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mardi 4 octobre 2011

La Marche vers le Nord

La grande récession est annoncée par les crânes d'oeuf du FMI et de la Banque Mondiale. Vendez vos valeurs mobilières et vos meubles meublants, achetez de la terre à choux, plantez-les avec le pied, le genou, le coude ou le pouce. Avec le prix de la récolte vous agrandirez votre lopin et ferez des aubergines, pour la couleur et la ratatouille.
Notre Europe affaiblie, découragée avant même de se battre, va soutenir un peu et subir beaucoup la poussée migratoire de l'Afrique noire que la récession va ruiner. Car c'est trop souvent les pays sans marché intérieur solvable qui paient les pots cassés de la mondialisation en panne. La crapulerie affichée de notre classe politique et la gouvernance d'andouilles, que le budget français 2012 proclame publiquement en étant construit sur et autour de la Dette qu'il creuse (!), nous interdisent désormais toute arrogance envers les pays africains qui, finalement, à leur échelle, ne font pas moins bien ni pire.
François-de-Souche a mis en ligne un film-documentaire sur la migration noire, que l'on pourrait appeler la Marche vers le Nord (pour paraphraser la marche de l'empereur). Le titre est d'actualité : "Le piège de Kadhafi". On y apprend, on y comprend, et on sait que nous n'avons pas de solutions. Le film dure 1h17 et sa vidéo est hébergée chez Ru-Tube. Doit-on dire que les images sont souvent très belles ?

A 18:56, Mohammed Boss Abdulkader, chef des passeurs, nous parle du "vivre au pays", du bizness migratoire et ne peut qu'évoquer les chaînes de nègres d'antan que sa famille remontait à travers le désert, car son vieux père aveugle et couché sur son grabat à côté de lui n'est pas sourd et a un peu honte.
Contraints par les hommes, contraints par la misère ou brûlés d'aventure, les Noirs montent en flot continu depuis toujours. En ce siècle, ils passent la mer.

A 32:24, Amadou parle de réciprocité post-coloniale et d'abandon de la Francophonie sans la nommer, mais le reporter a bien compris qu'il y a beaucoup de déception.

A 41:53, Emmanuel dit : «dans l'aventure, même si tu ne gagnes pas, tu vas gagner l'esprit, si tu ne gagnes pas d'argent, tu vas gagner l'intelligence, tu vas avoir le choix, tu vas avoir le coeur... »
Puis viendra la mise en esclavage par l'Etat libyen. On ne dit pas combien de ces "aventuriers", échappés de leur geôle, furent pris pour des mercenaires par les Rebelles et massacrés. Les survivants prirent la barque, et combien se noyèrent. Des milliers !

A 56:16, on décortique ce que fut le bizness officiel libyen de l'émigration par passeurs à peine marinisés mais subventionnés par l'Etat de Kadhafi pour faire construire leur bateau de pêche sans filets ni poissons !
Et on finit par buter sur la police européenne des frontières.

Voici le chapeau de présentation de ce film sur le site russe :
Un convoi perdu dans l'immensité du Ténéré. Des centaines de migrants traversent le désert. Ils rêvent d'Europe. En Libye, Kadhafi leur avait promis la fortune. Mais la-bas, ils ont connu l'enfer des centres d'internement. Kadhafi se livrait alors à un odieux chantage avec l'Europe, en organisant en sous-main, l'embarquement des migrants vers l'Italie. Aujourd'hui, leurs vaisseaux de fortune viennent se briser sur les rochers de Lampedusa. Une fois arrivés en Europe, ils sont... pris au piege. Enquête au Niger, en Libye, en Tunisie, en Grèce et en Italie avec les migrants africains en route vers l'Europe.


© Premières Nouvelles - Maha Productions 2011 - par Alexandre Dereims


Je termine par une petite provocation en reggae.


Les lois finissent par se briser sur l'inhumanité de leur application.
La Francophonie a échoué, donc la Marche au Nord continue !


mercredi 31 août 2011

Libye, l'épilogue

La Claudia Schiffer du Désert a accouché d'une petite fille à la frontière du Fezzan, côté algérien. La mère et l'enfant se portent bien, les télégrammes affluent du monde entier (rires).
L'Algérie ferme sa frontière du Tassili devant Ghât, non seulement le poste douanier mais tous les passages caravaniers sur plus de 300 kilomètres. Les moyens déplacés sur la zone d'effort sont importants et bien équipés car la frontière est insaisissable au sol sauf par GPS. L'on comprend qu'il s'agit moins de bloquer les bédouins kadhafistes pour plaire aux nouveaux maîtres de la Libye que de détruire les cohortes alqaïdistes qui rentrent au Niger. Les patrouilles algériennes en ont tué cinq avant-hier. Sans doute ont-ils commencé le ratissage aérien, pour peu qu'ils obtiennent des concours extérieurs de surveillance zénithale.
Ceci explique pourquoi la famille Kadhafi arrivée en convoi Mercedes blindé a franchi le poste-frontière sans encombres, le Guide était l'allié des Algériens dans leur lutte contre AQMI. Et, tout bien considéré, même si le Dr Hannibal est un salopard au civil, ni lui, ni son demi-frère aîné Mohamed n'ont combattu, a fortiori pas plus que leur soeur ou leur mère et belle-mère Safia.

Le CNT libyen manque de jugement pour s'exciter sur cette fuite scabreuse, alors que le raïs déchu et ses fils¹, Seif-al-islam et Saadi (le mari d'Alice) combattent encore pour l'honneur tribal, ou plus sûrement pour repousser l'échéance de leur exécution depuis que leurs charniers arrivent à la surface. Acculés mais encore entourés, ils peuvent tenir la dragée haute aux miliciens du nouveau régime, courageux sans doute mais peu expérimentés. Pour que la communauté internationale persiste dans son soutien après le 27 septembre, échéance du mandat onusien, il faut que le Conseil affiche ses membres jusqu'ici secrets et organise la démocratie aux normes ISO. On en est loin (voir plus bas).

Quel serait l'intérêt de l'Algérie à reconnaître la légalité du CNT ? Elle n'attend rien de la Libye que des problèmes dans le futur.
Ils sont de plusieurs ordres :
(1) le réarmement d'AQMI par le pillage des arsenaux libyens, ce qui présage d'une guerre d'éradication aveugle des katibas salafistes au Sahara avec dommages collatéraux acceptés.
(2) l'afflux de rezzous bédouins repoussés au Fezzan par le nouveau pouvoir libyen, conjugué à la fuite désespérée des mercenaires noirs. Il est probable que les unités de l'ANP chercheront à les détourner vers le Tibesti (Tchad) car aucun camp d'internement n'est possible sur zone.
(3) l'insécurité du bassin gazier d'Illizy et des bassins miniers prometteurs pour l'après-pétrole.
Aussi le gouvernement d'Alger a-t-il décidé de surseoir à la révision de sa neutralité, le temps que les choses décantent à Tripoli et de savoir comment la coalition de bric et de broc arrivée de Benghazi va-t-elle gérer la situation. Son ministre des affaires étrangères viendra quand même voir ce 1er septembre ce qui se passe à la conférence internationale de Paris. La Chine, la Russie et l'Allemagne, opposées à la guerre OTAN seront là aussi. Mais Jacob Zuma, le strauss-kahn sudafricain présidant l'Union africaine, ne viendra pas. L'appel du harem !

Qu'est-ce que le CNT ?

Si l'on dit que le CNT de Benghazi agrège des naïfs, des monarchistes sénoussis, des alqaïdistes survivants des purges kadhafistes donc modérés tentés par le modèle turc (GICL = Groupe islamique de combat lybien), des affairistes pur jus (avocats, notaires), des officiers généraux ralliés et des opportunistes de l'ancien régime, on n'en sait pas plus sur leurs intentions, même s'ils ont édité une feuille de route (clic) et appris un discours normalisé "langue de bois" convenant aux donneurs d'ordres étrangers. Treize seulement sur 31 sont connus. On y va (mais SGDG) ?

  • Moustapha Abdeljalil al-Bayda, président, ancien ministre de la justice, de quoi serrer les fesses.
  • Mahmoud Jibril, premier ministre, stratège diplômé, ex-chef du bureau du développement économique national
  • Omar Hariri, chargé des affaires militaires du CNT
  • Abdessalem Jalloud, ancien premier ministre
  • Dr Ali Abdelaziz Al Issawi, ancien Secrétaire du Comité Populaire Général de l’Economie et du Commerce et de l’Investissement
  • Omran Aboukraa, ancien ministre du Pétrole
  • Nasser al Mabrouk Abdoullah, directeur de la Sécurité intérieure
  • Dr Salwa Digheli, chef du comité juridique, c'est une femme
  • colonel Ahmed Omar Bani (porte-parole)
  • Mohammed Elkish, attaché de presse
  • MM. Ahmed Hussein Al-Darrat (intérieur), Mahmoud Shammam (medias), le Dr. Naji Barakat (santé), Mohammed Al-Allagi (justice et ddh), le Dr. Hania Al-Gumati (sécurité sociale), le Dr. Abdullah Shamia (économie), le Dr. Ali Al-Tarhuni (finances), le Dr. Anwar Al-Faytouri (commmunications), Abulgassim Nimr (environnement), Atia Lawgali (communautés), Abdulsalam Al-Shikhy (religion), Ahmed Al-Jehani (reconstruction), figurent au conseil de gouvernement publié par le site officiel mais sans curriculum vitae. Ils sont mis en vitrine comme on le fait près de la gare d'Amterdam, mais tout laisse croire que les décisions d'axe sont prises ailleurs en de rares consensus.
Dedans-dehors
  • Hakim al-Hasidi, un chef du GICL, entraîné chez al-Qaïda Afghanistan et disposant de mille djihadistes sur le terrain, selon lui
  • Me Achour Bourachid, de Derna, musulman oecuménique (laissera passer la charia des deux suivants)
  • Sheikh Abdul Hakim Belhadj, émir GICL de Derna, commandant des hordes de Tripoli
  • Achour Choukri Assi, imam de la plus grande mosquée de Derna, intégriste incandescent
  • Ismail Sallabi (GICL), qui commande une katiba à 200 barbus équipée par le Qatar
Chers disparus :
  • Me Abdul Hafiz Ghoga, avocat des droits de l'homme, démissionné mais toujours par là dit-on
  • Général Abdel Fattah Younes, premier chef militaire de l'insurrection, a été jugé par le CNT et exécuté le 27 juillet pour intelligence avec l'ennemi (c-à-d. Seif al-islam)
  • Abdelmomem Al-Madhouni, al-Qaïda cuvée 1990, tué à Brega devant sa katiba

Le représentant du CNT en France est Mansour Saïf al-Nasr, activiste des droits de l'homme exilé depuis 1969. Le CNT comprend donc à la fois des opposants de longue date au régime du Guide et des personnes qui ont fait défection récemment, sans oublier des amis de Seif al-islam. Ben oui, c'est l'Orient quand même !

Venons-en au prince.

Le parti monarchiste est basé à Ryad en Arabie heureuse ; il promeut une monarchie du modèle de celles du Golfe, plutôt autoritaire et islamique. Le prince est installé à Londres. Si les premiers ont pu facilement donner leur drapeau à la rebellion, le second donne des interviews en Europe mais il augmenterait ses chances s'il débarquait à Tripoli, à tout motif, comme celui de revoir la chambre dans laquelle il est né ou retrouver son train électrique. Il est suffisamment entouré pour jauger la profondeur du panier de crabes, mais c'est quand même le moment de hisser les couleurs. Sinon à quoi bon ? (voir le site du prince en cliquant ici)

Et pour finir ?

On peut se demander à quoi rime toute cette affaire quand la tempête sera apaisée et que le pays reprendra son train-train. Comme le confiait hier un Tripolitain au reporter de l'Orient-le Jour, « Je ne suis pas le seul pro-Kadhafi dans le quartier. Tout le monde l'aimait, tout le monde le soutenait. C'était obligé tant que ses forces étaient présentes. C'était le président de ce pays et moi je suis juste un citoyen. Avant j'étais loyal à Kadhafi, maintenant je le serai aux révolutionnaires »... « ma vie pendant l'ère Kadhafi, elle était bien. Je vivais confortablement, j'avais un chèque à la fin de chaque mois, je mangeais, j'allais travailler, c'était la paix ». Le pauvre ne savait pas que la démocratie exige l'implication de tous au débat, fut-il sanglant. Il ne sait pas non plus ce qu'est la stratégie. Eut-il pu suivre les cours du soir d'Aymeric Chauprade qu'il aurait compris que les investissements de la Chine en Libye dans l'exploration minière à hauteur de dizaines de milliards de dollars, conjugués au même mouvement au Soudan tout proche, construisait une forteresse économique chinoise inexpugnable au cœur de l'Afrique sahélienne, foyer avéré de bien des dangers pour les Occidentaux. Et puis on n'abat pas les avions civils impunément.

Qui a déclenché le mouvement ?

L'observation la plus mesurée de l'enchaînement des faits et des attitudes comme les indiscrétions volontaires sur le travail des services occidentaux sur place laissent penser que ce sont les Etats-unis le détonnateur. Kadhafi aurait dû se méfier car depuis l'abandon de son projet atomique, il avait perdu son autonomie de jugement et devait rentrer dans le rang de l'AfriCom yankee, commandement régional instauré par le Pentagone pour lutter contre le terrorisme et la pénétration de la Chine en Afrique ; sinon faire place nette. Démarche impérialiste ? A cent pour cent sinon à quoi servirait l'empire. "Qui n'est avec nous est contre nous" la maxime bushienne perdure.



Note (1): Saïf al-Arab et Khamis sont morts ; pas de nouvelles de Mootassem, pourtant le plus dangereux car le plus froid.



Postscriptum du 11.06.2017 : Seif al-Islam a été libéré de sa prison de Zenten par le groupe rebelle Abou Bakr al-Sadiq le 10 juin 2017. Il est en fuite.

samedi 16 avril 2011

Resurrexit !

Dans la famille Kadhafi, je demande la fille.
Au jeu des sept familles¹ catapultées de leurs palais de plastique doré au tourbillon du jasmin arabe, le clan libyen fait la preuve d'une résilience qui en remontre à beaucoup, assis, couchés, au premier coup de canon, fut-il radiophonique.
Et cette capacité toute londonienne à surmonter dans la joie les bombardements du Reich atlantique va bien finir par arracher de la sympathie aux masses arabes délaborisées et pubères en voie de démocracisation. Qui sont-ils ?

Honneur aux dames. Maître Aïcha Kadhafi, avocat international, est la fille unique du Guide. Elle a 35 ans et de qui tenir. Elle demeure à Tripoli et apparaît épisodiquement en public pour soutenir les partisans de son père qui ne sont à ses yeux que de fervents nationalistes anti-américains. Elle a fait partie de la batterie d'avocats qui défendit le raïs irakien. Elle en sait l'issue. Elle se bat donc.
Belle, on l'appelle la Claudia Schiffer du Désert. Les garçons, eux, sont un peu la nichée de freux.

Le docteur Mootassem Kadhafi, 35 ans, est peut-être le plus retors, à tel point que son père chercha à l'user dans des confrontations avec son frère Seif et avec l'appareil d'Etat dont le ministre des affaires étrangères en fuite et condamné au couteau Moussa Koussa. On le disait ami des Américains, même que Hillary Clinton avait déroulé le tapis rouge lors de sa venue à Washington quand il était chef du Conseil national de sécurité libyen. Il commande aujourd'hui sa propre brigade avec des galons de colonel. Il sera le concurrent éventuel de son frère Seif.
Le plus jeune, Khamis Khadafi, 28 ans, est diplômé de l'Académie militaire de Frounzé en Russie. Poursuivant ses études à Madrid, il a été viré de l'Instituto de Empresa en mars dernier pour être le fils de son père ! Après avoir mené des opération de police dans l'Est, il commande la 32° brigade spéciale en guerre à Misrata. Ce n'est pas un manche et il a survécu au drone.

Seif el-Islam, docteur en philo de la London School of Economics, 38 ans, était le successeur "naturel" du Guide libyen dans l'esprit des Occidentaux qui lui trouvaient toutes les qualités. N'avait-il pas démantelé la filière atomique ? Sa Fondation Kadhafi était un acteur reconnu dans le charity bizness et dans la consultance aux Etats africains dépassés par leurs problèmes. Stupeur dans les chancelleries, le prodige international part en guerre dès les premiers pétards et annonce un fleuve de sang ! Réaction normale de celui qui se ressent profondément héritier d'une propriété familiale, pour ne pas dire son légataire universel, et qui voit "son" bien attaqué, entamé, en situation d'être ruiné. Son bien c'est la Libye. Réflexe presque royaliste dirait Hans-Hermann Hoppe.

Les moins doués pour la comédie sont trois :
Saadi Kadhafi, 37 ans, modeste joueur professionnel de football en Italie, combat présentement dans une unité d'élite. Il serait toujours à la colle avec "Alice", égérie du fournisseur d'accès Web éponyme. Au moins a-t-il du goût !
Seif el-Arab, 30 ans, était il y a peu étudiant à Munich et connu surtout par sa Ferrari 430 qui l'amenait à la fac. La propagande iranienne a fait courir la rumeur d'un ralliement aux rebelles de Benghazi, mais la ficelle est un peu grosse.
Mohamed Kadhafi, 41 ans est le fils aîné (premier mariage). Il est patron des Télécoms libyennes cellulaires et satellitaires. On ne le dit pas impliqué dans la guerre au sol, mais les télécommunications sont un noeud sensible dans une guerre moderne contre les Américains.

Reste Hannibal, 34 ans. Les Suisses connaissent Hannibal. Il leur a coûté une des plus longues affaires d'otages de leur histoire. Quoique médecin militaire formé et bien noté en Egypte, c'est la crapule plaquée or, le puant à la Porsche, le tabasseur de femmes, le mouton noir de l'album, celui que l'on n'aime pas. Se bat-il en Tripolitaine ? On l'ignore. Peut-être interroge-t-il les prisonniers ? Directeur de la compagnie maritime GNMTC, il a un paquebot en construction aux STX de Saint-Nazaire et le deuxième acompte semble tarder depuis le gel universel des avoirs libyens. Le paquebot sera-t-il revendu ? Les chantiers assurent que le contrat reste valide pour le moment. C'est l'un des rares contrats concrétisés après la visite du Cheikh à Paris.

Et le père dans tout ça ?
Il se la pète ! Le voir traverser Tripoli fou de joie en décapotable, les bras levés sous un "pie hat" à la Gene Hackman, laisse mesurer la résurrection du raïs qui apparaissait verdâtre et cramé dans sa première allocution du 22 février. Le psychopathe imprévisible, comediante, tragediante, adoré par Berlusconi, un connaisseur, s'est arraché au sarcophage de l'ingérence béhachélienne. Damned ! S'il a apparemment le soutien de la Tripolitaine il doit bien y avoir une raison cachée ! Nul âne n'a encore oser botter le vieux lion, sauf la nomenklatura mercenaire qui se cherche meilleures positions dans le futur.

Un jeune dans la trentaine qui était interrogé sur un ton badin l'été dernier dans un reportage inoffensif répondait qu'il ne se plaignait de rien en Libye, sauf à voir partout les mêmes têtes depuis sa naissance. Le Ubu Kadhafi Jazz Band a quarante ans de scène et la claque est lasse. Mais le bilan de la Libye n'est pas si mauvais que cela, intra muros. Orbi, c'est beaucoup de sang, ne l'oublions pas.
Dans son Livre Vert qui pourrait se titrer "Mon Combat", l'ancien capitaine des Transmissions constitutionnalise sa pensée à la manière de Oui-Oui, et à sa lecture, bien des maurrassiens tomberaient d'accord avec ces visions, d'autant que l'anti-américanisme y affleure partout. La Wikipedia nous donne l'essentiel de la Troisième Théorie Universelle :

I. Démocratie
La démocratie est la dictature de la majorité ; la représentation est une imposture, car la démocratie suppose le pouvoir du peuple et non le pouvoir de son substitut.
Le parti ne représente que les intérêts d'une fraction de la population, il est donc de fait un « appareil de gouvernement dictatorial ». Le multipartisme entraîne une lutte pour le pouvoir peu soucieuse de l'intérêt général.
La classe est un groupe de personnes partageant les mêmes intérêts. La domination d'une classe est donc contraire à l'intérêt général, et s'assimile à une dictature.
Le référendum est une illusion car il ne pose qu'une question fermée (oui ou non) ce qui en fait un moyen de museler la volonté populaire.


Ce constat étant fait, il construit une démocratie populaire helvétique sur le papier (cf. Wiki). Et laisse ce trait d'humour contre les constitutions : elle ne peut pas servir de loi à une société car elle découle exclusivement des humeurs des dirigeants. Les bricolages intempestifs, nous connaissons très bien en France.

II. Système économique
C'est la troisième voie, celle de la "loi naturelle", le socialisme naturel. A lire le programme il y a de l'essénien là. Extraits :
La dépendance vis-à-vis d'autrui pour assurer ses besoins entraîne un asservissement et est une source éternelle de conflits. Ce qui relève des besoins fondamentaux, comme le logement, le revenu, le transport, doit être la propriété de l'individu et toute location doit être prohibée.
C'est le caractère indispensable de chaque agent de la production qui lui confère une égalité naturelle à la redistribution
(les fainéants ne mangent pas ?). Chaque travailleur possédant son instrument de travail produit pour son compte empêchant ainsi toute exploitation. Cette forme nouvelle de propriété privée coexiste avec la « propriété socialiste » dans laquelle les producteurs sont associés à parts égales avec les approvisionnements et l'outil de travail.
Il ne doit pas y avoir de place pour le profit.


III. Fondements sociaux
Cette partie promeut la société en poupées russes chère aux royalistes :
La famille est la structure la plus forte et la plus naturelle. La tribu est une sorte de famille élargie qui organise la transmission des valeurs et des traditions, tout en garantissant une protection sociale pour ses membres. La Nation est une famille encore plus vaste. Elle est une structure sociale vitale pour l'homme.
Mais il est tout à fait bien ce Kadhafi !
Qui plus est, il proclame l'égalité des hommes et des femmes mais sans tomber dans l'indifférenciation occidentale qui les veut interchangeables.
L'éducation et le sport foisonnent dans la plus belle anarchie, les tribunes des stades devraient être rasées et tout le monde courir sur la pelouse car tout le monde a droit au jeu !

Mais l'application du Livre Vert sur le pays réel n'a pas conservé l'ingénuité de ses réflexions. Le pays a viré à la dictature arabe du même type que celles du parti Baas ou de l'Egypte, sans parler bien sûr de l'Arabie obscure.

Au résultat, la Jamahiriya Arabe Libyenne est néanmoins assez bien classée : Si le PIB par tête très élevé ne veut rien dire car il n'est pas sûr que chaque tête en recoive sa juste part, on notera un niveau général d'éducation enviable en Afrique du Nord avec 82% de la population apte à lire, écrire et compter (Maroc 52%). L'école est gratuite et obligatoire pour tous jusqu'à 16 ans.
La condition des femmes n'a rien à voir avec celle des autres pays arabo-musulmans, scolarisation mixte obligatoire, interdiction des mariages avant 20 ans ; les filles sont majoritaires à l'université. L'emblème de la réforme fut la création du corps d'amazones de la Garde qui fit jaser dans les alcôves ministérielles.

Contrairement à l'impression donnée par un survol rapide de la carte de Libye, c'est un pays métropolitain, 86% des gens vivent en ville. D'où les fermentations intellectuelles propres à la citadinité, l'accès aux réseaux sociaux internétiques et l'ouverture au monde malgré tous les efforts d'une saine autarcie. La tente bédouine du Guide, ça ne le fait plus.

La Cyrénaïque traditionnellement rétive a voulu entrer de plein pied dans le film de l'époque moderne dont elle avait la bande-annonce et la musique. A suivre, mais ce n'est pas gagné à voir l'entrain que manifeste le clan Kadhafi à se défendre ! Quoiqu'il advienne, restera le souvenir d'attentats atroces perpétrés contre des civils à des fins diplomatiques, une vraie instrumentalisation de la terreur gore.


Note (1): Le jeu comprend les Chérif du Maroc, Ben Ali-Trabelsi de Tunisie, Khadafi de Libye, Moubarak d'Egypte, Al Khalifa de Bahrein, Talal de Jordanie, Al Assad de Syrie.

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