jeudi 29 avril 2021

Le Poupoutche

Ce qui est intéressant dans la Tribune des vingt généraux en colère est moins le texte de la lettre très convenu mais intéressant à plus d'un titre (clic), que la nature des réactions déclenchées. La lettre, signée par onze cents soldats de tous grades, exprime aujourd'hui le mécontentement d'un corps constitué dans sa section "Pensionnés", après le soulèvement du peuple en anarchie que furent les Gilets Jaunes, soulèvement qui fut éteint par dilution politicienne et découragement à hauteur d'yeux. La méthode Castaner n'est pas applicable à des officiers et sous-officiers de l'armée, sauf à prendre un pari dangereux sur l'avenir. C'est sans doute ce qui a fait peur à certains membres du pouvoir, peu doués pour les analyses socio-politiques, qui en sont même venus à utiliser la logorrhée gaullienne du Quarteron en souvenir du putsch des généraux de 1961 qui, lui, n'était pas de la frime. Agnès Pannier-Runacher s'est ainsi inscrite dans la page d'histoire du jour avec un quarteron de généraux en charentaises (pas si mal trouvé), défaisant par cette saillie bien des efforts à maintenir l'artisanat de la pantoufle en Périgord. Ministre agitée des fermetures d'usines, elle avait un creux dans l'agenda pourtant fourni en ces temps de crise. Mais c'est plutôt la réaction de la ministre de tutelle Florence Parly qui pose problème :

Elle dégaine d'entrée pour incitation à l'insurrection ! C'est beaucoup ! En ces circonstances, il aurait mieux valu prendre la peine de lire le texte soigneusement, aussi soigneusement qu'il a été rédigé par Jean-Pierre Fabre-Bernadac pour publication dans Valeurs Actuelles. Pourquoi VA ? Peut-être que la presse subventionnée aurait refusé de mettre en péril ses subsides d'Etat ? Les signataires dénoncent une sécurité générale très détériorée et expriment leur écœurement sur les conditions de vie faites à des populations françaises abandonnées par les pouvoirs publics. Rien qui justifie une assignation, sur la base de quelle loi d'ailleurs ? Encore moins une insulte à la face des militaires d'active, comme le proclame la ministre qui cherche l'élément de langage qui ira bien, en vain. Mme Parly aurait pu s'évader de la bulle technocratique et réfléchir à une réponse plus "maternaliste", faisant part de son émotion, manifestant l'injustice de ces assertions à l'endroit d'un gouvernement qui ne cesse d'augmenter les moyens affectés à la guerre, expliquant etc... etc... etc. Non ! Arrogance type SNCF. Elle a joué petit jeu. Et ce n'était même pas son département de pouvoir qui était attaqué.

Gal Martinez


Jean Castex s'est méfié du bâton merdeux plus facile à prendre qu'à lâcher, du moins en public, et son collègue de l'Intérieur, confronté chaque matin au caillassage de ses forces de police, a pris le parti d'ignorer. Les carences de l'Exécutif, ils les vivent quotidiennement et ne seraient pas loin d'approuver la lettre ouverte des généraux s'ils ne mettaient pas en danger de fragiles équilibres politiques en année électorale. Des réticences il y en d'autres. A commencer par les généraux qui dénoncent ces choses depuis longtemps mais qui n'ont pas signé ; même si on devine qu'ils furent sollicités. Bertrand Soubelet, général de la Gendarmerie sanctionné par le ministre Valls, aujourd'hui vice-président du parti Objectif France (Rafik Smati) ; Didier Tauzin, général parachutiste entré en politique sous son mouvement Rebâtir la France ; l'ancien chef d'état-major Pierre de Villiers, attendu comme Godot, mais qui à la fin ne viendra pas, quoiqu'en pense son frère Philippe. Deux képis "politiques" ont malgré tout fait un pas en avant : Antoine Martinez (en photo), général d'aviation, président des Volontaires Pour la France, et Christian Piquemal, général de la Légion, dont on ne parle plus depuis qu'il s'est fait embarqué par la BAC de Calais sur ordre de la sous-préfecture. Mais quand on sait la pyramide hiérarchique de l'armée mexicaine française, cela fait au bout du compte peu d'étoiles sur la piste aux reproches !

Côté opposition, c'est l'effroi ! surjoué par Mélenchon le chaviste, Hamon le dhimmi, Cocquerel l'insoumis payé au mois, et jusqu'à Pierre Laurent (PCF) qui, abandonnant toute mesure, appelle à ce que "les vingt généraux, signataires d'un appel à une intervention militaire, soient poursuivis et condamnés par la Justice". On ne se refait pas, la condamnation serait inéluctable avec le Parti au pouvoir. De son côté, Marine Le Pen fait une offre de service légitime, même si M. Fabre-Bernadac s'en irrite, dès lors qu'elle sait qu'une forte proportion de cadres subalternes des armées votent pour le Front national - RN. Sur le fond, la sémantique, ce blogue n'a rien à ajouter, n'étant pas un fanzine de l'indignation. Ses lecteurs sont mieux au courant que le Piéton des vicissitudes de ces temps complètement républicains. Aussi briserons-nous là, sauf à prévenir les enthousiastes que rien ne viendra de nos généraux. A-t-on déjà vu un coup d'Etat téléphonné ? En attendant l'active, restera en mémoire l'honneur sauvegardé de ceux qui, il y a soixante ans ce mois-ci, n'ont pas envoyé une lettre de remontrances : Jouhaud, Challe, Zeller, Salan, mais surtout les chefs de corps des unités d'engagés qui refusèrent la grande braderie gaulliste.
« De Dunkerque à Tamanrasset... » qu'ils disaient ! Ça avait une autre gueule !

mardi 27 avril 2021

Chloé au Pays des Mensonges

Chloé Zhao Ting


Chloé Zhao Ting, meilleure cinéaste primée aux Oscars d'Hollywood cette année pour son film Nomadland, déplaît au Parti souverain. Fille de Pékin, envoyée à Londres à l'âge de quinze ans pour y faire ses études, puis admise à l'université à New-York, elle avait dit, il y a huit ans déjà, dans une déclaration dont on n'a pas l'original complet, qu'en son pays natal jadis le mensonge était partout, juste au moment de l'arrivée du Princeling Xi Jinping au pouvoir suprême - Que Caishen le couvre de sapèques !

Une heure après sa victoire aux Oscars, le réseau Weibo faisait disparaître tous les messages enthousiastes la concernant et le hashtag #Zhao renvoyait à un avis officiel que l'on peut traduire par "selon les lois, règlements et directives en vigueur, cette page n'est pas accessible". Ci et là, comme à Shanghaï, la retransmission de la cérémonie a été sabotée. Pis encore, le film est une histoire américaine au sein du peuple des caravanes de l'Ouest, qui n'a rien à voir avec l'Empire du milieu et n'induit pas de critiques sur la société chinoise actuelle. Comble du ridicule, la nouvelle de sa victoire a été retenue dans la presse numérique chinoise le temps pour elle de recevoir les instructions officielles de diffusion. La Stasi en avait rêvé, le Parti communiste chinois l'a fait !

Et pourtant, c'était en soi un évènement. Hollywood décerne très rarement le prix de meilleur réalisateur en dehors de la profession américano-américaine, à une femme étrangère en plus ; et Chloé Zhao a osé dire son remerciement en mandarin, alors qu'une ambiance délétère anti-chinoise parcourt les Etats-Unis depuis la fuite du laboratoire P4 de Wuhan. En fait, c'est son Golden Globe d'il y a un mois qui a alerté les gnomes communistes et leur armée de trolls. Tout matériau promotionnel de Nomadland en Chine avait déjà été censuré, et jusqu'à Hong Kong, où la retransmission de la cérémonie des Oscars a été bloquée sous quelque faux prétexte commercial, en réalité pour obéir aux injonctions de la Connerie centrale.

Last but not least, la fiche biographique de Zhao Ting est sortie des encyclopédies numériques chinoises. Mais ce vieux truc stalinien d'effacer les dissidents ne marche plus. La lauréate n'a jamais dit qu'elle détestait la Chine et faisons confiance au Renseignement intérieur chinois pour l'avoir cherché, mais il a suffi d'une phrase sortie de son contexte pour que l'Etat chinois attaque un succès qui n'est pas sorti de ses rangs ! Et ils croient qu'ils vont dominer le monde avec leur bureaucratie qui stérilise tout risque pris hors d'elle ? La Bêtise tue plus sûrement l'autorité que les balles quand elle avance de conserve au bras du Ridicule.

lundi 26 avril 2021

Le Réveil de Dilsey

Qui, s'abandonnant au plaisir de lire et d'écrire, n'a jamais eu la folle ambition de structurer son passe-temps dans la publication de son imaginaire sous la forme d'un roman, forcément autobiographique un peu sur les bords, quitte à la fin à donner "son" bouquin invendable, imprimé à compte d'auteur, à la famille et le reste à l'héritage ? Retiré des affaires, le Piéton s'est laissé convaincre par le démon de l'écriture au moins trois fois, un roman de triade entre la rivère des Perles et le phare d'Agincourt, un scénario de road-movie entre Châteauroux et Poissy, et les aventures immorales de deux sicarios d'une entreprise internationale de prêts bonifiés sans confirmations. Ce troisième est en cours, les mecs sont en fuite à Port-Moresby et ne veulent toujours pas mourir ! Qu'importe, à défaut d'entendre dire un jour que vous êtes bien l'auteur-qu'on-cause-pour-le-prix-qu'on-court, vous vous rabattrez sur un fanzine littéraire ou sur un blogue, en vous appliquant un peu. Jusqu'au jour du réveil de Dilsey ! Là, toute vanité qui aurait survécu aux réalités sera purgée bien plus sûrement que dans l'Ecclesiaste, et vous vous contenterez d'écrire de petits billets, laissant Marcel Proust dormir tranquille.

Mama noire fumant

« 8 avril 1928 - Le jour se levait, triste et froid, mur mouvant de lumière grise qui sortait du nord-est et semblait se fondre en vapeurs humides, se désagréger en atomes tenus et vénéneux, comme de la poussière, précipitant moins une humidité qu'une substance voisine de l'huile légère, incomplètement congelée. Quand Dilsey, ayant ouvert la porte de sa case, apparut sur le seuil, elle eut l'impression que des aiguilles lui transperçaient la chair latéralement. Elle portait un chapeau de paille noire, perché sur son madras,et, sur une robe de soie violette, une cape en velours lie de vin, bordée d'une fourrure anonyme et pelée. Elle resta un moment sur le seuil, son visage creux insondable levé vers le temps, et une main décharnée, plate et flasque comme un ventre de poisson, puis elle écarta sa cape et examina son corsage.
Sa robe, de teinte royale et moribonde, lui tombait des épaules en plis mous, recouvrait les seins affaissés, se tendait sur le ventre pour retomber ensuite légèrement ballonnée par-dessus les jupons qu'elle enlevait un à un suivant la marche du printemps et des jours chauds. Elle avait été corpulente autrefois, mais, aujourd'hui, son squelette se dressait sous les plis lâches d'une peau vidée qui se tendait encore sur un ventre presque hydropique. On eût dit que muscles et tissus avaient été courage et énergie consumés par les jours, par les ans, au point que, seul, le squelette invincible était resté debout, comme une ruine ou une borne, au-dessus de l'imperméabilité des entrailles dormantes. Ce corps était surmonté d'un visage affaissé où les os eux-mêmes semblaient se trouver en dehors de la chair, visage qu'elle levait vers le jour commençant avec une expression fataliste et surprise à la fois, comme un visage d'enfant désappointé, jusqu'au moment où, s'étant retournée, elle rentra dans sa case dont elle ferma la porte.»
(Le Bruit et la Fureur de William Faulkner dans la traduction de Maurice-Edgard Coindreau, moulée à la main sur l'original avec la précision mathématique du français)


Et en direct de Yoknapatawpha, l'immortel Mississipi John Hurt :


dimanche 25 avril 2021

Agnosticisme et royalisme

Le Piéton vient ce dimanche au zinc du Blogue faire un peu de philosophie de comptoir. J'ai toujours été surpris du nombre de royalistes qui, les présentations finies, s'affirmaient agnostiques mais pratiquaient la religion de nos rois quand les circonstances l'exigaient. A creuser un peu, on devine qu'ils sont des monarchistes de raison convaincus et souvent plus affûtés dans leur argumentaire en faveur du roi que les autres royalistes. Ils regrettent au fond d'eux-mêmes de ne pas croire au mystère qui embellirait le modèle idéal d'une lumière surnaturelle.

Cette distance posée par le doute s'applique au roman de l'histoire monarchique depuis la colombe de Clovis jusqu'au vœu de consécration de la France au Sacré-Cœur de Jésus par Louis XV, ce qui, en passant, nous vaudra l'église Sainte-Geneviève, récupérée à la Révolution pour devenir le Panthéon de la République. L'autre champ d'exercice de ce scepticisme métaphysique s'applique à toutes les manifestations de la Providence, convoquée à tous motifs et desseins pour réparer les dommages causés par la nation au roi quand ce n'est pas l'inverse.

Nul ne peut démontrer que la Providence agit ou ne peut agir, ou sinon, qu'elle soit un concept produit par l'esprit des hommes. Cette indécision dans les causes à l'origine de changements divers définit assez bien les agnostiques - on ne parlera pas des athées qui n'ont aucun problème en l'affaire, relire Nietzsche et périr. En matière de religion, il en est de deux sortes :

(1) L'agnostique radical qui pense que la foi est irrationnelle, sans préjuger de l'existence ou de l'inexistence de Dieu qui le dépasse. Contrairement à l'athée, il est toujours sur le qui-vive pour capter tout signal faible de cette présence qui résoudrait son doute pour son plus grand bonheur. Dans la définition qu'Henry Duméry donne à l'encyclopédie Universalis, l'agnosticisme désigne soit les doctrines qui, sans récuser un ordre de réalité inaccessible aux sens ou à la froide raison, estiment qu'aucun moyen de le connaître ne nous est offert au moment ; soit les doctrines qui soutiennent que l'inconnaissable, échappant à tout jugement, échappe à celui d'existence : il n'y a pas lieu de réserver l'existence de ce qui ne peut être objet de science. Dans la pratique, l'agnosticisme est synonyme de scepticisme en matière philosophique ou religieuse. Tout est dit quand on lit lentement, on ne va pas chipoter.

(2) Le deuxième est l'agnostique terrifié (ou cosmique) qui reconnaît un principe inexplicable et autonome à l'origine de l'univers (il va plus loin que le boson de Higgs sans même parler des frères Bogdanoff) et ne conçoit pas de s'adresser d'aucune façon à cette hyperpuissance d'un autre monde. D'ailleurs bizarrement, l'évangéliste Jean nous précise que personne n'a jamais vu Dieu (1:18). Le Piéton, plutôt terrifié, milite pour que les docteurs en théologie obtiennent préalablement un master de physique quantique afin d'ouvrir l'angle d'acquisition de la lumière divine sans être foudroyés comme Uzza sur le chemin de Nacon. Ce n'est pas ironique, la foi a besoin de s'user contre les grands mystères de l'astrophysique.

flash du Big Bang

Il existe d'autres postures agnostiques. Celle d'un Charles Maurras qui promouvait l'utilité des dieux dans la construction intellectuelle et morale de chacun et dans la pacification des sociétés humaines. Il privilégiait la mythologie grecque qui était la trame de la morale classique, applicable aux hommes de toutes époques mais il gardait ses distances de mortel envers l'Olympe, en se souvenant de Tirésias, quoiqu'il aurait pu guérir de sa surdité ! Plus proches de nous, des esprits tourmentés par l'affaissement de l'Europe dans la mondialisation réinventent le polythéisme païen, en oubliant que la Communion des saints de l'Eglise catholique est l'avatar utile de ce panthéon antique qui avait réponse à tout à sa manière. Nous avons un saint pour tout, même pour retrouver sa paire de lunettes égarée près du piano.

Ceux des royalistes qui croient au Dieu tout-puissant et attentif à chacun de nous, Qui par Son fils conduit nos affaires du quotidien, sont rassurés de savoir qu'Il est aussi inquiet qu'eux quant au devenir de la monarchie très chrétienne en France. Et à défaut de Le voir, le croyant Le sent partout actif. D'un côté c'est bien pratique. Une sorte de dévolution, certains diront de déresponsabilisation. Est-ce vraiment œuvrer au retour du roi que d'en confier l'avènement au dessein de la Providence ? Peut-être trop facile ! Démobilisateur ! Les limites à l'expansion du providentialisme au sein du Roycoland sont posées par les partis royalistes rangés derrière le prétendant de leur choix. Militer, pour eux, ne peut s'organiser à partir d'injonctions plus ou moins perceptibles en concentrant l'essentiel de l'énergie dans la prière et les supplications. Les mouvements doivent "positiver" pour survivre. Finalement leur continuation prime tout et cela vaut mieux, quand on compte. Vingt-cinq semaines d'années bientôt nous séparent de la chute du dernier roi (21 du dernier empereur) et les perspectives de restauration d'une monarchie en France tangentent l'infini. Aussi, faire carrière dans le royalisme est un emploi de longue durée indéterminée qui peut combler une vie d'homme, celle de ses enfants et petits-enfants. Mon arrière-arrière-grand-père Estoueno de Nébian était un cul-blanc du Midi attendant le retour de l'Elu ! A son âge avancé aujourd'hui, je l'attends à mon tour ! Le providentialisme par essence n'a nul besoin de militants mais d'orants. Pour l'agnostique, il repousse dans la nuit d'un futur improbable la réalisation du rêve royaliste. Est-ce la juste définition ? C'est une simple question.
Siouplé ? Remettez-nous ça !

vendredi 23 avril 2021

Tous à la BAD !

bergerie

Jamais en retard d'un combat perdu d'avance, le royaliste de base renforcera la lutte d'intelligence contre la connerie en bottes de fer représentée par l'association Manche Nature de Coutances, en souvenir de Rodolphe Crevelle, parti trop tôt. De quoi est-ce donc qu'il s'agit, hein ? Ultra-simple :

Un éleveur d'agneaux bio des herbus salés avec vue sur le Mont Saint-Michel, entre le Bec d'Andaine et la Pointe du Grouin du sud, a construit dans les années 2000 une bergerie basse tout en bois pour abriter ses brebis le soir, veiller à l'agnelage et démarrer les agneaux au chaud. Le mode d'élevage naturel à taille humaine a été cité en exemple par la Chambre d'Agriculture et par plusieurs associations de surveillance des sites du Mont. Le préfet de l'époque, Jean-Marc Sabathé, jugeait la bergerie démontable en bois, adaptée à son environnement et pas un "hangar moche en métal". Sauf que l'édifice, aussi intégré soit-il entre les haies et peu visible, mesure mille mètres-carrés, en excès donc sur les dispositions de la loi Littoral. François Cerbonney argue du confort de ses bêtes pour justifier la surface, mais le kaporalisme écologiste n'en a voulu rien savoir et a dégainé en justice. Parmi les attendus de l'association on notera l'atteinte portée à la démocratie par les élus locaux qui ont amendé la loi au bénéfice d'un justiciable et la rupture d'égalité constatée par les faveurs coupables faites par le maire au berger, lequel serait-y pas plus ou moins un parent éloigné du sénateur de la Manche, disent les mauvaises langues qui n'ont pas de prés salés.
Sans oublier la petite mention égalitariste du connard d'astreinte ailleurs : « Enfin il ne faut pas oublier le problème économico-social d'un produit certes bon, mais rare (ndlr: il parle de l'agneau de pré-salé dans l'assiette), donc cher, donc accessible à peu de gens. ».

Entre le président de Manche-Nature, le sénateur Bizet et le président du TGI, c'est le concours de celui qui a la plus longue. Le juge d'exécution des peines avait donné jusqu'au 19 avril pour démonter la bergerie. François Cerbonney s'entête pour produire la meilleure qualité possible dans les conditions idéales pour le produit - c'était le leit-motiv de son projet au départ. Il est à 250 mètres de l'estran et pense, comme nous, que les dispositions de la loi Littoral visent l'urbanisation des bords de mer plutôt que des intallations techniques auxquelles s'adossent des activité d'entretien de certains espaces fragiles - les moutons sont le meilleur désherbant qui existe et leur déjections un fumier naturel - relire l'histoire des drailles cévenoles. Bref ! Ayant perdu en appel, le berger déclare sa bergerie, zone à défendre contre la connerie humaine, et ça nous va.

Avant de vous inviter à le rejoindre dans sa lutte, signalons une fois encore que toutes ces lois jacobines d'application générale sans discernement sont bien inférieures aux coutumes locales des temps anciens quand il s'agit de défendre le bien commun. L'égalitarisme est un bêtise française. Encore un truc révolutionnaire que le monde entier nous envie sans jamais nous l'acheter !

C'est le maire de Genêts qui a le dernier mot :

« Je considère qu’avec la qualité de son travail, son savoir faire et le rôle indispensable des troupeaux pour l’équilibre naturel de la baie, François Cerbonney et sa bergerie font partie d’un patrimoine qu’il faut préserver. Les lois sont parfois incohérentes, c’est mon rôle d’élue de le dénoncer.»
Catherine Brunaud-Rhyn



mouton du Mont Saint-Michel

La Bergerie Aude François
François Cerbonney
Le Grand Port
50300 Vains-Saint-Léonard
agneaux at pres-sales.com

mercredi 21 avril 2021

Bon voyage Idriss !

Idriss Déby

Idriss Déby, maréchal-président du Tchad, a été mortellement touché hier lors d'un accrochage de son armée avec les rebelles du FACT, Front pour l’alternance et la concorde, à Nokou (300km nord de N'Djamena). La fiche Wikipedia cerne le personnage hors du commun, et les officines spécialisées nous donneront le RETEX demain. Charité bien ordonnée nous invite à évaluer l'impact sur l'efficacité de l'opération Barkhane au Sahel et Le Télégramme propose un raccourci où il y a tout : « Contestée au Sahel, la présence militaire (de la France) risque, comme, en 2019, après le bombardement des Mirage, de l’être ouvertement au Tchad, maintenant que Déby est mort. Un de ses fils, général 4-étoiles à 37 ans, commandant la Garde présidentielle, a été désigné chef d’État par intérim par un conseil militaire qui a promulgué une "charte de transition", dissout le gouvernement et l’Assemblée nationale en annonçant des élections dans dix-huit mois. Barkhane et son état-major établi à N’Djamena se retrouvent du jour au lendemain, allié d’une junte sur la défensive, qui n’a pas la légitimité du président défunt, qui était déjà très contesté, sinon haï, sans que le gouvernement français en tienne compte. Du coup, les autorités françaises risquent d’être accusées par la population de soutenir la dynastie Déby et les militaires tchadiens désormais au pouvoir, plus enclins à renforcer leurs effectifs pour le garder en cas d‘émeutes, plutôt que disperser ses troupes à l’extérieur du pays pour mener une guerre contre le terrorisme qui n’est peut-être plus leur priorité ».

L'armée tchadienne d'Idriss Déby a été jusqu'ici le meilleur soutien de la force Barkhane parce qu'elle se bat depuis assez longtemps pour avoir accumulé expérience et résilience, et parce qu'elle a été formée pour l'attaque. Le niveau de ses cadres est assez élevé comme le moral de ses soldats. Feu son chef, qui, dit en passant, avait fait l'Ecole de Guerre de Paris, était plus controversé dans le domaine politique pour être dans le top ten des autocrates africains. Difficile de juger le soldat-président Déby sur un clavier tout-confort. Il était réputé pour sa poigne de fer, mais quand on sait de quoi est constitué ce pays, immense et pauvre, peuplé de tribus guerrières jalouses, qui en ont toujours moins que ce qu'elles voient chez le voisin, on peut aussi comprendre la méthode.
Le FACT est une milice gorane de la valeur d'un régiment qui fut engagée dans les combats de Misrata en Libye à côté du groupe Wagner et qui casernait au Fezzan avant de décider de renverser le président, candidat à sa réélection pour un sixième mandat après trente ans de pouvoir ! Ses unités qui ont connu le feu, sont armées sur les stocks libyens et réputées bien équipées. C'est au jour de la proclamation de sa victoire électorale qu'Idriss Déby a perdu la vie. Chef de guerre depuis qu'il reçut jadis de Hissène Habré le commandement des forces armées du Nord, il est resté un homme de l'avant. Très peu de chef d'Etat s'exposent physiquement comme il le faisait, et pour ce qui nous concerne, le dernier des nôtres fut sans doute Napoléon III à Sedan. Depuis lors, nos chefs préservent la fonction, ce qui n'empêche pas certains de crier d'un voix de fausset à leur chef d'état-major pas content : « Ze suis votre Sef !». Il en va de même de grosses pointures capables de battre un ours bourré à mains nues pour la caméra ou même de jouer à la horde sauvage sur la route de Sotchi, mais que l'on ne voit jamais sur le front. Samedi dernier nous évoquions le prince Philip dans son album de marine qui fut, lors de la seconde guerre mondiale, de ceux qui ne firent pas semblant ! Idriss Déby ne faisait pas semblant, un homme vrai mais un grand fauve aussi.


(ma dernière pucelle)

lundi 19 avril 2021

Des bœufs et des chiens

bull baiting painting

Notre époque est stupéfiante de naïveté peut-être feinte dans le camp occidental. Doit-on accepter d'être gouvernés par les idiots du village global ? Depuis une dizaine d'années, les pays de l'Occident n'ont plus d'autre feuille de route que celle de contenir leurs contempteurs... du mieux possible... en fonction des "circonstances"... sans froisser les pays jadis colonisés et en tenant compte des retours de flammes sur la politique intérieure... On peut se limiter à citer les pays disposant d'une diplomatie active globale, finalement peu nombreux : Etats-Unis, Japon, Royaume-Uni, France et en second rang l'Australie, l'Italie, l'Allemagne et c'est à peu près tout. Nos adversaires, qui nous reprochent tous une agressivité mal dissimulée sous la protection des lois internationales, établies par nous bien sûr à notre bénéfice, nous prennent pour des chiens qui aboient et ne mordent plus. Nos armes d'exportation que furent la démocratie magique et les droits de l'homme adaptés à l'histoire de chacun ne fonctionnent plus. Tous les émergents ont appris à s'en passer, qui pis est, à le faire savoir ! La police des mœurs et la morale des nations sont de plus en plus souvent remplacées dans les chancelleries par le droit de la force, ce qui a relancé une course à l'armement conventionnel que l'on croyait reléguée au rayon des cotillons et confettis de carnaval. Des pays où le peuple est pauvre, mal soigné, mal nourri, mal traité, engloutissent des budgets colossaux dans la ferraille de guerre au motif irrationnel de prévenir toute attaque du pays voisin qui en fait autant. C'est tout le progrès de la Société des nations qui s'annule, même si on en conserve les formes.
Dernier outrage : la répression sanglante de la junte birmane est protégée par deux membres du Conseil de Sécurité qui craignent plus que tout l'ingérence d'autrui dans leurs propres crimes et bloquent toute sanction à l'endroit des généraux birmans. Il n'est même pas la peine de les citer ! Si d'aventure ils s'énervent, les pays occidentaux contourneront l'obstacle en tapant où ça fait mal, au porte-monnaie personnel des putschistes. Dans la communauté internationale le climat est pestilenciel puisqu'à divers motifs la guerre ouverte est revenue comme à l'époque de la guerre froide et l'hostilité réciproque des blocs est communément admise comme allant de soi. Aux guerres entre pays s'ajoutent les guerres asymétriques dont se servent les Etats déstabilisateurs pour augmenter le désordre à leur profit.

Les bœufs sont au nombre de quatre. La Turquie aurait pu faire un bon cinquième mais son objectif "ottoman" est par trop risible et quand sa monnaie disparaît, elle emporte avec elle toute crédibilité. L'Iran d'abord :

La République islamique avance lentement contre vents et marées vers la production d'une arme atomique. Elle accepte pratiquement d'en discuter avec tout le monde tant que ça reste au niveau des discussions, et les ayatollahs ont toute la patience nécessaire à faire traîner les choses en longueur et mensonges. Les Occidentaux en sont bien conscients, surtout depuis l'annonce récente d'un enrichissement de l'uranium à 60%, taux proprement extravagant pour une utilisation civile. Mais nous devons faire semblant de croire à une certaine bonne volonté. C'est ainsi ! Jusqu'au clash final qui engagera la survie d'Israël et vitrifiera Téhéran... L'Etat hébreu n'a aucun doute sur la marche du bœuf chiite, à peine ralentie par les sanctions américaines. Pourquoi l'Iran veut-il une bombe atomique ? D'abord pour entrer dans le club des puissants en souvenir de l'empire perse ; ensuite pour établir sa suprématie morale et stratégique sur le monde sunnite ; accessoirement pour bloquer les rêves d'expansion du Likoud israélien. D'autres avantages mineurs en sont attendus comme de discipliner ses clients syrien et irakien. Rien ne les détournera de ce but. C'est la même chose avec la Corée du Nord.

Le royaume communiste des Kim, qui dispose aujourd'hui de la bombe atomique, a deux objectifs entrecroisés : perpétuer la dynastie par tous moyens à l'intérieur - la famine n'étant pas un obstacle moral - et à l'extérieur, neutraliser le frère méridional en faisant sortir les troupes américaines d'occupation de la péninsule, quoiqu'il en coûte de promesses, main sur le cœur. Les négociations engagées par le département d'Etat et Donald Trump avaient été acceptées par Pyongyang, de la même façon que les mollahs avaient discuté énergie nucléaire avec le Five plus one à Genève. Parlons, parlons, ça n'engage à rien mais continuons d'avancer lentement, sûrement. Trump a vu la partie de poker tourner au bonneteau et sa générosité non feinte en a pris un coup. Donnons-en acte, même s'il avait balayé d'un revers de main les avertissements de son Département d'Etat qui savait que le leader coréen le baladerait sans sortir de ses rails. De toutes façons, personne et la Chine non plus, n'a réussi à faire dévier les Kim de leur objectif.

La Chine populaire a un jeu stratégique plus ouvert depuis qu'elle a décidé de proclamer urbi et orbi son projet. Nous en avons parlé plusieurs fois sur ce blogue. Le but du Parti communiste est d'avoir recouvré, avant le centenaire de la République populaire, la suprématie impériale sur toute l'aire stratégique définie par les empereurs de jadis. C'est le Chinese Dream de Xi Jinping. Les points de friction périmétrique(1) sont nombreux dans l'espace géopolitique mais rien n'arrêtera - sauf la guerre ouverte - la marche au limes d'une part et la caporalisation du peuple de l'autre, afin de prévenir toute instabilité des masses de l'intérieur. La parité de puissance économique et militaire avec les Etats-Unis est une conséquence de la recherche d'un imperium plus qu'un but en soi. Le Piéton fait le pari que la Chine populaire n'y parviendra pas, à cause de l'encrassement mental provoqué par la rééducation générale en cours. Restreindre la liberté de penser est la première faute des dictateurs, elle stérilise la créativité, le goût du risque, la folle ambition, l'invention. Dans le programme, il faut aussi mater les minorités sans retard ni précautions particulières au moindre soupçon d'identitarisme ou de fractionnisme pour éviter toute insurrection de revers. C'est le même rouleau compresseur communiste classique que chez le cousin nord-coréen, mais avec un emballage plus vendeur et de l'argent ; quoique le sourire commercial de la diplomatie chinoise pourrait s'effacer si la Chambre des Communes britannique rejoint les parlements néerlandais, canadien, européen et le Congrès de Washington pour reprocher aux Chinois la répression brutale des Ouighours et appeler aux sanctions internationales. Les Affaires étrangères chinoises sont aux cent coups !

Le quatrième bœuf c'est la Fédération de Russie. En dehors des dix métropoles, c'est encore un peu la Haute Volta d'Helmut Schmidt. Le faible PIB par tête de pipe le confirme. Vladimir Poutine n'est pas le génie que certains attendaient contre l'Amérique, les nègres, les arabiaques et tous les démons du libéralisme. Non, il a seulement déclaré vouloir reprendre la main sur l'ancien glacis soviétique russophone. C'est une stratégie monocouloir qui fait l'impasse sur le développement du pays disposant le plus d'atouts à long terme, mais qui a l'avantage d'être toute d'application et facile à comprendre. Le Kremlin comme les trois autres bœufs est capable de discuter à l'infini de tout processus qu'il n'appliquera pas. Trump et Macron s'y sont cassé les dents. Il ne déviera pas d'un degré de son axe d'effort. La dernière preuve est la préparation d'une prise en tenaille de l'Ukraine orientale, au moins jusqu'au Dniepr, à partir du Donbass et de la Crimée, pour relier la prétendue République populaire de Donetsk à la péninsule reconquise et barrer l'accès de l'Ukraine à la Mer d'Azov (clic). D'aucuns soutiennent que ce n'est qu'un test de Joe Biden, lequel a stigmatisé la Russie comme ennemi des Etats-Unis. Poutine n'y parviendra pas sauf à payer très cher dans d'autres compartiments du jeu, mais se doit d'essayer pour se prouver à lui-même et à sa clique que la feuille de route impériale continue. Les Russes n'ont pas de chance d'avoir le KGB aux manettes partout. Reste que si Navalny meurt dans la colonie pénitentiaire IK-2, les méthodes historiques de régulation des oppositions peuvent déclencher une bronca populaire qu'il leur sera difficile de contenir sans effusion de sang.

2 pitbulls noirs

Si la marche des bœufs vers l'hégémonie régionale et le contrôle des mers(2) ne s'arrête pas, les "chiens" finiront par former la meute jusqu'à devenir redoutables pour essentiellement deux raisons : ce sont des créateurs de valeur ajoutée et de fric ; ils savent tout faire, absolument, et n'ont besoin de piller aucun pays émergent pour produire de l'innovation en continu. Dans la période de transition climatique qui s'annonce, ce ne sont pas les Bœufs qui vont inventer des solutions à l'échelle de la planète. L'avenir est plutôt chez les hackers en garage que dans les laboratoires d'idées disciplinées veillant au progrès du parti communiste ou à celui de tout autre clique coercitive ailleurs. La liberté est un moteur puissant. Elle est du côté de l'Occident.


Note (1): Golfe du Tonkin, îles huileuses de la Mer de Chine méridionale, Ladakh pour tenir la crête himalayenne, Mongolie extérieure, rive droite du fleuve Amour demain, îles Senkaku, Taïwan et Pescadores.
Note (2): Comme à l'époque de la canonière, chaque bœuf a sa mer à lui (sauf la Corée du Nord) : L'Iran veut contrôler le Golfe persique et la Mer d'Oman ; La Chine populaire veut faire des deux mers de Chine des lacs intérieurs comme la Mer de Bohaï ; la Russie veut contrôler la Baltique orientale comme la Mer de Barents (future route arctique alternative à Suez) et la Mer noire.

samedi 17 avril 2021

Album de marine du Prince Philip

A l'annonce de sa mort le 9 avril dernier, nous avions évoqué la guerre de Philip de Grèce et Danemark. Au jour de ses funérailles au château de Windsor, nous proposons l'album de marine d'un prince sur le pont, du premier au dernier jour de la Seconde Guerre mondiale. Il n'a pas fait semblant.

Lt Commander Philip Mountbatten en 1951
1951


Après ses classes au Collège naval de Dartmouth où il rencontre sa future épouse et reine, le jeune misdship de 18 ans embarque en 1940 sur l'antique cuirassé rénové HMS Ramillies qui passe le Canal de Suez le 11 novembre 1939 pour entrer dans l'Océan indien où patrouille le croiseur Graf Spee. L'Anglais, redoutable encore par son artillerie en 15 pouces qu'il vaut mieux ne pas engager en combat naval, descend aux antipodes pour escorter les renforts australiens et néozélandais à remonter vers l'Europe.

HMS Ramillies
Cuirassé Ramillies

Notice technique du HMS Ramillies (1916-1948) à la guerre
Classe Revenge lancé en 1916 modernisé en 1932 et en 1937
Déplacement : 33000 tonnes à pleine charge
Machines : 40000 ch
Vitesse en chasse : 23 nœuds, 15nd en croisière
Dimensions : 189 x 31 x 9m de tirant d'eau
    Armement :
  • 950 hommes
  • 8 canons de 381 en 4 tourelles doubles
  • 14 canons de 152
  • 8 canons rapides de 102 en double
  • 2 canons anti-aériens de 76
  • 4 canons anti-aériens de 47


Revenu en Egypte où le Ramillies est mis en petit carénage à Alexandrie, le midship est transféré sur un cuirassé du même âge HMS Valiant en Méditerranée orientale. Le jeune sub-lieutenant se distingue à la bataille du Cap Matapan au mois de mars 1941 contre la flotte italienne où il gagne une citation : « Thanks to his alertness and appreciation of the situation, we were able to sink in five minutes two 8"-gun Italian cruisers ». En charge des projecteurs de poursuite, il détecte une menace hors-champ d'application de l'artillerie de bord et survit aux tirs d'extinction italiens.

HMS Valiant
Cuirassé Valiant

Notice technique du HMS Valiant (1914-1948) à la guerre
Classe Queen Elisabeth lancé en 1914 modernisé en 1929 et reconstruit en 1939
Déplacement : 33500 tonnes à pleine charge
Machines : 56000 ch
Vitesse en chasse : 23 nœuds, 12-18nd en croisière
Dimensions : 196 x 28 x 10m de tirant d'eau
    Armement :
  • 1000 hommes
  • 8 canons de 381 en 4 tourelles doubles
  • 20 canons de 114 en double
  • 4 affuts octuples anti-aériens de canons rapides de 102 en double
  • 52 canons anti-aériens Oerlikon de 20mm en double
  • 4 affûts quadruples de mitrailleuse de 12.7


Après avoir servi quelques temps aux machines alternatives du transport de troupes RMS Empress of Russia, l'enseigne de vaisseau Philip Mountbatten est affecté sur le vieux destroyer HMS Wallace qui patrouille en mer du Nord. Il gagne sur ce navire le grade de lieutenant de vaisseau et en devient le commandant en second. En juin 1943, le navire est dépêché en Méditerranée occidentale à partir de Gibraltar et Malte pour participer au débarquement de Sicile où il se distingue en appui de la Première Division canadienne au centre du dispositif de l'opération Husky. Après quoi le navire remonte en Mer du Nord.

HMS Wallace
Destroyer Wallace

Notice technique du Wallace (1918-1945) à la guerre
Classe Shakespeare lancé en 1918 modernisé en 1938
Déplacement : 2000 tonnes à pleine charge
Machines : 40000 ch
Vitesse en chasse : 33 nœuds, 15nd en croisière
Dimensions : 100 x 9.6 x 3.7m de tirant d'eau
    Armement :
  • 187 hommes
  • 5 canons de 120
  • 2 canons anti-aériens de 102 en double
  • 1 affût quadruple de canons de 40
  • 2 canons Oerlikon de 20
  • 2 affûts quadruple de mitrailleuses Vickers de 12.7
  • 30 grenades sous-marines


A 23 ans, Philip Mountbatten est nommé commandant en second sur le destroyer, moderne cette fois, HMS Whelp qui est engagé en 1945 au sein de la flotte britannique du Pacifique. Le navire réussit plusieurs opérations à Sumatra puis en escadre avec la Vè Flotte américaine dans la préparation de l'invasion d'Okinawa. Philip finit la guerre le 2 septembre 1945 pour la capitulation du Japon en baie de Tokyo.

HMS Whelp
Destroyer Whelp

Notice technique du Whelp (1943-1976) à la guerre
Classe W lancé en 1943 revendu en 1952 à l'Afrique du Sud
Déplacement : 2500 tonnes à pleine charge
Machines : 40000 ch
Vitesse en chasse : 36 nœuds, 20nd en croisière
Dimensions : 110 x 11 x 4.4m de tirant d'eau
    Armement :
  • 179 hommes
  • 4 canons de 120
  • 1 affût quadruple de canons anti-aérien de 40
  • 4 canons doubles Oerlikon de 20
  • 8 tubes à torpilles de 533
  • 70 grenades sous-marines


Le journal L'Independent relate sa réaction quand ils accueillirent en 1945 les marins britanniques rescapés des camps japonais de prisonniers : « Ce fut une expérience émouvante. Ces gens étaient des marins de la Royal Navy qui n'avaient pas vécu dans une atmosphère navale depuis trois ou quatre ans, parfois plus. Quand nous nous assîmes au mess avec eux, il retrouvèrent soudainement une atmosphère qui leur était familière. Ils étaient assis là, des larmes coulant sur leurs joues. Ils ne pouvaient plus parler.»
Après un poste de first lieutenant sur le destroyer HMS Chequers mouillé à Malte puis le commandement de l'escorteur HMS Magpie en Méditerranée, Philip Mountbatten sera démobilisé en juillet 1951 avec le grade de Lieutenant Commander (capitaine de corvette), puis gagnera des grades dans ses fonctions royales jusqu'à amiral. Partout où il passa, il laissa l'empreinte d'un officier de race, posé, calme et sûr. Ce qu'il sera ensuite dans sa vie de prince-consort.


HMS Magpie
Escorteur (sloop) Magpie

Notice technique du Magpie (1943-1959)
Classe Black Swan lancé en 1943
Déplacement : 1350 tonnes
Machines : 4300 ch
Vitesse en chasse : 20 nœuds, 12nd en croisière
Dimensions : 91 x 12 x 3.4m de tirant d'eau
    Armement :
  • 192 hommes
  • 6 canons de 102 en double
  • 2 affûts double de Bofors 40 anti-aérien
  • 6 affûts doubles Oerlikon de 20 anti-aérien
  • 8 tubes à torpilles de 533
  • 110 grenades sous-marines
  • 1 mortier Hedgehog anti-sous-marins de 24 roquettes


Pour son "éloge funèbre" le Guardian avait titré Un Homme de son temps : « Bien que Philip soit intelligent, avec une présence physique, de l'énergie et un parler ironique et saccadé, il avait pris soin d'occulter son intérêt pour les choses intellectuelles qui incluait, derrière une attitude très directe, la poésie et la théologie. Il avait une collection d'art privée, peignait un peu et appréciait une bibliothèque personnelle bien répertoriée de plus de dix mille livres, avec des entrées comme les ouvrages de TS Eliot. "Ne le dites à personne" disait-il. Les prélats en visite à Balmoral ou Sandringham pour le sermon du dimanche pouvaient être déconcertés par ses petits yeux brillants d'inquisiteur assis au premier banc et ses questions minutieuses au repas qui s'ensuivait ».

On ne peut refermer l'album de marine du prince Philip sans évoquer HMY Britannia qui fut "son bateau à eux". Lancé à Clydebank (Ecosse) en 1953, le grand yacht de 126m de long déplace 5900 tonnes et fut pendant quarante-quatre ans l'ambassadeur le plus royal de la couronne britannique. Les époux s'investirent énormément dans la décoration du navire qui fut utilisé dans plus de neuf cents missions officielles. Il est plus long et quatre fois plus gros que le dernier escorteur commandé à la mer par le capitaine de corvette Philip Mountbatten. Décommissionné en 1994, il est amarré au port de Leith à Edimbourg et se visite.

HMY Britannia
Yacht royal Britannia

Notice technique du Yacht Britannia
Lancé en 1953, désarmé en 1994
Déplacement : 5700 tonnes lège
Machines : 12000 ch
Vitesse de croisière : 21.5 nœuds
Dimensions : 126 x 17 x 4.6m de tirant d'eau
    Armement et marques:
  • 271 hommes
  • Pavillon de l'Amirauté, Lord High Admiral au mât de misaine
  • Pavillon Royal Standard au grand-mât
  • Pavillon de l'Union Jack à l'artimon
Capacité : 200 passagers


Voilà ! On regrette l'homme, on regrette ce temps. Les ouvrages abondent depuis son décès, qui nous montrent combien le personnage était trempé, intéressant à tous égards même dans ses défauts. Cet article n'est qu'un modeste hommage à un prince rare qui savait créer la confiance autour de lui, ce qui semble nous manquer le plus par les temps qui courent. Paix à son âme !


amiral Philip Mountbatten
1978



Eternal Father, Strong to Save (1861)

jeudi 15 avril 2021

Le train de Moukden va dérailler

carte politique d'Ukraine

Le Kremlin remue ses chars à la frontière orientale de l'Ukraine comme au bon vieux temps des colonies soviétiques. Les mouvements de troupe observables par les satellites occidentaux sont documentés dans la presse russe, l'armée part en manœvre pour s'entraîner à contrer l'invasion des bâtards de Polonais, Ukrainiens et autres Roumains... On fait des reportages sur les "résistants russes" qui creusent des tranchées, on exalte le courage des veilleurs devant Marioupol l'insoumise etc...

Les cartes d'Ukraine nous montrent qu'entre les deux républiques-croupions du Donbass (Lougansk et Donetsk) que la Russie a pu séparer de Kiev et la nouvelle République de Crimée que l'on purge actuellement des Tatars, la côte de la Mer d'Azov entre Chirokine (Marioupol) et le lido d'Henichesk permettrait de relier les deux zones russophones définitivement. Des spécialistes pensent que la Russie a ses chances car elle surpasse militairement l'Ukraine (lire dans le Guardian) bien que celle-ci ait considérablement amélioré ses armées, paradoxalement en rénovant en profondeur l'héritage soviétique mais aussi en acquérant du matériel avancé auprès des Occidentaux.

carte linguistique d'Ukraine

S'il est difficile de connaître les effectifs engagés au Donbass et en Crimée malgré l'abondance de reportages militaires russes, il fait peu de doute que le Kremlin pourrait prendre en tenaille tout le territoire ukrainien compris entre la côte et la branche terminale du Dniepr en aval de Zaporizhzhya qui servirait de frontière naturelle. Kiev serait chassée de la Mer d'Azov et constamment menacée sur son port principal d'Odessa. Mais tout ceci n'est que projection phosphorante. Pour bouger les pions, il faut un prétexte au Kremlin comme toujours, non tant pour l'opinion internationale qui a tout compris, que pour l'opinion intérieure russe fatiguée des aventures de Poutine qui lui prennent ses fils. Le KGB-FSB y travaille. Faisons-lui confiance.
C'est ainsi que nous appelerons le prochain incident provoqué : le "Train de Moukden" en souvenir du Lotus Bleu.

page du Lotus Bleu d'Hergé

mercredi 14 avril 2021

Les Jaunes et les Bleus*

dessin Jimmy Lai

« Stand Tall ! »


L'injonction a paru dans tous les journaux du Sud-Est asiatique. Il restera un slogan fameux appartenant à l'histoire de la normalisation de Hong Kong dans les fers de la République populaire de Chine. Depuis sa prison de Laïhong, le tycoon de presse Jimmy Lai (Giordano, Next Digital, Apple Daily) envoie une lettre d'encouragement et de prudence aux journalistes de sa rédaction, lettre écrite à la main en chinois. Enfermé depuis le 10 août 2020 dans l'attente de sa comparution pour des chefs d'accusation offerts au pouvoir par la loi scélérate de sécurité nationale (qui permet d'arrêter n'importe qui pour n'importe quoi), Li Zhiying, son nom judiciaire en mandarin, a formulé ses dernières recommandations qui s'adressent plus largement au parti jaune* de Hong Kong, celui qui résiste à l'imperium continental au seul cri de "On est chez nous !". Les pétainistes sont les Bleus.

« Hong Kong's situation is increasingly chilling, but precisely because of that, we need to love and cherish ourselves more... The era is falling apart before us and it is time for us to stand tall and keep our heads high... As long as we are not blinded by unjust temptations, as long as we do not let the evil get its way through us, we are fulfilling our responsibility...»


Jimmy Lai (ou Lai Chee-Ying) naquit le 8 décembre 1947 à Canton en République de Chine (ROC) dans une famille aisée qui subit la prise de pouvoir des communistes en 1949, sa mère ayant été déportée dans un camp de travail. Porteur de bagages à la gare dès l'âge de 9 ans pour pouvoir manger, il choisit de s'enfuir à 12 ans par le fleuve vers Hong Kong où il travailla clandestinement chez un confectionneur de gants de laine pour une poignée de dollars. Infatigable et intelligent, il accéda à la direction de l'usine à l'âge de 20 ans. Puis il misa ses économies en bourse et réinvestit ses gains dans l'achat d'une usine en faillite, la Comitex. Il lança sa propre affaire de sweatshirts à 26 ans à destination de revendeurs américains. Puis vint la création de la marque Giordano etc etc... jusqu'au Apple Daily, le tabloïd impertinent en langue cantonaise. Le cardinal Joseph Zen, présentement évêque émérite de Hong Kong, le baptisa dans la religion catholique en 1997, l'année où la colonie britannique fut rendue à la Chine. Il a aujourd'hui 73 ans.

Ce billet n'a pas la prétention d'expliquer les déboires (clic) de Jimmy Lai causés par sa résistance opiniâtre contre la mise au pas communiste d'un pays libre qui lui a tout donné. C'est d'ailleurs le motif qu'il a opposé à ceux qui lui demandaient de s'exiler au Royaume-Uni ou ailleurs dans le Commonwealth pour sauver sa liberté : "je suis un va-nu-pied qui est passé de l'enfer au paradis par une nuit sans lune pour réaliser mes talents au pays des libertés. Tout ce que j'ai, amis compris, est ici. Je reste !"

lai's letter handwriting

La résistance active et passive des Hongkongais est admirable et peu relatée par nos médiats mainstream, mais ça va changer un peu avec l'oppression chinoise des Ouighours qui salit la réputation des hauts fonctionnaires chinois. Jusqu'ici l'influence des politiciens laqués comme un JP Raffarin, crispé sur ses intérêts personnels - JPR est administrateur de l'équipementier Plastic Omium en Chine populaire - freinait les rédactions qui "comprenaient" que l'ordre revenu à Hong Kong était meilleur pour les affaires et que la répression des insoumis avait le soutien de la "majorité silencieuse".

C'est faux bien sûr, manifestations monstres et élections locales l'ont démontré. Plus d'un million de mécontents de tous âges draînés par le mouvement Pro-democracy dans les parcs et avenues de la ville ont fait de belles images et réchauffèrent les cœurs, mais c'est la résistance passive qui est la plus admirable. Au moindre soupçon de collusion avec le parti jaune*, l'arrestation de commerçants à tout motif punissable comme des délits mineurs d'étiquettage ou de paperasse comptable, par ce qu'on pourrait appeler maintenant une Gestapo omniprésente, déclenche chaque fois une ruée d'acheteurs dans la boutique ou chez les enseignes visées, à tel point qu'on a vu sur Nathan Road des queues d'une heure sur le trottoir de gens ayant fait leurs emplettes, ressortant avec leur panier de courses et prendre la file pour passer en caisse !!! C'est pareil pour tout restaurateur dénoncé par un bleu* pour non-conformité de quelque chose tant dans ses affaires que dans ses propos séditieux ; aussitôt arrêté, la ruée vers sa boutique se déclenche pour noyer de dollars la caisse-enregistreuse. Civique et libre dans sa tête depuis l'époque anglaise, le peuple hongkongais lutte avec tous ses moyens et ne semble pas disposé à laisser sa place aux familles continentales qui attendent leur tour pour goûter aux libertés résiduelles qui n'existent plus en Chine populaire. D'ailleurs, au moindre soupçon, les comptes bancaires sont bloqués, les tranferts inopérants, les cartes de paiement en panne. Il faut toute l'ingéniosité génétique de ces gens pour sortir quand même du territoire à la barbe des autorités communistes qui ont tout infiltré.

Le seul impact positif de l'oppression chinoise à Hong Kong est le contrôle des neufs triades majeures (clic), depuis que les gangs affiliés au Parti ont repris les affaires. Dans un port de l'importance de Hong Kong, qui tient les docks tient tout. On y verra bientôt des limousines "conduite à gauche" chariant de "gros pardessus" !

* Les pro-democracy sont les Jaunes, les pro-Pékin sont les Bleus.

lundi 12 avril 2021

Macron sous le masque

casque corinthien


Dans l'entretien qu'il a accordé à Apolline de Malherbe le 10 avril, Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon signe un portrait de Jupiter pas piqué des hannetons. Il fait ressortir du casque qui couvre le président trois caractères décisifs : le joueur, le phraseur, le mondialiste. Le tout "en même temps". Si on prend la peine d'observer le comportement présidentiel depuis la marche funèbre du Louvre, on les retrouve sans discussion possible.

Emmanuel Macron a "joué" dans le choix de ses conseillers (on pense à Alexandre Benalla propulsé sans titres à la sécurité du monarque), de ses ministres (comment justifier Bayrou en Garde des Sceaux ou M. Castaner à l'Intérieur, M. Delevoye aux Retraites et pour finir Eric Dupont-Moretti ?). Il continue à risquer ses mises sur les confinements et plus loin sur la collaboration ensablée des cinq pays du Sahel. Ne parlons pas du Levant. Il n'y a pas de stratégie, c'est un coup après l'autre.

A l'époque du théâtre de Brigitte, il s'est converti au "verbe" qui suffit à tout et on l'a vu mettre en pratique cette conviction dans la campagne électorale - mais c'était classique - puis dans les marathons dialectiques communaux censés désamorcer le mécontentement des gilets jaunes. On le vit plusieurs fois jouir de l'érection mentale qui le portait des heures durant en bras de chemise à convaincre ses auditeurs par la seule force du verbe. Au Commencement...

Le dernier caractère, celui de "Global Leader", fut célébré dès sa première incursion parmi ses pairs européens quant il demandait une refonte des mécanismes de l'Eurogroupe contre une réforme en profondeur de l'Etat français. Les heures grises de M. Hollande étaient derrière nous, Bonaparte avait passé le pont d'Arcole. Rien n'arriva et sa volonté spectaculaire de convaincre chacun de la justesse de ses vues et du bénéfice commun qui en serait retiré, échoua avec Theresa May, Donald Trump, Vladimir Poutine, Angela Merkel, Mark Rutte et tous les partenaires de l'OTAN, échaudés par les prétentions de l'impétrant à commander leurs armées.

Que retiendra-t-on du quinquennat de M. Macron à l'étranger ? L'incendie de la cathédrale de Paris, mère en littérature de toutes les cathédrales gothiques du monde, et l'incendie de la société française par les émeutes des yellow vests. Paradoxalement c'est la pandémie du coronavirus chinois qui a sauvé l'image présidentielle d'une ruine complète. Mais la petite dictature sanitaire est très mal supportée par la population entre deux âges. Va-t-elle en tenir compte lors de l'échéance présidentielle, comme le prédit Philippe de Villiers ? Langue au chat.

Le deuxième point d'irritation de la semaine - il y en a d'autres - est la suppression de l'Ecole nationale d'administration. La décision est éminemment politique pour ne pas dire populiste. Elu par la haute bourgeoisie d'Etat (et la Banque), Emmanuel Macron sacrifie la Garde impériale sur l'autel de la démagogie. Et qui en parle le mieux dans des termes que nous faisons nôtres sans ôter une seule virgule (mais les intertitres, si) ? Marion Maréchal de l'ISSEP, dans le Point numérique que je pompe sans scrupule puisqu'ils l'ont mise en ligne (clic). Voici le bloc :

Depuis les premières revendications des Gilets jaunes, les analyses n'en finissent plus sur la recomposition de l'ordre politique. Un clivage semble devenu déterminant : celui opposant l'« élite » et le « peuple », qui se manifeste à la fois sur le plan économique, territorial, intellectuel, culturel et finalement électoral.
Un clivage qui s'est polarisé autour de la personne d'Emmanuel Macron, incarnation chimiquement pure de cette représentation d'une « élite de la haute finance et la haute administration, symboliquement réunies dans la personne même du chef de l'État » pour reprendre les mots du sociologue Jérôme Sainte-Marie. C'est pourtant ce même chef de l'État, diplômé de l'ENA, qui décide de s'attaquer à cette prestigieuse institution. Alors que certains se perdent en conjectures sur la nature du « en-même-temps », tantôt appelé saint-simonien, tantôt appelé libéral, mais que nous ne craignons pas de qualifier de fondamentalement brumeux, Emmanuel Macron, pour une fois, a les idées claires : s'opposer frontalement à l'héritage du général de Gaulle, créateur de l'ENA.
Disons-le tout net : beaucoup, dont je fais partie, dénoncent depuis longtemps l'arrogance d'une « élite » qui n'en a plus que le nom. Une « élite » prisonnière d'un politiquement correct stérilisant pour l'esprit, indifférent au déclassement de notre pays dans la jungle de la mondialisation, incapable de regarder la violence du monde telle qu'elle est, au plan identitaire, économique ou géopolitique, pour le plus grand malheur du pays. Une « élite » qui se complaît dans le copinage et le pantouflage, s'affaire à briguer des mandats en s'épargnant les risques professionnels qui s'y attachent par le système avantageux du détachement, se voit propulsée à des postes de capitaine d'industrie publique sans jamais rendre de comptes, nomme les copains de promotion aux postes stratégiques. Tout ceci est, hélas, bien connu et alimente la colère sourde des Français, peuple trop intelligent pour s'en laisser conter. Et pourtant, qui peut décemment imaginer que la suppression de l'ENA réglerait comme par magie les problèmes de la France ? Les difficultés rencontrées par les Gilets jaunes méritaient mieux qu'une réponse démagogique et caricaturale qui frôle la diversion politique.
Cette solution radicale est typique du syndrome français de haine de soi et ne manquera pas de surprendre à l'étranger. Imagine-t-on les États-Unis supprimer Harvard ou le Royaume-Uni l'université de Cambridge parce que le pays va mal ?
Par cette décision, Emmanuel Macron tire un trait sur une école dont la réputation est enviée à l'étranger et qui n'a aucun équivalent. Cette institution est un puissant instrument de soft power français qui a été exporté dans plusieurs pays du monde et participe à notre crédibilité internationale, car la compétence de notre haute fonction publique est reconnue et recherchée hors de nos frontières. En réalité, la critique de l'ENA surfe sur le rejet, que je partage, d'un étatisme asphyxiant pour le pays. Le président espère certainement capitaliser sur l'exaspération légitime des Français vis-à-vis de cet État qui déploie des trésors de contraintes et d'ingéniosité quand il s'agit de faire les poches des Français et qui fait preuve d'une coupable faiblesse quand il s'agit de contenir les émeutes dans les cités. Soyons lucides, s'en prendre à l'ENA ne réglera pas le problème du millefeuille institutionnel, de la boulimie administrative, de l'interventionnisme public à tous crins, du recul de l'efficacité de l'État régalien, des gabegies à tous les étages. Avec la suppression de cette école, certes fortement critiquable dans certaines de ses évolutions récentes, disparaît un monde dans lequel le service public, et donc le travail pour l'intérêt général, représentait encore l'une des situations les plus enviables et admirables de la société. Le message envoyé est délétère : l'excellence n'est donc plus ni reconnue ni requise dans le recrutement de la haute fonction publique et va fragiliser encore davantage l'État, pilier central de la nation. Autant dire directement à nos jeunes talents ambitieux : « Allez faire carrière chez Goldman Sachs. » Ce qu'ils ne manquent déjà pas de faire pour beaucoup et la plupart du temps à l'étranger. Il est vrai que cet esprit de service public tendait déjà à s'effacer à l'ENA devant la mode du new public management avec ses outils de performance, ses tableaux Excel et ses algorithmes. Cette décision poursuit l'effacement progressif des formations classiques en sciences sociales devant les grandes « business school » internationales ; une mutation logique à l'heure de la « start-up nation » où l'administration des choses a remplacé le gouvernement des hommes.
Alors faut-il espérer que le remplacement de l'ENA par une autre structure permettra de rebrancher une élite déconnectée ? Il y a de quoi en douter alors que cette « déconnexion » est le produit d'une « archipellisation » française bien plus profonde, identifiée par le sociologue Jérôme Fourquet. L'entre-soi sociologique qui règne dans l'ensemble des grandes écoles du pays n'est que l'un des symptômes manifestes de cet état de la société. Il est bien sûr nécessaire de lutter contre ce phénomène qui contribue au façonnage d'une vision homogène du monde et à l'apparition d'une lecture univoque des problèmes qui caractérise trop souvent notre haute fonction publique et nos dirigeants politiques. En effet, les deux tiers des élèves de l'ENA sont des enfants de cadres et la moitié de ceux de l'ENA sont diplômés de Science Po Paris. Vouloir ouvrir ce type de formation notamment aux élèves issus de l'université publique est louable. Encore faut-il que cela n'aboutisse pas à abaisser encore le niveau de sélection à l'entrée.
Malgré toutes les réformes engagées ces dernières années pour faciliter l'entrée du concours à des profils plus hétérogènes, avec notamment la disparition prévue de l'épreuve de culture générale, la transformation du concours d'entrée, les voies d'admission spécifiques pour les territoires dits défavorisés comme la Seine-Saint-Denis, la discrimination positive feutrée, force est de constater que l'école s'avérait bien plus démocratique dans les années 1960 et 1970 qu'elle ne l'est aujourd'hui.
Pour une raison simple : baisser les exigences n'a jamais été la solution. Le problème trouve sa source dans le processus de destruction de l'école publique depuis 30 ans. À force de délires pédagogistes, de militantisme idéologique notamment en histoire, d'affaiblissement de l'autorité, de précarisation du métier d'enseignant, l'école publique est devenue une assignation à résidence sociale. Comment imaginer que des élèves issus de milieux modestes puissent un jour accéder à Normale, Polytechnique ou l'ENA si l'école primaire ne permet même plus d'apprendre correctement à lire, écrire et compter ? Faut-il rappeler le douloureux classement TIMSS 2020 dans lequel la France se place respectivement dernière et avant-dernière en Europe pour le niveau de ses élèves de CM1 et de 4e en mathématique ? Car oui, le rôle de l'ENA n'est pas de réparer les errements de l'Éducation nationale depuis 40 ans. Il est de sélectionner et former les meilleurs, sauf à sacrifier notre rang de puissance mondiale dans les décennies à venir. Vouloir démocratiser le bac en l'accordant à 90 % d'une classe d'âge n'a pas ouvert plus de perspectives aux lycéens issus de milieux populaires, il n'a fait que dévaloriser complètement ce diplôme et le priver de toute valeur sur le marché du travail.
Alors que faire ? Si l'idée paraît séduisante de prime abord, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain en supprimant l'École nationale d'administration, mais la ramener dans le sillon de sa vocation première : former une élite compétente au service des intérêts français. En instaurant l'ENA et le classement de sortie en 1945, le général de Gaulle a voulu construire une école d'excellence, de référence et précisément lutter contre le corporatisme et le népotisme qui sévissaient alors dans la fonction publique.
Nous avons besoin d'une école dédiée à la formation des métiers si spécifiques de l'administration publique et l'ENA, forte de ses 60 années d'expérience, peut encore remplir cette mission si l'on se donne les moyens de son évolution. L'enseignement supérieur n'a pas à sacrifier son niveau d'exigence pour compenser les lacunes de l'enseignement primaire et secondaire. C'est à l'ensemble du système éducatif de se remettre en question afin de rendre l'accès aux études supérieures et aux grandes écoles véritablement démocratique. C'est pourquoi il ne faut pas avoir peur de rétablir un concours d'entrée très sélectif, seule option véritablement objective et méritocratique avec notamment le maintien de l'épreuve culture générale.
Certains objectifs poursuivis par le président avec la création de l'« ISP » sont légitimes bien que la méthode soit mauvaise. Remplacer une école par une autre ne servira à rien si l'esprit qui a conduit à son délitement et à son enfermement reste le même. Il faut en effet réformer les programmes pour les adapter aux défis de notre époque ; mais est-on sûr que la liste annoncée le 8 avril – où l'on parle par exemple de faire étudier la « pauvreté » aux futurs hauts fonctionnaires avec un paternalisme qui aurait fait rougir Guizot – répond aux défis ? Il s'agit bien de garantir un véritable pluralisme parmi les enseignants et les contenus, et d'assurer un débat fécond entre les approches des politiques économiques et sociales. Est-on sûr que la réforme annoncée ne va pas au contraire étendre l'influence du politiquement correct actuellement dominante ou qu'elle protégera des ravages de l'écriture inclusive, du décolonialisme et autres combats « intersectionnels » ? D'accord pour la professionnalisation : ouvrir les stages au monde du privé et de l'entreprise, introduire des compétences technologiques et scientifiques dans les programmes, organiser des expériences dans des administrations étrangères. Mais cela ne doit pas se faire au détriment de la culture générale, que le général de Gaulle qualifiait de « véritable école du commandement ». Il est temps également de supprimer le classement de sortie, aujourd'hui inadéquat, pour assurer les embauches en fonction des profils et des besoins des services de l'État. Tout comme il est nécessaire de mettre fin à cette culture du pantouflage qui consiste à confier la direction d'entreprises à des personnes qui ne sont pas formées à cette fin. Enfin, il faut mettre fin au lien ambigu entre le monde politique et la haute administration en exigeant des hauts fonctionnaires élus qu'ils démissionnent de leur corps d'origine. Mais nous n'avons pas vu, pour l'instant, que le projet annoncé ait des mécanismes efficaces de brassage social, de recrutement au mérite, ni de séparation des domaines.
Le président de la République a envoyé, avec la décision de supprimer l'ENA, un message clair : la France doit tourner la page de cette élite d'État voulue par le général de Gaulle. Telle est la maladie du progressisme : faire table rase du passé en sacrifiant du même coup l'avenir.[fin]


Un bémol dans la critique du jour : pas plus que moi, M. Macron ne semble croire vraiment aux synthèses des autorités sanitaires. S'il est un dommage collatéral grave c'est sans doute la mise en pièce de la crédibilité du corps médical qui, au lieu d'être au chevet des malades dans des unités de soins intensifs surchargées, fait sa promenade quotidienne sur les plateaux de télévision. Il n'est pas une heure où un professeur Machin, un épidémiologiste "connu", un généticien "primé" n'apporte sa contradiction et la solution définitive à tous nos maux. Qui savait jusqu'à maintenant que le monde hospitalier abritait tant de trolls ? Quant aux administrateurs en charge, ils se couvrent entre étages et se contredisent sans cesse. En fait, il n'y a pas de "Chef" pour arrêter le cirque Covid. Seuls les centres de vaccination sont convenablement armés de praticiens compétents avec le renfort d'agents municipaux dévoués, si tant est que les stocks arrivent. La France d'en bas se démerde, comme elle l'a toujours fait !

vendredi 9 avril 2021

Le duc d'Edimbourg est mort

le prince Philip en grenadier de la Garde
Pour marquer cette journée, Royal-Artillerie a choisi une photo du prince-consort en tenue de grenadier de la Garde (dont il était colonel) cherchant à surprendre son épouse qui lui répond par un fou-rire. Philip Mountbatten a quitté ce monde dans sa centième année. Et ce monde en est triste parce qu'une page se tourne pour nous tous. Aristocrate jusqu'au bout des ongles, il endossa par amour une des fonctions les plus difficiles du Gotha, celle de prince-consort, indispensable soutien de la reine et toujours second. Il sut tenir son rang sans disparaître de la scène royale, son caractère trempé et volontaire, son allure avantageuse l'y aidant certainement. Après une guerre traversée sur les ponts de la Royal Navy dès l'âge de dix-huit ans, guerre qu'il finira lieutenant de vaisseau en baie de Tokyo pour la reddition japonaise, il fut de tous les instants occupé à gagner l'élue de son cœur. Sa notice Wikipedia est bien faite et nous vous y adressons en cliquant ici.

Il y a une trentaine d'année, le prince recevait Jean-Pierre Elkabbach au palais de Buckingham pour parler d'écologie, et plus précisément de la dégradation rapide de notre planète sur laquelle les espèces, dont la nôtre, étaient de plus en plus menacées. Il affirmait alors qu'il était presque trop tard pour réagir et que dans cinquante ans la situation serait intenable ; il nous reste vingt ans pour arriver au terme de la prédiction. On notera vers la fin de la conversation la distance qu'il maintient avec la reine, son épouse, devant le journaliste français. Voici l'entretien :


J'aurais une pensée spéciale ce soir pour la reine Elisabeth II à qui cette disparition signale la fin d'une époque au milieu d'immenses difficultés pour le pays et la maison royale tout autant. Même si le retour chez lui du prince Philip, hospitalisé pour une infection rebelle qui l'avait défiguré, anticipait une fin prochaine, chacun croisait les doigts pour qu'il partage une dernière fois son gâteau d'anniversaire avec ses petits-enfants surtout, lesquels lui avaient permis de rattraper un éloignement que ses propres enfants avaient subi, éloignement motivé par les missions officielles de toute nature. Qu'il repose en paix !

jeudi 8 avril 2021

Le Prince comme souci

[Diffusion restreinte] Plus que jamais nous devons distinguer « les deux corps » de Kantorowicz (1895-1963). L'un descend des rois oints qui approuvèrent les lois de succession du royaume aujourd'hui disparu, et monte au vitrail pour s'y figer ; l'autre va à la banque couvrir son découvert en liquidant ses positions marchandes. Alpagué par la presse "gotha-clic" du royaume d'Espagne, le champion légitimiste français aurait soldé ses affaires sans que l'on sache très bien où est la ligne de retraite derrière laquelle il va se défendre. De quoi, est aussi la question.

affiche Cara al Sol

Jusqu'à plus ample informé, Louis de Bourbon (Luis-Alfonso de Borbón y Martinez-Bordiú sur papier glacé) marchait sur deux jambes : à droite celle de la grosse Fondation nationale Francisco Franco depuis le décès de sa grand-mère Carmen Franco y Polo, fille unique du regretté Caudillo que le gouvernement socialiste de M. Sanchez a réinhumé dans un cimetière normal de la capitale, le rendant paradoxalement plus facile d'accès qu'en Valle de Los Caídos ; à gauche, les intérêts européens pris en aval des activités du Banco Occidental de Descuento (BOD) de son beau-père, dont il n'est plus qu'admistrateur suppléant au Conseil de Maracaïbo, après avoir exercé les fonctions de vice-président international, à nulle fin. Le BOD est présent au Venezuela, au Panama, en République Dominicaine, à Curaçao, Antigua et Barbuda. Rien en Espagne où vit le gendre de Victor Vargas et sa fille adorée, les tentatives faite autour du Groupe Santander ayant capoté (peut-être par les liens trop étroits liant la banque et son propriétaire au pouvoir bolivarien). Louis de Bourbon, apparemment déchargé de mission, a cherché dès 2012 à s'investir dans des affaires en propre, modestes et numériques pour la plupart. Ce sont ces activités (clic) qui ont été clôturées récemment, faute de résultats positifs ; à l'exception de Reto 48, un espace de reset personnel inédit en 48 leçons, qui tient ses comptes et poursuit l'aventure. D'un autre côté, le gouvernement socialiste espagnol a mis la Fondation Franco dans sa ligne de mire, mais il n'est pas dit qu'il ait le temps de détruire l'héritage dans tous ses états, parce que la coalition PSOE-Podemos se déchire. Ce qui nous permet quand même de conclure que la situation financière du prince Louis de Bourbon est en Espagne précarisée. Beaucoup lui prédisaient une carrière politique dans la mouvance de la droite dure, après le constat de popularité qu'il a pu faire lors des manifestations franquistes de 2019 au mausolée, mais le parti VOX a répété que Louis de Bourbon n'était ni encarté ni candidat nulle part. On ne le voit pas non plus monter un parti politique qui, en VOX, existe déjà, sans parler même des remontrances qu'il s'attirerait de la Casa Real qui n'eut de cesse de le marginaliser, lui retirant tous ses titres, voyant en lui et à raison un recours néfaste à la perpétuation de la branche de Barcelone sur le trône. Sans doute lui faudrait-il aussi plus d'amis compétents en politique, ce déficit semblant le plomber de part et d'autre des Pyrénées.

Qu'est-ce qui change en France de ce fait ?


Il faut remonter aux vœux de nouvel an, dans lesquels le prince Louis dit que La France paye cher une crise de l’intelligence collective qui lui fait oublier sa nature et son identité ; une crise qui l’a conduite à favoriser dans les années récentes, avec le déni du spirituel, la promotion de l’individualisme, la perte des valeurs, l’absence d’une saine compréhension de la nature et de l’environnement, la course au profit immédiat, au lieu de s’attacher en premier lieu à la recherche du bien commun. Même s'il s'en défend, il déroule un programme dans lequel il s'inscrit par sa présence continue de témoin vivant d'une histoire glorieuse. A moins que la déclaration ne soit que le songe d'un secrétaire - ce que je ne crois pas - Louis de Bourbon met la France au centre de son projet personnel.
Trois objectifs : renouer avec la mission civilisatrice de la France ; réinsérer du spirituel dans le juste équilibre des pouvoirs ; rendre à l'homme sa dignité d'espèce à part. Sa démarche est au bon niveau et ne racole pas l'opinion majoritaire plus laïque et prochoix. Par contre la traduction de ces principes dans une action d'application aux réalités de l'époque n'apparaît pas encore du côté des groupes légitimistes français. Ça viendra sans doute, en espérant que leur réaction ne soit pas comme trop souvent la récitation en boucle des psaumes de la Légitimité. Plus trivialement, vont-ils un jour comprendre que l'entresoi des grimoires à la lueur des bougies ne hâtera pas l'avènement du prince de leur cœur. Mais convenons que les chapelles royalistes, et de tout bord, sont en circuit d'attente, un peu comme les avions qui tournent autour de l'aéroport en attendant de se poser. Chacun se dit prêt à "répondre" à l'appel. Le prince attend les royalistes qui attendent eux-mêmes les autres, les Français, du moins ceux qui devraient demander un roi. La dernière fois que les Français sont sortis pour demander du changement fut celle des gilets jaunes sur les rond-points. A ma connaissance, personne du parti du roi n'est venu au brasero leur expliquer LA solution. Aucun prince non plus ! Le déficit de propagande (au sens pyrotechnique) est patent ! Comment les Français appelleraient-ils un roi à leur secours s'ils en ignorent les bienfaits pour demain. Demain ! Pas dans l'histoire enjolivée des émissions télévisées en jaquette ! Demain ! On en revient à la communication étique du mouvement royaliste, maintes fois signalée ici, sans aucun effet bien sûr.

Communiquer sur la monarchie est compliqué aujourd'hui par le cloisonnement logistique dérivé de la pandémie chinoise, et Louis de Bourbon, qui vit à Madrid, n'a plus la liberté de venir aussi souvent en France qu'il le souhaiterait (et il déteste l'avion). C'est dommage pour lui à tous égards mais aussi parce que son "concurrent" est à l'étiage depuis l'assignation calamiteuse de la Fondation Saint-Louis pour détournement des intentions cachées d'Henri l'Ancien, son fondateur, calamiteuse pour une image déjà écornée par son apparente oisiveté. Le squat en plus ! Cette situation, même éphémère, lui aurait permis de faire l'écart de points en entraînant les légitimistes à sortir de la crypte pour faire avancer au grand jour la cause du roi de tradition. Mais ce prince comme son cousin semble adepte du hamac méditatif ; la certitude qu'a chacun d'être le phénix des hôtes de ce bois ne se traduit en rien d'autre que de camper sur la position acquise, ce à quoi ni le prince Alphonse ni Henri l'Ancien ne s'étaient résignés. C'est ici que nous replaçons le titre de ce billet : le prince comme souci.
Nos prétendants sont un souci, non pas de sincérité mais de crédibilité. On en vient à la légitimité de tout impétrant dans une situation d'instauration et non plus de restauration. Si ce n'est eux, ce seront d'autres ! Un contributeur du Salon Beige (époque Lahire) avait dit une fois que la légitimité réside essentiellement en le respect et la mise en œuvre de la loi naturelle, en la stabilité du pouvoir capable de maintenir intra et extra muros un ordre stable et pacifique, et préserver les conditions de prospérité, matérielle et immatérielle, des corps naturels constitutifs de la nation, laissés libres de poursuivre leur finalité propre, fondée non sur des idéologies mais sur des intérêts concrets. Boutang avait auparavant ramassé ces idées dans un slogan définitif : "le droit du prince naît du besoin du peuple". S'il n'est pas de loi supérieure aux nécessités du temps pour sauver le pays que celle de l'efficacité, les Lois fondamentales du royaume ne peuvent être qu'une indication pour les hommes en recherche d'une ouverture, que cette ouverture soit ou pas d'application immédiate. La monarchie est techniquement la solution pour réparer ce merveilleux pays qui part en... morceaux. Son retour peut certainement être un legs du passé, mais est-il décisif d'y joindre le lest d'une dynastie battue partout sauf en Espagne ? Poser la question hors des cercles royalistes est instructif !

Jean-Philippe Chauvin réitère régulièrement la démonstration d'une monarchie capable de résoudre bien des défis qu'affronte notre pays (clic). Extrait : En libérant la « première place », cette magistrature suprême de l’État aujourd’hui livrée au Suffrage et à cet éternel combat des chefs qui transforme la vie politique en une « présidentielle permanente », la Monarchie royale remet les ambitions au niveau inférieur mais aussi nombre de pouvoirs indûment détenus par l’État (aujourd’hui trop envahissant) aux collectivités locales, professionnelles ou universitaires, ce que l’on pourrait nommer « les républiques françaises ». Sa traduction royaliste n'est pas qu'une affaire d'héritage après une rupture de deux siècles, soyons sérieux ! Aucun des princes qui battent l'estrade n'est aujourd'hui en capacité d'accéder si tant est qu'ils soient au niveau de l'emploi, même si l'Espagnol a dévoilé une pugnacité rare chez la maison de Bourbon contre le démantèlement des rémanences franquistes. Ces messieurs prendraient-ils le risque de se compromettre socialement pour une cause inaboutie ? Leurs fidèles redoutent un coming out politiquement très incorrect. Ils ne se battront pas, sauf insurrection générale peut-être, et redoutent toute forme de conscription. Il suffit de mesurer leur timidité dans les contributions financières, le bénévolat étant la règle, par défaut. Ils ne sont pas assez nombreux, mal commandés. Mis à part les camelots du roi de l'Action française aux effectifs comptés, on ne verra personne en voirie pour donner le dernier coup de rein à la cause monarchiste s'il s'avère un jour décisif. On entend plus souvent dans les cercles ultrabrite la dénonciation de l'impatience des participants que la sonnerie de la charge de cavalerie, puisque la cause légitimiste est éternelle. Donnons du temps au temps, disent les pharisiens qui n'accepteront jamais d'être débités de la disparition de notre civilisation pour leurs atermoiements dilatoires. Une nation peut disparaître, un pays être entamé ou divisé, un peuple banni, mais ces messieurs récitent des mantras face au mur comme discutaient des anges les docteurs de Byzance quand le Turc passait la chaîne de la Corne d'Or.
Décidément il manque une cheville ouvrière au timon de la monarchie. On ne se passera pas d'un facilitateur tant les princes et leurs affidés nous semblent improbables dans l'action. Vienne quelqu'impatient de forte constitution, qui ait l'envie d'emporter la nation à la pointe de son élan ! C'est la Gaule ici ! Un roi viendra-t-il plus tard ? A lui de nous convaincre.

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