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lundi 17 septembre 2018

Louis de Bourbon, double prince

Don Luis à la Féria de San Isidro
« Eres nuestro rey !» Ainsi furent reçus Luis Alfonso de Borbón et sa famille sur le parvis de la basilique Sainte-Croix de Los Caídos lors de la manifestation franquiste du 15 juillet 2018 contre la translation des cendres de son aïeul hors du mausolée. Je n'attendrai pas la conclusion de ce billet pour vous dire qu'il me plaît bien Don Luis Alfonso. Aussitôt connu le projet Suarez, plutôt que de torcher un communiqué filandreux de désapprobation depuis sa résidence de La Finca, il embarque dans la voiture femme et enfants vers Los Caídos pour se joindre aux partisans de son arrière-grand-père !

Avant même qu'il ne prenne la présidence de la Fondation nationale Francisco Franco, laissée vacante par le décès de sa grand-mère, fille du dictateur défunt, il était intervenu dans le champ politique espagnol avec une certaine autorité à l'occasion des affaires catalanes. Il faut dire que c'est un athlète portant beau, ce qui plaît bien aux Espagnols qui n'ont pas les mêmes goûts que nous. Nous sommes des cérébraux donneurs de leçons, ils sont des bretteurs qui portent les coups. A choisir pour le gouvernement des hommes entre l'athlète et le penseur, j'inclinerais pour l'athlète, surtout aujourd'hui où tout se fait en réaction immédiate au défi relevé.

Son compte personnel Facebook nous signale qu'il prend fait et cause pour les employés de la Radio-télévision espagnole menacés de purges par le nouveau gouvernement socialiste du président Sanchez et il soutient à nouveau les Espagnols catalans. Il perturbe la manif de la Diada en mettant l'hymne national à fond depuis son balcon. D'une certaine façon il réveille le franquisme qui dort chez beaucoup, fatigués des compromissions de la Casa Real avec les Cortes de Madrid, famille royale régnant par ordre du Caudillo, qui laisse faire tout et n'importe quoi sans rien dire, par le mémoricide de la guerre civile. Il semble à tous évident qu'en supprimant la visibilité des souvenirs de cette époque, la nouvelle nomenklatura veut gagner dans la rue la guerre qu'elle a perdue dans les livres d'histoire. D'où la demande d'exhumation de Franco dans la basilique en Valle de Los Caídos. Nous avons déjà suggéré de murer le mausolée sans rien y toucher, jusqu'à la fin de l'éternité. Le monument tiendra le coup jusque-là plus longtemps qu'une pyramide de Gizeh.

La vigueur avec laquelle Don Luis Alfonso défend l'héritage s'explique par l'histoire de sa jeunesse. Ayant perdu son grand frère sur la route, puis son père sur les pistes de ski, il s'est retrouvé à quatorze ans seul dans une société de femmes, sa grand-mère au quotidien et sa mère surexcitée en vacances, qui lui ont inculqué le respect du grand aïeul pour tout ce qu'il fit de positif dans ce pays, à commencer par les ponts, les barrages, les trains, l'industrie, la mise en valeur de la côte méditerranéenne et le respect obtenu sur la scène internationale malgré la paix des grands cimetières sous la lune ; jusqu'à ce que le général de Gaulle, chassé du pouvoir à Paris, vienne lors de sa tournée d'adieu au monde, rendre visite dans un parador au vieux dictateur toujours à poste, lui.

Don Luis Alfonso vibre pour l'Espagne. C'est un patriote. Il y a fait son service militaire dans l'Armée de l'air, aime Las Fallas de Valence, les courses taurines, suit les tournois de polo auxquels plus jeune il a participé, accompagne son épouse dans les concours hippiques où elle se défend bien (sa femme a du sang de conquistador), il adore ses gosses et les protège par une communication très maîtrisée. C'est un bel hidalgo que les magazines n'oublient pas parce qu'il a l'allure et l'assurance que les femmes adorent. Ses affaires à Madrid sont florissantes* au point qu'elles déclenchent des contrôles fiscaux ; il gère avec application la fortune léguée par sa grand-mère parce que c'est son métier et finalement, il n'a rien à prouver. Aussi est-ce en souvenir de la chimère française que son père chevaucha avant lui qu'il vient encore en France pour répondre aux invitations de l'Institut de la Maison de Bourbon ou de Présence du Souvenir Bourbonien. Hier dimanche aux Invalides il a suivi la messe annuelle de dédicace, revenant de Chisinau où il a participé à la cérémonie d'ouverture du XII Congrès Mondial des Familles par un discours très remarqué qui mérite d'être lu dans sa traduction française en cliquant ici. Il plaît chaque fois aux officiels et à l'état-major car il a de la gueule en étant très convivial : il en a reçu les épaulettes de capitaine de corvette de la réserve citoyenne.
(*) Selon le registre du commerce (BORME) il est administrateur de Borcorel SL dont l'objet social est la construction, la réparation et la maintenance d'ouvrages en tous genres, de la International Transaction System SL faisant du conseil informatique et surtout de Borvar Inversiones SL dont les actifs 2016 étaient valorisés à 9.130.657,94 euros (source El Español).

Avec son épouse aux obsèques de sa grand-mère
Sans être dans sa tête - mais sa mère y est sans doute qui n'aime pas les Bauffremont - on peut comprendre qu'à la force de l'âge, il puisse préférer s'investir dans la défense de ses idées en Espagne, son pays natal, où il a déjà une solide position sociale et médiatique que nos princes à Paris pourraient lui envier s'ils en cherchaient une ! Les subterfuges mémoriels qui le convoquent ici chez des nostalgiques de l'Ancien Régime en soins intensifs, sans efficacité prouvée ni moyens suffisants, l'amusent-ils encore ? Habitué de la gestion par objectifs sur résultats, il doit par moment bouillir de voir tant d'énergie dépensée à nul effet tangible.
Le eres nuestro rey de partisans prêts à se battre pour l'héritage qui est le sien, le motive certainement plus que nos "vive le roi" un peu folkloriques dans une République qui se défend mieux encore que la monarchie espagnole. Celle-ci est en danger, de plus en plus discutée pour sa mollesse. Les jeunes souverains font le job à la danoise, tout en photos convenues et reportages ennuyeux, mais la monarchie danoise est fondée sur des bases extrêmement solides, ce qui n'est pas le cas à Madrid. C'est le paradoxe du règne des Bourbons, rappelés par le Caudillo, mais qui refusent en même temps de s'impliquer dans le débat éthique. Ce retrait de la main dans le gant dévoile l'inutilité du dispositif en pratique, d'autant que la vertu d'unification du modèle est mise en pièces par les revendications d'indépendance des trois provinces importantes que sont la Galice, le Pays basque et la Catalogne. Les foules furent un temps juancarlistes par sentimentalisme plus que vraiment royalistes, jusqu'à la chasse à l'éléphant et les maîtresses du roi ! La fonction a été abaissée. Comme s'en plaignait jadis Ferdinand VII : comment gouverner un pays de dix millions de rois ! L'Espagne en a aujourd'hui quarante et c'est la meilleure définition de la République. La journée de la Diada Nacional à Barcelone a réuni mardi dernier un million de Catalans républicains ! Il n'y a pas grand chose à ajouter sinon que les locomotives économiques du pays dédaignent le roi d'Espagne. Tout peut arriver.

Dans ce tumulte et compte tenu du tempérament offensif de Don Luis Alfonso, un rôle s'offre à lui, créé par l'amoralité des pouvoirs, celui de mainteneur des valeurs franquistes en débordant sur toutes les valeurs de tradition. Ce rôle est difficilement compatible avec l'autre et sans doute occupera-t-il le temps libre laissé par ses affaires professionnelles. D'où son retrait possible et progressif mais non confirmé des affaires françaises. Certains légitimistes s'offusquent de son affichage compromettant socialement, même si au fond ils partagent ses valeurs. Avant même de connaître les intentions du duc d'Anjou, les orléanistes se réjouissent à grand bruit de sa dérive franquiste leur indiquant un retour sur ses bases espagnoles. Ils oublient un peu vite que c'est la décadence de la Maison d'Orléans qui a créé les conditions suffisantes pour importer l'aîné des Capétiens dans le schmilblick français. L'espace laissé par le déclassement de la maison royale historique presque ruinée par le goût de l'intrigue, la naïveté et l'orgueil du défunt comte de Paris, fut comblé en dénonçant seulement la paix d'Utrecht¹ et en rappelant les Lois fondamentales du royaume de France, toutes choses étrangères à la Monarchie de Juillet. On peut rire d'entendre les hérauts de l'Usurpation brandir aujourd'hui ces lois contre les prétentions espagnoles sachant combien souvent Orléans les a piétinées.

Alphonse, le chaînon manquant...

L'Infant d'Espagne et duc de Cadix, Alphonse de Bourbon, serait-il encore parmi nous qu'ils en rabattraient de beaucoup tant il leur était supérieur et d'abord en gestion de projet. On oublie qu'il eut la volonté affirmée de faire renaître en France le projet capétien au moment du millénaire décidé par François Mitterrand en 1987, lequel ne l'a jamais bridé dans sa progression (on sait pourquoi), et qu'il décréta un véritable bureau politique staffé et financé, projeté jusqu'en province par des relais motivés. Son CV très complet n'a pu être égalé encore par aucun de ses concurrents, ni par son fils d'ailleurs pour l'instant. A sa mort, la famille Bauffremont roula ce projet exigeant aux archives et repartit sur de pieuses bases mondaines, moins prenantes et moins délicates à négocier avec les Renseignements Généraux...

La démarche de contestation de Don Luis Alfonso pourrait ressembler bientôt à la contestation carliste qui défend Dios, la patria, los fueros y el rey et qui devrait réjouir le régent de la Comunión Tradicionalista, Sixte-Henri de Bourbon Parme, en lui apportant le renfort de l'aîné des Capétiens ; mais nous savons sa haine des Isabélitains² pour douter de son ralliement, d'autant qu'il a caressé, dans un entretien donné à la presse (Nice Matin), l'opportunité d'un hypothétique couronnement de lui-même par défaut de légitimité de tous les autres. C'est dommage ; ils gagneraient tous les deux à une réunion des carlistes à la branche aînée vivante plutôt que de célébrer les morts en boucle. Rien ne les sépare plus.

Les docteurs de la loi qui tranchent et coupent en lieu et place de l'héritier pourraient, si nécessaire, basculer le projet légitimiste sur le jeune duc de Bourgogne, Louis, d'autant que son père a usé d'insinuations en ce sens lors de la présentation des jumeaux aux Invalides au temps de l'Institut Duc d'Anjou, et qu'il a répété son assurance de continuité de l'histoire dans un bref échange publié par Point-de-Vue en juillet dernier. La Légitimité y perdrait beaucoup d'enthousiasme surtout dans la jeune génération. Quoique décide le duc d'Anjou pour son avenir en France, l'âge venant, l'expérience socio-politique accumulée créera en lui un repère de sagesse s'il le veut, et sans doute plaira-t-il à certains, dont je serai si Dieu me prête vie, de demander audience à l'aîné des Capétiens, Bailli grand-croix de dévotion de l'Ordre souverain de Malte et grand maître des ordres royaux disparus, pour en recevoir les conseils et les apaisements, comme on irait rencontrer au Mont Saint-Michel le roi de vitrail qui nous manque terriblement. C'est un joli voyage que celui de Madrid.


Courtoisie de La Couronne (humour)


vendredi 2 mars 2012

Des divergences à l'échec


Dans le numéro 842 des Inrockuptibles (18 janvier 2012), le comte de Paris Henri d'Orléans disait sa lassitude envers les factions royalistes qui, pour capter toute son attention, barrent l'accès des forces vives du pays au prince. Elles s'imposent comme l'unique médium entre lui et le peuple, jusqu'à mieux savoir que quiconque quoi dire et taire en public. Il est aussi des "secrétariats" qui débitent des avis ou communiqués de leur propre allant, comme celui qui sert de relais au prince Louis de Bourbon et dont les cuirs sont parfois réjouissants.
Derniers barrages en date, d'un côté, le Cercle de l'Œillet blanc refuse l'épouse du comte de Paris à la messe, de l'autre côté, le secrétariat de l'Institut Duc d'Anjou rejette d'emblée la demande faite au prince par l'excellent trimestriel La Toile pour un article sur le développement durable. L'a-t-on consulté ? j'en doute. Le storytelling de sa biographie publiée sur le site institutionnel dévoile une certaine autonomie de la Cour dans sa créativité.

Ca fait deux siècles que dure le cirque royaliste pour le résultat que l'on sait. Positions effondrées, invisibilité, pénurie d'argent, querelle dynastique et divisions subalternes, éclosions fantaisistes de sous-groupuscules divisibles, ridicule de certaines postures.
Au centre, la piste ! S'y sont de tout temps pavanés les dresseurs de prétendants à la chambrière, qui à défaut d'impressionner les pères firent courir les fils. Et voilà que l'Institut de la Maison de Bourbon accapare l'orphelin, désobéissant aux conseils de sa mère qui lui disait de s'en méfier ; et voici la Restauration nationale qui prend fait et cause pour le jeune prince Jean, disqualifiant le vrai prétendant d'Orléans au motif de moeurs coupables à leurs yeux, et ignorant superbement le lignage qui désigne François. Puis le Bourbon déploie ses ailes et monte son propre club promotionnel, comme son alter ego d'Orléans qui reprend les choses en main dans son parti et devient patron. Le piéton veut bien dispenser son distingué lectorat du paragraphe interminable qui devrait suivre, contant par le menu l'affranchissement des titulaires de leurs chaînes courtisanes... pour aller à la conclusion.

Les disputes, à se prendre à la gorge parfois, sont vaines à deux motifs. A l'intérieur de la sphère royaliste elles ne servent que d'exutoire à un dépit de notoriété de la cause que chacun défend, et aucun ne changera d'idée. Pourquoi se disputer sur la couleur de la mer ? A l'extérieur, les arguments des uns et des autres passent à cent coudées au-dessus de l'attention disponible de l'Opinion, car ils apparaissent gratuits ! A quoi servirait-il au peuple de prendre parti ? La paix d'Utrecht pour les mieux informés n'eut pour effet tangible que la cession du rocher de Gibraltar à la couronne britannique. Le reste est... bidon aujourd'hui pour  le vulgum pecus.

Et si on parlait des institutions, une minute ?
Faut-il un troisième motif de déshérence de la cause royaliste, c'est le décalage entre l'offre institutionnelle des différents partis ou agences (comme on disait jadis) et la perception qu'a l'Opinion du rôle d'un roi (ou d'une reine d'ailleurs). La distance est grande. Le roi du sondage BVA-Alliance royale ne désignait pas un touche-à-tout fébrile à la Sarkozy ou quelque César génial, mais un roi digne et populaire, du modèle visible dans l'actualité. Très peu d'organes royalistes comblent ce fossé entre les dogmes et leur défaut de perception, et le Rassemblement démocrate pour la monarchie de Jean-Marie Wante est l'un de ces happy fews. Qu'il en soit salué. Ce n'est quand même pas pour rien que les princes donnent leur avis. Mais si, mais si ! Après la monarchie hors-sol, on veut nous vendre la monarchie sans-prince. Que disent-ils et pourquoi leur avis est-il convergent ?

Louis de Bourbon part sur une monarchie constitutionnelle à l'espagnole dans ses interviews, en faisant le projet de rassembler jusqu'aux républicains. Et Henri d'Orléans est, on ne peut plus, clair :
« Dans une royauté moderne, soit constitutionnelle et parlementaire, un Premier ministre gouverne, les Assemblées légifèrent et le roi règne. C'est le cas en Grande-Bretagne, en Espagne, en Belgique, dans l'Europe du Nord... Pourquoi régner, et comment ? Parce que le roi incarne l'identité de la nation, qu'il doit demeurer accessible à tous, qu'il ramasse en sa personne l'histoire et les racines du pays. Il est aussi là pour tempérer les excès des uns et des autres, droite ou gauche. L'homme politique ne peut plus rêver de toute puissance : il a un souverain au-dessus de lui ».

Pourquoi convergent-ils ? Ce sont des hommes responsables qui peuvent être appelés à assumer une charge écrasante, aussi convoquent-ils leurs fidèles au "possible" afin qu'au bout du bout, il ne puisse pas être dit en cas d'échec que l'affaire n'était pas jouable parce qu'utopique. La monarchie constitutionnelle du modèle éprouvé dans ce siècle est un projet faisable. En fait, ils y croient !

Si les royalistes étaient conséquents, ils devraient s'en tenir là, apprendre par cœur la formule du comte de Paris et travailler sur ces axes. Au lieu de quoi, on fouille greniers et grimoires à la recherche d'un monde disparu dans ses codes non écrits, plaquant sur le pays des dogmes déconnectés des réalités, mais avec la certitude perverse que la perte de temps de ces travaux de vulgarisation d'idées échouées ne portera de toute façon aucun préjudice à une cause il y a longtemps perdue. C'est de l'autoprédiction. Je tue le projet pour constater qu'il est mort. A dire vrai, et je voulais le faire dans le billet des 1001 nuits, depuis dix ans que mes activités professionnelles relâchées m'ont permis de revenir à la promotion de la cause monarchiste, j'en serais presque à partager l'avis des princes : le problème, c'est les royalistes !




La solution n'est pas ailleurs que dans la prise de commandement du mouvement par le prince. Le "royalisme" ce n'est que ça, finalement. La publication d'une note hebdomadaire d'Henri d'Orléans sur le site du CRAF est une contribution enrichissante, mais surtout positionne le prince au bon endroit. A bon entendeur, salut.


dimanche 18 septembre 2011

Utrecht, 299 jaar oud binnenkort !

On se souvient que la précampagne d'Yves-Marie Adeline pour la présidentielle de 2007 avait été polluée par une question récurrente que lui posaient les passants auxquels il annonçait l'offre politique royaliste et que l'on compacterait comme ça : "Pour quel prince roulez-vous ?". La réponse esquivait la Querelle d'un "je ne sais pas au moment, mais les princes de la maison de Bourbon sont bien assez nombreux".
« Quid de la question d'une restauration, se demandait au mois d'août dernier Gérard de Villèle, dans le numéro 40 du Lien Légitimiste. Elle pourrait, suggérait-il, se poser à tous si l'Alliance Royale réussit à présenter un candidat aux prochaines présidentielles, candidat qui avancera l'idée référendaire pour ré-instaurer la royauté en France... Espérance !». Cet envoi de Villèle conclut une page très intéressante sur les conséquences dynastiques de la paix d'Utrecht vues sous un angle inédit.
Pour la candidature, on y est, le candidat de l'AR s'est déclaré hier à la Biennale Blanche de Paris. C'est donc M. le comte Patrick Cosseron de Villenoisy qui défendra les couleurs royalistes dans ce tournoi sans règles ni morale, autres que celle sélectionnant les candidats par le barrage des parrainages dans le vivier des sortants. Signe distinctif : porte une épée en épingle de cravate à défaut de lui battre la cuisse. Ça ne se fait plus certes - pour le moment - mais signale un candidat offensif qui exaltera et les règles et la morale et le roi. Royal-Artillerie fera campagne, SDLPV.
Revenons à Utrecht si donc la même question est de nouveau posée par les piétons qui passent.

Utrecht 1713 ! La paix d'Utrecht est considérée comme le début de la diplomatie moderne. Ces traités marquent la fin de presque deux siècles de guerres et conflits religieux en Europe. En 1713, la richesse de la vie culturelle de la ville d'Utrecht participa à l'empathie des différentes cultures apportées par les délégations étrangères, qui ne manqua pas de rapprocher les points de vue. Les préliminaires aux articles négociés donnent le ton de l'enthousiasme de commande qui ouvre une période de paix perpétuelle.
(Voir pour comprendre la version française du traité franco-anglais du 11 avril 1713).
Est-ce le dernier traité international d'importance rédigé en original latin ? Il mettait fin à la guerre de succession d'Espagne (Charles II de Habsbourg était mort à Madrid sans enfants) au bénéfice de l'Angleterre, du Saint-Empire et des Pays-Bas et au détriment de l'Espagne et de la France, alliées par un pacte de famille depuis que le fils du Grand Dauphin régnait à Madrid.
Le fait majeur pour la suite fut d'élever l'Electeur de Brandebourg au titre de Roi de Prusse. A part ça, il ne reste de ce traité que le transfert à la couronne britannique des possessions françaises du Canada oriental, la frontière franco-italienne en Savoie et l'annexion de Gibraltar. Un site canadien explore le volet américain de ce traité dans un dossier très bien fait que l'on consultera en cliquant ici.

Mais au Roycoland la paix d'Utrecht est restée comme la Durandal plantée à Roncevaux qui partagerait les couronnes de France et d'Espagne en interdisant toute réunification des royaumes voisins. Ce que Napoléon parviendra malgré tout à réaliser dans son plan de guerre contre l'Angleterre, mais de manière éphémère, jusqu'à Trafalgar. Si le royaume castillan existe toujours, son cousin français a disparu corps et biens dans les remous révolutionnaires du XIX° siècle, ce qui paradoxalement a nourri la Querelle dynastique franco-française au motif qu'on ne se dispute jamais aussi bien que sur des espérances.
Utrecht est le brevet d'hispanité des Bourbons d'Espagne promouvant symétriquement l'exclusivité des Orléans à la couronne de France par défaut d'héritier direct de la branche Bourbon de France (le petit-fils de Charles X est mort sans enfants). Du moins sont-ce les seconds qui s'en prévalent, et les premiers qui drosophilent.

Dans ce 40ème numéro du Lien Légitimiste¹ paru le 25 août dernier, Gérard de Villèle, faisant la critique du nouvel ouvrage de Daniel de Montplaisir « Louis XX petit-fils du Roi-Soleil », évoquait donc la clause dynastique d'Utrecht à la lumière des attendus de la Cour internationale de Justice de La Haye consultée par l'auteur en la personne de son ancien président Gérard Guillaume. Cette exégèse de la Paix d'Utrecht conduite sur de nombreuses pages justifie à elle-seule l'achat du bouquin que l'on qualifie partout d'utile, ce qui n'est pas un mince compliment dans la sphère royaliste où les hagiographies pompeuses sont la règle. Il ressort de la discussion que la clause d'ordre public rebus sic stantibus ouvrirait le chemin des constatations que les deux couronnes sont définitivement séparées depuis 1975 (avènement de Juan-Carlos Ier) et que, s'il en était besoin, la chose pourrait être actée dans un addendum, le traité restant en vigueur pour préserver ses clauses territoriales.

Est-ce si simple ? Si ce n'est l'un c'est l'autre ? Des esprits dérageants refusent de s'en tenir aux Capétiens directs et contestent que la restauration de la monarchie ne puisse être que la renaissance du royaume disparu et la résurgence de ses lois. Ça se discute, même entre amis.
L'histoire de France est celle des surprises, des aubaines et fatalement des "usurpations". Les ruptures dynastiques furent nombreuses et celle que nous endurons a déjà 141, 163 ou 181 ans selon l'année zéro du temps décompté². Qui interdirait une restauration qui n'en soit pas une ? Je ne devine aucune force en capacité de l'imposer, et même si un courant carolingien se mêlait à la dispute dans le cadre élargi d'une Europe occidentale vouée à se confédérer comme au temps du Saint-Empire pour survivre au choc des empires orientaux renaissants, il ferait du chiffre. Et le retour des Carolingiens annulerait l'usurpation de 987. Ça vous la coupe.

Utrecht 2013 ? Trois cents ans auront passé. La République en banqueroute, ayant achevé la confiscation de l'épargne des ménages pour survivre dans ses "valeurs" et ses prébendes, s'effondre. Hier soir, les ministres se sont réfugiés chez leur maman comme en 68, les ministères ont fermé leurs lourds portails que personne ne garde plus. Les arsenaux, les paieries générales sont barricadées et les agences de la banque de France aussi. On ne trouve plus de piles pour la radio, ni de bougies. Les députés se terrent en province comme des proscrits, Marseille vient de s'ériger en émirat, l'Aquitaine, la baronnie de Laàs et le Pays Basque ont proclamé leur sécession, le maire de Paris porte un casque à plume rose pour gambader sur le balcon de l'Hôtel de Ville cherchant d'un oeil la caméra de CNN, et le préfet de police de Paris attend des ordres d'où qu'ils viennent. Les régiments sont consignés dans leurs quartiers et leurs armureries gardées par des adjudants.
Le président du Conseil Constitutionnel, capturé sur la route d'Evreux, proclame à l'enseigne du sphynx dans le micro d'Al-Jaezira que la République est abolie et que les décombres de l'Etat sont remis au ci-devant Prince de X..., seul présent debout au milieu des ruines.
Qui va franchir le cordon de la garde du prince débarqué au Palais-Bourbon, en brandissant l'exemplaire original du traité d'Utrecht pour l'adouber dans sa future fonction, ou la lui interdire ? Le maître du moment ne sera pas celui des Lois, en ces heures tumultueuses le maître est le Chaos. Vaincra celui qui le sert pour le tuer après. A l'intention des musaraignes du Renseignement Intérieur, je signale que c'est de la fiction pour un prochain film ukrainien.

Ceci pour suggérer aux tuteurs de rois, docteurs de la monarchie, qui tranchent et coupent dans le vide d'un royaume aboli, que le prince en situation peut ne pas être désigné par les anciennes lois mais par les circonstances, et que nous le prendrons tel qu'il vient. Il n'y aura pas de "rectification" ultérieure, de querelle dynastique lancée à la face de la Nation par les Planqués de la lutte quand l'écume des désordres sera retombée.
Il n'y a pas de premier à Reims, et peut-être même pas de sacre du premier impétrant. Il y a un homme debout, seul au moment avec lui-même, entouré de fidèles qui l'observent ; il y a un jour, un seul jour ! Peut-on dès lors rédiger un programme ? La seule loi sera celle de la nécessité, on ne refera pas le faux coup de Chambord (merci M. Guillotel - LLL40°- d'avoir désiller nos yeux). On ne loupera pas une restauration sur un principe.

Nous avons la chance d'avoir deux champions en santé, bien mariés, volontaires désignés par leurs troupes certes, mais qui vont finir par y croire. Ils sont imprégnés des prémices d'un destin qui les dépasse ; il faut être un peu impressionné soi-même pour paraître grand sous la charge. Sans préjuger de leur résilience ni de leurs chances, j'ai le pressentiment qu'ils se battront l'un comme l'autre, avec leur intelligence et leurs soutiens.
Pour expliquer la suite au monde ébahi - sacrés Français quand même - le plus simple serait bien sûr d'avoir à montrer au balcon du Ministère de la Marine³ l'héritier présomptif de Louis XIV et Grand-croix d'honneur et dévotion de l'Ordre souverain de Malte ! Mais les Pays-Bas réarmeront, me dit-on dans l'oreillette ! Alors on prendra qui veut.


Note (1): bimestriel sur abonnement à souscrire chez :
Le Lien Légitmiste, Petit-Prix, 37240 La Chapelle-Blanche Saint-Martin
pour 10€/an en version électronique. On peut obtenir le n°40 pour 4€.
Note (2): 1830, 1848 ou 1870
Note (3): ... que l'on sauverait des griffes mercantiles et qui ferait un palais royal plus convenable que la bonbonnière à pouffiasses de l'Elysée

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