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samedi 7 novembre 2020

Nouvelles du front

Il se passe des choses intéressantes ce mois-ci. Nous en avons retenu deux. La torah électorale américaine, le retour allemand à ses fondamentaux d'après-guerre ; par lequel nous commençons.

AKK, patronne fédérale de la CDU et ministre de la défense allemande, Annegret Kramp-Karrenbauer donc, a publié sur Politico (clic) un billet définitif sur la relation transatlantique germano-américaine, la veille de la présidentielle. Une rapide lecture confirme que les vessies françaises de la défense europenne n'éclairent plus vraiment à la Chancellerie. Il y a les mots, il y a les faits. Devant la menace trumpienne, qui s'estompe un peu ces jours-ci, de réduire le corps expéditionnaire américain d'un tiers en Allemagne, le BMVg de Berlin a acheté 45 avions à capacité nucléaire Boeing F-18 Super Hornet pour emporter les bombes atomiques US de type B61. Ces avions éprouvés remplacent les Panavia Tornado en fin de vie. Quant aux Tornado restants ils seront remplacés par des EF-2000 Typhoon produits en Allemagne. Sur un programme de 93 unités, 38 viennent d'être commandés chez Airbus. La question reste de savoir si l'avion SCAF franco-allemand succèdera après 2040 à cette flotte remaniée pour la Luftwafe. A priori oui, la synergie industrielle entre les avionneurs européens est une question de vie ou de mort.

Quant aux mots, ils sont très explicites. AKK appelle de ses vœux la signature du TAFTA et tout laisse penser qu'avec le relais d'Ursula von der Leyen à laquelle elle a succédé au ministère, appuyé sur les pays européens libre-échangistes, il en sorte quelque chose d'au moins commercial ! Parallèlement, le budget militaire va atteindre bientôt le plafond magique des 2%Pib pour remettre en état des armements dont l'entretien fut négligé à divers motifs qui ne furent pas que budgétaires. Il y a un pacifisme rampant dans la classe dirigeante allemande ou rhénane pour être précis.

Cette déclaration se double de la réaffirmation d'un destin atlantique commun à l'Europe "allemande" et à l'Amérique du Nord pour la défense des valeurs de la démocratie, ce qui consolide l'OTAN autour de son principal pilier remonté en puissance, l'Allemagne. Quid de la défense européenne ? Il ne faut pas confondre "industrie d'armement européenne" et "défense commune européenne", ce que les Français se plaisent à mélanger pour brouiller une intention de leadership. L'Allemagne enterre le concept de défense autonome européenne intégrée, même alliée dans l'OTAN à d'autres, sachant qu'elle a derrière elle vingt-cinq pays de l'Union européenne ; soit tous sauf la France. Aucun état-major européen n'a envie d'obéir à l'état-major français. Aucun gouvernement européen n'a envie d'être embarqué dans une future aventure post-coloniale de la Grosse Nation. Mais de cela monsieur Macron et ses minions ne veulent rien savoir. La défense européenne est devenue une question de foi. Nous disons depuis quinze ans que nous sommes seuls dans ce défi ! L'Allemagne vient de donner le coup de gong. Terminé ! Passons aux choses moins sérieuses.


Les Etats-Unis, première puissance du monde (que nous ne voyons rattrapée par personne encore), nous offre ces jours-ci le spectacle d'élections burlesques qui nous tirent des larmes. Et Loukashenko se marre ! A l'heure où nous mettons sous presse, on fouille les corbeilles à papier à la recherche de bulletins égarés ou détruits. Le scrutin est en lui-même un sketch, chaque Etat organisant le sien, la seule chose obligatoire pour tous est que le vote se tienne le même jour, et encore y a-t-il des accomodements sur les délais de poste par endroit. Le vote est une chose, le dépouillement, qui a tout de la corvée de bois, dépasse l'entendement - on peut par exemple téléphoner à un électeur pour qu'il confirme sa signature sur l'enveloppe. A la fin (pas encore !) le vote populaire désigne les grands électeurs qui iront plus tard porter leurs voix à Washington, soit par la règle du tout ou rien, soit à la proportionnelle. Mais me direz-vous, pourquoi la classe politique américaine n'a-t-elle jamais voulu ou pu réformer un mode de scrutin venu du fin fond de l'Ouest sauvage ? Parce que la Constitution des Etats-Unis d'Amérique de 1787 est sacrée. Ce n'est pas qu'un mot, la constitution de 1787 est au niveau de la Bible, de la Torah ou du Coran. Elle ne se réécrit pas puisqu'elle fut inspirée aux pères-fondateurs par l'Esprit saint et les Lumières. On l'amende si nécessaire par codicilles.

On peut gloser sur cette religion américaine du texte fondateur de la démocratie, mais on en comprendra la sacralité si l'on considère que le pays n'a pas d'histoire. Plus justement, l'Etat-nation américain n'a pas d'histoire. Avec la Déclaration d'indépendance de 1776, la Constitution de 1787 représente les papyrus de la pyramide, les rouleaux de la Mer morte. Ils n'ont rien de plus vieux en rayon, puisque les Indiens de la Plaine n'écrivaient pas. C'est pourquoi je me gausse d'entendre les politologues payés au mois nous expliquer la réforme indispensable du système électoral américain à la mode de chez nous. Ça ne les intéresse pas. C'est leur histoire à eux. Disons pour finir que le défaut d'une longue histoire ne les prive quand même pas de monuments aux morts. Les Etats-Unis ont partout livré bataille et ce n'est pas Joe Biden qui va se retirer à l'ashram ! Le désir de défaire ce que Trump a fait le poussera à intervenir, contre son gré peut-être pour l'avoir entendu lors d'une visite de vice-président à Kaboul où il avait défini la stratégie américaine en trois mots (de mémoire) et d'une courte explication : Occupy, Rebuild, Transfer ! La courte explication disait que le but ultime de l'intervention en Afghanistan était de sanctuariser les bombes atomiques pakistanaises en évitant par tous moyens la désintégration du pays. S'il n'a pas changé, Joe Biden ne sera pas un partisan d'une empreinte américaine partout dans le monde, mais les circonstances géostratégiques l'y obligeront, sauf à réarmer le Japon pour le Pacifique Nord et l'Europe anglo-saxonne pour l'Atlantique Nord. Deux tabous.

D'autres sujets auraient mérité un échange avec le distingué lectorat de Royal-Artillerie, à commencer par l'immiscibilité de l'islam en Europe continentale ; nous n'avons pas l'expérience et le flegme du Raj britannique pour vivre avec ce doute permanent de l'agenda caché des masses tranquilles en phase de réveil. Reste la Chine et le dernier conclave du Parti communiste chinois qui a approuvé le 14è Plan quinquennal, la coercition patriotique et la trajectoire Xi Jinping dite "Vision 2035". On y reviendra fatalement.

mercredi 9 avril 2014

L'Esprit de l'horizon

Demain matin au Shangri-La Hotel de Paris se tiendra un symposium international sur l'Accord de partenariat transatlantique. Il est précédé ce soir d'un grand raout au Cercle interallié où les protagonistes viendront parler de leurs vacances de ski. L'événement a été annoncé sur LaFauteàRousseau dans la rubrique "La Patte à Catoneo" le 25 février. Il entre en archives Royal-Artillerie.

[crédit Fine Art America]

Qui se souviendrait de Hendrick van der Burch sans son tableau Les Joueurs de cartes qui récite déjà la mondialisation¹. On est en 1660. Le chapeau est en castor du Canada, le motif des carreaux de sol est chinois, le pichet en faïence de Delft imite la porcelaine de Canton, le tapis est turc, la carte marine invite à rêver, le jeune serviteur d'importation aux boucles dorées en livrée chamarrée regarde le jeu, surpris. La fillette repose son chien sur un coussin en brocart de soie italienne à l'insu de sa mère qui bluffe. Les fenêtres nous séparent de l'ailleurs qui est partout présent dans la pièce. L'officier regarde cet ailleurs d'où provient la lumière blanche de Hollande, au ras de la mer.
Nous sommes au faîte de la puissance de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Les Provinces-Unies débarrassées de la tutelle espagnole repoussent leur horizon. C'est leur Siècle d'or. Les Hollandais écriront après les Portugais une des plus belles pages d'histoire du commerce international. Les comptoirs ont disparu, l'esprit demeure.

L'horizon de l'ermite est un trait

Pour tous les autres, il bouge. Sauf à croître et embellir sur place dans un immense empire borné de montagnes et de mers comme le fit le Cathay, les nations dominantes bougent l'horizon. Irrépressible syndrome du découvreur, faim des espaces cachés, fantasmes d'immensité, richesses, épices, femmes adorables inconnues, eldorado, c'est la mondialisation annoncée. L'affaire est vieille comme la race humaine. L'homme marche, que voulez-vous.

Nos lecteurs les plus vieux se souviennent de la conquête chinoise franco-anglaise dans leurs livres d'histoire, les autres achèteront des ouvrages sur liseuse pour apprendre ce que fut la mise au joug de l'empire décadent des Grands Tsings par les barbares mécanisés que nous fûmes avant eux. On les battit au canon ; puis nous fîmes ouvrir de force leurs ports au commerce impérial jusqu'à pourrir sciemment leurs moeurs par la commercialisation de l'opium. La ratification d'accords sous la menace fut réunie sous le terme de "traités inégaux" ; et ça continue mais ici : à notre tour, nous sommes un peu les Grands Tsings du jour.

L'Europe proie

Nos empires jadis privaient de lit le soleil, l'Europe a fini de "bouger l'horizon". Elle sédimente sur place, elle vieillit et se dégrade lentement vers ce qui restera à la fin, un grand marché ouvert aux quatre vents. Sera-ce le terrain vague à tout le monde comme on le dit des filles publiques ? Non !

La fille aînée de l'Europe entend capter l'héritage décadent dès à présent pour se nourrir des derniers sucs du pré-cadavre de sa mère et ne rien laisser à ses contempteurs aussi affamés qu'elle. Elle nous force à un traité inégal, mais librement consenti par ceux qui en espèrent des avantages personnels pour eux et leurs familles. On l'appelle Accord de libre-échange transatlantique, ou Transatlantic Trade and Investment Partnership² (TTIP). Des hallucinés chantaient l'Europe de l'Atlantique à l'Oural, les Américains vont réussir l'Atlantique de Hawaï à Brest(-Litovsk) ! Même pas peur !

On parle aussitôt chez nous de boeuf aux hormones, de maïs transgénique, d'obésité et d'abêtissement culturel. A cet égard, on fait mine d'oublier certains combats réactionnaires nés aux Etats-Unis qui foisonnent maintenant sur le vieux continent pour freiner la gangrène gazeuse de nos lois. Bref, les paramètres en analyse sont nombreux. Au-delà des tracts de promotion édités par les services gouvernementaux, il serait utile, avant de continuer à brailler, de toucher du doigt ces réalités promises. Justement ça tombe bien ! On passe maintenant en mode OACI :

The Future of Transatlantic Trade sous-titré (Building an integrated transatlantic marketplace: TTIP and Beyond) est un symposium³ qui se tiendra au Shangri-La Hotel de Paris le 10 avril 2014.
Je traduis la bande-annonce :
"Tandis que la croissance des marchés économiques émergents est en train de ralentir, l'Ouest recherche des accords commerciaux régionaux tels que le TTIP entre l'UE et les Etats-Unis pour stimuler la croissance économique globale. Ce partenariat, s'il est conclu, devrait accroître le PIB global et créer des opportunités pour de nouveaux emplois. Selon le Centre de Recherche en économie politique, un accord transatlantique d'ensemble devrait accroître le PIB de l'Europe de 70 à 120 milliards d'euros et celui des Etats-Unis de 50 à 95 milliards."

Suit la liste des intervenants : Speakers
Puis l'inscription à 1290€ + TVA récupérable, si vous réglez avant le 14 mars, et 1490€ après cette date (les abonnés au Washington Post ont 30% de remise).
Coordonnées :
Dii agency - European Voice - 164 boulevard Haussmann 75008 Paris
Tel : +33 1 43 12 85 55 - Fax : +33 1 40 06 95 26
adresse email : register@europeanvoice.com

D'après les organisateurs, les questions primordiales sont au nombre de quatre :
- Quel impact attendre des élections européennes et américaines de 2014 sur les négociations transatlantiques ?
- Quels sont les obstacles possibles à cet accord ?
- Comment le TTIP affectera-t-il les émergents et le commerce mondial ?
- Quel futur pour le commerce transatlantique si l’accord n’aboutit pas ?

Il ne s'agit rien moins que d'un marché commun intégral

Cette affaire est plus importante que toutes les dérives sociétales (réversibles) et tous les reniements doctrinaux du pouvoir parisien (révocable), sans parler des élections pour de rire dont beaucoup attendent tant et qui ne changeront rien car le Système est construit contre elles.

L'accès aux salles de la négociation officielle du TTIP nous étant toujours barré, à nous et à tous autres, je suis tenté de recommander aux responsables de tout mouvement souverainiste d'envoyer son "reporter" au symposium du Shangri-La pour connaître la vérité au coeur des attentes d'acteurs économiques globaux ; cent cinquante décideurs-clés sont annoncés. Car ce ne sont pas les textes qui priment, même en droit écrit, mais la lecture qu'en font ceux qui les appliqueront. Ne pas se contenter donc du truchement de MM. Chevènement, Védrine, Quatrepoint ou Philippot ; analyser par soi-même et commenter à la source.

On peut aussi assister au pré-programme de la veille 9 avril qui réunira les principaux protagonistes du symposium au Cercle de l'Union interalliée à Paris de 17h30 à 19h00 pour 250€ seulement, sur le thème "What’s going on in Washington ?" ; pour se faire des potes.
Repousser l'horizon ? Appel aux dons.


Notes :
(1) Dix ans plus tard, Pieter De Hooch qui fut son maître et dont la cote est bien supérieure, recomposera toute la scène mais sans la 'mondialisation' dans son Couple jouant aux cartes avec une servante (clic). Pour la petite histoire, le tableau de Van der Burch était au musée de Detroit, ville ayant déclaré sa banqueroute ; il n'y est plus.
(2) Le projet de TTIP de la Commission européenne tel qu'à l'origine est ici (v.2/07/2013).
(3) Le site de l'événement au Shangri-La : Transatlantic Trade.

PS : certains sont très contre. Ils s'appellent Les moutons enragés (clic).

PPS : une réaction d'ATTAC en voirie devant le Shangri-La :




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