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lundi 4 mai 2015

La démocratie sociale force l'intégration des étrangers

A lire pour armer la discussion dans un débat sur l'intégration forcée en Europe de populations exogènes peu ou pas adaptées en l'état, dans l’optique de Hans-Hermann Hoppe, anarcho-capitaliste tendance monarchiste, qui devrait inspirer l’avenir du royalisme en France. Ces arguments sont autrement mieux fondés que les anciennes lois fondamentales du royaume disparu.
L'article va de l'argument productif jusqu'au démontage des motifs du personnel politique éphémère à capter revenus et ressources sans protéger le capital. On peut conclure avec Hoppe que par essence nos régimes démocratiques font le commerce des voix pour se survivre. On peut lire ce pavé en plusieurs fois, à mâcher lentement. Voir l'avertissement en note de bas de page.

I. Le flux migratoire est une valeur productiviste

Pr Hans-Hermann HOPPE
L’argument classique en faveur de l’immigration sans frein se présente comme suit : toutes choses égales par ailleurs, les entreprises vont là où le travail coûte moins cher, réalisant ainsi une approximation du principe à travail égal, salaire égal, de même que la meilleure affectation du capital possible. Un influx d’immigrants dans une région à salaires élevés abaissera les salaires nominaux. Cependant, il ne réduira pas les salaires réels si la population se trouve en-deçà de sa taille optimum (et il est certain que les États-Unis, dans leur ensemble, ont bien moins de population que leur taille optimale). Si c’est le cas, en fait la production augmentera tellement que les revenus réels augmenteront. De sorte que les restrictions à l’immigration feront plus de mal aux travailleurs protégés en tant que consommateurs qu’elles ne leur feront gagner en tant que producteurs. En outre, des restrictions à l’immigration accroîtront la fuite de l’épargne à l’étranger (l’exportation des capitaux qui seraient restés autrement), provoquant une égalisation des taux de salaire (quoique plus lentement), mais conduisant à un gaspillage du capital, détériorant ainsi les niveaux de vie dans le monde.

II. État-providence et immigration sont des problèmes distincts

Tel que présenté plus haut, l’argument en faveur de l’immigration sans frein est irréfutable et exact. Il serait aussi stupide de le contester que de nier que la liberté des échanges conduit à des niveaux de vie plus élevés que le protectionnisme. Ce serait aussi une erreur de contester l’argumentaire immigrationniste en faisant remarquer que, du fait de l’existence d’un État-providence, l’immigration concerne désormais dans une large mesure des parasites des systèmes sociaux qui, alors même que la population des États-Unis est en-deçà du niveau optimum, n’accroissent pas le niveau de vie général mais le diminuent.
En effet, il ne s’agit pas d’un argument contre l’immigration mais contre l’État-providence. Bien sûr, celui-ci doit être détruit, éradiqué. Mais les problèmes de l’immigration et de l’État-providence sont des problèmes analytiquement distincts, et on doit les traiter en conséquence. Le problème de l’argumentaire qui précède est qu’il souffre de deux défauts connexes qui invalident sa conclusion d’immigrationnisme inconditionnel, ou qui limitent son applicabilité à une situation hautement irréaliste, depuis longtemps évanouie dans l’histoire humaine. On ne mentionnera qu’en passant le premier défaut :

Pour les libéraux conséquents de l’École autrichienne d’économie politique, il est évident que ce qui constitue le bien-être est un jugement de l’esprit, et les ressources matérielles ne forment qu’une part de ses considérations. Même si les revenus réels augmentent du fait de l’immigration, il ne s’ensuit pas que l’immigration doive en être automatiquement tenue pour bonne, car on pourrait préférer un niveau de vie plus bas et une plus faible population à une plus grande richesse matérielle dans un peuplement plus dense.
C’est sur la seconde impasse que nous allons nous concentrer ici : c’est sur un territoire particulier que les gens immigrent. Or, l’analyse présentée au départ ne traite absolument pas la question de savoir qui, s’il existe, possède (maîtrise) le territoire en question. En fait, pour rendre l’analyse applicable, on suppose, implicitement, que le territoire en question n’appartient à personne, et que les immigrants arrivent sur un espace vierge (la frontière ouverte de l’histoire américaine). Il est évident que cette hypothèse, on ne peut plus la faire. Or, si ce postulat est abandonné, le problème de l’immigration acquiert un sens fondamentalement différent, et exige d’être repensé de fond en comble.

III. Dans le village global l’on immigre forcément chez quelqu’un

Pour illustrer ce que j’entends, imaginons une société anarcho-capitaliste : quoique je sois persuadé qu’une telle société est le seul ordre politique que l’on puisse défendre comme juste, je n’essaierai pas d’expliquer ici pourquoi c’est le cas. Je vais plutôt l’utiliser ici comme un point de départ conceptuel, pour contribuer à faire comprendre l’erreur fondamentale de la plupart des apôtres contemporains de l’immigration illimitée.

Supposons donc que toute la terre soit propriété privée : cela inclut toutes les rues, routes, aéroports, ports, etc. Pour certains terrains, le titre de propriété n’est soumis à aucune servitude : c’est-à-dire que le propriétaire est libre de faire tout ce qui lui plaît aussi longtemps qu’il ne porte pas atteinte à la propriété des autres. Pour d’autres, l’usage peut être plus ou moins étroitement restreint. Comme c’est aujourd’hui le cas dans certains lotissements, le propriétaire peut être soumis à des limites contractuelles à ce qu’il peut faire de sa propriété (des règles d’urbanisme librement acceptées) telles que : usage résidentiel (occupation bourgeoise) et non usage commercial, hauteur des immeubles limitée à trois étages, pas de vente ni de location aux Juifs, Allemands, Catholiques, homosexuels, Haïtiens, aux familles avec ou sans enfants, ou aux fumeurs, entre autres exemples. Il est clair que dans cette société strictement libérale, il n’existe absolument aucun droit à l’immigration.

Ce qui existe, à la place, c’est le Droit de multiples propriétaires indépendants d’inviter ou de ne pas inviter les autres chez eux, conformément à leurs titres de propriété illimités ou limités. L’accès à certains terrains pourra être facile, et à d’autres quasiment impossible ; dans tous les cas, être accepté sur la propriété de celui qui vous invite n’implique aucun droit de se promener dans les environs, à moins que les autres propriétaires n’acceptent de telles déambulations. Il y aura sur chaque terrain exactement autant d’immigration et de non-immigration, d’exclusion et de non-exclusion, d’intégration ou de ségrégation, de non-discrimination ou de discrimination fondée sur des critères raciaux, ethniques, linguistiques, religieux, culturels ou (n’importe quels) autres, que l’auront décidé les propriétaires privés et associations de propriétaires privés.
Remarquez que rien de tout cela, même pas la forme la plus extrême du ségrégationnisme, n’a le moindre rapport avec le refus du libre échange et l’adoption du protectionnisme. Du fait qu’on ne désire pas fréquenter des Noirs, des Turcs, des Catholiques, des Hindous, etc. ou vivre dans leur voisinage, il ne s’ensuit pas qu’on ne souhaite pas échanger à distance avec eux.

Bien au contraire, c’est précisément le caractère absolument volontaire de l’association et de la séparation — l’absence de toute forme d’intégration forcée — qui rend possible les relations pacifiques — le libre échange — entre des gens culturellement, ethniquement, ou confessionnellement différents.




IV. La hauteur d’implication d’un État est la coupe réglée

Dans une société totalement libérale (anarcho-capitaliste), il n’y a pas de gouvernement central, et par conséquent pas de distinction précise entre les nationaux (citoyens du pays) et les étrangers. Cette distinction n’apparaît qu’avec l’institution d’un État, c’est-à-dire d’un groupe de personnes qui détiennent un monopole de l’agression (de l’impôt).

Le territoire sur lequel s’étend le pouvoir fiscal devient national (intérieur) et quiconque réside au-delà de ce territoire devient un étranger. Les frontières d’État (avec les passeports), à la différence des bornes de la propriété privée, ne sont pas des institutions naturelles (elles sont imposées par la force). En fait, leur existence (et celle d’un gouvernement national) fausse à deux titres l’inclination naturelle des gens à s’associer les uns avec les autres.
Tout d’abord, les résidents ne peuvent pas exclure de leur propriété les hommes de l’État (les envoyés du fisc), mais sont victimes de ce qu’on pourrait appeler l’immigration forcée des agents de l’État.
Deuxièmement, pour pouvoir faire intrusion sur la propriété privée de ses sujets afin de les taxer, un gouvernement doit invariablement prendre le contrôle des routes existantes, et il emploiera ses recettes fiscales à produire encore davantage de routes, dans le but de faciliter son accès à toute propriété privée, comme matière fiscale potentielle. Ainsi, cette surproduction de routes n’implique pas seulement une facilitation innocente du commerce interrégional — un abaissement des coûts de transaction, comme les économistes naïfs voudraient nous le faire croire ; c’est aussi une intégration nationale forcée (une déségrégation artificielle de localités séparées).

En outre, avec l’installation d’un gouvernement et de frontières d’État, l’immigration prend un sens entièrement différent. L’immigration devient une immigration d’étrangers, à travers des frontières d’État, et la question de savoir si une personne doit être admise n’incombe plus à des propriétaires privés ou à une association de propriétaires privés, mais aux hommes de l’État en tant que souverains ultimes de tous les résidents nationaux et comme propriétaires de fait de toutes leurs possessions.

Cependant, si les hommes de l’État excluent une personne alors même qu’un résident national est disposé à l’accueillir sur sa propriété, le résultat est une exclusion forcée (phénomène qui n’existe pas dans une anarchie de propriété privée). En outre, si les hommes de l’État laissent entrer une personne alors qu’il ne se trouve pas ne serait-ce qu’un seul résident national qui souhaite admettre cette personne sur sa propriété, le résultat est une intégration forcée (qui n’existe pas non plus dans une anarchie de propriété privée).

V. Si un roi se substitue à l’État, l’immigration est choisie
[c'est le point d'appui de la propagande royco]

Frédéric II de Prusse
Maintenant, ajoutons quelques postulats historiquement réalistes : supposons que l’État soit propriété privée. Le souverain possède littéralement l’ensemble du pays dans les limites de ses frontières. Il est pleinement propriétaire d’une partie du territoire (son titre de propriété y est illimité), et possède partiellement le reste (en tant que propriétaire ultime ou prétendant au revenu résiduel de toutes les possessions immobilières, quoique contraint par une espèce de contrat de location préexistant). Il peut vendre et léguer sa propriété, et il peut calculer et réaliser la valeur de son capital (son pays).

Les monarchies traditionnelles, et les rois, sont les exemples historiques les plus proches de cette forme de gouvernement. Que sera la politique d’immigration et d’émigration caractéristique d’un roi ? Dans la mesure où il possède l’ensemble de la valeur en capital du pays, il aura tendance, en ne lui supposant pas d’autre intérêt que le sien, à choisir les politiques de migration qui préservent ou accroissent la valeur de son royaume, au lieu de la diminuer.

En ce qui concerne l’émigration, un roi voudra empêcher l’émigration de sujets productifs, et particulièrement de ses sujets les meilleurs et les plus productifs, parce que les perdre diminuerait la valeur du royaume. Par exemple, de 1782 à 1824, une loi interdisait aux ouvriers qualifiés de quitter la Grande-Bretagne.
En revanche, un roi souhaitera expulser ses sujets improductifs et destructeurs (les criminels, clochards, mendiants, romanichels, vagabonds, etc.), car les extirper du royaume accroîtra sa valeur. C’est pour cela que la Grande-Bretagne a expulsé des dizaines de milliers de délinquants de droit commun en Amérique du Nord et en Australie.

En ce qui concerne par ailleurs l’immigration, un roi souhaitera tenir la tourbe à l’écart, de même que les gens aux capacités productives inférieures. Cette dernière catégorie ne sera admise que temporairement, si elle l’est seulement, comme travailleurs saisonniers sans droit de cité (comme quand nombre de Polonais furent admis comme travailleurs saisonniers en Allemagne après 1880), et on leur interdira toute possession immobilière permanente.
Un roi ne permettrait l’immigration permanente qu’à des individus supérieurs ou du moins au-dessus de la moyenne (c’est-à-dire à ceux qui accroîtraient la valeur de son royaume en y résidant), comme lorsque après 1685 (la Révocation de l’Édit de Nantes), des dizaines de milliers de Huguenots furent autorisés à s’installer en Prusse et lorsque Pierre le Grand, Frédéric le Grand et Marie-Thérèse d’Autriche facilitèrent l’immigration et l’établissement de grands nombres d’Allemands en Russie, en Prusse et dans les provinces orientales de l’Autriche-Hongrie. Bref, même si les politiques de migration d’un roi n’éviteraient pas entièrement les cas d’exclusion et d’intégration forcée, elles feraient grosso modo ce que feraient des propriétaires privés, s’ils pouvaient décider qui admettre et qui exclure.
Le roi serait particulièrement regardant, se souciant à l’extrême d’améliorer la qualité du capital humain résidant, afin d’accroître la valeur du sol ou d’éviter de la diminuer.

VI. Le gérant démocratique d’un pays importe ou exporte des voix sans critères

On peut prédire que les politiques de migration prendront un tour différent une fois l’État devenu propriété publique. Le dirigeant n’est plus propriétaire de la valeur en capital du pays, il n’en dispose plus qu’à titre temporaire. Il ne peut pas vendre ni léguer sa place de dirigeant, n’étant qu’un gérant provisoire.
En outre, la liberté d’entrer existe dans cette profession de gérant étatique. N’importe qui, en principe, peut devenir dirigeant d’un pays. Les démocraties telles qu’elles sont apparues sur une large échelle après la Première Guerre mondiale présentent des exemples historiques de gouvernement public.

Encore une fois, si on ne leur prête pas d’autre intérêt que personnel (le souci d’accroître au maximum leur revenu pécuniaire et psychique : l’argent et le pouvoir), les maîtres démocratiques cherchent à accroître au maximum le revenu courant aux dépens de la valeur en capital, dont ils ne peuvent pas s’emparer à titre privé. De sorte que, se conformant à l’égalitarisme inhérent au suffrage universel, ils ont tendance à mener des politiques nettement égalitaires, non-discriminatoires, en matière d’émigration et d’immigration.

En ce qui concerne la politique d’émigration, cela implique que le dirigeant démocratique se soucie peu de savoir si ce sont des gens productifs ou improductifs, des cerveaux ou des clochards, qui quittent le pays. Les uns et les autres ont le même droit de vote. En fait, le dirigeant démocratique pourrait bien s’inquiéter davantage de la perte d’un parasite que de celle d’un génie productif. Car si la perte du second dégrade certainement la valeur du pays, alors que la disparition du premier pourrait l’accroître, un dirigeant démocratique n’est pas propriétaire du pays. À court terme, un paumé qui vote pour des mesures égalitaristes pourrait même avoir plus de valeur pour le dirigeant démocratique que n’en a le génie productif : celui-ci, victime de choix de l’égalitarisme, a plus de chances de voter contre le dirigeant en question.
Pour la même raison, un dirigeant démocratique, tout à l’opposé d’un roi, en fera peu pour expulser les gens dont la présence dans le pays constitue une nuisance (les indésirables, dont la présence fait baisser les valeurs immobilières). En fait, ces indésirables-là : parasites, tordus, délinquants, ont des chances de figurer parmi ses plus fidèles électeurs.

En ce qui concerne les politiques d’immigration, les raisons d’agir ou de ne pas agir sont tout aussi faussées, et les résultats sont également pervers. Pour un démocrate officiel, peu importe que ce soient des gueux ou des génies, des gens plus ou moins civilisés que la moyenne, ou plus ou moins productifs, qui entrent dans le pays. Il ne se soucie pas beaucoup non plus de la distinction entre travailleurs temporaires (titulaires d’un permis de travail) et les immigrés définitifs, propriétaires permanents (les citoyens naturalisés).
En fait, les nécessiteux et les improductifs pourraient bien être préférables comme résidents et comme citoyens parce qu’ils posent davantage de ce qu’on appelle les problèmes sociaux, et que ces dirigeants-là prospèrent de l’existence de tels problèmes.
En outre, les tarés, les gens inférieurs, auront plus de chances d’appuyer ses politiques égalitaristes, alors que les génies et les gens supérieurs s’y refuseront.

Le résultat de ces politiques de discrimination est une intégration forcée : on impose des masses d’immigrants inférieurs à des propriétaires nationaux qui, s’ils avaient décidé eux-mêmes, auraient fortement discriminé et se seraient choisis des voisins très différents.
Ainsi, les lois sur l’immigration aux États-Unis de 1965, le meilleur exemple de démocratie en action, a éliminé tous les critères de qualité préalablement existants et la préférence explicite pour les immigrants européens, la remplaçant par une politique de non-discrimination presque complète (de multiculturalisme).
En fait, même si on l’a rarement fait observer, la politique d’immigration d’une démocratie est le reflet de sa propre politique interne relativement aux mouvements de population : vis-à-vis des choix volontaires d’association ou de désassociation, de ségrégation ou d’intégration, de rapprochement ou d’éloignement physique des différents propriétaires.

Comme le ferait un roi, un dirigeant démocratique favorisera la surintégration spatiale en produisant à l’excès le service collectif des voies publiques. Cependant, pour un dirigeant démocratique, à la différence d’un roi, il ne suffira pas que tout le monde puisse aller et venir jusqu’à la porte de tout un chacun sur les routes des hommes de l’État. Soucieux d’accroître son revenu et son pouvoir actuels aux dépens du capital installé et sous l’influence du préjugé égalitariste, le démocrate patenté ira bien plus loin.
Le gouvernement fera des lois contre la discrimination — on ne pourra plus choisir de ne pas côtoyer les Allemands, les Juifs, les Noirs, les Catholiques, les Hindous, les homosexuels, etc. — pour forcer l’entrée de la propriété de chacun et en ouvrir l’accès à n’importe qui. Il n’est donc guère surprenant que la législation des droits civiques aux États-Unis, qui interdisait les distinctions privées sur le critère de la couleur, de la race, de l’origine nationale, etc. et imposait de ce fait la déségrégation, ait coïncidé avec l’adoption d’une politique d’immigration non-discriminatoire, ce qui signifiait une déségrégation internationale imposée (l’intégration forcée).



VII. L’intégration forcée est inhérente à la démocratie sociale

La situation actuelle des États-Unis et de l’Europe occidentale en matière d’immigration n’a donc absolument rien à voir avec un quelconque libéralisme. Il s’agit d’intégration forcée, purement et simplement, et l’intégration forcée est le résultat prévisible de la démocratie sociale où règne le principe un homme-une voix.
Abolir l’intégration forcée exige de combattre la démocratie sociale, pour finalement abolir le caractère public des décisions. Plus spécifiquement, le pouvoir d’inviter ou d’exclure doit être retiré aux hommes de l’État central pour être remis aux régions, provinces, départements, villes, villages, quartiers résidentiels et finalement aux propriétaires privés et à leurs associations volontaires. On atteint ces objectifs par la décentralisation et la sécession (l’une et l’autre par essence contraires à la démocratie sociale et à la règle majoritaire).

On serait par conséquent bien engagé dans la voie d’une restauration de la liberté d’association et d’exclusion qui procède de l’idée libérale et de l’institution de la propriété privée, et une bonne partie des conflits qui naissent actuellement de l’intégration forcée disparaîtraient si seulement les villes et villages pouvaient, et voulaient faire ce qu’ils faisaient tout naturellement bien avant dans le XIXe siècle en Europe et aux États-Unis :
Afficher des pancartes énonçant les conditions d’entrée dans la ville (pas de mendiants, ou de clochards, ou de vagabonds, mais aussi pas de Musulmans, d’Hindous, Juifs, Catholiques, etc.) ; chasser comme contrevenant quiconque ne répond pas aux conditions affichées ; et résoudre la question de la naturalisation à la manière suisse, où ce sont les assemblées locales, et non le gouvernement central, qui décident qui peut, ou ne peut pas devenir citoyen.

Que doit-on espérer et prôner comme politique d’immigration correcte, aussi longtemps que l’État central démocratique existe toujours et qu’il s’arroge avec succès le pouvoir d’imposer une politique uniforme d’immigration ? La meilleure que l’on puisse espérer va contre la nature de la démocratie, et n’a donc pas beaucoup de chances d’arriver : c’est que les dirigeants démocratiques se conduisent comme s’ils étaient personnellement propriétaires du pays, comme s’ils avaient à décider qui admettre et qui exclure dans leur propre propriété privée (dans leur propre maison même).
Cela signifie pratiquer une politique de discrimination extrême : de stricte discrimination en faveur de ceux qui présentent les plus grandes qualités humaines d’expertise, de caractère et de compatibilité culturelle.

Plus spécifiquement, cela veut dire que l’on distingue strictement entre les citoyens (les immigrés naturalisés) et les étrangers résidant, en excluant ces derniers de tout avantage social. Cela signifie exiger, pour l’acquisition du statut de résident étranger aussi bien que celui de citoyen, le parrainage personnel d’un citoyen résidant, se portant garant pour toute atteinte à la propriété causée par l’immigrant.
Cela implique d’exiger un contrat d’embauche en vigueur avec un citoyen résidant ; pour les deux catégories, en outre, mais particulièrement celle de la citoyenneté, cela implique que l’immigrant doit présenter non seulement une connaissance de [notre] langue mais encore des capacités intellectuelles générales supérieures (au-dessus de la moyenne) et des qualités de caractère compatibles avec notre système de valeurs, avec pour résultat prévisible une tendance systématique à favoriser l’immigration des Européens.


©Hans Hermann HOPPE 1995




M. François Guillaumat a produit pour le Lien légitimiste la traduction de cet article de Hoppe dont un original, paru chez le Rockford Institute en 1995 sous le titre Free Immigration or Forced Integration, fut repris par Lew Rockwell en 1999. Que François Guillaumat en soit remercié. Le découpage en sept sections est celui de l’original Rockwell. Ce texte a donc paru avec tout son appareil critique dans le n°62 du Lien légitimiste (mars-avril 2015) et a fait l'objet d'un tiré-à-part intégral à l'entête du Lien. On peut l'obtenir en version électronique sous format PDF par simple demande :
Le Lien légitimiste - 2 Le Petit-Prix - 37240 La Chapelle Blanche Saint Martin.


lundi 23 mars 2015

Areva ou les limites du colbertisme

Ce billet a été publié dans l'Action française 2000 du 19 mars 2015 (n°2905 p.10) sous ce même titre. Il entre en archives RA avec des liens complémentaires en bas de note qui n'apparaissent pas dans la version papier faute de place et une notice plus développée sur Hans Hermann Hoppe*.

Avec un chiffre d'affaires sensiblement constant, l'action Areva a perdu 88% en 7 ans. Ce n'est pas "la faute à pas de chance" car y fut concentré le meilleur des cerveaux français, et c'est sans doute en celà que les déboires de la filière d'excellence sont inquiétants. Le premier reproche que l'on puisse faire à l'ancienne patronne d'Areva, Anne Lauvergeon, est le fiasco technique d'UraMin. Alors que beaucoup de grands dirigeants français ont suivi un cursus de sciences molles qui les autorise à méjuger les affaires industrielles (la liste est longue), Atomic Anne, agrégée de sciences physiques par Normale Sup, est issue du prestigieux Corps des Mines et s'est donc lourdement trompée dans son cœur de métier.
Tout le reste en découle puisque la Justice examine l'alternative entre une erreur par incompétence et une mauvaise décision parfaitement documentée. Le résultat de l'instruction menée par la Brigade financière de Paris et par le juge Van Ruymbecke signalera si l'ingénieur Lauvergeon était sous-calibré pour exercer la dictature nucléaire française consentie par les pouvoirs publics en souvenir du Commissariat à l'Energie Atomique (CEA), ou si elle a cherché dans ses multiples fonctions sa propre gloire. Cette affaire est la pierre de touche qui révélera la nature profonde des erreurs d'Areva : cafouillages typiques des entreprises d'État dont le propriétaire est un buste en plâtre qui trône dans les mairies. On n'ose parler d'escroquerie délibérée et pourtant, beaucoup de millions ont circulé !

Yellow Cake
L'affaire est digne d'un roman de Gérard de Villiers. En quelques lignes, la voici : en quête de mines d'uranium à agréger au patrimoine de la COGEMA devenue Areva, la direction du groupe repère la mine centrafricaine de Bakouma qui avait été découverte par le CEA en 1958 et jugée inexploitable alors, site à moitié noyé, minerai enfermé dans une gangue d'apatite quasiment infractable, logistique ruineuse. La hausse du prix de l'uranium changeait-elle aujourd'hui le compte d'exploitation ? Aucun personnel de terrain ne le crut, mais tout l'état-major voulait acheter sans voir, ni même consulter les copieuses archives de la COGEMA. Les patrons se sont laissé rouler dans la farine par les vendeurs, une holding minière canadienne qui fit fortune dans la transaction, quasiment en faillite dans l'exploitation ! Le monde de l'uranium est un boudoir, chacun savait les permis d'UraMin sans valeur. Sauf Areva ?

Les déboires d'Areva sont typiques de la gestion étatique des entreprises publiques, la morgue passant trop souvent la raison. Que ce soit l'enthousiasme potache à la rédaction du contrat finlandais d'un EPR™ qui n'en finit plus de s'achever dans les pénalités de retard ; les présomptions arrogantes d'ouverture du marché chinois à des réacteurs de 3è génération, qui pourrait bien se limiter pour nous aux quatre unités de Taïshan, le reste du programme national étant sinisé sous licence Westinghouse à tout motif même déloyal comme la standardisation des filières pour optimiser la maintenance ; que ce soit l'agonie du réacteur EDF de Flamanville ; et bien pire, le désastre d'Abou Dhabi où pour une fois la composante politique du projet avait bien manœuvré mais que la suffisance ou l'inconstance des contractants a ruiné au bénéfice d'une technologie coréenne, tout simplement bien présentée ; nous avons touché du doigt dans chacun de ces dossiers le "détachement" d'élites techniques imbues d'elles-mêmes que rien ni personne ne pourrait critiquer. Jusqu'à ce que les alarmes hurlent ! La Cour des Comptes a signalé les ravages d'une technocratie irresponsable par nature, puisqu'elle travaille sur fonds publics, avec l'argent de tous et de personne, contrairement aux groupements anglo-saxons qui engagent sur ces créneaux des compagnies propriétaires de leurs actifs et de leur avenir, dont l'excitation à conclure tranche avec l'impassibilité narquoise des fonctionnaires français.

Réacteur EPR™ de Flamanville

Quels que soient ses diplômes, ses talents personnels et l'expérience acquise en butinant le domaine industriel de l'État, Anne Lauvergeon qui accumule partout les jetons d'administrateurs, reste incapable de mettre aujourd'hui son chéquier sur le tapis vert pour signer un milliard de dollars à la fin du tour de table. On trouve ces entrepreneurs à leur compte outre-atlantique et en Asie. Ils ne vivent pas dans l'entreprise, c'est l'entreprise qui leur sert de cœur et de poumons. Cette véritable "incarnation" de l'entreprise est invincible. Et le concept n'est pas réservé aux Américains :
Quand Monsieur Deng débonda l'énergie créatrice de la Chine épuisée par le communisme, il fit confiance à l'impatience des individus à s'établir socialement et à s'enrichir, et pas du tout à la réforme des grands combinats étatiques. La France de Monsieur Hollande n'a pas encore franchi ce seuil d'intelligence, et pour protéger le "triomphe" du secteur public, Areva sera peut-être réprimandée mais pas condamnée. Comme le dit Hans Hermann Hoppe :"l'efficacité est liée à la propriété privée pour que chacun soit incité à faire des efforts" et le même de conclure à la privatisation gagnante de l'État en ramenant un roi propriétaire puisque la monarchie est la forme la plus comptable de l'avenir du pays, pays qui n'est que le sien. En attendant, Areva a récupéré Philippe Varin, le loser de chez Peugeot qu'il a bien fallu poser quelque part puisque les Chinois n'en voulaient pas ! Il préside aujourd'hui le conseil d'administration depuis la mort de Luc Oursel il y a huit jours, éphémère successeur d'Anne Lauvergeon.



Pour ceux qui veulent creuser la mine sur ce blogue :
- Résultats du groupe
- Uramin et Areva - mine de rien
- Uramin, la synthèse d'un scandale
- Uramin, omerta chez Areva
- l'ingénieur Balkany dans le schmilblick minier africain
- Areva chez Bellaciao
(*) Hans-Hermann HOPPE est professeur au Département d'Economie de l'Université du Nevada à Las Vegas, Senior Fellow du Ludwig von Mises Institute et rédacteur en chef adjoint de la Review of Austrian Economics. Il est né le 2 septembre 1949 à Peine, en Allemagne de l'Ouest. Il a fréquenté l'Universität des Saarlandes à Sarrebruck, la Göthe Universität de Francfort s/Main et l'University of Michigan à Ann Arbor pour des études de philosophie, sociologie, histoire et économie. Il a reçu en 1974 son doctorat en philosophie et son diplôme post-doctoral (sociologie et économie) de la Göthe Universität à Francfort. Il a enseigné dans plusieurs universités en Allemagne, de même qu'à Bologne, au Bologna Center for Advanced International Studies de la Johns Hopkins University.
Outre de nombreux articles et brochures, il a publié Handeln und Erkennen (Berne, 1976), Kritik der kausalwissenschaftlichen Sozialforschung (Opladen, 1983), Eigentum, Anarchie und Staat (Opladen, 1987), A Theory of Socialism and Capitalism (Dordrecht, 1990) et The Economics and Ethics of Private Property (Auburn, 1993).
C'est le dernier venu et le meilleur supporter de la monarchie** parmi les grands esprits parce qu'il fonde sa démonstration sur du concret, un peu à la manière de Maurras. Il présente ses idées sur un site web personnel (clic) et sur les sites des instituts que nous avons cités.
(**) Royal-Artillerie : De la supériorité économique de la monarchie

dimanche 26 avril 2009

Europe : que faire de la démocratie ?

hayekDans son livre "La Route de la servitude" publié en 1943, le physicien social Friedrich Hayek nous avait démontré que l'hitlérisme n'avait pas surgi de l'âme allemande autant que du socialisme. Connaissant aujourd'hui les scores terribles des communismes russe et chinois, cette perversion systématique de la générosité sociale ne nous étonne plus puisqu'elle procède de cette chimère relevée par Elie Halévy : « Les socialistes croient à deux choses qui sont absolument contradictoires : la liberté et l'organisation ». La seconde force toujours la première et à y ajouter le loup de Hobbes, on peut aboutir à Pol Pot.
Ce qui aggravait le cas pour Hayek est que le monstre nazi était venu au monde par accouchement démocratique. Le dogme était-il à ce point faux ? Sans doute le pensait-il pour imaginer un dispositif antiparlementaire qui vaut la peine d'être évoqué, même succintement sur un blogue...

Commençons par les attendus de la doctrine Hayek : Avertissons le lecteur qu'elle est fondée sur une sorte de positivisme kantien qui n'organise que la sphère visible de notre monde et commence par "l'ordre spontané". C'est en plus un libéral atroce, à la limite de l'ogre : ses ouvrages étaient sur la table de nuit de la Dame de Fer !

A.- Cet ordre spontané hayékien est le précipité d'actions humaines convergeant souvent de manière inconsciente sans intention ni dessein rationnel dans le domaine social inorganisé. Ainsi en va-t-il des cinq piliers majeurs des sociétés humaines : le langage, la morale, le droit, la monnaie et le marché. Personne n'a planifié leur construction et le stade actuel de chacun résulte d'une longue évolution historique. Cette évolution enchaîne les essais, les erreurs, la disparition des structures inefficaces dans une sorte de sélection naturelle des comportements humains.
Le marché est une institution fondamentale depuis les modes informels de la préhistoire jusqu'à nos jours, et l'évolution perdure.

B.- Le marché ne se prête jamais très longtemps à sa planification autoritaire comme l'ont tenté les pays soviétiques et la France d'après-guerre, pour la seule raison que le caractère parcellaire, dispersé, fragmenté et subjectif de la Connaissance rend la planification inadaptée aux réalités. Il est impossible à un seul esprit, si puissant soit-il, même sur un seul segment de marché, de dominer l'ensemble des informations que ce segment peut coordonner seul spontanément.

doigts levés encrésL'alternative est de laisser la liberté au marché pour avoir les meilleurs ajustements, ou de brimer la liberté afin que les faits répondent au programme, et instaurer la coercition qui, dans les mains de "physiciens" de rencontre adoubés dans leurs fonction par le maquignonnage électoral, quêtant les voix des individus même les plus méprisables pour faire masse, tourne à la tyrannie.
La seule limite à cet autoritarisme est actuellement le "moment" contrariant des groupes les plus forts et les mieux organisés, au premier rang desquels les syndicats et les gestionnaires du crédit. Rien de moins sûr pour chercher le Bien commun. Mais en l'absence d'un équilibre tranquille des forces, comment gérer cette anarchie ?

C.- Un Etat fort a minima endigué par le Droit : le "Rechtstaat", puisque nous devons notre liberté aux bornes de la liberté.
L'Etat de droit s'avère paradoxalement essentiel au bon fonctionnement de l'anarchie libérale dès lors qu'il assure le cadre juridique nécessaire au libre jeu des forces économiques du marché. Ce cadre juridique qui garantit le fonctionnement de l'ordre naturel spontané, est lui même un ordre spontané fruit d'un certain pragmatisme que l'on veut souvent combattre par cette doctrine fabriquée de la démocratie. Or si le concept de "démocratie" est fondé sur la souveraineté populaire, il signifie que la règle majoritaire n’est pas limitable. « L’idéal de démocratie, originairement destiné à empêcher tout pouvoir de devenir arbitraire, devient ainsi la justification d’un nouveau pouvoir arbitraire, car ce n’est pas dans les résolutions d’une majorité que nous trouverons une sagesse supérieure. Elles sont plutôt à même d’être inférieures aux résolutions qu’auraient prises les plus intelligents des membres du groupe après avoir écouté tous les avis ».

debré au perchoirLe spectacle actuel de logorrhée législative, d'où que viennent les rédacteurs, montre que les lois du cadre ne sont pas élaborées le plus rationnellement par les individus, puisqu'ils sont limités dans leurs perceptions de l'ensemble et attentifs d'abord à leurs intérêts propres. Le parti démocratique "vainqueur" s'emploie à couvrir le "travail" législatif de son prédécesseur comme le chien marque d'urine son périmètre. Au bout de quelques décennies, le corpus de lois et règles devient un monstre d'antagonismes que personne ne maîtrise plus, au profit de juges et d'experts explicateurs qui finissent par prendre le pouvoir réel, un peu comme y étaient parvenus la Chicane (rapportée de Byzance par les Croisés) et les juges de l'Ancien régime.

Hayek retire l'essence du pouvoir au peuple balladé dans son incompétence naturelle par les rusés et les coquins. Très fort ! Mais pas si loin du schéma institutionnel des collèges électoraux de l'Alliance Royale que les retardataires découvriront ici. Ce régime hayékien se nomme « Démarchie¹ » s'il laisse la légitimité du pouvoir au peuple comme diseur en dernier ressort dans les situations de ruptures politiques ou de cataclysme. Le terme, s'il lui laisse l'autorité ordinaire, lui retire quand même la "force exécutive".

Son Etat fort a minima que nous appelons nous-même parfois "Etat strict et durci", pour souligner son périmètre inextensible au sein duquel s'exerce la plénitude de sa totalité, ressemble beaucoup au domaine régalien de la plateforme politique de l'Alliance Royale, qui retire des joutes électorales le cœur essentiel des pouvoirs d'un Etat ramené à ses fondamentaux. Yves-marie Adeline a-t-il eu une émotion libérale quand il a pondu son excellent schéma institutionnel ?

A qui donc confier les lois selon Hayek ? A côté d'une assemblée parlementaire élue par la population sur mandat impératif et excluant tout citoyen dont les revenus dépendrait de l'Etat, Hayek juge indispensable d'instituer une sorte de Sénat qui détiendrait l'exclusivité de la fonction législative, limitée à l'élaboration de règles de conduite générales en société. Cette Chambre haute serait composée de "nomothètes²" d'âge mûr mais pas gâteux (entre 45 à 60 ans!), dont un quinzième serait renouvelé chaque année. On y ajouterait avec bonheur l'interdiction de réitération de candidature et le cumul de mandats, véritables cancers de la représentation nationale française.

Par ailleurs, une Cour constitutionnelle composée d'anciens membres de la Chambre haute couronnerait cette architecture institutionnelle. C'est le Haut Conseil de l'Alliance.

Hans Hermann Hoppe, qui est de la même veine libérale, est allé lui au bout de l'épure hayékienne en proposant carrément la monarchie dans une "privatisation" de l'Etat. Nous en avons déjà parlé ici.

libanaiseCette démocratie dont tout le monde se méfie maintenant tant elle apporte de malheur réel au bonheur présumé (Hamas, Hezbollah, Kosovo, demain Talibans modérés), suscite de légitimes interrogations de la part d'esprits éveillés non vaccinés, mais Churchill nous a prévenu par son sens de la formule, qu'elle était le pire des régimes à l'exclusion de tous autres. Est-ce à dire que, sauf par la contrainte, l'espèce humaine est foncièrement ingouvernable en l'état ? Celle qui peuple la France assurément ! Les difficultés de la réforme de la société française le prouvent.
Le régime gaullien qui promettait l'efficacité quasi-monarchique après les turbulences parlementaires de la IV° République, s'est liquéfié en daube démagogique sur les fourneaux de ces messieurs Juppé, Jospin, Raffarin, Villepin et Chirac. Ceci prouvant en creux qu'il vaut mieux l'original. Ce régime décadent va être remis en cause, encore faudra-t-il en désigner clairement les défauts sans se tromper d'axe comme le font les socialistes³ qui diagnostiquent un déficit démocratique. Vient la question qui tue :

Si comme moi vous ne reconnaissez aucune expertise supérieure aux législateurs élus sans qualifications particulières, pourquoi taper sans cesse sur les agents de la Commission européenne, de l'OTAN ou de l'AIEA, au prétexte qu'ils ne le sont pas ? Il est impossible d'aboutir à des législations convergentes à partir des parlements nationaux sur certains domaines sans la contrainte de péril imminent, par exemple :
- oiseaux migrateurs
- taxation de la consommation sur un marché unique
- sécurité militaire et armement
- hydraulique fluviale
- ressource halieutique

Chaque fois, les parlements sont shuntés par les exécutifs réunis en Conseil européen qui décident du but à atteindre, laissent la Commission mettre en texte, et transposent avec ou sans passage à la Chambre la mesure législative dans les codes nationaux. On retrouve à ce niveau les nomothètes d'Hayek changés en "nomocrates". Il ne manquerait qu'une clef de voûte pour que ça marche mieux en séparant bien la loi supérieure et ses normateurs, du gouvernement quotidien des peuples dans un cadre juridique imposé. Un conseil des princes serait le plus abouti. Faisons-le savoir et remettons déjà le nôtre.

couronne de Namur


Note (1): de demos, le peuple, et archein, l'autorité (différent du kratos qui est la force exécutive).
Note (2): de nomos, loi universelle ou règles de juste conduite : nom donné à Athènes aux membres d'une commission législative chargée de réviser les lois.
Note (3): 90% de la classe politique française est socialiste, soit ouvertement, soit sous le masque de la social-démocratie.





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jeudi 12 janvier 2006

De la supériorité économique de la monarchie

HoppeHans-Hermann HOPPE est un allemand, professeur d'économie, docteur de l'Université de Francfort sur le Main. Pour l'instant, il enseigne aux États-Unis, à Las Vegas, à l'Université du Névada ; et a écrit un livre (1) qui fit grand bruit outre-atlantique. Le présent digest vient d'un vieux "Politique Magazine" que nous avons rechargé et accéléré.

Du point de vue de la science économique, une monarchie est un régime où le pouvoir politique est privatisé dans les mains d'une dynastie. Une démocratie est un régime où le pouvoir politique est collectivisé, et remis aux mains du peuple. Les conséquences sont les mêmes que pour une entreprise privée. Dès qu'elle est nationalisée, l'entreprise rentable se met à avoir des déficits. Le roi, parce qu'il est propriétaire, a le souci, non seulement des revenus du pouvoir mais aussi du capital. Il va donc faire des choix rationnels de bon père de famille, en ayant en vue l'intérêt à long terme de la dynastie, et du pays. Le chef démocratique élu, en revanche, n'est pas propriétaire. Il n'est que gérant ici pour cinq ans, soumis à réélection. Son intérêt est de maximiser les revenus du pouvoir à court terme, pour plaire aux catégories qui vont le réélire. Il n'a aucun souci du capital à maintenir ou à accroître. Pire encore, si ce chef démocratique a des scrupules et ne joue pas le jeu politique par souci du pays en longue période, il sera sans doute battu par un démagogue sans scrupules à la prochaine élection. Le système est pervers.

En effet, que le pouvoir soit ouvert à tous, n'est pas nécessairement un avantage. La compétition n'est pas toujours un bien. La compétition pour produire des biens est une bonne chose. Or, la compétition électorale démocratique, qui consiste à exploiter l'envie des plus nombreux contre les plus riches, est moralement dégradante. Pour Hoppe, la démocratie élève la préférence pour l'immédiat. Or, une forte préférence pour l'immédiat caractérise les êtres peu civilisés. La civilisation suppose une discipline pour préférer un bien durable à long terme à une jouissance fugitive à court terme. Or, seule la monarchie privilégie le long terme.

La monarchie est restée le régime dominant en Europe jusqu'à la guerre de 1914. Depuis que la démocratie s'est installée en Occident, les signes de décadence liés à la préférence pour l'immédiat, se sont accrus. La sécurité sociale au sens large a déresponsabilisé les individus. La famille a perdu sa valeur économique et la natalité s'est effondrée pour des raisons liées d’abord à la mise en productivité des mères. Les moeurs se sont dégradées pour capter des voix dans toutes les chapelles, même les moins recommandables, et une sous-culture de masse vulgaire a envahi les esprits.
La démocratie favorise l'égalitarisme par la modélisation simplifiée des comportements et des opinions qui sont ainsi plus facilement « accédés » par le pouvoir manipulateur. Même l'immigration de mauvaise qualité est favorisée au motif de la standardisation du consommateur électeur, alors que les monarques, comme Frédéric II de Prusse ou Marie-Thérèse d'Autriche favorisaient une immigration de qualité. Ainsi vaut-il mieux aujourd’hui naturaliser un immigré qui vit de l'aide sociale et qui vote pour les distributeurs de cette aide, plutôt qu'un immigré génial vite pressuré par le fisc qui votera mal parce d’esprit supérieur et libre.

Quel avenir ? Pour Hoppe, la démocratie occidentale va s'effondrer un jour comme l'URSS l'a fait en 1989. Car elle mange le capital accumulé dans le passé. La dette publique s'accroît sans cesse et les régimes sociaux sont menacés de faillite. La démographie, minée par la politique anti-familiale des classes politiques qui diminuent la population active contributaire, empêchera de financer les régimes sociaux. Cela détruira la réputation de la démocratie et fera voir son vrai visage.

Comment la remplacer ? Hoppe, en bon libertarien, rêve d'un monde sans État, composé de propriétaires associés. Mais à cette utopie il préfère la monarchie. Il préfère aussi les petits États, comme le Liechtenstein, Monaco ou le Luxembourg, qui font moins de mal que les grands !
Il lui semble que tout tourne autour d’un principe qui se manifeste à travers la propriété privée. La préférence pour l’immédiat est mauvaise : elle caractérise l’attitude des adolescents pour qui un besoin, ou prétendu tel, doit être, sans attendre le résultat d’un effort, satisfait au plus vite : impulsivité, imprévoyance et désintérêt pour ce qui n’est pas eux.
En revanche, la propriété privée, qui suppose épargne et investissement, est bonne, car elle implique une vision à long terme. Et Hoppe, de définir la monarchie comme un gouvernement basé sur la propriété privée où le roi, développant cette vision à long terme de ses intérêts, s’efforce de ne pas taxer ses sujets inutilement et de ne pas agir avec excès pour maintenir sa légitimité. Le roi, en tant que propriétaire privé, ne peut détruire sans danger pour lui-même la propriété des autres ; il y a solidarité.
En contraste avec la modération interne et externe de la monarchie, le gouvernement nationalisé de la propriété "publique", ou démocratie, est porté aux excès. Le président d'une démocratie se sert de l'appareil d’état à son avantage, mais il n'en est pas le propriétaire, il n’en est que le gérant provisoire. Il possède l'usage des recettes de l'État, mais non pas son capital. Il va donc maximiser le revenu courant en ignorant la détérioration du capital. Il utilisera les ressources le plus vite possible pour consommer tout de suite.
De plus, en république, les gouvernés se croient gouvernants et sont donc moins vigilants. La démocratisation n'est donc pas un progrès pas plus que la nationalisation l'est pour une entreprise. L'État taxe, s'endette et exproprie. L'endettement, notamment, est préféré car il frappera plutôt le gouvernement futur, peut-être même celui des adversaires du gouvernement présent : il n'y a pas de solidarité entre les gouvernants successifs.
En résumé, la monarchie est un gouvernement privatisé, où l'intérêt du roi propriétaire est basé sur le long terme, dans le respect du capital national.

Les rois de jadis ne purent gouverner que parce que l'opinion publique trouvait cela légitime ; de même, le gouvernement démocratique dépend de l'opinion publique. Il faut donc que cette opinion change, si l'on veut arrêter ce processus de déclin de la civilisation. L'idée du gouvernement démocratique sera un jour considérée comme immorale et politiquement impensable quand il sera patent que la démocratie républicaine a conduit à l'accroissement permanent des impôts, de l'endettement public et du nombre des fonctionnaires, en dévorant le capital. Cette délégitimation est nécessaire pour empêcher la catastrophe sociale qui s'annonce. La dette qui court détruira l'assurance-maladie avant dix ans ; et les pensions de retraite ne seront plus servies aux taux actuels à la même époque.

Depuis 1918, le processus de collectivisation s'est généralisé, tous les indicateurs d'exploitation du peuple par l'État sont en hausse :
Pression fiscale : de 8 % en moyenne durant huit siècles jusqu’en 1900, elle atteint plus de 50 % aujourd’hui.
Endettement : Il a tué la monarchie française, elle s'en souvient. La République pas, ou trop tard.
Famille : la cellule de base naturelle est attaquée de toute part en république parce qu'elle peut constituer in mini contre-pouvoir. Il faut laminer les idées et donc individualiser les comportements.
Droit : en monarchie, le gouvernement ne crée pas la loi.
Le droit privé général s'applique à tous. Le roi, comme un juge, applique la loi préexistante. Ayant lui-même des droits subjectifs, il respecte ceux des autres, même antérieurs à son autorité. Si un roi violait une propriété privée, il remettrait en cause le titre qui le fait roi. Dès lors, on ne change pas les droits des sujets sans leur consentement. Le droit privé s'impose au roi. S'il transgresse, il y a crise grave.
Au contraire, un gouvernement public fait émerger un droit public orienté vers la redistribution. Son gérant se moque que la redistribution réduise la productivité dans le futur, confronté qu’il est au présent électoral et à la concurrence. Le droit privé est perverti de façon totalitaire par une réglementation galopante. La démocratie collectivise ou mutualise la responsabilité individuelle.
Démographie : Le déclin massif des taux de la natalité en Occident correspond à la période démocratique d’après 1918, avec une chute plus grande dans les années soixante, les plus " démocratiques " et égalitaires dans la mentalité.
L'héritage biologique et juridique préservé, le choix sélectif du conjoint et le mariage renforcent l'autorité naturelle de certaines familles dont les membres, de conduite exemplaire, sont bien placés pour jouer le rôle d'arbitre et de juge. De là, naît la monarchie de façon endogène. Si le monopole du pouvoir doit être surveillé, la production naturelle d'une aristocratie est à favoriser, pour obtenir littéralement le gouvernement des meilleurs.

Selon Hoppe, aucune société libre ne peut éviter de dégénérer en société de masse vulgaire si elle se prive d’une aristocratie naturelle dirigée par des ascètes de la civilisation. La survie du monde libre dépendra de notre capacité à produire un nombre suffisant d'aristocrates dévoués au sens de l'Etat.

En monarchie, c'est le prince qui décide si vous pouvez participer au pouvoir.
En démocratie, tout le monde peut, en théorie, participer : on élit n’importe qui. Il n'y a pas de privilèges attachés à la personne, mais des privilèges attachés aux fonctions publiques. Les privilèges, la discrimination et le corporatisme ne disparaissent pas et peuvent être exercés par n'importe qui. Le suffrage universel combiné à la loi de majorité, organise une compétition entre gérants qui vont faire des promesses de type égalitariste à divers groupes sociaux pour se faire élire. Il faudra payer d'autant. La qualité des hommes baisse, comme la vie qui perd en agrément. La sélection de l'homme politique par voie électorale exclut presque qu'un homme honnête ou neutre parvienne au sommet. Seul le démagogue sans inhibitions morales arrive à se faire élire président. Et la corruption le dispute vite à l'arrogance d’un pouvoir éphémère ! C'est une escroquerie.

En revanche, si la sélection d'un prince n'est pas parfaite, il est quand même éduqué dans la préservation de la dynastie. S’il est très mauvais, la famille interviendra et l'entourage immédiat prendra soin de l'État. C'est pourquoi un roi n'est jamais un Hitler ou un Staline mais, ou bien un homme de qualité, ou bien au pire un charmant dilettante comme Louis II de Bavière.

Note : (1) Democracy, the god that failed
Hans-Hermann HOPPE.
Transaction publishers
New Brunswick. New Jersey - USA, 2002


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