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jeudi 20 août 2020

Cadet Rousselle aux Émirats

La frégate Forbin inaugure le mouillage de Mina Zayed en 2009

L'accord d'Abraham est le résultat de la mise en tension du Moyen-Orient par la théocratie iranienne. Les camps se forment à l'approche d'une guerre ouverte entre les deux obédiences musulmanes. La Chine populaire renforce en armes et en moyens de toute sorte, l'allié millénaire de l'Empire du Milieu. les Etats-Unis tentent de former au sud du Golfe persique un bloc ayant une profondeur stratégique permettant la manœuvre. La Chine est motivée par les importantes ressources pétrolières de Mésopotamie ; les Etats-Unis autosuffisants en pétrole, réduisent leurs soucis à la pérennisation de l'Etat hébreu, le chouchou des Evangéliques américains... et des juifs de New-York.

S'invite dans le schmilblick la Turquie, pas vraiment invitée et le cul entre deux chaises, qui rêve de revenir aux frontières du califat historique aux dépens des Arabes. Pour le moment l'écho est plutôt celui d'un refus du néocolonialisme ottoman mais les services sont tous sur le qui-vive, tant le Sultan de la Porte est imprévisible. Ceci étant posé, on voit aussi que l'Accord d'Abraham agit comme un révélateur argentique sur chaque pays et dévoile au public la lassitude générale des soutiens aux Palestiniens dont les organisations corrompues et imbéciles réclamaient encore hier le droit au retour des réfugiés.

Evacuons cette question collatérale que la presse mouline en continu :
Fin 2018, on comptait 5442947 fiches palestiniennes actives à l'UNRWA -Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient. L'UNRWA annonce en 2020 qu'elle en a 5,6 millions. Il existe environ un million de réfugiés non-inscrits, susceptibles de demander un numéro en cas de droit au retour. La population citoyenne d'Israël est de neuf millions de gens dont six millions de Juifs ou déclarés tels. A côté d'eux sont installés 4,6 millions de Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza en sus des résidents arabes israéliens. On n'imagine pas un gouvernement juif accepter l'installation supplémentaire de l'équivalent de sa propre population pour former à ses portes un Etat plus gros que lui. Mais c'est plutôt la communauté médiatique internationale qui remet balle au centre le problème palestinien, les soucis des chancelleries arabes sont ailleurs et plus graves. Fin de la blague.


Derrière les Emirats arabes unis ou à côté d'eux, se rangent les intérêts bien compris de chacun. Oman est géographiquement au cœur du défi persique. Pour ne pas tenter le diable, Elana DeLozier du Washington Institute, signalait hier soir que le nouveau sultan d'Oman venait de reconstruire son Etat duquel il ne gardait que les fonctions de chef d'Etat et de chef des Armées. En vingt-huit décrets, Défense, Affaires étrangères, Finances et Banque centrale sont dévolues à des ministres, pas tous de la famille, mais le sultan Haitham reste Premier ministre en titre, assisté de trois vice-premiers gérant le domaine réservé. Ceux qui connaissent quelqu'un à Mascate peuvent cliquer ici. L'Omanais sait qu'il ne peut rester neutre avec le Yémen en feu à sa porte et de l'autre côté, riverain du Détroit d'Ormuz sous le feu des canons iraniens. Ainsi augmente-t-il les garanties du sultanat en n'étant plus la pièce indispensable de l'échiquier, cible éventuelle d'escadrons de la mort des gardiens de la révolution qui ne se sont pas privés de cibler dans leur communication les tours de verre dans lesquelles complotent les cheikhs.

L'autre pays qui se prépare à la guerre est le petit royaume de Bahrein, une île de pas 800km² coincée entre la côte séoudienne et le Qatar pro-iranien. Sa chance est d'abriter deux bases navales importantes de l'US Navy. Il fait peu de doute que la maison royale cherche les mots pour le dire avant de satisfaire son protecteur.

Quid de la France dans tout ça ?


Nous sommes mouillés jusqu'au cou même si les officines de gauche concentrent l'analyse sur l'avenir compromis de la Palestine arabe pour ameuter l'opinion française au bénéfice de leurs clients. En fait le piège... à loup est sur le Golfe, pas au Liban ou à Ramallah, encore moins à Bamako. Impatient de faire l'acteur sur le Golfe persique, pourtant zone britannique des Sykes-Picot, Jacques Chirac signa, après le Koweit et le Qatar, un accord de défense avec l'émirat d'Abou Dhabi, à divers motifs peu stratégiques que nous n'étalerons pas ici (chars Leclerc et avions Mirage 2000). L'accord affichait une solidarité franco-arabe contre l'Iran de... Valéry Giscard d'Estaing (eh oui !). Voulant faire plus que son prédécesseur décrété impotent, Nicolas Sarkozy établit une base navale au port de Mina Zayed en 2008 pour activer la guerre si besoin était, malgré une vision stratégique encore plus mesurée que celle de son prédécesseur. On peut maintenant que ça risque de chauffer parler de l'accord qui nous tient :

Bien sûr il est secret (?!) quoique les milieux généralement bien informés affirment que c'est une assurance à première demande. Le téléphone sonne et nous attaquons. On ne va pas aller faire les miquets au Conseil de sécurité, non, nous attaquons ! Incertitudes, ambiguïté ? Nous attaquons ! Mais j'ignore si les moyens militaires inscrits dans l'accord sont limités ou illimités. En régime de croisière, les forces françaises prépositionnées se limitent au 5è Cuirassiers, à l'escadron Lorraine sur Rafale, au commandement et à la logistique d'une force française de l'Océan indien et à l'antenne d'acquisition de renseignements armée par la DGSE ; ce qui fait environ sept cents personnes sur le payroll. La Royale fait escale régulièrement à Mina Zayed pour recharger les frigos. Donc, que les lecteurs fidèles se rassurent, les Français seront au cœur de l'action. Rien à voir avec la chasse aux freux au Sahel, ou le five o'clock tea de la FINUL. Une petite carte pour finir ?

Cliquer pour agrandir

mardi 18 août 2020

Le Proche-Orient vu d'un drone

L'Orient compliqué, qu'ils disaient dans les chancelleries du XXè siècle ! La cause nationale arabe, création d'une Palestine moderne, a épuisé la patience et les subsides des tuteurs des organisations palestiniennes. A voir les réactions européennes favorables à l'accord diplomatique entre Israël et les Emirats, la patience de la Commission européenne est pareillement usée. Seuls les Etats qui instrumentalisent les réfugiés palestiniens contre l'existence même d'Israël comme l'Iran, ou ceux qui redoutent des représailles orchestrées par les clans intégristes comme le Koweït et le sultanat d'Oman, refusent l'accord. Et pourtant le Soudan ouvertement, Bahrein très bientôt vont monter dans le band-wagon. Les relations normalisées feront dès lors une large tache d'encre sur la géographie arabe, ce qui influencera inévitablement l'existence même de la Ligue arabe, dont le destin semble plus proche du club de colonels anglais en retraite que d'une union stratégique qui impose un agenda.

Prince héritier d'Abou Dhabi
Shaykh Mohammed bin Zayed Al-Nahyan
On ne va pas s'enfoncer dans le dédale de la "Rue arabe" et partager l'émotion des uns et des autres, d'autant que je doute de la pleine sincérité des Palestiniens accrochés par un micro-trottoir. Mais lançons le drone au-dessus du Proche et Moyen-Orient pour voir les choses en gros. Il y a trois acteurs majeurs aujourd'hui sur la région, la Turquie islamique d'Erdogan (80 millions hab.), la République islamique d'Iran (82 millions d'hab.) et la République arabe d'Egypte (100 millions d'hab.) dont l'islam est religion d'Etat et la Charia source du droit. On pourrait dessiner trois concentricités en amalgamant à chacun ses clients pour avoir un effet de masse. Quand on aura fini, on comprendra tout de suite pourquoi l'Etat hébreu de seulement 9 millions d'habitants cherche à composer en permanence en offrant à ses interlocuteurs ce qu'il sait faire le mieux, la guerre et les technologies de pointe en tous domaines. Israël est un peu dans le rôle de Sparte. Deux acteurs majeurs sur trois se sont déclarés contre l'accord historique et le troisième, l'Egypte, a explosé de joie ! Venons-en maintenant à la question palestinienne d'aujourd'hui.

La revendication palestinienne, qui à l'origine prônait la destruction pure et simple de l'Etat d'Israël, se limite à demander aux instances internationales la reconnaissance d'un Etat arabe indépendant dans les frontières de 1967 ayant Jérusalem pour capitale et capable d'accueillir les familles des réfugiés de 1948 exerçant leur droit de retour. C'est clair, moral et toussa sauf que la proposition coupe à angle droit l'autre revendication, celle d'Eretz Israël qui doit manger tout l'espace disponible entre la mer et l'Euphrate. Manque de pot, le second a gagné la guerre (plusieurs fois), le premier l'a perdue par procuration. La théorie communiste d'une guérilla perpétuelle comme suite à donner à une défaite a fait long feu puisque Israël en a accepté le défi et a pris des mesures drastiques pour l'éteindre, quoiqu'il en coûte aux autres ! Les proxys arabes qui entendent les imprécations stériles des dirigeants palestiniens depuis cinquante ans sont fatigués. Certains doutent même que les chefs palestiniens soient suivis par les populations qui semblent souhaiter avant tout une vie normale avec du travail, un logement et une perspective d'éducation des enfants. Il ne faut pas avoir fait Saint-Cyr pour comprendre qu'Israël agite l'hologramme d'une normalisation pacificatrice en récompense de l'abandon de la revendication identitaire. Ceux qui poussent inlassablement les Palestiniens à la résistance éternelle se gardent bien de vivre parmi eux, aux conditions de leur quotidien.

Au-delà, les gouvernements arabes ont depuis longtemps compris que l'ostracisation des Juifs bridait un développement corrélé à leur démographie positive, au motif fumeux de l'impossible concrétisation du rêve d'un peuple sans Etat depuis toujours. Pour rehausser leur propre sécurité, deux ennemis d'Israël, l'Egypte et la Jordanie, ont passé l'éponge afin de s'attaquer plutôt à d'immenses défis domestiques. Cette reconnaissance enfreignant la doxa victimaire ne leur a pas porté tort. Au tour des "riches" arabes de reconsidérer maintenant le blocage palestinien de la Ligue arabe qui bride leur transition post-pétrole par un développement accéléré des industries de pointe en tous domaines, le luxe et le trade ne suffisant pas à assurer la pérennité de leurs économies et la richesse de leurs familles. Quatre cas particuliers :

Le Koweït est à l'origine une enclave découpée dans l'Irak où commandent aujourd'hui les Arabes des marais sous domination iranienne. L'émir qui craint une réaction explosive sur sa frontière, a déclaré en rester au statu quo.
Bahrein (ancienne possession persane) a été fortement déstabilisé par la communauté chiite et abrite une base navale américaine. Pour se garantir contre l'Iran, Bahrein va sans doute rejoindre le "club des traitres".
Le Qatar a été expulsé des organes de coordination du Golfe à plusieurs motifs dont celui de financement d'organisations terroristes et de propagande impie (Al-Jezira). Il est soutenu activement par la Turquie, l'Iran et le PSG.
Le sultanat d'Oman est la puissance historique qui a donné son nom au bassin inférieur du Golfe persique, la mer d'Oman, et qui a longtemps possédé sur la rive nord l'enclave de Gwadar aujourd'hui pakistanaise. Le nouveau sultan a les difficultés propres à la région mais en plus, son pays est adossé à l'Hadramaout yéménite, un foyer terroriste actif que personne ne sait éteindre à cause d'une géographie trop favorable aux nids de freux. Oman, trop près des côtes iraniennes, ne bougera qu'en dernier.

carte du Moyen-Orien

Reste la complication séoudienne ! Le dauphin MBS, qui a fait le pari d'une transition rapide du royaume vers une économie occidentalisée diversifiée, se heurte au wahhabisme conquérant, soutien indéfectible de la famille des Séoud aussi longtemps qu'elle les autorise à régenter les mœurs et à exporter le salafisme. Sans objectiver ni nier les relations techniques entre les services israéliens et les siens, l'Arabie heureuse fait le mort dans la question présente en attendant sans doute de voir où serait le gras d'un ralliement ? Elle affronte l'Iran au Yémen et se prépare à une guerre ouverte avec la théocratie perse par dessus ses voisins. Peut-être veut-elle mesurer d'abord la sincérité et l'efficacité de l'engagement des Israéliens dans son perpétuel combat contre le chiisme. Nous ne dirons rien des pays spectateurs empêtrés dans des problèmes internes quasi-insurmontables qui les raient de la carte : Syrie, Liban et Irak.

Voilà donc la photographie d'altitude de la région au moment. On ne peut clore l'article sans féliciter Jared Kushner et l'Administration de son beau-père pour avoir mis au jour l'Accord dit d'Abraham ; ni évoquer le destin promis à Gaza par les riches arabes après le retrait de Tsahal et des colonies juives, pas moins qu'un petit Dubaï sur Méditerranée ! avant que le Hamas ne capture le pouvoir pour en faire un ghetto intégriste et un foyer terroriste poursuivant la chimère d'une destruction d'Israël avec des bombes humaines et des cerfs-volants ! « La Palestine n'est pas à vendre » déclarent l'OLP et le Hamas qui ne vivent que de la charité fraternelle et de l'aide onusienne. Faudrait-il encore qu'elle ait quelque valeur ! Finalement les peuples sont toujours les cocus de l'histoire et de ses démagogues.

samedi 15 juin 2019

L'affaire d'Ormuz

Caler les faits ! C'est ce pourquoi les journalistes existaient. Au lieu de quoi ils versent aujourd'hui dans l'alarme, peut-être sur ordre des rédactions, afin d'accroître l'audience des beaufs incultes qui achèteront du Coca Cola. Il en est ainsi de l'incident du Golfe d'Oman.
En cas d'aggravation de la situation régionale, ces experts annoncent un bond du brut à 200 dollars le baril qui culbuterait le prix français du sans-plomb à la pompe avec les conséquences politiques que l'on sait dans un pays qui surtaxe le carburant. Le blocage du Détroit d'Ormuz suggéré comme élément de négociation par les mollahs quant à lui, ouvrirait la plus formidable pénurie d'huile que le monde ait connu depuis la Guerre du Canal de Suez. Et vas-y pour le tour de table du «qu'en pensez-vous ?». Rares sont les critiques sérieuses de ce scénario de presse sur les plateaux médiatiques, ce qui tendrait à faire croire au dessein d'abrutissement des masses qu'ils poursuivent.


Même si depuis Colin Powell les preuves d'images américaines sont suspectes, il semble difficile d'exonérer totalement l'Iran. Certes, le gouvernement nie toute implication mais chacun sait qu'il ne gouverne pas tout le spectre islamique et que les Gardiens de la révolution (Pasdaran) ont leur propre agenda : survivre coûte que coûte dans leurs intérêts propres. Pour purger les soupçons, on ne voit pas non plus les services émiratis immerger des mines, a fortiori les plaquer de nuit sur les coques des tankers, au nez et à la barbe des Omanais assez jaloux de leur position équilibrée en l'affaire. On peut exclure aussi les Séoudiens qui ne sauraient que sous-traiter. Reste la CIA, comme dans les bons romans d'espionnage... mais l'agence de Langley n'est pas dans les petits papiers de Big Twittos.

Si la piste des Pasdaran devenait sérieuse, le mobile de la mise en tension du Golfe collerait parfaitement à la situation intérieure de la République islamique s'il s'agissait de provoquer un sursaut national comme à l'époque de la guerre déclarée par Saddam Hussein. Mais rien n'est moins sûr. Le régime des mollahs est durement secoué par la crise économique et sociale qu'il ne peut surmonter, et il est susceptible de s'écrouler à la faveur d'une catastrophe naturelle ou d'une insurrection générale des mécontents tant ils sont nombreux. Miser sur un sursaut nationaliste est jeter trop loin le bouchon. Les Iraniens sont fatigués de la rhétorique guerrière d'un clergé milliardaire qui se battra pour ses privilèges jusqu'au dernier d'entre eux. L'affaire du Golfe d'Oman ressemble par certains égards à la fuite en avant d'une composante essentielle d'un régime qui ne verrait sa perpétuation que dans le chaos.

En restent pour le moment les effets. Pour que le pétrole monte, il faut que les acheteurs soient plus nombreux que les vendeurs, quels que soient leurs motifs. Or les acteurs du secteur ne croient pas en une reprise rapide du commerce mondial tant que le conflit stratégique Chine-USA n'est pas stabilisé. Peu d'entre eux croient en une paix durable et sincère. Mais qu'au moins les compteurs soient bloqués, comme il en va du différent Occident-Russie ! Ainsi, après les avaries de deux tankers, a-t-on vu un pic de cotations qui pourrait bien n'être que spéculatif et limité à la journée ou à trois jours. Puis pendant les travaux la vente continuera sous la loi de l'offre et de la demande...

L'autre hystérie journalistique concerne le blocage du détroit d'Ormuz (carte ci-dessous). "Compte tenu des réserves stratégiques existantes et des possibilités d’augmentation de la production ailleurs dans le monde, la diminution des flux énergétiques qui en résulterait ne durerait pas assez pour entraîner une pénurie dommageable" affirmait dans Cairn le capitaine de vaisseau Eudeline. Il y a eu un précédent, en 1988, une frégate américaine avait été avariée par un mine dérivante et l'Iran a perdu. Incapables de tenir la ligne du détroit, la flotte iranienne avait immergé des mines à partir de ses propres plateformes pétrolières pour y perdre à la fin des bâtiments de guerre et les deux plateformes en question. La parade actuelle, largement soutenue par les Etats arabes du Golfe sauf le Qatar et le Sultanat d'Oman, serait de forcer le blocus avec des chasseurs de mines escortés et de vitrifier la côte iranienne sur trente milles de profondeur (soit 50 kilomètres) en face de la péninsule déchiquetée de Musandam (à Oman) pour éloigner les sites de tir de missiles sol-mer. En cas de persistance de la menace, une administration précédente à celle de Donald Trump se proposait de ruiner les infrastructures industrielles des îles autour de Qeshm dans la baie de Bandar-e-Abbas, au motif du droit de poursuite des bandes de Pasdaran œuvrant sur le Golfe. C'est ce que Trump englobe dans sa menace d'extermination générale du régime des mollahs.


Pour finir, une mise en surtension du Golfe persique n'est pas de l'intérêt de l'Iran parce qu'il utilise aussi le Détroit d'Ormuz comme débouché et que les Américains peuvent parfaitement sécuriser le commerce arabe tout en bloquant le sien dans ses ports. Mais l'Iran a montré aussi que sa logique ne convoquait pas toujours le bon sens et que proclamations et exhortations sont au menu plus souvent que la solution des équations géopolitiques. Depuis qu'il existe, le régime n'a pas développé le pays mais a exporté ses nuisances tout autour pour un bénéfice nul. Même l'Irak chiite s'en méfie, avant que la Syrie n'y pense.


mercredi 5 juillet 2017

La république et les hongreurs


Pinces à bistourner les burnes
Deux mois déjà, deux discours pour formater le quinquennat, session parlementaire estivale avec ou sans cravate, on se gargarise à l'eau de mer. Il ne se passe rien de significatif, les fameux Cent-Jours échoient (ou échouent) le 16 août prochain. Toute action n'est pas suspendue au travail législatif ou aux négociations paritaires, il existe des possibilités de circulaires, de décrets pour faire face, voire même d'ordonnances au-delà du protocole de décapage du Code du Travail que le monde entier etc. Or il ne se passe rien d'important. C'est surtout le cas dans le domaine de la sécurité publique. Assainissement des rues encombrés de revendications de tous ordres, désordre des quartiers réservés, confinement des expressions cultuelles, police des frontières et expulsion des clandestins récents et déboutés, neutralisation des cellules terroristes, la liste est longue comme un jour sans pain. Suivent de près les mesures indispensables au redressement des comptes publics, en commençant par le bout que l'on veut, mais en commençant quelque chose, comme par exemple, la suppression de centaines d'agences, offices, commissariats, observatoires, instituts, le blocage de tout recrutement dans la fonction publique dont on ne compensera plus les départs en retraite pendant dix ans, la baisse en valeur du point d'indice, le plafonnement des remboursements sociaux et des prestations de chômage, la suppression de l'AME, la réduction du train de vie de l'Etat (voir en détail comment font nos voisins suisses et allemands). Au lieu de quoi on nomme Ségolène Royal Reine des Neiges au pôle arctique dont nous ne sommes ni riverains ni bienvenus et le président a proclamé au Congrès de Versailles l'irréformabilité du pays - c'était une blague, quoique !

En faveur des entreprises, des mesures efficaces n'ont pas à attendre le nouveau code du travail. Procéder à des simplifications massives en débandant les structures de complications et bannissant les complicateurs, sortir de l'orbite publique tous ces parlements inutiles que sont les chambres de commerce, mettre en place des procédures intelligentes anti-fraude fiscale avec des procès courts et des peines toujours au maximum pourrait se faire sans délai. Bref, le pouvoir nouveau devrait gouverner ; il parle et monsieur Castaner est le héraut indépassable de sa communication, saluons l'exploit de faire tant et si bien avec si peu ! L'ire se déplace déjà vers le grand parti des Eunuques que sont devenus Les Républicains. En ces temps difficiles, La Droite ne vaut que ce que vaut son programme musclé, sauf à n'être que la droite de la Gauche. Le groupe de M. Jacob ne vote pas la confiance à Edouard Philippe mais fait confiance jusqu'à midi, sauf si le texte T croisait à angle droit "ses valeurs", indéfinissables valeurs. La posture LR est de la daube recuite sur le programme de M. Baroin, version édulcorée de celui de M. Fillon déjà passablement adouci pour captiver les électeurs ayant résisté à l'hypnose macronienne. Les élections étant passées et les caciques débarqués, on pouvait compter sur un durcissement du programme original dans une intransigeance totale pour les comptes publics, la sécurité quotidienne, l'immigration débridée, et marteler jour après jour le Carthago delenda est romain contre les déficits, Carthage étant le camp retranché des Français surprotégés par des régimes spéciaux iniques. Thatchérien un peu !

D'aucuns pensent que le Front national se serait réservé ce chapitre dur, il n'en est rien, le Front est en voie de liquéfaction, ses cadres ne sont pas au niveau requis et les serres de la famille Le Pen sont plantées en lui qui l'empêchent de voler ! Donc l'espace est inoccupé et bien que le tiède programme politique de la Droite soit déjà écrit, il ne lui sert à rien ! Que leur faut-il de plus ? Consolider des bastions électoraux ? Oui, comme d'habitude !

Rien ne laisse augurer que la France, sous le sceptre impérial revenu, rejoigne le camp de l'Europe sérieuse en rétablissant ses comptes pour relancer son économie. Le pouvoir est tout d'intentions, d'affaires, de calculs - on va rentrer dans les 3% - et les ambitions sont des effets de manche qui ne valent pas mieux que les éructations de la France bolivarienne, insoumise pour de rire.

Le deuxième problème d'Emmanuel Macron est dans son domaine réservé, affaires étrangères et défense. Si les premiers pas de l'impétrant sur la scène internationale ont été unanimement salués par les chancelleries et les médiats, reste à passer aux actes. En Europe, le verrou est merkélien et il ne glissera dans sa gâche qu'à la seule condition que la France, qui semble vouloir donner des leçons au vieux continent, rentrent dans les clous de Maastricht et fassent autant de progrès que les pays d'Europe du Nord dans la gestion des affaires de l'Etat, jusqu'à atteindre la règle d'or du déficit "zéro". Le dernier rapport de Didier Migaud et les tergiversations observées sur la dépense publique - on aurait pu profiter du coup de foudre de la Cour des Comptes pour abattre la hache - ne laissent attendre aucun remède à la gabegie française, sauf un peu de toile émeri sur le prochain budget, et privent donc Paris de toute crédibilité dans ses demandes ou recommandations à Bruxelles. L'étoile va vite pâlir et notre voix faiblir sur des sujets essentiels, dont l'islamisation forcenée de l'espace européen n'est pas le moindre. Le groupe de Visegrad pose effrontément la question qui tue !

Au-delà, la question de notre influence géopolitique est toute entière dans le renforcement de nos capacités militaires permettant de continuer d'intervenir un peu partout. Le seuil de 2% du PIB des dépenses militaires semble inatteignable et la loi de programmation militaire annoncée ne sera pas convertie en crédits de paiements en temps et heure. Qu'on ne compte pas sur la générosité allemande de mettre au pot d'une défense européenne si nous ne pouvons pas nous-mêmes contribuer à parité. Notre place dans l'OTAN sera aussi fragilisée surtout sous le règne ubuesque de Donald Trump. Avons-nous les moyens de soutenir longtemps les cinq pays du Sahel qui luttent contre les bandes islamistes et les trafics en tous genres ? Nous comptions sur l'ONU, Washington coupe les crédits. Pouvons-nous soutenir longtemps des actions militaires en Irak et au Levant ? Certes nous pouvons figurer mais certainement pas conclure. Bénéfice zéro. Nos positions sur le Golfe persique semblent enfoncées. Nous pivotions sur le Qatar et sur Abou Dabi mais depuis que nous savons que les contrats séoudiens de MM. Hollande et Le Drian sont ramenés à la portion congrue et ne mériteront pas les unes de la presse, nous comprenons que le Pentagone et le Département d'Etat ont repris la main sur l'armement. Sur zone, les Etats-Unis ne respectent que la force, paramètre de souveraineté de plus en plus cher à maintenir pour une nation impécunieuse comme la nôtre.

Faute d'élan, la République de M. Macron risque bien de s'enferrer dans des explications répétées et préférer la communication aux résultats, c'est du moins ce que l'on voit aujourd'hui. Face à lui, l'opposition parlementaire n'est ni crédible ni armée d'un projet de rechange. Le roi des grenouilles a une gueule de grue.


Nota : Hongreur du verbe hongrer : châtrer les chevaux. Hongre (h aspiré), cheval châtré pour sa docilité au travail, originellement importé de Hongrie.

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