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lundi 23 novembre 2020

L'Heure de l'empire

Avertissement : c'est un peu long, confinement oblige ! Mais il y a des intertitres.


M. Guy Verhofstadt, ancien premier ministre du roi des Belges et fédéraliste passionné, pousse à l'intégration institutionnelle des Etats européens, du moins ceux qui le souhaitent, afin que le sous-continent soit capable de déployer une diplomatie au niveau de sa puissance commerciale et les forces armées sans lesquelles il serait vain de croire peser sur les desseins qui s'entrecroisent sur le globe. Cette ambition, si elle se réalisait, contreviendrait à la souveraineté des Etats-Nations qui composent le Conseil européen et sacrifierait la règle de majorité établie par le compromis de Luxembourg en 1966 à la demande expresse du général De Gaulle, laquelle règle transforme le régime confédéral en "vétocratie" ; chaque pays y pesant la masse de son pouvoir de nuisance.

Donnons-lui raison, donnons-lui tort, agréons-en l'urgence mais ouvrons les yeux. Les derniers défis que nous opposent les tenants de civilisations incompatibles avec nos mœurs occidentales ne peuvent être relevés par aucune des nations européennes réagissant en son splendide isolement. Aucune ! Que ce soient les conséquences de l'irrédentisme arménien coincé dans les mâchoires russes, la révocation du traité de Lausanne infligé à la Turquie en 1923, la menace d'une bombe atomique islamique menaçant Mare Nostrum. Trois défis, trois impossibilités. La déstabilisation de l'Afrique du Nord n'est pas sur l'épure ce matin puisque nous, Français, l'avons construite comme on la retrouve aujourd'hui ! C'est "notre" problème ou dit plus crûment, à chacun sa merde ! Nous ne parlons pas non plus de l'immigration de masse de peuplades insuffisamment formées aux travaux et aux jours de notre bel Occident.

Pour enfoncer le clou qui semble dépasser encore de la planche de nos convictions, je pressens que nous n'arriverons à rien sur les quatre premiers points d'effort du Quai d'Orsay aujourd'hui que sont le Sahel, le Liban, la Mer Egée, le Haut-Karabakh ; même avec des alliés de circonstances pour les trois premiers ! Mais c'est pareil pour la Grande-Bretagne qui dispose du verrou d'entrée (Gibraltar) et de bases stratégiques de pleine souveraineté à Chypre et qui ne fait rien ; ou pour l'Italie qui est au front de tous les défis méditerranéens et craint de mettre le feu aux nations musulmanes qui se pressent déjà à ses frontières, ce pour ne parler que des nations impliquées hors-les-murs au gré des menaces, toutes les autres restant planquées. Faut-il faire un dessin ? Faisons-le.

Sahel

Bernard Lugan est parfaitement juste quand il exclut tout protocole de pacification oubliant les causes enracinées du désordre. La misère, endémique à des pays sans autre richesse que des ventres affamés, couplée à une mal-gouvernance chronique d'élites cupides, multiplie la ressource en "maquisards" dans les cinq pays impliqués. Cette ressource est rémunérée par des financements de toutes origines qui convergent sur zone autant que les narcotiques... et le défi est sans fin. "En tuer" comme la devise du 501è Chars de Combat ? Jusqu'à quand ?

Liban

Quel crâne d'œuf dans les soupentes de l'Elysée a pu croire un instant que les chefs de clan libanais allaient abandonner une once de pouvoir parce que la moitié de la capitale avait été détruite en conséquence de leur incurie ? Depuis le voyage triomphant de M. Macron, ils recherchent le capo di tutti capi manucuré en armani et ray'ban, qui présentera suffisamment bien pour faire débloquer les subsides internationaux qu'ils comptent s'approprier par les mille tentacules de la pieuvre libanaise, chacun détenant des infrastructures essentielles, du BTP, des services au public, des œuvres caritatives et secours en tout genre. Si Carlos Ghosn n'était pas sous le coup d'un mandat d'arrêt international, il ferait parfaitement l'affaire... et gagnerait gros.

Mer Egée

Pour une raison qui me dépasse, M. Macron s'est cru investi d'une mission de défense des valeurs de la communauté internationale dans les affaires de virilité en Méditerranée orientale, coupant les convois turcs en route vers la Libye, promenant le pavillon dans la zone grecque de recherche sismique comme au temps du sandjak d'Alexandrette. Sauf qu'à l'exception d'une Italie solidaire de nos émotions, aucun autre pays européen n'a voulu affronter le Sultan déchaîné dans son hubris de déconstruction du traité de Lausanne qui a donné toute l'eau bleue aux Grecs et presque rien aux héritiers des glorieux Ottomans. Mais ça pourrait changer. L'Allemagne qui connaît assez bien la région a déjà anticipé que les protagonistes grecs et turcs finiraient par s'arranger enrre eux sur le dos des puissances extérieures. Elle vend donc aux deux, des sous-marins. Et il n'a pas fallu longtemps pour que la Grèce nous fasse un vent dans son plan de refonte navale. Malgré tout, Angela Merkel est aujourd'hui suffisamment agacée par le pétomane d'Ankara qu'elle a fait arraisonner par une de ses frégates un cargo turc sur la route de Misrata.

Haut-Karabakh

Puisque nous sommes l'ami historique et le grand protecteur de l'Arménie, nous sommes coupables de n'avoir pas averti l'homme présumé fort du pays, Nikol Pachinian, que sa politique anti-russe et ses œillades atlantiques hors de saison allaient lui attirer les pires ennuis dans son environnement géopolitique. L'Azerbaïdjan accumulait de l'équipement militaire payé par les exportations de naphte de la British Petroleum et de gaz par les trois gazoducs stratégiques vers l'Iran, la Grèce et Turquie (?!) et vers la Russie, autant de points d'appui diplomatiques en cas de conflit car le gaz prime. Pendant ce temps l'Arménie rêvait à sa grande Arménie des contes enchantés sans avoir les moyens militaires de tenir les territoires enclavés dans l'Azerbaïdjan qu'elle avait depécé lors de la déconfiture soviétique. Il n'a pas fallu longtemps pour que les conseillers du Sultan voit la lueur du jour dans la fente des ambitions arméniennes et y passent. Le drapeau turc flotte sur Bakou (allez-y voir) et Ankara a maintenant, par le corridor du Nakhitchevan ouvert dans le sud de l'Arménie, l'accès goudronné jusqu'à Shirvan et la Mer Caspienne. Les Russes ont laissé faire, puis stoppé le film au bon moment pour eux, et n'attendent plus que la chute du leader vaincu qui les snobait. Qu'y ferons-nous ?
Co-président du protocole de Minsk, nous avons assisté pendant vingt-cinq ans à l'entêtement de plus en plus stupide des délégués arméniens à ne pas vouloir négocier - alors qu'ils avaient expulsé six cents milles Azerbaïdjanais des districts entourant le Haut-Karabakh historique - et nous nous sommes montrés incapables de les raisonner et évidemment incapables de faire sauter la Légion sur Stepanakert. Si nous arrivons à protéger les monastères et les édifices chrétiens (comment faire sur le terrain ?) nous aurons atteint la limite la plus reculée de nos capacités.

Où situer la frontière ?


Ces exemples donnent les limites de notre "puissance". La France seule de Charles Maurras a toutes les peines du monde à sortir aujourd'hui du Lac Commun et ses désordres intérieurs en tout domaine ne pourront qu'étrécir son périmètre d'intervention. Sauf fédération des nations européennes autour de nos propres efforts à peser sur le destin du monde proche, nous allons revenir au limes capétien. Depuis le départ de Jacques Delors des affaires européennes - ça fait un bail - le projet un peu arrogant de la main française dans le gant européen a fait long feu. Malgré l'hostilité ouverte du Royaume-Uni à notre endroit et certaines réticences de peuples à cornes qui trafiquent en couronnes, le projet aurait pu s'étoffer si nous n'avions pas ruiné notre propre pays à des motifs purement électoraux et idéologiques ! La France de Georges Pompidou, et celle de Valéry Giscard d'Estaing un peu moins, pesait son poids dans les enceintes décisionnaires avec des comptes bien tenus, une politique industrielle et énergétique assumée, des ambitions solides et une dissuasion nucléaire sans état d'âme. Des études étrangères lui prédisaient une quatrième place pérenne dans le top-10 des nations développées. Pompidou comme Giscard d'Estaing s'en sont servi au plan diplomatique : qui aurait résisté à Pompidou ? Giscard d'Estaing a créé le G7 pour parler ensemble et franchement autour de la cheminée de Rambouillet. Raymond Barre, son ministre, était le modèle de rigueur qui faisait taire toute critique étrangère à notre endroit. Le chancelier Schmidt n'avait-il pas admis que l'Allemagne se contenterait du primat industriel et n'interfèrerait pas dans les affaires étrangères de la France ? On rêve !

Depuis la chute de Giscard en 1981 et la mise en œuvre du programme archaïque et commun de gouvernement, les masses laborieuses et démocratiques parvenues aux affaires n'ont cessé de perdre du terrain, des emplois et de l'argent. La quatrième ou cinquième puissance mondiale, disposant d'un siège permanent au Conseil de sécurité avec droit de véto, perdit de son influence comme un mauvais pneu de l'air. Et mis à part le morceau de bravoure de Dominique de Villepin à l'Assemblée générale de l'ONU contre l'intention américaine d'attaquer l'Irak en 2003, nous ne sommes plus écoutés, qui pis est, en sommes arrivés à un point tel que les insultes fusent à l'endroit de notre président pour avoir mis les mains dans la merde des caricatures obscènes de Charlie Hebdo ; quand Donald Trump le prend publiquement pour un loser ; quand un ancien président américain se permet de faire dans ses mémoires tout une page ridiculisant l'ancien président Sarkozy (mais il faut la lire car c'est tout à fait lui); quand enfin le Sultan de la Sublime Porte ne trouve plus les mots pour se foutre de la gueule de M. Macron qui a osé le défier ! Jusqu'à la Chine de Pékin qui s'est permis une invective humiliante à l'endroit du même lorsque nous avons accepté un refit des six frégates Lafayette vendues en 1991 à Taïwan : « Mais pour qui se prennent donc les Français pour venir nous défier si loin de chez eux ?». Ils ont bien tort les Chinois : j'apprends que nous venons de prendre langue avec le QUAD océanique pour donner notre point de vue sur les défis du Pacifique-Nord à l'Inde, au Japon, à l'Australie et aux Etats-Unis ! No comment.

Alors quoi ?


Guy Verhofstadt croit (au sens mystique) qu'une fédération des nations européennes ayant intégré les domaines régaliens de chacune dans un gouvernement central saura tenir tête aux empires revenus. C'est probablement vrai au vu de la puissance économique et financière de l'Union européenne. Les empires en question sont au nombre de trois nous concernant : la Fédération de Russie, la Chine populaire et les Etats-Unis d'Amérique. Les autres qui se croient tels, n'en finissent plus d'émerger et leurs intérêts restent négociables.
Cette fédération est-elle contructible ? A mon avis, non ! Déjà, tous les pays qui se sont arrachés à l'empire soviétique ont dans leurs chairs les traces de la dictature à distance, de la prévalence des intérêts impériaux même très éloignés des leurs, de la coercition qui visent à interdire ou dévoyer les initiatives, de la bêtise crasse des plans centraux, en un mot du socialisme jacobin ! Il faudra attendre que toute la génération de l'Est ayant eu vingt ans en 1990, trépasse pour que l'empreinte mentale de la captivité s'efface. Les pays balkaniques et la Grèce feront où nous leur dirons de faire dans la mesure où le robinet des subventions coule encore ; reste l'Europe occidentale divisée entre Germains et Latins, et la Scandinavie qui se cherche. Autant dire que rien n'est fait, surtout si ce projet de Fédération occidentale était "français". Mais prenons les choses autrement.
carte de l'Europe politique
Depuis le Brexit et pour contrebalancer un hypothétique majorat franco-allemand, deux groupes se sont formés qui ne cessent de se renforcer. En France, nous ne voulons pas croire que ces deux groupes aient été montés contre nous plus que contre l'Allemagne et pourtant ! Le premier groupe de nations antagonistes est la Nouvelle Ligue hanséatique qui regroupe l'Irlande, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Finlande, l'Estonie, la Lituanie et la Lettonie (marqués H sur la carte). L'obsession commune est la défense des valeurs frugales de l'Union économique et monétaire, même si tout le monde ne règle pas son pain en euros. Elle observe l'utilisation orthodoxe du mécanisme de stabilité, préfère les prêts aux dons, et veut qu'un examen de solvabilité précède toute décision de subvention. Le budget européen est obligé d'en tenir compte au grand dam des cigales latines. On y est en plein aujourd'hui avec les chicayas du Plan de relance post-covid. La Ligue pèse 50 millions d'habitants et 2600 milliards de PIB. Pour fixer les idées, les PIB européens remarquables sont ceux de l'Allemagne 3100 milliards d'euros, suivi par la France avec 2160 milliards, l'Italie 1800 milliards et l'Espagne 1300 milliards.

Le second groupe dissident est le fameux cercle de Visegrád qui regroupe la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie et la Hongrie. Bien différent du premier groupe, celui-ci vise à préserver sa souveraineté à tout prix dans les domaines laissés libres par les traités européens. C'est plus un cercle de clients que de promoteurs puisque ses économies ont été rebâties par l'Europe occidentale après l'effondrement du Comecon. Il pèse 64 millions d'habitants et 880 milliards d'euros de PIB. Il est dans l'orbite allemande et déteste les nègres. Dans certaines sessions du Conseil européen, ce groupe est renforcé de l'Autriche et de la Slovénie.

Il existe un troisième groupe inter-national dont nous ne parlerons pas par défaut d'information mais qui se manifeste chaque année dans un sommet au plus haut niveau, c'est le groupe des pays de langue allemande : Belgique, Luxembourg, Liechtenstein, Allemagne, Suisse, Autriche.

Ceci étant, le Conseil européen est divisé en quatre parties : le tandem impérial Allemagne-France qui lutte autant pour ne pas se désunir que pour convaincre les autres de ses propositions, la Nouvelle Ligue hanséatique de libre-échange près de ses sous, le groupe de Visegrád et ses alliés de circonstances, puis des pays seuls comme la Grèce, Chypre, Malte, la Croatie, l'Italie, l'Espagne, qui font et défont les majorités et dont les voix s'achètent dans les couloirs. Même avec de l'enthousiasme, on voit mal émerger une fédération à l'intersection des quatre groupes. Sans doute à l'origine aurait-il été possible de pousser les feux d'une Fédération occidentale européenne à six ou huit mais cela passait par la Communauté européenne de défense que les gaullistes et les communistes à Paris refusèrent par principe (sur ordre de qui ?). C'est le moment d'éclairer maintenant le schmilblick par un autre acteur que nous nous plaisons en France à débiner mais qui pèse de tout son poids sur les tergiversations européennes : l'OTAN.

Comme nous l'avons souvent dit sur ce site, la composante militaire de l'OTAN (appelée NATO pour la distinguer) est l'arme de défense privilégiée par tous les pays européens à l'exception du nôtre, au seul motif de son efficacité à faire peur. Au temps de l'occupation soviétique en Europe orientale, le NATO était l'ogre coupable de tous les maux et capable de faire pire que Dresde ou Hambourg ! La haine des peuples était tellement exacerbée à son endroit qu'il en est resté chez tous l'idée qu'une fois libérés des Russes, la meilleure protection possible contre leur retour était ce fameux ogre qui faisait si peur au Kremlin ! Et tombe la thèse du complot atlantique ayant visé à s'étendre sur le glacis soviétique à la faveur des atermoiements de Boris Eltsine. Ce sont tous les pays d'Europe non-russes de l'Est qui ont demandé leur intégration au NATO avant même de faire des représentations à Bruxelles pour être associés au Marché Commun. Même l'Albanie se méfie et a rejoint l'Alliance bien avant d'entrer dans l'Union européenne. S'il est de bon ton de traiter l'OTAN par-dessus la jambe chez nous (jusqu'au jour où nous en aurons vraiment besoin), il en va tout différemment chez les autres. Ils ne prendront aucune décision qui altèrerait leur protection ou leur sentiment de protection, si vous préférez. Aussi est-il vain de promouvoir une défense européenne chez des peuples qui n'ont pas soif d'indépendance militaire et craignent le retrait du parapluie atomique américain. Donc tout projet visant à fédérer un ou plusieurs domaines appartenant au régalien sera-t-il jugé chez les autres à l'aune de ses effets sur la confiance atlantique. Autant dire que ça ne marchera jamais, sauf ! Sauf si les Etats-unis, fatigués de s'occuper du vieux monde, organisent par eux-mêmes cette fédération ou confédération européenne qui prendra à sa charge les responsabilités que les Etats-Unis ne veulent plus assumer. Et nous n'aurons d'autre mot à dire que de sortir du jeu ou d'acquiescer ! Même M. Verhofstadt ne sera pas consulté ; alors M. Macron, pensez donc !

Sera-ce donc le Frexit ?

Nous en reparlerons bientôt dans un article Frexit & Chimères. Le Frexit étant impossible techniquement, ce sera plus vraisemblablement la ruine de notre orgueil et le destin du Portugal, comme disait le général De Gaulle en nous convoquant à des hauteurs que nous ne pûmes jamais atteindre. Dans tous les cas, les conséquences stratégiques sur l'Europe seront immenses. La confusion des intérêts nationaux l'exposera en proie. Les empires précités viendront peut-être y mettre de l'ordre, s'ils y trouvent leur avantage et parviennent à s'entendre. Sinon une monstrueuse anarchie cernera un noyau dur et résilient constitué par quelques pays de l'Europe sérieuse autour de l'Allemagne, quelque chose comme l'avatar du Saint Empire. Les mânes d'Otto de Habsbourg-Lorraine esquissent un sourire, mais il est déjà tard.

samedi 5 septembre 2020

Onfray le Danois

portrait de Michel Onfray
« Quand les vents déchaînés emportent les marins, deux avis à la barre et trop d’habiles rassemblés ne vaudront pas l’unique volonté, même moins sage, mais dont l’autorité est plénière. C’est là qu’il faut chercher la force des demeures et des cités » (Andromaque d'Euripide). C'est sur cette vérité d'évidence que se termine un appel au fédéralisme monarchique dans la nouvelle revue numérique de Michel Onfray, Front Populaire, qu'un ami me voulant du bien m'a passée.
Totale surprise du Piéton que de voir réécrit noir sur blanc sa lancinante obsession d'une monarchie d'étage régalien strict ! Encore un effort et nous aurons les républiques subordonnées dans une douce anarchie, ce qui correspondrait assez bien au parcours intellectuel du philosophe normand.
Qu'y lit-on ? Au complet c'est par ici* :
* https://frontpopulaire.fr/o/Content/co205129/souverainete-sur-qui-souverainete-sur-quoi-vers-un-federalisme-monarchique
Nous en extrayons la substantifique moelle :

« Réfléchir à la notion de souveraineté implique nécessairement de s’interroger sur les objets auxquels doit s’appliquer cette souveraineté.» Exit le souverainisme incantatoire des cabris ! De quoi parle-t-on en appelant à la souveraineté ? D'abord c'est aujourd'hui l'Etat qui exerce la souveraineté et pas un corps constitué plus qu'un autre, non plus qu'un élu en CDD. Cette souveraineté s'applique sur deux champs bien distincts, les affaires intérieures et les affaires extérieures. L'Etat applique la coercition légitime jusqu'à la violence légale dans les domaines qui les réclament mais avec un vice d'application qui date des gouvernements compréhensifs - en gros le cabinet Jospin sous Chirac Ier -, savoir que l'opposition désarmée est traitée avec la plus grande sévérité, ce sont les gilets jaunes à partir de l'infiltration de l'ultra-gauche (insoumis, black-block, indigènes et tout le chantier de démolition) ; tandis que l'opposition armée est contournée, ignorée et cajolée par la Justice à des motifs obscurs. Une autre domaine où l'Etat pèse de tout son poids est celui de l'Education nationale où à la suite de Vincent Peillon, la Rue de Grenelle n'a pas abandonné l'idée de formater les enfants sept jours sur sept avec rappel de vaccination aux heures de classes. Tout à l'opposé est le domaine de la santé publique dont on a découvert l'incroyable incurie lors de l'explosion de coronavirus. En résumé, fort avec les faibles, faible avec les forts et toujours à court d'argent.

Le champ des affaires étrangères est également partagé entre zones d'effort où la France s'affirme - traditionnellement l'Afrique - et zones de timidités comme les nomme l'article de Front Populaire. Il y a des timidités malvenues, et d'autres bienvenues. Le partage est à l'aune de notre puissance réduite que nos partenaires nous mesurent encore quand ils voient l'état de calamité financière où nous nous sommes jetés pour faire vivre le peuple des hamacs concurremment à notre grandeur. Au lieu de rechercher une impossible indépendance, optimisons au maximum nos dépendances. Un peu de prudence avec l'Amérique de Trump ne nuit pas. Un peu moins avec la Chine, mais intelligemment, rehausserait la portée de notre discours. Il en va de même au Proche Orient (nous sortons des Sykes-Picot au Moyen Orient) où nous avons des atouts et des forces résidentes sur lesquels adosser une diplomatie d'autorité au milieu des contraintes de tous ordres voire des contradictions orientales que nous savons très bien analyser. Chirac qui fut le seul chef d'Etat étranger aux funérailles d'Hafez el-Assad et de Rafik Hariri n'a pas su sanctuariser le Liban au nord du Litani et la France a perdu son honneur et la main jusqu'à la catastrophe récente à Beyrouth. Que faisons-nous entre Grèce et Turquie pour les îlots de Kastellórizo ? On y reviendra.

A la fin, l'article s'avance vers nous (sans qu'il le sache bien sûr) quand il y est écrit que « l’État peut et doit être fort, c’est-à-dire souverain et indépendant, mais dans quels domaines ? Oui, l’État doit prendre du recul et disparaître, mais dans quels domaines ? Peut-être est-il temps de ne pas rougir d’un État puissant dans des domaines restreints mais essentiels à la bonne marche du pays, dans ce qu’on appelle les compétences régaliennes, mais qu’il s’agirait de chercher à redéfinir tous ensemble en tant que peuple.» Sur ce blogue nous sommes pour arracher le régalien strict** à la dispute démocratique pour le confier à une autorité permanente indépendante des partis et des lobbies. Mais rien n'interdit d'y intégrer un ou deux domaines jugés essentiels pour la cohésion de la Nation. Peut-être l'instruction publique de premier cycle et les hôpitaux généraux...

L'article se referme sur les contrepouvoirs de Proudhon et la question qui tue : « Vers un fédéralisme monarchique ?» Reste à s'abonner à Front Populaire ? On va attendre un peu qu'il confirme le coup de barre ! Pour ceux qui sont pressés, on peut payer là.

** Toujours les cinq domaines : Justice haute, Police nationale, Armées, Finances centrales, Diplomatie.


drapeau blanc

jeudi 16 mai 2019

Quelle Europe ?

A dix jours du scrutin européen, Royal-Artillerie succombe aux sollicitations de son lectorat fidèle pour donner une opinion qui en vaut d'autres - mais pas toutes - sur l'Europe que nous pourrions souhaiter (c'est une blague).

- Roots ! -

Celle-ci ne sera ni socialiste (ou fasciste c'est égal) ni populiste (tous les partis démocratiques le sont devenus) mais construite sur le seul principe de réalités. Le temps nous est compté par les empires qui nous menacent carrément et sans doute en restera-t-il bien peu pour philosopher tout en se disputant. Les choses, procratinées depuis trente ans et maintenant retardées par la recherche d'une impossible unanimité à vingt-sept, se dénoueront dans l'urgence des défis que nous affronterons. Pour se bien faire comprendre, citons l'affaire de la téléphonie 5-G : le bras de fer entre Huawei, les Etats Unis, la République fédérale et les développeurs occidentaux ne va pas courir de conférence en conférence. Elle sera tranchée autour de deux pôles, l'un allemand, l'autre américain. C'est plus important que le calibre des melons ou le taux de particules fines. Le monde ne nous laissera pas le temps des raisonnements spécieux ou de longues incantations en conférences de presse avant de nous convoquer aux lices du camp clos.

Divisés, nous succomberons les uns après les autres car nous sommes chacun trop petits au pantographe de la mondialisation. La division des Européens est explicitement à l'agenda des nouveaux ogres, Trump détache la Grande Bretagne et la Pologne, Poutine aide par tous moyens les partis déconstructeurs comme le RN français, Xi appâte les malades comme la Grèce et l'Italie par la médecine douce des routes de la soie. Divisés, nous mutualiserons nos insuffisances, nos défauts, nos bêtises (nous avons tant déconné depuis le Congrès de Vienne). Ensemble, nous ferons faisceau de nos atouts. Ensemble ? La question ne se pose plus, sauf chez quelques nostalgiques de La France seule que plus personne de sensé n'écoute. Ensemble, oui, mais ensemble comment ?

La poussée des identitaires dans tous les pays de l'Union bloque la fédéralisation qui fut jusqu'ici la trajectoire de la technocratie bruxelloise sur le modèle éprouvé des Etats Unis d'Amérique. Le nationalisme endémique devait pour elle se contenter de particularismes régionaux, les Etats-nations devenant une circonscription linguistique.

A défaut donc de fédération à 27 il faut explorer voies et moyens d'une réactivité de même nature que celle de nos contempteurs dans les domaines qui l'exigent. C'est facile à écrire. Prenons les choses dans l'ordre d'apparition sur scène.

(A) La grande force de l'Europe est son marché commun des biens et services librement praticable. Cinq cents millions de consommateurs solvables achètent (et importent) des normes communes. Notons en passant que ni les Chinois ni les Américains ne sont parvenus à imposer leurs propres normes dans le Marché commun, sauf dans des niches étroites très spécifiques (circulation aérienne par ex.). Qui dit normes, dit aussi normes de production agricole afin que les produits distribués partout soient au-dessus des planchers qualitatifs acceptables.
Ce marché commun crée beaucoup de valeur ajoutée à l'échelle du continent et tout ce qui pourrait l'entraver diminue la richesse disponible, pour partie redistribuable.

Le bras armé du marché commun est la Douane. Fédérons alors les douanes - elles travaillent déjà de concert sur un code douanier unique - et nommons un Secrétaire général des Douanes européennes qui sera l'interlocuteur européen obligé pour toutes les questions de commerce mondial. La part prépondérante de la communauté européenne dans le commerce mondial nous donne toute légitimité de défense dans les guerres commerciales allumées par les uns et les autres à des prétextes stratégiques ou bassement politiques. Notre Secrétaire général parlera d'égal à égal avec les ministres du commerce extérieur chinois, américain, russe ou brésilien et à l'OMC dès lors qu'ils n'auront aucun canal de déviation de leur lobbying.

Pour faire bon poids en frontière, il serait intelligent de subordonner au Secrétaire général des Douanes les corps nationaux de garde-frontières et le corps européen des garde-côtes à créer. Un seul numéro de téléphone pour entrer.
Première conclusion pratique : on peut protéger ce marché sur son périmètre et le fermer quand c'est nécessaire, mais on sanctuarise le principe de libre circulation intérieure. L'invocation terroriste pour fermer les frontières intérieures est une ânerie parce que le terrorisme n'a jamais été bloqué en douane pas plus que le tabac ou la cocaïne et que pour le vaincre, il faut aller à la racine du chiendent et l'arracher pour qu'il crève. C'est un choix national.

(B) L'autre valeur commune est la monnaie. Sans entrer dans la dispute académique des devises privées de l'Ecole autrichienne d'économie, dispute qui enfonce les monnaies régaliennes, la force d'un empire est aussi dans la monnaie qu'il bat. Avant l'euro, seulement deux pays européens avaient une monnaie cotée au tableau chaque jour, la République fédérale et son deutschemark, la Grande Bretagne et sa livre sterling. Toutes les autres monnaies du continent étaient cotées par opposition, avant de dévaluer périodiquement pour rattraper le wagon de tête. Les ressusciter dans chaque pays européen reviendrait à redonner la prééminence aux deux anciennes et à déclasser toutes les autres à nouveau. Qui prendra du franc neuf en monnaie de réserve avec l'état de calamités financières déclaré en France ? La monnaie nationale revenue deviendrait une monnaie de circulation intérieure que les acteurs économiques devraient échanger pour une monnaie internationale dans tous les actes du commerce extérieur ; autant dire qu'au change quotidien elle s'effondrerait et naîtrait un marché noir du DEM ou du dollar comme en Iran.

Seconde conclusion pratique : Qui dit monnaie, dit banque centrale d'émission. Qui dit émission dit volume imprimé et taux de pension. Ces deux actions conditionnent l'économie. Si les Etats Unis fonctionnent à cinquante Etats fédérés avec une Réserve fédérale indépendante des pouvoirs politiques, il est difficile de combattre cette organisation en Europe occidentale si les Etats sont honnêtes. Le souci de saine collaboration des Etats entre eux devrait les obliger à soutenir leur monnaie commune en impulsant chez chacun d'eux des conditions économiques et fiscales productrices de richesse à l'équilibre budgétaire, comme on le fait dans bien des pays où on vit heureux.

Avançons. Deux questions s'avèrent inextricables au moment : ce sont la diplomatie et la guerre. L'histoire du continent est une des plus riches du monde en drames de toutes sortes. Il s'ensuit que les diplomaties nationales héritent de cette histoire et en sont durablement marquées. Le temps n'est pas venu d'unifier nos diplomaties que nous allons passer en revue :

Deux grandes diplomaties mondiales subsistent, la française et l'anglaise. Elles ont hérité de leur rayonnement européen, de victoires qui les ont épuisées et de leurs empires coloniaux. Elles divergent souvent, l'anglaise ayant un réflexe de retenue dans ses interventions jusqu'au jour où elle fait débarquer les boys qui ravagent tout pour l'exemple, puis rentrent au pays des brumes et des ondées. La France a la même, sauf que porteuse d'un message universel, elle demeure sur place et s'y fatigue à raccommoder des gens qui se détestent.

L'Allemagne n'a pas de diplomatie autre que celle de la Deutschland AG. Daimler-Benz, Bayer, Siemens, Badische Anilin sont les ambassades du pays le plus pacifiste au monde, prêt à payer pour ne pas se battre. D'autres pays ont des diplomaties circonscrites à leur région qui ne mériteraient pas une mutualisation stricto sensu : citons l'Espagne et l'Afrique du Nord, la Pologne sur la Baltique et l'Ukraine, l'Italie en Méditerranée centrale, la Grèce en Méditerranée orientale. On comprend dès lors qu'une diplomatie commune européenne est impossible sauf à organiser des canaux de coopération sur notre hémisphère comme ne le font pas si mal Frederica Mogherini et son staff.

Pour ce qui concerne la défense européenne, on a devant soi la lubie typiquement française de vouloir imposer aux autres nos conclusions stratégiques sans avoir les moyens d'en forcer l'achat. Pour tous, absolument tous les pays européens, la défense européenne est assurée par l'OTAN. Ont-ils tort ? Une prochaine guerre si elle éclate, nous le dira. Souhaitons de ne jamais savoir. Faire campagne pour cette défense européenne rejetée in petto par tous nos voisins frise l'escroquerie. Pour qui se prennent-ils à avancer seuls sur ce chemin sans issue ? Pour qui nous prennent-ils pour nous vendre l'impossible ? Les listes européennes promouvant une défense intégrée sont à bannir ; c'est un leurre à gogos ou à gaullistes.

Troisième conclusion pratique : à l'impossible nul n'est tenu. Une diplomatie européenne serait utile aux marches de l'empire en ce qu'elle surmonterait les obsessions nationales nées de confrontations anciennes. La grande diplomatie resterait dans les mains de ceux qui peuvent encore l'actionner, la diplomatie de proximité serait quant à elle remise au Service fédéral des Affaires étrangères et de la Politique de sécurité existant. Bien sûr les Polonais gueuleront mais si cela nous évite une guerre avec la Russie, ce ne sera pas cher payé. A défaut, ils pourront toujours devenir le Porto Rico balte des Etats Unis. A l'inverse, renforcer la diplomatie italienne en Libye serait efficace car elle assume la création de garde-côtes libyens capable de tenir les eaux territoriales.

Comme nous l'avons souvent dit, en matière de défense, une coopération étroite avec les Anglais musclerait nos forces, et symétriquement une coopération franco-allemande dans les usines d'armement nous assurerait des moyens de qualité sans aller encore les chercher outre-atlantique. Le socle de défense reste l'OTAN, une machine de guerre éprouvée qui est dénoncée par tous nos adversaires, ce qui en montre la force dissuasive.


Le reste n'a aucun intérêt à la fédéralisation dans la mesure où ça ne circule pas. Droits de l'homme, santé (normes de potabilité... mais qualité de l'air, si), normes hôtelières, normes universitaires (le marché triera les compétences sans exclusive). Par contre les normes de construction automobiles doivent être européennes comme toutes les certifications des engins circulants et des opérateurs qui les conduisent tels les chauffeurs routiers (c'est un exemple). Mutualisons ce qui en vaut la peine et laissons les Nations libres d'organiser leurs sociétés. Il n'y a pas d'épure miraculeuse, l'Europe restera longtemps un projet en construction, inachevé, c'est un legs de l'histoire. Mais déjà pointent à l'horizon des défis qui risquent de faire précipiter la désunion en cluster de combat, c'est le défi aérospatial.

(C) Après le marché commun en libre pratique, notre deuxième force est l'aérospatial. Nous sommes à parité en aéronautique avec les Etats-Unis et nous sommes un acteur majeur en astronautique, bridés seulement par la congruité des budgets nationaux. Le secteur des missiliers européens fait également référence à l'international quand ça pète quelque part. Mais pour la première fois depuis longtemps - en fait depuis la ruée vers l'or noir - nous sommes confrontés à des compétiteurs strictement privés qui disposent de capitaux libres en quantité, c'est-à-dire non gagés sur des politiques sociales, pour développer les rêves spatiaux de demain. J'ai nommé Amazon (Jeff Bezos), Virgin (Richard Branson), SpaceX (Elon Musk).
Il y a sept ans, Bernard Werber confiait à Atlantico que « l’entreprise [était] en train de devenir la nouvelle cellule de reconnaissance, une cellule plus dynamique et plus libre que l’Etat. Un chef d’entreprise n’est pas élu démocratiquement, il n’a pas besoin d’être aimé, il a juste besoin de gagner de l’argent. La conquête spatiale qui demande de lourds investissements financiers se passera donc très probablement des Etats et les entreprises construiront des lanceurs privés mais aussi des fusées, des satellites et des vaisseaux spatiaux ». On y est. Space X livre la station spatiale internationale avec ses propres fusées en récupérant les étages propulseurs d'arrachement à l'attraction terrestre.

Quatrième conclusion pratique : Ce défi peut-il être relevé par les Etats européens ? Non ! Le modèle socialiste européen stérilise le capital, et ceux qui en créent comme l'Anglais Richard Branson, expatrient leur recherche et développement pour sortir du carcan taxateur. D'autres capitalistes européens se lanceront-ils dans l'aventure spatiale ? Nul ne le sait mais apparemment il ne semble pas que nous ayons, même ensemble, les capitaux libres nécessaires. Ce défi ne sera pas relevé par l'Europe institutionnelle, mais par des génies à naître. Favorisons leur éclosion et la création de richesse avant de dévorer le capital pour la survie des demeurés !


mercredi 20 décembre 2017

Note d'étape Catalogne 21-D


Oriol Junqueras
Les élections de ce jeudi en Catalogne ne seront pas plus déterminantes que les précédentes et l'escroquerie démocratique qui veut qu'à la moitié des voix plus une, la courte majorité soit en droit d'opprimer la courte minorité n'y changera rien. C'est ce qui s'est passé ou presque sous les gouvernements catalanistes successifs. Ils eurent les pleins pouvoir sur l'éducation, la langue administrative, la culture (radio, télé...) et les travaux publics (les procès en corruption font rage). Leurs rivaux n'obtinrent que le droit de se taire.

Les sondages donnent à nouveau les unionistes et les catalanistes au coude à coude mais un fait nouveau peut rebattre les cartes : les trois partis indépendantistes se bouffent le nez, Oriol Junqueras depuis sa prison dénie toute légitimité à Carles Puigdemont qu'il traite de fuyard. Les points de dispute dépassent cette querelle, à mon avis justifiée, mais ne sauraient affaiblir l'addition des voix tant la quête d'une libération est ardente dans ce camp du départ. 50-50 ! Et monsieur Rajoy aura lancé les dés pour rien parce qu'une courte victoire de Ciudadanos et du Partido Popular ne ruinera pas le coup d'Etat rampant initié par le défunt gouvernement Puigdemont il y a quelques mois ! Et à l'inverse, ne permettra pas à la coalition catalaniste de gouverner mieux avec la masse de dissensions entre eux.

Bien sûr les Catalinistes revendiqueront la victoire des Catalans de souche. Sans les aliens et les traîtres, ils seraient, pensent-ils, vainqueurs haut la main. Ira-t-on un jour jusqu'à diviser les listes électorales entre résidents de la Généralité et aborigènes de la Province, seuls les seconds ayant la capacité de choisir le destin catalan, les autres votant sur les questions subalternes d'écoles et de tramways ? Quel sera le critère de "tri" ? Quatre grands-parents catalans ? Appartenance à l'haplogroupe des Macaboundeus ? Le fond d'œil ? Ne pas rire, les Corses phosphorent là-dessus.

Inés Arrimadas
Des observateurs mieux avisés suggèrent de responsabiliser les classes politiques régionales en passant d'un Etat décentralisé à un Etat fédéral classique à la Suisse, avec autonomie fiscale comme au Pays basque. Si les provinces acquièrent les capacités d'Etat au sein d'un royaume fédéral, elles seront immédiatement en concurrence entre elles tout en restant dans le marché commun, et sans doute que les délires basques ou catalans seront bloqués par leur impact négatif sur les salariés et petits patrons, la faute ne pouvant plus être déportée à Madrid. Les milliers d'entreprises qui ont délocalisé leurs domiciliations fiscales hors de Catalogne deviendront l'exemple à suivre en cas d'abus manifeste.

Reste que l'Union européenne aura sa partition à jouer, ce qu'elle ne fait pas actuellement. Pour rassurer les peuples, elle doit les défendre ! Et ce ne sont pas les accords de libre-échange à tout va qui y arriveront. Le marché unique de cinq cents millions de consommateurs solvables (britanniques comptés) n'est pas sommé de s'ouvrir ou périr ! Il serait temps que l'équipe Tusk-Juncker cède sa place à des gens moins dogmatiques et plus attentifs aux intérêts des productions européennes. Défendre, c'est renforcer la cohésion.



Postscriptum du lendemain qui chante :
La suite en détail sur El País : Elecciones catalanas 2017


jeudi 4 mai 2017

Outrances et timidités des dévolutions


Si la campagne électorale n'a pas débattu de l'Europe autrement que pour en dénoncer ses nuisances, les équipes partisanes de communication et propagande n'ont jamais poussé les feux de l'analyse de ses inconvénients. S'éloigner des incantations populaires et des assertions définitives de l'establishment libéral permet de deviner un point d'équilibre à partir des réalités. C'est l'ambition de cette brève de comptoir qui explore l'optimisation de nos interdépendances européennes en opposant insuffisances et exagérations des pouvoirs délégués.

Préambule

Peuple souverain, l'expression est illisible. "Souverain" signifie que je tranche et coupe selon mon bon plaisir, selon mon caprice, où et quand je veux. En quelle occasion le "peuple" aurait-il manifesté son caprice ? Si on le voit comme corps politique structuré (ce qui est discutable), on peut le considérer libre et souverain à l'occasion d'un référendum qu'il aurait lui-même convoqué. Le peuple de la Confédération helvétique est en ce sens souverain. Mais cette souveraineté, encore moins son ersatz français, n'induit pas forcément celle du pays appelé à siéger dans les enceintes supranationales de pouvoir où se mesurent justement l'indépendance et la souveraineté. Sauf pour quelques républiques bananières insignifiantes, la souveraineté le cède partout à l'interdépendance, Suisse y comprise. Elle en a vu les limites dans l'attaque anti-évasion fiscale des Etats-Unis. Nos pays dépendent les uns des autres. Il n'est pas un secteur exempt, même celui de la culture.

C'est dans ce cadre que s'exerce le principe dit de subsidiarité qui, rappelons-le, conserve par devers soi toutes choses que nous pouvons facilement régler et déporte à un étage supérieur d'autres choses qui se font mieux, voire uniquement, à plusieurs. La dispute européenne tourne autour du principe de subsidiarité. Dans l'Union européenne il est régi par l'article 5-§.3 du Traité de Maastricht : « En vertu du principe de subsidiarité, dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, l'Union intervient seulement si, et dans la mesure où, les objectifs de l'action envisagée ne peuvent pas être atteints de manière suffisante par les États membres, tant au niveau central qu'au niveau régional et local, mais peuvent l'être mieux, en raison des dimensions ou des effets de l'action envisagée, au niveau de l'Union ». Le texte ouvre la porte des ascenseurs : les pays peuvent naturellement faire monter ou descendre des segments économiques ou autres sur l'échelle des dévolutions. Il suffit de s'entendre entre gens de bonne compagnie et ne point claquer les portes comme des enfants insupportables. Qu'est-ce qu'il ne va pas ?
Il y a de quoi, exemples :

Outrances

L'invasion des normes communautaires donne prise aux critiques les plus sévères. Que le marché commun de libre circulation des biens et denrées soit régi par des normes tombe sous le sens ! Surtout si la production d'un segment donné est destinée aussi à la grande exportation. La norme alimentaire ou la composition chimique d'articles d'usage courant sont des garanties de base. Elles boostent la vente. Mais on ne voit pas bien l'utilité de la normalisation des mesures, diamètres et débits en toutes circonstances, voire même celle des espaces pour handicapés, la largeur des corridors d'hôtel. Que des articles "hors-normes" ne puissent pas bénéficier du label "CE" est... normal ! L'article national sera alors labellisé NF, TüV, BS ou UNI de façon lisible et s'il est bon, les consommateurs (et leurs associations de vigilance) l'achèteront, à défaut, le traîneront au tribunal.
Dans le domaine sociétal (les handicapés, les hôtels en font partie), chaque pays doit pouvoir s'organiser au mieux des intérêts et coutumes de sa population. Pourquoi normer à Bruxelles la qualité de l'eau distribuée à la consommation ? Chaque Etat ou région (Land) est capable de publier sa grille physico-chimique de l'eau potable répondant aux normes mondiales de l'OMS et s'il ne surveille pas, il doit être attaqué en justice par ses consommateurs.

L'outrance sévit aussi sous la forme d'une uniformisation des formats et procédures tendant à pousser à la roue de la fédération européenne. Pourquoi normer la comptabilité des sociétés (norme IFRS) ? L'analyse financière est affaire de spécialistes et uniformiser la présentation des comptes sociaux de Gibraltar à Utsjoki n'apporte rien de plus pour excaver la vérité vraie d'un bilan. Le spécialiste doit apprendre les mœurs comptables de chaque pays comme il le fait déjà pour la Chine, le Japon, la Thaïlande, Singapour, Jersey et l'Australie. Et bien il verra l'inversion des classes de comptes entre l'Allemagne et la France, les spécificités luxembourgeoises, la plasticité britannique, la comptabilité lombarde italienne et notre Plan 1957 qui avait déjà un siècle de retard sur ceux du Reich bismarkien ou de l'Angleterre victorienne. Savez-vous qu'en matière de droits de douane le Plan 57 n'indiquait aucun compte ou sous-compte de la sous-classe 63 ? L'Ordre des experts-comptables suggère de les prendre en frais accessoires du principal (donc ils disparaissent) sinon en 6353 « Impôts indirects ». Qui a dit que ce pays était un grand du commerce mondial ?

Un dernier exemple d'outrance - j'en vois au fond qui pianotent sur leur smartphone.
Bolkestein (en photo)! Ce nom, élevé à la puissance d'une injure, restera la mère des outrances européennes. Que l'ouvrier puisse se faire embaucher dans tout le marché commun sans restrictions est une façon intelligente de fluidifier la main d'œuvre, balançant excédents et déficits, outre la liberté normale de circulation des compétences comme celle des camions. Mais assujettir l'embauche délocalisée au régime social du pays d'origine est pur dumping de la part des pays émergents, surtout de l'Est. Il n'y a pas à comprendre cent pages de justifications bureaucratiques ! Ceux qui se sont prêtés à cette escroquerie devraient être poursuivis, et la directive (largement entamée par les régimes nationaux) devrait être rapportée, remplacée par une ligne de code : "l'Européen travaille où il le souhaite sur tout le territoire de l'Union européenne sans restrictions ni privilèges".

En revanche, certains domaines sont jalousement conservés dans la coquille nationale alors qu'ils seraient mieux gérés à plusieurs. Ce sont parfois des petites choses qui n'ont pas attiré l'attention des technocrates bruxellois ou bien qui ont succombé à la résistance opiniâtre de lobbies particuliers.


Timidités

Rien n'est plus irritant lorsqu'on voyage en Europe de chercher au fond de sa valise l'adaptateur pour prise de courant correspondant au standard national du pays de destination : Tableau des prises électriques (clic). L'Europe a cinq standards de prise, le plus sécurisé est le standard britannique mais il est sans doute trop tard maintenant pour le promouvoir. Tout le monde devrait passer à la prise "Schuko" qui ne bouleverse pas les distances entre broches sauf en Italie. Les grands espaces économiques ont chacun leur standard unique.

L'Abeille-Bourbon au sauvetage
Les nations maritimes européennes gardent des milliers de kilomètres de côtes mitoyennes, toute la Baltique sauf l'enclave russe de Kaliningrad, la rive orientale de la Mer du Nord, idem pour la Manche, la Mer d'Iroise, l'Océan atlantique oriental jusqu'à l'Île de Fer aux Canaries. Norvège et Grande-Bretagne exclues, treize pays sont "mouillés" dans le domaine atlantique. Le bon sens commande à la mutualisation de garde-côtes et pêches par la création d'un corps européen dédié naviguant partout, exerçant les mêmes compétences que les Coast-Guards des Etats-Unis (police, douane, affaires maritimes, alerte et sauvetage). La même chose en Méditerranée où les "bassins" nationaux sont encore plus imbriqués ; huit pays sont mouillés. En dessous, le poisson n'étant pas captif, on peut envisager l'examen d'une possibilité de licence de pêche européenne, mais bon c'est un enjeu très politisé.

Un domaine pas du tout rationalisé est celui des approvisionnements énergétiques. On comprend bien qu'un Bureau central de l'énergie passant des contrats pour un marché de cinq cents millions de consommateurs obtiendra de meilleures conditions que chaque pays séparément. A choisir de négocier du gaz algérien soit dans un tête-à-tête GDF SUEZ - SONATRACH avec tout le contentieux historique et la corruption endémique, soit par un Bureau central d'achats à Rotterdam dirigé par un klootzak de Batave qui fait semblant de ne pas comprendre le français, un entêté impossible à déborder qui a commencé sa vie au biberon de la Royal Dutch Shell, inamovible, apparemment aussi puissant que très con ; le second dispositif obtiendra de meilleurs prix et conditions de cadencement. Parler avec GAZPROM pour 50 ou 500 millions de consommateurs n'est évidemment pas pareil. Le même klootzak sera hermétique aux gesticulations russes. Poser des pipelines pour livrer chez nous pétrole et gaz se fera plus facilement au Bureau central des tubes que dans des discussions binationales à ouvrir chaque cinq cent kilomètres.

Un dernier pour la route, ou plutôt deux, qui n'ont pas besoin d'être développés : le contrôle de la circulation aérienne et l'espace commun téléphonique.

Sur tous ces sujets, il existe des tonnes de rapports, analyses, critiques, mémorandum... tous inutiles. Pour preuve, l'Union européenne va mal, elle n'est pas gouvernée, elle ne se reconnaît pas elle-même, et pourtant elle est le niveau pertinent pour affronter les autres Etats-continents qui n'arrêtent pas de grandir autour d'elle, jusqu'à imposer leurs mœurs commerciales, leurs normes, leurs projets. Ces choses ne se construisent pas pour cinq ans mais sur un demi-siècle. La carence de leadership européen (le leader naturel était la France mais depuis Chirac elle a fait sous elle, nous avons fini avec Harlem Désir, p*tain!), l'arrogance et l'impuissance de la Commission, l'agenda douteux des dirigeants communautaires (Barroso à vendre, demain Juncker), le déclassement des chefs de gouvernement qui sont devenus des directeurs de boutiques achalandées, tout cela nous a fait perdre beaucoup de temps en même temps qu'étaient aiguisés certains appétits extérieurs à la limite de l'anschluss comme le TAFTA. Par chance, Donald Trump ne l'a pas compris et veut s'en défaire. Mais le projet (très avancé en discussions) reviendra à mesure que la Chine montera en pression. C'est un énorme travail qui nous attend. Nous n'avons pas du temps de reste pour jouer aux apprentis-souverains, il y a bien longtemps que la France éternelle est en dépendances, heureusement plurielles.





En conclusion, la dévolution n'est pas un gros mot. Ne conviendrait-il pas de mettre à plat nos coopérations plutôt que de jeter tant d'énergie dans des Frexit, Grexit, Nerxit, Danxit et autres "exits". Inutile de tout jeter à terre de la construction européenne. Les nations qui la composent n'ont pas disparu, les coutumes régionales, nationales demeurent bien vivantes, leurs défauts endémiques aussi. Dans une apparition télévisée la veille du 1er Mai, Marion Maréchal Le Pen, l'esprit le plus aiguisé du Front national, signalait deux fractures graves de l'Union européenne, l'une horizontale séparant pays du nord (l'Europe sérieuse chez RA), pays du sud (l'Europe rieuse) ; l'autre verticale, identitaire, expliquée par l'histoire du XXè siècle, entre les pays neufs d'Europe centrale et orientale et la vieille Europe occidentale. Que les PECOs dégagent m'en touche une sans faire bouger l'autre. Que l'on brise la vieille Europe sur la ligne de fracture nord-sud serait une stupidité, un crime. La France n'y gagnerait rien, nos sœurs latines encore moins puisque nous avons tous les quatre besoin des marchés du nord, des touristes du nord, des investisseurs privés et industriels du nord outre l'imbrication ancienne de nos sociétés. Les Britanniques commencent d'ailleurs à douter de leur mouvement d'humeur anti-polonais ; il leur aurait suffi de casser la directive Bolkestein et d'expulser les doryphores, puis d'attendre les remontrances pour passer aux insultes. Juncker, avec son palmarès de fraudeur fiscal, n'aurait pas longtemps résisté, la Commission se cassait comme une noix.

Il faut donc rénover, il suffit de rénover. Sans doute pas quand même avec la technocratie bruxelloise mais entre chefs d'Etat, sans même convoquer la Commission qui doit être reproportionnée à son niveau réel de secrétariat exécutif. Qui aura les burnes nécessaires pour convoquer à Rambouillet les pays fondateurs et l'Espagne afin de redéfinir le projet à l'aune des défis planétaires qui se dessinent. Les autres pays suivront ou quitteront, bon voyage ! Finalement, ce qui manque chez les hommes d'Etat européens, c'est d'avoir perdu assez de sang et de larmes pour se comporter en hommes ! Nous sélectionnons la sous-race éduquée dans la ouate !

Reste une question (habituelle sur Royal-Artillerie) qui n'a jamais été posée officiellement aux peuples européens, à chacun d'eux : voulez-vous une confédération ou une fédération ? L'issue est fort simple : les pays ayant choisi la fédération entreront comme entité unique dans la confédération des autres.




Ceci est la dernière contribution de Royal-Artillerie à la dispute présidentielle. Le débat du second tour, qui a occupé toute la soirée du 3 mai, a montré qui avait un projet cohérent, certainement difficile à mettre en œuvre contre les corporatismes de tous ordres, et qui avait déjà perdu dans sa tête pour se livrer à l'invective et à l'insulte, faisant même l'économie du respect dû à l'électeur indécis pour tenter de rassembler les voix qui lui manquaient. Madame Le Pen n'a pas la carrure, et définitivement pas l'intelligence du mode de scrutin !


vendredi 22 juin 2012

Le mouton rose

Le sommet euro-continental d'aujourd'hui à Rome est présenté chez nous comme une mise au pied du mur de la Chancellerie. Sans croissance, les économies malades de la Providence mettront l'Allemagne dans l'embarras deux fois : l'une par la récession générale détruisant les débouchés latins de la Deutschland AG, l'autre par le spectre d'une faillite emportant avec elle l'argent que l'Allemagne a consenti de leur donner. C'est faux.
L'accusé sera ce soir la France de M. Hollande, pour deux raisons pareillement.
L'une est que le programme politique annoncé - s'il est confirmé à Rome - va à l'encontre du bon sens dès que l'on sait qu'il n'y a pas de mine fiscale à creuser en France, celle-ci étant championne de pression fiscale (cf. Bernard Monassier dans Le Figaro de ce matin), l'autre que l'incrédibilité française est un ferment d'hystérie sur les marchés financiers. Personne au monde ne croit dans notre médecine socialiste, à tel point qu'on prend ça pour une blague électorale sans lendemain. Mais s'il est confirmé de la part de la délégation française que ce n'en est pas une, alors ce sera autre chose.

L'Allemagne avance sur un projet carré (que l'on peut détester) fondé sur la fédération des politiques économiques, fiscales et sociales, fédération qui une fois acquise ouvrira la porte à une mutualisation des problèmes rencontrés dans cet espace. Le dit-espace n'est pas prévu pour loger les 27 pays. C'est explicite.
Comme le décideur en filigrane de cette fédération est Berlin, la France a sans trop d'effort compris qu'elle y laissait sa souveraineté. A quoi les cousins germains répliquent : quelle souveraineté ? Vous n'en avez plus. Et c'est bien ce qui nous fait mal. Alors que nos cousins latins ont acté la perte de souveraineté dès lors qu'on téléphone partout pour faire l'échéance, la France, à qui reste un peu de l'ADN gaullien, se cabre... parce qu'elle n'a pas encore décroché le téléphone. Les débuts du gouvernement Ayrault, qui cherche déjà à combler un trou de 10 milliards cette année, nous promettent de bientôt tester la ligne.

Le chef de la Wilhelmstraße a tout à fait raison de dire que rien ne se redressera en Europe si le reste du monde continue à sérieusement douter de notre capacité à nous projeter concrètement dans le futur : « La réaffirmation du projet européen est la mesure déterminante pour restaurer la confiance et aussi pour surmonter la crise de la Dette. Aucun investisseur ne misera sur l'Europe s'il n'a pas le sentiment que l'Europe croit en elle et travaille pour la faire avancer [...] Elle est aussi notre meilleure garantie de prospérité dans un monde multipolaire qui se globalise, avec de nouveaux centres de pouvoir.»
On comprend maintenant que la réaffirmation du Projet européen actée dans une feuille de route signée par tous les participants est la condition sine qua non posée par la Chancellerie à ses partenaires pour simplement parler autour de la table. Même les mesures les plus urgentes concernant l'Espagne et la licence bancaire du FESF réclamée par l'Italie sont réglées par ce préalable.

Or la pragmatique Italie et la fière Espagne sont d'accord pour marcher à la fédération, pour des raisons différentes mais bien réelles ; l'une parce qu'elle doit absolument souder sa moitié utile, le Piémont-Lombardie-Emilie-Romagne, à la prospérité de l'arc alpin ; l'autre parce que son Etat central se délite sous les coups répétés de ses provinces industrielles séparatistes et qu'une fédération européenne lui donnerait de l'air en déplaçant la source de pouvoir hors d'atteinte et en élargissant le périmètre d'une solidarité coûteuse ; elle-aussi comme l'Allemagne est un Etat fédéral, mais non stabilisé.
La France, réticente malgré la liquéfaction de ses capacités, va donc être le mouton noir de la réunion en se payant de mots comme on en a entendus toute cette semaine.

Sans moyens décisifs, sans projet clair, lisible, résisterons-nous à l'Empire ? Nous ne pouvons pas y résister seuls. Ça se saurait.

Spéciale dernière (22/6-17:50)
A Rome, Mme Merkel a obtenu l'union politique et M. Hollande vient d'acheter la solidarité contre l'entrée dans une fédération à l'allemande. Extrait de la dépêche de Reuters :
Au fur et à mesure du renforcement de l'Union et de l'intégration européenne, « les eurobonds seront un instrument utile pour l'Europe et je continuerai à travailler dans ce sens », a ajouté le président français. Il a estimé que les abandons de souveraineté, que suppose le renforcement de l'intégration politique européenne, devaient être effectués en fonction du renforcement de la solidarité entre les membres de l'UE. « Les abandons de souveraineté ne sont pas possibles sans renforcement de la solidarité », a-t-il insisté. (fin du communiqué Reuters)
C'est exactement la formulation de l'exigence allemande : la solidarité contre l'union dans les règles. On saura le 29 juin à Bruxelles si la fédération est actée dans l'Eurogroupe.

jeudi 23 juin 2011

Régions vs. nations

Cet article est paru dans le trimestriel monarchiste La Toile, numéro 10, publié au mois de mars 2011. Il entre en archive RA. Ce numéro de La Toile est un dossier sur la réforme territoriale aperçue à travers les élections cantonales. Nous approchons maintenant des élections sénatoriales qui pourraient voir un renversement de majorité à la Haute Assemblée. La Gauche étant majoritairement fédéraliste, les régions sortiront-elles renforcées du scrutin au point de contester, non pas les nations dont elles sont l'empreinte territorialisée, mais les Etats qui les gèrent, ou bien tout cela participe-t-il d'une évolution inéluctable ? Ce n'est pas aussi tranché. Réponse après le 25 septembre. Pour le moment les collèges électoraux sont en formation, comme celui de Parentis ici. En attendant voici le billet de La Toile n°10.

Quand la Hanse allemande, qui était une CEE avant l'heure, le céda aux Etats-nations à la paix de Westphalie (1648), les peuples européens apprirent vite ce que signifiaient les points-tirets que les experts d'alors avaient tracés sur des cartes de papier. Dans leurs frontières négociées au mètre près, les Etats devenaient des enjeux parfaitement concrets, parfaitement pesés, parfaitement négociables.
Les nations immanentes demeuraient, comparses des fois, éparses aussi, et le mouvement se fit vers l'adéquation suprême d'un état pour toute sa nation.
C'est l'irrédentisme, l'Europe faillit en crever.

1648-1948 : au Congrès de La Haye, Winston Churchill annulait trois cents ans de malheurs en appelant à l'union du continent dans ce qui allait devenir le Conseil de l'Europe. On allait retricoter Westphalie en sublimant les intérêts nationaux résiduels dans le mercantilisme d'une union de libre-échange chapeautée d'un codex moral sensé régler les poussées nationales. C'est la démocratie chrétienne qui prit l'affaire en main et construisit les communautés européennes. Les Etats étaient dès lors visés. Avec la CECA(1) on remontait les hanses, ils firent semblant de ne pas le voir.

Les décideurs économiques privés, qui doivent anticiper plus loin que les Etats pour survivre, ciblent les complémentarités transnationales en créant dans les régions périmétriques des convergences indéliables assez fortes. Le grignotage des Etats par les instances supranationales fait émerger mécaniquement les régions subalternes qui s'agrègent parfois en puissante communauté d'intérêts capable de dicter sa loi aux cabinets ministériels, relégués au rôle de facilitateurs dans l'exploration des jungles réglementaires locales. Le grand bassin drainant du Rhin en est l'exemple-type.
Les Etats n'ont que deux solutions. Soit ils se cabrent et reculent pied à pied en bon ordre comme une armée disciplinée, mais ils reculent – c'est le cas de la France qui continue à faire illusion chez elle -, soit ils accompagnent leurs pôles économiques majeurs de toutes les mesures fiscales et sociales propices à un développement réussi, attendant de l'enrichissement futur de la nation leur propre consolidation, c'est le cas de l'Allemagne et des pays du Nord. Les succès économiques germaniques sont en partie dûs aux réformes en profondeur de la société allemande menées à bien par le chancelier Schröder sur demande du patronat.

La conquête du land de Bade-Wurtemberg par Die Grünen de Cohn-Bendit va influencer fortement l'Alsace mitoyenne où Europe-Ecologie-Les-Verts du même Cohn-Bendit a fait des scores enviables aux cantonales. Très influencés par leur cousin germain, les Alsaciens doivent résoudre plusieurs questions d'environnement à commencer par l'arrêt d'exploitation de la vieille centrale nucléaire de Fessenheim.La question induit de trouver des réponses valides à deux questions : quid des 700 emplois directs (plus autant d'indirects) sur l'agglomération de Mulhouse, et où retrouver les 16 millions d'euros de taxes annuelles que M. Proglio paie aux Alsaciens ?
L'autre défi est l'agriculture intensive invasive et la concurrence de plus en plus forte de l'agriculture organique allemande. Le fleuve n'est pas une frontière mais l'aorte unique des deux régions, et le parti écologiste affiche clairement que "l’Alsace s’épanouira par une nouvelle coopération rhénane". Traiter la salubrité des eaux, la qualité de l'air, la sécurité de la batellerie, voire la pression cynégétique chacun dans son coin, est absurde. Aussi les structures de coopération se multiplient-elles et l'autonomie badoise déteint sur sa soeur occidentale.

L'Europe des nations a toutes ses chances car les nations sont éternelles. L'Europe des Etats, c'est moins sûr. Le temps de la Hanse est revenu, qui fait du commerce des choses le seul moteur des ambitions humaines, laissant à chacun le choix de s'enrichir l'esprit sans subir la dictée étatique. Les régions mitoyennes ont vocation à s'entendre par leur simple proximité de vue. C'est une tendance lourde que démontre l'Europe rhénane. Les Etats impotents, archaïques ou surdimensionnés sont destinés à s'effondrer sous leur propre poids. Si l'ambition des régions est de singer les Etats qu'elles auront surmontés, elles en partageront ultérieurement le destin

Note (1): La Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (les six pays fondateurs de l'Europe institutionnelle) donnait l'autonomie à l'économie transversale pour surmonter à l'avenir les dérives agressives des Etats. Pendant 50 ans, la Haute Autorité de tutelle régla ses marchés par un réseau de guichets normalisés indépendants, au seul bénéfice des acteurs économiques du secteur.


Conclusion (version RA)

L'économique prime tout. L'histoire du monde peut s'expliquer par l'économique, les décisions politiques qui prennent toute la lumière des annales sont dans l'immense majorité des cas, soit les "encaissements" d'une situation favorable, soit les réactions de sauvegarde en face d'un péril économique. Même les guerres de libération napoléoniennes qui pourraient apparaître gratuites, ont des causes et des dérives économiques. L'Union européenne est une union mercantile et cette puissance ne se discute pas, elle se mesure. L'Union européenne ne sera jamais une fédération politique pour la simple raison que les nations la composant, représentées ou pas par des Etats, ne se la laisseront pas imposer. Il faut dire que les représentants de cette fédération actuellement en fonction ne risquent pas de mobiliser les fédéralistes autour d'un dessein purement utopique, tant leur "caractère" est ectoplasmique. Les régions vont certainement coopérer plus étroitement, surtout par dessus les frontières et les barrières linguistiques, mais les nations marcheront toujours vers l'histoire.

vendredi 30 octobre 2009

Vicerunt !

les gnomesChapeau les gnomes, vous nous avez "mis" le traité ! Moins de cinq ans après la crise d'urticaire politique de mai 2005, le char européen de la bureaucratie bruxelloise est arrivé au but. Créer deux postes prestigieux et tous ceux des cabinets qui travailleront pour eux, afin d'accéder es qualité et tous ensemble à la table des grands. L'utilité de ces postes est à la merci des premiers titulaires plus que des textes qui les règlent, puisque l'on sait que les textes ne brident que les étudiants en droit qui les examinent, et jamais les ambitieux, à voir la pratique quotidienne de la constitution de la V° République par le titulaire actuel.
Les perdants sont moins les nations que les souverainistes qui se sont assis sur le stylo pointu de Vlaçav Klaus. Exeunt !
La mode est au Vert fédéral.
Le vent est fédéral.

Qui lève le doigt ?
I.- Tony Blair. Poussé par le cabinet Brown qui cherche un ravalement d'image dans l'accession du premier des britanniques au fauteuil de l'Union, le sémillant travailliste catholique n'emballe pas la chancelière de Prusse qui lui reproche déjà de n'avoir pas rejoint quand il le pouvait, la zone deutschemark. Le satrape de France - à qui l'on n'a rien demandé - l'aime bien s'il fait hommage et foi à l'Elysée, ce qui semble exclu par l'intéressé qui ne voit dans notre beau pays qu'une villégiature ensoleillée, cernée par quarante mille voitures qui y crament par an. Berlusconi n'a rien dit sur Cherie Blair. Les autres impétrants sont en deuxième division.

LipponenPaavo Lipponen de Finlande est un dur. Social-démocrate convaincu, il a oeuvré à la résurrection du traité constitutionnel en y marquant ce qu'il appelait sa "dimension septentrionale". Sans être doctrinaire, il a des convictions déroulées qui peuvent enfumer ses pairs. Il est bien vu de la bureaucratie car il a l'étoffe.

Jean-Claude Juncker du Grand-Duché (Âne du Roi 2008¹) tient la rampe à deux titres. Il est premier ministre d'un petit pays non hégémonique ; il obéit au doigt et à l'oeil à la Banque centrale euro-allemande de Francfort, tout en simulant le contraire.

Guy Verhofstadt de Gand est un apparatchik libéral qui n'a jamais travaillé en dehors de la politique belge. Bon mécano des arcanes, il conviendrait à une fonction exécutive de détails, ce qui n'est peut-être pas l'ambition des gnomes. C'était le candidat de Cohn-Bendit contre Barroso.

Jan-Pieter Balkenende de Zélande est le miquet du lot. On le traite d'Harry Potter. Premier ministre chrétien-démocrate des Pays-Bas, il a montré un sens tout batave de la navigation qui ne sera pas suffisant à convaincre les grands donneurs d'ordres.

II.- Le second poste est celui de Haut Commissaire Représentant pour les affaires étrangères. Si, comme le dit Jacques Delors, la "politique" du président de l'Union se heurtera à celle de ses alter-ego nationaux, la diplomatie bruxelloise risque de ne pas aller plus loin que ne le souhaitent le Quai d'Orsay et le Foreign Office, sauf comme aujourd'hui à laisser le Solana futur visiter des camps de réfugiés et serrer des mains devant des caméras, de plus en plus rares d'ailleurs. Deux candidats se laissent tenter par l'avion-pullmann aux couleurs de l'Europe :

MillibandDavid Milliband a ses chances si Tony Blair échoue à la présidence du Conseil. De plus, les Anglais ont une bonne réputation dans les affaires diplomatiques car opiniâtres et parfaitement étanches à toute morale. C'est mon choix de pari, si on me pose la question sur le trottoir en bas de chez moi.

Mais il y a Carl Bildt. Conservateur suédois, donc un peu neutre, il a le CV complet de la fonction. Envoyé spécial de l'UE en Bosnie-Herzégovine, puis Haut Représentant international en Bosnie-Herzégovine. Envoyé spécial du Secrétaire général de l'ONU dans les Balkans. Membre de la Trilatérale depuis 1998. C'est aussi un "industriel" qui peut parler à Davos ou chez les Bilderberg. Président de Kreab Group, Nordic Venture Network et de Teleoptimering AB. Administrateur de Vostok Nafta, Lundin Petroleum, HiQ et de Öhmans. Aux États-Unis, administrateur de la RAND, de Legg Mason et au conseil de surveillance de la Fondation Carnegie pour la Paix Internationale-Moscow Center. Et tout autant d'occupations dans le secteur non-marchand des think tanks et clubs en tous genres. Trop peut-être. Il va faire de l'ombre. Mais au moins est-on assuré qu'il ne vivra pas sur la note de frais.

Il n'y a pas de français. L'Elysée pousserait l'endive de Savoie à un poste de commissaire au marché intérieur. Les gnomes aiment les ectoplasmes ; ils feront campagne. D'autres français ? c'est exclu, surtout depuis la révélation des frasques financières de la présidence sarkoziste de l'Union européenne en 2008, un score de gabegie tout à fait congolais.

Pour résumer, mon pronostic bookmaker est Lipponen-Milliband.


Note (1): le prix 2009 sera décerné le 2 décembre.

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vendredi 16 octobre 2009

Aigles et cigognes

caricature marianne et schpoutzieLa Bundeswehr à Metz ? Strasbourg, c'était déjà assez gonflé : « Nous ne laisserons pas Strasbourg sous le feux des canons allemands » (Sarrault à la radio au lendemain de la rémilitarisation de la rive gauche du Rhin en mars 36). Facile ! On met leurs canons dans la ville et le tour est joué. Arrivent donc 660 hommes d'un bataillon mixte reco-infanterie au Quartier Leclerc d'Illkirch-Graffenstaden, abandonné par le 1er Régiment du Génie.
Metz, c'est plus fort, car Metz est un mythe sacré. Garnison du 2ème Bataillon du Royal-Artillerie de Louis XV, d'où l'Artilleur¹ et les bourgeoises qui mouillent aux balcons ; vitrine de pleins feux de l'empire wilhelmien ; laboratoire d'essai des antagonismes nationalitaristes dès la recouvrance de 1918 ; ville-pilote d'une collaboration active avec le Grand Duché et la République fédérale depuis la réconciliation franco-allemande ; victoire écrasante de Mitterrand sur Rocard au Congrès éponyme du PS !

J'attends le concert de klaxons de la "droite nationale" autant que je guette le sourire intérieur de l'Etat-major allemand dont les aïeux sont passés par les nombreuses casernes impériales de la plus forte place forte du monde et racontèrent à leurs descendants... un tas de cochonneries...
Qu'importe, il n'est pas prévu de barraquer deux régiments d'artillerie fédérale dans les deux capitales de l'Est, pourtant on rapprocherait les canons de Bruxelles ! Peut-être des aviateurs.

la Porte des Allemands
La Porte des Allemands redevient une porte d'entrée. Fallait-il planter près de deux millions de croix blanches (nous ne comptons pas les croix noires !) pour revenir en moins de cent ans au point de départ ?
Bienvenue aux troupes fédérales dans notre place forte commune, peut-être au Quartier Sère de Rivière abandonné par le 2° Régiment du Génie. Elles y apprendront le français de la plus agréable façon, la ville ayant une réputation tricentenaire. Qui tondra les Messines après ?

robert SchumanSi le nationalitarisme n'était pas aussi meurtrier quand il s'accouple à un Etat, on pourrait le moquer comme un enfantillage de grands gamins. Mais ayant atteint à l'orgasme par l'orgie de malheurs qu'il provoqua il y a soixante-dix ans, on est bien avisé de lui appliquer la fameuse castration chimique. Cette "opération" s'appelle l'Europe unie. Le champ opératoire a le même nom, Europe, qui brasse depuis deux mille ans ses peuples. Toute guerre sur ce continent péninsulaire est civile. Robert Schuman, allemand et français, éduqué à Metz, ancienne capitale d'Austrasie et berceau carolingien, l'avait bien compris. La perversion bureaucratique de son enfant n'était pas prévisible même si l'avidité de pouvoirs, aussi minuscules soient-ils, est inscrite dans nos constitutions².

Il est de plus en plus évident que si le nationalitarisme est confiné à des groupuscules excités qui soutiennent à bout de bras les brasseurs de basse fermentation, le nationalisme sur lequel le premier a trop souvent déteint, a du plomb dans l'aile. Vingt-sept pays d'Europe lui ont tourné le dos. A se poser une vraie question "technique" : A quoi bon, pour un mouvement politique marginal mais dense en doctrine, s'escrimer à défendre un concept bientôt dépassé parce qu'il s'appliquerait si jamais, à une entité quasiment disparue. Vu le faible poids de l'électorat nationaliste (cf. élections européennes), il est prévisible que le centre de gravité démocratique des pouvoirs (qui ne le sont pas) se déplace vers le fédéralisme européen.

serveuses en brasserie
Il serait à mon sens avisé de construire un programme politique de redressement national dans le cadre imparable de cette fédération qui vient, et de ne plus perdre son temps avec des incantations stériles comme celle de la sécession, qui n'adviendra pas à vue de plusieurs générations, si tant est qu'elle soit décidée un jour sur les ruines du pays. Le coffre-fort de l'épargne des ménages nous préserve encore de ces extrémités, et l'ingéniosité des possédants est sans bornes.

L'empirisme organisateur convoque-t-il le réalisme ? Il semblerait que cette clé d'analyse prônée par le mouvement d'Action Française tourne enfin dans les serrures des chapelles qui viennent de comprendre que le ridicule peut tuer, et qu'il est bon parfois de s'appliquer les grands principes à soi-même.
Bravo messieurs, fusionnez, et ... démissionnez derrière pour éviter les tentations.


Note (1): La chanson "militaire" est en ligne.
Note (2): L'article fondateur de la République est dans la constitution monarchique de 1791 :
« La Constitution garantit, comme droits naturels et civils :
* 1° Que tous les citoyens sont admissibles aux places et emplois, sans autre distinction que celle des vertus et des talents ;...»
Dès lors le "pouvoir" est divisible en autant de petits bouts qu'il sera nécessaire d'en créer pour dédommager la bourgeoisie de sa révolution. On y reviendra.



bas relief artilleur
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