Affichage des articles dont le libellé est bagnoles. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est bagnoles. Afficher tous les articles

mardi 30 août 2022

Epilogue

Un an après l'accident, Martha et un vieux copain de lycée avaient ouvert un restaurant français à Saarbrücken, qui évoquait Marseille et le film Borsalino. Ça marchait moyen mais ils faisaient les frais. Des vieux de la ville s'étaient habitués et venaient voir la jolie patronne accorte et prévenante qui sinon boitait bas. Liliane n'avait jamais quitté la maison de convalescence où elle était surveillée pour un enfoncement du thorax. Aucune des deux n'avait entendu parler du crime turc de Mannheim, les garçons ayant jugé de ne pas parler de cette séquence estivale, à la fois pour ne pas plomber l'ambiance et accessoirement pour leur propre sécurité. C'est la traction qui relança l'affaire.
L'année suivant celle de la mort d'Alf et Med, Romain-Jean s'était laissé convaincre par un journaliste parisien de faire le reportage prévu sur la rénovation du cabriolet Citroën chocolat. Il s'était dit que les protagonistes étant aujourd'hui au repos dans le riant cimetière de Kolari à trois mille kilomètres de là, rien ne s'opposait à ce qu'il promeuve son talent dans la restauration de véhicules de collection. C'était aussi terminer le projet commun à tous les trois. Et le reportage parut dans Autoretro. La couleur spéciale n'avait pas changé. Il faut dire qu'elle rehaussait magnifiquement le modèle. Il y eut deux vidéos mises en ligne sur Youtube qui détaillaient les travaux mécaniques et de carrosserie, et qui se terminaient par une pub pour le garage de Calais, Calais Coachworks. Presque six mois après le reportage, Romain-Jean fut appelé par son ouvrier à descendre du bureau, un monsieur voulait le voir. Peut-être un Libanais ou un Syrien - il y avait des gens de partout pour le tunnel - lequel se présenta en lui tendant une carte de visite :

- Gehad Arslanoğlu, FAYA Group Ticaret As, Edirne
- Bonjour, que puis-je pour vous, efendim ?
En excellent français, le visiteur turc lui répondit que c'était une longue histoire qui concernait surtout des amis à lui, mais que s'il n'avait pas le temps maintenant, il pourrait revenir sur rendez-vous. Intrigué Romain-Jean le fit entrer :
- Je ne sais si je pourrais vous aider mais j'ai un peu de temps maintenant, venez dans mon bureau, par ici, s'il vous plaît.
M. Arslanoğlu monta l'escalier du bureau et déposa son chapeau sur le coin de la table, prit la chaise qu'on lui montrait et commença son histoire.

Il avait perdu son épouse dans la tragédie d'un crime d'honneur qui avait défrayé la chronique en Allemagne, à Mannheim exactement, c'est à côté de Ludwigshafen. Sa famille très traditionnaliste avait décidé de laver dans le sang l'affront d'un adultère présumé, et ses oncles avaient été condamnés avec leurs hommes de main pour deux assassinats, son épouse et sa sœur. Ils étaient détenus à Stuttgart. Par son épouse, il avait appris l'existence d'un cabriolet Citroën ancien de couleur chocolat qui d'une certaine façon était mêlé à l'affaire parce qu'il l'avait voiturée elle et sa sœur lors de vacances coupables entre guillemets dans le sud de la France. Et voilà que la voiture précisément décrite était maintenant sur Youtube et à Calais.
Romain-Jean alla droit au but.

- Je suis au courant du voyage de la voiture dans le sud. Que voulez-vous savoir aujourd'hui et pourquoi, enfin, si je peux me permettre cette question ?
- Je voudrais rencontrer l'un ou l'autre des garçons qui ont fait ce voyage avec cette voiture pour savoir la vérité sur les vacances de mon épouse et de ma belle-sœur. Depuis leur décès, rien ne peut nuire. C'est personnel.
Sans doute le Turc refusait-il les évidences même si son épouse avait dû parler de quelque chose au retour forcé de vacances. Romain-Jean fut gêné de lui dire que les deux garçons auxquels il pensait s'étaient tués sur une route de Finlande et qu'ils y étaient enterrés. Son visiteur prit cette affirmation pour une esquive.
- Vous êtes sûr ?
- J'étais à l'enterrement, Monsieur, c'était à Kolari sur le cercle polaire, le 26 septembre 2023.
- C'est arrivé comment ?
- Un accident de la route banal dans un virage, entre un gros camion de bois qui se déporte à gauche et une voiture venant en face et roulant trop à gauche. J'ai des photos de la voiture, une Volvo Amazon de collection. Je peux vous les montrer.
- Euh... désolé ! Non, c'est inutile. Merci.
- Je n'ai pas d'information sur leurs vacances dans le sud de la France, nos relations étaient justes de mécanique et carrosserie ; ce en quoi il mentait, mais ne sachant rien des intentions du veuf, il avait préféré maintenant sortir du jeu.
Le Turc baissa la tête, pensif et manifestement accablé ; puis il le remercia de l'avoir écouté et redescendit les marches lentement son chapeau à la main. Il s'arrêta un instant dans le rectangle de lumière du rideau de fer ouvert sur la rue et se recouvrant, prit à droite.


FIN


cabriolet Citroën
[clic]



samedi 27 août 2022

Où on passe le cercle polaire, une fois !

Roman de gare estival - Chapitre 9
Il reste deux ou trois jours de roulage selon le temps qu'il fera pour atteindre la destination finale au-delà de laquelle plus rien n'existe.

C'est à Umeå qu'ils vécurent le tournant du voyage. Après un ravitaillement copieux au Systembolaget de la ville qui ce jour-là fermait à 15 heures, c'était samedi, il rentrèrent au petit cottage qu'ils avaient loué dans un camp pour touristes à huit cent mètres de la plage. Les provisions étaient copieuses avec du poisson en boîte, des boulettes de viande à la sauce brune, du pain plat, du pain levé et des pêches en conserves de Thaîlande. Les garçons se mirent en cuisine dès six heures, il suffisait de réchauffer finalement. Les filles mirent la table, de la musique et on passa l'aquavit, puis des bières à 3,5° en vente libre, et des liqueurs parfumées de deux couleurs en petits flacons, jaune et verte... et on acheva l'aquavit qui n'aime pas prendre l'air. C'est bourrés comme des Russes qu'il finirent par se coucher sans trop savoir avec qui. Sauf qu'au matin à se lever pour chasser le mal de crâne, il parut évident à tous les quatre qu'il y avait eu "échange" et sans doute pire, sans précautions. Une bonne douche plus tard, on convint à l'unanimité d'oublier le déraillement puisqu'aucun d'entre eux n'en gardait le souvenir et de trouver la pilule du lendemain au principe constitutionnel de précaution. Mais l'affaire laissa des traces car ils ne se regardaient plus l'un l'autre de la même façon avec cette complicité muette qui avait présidé à leur relation jusqu'ici. Alf se disait même qu'à l'occasion, il saurait trouver le moyen de lever le doute. Peut-être sur le chemin du retour s'ils réunissaient les mêmes circonstances. Mais tout compte fait à la fin, ils possédaient ensemble un secret maintenant. Et c'est dans cet équipage qu'ils reprirent la route du nord le surlendemain, lundi, se promettant de ne plus mélanger les alcools en se rabattant sur le vin moins traître. Mais il était cher.

Il ne restait plus qu'à entrer bientôt en Finlande pour ressortir ensuite en Norvège et atteindre la queue de trajectoire au fin fond de la Laponie, Kirkenès. Le van allemand qu'ils avaient cotoyé au motel de Sundsvall y montait aussi, mais en faisant l'école buissonière. Ils étaient équipés comme pour une expédition au pôle Nord et cela ne rassurait pas nos amis qui s'interrogeaient sur ce luxe de précautions qu'ils n'avaient pas jugé bon d'embarquer. Med se sentait à ce moment-là comme un Congolais qui montait au Mont Blanc en espadrilles. Aussi avaient-ils prévu de questionner en détail les permanenciers de l'automobile club de la première "grande ville" sur les risques ou l'absence de risques à cette saison, avant de s'enfoncer au pays des rennes. Une chose était sûre, le temps changeait rapidement comme en montagne chez nous depuis qu'ils avaient franchi le cercle polaire arctique. Même si ce n'était pas la Ligne, l'équipe déboucha le champagne avec des biscuits tuilés en se photographiant sous le panneau indiquant le passage du Cercle. Les blousons fourrés étaient toujours à portée dans la voiture avec des bonnets de laine et pas rangés au fond de la malle. De même avaient-ils pris l'habitude de mettre leurs chaussures de marche quand ils roulaient, pour parer toute éventualité météorologique ou les effets d'un accident. Et justement...

carte de Botnie

Le camion de grumes de 40 tonnes se déporta sur sa gauche dans un virage plus serré quand Med venait lui-aussi sur la gauche de sa voie pour rattraper la courbe imprévisible ; il roulait à 75 km/h et dans le hurlement de ferraille dont les morts sur la route se souviennent toujours, l'Amazon qui avait chassé et surviré fut carrément écrasée par le train avant du Scania. La suite, nous ne la connaissons pas. Le rapport succint d'accident transmis aux familles dont on avait retrouvé la trace dans les papiers des voyageurs signalait le décès de deux garçons assis devant et des blessures sérieuses infligées à deux jeunes filles assises sur la banquette arrière. Leur rapatriement avait été confié à AWP France, société de secours aux voyageurs désignée par leurs cartes bancaires. Les corps des garçons seraient conservés un mois à la morgue de Kolari après l'autopsie à Rovaniemi, la capitale de la région, en attendant la décision des familles, soit de les rapatrier par le système d'assistance, soit de les inhumer en Finlande avec une participation modique.

Ne vint à l'enterrement que la soeur aînée de Med qui monta en train de Liège par Cologne jusqu'à Stockholm puis Gällivare en pleine Laponie, en autocar ensuite. Elle mit quarante heures mais avait une phobie sévère de l'avion. Romain-Jean avait été averti du décès d'Alf par sa mère qui avait été prévenue par l'ambassade de Finlande à Paris. Elle lui demandait d'avoir plus d'informations des autorités locales puisqu'il parlait l'anglais. Plutôt que de multiplier les appels à Kolari, il décida d'assister aux obsèques de son meilleur copain et partit de Calais vers Londres pour prendre un vol SAS vers Pajala via Stockholm et Luleå. D'un côté comme de l'autre, les familles n'avaient pas voulu se mettre en frais. Elles firent faire une gerbe chacune chez la fleuriste du village que leur avait indiquée le responsable local des pompes funèbres. Le pasteur prononça la prière d'usage devant les fosses jointes, tout en finnois, et tendit l'aspersoir. Y assistaient l'adjoint au maire et un délégué de l'entreprise de camionnage, le gérant des pompes funèbres municipales, ses quatre acolytes et deux retraités venus là par compassion. A peine eurent-ils tourné les talons que le fossoyeur démarra le bobcat municipal pour l'enfouissement. Romain-Jean ne voulait pas attendre qu'il tasse la butte à coups de godet et accéléra le pas. La sœur de Med rejoignit l'arrêt d'autocar pour attraper le prochain à ce qu'elle dit, mais il semblait douteux qu'il en passe un avant ce soir. Romain-Jean rattrapa l'adjoint au maire pour lui demander s'il était possible de voir la voiture. Il lui fut répondu qu'elle était une pièce à conviction qui illustrerait le rapport d'accident attendu par les autorités judiciaires de Rovaniemi. Mais vu la distance qu'avait franchi le Français, l'adjoint le confia à un chauffeur de la mairie qui l'amena à la casse-auto où gisait l'Amazon rouge. Romain-Jean avait nourri le secret espoir de la sauver en souvenir de son pote Alf. Le soir apportait la bise du pôle et l'épave était irrécupérable.

Toutes les vitres avaient explosé et le train avant était rentré dans l'habitacle avec la colonne de direction. Le moteur-boîte avait cassé l'arbre de transmission en reculant. Les secours avaient scié le pavillon en carré pour extraire les victimes. La clé était toujours sur le contact et la montre qu'il avait rajoutée sur le tableau de bord indiquait la bonne heure, comme un souffle ultime de vie. L'habitacle était plein de verre et brisures de toutes matières sous lesquelles il miroitait de l'huile sur le plancher, qui n'était pas de l'huile ; le coffre béant avait été vidé. Les roues arrière étaient intactes et montraient des pneus neufs. Il n'y avait plus de places à l'avant et deux minuscules espaces à l'arrière. C'est cette bulle dans la ferraille qui avait sauvé les filles de la mort, mais les séquelles des blessures provoquées par l'écrasement de la carrosserie dureraient sans doute longtemps. L'employé de mairie lui dit que le chauffeur du camion était toujours à l'hôpital et qu'il avait raconté l'accident à la police. A ce jour, personne n'avait dit qui était au volant, au prétexte des besoins de l'enquête, une discrétion qui semblait suspecte à Romain-Jean. Le premier communiqué de la "gendarmerie" qui avait été traduit en anglais indiquait que la Volvo aurait franchi la ligne jaune continue avant un virage à gauche quand le camion de grumes arrivait en face à vitesse normale en prenant tout sa voie mais que la sienne. Il était sûr que les autorités locales n'incriminerait pas le chauffeur routier, bien qu'il soit Pakistanais, et encore moins l'entreprise qui était un employeur local où le travail était rare. La venue du délégué à Kolari pouvait aussi signifier qu'il fallait accorder les violons de circonstances dans la dernière ligne droite administrative. Romain-Jean avait remarqué pendant le trajet en autocar entre Pajala et Kolari qu'ils n'avaient croisé quasiment personne sur les trente kilomètres du parcours. Ceci aurait pu laisser croire aux Français qu'ils étaient réellement seuls au bout du monde et faire relâcher leur attention, jusqu'à faire l'écart de carres fatal. Romain-Jean hésita un instant à prendre un souvenir comme le bouchon du réservoir mais préféra éviter les questions. Elle partirait à la compression dans quelques mois. De retour à la mairie, l'adjoint lui proposa un hébergement pour la nuit chez une paroissienne et lui offrit de le faire ramener à l'aéroport de Pajala demain matin par un employé de mairie qui avait des courses à y faire pour lui et le bureau.

Le Beechcraft décolla à l'heure. Quand il redescendit sur Luleå, Romain-Jean put contempler le port industriel encombré de grumiers et où stationnaient des brise-glace attendant l'embâcle de la baie. Il laissait deux potes sous terre avec qui faire des projets était terminé. Même s'il ne s'agissait que de bagnoles, Romain-Jean encaissait la tragédie comme un échec personnel ; il ne comprenait pas, pourquoi ce goût amer dans la bouche. Il était à un doigt d'imaginer une rupture du bras Pitman ou d'une rotule de direction sinon même une avarie du boîtier. Pourtant il avait ouvert le boîtier au garage pour changer les bagues, et les biellettes lui étaient apparues plutôt récentes. Une refabrication indienne ? Il ne pouvait libérer son esprit de ce tracas. S'il connaissait assez peu Med, Alf avait été son copain d'enfance depuis le collège, et ils avaient fait les quatre cents coups par toute la côte d'Opale. Jamais perdus de vue, ils passaient d'agréables soirées au pub, parfois en bonne compagnie. La page était tournée comme par un coup de vent froid. Il accusait le coup ! Deux mois plus tard, Liliane décédait à l'hôpital de Metz d'une embolie pulmonaire, il n'en sut rien.


mardi 23 août 2022

Il suffit de passer le Pont

Roman de gare estival - chapitre 8
Bientôt libérés de pointage à Copenhague, Med, Alf et leurs amies attaquent la partie exotique du voyage vers le grand nord.

Øresundsbron
Le pont ? Il faut le voir en photo avant que d'y passer. Le mégapont de l'Øresund est le marqueur inoubliable du voyage en Scandinavie. Mille mètres suspendus au-dessus de l'eau et trois mille cinq cents mètres enfouis sous l'eau, ça vous la coupe ! Prouesse d'architecte certes, mais aussi un pied fabuleux pour les ingénieurs et le designer. On y va !

Le quadrille s'était confirmé à Copenhague et le lendemain de la rixe, Alf était passé au poste prendre des nouvelles des nationaux. Il apprit que les résultats revenus de l'hôpital étaient bons et donc qu'ils pourraient faire mouvement dès demain s'ils le souhaitaient, sans récidive bien sûr.
- Quand on a su que des Français se battaient en ville, on est venus vite, mais ce n'étaient pas les Français habituels, dit le capitaine du poste en souriant.
- Ils sont comment d'habitude, demanda Alf en rejoignant l'Amazon.
- Plus exposés au soleil ! Et ils ont des série 7 ou des classe S noires ! Bon choix l'Amazon, tout forgeron sait réparer ça et ça rend sympathique par ici.
- Il y a encore des forgerons au Danemark ?
- Oui, le dimanche pour faire des animations pour touristes. Vous montez où ?
- Kirkenès si Dieu veut !
- C'est loin, bonne route quand même ! Prenez une carte d'automobile club pour la Suède dans une station-service, comme le Riksförbundet M Sverige, ça aidera en cas d'imprévu, même pour deux roues crevées.
- Merci beaucoup. Salut Capitaine !

Et Alf rejoignit les autres à l'auberge de jeunesse pour annoncer les préparatifs. Il ne restait que 2400 kilomètres avant la mer de Barents, selon le Michelin.

C'était vrai, le passage du pont de l'Øresund valait à lui seul le voyage, et Alf avait trouvé de la documentation à l'Office de tourisme, ce qui leur avait permis de préparer le saut du détroit. Il traduisait la brochure anglaise à haute voix : depuis l'île danoise de Seeland jusqu'en Scanie suédoise : 7850 mètres de long avec les précurseurs à niveau et souterrain. L'infrastructure totale avec les voies d'approches routières et ferroviaires faisait seize kilomètres. L'architecte s'appellait Georg Rotne, il est suédois et son nom est entré dans l'histoire des travaux publics comme Gustave Eiffel. D'accord, répliquait Med, nous avons quand même le majestueux pont de Normandie et le viaduc anglais de Millau tout d'élégance ! Et Liliane de couper l'effet en précisant que le mégapont Hong Kong-Macao ne faisait que cinquante kilomètres au dessus de la Rivière des Perles. Et à Macao il y a des casinos, mdr !
- Oui, ce n'est pas Chaudes-Aigues, on savait déjà, répliqua Alf, qui leur avait narré leur passage dans la seule ville au monde à n'avoir pas inventé l'eau chaude.
Le quadrige s'était formé naturellement, Med et Martha, Alf et Liliane, mais Med semblait plus accroché car sa cavalière avait des arguments peu courants, au Plessis-Robinson s'entend ! Un profil de statue grecque, le nez dans le prolongement exact du front, de grands yeux curieux de tout, la gorge haute et petite, le reste dans les canons, et une conversation volubile mais créative. Liliane était brune aussi. Moins grande, elle faisait sans doute le même poids compensant la toise par des rondeurs bienvenues. Avec un visage d'ange moins expressif, elle était le type d'Alf. Mais lui avait un caractère de marin, sans attaches fortes, et s'il montrait chaque jour une galanterie de premier jour, il ne la badait pas comme Med badait Martha. A les regarder parler et s'affairer, on savait qu'elles ne venaient pas d'une souche lotharingienne, mais plus sûrement d'Italie méridionale. C'est du moins ce que pensait Alf.

Ensemble vous décidâtes de zapper Stockholm que vous feriez au retour selon le temps imparti. Depuis Malmö vous remontâtes par la rive orientale du détroit vers Helsingborg où s'embranche la route qui monte au lac de Vättern. Des gîtes y étaient facilement accessibles où vous passâtes deux nuits, puis rejoignîtes la route de la côte du golfe de Botnie qui montait en Finlande en faisant étape à Söderhamn, terminus de la nationale 50, où vous aviez réservé un AirBnB dans une maison en bois par l'entremise d'une connaissance de Paris. Deux jours furent dédiés à la pêche, et ce fut barbecue-poisson midi et soir. Les deux couples commençait à fusionner de leur côté chacun et ce qui n'était au départ qu'une idylle de voyage, pour l'agrément de la compagnie et la gaîté des soirées, montrait chaque jour les prémices d'un compagnonnage, si on pouvait le dire ainsi. Med et Martha avaient des conversaztions soutenues sur des plans de maison et Liliane, qui avait un bon coup de crayon, dessinait des profils de maisons écologiques. Alf en revanche prenait du temps pour l'entretien de la voiture. Le défi n'était-il pas de l'amener jusqu'à Kirkenès, et de la redescendre. L'Amazon allait quand même sur ses soixante ans ! Son copain Romain-Jean de Calais lui avait fait un plan d'entretien en distance et temps. Il s'apppliquait à le suivre si ça ne dérangeait pas le programme. Pour le moment, les fluides eau et huile avaient gardé leur couleur neuve et le circuit de freinage avait été passé à la Penrite silicone, donc sans entretien. Il convenait quand même de vérifier tous les niveaux le matin à froid ; une simple routine. A Kirkenès il chercherait un pont de garage pour graisser les trains roulants et huiler le châssis avant de redescendre. Pour le moment il huilait les charnières de porte, le verrou de capot-moteur et de malle et repoussait chaque matin le graissage des axes de pédalier difficile à atteindre. Il avait aussi une boîte d'ampoules de phare car en Suède on roulait tout le temps en feux de jour et ça bouffait les bulbes. Quelle connerie par beau temps !

Sundsvall

Justement, la latitude se rappela à eux le matin du départ vers Sundsvall. Un brouillard tenace qu'ils croyaient venir de la mer, enveloppait tout et à la station-service la caissière leur avait recommandé de différer leur voyage tant que le bouchon d'étoupe ne serait pas dissous par le vent, car en fait, c'est la forêt qui poussait des nuages au ras du sol sous le vent d'ouest. Ils se le tinrent pour dit et partirent faire un brunch dans une cafétéria en face du poste à essence en attendant l'embellie. Le temps était vraiment moche et le soleil, bien blanc comme plein d'eau, ne parvint à percer que vers midi. Il fallait raccourcir d'autant l'étape du jour. Finalement au bout de deux heures de roulage ils atteignirent avant Sundsvall une sorte de motel au bord d'un lac qui louait des huttes. Sur la route, il ne passait plus un chat. La météo devait être sérieusement hostile, valait mieux attendre que les dieux du panthéon viking soient mieux disposés à leur égard. Il y avait déjà une famille hollandaise (d'après la plaque) et deux couples d'allemands, du moins à ce qu'on devinait des femmes blondes en short bronzées cirage. Oui, ils avaient aussi un van Volkswagen immatriculé "HH" à Hambourg. Le bureau du motel avait un espace "picnic" comme on pouvait le lire sur la plaque au-dessus de l'entrée du store et où on achetait, à prix raisonnable bien qu'un peu plus cher, le strict nécessaire pour survivre à une nuit et pas d'alcool. L'espèce humaine ayant cet avantage sur les expèces animales de sublimer ses pulsions, la nuit fut dédiée à l'amour, comme il se pratiquait chaque soir en ces lieux prisés de la bonne société venue de la ville proche changer les olives d'eau. Vers 9 heures le soleil rayonnait. Un café expédié avec des brioches un peu sèches et vous décidâtes de faire au moins quatre cents kilomètres pour rattraper un peu sur le programme initial, sachant toujours qu'il faudrait s'arrêter avant cinq heures pour trouver où coucher. On ferait les sandwiches au prochain bled. Et l'Amazon vrombit !

(la suite au prochain numéro)

mardi 9 août 2022

Une Amazon finalement !

Roman de gare estival - chapitre 6
L'affaire commence ici : Eté Première (clic).
Eté 2023

Il va sans dire que l'année se passa sur le qui-vive. Med avait trouvé un poste à la clinique publique de Neuilly et pour raccourcir son trajet, vivait maintenant sans boîte aux lettres dans la grande tour Défense 2000, perdu au milieu de plus de trois cents appartements. Alf avait pris un boulot dans un chantier fluvial à Deûlémont. Ils utilisaient l'un et l'autre leur deuxième prénom et évitaient les manifs et les trombinoscopes, surtout sur les réseaux sociaux. Arriva le mois de juillet, et le projet de voyage au grand nord avec lui. Vous n'alliez pas refaire la Croisière jaune sud-nord cette fois avec une Citroën Kergesse. La Onze, même révisée de fond en comble et à laquelle Romain-Jean avait apporté quelques watts supplémentaires et les jantes à rayons qui changeaient complètement le look, n'irait pas au cercle polaire ; non plus que vous ne laisseriez le journal numérique local faire une demi-page sur les Frenchies sympa montés chez les casques à cornes dans une décapotable septuagénaire, bien improbable sous leurs latitudes. Il fallait changer de caisse.

Volvo rouge
La maison d'enchères hollandaise Catawiki passait des coupés anciens qui avaient moins la cote maintenant que les zones de faible émission se multipliaient en Europe. L'idée sympa pour la Scandinavie serait une Amazon. Robuste, facile à réparer et à régler si on changeait les carburateurs SU d'origine par des HIF ; c'était le modèle idéal pour rouler décalé et sûr dans des consommations raisonnables. Catawiki venait de lancer l'enchère sur une 122 batave de 1965 rouge en état d'usage, un peu en dessous du standard collection. Vous vous y mîtes et huit jours plus tard vous emportiez l'enchère à 7099 euros plus les frais. Restaurée au retour des vacances, elle en vaudrait le double ou pas loin, c'était le bon plan, même si ce n'était pas la 123 plus prisée. Le week-end suivant, Alf partit la récupérer à Katwijk, et la ramena sans histoires chez Romain-Jean à Calais. Sans préparer un Paris-Pékin, il y avait quand même un minimum à prévoir pour franchir le cercle polaire. Contrôler les compressions, passer l'allumeur à vis platinées à un modèle électronique, changer la bobine, les quatre bougies et le faisceau complet par des composants blindés, vidanger tous les fluides et certainement désembouer le réservoir. Par chance, la boîte 4 n'avait pas d'overdrive qui est un nid de chagrins sur les anciennes Volvo. Les amortisseurs avaient été renouvelés par l'ancien propriétaire, il suffisait de mettre des pneus pour le nord et les Uniroyal MS étaient le meilleur compromis prix/grip. Les sièges étaient bons et le débosselage des ailes attendrait. Restait l'armement du navire et à déterminer sa route.

Pour une voiture moderne, Michelin donnait 3322 kilmomètres et trente-neuf heures de roulage pur entre Calais et Kirkenes (clic) en passant par la côte suédoise du Golfe de Bothnie. C'était le barreau posé sur la carte. L'idée n'étant pas de faire un pélerinage aux saints du pôle nord, la plus grande concentration de filles libres était au camping international d'Amsterdam, sur le barreau Michelin ou presque. Vous continueriez par la Frise et passeriez le grand pont de l’Øresund qui a donné son nom à cette série policière suédoise de haute volée, The Bridge (Bron) avec Sofia Helin (Saga) qui écrase toute la distribution et marque le cinéphile pour longtemps.

Par sa bonne connaissance de la langue allemande, Alf avait entretemps suivi toute l'affaire de Mannheim dans la presse locale et s'était abonné à l'édition numérique du Stuttgarter Zeitung (la belle invention !). Il avait maintenant toute l'histoire. Assez classique en somme dans le chapitre du choc de civilisations. Deux jeunes turcs de la même famille, cousins germains, s'étaient épris de deux sœurs rencontrées au cours municipal d'allemand pour étrangers le soir. Elles n'étaient pas à proprement parler des professeurs de cette association mais des bénévoles qui remplissaient toutes les tâches administratives et d'organisation des cours. Les deux garçons venaient de Thrace, d'un clan de marchands versés dans le commerce international d'urée, et eux-mêmes étaient destinés à travailler dans les bureaux de l'antenne allemande de la firme turque. Les jeunes gens se fréquentèrent pendant un an puis les familles décidèrent de conclure un beau mariage double ; les parents des filles étaient de respectables fonctionnaires des Voies navigables. Le facteur déclenchant était, ne le cachons pas, la beauté et la blondeur des fiancées bien avant leur niveau d'études juste correct. Grand mariage bruyant à Mannheim, voyage(s) de noces en Anatolie et sur la Mer noire jusqu'à Trébizonde, super-appartements sur la Maximilianstrasse, le bonheur carton plein, et beaucoup de bon argent dépensé. Sauf que ! Le journaliste en charge de l'affaire devait être un copain de Thilo Sarrazin et ne manquait aucune occasion de proposer au lecteur l'incompatibilité d'humeur entre deux systèmes éducatifs si différents qui ne pouvaient s'assembler que dans une "tutelle occidentale", ce qui au XXIè siècle n'était plus accepté dans l'espace turcique, même en Thrace. Ce n'était point tant les jeunes maris qui étaient en cause que leur famille, moins avancée sur le chemin des libertés féminines et de l'égalité des chances que n'en montraient les apparences de la vie courante. Les femmes ne portaient pas de foulard, les hommes de misbaha, mais mentalement la propagande incessante pour une réislamisation de la Turquie avait réveillé un fonds patriarcal ancien.

Med avaient des exemples de ruptures franco-africaines, toutes faites dans le même moule. L'étudiant lauréat ramenait au pays sa conquête française, blonde toujours, et une fois le "butin" promené par toute la parentèle, il prenait une épouse dans la coutume de la tribu pour se reproduire. Certaines faisaient leur deuil d'un amour romanesque en attendant que jeunesse se passe, d'autres, affolées de voir la leur s'enfuir dans une cage ethnique et qui pis est, matriarcale souvent, trouvaient la fente dans la palissade et par le consulat rentraient au pays. Il n'y avait d'expérience aucun autre endroit où réussir un mariage de la diversité que dans le pays de l'épousée, à la stricte condition que les familles ne s'en mêlent pas. Le drame de Mannheim cochait toutes les cases du crime annoncé.

la blonde

Le crime venait d'abord d'un machisme exacerbé au sein de familles vite hostiles sur fond de valeurs incompatibles. Un an avait passé et les familles turques ne voyaient pas arriver d'enfant, de garçon surtout. Les époux furent encouragés à se donner plus de mal, mais quand au bout de dix-huit mois il s'avéra que toutes les positions, sauces pimentées et tisanes stimulantes ne donnaient pas de résultat, il fut admis chez les Turcs que les épouses étaient stériles, et commença à s'insinuer dans la lézarde de la défiance qu'ils s'étaient fait posséder par la famille allemande avec des épouses défectueuses. Puisque bien sûr, au stade le plus avancé de la civilisation orientale, un mariage n'était que de procréation. Ne l'entendant pas de cette oreille, les beaux-parents conduisirent leurs filles chez le meilleur gynécologue de la place, qui après des examens approfondis déclara qu'elles avaient tout pour concevoir, porter et faire naître un enfant. Ce qui incita leurs parents à dépasser un peu le sens des convenances en déclarant tout de go aux parents des garçons que ceux-ci étaient mal montés ! Et que le plus simple était de consulter de leur côté. Ce qui s'avéra être une injure grave, un Turc ne pouvant pas être infirme sur ce plan. Deux ensemble, moins encore ! Il y aurait eu d'autres solutions comme l'insémination assistée mais c'était attenter à l'honneur du nom. La négociation du style chevillard aurait dû commencer là, mais poussés par leur bon droit, les parents allemands attisèrent la dispute de cent façons et surtout avec ce soupçon de supériorité qui fit la réputation de la race dans la campagne de France. Mais fait étonnant quand même, ce ne furent point les maris qui réagirent - le doute avait germé quand même dans leur cortex - pas plus que leurs pères respectifs, trop abasourdis par l'évidence, mais les oncles des époux, excédés des rires et quolibets qui fusaient dans leur dos quand ils passaient au café serrer des pognes ou au kiosque jouer, alors que jusque-là leur autorité naturelle dans la communauté imposait plutôt un silence respectueux. Entretemps, les filles prirent leur distance avec une ambiance de plomb et, va savoir ce qu'il se passa dans leur tête, filèrent en direction du sud jusqu'au camping ombragé de la Tamarissière qu'on leur avait conseillé en Agde quand elles louèrent les vélos. Une carte postale de vacances mal dirigée et elles furent repérées. Les oncles descendirent pour les remonter et les tenir serrées dans le genelev privé de la Maximilianstrasse. Les choses durent tourner plus mal encore en cage, puisque deux séides furent commandés pour laver l'honneur de la famille, sur place ! Les quatre individus interpelés n'étaient pas les maris et leurs pères mais les oncles et les tueurs à gages. De quoi tenir la page jusqu'à la Toussaint.

Dans la mesure où les agents actifs dans le double assassinat étaient sous les verrous, vous comprîtes alors que vous ne risquiez plus grand chose en restant un minimum prudents. L'Amazon filait un bon 120 sur l'autoroute en direction de la capitale internationale de la beuze. Vous vous étiez donné trois jours pour faire votre marché, en oubliant volontairement que vous seriez choisis et pas l'inverse finalement. Le plus simple à l'arrivée serait de commencer par laver la voiture qui en avait bien besoin. L'eau attire !

(la suite au prochain numéro)

lundi 1 août 2022

Où l'on s'achète une minerve !

Roman de gare estival - chapitre 5
La nouvelle se déplace au nord.

ferryboat

Rentrés comme prévu au Quinze Août, Alf repartit du Plessis-Robinson et continua sur Calais où un ancien copain du collège technique avait un garage réputé en anciennes et ferait une révision complète de la Traction à prix d'ami, à la seule condition d'être cité dans le magazine Autoretro où paraîtrait la voiture au printemps prochain. L'autoradio Radiomatic - il n'en restait que la façade - balançait ses fréquences dans des haut-parleurs modernes et Alf s'en mettait plein les oreilles avec la capote fermé pour cause de mauvais temps. Après Noailles, il chargea sur la nationale un jeune couple d'Anglais trempés qui remontaient au ferry de Calais. Quand fut épuisé le sujet sur la voiture super-sympa mais qui consommait beaucoup sans doute, Alf sut qu'ils avaient passé leurs vacances sur le lac Léman. Quelle idée ! Puis ils étaient remontés par la Bourgogne, évitant Paris et sa faune urbaine, les rats, les voyous et la merde des chiens. Alf ne relança pas, sachant qu'ils décrivaient aussi la banlieue de Londres comme à Seven Sisters. Le garçon était plutôt beau pour un Rosbif et la fille semblait à côté de lui un en-cas. Mais comme sa plastique commençait à souffrir des nuits à bières, on sentait qu'elle s'y était faite. Alf comprit très vite qu'il n'y aurait pas de conversation, surtout au premier barrage de CRS protégeant la côte des routiers double-usage. "Les Français avaient créé le problème migratoire transmanche en ne retenant pas les faux réfugiés désireux de passer en Angleterre et en fermant les yeux sur les passeurs". Inutile de leur expliquer qu'en France, le migrant était une culture, au même titre que le maïs ou le canard gras, et que rien ne changerait jamais, ni de ce côté du Channel ni de l'autre. Il les mena aux bureaux de l'embarcadère qu'ils pénétrèrent sans se retourner, et reprit la route du littoral vers chez lui, mit la cassette de Wilson Pickett et monta le son :
Mustang Sally (au casque).

Les vacances étaient terminées depuis une quinzaine. S'ils n'avaient pas fait tant que ça de photos, ils avaient passé du bon temps, avec de super-nanas décoincées qui plus est, et montraient un bronzage très classe moyenne supérieure. Alf avait repris son poste de dessinateur industriel dans un chantier naval de Calais et Med était retourné dans sa clinique. La titine était sous housse chez Romain-Jean qui allait la préparer cet hiver pour le reportage d'Autoretro. Il était envisagé de lui ajouter des watts comme à l'époque avec un compresseur Constantin, mais aussi un visco-coupleur de ventilateur de chez Rover pour réduire le couple perdu, une culasse Speed (pas facile à trouver) et sans doute de vraies jantes à rayons pour mieux refroidir les tambours de freins. Mais le premier travail était d'ouvrir la boîte de vitesses dont la seconde sautait, obligeant à tenir enclenchée la queue de vache avec le genou. Ça n'était pas la tringlerie. Sur la carrosserie, on ferait juste un polish pour la garder dans son jus, Alf et Med s'en chargeraient en venant un samedi au garage. Le programme était simple et abordable. Alf rentrait le vendredi soir chez ses parents à Zutkerque pour faire un peu de jardinage le week-end, son linge et ballader le terre-neuve le long de la rivière. Parfois il montait un hameçon à sa canne d'ado et allait pêcher au coup quand il ne pleuvait pas. A Calais, il avait son pub et des copains de zinc et comme toute sa classe d'âge à Calais, il sautait à l'occasion des Anglaises qui venaient sur le continent faire des courses. Une vie réglée de célibataire en somme.

Med fut réveillé en sursaut par le téléphone bien qu'il soit onze heures mais c'était un samedi. Alf appelait de chez ses parents. Il avait la Voix du Nord dans les mains avec un titre en page 3 qui lui glaçait le sang. Il parlait à mi-voix.
- Ecoute ça :
Crime d'honneur à Mannheim au Bade-Wurtemberg, titrait le canard avec une photo d'un immeuble entouré de voitures de patrouille et d'ambulances. La police est intervenue la nuit dernière dans un immeuble de la Maximilianstrasse à l'appel de voisins effrayés par des cris de terreur apparement féminins provenant du dernier appartement. L'équipe d'intervention renforcée dut fracturer la porte pour trouver deux femmes dans la trentaine baignant dans leur sang sur le tapis du salon. Quatre hommes furent appréhendés comme témoins dans l'immeuble, dont un qui tentait de gagner le toit, mais qui ne sont pas connus des services de la police criminelle. D'après les témoignages recueillis à proximité par les correspondants du Stuttgarter Zeitung, il pourrait s'agir d'un crime d'honneur, vu l'appartenance communautaire de la famille. Les premiers éléments divulgués sur les victimes indiquent qu'elles étaient originaires de la Sarre.
Suivait des considérations sur les statistiques de criminalité dans un district plutôt calme...

Un blanc au bout du fil. Med était suffoqué et ne disait rien. Au bout d'un moment Alf brisa le silence pour dire que d'une certaine façon, c'était écrit : des Turcs ne laisseraient pas passer ça et le petit du camping ne s'était pas trompé. Vous sûtes instinctivement que vous étiez aussi des cibles ; si l'honneur de la famille turque avait été ruiné, c'était en partie de votre faute. Alors vous échafaudâtes les prémices d'un protocole de sûreté qui commençait par ne pas se rencontrer déjà, pour éviter que l'un ne mène à l'autre. Le plus sûr était de quitter les logements présents au cas où une enquête de voisinage par des malfaisants ne démarre à la Tamarissière ou autour. Le bureau du camping avait les adresses et la photocopie des cartes d'identité. Ainsi Med se fit à l'idée de quitter le Plessis-Robinson pour Paris intramuros et Alf prit un petit triplex rue de la Monnaie à Lille, qui était déjà dans ses intentions en location-vente. Ils avaient la chance d'être restés célibataires mais chacun de son côté prévint sa parentèle qu'il partait en mission à l'étranger sans possibilité de le joindre. Si les explications ne suffisaient pas, ils étaient près à se fâcher avec les leurs. Il y avait aussi le reportage à venir dans Autoretro. Ils étaient indentifiables bien plus facilement par la Onze décapotable de couleur marron que par aucun autre signalement précis. Il fallait annuler et arrêter les frais chez Romain-Jean. Comment le prendrait-il ? Surtout si la meilleure précaution était de ne pas l'informer du pourquoi pour éviter la dissémination, lui qui était en ce moment identifiable par la voiture garée chez lui. Mais à la fin du mois, Alf fit une rencontre utile.

Un pote d'un pote était turc (ou kurde). Quand un soir au pub la conversation avait roulé sur la civilisation toujours archaïque de la Turquie populaire et sur les crimes d'honneur chez les paysans d'Anatolie. Alf apprit sans que les autres ne le sussent qu'il devait être mort à cette heure. Le protocole de vengeance communément admis voulait que l'amant soit sacrifié le premier, si possible sous les yeux de la femme adultère, laquelle devait tourner de l'œil pour faire bonne contenance avant que d'y passer à son tour. A distance, on pouvait rapporter à l'épousée les glaouis du défunt comme preuve de l'exécution. S'ils étaient encore vivants il n'y avait que deux raisons probables : soit ils étaient restés introuvables mais alors pourquoi priver les "coupables" de la douleur du spectacle promis en les égorgeant les premières ; soit les maris les considéraient comme des pigeons innocents qui auraient été séduits par leurs femmes dévergondées. Faudrait peut-être continuer à réfléchir... Chacun avait retrouvé un boulot correct ; un nouveau logement sympa ; ils décidèrent de s'en tenir au plan une année encore et jusqu'après les vacances de l'an prochain. Le mieux d'ailleurs n'était-il pas de les passer en... Norvège ? A Kirkenes, les Turcs ne vont jamais à Kirkenes. Et les Russes non plus maintenant.

Kirkenes harbour
(la suite au prochain numéro)

samedi 21 août 2021

Summertime (VI) l'auto pornographique

Bien que la situation générale soit moins grave qu'un épisode de guerre mondiale comme les hommes savent si bien en déclencher, le cœur n'est pas à rire. Le 15 août 2021 restera une date historique comme celle de la chute de Constantinople : l'Occident mis en échec à Kaboul par des hordes de pouilleux embrasés par leur foi. En hommage à nos "sœurs" comme en rêve le taliban errant par les nuits sans lune, voici la minute féministe qui va bien au teint des Afghanes :


Oh well I'm the type of guy who will never settle down Where pretty girls are well, you know that I'm around I kiss 'em and I love 'em 'cause to me they're all the same I hug 'em and I squeeze 'em they don't even know my name They call me the wanderer, yeah the wanderer I roam around around around Oh well there's Flo on my left and there's Mary on my right And Janie is the girl with that I'll be with tonight And when she asks me which one I love the best I tear open my shirt I got Rosie on my chest 'Cause I'm the wanderer yeah the wanderer I roam around around around Oh well I roam from town to town I go through life without a care 'Til I'm as happy as a clown With my two fists of iron and I'm going nowhere I'm the type of guy that likes to roam around I'm never in one place I roam from town to town And when I find myself a-fallin' for some girl, yeah I hop right into that car of mine and ride around the world Yeah I'm the wanderer, yeah the wanderer I roam around around around, let's go Oh yeah I'm the type of guy that likes to roam around I'm never in one place I roam from town to town And when I find myself a-fallin' for some girl I hop right into that car of mine and ride around the world 'Cause I'm a wanderer, yeah a wanderer I roam around around around, around, around 'Cause I'm a wanderer, yeah a wanderer I roam around around around, around, around... !


rose rouge-noir


Bref, pour remonter le moral de l'espèce humaine, le rapport du GIEC est tombé : on est foutus, on mange trop ! Nous perdrons la terre plus tôt que prévu et sûrement ; l'homme en est la cause. A l'heure où nous mettons sous presse, des irresponsables parlent encore de... développement ! Ce ne sera que justice à la fin ! Nous sommes au sortir du jurassique juste avant l'arrivée de l'astéroïde. Nous laisserons dans les sables crépusculaires de notre civilisation les témoignages de nos folies.

Après qu'auront disparu les êtres de chair, leur survivront pendant quelques décennies des êtres de fer. Pour quelques mois encore, il est possible de sauver un dinosaure. Et le plus abouti dans le cycle d'attrition naturelle du programme est la Cadillac Deville 1965. Des lignes parfaitement horizontales pour des modèles les plus longs, les plus larges, les plus bas que tout ce que la production américaine avait montré. Le modèle à découvrir ci-dessous est mû par un moteur de 429 pouces-cubes avec pour jockey un carburateur quadruple corps qui délivre 340 chevaux. Deux tonnes d'acier et de chrome sur 5,68m de long et 3,29m d'empattement, royal ! Si vous en croisez une, achetez-la, et comme notre ami dans la vidéo, planquez-la dans une grange. Le combo V8 GM - HydraMatic est inusable et vous trouverez toujours de l'essence de contrebande pour la faire tourner... la nuit en campagne, quand la police photovoltaïque dort. En guise de notice nécrologique la voici :





Il ne vous reste plus qu'à prendre la route pour l'université d'été de l'Action française à Roanne, même si l'effondrement de la civilisation humaine, sur une planète qui s'ébroue pour s'en défaire, n'est pas au programme. Ça commence demain dimanche.

Roulez bolides !


deux motos

samedi 15 mai 2021

Paris piéton

Circule sur la Toile une carte du Paris médiéval, pour illustrer d'un côté et dénoncer de l'autre, la piétonisation des arrondissements à un chiffre de la capitale. Et on se plaît à superposer cette carte et le projet de la majorité municipale pour comprendre à la fin que la ville de Philippe Auguste n'avait pas anticipé une circulation automobile envahissante tant en passage qu'en stationnement. C'est ce que nous analysions dans un billet resté fameux chez le lectorat de Royal-Artillerie car illustré d'un taxi jaune, et dont nous recyclons aujourd'hui la section technique ci-dessous, avec la carte des enceintes :

Projet de réforme de la circulation parisienne intra-muros ?!


Préambule
(La codification est destinée à ceux qui veulent faire un Powerpoint)


Le trafic a deux origines : la circulation intérieure (C1) et la circulation de transit (C2).

Il y a trois types de trafics en surface : (T1) les déplacements des services publics de l'Etat (y compris celui des régies de transport), (T2) les déplacements des professionnels assurant des services à la population (artisans et livreurs), (T3) les déplacements individuels à titre professionnel ou privé.

Le trafic est assuré par cinq vecteurs : (V1) les flottes automobiles des services publics, (V2) les flottes commerciales et artisanales des professionnels, (V3) les flottes de taxis et transport à la demande (Uber), (V4) la circulation générale de voitures non dédiée, (V5) les une-roue et les deux-roues.

Le territoire parisien est formé de quatre zones : (Z1) la voirie de grande circulation (boulevards, grandes avenues et périphérique), (Z2) le fleuve et les canaux, (Z3) la voirie haussmannienne, (Z4) la voirie médiévale.

Un projet

(A) Sérier les trafics selon leur origine :

Le transit doit être détourné de Paris en améliorant les conditions de son contournement. En ce sens la neutralisation bienvenue des voies sur berges aurait dû être précédée d'un renforcement du périphérique (surtout au sud), dont le trafic de transit provincial et international aurait dû être déporté sur l'A86 et l'A104 depuis longtemps... si ce pays était gouverné. Mais clientélisme oblige, les grands travaux routiers ont souvent succombé à la préservation du confort de gens bien placés. Le bouclage de l'A86 ouest (de La Jonchère à Marnes-la-Coquette) et celui de l'A104 ouest (Ile de Migneaux) sont exemplaires à cet égard.

On ne doit pas confondre le transit et l'accès depuis l'extérieur. La banlieue doit continuer à entrer dans Paris parce qu'elle est en assure le fonctionnement quotidien.

- le Mur des Fermiers Généraux en bleu, la Barrière de Thiers en rouge -

(B) Associer les zones et les types de trafic :

Si les services publics et au public (T1 et T2) doivent aller partout sans restrictions, tout comme les deux-roues qui n'encombrent pas l'espace (V5), les déplacements individuels (T3) ne devrait pas permettre d'accéder à la voirie médiévale (Z4). Comme on ne peut trier rue par rue, il serait logique d'interdire le centre historique de Paris à la circulation générale (V4) et pour faire simple, sortir les six premiers arrondissements et la moitié est du VIIè du plan de circulation de la Préfecture, à l'exception des grands boulevards (l'ancienne enceinte Philippe-Auguste) permettant de le contourner et des quatre axes traversant à grand débit que sont le boulevard Raspail, les boulevards Saint-Michel-Sébastopol, le boulevard Saint-Germain et la Rue de Rivoli-Saint-Antoine. Les modalités d'accès et de stationnement seraient à définir, sans doute sur la base d'une gestion des plaques d'immatriculation.
La séparation du trafic professionnel et du trafic privé obligera à spécialiser les plaques d'immatriculation des artisans et commerçants en ajoutant par exemple un "SP" comme Services au Public). De même sera-t-il plus facile de contrôler les taxis identifiables par une couleur unique comme dans beaucoup de villes étrangères : le vert-wagon à toit blanc irait bien à Paris.

Il existe une zone concentrique à ce centre historique qui est délimitée par l'ancien Mur des Fermiers Généraux érigé jadis pour percevoir l'octroi. Des boulevards le remplacent aujourd'hui. Ils délimitent les arrondissements 8, 9, 10, 11, 12-ouest, 13-nord, 14-nord, et un peu du 15è et 16è-nord. Cette zone devrait être d'accès réglementé pour la circulation générale (V4) par le biais d'un péage modéré, exception faite des flottes de taxis et assimilés. Le reste du territoire qui représente plus de la moitié de la superficie de Paris serait libre d'accès comme aujourd'hui et le trafic fluidifié par tout moyen intelligent comme la synchronisation des feux en fonction de la charge de la voie.

(C) Régler le problème du stationnement en voirie :

Outre l'occupation plus ou moins illicite de l'espace public, le stationnement des automobiles en surface est une pollution. Comme dans certaines villes étrangères, il serait avisé de lier l'immatriculation d'un véhicule à Paris à la possession d'une place de garage. Il existe encore de la place pour construire des garages à voitures dans Paris ; il existe aussi des parkings-silos qui correspondent bien à l'utilisation sporadique d'un véhicule. Pour le reste, le stationnement resterait payant en journée avec relevé de la vignette Crit'air comme aujourd'hui.

[fin de l'extrait]

L'inquiétude légitime des commerçants, mais surjouée de l'opposition municipale, doit être apaisée par l'amélioration des transports publics existants dans leur amplitude horaire afin d'irriguer les zones de chalandise, et certainement aussi par l'introduction de moyens alternatifs comme les Sixteen-Seats de Hong Kong (copiés sur les dolmuş de Turquie). Peut-on espérer voir un jour ce "centre-ville" devenir propre sans la merde et les ordures qu'il devient impossible de nettoyer ? Les voies piétonnes sont d'expérience maintenues propres, tant par les services municipaux s'ils sont bien commandés (ce qui n'est pas le cas dans les arrondissements de Paris où les adjoints "Voirie" de la mairie n'ont aucune autorité sur le Labeur) que par les commerçants riverains ou les gardiens d'immeubles. Pour finir, voici le contour de la zone à piétoniser proposée par la municipalité :

plan du centre piéton de Paris

lundi 11 mai 2020

Bagnoles de Paris

Le déconfinement sanitaire de Paris relance la dispute entre voitures, vélos, piétons et transports en commun. L'infestation probable des transports massifiés et réduits tout à la fois risque de reporter le flux alternatif quotidien sur la voiture individuelle. L'Hôtel de Ville menace les automobilistes d'appliquer la circulation alternée par numéro de plaque au motif du surcroît de pollution, après avoir décidé certaines mesures restreignant la circulation - il reste un second tour électoral à franchir pour continuer à vivre sur la mairie.
S'élèvent ci et là les clameurs dénonçant les caprices pédalos-bourgeois de la clique en charge des affaires municipales, renforcées par celles des représentants informels des banlieusards qui forment une grande partie de la circulation à l'intérieur du périphérique. Tout le monde à vélo ! Stupide.

Il n'en demeure pas moins que la circulation dans Paris tourne chaque jour au cauchemar en temps ordinaires et qu'il faudra bien prendre le problème à bras le corps. L'équipe municipale au volant compte pourrir la circulation au moyen de moult aménagements dissuasifs de la voirie et en déployant partout des pistes cyclables. De leur côté, les oppositions veulent fluidifier le trafic par une gestion numérique des feux de circulation et un réaménagement des grandes places, tout en soutenant vélos et transports en commun : on essaie de ratisser large.
Ceci étant dit, il ne faut pas perdre de vue que l'industrie automobile est une des dernières grandes industries françaises et que les améliorations de la circulation générale ne doivent pas la brimer. De ce point de vue, il est contre-productif de pénaliser la circulation routière - c'est l'histoire lamentable du 80km/h de M. Philippe - et de restreindre en même temps le trafic urbain pour de bonnes raisons. Quand chassera-t-on le Salon de l'Auto de la Porte de Versailles ?


Le temps est venu de mettre sur la table un plan de circulation drastique pour Paris, qui va soulager la ville de ses encombrements. C'est ce que nous proposons ci-dessous pour meubler une semaine qui s'annonce riche en ratés, couacs et foutoir.



Projet de réforme de la circulation parisienne intra-muros ?!



Préambule
La codification est destinée à ceux qui veulent faire un Powerpoint

Le trafic a deux origines : la circulation intérieure (C1) et la circulation de transit (C2).

Il y a trois types de trafics en surface : (T1) les déplacements des services publics de l'Etat (y compris celui des régies de transport), (T2) les déplacements des professionnels assurant des services à la population (artisans et livreurs), (T3) les déplacements individuels à titre professionnel ou privé.

Le trafic est assuré par cinq vecteurs : (V1) les flottes automobiles des services publics, (V2) les flottes commerciales et artisanales des professionnels, (V3) les flottes de taxis et transport à la demande (Uber), (V4) la circulation générale de voitures non dédiée, (V5) les une-roue et les deux-roues.

Le territoire parisien est formé de quatre zones : (Z1) la voirie de grande circulation (boulevards, grandes avenues et périphérique), (Z2) le fleuve et les canaux, (Z3) la voirie haussmannienne, (Z4) la voirie médiévale.

Un projet

(A) Sérier les trafics selon leur origine :

Le transit doit être détourné de Paris en améliorant les conditions de son contournement. En ce sens la neutralisation bienvenue des voies sur berges aurait dû être précédée d'un renforcement du périphérique (surtout au sud), dont le trafic de transit provincial et international aurait dû être déporté sur l'A86 et l'A104 depuis longtemps... si ce pays était gouverné. Mais clientélisme oblige, les grands travaux routiers ont souvent succombé à la préservation du confort de gens bien placés. Le bouclage de l'A86 ouest (de La Jonchère à Marnes-la-Coquette) et celui de l'A104 ouest (Ile de Migneaux) sont exemplaires à cet égard.

On ne doit pas confondre le transit et l'accès depuis l'extérieur. La banlieue doit continuer à entrer dans Paris parce qu'elle est en assure le fonctionnement quotidien.

- le Mur des Fermiers Généraux en bleu, la Barrière de Thiers en rouge -

(B) Associer les zones et les types de trafic :

Si les services publics et au public (T1 et T2) doivent aller partout sans restrictions, tout comme les deux-roues qui n'encombrent pas l'espace (V5), les déplacements individuels (T3) ne devrait pas permettre d'accéder à la voirie médiévale (Z4). Comme on ne peut trier rue par rue, il serait logique d'interdire le centre historique de Paris à la circulation générale (V4) et pour faire simple, sortir les six premiers arrondissements et la moitié est du VIIè du plan de circulation de la Préfecture, à l'exception des grands boulevards (l'ancienne enceinte Philippe-Auguste) permettant de le contourner et des quatre axes traversant à grand débit que sont le boulevard Raspail, les boulevards Saint-Michel-Sébastopol, le boulevard Saint-Germain et la Rue de Rivoli-Saint-Antoine. Les modalités d'accès et de stationnement seraient à définir, sans doute sur la base d'une gestion des plaques d'immatriculation.
La séparation du trafic professionnel et du trafic privé obligera à spécialiser les plaques d'immatriculation des artisans et commerçants en ajoutant par exemple un "SP" comme Services au Public). De même sera-t-il plus facile de contrôler les taxis identifiables par une couleur unique comme dans beaucoup de villes étrangères : le vert-wagon à toit blanc irait bien à Paris.

Il existe une zone concentrique à ce centre historique qui est délimitée par l'ancien Mur des Fermiers Généraux érigé jadis pour percevoir l'octroi. Des boulevards le remplacent aujourd'hui. Ils délimitent les arrondissements 8, 9, 10, 11, 12-ouest, 13-nord, 14-nord, et un peu du 15è et 16è-nord. Cette zone devrait être d'accès réglementé pour la circulation générale (V4) par le biais d'un péage modéré, exception faite des flottes de taxis et assimilés. Le reste du territoire qui représente plus de la moitié de la superficie de Paris serait libre d'accès comme aujourd'hui et le trafic fluidifié par tout moyen intelligent comme la synchronisation des feux en fonction de la charge de la voie.

(C) Régler le problème du stationnement en voirie :

Outre l'occupation plus ou moins illicite de l'espace public, le stationnement des automobiles en surface est une pollution. Comme dans certaines villes étrangères, il serait avisé de lier l'immatriculation d'un véhicule à Paris à la possession d'une place de garage. Il existe encore de la place pour construire des garages à voitures dans Paris ; il existe aussi des parkings-silos qui correspondent bien à l'utilisation sporadique d'un véhicule. Pour le reste, le stationnement resterait payant en journée avec relevé de la vignette Crit'air comme aujourd'hui.


Conclusion

Tout le monde ne peut pas se déplacer à vélo, de même que chacun n'a pas son véhicule qui l'attend en bas de l'immeuble. Mais tout le monde doit aller et venir librement en sûreté. Tout projet de circulation en surface convoque une franche amélioration des transports en commun. Non pas tant pour le maillage qui est excellent à Paris, que pour les conditions de leur utilisation. Sécurité, propreté, amplitudes horaires, il y a beaucoup de travail - c'est un euphémisme - car il ne suffira pas d'en parler mais de téléphoner à Hercule quand il en aura fini aux écuries du roi. On ne va pas rentrer dans la polémique Paris vs. Calcutta qui serait bien trop cruelle pour une équipe municipale à l'emblème du rat.

samedi 29 février 2020

À la Saint-Oswald !


Pour franchir l'épidémie de Coronavirus chinois, il serait avisé d'apprendre à marcher sur la Lune puisque c'est la dernière station sur la route du paradis de Bételgeuse où nous allons arriver tous un jour, demain, dans quatorze, vingt-huit, cinquante-six jours ? jamais ? non ! la langue des mortels ne connaît pas "jamais". Ça nous fera un peu de rythme car, pour passer la Saint-Oswald une fois chaque quatre ans il faut, déjanter le pneu des conventions bourgeoises, des bagnoles impossibles, de la musique, même électronique, du malt à défaut de Coca qui fait grossir, des bikers revenus des enfers et Ladyva aux ivoires pour finir.


Après cette mise en jambe, nous évoquons la "bagnole ultime" - combien de temps encore ? - la voiture de la NASCAR, plus de 3 heures à 300km/h sur un V8 culbuté et boîte 4 manuelle. J'entends les evzones de l'Auto-Journal débiner une technique obsolète ! Le choix d'une technique ayant motorisé soixante années de production automobile américaine vise à limiter la course à l'armement et permettre ainsi à des écuries locales de concourir. Le moteur standard est un V8 aspiré de 5,9 litres à arbre à cames central qui envoie 800 chevaux et pousse jusqu'à 320 km/h (200mi/h) dans les 9000 tours/minute. On comprend que tenir 3h40 à cette cadence convoque une métallurgie de qualité et les moteurs ne sont pas stock contrairement à ce que dit la lettre "S" de Nascar ! Il s'agit aujourd'hui de la course victorieuse de Chase Elliot sur la Chevrolet ECR N°9 de Hendrick Motorsports au Superspeedway de Talladega en 2019. La prise, qui fait plus de trois heures, commence par un drapeau jaune et un passage au stand. Enjoy !


On finit la journée à l'apéritif. Français, nous tuons plus de deux cents millions de bouteilles de whisky par an. Le mieux n'est-il pas de le boire avec un connaisseur ? Il sait tout, de l'évaporation jusqu'aux trois gouttes d'eau qui développent l'arôme. C'est sérieux. Cheers !






Le 29 février on fête aussi saint Oswald de Worcester. C'est à l'origine un Danois né en 925, éduqué en Angleterre dans une famille d'ecclésiastiques, formé à l'abbaye de Fleury (Loiret). Abbé de Ramsey (Bénédictins), évêque de Worcester, il obtint l'archevêché d'York en 972 et rejoignit son créateur ce même jour de l'an de grâce 992. On lui attribue d'importantes réformes de la règle de saint Benoît, sous la férule de l'archevêque et conseiller du roi Edgar, le grand Dunstan de Cantorbéry.










ET VOILÀ, C'EST FINI !
À DANS QUATRE ANS...

dimanche 8 décembre 2019

Au milieu des ruines... la vie continue

Tant qu'il y aura des femmes, il y aura des hommes, et des morts qui les ont trompées.
En attendant, roulez bolides en américaine avec des blondes, bien sûr !


Two black Cadillac driving in a slow parade
Headlights shining bright in the middle of the day
One is for his wife
The other for the woman who loved him at night
Two black Cadillac meeting for the first time

And the preacher said he was a good man
And his brother said he was a good friend
But the women in the two black veils didn’t bother to cry
Bye bye, bye bye
Yeah they took turns laying a rose down
Threw a handful of dirt into the deep ground
He’s not the only one who had a secret to hide
Bye bye, bye bye, bye bye

Two months ago, his wife called the number on his phone
Turns out he'd been lying to both of them for oh so long
They decided then, he’d never get away with doing this to them
Two black Cadillac waiting for the right time, the right time

And the preacher said he was a good man
And his brother said he was a good friend
But the women in the two black veils didn’t bother to cry
Bye bye, bye bye
Yeah, they took turns laying a rose down
Threw a handful of dirt into the deep ground
He’s not the only one who had a secret to hide
Bye bye, bye bye, bye bye

It was the first and the last time they saw each other face to face
They shared a crimson smile and just walked away
And left the secret at the grave

And the preacher said he was a good man
And his brother said he was a good friend
But the women in the two black veils didn’t bother to cry
Bye bye, bye bye
Yeah, they took turns laying a rose down
Threw a handful of dirt into the deep ground
He’s not the only one who had a secret to hide
Bye bye, bye bye, bye bye

Bye bye, bye bye, bye bye
Yeah........

(Coupé Deville 1964 avec un V8 de 390 pouces-cubes de 325 chevaux et 59 mètres-kilos force)





Et en prime, pour la qualité de la prise lumière et les jambes de Carrie Underwood :
Remind me !


(C'est mieux, élargi directement sur Youtube)

mercredi 12 septembre 2018

En remontant le méridien (4/4)

Voir l'abstraction lyrique d'un tableau Gutaï en fin de parcours soulage le visiteur de l'oppression d'outrenoir qu'il endure dans le musée de Rodez. La supercherie au goudron, brou de noix et autres noirs monochromatiques s'est déployée par le verbe. Il faut une imagination d'enfer pour "parler" du génie de Pierre Soulages. Le marché ne s'y est pas trompé qui a acheté, "le marché a toujours raison" dit le marchand, affaire de fric.
Mais le musée est beau, intérieur comme extérieur, et à l'instar de son aîné ruthénois, le Denys-Puech qui a rangé les sculptures du Grand Prix de Rome au sous-sol, il pourra dans trente ans s'utiliser pour exposer d'autres peintres, d'autres œuvres, du bel art, du grand art. Le multiplexe cinématographique qui voisine avec le musée est tout à fait en harmonie, l'ensemble est réussi. Merci Monsieur Censi.

La remontée vers le nord nous a laissé le temps d'errer en plaine de Garonne, un pays vide de gens entre Toulouse et rien, qui m'a fait revenir bien des souvenirs d'enfance et d'après. La souche de ce côté de l'arbre généalogique était à Samatan et à Pins-Justaret, mais mon aîné s'y ressource avec courage et écologie pour déplacer la montagne d'une rénovation immobilière qui tourne au barrage cambodgien de Marguerite Duras. La famille mettra Sisyphe dans ses armoiries !
Muret bientôt et un lycée Pierre d'Aragon qui commémore certainement la mort au combat en 1213 du roi Pierre II, venu prêter main forte au comte de Toulouse dans la première croisade des Albigeois. Plus fin tacticien que lui, Simon de Montfort, qui a son tour périra devant Toulouse cinq ans plus tard, l'y tuera à un contre dix. La rocade extérieure de la capitale aéronautique passée, c'est tout droit vers la A68, Rabastens AOC, Gaillac AOC etc...

Arrivés tard à Rodez, nous nous risquâmes en ville pour dîner. Ville ? La "ville" était vide de chez Néant ! Aussi vide que Saint-Martial au quinze août (voir le numéro 2/4). Il faisait douze degrés à l'ombre et la bise du nord ne nous laissait aucune autre chance que d'entrer dans une crêperie... bretonne ! Bon, ça reste celtique quand même. C'est le lendemain au saut du lit que nous courûmes au Soulages, surtout pour dire après que nous l'avions vu.
"Alors, alors ?"
Pas compris ! Désolé.


Rodez, ville malade : la moitié basse de la Rue Béteille, une très longue pente (en fait la RN88) qui monte à la cathédrale de grès rose que le monde entier nous envie, est sinistrée. C'est Alep. Tous les commerces sont fermés et les vitrines passées au blanc d'Espagne. Soit la mairie a projeté une opération immobilière d'ampleur, mais avec quel argent, les impôts locaux socialistes d'ici sont si démentiels qu'ils chassent les contribuables ; soit personne ne rachète fonds et murs au décès des propriétaires qu'on enterre dans des boîtes en carton biodégradable pas cher ! Des promoteurs privés construisent en revanche de gros ensembles sur le tour de ville pour sans doute achever de vider le département de ses habitants qui viennent tous s'agglutiner dans le Grand Rodez à proximité des cliniques, et dans le même temps ruiner les propriétaires fonciers d'aujourd'hui en faisant s'effondrer les loyers dans l'ancien, loyers qui sont déjà parmi les plus bas de France. Il faut dire que l'Aveyronnais, capitaliste né, s'est jeté dans les dispositifs d'acquisitions immobilières à compte de locataires sans trop mesurer le stock de preneurs disponibles. Il y a pléthore d'offres, et les locataires ne veulent entrer que dans un logement neuf ou récent. Dix euros/mois le mètre-carré du trois-pièces traversant et ensoleillé, refait neuf aux normes actuelles, charges comprises. On descend à six ou sept euros si la surface augmente ; et c'est bien moins cher encore dans la ville étroite. Pas d'issue !

Deux bouteilles de Marcillac AOC à l'épicerie du coin et roule bolide... On dévale la rue Saint-Cyrice à pic pour rentrer par Conques, tout droit... Mazette ! "Il" a frappé ici aussi : les vitraux de remplacement à l'église sont du même faisan, ondulations voire barres noires sur verre transparent et bleuté. Les moines ont payé ça ? Quelqu'un leur a dit de faire plus moderne, plus dans le vent du progrès... et le miracle roman de l'abbatiale de Conques a été sérieusement entamé par le vulgaire et le lucre. Quand on sait ce que fut l'abbaye de Conques, son lien spécial avec Saint-Jacques de Compostelle, son rôle dans la Reconquista au sein de la maison d'Aragon, j'en pleure ! On donne l'ouvrage à un baratineur sans talent qui fait marcher son petit monde au bagout sans cesser de compter. Il ne reste plus qu'à espérer la visite de quelque Rockefeller pour mobiliser des crédits d'indignation et revenir aux couleurs d'origine qui changeaient avec les heures du jour et le temps qu'il fait. Décidément Soulages n'est que vent qui passe par la tuile à loup.


Dans l'après-midi, nous franchissons le col de la Fageole pour entrer bientôt en "France" en laissant derrière nous le dernier évêché méridional, Saint-Flour : contrairement à ce que disent les mauvaises langues, les Sanflorains ne chuintent pas. Le reste du voyage est sans intérêt, Bison fûté a vu orange vif ; il ne s'est pas trompé. La route est de plus en plus longue qui permet de rêvasser aux pays quittés. Au fier et luxurieux comté de Foix par exemple, où "sévit" jadis la plus lascive et amoureuse des Croyantes du XIIIè siècle sous l'Inquisition occitane. Béatrice de La Gleize, successivement barouneto de Roquefort-les-Cascades puis de Dalou, que sautait son confesseur, Pierre Clergue, curé de Montaillou, une paroisse infestée d'hérétiques. Le brigand usait d'une magie contraceptive dont on a perdu la composition et qui nous aurait sauvés de la loi Veil. Je cite le carnet d'inquisition de Jacques Fournier, futur Benoît XII (cf. le manuscrit 4030 de la Vaticana pour qui aime les procès croustillants). C'est elle qui se confesse pour l'absolution de ses pêchés et accessoirement éviter le bûcher (ça a marché):
« Le curé portait quelque chose d'enroulé et de ficelé dans une étoffe de lin, de la grosseur et de la longueur d'une once ou de la première phalange de mon petit doigt, auquel était attaché un cordon qu'il me passait autour du cou. C'était, paraît-il, une plante. Il la faisait descendre entre mes seins jusqu'au bas du ventre. Toutes les fois qu'il voulait me connaître, il la plaçait à cet endroit, et l'y laissait jusqu'à ce qu'il eût fini. Quand il se levait, il me l'ôtait du cou. Si dans la même nuit il voulait me posséder plusieurs fois, il me disait : "Où est la plante ?". Je la retrouvais en la tirant par le fil que j'avais au cou. Il la prenait et me la mettait de nouveau au bas du ventre, la ficelle passant toujours entre mes seins... Je lui demandais un jour de me confier cette plante, il me répondit qu'il s'en garderait bien parce que je me hâterais, n'ayant plus peur de devenir enceinte, de me donner à d'autres hommes...»
Il la connaissait bien ! La belle se sauvera par le récit de ses aventures amoureuses devant un tribunal très attentif, et confiera s'être à la fin mariée, veuve de Dalou, en Aragon devant notaire, hors de l'Eglise et du sacrement obligatoire, avec un certain Barthélémy Amilhat, précepteur de ses filles du second lit, et prêtre catholique bien sûr. Une vraie nature.

Comme un fait exprès, on approche du pays de la Pucelle. Il faut contourner Orléans par la droite sauf à dormir dans la voiture. On finit par s'embrouiller en ville et sur les voies du tramway avant que de choisir de monter au compas. Soleil à gauche c'est le nord. Ouf ! La retenue de trafic a ceci de bien qu'en aval il n'y a plus personne. Afin de décrasser la vanne EGR, nous avons pu remonter la A10 par la file de gauche au grand galop avec des modèles rapides qui s'ennuyaient autant que nous. Finalement Maserati c'est bien, on ne voit jamais que le coffre et c'est une voiture trop rapide pour mon petit rétroviseur. Y en-t-il d'abordables sur le Bon Coin ? Des comme ça par exemple au prix d'une Twingo GT :

Une Quattroporte Sport GT à V8 Ferrari, quel design et le son !




0.- Prologue du voyage
1.- Poursuite du voyage
2.- Au soleil couchant du Languedoc
3.- Jusqu'à l'océan !
4.- En remontant le méridien


TERMINÉ ! REMETTRE LA CLÉ DE CONTACT AU CLOU !



jeudi 14 février 2013

Le lion édenté dans un pays à zéro


« Il y a de l'argent pour financer le maintien de l'emploi à Aulnay-sous-Bois et à Rennes. La CGT ne serait pas opposée à une entrée de l'État dans le capital du constructeur, mais à condition qu'il n'y ait aucune suppression d'emploi, aucun licenciement, ni aucune fermeture d'usine.» (Monsieur Mercier, délégué CGT PSA Aulnay-sous-Bois, le 13 février).  Si la fermeture de l'usine d'Aulnay-sous-Bois répond aussi à l'extinction d'un bastion syndical stalinien usant de violence sans vergogne à l'intérieur du site, il n'en demeure pas moins que Peugeot perd cinq milliards sur l'exercice clos. Dénoncer le jeu d'écritures comptables sur la dépréciation d'actifs industriels dans un pays où l'industrie reflue est assez scabreux mais de bonne guerre. Exiger le maintien de l'emploi à Aulnay ne dit pas pour y faire quoi. Faut-il réserver des crédits pour des tables et tapis de belote, car jusqu'à plus ample informé, les voitures françaises, formatées au marché européen, ne se vendent plus autant qu'avant. La faute à la crise de liquidités qui frappent les pays latins... et nous bientôt. Les modèles fabriqués sont moins en cause puisque ces gammes moyenne et basse continuent à se vendre dès qu'elles sont badgées made in Germany. Il est difficile aussi de faire des reproches de qualité puisque les dernières enquêtes de fiabilité ont élu Renault. Alors quoi ? L'image ? les réseaux ? Difficile à comprendre, mais à chaque heure passée à réfléchir la situation empire. Le marché français au seuil de la saturation avec 32 millions de plaques d'immatriculation s'est retourné. On immatricule moins de voitures et on fait tourner le stock d'occasion, sachant en plus que le choix de marques étrangères est retenu une fois sur deux ! Pour la première fois de l'histoire, le commerce extérieur automobiles français est devenu négatif en 2008. Primes à la casse, écotaxe et rabais constructeurs sont une drogue perverse, ils désorganisent le marché et profitent à tous les acteurs d'où qu'ils produisent, même en Corée.

Le marché à zéro !
Les lois normales d'un marché libéré des attentions gouvernementales dictent la fermeture d'unités de production surnuméraires en Europe, étant exclus de servir des marchés extérieurs plus brillants à partir des réseaux de production européens trop chers. Toyota Valenciennes qui exportent chez Toyota USA est l'exception qui confirme la règle. Des capacités inutilisées trop importantes nuisent au retour sur investissement et désintéressent les investisseurs s'il s'en trouve. Nous n'avons pas de "marques mondiales" à forte image valorisante, comme en ont encore les Anglais que l'on moque tant : Bentley, Jaguar, Land Rover, Rolls Royce, qui que soient leurs propriétaires, sont connues favorablement de toute la planète et se permettent une politique de tarif qui encaisse du prestige. Nos marques mondiales sont mortes avec nos armées en 40¹. Qui aujourd'hui rachèterait une usine automobile généraliste en France ? Même pas le Qatar. C'est pourquoi l'alliance d'Opel et Peugeot reste une énigme. Qu'a voulu faire la General Motors en prenant des actions PSA ? Stériliser une transaction préparée ailleurs chez un concurrent ? Les deux gammes sont concurrentes et Opel est limitée par GM au marché européen, sur lequel il pousse avec succès des Chevrolet sud-coréennes concurrentes directes des modèles Opel ! Sachant le marché européen congestionné pour un moment... ma langue au chat !

(1) Les grandes marques françaises ont des clubs d'anciennes dans le monde entier ; dans l'ordre alphabétique : Bugatti (renaissance en supercar chez VW), Delage, Delahaye, Hispano-Suiza, Hotchkiss, Talbot Lago, devant une douzaine d'autres qui n'ont pas démérité, comme Salmson (moteurs DACT), Avions-Voisin, Panhard & Levassor (qui fournissent les Sagaïe-canon au Mali), Chenard & Walker...


Il apparaît plus plausible que Peugeot fasse et limite l'effort sur les pays émergents où il est en retard, en y produisant localement les modèles prisés par les consommateurs du cru. Ayant annoncé qu'il entendait porter sa production expatriée à 50% de son chiffre d'affaires automobile, il indique son axe de développement et signale aux autorités que ses priorités ne rencontrent plus les leurs. L'inertie de cette industrie complexe fait que l'impulsion met en mouvement une désindustrialisation de la métropole sur un marché mondialisé. Restent les emplois !

Le pays à zéro !
Il serait moins grave de perdre des emplois s'il s'en créait à côté. Or le contexte politique hostile à l'entreprenariat dès qu'il réussit, bride l'innovation libre et les créations d'unité de production qu'elle génère. N'est-ce rien demander au régime que de lui dire d'ôter sa patte de l'économie où il n'a jamais vraiment réussi ? Un taux d'imposition personnelle de 75% est carrément grotesque ! L'Etat, dégage ! Surtout dans un pays stoppé sur place.
La Cour des Comptes s'alarme depuis plusieurs années du gaspillage éhonté de l'Etat qu'il contrôle. Au coeur même de l'Etat, elle demande de dégraisser l'Etat ; des milliards d'économies gisent sous la gabegie, la sur-administration, l'empilage des décisionnaires, la complexité des codes. Elle n'en vient pas encore à s'intéresser au régime lui-même, extrêmement coûteux dans ses assemblées redondantes, dans son train de vie de nababs, mais y sera forcée bientôt, c'est trop énorme. L'on doit dégraisser ce régime politique construit sur la multiplication des prébendes et le clientélisme latin, qui a l'illusion de commander à l'Etat. Cela libérerait beaucoup d'argent et de talents vers l'industrie de demain, industrie au sens large d'occupation des humains. Au lieu de quoi, par nos réclamations, nous confortons un Etat pléthorique qui gouverne au plus mince détail et un régime, inqualifiable prédateur de richesses qu'il ne sait pas produire, conduit par des hommes à jeun d'aucune valeur ajoutée offerte au pays par soi-même. Au lieu de quoi, la caste politique, ne s'appliquant aucune austérité sérieuse à elle-même, dirige la hache budgétaire sur la société au-dessous d'elle. Certes les comptes sociaux doivent être ramenés à l'équilibre ; des pays y sont parvenus sans détruire leur tissu social. Mais les réformes de l'Etat-providence du XX°siècle, douloureuses pour les faibles, seraient mieux acceptées si le régime et l'Etat avaient d'abord montré l'exemple ; sans se moquer des gens par des petites réductions de traitements déjà abusifs ou en empruntant le train. Rien n'indique qu'on en prenne le chemin. L'aveu d'impuissance des ministres en charge de la croissance (est-ce vrai qu'elle leur soit confiée ?) ne déclenche aucune réaction structurelle ; conjoncturelle un jour bientôt ? Quand les savants auront fini de comprendre comment ils ont bien pu se tromper.
Est-il encore temps ? Pour l'automobile, les jeux semblent faits.


- grande table à l'Elysée attendant l'appétit des faillis -





Articles les plus consultés