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mardi 2 mai 2023

Fitch alors !

Dans un billet resté fameux de Royal-Artillerie*, on soutenait que dans l'état de calamités avancé où se trouve notre pays, il sied de sauver l'essentiel pour qu'il ne soit pas emporté par la crue des taux d'intérêts que les banques centrales annoncent, au milieu de tous les déficits qui plombent déjà notre société avachie et son économie déglinguée. L'essentiel, comme son nom l'indique, c'est le "régalien". On y est : Fitch Ratings dégrade la note de l'Etat français.

Qu'est-ce à dire ? Que les analystes de risque les plus importants de la planète mettent la solvabilité de l'Etat non pas en doute, mais en débat. Certes, après la claque de janvier 2012 qui, Sarkozy régnant, nous a dégradé de AAA à AA+ chez S&P's, il ne fut jamais évoqué les bons russes en parlant des bons du Trésor français. Il en sera de même cette fois, l'Etat étant adossé au bas de laine français qui sera mobilisé sans retenue en cas de pépin. Mais si Moody's et Standard & Poor's vont au rallye en juin, les taux de prise en pension de nos bons à 5 ou 10 ans vont fatalement augmenter, creusant un écart sensible avec ceux appliqués aux émissions de la Banque centrale allemande. En conséquence de quoi, nous aurons à financer une ligne budgétaire du service de la Dette plus chère, entamant d'autant les arbitrages en faveur des nécessités politiques du pays. Moins d'argent pour l'essentiel, plus d'argent pour les prêteurs étrangers, nos zinzins et pour la BCE. Elle, va remonter ses taux.

diagramme des horaires de cotations
A entendre le surintendant Le Maire et le silence de Macron, la gifle de Fitch leur en touche une sans faire bouger l'autre ! Mais ils vont vite déchanter à entendre monter dans la presse internationale les sarcasmes et sombres prédictions sur la France ingouvernable, surtout par des amateurs. L'émeute parisienne du 1er mai a fait le tour du monde. Les analystes les plus pointus lisent aussi le journal.

Une synthèse utile de La Finance pour tous sur les agences de notation vous en dit plus en cliquant ici.

Sauf miracle, il sera quasiment impossible de résorber nos déficits budgétaires et sociaux d'ici la fin du quinquennat de M. Macron. Faute de perspectives politiques, il n'a de réponse au mécontentement que du quoiqu'il en coûte, et la situation de nos comptes publics ne pourra que s'aggraver, quels que soient les artifices employés et la cavalerie des échéances. Le risque est donc une nouvelle dégradation de la note après la loi de finances rectificative qui sera déposée au sein d'un collectif budgétaire à la fin de l'automne prochain devant un parlement où le gouvernement n'a pas de majorité. Tout refus actera le pourrissement de l'action publique et retentira dans les salles de cotations outre-atlantique. On aimerait que ça se passe autrement, mais le comportement dédaigneux du président et de ses ministres qui, comme des paons, se jugent au-dessus du bon sens populaire, va forcément amplifier la crise politique à la Rentrée. Dissoudre et disparaître sera alors la seule échappatoire avant que de démissionner lors des vœux de nouvel an. Alors descendra le messie dans les jardins de l'Elysée. Y-a-t-il un féminin à "messie" ?

En attendant, vous pouvez suivre tout ça sur le site remarquable de l'Agence France Trésor (clic) où opèrent de super-pointures. Ne pas se priver de fouiller dans les pages, il y a tout.

samedi 25 novembre 2017

Angela Merkel nous plante !

L'hémicycle du Bundestag d'octobre 2017 ci-dessous montre à l'évidence que la coalition de Mme Merkel est très minoritaire, et plus encore si l'on sait que seulement 200 sièges sur 709 lui appartiennent en propre, 46 étant détenus par la CSU bavaroise. Si elle demande de nouvelles élections c'est parce qu'avec un noyau dur de 28,21% elle ne peut "menacer" aucune formation concurrente et qu'elle espère améliorer sa communication de campagne sur les thèmes qui bloquent, dont l'invasion consentie n'est pas le moindre. La démocratie parlementaire dans tous ses états.

Voir l'analyse des services du Bundestag en cliquant ici

Croit-elle améliorer ses positions dans un nouveau scrutin qui ne pourrait intervenir avant Pâques ? Rien ne l'assure d'expérience puisque la République fédérale n'a jamais été confrontée à cet émiettement démocratique depuis le régime de Weimar, et sous le regard amusé d'une extrême-droite à 92 sièges dont les motifs d'élection n'ont ni disparu ni faibli. D'aucun pensent à l'inverse qu'avec une participation très honorable de 76% en septembre, de nouvelles élections ne feront pas bouger les lignes suffisamment pour relancer les dés. Une reconduction de la coalition sortante ne produira pas la même politique car Martin Schulz n'y est pas à l'aise. La CSU sera tentée de durcir le ton et le SPD de se gauchiser pour offrir une réelle alternative au régime patriarcal rhénan. Une coalition reconduite, malgré l'hémorragie des voix, pourrait s'entendre sur toute une série de mesures mais devrait aller au Bundestag pour arbitrer librement les antagonismes qui surgiront immanquablement au conseil des ministres. Ce ne sera plus du tout la même gouvernance. Il faudra en permanence convaincre, démontrer, prouver, ce qui affaiblira la chancelière.

Le pronostic est que la carrière d'Angela Merkel est en phase terminale. Elle n'est plus la solution mais le problème¹. Le doute à ce niveau est un ferment de désintégration de la coalition démo-chrétienne où vont s'éveiller des sauveurs. Quoiqu'il en soit le charme est rompu et avec lui l'autorité naturelle de la Chancelière, tant au plan intérieur qu'au niveau européen.

Mutti devrait avoir la sagesse de quitter la scène et laisser les autres s'arranger sans elle, bien que la politique soit toute la vie de ce parfait caméléon, opportuniste en diable², élevé et marié deux fois dans le monde universitaire, sans enfants à elle. On devine le crèvecœur que représente ce genre de décision à seulement 63 ans. Quant à l'Allemagne ?
Les tirages augmentent, les radios-télévisions montent le son, mais la Deutschland AG s'en bat lec ! L'usine tourne à fond, les carnets de commande sont pleins, le chômage est au taquet, les soutiers affluent de partout, le fric rentre comme jamais. Alors la politique, vous savez... L'Allemagne n'ira pas plus mal, de quoi pousser Jean-Luc Mélenchon au bouillon de ciguë !


Mais c'est bien à Paris que les choses se compliquent. "Houston, on a un problème !".
Le plan Macron, qui malgré un savant emballage ne visait rien d'autre que l'émission d'eurobons de mutualisation des pertes sous une forme sophistiquée, est plus qu'en péril. Les Libéraux n'en veulent pas, mais pas qu'eux. Pourquoi dépenser le bon argent teuton à sauver la république des cochons français qui se vautrent dans leur bauge collectiviste ? D'autant que les promesses de redressement structurel se font attendre. Même Bruxelles en doute de plus en plus, qui annonce la non-conformité du projet de budget 2018 et suppute un magouillage futur pour sortir de la procédure de déficit excessif, qui nous est appliquée comme aux mauvais élèves de la classe européenne.

Si l'Allemagne fait défaut sur l'engagement merkélien, le château de cartes de la réforme européenne qui sauverait la France par injection de crédits européens d'investissement s'écroule, puisqu'il était convenu d'amorcer quelque chose à Paris pour pouvoir revenir à Berlin aux petits-déjeuners de la Chancellerie du Reich. La complicité, feinte ou réelle, entre les deux parrains de l'Europe n'aboutit pas. Encore moins si les Libéraux du FDP entraient dans la coalition jamaïcaine. Et on ne va pas tarder à ressentir un frisson d'excitation chez le groupe de Visegrád renforcé de l'Autriche, comme en éprouvent des colonies avant l'indépendance ; mais aussi chez les bons élèves efficaces en gestion publique, négligés pour leur moindre taille par la team'com de l'Elysée, que sont les Pays-Bas, le Danemark, la Suède et la Finlande, la vieille Hanse en sorte.

En résumé et pour la France, qui est, je le répète, notre souci, les réformes courageuses du code du Travail et du système de formation professionnelle ne sont, vues d'ailleurs, que du simple bon sens qui a bien trop tardé chez le "pays qui sait tout". Elles ne peuvent cacher longtemps la perpétuation du cancer français avec son armée de feignants sur crédits publics, ses régimes communistes spéciaux, ses caisses vides. L'aura du sémillant président que le monde nous envie pourrait rapidement pâlir sans le soutien de l'Allemagne. Si le pronostic du retrait définitif d'Angela Merkel se confirmait, son successeur se ferait, n'en doutons pas, un plaisir de remettre en cause les facilités accordées au beau baratineur français, notre Justin Trudeau à nous, pour replacer la France face à sa gabegie éhontée. Contrairement à bien d'autres pays européens (Grèce comprise) nous n'équilibrons même pas notre budget primaire (avant service de la Dette) en écrasant le pays d'impôts et taxes ; de quoi recevoir un jour à la table du Conseil européen le fameux ¡cállate!³ du roi d'Espagne à Hugo Chavez. Ainsi disparaîtrions-nous du cercle décisif comme sous la présidence Hollande et nous n'accéderions même pas à la couronne de Reine des Gitans, lesquels sont bien meilleurs en gouvernance sans nous ! Ciel sombre pour une République soviétisée toujours en retard sur ses voisins !
(vendredi 24.11.2017)

Note (1):
Le président SPD Steinmeier consulte à tout va mais la répartition des sièges parle d'elle-même : tous les groupes sont en position de chantage. Les voici par ordre décroissant :
  • CDU (démocratie chrétienne) : 200
  • SPD (gauche sociaux-démocrates) : 153
  • AfD (extrême-droite) : 92
  • FDP (libéraux) : 80
  • Die Linke (gauche radicale) : 69
  • Les Verts (RFA charbon et RDA lignite) : 67
  • CSU (sous-groupe démo-chrétiens bavarois): 46
  • Non-inscrits : 2
  • Total 19è législature : 709 sièges
On remarque que l'alliance hypothétique des gauches et des verts (153+69+67=289) dépasse l'alliance CDU+CSU (=246). La majorité étant à 355, chaque coalition convoquerait 66 sièges dans le premier cas et 109 sièges dans le second. Plutôt que la coalition jamaïcaine de Mme Merkel menacée du chantage permanent des Libéraux, c'est un gouvernement minoritaire des gauches qui serait logique avec les résultats électoraux de septembre. Que fait M. Steinmeier ? Cherche-t-il 66 réponses ou 109 ? Ou les 153 permettant de reconduire la coalition sortante ?

note (2) : lire l'article d'Odile Benyahia Kouider dans L'OBS en cliquant ici.

Note (3) : La ferme !

mercredi 26 septembre 2012

Vers les 4 millions

Monsieur Sapin, ministre du Travail (on est donc sauvé), est venu se contorsionner aux 4-Vérités de France2 pour nous vendre des lendemains qui chantent au jour de la publication des chiffres de l'emploi, si mauvais qu'ils ne peuvent être dus qu'aux amis de M. Sarkozy. M. Sapin est socialiste, il répartit le travail et ne saurait l'accroître autrement qu'en injectant des fonds publics dans des projets gaulliens, et en période de pénurie budgétaire, il n'en peut mais. Tous les plans de transports structurants¹ sont abandonnés pour verser leurs traitements aux électeurs du pouvoir. C'est le drame de ce gouvernement Ayrault, il n'a pas le logiciel qui tourne en temps de crise. Il n'a de toute façon pas les hommes qui le comprendraient. « Rien ne se crée, tout se transforme » heurte la contemplation statique d'une économie administrée dans les livres. Chômage ? Interdisons les licenciements boursiers ! Qui va les juger "boursiers" ? Gouvernement de raisonneurs, il n'a aucun "entrepreneur" en son sein, aussi n'est-il pas étonnant qu'il ne ressente intimement aucune indication sur la voie à prendre d'instinct.

Une économie, mondialisée ou pas, est une structure vivante soumise à la loi universelle d'impermanence. Ses cellules vieilles meurent et régénèrent des cellules neuves. Dans tous les bassins d'emploi, depuis toujours des entreprises cessent leur activité. La nouvelle économie du moment aura normalement ou sera sur le point de créer des structures de production pour des biens qui ont leur marché, remplaçant les biens qui n'en avaient plus assez. Or le problème, que dis-je, le drame de ce pays, est que la création des nouvelles structures est entravée par le mauvais esprit entretenu à l'endroit de l'entreprise et de l'entrepreneur. Patrick Robin sort du bois dans le Huffington Post avec un pamphlet révélateur ; entrepreneur et business angel, il en connaît un rayon². L'initiative, la créativité sont empêchés parce qu'ici le succès du risque est puni par ceux qui n'en prendront jamais aucun. En contrechamp, trois hurluberlus encouragent dans Libération les jeunes créateurs à quitter le pays gouverné par une gérontocratie pétrifiée. Nous ajouterons à cette défiance générale que les fruits de l'activité sont engloutis par une armée d'assistés qui trouve son compte dans le modèle social de l'Etat-providence en banqueroute³.

Pour 2013, "les économistes sont de plus en plus nombreux à revoir à la baisse leurs perspectives de croissance en France, ce qui renforce le doute sur la capacité du pays à tenir son objectif pour l'an prochain. Le gouvernement a récemment abaissé sa prévision de croissance à 0,8% contre 1,2% auparavant. Mais les analystes anticipent deux fois moins. Le consensus Forecasts qui compile 24 estimations s'attend en effet à une hausse de 0,4% du PIB français en 2013 (contre 0,5% anticipé il y a un mois), et 0,1% en 2012" (L'Agefi 21.09.12). Nous faisons le pari qu'au mois de janvier (bien après que le budget aura été voté) la prévision reviendra à zéro comme nous l'avons déjà dit, à écouter Pierre et Paul dans des réunions professionnelles. Ce seront dix milliards de plus (que les 37-40 en cours) qui manqueront à l'appel pour entrer dans les clous du nouveau traité de gouvernance, autant dire que nous divorcerons de l'Allemagne, sinon de toute la gauche de la Gauche qui va ouvrir les hostilités comme en 36. Bonjour les dégâts !

Qu'y peuvent les entreprises ? Rien !
Mme Parizot s'effraie des dispositions budgétaires soumises au Parlement qui annoncent une ponction de dix milliards sur les sociétés alors que leur taux de marge n'a jamais été aussi bas. "Le taux de marge, qui rapporte l'excédent brut d'exploitation à la valeur ajoutée et mesure la profitabilité des entreprises, connaît une forte détérioration depuis début 2010, avec un recul de deux points à 28%, soit son plus bas niveau depuis le milieu des années 1980. C'est le talon d'Achille de l'économie française aujourd'hui" (Hélène Baudchon, BNParibas). La locomotive mange son charbon sans donner de vitesse ! Le chauffeur, qu'il s'appelle Moscovici, Sapin, Ayrault ou Hollande, n'y comprend rien, qui tourne vannes et manettes en désespoir de cause, à nul effet. Nous sommes gouvernés par des inadaptés.




(1) Canal Seine-Nord, ferroutage Lyon-Turin, plusieurs LGV...
(2) Lire son entretien donné au Point et son pamphlet dans le Huffington Post.
(3) L'exemple de la petite ville de Sumène (Gard) envahie d'allocataires est une mine d'informations.

vendredi 29 juin 2012

D'un bouffon l'autre


L'ancien président a été rejeté par son électorat pour manquements graves à la distinction de la fonction ; les Français, plus cruels que d'autres peuples quand il s'agit de rire d'autrui, ne supportaient pas la vulgarité du roi élu. Tout était devenu annonces, "com", slogans, médias, clichés, caméras, mauvais maintien et mauvais caractère, soit la définition du Français moyen, râleur, hableur, moqueur et démuni. Justement, le peuple d'instinct savait que ça ne collait pas. Et pourtant ils l'ont élu ce Français moyen cette fois, du moins beaucoup disent et je le partage, qu'ils ont sorti l'autre en prenant le nouveau comme chasse-clou.
A la fin, ils ont le même, en plus menteur !
Passons sur les frasques de ce ménage à trois plus sept qui nous rapproche de la Sublime Porte - Mme de Maintenant tombera-t-elle enceinte à l'Elysée pour finir Mme d'Avant-Hier ? - et allons à l'apparatchik : Fraise des bois, Flanby, Guimauve le Conquérant, Flagada Fraise, Mr Petites-Blagues, toutes gentillesses débitées au mètre par son propre camp, s'avèrent mal fondées. La manipulateur de couloir, concentrant ses talents sur la "motion de synthèse" du congrès en cours, s'est imaginé commander à la table du monde en usant de même. A cinq heures du matin, ce vendredi 29 juin, il avait plié la chancelière allemande dans la complexité de mesures croisées en tous sens à dessein, oubliant un peu vite que marquer le but en première période n'augure pas du match qui en comporte deux, et en politique internationale, trois ou quatre. Mme Merkel est vilipendée ce matin par la presse fédérale qui l'accuse d'avoir accepté tout le contraire de ce qu'elle affirmait chez elle depuis dix jours, on se souvient du « Moi, vivante...», sans comprendre qu'elle a été saoulée par un expert du shaker et de la dialectique ! "Magistral" a dit quelqu'un dans la salle de réunion. Mais un alqua-seltzer et ça repart.

Qu'on se le dise, le "Pacte de croissance" est une motion d'enfumage à destination des marchés et des opinions publiques latines et d'abord française. Le "Pacte budgétaire de Merkozy" est désormais ratifiable sans retard et intégralement (dixit M. Hollande) après avoir été suspendu pour "renégociation". Gag ! Rien n'a changé sur le plan de l'orthodoxie (supervision des budgets et règle d'or) et tant pis si les cent vingt milliards d'euros doivent arroser un jour tous les 27 pays de l'Union ; l'important n'était-il pas d'en parler devant la presse ? L'engagement des cinquante premiers milliards est faisable d'ici un an puisqu'il s'agit de crédits structurels inutilisés au niveau de la Commission européenne, par contre le solde (levier de la BEI et project bonds dédiés) mettra du temps pour se transformer en réalités, d'autant que les destinataires de ces faveurs seront soumis préalablement à un audit de la "troïka" comme demandé in extremis par Mme Merkel avant coma. D'ici là, l'eau aura coulé sous les ponts et le discours présidentiel s'adaptera. C'était la méthode Sarkozy.

Les marchés sont-ils enfumables ? Ses acteurs n'ont pas toujours le temps de conduire des analyses fouillées et se fient aux avis et notations de leur environnement professionnel. Déjà, ils ne sont pas bons puisque l'Europe cherche une fois encore de la croissance dans de la dette ! Pourtant les marchés réagissent bien, mais pas à la question posée, à la question ancillaire incorporée de force par Mario Monti dans le schmilblick nocturnal. Les dirigeants de l'Eurogroupe ont acté le principe d'une instance unique de supervision de leurs banques et ont convenu qu'elles pourraient être recapitalisées directement par le Mécanisme européen de stabilité financière (MES). Sera ainsi coupé le lien de "consanguinité" entre les banques et les émetteurs souverains ; et si les fonds alloués sont suffisants, une barrière sera dressée entre les difficultés bancaires et les déséquilibres budgétaires d'un pays, exactement ce que les marchés attendaient : pas de billard à trois bandes entre les divers véhicules de prêts. Mais à la croissance en Europe, ils ne croient pas.

L'INSEE vient de confirmer le "zéro" du premier trimestre, à lire la presse économique et l'humeur des entrepreneurs et commerçants, on se demande où serait l'epsilon du second. Par ailleurs, après avoir juré ses grands dieux la semaine dernière qu'il ne savait rien des réductions d'effectifs dans la fonction publique, il admet le cadrage aujourd'hui en minimisant sa portée dans des formules ampoulées dont il a le secret. Cette menterie cache-t-elle un enfumage des partenaires européens qui ont vu surgir les lettres de cadrage de M. Ayrault en plein milieu du Sommet ? On verra si le gouvernment se bat pour les faire voter ou s'il laisse noyer sa rigueur mussolinienne sous le flot des amendements corporatistes : les quatre cinquièmes de l'hémicycle sont des fonctionnaires.
Le programme électoral hollandais prévoyait une hausse annuelle des dépenses publiques de 1% l'an, les réductions demandées par les lettres de cadrage de Matignon couvrent donc de nouveaux engagements budgétaires, ce qui va à contre-courant de toute la zone euro. Les marchés le voient.

D'ici là, Mme Merkel s'est réveillée. Elle connaissait le jeu précédent qui consistait pour le président Zébulon à s'agiter en tout sens et parler fort avant de signer à la fin le projet allemand, elle découvre aujourd'hui le maquignonnage. Pas sûr que ça nous rapporte.

vendredi 22 juin 2012

Le mouton rose

Le sommet euro-continental d'aujourd'hui à Rome est présenté chez nous comme une mise au pied du mur de la Chancellerie. Sans croissance, les économies malades de la Providence mettront l'Allemagne dans l'embarras deux fois : l'une par la récession générale détruisant les débouchés latins de la Deutschland AG, l'autre par le spectre d'une faillite emportant avec elle l'argent que l'Allemagne a consenti de leur donner. C'est faux.
L'accusé sera ce soir la France de M. Hollande, pour deux raisons pareillement.
L'une est que le programme politique annoncé - s'il est confirmé à Rome - va à l'encontre du bon sens dès que l'on sait qu'il n'y a pas de mine fiscale à creuser en France, celle-ci étant championne de pression fiscale (cf. Bernard Monassier dans Le Figaro de ce matin), l'autre que l'incrédibilité française est un ferment d'hystérie sur les marchés financiers. Personne au monde ne croit dans notre médecine socialiste, à tel point qu'on prend ça pour une blague électorale sans lendemain. Mais s'il est confirmé de la part de la délégation française que ce n'en est pas une, alors ce sera autre chose.

L'Allemagne avance sur un projet carré (que l'on peut détester) fondé sur la fédération des politiques économiques, fiscales et sociales, fédération qui une fois acquise ouvrira la porte à une mutualisation des problèmes rencontrés dans cet espace. Le dit-espace n'est pas prévu pour loger les 27 pays. C'est explicite.
Comme le décideur en filigrane de cette fédération est Berlin, la France a sans trop d'effort compris qu'elle y laissait sa souveraineté. A quoi les cousins germains répliquent : quelle souveraineté ? Vous n'en avez plus. Et c'est bien ce qui nous fait mal. Alors que nos cousins latins ont acté la perte de souveraineté dès lors qu'on téléphone partout pour faire l'échéance, la France, à qui reste un peu de l'ADN gaullien, se cabre... parce qu'elle n'a pas encore décroché le téléphone. Les débuts du gouvernement Ayrault, qui cherche déjà à combler un trou de 10 milliards cette année, nous promettent de bientôt tester la ligne.

Le chef de la Wilhelmstraße a tout à fait raison de dire que rien ne se redressera en Europe si le reste du monde continue à sérieusement douter de notre capacité à nous projeter concrètement dans le futur : « La réaffirmation du projet européen est la mesure déterminante pour restaurer la confiance et aussi pour surmonter la crise de la Dette. Aucun investisseur ne misera sur l'Europe s'il n'a pas le sentiment que l'Europe croit en elle et travaille pour la faire avancer [...] Elle est aussi notre meilleure garantie de prospérité dans un monde multipolaire qui se globalise, avec de nouveaux centres de pouvoir.»
On comprend maintenant que la réaffirmation du Projet européen actée dans une feuille de route signée par tous les participants est la condition sine qua non posée par la Chancellerie à ses partenaires pour simplement parler autour de la table. Même les mesures les plus urgentes concernant l'Espagne et la licence bancaire du FESF réclamée par l'Italie sont réglées par ce préalable.

Or la pragmatique Italie et la fière Espagne sont d'accord pour marcher à la fédération, pour des raisons différentes mais bien réelles ; l'une parce qu'elle doit absolument souder sa moitié utile, le Piémont-Lombardie-Emilie-Romagne, à la prospérité de l'arc alpin ; l'autre parce que son Etat central se délite sous les coups répétés de ses provinces industrielles séparatistes et qu'une fédération européenne lui donnerait de l'air en déplaçant la source de pouvoir hors d'atteinte et en élargissant le périmètre d'une solidarité coûteuse ; elle-aussi comme l'Allemagne est un Etat fédéral, mais non stabilisé.
La France, réticente malgré la liquéfaction de ses capacités, va donc être le mouton noir de la réunion en se payant de mots comme on en a entendus toute cette semaine.

Sans moyens décisifs, sans projet clair, lisible, résisterons-nous à l'Empire ? Nous ne pouvons pas y résister seuls. Ça se saurait.

Spéciale dernière (22/6-17:50)
A Rome, Mme Merkel a obtenu l'union politique et M. Hollande vient d'acheter la solidarité contre l'entrée dans une fédération à l'allemande. Extrait de la dépêche de Reuters :
Au fur et à mesure du renforcement de l'Union et de l'intégration européenne, « les eurobonds seront un instrument utile pour l'Europe et je continuerai à travailler dans ce sens », a ajouté le président français. Il a estimé que les abandons de souveraineté, que suppose le renforcement de l'intégration politique européenne, devaient être effectués en fonction du renforcement de la solidarité entre les membres de l'UE. « Les abandons de souveraineté ne sont pas possibles sans renforcement de la solidarité », a-t-il insisté. (fin du communiqué Reuters)
C'est exactement la formulation de l'exigence allemande : la solidarité contre l'union dans les règles. On saura le 29 juin à Bruxelles si la fédération est actée dans l'Eurogroupe.

mercredi 20 juin 2012

G20, la France seule


Avant le G20 de Los Cabos, le président de la Banque mondiale Robert Zoellick avait sévèrement critiqué l'Europe dans The Observer et Der Spiegel sur la question de savoir non pas quel modèle choisiraient les responsables européens que toute la planète observe, mais s'il allaient finir par en choisir un, et quand ! C'est une façon détournée de néantiser le vingtième membre du G20, le quartet incompétent qui préside à l'UE, Barroso, Van Rompuy, Ashford et Schulz. Ces super-employés de maison n'ont aucune épaisseur et n'ont pas su profiter de leur permanence dans les institutions européennes pour faire les remontrances nécessaires et offrir aux Etats membres des pistes d'action.
Ces derniers sont coupables tout autant en ayant délaissé à nul effet la plateforme européenne pour débattre de leur avenir commun et le "grand jeu" est réouvert entre les trois espaces continentaux, latin, germanique et slave sur le choix fédéral ; les britanniques s'avançant, eux, au balcon du Mupper Show pour critiquer la scène en tirant sur ceux qui ne lui plaisent pas, comme Cameron appelant les entrepreneurs français à passer la Manche pour contribuer aux dépenses publiques britanniques à meilleur prix.
Se dessinent déjà des lignes de fractures entre les espaces précités, les clients de l'espace germanique (et son cousin scandinave) étant au seuil de former le noyau dur d'une Europe intégrée derrière Berlin pour échapper à l'enlisement actuel qui leur fait peur, comme le pense l'ex-patron du Crédit agricole. Cette année sera bonne pour les journalistes.

La France est en mauvaise posture car elle exerçait jusqu'ici sa politique européenne au niveau de Bruxelles, même si elle donnait l'impression d'un huis-clos avec l'Allemagne. C'était faux. Les discussions franco-allemandes ne valaient que par l'impact qu'elle avaient sur les sphères européennes. La France hors-champ – on le devine dans le communiqué final - est en situation aujourd'hui de se faire dicter la loi. La maison Europe parle allemand désormais.


- M. Hollande est à la droite de la belle présidente argentine, hors champ -

Il n'est rien sorti d'extraordinaire du G20 mexicain, on le savait d'avance. Le plus important était de faire concrétiser par les BRICs leur souscription à l'augmentation de capital du FMI dans l'enveloppe de 430 milliards de dollars approuvée à Cannes et augmentée à 450 hier. Ils achètent ainsi une influence accrue au détriment de la vieille Europe qui ne vient que pour 165 milliards, les Etats-Unis et le Canada s'abstenant. L'autre point crucial était la gestion des dettes souveraines de l'Euroland qui commence à jouer le rôle de l'homme malade du monde dans un registre créé jadis par l'Empire ottoman.
Une lecture minutieuse des termes du communiqué nous indique que notre président normal n'a pas impressionné son auditoire. Extraits (merci Les Echos) :

« les membres de la zone euro du G20 prendront des mesures de politiques nécessaire pour sauvegarder l'intégrité et la stabilité de la zone, améliorer le fonctionnement de leurs marchés financiers »... donc :
- casser la spirale négative qui s'est instaurée entre les banques et les Etats souverains en recapitalisant les établissements financiers et en améliorant les finances publiques ;
- appliquer le traité budgétaire (allemand) et favoriser une meilleure intégration économique et budgétaire pour la réduction des coûts d'emprunts des Etats ; le préalable de la Chancellerie est sauf ;
- utiliser les fonds structurels européens non engagés par Bruxelles ;
- déployer les prêts de la Banque Européenne d'Investissement ;
- lancer des project bonds pour financer des travaux d'infrastructure (rentables pour Berlin qui a la signature).

Aucun appel à mutualiser les dettes souveraines par les fameux eurobonds de M. Hollande. La France continuera à servir sa dette (en hausse) par appel au marché sur sa propre crédibilité et non pas sur celle du grand voisin qui là-dessus a gagné.

Les médicastres du G20 au chevet de la vieille Europe préconisent une fédération du modèle courant (américain ou russe) à côté d'une relance de la demande intérieure des pays ayant des soldes excédentaires d'échanges comme l'Allemagne, et la Chine pour faire bon poids puisque Mme Merkel avait dit que son pays ne pouvait tout faire seul.

Reste que les recommandations internationales devraient être appliquées au niveau de chacun des Etats participants avec les moyens politiques disponibles. Personne de sensé ne peut approuver aujourd'hui en Europe un programme qui remonte l'âge de la retraite à 60 ans, engage des dépenses publiques idéologiques et proclame la justice sociale au détriment des générations à naître, belle justice. Ce programme est ridicule, dangereux et flagorneur. Nous passons pour des nœuds et deviennent rares ceux qui pensent que nous parviendrons un jour à résorber nos trois déficits structurels. Donc nous ressortons affaiblis malgré le communiqué triomphant que l'Elysée est en train de rédiger comme une motion de synthèse socialiste.


Déclaration finale officielle en 85 points !
Le prochain sommet se tiendra à Saint-Petersbourg

mercredi 22 février 2012

Au bord du gouffre...

...la Grèce doit sauter !

La première moitié de ce billet (police Times) est une contribution au débat sur le site de Frédéric Taddeï www.Newsring.fr, contribution postée le 17 février à la rubrique Monde. La seconde moitié est de géopolitique ; c'est donc celle que nous développons ici pour les lecteurs de Royal-Artillerie.

Papandréou avait eu la bonne intuition quand au sommet du G20 de Cannes il avait sorti son référendum du chapeau. Cris d'orfraies de la nomenklatura en charge de la pensée dominante à l'idée de pouvoir être contestée par l'un de ses souverains !
Le camp des sceptiques grandit chaque jour en Europe du Nord quant au pronostic. Et sans doute n'y a-t-il pas besoin de longues années d'amphitéâtre en économie politique pour douter qu'un pays sans Etat ni économie puisse survivre à la saignée des médicastres. Aussi le choix de nous quitter n'en est plus un pour la vieille nation.
Le peuple grec doit être "mouillé" dans le Saut par un référendum, après la description honnête de son avenir. La remise en selle aux législatives d'une classe politique douteuse ne résoudra rien. Certes, ce faisant, la Grèce plantera les banques, les zinzins¹ et les Trésors qui ont pris des bons grecs sachant le pays pourri, elle laissera une ardoise aux marchands d'armes (RFA), mais elle tarira le drainage de son propre sang par ses créanciers. Lui fermera-t-on l'accès aux marchés ?
Pourquoi irait-elle ensuite sur les marchés dès lors qu'elle n'a plus à faire les échéances ? Pour payer l'Etat au sens large chaque mois. Il suffit de trois choses pour y parvenir et elles ne peuvent se faire que par l'électrochoc du saut :
(i)- Etablir les rôles fiscaux et encaisser les taxes ; peut-être qu'une flat tax simplifierait la réforme.
(ii)- Lever de la rente perpétuelle à 3% auprès des capitalistes résidents ou d'outremer, essentiellement l'église orthodoxe et l'armement naval.
(iii)- Passer un traité d'alliance avec la nouvelle Russie orthodoxe pour obtenir des conditions privilégiées d'accès à l'énergie, et imprimer des drachmes à bon compte.
L'effet domino ?
Tous les analystes des banques et des zinzins le prédisent mais aucun économiste distingué n'y mettrait sa main au feu. L'économie grecque ou ce qui en reste, c'est peanuts au niveau de l'Union européenne, et il est idiot de mettre dans ce jeu l'Espagne et surtout l'Italie. Le FES peut aider le Portugal sans problème, et les Portugais sont bosseurs.
Les nations rieuses ne menacent pas les nations sérieuses. Schäuble a-t-il l'air menacé ?

La minute géopolitique

Disons déjà que du fameux "effet domino" la Grèce se tape si elle sort du schmilblick européen ! C'est le point (iii) qui est intéressant. A voir l'extrême méfiance des autres états européens à l'endroit du gouvernement grec et de sa fonction publique, on peut avancer que sera noyé sous les larmes de crocodile son largage de l'eurozone avec les conséquences sociales et comptables que l'on sait. Renchérissement de la Dette en euros, dévaluation vertigineuse de la monnaie de substitution, fermeture des comptes d'épargne et comptes courants, chômage de masse, généralisation du troc, assèchement des caisses publiques, émeutes, répression...). Il faut se rappeler l'Argentine, assujettie à une monnaie étrangère incontrôlable qu'était le dollar US.
C'est pourquoi la Grèce doit sauter pour sauver ce qui peut l'être encore en appliquant les deux recommandations (i) et (ii) ci-dessus. Et la bonne idée serait d'en prévenir le grand frère russe pour s'assurer du minimum vital qu'est l'essence. Le traité d'alliance qui - après les effusions spectaculaires de l'Orthodoxie - servira d'abord à financer les concours russes et mettra une base navale hellène à disposition de la Flotte de la Mer Noire, non pour escale mais pour stationnement et construction et réparation navales. Le rêve du Csar en eaux chaudes. Tout le paquet devrait être mis d'ailleurs sur la mer puisque la flotte commerciale grecque est encore la quatrième du monde (clic sur le rapport ONU 2011) avec 3213 navires et la première en tonnage avec 202388152 dwt. La mer, ce sont des chantiers navals pour servir toute la Méditerranée orientale, une vraie industrie de mécanique marine à créer avec les Russes, et bien sûr le tourisme que la moindre valeur de la drachme renflouera.
Il y aura sans doute deux ans de mauvais, où il faudra retourner son bout de pelouse pour y faire des légumes, mais rapidement le soleil ramènera les sourires et les Anglaises en shorty.

Ce renversement d'alliance aurait un impact régional conséquent. L'ami des Grecs sur zone est le Serbe. Orthodoxie, alphabet, ennemis communs (Albanie, Turquie), proximité mentale. La Serbie dispose d'une vraie industrie avec laquelle elle espère entrer dans l'Union européenne. La Grèce, avec son tempérament commerçant, peut être une aide significative dans la distribution serbe sur les pays méditerranéens, et en Afrique où les communautés grecques sont nombreuses et actives.
Le tout est de convaincre le peuple de jouer cette renaissance à pile ou face, par référendum, et de faire la nique aux proconsuls germaniques. Avec la composition politique du pays², le choix du Saut n'est pas impossible.
Dans la mesure où les experts présdisent pour nous faire peur que le défaut calamiteux dynamiterait les partis politiques (ce ne sera que justice) et où l'Etat cachexique devra reculer sur son domaine régalien abandonnant la solidarité à l'Eglise orthodoxe, il ne serait pas incongru de fermer la voûte de l'Etat reconstruit a minima par un chef d'Etat permanent délié des joutes picrocholines, un roi quoi !



(1) Les Zinzins : les investisseurs institutionnels, ceux qui ont accès directement aux adjudications du Trésor.
(2) « Le porte-parole du gouvernement a confirmé ce lundi 13 février la tenue d’élections législatives anticipées en avril prochain. Ce scrutin s’annonce mouvementé tant les équilibres politiques en place sont en train d’être bousculés par un peuple en colère. Et ce seront sans nul doute les élections les plus incertaines que la Grèce aura connues depuis la fin de la dictature en 1974. Car le bipartisme, qui a marqué la vie politique ces 30 dernières années, socialistes du Pasok d’un côté, droite de Nouvelle démocratie de l’autre, est en train de voler en éclats. D’après un sondage paru la semaine dernière, le Pasok est même passé sous la barre des 10% d’intentions de vote. Une chose est certaine, on va assister dans les prochains mois à une recomposition du paysage politique grec, où les partis de gauche, des communistes à la gauche réformatrice, pourraient jouer un rôle important. Ils n’ont d’ailleurs jamais été aussi haut dans les sondages. » (Stathis Kouvelakis, King's College, Londres)

samedi 14 janvier 2012

AA what next !



RIEN. Le talisman d'Alain Minc était en bois de cageot ? Nos taux d'emprunt sur les marchés ne seront pas agravés par la dégradation de Standard&Poor's plus qu'ils ne le furent l'an derrnier au spectacle de notre incroyable incurie. Car c'est d'elle que provient la méfiance des investisseurs ; la politique de l'édredon de MM. Fillon-Sarkozy-Baroin et leur arrogance génétique à dicter leurs solutions. Il n'y a pas de marché des bons d'Etat français car financièrement la France n'a pas de surface spéculative. On négocie des bons japonais, américains, allemands, australiens, brésiliens, anglais, hongkongais et demain chinois, pas de bons français. Par contre aux adjudications hebdomadaires de France Trésor le "double A" laissera une carte de plus aux prêteurs pour demander un meilleur rendement de l'offre, mais pas un taux plus extravagant qu'hier où nous avons payé deux fois le prix fait à l'Allemagne.

Certes quand le spread s'accroîtra, les bons esprits diront que c'est la faute aux agences et quand il diminuera, à la gloire du gouvernement. C'est de l'enfantillage, car les gens avisés des assurances, fonds de pension et autres fonds souverains ou spéculatifs savent à quoi s'en tenir sur la richesse de la nation française même si l'Etat est calamiteux. Par contre l'incidence sera immédiate sur les plans politique, diplomatique et sur celui du prestige international, ce qui va ensemble. Nous venons de descendre en Division II. Les Indiens, les Séoudiens, les Koweitis, les Brésiliens, les Papous seront surpris d'apprendre la relégation. Pensez donc, le pays du Champagne et de Louis Vuitton débarqué du Top ! Mais les Etats-Unis sont sous "Double A" également, nous diront les thuriféraires, et n'en sont pas morts. Mais ils sont les Etats-Unis d'Amérique, première économie du monde, libérée dans quelque mois de son président socialo-hawaïen, capable du meilleur quand ils s'énervent, comme d'aller marcher sur la lune, ou du pire, comme mettre en l'air un dictateur qui ne leur avait rien fait !

Politiquement, la perte du talisman AAA plombera l'aura du président virginal en construction qui devra souhaiter maintenant une guerre dans le Golfe persique pour passer à l'international, car au plan national c'est foutu d'avance. Diplomatiquement, la chose va avoir de l'incidence. Malgré tous les artifices de communication et le harcèlement d'image du Petit Reître à l'endroit de sa Kanzlerin chérie, leur rapport ne sera plus le même. Qu'exiger d'un cousin qui réussit là où nous échouons avec presque les mêmes cartes en main, à ce que disent tous les experts sérieux. Monnaie commune, tarifs douaniers communs, coût du travail du même ordre de grandeur, productivité comparable, pour à la fin aboutir à une compétitivité si dissemblable. Ce n'est plus d'ajustement, de convergences, d'austérité dont Berlin va nous parler, mais de changement de paradigme. Notre Etat est devenu un grosse merde qui mange chaque année 160 milliards d'euros de plus que l'Etat allemand pour un tel résultat. En pleine crise, cousin Schpountz fait 1% de déficit quand cousin Pons en fait 6 !! Notre commerce extérieur est risible. Notre dette est fondée sur les frais généraux de la République et pas sur des investissements qui annonceraient un retour bénéficiaire permettant de la rembourser, nous avons tout faux.
Et nous voudrions conserver la primauté sur le continent européen. Faire les traités qui nous arrangent. Dire son fait à tous et chacun. Fustiger la Hongrie. C'est la fin de partie qu'a sifflée hier Standard&Poor's.
Est-ce un complot ourdi par la finance "errante" anglo-saxone ? L'année qui vient nous le dira si le nouveau président serre vraiment les boulons pour sortir le char de l'ornière et si les agences restent quand même dubitatives voire menaçantes. Auquel cas, le soupçon grandira... selon la fameuse théorie du complot !

Il ne nous reste qu'à devenir sérieux. Un défi hors de portée pour l'instant, à entendre les gens cramponnés au pouvoir pour notre malheur. Nous avons 19/20, c'est ce qu'ils croient.

mardi 20 décembre 2011

Un lapin dans les phares


Jens Weidmann, président de la Bundesbank, caricature les pays tétanisés par leur notation en agences en l'attitude du lapin bloqué sur la route par les phares qui s'élargissent vers lui. Les agences portent les nouvelles mais ne les font pas. Si elles sont mauvaises, il faut en chercher la raison à la source qui est toujours l'organisation analysée. Et les nouvelles d'où qu'elles viennent sont mauvaises, dit Stephan Eicher, mais de France surtout.
S'il y a bien un pilote dans l'avion qui bourre d'annonces les boîtes noires, chacun se demande où va-t-il plein gaz, d'autant que sa route rapportée au sol ne semble pas se faire puisqu'on tourne en rond en attendant l'orage .
Notre pays génial est aux mains des bateleurs de foire, démagogues avérés et incultes en économie, ceux-là mêmes qu'il s'est choisi. Elus par qui ? Nous ne pouvons que nous en prendre à nous-mêmes. Les tête-à-queue de MM. Fillon et Baroin, qui acceptent aujourd'hui ce qu'ils condamnaient hier avec un aplomb incroyable, disqualifient tout le staff de Matignon et de Bercy. Un nid de branleurs. Tous font semblant d'ignorer - sinon ce n'est pas dieu possible! - que les prêteurs, que l'on dissimule derrière l'invocation aux marchés, ne croient plus en un Etat déficitaire sur tous les plans, gérant une économie en récession qui importe chaque année 75 milliards d'euros de biens et services qu'elle est devenue incapable de produire pour satisfaire la demande de sa population. Ces prêteurs que nous sommes allés chercher pour rétablir la présentation cosmétique d'une gabegie éhontée, ne croient pas non plus aux proclamations sans frais de toute notre classe politique, dirigeante ou prétendante, puisqu'elle n'a plus la main sur nos propres affaires mais dépend de l'étranger maintenant. A quoi leur servirait-il d'être souverain d'ailleurs, puisqu'à l'époque de notre souveraineté, cette classe politique n'a rien fait non plus sinon nous enfoncer (souvenons-nous de la cagnotte de Chirac et Jospin).

Le changement de direction annoncé par les sondages pour le mois de mai 2012 projettent sur l'écran une situation pire encore, que ce soit par une relance des dépenses publiques stériles mais rétribuant l'électorat gagnant à gauche, ou que ce soit par une réforme virile de nos dépendances comme veut la faire Mme Le Pen. Il est dommage que tous ignorent M. Bayrou à l'ouest du Pecos puisque il est le seul pour le moment à produire un discours sensé.
Si le trader de base est comme un enfant de CM2 qui aurait appris les intégrales, on partagera avec lui le sentiment que la réduction de la Dette par le déficit primaire du Budget de l'Etat est une notion cosmique jamais vérifiée sur Terre. Et que tous les "experts" qui veulent nous ramener aux fameux trois pour cent rouge de Maastricht pour comprimer la Dette sous les 60% du pib, méritent les palmes académiques au nom du peuple "le plus con de la Terre". Nous. Ces gens devraient être cloués à la porte des granges.

Français, on vous amuse comme jamais un pouvoir n'a osé. A défaut de concret au vingtième et dernier sommet européen de crise - refaire un traité en cuisine - on clashe le Royaume-Uni pour agiter le tapis, on reparle à gauche des eurobonds comme ultime espoir avant désastre, puis l'Elysée diffuse en week-end que lundi 19 les décideurs en Eurolande vont se téléphoner. Si, si ! Ça change tout ! Pendant ce temps, à la Kommendantur de l'Europe, le président de la Banque centrale allemande précité et Jürgen Stark, l'ancien chef économiste de la Banque centrale européenne, réitèrent leur refus de monétiser les dettes souveraines par la planche à billets parce que c'est contraire au droit (si vous êtes cyberabonné aux Echos, cliquez ici). Autant faire comprendre sans avoir à le dire, que si le chancelier Merkel avait la tentation de mollir en acceptant de financer les dettes latines, il faudrait qu'elle passe par une révision du traité instituant la BCE, ce qui n'est pas gagné d'avance à Karlsruhe et surtout chez les pays "moins grands" qui ont fait de gros efforts pour rentrer dans les clous et qui seraient volés des fruits de leur gestion avisée.

Sortons de devant les phares de la communication à tout prix. Et battons-nous autrement que par des postures arrogantes et des embrassades ridicules. N'attendons rien de l'Europe qui perd un temps précieux, mais battons-nous chez nous ! Le coût du refinancement de la Dette a déjà augmenté depuis que les marchés ne nous accordent plus une confiance aveugle (AAA), mais si nous les persuadons que nous redevenons sérieux, ils seront moins crispés et le spread diminuera sûrement. On ne peut compter sur le suicide collectif des pouvoirs qui nous ont mis dans la panade - ces gens sont sans vergogne - et d'expérience, ils ne réagissent que dans la peur comme ils l'ont montré en 1968, mais on peut inciter la haute administration à prendre les commandes du pays comme sous la IV° République et foutre à la mer les saltimbanques comme on l'a fait de Berlusconi en Italie.
Pour que la France aille mieux il n'y a pas d'alternative mais une voie unique : raboter et les niches fiscales et l'Etat, mettre à la diète toutes les petites satrapies de province, réformer la protection sociale en fondant les décisions sur la vérité, et tout ceci en poussant la lame en position "gros copeaux" afin de retrouver un excédent primaire dans le budget central.
Réexpliquer ici serait rabâcher, et nous ne nous en sortirons pas avec les gens en place, c'est maintenant prouvé. Comme l'agravation n'attendra pas le réveil de mai 2012, que faire ? J'avoue ne pas savoir.






Tableau du prix de refinancement de la dette, rendements à 2 et 10 ans le 19.12.2011 (source Bloomberg, rates and bonds)
(Classement des pib 2010, dette 2001-2011 entre parenthèses en %pib)

Etats-Unis (55-100): 0,23% et 1,83%
Japon (152-233): 0,13% et 0,97%
Chine (18-27): pas de marché
Allemagne (59-83): 0,21% et 1,88%
France (57-87): 0,98% et 3,10%
Royaume-Uni (38-81): 0,32% et 2,06%
Italie (109-121): 4,96% et 6,83%
Russie (48-12): pas de marché
Espagne (56-67): 3,38% et 5,17%
Brésil (70-65): 10,44% et 11,32% (9 ans)
(cf. infographie Le Figaro)

mercredi 7 décembre 2011

AAA ! AA ! A ! et Alors ?

Il est des pays dont la situation comptable est bien pire que la nôtre et qui empruntent à dix ans moitié moins cher que nous. Je citerai au hasard le Japon, la Barbade, Singapour ou les Etats-Unis. Les bons à 10 ans du Japon (AA-) sont achetés aujourd'hui 7 décembre au taux de 1,045%, ceux de Singapour (AAA-) à 1,043%, ceux du Trésor américain (AA+) à 2,08% alors que les triples A de l'Allemagne et de la France offrent des taux à 2,19% et à 3,26% respectivement. (source Bloomberg et MAS). D'accord, la Barbade (BBB-) est à l'encan et personne ne lève le doigt, mais ils ont les palmiers et les coconuts.
A la différence des nôtres, ces pays sont souverains. Leur politique fiscale et donc budgétaire peut être erratique, bonne ou moins bonne dans ses équilibres, du moins a-t-elle le mérite d'être connue, voire anticipée. Singapour à une bonne note à long terme et une assez mauvaise note à court terme (A-1+) parce que c'est un mini-Etat coincé entre deux géants musulmans hostiles, la Malaisie et l'Indonésie, et qu'il peut encaisser un mauvais coup. Les Etats-Unis croûlent sous les déficits mais sont gouvernés en toute transparence et des pronostics sérieux sont faisables, sans parler de la motivation populaire inhérente à l'Aventure américaine et de leur puissance militaire inégalée. Le Japon est un géant assoupi, mais toujours détenteur d'un savoir-faire industriel de haut niveau et d'un excédent commercial enviable, sans parler de la puissance de sa recherche appliquée. Ainsi donc les preneurs de bons - ces fameux marchés si décriées mais qui sont notre poumon artificiel - savent à quoi s'en tenir, mesurent les risques, s'en prémunissent en balançant leurs positions (hedging) et vont aux adjudications des Trésors publics relativement sereins.

Mais que sait-on du futur de la France, en campagne électorale qui pis est ? Et même du futur de l'Allemagne, se dit S&P : elle est le premier fournisseur de tous ses voisins malades de la peste. Dans les dix premiers pays destinataires des exportations allemandes, il y a cinq pays de la zone euro en crise existentielle, la Grande-Bretagne complètement désindustrialisée qui vit sur la City de Londres, la Suisse, la Pologne, les Etats-Unis et la Chine (source the CIA World Factbook). Seule la Suisse a une économie saine !


Notre budget vient d'être voté en déficit, notre commerce extérieur est à la ramasse - et ce n'est pas qu'une question de taux de change -, la croissance 2012 est expertisée à 0,50% soit epsilon, notre économie sociale est à bout de souffle, sauf à la RATP ! Quel pronostic de sort feriez-vous si vous aviez à prendre seulement un million d'euros de bons du Trésor français à 5 ou 10 ans aujourd'hui ? Carrément impossible. Et cette méfiance déteint sur tout le réseau bancaire international qui ostracise les banques de la zone euro faute de visibilité des politiques publiques, les annonces ne suffisent plus.

Quand Zig et Puce annonce la négociation imminente d'un nouveau traité de la Règle d'Or, ils sont jugés présomptueux quant à leurs chances d'aboutir et très arrogants à vouloir commander l'Union sans mandat spécifique, ce que vont leur faire comprendrre les "autres pays" européens, volontairement largués, au Conseil de vendredi. Le Premier anglais a ouvert les hostilités, as usual et les petits peuvent faire bloc

La seule issue pour la France est de réduire fortement ses déficits et surtout "nationaliser" sa dette. La Belgique a exploré la voie des "bons patriotiques" que suivent depuis longtemps d'autres pays comme le Japon, la Corée, Singapour mais aussi l'Italie, pays qui ont une dette publique détenue par leurs résidents et sont donc moins enchaînés aux caprices des marchés. Mais pour vendre des bons au peuple, qui ne soient pas pris pour des assignats, il faut lui donner confiance par une gestion assainie tout de suite, et que l'Etat montre l'exemple en coupant tout le bois mort de cette République faillie. Et il y en a des stères !
A défaut, les gens garderont le sentiment qu'ils concourent à la fortification des privilèges que la presse dénonce semaine après semaine, et ils auront raison. Remettront-ils leur avenir entre les mains molles de M. Hollande ? Si Mme Le Pen reconstruit un programme économique adulte, elle a ses chances. Mais François Bayrou, plus orthodoxe, aussi. Ce n'est pas la joie tout de même ! Qu'en pensent Jean et Louis ?
No comment !

mardi 22 novembre 2011

Vaffanculo Nonno*

* Va te faire voir chez les Grecs, Pépé !
Rien à voir avec la démission du Cavaliere, mais un hommage indirect au Coluche italien, Beppe Grillo, qui lui, a survécu à ses dénonciations ciblées.
Maître Montebourg sur son arbre perché combat la gérontocratie qui lui barre la vue des plafonds dorés de la République. Il veut qu'au premier jour de ses 68 printemps, le député saute la fenêtre comme à Prague. Pensez qu'à 49 ans, son plus grand succès politique fut de capturer Audrey Pulvar avant de tuer le père Jean-Noël Guérini et Ségolène Royal, et de plomber la course au titre de M. Hollande. Il y a de quoi faire un gros urticaire d'impatience. La vieille classe politique derrière l'octogéronte Fabius, champion de tous les sortants pour être venu et revenu au Palais Bourbon huit fois, de nous faire sa crise d'asthme à se savoir menacée dans ses notes de frais par le tombeur de Martine Aubry.
Soixante-sept ans est la limite d'âge des mandarins. C'est assez bien vu. On eut préféré un combat à mort pour interdire par la loi le cumul des mandats mais bon, l'imprécateur est député-conseiller-maître comme aurait dit Maurice Rheims.

Sautons l'écume médiatique - Montebourg fait vendre, c'est vrai - et approchons la question générationnelle. Nos sociétés euro-occidentales sont envahies de vieux. Le Reich millénaire est par exemple en train de fondre démographiquement même malgré l'ardeur d'alcôve des Turcs. Nous-mêmes, Français portés sur la reproduction en toutes positions, ne survivons comme peuple que grâce aux marteaux noirs de la chanson à boire.
Ce vieillissement prolongé pose immédiatement la question du prix dans nos sociétés du Chiffre et disons-le tout net, met en péril les équilibres sociaux et financiers puisque la proportion d'actifs en soutien des inactifs décroît inexorablement. Il n'est pas loin le jour où les jeunes cons vireront les vieux éponymes des rôles d'assistance en les abandonnant à leur propre prévoyance. C'est môche ! C'est drôle aussi ! La faillite du système par répartition imposée va laisser prospérer les schémas volontaires et redonner du lustre à la responsabilité individuelle. Que du danger pour la classe politique, jusqu'ici complice de l'édredon social qui fait voter bien. Les contribuables éveillés (et déjà en colère) vont subitement envahir les couloirs menant aux hémicycles, comme ils le font partout dans le monde mercantiliste anglo-saxon, à travers les lobbies. Du jamais vu en pays latin où mettre en cause l'impôt est tabou depuis l'Empire romain ; on plonge sous le radar fiscal et basta !

Au delà des politiciens, la globalisation des moeurs inquiète à juste titre une classe d'âge planquée derrière des schémas de pensions en banqueroute, et deux fois même quand on associe aux temps nouveaux l'euthanasie budgétaire comme le suggère le provocateur-conseiller Jacques Attali : « l'euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures dans tous les cas de figures. Dans une logique socialiste, pour commencer, le problème se pose comme suit : la logique socialiste c'est la liberté et la liberté fondamentale c'est le suicide ; en conséquence, le droit au suicide direct ou indirect est donc une valeur absolue dans ce type de société. Dans une société capitaliste, des machines à tuer, des prothèses qui permettront d'éliminer la vie lorsqu'elle sera trop insupportables ou économiquement trop coûteuse, verront le jour et seront de pratique courante. Je pense donc que l'euthanasie, qu'elle soit une valeur de liberté ou une marchandise, sera une des règles de la société future¹. » Relire "Make Room!" (Dégage! en français) d'Harry Harrison ou revoir son adaptation cinématographique Soleil Vert².


Qu'en sera-t-il vraiment quand nous approcherons des huit milliards, nul le sait. L'espèce humaine est à la fois la plus intelligente du monde vivant et la pire qui soit au regard de la vie, bien qu'elle enterre ses morts. Globalement elle rajeunit quand même, mais les bataillons de plus en plus nombreux d'inactifs européens pensionnés sont une des causes fondamentales de la crise des dettes sur notre péninsule. Déjà la Chancelière propage l'idée de retraites indues en pays latins, et l'attention se portera forcément un jour sur le rendement économique des vieux. Boulet du monde sur le plan financier, la crise européenne peut affecter la confiance partout, et stopper les économies de la planète, même les plus saines. La pression va donc monter sur les "fondamentaux" européens. Montebourg est dans le vent !

Notes :
(1) cf. l'Avenir de la Vie de Michel Salomon (Seghers)
(2) SOYLENT GREEN, film de SF de Richard Fleisher, avec Charlton Heston, MGM 1973.

lundi 14 novembre 2011

Agences, je vous hais !

Barnier Michel, affecteusement désigné comme L'Endive de Savoie par notre Capo-di-tutti-capi impressionné par sa candeur, s'en prend à nouveau aux "agences" qui nous font des enfants dans le dos, et lui de récuser leur pouvoir en réclamant des organes tuteurs des marchés financiers l'interdiction faite aux gnomes de publier au moment inopportun ! Que ça !


Les origines des agences Fitch Ratings, Moody's et Standard&Poor's remontent avant la guerre de 14. Ce ne sont pas des perdreaux de l'année, et même si elles ne bénéficient pas des dispositions du dogme de l'infaillibilité pontificale - surtout dans l'évaluation des banques - elles rendent des services inestimables depuis le début, par la notation extérieure des entreprises humaines et des Etats. Elles furent créées aux sources du capitalisme à l'époque de la construction industrielle des Etats-Unis. Il fallait donner une information non-publicitaire aux souscripteurs d'actions des compagnies de grands travaux, mines et usines. Ont-elles noté la Compagnie Universelle du Canal Interocéanique de Panama de M. de Lesseps, je l'ignore, mais le scandale dans lequel le projet se liquéfia l'aurait bien justifié.

Contrairement à l'image de comploteurs qui circule dans la presse de gauche, les notations des agences ne sont pas le fruit d'un débat à quelques-uns autour d'une table basse chargée de bouteilles de rye et d'une coupe de poudre. Il y a une méthodologie qui déroule les étapes d'analyse dans deux domaines distincts, le quantitatif et le qualitatif. Je vous épargne la description de l'audit en vous signalant le document des critères de S&P ici. Et si la note jaillit de la réunion finale du comité de risque, elle résulte d'un long travail.
Deux choses à observer :
- les "jugements" d'étape sont publiés, mais les acteurs de marchés - grands fainéants - ne tiennent compte que de la notre synthétique finale ;
- la publication n'est préparée qu'après la réunion du comité ; ce qui veut bien dire que la dette souveraine française est déjà notée AA en interne chez S&P.

La meilleure façon de survivre au jugement des agences est de ne pas aller sur les marchés. Décider du déficit provoque un jour cette "humiliation", on n'y revient pas. La "solution" de la planche à billets franco-française prônée par le Front national, c'est-à-dire le recours du Trésor au guichet de la Banque de France ne masquerait pas longtemps l'impéritie de la gestion, puisque c'est la monnaie qui serait mal notée par les cambistes qui la braderaient. La loi Rothschild de 1973 (clic) interdisant ce recours n'avait pas pour but de jeter à jamais le Trésor sur des bons de place mais de stopper la planche pour redresser une monnaie dont les dévaluations avaient peine à compenser une inflation galopante (pic de 14% en 1974). Si ça tourne mal en Grèce avec un refus des marchés de refinancer, on verra bien ce que donnera l'impression de drachmes à hauteur des enjeux.

Peut-on aller sur les marchés sans les agences ? Peut-on interdire ces agences ? C'est idiot ! Les acteurs de marché s'abonneront aux avis publiés par les ruines submergées des agences coulées auxquelles auront poussé des branchies, car aucun n'a le temps ni les moyens de faire ses propres analyses, même si le monde est inondé de données compulsables. Et si par une action convergente des Etats, on parvenait à les tuer, les analystes se mettraient aussitôt à pulluler dans le monde, chacun s'attribuant un morceau de secteur économique ou financier et publiant individuellement sur Internet ses avis rémunérés (ou pas).
Pis encore, la pénurie d'information prédigérée renforcerait le moteur "panique et hystérie" aux corbeilles, les pronostics auto-réalisateurs aussi (le pronostic n'est pas bon, je joue contre cette valeur, le résultat est pire). Sans information économique travaillée, les bourses s'effondreraient carrément faute de socle à leurs anticipations.

A-t-on intérêt à créer une agence européenne ?
Pour faire quoi ? Se démarquer ? Soit elle est vraiment indépendante et sérieuse et ses avis ne divergeront des autres que dans le domaine qualitatif car les chiffres sont têtus, soit elle ne l'est pas et personne ne consultera ses notes. Mais quand bien même elle aurait tous les atours de la vertu, elle ne serait qu'une voix parmi quatre ou cinq.
C'est ce qui se passe avec Dagong (Dagong Global Credit Rating ou 大公国际资信评估有限公司). Bien que ses notations soient jugées crédibles par des acteurs de marché, ils ne les consultent jamais, même s'ils sont des investisseurs chinois. En cause, l'opacité des procédures et la non-publication des analyses, bien dans l'esprit chinois de secret. Les Stevie Wonder de la SEC (Securities & Exchange Commission) de New York, qui furent jadis impressionnés par Bernie Madoff, lui ont refusé l'accréditation. Trop proche du pouvoir politique chinois.
La finance ce n'est que de la confiance.
Et dit en passant, Fitch Ratings est dans les mains des Français de Fimalac (clac) sans que ça change grand chose, sauf peut-être un assouplissement imperceptible de certaines notes qualitatives. Rétrospectivement on n'imagine pas sans frémir ce qu'aurait été la crédibilité française dans les notations si l'ancien directeur général du FMI avait accédé aux manettes.

Il n'en demeure pas moins que l'avis des agences influence les corps électoraux en période de crise, même si dans l'isoloir le motif ultime est souvent irrationnel. C'est bien ce qui agace les gouvernements en faillite.

Pour aller plus loin :
S&P
Fitch
Moody's
Dagong

vendredi 11 novembre 2011

Fillon, plan glissant

Le programme de rigueur de monsieur Fillon n'a de rigueur que le nom. Dans la famille "Larigueur" je demande la Sévérité, l'Austérité, l'Exactitude et la Fermeté. Je pouffe, aucune de ces cartes n'est dans les mains de Bercy !

Sans reprendre ces raides certitudes, on conviendra avec les calculateurs payés au mois qui se répandent sur les ondes, que le programme glissant de notre valeureux Premier ministre n'est sévère que dans sa communication dominicaine, austère nulle part et surtout pas pour le train de vie de l'Etat qui est annoncé "bloqué", de plus parfaitement inexact puisque les conditions environnementales de son exécution en 2012 sont imprévisibles, et qu'il ne fait preuve d'aucune fermeté avec les gaspilleurs dénoncés annuellement par la Cour des Comptes, puisqu'il est souvent ordonnateur lui-même du somptuaire et de l'inutile à travers les mille tentacules de la pieuvre étatique qui devrait n'en avoir que huit dans la classification raciste de Linné !
Parlons vrai.
Le déficit budgétaire affiché le 12 octobre par l'Assemblée Nationale comme base de travail était de 82 milliards d'euros. Ce qui donnait le bilan financier ci-dessous (rapport 3805 Tome II de l'Assemblée Nationale) :

Besoins de financement
€ 56,1 Mds = Amortissement de la dette à long terme
€ 42,8 = Amortissement de la dette à moyen terme
€ 1,3 = Amortissement de dettes reprises par l’État
€ 81,8 = Déficit budgétaire
Total des besoins = 182,0 Mds€

Ressources de financement
€ 179,0 Mds = Émissions à moyen et long termes (obligations assimilables du Trésor et bons du Trésor à taux fixe et intérêt annuel), nettes des rachats effectués par l’État et par la Caisse de la dette publique
€ 4,0 = Annulation de titres de l’État par la Caisse de la dette publique
moins 1,1 = Variation nette des bons du Trésor à taux fixe et intérêts précomptés
moins 4,4 = Variation des dépôts des correspondants
moins 1,0 = Variation du compte de Trésor
€ 3,5 = Autres ressources de trésorerie
Total des ressources = 182,0 Mds€

Observons que l'amortissement de la dette en 2012 dépasse le déficit courant, 100 milliards contre 82. Cet amortissement est pour moitié (49Mds) le paiement d'intérêts sur bons et obligations¹, le reste, remboursement de principal échu. La moitié du refinancement sur les marchés partira donc en fumée. Et compte tenu des évolutions redoutées autant qu'elles sont attendues, cette fumée n'est pas limitée à 49 milliards si les taux obtenus par France-Trésor montent beaucoup. Ils montent déjà². Nos taux à dix ans sont maintenant du double des taux allemands (source BFMBiz 11/11/11), et les taux italiens sont de 85% plus chers que les nôtres. On mesure la marge de progression !

La perte du AAA dont se moque le sénateur Mélenchon signifierait un accroissement mécanique de ces taux et donc du prix du refinancement, puisqu'au delà de la prime de risque exigée par les prêteurs, certaines institutions financières ont l'interdiction statutaire de prendre librement des bons émis par des débiteurs déclassés. Le couac de Standard & Poor's nous déclassant à "AA" annonce simplement la tendance puisque quelqu'un dans l'agence a pris la peine de rédiger ce communiqué. Seule sa parution nous a semblé prématurée, pas sa pertinence.
Les marchés avertis qui commencent à vendre de la dette française ne sont pas les gnomes de Zurich ou le troll tropical de Grand Cayman mais tous les acteurs qui investissent de l'argent en produits financiers ou qui placent leurs excédents de trésorerie sur les places boursières. De grandes entreprises françaises en sont, votre banque, votre companie d'assurances certainement et les fonds souverains, ou de pensions, ou tous autres schémas de prévoyance aussi.

Il n'y a qu'une manière sûre d'être sérieux et de le faire savoir aux prêteurs, c'est de réduire et annuler ce monstrueux déficit primaire : c'est une affaire de 80 milliards au bas mot. Messrs Sakozy & Fillon Limited cherchent huit milliards, ils sont loin du compte, et qui pis est, ils sont bien trop lents. Si le "double A" est déjà dans les tuyaux comme le pensent les marchés, les acteurs vont passer au pronostic auto-réalisateur, ce qui s'avérera très destructeur. A ceux qui dénient toute influence aux marchés et sont près de les combattre on répondra qu'il ne fallait pas s'y risquer et gérer nos affaires en père peinard. C'est trop tard.
Le hic est bien sûr de réduire ce déficit primaire sans "crever" l'économie, et d'être donc rigoureux. Par hasard, ce déficit est du même montant cette année que le total des remboursements et dégrèvements fiscaux (85 Mds), mais ce n'est qu'un signalement bien perçu par Bercy qui chasse la niche.

Quelles sont les dépenses budgétaires dont la diminution voire la suppression n'impacte pas l'économie du pays ? Easy ! Toutes les dépenses politiques. Juste pour le fun, quel serait sur l'économie l'impact de la suppression du Sénat, de l'Assemblée nationale, du Conseil économique et social, des dépenses de sondages et communication de l'Exécutif ? Nul ! Quel serait l'impact de ces suppressions sur la gouvernance du pays ? Nul ! Que subirions-nous par la suppression des Chambres de Commerce ? Rien ! Et nous pourrions continuer par toutes les subventions, conseils, hautes autorités, commissariats et fromages de placement des créanciers des pouvoirs en place. Impact économique nul !
Quant au trou de la Sécurité Sociale, les caisses primaires et les caisses d'allocations familiales savent où porter le fer ; il suffit de les autoriser à manier la hache les yeux bandés comme la Justice au fléau penché.

A la Closerie des Lilas, M. de Closets disait que "nous vivons sur un échaffaudage dont tous les boulons ont été dévissés" et M. Séguéla de lui répondre que "réparer l'échaffaudage nous coûtera une fortune car tous les boulons sont en or". La destruction de l'Etat prébendier ne serait donc pas impossible. On l'a vu en temps de guerre, et pour la première fois de son histoire millénaire la France s'est ruinée en temps de paix. Trop forts !

Mais cela ne suffira pas à terme pour faire 82 milliards, et aucun plan sérieux ne peut laisser de côté la réforme fiscale, une réforme de fond en comble, pratiquement à tabula rasa. A la réserve près que l'impôt doit être pris sur le fruit pas sur la vigne, et que la fiscalité reconstruite doit garder en perspective de ne pas entraver l'innovation, la créativité, l'investissement productif, et de ne pas saper non plus le moral de ceux qui réussissent dans leurs entreprises, même si la République a éduqué le peuple à l'envie et à la punition des gagnants.

Au-delà, on ne fera pas l'économie d'un prélèvement général sur l'assiette fiscale la plus grande afin d'améliorer le rendement de l'impôt. Dans la grande assiette doivent tomber tous les fruits y compris ceux du capital, mais pas le capital lui-même, ce qui est proprement stupide.
Paradoxalement si l'assiette est universelle, le contrôle des contributions est plus facile. Si nous ne voulons pas peser sur la consommation DE PRODUITS FRANCAIS, il suffit de "favoriser" les produits exclusifs d'importation. Ô combien facile malheureusement est devenu ce choix depuis notre désindustrialisation !

Pour rester crédibles et ne pas connaître le sort de l'Italie, nous devrions donc nous atteler à diminuer notre déficit primaire au moins d'un premier quart en 2012, d'un second quart en 2013, d'un troisième en 2014 et l'annuler en 2015, puis chercher de l'excédent sur quinze ans. Mais le faire en trois tiers risque bien d'être obligatoire si les marchés paniquent. Dans ce schéma des quatre quarts, c'est vingt milliards "nouveaux" qu'il faut trouver chaque année. Vingt milliards pour 2012, on se rapproche du plan Fillon qui sera peut-être complété par une troisième tranche après la présidentielle si la majorité est reconduite. A défaut, la typologie dépensière du programme Hollande et son charisme de sous-préfecture nous jetteront à la banqueroute.

Reste la question cruciale du déficit commercial³ que nous ne réduirons que par l'innovation et le travail, et par un coup de pouce du taux de change pour donner l'élan de départ. N'est-ce pas quand même un problème de culture ? L'exaltation de la société de loisirs pourrait passer dans des pays rentiers comme les pétromonarchies, mais pas en France. Il faut retrouver la pugnacité de nos grands-pères en cet anniversaire de la Grande Guerre, et se passionner pour la production industrielle qui ne représente plus que 13% de la valeur ajoutée totale de notre pays, sachant que seule l'industrie exporte en vraie valeur. Feuilleter les catalogues des expositions universelles d'avant-quatorze est un émerveillement ! La France fut et demeure en certains domaines une nation d'ingénieurs. Que ça se voit donc, morbleu !

Mais il y a plus grave.

Jusqu'à la fin des trente glorieuses, l'amélioration continue des conditions de vie annonçait aux générations montantes qu'elles dépasseraient le niveau de vie de leurs parents. La générosité du modèle n'était pas contestée. Ce n'est plus le cas. Les vieux ont de meilleures conditions de vie que les générations suivantes et rien ne dit que le décalage s'inverse à vingt ou trente ans de vue. Or le modèle social failli appelle encore les classes actives à garantir le bien-être supérieur des classes âgées. Ca ne durera pas. Vaffanculo Nonno* sera le titre d'un prochain billet générationnel.
* Va te faire voir chez les Grecs, Pépé !


D'ici là, dites à votre député d'abandonner la moitié de ses émoluments au Trésor, il en aura de reste et largement. Si tu savais, Français, combien se moquent de toi les élites proclamées, tu retournerais la faux.


Note (1): Voir le rapport 3805 Tome I de l'Assemblée nationale
Note (2) On suit très bien tout cela sur www.gecodia.fr.
Note (3): Les Douanes partent sur une hypothèse de travail de 73 milliards d'euros pour 2012.

vendredi 14 octobre 2011

Plus 3

Depuis quelques semaines, notre classe politique captivée par les primaires socialistes a le prurit de la bonne gouvernance et prend la pose pour annoncer le retour de l'Etat dans les clous de Maastricht. Les oies défilent au pas de trois pour cent du Pib ! L'objectif affiché par les génies dirigistes n'est différencié de chaque bord que par le temps requis pour atteindre un jour ces fameux trois pour cent de déficit.
Les impétrants malhonnêtes, car il faut bien appeler chat le chat, n'ont jamais voulu accepter que les Kritères maastrichiens étaient le ZERO pour cent, et que le chiffre de 3% était le plafond d'un trou budgétaire occasionnel. Zéro pour cent est chose assez commune dans des pays du Nord. En régime de croisière, avant donc la bourrasque bancaire de 2008, le Danemark faisait 2,8% d'excédent, l'Irlande 1,9%, le Grand Duché 4,4%, les Pays-Bas 1%, la Finlande 1,9%, la Suède 1,9% et même le Royaume-Uni faisait 1,3%. L'excédent n'est donc pas incongru et les déficits courants que ces pays rencontrent aujourd'hui, ont des causes conjoncturelles et non pas structurelles.
Que représentent les "clous de Maastricht" est une bonne question que je vous remercie de m'avoir posée.
Les 3% de Pib ne mesurent rien puisque le Pib lui-même n'est utile que dans son évolution à critères comptables constants et pas dans sa valeur intrinsèque instantanée. C'est un résultat fiscal impacté par tout ce qui bouge. Le désastre de Fukushima va booster le Pib japonais comme jamais depuis Hiroshima ! Ils en ont de la chance !
Et quand on parle de plafond de Dette publique à 60% du Pib, c'est pareil. Le chiffre est une invention des communicants de Mitterrand, facile à prononcer sauf pour Giscard d'Estaing ! Plus sérieusement il s'appuyait sur une croissance moyenne d'au moins 3% par an, alors qu'aujourd'hui 2% serait un succès inespéré.
Un seule chose est sûre, il faut que l'argent dépensé à crédit le soit sur des infrastructures et structures industrielles ou autres, capables de rapporter de l'argent par leur exploitation, afin d'abonder les caisses pour régler à l'échéance intérêts et capitaux empruntés. Et surtout jamais des dépenses de fonctionnement, car l'argent disparaît dans la consommation et les fosses septiques. Le "bonheur" n'abonde pas les caisses publiques. Le défaut de cette recommandation est son extrême simplicité. Pas de quoi briller dans les dîners en ville ni soutenir une thèse devant un jury d'économistes.

Ne revenons pas encore sur la Dette abyssale qui continue à se creuser chaque semaine sous l'arrogance suffisante de nos dirigeants. Continuons à creuser le sillon du bon sens. A choisir un objectif chiffré pour mobiliser les idées et les énergies, le trois-pour-cent magique devrait être l'objectif politique d'un EXCEDENT des comptes budgétaires de l'Etat, afin de commencer à remplir le trou. Et pour d'autres raisons tenant à notre crédit international. Quelqu'un a-t-il entendu aucun de nos merveilleux candidats franchir le rubicon du zéro-pour-cent en 2013 par exemple, pour aborder ensuite aux rives de l'excédent ? C'est à ce manquement qu'on mesure à quel point ces messieurs-dames font la pute.
Le « marché politique » est celui des mensonges, dans une démocratie aboutissant à sa dérive naturelle, la démagogie. On y échange des promesses illusoires contre des votes. On sectorise les avantages promis en fonction des segments utiles de l'électorat et on prend les compensations sur ceux qui ne sont pas acheteurs de l'illusion. Le taux exorbitant de prélèvement fiscal interdit de recourir massivement à la taxation - bien que ce soit l'idée cachée de tous bords - et donc obligera à assainir les comptes publics du côté de la dépense.

Que faire sans le sou ?
Contraints par les censeurs indépendants qu'ils voudraient bien tuer, les menteurs parvenus à court d'argent transformeront les avantages directs sonnants et trébuchants en avantages indirects par le biais de réglementations bénéficiant à leur clientèle électorale. C'est assez malin. Je ne peux pas te virer d'argent du compte du Trésor à sec, mais je vais créer une obligation pour l'immense armée des veaux de faire quelque chose de "très" utile, et le troupeau viendra acheter ces services obligatoires à ton guichet. Les réglementations justifient bien évidemment le contrôle de leur application et par contrecoup les effectifs des ministères concernés. Deux exemples ?

La formation professionnelle : le nombre d'officines est infini qui mangent sur la bête et bien peu sont compétentes. La formation est indispensable mais la compétence de ceux qui la font aussi ! Ceux d'entre vous qui ont fait un stage comprennent sans qu'il soit besoin d'un dessin. Les entrepreneurs qui doivent cotiser aux agences de branche sont ensuite sollicités par téléphone pour se former, à défaut former leurs gosses ou partir aux Caraïbes en séminaire. Dans le réseau Relais & Châteaux, il y a des formules pour se former avec sa secrétaire. Le coût budgétaire de cette idée essentielle mais détournée par le clientélisme est énorme, des milliards. Dix de mémoire !

Les expertises énergétiques de l'habitat ont créé des milliers de structures parasitaires où grouillent des fonctionnaires et assimilés à la retraite, voire des artisans faillis. On a multiplié par mille les niches à retraités EDF-GDF qu'étaient les Consuels !

Donc pour les temps de disette budgétaire que nous annoncent Standard & Poors, Moddy's et Fitch Rating, attendons nous à la submersion de la société par des réglementations compensant l'impossibilité d'avantages directs aux électeurs gagnants. Mais pour ce qui est de l'excédent budgétaire nécessaire au renflouement du navire, on repassera. C'est ridicule mon cher Watson ! Il faut carrément couler le bateau.

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