à défendre l'île contre toute attaque. Ce que les Continentaux ne peuvent dénoncer puisqu'ils ont accumulés des régiments d'artillerie balistique sur la côte du Foukien, unités de destruction aveugle du pays ciblé et non pas les appuis d'une éventuelle opération amphibie. Quoiqu'ils disent ou crient, ils sont contredits par les faits : l'intention est bien la destruction. Comme au Xinkiang, comme à Hong Kong, comme aux Tibets (int. et ext.), comme en Mongolie intérieure. Admonestations diveses et communiqués vengeurs du ministère chinois des Affaires étrangères sont-ils encore lus dans les chancelleries ?

Quel est le frein à l'attaque chinoise ?

Avant d'y venir, un petit rappel pour les plus distraits. La valeur stratégique de l'île de Taïwan justifie tous les efforts américains de ne pas la voir tomber dans les mains d'un régime désormais hostile, parce que la ligne de défense américaine de l'Océan pacifique nord est celle dite des îles (First Island Chain de Taïwan aux Ryukyu), qui ferment les mers de Chine méridionale et orientale entre Philippines et Japon. Formose est la plus importante en superficie et en géographie défensive, les montagnes y dépassant trois mille mètres. Conquise, l'île serait transformée en un gigantesque Gibraltar inexpugnable et menaçant la Mer des Philippines, le bassin pacifique nord-ouest et l'archipel nippon par le sud-ouest. Taïwan est la porte de l'océan.

Ceci dit, les forts en thème de la polémologie prédisent que l'affaire de Taïwan doit être bouclée en moins de quinze jours par la Chine populaire avant que le monde ne se réveille. Le risque de perdre la bataille en laissant derrière eux une île chinoise en ruines et un peuple chinois anéanti qui passeraient en boucle sur les écrans du monde entier est le premier obstacle à l'accomplissement du "rêve". Le Parti n'y survivrait pas et les dirigeants passeraient en Haute Cour juste avant les poteaux d'abattage. Si les Américains se sont laissés un peu distancer sur la zone d'effort sous les mandats Obama, ils reviennent en force et dynamisent leur allié principal, le Japon qui réarme. Si la traversée du détroit (hors période des typhons) est jouable, avec quelques pertes quand même, l'opération amphibie proprement dire sera plus ardue puisque les plages taïwanaises sont assez bien défendues et que les montagnes juste en arrière et préparées permettent d'engager sans délai la guerre hybride contre la force mécanique d'invasion. A garder à l'esprit, que la masse de manœuvre nécessairement surdimensionnée dans un réflexe impérial de supériorité tactique ne pourra être mobilisée en cachette puisque toute la zone est surveillée par les satellites et les agents au sol, et qu'on connaît en détail toutes les unités pré-positionnées jusqu'au niveau compagnie. Aucune surprise stratégique ne sera possible (voir sur RA la recension de l'analyse de Taner Greer sur la guerre de Taïwan (clic).

Les autorités taïwanaises sont prêtes à minimiser toutes les provocations qui sont quotidiennes et nombreuses pour n'apparaître jamais dans le rôle de l'agresseur, autant que la propagande chinoise s'y emploie. Nul ne connaît les plans américains de défense, ce qui est une bonne chose et vraisemblablement dissuasif vis à vis de Pékin, mais il est presque sûr qu'ils s'accompagneront d'une campagne d'ostracisation du pouvoir chinois et d'un blocage des échanges commerciaux et financiers capable de mettre à mal les usines et la classe ouvrière si l'agitation chauviniste préalable n'a pas lavé le cerveau des masses.

L'autre paramètre est l'âge des protagonistes. A 79 ans, après avoir longtemps attendu sa consécration, Joe Biden n'entend pas entrer dans l'histoire comme le président qui a laissé envahir Taïwan par les communistes, d'autant qu'il est chahuté sur le front intérieur par les radicaux démocrates et les républicains trumpiens. Il lui reste deux voire six ans à tenir ferme. On peut être sûr qu'il y pense chaque matin, surtout depuis le retrait de Kaboul. Son grand adversaire en a 68 et, si le Ciel lui est clément, il en aura 95 pour fêter le centenaire de la RPC. Il a donc le temps pour lui, mais chaque année qui passe instille en lui le doute de ne pas être celui par qui l'empire des Grands Tsings a été reconstitué. Des deux, il est paradoxalement le plus pressé tout en pâtissant de la ferveur courtisane qui entoure les autocrates, leur faisant faire des bêtises.
L'expansion chinoise soutenue par les routes de la soie est adossée à un immense pays fragile et dont l'extraordinaire démographie est très difficile à gouverner. On sait les défis intérieurs monstrueux qu'elle affronte, le dernier étant la banqueroute annoncée de la promotion immobilière qui fait 30% du Pib chinois. Mais sa faiblesse est dans la dépendance au commerce extérieur qui fait tourner ses usines et distribue les salaires sans lesquels la classe ouvrière narguée par les nouveaux riches - souvent cadres territoriaux du parti - et frustrée d'espérances se révoltera. L'autre main dans le piège est l'investissement chinois dans les banques de développement qui forment la toile d'araignée des interdépendances financières et nourrissent le Parti. La masse de manœuvre est pour longtemps dans les mains du monde capitaliste même si le yuan chinois n'est toujours pas librement convertible. Mais il n'y a pas que l'argent et la fermentation sociale. Plus largement, on commence à voir mûrir un sentiment de rejet chez des populations où les compagnies chinoises ont exagéré leur arrogance naturelle de la-race-supérieure-quoiqu'on-en-dise, et ce sentiment pourrait muter en haine pavlovienne mettant en danger cette expansion dite "win-win", quelles que soient les garanties attachées aux investissements chinois qui se trouveraient carrément "nationalisés" ou détruits par les peuples des pays-hôtes surendettés. Qui se souvient du grand pogrom d'Indonésie contre les "communistes chinois" en 1965 ?

L'histoire notera, en marge des grands évènements du XXIè siècle, un glissement sémantique chez les communautés chinoises d'outremer qui jusque dans les années 90 revendiquaient leur appartenance à la souche immémoriale la plus ancienne au monde. Ces communautés se déclaraient "chinoises" spontanément. Elles se disent aujourd'hui hongkongaises, taïwanaises, singapouriennes tout aussi spontanément. Dans d'autres pays comme la Thaïlande, la Malaisie et l'Indonésie, elles cherchent à disparaitre dans leurs patronymes et leurs mœurs. Pour les fils du Ciel, le communisme c'est aussi la honte.

Conclusion évidemment provisoire

Le pouvoir chinois a claquemuré avant Noël la cité-capitale de l'Ouest, Xian, treize millions d'habitants, pour tenir sur son axiome zéro-virus. Cette posture n'est pas tenable dans la durée avec une démographie aussi dense que la chinoise, quelles que soient les précautions obligatoires imposées par la police. La crise économique mondiale en dents de scie impacte les débouchés des manufactures qui, sauf contre-ordre ou banqueroute, devront licencier des travailleurs postés moins qualifiés, lesquels grossiront les rangs des désœuvrés - pour certains, sans abri - qui ne laisseront pas passer longtemps les Maserati du gouvernement local. On déjà vu des voitures de police retournées par la foule en province il y a quelques années, en protestation de la corruption des cadres du parti local. Plus grave, le doute court la classe moyenne quant à son avenir : le test est sa réponse aux objurgations du pouvoir à faire plus d'enfants pour sauver la pyramide des âges. La classe moyenne qui a les revenus suffisants pour couvrir la dépense associée aux enfants en Chine, ne bouge pas. A tel point que les couples cadres du Parti ont reçu instruction d'agrandir leur famille jusqu'à trois enfants. la Nomenklatura concernée va obéir pour conserver ses privilèges puisque rien n'est "volontaire" sous ce beau régime, mais la classe moyenne civile en restera à sa prospective pessimiste.
En dehors des grandes manifestations patriotiques spontanées qui concourent entre elles d'une province à l'autre pour montrer au Central combien fort est le soutien au Parti dans les territoires, l'humeur des gens n'est pas à la guerre, surtout pour une île qui finalement n'attend plus rien du continent et - à ce que les derniers voyages organisés par les agences avaient montré aux touristes chinois - vit tranquillement sans revendication aucune !
Certes nul n'est à l'abri d'une pression trop forte du complexe militaro-industriel qui saura "vendre" aux civils une victoire facile sur l'île factieuse avant que les gros cons d'Occident n'aient le temps de réagir, sachant aussi qu'une guerre extérieure gagnée légitimera toujours ce genre de régime totalitaire aux yeux du peuple abruti de propagande. Mais quand même, il reste quelques administrateurs réalistes à Zhongnanhaï pour exprimer leur doute sur une promenade de santé à portée de missiles de la VIIè flotte US, qui obéit elle-aussi aux influences de son propre complexe militaro-industriel.


drapeau de Taiwan

Taïwan est un pays indépendant qui a pour nom République de Chine, un régime créé de l'Empire finissant par le docteur Sun Yat-sen en 1912. Les chancelleries qui ont dû ouvrir ensuite les canaux diplomatiques avec la République populaire de Chine communiste, gardent aujourd'hui un œil bienveillant sur cette vraie démocratie qui ne demande que de vivre libre et en paix avec tous ses voisins.

lundi 6 septembre 2021

Formose, île des thés

maison de thé
Si la cité taïwanaise pulse de mille bruits, saveurs, odeurs, le thé reste un pivot majeur de la sérénité chinoise. La maison de thé est une bulle de quiétude au milieu de l'agitation générale, et si elle n'a plus les charmes vénéneux de celles de l'Empire, il y reste les compositions florales qui nous rappellent que Formose fut longtemps sous contrôle nippon, les meubles de bois sombres imités du Continent, et la batterie de théières de grès attendant la bouilloire. Les maisons de grand débit torréfient elles-mêmes certaines variétés pour mettre leur "empreinte" sur le breuvage, comme le faisait autrefois les brûleries de café françaises qui parfumaient nos rues commerçantes.

Apprécier le thé commence par son service. Par des mouvements mesurés l'hôte d'un instant infuse le thé choisi et réchauffe les tasses des invités avant de les remplir lentement de la liqueur infusée. Puis on vide le reste de la théière afin de mettre au sec les feuilles contenues avant le second service. Le thé brûlant ne se boit pas encore, il s'observe, se mire et se fait tourner pour monter à la paroi de la tasse comme on le ferait d'un cognac. Puis il se déguste.

Le second service consiste à renouveler la charge d'eau en laissant agir l'infusion une minute de plus que la première fois. Après ce second service, la théière sera vidée et les feuilles remises au sec en attendant le troisième service, qui demandera cette fois deux minutes de plus d'infusion. On comprend que la maison de thé n'y gagne pas grand chose, sauf à taxer gravement le client de services périphériques (humour).

L'île de Formose offre une variété insoupçonnée de thés, tant dans les variétés de plants, les terroirs de cultures, les saisons et les procédés de manufacture. Le choix s'apparente à celui des vins de l'hémisphère occidental, y compris dans l'expertise requise pour extraire un large spectre de saveurs et parfums d'une simple feuille de camélia ! La richesse des crus s'accommode ainsi de presque tous les mets servis sur l'île.

Le Oolong de printemps dégage un goût de citron acidulé sous des saveurs forales, tandis que le King Hsuan est doux comme une pêche mûre avec un retour un peu laiteux. Les Oolongs ou thés bleus sont lentement torréfiés pour faire ressortir un soupçon boisé. Certaines qualités plus fermentées se rapprochent des Hong Cha (thé rouges-noirs des Occidentaux) avec un retour un peu mielleux et fruité. Toutes ces saveurs sont dégagées de la seule feuille de thé, sans aucune addition extérieure, c'est du grand art.

Les thés meilleur marché sont un peu âpres et pauvres en saveurs. Il vaut mieux viser les qualités moyennes qui sont plus moelleuses, plus douces et dégagent divers arômes. C'est d'ailleurs la plus grosse production de l'île, qui correspond bien aux recherches des visiteurs, attirés d'abord par la découverte de nuances franches et nouvelles pour leur palais. Il est dommage qu'ils n'étudient pas mieux la richesse offerte par les gammes supérieures, introuvables ailleurs.

Les plus réputés pour les vrais connaisseurs sont les Oolongs de Li Mountain, les plus subtils en saveurs et retours sur le palais. Rien d'extravagant ou de trop prononcé dans une liqueur onctueuse qui dégage une incroyable douceur sucrée au moment d'avaler, couplée à des picotements comme on le ressentirait dans la relaxation qui suit un fort massage.

On trouve également à Formose des thés dits naturels (bio), élevés dans les montagnes brumeuses, garantis sans pesticides et récoltés tout à la main. Le marché de ces thés bruts s'accroît régulièrement.

jardin de thé oolong
Plaisir ancestral simple et sain, le thé est l'énergie spirituelle de la Chine éternelle. Souhaitons-lui de conserver son immense diversité de crus qui foisonnent partout encore, et que la profession soit épargnée du syndrome quick money qui ravage tout. Pour cela il faut que le consommateur monte en gamme et abandonne les thés d'usine britanniques. C'est heureusement la tendance.

(©Le Petit Journal du Thé - Paris 2007)

jeudi 26 août 2021

La pente isolationniste américaine

W.J. Burns
Haut fonctionnaire et diplomate William J. Burns, directeur de la CIA

Lors du G7 virtuel de mardi dernier convoqué par Boris Johnson, le président Joe Biden a campé sur son agenda qui prévoit de sortir d'Afghanistan les dernières troupes américaines au 31 août 2021, soit mardi prochain minuit EST. Il argue d'un accord passé avec le pouvoir taliban de Kaboul pour maintenir un couloir humanitaire sûr vers les deux aéroports jusqu'à cette date, accord sans doute obtenu sur place par William Burns, le Directeur de la CIA (30 ans de diplomatie). Il est moins question dans ses propos actuels du sort des collaborateurs afghans, pour ne pas braquer le pouvoir local qui demande que le pays ne soit pas vidés de ses experts car il en aura besoin pour remonter la pente. Même si la noria occidentale pompe beaucoup d'eau, il n'est pas à exclure que les ressortissants de l'ex-coalition puissent quitter le pays par d'autres voies que Kaboul, par voie terrestre avec une sécurité assurée par les talibans en province et en frontière. Par contre pour les autres, la chose est entendue.
Le Congrès est hostile à cet entêtement sur la date du 31 août mais, apparemment, le président Biden entend rompre avec la tentation du "toujours plus", plus d'hommes, plus de temps, plus d'argent, qui a guidé dans le passé les opérations extérieures vers le fiasco. D'autres moyens sont possibles, même s'il ne semble pas connaître lesquels.

Ce qui est plus net est son refus d'entendre les supplications de ses alliés britanniques, italiens, allemands et français qui sont également empêtrés dans les procédures d'évacuation. Le motif invoqué par les services est que l'Etat islamique en Afghanistan - ennemi juré des talibans - serait en approche des pistes d'envol pour faire un carton spectaculaire avant le départ des Américains. Il est illusoire de pouvoir les détecter et les contenir sans l'appui attentif des talibans du district de Kaboul. Derrière cet écran d'ordinateur, il serait forfanterie d'indiquer un dispositif de sûreté possible. Reste qu'aucun compromis n'a été essayé par la Maison Blanche pour tenir compte des difficultés de ses alliés et que désormais se pose la question de la fiabilité du couplage atlantique.

Marc Fiorentino
Justement, dans sa lettre numérique quotidienne, Marc Fiorentino qu'on ne présente plus, donnait une synthèse très pertinente de ses considérations sur le futur isolé des Etats-Unis revenus d'un siècle de déboires diplomatiques. La voici telle qu'elle fut reçue le 23 août 2021 :

LES ÉTATS-UNIS...
...ne veulent plus être les gendarmes du monde.
Ils ne veulent plus sacrifier une seule vie américaine à des milliers de kilomètres de la mère patrie. Et, ce qui est nouveau, et qui change totalement la donne, ils n'ont plus besoin d'être les gendarmes du monde. Pour une raison simple : ils sont devenus autonomes.

AUTONOMES...
...pour l'énergie.
Ils n'ont donc plus besoin du Moyen-Orient.Autonomes pour l'alimentation. Autonomes pour la tech, à un détail près, on en reparlera. Certes leur balance commerciale est encore largement déficitaire mais pour une masse de produits non stratégiques. Les États-Unis peuvent fonctionner seuls. En toute autonomie. Plus aucune raison d'intervenir au-delà de leurs frontières.

LES ALLIÉS TRADITIONNELS...
...des États-Unis ont du souci à se faire.
Et ils s'en font. Ils doivent tous réévaluer la situation à l'aune de ce nouveau paradigme. L'Arabie Saoudite, les autres pays du Golfe ou encore Israël vont devoir apprendre à se défendre seuls. L'Europe va devoir apprendre à se défendre seule. Et Taïwan a compris cette semaine qu'aucun Américain ne mourra pour empêcher la Chine de l'annexer.

LE CAS DE TAIWAN...
...est intéressant.
Les États-Unis sont dans une course contre la montre. Taïwan a encore un intérêt stratégique: les semi-conducteurs. Les États-Unis espèrent que la Chine ne lancera pas l'inéluctable annexion avant qu'ils ne deviennent autonomes en semi-conducteurs. Mais dès qu'ils le seront, dans quelques années, Taïwan sera livrée à elle-même avant d'être livrée à la Chine.

APRES PLUS D'UN SIECLE D'INTERVENTIONISME...
...pour des raisons purement économiques, et idéologiques, la lutte contre le communisme, une page se tourne.
Les États-Unis reviennent à un isolationnisme qui leur est cher. Et cela change la face du monde. Du monde politique. Et du monde économique.
[fin de la synthèse fiorentina]


Et lui de conclure sur l'Afghanistan :
« Si les Talibans ne font pas l'erreur d'être les complices d'un attentat sur le territoire américain ou sur des personnes de nationalité américaine, ils pourront tranquillement faire régner la terreur chez eux. La realpolitik version 21ème siècle.»

Président Monroe
Le bonheur des peuples est de rester chez eux comme y obligeait la doctrine Monroe (5è président de l'Union) dans un discours resté fameux et prononcé devant le Congrès des Etats-Unis le 2 décembre 1823. Elle est restée la fréquence porteuse de toute la diplomatie étasunienne jusqu'à l'engagement des Sammies dans la Grande Guerre en Europe. Le président Wilson prit fait et cause pour les démocraties et formula sa doctrine à lui dans un discours pas moins fameux délivré devant le Congrès des Etats-Unis le 8 janvier 1918 en prélude au traité de Versailles et à la création de la Société des Nations. Ce sont les Quatorze Points de l'idéal wilsonien. Qui sont refutés aujourd'hui, selon l'axe d'approche de Marc Fiorentino. Ce nouveau défi qui bouleverserait les relations internationales en profondeur s'ajoute au défi climatique qui n'est pas affronté sérieusement par les grandes nations. Si Marc Fiorentino a une perception extra-sensorielle du futur, nul doute qu'au spectacle du chaos afghan, les think tanks américains qui font la diplomatie du pays auront la même, et que l'analyse fouillée d'un futur probable est déjà lancée. Il nous suffit d'attendre pour la lire.

Postscriptum du 27 août 2021:
Dans son allocution d'hier à la Maison Blanche, Joe Biden est apparu comme un homme fatigué, presque un vieillard. Nul doute qu'il cherchera à venger l'insulte de l'Etat islamique au Khorasan, mais il aurait pu marquer le coup plus brutalement, en décidant d'un périmètre de sûreté au delà de l'enceinte aéroportuaire, par exemple. Après avoir vu le porte-parole du Pentagone lire son prompteur pour nous parler des attentats de Kaboul, on a l'impression que la communication politique à usage intérieur a pris le pas sur l'action. Après le bon vieux clown de la téléréalité, le système démocratique américain a sélectionné un sénateur en fin de vie. Le quarante-sixième président des Etats-unis passera-t-il l'hiver ?

mardi 24 août 2021

Trésors de Taïwan

étang de lotus

Le trésor de Taïwan n'est pas le butin caché du Kuomintang qui, dans sa retraite en 1949, aurait emporté avec lui deux cents tonnes d'or du continent selon le tabloïd Global Times. Le trésor de Taïwan, c'est une géographie exceptionnelle et ses peuples certes, mais aussi des villes de légende comme Taïnan !

Au flanc sud-ouest de l'île en Mer de Chine méridionale, sous l'archipel des Pescadores, se trouve l'ancienne capitale de Formose. C'est une métropole très active de la taille de Bordeaux, mais la Garonne s'appelle An-Ping River. Taïnan a la particularité d'abriter trois cents temples et quatre fois plus de chapelles-boutiques dédiées au commerce des grâces divines, dans le droit fil de la relation donnant-donnant entre le mortel que nous sommes et le dieu ou la déesse invoqué. Mais personne ne les a comptés. Y en aurait-il cinquante qu'un guide de voyage s'y serait mis, mais seize cents ! Les guides citent le vieux temple de Confucius ; le temple très couru de Matsu, la déesse de la mer (et des pêcheurs) ; le temple de Wufei qui veille sur les sépultures des concubines et les ennuques du prince Zhu Shugui qui se tuèrent tous pour ne pas passer sous la domination de la dynastie mandchoue. Chacun de ces temples a son histoire et il vous faudra plus d'une journée pour épuiser ce chapitre. Mais Taïnan n'est pas que cela.

rue de Tainan

Le site fut au départ celui d'un comptoir de commerce où les capitaines chinois et japonais venaient trafiquer des peaux et diverses denrées avec les aborigènes établis là depuis trente mille ans au moins. Puis les Hollandais structurèrent l'espace au XVIIè siècle et le mirent en défense pour en faire la capitale de leur colonisation côtière. Ont subsisté de cette époque le Fort Provintia et la forteresse Zeelandia (Anping). Vint ensuite le légendaire Koxinga, capitaine de pirates-marchands chinois, né au Japon, ayant conçu le projet d'arracher la Chine du sud aux griffes des Tsings mandchous pour la remettre aux Mings. Après des succès mitigés au Foukien, il débarque avec vingt-cinq mille hommes à Formose pour prendre l'île à la Compagnie des Indes néerlandaises et en faire sa base arrière. Il y parviendra en 1662 et d'une certaine façon créera une nation taïwanaise. Sa page Wikipedia vaut le détour. L'empire mandchou délaissera Taïnan la rebelle pour Taïpeh en 1886, avant de perdre l'île de Formose au traité sino-nippon de Shimonoseki (1895).

Taïnan a conservé la double influence sino-nippone - les Japonais l'administreront durant cinquante ans (1895-1945) pour la moderniser - et la ville est très caractéristique de cette différence marquée d'avec la Chine populaire actuelle, rutilante et fliquée à mort tout à la fois. Taïnan est plus "accessible" que Taïpeh dont la démesure (presque dix millions d'habitants dans l'agglomération) et la pulsation continue peuvent parfois fatiguer l'Occidental.

Trois trucs à faire parmi cent :

- Les sources chaudes de Guanziling dans la montagne, une vraie thalassothérapie de boue. On termine la cure du jour par la visite rassérénante du temple Huoshan Biyun où brûle une flamme naturelle depuis plus de deux cents ans.

- Les salines de Jing Zai Jiao, à moins que vous n'ayez déjà fait Noirmoutier et Guérande.

- Le lac artificiel de Wushantou où l'on a eu le bon goût d'édifier une statue en hommage à l'hydraulicien japonais maître d'oeuvre de ce grand projet d'irrigation dans les années 20.

Bien sûr, on peut aussi aller se prendre en photo devant le drapeau nationaliste de la République de Chine sur le destroyer DDG-925 TeYang amarré au port de Anping. Et sur la plage, on pratique le surfcasting. Eh oui : si vous êtes entraîné, vous vous ferez une tonne d'amis, la meilleure façon d'apprendre une ville chinoise ! En hiver, il fait 20°C à Tainan.

Anping harbour, Tainan

Postscriptum éphémère :

Jusqu'au 30 août 2021, le service public offre en streaming le voyage-reportage de Jérôme Pitorin à Taïwan. Une heure et demie de découverte d'une île tropicale étonnante qui culmine à quatre mille mètres (3997 exactement), une heure et demie de partage avec ce peuple aimable et affairé qui n'a toujours rien compris au bonheur communiste que voudrait lui imposer le grand frère continental. A tel point que ce sont les souvenirs et les mœurs nippones qui ressurgissent aujourd'hui, comme pour signifier aux voraces que cette île est définitivement partie ailleurs ! Cliquez ici, et vous pouvez aussi enregistrer l'émission.

lundi 12 juillet 2021

Autre richesse de Taïwan

Madame Tsaï Ing-wen, présidente de la République de Chine (Taïwan-ROC), s'est empressée il y a quelques jours de souhaiter bon anniversaire...... au dalaï lama !

Tsai Ingwen et le dalaï lama
Wishing a very happy 86th birthday to His Holiness the @DalaiLama. Thank you for teaching us the importance of coming together to help one another through this pandemic. — 蔡英文 Tsai Ing-wen (@iingwen) July 6, 2021
.
Il va sans dire que l'outrage n'est pas passé inaperçu de la clique communiste à Pékin. Mais que voulez-vous, l'occasion pour elle était trop belle de faire enrager l'empire avant qu'il ne l'attaque ! Les dirigeants du Parti communiste chinois ne peuvent pas comprendre que les Taïwanais puissent refuser le bonheur total qu'il leur apportera, quoiqu'il leur en coûte ! Ça les rend positivement malades, et l'envie est grande de tenter une destruction de l'île rebelle pour calmer l'hubris impérial de Xi Jinping le Bienfaiteur.
Pékin ne voit pas que le concept irréfragable et obligatoire d'une seule Chine a pris du plomb dans l'aile dans les chancelleries du monde libre, certains se souvenant mais un peu tard que la Chine populaire n'a jamais gouverné ce territoire, pas plus qu'elle n'en a hérité de la République de Chine, laquelle est continuée à Taïpeh. Tibet, Xinkiang, Hong Kong et maintenant Mongolie intérieure, avant d'avoir terminé le flicage total du territoire jusqu'au dernier bourg perdu, sont autant de dragées Fuca pour se purger de la réunification. Qui aurait envie d'entrer en pareil empire ?

Comme nous nous y étions engagé, voici une autre richesse de Taïwan, Tsai Chin, dans un grand classique de la Mandopop.

Tsai Chin
Elle est née à Kaohsiung en 1957 et fut repérée très tôt pour sa tessiture et sa présence sur scène. C'est une chanteuse, catholique à ses heures, qui a tourné dans toutes les communautés chinoises d'Asie et Canada. Ye Lai Xiang fut composée en 1944 à Shanghaï par Li Jinguang (1907-1993) au cours d'une nuit saturée d'un parfum de tubérose qui poussait sous sa fenêtre. Ce morceau est emblématique du style de musique chinoise pré-communiste qui incorpore le rythme occidental, ici celui de la rumba. Mais l'histoire est bien plus que l'odeur entétante de la tubérose. Elle rejoint celle de Lili Marlene, sauf que les soldats allemands sont ici japonais. La chanteuse en vogue d'alors était une belle actrice née de colons japonais en Mandchourie chinoise du nom de Yamaguchi Yoshiko qui, sous le nom de théâtre Li Hsiang-lan (李香蘭), tournait dans des films de la propagande nippone à destination du public chinois. Arrêtée au lendemain de la capitulation pour trahison (ses origines japonaises avaient été dissimulées par les producteurs de cinéma), elle évita sa condamnation à mort grâce à un ami qui produisit son certificat de naissance en japonais. Elle put émigrer et continua sa carrière au Japon où elle épousa un diplomate, puis s'impliqua dans la reconnaissance par l'Etat nippon des malheurs endurés par les femmes de confort des pays conquis. Elle mourut en 2014 à 94 ans. La chanson a donc sa part d'ombre et sent le soufre plus que la tubérose. Vous pouvez l'écouter comme elle arrivait dans le poste de radio de l'infanterie impériale en cliquant ici et dans les fumeries de la concession française de Shanghaï en cliquant là. Sacré voix, Mlle Yamaguchi ! Mais dans un registre différent, l'interprétation de Tsai Chin est plus envoutante.


Senteur de tubérose dans la nuit

Na nan feng chui lai qing liang
Na ye ying ti sheng qi chuang
Yue xia de hua er dou ru meng
Zhi you na ye lai xiang tu lu zhe fen fang

Wo ai zhe ye se mang mang
Ye ai zhe ye ying ge chang
Geng ai na hua yi ban de meng
Yong bao zhe ye lai xiang
Wen zhe ye lai xiang

Ye lai xiang, wo wei ni ge chang
Ye lai xiang, wo wei ni si liang
Ah ah ah... Wo wei ni ge chang
Wo wei ni si liang

Wo ai zhe ye se mang mang
Ye ai zhe ye ying ge chang
Geng ai na hua yi ban de meng
Yong bao zhe ye lai xiang
Wen zhe ye lai xiang

Wo ai zhe ye se mang mang
Ye ai zhe ye ying ge chang
Geng ai na hua yi ban de meng
Yong bao zhe ye lai xiang
Wen zhe ye lai xiang

Yue lai xiang ! Yue lai xiang ! Yue lai xiang !

On peut traduire l'entame ainsi :
La brise fraîche du sud gentiment souffle la nuit
La voix des rossignols appelle le matin
Les fleurs endormies se reposent sous la lune
..................


Voilà pour aujourd'hui. Ne cessons de penser à ce peuple formosan aimable, pacifique, auto-suffisant et travailleur qui n'a que faire du "bonheur communiste" ; et à l'occasion, apportons-lui notre soutien.

mercredi 2 juin 2021

Richesses de Taïwan

L'hybris communiste chinois qui maintenant déborde de la Mer de Chine dans tout le Pacifique-nord où Pékin "achète" les petits pays au moyen de contrats pervers dans les mines, le bois, la pêche industrielle, ou par le biais de prêts insoutenables par les finances mesurées des bénéficiaires, comme le souligne aujourd'hui le Secrétaire Blinken à la Pacific Islands Conference Of Leaders qui se tient à Hawaï, nous convoque à passer plus souvent sur ce blogue des exemples de richesses qui échappent encore au Parti et qui méritent de lui survivre ! En trois mots, choisir son camp !

C'est la Taïwanaise Julia Peng qui ouvre le bal :


XIANG JIAN HEN WAN
相见恨晚

nǐ yǒu yì zhāng hǎo mò shēng de liǎn
你 有 一 张 好 陌 生 的 脸
dào jīn tiān cái kàn jiàn
到 今 天 才 看 见
yóu diǎn xin suān zài wǒ men zhī jiān
有 点 心 酸 在 我 们 之 间
rú cǐ duǎn zàn de qíng yuán
如 此 短 暂 的 情 缘
kàn zhe tiān kōng bú ràng lèi liú xià
看 着 天 空 不 让 泪 流 下
bù shuō yī jù mán yuàn
不 说 一 句 埋 怨
zhǐ shì xīn zhōng dì gǎn gài wàn qiān
只 是 心 中 的 感 概 万 千
dàng zuò qián shì lái shēng xiāng qiàn
当 作 前 世 来 生 相 欠
nǐ shuō shì wǒ men xiāng jiàn hèn wǎn
你 说 是 我 们 相 见 恨 晚
wǒ shuō wéi ài nǐ bú gòu yóng gǎn
我 说 为 爱 你 不 够 勇 敢
wǒ bù shē qiú yóng yuǎn
我 不 奢 求 永 远
yóng yuǎn tài yáo yuǎn
永 远 太 遥 远
què xiàn zài ài de shēn yuān
却 陷 在 爱 的 深 渊
nǐ shuō shì wǒ men xiāng jiàn hèn wǎn
你 说 是 我 们 相 见 恨 晚
wǒ shuō wéi ài nǐ bú gòu yóng gǎn
我 说 为 爱 你 不 够 勇 敢
zài ài yǔ bú ài jiān
在 爱 与 不 爱 间
lái huí qiān wàn biàn
来 回 千 万 遍
nǎ pà yǐ shāng hén lèi lèi wǒ yě bù guǎn
哪 怕 已 伤 痕 累 累 我 也 不 管

Bis repetita ↓

你 有 一 张 好 陌 生 的 脸
到 今 天 才 看 见
有 点 心 酸 在 我 们 之 间
如 此 短 暂 的 情 缘
看 着 天 空 不 让 泪 流 下
不 说 一 句 埋 怨
只 是 心 中 的 感 概 万 千
当 作 前 世 来 生 相 欠
你 说 是 我 们 相 见 恨 晚
我 说 为 爱 你 不 够 勇 敢
我 不 奢 求 永 远
永 远 太 遥 远
却 陷 在 爱 的 深 渊
你 说 是 我 们 相 见 恨 晚
我 说 为 爱 你 不 够 勇 敢
在 爱 与 不 爱 间
来 回 千 万 遍
哪 怕 已 伤 痕 累 累 我 也 不 管
你 说 是 我 们 相 见 恨 晚
我 说 为 爱 你 不 够 勇 敢
我 不 奢 求 永 远
永 远 太 遥 远
却 陷 在 爱 的 深 渊
你 说 是 我 们 相 见 恨 晚
我 说 为 爱 你 不 够 勇 敢
在 爱 与 不 爱 间
来 回 千 万 遍
哪 怕 已 伤 痕 累 累 我 也 不 管

Traduction anglaise de la chanson A Plus Tard ! (相见恨晚) de Julia Peng Jia Hui

You have a strange face
I didn't see it until today
A little sad between us
Such a brief love affair
Look at the sky and don't let the tears
Don't say a word of blame
It's just a thousand feelings in my heart
As a living afterlife owes
You said we met and hated late
I said i'm not brave enough to love you
I don't expect forever
It's always too far away
But in the abyss of love
You said we met and hated late
I said i'm not brave enough to love you
Between love and love
Back and forth a million times
I don't care if I'm scarred
bis repetita

©Jack Smith/echinesesong.com

vendredi 9 octobre 2020

Double-Dix à Taïwan

La fête nationale de la grande île tombe ce samedi 10 octobre. On commémore l'insurrection armée de Huguang qui le 10 octobre 1911 captura le vice-roi mandchou de Wuhan et tua cinq cents soldats impériaux. La république était en marche contre l'empire des Grands Tsings. Elle sera proclamée à Pékin le 1er janvier 1912 sous le nom de République de Chine (ROC en anglais). A cette époque l'île de Formose (Taïwan) n'était plus sous domination chinoise depuis que l'Empire l'avait perdue en 1895 au traité de Shimonoseki imposé par le Japon. L'île avait été conquise relativement récemment par les Chinois et il est utile d'en dire plus aujourd'hui sur les souverainetés successives qui s'y exercèrent.
carte de Taiwan
Carte de l'administration nippone de 1901

Bref d'histoire

La situation géographique de l'île de Formose est particulière en ce qu'elle barre sur 370 kilomètres la Mer de Chine méridionale de l'Océan pacifique par un mur de 3000m d'altitude (culminant à presque 4000m au Yushan). Elle est la continuation de l'archipel nippon, d'où l'intérêt que lui a toujours porté l'Empire du soleil levant. A noter dès à présent que les Chinois ne s'intéressèrent à Formose que tardivement à l'époque moderne.

Les chroniques attribuent aux Portugais la découverte des communautés austronésiennes de cette grande île sur la route du Japon, et c'est eux qui lui donnèrent son nom, Formosa, la belle. Puis la compétition des empires y amènera des Espagnols des Philippines puis des Hollandais d'Indonésie. Ce sont eux qui prirent les choses en main sérieusement vers 1624 avec des plans de développement agricole et l'importation de coolies chinois pour renforcer la main d'œuvre. La naissance d'une civilisation attira le pirate chinois Koxinga arguant de lettres de créances de la vieille dynastie Ming, qui chassa les Hollandais et se mit à son compte en doublant la population. S'il avait pu traverser le dangereux détroit, d'autres que lui s'y engagèrent : une escadre chinoise vint planter la bannière mandchoue en 1683 et conquit tout le pays. L'île attendra deux cents ans sous colonisation mandchoue un statut de province impériale avec un projet sérieux de développement (chemin de fer, mines, fortifications). Hélas, dix ans plus tard les deux empires s'affrontent sur la péninsule coréenne et la Chine a le dessous. Le Japon continue son projet maritime au-delà des Ryu-Kyu en récupérant pour l'éternité l'île de Taïwan au traité de Shimonoseki.

Bien que l'occupation n'ait jamais été un long fleuve tranquille, les Japonais développeront l'île au même rythme qu'ils le feront chez eux et imprègneront durablement la société taïwanaise de leur culture. Soixante ans plus tard, les japonais perdent la Guerre du Pacifique et les Américains les forcent à restituer Taïwan à la République de Chine. La République populaire (communiste) de Chine n'existe pas encore. La guerre civile chinoise verra la défaite des nationalistes et l'exil de l'administration et des armées de la République de Chine à Taïwan où le général-président Tchang Kaï-chek (1887-1975) formera des plans de reconquête de la Chine continentale, au flanc de laquelle il conservera quelques îles, le chapelet de Quemoy, Matsu et Daqiu, toujours dépendantes de Taïwan aujourd'hui.

La reconquête devenant illusoire par le développement exponentiel de la Chine populaire, le parti de l'indépendance taïwanaise retrouva des couleurs dans les années 80 et bien que le Kuomintang demeure le favori des pieds noirs nationalistes qui rêvent d'une réunion des deux rives du détroit, la classe politique aux manettes actuellement est clairement sur l'axe de souveraineté. Pour terminer ce bref sur une note diplomatique, précisons que le 1er décembre 1943, les alliés anglais, américains et chinois publièrent la Déclaration du Caire qui précisait notamment que Formose et les Pescadores faisaient partie des territoires sous occupation japonaise à restituer à la République de Chine. Ce qui fut confirmé au Traité de San Francisco et fait explicitement par le traité de paix sino-japonais du 28 avril 1952 signé à Taïpei (ROC). La République populaire de Chine, proclamée en 1949 sur le continent par Mao Tsé-tung n'avait pas d'existence diplomatique.

Aujourd'hui

De l'eau a coulé sous les ponts et le miracle économique du premier dragon asiatique lui a donné beaucoup d'assurance, au grand dam du Parti communiste chinois qui peine à convaincre ses compatriotes des bénéfices extraordinaires qu'il leur dispense. Une grande opération d'annexion serait la bienvenue pour exalter le chauvinisme han, mais le durcissement des capacités coercitives du Parti communiste chinois au Tibet, au Xinkiang, à Hong-Kong et en Mongolie intérieure bientôt, a conduit presque toute la classe politique insulaire dans le camp de l'indépendance.
Il reste encore des partisans de l'Anchluss. On les trouve chez des familles ayant occupé de hautes fonctions militaires ou civiles dans le Kuomintang historique ; et dans les milieux d'affaires chez ceux qui ont construit des usines dans le Guandong ou le Foukien et qui ne veulent voir que leur compte en banque de Singapour. Pour l'anecdote, au mausolée de Cihu, le sarcophage de Tchang Kaï-chek est présenté hors-sol dans l'attente de son inhumation au Zhejiang sur le continent.

Qu'attendrait le peuple taïwanais d'une normalisation ?

* Sur le plan économique, en termes de richesses, rien !
* Le débarquement d'une gestapo chinoise (ses espions sont déjà nombreux sur l'île), et l'envahissement d'unités anti-émeutes destinées à suppléer le flicage numérique de la société avec carnet civique individuel.
* L'écrasement de l'idiome hokkien au bénéfice du mandarin (qui est déjà la langue administrative) et la refonte des programes scolaires comme à Hong Kong.
* La récupération des Pescadores à l'entrée de la Mer de Chine méridionale entraînant l'élévation des menaces chinoises envers les Philippines et déstabilisant la sous-région.
* La bunkérisation de la côte orientale pour en faire un balcon militaire sur le Pacifique.
* L'élévation des menaces dans le nord de l'île pour récupérer les Senkaku japonaises.
* L'insupportable parade des cancres communistes débarqués en vainqueurs chez un peuple doux et affairé.

Aujourd'hui on ne peut que souhaiter l'indépendance de l'île de Taïwan qui est parfaitement distincte de la Chine populaire agressive, déviée par l'hubris de Xi Jinping et sa clique (heureusement mortelle). En trois lignes, cette indépendance est fondée sur les points suivants :

Taïwan et les Pescadores prises à l'Empire Tsing furent rendues à la République de Chine (ROC) et à elle-seule. La République de Chine déposa l'Empire Tsing en 1912 et s'y substitua complètement. La République populaire de Chine n'est pas le légataire universel de l'Empire Tsing, mais la République de Chine si, qui existe encore !

La revendication du Parti communiste chinois est une supercherie à laquelle se sont prêtées les puissances occidentales à des motifs mercantiles qui ne les honorent pas. Il n'est que temps de réparer l'outrage et de signifier à la Chine ses limites raisonnables.

Vive Taïwan libre !





Taïwan de profil pour fixer les idées :

- Formose et dépendances : superficie dépassant celle de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur
- Largeur du détroit : cent milles nautiques sur une mer souvent démontée
- Population : 24 millions d'habitants
- PIB : 20% du PIB français
- PIB par habitant en parts de pouvoir d'achat : 19% de plus que le PIB français

jeudi 28 mai 2020

La menace systémique


La veille de l'arrivée du président Xi Jinping à Bruxelles pour une visite de six jours en mars 2019, Jean-Claude Juncker décorait son invité de la médaille du Rival systémique. Un an et des poussières plus tard, le rival un peu faraud est devenu une réelle menace systémique. Il aura fallu la rééducation en camp des Ouighours, la répression de l'insurrection hongkongaise, la crise du Covid-19, l'hystérie pékinoise à l'intronisation de Mme Tsaï comme présidente de Taïwan (ROC) et tout récemment la loi de mise au pas sécuritaire de la Zone administrative spéciale par le Parlement croupion de Chine populaire en violation du traité sino-anglais, pour que ce qui se murmurait dans les chancelleries à la machine à café, soit dit à haute voix : L'empire du Milieu revenu au devant de la scène internationale n'a aucune morale, aucune sincérité, aucune crédibilité. Il rappelle à tous l'amoralité de la défunte Union soviétique qui ne comprenait que la force comme argument décisif. C'est "normal", c'est communiste.

Dans tous les compartiments du jeu diplomatique les Chinois sont aujourd'hui perçus comme une menace, sauf par quelques idiots utiles grassement stipendiés. A un point tel que les opinions publiques occidentales et japonaises abondent au tonneau de la remise en question des routes de la soie qui deviennent les routes d'invasion des intérêts égoïstement chinois. La chaudière céleste engloutit d'énormes quantités d'énergie et de matières premières, les routes ne sont que des pompes aspirantes d'intrants qui refoulent ensuite des produits finis, et tous les crédits collaboratifs sont gagés sur les infrastructures développées. Mais les lecteurs de Royal-Artillerie savent tout cela déjà. Quand on voit l'impudence du ministère des affaires étrangères de Zhongnanhaï qui s'esclaffe publiquement à voir la France "oser" remettre en question certaines assertions officielles - pour qui se prend-elle ? - on mesure l'intensité de la guerre en préparation, guerre froide pour ce qui nous concerne, guerre ouverte en Mer de Chine où le Parti communiste a décidé de convertir le détroit de Formose en lac intérieur, quoiqu'il lui en coûte ! puisque le président Xi lui-même a avoué publiquement à l'Assemblée nationale populaire il y a trois ans que la reconquête de Taïwan était la mission vitale pour le régime, à peine d'être un jour renversé.

L'affaire est quand même loin d'être gagnée (clic) d'autant que les escadres américaine et nippone sont en inquisition permanente depuis le récent changement de ton. Sur le fond, la Chine populaire n'a aucun droit sur l'île de Taïwan qui ne lui a jamais appartenu. Cette île, qui n'intéressait pas la Chine millénaire, fut prise par la dynastie mandchoue des Grands Tsings à un général de pavillons noirs chinois qui en avait chassé les Hollandais en 1683 et constituait une menace pour les régions méridionales de l'Empire restées fidèles à la dynastie des Ming. L'île en elle-même n'avait aucune valeur pour l'empereur Kangxi, en plus d'être difficile d'accès de par la météo épouvantable du détroit presque toute l'année. Il fallut attendre 1883 pour que l'île deviennent légalement une province de l'Empire du Milieu, essentiellement pour une raison stratégique devant la menace franco-anglaise. En 1895, après douze ans, elle fut cédée aux Japonais au traité de Shimonoseki qui en décidèrent la colonisation. Les mœurs taïwanaises actuelles empruntent beaucoup à la période de l'occupation nippone. Les Japonais perdirent l'île à la fin de la Guerre du Pacifique (1945) et celle-ci fut remise à la République de Chine (ne pas confondre avec la RPC) selon les termes du traité de Potsdam. Vaincue sur le continent, la République de Chine se réfugia sur l'île pour préparer la reconquête qui n'arriva jamais. La République populaire de Chine ne posséda jamais, encore moins ne gouverna l'île de Taïwan.

Aujourd'hui la Chine populaire se sent forte - elle parle d'égal à égal avec les Etats-Unis d'Amérique - et le Parti communiste est rassuré sur son avenir par la reprise en main brutale des dissidents et autres éveillés qui le contestent. Mais l'avenir est moins noir pour nous qu'il n'y paraît. Le marxisme-léninisme qui fait de plus en plus recette dans les cercles de pouvoir porte en lui le germe de sa destruction : la théocratie matérialiste est génétiquement létale, car elle n'a aucune limite à son obligation de perpétuation : l'église hégémonique doit étouffer tout signe ou porteur de mécontentement à son endroit, et ce faisant elle détruit ce qui fait l'essence même de l'homme; sa liberté de penser, son insatiable curiosité, son impatience à inventer voies et moyens d'amélioration de sa condition, toutes qualités qui fermentent dans l'individu mais ne peuvent que très difficilement éclore dans le groupe, surtout quand il est contraint. C'est la démonstration que fit aux vieux généraux de la Longue Marche Deng Xiaoping en libérant les énergies individuelles : faites désormais ce que vous voulez mais enrichissez-vous ! Il ne fallait pas le dire deux fois à des Hans pour qui le Dieu au-dessus des dieux est l'Argent. Briser les libertés, caporaliser les comportements sociaux, réinvestir la sphère productive avec les commissaires politiques va aboutir où sont arrivés les soviétiques, les Cubains, les nord-Coréens : une stérilisation progressive de la recherche fondamentale, la crainte du risque de déplaire, la certitude que l'obéissance apporte le succès plus sûrement que l'intelligence, le panurgisme généralisé. Il est impensable aujourd'hui que deux étudiants chinois s'installent tranquillement dans un garage afin de programmer un langage d'exploitation informatique comme le firent Bill Gates et Paul Allen, pour le vendre ensuite à Huawei sans autre recommandation que leur seul génie. Comme nous l'avons déjà dit dans ce blogue, à écouter les centres de recherches occidentaux installés en Chine, le staff local déteste l'aventure et toute décision procède d'un compromis sur le plus grand confort commun. Il n'y a ni éclair de génie ni éclair de folie ; les jeunes ingénieurs fonctionnent. Ce n'est pas avec ce confinement intellectuel que se conquiert le monde, comme le fit en son temps l'Occident.

Il nous suffit d'attendre, tenir bon militairement, revamper nos industries, laisser à la recherche la bride sur le cou et préserver partout nos libertés basses, celles de tous les jours. Le léviathan communiste va finir pas se bloquer, surtout si on l'y pousse comme le fit si adroitement l'Administration Reagan du cousin russe. N'oublions pas que c'est le communisme chinois qui a sauvé l'Europe renaissante d'après-guerre. Imaginons que la République de Chine de Tchang Kaï-chek ait survécu à la guerre civile. Modélisée sur les idées libérales américaines et adossée à l'intelligence, et à l'infatigable labeur chinois quand on travaille pour soi-même, le nouvel empire aurait rapidement repris des forces et nous vivrions aujourd'hui dans l'ombre d'un colosse surpuissant. C'est l'image de la menace, c'est aussi la promesse de son effacement.


Sources principales :
- Loi fondamentale de la région administrative spéciale de Hong Kong de la République populaire de Chine (1990)
- Axios China (Bethany Allen-Ebrahimian)
- Sinocism (Bill Bishop)
- La Chine à nos portes, une stratégie pour l'Europe (François Godement)
- Asialyst (Alexandre Gandil)
- Foreign Policy (Tanner Greer)
- Déclaration de Londres (art.6) au sommet OTAN du 70è anniversaire

lundi 20 avril 2020

The ROC !

La pandémie du coronavirus de Wuhan a mis sous les feux de la rampe le gouvernement souverainiste de la République de Chine de Madame Tsaï. Malgré la campagne intense d'ostracisation internationale de l'île soi-disant rebelle par Pékin, la petite république de seulement vingt-trois millions d'habitants s'est fait un plaisir de démontrer ce que peut l'intelligence dans la liberté d'innover par opposition à la caporalisation sociale mise en action par le Parti communiste chinois qui entend gouverner au quotidien et dans leurs gestes de chaque jour un milliard et quatre cent quarante millions de gens !

Chacun sait maintenant que les relations binationales entretenues avec Taïwan (ROC) se heurtent systématiquement aux condamnations de la Chine populaire qui en est arrivée à insérer dans ses contrats publics étrangers la devise d'une seule Chine, même dans les accords de jumelages des villes. Mais le blocage est contourné par les "chambres de commerce" qui s'interdisent aucun trou noir sur la carte du commerce mondial. Et Pékin de harceler plus encore les pays déviants, jusqu'à ce que la Tchéquie il y a un mois les envoie se faire foutre ! (clic)

En fait c'est à l'Organisation mondiale de la santé que l'étau communiste s'est desserré contre l'avis du Secrétariat exécutif qui avait pris fait et cause pour la République populaire de Chine derrière son précédent directeur général, Margaret Chan, en excluant Taïwan de toute participation aux travaux de l'organisation même en qualité de simple observateur. Les succès du combat solitaire taïwanais contre la pandémie, tardivement déclarée par les fonctionnaires internationaux sous influence chinoise, alors que Taïpei prévenait déjà d'une épidémie dangereuse en expansion, a obligé des pays pragmatiques à reconsidérer leur position vis à vis de la Petite Chine, libre et démocratique. Ainsi la République tchèque s'est-elle officiellement engagée dans une recherche de vaccin avec les scientifiques formosans. Hurlements de Pékin. A mesure que vont apparaître les effets néfastes pour ne pas dire létaux des atermoiements du Parti communiste chinois à déclarer l'origine et la propagation du virus SARS-CoV-2, derrière les dénonciations trumpiennes, plusieurs pays accepteront les secours de l'industrie taïwanaise capable de produire neuf millions de masques par jour, des tests et tous articles sanitaires en rupture partout ! D'où la photo largement distribuée sur les réseaux sociaux que voici :


Coincé dans la ratière où il s'est mis lui-même à sucer Zhongnanhai, le directeur éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus argue maintenant d'injures racistes à son endroit provenant des milieux taïwanais sans pouvoir démontrer l'origine des attaques, ce que Taïpei dénonce comme la énième insulte de cette administration corrompue à son égard. Autant dire qu'avec l'arrêt du financement américain, les jours du Dr Tedros à la tête de l'OMS sont comptés ; il y aura fait la preuve d'un souci politique personnel peu raccord avec la gravité du moment. Il faut être solide pour contenir la marée montante du mépris et ce docteur-diplomate est sous-calibré dans l'emploi. Mais cette victime de la discrimination positive n'est pas le sujet du jour.

Taïwan n'a jamais appartenu à la République populaire de Chine. En fait elle n'entre dans l'Empire du Milieu qu'en 1683 sous la dynastie mandchoue des Grands Tsings. Jusque là elle sera découverte par les Portugais qui la nommeront Formosa, colonisée par les Hollandais puis par un général de pirates chinois qui fondera une dynastie éphémère. Les Tsings la perdront au traité de Shimonoseki de 1895, et elle sera réoccupée par les armées chinoises de Tchang Kaï-Chek, président de la République de Chine, qui s'y repliera en 1949. On sait la suite. Il apparaît donc que cette terre n'est pas chinoise depuis des temps immémoriaux comme le fait croire le pouvoir communiste.

L'Empire chinois sous aucune dynastie ne fut une thalassocratie régnant sur les mers dont il fut riverain. Au plus loin, l'empereur exerçait sa suzeraineté sur les rois des Ryûkyû à la limite de l'océan, et l'archipel inhabité des Senkaku, aujourd'hui disputé entre la Chine et le Japon, fut donné par l'impératrice douairière Tseu-Hi à un entrepreneur herboriste de la cour pour y cueillir des plantes à infusion - c'est l'origine de la revendication. Disons pour être juste, que des expéditions océaniques furent lancées au XVè siècle par l'amiral Zheng He, un eunuque hui, qui est encore aujourd'hui une icône de la grandeur chinoise. A la mort de l'amiral (1433), la Chine referma ses portes, détruisit les grands navires et vécut sur elle-même en complète autarcie, l'ouverture au monde étant terminée pour longtemps. Autant en fut-il pour aucune revendication outremer qui ne se manifesta jamais !

Mme Tsai Ing-wen, Présidente de la République de Chine

Taïwan a une histoire propre, une culture propre fortement influencée par la civilisation japonaise, et des pratiques démocratiques semblables aux nôtres. Pourquoi devrait-elle accepter la tyrannie brutale et obsolète du Parti communiste chinois ? La République de Chine n'a nul besoin de la République populaire, sauf à commercer sur un grand marché comme le font toutes les économies du monde. L'île est complètement indépendante. Mais sous la présidence de Mme Tsaï, l'île a ouvertement soutenu le mouvement de démocratisation à Hong Kong, ce qui n'a pas arrangé ses affaires dans les ministères de Pékin. La menace militaire s'en est accrue d'autant.

L'hybris de Xi Jinping à étendre ses limites de souveraineté maritime dans les deux mers de Chine sous la menace explicite d'une guerre navale n'a aucune justification historique, encore moins économique. Les canaux de collaborations économique et financière sont multiples avec tous les voisins de la Chine pour le bénéfice de tous. Déplacer l'escadre est pur orgueil ! Et dans le passé, ce genre d'arrogance poussant les autres à l'exaspération a conduit à des désastres. Qu'on se souvienne du Reich allemand de 1871 qui à la charnière du siècle dominait l'industrie occidentale de la tête et des épaules, fournissait les sciences et les techniques à tout le monde, mais a chopé le virus colonial et démontra à la thalassocratie impériale britannique qu'elle devrait compter désormais sur un concurrent qui à la fin la dominerait. Le Reich en mourut.

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