Il se passe des choses intéressantes ce mois-ci. Nous en avons retenu deux. La torah électorale américaine, le retour allemand à ses fondamentaux d'après-guerre ; par lequel nous commençons.
AKK, patronne fédérale de la CDU et ministre de la défense allemande, Annegret Kramp-Karrenbauer donc, a publié sur Politico (clic) un billet définitif sur la relation transatlantique germano-américaine, la veille de la présidentielle. Une rapide lecture confirme que les vessies françaises de la défense europenne n'éclairent plus vraiment à la Chancellerie. Il y a les mots, il y a les faits. Devant la menace trumpienne, qui s'estompe un peu ces jours-ci, de réduire le corps expéditionnaire américain d'un tiers en Allemagne, le BMVg de Berlin a acheté 45 avions à capacité nucléaire Boeing F-18 Super Hornet pour emporter les bombes atomiques US de type B61. Ces avions éprouvés remplacent les Panavia Tornado en fin de vie. Quant aux Tornado restants ils seront remplacés par des EF-2000 Typhoon produits en Allemagne. Sur un programme de 93 unités, 38 viennent d'être commandés chez Airbus. La question reste de savoir si l'avion SCAF franco-allemand succèdera après 2040 à cette flotte remaniée pour la Luftwafe. A priori oui, la synergie industrielle entre les avionneurs européens est une question de vie ou de mort.
Quant aux mots, ils sont très explicites. AKK appelle de ses vœux la signature du TAFTA et tout laisse penser qu'avec le relais d'Ursula von der Leyen à laquelle elle a succédé au ministère, appuyé sur les pays européens libre-échangistes, il en sorte quelque chose d'au moins commercial ! Parallèlement, le budget militaire va atteindre bientôt le plafond magique des 2%Pib pour remettre en état des armements dont l'entretien fut négligé à divers motifs qui ne furent pas que budgétaires. Il y a un pacifisme rampant dans la classe dirigeante allemande ou rhénane pour être précis.
Cette déclaration se double de la réaffirmation d'un destin atlantique commun à l'Europe "allemande" et à l'Amérique du Nord pour la défense des valeurs de la démocratie, ce qui consolide l'OTAN autour de son principal pilier remonté en puissance, l'Allemagne. Quid de la défense européenne ? Il ne faut pas confondre "industrie d'armement européenne" et "défense commune européenne", ce que les Français se plaisent à mélanger pour brouiller une intention de leadership. L'Allemagne enterre le concept de défense autonome européenne intégrée, même alliée dans l'OTAN à d'autres, sachant qu'elle a derrière elle vingt-cinq pays de l'Union européenne ; soit tous sauf la France. Aucun état-major européen n'a envie d'obéir à l'état-major français. Aucun gouvernement européen n'a envie d'être embarqué dans une future aventure post-coloniale de la Grosse Nation. Mais de cela monsieur Macron et ses minions ne veulent rien savoir. La défense européenne est devenue une question de foi. Nous disons depuis quinze ans que nous sommes seuls dans ce défi ! L'Allemagne vient de donner le coup de gong. Terminé ! Passons aux choses moins sérieuses.
Les Etats-Unis, première puissance du monde (que nous ne voyons rattrapée par personne encore), nous offre ces jours-ci le spectacle d'élections burlesques qui nous tirent des larmes. Et Loukashenko se marre ! A l'heure où nous mettons sous presse, on fouille les corbeilles à papier à la recherche de bulletins égarés ou détruits. Le scrutin est en lui-même un sketch, chaque Etat organisant le sien, la seule chose obligatoire pour tous est que le vote se tienne le même jour, et encore y a-t-il des accomodements sur les délais de poste par endroit. Le vote est une chose, le dépouillement, qui a tout de la corvée de bois, dépasse l'entendement - on peut par exemple téléphoner à un électeur pour qu'il confirme sa signature sur l'enveloppe. A la fin (pas encore !) le vote populaire désigne les grands électeurs qui iront plus tard porter leurs voix à Washington, soit par la règle du tout ou rien, soit à la proportionnelle. Mais me direz-vous, pourquoi la classe politique américaine n'a-t-elle jamais voulu ou pu réformer un mode de scrutin venu du fin fond de l'Ouest sauvage ? Parce que la Constitution des Etats-Unis d'Amérique de 1787 est sacrée. Ce n'est pas qu'un mot, la constitution de 1787 est au niveau de la Bible, de la Torah ou du Coran. Elle ne se réécrit pas puisqu'elle fut inspirée aux pères-fondateurs par l'Esprit saint et les Lumières. On l'amende si nécessaire par codicilles.
On peut gloser sur cette religion américaine du texte fondateur de la démocratie, mais on en comprendra la sacralité si l'on considère que le pays n'a pas d'histoire. Plus justement, l'Etat-nation américain n'a pas d'histoire. Avec la Déclaration d'indépendance de 1776, la Constitution de 1787 représente les papyrus de la pyramide, les rouleaux de la Mer morte. Ils n'ont rien de plus vieux en rayon, puisque les Indiens de la Plaine n'écrivaient pas. C'est pourquoi je me gausse d'entendre les politologues payés au mois nous expliquer la réforme indispensable du système électoral américain à la mode de chez nous. Ça ne les intéresse pas. C'est leur histoire à eux. Disons pour finir que le défaut d'une longue histoire ne les prive quand même pas de monuments aux morts. Les Etats-Unis ont partout livré bataille et ce n'est pas Joe Biden qui va se retirer à l'ashram ! Le désir de défaire ce que Trump a fait le poussera à intervenir, contre son gré peut-être pour l'avoir entendu lors d'une visite de vice-président à Kaboul où il avait défini la stratégie américaine en trois mots (de mémoire) et d'une courte explication : Occupy, Rebuild, Transfer ! La courte explication disait que le but ultime de l'intervention en Afghanistan était de sanctuariser les bombes atomiques pakistanaises en évitant par tous moyens la désintégration du pays. S'il n'a pas changé, Joe Biden ne sera pas un partisan d'une empreinte américaine partout dans le monde, mais les circonstances géostratégiques l'y obligeront, sauf à réarmer le Japon pour le Pacifique Nord et l'Europe anglo-saxonne pour l'Atlantique Nord. Deux tabous.
D'autres sujets auraient mérité un échange avec le distingué lectorat de Royal-Artillerie, à commencer par l'immiscibilité de l'islam en Europe continentale ; nous n'avons pas l'expérience et le flegme du Raj britannique pour vivre avec ce doute permanent de l'agenda caché des masses tranquilles en phase de réveil. Reste la Chine et le dernier conclave du Parti communiste chinois qui a approuvé le 14è Plan quinquennal, la coercition patriotique et la trajectoire Xi Jinping dite "Vision 2035". On y reviendra fatalement.
AKK, patronne fédérale de la CDU et ministre de la défense allemande, Annegret Kramp-Karrenbauer donc, a publié sur Politico (clic) un billet définitif sur la relation transatlantique germano-américaine, la veille de la présidentielle. Une rapide lecture confirme que les vessies françaises de la défense europenne n'éclairent plus vraiment à la Chancellerie. Il y a les mots, il y a les faits. Devant la menace trumpienne, qui s'estompe un peu ces jours-ci, de réduire le corps expéditionnaire américain d'un tiers en Allemagne, le BMVg de Berlin a acheté 45 avions à capacité nucléaire Boeing F-18 Super Hornet pour emporter les bombes atomiques US de type B61. Ces avions éprouvés remplacent les Panavia Tornado en fin de vie. Quant aux Tornado restants ils seront remplacés par des EF-2000 Typhoon produits en Allemagne. Sur un programme de 93 unités, 38 viennent d'être commandés chez Airbus. La question reste de savoir si l'avion SCAF franco-allemand succèdera après 2040 à cette flotte remaniée pour la Luftwafe. A priori oui, la synergie industrielle entre les avionneurs européens est une question de vie ou de mort.
Quant aux mots, ils sont très explicites. AKK appelle de ses vœux la signature du TAFTA et tout laisse penser qu'avec le relais d'Ursula von der Leyen à laquelle elle a succédé au ministère, appuyé sur les pays européens libre-échangistes, il en sorte quelque chose d'au moins commercial ! Parallèlement, le budget militaire va atteindre bientôt le plafond magique des 2%Pib pour remettre en état des armements dont l'entretien fut négligé à divers motifs qui ne furent pas que budgétaires. Il y a un pacifisme rampant dans la classe dirigeante allemande ou rhénane pour être précis.
Cette déclaration se double de la réaffirmation d'un destin atlantique commun à l'Europe "allemande" et à l'Amérique du Nord pour la défense des valeurs de la démocratie, ce qui consolide l'OTAN autour de son principal pilier remonté en puissance, l'Allemagne. Quid de la défense européenne ? Il ne faut pas confondre "industrie d'armement européenne" et "défense commune européenne", ce que les Français se plaisent à mélanger pour brouiller une intention de leadership. L'Allemagne enterre le concept de défense autonome européenne intégrée, même alliée dans l'OTAN à d'autres, sachant qu'elle a derrière elle vingt-cinq pays de l'Union européenne ; soit tous sauf la France. Aucun état-major européen n'a envie d'obéir à l'état-major français. Aucun gouvernement européen n'a envie d'être embarqué dans une future aventure post-coloniale de la Grosse Nation. Mais de cela monsieur Macron et ses minions ne veulent rien savoir. La défense européenne est devenue une question de foi. Nous disons depuis quinze ans que nous sommes seuls dans ce défi ! L'Allemagne vient de donner le coup de gong. Terminé ! Passons aux choses moins sérieuses.
Les Etats-Unis, première puissance du monde (que nous ne voyons rattrapée par personne encore), nous offre ces jours-ci le spectacle d'élections burlesques qui nous tirent des larmes. Et Loukashenko se marre ! A l'heure où nous mettons sous presse, on fouille les corbeilles à papier à la recherche de bulletins égarés ou détruits. Le scrutin est en lui-même un sketch, chaque Etat organisant le sien, la seule chose obligatoire pour tous est que le vote se tienne le même jour, et encore y a-t-il des accomodements sur les délais de poste par endroit. Le vote est une chose, le dépouillement, qui a tout de la corvée de bois, dépasse l'entendement - on peut par exemple téléphoner à un électeur pour qu'il confirme sa signature sur l'enveloppe. A la fin (pas encore !) le vote populaire désigne les grands électeurs qui iront plus tard porter leurs voix à Washington, soit par la règle du tout ou rien, soit à la proportionnelle. Mais me direz-vous, pourquoi la classe politique américaine n'a-t-elle jamais voulu ou pu réformer un mode de scrutin venu du fin fond de l'Ouest sauvage ? Parce que la Constitution des Etats-Unis d'Amérique de 1787 est sacrée. Ce n'est pas qu'un mot, la constitution de 1787 est au niveau de la Bible, de la Torah ou du Coran. Elle ne se réécrit pas puisqu'elle fut inspirée aux pères-fondateurs par l'Esprit saint et les Lumières. On l'amende si nécessaire par codicilles.
On peut gloser sur cette religion américaine du texte fondateur de la démocratie, mais on en comprendra la sacralité si l'on considère que le pays n'a pas d'histoire. Plus justement, l'Etat-nation américain n'a pas d'histoire. Avec la Déclaration d'indépendance de 1776, la Constitution de 1787 représente les papyrus de la pyramide, les rouleaux de la Mer morte. Ils n'ont rien de plus vieux en rayon, puisque les Indiens de la Plaine n'écrivaient pas. C'est pourquoi je me gausse d'entendre les politologues payés au mois nous expliquer la réforme indispensable du système électoral américain à la mode de chez nous. Ça ne les intéresse pas. C'est leur histoire à eux. Disons pour finir que le défaut d'une longue histoire ne les prive quand même pas de monuments aux morts. Les Etats-Unis ont partout livré bataille et ce n'est pas Joe Biden qui va se retirer à l'ashram ! Le désir de défaire ce que Trump a fait le poussera à intervenir, contre son gré peut-être pour l'avoir entendu lors d'une visite de vice-président à Kaboul où il avait défini la stratégie américaine en trois mots (de mémoire) et d'une courte explication : Occupy, Rebuild, Transfer ! La courte explication disait que le but ultime de l'intervention en Afghanistan était de sanctuariser les bombes atomiques pakistanaises en évitant par tous moyens la désintégration du pays. S'il n'a pas changé, Joe Biden ne sera pas un partisan d'une empreinte américaine partout dans le monde, mais les circonstances géostratégiques l'y obligeront, sauf à réarmer le Japon pour le Pacifique Nord et l'Europe anglo-saxonne pour l'Atlantique Nord. Deux tabous.
D'autres sujets auraient mérité un échange avec le distingué lectorat de Royal-Artillerie, à commencer par l'immiscibilité de l'islam en Europe continentale ; nous n'avons pas l'expérience et le flegme du Raj britannique pour vivre avec ce doute permanent de l'agenda caché des masses tranquilles en phase de réveil. Reste la Chine et le dernier conclave du Parti communiste chinois qui a approuvé le 14è Plan quinquennal, la coercition patriotique et la trajectoire Xi Jinping dite "Vision 2035". On y reviendra fatalement.

