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mardi 5 décembre 2023

Vol au-dessus du Roycoland depuis l'ermitage

Spécial royco - certains passages peuvent choquer les âmes simples.
Vous seriez surpris de savoir que beaucoup de royalistes connaissent le prieur du Refuge Notre Dame de Compassion, un ermitage niché au cœur du Haut Vivarais, qui maintient à bout de bras une foi incandescente en la diffusant au sein de la Confrérie royale par le moyen du blogue de feu son chat Lully.
les toits du refuge
Frère Maximilien Marie du Sacré Cœur, prieur du Mesnil-Marie et moine de la Visitation, a commis récemment une analyse panoramique du roycoland qui vaut sa banasta de castanhas pour la première raison qu'il n'est ni chapelain en exercice ou de réserve, ni communicant d'aucun parti, école, cercle savant ou crypte royaliste. Il a son propre angle de pénétration des réalités qu'il connaît bien, et cela mérite de le lire d'abord. En voici déjà l'entame :
« Les diverses rencontres et conversations auxquelles – en particulier en ma qualité de Prieur de la Confrérie Royale – je suis fréquemment exposé, m’amènent à penser qu’il n’est jamais inutile de rappeler des notions essentielles et fondamentales : beaucoup trop de personnes, même dans nos rangs, s’engagent dans des discussions à n’en plus finir, qui ne sont en réalité que de vaines et infructueuses discutailleries où s’affrontent et s’empilent des opinions personnelles et des sentiments, sans référence à des notions clairement définies, et surtout sans rappel des principes fondamentaux ; en définitive cela ne revient à rien d’autre qu’à édifier une maison sur du sable, sans fondations, pour renvoyer à la comparaison établie par Notre-Seigneur Jésus-Christ (cf. Matth. VII, 26-27) : la pluie descendra, les fleuves déborderont, les vents souffleront et fondront sur cette construction faite de subjectivité, qui s’écroulera inexorablement et dont la ruine sera la démonstration par les faits de ce que valent opinions et sentiments ! Après ces quelques mots d’introduction (et d’avertissement), j’entrerai tout de go dans mon propos, qui veut s’attacher à redonner quelques notions claires et rigoureuses au sujet.»


Le corps du texte est fait de quatre chapitres qu'on doit lire d'abord en cliquant par ici.
  • A.- Légitimisme
  • B.- Orléanisme
  • C.- Survivantisme
  • D.- Providentialisme
cul de lampe

(Re A.) Affirmer que le légitimisme est par essence l'unique doctrine monarchique officielle de notre pays, doctrine qui a présidé aux destinées du royaume pendant plus de treize siècles ne se discute même pas. Que ce royaume ait été plus que grand non plus. C'est l'histoire qui le veut. En décrire l'articulation que l'on va voir ci-dessous comme un système équilibré conforme aux exigences du droit positif et à celle de la foi catholique, c'est le plus souvent vrai mais l'équilibre fut parfois rompu par l'inclination naturelle de chacun des pouvoirs concurrents à vouloir dominer l'autre. La caténation qui en résulte entre le Trône et l'Autel associés et la production progressive des lois fondamentales du royaume s'approche quand même du parti pris. Ces lois furent toutes de circonstances et leur rédaction fut chaque fois débattue entre la casuistique des docteurs de l'université et les besoins politiques imminents du pouvoir temporel. A titre d'exemple, exhumer en 1316 une loi barbare du Vè siècle pour dégager une femme du couloir des héréditaires en dit plus long que bien des thèses sacralisant ces lois. Bien qu'il faille admettre qu'elles furent maintenues jusqu'à la fin, quoi qu'il en coûte d'ailleurs à la dynastie qui se les appliquait, et si elles définissent parfaitement l'esprit des légitimistes qui y trouvent une charpente commode et facile à promulguer en soutien à leurs espérances, comme toute construction humaine, elles ne sont pas sacrées et jamais ne le furent. Qu'on se souvienne de la déclaration de Louis XV gravement malade et sans postérité mâle au moment, appelant en cas d'urgente nécessité à réunir la nation pour continuer l'aventure capétienne avec un successeur non issu des lois.

Le texte du prieur promeut de nos jours la validité des anciennes lois fondamentales au titre desquelles le duc d'Anjou, Louis de Bourbon, aîné des Capétiens, hérite de la couronne des lys sous le nom de Louis XX. D'autres princes (comme Mgr Sixte Henri) soutiennent qu'à la mort du dernier roi de tradition (Charles X) la royauté légitime et ses lois disparurent, faute pour le défunt de n'avoir saisi aucun "vif". Quoi qu'il en soit, la désignation du prince Louis automatisée par les lois n'emporte aucune "obéissance aux principes de la royauté capétienne traditionnelle dont l'esprit s'opposerait fondamentalement à tout ce qui s'impose dans nos société contemporaines revendiquées de la révolution qui les entraîne vers leur ruine". C'est à ce stade du discours qu'on voit surgir le "nihil obstat" incontournable de l'Eglise catholique sur la royauté. Or dans la monarchie disparue, on ne peut pas fusionner la royauté et le premier ordre puisque ces deux entités furent de tout temps séparées et que la seconde fut le fossoyeur de la première. C'est aussi l'histoire qui nous le montre. Instituteur monopolistique du pays, le clergé de la Renaissance, hypnotisé par l'Antiquité, n'eut de cesse à vanter les mérites des héros des républiques athénienne et romaine à des adolescents destinés à l'emploi d'avocats du roi ou de mousquetaires. Et que dire du Deposuit potentes de sede et exaltavit humiles que toutes les assemblées paroissiales chantaient debout à la messe, même à la cour du roi ! La statuaire du domaine de Versailles est toute d'inspiration antique ; cherchez-moi une statue de saint. Le clergé des Lumières prit plus que sa part dans la Révolution, à bon escient parfois comme avec l'abbé Raynal ou l'abbé Grégoire ; mais des diocèses entiers jurèrent ! On pourrait aussi faire une page sur la persécution hystérique des protestants par le clergé catholique après la révocation de l'édit de Nantes, qui redivisait le peuple français. L'histoire, il faut la prendre toute.

Le prieur termine ce chapitre par une citation de Pie X : « on n’édifiera pas la société, si l’Eglise n’en jette les bases et ne dirige les travaux ; non, la civilisation n’est plus à inventer, ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique ». Les légitimistes sont les "serviteurs de la tradition spirituelle et politique du royaume dont les principes et les institutions sont le rempart nécessaire d'une société de droit naturel et chrétien". En ce sens, leur action ne peut se limiter à la résurrection de la monarchie mais porter ensemble le Trône et l'Autel. Oui mais : qu'en avait pensé Léon XIII et toutes les saintetés qui succédèrent à saint Pie X ? Les épiscopes français sont-ils de la veine légitimiste et prêts à imposer au trône le carcan contre le sacre ? Permettez-moi d'en douter.

Conclusion. Il n'y a pas de conclusion. Nous faisons une recension en espérant que ce commentaire éclairera une relecture du travail de Frère Maximilien Marie qui reste, lui, indispensable pour comprendre le légitimisme.

cul de lampe

(Re B.) Il est vrai, comme le dit le prieur, que lors de l'extinction d'une branche aînée (Capétiens directs, Valois, Bourbon) ce fut chaque fois le plus proche parent du défunt dans l'ordre de primogéniture mâle qui hérita de la couronne. Ainsi à la mort du comte de Chambord, le sceptre virtuel passa aux descendants de Louis XIV devant ceux de Louis XIII. D'Orléans n'en était pas. Mais racolant les "lois" les plus échevelées comme au bon vieux temps des lois fondamentales de circonstance, les docteurs du jour brandirent le vice de pérégrinité et la loi de nationalité pour barrer la route à l'Espagnol. Bien qu'elle ait voulu endosser le long manteau semé de lys de la monarchie ancestrale, les héritiers de cette dynastie restent marqués par la rupture du continuum dynastique par le régicide et par l'essence ploutocratique de la monarchie de Juillet, régime d'usurpation en droit mais de sauvetage en fait. A tel point que le concept, entendu maintes fois qui porte leur revendication, se résume à royaliser la constitution française de 1958, la restauration s'opérant (comme prévu en 1875) par les chambres réunies en congrès à Versailles.

Mais l'orléanisme se distingue de la maison d'Orléans, que le prieur voue aux gémonies pour crime de lèse-majesté et frérisme trois-points. Il descend de l'olympe des grands principes éprouvés dans une monarchie de treize siècles qui, à la fin, a lamentablement échoué, pour analyser rationnellement les réalités du terrain d'exercice. En 1830, la couronne retombe au ruisseau et le roi père et fils passe la Manche. Le cousin maléfique ne la ramasse pas comme Bonaparte mais c'est la Chambre qui la lui tend. Le roi juge mal son peuple et les fermentations socialistes qu'il entend réprimer d'ordre et pour compte de la banque et de la forge. Il passera la Manche à son tour, mais de manière piteuse. Viendra une république éphémère (IIè) mais diablement au point, puis une resucée de l'empire qui laissera de belles traces dans son sillage comme le premier d'ailleurs qui construisit l'Etat moderne. Nous dépassons la séquence hors-sol de 1875. Quand à la suite de l'Enquête sur la monarchie de Charles Maurras en 1900, l'idée royaliste reprend des couleurs et commence à recruter des cotisants, ceux qui se tournent vers les princes ne voient pas grand chose. La branche espagnole, dévastée par les guerres carlistes, n'évoque rien en France, affairée qu'elle est à survivre à Madrid. Alphonse XIII n'abdiquera qu'en 1931 mais l'intention pour eux de revenir vainqueurs persistera jusqu'à ce que Franco tranche le débat en choisissant le rameau de Barcelone. Alors naîtra une revendication claire et fondée par la voix du prince Alphonse, le meilleur champion que le légitimisme n'ait jamais eu, qui tentera d'organiser l'inertie légitimiste. Mais la maison d'Orléans, exilée dans ses fastueuses propriétés, n'est alors pas la première préoccupation des cadres et des troupes royalistes. Il faudra passer la Grande Guerre pour que Maurras et ses amis la ressorte du placard. Ceci n'empêchera pas l'ingratitude légendaire des princes de cette maison puisqu'aux obsèques du Martégal nul représentant de la famille n'y montra son chagrin. Le comte de Paris, Henri l'Ancien, prendra même ses "distances" avec l'Action française qui avait pourtant tout inventé (au sens premier) du concept de monarchie héréditaire, fédérative et sociale. Le reste est à l'avenant ou plutôt en pente douce. Le dernier prétendant, bien que confit en dévotions dans la sphère de la Frat, ne fait pas la toise de l'emploi.

Conclusion. Les imprécations ne servent à rien d'utile pour comprendre de quoi est fait le microcosme royaliste. Et s'il en faut une ici, je dirais que l'orléanisme n'existe qu'à travers l'Action française, une école de pensée en action, fort différente des cercles légitimistes d'étude des chartes et grimoires ! Sans l'Action française (CRAF) et la Restauration nationale, la maison d'Orléans, détruite de l'intérieur par Henri l'Ancien, serait à la rue. Mais avant de passer à la défense passive de la monarchie, le prieur du refuge nous invite à considérer une fraction assez petite du royalisme français, le survivantisme.

cul de lampe

(Re C.) Comme le dit si bien le prieur du refuge Notre Dame de Compassion, la double porteuse du survivantisme est le romantisme et le sentimentalisme qui coururent tout le long du XIXè siècle et ressurgiront au XXè par l'agitation-propagande du prince Charles-Edmond Naundorff dit de Bourbon (1929-2008), lequel parviendra à faire partager à de nombreus fidèles sa profonde conviction de descendre de Louis XVII. Il en aura d'autant plus de mérite que les analyses ADN qui tranchent et coupent tout de nos jours ne lui furent pas favorables. La mouvance survivantiste a d'autres champions que les Naundorff (Louvel, Richemont...) mais généralement elle participe du syndrome du "roi caché" que l'on retrouvera chez les providentialistes. Ce syndrome fait feu de tout bois pour prouver ses dires et on pourra légitimement s'émerveiller des ressources contortionistes des cerveaux qui s'y abandonnent. Mais ce n'est rien en comparaison de ceux qui font l'objet du chapitre suivant. Frère Maximilien Marie fait un sort aux "dauphins" de légende en se fondant sur les écrouelles de Charles X qui prouvent sa légitimité devant la puissance céleste (le roi te touche, Dieu te guérit). Chou d'amour est donc bien mort au Temple ou quelque part ailleurs sans descendance... à moins que les éventuels descendants ignorent tout de leur ascendance. C'est encore possible, peut-être en Amérique du nord (clic).

cul de lampe

(Re D.) Dans ce quatrième chapitre on dépasse l'analyse, fouillée quand même parce que les providentialistes donnent beaucoup de bâtons à se faire battre, pour en venir à la charge sans frein. Frère Maximilien Marie qui semblent bien les connaître pourfend les gnostiques, les qualifiant de "fléaux" et "d'obstacles". Oui, le providentialisme est éminemment "subjectif" et les théories les plus folles donnent chair à une doctrine passivante qui remet tout avenir entre les mains de la puissance divine. Mais tout comme le prieur qui les soupçonne de mille travers pseudo-prophétiques fondés sur des révélations qu'il faut bien arranger à sa façon, (ndlr) un peu comme les quatrains de Nostradamus, le Piéton du roi fait sienne la formule de "royalistes providentialistes, drapés dans leur certitude d’être les dépositaires des secrets de la révélation de « l’Elu », seuls dépositaires du discernement des « signes précurseurs » et intermédiaires privilégiés d’une espèce de gnose néo-messianique, finissent par remettre en cause toutes les hiérarchies légitimes". Ils n'étaient pas comme ça au départ mais ont lentement dérivé vers leur Da Vinci Code à eux, se rapprochant du sédévacantisme et amenant au jour la faiblesse du concept d'origine.

Mais nous divergeons quand il affirme qu'ils ne font rien à part de prier. Conscient que le concept gazeux de la "Providence-à-son-heure" ne le porterait pas très loin, le fondateur de la Charte de Fontevrault puisque c'est d'elle qu'il s'agit dans ce chapitre D, avait eu la riche idée de réunir tous les deux ans les différentes chapelles royalistes pour une journée à Paris, afin de partager brochures et programmes, quelques poignées de main et lever ensemble le verre de l'amitié. L'affaire avait besoin d'augmenter sa matérialité pour en faire doucement une vitrine royaliste accessible au public - un peu comme au Jardin d'acclimatation - et rien ne s'y opposait jusqu'à ce que le succès, pourtant d'estime, ne conduise les organisateurs à déporter en province la Biennale Blanche - c'était son nom - sur le refrain de "ceux qui m'aiment prendront le train". Ce fut un four retentissant qui tua le match ! Ne reste de visible comme "action" qu'une manifestation mensuelle de piété, la Supplique à Dieu pour le retour du Roi à Pontmain. Le reste du temps est pris par l'exploration du même syndrome que celui des survivantistes, le "roi caché" ; à travers les théories fumeuses d'André Lesage dit de la Franquerie et marquis de fantaisie pour faire bon poids, qui asséna ses élucubrations à des lecteurs inquiets qu'il parvint à convertir au Grand Monarque. Pour les providentialistes il s'appelle Henri de la Croix ou quelque chose d'approchant. J'ignore si tous y croient vraiment, mais c'est ce nom qui fait le plus de bruit, enfin... tout est relatif.

Ce brûlot de Lully le chat rejoint les réflexions de Guy Augé : « le providentialisme "littéral" n’est pas sans présenter quelque danger pour la cause qu’il sous-entend, car si Dieu fait des rois, comme naguère il faisait l’Empire romain, il les défait aussi. En admettant que la Providence seule légitime les rois, elle conserve aussi bien les révolutions : là est sans doute la grande aporie de Joseph de Maistre, lointain héritier, au XIXe siècle, de cet augustinisme politique. La Révolution est satanique, fléau de Dieu pour le châtiment des hommes, soit ; cela est une explication consolante pour autant que la Restauration se fasse et dure ; mais quand c’est la Révolution qui l’emporte, quand l’Histoire paraît changer de cap, n’est-il pas plus délicat de ramener la légitimité monarchique à la volonté providentielle, et, surtout, de continuer à défendre la légitimité monarchique ? » (source - nous avons laissé dans ce texte les capitalisations abusives). Ce dévoiement de la Providence s'accentue lorsque le gouverneur de la Charte sus-dite lui confie un calcul d'attrition des dauphins au bénéfice de l'élu de Dieu qui survivra pour lui servir de lieutenant sur terre (ça va loin !).


cul de lampe

Qu'en retenir à la fin ?

Cette lettre mensuelle à la Confrérie royale a pour intention de déblayer le camp clos du débat en écartant pour demain les fausses solutions. Mais est-ce apporter plus à la démonstration que de charger à bride abattue et sans discrimination les fidèles d'autres obédiences. Il s'y rencontre des royalistes sincères, tout aussi dévôts que les légitimistes et que la situation d'un microcosme politique en attente perpétuelle de quelque chose a poussé dans les chapelles concurrentes de celle de la monarchie traditionnelle, chapelles qui proposaient une approche différente que cette ligne droite infinie dont la destination recule comme un horizon à mesure qu'on progresse. La dramaturgie royaliste est tributaire d'effectifs faméliques ; d'aucuns n'y voient aucun poids socio-politique, aucun momentum capable de faire bouger les lignes de fracture du régime en place afin de le remplacer. Donc chacun dans son coin étudie le passé sans trop imaginer l'avenir plutôt que d'agir, puisqu'à si peu on sait l'affaire perdue d'avance. Ainsi certains appellent le renfort de la puissance divine pour les aider remonter ce rocher de Sisyphe qui va les écraser. Ils ne sont coupables de rien ; sauf du prodigieux ennui qu'ils diffusent parfois. Mais cela est l'affaire de chacun, et le prieur du refuge de Notre Dame de Compassion s'avance beaucoup dans son offensive pour ne pas révulser les susceptibilités de ses cibles, en quoi il diminue la portée de sa brillante démonstration du légitimisme primordial. Mais nous avons passé un bon et long moment en compagnie d'un chat mort et ressuscité dans la grande tradition quantique de Schrödinger. Il vaut mieux sourire un peu à la fin ; nous sommes quatre mille en tout.



Liens en clair pouvant expliquer certaines obscurités de ce billet :
- le prieur : *http://leblogdumesnil.unblog.fr/2011/02/24/2011-24-origine-du-refuge-notre-dame-de-compassion/
- le légitimisme : *https://viveleroy.net/
- l'Action française : *https://www.actionfrancaise.net/le-mouvement/manifeste/
- le survivantisme : *https://journals.openedition.org/rh19/4142
- la Charte de F. : *https://charte-fontevrault-providentialisme.fr/
- le Grand Monarque : *https://www.academia.edu/33985488/_Le_Grand_monarque_dans_le_catholicisme_fran%C3%A7ais_XIXe_XXe_si%C3%A8cles_Politica_hermetica_n_13_1999_pdf
- vous faire moine : *https://www.net1901.org/association/REFUGE-NOTRE-DAME-DE-COMPASSION,1268290.html

jeudi 8 juin 2023

Les franchises municipales redeviennent nécessaires

La question des libertés basses revient en force avec la contestation populaire des édiles municipaux transformés en courroies de transmission des vues et bévues de l'Etat central, rôle normalement dévolu au préfet de la République. Depuis l'aube des temps, le maire, quel que soit le titre que lui donne la tradition ou la loi, a pour charge et fonction d'administrer ses concitoyens au meilleur avantage de la communauté entière qui l'a désigné. Il arrive assez souvent qu'il se dresse entre la technocratie aveugle et les gens, et c'est finalement sa première utilité sinon la seule. L'affaire de Saint-Brévin nous a montré à quoi conduit l'inversion de la charge : ayant choisi l'air du temps qui plaît en haut lieu contre le bonheur local, le maire est, d'une façon ou l'autre, chassé par ses électeurs avant le jour du règlement des comptes, celui de l'élection municipale. On est en plein dans la question des libertés communales qui doit trancher entre le bien commun à l'étage des collectivités locales et l'intérêt général proclamé par l'Etat national. D'où l'intuition du Piéton à cantonner cet Etat central au domaine régalien (cf. infra).

L'affrontement entre le pouvoir zonal ou royal et les villes a commencé au haut moyen-âge dès l'enclenchement de l'urbanisation de certains espaces propices à des activités plus évoluées que les labours et les moissons comme l'artisanat, l'industrie, la chicane et le négoce. Chaque fois que le territoire changeait de seigneur, l'impétrant devait reconfirmer les franchises municipales, à défaut de quoi il entrait en période de troubles et de moindre revenu. Parfois ça se passait mal et les hallebardiers n'y suffisant pas, il fallait porter l'affaire au niveau de pouvoir supérieur, la viguerie, la sénéchaussée voire même aux Etats. Quand on se retourne sur le passé, on distingue parfaitement que la revendication des libertés communales a rythmé toute la vie provinciale de l'Ancien régime. C'est la République qui imposa progressivement l'uniformisation grisâtre des mœurs et l'égalitarisme destructeur de créativité individuelle. Il n'est de jour que ne soit signalé un grand agacement de la "base", même si le peuple français est de ceux qui se couchèrent le plus vite devant la normalisation, au point d'en faire une "valeur républicaine".

le roi carliste Carlos VII
A l'opposé de nous est un pays rebelle à l'entropie qui s'appelle l'Espagne. La péninsule ibérique est un amalgame d'anciens royaumes jaloux qui ont laissé derrière eux le goût immodéré des particularismes, mais surtout celui des droits et privilèges associés (les fors). Les quatre provinces les plus fières sont l'Euzkadi, la Catalogne, la Galice et l'Andalousie, qui ne cessent de réclamer des garanties à l'Etat castillan. C'est d'ailleurs ce tropisme régionaliste qui a servi de porteuse aux trois guerres carlistes. La devise carliste est toujours résumée en quatre termes : "Dios, Patria, Fueros y Rey". Soit la définition d'un royaume fédératif respectant la patrie de chacun en ses droits, sous la protection de Dieu et du Roi de toutes les Espagnes.

Si le motif du déclenchement de la guerre espagnole du XIXè siècle tient en partie dans l'usurpation du trône par la fille de Ferdinand VII au détriment du frère d'icelui en 1833, apparaissent deux autres moteurs de la guerre : le réformisme libéral des bourgeois des villes contre le traditionalisme des propriétaires terriens, et la menace d'uniformisation des mœurs politiques gouvernant les territoires, explicitée par les Cortes de Cadix(1) en 1812 : ce sont les fameux fueros municipales. L'université de Salamanque les décrit précisément : « Les chartes locales, chartes municipales ou, simplement juridictions disposaient en leurs termes du droit applicable dans une certaine localité ou territoire dont le but était de réglementer la vie locale en établissant un ensemble de normes, coutumes héritées, droits et privilèges accordés soit par le roi, soit par le seigneur de la terre, ou convenus entre les habitants eux-mêmes. Ce système de droit local fut utilisé dans la péninsule ibérique depuis le Moyen Âge et fut la source la plus importante du droit espagnol.»
Note (1): La première constitution espagnole de 1812 décréta la suppression des fors pour favoriser l'égalité de tous les Espagnols sur tous les territoires. Cependant, ils furent restaurés sous le règne de Ferdinand VII (1814-1833)


On notera que sous le règne des Habsbourg les fors furent toujours respectés par le pouvoir central et parfois même élargis quand nécessaire dans la tradition du Saint-Empire, alors que l'avénement des Bourbons déclencha la centralisation forcée(2) dans la grande tradition césarienne française.
Note (2): par les Decretos de Nueva Planta les royaumes de la couronne d'Aragon favorable à une succession autrichienne furent dépouillés de leurs tribunaux, institutions propres et de leurs fors, qui furent remplacés par les modèles castillans, tandis que Navarrais et Basques conservèrent les leurs pour avoir soutenu les Français.


Pour revenir chez nous, le projet monarchique doit cesser les dérives caporalistes de la République Cinquième en instituant une monarchie fédérative et sociale qui se préoccupera d'abord du bonheur possible des gens, sur leurs terres, et de leur réelle protection, avant toute éducation des masses. Sinon, l'Etat deviendra vite oppressif si d'aventure il vous vient à l'esprit de faire autre chose que de consommer : penser à haute voix par exemple en dehors du catalogue officiel du prêt-à-penser. Nos chefs de la police (ou plus joliment dit "ministres de l'Intérieur") sont devenus progressivement ceux de la police de la pensée ! De Valls à Darmanin, c'est flagrant. Que l'Etat gère l'opinion au niveau national fut de toutes les époques, mais les libertés basses (clic) sont les plus valables, qui méritent d'être défendues pied à pied, même le dos au mur. Un article plus long embrayerait maintenant sur l'idée de décentralisation de Charles Maurras, mais les Amis du Chemin de Paradis font ça très bien.

En guise de conclusion, nous pouvons rappeler ce propos de Patrice Sicard(3) que le quotidien numérique Je Suis Français remet en ligne aujourd'hui et qui militait dès la fin des années 60 pour le moins d'Etat par la monarchie justement :
« Nous tirons de l’expérience historique les caractéristiques institutionnelles de l’État monarchique. Pour désamorcer l’impérialisme de l’État technobureaucratique, la solution est précisément la création d’un État dont le ressort profond ne soit pas la prise en charge universelle de tous les aspects de la vie nationale. Nous sommes royalistes parce qu’il n’y a pas moyen d’avoir un minimum d’État autrement que par la monarchie. Nous voulons réduire l’invasion de la société par l’appareil étatique, mais d’un autre côté celui-ci doit être assez indépendant, structuré et ferme pour imposer l’intérêt national, résorber les contradictions sociales, jouer la carte des forces populaires contre la technobureaucratie qui ne se dissipera certainement pas par un coup de baguette magique.»

Note (3): Patrice de Plunkett


A l'occasion, relire sur ce blogue-ci la lettre à Angèle de Robert Brasillach sur le carlisme en cliquant ici.
Et méfiez-vous des imitations !

Liens de cet article en clair :
- Carlos VII : https://es.wikipedia.org/wiki/Carlos_de_Borb%C3%B3n_y_Austria-Este
- Libertés basses : https://royalartillerie.blogspot.com/2008/01/libertes-basses.html
- L'idée de décentralisation : https://maurras.net/2008/03/24/lidee-de-decentralisation/
- Patrice Sicard : https://www.jesuisfrancais.blog/2023/06/06/breves-de-patrimoine-de-laction-francaise-patrice-sicard-dans-les-annees-1960-definissait-sous-forme-precise-et-equilibree-les-caracteristiques-institutionnelles-de-letat-m/
- Lettre à Angèle : https://royalartillerie.blogspot.com/2005/02/en-ces-jours-dartillerie-revenons-au.html

jeudi 25 mai 2023

Le Lys royal au duc d'Anjou


Ce carillon, hourvari et fanfare de trompes musicales "Lys Royal" fut créé par Le Débuché de Paris en l'église Saint-Roch de Paris pour le jubilé de l'institut de la Maison de Bourbon en présence de son protecteur statutaire le duc d'Anjou le samedi 13 mai 2023. Petit reportage illustré sur le site de l'IMB en cliquant ici.
Le Piéton regrette de ne l'avoir pas su, tant pour la visite à l'hôtel de Soubise de l'exposition sur la famille royale de Louis XVI aux Tuileries que pour la messe du cinquantenaire à Saint-Roch. Mais bon, avec trois jardins au printemps, on ne peut patrouiller le blue web en permanence ni le carnet du Figaro.

Mais ce qui aura marqué la journée autant que les trompes musicales c'est le speech de Mgr Louis de Bourbon qui est accessible par ici sur le site de l'IMB. Votre blogue favori s'autorise à commenter l'allocution du prince dans ses saillants.

Après avoir noté que le "Centre de documentation [ndlr: prévu par les fondateurs] qui aurait pu recueillir archives et documents divers... n'a pas pu voir le jour", sacré bémol pour la suite, il insiste par deux fois sur la "progressivité" de l'essor, se rappelant sans doute la paresse des Bauffremont qui irritait tant son père. Puis il noie les lauriers que l'IMB pouvait s'attribuer dans les manifestations du Millénaire capétien en réinsérant dans les mémoires "d'autres associations qui avaient vu le jour localement. Un véritable réseau [qui] existait alors pour faire rayonner la cause allant de Lille à Marseille et Nice, de Toulouse à Nancy, de Nantes à Lyon, de l'Aquitaine à la Bretagne". Il enfonce le clou peu après : "fort d’une notoriété retrouvée, l'ensemble du mouvement se réorganisait avec de nouvelles structures dont un Secrétariat et diverses associations ou fédérations régionales d'associations culturelles."

S'il ne parle pas du recadrage musclé de l'Institut fait par le prince Alphonse et encore moins du lancement de son propre Institut Duc d'Anjou destiné à palier les lenteurs et insuffisances de l'IMB, il achève son intervention sur les encouragements à l'endroit de la tout nouvelle "Fondation Maison de Bourbon" créée pour démultiplier l'action patrimoniale et culturelle, avouant en creux que l'Institut actuel n'y parvient pas de manière satisfaisante. On notera aussi que le texte ne présente aucun bilan flatteur du passé - qu'est-ce un millier de membres pour une organisation aussi capée ? - insistant plutôt sur le développement à venir.

Une chose est sûre, le papelard n'a pas été rédigé par un rédacteur de l'IMB mais par la plume personnelle du prince Louis, et les critiques feutrées mais évidentes sont aussi la marque de son autorité, en quoi il nous étonne un peu. Sans doute que les combats menés en Espagne au bénéfice du souvenir de son arrière-grand-père Francisco Franco et de la préservation du legs franquiste l'ont-ils mûri et assuré de son rang : "Eres nuestro rey" criait le petit peuple nationaliste à don Luis-Alfonso, venu manifester en Valle de los Caidos contre l'exhumation du Caudillo. C'est un homme qui a beaucoup appris pour s'installer dans la problématique dynastique. A tout prendre, je préfèrerais l'athlète au penseur dans les jours de gros temps. Que les royalistes français en tiennent compte s'ils ont le projet de réaliser un jour la restauration d'une monarchie.

dimanche 3 octobre 2021

« Belle marquise, d'amour mourir vos yeux me font »

Margarita Vargas

Ce billet gothesque n'a d'autre motif que de montrer au lectorat cloîtré de Royal-Artillerie la duchesse d'Anjou en majesté. C'est à la noce impériale du grand-duc Jorge Mikhailovich Romanov et de mademoiselle Rebecca Victoria Bettarini que se sont donné rendez-vous les princes de ce monde déchargés de toutes responsabilités, ce qui laisse du temps. Ayant confié ses quatre enfants à la gouvernante à Madrid, une sylphide est apparue au bras musclé de l'aîné des Capétiens, Louis-Alphonse de Bourbon, qui prit sa place très naturellement entre le Csar des Bulgares Siméon II et Dom Duarte de Bragance, chef de la maison royale du Portugal. On y vit les Tilsim du Liechtenstein, Fouad II d'Egypte, le prince de Venise, le nouveau duc d'Aoste, le prince Leika d'Albanie, les princes Murat et tout ce que compte l'aristocratie européenne ayant les moyens d'un cadeau de mariage royal. Les grandes maisons régnantes étaient absentes pour des raisons tenant sans doute à l'inextricabilité de l'héritage dynastique des Romanov exterminés en 1917 par les Bolcheviques. Ce ne sera pas l'analyse du jour, mais chacun a noté que Vladimir Poutine n'a pas fait tirer le canon à la sortie de messe. Parmi les quinze cents invités à la cérémonie religieuse furent présents deux Français connus, Stéphane Bern et Charles-Philippe d'Orléans-Cadaval qui a pris des photos du plafond de l'église. On lira par ailleurs l'article de Nicolas Fontaine dans Histoires Royales et quelques-autres qu'il a commis sur son site exceptionnel.

les ducs d'Anjou
Ce sont les ducs d'Anjou qui nous intéressent aujourd'hui, n'en déplaise aux D'Orléans, peu présents cette fois. Louis et Marguerite de Bourbon sont un couple aimant après dix-sept ans de mariage et quatre enfants. En 2004 il y avait plus de quinze cents invités à la noce exotique de La Romana que la Casa Real avait boudée, mais du côté français, seul un représentant de Présence du Souvenir Bourbonnien avait fait le voyage. La Légitimité institutionnelle y perdit là l'affection du jeune prince qui s'en accommodera ensuite sans chaleur aucune. Son père eut-il survécu à son accident de ski au Colorado, qu'il aurait formé son fils à la gestion de l'aréopage légitimiste et des courtisans jaloux qui y patrouillent en défense de leurs intérêts propres. Il n'en fut pas ainsi, et déjà seul, sans le soutien du Garde des Sceaux Jean Foyer, le jeune Louis aurait perdu armes et titre à l'âge de quinze ans dans un procès ubuesque préalablement ouvert contre son père et dont il hérita (le procès), que lui intentèrent feu Henri d'Orléans et Sixte-Henri de Bourbon-Parme (clic) sous des prétextes futiles, sans que j'ai pu comprendre jusqu'à maintenant leur motif premier, si ce n'est la rancœur de laissés-pour-compte de l'histoire n'ayant jamais douté de leur supériorité (humour). Brisons là.

Margerite de Bourbon
Les royalistes de France tombèrent amoureux de Marguerite Vargas au premier regard et nul ne douta du coup de foudre de Louis. Timide comme lui au début, elle s'inséra lentement dans la bonne société madrilène en cochant toutes les cases. Une famille aisée au loin, un clan bien défendu en accueil, un latin lover pour mari, de beaux enfants ensuite et quelquefois une couverture de magazine. On ne lui connaît pas d'ambition démesurée à la Sussex, du moins se limite-t-elle à sa propre famille et au soutien inébranlable de son mari, même quand il est empêtré dans des affaires, le lot de tous ceux qui en font vraiment au lieu d'en juste parler. Oui, elle est un tribut de la famille Franco mais elle n'a jusqu'ici jamais pris publiquement fait et cause pour eux, même si on la devine avancer dans le sillon tracé par Louis, non plus qu'elle n'a participé aux conférences de défense de la famille traditionnelle où il va. Est-elle heureuse ? A la suivre régulièrement, on devine qu'il y a eu des baisses de pression. Quatre enfants rapprochés, le souci de parents publiquement séparés avec des articles dans la presse people, une pression politique constante sur le foyer, des accidents d'équitation-concours ont marqué ces dernières années, mais elle a su chaque fois revenir au meilleur de sa forme, à côté de son mari qui la couve. La duchesse d'Anjou porte plusieurs noms dans les articles de presse, Maria Margarita Vargas Santaella, Margarita de Borbon, Marie-Marguerite de Bourbon. Royal-Artillerie en tiendra désormais pour Marguerite d'Anjou. Ce nom est chic et correspond bien à la lumière émise par la princesse comme à cette province dont Joachim Du Bellay vantait la douceur.

Aux noces impériales de Saint-Pétersbourg, on n'a vu qu'elle, sa capeline sans doute, mais une rare élégance surtout, confortant son rang. Souvenons-nous qu'elle fut reçue le 25 juin 2016 Dame Grand-Croix d’Honneur et de Dévotion de l’Ordre Souverain Militaire Hospitalier de Saint Jean de Jérusalem de Rhodes et de Malte en la chapelle royale de Versailles sous la présidence du cardinal Tauran, camerlingue de la Curie romaine et du général Jean-Louis Georgelin, Grand Chancelier de la Légion d’honneur, au milieu d'une foule de chevaliers (dont Bernadette Chirac), grands maîtres, ducs et prélats (clic). Difficile de faire plus cher. Ça redresse son homme. Le maintien de Marguerite d'Anjou et son port altier ne sont pas étrangers à cette distinction rare, reçue précocement à l'âge de trente-deux ans. Feu le baron Pinoteau qui l'adorait, avait réalisé ses armoiries. Elle y fait honneur.

Que Dieu veille sur elle !



Armes de Marie Marguerite de Bourbon

jeudi 2 septembre 2021

À la St Louis foin non rentré est à demi gâté !

Son excellence Don Luis a laissé diffuser par son secrétariat français une longue homélie à l'occasion de la Saint-Louis dont il est deux fois le descendant pour être né aussi le même jour que ce roi. Ce pensum doit être lu sur le site officiel de la Légitimité en cliquant ci-dessous sur pause.

[Pause - 3 minutes de votre temps]

Chacun de vous s'est fait maintenant une opinion de ce qui restera pour moi un catalogue de généralités portables n'importe où, ancrées dans la tradition et forcément dans le passé, ce qui n'est pas condamnable en soi mais légèrement décalé. J'ignore ce qu'en penseront les jeunes générations qui affronteront des défis autrement prégnants, mais les soucis du prince sont-ils ceux de demain ? A tout prendre, autant valait saisir l'histoire. Le roi Louis IX fut celui des septième et huitième croisades, à la fin de laquelle il mourut de dysenterie à Tunis. Il n'y en eut aucune autre ensuite, malgré la combativité assise de la papauté d'alors ; sauf à contempler la neuvième croisade que conduisirent quatre présidents américains successifs et qui s'est terminée lundi dernier 30 août 2021 par le retour des derniers croisés !

Luis-Alfonso de Borbon Martinnez Bordiu

Il aurait été de saison que la plume du prince aligne les planètes de notre avenir plutôt que celles d'une astrologie sociétale, et l'affaire d'Afghanistan est à la charnière de deux occidents ! Mais l'important n'était-il pas de sortir quelque chose ou n'importe quoi pour relancer l'intérêt des fidèles passablement délaissés depuis la translation des cendres du général Franco exhumé du mausolée de Los Caidos vers le caveau familial de Madrid. Car, malgré des déclarations qui ne sont pas de sa main depuis qu'il a abandonné sa page* Facebook en espagnol, le duc d'Anjou n'est plus en phase de conquête des cœurs en France où d'ailleurs il ne vient plus. A quoi servent donc ces déclarations compassées, ses vœux convenus ? A nourrir une posture déférente adoptée par les légitimistes français qui, depuis l'arrêt du journal Le Lien Légitimiste, ont rompu avec une attitude critique mais loyale envers la cause et le prince, qui visait d'abord à améliorer la perception de l'héritier Bourbon que pouvait avoir son lectorat. Terminé ! On enfile comme des perles les intentions de messe du souvenir. Autant dire que la cause royaliste a atteint sa queue de trajectoire, peut-être avec le rappel à Dieu du baron Pinoteau (†2020) et de quelques autres "producteurs de talent" comme Daniel Hamiche (†2020). Thierry Ardisson et Didier Barbevilien n'y suffiront pas. A voir l'écume du temps se briser en permanence sur la grève immobile, d'autres se taisent. Bien sûr, restent quelques bizarres affairés au "complot" sur des sites abandonnés de tous ! Ils ne font même plus rire les rares informés.

Son dernier message fut le suivant (29/05/2019) : « El 30 de Mayo De 1919 el rey Alfonso XIII consagra España al Sagrado Corazón De Jesús, en el Cerro De Los Ángeles. 50 años después, Don Francisco Franco renueva dicho voto, en presencia de los príncipes Don Juan-Carlos y Doña Sofía. Hoy se cumplen 100 años, qué mejor manera de defender los Principios Básicos de la Civilización Cristiana : la tradición y la familia.»

L'intérêt du légitimisme est de rétablir une monarchie dans le droit fil dynastique, en éliminant les compétiteurs, comme le faisaient de leur temps les lois fondamentales du royaume de France. Un mot résume cela : automaticité. Très simple. Un héritage. Un héritier ! Ceux qui le contestent pour gagner une course virtuelle au pouvoir sont forcés d'entrer dans le couloir des arguties, invoquant des protocoles internationaux dont personne à l'époque ne mettait en doute l'inanité (Paix d'Utrecht), voire de créer des lois de circonstances comme le vice de pérégrinité afin de noyer le tonneau de leurs remords. Mais tout ceci ne tient que si vous voulez rétablir le modèle antérieur. Les maisons princières qui se disputent (pour la galerie) en sont très loin. Le modèle nordique des rois pour de rire sur papier glacé est passé par là. L'héritier de Bourbon se contenterait (a-t-il dit, mais le pensait-il vraiment, en a-t-il même une idée claire ?) se contenterait donc d'un trône à l'espagnole. Pour sa part, l'héritier de Juillet deviendrait roi en lieu et place du président d'une Cinquième République amendée. Dans l'un et l'autre cas, nous sommes très loin d'une monarchie de reconstruction nationale qui, comme on le serine souvent ici, doit commander sans entraves au domaine régalien pour tenir l'essentiel des instruments gouvernant cette nation.
Les deux principaux prétendants en ont-ils conscience ? Nul ne sait ce que pense le bedeau de Dreux, momentanément exilé dans un gîte gratuit de Montréal de l'Aude. Mais en revanche, il ne me surprendrait pas que Louis de Bourbon, confronté dans sa chair et ses comptes à la haine viscérale des partis républicains battus à la guerre d'Espagne et qui cherchent une revanche sur un adversaire affaibli, soit maintenant moins démocrate qu'il ne le déclarait à New York lors de la naissance des jumeaux. C'est pourquoi, s'il fallait en passer par les "héritiers" au lieu d'élire à Senlis un Capet 2.0, c'est l'Espagnol qui garderait ma préférence, outre le fait que ma confiance est plus facilement obtenue de l'athlète que du rentier perdu.
Reste le Mérovingien caché à Rennes-le-Château qui mettrait tout le monde d'accord. Ou dans le Sud encore, un Wisigoth. Sinon celui d'au-delà des mers ! Rien ne viendra du Nord, ils ne savent pas rêver.

Tableau à l'antique de Poussin
Cénotaphe de Papacito sur la Montagne d'Alaric
D* ET IN ARCADIA EGO *M



Ceci étant dit, le légitimisme français n'est pas qu'un hommage au duc d'Anjou descendant du roi saint Louis. Le travail de certains cercles creuse la question politique comme nous le montrent les cahiers de l'université d'été Saint-Louis dont la livraison 2021 mérite une lecture attentive (120 pages). En voici la conclusion :

N’étant ni démocratique (pouvoir désigné par une volonté générale chimérique), ni théocratique (autorité directement désignée par Dieu), ni hiérocratique (autorité désignée ou commandée par les clercs), l’autorité du roi vient, non seulement de la loi qui le désigne, mais principalement de sa reconnaissance personnelle et institutionnelle de la loi naturelle (au minimum), de l’autorité ultime de Dieu, de la souveraineté de Jésus-Christ, dans cet ordre. Le dernier niveau de légitimité — qui est aussi le plus achevé — se rencontre, entre autres, dans la royauté traditionnelle française. Comme ce dernier niveau implique les précédents, la légitimité du roi peut être reconnue de manière universelle par chacun de ses sujets, quelle que soit sa confession religieuse, voire son agnosticisme. Accomplir la loi naturelle — parfaite par la Révélation 63 —, faire grandir ainsi notre raison et notre cœur, c’est réaliser notre humanité, ce qui constitue précisément la volonté du Créateur.

Le cahier 2021 est téléchargeable en cliquant ici.

jeudi 8 avril 2021

Le Prince comme souci

[Diffusion restreinte] Plus que jamais nous devons distinguer « les deux corps » de Kantorowicz (1895-1963). L'un descend des rois oints qui approuvèrent les lois de succession du royaume aujourd'hui disparu, et monte au vitrail pour s'y figer ; l'autre va à la banque couvrir son découvert en liquidant ses positions marchandes. Alpagué par la presse "gotha-clic" du royaume d'Espagne, le champion légitimiste français aurait soldé ses affaires sans que l'on sache très bien où est la ligne de retraite derrière laquelle il va se défendre. De quoi, est aussi la question.

affiche Cara al Sol

Jusqu'à plus ample informé, Louis de Bourbon (Luis-Alfonso de Borbón y Martinez-Bordiú sur papier glacé) marchait sur deux jambes : à droite celle de la grosse Fondation nationale Francisco Franco depuis le décès de sa grand-mère Carmen Franco y Polo, fille unique du regretté Caudillo que le gouvernement socialiste de M. Sanchez a réinhumé dans un cimetière normal de la capitale, le rendant paradoxalement plus facile d'accès qu'en Valle de Los Caídos ; à gauche, les intérêts européens pris en aval des activités du Banco Occidental de Descuento (BOD) de son beau-père, dont il n'est plus qu'admistrateur suppléant au Conseil de Maracaïbo, après avoir exercé les fonctions de vice-président international, à nulle fin. Le BOD est présent au Venezuela, au Panama, en République Dominicaine, à Curaçao, Antigua et Barbuda. Rien en Espagne où vit le gendre de Victor Vargas et sa fille adorée, les tentatives faite autour du Groupe Santander ayant capoté (peut-être par les liens trop étroits liant la banque et son propriétaire au pouvoir bolivarien). Louis de Bourbon, apparemment déchargé de mission, a cherché dès 2012 à s'investir dans des affaires en propre, modestes et numériques pour la plupart. Ce sont ces activités (clic) qui ont été clôturées récemment, faute de résultats positifs ; à l'exception de Reto 48, un espace de reset personnel inédit en 48 leçons, qui tient ses comptes et poursuit l'aventure. D'un autre côté, le gouvernement socialiste espagnol a mis la Fondation Franco dans sa ligne de mire, mais il n'est pas dit qu'il ait le temps de détruire l'héritage dans tous ses états, parce que la coalition PSOE-Podemos se déchire. Ce qui nous permet quand même de conclure que la situation financière du prince Louis de Bourbon est en Espagne précarisée. Beaucoup lui prédisaient une carrière politique dans la mouvance de la droite dure, après le constat de popularité qu'il a pu faire lors des manifestations franquistes de 2019 au mausolée, mais le parti VOX a répété que Louis de Bourbon n'était ni encarté ni candidat nulle part. On ne le voit pas non plus monter un parti politique qui, en VOX, existe déjà, sans parler même des remontrances qu'il s'attirerait de la Casa Real qui n'eut de cesse de le marginaliser, lui retirant tous ses titres, voyant en lui et à raison un recours néfaste à la perpétuation de la branche de Barcelone sur le trône. Sans doute lui faudrait-il aussi plus d'amis compétents en politique, ce déficit semblant le plomber de part et d'autre des Pyrénées.

Qu'est-ce qui change en France de ce fait ?


Il faut remonter aux vœux de nouvel an, dans lesquels le prince Louis dit que La France paye cher une crise de l’intelligence collective qui lui fait oublier sa nature et son identité ; une crise qui l’a conduite à favoriser dans les années récentes, avec le déni du spirituel, la promotion de l’individualisme, la perte des valeurs, l’absence d’une saine compréhension de la nature et de l’environnement, la course au profit immédiat, au lieu de s’attacher en premier lieu à la recherche du bien commun. Même s'il s'en défend, il déroule un programme dans lequel il s'inscrit par sa présence continue de témoin vivant d'une histoire glorieuse. A moins que la déclaration ne soit que le songe d'un secrétaire - ce que je ne crois pas - Louis de Bourbon met la France au centre de son projet personnel.
Trois objectifs : renouer avec la mission civilisatrice de la France ; réinsérer du spirituel dans le juste équilibre des pouvoirs ; rendre à l'homme sa dignité d'espèce à part. Sa démarche est au bon niveau et ne racole pas l'opinion majoritaire plus laïque et prochoix. Par contre la traduction de ces principes dans une action d'application aux réalités de l'époque n'apparaît pas encore du côté des groupes légitimistes français. Ça viendra sans doute, en espérant que leur réaction ne soit pas comme trop souvent la récitation en boucle des psaumes de la Légitimité. Plus trivialement, vont-ils un jour comprendre que l'entresoi des grimoires à la lueur des bougies ne hâtera pas l'avènement du prince de leur cœur. Mais convenons que les chapelles royalistes, et de tout bord, sont en circuit d'attente, un peu comme les avions qui tournent autour de l'aéroport en attendant de se poser. Chacun se dit prêt à "répondre" à l'appel. Le prince attend les royalistes qui attendent eux-mêmes les autres, les Français, du moins ceux qui devraient demander un roi. La dernière fois que les Français sont sortis pour demander du changement fut celle des gilets jaunes sur les rond-points. A ma connaissance, personne du parti du roi n'est venu au brasero leur expliquer LA solution. Aucun prince non plus ! Le déficit de propagande (au sens pyrotechnique) est patent ! Comment les Français appelleraient-ils un roi à leur secours s'ils en ignorent les bienfaits pour demain. Demain ! Pas dans l'histoire enjolivée des émissions télévisées en jaquette ! Demain ! On en revient à la communication étique du mouvement royaliste, maintes fois signalée ici, sans aucun effet bien sûr.

Communiquer sur la monarchie est compliqué aujourd'hui par le cloisonnement logistique dérivé de la pandémie chinoise, et Louis de Bourbon, qui vit à Madrid, n'a plus la liberté de venir aussi souvent en France qu'il le souhaiterait (et il déteste l'avion). C'est dommage pour lui à tous égards mais aussi parce que son "concurrent" est à l'étiage depuis l'assignation calamiteuse de la Fondation Saint-Louis pour détournement des intentions cachées d'Henri l'Ancien, son fondateur, calamiteuse pour une image déjà écornée par son apparente oisiveté. Le squat en plus ! Cette situation, même éphémère, lui aurait permis de faire l'écart de points en entraînant les légitimistes à sortir de la crypte pour faire avancer au grand jour la cause du roi de tradition. Mais ce prince comme son cousin semble adepte du hamac méditatif ; la certitude qu'a chacun d'être le phénix des hôtes de ce bois ne se traduit en rien d'autre que de camper sur la position acquise, ce à quoi ni le prince Alphonse ni Henri l'Ancien ne s'étaient résignés. C'est ici que nous replaçons le titre de ce billet : le prince comme souci.
Nos prétendants sont un souci, non pas de sincérité mais de crédibilité. On en vient à la légitimité de tout impétrant dans une situation d'instauration et non plus de restauration. Si ce n'est eux, ce seront d'autres ! Un contributeur du Salon Beige (époque Lahire) avait dit une fois que la légitimité réside essentiellement en le respect et la mise en œuvre de la loi naturelle, en la stabilité du pouvoir capable de maintenir intra et extra muros un ordre stable et pacifique, et préserver les conditions de prospérité, matérielle et immatérielle, des corps naturels constitutifs de la nation, laissés libres de poursuivre leur finalité propre, fondée non sur des idéologies mais sur des intérêts concrets. Boutang avait auparavant ramassé ces idées dans un slogan définitif : "le droit du prince naît du besoin du peuple". S'il n'est pas de loi supérieure aux nécessités du temps pour sauver le pays que celle de l'efficacité, les Lois fondamentales du royaume ne peuvent être qu'une indication pour les hommes en recherche d'une ouverture, que cette ouverture soit ou pas d'application immédiate. La monarchie est techniquement la solution pour réparer ce merveilleux pays qui part en... morceaux. Son retour peut certainement être un legs du passé, mais est-il décisif d'y joindre le lest d'une dynastie battue partout sauf en Espagne ? Poser la question hors des cercles royalistes est instructif !

Jean-Philippe Chauvin réitère régulièrement la démonstration d'une monarchie capable de résoudre bien des défis qu'affronte notre pays (clic). Extrait : En libérant la « première place », cette magistrature suprême de l’État aujourd’hui livrée au Suffrage et à cet éternel combat des chefs qui transforme la vie politique en une « présidentielle permanente », la Monarchie royale remet les ambitions au niveau inférieur mais aussi nombre de pouvoirs indûment détenus par l’État (aujourd’hui trop envahissant) aux collectivités locales, professionnelles ou universitaires, ce que l’on pourrait nommer « les républiques françaises ». Sa traduction royaliste n'est pas qu'une affaire d'héritage après une rupture de deux siècles, soyons sérieux ! Aucun des princes qui battent l'estrade n'est aujourd'hui en capacité d'accéder si tant est qu'ils soient au niveau de l'emploi, même si l'Espagnol a dévoilé une pugnacité rare chez la maison de Bourbon contre le démantèlement des rémanences franquistes. Ces messieurs prendraient-ils le risque de se compromettre socialement pour une cause inaboutie ? Leurs fidèles redoutent un coming out politiquement très incorrect. Ils ne se battront pas, sauf insurrection générale peut-être, et redoutent toute forme de conscription. Il suffit de mesurer leur timidité dans les contributions financières, le bénévolat étant la règle, par défaut. Ils ne sont pas assez nombreux, mal commandés. Mis à part les camelots du roi de l'Action française aux effectifs comptés, on ne verra personne en voirie pour donner le dernier coup de rein à la cause monarchiste s'il s'avère un jour décisif. On entend plus souvent dans les cercles ultrabrite la dénonciation de l'impatience des participants que la sonnerie de la charge de cavalerie, puisque la cause légitimiste est éternelle. Donnons du temps au temps, disent les pharisiens qui n'accepteront jamais d'être débités de la disparition de notre civilisation pour leurs atermoiements dilatoires. Une nation peut disparaître, un pays être entamé ou divisé, un peuple banni, mais ces messieurs récitent des mantras face au mur comme discutaient des anges les docteurs de Byzance quand le Turc passait la chaîne de la Corne d'Or.
Décidément il manque une cheville ouvrière au timon de la monarchie. On ne se passera pas d'un facilitateur tant les princes et leurs affidés nous semblent improbables dans l'action. Vienne quelqu'impatient de forte constitution, qui ait l'envie d'emporter la nation à la pointe de son élan ! C'est la Gaule ici ! Un roi viendra-t-il plus tard ? A lui de nous convaincre.

mercredi 9 décembre 2020

Louis de Bourbon entre dos aguas

Frédéric de Natal, pigiste cybernétique, commet sur son blogue une charge contre Louis-Alphonse de Bourbon à la manière de Philippe Delorme, sarcasmes à la fête ! Tant que le lire est gratuit, c'est son droit, approximations comprises, et c'est par ici !

Si vous venez de lire cet article, la porteuse du signal est le détournement des fonds et intérêts du prétendant légitimiste, de la cause française vers la bataille espagnole. Celle des Franco et celle, plus politique, du parti Vox. Si vous êtes pressés, tout est dit : ici la cause, d'un cimetière l'autre ; là-bas la bataille !

Louis de Bourbon


Pourquoi Louis-Alphonse de Bourbon s'est-il investi autant en Espagne depuis les lois et projets scélérats du tandem Sanchez-Iglesias ? Sans doute parce que sa famille maternelle a été mise en danger par la "revanche" annoncée des perdants de la guerre civile espagnole de 1936-39, classe martyrisée, qui sont parvenus aux affaires maintenant. Peut-être aussi que le silence assourdissant de la Casa Real au moment de la remise en cause des accords de la transition démocratique et du pacte de neutralité qu'elle induisait, l'a décidé à l'ouvrir. D'autres ont suivi, comme cette dame sur le parvis de la basilique des Los Caïdos lui criant le 16 juillet 2018 : « Eres nuestro rey !» (ndlr: ce ne sont pas "des nostalgiques du franquisme et autre monarchistes désabusés, carlistes de passage" mais une dame seule dont l'image m'est restée).

Elevé surtout par sa grand-mère Carmen Franco à Madrid - sa mère, un tourbillon - il lui fut enseigné les bons travers de la geste franquiste plus souvent que les souffrances des républicains de l'époque. Il en conçut une certaine admiration du Caudillo, non pas tant celui de la guerre que celui de la reconstruction de l'Espagne, ses ponts, ses routes, barrages et canaux, son agriculture, son industrie, le développement économique de la côte et l'émergence d'une classe moyenne affairée qui va avec. Ce sont des faits ; il s'en tient là. Au plus devrait-on lui reprocher un manque de curiosité. Mais s'il s'est rapproché du parti Vox, ce n'est pas pour une communion de sensibilité à l'endroit de l'œuvre franquiste. C'est que ce parti revendique les valeurs traditionnelles portées par le franquisme, certes, sans être un parti franquiste. Quel est-donc ce parti ?

Vox est tout simplement un parti traditionnel de droite comme en avaient tous les pays européens il y a quarante ans. Si on l'examine de plus près on devine qu'il n'est extrême en rien, même si ceux qui veulent noyer le chien disent qu'il a la rage ! Déjà c'est une dérivation du Parti Populaire intervenue quand le vieux parti conservateur a glissé au centre pour continuer à extraire des voix, et dans le projet de rapprochement avec les institutions européennes qui prisent les valeurs décadentes comme elixir de paix sociale.
Respect de la vie et protection de la cellule familiale, libéralisme économique assumé et flat tax, justice universelle déconnectée des codes communautaristes, modération des dépenses sociales et du clientélisme, unité du royaume réinventé par le "régent", renforcement du domaine régalien (le bien-nommé), immigration choisie, haine du marxisme-léninisme ; et sioniste par moment. Vox couvre un champ socio-politique plus large que les partis d'extrême-droite auxquels les éditocrates de gauche veulent l'assimiler.
Louis-Alphonse de Bourbon, n'y voit rien à jeter ! Et pour la première fois depuis qu'il a été poussé sur la scène historico-politique par les partisans de feu son père, il trouve en bas de chez lui un mouvement en activité, disposant d'élus au congrès et en régions, en capacité de peser sur des orientations qu'il approuve, que demander de plus ? S'y agrège le confort ambiant d'une classe d'âge dans laquelle il entre de plein pied, et dans sa langue maternelle !

Bien sûr, il peut déclarer à l'occasion qu'il reste prêt à répondre aux Français qui lui offriront la couronne, sachant bien que ce n'est pas demain la veille - ce que sa propre mère lui serine depuis la disparition du prince Alphonse. Le choix n'en est donc pas un : d'un côté, le nôtre, un club de chevalerie impécunieuse, dont les capitaines entreprirent jadis de le "dresser" au métier d'éternel prétendant ; de l'autre, la jeunesse et l'action ! Il a 46 ans, une famille adorable, un vrai métier, des titres, des sous, du sang royal...... à quel emploi ?




- Entre Dos Aguas (Paco de Lucia (1947-2014) -

mardi 24 novembre 2020

Le Prince que j'ai servi (Baron Pinoteau)

† M. le baron Hervé Pinoteau (1927-2020)



Note liminaire

Hervé Pinoteau, baron et chancelier du chef de la Maison de Bourbon est mort.
Royal-Artillerie présente ses condoléances les plus sincères à sa famille et à ses proches.
A quatre-vingt-treize ans il laisse derrière lui une œuvre riche au profit du renouveau légitimiste français. Il fut pendant vingt-six ans le secrétaire du prince Alphonse de Bourbon, duc de Cadix (1936-1989). Sa notice Wikipedia en vaut une autre et a le mérite d'être presque complète. Le défunt avait laissé un texte particulièrement émouvant sur le prince Alphonse à l'occasion de ses obsèques à Madrid. Le site du Clan des Vénitiens en a publié une version très bien illustrée dont je recommande la lecture en cliquant ici.
Par suite de la disparition des archives des sites Vexilla Regis et Vivat-Rex, il devient difficile d'excaver un texte fondateur sur l'engagement du baron Pinoteau auprès des princes d'Espagne, mais le cache de la Wikiwix monte encore le document en ligne, amputé de son titre et de l'entame par un pop-up d'ordre administratif. Une reprise devient possible par une lecture de la revue trimestrielle Fidelis (apparemment interrompue depuis) proposée par un abonné à Twitter qui se reconnaîtra et que je remercie. Avant qu'une manipulation quelconque ne l'enfouisse à nouveau, Royal-Artillerie le propose tel quel à son lectorat, à la seule fin de pouvoir l'imprimer. Ce texte est donc sans illustrations, ni commentaires mais les intertitres sont de l'auteur. Nous pouvons le fournir en version html à qui le demandera par le formulaire de contact ou de commentaires en laissant son adresse email.


2 fleurs de lys


Le prince que j'ai servi



Ce n'est pas de gaîté de cœur que j'ai accepté d'écrire cet article sur mon feu maître, car l'évocation de sa personne ne fait que raviver une peine bien compréhensible. Je l'avoue, je n'ai toujours pas accepté la disparition d'un Prince servi durant tant d'années. Il n'est pas donné à tous la résignation (dans la méditation d'Isaïe 55, 8) ou la sérénité devant le saccage de nos espoirs et de notre action par une Providence qui semble se rire de nos efforts. On aura donc compris que résignation et sérénité ne font point partie de ma tournure d'esprit : il me faudra faire quelques progrès et c'est d'ailleurs le lot de tout un chacun, mais je le reconnais pour ma modeste personne, qui est celle d'un militant et d'un secrétaire.

Etre légitimiste

A la sortie de la deuxième guerre mondiale qui vit l'État français proche d'une disparition sans gloire (qu'on se souvienne de l'été quarante !), je me suis dit qu'il fallait chercher une solution politique en dehors des si peu brillantes Républiques. Il fallait un roi et je suis ainsi parti en quête du représentant de la vérité dynastique, quête anxieuse qui m'a vu être cofondateur d'un cercle d'A.F. rue Saint-Guillaume et vendre Aspects de la France, ce dont je ne rougis pas. Les arbres généalogiques vus un peu partout déformaient mon jugement, mais la lecture d'un livre de Raoul de Warren, ainsi que les précisions apportées par Michel Josseaume, en vinrent à me convaincre qu'il fallait être légitimiste, donc militer en faveur d'un infant sourd-muet qui résidait en France et dont les garçons, issus d'un mariage religieux, résidaient on ne savait trop où... Je fis le saut en 1954 lorsque je rédigeais le tome premier de l'Héraldique capétienne en écrivant qui succéda au comte de Chambord dans le chapitre consacré aux rois de France. Je m'étais d'ailleurs rendu le 21 janvier de cette année-là dans la crypte de Saint-Augustin où l'infant duc d'Anjou et de Ségovie présidait une messe à l'assistance plutôt maigre.

En 1955, je publiais le tome 2 de l'Héraldique capétienne et je lus dans le Figaro du 12 septembre que les deux fils de «don Jaime» se trouvaient à l'hôpital cantonal de Lausanne à la suite d'un accident de voiture. C'est alors que je me dis que l'aîné, le plus touché, devait s'ennuyer ferme, dans son lit et qu'il fallait lui fournir de la lecture ! Je lui ai expédié mes livres et articles, il me remercia fort aimablement et j'eus la possibilité de faire sa connaissance chez son père dans le jardin de la villa Ségovia de Rueil Malmaison, lorsqu'il vint le 8 mai 1956 pour accompagner celui-ci à Saint Denis, afin d'assister à la remise d'un nouveau reliquaire de Saint Louis. L'entourage de «don Jaime» était fort réduit : je ne me souviens que de Mlle Marie Tassin de Tassin qui publiait des poèmes confidentiels sur Alphonse XIII, du baron Louis de Condé, président du Mémorial de France à Saint-Denis, homme d'importance pour la cérémonie du soir, ainsi que du comte Édouard de Roquefeuil, représentant du Prince et d'un petit journaliste espagnol qui fut largement catastrophique, Ramón (de) Alderete... Jousseaume et quelques jeunes étaient présents, de même que Mme Charlotte, la femme civile... Par la suite je rencontrais fort rarement le prince Alphonse qui faisait ses études à l'étranger, mais lui écrivais souvent. La fondation de l'Association générale des légitimistes de France en janvier 1957 se fit en présence de MM. de Roquefeuil et d'Alderete respectivement représentant et secrétaire particulier de l'infant duc. Mlle de Tassin fut élue présidente et M. Saclier de la Batie secrétaire général éphémère... L'A.G.L.F. sombra dans la médiocrité et les dissentions les plus mesquines. Les affaires d'Algérie et les péripéties conjugales du chef de maison n'arrangèrent rien, l'A.G.L.F. vivotant de façon lamentable. C'était un fiasco et il fallait réagir.

Agir

Je conterai plus tard la préparation d'une action auprès du «jeune prince», qui seul me paraissait capable de résoudre nos problèmes. Mon plus vieil ami, le comte Pierre de la Forest Divonne et moi allâmes donc un jour à Madrid pour dire à ce dynaste qu'il fallait enfin agir. C'est par un chaud samedi madrilène, dans ce modeste appartement de la rue des Arapiles où vivaient les fils de «don Jaime», que fut fondé le secrétariat de Mgr le duc de Bourbon, ce titre étant celui du «jeune prince» (30 juin 1962). Ainsi débuta une institution qui changea la vie de la Légitimité, car les fidèles s'aperçurent qu'il y avait enfin un organisme stable.

Certes, les très proches de «don Jaime» ne furent pas heureux de cette nouveauté, mais ils y eurent finalement recours.

Le prince Alphonse fut long à convaincre. Plus que prudent, notre maître était réservé, car il était manifeste qu'on lui faisait miroiter une situation spéciale en Espagne, alors que la France lui paraissait bien lointaine. Nous en avons souvent souffert, d'autant plus que les secrétaires se sentaient bien seuls et que les jeunes étudiants issus du C.D.A.M. devenu C.D.A.R. se donnaient inutilement une attitude hyper-critique.

Premiers résultats

Il fallait briser des entraves. Ayant trouvé de l'argent, Pierre de la Forest Divonne et moi donnâmes un cocktail au Crillon pour présenter le duc de Bourbon le 18 juin 1965 : 850 personnes se rendirent à notre réception ! Pour la première fois depuis la fin du XIXe siècle, champagne et whisky coulaient dans des verres ; l'on sortait enfin des messes de Louis XVI ! Le recteur de la mosquée de Paris, des ambassadeurs, le romancier Jacques Perret, Arletty, des généraux et même des ducs (Polignac, Maillé, Beauffremont, Doudeauville) vinrent jusqu'à nous en compagnie de simples ouvriers.

Par la suite, il fallut finalement s'occuper de «don Jaime» abandonné par le dernier Français qui restait encore auprès de lui, un certain Pierre Tollé qui avait mené l'A.G.L.F. à la mort.

Patrick Esclafer de la Rode fit venir le duc d'Anjou et de Ségovie à Angoulême pour l'inauguration d'une plaque sur la statue du bon comte Jean d'Angoulême. Ce fut là le premier voyage véritablement officiel d'un chef de la maison de Bourbon depuis des lustres, car il fut accueilli par l'évêque en sa cathédrale et le maire en sa mairie (30 avril 1967). Le secrétariat de Mgr le duc d'Anjou fut alors entre nos mains, à La Forest Divonne et à moi, pendant que le prince Alphonse allait s'établir à Stockholm comme ambassadeur d'Espagne, ce qui n'était évidemment pas pour nous plaire. Faut-il préciser que les légitimistes sont catholiques et Français avant tout ?

C'est encore à Patrick Esclafer de la Rode que l'on doit la première réunion ouvertement légitimiste depuis la fin du XIXe siècle. Cela se passa chez lui en Charente le 9 mai 1971 et nous eûmes trois messages qui nous firent plaisir, celui d'un duc (M. de Polignac empêché comme maire en Normandie), celui de Jacques Perret, toujours fidèle et enfin celui d'un ambassadeur d'Espagne résidant en Suède, ce qui ne manquait pas de sel.

Nous n'étions pas nombreux devant le drapeau blanc orné des coeurs de Jésus et Marie, béni par le R.P. dom Édouard Guillou et hissé au cri trois fois répété de «Vive le roi !», mais c'était la petite flamme qui continuait à briller dans la nuit de l'Occident livré à ses démons.

Les Orléans mécontents

Notre destin ne paraissait cependant guère brillant. «Don Jaime» était établi à Lausanne où un navrant entourage se constitua. On voyait notre «roi» faire quelques apparitions à Paris pour des cérémonies, parfois officielles, dont les festivités du septième centenaire de la mort de Saint Louis, et il en présida deux. Son fils aîné résidait au loin... le seul avantage pour nous était que La Forest Divonne et moi avions le numéro de son téléphone privé à l'ambassade, ce qui nous arrangea bien plus d'une fois. C'est d'ailleurs en ce lieu que, sur ma demande, le prince Alphonse reçut Esclafer de la Rode venu lui faire part d'une nouvelle idée : la fondation d'un Institut de la maison de Bourbon copié en quelque sorte sur l'Institut Napoléon (1971).

C'est là aussi que La Forest Divonne et moi vînmes un jour durant préparer les invitations et le protocole du mariage du «Dauphin» des légitimistes avec la petite-fille de Franco. Nous pûmes, une nouvelle fois, apprécier le sens pratique du Prince allié à diverses préoccupations complexes, en particulier comment affirmer la position française des aînés dans l'ambiance d'un mariage espagnol au Pardo !

La discrète cérémonie des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit le matin du mariage et le port du collier du Saint-Esprit par le duc d'Anjou lors de celui-ci étaient là pour nous réchauffer le coeur et on en avait bien besoin ! Ce jour-là, j'ai compris mieux que jamais la peureuse incompréhension des Espagnols et la curieuse ambiance au milieu de laquelle notre «Dauphin» était forcé de vivre. Quoi qu'il en soit, les Orléans et les orléanistes furent très mécontents des aspects français obtenus par nos actions opiniâtres. Ce n'était pas l'essentiel, mais cela faisait plaisir. On avançait donc.

Le duc d'Anjou et de Ségovie ayant eu un accident, La Forest Divonne, Esclafer de la Rode et moi nous rendîmes à l'hôpital cantonal de Saint-Gall en Suisse où nous vîmes notre pauvre Prince gisant dans le coma. Dans la salle d'attente de deuxième classe de la gare locale, seul lieu tranquille loin de proches parents cadets et critiques, loin aussi des journalistes, nous pûmes établir avec le prince Alphonse les caractéristiques des funérailles à venir. A 8 h du matin, le 20 mars 1975, le prince Alphonse me téléphonait pour me dire que son père était mort à 4 h 20. Comme prévu je le saluai comme il convenait et il me donna ses premiers ordres de chef de maison. Je dirai une autre fois comment se passèrent des obsèques francisées au mieux, l'étonnement de certains et la réception du soir, quand les légitimistes furent reçus par le prince Alphonse, la princesse Carmen et le prince Gonzalve. Que d'émotions en ces heures lourdes de significations, sur une terre étrangère en compagnie de nombreux dynastes de diverse nationalités et ne comprenant guère ce qui était en train d'arriver !

Difficile position

Devenu roi de droit pour les légitimistes, le prince Alphonse eut progressivement à définir sa difficile position. A la suite d'un entretien à l'ABC que plusieurs d'entre nous jugèrent décevant, nous exigeâmes un texte clair que le nouveau chef de maison signa le 3 août 1975, sous forme de lettre à M. le duc de Beauffremont et dont j'avais établi la moindre ligne lors d'une discussion ardue. Pour les choses les plus graves, le prince Alphonse, qui arborait alors le titre nouveau de duc d'Anjou, faisait preuve d'une prudence pouvant mettre à mal une impatience qui me semblait fort... légitime ! De même que pour certains discours et pour les deuxième et troisième éditions de l'État présent de la maison de Bourbon, tout ce qui était capital était le fruit d'une négociation pointilleuse. J'ai dû capituler sur beaucoup de points pour conserver l'essentiel, sachant que ce qui était obtenu n'était quand même pas si mal que cela et qu'on pouvait l'admettre comme définitif ; je suis certain que certaines choses arrachées de haute lutte, après des semaines de discussion, lui furent pénibles outre-Pyrénées, ce qui me valait des réflexions motivées d'un duc de Cadix vivant au milieu de l'incompréhension des siens.

Certes, le prince Alphonse était aimable et courtois, encore que parfois très préoccupé par son travail, ses ennuis conjugaux, son deuil de l'aîné... Il sut me supporter jusqu'à la fin, c'est-à-dire vingt-six ans, car je fus son secrétaire durant la moitié de sa vie trop brève, ce qui est expliquer combien je le connaissais !
Certes, le Prince n'a pas toujours été heureux de mes actes, mais je ne lui ai causé aucune catastrophe et j'ai fait marcher pas mal d'affaires qui l'intéressaient. Nous nous téléphonions très souvent et j'avais pour ainsi dire l'impression que je pouvais toujours l'atteindre à l'autre bout du monde ; je n'ai cependant pas eu à lui téléphoner à l'hôtel de Beaver Creek, mais j'ai sur moi, bien précieux, sa dernière photo d'identité, celle qu'on lui fit faire de toute urgence à Paris : pour que son passeport français puisse avoir un visa américain, il nous fallait des photos à laisser au consulat de la rue Saint Florentin...

Prince français, prince espagnol

Pauvre prince ! Si ceux qui le connaissaient avaient su sa joie quand il signa devant moi son passeport et sa carte d'identité français ! Il réclama un téléphone et se mit à appeler parents et amis pour annoncer qu'il était en règle avec la France.

Ses voyages à travers notre pays, la qualité de l'accueil à sa personne et à ses discours, sa position de maire d'honneur et de citoyen d'honneur de plusieurs villes de France, sa réception aux Cincinnati comme représentant de Louis XVI, son arrivée au Jockey-Club et à l'Automobile-Club de France étaient pour lui de grandes joies et plus d'un a remarqué que si son testament de 1984 est écrit en espagnol, il n'y a rien de relatif à l'Espagne !

Le feu Prince s'était progressivement transformé à la suite d'un incessant dialogue entre lui et ses conseillers, entre sa personne et les représentants de la nation. De discours en discours, on pouvait suivre l'évolution d'un homme de bonne volonté qui s'était documenté sur la France de l'ancien régime, sur les désastres de la Révolution et sur tout ce qui était advenu depuis. Il n'avait pourtant pas été éduqué pour tenir le rôle qui fut le sien, la famille royale d'Espagne ayant occulté au maximum les implications dynastiques de l'aînesse : il suffit de lire les actes de naissance des fils de «don Jaime» et les renonciations espagnoles arrachées à cet infant que plus d'un essaya de dégrader... Le prince Alphonse en avait lourd sur le coeur et il lutta toute sa vie pour son nom (de Bourbon et non pas de Bourbon-Ségovie comme on l'avait inscrit à sa naissance pour imaginer une nouvelle branche cadette du genre Bourbon-Séville !), pour sa qualité d'Altesse Royale, toujours niée par une «camarilla» agissante afin de l'effacer dans l'ordre dynastique espagnol, alors qu'on le considéra bien comme dynaste quand on lui demanda d'être présent au moment de la désignation de son cousin comme prince d'Espagne, etc.

Pour lui, tout se tenait. Prince franco-espagnol ou hispano-français comme il aimait à le dire en public, il arborait comme son père un écu parti de France et d'Espagne, tout comme ses aïeux Bourbons qui portaient de France et de Navarre. Pour le bien commun de l'Espagne il admit la volonté successorale de Franco, homme qu'il respectait infiniment, mais il affirmait qu'il fallait compter avec lui.

Le Prince et sa tradition

Je n'ai pas toujours compris ni suivi certains de ses raisonnements qui étaient souvent fonction d'une situation difficile sur divers plans, et qui relevaient parfois de combinaisons d'un genre italien, trop obscur pour moi. Il avait cependant souvent raison et son attitude en demi-teinte, découlant du profil bas qu'il voulait toujours voir observé autour de lui, lui apportat finalement beaucoup de succès.

Ce Prince ne prétendait à rien. Il disait lui-même qu'il n'était qu'un aîné et que les Français n'auraient qu'à se débrouiller avec cette notion le jour venu. Il déclarait qu'il n'était ni intégriste, ni légitimiste. Les Français se contentaient de la République et on avait le temps de voir venir des changements. La tradition qu'il incarnait et qui n'avait certes rien à voir avec la républicaine, se faisait jour en lui de façon impérieuse. Il avait d'ailleurs une grande admiration pour la France qu'il mettait en parallèle avec d'autres pays par trop désordonnés. Je lui disais cependant que l'anarchie française pouvait lui apporter bien des réflexions... Ayant beaucoup souffert dans sa vie privée et publique, le feu Prince n'aimait pas faire de peine aux gens, ce qui entraînait trop souvent un manque de vigueur dans la direction des affaires, mais, il faut l'admettre, il était de plus en plus souvent exaspéré par les attitudes de certains légitimistes obséquieux et d'une grande nullité dans le service. Il souffrait aussi des leçons données par les excités du drapeau blanc et du Sacré Coeur... ce qui me valait ensuite de longues conversations pour remonter la pente en faveur de symboles obligatoires. Que de peines certains ont pu nous causer !

Je ne dirai rien ici sur la piété du Prince qui était par ailleurs un vrai Bourbon comme on l'entend dans notre histoire, Louis XIII et Louis XVI exceptés. Je renvoie au n°4 des Cahiers de Chiré parus cet été 1989. Ce n'était pas un saint de vitrail et certaines de ses théories pouvaient surprendre, mais il est certain qu'il était devenu une autorité morale qui pouvait gêner.

Prince de son temps

Souvent triste et fataliste, le prince Alphonse devait ressentir plus que tout autre l'hostilité du monde anti-chrétien, donc, anti-traditionnel et dans lequel il n'avait finalement pas de place en tant que tel. Prince de son temps, il aimait les finances et réussissait remarquablement dans la banque : il savait que l'on convoitait ses places alors même qu'il obtenait de remarquables résultats qu'il me montrait chaque année avec plaisir lors de la publication des performances comparées des meilleures entreprises espagnoles.

C'était d'ailleurs une ironie des choses pour moi que de servir une Prince financier, alors que je ne comprends rien à ce genre de question, et sportif, alors que je déteste le sport ! Plus que jamais je tiens pour vraie cette parole de Pascal qui me semble bien cruelle et que j'avais pourtant glissée dans une conversation : «J'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer au repos dans une chambre». 1955, 1984, 1989... Comment ne pas penser aussi à la première Épître à Timothée, 4, 8 ?

Très moderne par beaucoup de ses aspects, il habitait une maison qui fut ultra-moderne il y a peu de dizaines d'années, le prince Alphonse était quand même très courtois. J'ai dit que sa réserve naturelle le mettait en demi-teinte, mais il savait rire de bon coeur et même (je l'ai vu rarement) à gorge déployée. Il avait besoin de communiquer et de sortir d'un pays qu'il supportait parfois difficilement. Il téléphonait souvent le matin pour ne rien dire, ou presque, histoire d'entendre une voix familière et française.

Dieu a permis qu'il repose en terre espagnole alors que son destin était français (il l'avait pleinement admis) et qu'il se sentait aussi chez lui en Italie.

Je crois qu'il aurait fait un bon roi et M. le ministre Jean Foyer n'a pas hésité à dire publiquement qu'il aurait été un bon président d'une Europe à laquelle il pensait avec force.

Vérités premières

Après un infant sourd-muet et de bonne volonté, encore qu'engendrant mille difficultés (je conterai plus tard les péripéties de mon service auprès de «don Jaime»), la fréquentation du prince Alphonse était un plaisir et un honneur. Certes, après son accident de 1984, la mémoire lui faisait défaut et il déplorait lui-même ses impatiences envers ses collaborateurs, mais comme il était têtu, pas mal de discussions pouvaient advenir, se prolongeant durant des mois et même des années... Tout n'était pas facile, mais on avait parfois la surprise de l'entendre énoncer quelques affirmations comme venant naturellement de lui, alors qu'elles n'étaient que le fruit de longues démonstrations sans fin recommencées.

J'avoue que je m'en suis parfois bien amusé. Mais la pédagogie n'est-elle pas à base de répétition ?

J'ai donc souvent répété, parfois avec de vives impatiences, quelques vérités premières et choquantes pour la nature sensible d'un tel Prince. Mais il me paraissait évident que certaines choses ne pouvaient passer. Je voyais loin, lui aussi, mais pas toujours comme moi. Je crois cependant que l'un et l'autre avons fait au mieux pour préserver l'avenir dans l'attente de l'onction rémoise. Lui comme Prince très intelligent, d'esprit supérieur et pragmatique, ayant compris le but et les enjeux, moi, beaucoup plus bas, comme conservateur des symboles d'une royauté défunte et même comme une sorte de conscience du chef de maison, car c'est là, qu'on le veuille ou non, le rôle bien naturel de son chancelier ! J'espère n'avoir point été un serviteur inutile et même avoir combattu le bon combat. L'histoire et le jugement final me le diront.

Hervé PINOTEAU (1989)






Ce chant marial de tradition a accompagné Hervé Pinoteau de l'autel à la tombe.



Postscriptum du 23 septembre 2021

Allocution de Louis de Bourbon au siège parisien de l'Ordre souverain de Malte pour la sortie de l'Etat présent de la maison de Bourbon (6è édition) le 18 septembre 2021 (courtoisie Vexilla Galliae)

Chers Parents,
Chers Amis,

Nous voici réunis à l’occasion de la parution de la 6e édition de l’État Présent de la Maison de Bourbon, moment important que nous aurions tous aimé vivre avec celui qui, durant tant d’années, fut le maître d’œuvre de cet ouvrage : notre cher baron Pinoteau.

Je suis donc particulièrement heureux que sa famille soit bien représentée aujourd’hui à cette cérémonie qui suit l’émouvante messe de Requiem de ce matin. Ainsi, j’ai l’occasion de rappeler publiquement tout ce que leur père, grand-père, arrière-grand-père a apporté à notre famille. La Maison de Bourbon lui doit en effet beaucoup et notamment les chefs de Maison, puisqu’avant de m’apporter son aide si précieuse, Hervé Pinoteau avait déjà été au service de mon père et de mon grand-père, tant comme secrétaire que comme chancelier, c’est-à-dire à la fois pour le quotidien et le pérenne.

Leur évocation amène à cet ouvrage, cet État présent de la Maison de Bourbon « pour servir de suite à l’Almanach royal de 1830 », dont nous sommes heureux de présenter officiellement la nouvelle édition. Mon grand-père, le prince Jacques-Henri a beaucoup fait pour que la première édition paraisse en 1975. L’idée en était venue à son propre père lorsqu’il devînt en 1936 l’aîné des Bourbons, avec tous les droits et devoirs que confère cette aînesse, notamment vis-à-vis de la France. La généalogie n’est pas toujours facile à comprendre et, sans doute, mon arrière-grand-père avait-il été habitué à se considérer davantage comme le descendant de la reine Isabelle II que comme celui de son époux, le prince François. Mais le royaume de France et le royaume d’Espagne ne suivent pas les mêmes règles de dévolution. Ainsi, c’est bien par l’intermédiaire de ce prince cadet de Charles IV que l’aînesse lui est revenue, après l’extinction des premiers rameaux de la branche aînée. Une grande aventure pouvait commencer dans laquelle Hervé Pinoteau a mis toute son énergie et son érudition. Au-delà du droit, il y a en effet le faire savoir, le faire connaître, tâche essentielle menée depuis des années et jusqu’à aujourd’hui par les éditions successives.

Il était prévu de faire paraître cette édition en 2020, année du bicentenaire du Comte de Chambord, qui vit l’extinction du rameau aîné issu de Louis XIV. Date hautement symbolique puisqu’elle permettait de saisir toute l’importance des Lois fondamentales. « Le mort saisit le vif » selon un bel adage venu de la nuit des temps et qu’Hervé Pinoteau, en fidèle et érudit chancelier, savait rappeler chaque fois que cela était nécessaire pour soutenir la cause de la Légitimité.

Les cinq éditions précédentes montrent combien il est important de faire le point régulièrement sur cette auguste Maison de Bourbon qui est aussi celle de France, chaque tige et rameau vivant sa propre histoire à travers naissances, mariages et décès. D’année en année les évolutions sont notables, d’où la nécessité des mises à jour régulières pour savoir qui est dynaste selon les lois fondamentales et dans quel ordre. Certains pourraient dire que cela paraît bien inactuel dans un monde qui, parfois, semble avoir oublié les vertus de la Royauté.

Pourtant, de génération en génération, il y a toujours une petite et vaillante cohorte qui maintient le flambeau, persuadée que le salut et le destin du pays en dépendent, et qui a besoin de savoir pour espérer.

Le temps n’appartient qu’à Dieu, mais la fidélité et l’espérance appartiennent aux hommes.

Ainsi, j’ai à cœur de féliciter ceux qui les aident à maintenir la flamme. Ce sont bien sûr tous les auteurs et collaborateurs de l’État Présent, d’abord dirigés par Hervé Pinoteau et désormais regroupés derrière Christian Papet-Vauban qui a repris la flamme, lui aussi avec érudition, rigueur et une belle ténacité. Il a su réunir des contributeurs de qualité, Benoît van Hille et Xavier d’Andeville que je tiens à remercier tout spécialement. Que tous sachent combien le Chef de Maison apprécie leur dévouement. Mais je ne peux pas oublier, non plus, le préfacier de cette édition, le Professeur Jean Barbey, lui aussi un fidèle parmi les fidèles, qui a mis depuis les années 1980 sa science du droit au service de ma famille. Il a donné pour cette édition des pages très éclairantes pour hier comme pour demain.

Enfin, je veux remercier l’éditeur, Patrice de La Perrière qui assume la tâche de la confection, et de la diffusion depuis la première édition. La qualité d’une œuvre se reconnait en particulier sur la durée. Merci à tous.

Mes derniers mots s’adressent enfin à tous les membres de ma famille, la grande famille des Bourbons. Certains sont présents physiquement, d’autres par le cœur et la pensée. J’ai reçu en effet des messages sympathiques de ceux qui ne peuvent être là ce soir. Je pense notamment à notre cousin le duc de Parme. En évoquant son nom qu’il me soit permis aussi de rappeler la mémoire de sa tante, la princesse Cécile qui est décédée le 2 septembre. Je pense aussi au duc de Séville qui a d’abord répondu qu’il serait là et qu’un empêchement inopiné a éloigné de nous ce soir. Je pense à tous, heureux d’être le Chef de la Maison capétienne qui partout garde à cœur de renforcer ses liens et de maintenir toujours vivant le souvenir de ce qu’elle représente pour tous les pays sur lesquels elle a régné.

Merci à tous et prenons rendez-vous pour la septième édition. À bientôt.


Louis, duc d’Anjou
Le 18 septembre 2021


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