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vendredi 9 mai 2014

Jim Crow, Wazza ?

Ce texte a été publié par le site de La Faute à Rousseau, fin janvier, dans la rubrique La Patte à Catoneo. Il fait suite à un débat radiophonique sur l'esclavage qui avait captivé l'auteur de ce billet d'humeur. Humeur assumée. Il entre en archives Royal-Artillerie la veille du 10 mai pour faire et croire ce que de droit.

J'avais prévu quelque chose pour le 10 mai, journée officielle d'hommage aux victimes de la Traite atlantique, mais passablement agacé par les lices du penser-droit qui cantonnent toute réflexion, j'ai décidé d'en mettre un grande aux négriers tout de suite. Claque ou quenelle ad libitum.
C'est en fait l'audition d'une émission de France Culture, qui pendant une heure, lundi dernier 20 janvier, a laissé parler Eric Mesnard et Catherine Coquery-Vidrovitch au sujet de l'esclavage, qui m'a décidé à l'ouvrir. Ces gens connaissent leur sujet à fond. Ils ont réponse à tout. Ils n'appellent pas à faire pénitence. Ils expliquent¹. Merci, cela devenait rare !

Depuis une quinzaine d'années, l'élite politique et morale de ce beau pays nous somme de nous repentir de la mise en esclavage du peuple noir loin de chez lui, à nous faire croire que nous avons bâti ce que nous possédons sur le Code noir de Colbert. D'autres répondent que le bois d'ébène a été acheté sur les stocks des comptoirs maritimes africains et revendu aux Caraïbes et Louisiane ; et qu'en plus, on occulte à dessein les chaînes de nègres qui remontaient l'Afrique à pied vers les paradis musulmans.
Cela ne me concerne pas.

Je n'ai à me repentir de rien et des millions de Français de souche non plus. La Traite n'est pas notre affaire. En affaires, nous n'étions pas conviés. Nos ancêtres étaient pour la plupart attachés à la glèbe, dans les deux sens du terme, et pas toujours par choix mais pour assurer l'ordinaire. Ils ne profitèrent jamais des plantations du Nouveau Monde, ne buvaient pas de rhum, que du marc de raisin ou au nord, de l'alcool de grain, ni du café mais de la chicorée, ignoraient les bananes et le sucre de canne. Ces gens qui formaient l'assiette de la dîme, de la taille, de la capitation, vivaient à l'horizon de leur bailliage, ou de leur province pour les meilleurs marcheurs, sans grandes économies, cultivant la terre et la morale dans la monotonie des travaux et des jours. Ils s'arrangeaient pour ne rien devoir à la fin quand ils rendaient le "cadeau" de leur vie au Créateur. La famille alors louait des fleurs comme à Chaminadour et un cercueil à fond-charnière pour les enterrer dignement derrière un mauvais cheval qui tirait les affligés vers le pré de l'église.
Coller la honte de la Traite sur tous les Français, sur tous ceux qui ont construit le royaume de France à la sueur de leur front, est une vaste saloperie.

Par contre, on a tous les noms !
Tous les cahiers.
Tous les plans.
Tous les registres.
Les minutes du Greffe.
On sait qui crût et embellit jadis dans le commerce triangulaire.

A Bordeaux et Nantes naquirent des fortunes mondiales. Bridées au XIX° siècle, elles furent réinvesties aux colonies, plus tard dans l'industrie, mais la gloire d'exportation s'afficha sur toutes les belles avenues de nos ports. Certaines familles existent encore. Les descendants se sont peut-être jetés maintenant dans la dénonciation des marchands d'esclaves ou des planteurs pour faire diversion, mais... je vous laisse réfléchir. Nous les gueux, manants et autres tiers, nous sommes innocents de ces crimes. Que la justice passe, ailleurs, à Bordeaux, Nantes, Lorient et j'en oublie ! Qu'on élève des piloris de mémoire en place publique financés sur la taxe foncière, sur lesquels seront gravés les noms des négriers, si ça les amuse. Même pas !

Mme Taubira a peut-être un problème avec les trafiquants nantais, les rois du Dahomey, les planteurs de Guyane, mais aucun problème qui me concerne en Rouergue ou dans mes Cévennes. Solidarité ? N'ayant pas une vocation de pleureuse universelle, je l'encourage respectueusement à retourner à ses racines. Moi, je ne me repens de rien !
Les nôtres ont payé cher déjà la "continuation" des équilibres sociaux au privilège de la Fortune triomphante dans les deux siècles passés, tant dans les guerres que dans les manufactures et les mines au bénéfice de la Banque et de la Forge.

Les négriers ? Ce qu'il en reste ? A la lanterne des ports et comptoirs incriminés. Dieu triera ! Qu'on les y pende l'hiver, ça sentira moins mauvais.

(1) Etre esclave. Afrique-Amériques, XVe-XIXe siècle, Edition La Découverte (2013)


jeudi 19 février 2009

La loupe guadeloupéenne

émeutes GuadeloupeLes évènements de Guadeloupe sont une excellente occasion d'observation entomologique du mal français. Tous les ingrédients y sont réunis et dans ce cas précis, captifs par insularité.
Nous ne referons pas l'histoire des Antilles françaises sauf à relever que Martinique et Guadeloupe sont très différentes, essentiellement parce que la première a passé la période révolutionnaire sous domination anglaise alors que la seconde fut balayée par la Terreur de la Convention. La caste béké est dit-on différente dans les deux cas. Ce qui compte n'est pas de régler de vieux soldes mais d'ouvrir les yeux sur la dérive économique de cette colonie très déficitaire, départementalisée en 1946 pour la sauver peut-être d'une indépendance fatale.
Les chiffres sont très brutaux pour une population estimée aujourd'hui à 450.000 habitants (plus 15.000 clandestins dans les soutes) :...
(en pourcentage de population active, 170.000h)
- 40% de fonctionnaires tous statuts
- 25% d'inscrits ANPE dont 80% sans qualification aucune
- 20% d'érémistes
- solde à moins de 20% (selon l'interpénétration des catégories)
En sus, 80% du PIB (7750 M€) provient des services et du commerce. Il y a donc un fort parasitage du secteur productif. Aucun territoire au monde ne survit longtemps dans cette configuration sociale.

carte
S'il n'est pas exigible des DOM-TOM qu'ils se suffisent en tout, au moins pourrait-on organiser leur autonomie alimentaire, voire énergétique, au simple motif de leur isolement. En Guadeloupe nous en sommes très loin. Les cultures vivrières maintenues sur les sols qui ne sont pas asservis à l'agriculture commerciale subventionnée (banane, canne à sucre représentent 60% de la valeur produite) ne parviennent pas à saturer le marché de la consommation locale. Les cultures technocratiques de substitution à la canne à sucre - melon et fleurs - sont orientées aussi vers l'exportation. Quant à l'élevage, autre activité organisée par l'Etat, il est en crise profonde par divers dysfonctionnements bureaucratiques, à l'exception de la volaille et des oeufs qui peinent à couvrir 60% des besoins.

Le site de la région (oui, on leur a mis aussi une strate "région" sur la tête) nous indique en 2005 qu'« à l’exception de l’industrie du sucre et du rhum, le secteur de la transformation utilise peu de produits issus de l’agriculture locale ! L’implantation d’unités de transformation des produits locaux, qui permettra d’asseoir le développement des filières de diversifications, mérite d’être particulièrement encouragée. Ces unités dont les projets ne sont pas encore finalisés sont indispensables ». On se demande ce qu'ont branlé les administrateurs français depuis 160 ans !

En fait le territoire a été exploité par la métropole comme une colonie lointaine dans le plus pur style "planteur". La photo d'une réunion récente du patronat local n'appelle aucun commentaire :
patrons de la Guadeloupe
Le Métropole se rembourse de subsides destinés à maintenir une certaine tranquilité sociale, par la vente forcée de ses productions distantes de 7.000km (?!), au bénéfice d'importateurs en petit nombre, bénéficiant d'exclusivités commerciales, et de grandes enseignes margeant comme des bêtes. Même l'essence vient maintenant de la Martinique alors que les Caraïbes disposent de raffineries qui livreraient à bon prix, et tant pis si le carburant est plus soufré que le nôtre. Le Golfe du Mexique offre à bas prix des produits frais, mais on fait tout venir de France par reefers réfrigérés frétés au prix fort !

La question de l'énergie est toujours posée comme dans tous les DOM-TOM mais c'est le seul secteur souriant. L'archipel isolé n'est pas raccordable ; il doit donc produire son électricité. A 84% celle-ci provient de centrales thermiques EDF (fuel et charbon). Mais on peut noter que la part d'énergies renouvelables devient significative. Et c'est sans doute le seul "record" guadeloupéen : L'exceptionnel ensoleillement plaide pour les installations photovoltaïques ou les simples chauffe-eau solaires, les alizés soufflent pour l'éolien, les sous-sols volcaniques chauffent pour la géothermie et les résidus de la canne à sucre favorisent la biomasse. Avec une production de 16 % pour le renouvelable, la Guadeloupe détient un bilan plus flatteur que celui de la métropole qui atteint péniblement 14 % alors même que l'Europe fixe un objectif de 21 % pour 2010 (source Destination Guadeloupe) . Sans fuel en 2020 ? Pourquoi pas ?

Miss GLe plus grave est le cancer social que représente cette perfusion continue de la société antillaise qui est complètement assistée et structurellement déséquilibrée. Pas de vraie classe moyenne, 90% de noirs, 5% de blancs, 5% de tout venant. Bien sûr que l'insularité et la nature volcanique d'un relief tourmenté n'arrangent pas les choses, mais la Guadeloupe manque terriblement de guerriers entrepreneurs malgré une population juvénile importante. Les énergies nouvelles par exemple sont un débouché pour toutes les Caraïbes, encore faut-il donner aux jeunes chevaliers d'industrie la postcombustion nécessaire à leur projet, et les délier de contraintes du modèle métropolitain qui encombrent leur courage. Les banques pas plus qu'ici n'assument leur fonction.

La Guadeloupe est connue dans la région caraïbe pour son relief tropical, ses plages magnifiques, son système sanitaire et son charme français, mais aussi comme un guichet de la civilisation européenne ; malheureusement on n'y remarque aucune réussite économique débordant l'espace des Antilles françaises. Les exportations ne font que 3% du PIB ! L'économie de comptoir et la logique de rente dénoncées par Yves Jégo la briment.

On me dit dans l'oreillette que s'il y avait 90% de Chinois, l'archipel serait déjà un petit Hong Kong. Salauds de Chinks qui transformeraient l'île en paradis fiscal et travailleraient comme des bêtes pour rouler en Benzie et donner des millions dans les soirées caritatives !
Les Antillais peuvent-ils réinventer la belle Guadeloupe ? A eux de faire bloc pour mutualiser leurs forces. L'affrontement interethnique actuel que l'on masque par des insatisfactions consuméristes, peut les couler sûrement, et personne ne viendra les envahir pour les "libérer". C'est passé de mode. Trop cher !


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