Affichage des articles dont le libellé est USA. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est USA. Afficher tous les articles

samedi 16 mars 2024

Diplomatie du chasse-mouche

vue d'Agadès (Niger)
#2249 - Les chancelleries attentives aux réactions des nations sahéliennes ont été passablement surprises en apprenant le camouflet inexplicable qu'a reçu la délégation américaine à Niamey ce mois-ci. Constituée de "responsables" tels que Molly Phee, sous-secrétaire d’État chargée de l’Afrique, Michael Langley, général commandant l'Africom et Celeset Wallander, secrétaire adjoint à la défense chargé des affaires de sécurité internationale, elle venait restaurer le contrat d'assistance militaire des bases d'Agadès et de Dirkou où opèrent les drones de renseignement et les services actifs de la CIA vers la Libye, en se contentant d'une vague promesse de démocratie à l'issue de la transition, même si le Département d'Etat ne l'avait pas annoncé comme ça.

Balladés pendant deux jours dans la capitale, elle se cognera à la porte du palais présidentiel où le général Tiani refusera de distraire de son temps pour les recevoir, prétextant un agenda chargé. Plusieurs raisons affleurent, la moins sûre mais pas la moins probable serait que le général gonflé comme un ballon sonde refuse de recevoir une "simple" sous-secrétaire d'Etat, attendant plutôt Blinken bien que celui-ci ait d'autres chats à fouetter que les heurs et malheurs d'une nation foutue comme le Niger ; la plus sûre étant que l'Africa Corps russe ait suffisamment intéressé le satrape local pour lui faire danser les figures de contrepartie imposées.

Quoi qu'il en soit, l'idée un peu tordue d'une Amérique, neutre par rapport au passé colonial, capable de continuer seule une sorte de Françafrique à son bénéfice, semble avoir fait long feu. Le déploiement possible de moyens de surveillance russes ou autres incitera Niamey à demander le départ des Américains de leur base de 25km² qui leur a coûté cent millions. Peut-on suggérer à la junte de n'emprunter que la voie diplomatique sans pression physique d'aucune sorte, en réaction de quoi ils se brûleraient les doigts et le reste ! En campagne électorale, Joe Biden ne rejouera pas "Kaboul" à Agadès !
Mais une conséquence à distance dans les évaluations de Washington pourrait être de reconsidérer son implication dans la guerre de Gaza qui n'est la sienne qu'aussi longtemps que le gouvernement israélien l'écoute, ce qui n'est pas le cas, et tant que les communautés américaines impliquées réagissent favorablement, ce qui n'est plus vrai.

Pourquoi dès lors insister sur le bonheur des peuples qui ne vous aiment pas ? Le papillon Tiani va-t-il déclencher quelque chose ?

mardi 14 février 2023

Qu'il soit bien clair...

De ci de là chemine la réprobation des positions pro-ukrainiennes de votre blogue préféré, du moins l'était-il encore il y a peu. Le Piéton serait tombé du côté obscur de la Force, ne voyant pas à l'évidence l'affirmation impérialiste des Etats-Unis qui emportent les Etats-moutons européens dans leur projet de destruction de la Russie éternelle même resoviétisée. Mais, par chance, les atrocités explicites des forces russes en Ukraine (ne regardez pas le reportage complet fait par le New York Times sur Boutcha) privent nos contempteurs du nécessaire plaidoyer en faveur de Vladimir Poutine. Dur, dur de rehausser au niveau de Staline et de ses millions de morts, un tyran réélu par un peuple unanime, qui peine à faire tuer deux cent mille soldats en une seule année de guerre. Il ne reste à ceux-là que de crier comme des cabris "la paix, la paix à tout prix" fut-ce à celui de la capitulation des victimes pour promouvoir leur préférence. Je vais donc vous dire le fond de ma pensée en l'affaire d'Ukraine.

Déjà sur l'Ukraine nation :
Les explications historiques brandies par les explicateurs pro-russes (c'est un tropisme de droite que de fonder le futur sur l'histoire) ne servent plus à rien maintenant. La nation qui se bat contre l'Ours mongol est nouvelle, enfantée en 2014 par l'Euromaïdan et accouchée le 24 février 2022 par l'invasion brutale de l'armée russe. Inutile d'y chercher des gènes anciens, le bébé est tout neuf. A preuve, la dérussification fait rage jusqu'au niveau des ploucs des colonies et la lutte anti-corruption n'a plus rien à envier aux opérations mains-propres chinoises. Les colons russes de Crimée et ceux des districts conquis au Donbass caltent. Bientôt ce sera pour eux la valise ou le cercueil. Il faut donc regarder cette nation encore en construction et lâcher les pogroms d'Odessa de 1905 ou les exactions bandéristes d'il y a 80 ans (quatre-vingt). Un peuple du Mélange européen* fait aujourd'hui nation contre une civilisation régressive arriérée qui veut l'asservir à sa loi. Quoi de plus simple ?

Note*: le territoire actuel de l'Ukraine est un précipité de vieilles "nations" de souche ou de déportation au gré des changements de frontières qui amalgament Ukrainiens, Ruthènes, Houtsoules, Russes, Roumains, Moldaves, Tatars, Biélorusses, Bulgares, Hongrois, Polonais, juifs et Karaïtes, Arméniens, Tcherkessogaïs, Grecs, Roms, Azéris, Géorgiens, Allemands, Gagaouzes plus 1% indéfini du total recensé (source)


Gosses sur un obusier russe rouillé

Et la Russie dans tout ça ?
Il est bien loin le temps de Pouchkine, Dostoïevski, Tchaïkovski, Tolstoï, Pasternak ou Boulgakov. Sauf à s'en être échappé, le peuple russe de la Fédération de Russie est composé, hors les trois villes emblématiques, de familles au cerveau rincé par une propagande de tous les instants depuis vingt ans. Parvenir à leur faire accroire que la Russie est attaquée quand aucun ennemi n'a franchi la frontière, vaut toute longue démonstration. Et ils applaudissent au bombardement des quartiers résidentiels ukrainiens ! Il en reste quelques-uns quand même à aller fleurir en province des statues en hommage aux tués de Dnipro. Le délire impérial de la nomenklatura-mafieuse au pouvoir à Moscou remet une pièce dans le jukebox de la nuisance russe éternelle, la marche au soleil couchant d'un Tamerlan de légende ne stoppera donc jamais ? Et tous ses voisins autrefois sous le joug soviétique ne s'y sont pas trompés une seconde qui font bloc aujourd'hui derrière Kyiv !

L'Incorrect remet les pendules à l'heure concernant le péché originel de l'Occident dans l'affaire d'Ukraine, ce qui va désoler le ramas de russophiles compréhensifs derrière un Luc Ferry par exemple (la bande passante est trop étroite pour les citer tous). Raphaël Chauvancy (officier-écrivain engagé) y dit que « la Russie n’est pas une victime. Elle a joué une partie qui visait à rétablir son statut de très grande puissance en réaffirmant son influence en Europe. Seulement, elle l’a perdue parce que ses forces ne sont plus suffisantes pour compenser le manque d’attractivité de son modèle ». Thibault Muzergues (International Republican Institute) y dit que « c’est la Russie qui a choisi de faire de l’OTAN son ennemie, pas l’inverse. Rappelons que jusqu’au début de l’invasion de l’Ukraine en 2014, les deux parties avaient construit un Partenariat pour la Paix (PPP) et il n’est pas venu à l’esprit des Russes de dénoncer l’élargissement de l’OTAN lorsqu’il s’est produit en 1997 – il aura fallu l’invasion de la Crimée en 2014 pour que le PPP prenne fin » et Julien Ravalais Casanova (de l'UNESCO) y dit qu'« un dialogue entre l’OTAN et la Russie a été mis en place, avec l’Acte Fondateur de 1997 et le Conseil OTAN-Russie qui a fonctionné de 2004 bon an mal an jusqu’en 2014, année de l’annexion de la Crimée. Pour mémoire, l’Acte Fondateur de 1997 stipule "le respect de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale de tous les États et de leur droit inhérent de choisir les moyens d’assurer leur sécurité". C’est donc la Russie qui a renié ses engagements en envahissant l’Ukraine, pas l’inverse ».

Qui ne voit le plan américain de destruction de la menace russe ?
Perso, je le vois parfaitement et j'en souhaite son succès. Et si nous avons loupé le rendez-vous au Traité de Versailles de 1919 en ne démembrant pas le Deuxième Reich en autant de royaumes et principautés qu'il en avait naturellement, il ne faut pas louper le coche cette fois encore et démembrer la Fédération de Russie selon ses frontières intérieures à quelques exceptions près de territoires non viables en autonomie. L'Empire russe nous emmerde depuis des siècles et les nations non-russes de la Fédération ne veulent pas continuer à vivre sous le joug moscovite. Stop donc !
Reste à régler la question de la force de dissuasion nucléaire qui s'avère être une force d'agression potentielle à laquelle s'adosse un chantage pervers. Tout semblant de victoire de Poutine risque de susciter des vocations de bouclier atomique chez tous ceux qui aimeraient régler leurs problèmes de voisinage de la même façon. Quoiqu'il en soit, des amis américains m'ont dit qu'il y avait des protocoles de sûreté qui laisseraient à la Russie nouvelle sa capacité de dissuasion, la maintenant dans le cercle atomique et au Conseil de sécurité des Nations Unies, tout cela en souvenir du grand sacrifice de la Seconde Guerre mondiale. Mais pour cela, il faut changer d'interlocuteur à Moscou ou attendre qu'il meure. Qui s'y colle à l'œilleton ?

Quant à la fabuleuse amitié franco-russe que célèbrent les littéraires nostalgiques du tragique russe et tous les idiots utiles français et autres otaries battant des nageoires à l'apparition du mâle slave ceinture noire de judo qui chevauche des ours, je la laisse au cercle des poêtes disparus. Il ne me semble pas qu'elle ait joué quelque rôle que ce soit le 23 août 1939 quand fut signé le pacte Molotov-Ribbentrop, pas plus que lors de la guerre d'Indochine, encore moins dans les événements algériens ni aujourd'hui dans l'espace francophone africain. Il faut être aveugle ou gaulliste pour y croire. Qu'une classe russe éduquée aime la civilisation française n'oblige pas à réciprocité, sans pour autant en faire l'ennemi héréditaire. La place est prise par la perfide Albion. De toute façon comme nous le suggère Sergueï Lavrov, il faut une bonne fois pour toutes régler la question russe.
Et s'il fallait un slogan pour terminer cette guerre, je choisirais :

"La justice avant la paix"



Postscriptum athlétique :
La volonté russe explicite de détruire systématiquement les habitations et les infrastructures essentielles à la population d'Ukraine doit disqualifier les athlètes russes au J.O. de Paris, quel que soit le drapeau sous lequel ils concourraient, parce que toute médaille pseudo-russe sera accrochée sur la poitrine de Poutine. Et Anne Hidalgo (qui n'est pas ma copine ni ma cousine) a bien raison de dire niet. Désolé les mecs, revenez quand il sera mort !

vendredi 20 janvier 2023

La bascule stratégique

La réunion de Ramstein n'a pas convaincu la Chancellerie de Berlin de débloquer les escadrons de chars Leopard2 que lui réclame le gouvernement de Kiev. Il semble évident que les Allemands ne veulent pas "prendre le lead" dans la guerre d'Ukraine à divers motifs dont le plus avancé est de ne pas rejouer l'opération Barbarossa (1941). Ils assument la responsabilité de faire durer la guerre d'invasion russe, mais sont-ils si loin du projet américain de saigner à blanc la Russie de Poutine ?

L'Ukraine, c'est le sujet du moment, mais c'est en fait le déclencheur d'un moment historique qui la dépasse (Michel Yakovleff).

miss Ukraine 2022
La bascule stratégique annoncée touche trois domaines : le déclassement de l'espace impérial russe avec ou sans dislocation de la Fédération de Russie (1) ; la contrainte énergétique assénée à l'Europe occidentale (2) ; un nouvel art de la guerre (3). Nous allons faire court.

(1) Toute victoire russe, ne pouvant que s'inscrire dans une débauche obscène de destructions d'infrastructures et capacités civiles, les dirigeants du Kremlin seront devenus infréquentables et par assimilation la race russe sera maudite. Ce qui rejettera la Fédération russe dans les ténèbres économiques du XIXè siècle. Mais, à dires d'experts, c'est plutôt une victoire ukrainienne qui est programmée dans les caisses à sable, en conséquence d'un faisceau de paramètres macro-économiques comparatifs dont vont bénéficier les Ukrainiens. Comme n'ose pas le dire Sergueï Lavrov, c'est plus que l'OTAN qu'affronte la Russie de Poutine, c'est tout le monde libre, sa richesse intrinsèque, ses capacités d'innovation, sa réactivité, son endurance. Le petit PIB russe, sa rente minière dont les prix se fixent à l'étranger, sa promotion interne de prédateurs incompétents à tous les étages, l'abêtissement des peuples lobotomisés, ne pourront pas longtemps résister à l'engagement augmenté de l'Occident et du Japon. Un seul allié des Russes dispose d'assez de poids pour retarder l'effondrement, c'est la Chine populaire dont pratiquement tous les revenus d'exportation proviennent de ce monde libre. Va-t-elle déclencher chez elle l'émeute ouvrière pour complaire à des kleptomanes sans autre épaisseur que la viande populaire qu'ils exposent au feu de la guerre pour leur propre survie ? Elle a elle-aussi des comptes à solder avec l'héritière de l'empire russe. On le verra très vite, et sur les Kouriles nippones aussi.

Reste à entendre les considérants des républiques non slaves de la Fédération qui pour certaines décideront d'exploiter en propre leur rente héritée de l'Union soviétique et se développer sans l'aval de la mafia moscovite. Je ne parle pas des Stan d'Asie centrale (Ouzbékistan, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turménistan) qui couperont définitivement le cordon ombilical avec Moscou. Françoise Thom est allé au fond des choses dans un article de Desk Russie, là.

(2) Le fournisseur naturel d'énergie de l'Europe orientale et occidentale pour partie était la Russie de Lukoil et de Gazprom. Les prix bas de fourniture couvrant des infrastructures logistiques amorties (sauf les Nordstream) retardaient la conversion énergétique européenne à tous bons motifs. Le point de la situation sur Causeur. La rupture des approvisionnements (qui devait nous tuer) nous oblige à sortir carrément de la trappe fossile en dégageant les crédits de conversion à toutes énergies alternatives, au premier rang desquelles l'énergie nucléaire. Même si, après l'extinction de la guerre, le gaz russe revient sur le marché, ce sera un appoint pour donner de l'air aux anciens pays de l'Est. Le cas de l'Allemagne est à débattre à part.

(3) Les coefficients d'attrition des armes conventionnelles les plus courantes dévoilés par la guerre d'Ukraine obligent tous les états-majors à repenser les moyens de défense. L'irruption des drones de toutes tailles dans les trois dimensions et celle des missiles à haute vélocité ringardisent le fameux couple char-avion qui faisait les beaux jours de l'Ecole de guerre. Le ministre des armées Lecornu a signalé que la loi de programmation militaire imminente contenait des ajustements sévères dans un contexte d'augmentations budgétaires (clic) et M. Macron a brossé les grandes lignes du plan dans ses voeux aux armées prononcés sur la base aérienne de Mont-de-Marsan (clac). Qu'en sera-t-il au détail ? Langue au chat, il faut attendre sa présentation aux parlementaires.

Plus généralement et sans en faire des tonnes, l'Europe vient de se découvrir en tutu de danseuse, tributaire de puissances étrangères pas toujours amicales. Elle commence à réagir. Et si l'on tient compte des nouvelles lois américaines, on peut raisonnablement considérer que la mondialisation heureuse est morte. Or c'était l'épure stratégique allemande. Est-ce la République fédérale le plus gros perdant après la Fédération de Russie ?

jeudi 22 décembre 2022

Après dix mois de guerre, la réassurance

Après trois cents jours de guerre, le président Zelensky est à Washington pour remercier les Etats-Unis de leur soutien sans faille. A ne retenir qu'une clef de son discours au Congrès le 21 décembre 2022, on choisira que l'argent américain dépensé n'est pas une opération humanitaire mais un investissement dans la propre sécurité des Etats-Unis. Et de rejoindre l'intention exprimée par le Secrétaire à la Défense Lloyd Austin il y a quelques semaines : affaiblir autant que se peut les armées russes et ramener leurs capacités à celles d'une puissance régionale, comme le ressentait en son temps Barak Obama. Mis à part les ogives nucléaires encore en bon état, mais bien malin qui en saurait le nombre, l'armée de terre russe est une gigantesque casse, emplie de ferraille soviétique qui semble inépuisable, mais qui ne comblera pas l'avance technologique des armes de l'occident. Pour employer l'image qu'en donnent les Ukrainiens, leurs ennemis sont bien des Orcs, brutes et bêtes. Aussi longtemps que continuera l'attrition des effectifs russes, autant s'en portera mieux le pays russe, occupé - on le sait aujourd'hui - par une race d'abrutis à sang de serf, incapable de voir qu'elle est consommée comme du bois de chauffe dans la chaudière des délires poutiniens. Le vieux pétochard du KGB les méprise à un point tel qu'il en réclame une fournée supplémentaire pour renforcer l'échec de sa stratégie qui en a coûté déjà cent mille.

score des pertes russes

Il est certain que le continuum civilisationnel qui existait entre la Russie et l'Ukraine est complètement déchiré aujourd'hui par l'attaque sauvage de Poutine, les seconds ne voulant en rien être comparés aux premiers qu'ils jugent être des sous-hommes. Ce déclassement des Russes actuels va bien au-delà des frontières ukrainiennes, le mépris et le dégoût à leur endroit va imprégner les peuples du monde libre ; sauf peut-être chez quelques allumés d'extrême droite qui ne se départiront pas du culte de l'homme super-fort et accrocheront toutes les circonstances atténuantes possibles aux pitons d'une histoire ancienne bien plus grande ou tragique que celle qui s'écrit maintenant en minuscules. Ceux-là ont perdu toute ma considération.

A part ça, quand on compare la Fédération de Russie au Japon, on trouve la même démographie avec d'un côté les terres les plus arables et les ressources minières les plus abondantes et rares aussi, de l'espace à n'en plus finir ouvert au développement ; de l'autre, un pays souvent escarpé, peu fertile, sans aucune rente minière, soumis à la tectonique meurtrière des plaques, qui malgré tout, sort au troisième rang mondial pour la richesse produite quand la première peine à atteindre la onzième place (et l'an prochain la quinzième). D'ou vient la différence ? La race !

PS : On a vu sur les écrans russes des parents d'enfants "morts pour la Russie" s'afficher avec la voiture neuve que la prime versée leur a permis d'acheter. D'où le dessin assez cruel ci-dessous :
cartoon russe Lada
« Notre fils ? Je ne l'ai jamais aimé de toute façon !»

jeudi 4 août 2022

La crise de nerf chinoise

Mrs Pelosi
La visite à Taïpei de Nancy Pelosi, speaker de la Chambre des Représentants de Washington (ndlr: Royal-Artillerie s'adresse aussi aux enfants grands), a agi comme révélateur des difficultés intérieures dans lesquelles se débat le pouvoir actuel chinois. Sa réaction carrément hystérique laisse comprendre que l'inconfort enduré n'est pas dans les seules questions stratégiques. Mme Pelosi ne s'est pas privée de le faire remarquer. L'économie est affaissée par l'intrusion de plus en plus profonde des commissaires politiques du parti communiste dans les entreprises, même moyennes, au moment où les enjeux industriels et commerciaux exigent une réactivité qui est maintenant sous contrôle (et pas par la strate la plus intelligente du parti). Ne parlons pas de la caporalisation des universités sous contrôle qui augure mal de l'avenir de la recherche en Chine. L'épargne des ménages, si importante dans la mentalité chinoise de prévoyance, est parfois investie dans des spéculations mal maîtrisées qui ont levé au Henan une forte contestation de petits clients, réprimée avec une violence disproportionnée par les nervis du parti. La promotion immobilière de masse qui a séquestré de gros acomptes de clients sur plan, est partout en péril (une source francophone). On parle en milliards de renminbis. L'emploi industriel stagne partout ou régresse, laissant à découvert une masse d'ouvriers mécontents, pas encore convertis aux coups d'accordéon du capitalisme sauvage, et qui peuvent précipiter en une révolte du type Boxers. Tout celà à trois mois du XXè Congrès du PCC où Xi Jinping doit s'affirmer ou disparaître (une autre source francophone mais payante).

On sait, malgré tous les efforts de la censure d'Etat, que le groupe informel des Shanghaïens est vent debout contre la politique d'arrogance internationale. On sait que le premier ministre Li Keqiang et le personnel politique attaché à lui sont contre le bridage de l'économie domestique au motif de contrôle resserré du développement dans la vieille tradition de dirigisme qui a échoué partout ailleurs. Mais deux points sont (à mon avis) plus dangereux pour l'avenir de Xi Jinping - complètement défoncé au culte de la personnalité - c'est la gestion catastrophique de la pandémie Zéro-Covid et l'échec de la politique étrangère basée sur la revanche des nations opprimées par l'Occident. Aucun pays étranger ne coopère de bon cœur avec la Chine populaire. Les relations sont de pur intérêt et le plus souvent par l'achat des décideurs (la liste est trop longue), ou par contrainte géopolitique.

Par exemple, parmi les pays de l'ASEAN, aucun pays (sauf le Cambodge survendu par Hun Sen) ne collabore volontairement. Même le Laos communiste doit lutter contre la sinisation du fleuve Mékong. La captation de la Mer de Chine méridionale interdit toute fraternité, des pouvoirs sûrement, mais des peuples encore moins. Les Chinois sont apparentés à des pirates. L'intrusion chinoise en Afrique à coup de milliards se heurte aux fondamentaux que nous connaissons bien. Si les intérêts des présidents divergent de ceux de la Chine, comme en Angola, tout le plan de conquête est ruiné en trois coups de queuillère à pot. En fait les établissements chinois en Afrique sont aussi fragiles que pompeux et ils constituent un futur butin pour les classes politiques montantes. Plus grave, pour le ministre des affaires étrangères, est la cagade du Pacifique. Fort d'accords plus ou moins extorqués aux dirigeants des îles Salomon, les loups guerriers de la diplomatie chinoise se sont mis en tête de passer des accords avec tous les autres Etats de l'Océan pacifique, et furent si sûrs d'eux qu'ils montèrent un gros raout aux îles Fidji pour officialiser leur entrée fracassante dans l'arrière-cour des alliés. Pas un Etat n'a signé dès lors qu'il fut clair que la Chine populaire deviendrait le meilleur partenaire dans la sûreté des atterrages et pour le contrôle social des populations. Ça n'a pas tardé puisque aux Salomon le gouvernement vient d'officialiser la censure préalable de la presse publique comme en Chine populaire. L'Australie qui a senti sur la joue le vent du boulet s'est sortie les doigts, comme les autres nations de la région. Une (re)fraternisation des nations éparses de l'Océan pacifique est en cours après qu'elles ont mesuré l'enjeu stratégique de l'espace maritime qu'elles représentent ensemble pour des méga-puissances de la taille de la Chine.

Reste les routes de la Soie. Le projet va de pair avec le China Dream qui n'est rien moins que le retour de la souveraineté chinoise sur toutes les marches de l'empire du Milieu. Aparté: le Turkestan oriental appelé Xinkiang n'en faisait pas partie, mais on se rattrappe avec les îles de la Mer de Chine et le Tibet en oubliant l'Amour (on l'a déjà dit). Le plus gros effort du projet One Belt One Road était de parvenir à livrer l'Union européenne en traversant toute l'Asie centrale en train. Des infrastructures considérables ont été financées dans ce but ainsi qu'un parc de matériel roulant impressionnant. L'inversion de flux provoquée par la guerre d'Ukraine contre laquelle Pékin n'a rien dit, s'ils ne l'ont pas involontairement encouragée en s'affichant solidaires de Poutine à la fin des Jeux d'hiver, entame gravement la rentabilité du projet. Pareil pour le passage du nord-est qui devait acheminer des vraquiers chinois et internationaux vers les ports européens de l'arc atlantique : la situation potentiellement conflictuelle de l'océan arctique rehausse les primes d'assurance à un niveau rendant l'alternative peu intéressante. Nul doute que des opposants à l'autocrate à demi-fou - qui a fait inscrire sa pensée dans la Constitution - susciteront des doutes quant à ses compétences au prochain congrès. On sait qu'en fils de prince, il n'a pas fait d'études.

Revenons sur l'affaire de Taïwan. Nous en avons parlé beaucoup ces dernières années (voir le libellé "taiwan"). Si la coterie de Tonton Xi en avait dans le pantalon, elle n'organiserait pas une parade navale tous canons dehors autour de l'île rebelle mais plus simplement, elle capturerait les îles nationalistes à portée de fusil de ses côtes. Il faut quand même qu'il y ait un sérieux doute de succès pour se priver d'une victoire aussi emblématique. Quelles sont-elles ces incongruités stratégiques ?

Quemoy (Kinmen), l'archipel de Matsu et Wuchiu Yu entre les deux, sont des possessions taiwanaises à quelques encâblures de la côte chinoise, qui datent de la fin de la guerre civile. Le problème est peut-être que l'écrasement ou l'incinération des habitants (car on ne voit pas l'Armée populaire de libération se lancer dans un combat au corps à corps) soulèverait un profond ressentiment contre Pékin chez les populations de la province maritime du Foukien qui sont les mêmes que les insulaires. Une carte vaut mieux qu'un long discours et les articles de la Wikipedia sont très bien faits. Relire pourquoi pas Le scandale de Quemoy. Pas besoin d'épiloguer, ça saute aux yeux !

Détroit de Taïwan
Tout ce que vous vouliez savoir sur Quemoy sans jamais oser le demander c'est par ici ; sur les Matsu c'est par là, et pour les Wuchiu ici aussi.

Au final, Xi Jinping n'a pas grand chose de décisif à apporter au XXè Congrès du parti, sauf l'emprisonnement d'opposants au motif de prévarication, des armées augmentées et rénovées, des promesses de grandeur et un futur qui chante. Cela risque de ne pas suffire après dix ans de pouvoir impartagé et la ruine du plan "un pays, deux systèmes" par la répression de Hong Kong. D'où l'agitation désordonnée pour faire croire à une menace extérieure prégnante justifiant sa politique tous azimuts de desserrement des fers de l'oppression occidentale à laquelle il veut croire. Wang Yi, ministre des affaires étrangères, vient d'annuler sa rencontre avec son homologue japonais au prétexte d'un communiqué désobligeant du G7. La diplomatie chinoise patauge et s'énerve. L'hystérisation n'est peut-être qu'à ses débuts.

lundi 4 juillet 2022

July 4th


From the Halls of Montezuma
To the Shores of Tripoli ;
We will fight our country's battles
In the air, on land and sea ;
First to fight for right and freedom
And to keep our honor clean ;
We are proud to claim the title
of United States Marines.

Our flag's unfurled to every breeze
From dawn to setting sun ;
We have fought in ev'ry clime and place
Where we could take a gun ;
In the snow of far-off Northern lands
And in sunny tropic scenes ;
You will find us always on the job
The United States Marines.

Here's health to you and to our Corps
Which we are proud to serve
In many a strife we've fought for life
And never lost our nerve ;
If the Army and the Navy
Ever look on Heaven's scenes ;
They will find the streets are guarded
By United States Marines.


the yellow ribbon


BONNE FÊTE NATIONALE
A NOS INDÉFECTIBLES ALLIÉS !




BONUS SPECIAL


D-Dollaz est un danseur freestyle de Brooklyn, ici sur un air de Jay-Z :
American Dreamin'
Dreamed of you this morning Then came the dawn, and I thought you were here with me If you could only see How much I love you That's all, that's all baby Oh no-oh, I never gave up no way I never, felt that before Oh no-oh, I never gave up no way I never, felt that before Oh no-oh, I never gave up no way I never, felt that before But there's always; that's all, that's all baby Uh, uh! This is the shit you dream about with the homies steaming out Back-to-back, backing them Bimmers out Seems as our plans to get a grant Then go off to college, didn't pan or even out We need it now, we need a town We need a place to pitch, we need a mound For now, I'm just a lazy boy Day-dreaming in my La-Z-Boy In the clouds of smoke, been playing this Marvin Mama forgive me, should be thinking about Harvard But that's too far away, niggas are starving Nothing wrong with my aim, just gotta change the target I got dreams of bagging snidd-ow, the size of pillows I see pies every time my eyes clidd-ose I see rides, sixes, I gotta get those Life's a bitch, I hope to not make her a widow Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (American-dreaming) Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (I'm just American-dreaming) Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (American-dreaming) But there's always, that's all, that's all baby Uh, uh! Now see the life's right there, and it seems right there It's not quite near, and it's not like we're Professionals, moving the decimals Know where to cop? Nah! Got a connect? No! Who in the F knows how to be successful Need a Personal Jesus, I'm in Depeche Mode They say its celestial, it's all in the stars Like Tony La Russa on how you play your Cards 'Cause y'all ain't fucking with me! The ironies are At all costs better avoid these bars Now let's start, on your mark Get set, let's go, get out the car Going in circles it's a vicious cycle This is a crash course, this ain't high school Wake up Muttley, you're dreaming again Your own reality show, the season begins Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (American-dreaming) Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (I'm just American-dreaming) Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (American-dreaming) But there's always, that's all, that's all baby Step one in this process: scramble up in your projects And head to the heights where big coke is processed You gotta convince them that you're not from the precinct Please speak slow 'cause he no speaky no English If he takes a liking after a couple of trips And your money is straight, he's going to give you consignment You're now in a game where only time can tell Survive the droughts, I wish you well – hold up Survive the droughts? I wish you well? How sick am I? I wish you health I wish you wheels, I wish you wealth I wish you insight so you could see for yourself You could see the signs when the jackers is scheming And the cops is coming, you could read their mind You could see from behind, you could redefine The game as we know it, one dream at a time I'm American-dreaming Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (American-dreaming) Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (I'm just American-dreaming) Oh no-oh, I never gave up no way I never felt that before (American-dreaming) But there's always, that's all, that's all baby American-dreaming/AZLyrics

jeudi 30 juin 2022

Impair, passe et manque !

Préambule d'actualité

Le sommet de l'OTAN à Madrid s'est achevé sur l'incorporation de deux pays neutres au commandement intégré de l'Alliance. La Suède et la Finlande ne font plus confiance aux locataires actuels et futurs du Kremlin et rejoignent l'Ost ! Ce sera dans l'histoire moderne la plus grosse défaite de Poutine que d'avoir fait avancer la ligne de crise sur sa propre frontière occidentale ; n'y était jusqu'ici exposée que l'enclave de Kaliningrad, qu'il avait fallu surarmer pour faire croire à ses habitants qu'ils étaient menacés par l'ogre Sam, ce qu'ils espéraient secrètement. La Turquie pour sa part, a obtenu la modernisation de son armée de l'air et la répression du parti communiste kurde en Scandinavie. On verra s'il elle a aussi les mains libres au Rojava syrien. Pour le moment elle s'affiche comme convoyeur de grains parce que le crédit russe ne peut pas laisser pourrir le grain ukrainien dans des entrepôts bombardés en même temps que s'annonce une famine au tiers-monde, dernier vestige de l'influence de Moscou sur terre, depuis son expulsion de la zone OCDE.

T72

Pendant ce temps ils ont bien du mérite, les blogmestres de la droite dure, de trouver une balistique stratégique à la guerre russe d'Ukraine. Si l'intention du petit csar est claire et répétée, pour ne pas dire assénée en continu, la non-prise en compte des collatéraux laisse accroire que le lt-colonel du KGB de Dresde n'était qu'un employé aux tampons, alors qu'il est un génie dont le dossier de canonisation avance dans les comptes bancaires du patriarche Kirill. Celui qu'une frange majoritaire de la droite française voyait jusqu'ici comme le saint sauveur de la race blanche né de la tradition la mieux ancrée dans les valeurs du passé, le dispute à Gribouille dans l'exécution de son projet ouvertement impérial. Il ne faut pas être très hostile pour prédire la ruine de l'ouvrage en faisant la liste des résultats attendus par tout ce que le monde compte de compteurs.

L'économie d'abord !

A la Noël russe, si une économie marchande de pénuries survit à la guerre par des échanges licites avec les grands pays émergents et la contrebande sur le marché du double-usage, elle aura perdu le marché de proximité de sa première valeur d'exportation : gas, pétrole, houille russes auront disparu des marchés européens et nippons. Certes ils pourront les revendre au tiers-monde, mais ces matières à prix d'ami se substitueront à des flux antérieurs qui par la force des choses devront être détournés où on les attend : le marché de l'énergie est à somme nulle dès lors que tout écart entre offre et demande est ajusté par le prix de marché. La Russie de M. Poutine aura diversifié sa production vers des pays tiers, moins solvables, moins disants. Et le Kremlin aura perdu son tout premier levier de chantage sur l'Europe, le plus facile, on-off !

Chat échaudé... les investissements étrangers dont la Russie a tant besoin pour relever le niveau de vie général de sa population, seront mesurés voire adossés à des garanties métalliques tels que les Etats en exigent des pays en guerre, surtout bien sûr s'ils en ont en réserves. Mais c'est moins l'argent que les connaissances qui se tarissent ; le transfert des technologies avancées est stoppé pour longtemps, les pays émergents n'y suppléeront pas. Le déclassement technologique de la Russie est affiché pour au moins deux générations ; ce qui va sortir les gens du Kremlin de la cour des grands. Trop d'usines sont à l'arrêt faute de composants ou de sous-ensembles pour que l'embryon d'industrie russe puisse redémarrer avec des alternatives chinoises ou indiennes (et à quel prix ?). En attendant ils clouent leurs avions au sol et ne livrent ni voitures modernes ni biens d'équipement domestique.

La force ensuite

On dit que la Russie bénéficie des stocks énormes de l'Union soviétique, suffisamment pour n'avoir pas à s'inquiéter de leur consommation dans le temps. Mais vu le taux de coulage des crédits militaires d'entretien depuis trente ans, nul ne sait, et peut-être le Kremlin pas plus que d'autres, ce qui est bon de guerre dans ces stocks et ce qui est bon de casse ! Et comment entretenir correctement une missilerie de précision sans les cartes électroniques de rechange ? En les faisant faire en Chine populaire au prix fort ? qui pis est, le produit est consommable par définition. Ils en reviendront - c'est déjà fait - aux missiles non guidables d'ancienne génération qui cherchent un effet de masse et de terreur sur des cibles au juger et maintiendront au plus haut niveau la réprobation de l'opinion internationale.

L'aviation russe ne combat pas, elle bombarde, et on aimerait voir ce que ses démonstrateurs de foire feront dans le vrai ciel contre des aéronefs occidentaux. Quant à l'arme blindée, elle semble inépuisable, moins quand même que les équipages qui n'en voit pas le bout. On est loin de la Percée de Sedan ! Les destructions sont impressionnantes (des deux côtés) même après deux gorgées de vodka.

La nouvelle stratégie ?

Les objectifs naturels de la Russie à son occident sont la rive gauche du Dniepr pour reconquérir la terre historiquement slave, et le corridor de Suwalki qui relie l'enclave russe de Kaliningrad à la Biélorussie occidentale par la Lituanie. Les trois pays baltes à forte minorité russe seraient alors coupés de l'Union européenne par la terre (mais pas par mer). A supposer que l'enclave ne soit pas devenue cible légitime de guerre et qu'ils y parviennent au prix de moults renoncements ou désaccords occidentaux, ce serait pour en faire quoi ? Pour battre la carte au mur de la baguette magique devant une assistance médusée ? L'Union soviétique revenue serait probablement dès lors ostracisée comme elle ne le fut jamais du temps de l'URSS et sa désorbitation conduirait certains pays comprehensifs à l'être moins, selon leurs intérêts bien compris.

Quelle joie s'emparerait alors des peuples ukrainiens et baltes libérés par la Russie, à reprendre les bonnes habitudes des queues alimentaires et des tickets de rationnement ! De la pénurie de tout et de tissus. Tous en gris dans la crasse de la Bêtise d'Etat ! Allez à la messe, c'est gratuit !

Comment tenir longtemps une position aussi exposée avec une économie effondrée sous perfusion indienne et chinoise ? Au prix exorbitant de compensations insoupçonnées jusque là. Les Indiens sont assez tordus et cupides pour extraire le meilleur avantage possible de la position de faiblesse de la Russie. Mais si on a parlé de la rive gauche du Dniepr, on pourrait maintenant parler de la rive droite de l'Oussouri et de l'Amour. Ce territoire dont les Russes sibériens ne font rien, faute de capital-risque et de courage au labeur, intéresse de plus en plus la Chine populaire dont la population du Dongbei piaffe d'impatience à mettre en valeur des terres autrefois chinoises qui leur manquent aujourd'hui.

En conclusion...

La guerre d'Ukraine n'est pas gagnée, loin s'en faut. Mais une chose est sûre, l'Europe réarme. Et ce réarmement se fait sur des armes de prochaine génération apportant aux pays décisifs dans l'affrontement une puissance de feu inégalée depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. L'Allemagne projette à l'horizon de vingt ans la première armée conventionnelle du continent. Ils ont les usines à niveau et le savoir-faire. La France sera obligée de suivre, en distrayant des crédits de ses prestations sociales, sauf à disparaître de l'échiquier européen. La Grande Bretagne se saignera aux quatre veines pour tenir ses atterrages orientaux et le Détroit de Danemark qui la contourne. La clique mafieuse de Moscou n'aura plus qu'une réponse à faire, brandir ses ogives nucléaires. Bonne nuit les petits !

cul-de-lampe grenouilles

Que la paranoïa de Poutine apprenne aux chroniqueurs de tous les bords à ne pas se fier aux analystes payés au mois en matière de soviétologie et à laisser passer les vrais kremlinologues devant, qui eux, lisent entre les lignes, tendent les fils au bon endroit et comprennent l'état des lieux dans un monde complexe et irrationnel. C'est le charme russe ! Alors quand d'aucuns émettent un doute sur les qualités profondes de Poutine et déconstruisent sa mission salvatrice - qu'on lui paie des milliards - il serait prudent dans les rédactions de droite au moins, de lever un sourcil et de s'interroger. On en est moins ridicule ensuite, à chercher à rattraper le coup de manière fort piteuse, quand ce n'est pas de se jeter dans des théories du complot des services américains, des illuminatis et autres rose-croix qui font rire les gens sensés. Que cela serve !

lundi 13 juin 2022

Munich !

Ce billet pourrait être le deuxième d'une courte série entamée par celui du 30 mai 2022 (clic), et qui s'achèvera au soir de la capitulation négociée de l'Ukraine.

La dernière analyse tactique du colonel Goya (clac) laisse comprendre que la guerre statique s'installe en Ukraine, prélude à un conflit prolongé, aussi longtemps que les ressources russes et américaines pourront y être versées. De part et d'autre on creuse tout en protégeant ses lignes logistiques. Les prises de cotes exigent des semaines. C'est Verdun tous les jours et la guerre de 1915-1917.

Ce qui me met la puce à l'oreille est la visite annoncée à Kiev des trois fées Carabosse européennes ayant déclaré qu'il ne fallait pas humilier Vladimir Poutine : Olaf Scholz, Emmanuel Macron et Mario Draghi. Que ne vont-ils à Moscou sommer Poutine de cesser le chantage aux grains qui met en péril l'alimentation de pays très peuplés en lui commandant d'ouvrir la mer aux convois. Bien sûr ils essuieraient un refus du csar buté, au prétexte des sanctions commençant à ruiner son économie de bric et de broc. Mais le message, double, serait entendu clair et fort à la FAO et chez les pays dépendant des céréales ukrainiennes :
- la Russie et l'Occident vont les laisser crever ;
- mais la Russie en crèvera derrière ; elle deviendra la planche pourrie sur laquelle le Sud ferait bien de ne plus s'aventurer !

La démarche aurait eu plus de poids si le premier ministre anglais, quel qu'il soit, avait rejoint les continentaux ; mais la visite est à Kiev, pas à Moscou. Si Boris Johnson n'y va pas, c'est qu'il organise le front du refus de capituler avec les anciens pays de l'Est et la Scandinavie en soutenant manu militari l'effort de guerre ukrainien. Contrairement à cet investissement dans l'effort prolongé - qui rappelle celui de Winston Churchill abandonné à son sort par la France en juin 40 mais qui releva l'affront dans l'honneur et vainquit - ces messieurs raisonnables nous font irrésistiblement penser à Daladier, Chamberlain, auxquels se serait joint le Comte Ciano. Il ne s'agira pas moins que de vendre au président Zélensky la perte du Donbass, de la mer d'Azov et l'abandon du rêve criméen en échange de la neutralité d'un nouvel Etat ukrainien diminué certes mais conservant un accès à la mer (comme l'Irak du Foreign Office). C'est d'ailleurs ce que la diplomatie de Kiev avait grosso modo proposé le mois dernier à Istanbul à la partie russe en remaniant les Accords de Minsk. La procédure éviterait l'humiliation du capo russo di tutti capi ! Et après ?

poutine cible

L'équation suivante n'a que deux facteurs : l'état de santé de Poutine ; l'état de calamités de l'économie russe.

Le petit csar va-t-il crever ?
Sa succession sera normalement violente comme dans les familles de la mafia sicilienne. Il n'empêche qu'un nouveau chef de famille rebattra les cartes et qu'il faut moins s'attendre à un doctrinaire qui prolongerait la mission évangélique de Poutine que d'un chef de clan plus impitoyable que ses concurrents pour garantir ses intérêts.

L'arrière va-t-il tenir ?
La doxa veut que le peuple russe soit inépuisable dans sa résistance au malheur. A ce qu'on voit, cette résilience semble moins sûre à l'ouest de l'Oural et dans les grandes villes occidentalisées. En Sibérie et en Extrême-Orient on ne sait pas, jusqu'à ce que la mobilisation générale soit décrétée par un état de guerre. Nonobstant l'enthousiasme relatif et toujours mis en scène par les chaînes du pouvoir - il n'y en a pas d'autres - l'économie russe a dépassé le stade de l'érosion et entame celui de la ruine. Certes, il entre encore beaucoup d'argent que rapportent les exportations d'énergie, mais tout cet argent est versé dans le tonneau sans fond de la guerre, dans le marché noir international de la rechange et, bien sûr, dans les comptes de l'oligarchie et la corruption endémique du complexe militaro-industriel. L'économie civile n'en voit rien. Les "marques" ont disparu, les flottes de taxis se réduisent faute d'entretien, on commence à démonter de vieux avions pour réparer les plus récents, il y a de moins en moins de choses à acheter dans les rayons alimentaires et non alimentaires ; les ventes d'automobiles ont dégringolé de quatre-vingt pourcent. Chômage agravé, baisse du revenu distribué par une économie qui ralentit, consommation rapide de l'épargne des ménages ; à l'heure d'Internet on ne peut pas être sûr de cette fameuse résilience russe. L'autre surprise est plus inquiétante pour le pouvoir russe :

Après de grandes déclarations de fraternité à la vie à la mort, la Chine populaire n'intervient pas, même si elle nourrit le marché noir de la rechange et des règlements internationaux. On dit que Xi Jinping a très mal pris le fait d'avoir été baladé en février 2022 comme n'importe quel chef d'Etat occidental quand Poutine masquait encore ses intentions offensives. Dans la phase de crédibilité du parti écornée par la gestion du Covid-19 et avant le XXè Congrès, le gouvernement chinois ne souhaite pas indisposer les nations occidentales plus que de raison. Aussi la Russie ne bénéficie pas d'un contournement chinois des sanctions occidentales. Et cela fait une grosse différence même si Poutine n'est pas intéressé par l'Intendance.
Ce que produira l'effondrement économique de la Russie est un mystère. Bravo aux experts qui peuvent faire dix minutes sur un plateau avec un seul verre d'eau.

Il en est un qui parle peu souvent mais quand même : Hubert Védrine rejoint le président Macron pour combattre et parler. Mais il avoue que son intuition lui susurre qu'il n'y a jamais eu d'agenda diplomatique à Washington et que la guerre russe d'Ukraine a été retournée nommément contre Vladimir Poutine lui-même, dont le Pentagone et le Département d'Etat veulent se débarrasser. Auquel cas, la situation tactique deviendrait secondaire si la guerre durait assez longtemps pour disloquer le Kremlin après avoir ruiné l'économie russe. Malgré ses milliers d'ogives nucléaires, la Russie post-communiste serait effectivement ramenée à un statut régional, son pouvoir de nuisance partout ailleurs étant fort amoindri par la stérilisation de son économie domestique. Quant à l'Ukraine ? Oui, bon, l'omelette, les œufs...

dimanche 5 juin 2022

D-day 2022

Avec le jubilé de platine et le débarquement de Normandie c'est la "semaine anglaise". Soixante-dix-huit ans plus tard, nous comptons plus que jamais sur la prise en compte de nos intérêts par le condominium anglo-américain qui définit et gère la stratégie européenne malgré les rodomontades françaises. La faute à qui ?
A nous ! 100% !

paras américains avant largage sur le Cotentin
- Le stick 77 de la 101st Airborne prêt à décoller la nuit du 5 juin 1944 pour un largage sur Carentan -

La question Europe-USA. Le raisonnement américain nous concernant est simple : "Vous, Européens, avez choisi de privilégier des régimes de protection sociale avancée pour ne pas dire extravagants, en réduisant vos moyens de défense à un niveau ridicule, défense que vous remettez entre nos mains. Ne nous prenez pas trop longtemps pour des cons, celui qui paie gouverne ses intérêts propres".

Nous sommes donc le jouet de la politique américaine qui, ne l'oublions pas, suit un cycle de huit ans haché en quatre périodes de deux ans. Il peut donc y avoir des ruptures de tendance et le "complot américain" n'est pas si sûr qu'il continue dans la durée depuis la victoire de la Guerre froide, mais nous n'avons aucune influence sur la tendance du moment. M. Macron en a fait l'amère expérience, deux fois ! Dès l'effondrement de l'Union soviétique, dans lequel notre contribution était nulle, nous nous sommes autorisés à basculer les ressources fiscales attribuées à nos armées vers les caisses sans fond de la protection sociale. En 1991 nous avions 1200 chars de combat, en 2022 nous en avons 222 (c'est facile à retenir). Comme nous l'avons déjà dit, sans appeler les renforts américains nous sommes dans l'incapacité de nous défendre si d'aventure un pouvoir plus belliqueux encore que celui de M. Poutine avançait sur le territoire de l'Europe orientale. Et tous les pays de l'Est savent que tant la France que l'Allemagne d'aujourd'hui sont des nains militaires en combat intensif. Nous avons une belle armée expéditionnaire capable de gérer des hostilités du fort au faible quand celui-ci n'a ni chars ni avions ni canons. Sortis de ce genre d'opérations de gendarmerie coloniale, nous avons des unités de démonstration (qui font vendre) mais jamais la masse critique pour un engagement à parité de capacités. Alors à vouloir troquer l'OTAN contre la Politique de sécurité et de défense commune européenne (Lisbonne 2007) pilotée par la France, nous serons toujours seuls de cet avis ! Dans cette situation de dépendance assumée, nous ne pouvons nous en prendre qu'à nous-mêmes et c'est le seul message sensé qu'avait passé Donald Trump à l'Europe occidentale : "Sortez-vous les doigts et défendez-vous, merde !" ; ce qu'Angela Merkel avait compris comme l'annonce d'un désengagement prochain des Etats-Unis, et c'est tout ! alors qu'elle aurait dû réagir et lancer le plan de réarmement à cent milliards de Scholz !

Si l'Europe est un embarras, qui somme toute leur coûte cher, c'est la Chine le vrai souci des Etats-Unis. La Russie (PIB de l'Espagne avant la guerre qui va passer sous la barre fatidique des mille milliards de dollars l'an prochain) a le destin d'un Katanga avec des ogives nucléaires, mais ça reste gérable pour Washington, surtout si on ruine son économie en la ramenant au statut de fournisseur de matières premières non transformées dont les prix sont fixés à Londres et à Chicago. La Chine par contre, est le premier souci parce qu'elle menace tout le Pacifique nord, et plus bas jusqu'aux Salomons, et parce qu'elle a les moyens humains, industriels et scientifiques de défier les Etats-Unis dans le compartiment de l'innovation, ce dont les Russes sont incapables (et plus encore maintenant que les talents ont calté). Poutine de surcroît, seul dans son château, n'a pas la carrure d'un empereur, et que dire de ses affidés tous tombés du même vieux moule.

Voilà ! Donc en 2022 nous comptons encore sur le déstockage des armes américaines, sur la puissance industrielle des usines d'armement américaines et sur la mobilisation des GI's pour nous défendre ! L'affaire d'Ukraine se règlera à temps et contretemps entre Moscou et Washington, et quoi qu'il arrive si Dieu lui prête vie, Vladimir Poutine aura obtenu un avantage important pour lui et le pouvoir qui lui succèdera, celui de n'avoir que deux interlocuteurs décisifs au monde, Washington et Pékin. L'Europe-providence, trop hétérogène pour précipiter en puissance, fera où on lui dira de faire ! Avec nos régimes sociaux dispendieux et notre culture des loisirs, nous nous sommes rendus sans combattre et sommes à la merci pour longtemps des empires autocratiques revenus, défendus par un autre empire, démocratique certes, mais qui ne nous écoute pas. Commémorons le 6 juin notre abaissement, sans oublier que c'est le 17 juin 1940 que nous avons capitulé définitivement.


mardi 11 janvier 2022

Est-Ouest

T64-2017

La semaine diplomatique Est-Ouest est séquencée en quatre tiers (comme au Bar de la Marine) et bizarrement s'est engouffrée dans le défi politique intérieur russe qu'affrontera Vladimir Poutine s'il fait mine de reculer. Sa réélection truquée de 2024 est conditionnée par la gloire rapportée du Front, parce que les résultats intérieurs ne sont pas au rendez-vous du culte soviétique de la personnalité et qu'il lui faut des succès étrangers, même si l'opinion russe est assez rétive aux aventures lointaines. On résume la semaine en cours :

  • 1/3.- Négociation américano-russe à Genève sur les menaces acceptables de part et d'autres. Les Américains montent l'enchère sur les missiles.
  • 2/3.- Mise au clair des positions stratégiques réciproques entre l'OTAN et la Fédération de Russie en ressuscitant le COR à Bruxelles.
  • 3/3.- Rapport à l'OSCE de Vienne présidée par la Pologne, sur les positions acquises, en présence de l'Ukraine et des neutres.
  • 4/3.- Rapport informel au secrétariat du Conseil des Etats de l'Union européenne pour englober les institutions bruxelloises dans le schmliblick à la demande expresse d'Ursula von der Leyen et du président éphémère Macron.

Ce quatrième tiers n'est pas décidé à l'heure où nous rédigeons ce billet mais n'est pas douteux, sauf à vouloir humilier la France qui tient la masse d'arme financière pendant six mois : paye et tais-toi ! Mais Stoltenberg peut très bien rendre à Macron la monnaie de sa pièce sur la mort cérébrale du pacte atlantique et laisser l'UE de côté. D'ailleurs le format "Normandie" (France, Allemagne, Russie, Ukraine) n'a été retenu à aucun moment, la Russie voulant parler au patron et à lui-seul.

De mon point de vue, il ne sert à rien de discuter avec l'actuel pouvoir russe. Toute concession pour arrondir les angles sera vue comme une faiblesse l'autorisant à monter demain ses exigences. A l'inverse tout refus explicité de ses exigences sera traduit pour l'opinion russe comme une menace imminente appelant une réaction préventive. Ne comprenant que la force, il faut la leur montrer dans un total silence. Garder aussi à l'esprit que ces gens ne prospèrent que dans les crises qu'ils créent pour légitimer leur prise du pouvoir. Quelle aubaine pour eux que ce complexe du siège par l'Occident de la Fédération de Russie ! Qu'en pense monsieur Fillon ?

On notera que tant le Département d'Etat américain que le ministère russe des Affaires étrangères ont exclu dès le départ de la séquence diplomatique la participation de l'Union européenne institutionnelle pour ne pas perdre le temps en verbiage et consultations interminables. Tout se fait, se décide entre fondés de pouvoir participant aux réunions. On touche du doigt la complète impuissance du bloc dès qu'on sort du chapitre OMC. Pire : on voit aussi que chaque pays européen tout seul ne pèse rien en temps de crise grave. La promenade de Josef Borrell au Donbass marque notre sympathie aux autorités de Kiev mais ne leur donne aucune réassurance. L'Europe est à la croisée des chemins : Confédération lente à réagir et juste bonne à décaisser ou Fédération souveraine en diplomatie et à la guerre ? Pour des pays comme la France qui ont une "grandeur" à défendre, le dilemme est insoutenable : périr ou se rendre !

Encore une fois nous touchons du doigt la chimère d'une défense européenne qui n'ira jamais plus loin que la constitution d'un état-major sans troupes ni canons et qui de toute façon n'est conçue par son principal promoteur (la France) que comme une gendarmerie internationale, manœuvrant plus dans l'ordre humanitaire que dans l'intimidation de puissances. Nous n'avons aujourd'hui que les moyens d'intimider des pays mal armés. Plus gros, l'Allemagne se dérobera pour sauver les concessionnaires Mercedes. Mais pour revenir à la négociation Est-Ouest, qui ressemble de plus en plus à celle que l'on mène avec un preneur d'otages dans une banque, chacun s'aperçoit que le challenge, peut-être impossible à satisfaire, est de renvoyer Poutine dans ses "22" sans lui faire perdre la face ; sauf à vouloir la guerre qui pourrait le détruire à la fin. Poutine a sorti le gros braquemart, qui ne rentre plus maintenant dans le pantalon. Il faudrait un Talleyrand pour y mettre la main.

Postscriptum
Sur le même sujet en plus développé sur Telos : Ukraine, la guerre annoncée de Vladimir Poutine par Gilles Andréani
Sur le même sujet chez Royal-Artillerie : Le sur-bluff russe du 18.12.2021

lundi 10 janvier 2022

La faille au fond du Détroit

Petit chapeau

Ce billet a été rédigé le 15 décembre 2021 après qu'ait apparu plusieurs fois ce mois-là dans la presse diplomatique américaine l'expression "One China-One Taiwan" qui confirmait mon intuition d'une dérive diplomatique discrète plus que secrète au Département d'Etat sur la question de Taïwan. Il a été mis sur étagère en attendant le premier incident grave provoqué dans le Détroit par l'Armée populaire de Chine avant le nouvel an lunaire, mais une analyse plus fine annonce une crise économique intérieure insoutenable par le Parti, que provoquerait la réaction chimique d'une invasion éventuelle de Taïwan. La Chine est trop imbriquée aujourd'hui dans l'économie mondiale pour que la société civile accepte d'être ruinée par les caprices idéologiques d'autocrates indéboulonnables... jusqu'à preuve du contraire. Prudence est mère de sûreté, même chez les fiers-à-bras communistes. On ira de la gueule, mais sans plus, telle est du moins le pronostic de Royal-Artillerie, en attendant le démenti dans le sang et les larmes... des autres ! Le nouvel an chinois, c'est dans vingt jours. On entrera dans l'année du tigre, en plus !

aigle vs. panda

L'accord explicite de convergence sino-américaine sur l'unité de la nation chinoise résulte de plusieurs actes, après la reconnaissance diplomatique de Richard Nixon et Henry Kissinger emboîtant le pas à Charles de Gaulle :
  • Les Trois communiqués dont le premier (I) fut rédigé à Shanghaï par Richard Nixon et le Premier ministre Zhou Enlaï en 1972, stipule les positions respectives sur tous les voisins du périmètre chinois, Taïwan étant réputée incluse dans le périmètre.
    Vous pouvez le lire en cliquant ici.

    Le deuxième communiqué (II) rédigé en 1978 sépare les relations diplomatiques exclusives entre Washington et Pékin des relations commerciales, culturelles et autres que les Etats-Unis maintiendront avec Taïwan.
    Vous pouvez le lire en cliquant ici.

    Le troisième communiqué (III) de 1982 réitère la volonté de coopération dans tous les domaines, réaffirme les communiqués précédents pour Taïwan et envisage une réduction des ventes d'armes, sous réserve par ailleurs que la République populaire veuille soulager la pression sur le Détroit.
    Vous pouvez le lire en cliquant ici. Ce communiqué est suivi des Six assurances données par les Etats-Unis à Taïwan.

  • Les Six assurances à Taïwan (clic) ont été éditées par le Département d'Etat à l'intention du Congrès des Etats-Unis. Elles sont la feuille de route de toutes les administrations américaines depuis 1982, et ont été formalisées en 2016. On peut les lire ici ou les résumer comme suit :
    Elles réaffirment le Code des relations américano-taiwanaises de 1979 (TRA) (c'est presque un livre), la liberté de vendre des armes américaines à Taïwan et réaffirment la neutralité des Etats-Unis dans les relations diplomatiques sino-chinoises dans lesquelles les Etats-Unis s'interdisent d'entrer. Ce dispositif a été reconfirmé solennellement aux Etats-Unis le 4 décembre 2020.

  • Le TRA (Taiwan Relations Act), précité, est une loi du Congrès qui dispose de tous les élements de coopération avec Taïwan dans les moindres détails. Voilà, vous avez la base documentaire.

En 1998, furent ajoutés à la série les "trois non" de Bill Clinton que l'on avait connu mieux aspiré : non à l'indépendance, non à deux Chines, non à "One China-One Taiwan", en plus de la non-participation aux institutions internationales. Mais si les caciques du PCC purent frétiller d'aise, la proclamation fut un coup d'épée dans l'eau.

Depuis l'arrivée de Donald Trump aux affaires, les relations sino-américaines se sont raffraîchies sur fond de duplicité de la partie chinoise dans les domaines technologiques (espionnage caractérisé) et commerciaux (dumping généralisé). Les services américains se sont rendus compte qu'ils n'avaient plus en face d'eux la même Chine que celle avec laquelle leurs prédecesseurs avaient passés ces accords de coopération établissant un modus vivendi dont on prévoyait une amélioration à mesure que monterait le niveau de développement du géant réveillé. Le problème est que les trois acteurs parties à la dispute ont changé, le plus stable dans ses conviction restant quand même le parrain américain. A noter en passant que le Japon directement impliqué dans les hostilités n'est jamais intervenu.

Que s'est-il passé depuis les accords de 1982 ?

La situation géopolitique des années 80 était simple et très favorable à la paix. Le pouvoir chinois était affairé au décollage d'une Chine ensablée dans le soviétisme obèse des grandes corporations d'Etat. Il avait déroulé le tapis rouge aux investisseurs industriels étrangers pour gagner du temps. Les entrepreneurs taïwanais, parmi bien d'autres, s'engouffrèrent dans les programmes subventionnés ou détaxés jusqu'à constituer au Guandong de véritables villes industrielles taïwanaises. Les grands manufacturiers internationaux actuels chinois comptent nombre d'entreprises taïwanaises.
Sur l'île, c'était le Kuomintang qui tenait la barre dans l'objectif d'une réunification, à l'avantage bien sûr de ses cadres, et qui s'appuyait sur le transfert continu de technologie au continent. Le pouvoir à Pékin y avait répondu par une formule culte : un pays, deux systèmes ! De fait, s'ouvrirent des liaisons maritimes et aériennes au-dessus du détroit et on échangea des délégations et des visas pour que les populations se connaissent. Les Américains étaient enchantés ravis de voir le chemin emprunté par les Chinois des deux rives, qui allègerait bientôt le fardeau de leur présence militaire au Japon.

Puis arrivèrent au pouvoir à Taïpeh les "indigènes" qui n'avaient cure d'un quelconque anschluss à la mode communiste améliorée et revendiquaient une spécificité formosane propre à les distinguer des Foukiénois et des Cantonais de l'autre rive. On avait oublié que la prise de gage de Tchang Kaï-chek en 1949 n'était pas loin de la conquête de l'Algérie par Bugeaud, mais eux, s'en souvenaient ! En l'an 2000, la "démocratie" mettait un coup de pied dans la fourmillère diplomatique dès l'avènement de son premier chef d'Etat élu, Chen Shu-bian ! Bête noire de Pékin par ses déclarations intempestives, il sera succédé en 2008 par le candidat du Kuomitang Ma Ying-jeou et jeté en prison en 2009 pour corruption agravée. Les "affaires" allaient reprendre comme avant, sauf qu'à l'élection de 2016 c'est à nouveau le camp des "indigènes" qui revint au pouvoir en la personne de Mme Tsai Ing-Wen. Elle sait se moquer du pouvoir communiste en soutenant que l'île ne déclarera pas son indépendance puisqu'elle est indépendante de facto !

Mais de l'autre côté de l'eau les choses ont aussi changé. A partir de 2007, le clan Xi prend les rênes du parti au niveau du secrétariat central et fait de la place dans sa hiérarchie pour promouvoir Xi Jinping. Lui, comme d'autres fils de princes communistes, veut sauver le maoïsme du capitalisme débridé qu'ils ne maitrisent plus et s'invente une feuille de route hégémonique (le China Dream) pour revenir en pleine gloire aux frontières du dernier empire. Et de fixer la date de réunification, par la force si besoin, au centenaire de la fondation de la République populaire de Chine en 2049. A partir de là, les discours offensifs du président Xi Jinping et des responsables diplomatiques n'ont jamais cessé, jusqu'à l'outrance, même au ridicule parfois.

Pour les Américains, relativement bien disposés jusqu'à l'avènement de Xi Jinping à la présidence, les paramètres géopolitiques ont sérieusement bougé, la Chine populaire d'aujourd'hui n'étant plus dans l'état d'esprit de la Chine populaire d'hier, fondé sur la conciliation et la coopération économique. C'est l'affrontement qui est partout recherché par les Chinois, jusqu'à faire dire à Jean-Claude Juncker que la Chine était devenue un "rival systémique", au sens où elle travaille inlassablement à imposer son modèle dictatorial partout où c'est possible.

Arrive ensuite en 2017 le vingtième anniversaire tonitruant et militarisé de la rétrocession de Hong Kong, date encadrée de la répression sauvage de deux manifestations de jeunesse ayant convoqué chaque fois plus d'un million de Hongkongais à Victoria Park ! La première fut la révolte des parapluies de 2014, la seconde, celle de la démocratie en 2019. Terminée par la loi de sécurité nationale typiquement vague qui est désormais l'intrument de destruction massive de toute contestation, fut-elle bénigne, cette répression a eu le résultat imprévu qu'aux yeux du monde, le slogan "un pays, deux systèmes" est mort ! Outre le fait que le pouvoir chinois, défié dans sa superbe, s'est assis sur le traité international sino-britannique pour ne pas perdre la face dans l'ancienne colonie anglaise, les Américains - qui ne sont jamais intervenus à Hong Kong par aucun service parallèle - ont pris acte de ce que la partie adverse, avec laquelle ils avaient traité jadis, avait disparu et que tout revenait sur la table avec de nouveaux interlocuteurs, certainement pas de bonne foi. Certes, Anthony Blinken ne le dit pas comme ça, mais les analystes américains à Washington parlent désormais de "One China, One Taiwan" : le concept de la Chine unique a vécu ! Les Taïwanais en ont pris acte depuis longtemps, et se moquent ouvertement des Continentaux qui persistent dans une guerre civile de soixante-dix ans aujourd'hui, qui ne veut plus rien dire pour eux. Entretemps ils ont établi chez eux une démocratie du modèle de Westminster, garantissant l'alternance, et comptent bien la conserver. Et cela rend fous de rage le pouvoir chinois qui redouble sa propagande anti-nationaliste à usage intérieur.

Pour bien enfoncer le clou dans le crâne des loups guerriers qui ont cru en allant au cinéma qu'ils allaient mettre le monde à genou, Joe Biden a invité officiellement Taïwan au Sommet des Démocraties en oubliant évidemment la république tyrannique de Chine. Hurlements ! Production précipitée d'un opuscule montrant au monde effaré la supériorité en tous domaines de la démocratie à la chinoise ! Ils y croient en plus ! Tous en rient !

On assiste donc à une dérive diplomatique lente qui éloigne deux notions concurrentes depuis le début des relations sino-américaines, la reconnaissance d'une souveraineté informelle de la République populaire de Chine sur l'île de Taïwan d'une part, bien qu'elle ne l'ait jamais gouvernée ; et d'autre part, la coopération en tous domaines (sauf diplomatiques) des Etats-Unis et de Taïwan. Alors que l'intention d'origine était de laisser converger les deux postures de part et d'autre du détroit, on observe aujourd'hui leur découplage. Et se réaffirme chaque semaine l'engagement américain à défendre l'île contre toute attaque. Ce que les Continentaux ne peuvent dénoncer puisqu'ils ont accumulés des régiments d'artillerie balistique sur la côte du Foukien, unités de destruction aveugle du pays ciblé et non pas les appuis d'une éventuelle opération amphibie. Quoiqu'ils disent ou crient, ils sont contredits par les faits : l'intention est bien la destruction. Comme au Xinkiang, comme à Hong Kong, comme aux Tibets (int. et ext.), comme en Mongolie intérieure. Admonestations diveses et communiqués vengeurs du ministère chinois des Affaires étrangères sont-ils encore lus dans les chancelleries ?

Quel est le frein à l'attaque chinoise ?

Avant d'y venir, un petit rappel pour les plus distraits. La valeur stratégique de l'île de Taïwan justifie tous les efforts américains de ne pas la voir tomber dans les mains d'un régime désormais hostile, parce que la ligne de défense américaine de l'Océan pacifique nord est celle dite des îles (First Island Chain de Taïwan aux Ryukyu), qui ferment les mers de Chine méridionale et orientale entre Philippines et Japon. Formose est la plus importante en superficie et en géographie défensive, les montagnes y dépassant trois mille mètres. Conquise, l'île serait transformée en un gigantesque Gibraltar inexpugnable et menaçant la Mer des Philippines, le bassin pacifique nord-ouest et l'archipel nippon par le sud-ouest. Taïwan est la porte de l'océan.

Ceci dit, les forts en thème de la polémologie prédisent que l'affaire de Taïwan doit être bouclée en moins de quinze jours par la Chine populaire avant que le monde ne se réveille. Le risque de perdre la bataille en laissant derrière eux une île chinoise en ruines et un peuple chinois anéanti qui passeraient en boucle sur les écrans du monde entier est le premier obstacle à l'accomplissement du "rêve". Le Parti n'y survivrait pas et les dirigeants passeraient en Haute Cour juste avant les poteaux d'abattage. Si les Américains se sont laissés un peu distancer sur la zone d'effort sous les mandats Obama, ils reviennent en force et dynamisent leur allié principal, le Japon qui réarme. Si la traversée du détroit (hors période des typhons) est jouable, avec quelques pertes quand même, l'opération amphibie proprement dire sera plus ardue puisque les plages taïwanaises sont assez bien défendues et que les montagnes juste en arrière et préparées permettent d'engager sans délai la guerre hybride contre la force mécanique d'invasion. A garder à l'esprit, que la masse de manœuvre nécessairement surdimensionnée dans un réflexe impérial de supériorité tactique ne pourra être mobilisée en cachette puisque toute la zone est surveillée par les satellites et les agents au sol, et qu'on connaît en détail toutes les unités pré-positionnées jusqu'au niveau compagnie. Aucune surprise stratégique ne sera possible (voir sur RA la recension de l'analyse de Taner Greer sur la guerre de Taïwan (clic).

Les autorités taïwanaises sont prêtes à minimiser toutes les provocations qui sont quotidiennes et nombreuses pour n'apparaître jamais dans le rôle de l'agresseur, autant que la propagande chinoise s'y emploie. Nul ne connaît les plans américains de défense, ce qui est une bonne chose et vraisemblablement dissuasif vis à vis de Pékin, mais il est presque sûr qu'ils s'accompagneront d'une campagne d'ostracisation du pouvoir chinois et d'un blocage des échanges commerciaux et financiers capable de mettre à mal les usines et la classe ouvrière si l'agitation chauviniste préalable n'a pas lavé le cerveau des masses.

L'autre paramètre est l'âge des protagonistes. A 79 ans, après avoir longtemps attendu sa consécration, Joe Biden n'entend pas entrer dans l'histoire comme le président qui a laissé envahir Taïwan par les communistes, d'autant qu'il est chahuté sur le front intérieur par les radicaux démocrates et les républicains trumpiens. Il lui reste deux voire six ans à tenir ferme. On peut être sûr qu'il y pense chaque matin, surtout depuis le retrait de Kaboul. Son grand adversaire en a 68 et, si le Ciel lui est clément, il en aura 95 pour fêter le centenaire de la RPC. Il a donc le temps pour lui, mais chaque année qui passe instille en lui le doute de ne pas être celui par qui l'empire des Grands Tsings a été reconstitué. Des deux, il est paradoxalement le plus pressé tout en pâtissant de la ferveur courtisane qui entoure les autocrates, leur faisant faire des bêtises.
L'expansion chinoise soutenue par les routes de la soie est adossée à un immense pays fragile et dont l'extraordinaire démographie est très difficile à gouverner. On sait les défis intérieurs monstrueux qu'elle affronte, le dernier étant la banqueroute annoncée de la promotion immobilière qui fait 30% du Pib chinois. Mais sa faiblesse est dans la dépendance au commerce extérieur qui fait tourner ses usines et distribue les salaires sans lesquels la classe ouvrière narguée par les nouveaux riches - souvent cadres territoriaux du parti - et frustrée d'espérances se révoltera. L'autre main dans le piège est l'investissement chinois dans les banques de développement qui forment la toile d'araignée des interdépendances financières et nourrissent le Parti. La masse de manœuvre est pour longtemps dans les mains du monde capitaliste même si le yuan chinois n'est toujours pas librement convertible. Mais il n'y a pas que l'argent et la fermentation sociale. Plus largement, on commence à voir mûrir un sentiment de rejet chez des populations où les compagnies chinoises ont exagéré leur arrogance naturelle de la-race-supérieure-quoiqu'on-en-dise, et ce sentiment pourrait muter en haine pavlovienne mettant en danger cette expansion dite "win-win", quelles que soient les garanties attachées aux investissements chinois qui se trouveraient carrément "nationalisés" ou détruits par les peuples des pays-hôtes surendettés. Qui se souvient du grand pogrom d'Indonésie contre les "communistes chinois" en 1965 ?

L'histoire notera, en marge des grands évènements du XXIè siècle, un glissement sémantique chez les communautés chinoises d'outremer qui jusque dans les années 90 revendiquaient leur appartenance à la souche immémoriale la plus ancienne au monde. Ces communautés se déclaraient "chinoises" spontanément. Elles se disent aujourd'hui hongkongaises, taïwanaises, singapouriennes tout aussi spontanément. Dans d'autres pays comme la Thaïlande, la Malaisie et l'Indonésie, elles cherchent à disparaitre dans leurs patronymes et leurs mœurs. Pour les fils du Ciel, le communisme c'est aussi la honte.

Conclusion évidemment provisoire

Le pouvoir chinois a claquemuré avant Noël la cité-capitale de l'Ouest, Xian, treize millions d'habitants, pour tenir sur son axiome zéro-virus. Cette posture n'est pas tenable dans la durée avec une démographie aussi dense que la chinoise, quelles que soient les précautions obligatoires imposées par la police. La crise économique mondiale en dents de scie impacte les débouchés des manufactures qui, sauf contre-ordre ou banqueroute, devront licencier des travailleurs postés moins qualifiés, lesquels grossiront les rangs des désœuvrés - pour certains, sans abri - qui ne laisseront pas passer longtemps les Maserati du gouvernement local. On déjà vu des voitures de police retournées par la foule en province il y a quelques années, en protestation de la corruption des cadres du parti local. Plus grave, le doute court la classe moyenne quant à son avenir : le test est sa réponse aux objurgations du pouvoir à faire plus d'enfants pour sauver la pyramide des âges. La classe moyenne qui a les revenus suffisants pour couvrir la dépense associée aux enfants en Chine, ne bouge pas. A tel point que les couples cadres du Parti ont reçu instruction d'agrandir leur famille jusqu'à trois enfants. la Nomenklatura concernée va obéir pour conserver ses privilèges puisque rien n'est "volontaire" sous ce beau régime, mais la classe moyenne civile en restera à sa prospective pessimiste.
En dehors des grandes manifestations patriotiques spontanées qui concourent entre elles d'une province à l'autre pour montrer au Central combien fort est le soutien au Parti dans les territoires, l'humeur des gens n'est pas à la guerre, surtout pour une île qui finalement n'attend plus rien du continent et - à ce que les derniers voyages organisés par les agences avaient montré aux touristes chinois - vit tranquillement sans revendication aucune !
Certes nul n'est à l'abri d'une pression trop forte du complexe militaro-industriel qui saura "vendre" aux civils une victoire facile sur l'île factieuse avant que les gros cons d'Occident n'aient le temps de réagir, sachant aussi qu'une guerre extérieure gagnée légitimera toujours ce genre de régime totalitaire aux yeux du peuple abruti de propagande. Mais quand même, il reste quelques administrateurs réalistes à Zhongnanhaï pour exprimer leur doute sur une promenade de santé à portée de missiles de la VIIè flotte US, qui obéit elle-aussi aux influences de son propre complexe militaro-industriel.


drapeau de Taiwan

Taïwan est un pays indépendant qui a pour nom République de Chine, un régime créé de l'Empire finissant par le docteur Sun Yat-sen en 1912. Les chancelleries qui ont dû ouvrir ensuite les canaux diplomatiques avec la République populaire de Chine communiste, gardent aujourd'hui un œil bienveillant sur cette vraie démocratie qui ne demande que de vivre libre et en paix avec tous ses voisins.

samedi 18 décembre 2021

Le sur-bluff russe

char russe T-90

Les chancelleries occidentales sont perplexes après la publication par Moscou des exigences russes adressées au bloc de l'Ouest, préalables non-négociables à une désescalade des tensions à la frontière russo-ukrainienne. Nous résumons ces exigences :

Il y a deux destinataires distincts, les Etats-Unis et l'OTAN. Aux Etats-Unis le Kremlin demande d'exclure à l'avenir toute expansion orientale¹ de l'OTAN et la garantie qu'aucun pays de l'ancienne Union soviétique² ne sera accepté désormais au sein de l'Alliance. Aux Etats membres de l'OTAN, il est demandé de s'engager formellement à n'accepter aucun nouvel Etat dans l'Alliance, que ce soit l'Ukraine ou tout autre. Dans les deux documents, il est exigé une démilitarisation de toute la sphère d'influence soviétique existant en Europe avant mai 1997, le fameux glacis occidental. Aux yeux des Russes, cette demande aux pays membres, redoublant celle aux Etats-Unis, agit comme une réassurance au cas où un futur locataire de la Maison Blanche reviendrait sur l'accord. Pour le ministère des Affaires étrangères de Russie, le deal est bloqué, il n'est pas à la carte, c'est le texte russe ou rien (voir la note 3 en pied d'article).

Tant au Département d'Etat qu'au Foreign Office, ces exigences sont jugées inacceptables et, à la limite, bidons ; pour la simple raison que ce genre de revendications se négocient à l'abri des médiats, dans le secret des salons aux portes capitonnés. Mais ce qui les inquiète surtout, c'est que cette démarche inacceptable - et les Russes le savent - ne soit qu'un prétexte pour rameuter l'opinion intérieure en soutien d'une guerre que Vladimir Poutine déclencherait au cœur de l'hiver, afin de sauver la vieille patrie menacée de mort par le refus catégorique des Occidentaux de se tenir à distance. Il pourrait même invoquer le caractère préventif de cette nouvelle guerre à l'Ukraine pour apaiser les craintes des babouchkas de voir le sang des fils couler pour rien.

Ce qui dérange le Renseignement occidental est que la concentration de moyens militaires russes à proximité immédiate de la frontière ukrainienne se fait au vu et su de tout le monde, comme si cette manœuvre d'ampleur participait du bluff global ou, a contrario, d'un sur-bluff dans le bluff. Poutine va-t-il attaquer vraiment après avoir bluffé ? Il veut en donner toutes les apparences. Le mobile d'une otanisation prochaine de l'Ukraine tiendra-t-il ? Pour l'opinion russe sans doute, pour toutes les autres sans doute pas. Une raison très simple : l'OTAN n'incorpore pas d'Etat en guerre ouverte ou larvée avec un voisin, pour ne pas être instrumentalisée par le pays candidat (c'est le cas de Chypre et de certains Etats balkaniques). L'entrée de l'Ukraine, mais de la Géorgie tout autant, est carrément impossible. Et M. Poutine le sait, puisque une mission russe a participé à tous les travaux de l'Alliance au quartier général de Bruxelles-Haren dans le cadre d'un Conseil OTAN-Russie (COR), de 2002 à 2014.

Les réponses directes de Jens Stoltenberg, refusant de bloquer par principe aucun pays dans le futur, servent à affirmer la souveraineté pleine et entière des nations visées que ni la Russie ni aucun autre pays ne peut commander de l'extérieur. Reste à savoir la raison profonde de tout ce cirque.
- Poutine a-t-il besoin d'une guerre sur sa frontière sud ? Le front intérieur semble tenir par l'écrasement de toute opposition et l'assassinat des dissidents.
- Qu'est-il besoin de rapporter des soldats en sac depuis la frontière ?
- Les républiques-croupions du Donbass ont-elles besoin d'une guerre pour aller plus mal ?
- La péninsule de Crimée est-elle menacée par quelqu'un, surtout qu'elle est passée par pertes et profits dans toutes les chancelleries occidentales ?
- Le petit colonel du KGB (1m67) au soir de sa carrière veut-il tout simplement se payer une belle guerre à lui, montrant au monde stupéfait la résurrection de la défunte Armée rouge ?

Dernière hypothèse, l'endogamie offensive : à force de se pousser du col, de débiter en continu mensonges et provocations, de discuter entre soi, de se faire un film entre courtisans et apparatchiks, le pouvoir au Kremlin pourrait aussi se monter le bourrichon jusqu'à attaquer son voisin, se croyant un matin acculés à la guerre par un complot occidental né dans leurs cerveaux addictés à la force brute, complot facile à fabriquer, en plus pour des pros.

Ma langue au chat !



(1) Les pays "orientaux" non-OTAN susceptibles d'entrer dans l'Alliance sont la Suède, la Finlande, l'Autriche et la Serbie.
(2) Les anciens pays soviétiques "interdits" sont, outre l'Ukraine, la Moldavie, la Géorgie et l'Ossétie du Sud, l'Arménie, l'Azerbaidjan, la Biélorussie voire la Transnistrie, sans aller jusqu'en Asie centrale en zone turcique
(3) Mise au point du ministère russe des AE :
Both texts are not formulated as a menu, where it is possible to pick and choose, they reinforce one another and must be evaluated in their totality. Various aspects of the alarming situation in Europe, the Euro-atlantic, and Eurasia are covered in of themselves. We regard as important this integrated, comprehensive approach to problems in the sphere of security and the integrated, comprehensive nature of the security guarantees to the Russian Federation must be preserved (Sergei Ryabkov).


[1998°]

Articles les plus consultés