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dimanche 17 octobre 2021

Après les noyés d'Octobre

La presse algérienne et les tiersmondains, en service actif chez nous, ont jugé timide la démarche du président Macron à jeter des fleurs dans la Seine pour rappeler l'attaque préfectorale de la manifestation d'indépendance du FLN en région parisienne il y a soixante ans. Nous n'y reviendrons pas ; c'était dégueulasse de la part de Roger Frey, ministre de l'Intérieur et patron des barbouzes gaullistes, et du préfet de Paris Maurice Papon qu'on ne présente plus ! Le premier ministre était Michel Debré (le bazooka de Salan). Que du beau linge ! Mais nous ne nous sommes pas levés ce matin pour faire justice des noyades du 17 octobre 1961.

Macron au pont de Bezons

Ma question est en face. Est-il normal qu'un pays ne vive que contre un autre ? Nous avons l'exemple du régime nord-coréen perpétuellement en guerre contre les Etats-Unis sous peine de mourir ; sinon le Pakistan qui sans l'Inde ne pourrait tenir son peuple et nourrir les marchands de canons. Mais aussi celui de l'Algérie qui ne peut vivre sans la menace du royaume chérifien à ses portes et l'hostilité supposée de la France. Si l'on en doutait à l'Institut pour avoir parcouru toute l'histoire de l'Afrique du nord, de fait, l'Algérie n'existe plus aujourd'hui sans la France. Enfin, l'Algérie officielle. Pour le peuple c'est bien différent, à ce que nous livre d'intelligence et finesse l'article de Myassa Messaoudi dans le journal d'Alger Liberté de ce dimanche. Un extrait ?

Messaoudi
« Le dernier épisode diplomatique entre la France et l’Algérie a laissé place à une étrange surenchère. Non pas mémorielle, mais coloniale. Le président français reprochant à la Turquie de s’être mieux débrouillée pour faire oublier son occupation de l’Algérie. C’étaient, tout de même, quatre siècles de pillage et d’asservissement. Deux fois plus que la France ! Et à l’Algérie de n’être, après tout, qu’un bébé nation. La réponse du président Tebboune n’en fut pas moins surprenante. D’un coup, l’arabisme orthodoxe algérien s’est fait plus mixte et tolérant. Dare-dare, l’histoire ancestrale est venue à la rescousse de la diplomatie, et le président du pays en usa pour rappeler que nous sommes une nation depuis au moins l’empereur César. De Massinissa, de Jugurtha, et même un président américain est venu rappeler au président Macron que non, on n’est pas né de la dernière pluie. Jeanne d’Arc n’a qu’à bien se tenir, car l’Algérie regorge aussi de puissantes femmes guerrières. Et même pas voilées !» (source)


Il a donc suffi qu'un président en ses murs doute de la nation algérienne pour que le pouvoir d'Alger fasse un AVC. C'est ce qui s'appelle être indépendant ! Souverain ! Libre ! Enfin vous voyez quoi ! La moindre reconnaissance officielle d'un défaut de la colonisation déclenche la tempête de l'insuffisance, l'appel à se repentir, doublé de la justification perverse des allégations anciennes jamais dans leur contexte. Audin, Boumendjel périrent d'une opération de contre-terrorisme (les bombes dans les cinémas, les cafés de la bataille d'Alger) et c'est bienvenu pour leurs familles d'en avoir éclairé les circonstances peu flatteuses. Nous avons dénoncé en France les massacres de Sétif (1945) mais quand les autorités d'Alger ouvriront-elles leurs archives du FLN sur les tueries de Philippeville (1955) ou le massacre de Melouza (1957), sur la Rue d'Isly ou le grand massacre d'Oran de 1962 ? Elles ne s'excuseront pas plus des opérations terroristes attaquant des civils, femmes et enfants confondus, au motif absolvant de la lutte "légitime" pour l'indépendance. La liste est longue, infiniment longue et on pourrait l'accroître d'autant en y portant toutes les exactions toujours atrocement exécutées par l'ALN contre les leurs et les nôtres : la coupe cravate, les émasculations à vif couilles dans la bouche, les saignées à blanc au crochet de boucher, la torture partout, le registre est épais. Monsieur Tebboune aurait-il un commentaire ? Elle a bon dos l'indépendance pour un parti guerrier qui fait une attaque au moindre mot le desservant. L'Algérie n'est pas indépendante, ni souveraine ni vivable. Elle a des millions de ressortissants réfugiés chez nous et qui s'y sentent bien. Ce ne sont pas deux cents malheureux, précipités dans la Seine par des salopards de la Préfecture de Police et de la rue des Saussaies il y a soixante ans, qui leur feront prendre la route ! Ces réfugiés sont à votre endroit, monsieur Tebboune, une véritable insulte au régime algérien !

lundi 4 octobre 2021

Il n'y a que la vérité qui blesse

caricature Dilem

Un vrai pays de l'Est, comme il n'en existe plus !

Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Nous en avons le parfait exemple avec les réactions algériennes aux propos non démentis d'Emmanuel Macron à l'endroit du pouvoir. S'entendre traiter de rentiers mémoriels en même temps qu'on met en doute l'existence d'une "nation" algérienne avant la Conquête, juste avant de couper les visas des élites politiques du pays, a de quoi déclencher une forte poussée d'urticaire chez le gouvernement d'Alger. Devant une petite vingtaine d'étudiants "algériens" de SciencesPo ayant analysé le rapport de Benjamin Stora en groupe de travail, M. Macron a sorti ce qu'il avait sur le cœur sans avoir besoin de prompteur. Ce n'est pas fortuit. Le Monde diffuse le verbatim présidentiel auprès de ses abonnés en cliquant par ici.

Le pouvoir algérien fut de tout temps crispé, soupçonneux, malhabile, tant vis à vis de ses deux voisins que de la France. Comme s'il n'arrivait jamais à s'assumer complètement en dehors des disputes qu'il crée lui-même. On croirait qu'il ne vit vraiment, mais sans jamais se réaliser, que des oppositions qu'il rencontre, qu'elles soient réelles ou fabulées. Il faut dire qu'atteindre la ligne des soixante ans d'indépendance dans l'état général de calamités qu'il affronte a de quoi faire craindre le goudron et les plumes du tricheur invétéré. Rappeler son ambassadeur à Paris, fermer l'espace aérien à l'armée de l'air française, qui guerroie au sud du Sahara pour aussi protéger l'Algérie, mesure le degré d'amateurisme qui a toujours présidé aux grandes décisions.

Emmanuel Macron avait pourtant bien commencé. "Crime contre l'humanité", renvoi de crânes d'insurgés du XIXè siècle, reconnaissance d'exactions pendant les événements, rapport Stora bienveillant... rien n'a jamais satisfait Alger qui en demande toujours plus, toujours plus pour justement cimenter le fameux roman d'une histoire reconstruite. M. Macron, qui n'est pas un perdreau de l'année, doit être particulièrement excédé de la ruse algérienne en toutes affaires pour avoir décidé de se lâcher. Les dirigeants et les chefs du parti institutionnel auraient dû se couvrir la tête de cendres pour la honte d'avoir fait passer la population d'origine algérienne en France de 350.000 personnes en 1962 à quatre millions aujourd'hui ! Aujourd'hui, que demande le peuple comme le dessine Dilem ? Des visas pour foutre le camp !

Que les propos de M. Macron soient bienvenus et parfaitement fondés n'apaise en rien la prospective très pessimiste d'un collapsus de l'Etat confronté à des défis surhumains, jamais anticipés quand ils ne sont pas simplement niés par la propagande. Monoculture pétrolière mettant en péril l'économie de base du pays et sa balance commerciale, Etat corrompu jusqu'à la moelle et faible niveau des autorités locales, démographie non gérée alors que les soupapes de décharge en Europe vont se fermer, chômage galopant impossible à régler dans les rigidités planifiées, dérèglement climatique sévère pour un pays menacé par le Sahara, entraves multiformes à toute initiative non déclarée ; un vrai pays de l'Est, comme il n'en existe plus ! Cette litanie des problèmes insurmontables n'est compensée par aucune embellie. Où que vous regardiez, l'horizon est bouché comme les frontières terrestres. C'est pour celà que, dans les think tanks stratégiques, l'Algérie est une bombe à retardement dont on ne sait la longueur de mèche ; sauf qu'elle est déjà allumée. Une population de quarante-quatre millions d'habitants peut du jour au lendemain se retrouver livrée à elle-même. On a vu les effets des chaos irakien, libyen et syrien. On va sentir ceux du chaos afghan. Quid du chaos algérien annoncé ? Chacun peut se faire le film.

dimanche 26 septembre 2021

«La mer qu’on escalade comme un mur tombé»

Le vieux patriote Algérie française que je suis resté, même pas pied-noir, lit presque chaque jour en ligne le journal d'Alger Liberté. Kamel Daoud y laisse souvent un article, toujours superbement écrit, atrocement désespéré. Parlant des Harraga qui risquent leur vie pour traverser la mer, il a une phrase magnifique que j'ai mise en titre de ce billet.
Les Harraga, ou qu'on les appelle autrement ailleurs, tapissent le fond de la Méditerranée. Ils sont la honte d'un Etat mal géré, à tout le moins ingérable et qui d'un cynisme absolu laisse fuir tous les mécontents abandonnés à leur sort ! Soixante ans bientôt d'auto-gestion pour en arriver là ! L'Algérie, qui avait tout pour elle et une rente pétrolière qui servait de caution internationale à tout emprunt de développment, s'enfonce dans une misère noire provoquée par les pouvoirs successifs. Le désordre intérieur, le futur impossible font fuir sa jeunesse par la seule frontière ouverte que sont ses plages. L'article est d'une tristesse immense. Je n'ai pas obtenu le copyright de la rédaction du journal et je publie donc l'article dans la rubrique plaisir du texte sous protocole "entame + lien actif vers la source".


jeune harraga


Le Pays se vide à cause du vide


Comment fabriquer du sens en Algérie ? Donner du sens au fait d’y rester, vivre, prendre racines et maison. Le religieux ? Il accorde, coûteusement, du sens à la patience, à la résignation, à la défaite sublimée. L’Au-delà est ce qu’on cherche à habiter et vivre quand on n’a pas de vie et de foyer “ici”. C’est une victoire par la mort, pas par la vie. Le paradis est, toujours, le contrepoids de nos échecs et de nos déserts. Il faisait rêver les plus âgés, il fait aujourd’hui rêver même les plus jeunes, et c’est une tragédie, un déboisement du monde, une falsification du réel. Le paradis, on peut y croire et l’espérer, mais chercher à en déménager au plus vite prouve surtout l’échec à habiter le monde et à le construire. Le religieux est un choix, mais un pays est un effort. Alors, qui peut donner du sens ? La mer ? La mer qu’on escalade comme un mur tombé, la mer qui promet un autre paradis, lui aussi peuplé de nos échecs inversés, de nos espoirs transférés ? La mer, c’est un peu la mort avec l’Europe en guise de paradis. Un gilet orange, une chaloupe, un moteur doublé d’un cœur en colère, une boussole, et voilà la vie débordant de sens et de risques et d’écumes, redevenue palpitante, belle et terrible, chargée d’illusions essentielles et de déceptions utiles......
→ → l'article complet sur Liberté en cliquant ici ; sa conclusion est terrible*.


* URL en clair : https://www.liberte-algerie.com/actualite/le-pays-se-vide-a-cause-du-vide-365482 ;
cet article de Kamel Daoud est entré en archives fermées RA pour prévenir son éventuel retrait des écrans par la censure algérienne.



Kamel Daoud
Kamel Daoud est un écrivain algérien de cinquante ans, prix Goncourt 2015. Comme ses compatriotes Boualem Sansal ou Salim Bachi, il est très réservé sur la religion islamique et les scories sociétales qu'elle charrie, y voyant un facteur d'affaissement de l'Algérie indépendante ; l'autre étant bien sûr la corruption mentale et matérielle du parti issu de la guerre de libération qui a métastasé en une bureaucratie envahissante et imbécile. Il recherche les ressorts qui animent la société algérienne et en nourrit son pessimisme. Quasiment extra-lucide dans son analyse des peuples algériens, il fait avancer la cause du Réel face à l'épopée construite sur le sable d'un roman inachevé de science-fiction qu'est celui récité par tous les pouvoirs à Alger depuis 1962. Dans son genre, Kamel Daoud est un patriote sincère, en souffrance.


Pour se changer les idées, le blues du Djurdjura avec... Idir.




Tant de pluie tout à coup sur nos fronts Sur nos champs, nos maisons Un déluge ici, l’orage en cette saison Quelle en est la raison ? Est-ce pour noyer nos parjures ? Ou laver nos blessures ? Est-ce pour des moissons, des terreaux plus fertiles ? Est-ce pour les détruire ? Pourquoi cette pluie, pourquoi ? Est-ce un message, est-ce un cri du ciel ? J’ai froid, mon pays, j’ai froid As-tu perdu les rayons de ton soleil ? Pourquoi cette pluie, pourquoi ? Est-ce un bienfait, est-ce pour nous punir ? J’ai froid, mon pays, j’ai froid Faut-il le fêter ou bien le maudire ? J’ai cherché dans le livre qui sait Au creux de ses versets J’y ai lu "cherche les réponses à ta question, Cherche le trait d’union" Une mendiante sur mon chemin : "Que fais-tu dans la rue ?" "Mes fils et mon mari sont partis un matin, Aucun n’est revenu" Pourquoi cette pluie, pourquoi Cette eau, ces nuages qui nous étonnent ? Elle dit : "cette pluie, tu vois Ce sont des pleurs pour les yeux des hommes" "C’est pour vous donner des larmes Depuis trop longtemps elles ont séché Les hommes n’oublient pas les armes Quand ils ne savent plus pleurer" Coule pluie, coule sur nos fronts.

samedi 12 juin 2021

De Barkhane à Takouba, la peau des chagrins

Le nouveau format sahélien de guerre aux djihadistes et autres séditieux était dans les tuyaux depuis trois ans, plus précisément quand l'état-major a proposé à l'Elysée de monter une force spéciale multinationale qu'on appelerait "Takouba" (du nom de la rapière traditionnelle des Touaregs, en photo ci-dessous). Le double putsch de Bamako n'a fait que hâter cette transformation, ajoutant au risque inhérent à l'OPEX le syndrome du piège à con.

épée des touaregs

Pour mettre les choses au clair, il ne s'agit rien moins que d'imiter le format américain en Afghanistan, en espérant déboucher sur autre chose que la négociation avec les djihadistes du califat saharien. En abrégé, faire occuper le terrain par l'armée nationale repassée à l'instruction, lui fournir la logistique et l'appuyer par des moyens sol-air efficaces, la renseigner par une surveillance aérienne sophistiquée, mener des coups de main pour neutraliser les chefs djihadistes, si possible en réunion ; le but ultime étant de sécuriser l'espace, le ré-administrer et en transférer la responsabilité aux autorités locales ("secure, build, transfer" : VP Joe Biden à Kaboul, vice-président d'Obama).

Le problème est que dans cette description, deux points apparaissent très faibles : "l'armée nationale" et les "autorités locales". Est-il besoin d'épiloguer ? Ce billet serait-il une commande du Figaro que nous remplirions les deux colonnes assignées, mais n'étant qu'une réflexion gratuite, nous irons à l'essentiel, sans préjuger d'être contredit par des experts comme Wassim Nasr ou Bernard Lugan... Des sites spécialisés comme celui du colonel Goya vont étancher votre soif de détails. Pour notre part, nous allumons la lampe sur quelques aspects moins traités.

Si nous réduisons l'empreinte au sol de notre intervention, un seul pays semble en mesure de tenir le choc, la Mauritanie. Les autorités de Nouakchott n'ont pas attendu M. Hollande pour se protéger du terrorisme islamiste en actionnant des moyens certes mesurés mais déployés intelligemment tant au front qu'à l'intérieur. Reprenant la stratégie des compagnies sahariennes, leurs commandos de chasse, connaissant évidemment les tribus nomades, parcourent le territoire à la recherche de cibles qu'ils éteignent. Surveillance aérienne et appui-feu sont disponibles. Des équipes chocs (Ops) font des raids sur les réunions d'islamistes en zone frontalière. A l'intérieur, les oulémas assurent un travail de rééducation des masses aux valeurs intrinsèques de l'Islam, afin de contenir voire d'annihiler la propagande populiste des "émirs" djihadistes (détails). Des cinq pays de la coalition, la Mauritanie est le seul vraiment gouverné, depuis qu'Idriss Déby est mort au Tchad.

Le Tchad est (était) le point d'appui de la France au Sahel. Le Tchadiens se battent sur deux fronts, le Lac et le Tibesti infesté de groupes armés en Libye. Le pays est en proie à des rivalités ethniques anciennes qui font et défont entre elles des coalitions éphémères. La succession d'Idriss Déby risque de dégarnir le front anti-djihadistes si chacun veut soutenir ses prétentions à N'Djaména l'arme à la main. La tentation des groupes djihadistes de surinfecter la plaie en progressant vers N'Djamena est grande, mais les oblige à se découvrir. L'état-major de Barkhane est dans la capitale tchadienne ! Le sac de nœuds !

Deux commentaires

Deux acteurs militairement puissants rapportés à l'enjeu observent notre enlisement : le Maroc et l'Algérie. Ces pays sont bien plus intéressants pour al Qaïda ou l'Etat islamique que les pays miséreux du Sahel. En plus, ils sont soumis à une fermentation islamique qui déraille le plus souvent vers le salafisme et deviendront des proies toutes désignées, pour peu que le peuple y prenne feu. Or ces deux pays restent sur leur quant-à-soi vis à vis des opérations sahéliennes de contre-terrorisme, se bornant aux commentaires. La dégradation de la situation malienne va-t-elle les réveiller ? Attendent-ils que nous ayons tiré les marrons du feu pour qu'ils les épluchent sans se brûler ? Renâclent-ils à se montrer en notre compagnie pour ne pas réveiller un passé d'étroite collaboration militaire de leurs peuples et du nôtre ? Il semblerait. Ils ne vont pas pouvoir se cacher longtemps derrière une rhétorique à usage interne, sauf à risquer de basculer du côté du mur à l'ombre. Les islamistes sont déjà au gouvernement de Rabat. En Algérie, ils sont à l'affût et organisés pour les élections d'aujourd'hui samedi 12 juin.

La force Takouba qui monte encore en régime avec des renforts locaux, a été constituée de plusieurs nations européennes non impliquées dans la colonisation africaine pour éviter justement le reproche de néo-colonialisme que l'on fait souvent à la France, qui s'ingère à première demande dans les malheurs africains. Quand Barkhane sera retirée du terrain, les opérations spéciales en seront compliquées, plus visibles, avec des risques de bavures épisodiques propres à ce combat furtif, et de la part de certains pays se posera rapidement la question du maintien de leur participation, initialement motivée par l'empathie plus que la sympathie à notre endroit. L'Allemagne qui s'occupe de l'instruction des FAMa ne restera pas non plus après le départ de Merkel, toujours réticente à prendre un risque d'enlisement.

Une conclusion

Si les choses dégénèrent comme elles en prennent le chemin au Mali, au Burkina Faso (et en Centrafrique), M. Macron ou tout autre chef d'Etat français qui lui succèdera pensera au piège rwandais de l'opération Turquoise. Cette fois, nous nous retirerons sur nos bases atlantiques, non, je l'espère, sans avoir appelé l'Algérie et le Maroc à nous succéder dans la "pacification" du Sahel ; s'ils veulent sauver leurs arrières. Ce que nous aurions dû faire bien plus tôt. Quand le président Tebboune prend à témoin ce mois-ci un journaliste d'Al Jazeera sur la circulation d'armes lourdes (deux mortiers de 120 capturés ce jeudi 10 juin à Aguelhok) sous la frontière algérienne sans que quiconque ne s'avise de l'interrompe, jusqu'à lui laisser le sentiment d'un encerclement, on est tenté de lui demander quand se décidera-t-il à intervenir dans sa zone d'intérêt, comme il en avait le projet, dit-il, en Tripolitaine si des mercenaires européens prenaient le pouvoir dans la capitale libyenne. L'Adrar des Ifoghas, c'est aussi en Algérie, non ? et personne ne lui reprochera de déborder un peu quand il prendra les freux en chasse. Pour terminer ce court billet, rappelons qu'en l'affaire, la composante militaire n'est qu'un volet de la lutte contre le djihad islamiste. Il faut aussi apaiser les tensions sociales liées au sous-développement chronique pour tarir le recrutement islamiste, et régler les conflits ethniques bien documentés ; et rien de cela n'est possible en ce domaine avec les gouvernements actuels. Bonne chance, Monsieur Macron.
(billet rédigé le 11 juin 2021)


sous-officier à cheval des compagnies sahariennes prenant ses ordres
- Lieutenant des Spahis lisant ses ordres portés par un adjudant des Chasseurs d'Afrique,
les ordonnances indigènes sont des Spahis, les chevaux, des barbes -

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