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lundi 29 octobre 2018

Brèves du lundi

And the winner is...
Il y a de cela longtemps, un des généraux de la junte brésilienne avait été interpellé par un journaliste français sur l'effervescence inhabituelle des mouvements sociaux, qui lui posait la question de savoir comment ferait-il pour vivre avec un smig. A quoi le général répondit sans hésitation : « Je me ferais sauter le caisson ! ». Sans doute avait-il économisé les cours du soir de la communication politique en lui substituant une denrée rare, la sincérité. C'est ce qu'apporte aux gens le candidat du PSL/17, le franc-parler. Le monde est tellement trituré au politiquement correct que tous les adeptes du parler-cash y retrouvent aujourd'hui leurs chances. Et chez nous aussi.

La caste militaire brésilienne boucle le ceinturon pour acclamer le nouveau Mussolini des plaines à soja. Avec 55,3% Bolsonaro, la coqueluche des bourgeoises décoincées et des latifundières lascives, décroche la timbale en vrai coq perché sur le fumier de la démocratie sud-américaine. Facile ! Il a compris ce que comprend le peuple. Le peuple en a soupé des Cassandre du désordre moral obligatoire et excusé ! Le peuple veut du neuf et qu'on essarte l'ivraie sans mollir, le blé dut-il en souffrir un peu. C'est le programme du capitaine d'artillerie qui connaît bien la cantine politique pour y avoir pris ses repas pendant vingt-sept ans ! Rallumez les arsenaux, on commençait à s'emmerder !

On fait le break sur une danse techno italienne que certains reconnaîtront :


Fiamma nera



Ach du liebe Zeit ! Alternative für Deutschland entre au parlement de Hesse et le Grün Tarek Al-Wazir (mais si!) pourrait former le nouveau gouvernement de Wiesbaden. Les coalisés de Berlin, une main devant, une main derrière, en rabattent de beaucoup, la chancelière est sous Prozac et l'Allemagne, cul par dessus tête, prépare une retraite aux flambeaux vers Nuremberg. Le pronostic est engagé par les éditocrates de la pensée conforme. Askolovitch va nous faire sans doute l'ad hitlerum de la semaine dans l'émission de complaisance d'Élisabeth Quin sur Arte (ndlr: il n'a pas osé :).

What next ? France ? Rien ! Zimbabwe ? Rien ! Syrie ? D'aucuns pensent que le vainqueur de la guerre civile devrait se retirer pour faire toute leur place aux vaincus et les laisser décider de la suite, comme par exemple une réforme de la constitution qui barrerait la présidence aux dictateurs. Ce serait une première dans l'histoire, mais notre jeune premier de président ne recule pas devant cette création ubuesque au théâtre du monde. Du haut de mon ermitage perché dans les grands chênes, je n'arrive pas à comprendre une seule injonction de la ligne diplomatique française au Levant. Faut-il rappeler que les Syriens nous ont foutu dehors manu militari à la fin de la Seconde guerre mondiale ?

Corée du Nord ? La nomenklatura communiste a importé tant de biens de luxe qu'il n'est plus resté assez d'argent pour acheter du riz. Si la famine de 1997 qui a tué tant de monde n'est plus d'actualité ("Il n'y avait rien sauf des feuilles de maïs réduites en poudre, qui constipaient, je mangeais des lézards, des serpents, des rats et de l'herbe" disaient les évadés du paradis) le pays profond est dénutri, les enfants rachitiques et la santé mauvaise hors des villes. A tel point que la politique d'ouverture du président sud-coréen est remise en cause par ses contribuables puisqu'à l'évidence, les gras cousins du Nord se foutent royalement de lui. Moix et Depardieu aussi.


Pour le reste, on a voté ce dimanche en Géorgie, les Catalans ont fêté l'écrasement du Real Madrid par le Barça et accessoirement le premier anniversaire de leur indépendance foirée.


lundi 2 avril 2018

Deux notes au lundi de Pâques

Pour que Rocket-Man sorte le train blindé et aille à Pékin, il fallait un besoin pressant de soulager les entraves mis par les Chinois à la nucléarisation de la péninsule coréenne. Il n'est pas besoin d'intercepter le trafic télégraphique mais simplement les statistiques disponibles, ce que le Financial Times s'est empressé de faire (c'est l'heure des pros !) aussitôt le tyran revenu sur ses bases :
Au premier bimestre 2018, la Chine n'a exporté que 350 tonnes d'essence en Corée du Nord, soit presque rien comparé au premier semestre 2017 où sont sorties de Chine 81316 tonnes d'essence.
Pour le charbon et l'acier, ce n'est pas meilleur : de décembre à février 2018 rien n'est sorti de Chine (zéro) alors que les exportations au premier semestre 2017 atteignait 51762 tonnes. Pour l'acier on parle de 514 tonnes seulement au premier bimestre 2018 contre 90660 tonnes au premier semestre 2017.

Certes il y a la contrebande. Mais la mise sous séquestre par l'ONU de bateaux nord-coréens, indépendamment du pavillon sous lequel ils naviguent, l'entrave sérieusement : 28 navires sont touchés et 21 compagnies de commerce maritime voient leurs comptes bloqués, et pas des moindres quand on relève dans la liste Huaxin Shipping, Shanghai Dongfeng Shipping et Weihai World Shipping Freight !
A noter également que le traitement de la question nord-coréenne relève de la stratégie d'Etat et qu'il n'en faut pas beaucoup pour charger les contrebandiers d'atteinte à la sûreté nationale, ce qui se traduit en clair par une balle dans la nuque sur la place du marché à 11 heures !

La Chine a sorti les longues queues de billard. Elle montre qu'elle règle à sa guise l'oxygénation du régime de Pyongyang et qu'il ne faut pas trop pousser sur les droits de douanes à l'importation aux Etats-Unis. On est dans le grand jeu. Trump est au pied du mur, sera-t-il de taille ? Quand il hésite sur le traité sud-coréen, ces messieurs de Pékin s'activent dans une juteuse coopération avec le petit tigre dont l'industrie hypertrophiée peut équilibrer les atermoiements de certains pays occidentaux qui cherchent à protéger leurs emplois.




Pâques

La grosse manifestation du désespoir des Gazaouis contre leurs conditions d'existence imposées par le blocus israélien en réponse à la résistance du Hamas s'est soldée par quinze, seize, dix-sept... morts et mille ou quinze cents blessés dans leurs rangs. Les pétochards en frontière protégée ont tiré à balles réelles parce qu'on leur jetait des pierres et des bouteilles d'essence. Il n'en faut pas beaucoup aujourd'hui pour que Tsahal chie au froc. Ce n'est pas cette armée de Marie-Louise fébriles qui gagnera une nouvelle guerre des six-jours. L'infanterie juive a tourné en armée d'occupation et c'est un poison dans lequel elle a perdu son âme parce qu'il est un ferment de haines recuites, réciproques, insolubles.
Les justifications brandies par le gouvernement de Netanyahou, comme quoi leurs soldats ont identifié des activistes palestiniens dans la foule, sont misérables. Ouvrir le feu contre des pierres, pendant le temps de la Pessa'h en plus, il fallait oser... mais c'est à ça qu'on les reconnaît.

Rien n'arrêtera plus la jeunesse palestinienne, surtout celle concentrée dans le camp clos de Gaza. C'est bien plus que leur légitimité que les Juifs israéliens vont perdre, mais le soutien moral du reste du monde. Ils s'en foutent, me dit-on dans l'oreillette. Alors, qu'ils n'attendent pas de pleurs de commisération de l'étranger si ça tourne mal. Il ne reste plus que l'Europe à endosser son soutien sur le souvenir de l'Holocauste, mais jusqu'à quand ? La réprobation de façade des années noires se lézarde, il n'y a plus d'écho européen aux revendications israéliennes sauf dans les communautés juives qui, ce faisant, se marginalisent. Aveugles à ce point, c'est sidérant.

Postscriptum du 6 avril 2018 :
Marche du Retour de ce vendredi à Gaza : 10000 protestataires, 1000 blessés, 7, 8, 9, 10 tués palestiniens (selon le New York Times).


dimanche 25 février 2018

JO de Pyeongchang, chapeau Séoul !


Célébrons la clôture des Jeux olympiques d'hiver en Corée du Sud magnifiquement organisés et qui nous ont fait croire à quinze jours de paix dans la péninsule. La détente était à l'agenda du tyran qui suit soigneusement le plan de dissuasion stratégique de son père et de son grand-père, mais des fois le temps échappe au décideur et la main passe... Acceptons-en l'augure !



La chanteuse la plus connue de K-pop CL a performé de manière percutante pour la cérémonie, mais la bande son télé était si mauvaise que nous vous proposons la version studio de sa maison de disques. Si vous entendez parler du "quartier Saint-Lazare" dans la chanson, sachez que vous êtes mauvais en coréen. Succès phénoménal, ce qui peut surprendre ou nous faire comprendre que les Coréens sont d'un autre monde, clinquant et compliqué à la fois, trop compliqué déjà pour le locataire de la Maison blanche qui profite de l'ambiance pour durcir les représailles économiques américaines.




lundi 12 février 2018

Une semaine pour (presque) rien !

Les sujets ne manquaient pas cette semaine qui sollicitaient nos avis autorisés (par qui, me dit-on dans l'oreillette) au premier chef desquels l'affaire du turban luciférien de The Voice. L'éditocrate que je déteste le plus et à la raie duquel je pisse avec le plus d'entrain a résumé parfaitement ma pensée en un seul tweet, comme quoi, il ne faut jamais dire fontaine...


La gamine ira loin, même peut-être jusqu'en Syrie quand le vacarme de la guerre aura cessé. Ce qui nous amène aux réactions grotesques du gouvernement Netanyahou sur «l'inadmissible violation» de l'espace aérien d'Israël par un drone des forces iraniennes stationnées en Syrie. De la part d'une équipe habituée à pénétrer les espaces aériens contigus au sien quand bon lui chante, ça ne manque pas de culot. Mais cette fois - comme nous le prédisions dans un billet resté fameux que l'on peut consulter ici - les forces aériennes israéliennes ont tapé dans le mur de la DCA syro-russe. Bilan, un F-16 désintégré et son pilote avec. On ne saura jamais si les autres sont rentrés avec des trous dans la carlingue, mais l'exagération de la réaction gouvernementale laisse croire qu'il y a de l'entretien programmé. A observer la séquence de représailles réciproques depuis trois mois, on note que le cliquet de rehausse est du côté israélien dans l'intention d'intimider le corps expéditionnaire iranien en Syrie. Rallumer le front au Sud-Liban, est-ce l'intention de Netanyahou pour laver la cagade de 2006 contre le Hezbollah ? La Galilée aux abris ? La saisine du Conseil de Sécurité ? La pièce est écrite d'avance.


La petite sœur du Tyran Kim
à l'ouverture des jeux olympiques
L'autre sujet intéressant est le rapprochement des Corées. Même s'il ne s'agit pas d'un renversement d'alliance, on ne peut ignorer la bonne volonté réciproque du retour au dialogue en dépit du bruit de ferraille militaire. Bien sûr, la Corée du nord suit son agenda dans lequel est prévue une pause dialectique pendant les jeux olympiques de Peyongchang, mais parfois les trêves créent des opportunités de détente et tous les protagonistes voisins l'ont bien compris, Russie, Chine, Japon. On ne peut savoir l'opinion des Etats-Unis tant que le président Trump n'a pas donné l'axe d'effort intellectuel de sa diplomatie par tweet ! La Corée du sud est tentée d'acheter la paix à mesure que se précise la menace atomique de sa sœur communiste. Dur, dur pour le Département d'Etat à nouveau pris à contre-pied. Rex Tillerson doit être saturé de jouer au clown blanc sur la piste du cirque Trump !


Plus intéressant est l'abandon définitif du projet d'aéroport en Loire atlantique. Les édiles régionaux avaient fabriqué un concept unique au monde dans lequel l'accroissement des capacités aéroportuaires d'une zone de chalandise apporterait un surcroît de développement économique. Partout ailleurs (où l'on compte les deniers publics) les capacités de trafic d'une zone considérée sont ajustées aux besoins exprimés et aux anticipations sûres, comme à Montréal ou à Hong Kong. L'aéroport de Château-Bougon est bien suffisant pour l'agglomération nantaise qui restera longtemps une région périphérique de l'Union européenne. Le doubler n'aurait rien apporté de plus, sauf des rubans à couper et des neveux à placer. Mais c'est plutôt le "programme écologique" de mise en valeur du bocage libéré qui excite l'imagination. Va-t-on prouver quelque chose à base d'anarchie créatrice ? C'est le défi.

Reste quelques sujets morts que nous allons économiser, comme les autonomies corse et catalane, le délire logique de Tabarnia, l'impossible coordination du G5-Sahel et les anciennes pulsions de monsieur Hulot en vacances.

Quittons-nous sur un coup de chapeau à Perrine Laffont, bosseuse de la belle race pyrénéenne de courage et de volonté, qui, à dix-neuf ans, rentre en Ariège avec la médaille d'or olympique.

Perrine Laffont
championne de ski de bosses





lundi 16 octobre 2017

Géopolitique américaine

Numéro 3/16
Quand l'éléphant Trump est entré dans le magasin de porcelaine américaine le 20 janvier 2017, Eric Fottorino (Le1) et François Busnel (La Grande Librairie - France 5) eurent l'idée de génie d'accompagner le massacre démagogique trimestre après trimestre, en publiant la revue America tout au long du mandat, soit (4x4) seize livraisons. La zone d'intérêt était bien sûr le territoire des Etats-Unis dans toutes ses communautés, les contributeurs, des pointures éditoriales ou des écrivains, plutôt marqués du sceau de l'âne que de celui de l'éléphant. Manque de pot, malgré les frasques du premier joueur de golf américain de plus de soixante-dix ans - on dit en plus qu'il triche si tu regardes ailleurs - l'Amérique se porte plutôt bien, l'économie frôle la surchauffe, le chômage est réduit à l'incompressible, les bulles en tout genre gonflent, et les rednecks et autres Joe-six-pack continuent à le soutenir, la winchester sur l'épaule.

Par contre c'est à l'étranger, où à part les Chinois et les Mexicains nul ne l'attendait, qu'il est le plus dangereux, voire destructeur. Les affaires étrangères ne sont pas ses affaires et le Département d'Etat dépense une incommensurable énergie à prévenir le tweet de demain ou à rattraper celui d'hier. Personne à Washington ne sait de quoi la semaine sera faite, ni la position diplomatique officielle de la première nation du monde, et Rex Tillerson est un héros. Le slogan du magazine America, l'Amérique comme vous ne l'avez jamais lue, est donc décalé des réalités du "massacre" trumpien. De plus, l'existence de cette revue m'a été révélée hier par TheNewYorker, ce qui trahit un certain déficit de notoriété...

Revue de détail:

Corée du nord (voir la carte ici) - Le seul acteur sur zone capable de faire plier Kim Jong-un est Xi Jinping. Il a déjà fortement serré le garrot au cou de la Corée dont le commerce extérieur est très lié à la Chine (aucun chiffre n'est fiable à cause du mode opératoire de Pyongyang). Après un embargo sur le charbon, le fer et le textile, la Chine a annulé les licences d'exploitation des petits commerces nord-coréens installés à Dandong et au Jilin, mais plus significatif, a décidé de combattre la contrebande de fruits de mer en Mer jaune alors qu'elle était tolérée pour maintenir un certain niveau de vie dans les pêcheries nord-coréennes. Après le 19ème Congrès du PCC, le garrot sera serré un tour de plus... sauf si le voyage de Trump à Pékin casse la dynamique par des exigences insoutenables de sa part. Si à la fin Rocket-Man plie ou est tué par le capitaine des gardes, tout le mérite en reviendra à Xi Jinping, lequel capitalisera immédiatement son succès dans le détroit de Formose et en Mer de Chine méridionale ! D'ailleurs c'est écrit déjà dans les journaux chinois de référence comme Global Times et Caixin Global. Les sanctions onusiennes appliquées réellement et appuyées par les Cinq risquent bien de suffire à l'avenir, grand message qui prend Donald Trump à contre-pied avec sa vision gaullienne du Machin.

Iran - La levée des sanctions économiques dures et consécutive au traité nucléaire porte ses fruits. La libéralisation des échanges, la reprise des productions industrielles, le commerce du superflu sont autant de ballons de monoxyde de carbone pour la République islamique. Ce gaz inodore tue plus sûrement que tout. Le peuple iranien et d'abord la classe moyenne se libère mentalement du crassier religieux à tel point qu'on parle de vie souterraine assez débauchée. Les femmes ôtent le voile une fois par semaine, les bitards de la police islamique ne peuvent pas matraquer tout le monde. Le modèle se fissure à grande vitesse ; ce n'est pas le moment de rallumer la chaudière du chauvinisme. Bien sûr que les ingénieurs planchent sur la force de dissuasion, mais la société peut pourrir le régime avant que n'aboutissent les travaux. Et l'AIEA veille. Le jeu de rôles entre Donald Trump et le Congrès des Etats-Unis est pitoyable de bêtise.


L'Iran n'est pas seulement un danger nucléaire mais aussi un acteur régional en expansion, Syrie-Liban, Qatar, Irak, qui contrôle en profondeur sa frontière afghane (Hirat et Farah). Ce n'est plus du billard à trois bandes... mais une algèbre de sous-ensembles flous, ce qui dépasse un peu les capacités de raisonnement du magnat parvenu à la Maison Blanche. L'Iran s'entend aussi avec la Russie et depuis longtemps avec la Turquie, même si ce n'est pas toujours visible ; du moins n'a-t-il aucun contentieux avec ces deux puissances régionales. Donald Trump parviendra-t-il à souder une véritable alliance russo-turco-iranienne ? Ce serait le bouquet d'autant que le groupe d'Astana existe déjà !

Mer de Chine - Le confinement des Chinois en mer de Chine (tout est déjà dans la phrase) n'est pas moins complexe que les affaires de "l'Orient compliqué". A l'exception du sultanat de Bruneï qui ne pèse rien, il existe une solidarité asiatique en Mer de Chine méridionale et les grâces que peuvent faire les uns ou les autres aux Américains sont calculées, pesées, évaluées en fonction d'intérêts immédiats, tous sachant qu'à terme la VII° Flotte refluera, peut-être même au-delà du Japon jusqu'à Hawaï. Développés par la mondialisation des échanges, aucun des pays riverains de la Mer de Chine méridionale ne se déclare incapable de contrôler les rails de navigation marchande qui passent devant chez lui. Nul n'a besoin des Etats-Unis qui changent en plus de politique à chaque mandat présidentiel ; il suffit de s'entendre avec le gorille de 900lbs dans le coin de la salle de conférences : la Chine impériale revenue de la nuit des temps ! Déjà les Philippines ont contourné un embargo américain en acceptant des conteneurs d'armement chinois pour écraser la rébellion islamiste dans le sud. Le Cambodge a été acheté (facilement) pour une alliance de revers sur l'ASEAN, le Vietnam va coopérer avec tout le monde pour rehausser son niveau militaire et venir un peu mieux habillé sur le tapis vert où l'on se dispute l'archipel des Paracels ; la Malaisie au Sabah (Bornéo) n'est impliquée que pour la territorialité des hydrocarbures marins, elle n'a pas d'agenda si loin de chez elle.

Avec sa réactivité enfantine à bout de pouces, on voit mal Donald Trump supporter dans le bureau ovale une heure d'analyses de ses services diplomatiques et en faire une synthèse décisive sur la politique maritime américaine en zone d'influence chinoise. Heureusement qu'il peut se dégonfler après des menaces aussi définitives que tonitruantes. Et soit dit en passant, l'approche copain-copain choisie par Emmanuel Macron est sans doute la bonne.


Conclusion

Le candidat Trump avait décidé de s'occuper au mieux possible des Américains qui le méritent, ses électeurs. Il serait bien inspiré de s'y mettre plus sérieusement et de lâcher la grappe au reste du monde, à la seule condition que les dirigeants européens se sortent les doigts pour nous construire un avenir sans les Etats-Unis, mais pas nécessairement contre eux. Si la chancelière allemande a déjà dit qu'il ne fallait désormais compter que sur soi-même, on attend du président français qu'il nettoie la merde collectiviste française afin de dégager voies et moyens pour protéger nos intérêts et notre sol. Malgré l'intelligence du discours, l'enthousiasme et les convictions clairement fondées, la prestation dominicale d'Emmanuel Macron et son environnement politique ne nous assurent pas d'une "transformation" suffisante (on y reviendra forcément sur Royal-Artillerie), trop de réformes dans le passé ont souffert du coitus interruptus dans l'application, sans parler des dérogations clientélistes qui ruinent les meilleures intentions. C'est maintenant que l'on mesure le temps perdu en foutaises et dilapidations depuis vingt ans, on a laissé rouiller l'épée.

Par chance, le tsar Vladimir II ne cesse de déstabiliser les anciennes marches de Russie en s'appuyant sur les minorités russophones qu'elle a laissées à marée basse, ce qui renforce la cohésion de l'Alliance atlantique, malgré le premier mouvement du biznessman à triples semelles en recherche d'impayés parmi ses alliés (pris comme des clients). C'est curieusement l'obstination stérile du Kremlin qui permettra à Donald Trump de finir son mandat la tête haute, un comble !

lundi 18 septembre 2017

Les diagonales de Xi


Il y a trente ans pile, le 18 septembre 1987 au soir, les négociateurs américains et soviétiques tombaient d'accord sur le principe d'élimination des armes atomiques intermédiaires dans le cadre plus général et fumeux d'un désarmement nucléaire. Cet accord sera formalisé dans le Traité de Washington du 8 décembre 1987. L'escalade technique était montée si haut que le budget soviétique ne pouvait plus suivre, sous peine de ramener le reste du pays à l'époque de Tamerlan ! En France ce traité a obligé à ferrailler les lanceurs Pluton équipés de bombes à neutrons. Contraintes et circonstances avaient conduit deux empires à la raison, la guerre froide allait se terminer ! On ne sait aujourd'hui quel levier pourrait convaincre le président Kim Jong-un de cesser le développement d'un arsenal nucléaire. Il est prêt à faire manger de l'herbe à son peuple complètement décervelé pour asseoir le pouvoir de sa famille dans le siècle. Si on demande à un Coréen de la diaspora ce que veut le dictateur-fou, on s'entend dire que (1) il n'est pas fou et (2) qu'il veut une démilitarisation de la péninsule coréenne, la Corée du Nord gardant sa bombe en garantie. Impossible n'est pas non plus coréen. Peut-il aboutir ? Sans doute pas comme il s'y prend.



Il y a quatre acteurs sur zone, outre le "fou" : la Chine tout d'abord, marraine de toujours des Coréens qui lui reconnaissent au sud comme au nord une primauté morale venue du fond des âges ; le Japon ensuite qui mit Corée et Mandchourie en esclavage et se méfie aujourd'hui de tous, mais moins que d'une coalition de rencontre entre les deux Corées et la Chine populaire ; la Russie dont la péninsule de Vladivostok est très proche de la zone atomique de Chongjin ; la Corée du sud enfin, miracle réel et fragile d'un pays reparti de rien, sans autre rente que le courage et le génie de son peuple exposé aux foucades des Kims.

Tout conflit ravagerait la péninsule coréenne, le Jilin et le Liaoning chinois (partie orientale de l'ex-Mandchourie) et la région sibérienne de Vladivostok. Le Japon bénéficiant de la coupure de la mer éponyme aurait bien du mal à se préserver, surtout avec les bases américaines sur son sol. C'est donc bien la Chine qui est la plus mouillée et tout le monde cherche à la comprendre. Ce que disent les responsables chinois n'a que peu de valeur. Ce qu'ils pensent est difficile à percer, car ils sont formatés sur une prospective à quarante ans ! Peut-on se projeter pour eux ? La presse mainstream rechigne à réfléchir, pas nous :)

Le projet réside tout entier dans le China Dream auquel le Piéton du roi se réfère toujours et qu'il résume à nouveau pour ses lecteurs récents :
- Revenir sur toutes les marches de l'Empire du Milieu en mobilisant partout le génie et le labeur chinois ;
- Dominer sans partage ni contestations dangereuses de la Selenge mongole aux Spratleys (nord-sud) et du K2 jusqu'à l'Amour (ouest-est) ;
- Contenir les empires voisins dans leurs frontières naturelles, l'Inde sur le piémont himalayen, la Russie blanche dans la steppe stérile au-delà des Mongols, le Japon vieillissant dans son archipel ;
- Acheter la neutralité bienveillante des nations de la péninsule indochinoise par des échanges économiques fructueux et des soutiens à contre-emploi (en Birmanie et au Cambodge);
- Tenir la mer (carence fatale des Mandchous steppiques).

La Corée du Nord est actuellement une épine douloureuse dans le projet. Quoiqu'il se passe en pire, la Chine dérouille : l'effondrement nord-coréen inonderait le Jilin d'une population nombreuse, misérable et arriérée ; un conflit atomique contaminerait durablement des métropoles importantes comme Jilin, Changchun, Shenyang ou stratégique comme Dalian ; les hasards de la guerre feraient monter les Américains jusque vers les montagnes coréennes pour les "nettoyer". Ils s'y installeraient au prétexte du contrôle comme ils l'ont fait au Kosovo avec le camp Bondsteel.


Par inclination naturelle les Chinois veulent gérer ce challenge sur quarante ans et jusque là feront tout le possible pour que la situation ne dégénère pas, en lâchant parfois du lest aux Américains et en reprenant de la corde à d'autres moments. Sans doute comptent-ils sur la corruption des mentalités nord-coréennes inexorablement confrontées au monde extérieur et sur la corruption tout court des généraux le moment venu, comme les Américains le firent de ceux de Saddam Hussein. Le dictateur peut aussi muter en quelque chose de plus humain avec l'âge ou mourir du diabète. Accessoirement, le Japon, éternel coupable, est nié carrément dans la partie de cartes. La Russie est entendue mais pas écoutée. Retranché dans sa "popularité" inoxydable, Kim Jong-un, qui a quand même fait des études en Suisse, a parfaitement compris que sa disparition serait une bénédiction, non pas tant pour Washington que pour Pékin. Il s'en méfie terriblement, jusqu'à faire occire son oncle et son frère desquels il douta un instant ! Mais si le prix des sicaires monte, les candidats à la fortune seront plus nombreux.

L'Occident a vécu quarante-quatre ans de guerre froide avec des pics d'anxiété très dangereux (Berlin, Cuba, SS20/Pershing). La Chine va devoir apprendre à en faire autant en convoquant une sagesse confucéenne dont elle se moquait jusqu'à récemment. Des analyses (cf. Chinascope) tendent à montrer que sur cette zone d'intérêts elle concentre pour le moment son action diplomatique et économique sur la Corée... du Sud qu'elle entend peut-être agréger à son projet de long terme en contournant le cousin ingérable. L'Empire des Grands Tsings s'acheva en 1912. Xi Jinping le ressuscite à sa façon dans toute sa puissance. Impressionnant quand même !

Juste au nord de l'île de Haïnan, on devine l'enclave française à bail emphytéotique de Kouang Tchéou Wan

Quant à la Russie, Poutine voudrait qu'on arrête de crier et qu'on s'assoie autour d'une table avec deux cubi de vodka ! Il mesure quand même le défaut de poids de la Russie en Extrême-orient face aux deux monstres Chine et Japon.
Quelqu'un a parlé de Donald Trump ? Personne. Nikki Haley* a pris les choses en main. Ah, les femmes !

(*) Ambassadrice américaine à l'ONU

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