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mercredi 26 juillet 2023

Codex DLXII

jeunes policiers sortant de l'école
C'est le code du service restreint de la police exprimé en chiffres difficiles pour feinter la NSA, des fois que ! Blague à part, le mouvement de protestation qui s'étend dans les quinze cents zones de chalandise des "cités d'autre droit" coupe à l'équerre la séparation mythologique des pouvoirs, la cible étant tout simplement la Justice. La Justice réputée laxiste dans ce pays où seuls les fous lui feraient confiance. Certes, elle a ses raisons, essentiellement la pénurie de lits pénitentiaires et la promotion d'une société en conquête permanente de ses droits bafoués par le grand capital. La Justice fait de la Politique. Le Syndicat de la magistrature en est l'archétype, le Mur des cons son expression. L'indépendance constitutionnelle l'a transformée en Casta ; inamovibles, inexpugnables, les juges d'instruction sont en conscience les hommes les plus puissants de l'Etat. Les autres font bloc dans un corporatisme soudé.

On pourrait parler de sous-investissements, de sous-traitements indiciaires, de surcharge excessive des greffes, de délais aussi dissuasifs qu'extravagants mais en fait, tout ce désordre tient dans la revanche de l'élu locataire à bail précaire de la République contre l'Etat dit profond, l'Etat permanent. Tant Lionel Jospin, Nicolas Sarkozy que François Hollande ont construit leur mandat en ponctionnant les moyens nécessaires à leur politique clientéliste (ou démocratique autrement dit) sur les ministères essentiels quoi qu'ils en aient dit par la suite. Justice, Police, Diplomatie, Armées ont été deshabillées au bénéfice des bras-cassés du Hamac national à tel point que, la haute fonction publique mise à part, nos fonctionnaires du quotidien sont parmi les plus mal payés d'Europe occidentale. Peut-être faut-il moins s'étonner de certaines dérives constatées dans le feu de l'action par des fonctionnaires psychologiquement déstabilisés par le spectacle des remises en libertés systématiques pratiquées par certains juges. La presse propose ses analyses et nous n'y viendrons pas, mais profitons de cette actualité pour demander au fin fond du désert que le domaine régalien soit un jour prochain sanctuarisé et mis hors de portée des griffes de politiciens de rencontre comme nous en avons eus.

Il serait peut-être avisé de créer un corps de fonctionnaires régaliens des cinq domaines (les quatre précités plus le Fisc/Trésor) séparé des autres corps de la fonction publique, Etat général, enseignants, hospitaliers, territoriaux. Concernant les capacités pénitentiaires, il serait temps d'évacuer les prévenus étrangers par relégation ou expulsion et les condamnés étrangers en appliquant un régime de peine au pays comme expliqué dans Le Nonagone-Hexo. Comme les places libérées seront presque immédiatement réoccupées par les malfaisants qu'on rechigne à y mettre aujourd'hui, il faudra construire des centres de détention dans des zones de foncier pas cher (friches industrielles).

Restera à maintenir vraiment l'ordre dans la rue et en finir une bonne fois avec les casseurs professionnels que sont devenus black-blocs et autres antifas ; les petits voyous de pissotière y regarderont alors à deux fois, et une police de proximité pourra être réinstallée où nécessaire sinon partout.

samedi 5 septembre 2020

Onfray le Danois

portrait de Michel Onfray
« Quand les vents déchaînés emportent les marins, deux avis à la barre et trop d’habiles rassemblés ne vaudront pas l’unique volonté, même moins sage, mais dont l’autorité est plénière. C’est là qu’il faut chercher la force des demeures et des cités » (Andromaque d'Euripide). C'est sur cette vérité d'évidence que se termine un appel au fédéralisme monarchique dans la nouvelle revue numérique de Michel Onfray, Front Populaire, qu'un ami me voulant du bien m'a passée.
Totale surprise du Piéton que de voir réécrit noir sur blanc sa lancinante obsession d'une monarchie d'étage régalien strict ! Encore un effort et nous aurons les républiques subordonnées dans une douce anarchie, ce qui correspondrait assez bien au parcours intellectuel du philosophe normand.
Qu'y lit-on ? Au complet c'est par ici* :
* https://frontpopulaire.fr/o/Content/co205129/souverainete-sur-qui-souverainete-sur-quoi-vers-un-federalisme-monarchique
Nous en extrayons la substantifique moelle :

« Réfléchir à la notion de souveraineté implique nécessairement de s’interroger sur les objets auxquels doit s’appliquer cette souveraineté.» Exit le souverainisme incantatoire des cabris ! De quoi parle-t-on en appelant à la souveraineté ? D'abord c'est aujourd'hui l'Etat qui exerce la souveraineté et pas un corps constitué plus qu'un autre, non plus qu'un élu en CDD. Cette souveraineté s'applique sur deux champs bien distincts, les affaires intérieures et les affaires extérieures. L'Etat applique la coercition légitime jusqu'à la violence légale dans les domaines qui les réclament mais avec un vice d'application qui date des gouvernements compréhensifs - en gros le cabinet Jospin sous Chirac Ier -, savoir que l'opposition désarmée est traitée avec la plus grande sévérité, ce sont les gilets jaunes à partir de l'infiltration de l'ultra-gauche (insoumis, black-block, indigènes et tout le chantier de démolition) ; tandis que l'opposition armée est contournée, ignorée et cajolée par la Justice à des motifs obscurs. Une autre domaine où l'Etat pèse de tout son poids est celui de l'Education nationale où à la suite de Vincent Peillon, la Rue de Grenelle n'a pas abandonné l'idée de formater les enfants sept jours sur sept avec rappel de vaccination aux heures de classes. Tout à l'opposé est le domaine de la santé publique dont on a découvert l'incroyable incurie lors de l'explosion de coronavirus. En résumé, fort avec les faibles, faible avec les forts et toujours à court d'argent.

Le champ des affaires étrangères est également partagé entre zones d'effort où la France s'affirme - traditionnellement l'Afrique - et zones de timidités comme les nomme l'article de Front Populaire. Il y a des timidités malvenues, et d'autres bienvenues. Le partage est à l'aune de notre puissance réduite que nos partenaires nous mesurent encore quand ils voient l'état de calamité financière où nous nous sommes jetés pour faire vivre le peuple des hamacs concurremment à notre grandeur. Au lieu de rechercher une impossible indépendance, optimisons au maximum nos dépendances. Un peu de prudence avec l'Amérique de Trump ne nuit pas. Un peu moins avec la Chine, mais intelligemment, rehausserait la portée de notre discours. Il en va de même au Proche Orient (nous sortons des Sykes-Picot au Moyen Orient) où nous avons des atouts et des forces résidentes sur lesquels adosser une diplomatie d'autorité au milieu des contraintes de tous ordres voire des contradictions orientales que nous savons très bien analyser. Chirac qui fut le seul chef d'Etat étranger aux funérailles d'Hafez el-Assad et de Rafik Hariri n'a pas su sanctuariser le Liban au nord du Litani et la France a perdu son honneur et la main jusqu'à la catastrophe récente à Beyrouth. Que faisons-nous entre Grèce et Turquie pour les îlots de Kastellórizo ? On y reviendra.

A la fin, l'article s'avance vers nous (sans qu'il le sache bien sûr) quand il y est écrit que « l’État peut et doit être fort, c’est-à-dire souverain et indépendant, mais dans quels domaines ? Oui, l’État doit prendre du recul et disparaître, mais dans quels domaines ? Peut-être est-il temps de ne pas rougir d’un État puissant dans des domaines restreints mais essentiels à la bonne marche du pays, dans ce qu’on appelle les compétences régaliennes, mais qu’il s’agirait de chercher à redéfinir tous ensemble en tant que peuple.» Sur ce blogue nous sommes pour arracher le régalien strict** à la dispute démocratique pour le confier à une autorité permanente indépendante des partis et des lobbies. Mais rien n'interdit d'y intégrer un ou deux domaines jugés essentiels pour la cohésion de la Nation. Peut-être l'instruction publique de premier cycle et les hôpitaux généraux...

L'article se referme sur les contrepouvoirs de Proudhon et la question qui tue : « Vers un fédéralisme monarchique ?» Reste à s'abonner à Front Populaire ? On va attendre un peu qu'il confirme le coup de barre ! Pour ceux qui sont pressés, on peut payer là.

** Toujours les cinq domaines : Justice haute, Police nationale, Armées, Finances centrales, Diplomatie.


drapeau blanc

mardi 16 juin 2020

Camp Maxime Real del Sarte 2020

Départ pour Roanne dans deux mois !

Forte érection cette année au Camp Maxime Real del Sarte. On va reconstruire un État. La mise en bouche, publiée sur le site de l'Action Française, prédit un Etat fort et ramassé sur ses prérogatives régaliennes, bienveillant avec les républiques municipales que Charles Maurras appelait de ses vœux. En voici le drop à suivre up and under :
« Il faut rappeler les missions premières de l’État. Les retrouver sous les cendres d’une histoire contradictoire, à la fois trop jacobine et trop diluée par l’Europe bruxelloise. Cela ne va pas ! Cela ne va plus ! Les Gilets jaunes, par leur émotion spontanée, l’ont bien rappelé avec une juste vigueur. Le Camp Maxime Real del Sarte 2020 remet l’État au cœur de nos discussions, et le place au cœur de ce qu’il n’a jamais cessé d’être, depuis mille ans, une condition d’être de la France : Refondons l’ État sans étatisme !»

Mais reconstruire l'Etat est-ce bien raisonnable ? Ne vaudrait-il pas mieux le laisser crever ? L'anarchie plus Un ! L'Etat moderne est un facteur de ruine en ce qu'il met en son pouvoir une société sûre et solidaire pour régner sur les esprits et guider les moutons. Pour ce faire il déconstruit la cellule de solidarité élémentaire et donne à chacun un droit personnel de sûreté. Des philosophes comme l'allemand Hans-Hermann Hoppe l'accablent de tous les vices, traître à son peuple (les exemples abondent), belliciste et pervers. Le pire étant bien sûr sa propension hégémonique qui grandit au fil du temps. Il est parti des caisses publiques de prévoyance bismarkienne pour arriver aujourd'hui à contrôler les comportements individuels qui pèsent sur les résultats financiers de ces mêmes caisses. La solidarité des forces et des faiblesses de l'espèce humaine imparfaite a secrété progressivement des tables d'analyses assurantielles qui gèrent les gens en fonction du big data et secrètent naturellement boni et mali comme en matière de circulation automobile. Tomber dans les griffes de la société sûre est sans retour, si l'on ne parvient pas à s'en arracher au début de sa vie active quand on dispose de la plénitude de ses propres forces. L'Etat dont nous parle Maurras est celui des "Bureaux". Combien de fois use-t-il de ce mot pour désigner les hommes de l'Etat !

Il s'agit de reconstruire un Etat régalien et de détruire les Bureaux. C'est ça le slogan ! Libertés en bas, autorité en haut. Le deal maintes fois proposé sur ce blogue monarchiste est de remettre le domaine régalien stricto sensu aux gens d'un pouvoir permanent dirigé par un monarque détaché des contingences politiques de la nation (c'est ce que veut dire "absolu") et de rendre toute liberté aux citoyens dans l'organisation et la gestion du domaine public de proximité. Nous ne développons pas de nouveau les termes de l'échange mais suggérons aux participants du CMRDS 2020 de jeter un œil au Projet civilisationnel du GAR...... et s'il leur reste cinq minutes de lire celui-ci : Du dialogue entre la Nation et son Etat.

Dans l'un et l'autre et vingt autres publiés dans ce blogue - il suffit de taper Etat ou régalien dans la barre de recherche - il n'est pas question d'annuler la démocratie, mais de la remettre à l'étage de ses meilleures performances. En vérité, il n'est de vraie démocratie que celle du marché. C'est le comportement individuel de l'électron humain compté dans sa masse qui donne une vérité exprimée en "nombre". Ceux des fournisseurs qui l'acceptent font des profits, ceux qui s'entêtent dans leurs idées, des pertes. (Ecole autrichienne d'économie). Dans le domaine politique au sens grec, satisfaire le plus grand nombre à l'étage de perception des enjeux est le meilleur levier de gestion de la circonscription considérée. tant que le citoyen est capable d'appréhender les enjeux, il peut exprimer son choix et le faire compter. S'il ne le peut plus - il vaudrait mieux qu'il ne le désire plus - il ne doit pas interférer dans le champ régalien d'expertise.

Reconstruire un Etat fort et cantonné au régalien ne peut se faire sans appréhender les réalités de terrain, même les réalités déplaisantes. Faisons attention que le "pays réel" si souvent cité dans le mouvement ne soit qu'un "pays rêvé". Il faudra prendre en compte l'addiction de la population au bonheur d'Etat, l'abrutissement général à la démocratie parlementaire qui fait haïr la classe politique et la remet en selle en même temps, la forte proportion de population exogène, chances et malchances confondues, la déchristianisation des consciences, l'islamisation endogène et d'importation, les capacités réduites du pays dans tous les domaines comparées aux atouts français du début du XXè siècle, les déficits généralisés ! Mais pour faire cesser le chantage institutionnel de l'Etat invasif pour notre bien à tous, le premier problème à résoudre est bien celui de la société sûre parce que plus personne en France n'acceptera une société du risque. Nous sommes descendus au Bas Empire, tenons-nous le pour dit, et faisons avec. Assurance-maladie et pensions de vieillesse sont les deux défis prioritaires auxquels une réponse technique et décentralisée doit être donnée en dehors de l'Etat. C'est moins glamour que le roi monté derrière les étendards qui avancent déployés au son du vexilla regis, mais il va falloir phosphorer dur et ne pas s'en remettre aux recettes du passé lointain ; les temps ont changé, la page est blanche, l'avenir est à écrire.

Il reste deux mois aux lecteurs étudiants ou jeunes actifs pour s'inscrire au Camp Maxime Real del Sarte du mois d'août près de Roanne. On y apprend beaucoup, on s'y fait des amis. N'hésitez pas, et ce n'est pas onéreux.


lundi 9 décembre 2019

Démocratie directe avec Rory Stewart

Dans un entretien donné au Grand Continent le 8 décembre, à l'invitation de Gilles Gressani & Mathieu Roger-Lacan, Rory Stewart a cerné le défi démocratique au Royaume-Uni mais son analyse est de pleine application en France puisqu'il y dit que « le modèle actuel de gouvernement est condescendant, insultant et infantilisant pour nos citoyens ». Rory Stewart est un diplomate anglais de grande tradition, instruit, curieux et doté d'un courage physique hors du commun qui l'a poussé au fin fond de l'Empire victorien à ses risques et périls pour seulement... comprendre ! Candidat à la mairie de Londres, on peut souhaiter aux Londoniens de faire bon accueil à l'intelligence cette fois. C'est la partie relative à la démocratie directe qui nous intéresse aujourd'hui, mais auparavant il serait très utile de lire l'entretien en cliquant ici.

Royal-Artillerie a toujours soutenu l'idée d'un grand deal entre le monarque restauré et le peuple incrédule en troquant la gestion exclusive du domaine régalien strict par le roi (en ses conseils) contre la démocratie directe aux étages de conscience civique. Si l'on exclut dans ce schéma la monarchie du domaine public, on exclut aussi le demos de l'étage national parce que ce qui marchait dans une cité-état de l'Antiquité ou de la Renaissance ne fonctionne plus dans un pays presque grand de soixante-cinq millions d'habitants (sans compter les colonies). En plus, les moyens d'information-intoxication sont devenus si puissants qu'on peut abrutir le peuple dans un sens puis dans l'autre au gré des intérêts dominants, livrant la république à la dictature des opinions éphémères. Pourquoi l'alternance est-elle systématique en France ? A cause de ce jeu de bascule des opinions, qui ne sont évidemment pas des convictions mais des réactions aux provocations astucieusement propagées par les médiats. Le quinquennat n'a vu aucun président faire son second mandat et c'est bien parti pour que M. Macron s'arrête en 2022 comme ses prédécesseurs, peut-être au milieu d'un chaos semé par les assistés de l'Etat-providence au ressentiment nourri par les insoumis professionnels qui rêvent de Septembre ou d'un grand soir.

Par contre, et nous rejoignons Rory Stewart, une démocratie directe impliquant les gens dans des réflexions concrètes est souhaitable. Il constate que le ressort démocratique traditionnel britannique fondé sur les classes sociales ne bande plus. Les grands sujets de société voire géopolitiques comme le Brexit, traversent aujourd'hui toutes les classes sociales, les divisent, les antagonisent. Elites, politiciens, hauts fonctionnaires étant mentalement corrompus, il faut repartir d'en bas, les pieds au sol. Je le cite (sans autorisation) :


« Nous ne mobilisons pas les intelligences de nos soixante-dix millions de citoyens. Cette manière de faire de la politique demeure bien trop ancrée dans les idées héritées de Rousseau, dans une conception générale, une idée qu’il y a un Peuple, que les gens expriment leur volonté et qu’ils se taisent ensuite pendant quatre ou cinq années pendant lesquelles le gouvernement met en œuvre cette volonté générale, avant de les convoquer à nouveau pour qu’ils donnent leur avis. Nous devons revenir à la notion anglaise beaucoup plus ancienne du Jury, constitué de citoyens normaux choisis au hasard non pour prendre une décision isolée, mais pour délibérer, pour réfléchir. La vérité de Paris ou de Londres, c’est que les citoyens qui sont hors du gouvernement sont intelligents, peut-être plus intelligents, plus expérimentés et mieux informés que les gens qui gouvernent. Les humains sont des animaux politiques, et à ce titre nous devons tous participer activement à notre citoyenneté et compter de façon plus effective dans nos décisions. Le modèle actuel de gouvernement est condescendant, insultant et infantilisant pour nos citoyens. Une grande partie du populisme vient de notre incapacité à inclure les gens dans une conversation adulte sur les changements pratiques.»

Emmanuel Macron a eu l'intuition de ces cercles d'intelligence populaire après la secousse du Grand Débat mais il n'a pas la capacité intellectuelle ou politique de les inscrire dans un schéma démocratique direct ; parce qu'il faut simplement ruiner tout le millefeuille actuel d'un Etat bedonnant qui se mêle de tout. Si on suit la pensée de Rory Stewart (je me demande si l'idée ne lui serait pas venue lors de ses séjours en Afghanistan), nous pourrions développer un système démocratique balayant tout l'existant. Pour ne pas reproduire l'erreur jacobine, chaque province pourrait choisir son organisation politique (d'évaluation des besoins et d'exécution des décisions). On n'a pas besoin d'expliquer pourquoi des jurés départementaux du Var, du Haut-Rhin, du Nord et de Basse-Seine aboutiront à des décisions différentes concernant l'instruction publique. Idem dans nombre de sujets qui touchent les gens au plus près, comme par exemple et dernier, les règles de permis de construire en zone inondable ou douteuse. Mais ces jurys, pourquoi pas d'arrondissement, ne seront pas voués à bâtir des salles omnisport ou des ronds-points, on pourrait les faire phosphorer sur des défis d'étage national et faire remonter leurs contributions au niveau d'un Sénat, premier conseil du gouvernement futur dans les affaires publiques hors-régalien.

La cellule de base de l'organisation de l'espace reste la municipalité avec son maire français que Rory Stewart, admiratif, a croisé sur les marchés de plein vent. A partir de là tout est à imaginer, en évitant les petites satrapies ridicules et les grandes satrapies prévaricatrices, dans un esprit de contrôle direct qui n'existe même plus dans les villes moyennes et grandes où les édiles ont la cambrure du Cid Campeador. "Les Républiques" disait Maurras. On y vient, on y vient...

Un mot des thuriféraires actuels du RIC et des révocations au caprice des foules : ces gens utilisent la magie d'une démocratie rêvée pour établir leur pouvoir à travers leurs sectionnaires, qui fliqueront tout le pays à la recherche de leurs adversaires réels ou désignés, et les feront taire, comme ont su s'y prendre leurs grands aînés. Mais ce sera un autre sujet qui parlera de les réduire.

Pour finir, le mouvement royaliste serait bien inspiré de creuser la question d'une démocratie directe à échanger contre l'extraction du domaine régalien de la dispute politicienne. Et de le faire ex-nihilo, sans chercher systématiquement le raccord avec le passé dont la connaissance reste utile néanmoins. C'est plus dur, je sais.

Quatre billets de Royal-Artillerie ont déjà parlé de Rory Stewart. On peut les sélectionner en cliquant ici.

mardi 19 mars 2019

Recoudre la nation par l'État

L'effilochage de ce qui fut la nation française* et les sursauts de cohésion que traduit le mouvement des gilets jaunes signalent un pays en crise profonde strié de fractures en tous sens. D'aucuns s'en désespèrent jusqu'à demander "quoi faire". Royal-Artillerie propose d'agir au niveau de l'enjeu, bien loin de la timidité et de l'amateurisme des pouvoirs en place chaque jour un peu plus déconcertés. Les réflexions ci-dessous ont été laissées sur le site LFAR de la Restauration nationale ; elles entrent en archives R.A. :



Même si le paysage politique et social est glaçant comme le dit si bien Pierre Builly sur La Faute à Rousseau, il reste un horizon, à condition de réfléchir les pieds au sol et se méfier des "grands principes" définitifs. Le pays est tellement dans la merde qu'on peut s'asseoir sur beaucoup de principes quels que soit leurs illustres originateurs. Place au pragmatisme. Un royaliste peut y trouver son compte.

Il faut sauver le régalien d'abord, et la pratique de la Vè République peut y aider. Deux domaines sont déjà disjoints du gouvernement de Matignon, les Armées et la Diplomatie. Il suffit (?) d'y rajouter la Police nationale et le Trésor public avec les TPG départementaux, pour avoir déjà un Etat central solide.

Pour compléter le domaine réservé, il faut réformer la Justice haute, rock bottom, en détruisant d'abord l'Ecole nationale de la magistrature et en revoyant tous les liens entre les hauts pouvoirs de la République (Elysée, Sénat, Assemblée) et les structures judiciaires de niveau national tels que les conseils, cours, autorités attachées, afin de désyndicaliser les tribunaux... puis remettre de l'argent dans cette fonction essentielle comme le font tous nos voisins.

Une fois réservé, le domaine régalien devrait être arraché à la dispute démagogique (dite démocratique) et remis à un pouvoir permanent au-dessus de la mêlée. On peut inventer ce qu'on veut... même un roi en commençant par rétablir le septennat.

Les autres domaines du gouvernement du pays pourraient être partagés entre Matignon et les treize régions (comme en Allemagne) qui pousseraient ensemble les réformes nécessaires, nombreuses et urgentes dans les transports, l'éducation, le climat, l'énergie, la santé, vieillesse, alimentation, sécurité publique (polices municipales), les cours consulaires, juges de paix, le fisc régional, etc... Tous ces champs d'action nourriraient les parlements régionaux et national dans la grande tradition des grands étripages gaulois, mais au moins le socle essentiel de l'Etat serait mis en sûreté.

Cela pourrait obliger à revoir l'épure monarchiste devenue obsolète et différer sine die la remonte de l'Armée catholique et royale. Au moins les militants bosseraient-ils sur du concret avec une gestion par objectifs des étapes de réflexion pour construire un régime rénové. Quant au prétendant, il aurait du grain à moudre pour une queue de trajectoire enfin jouable.

Idiot ? Je ne sais pas.


(*) La nation, telle que nous l'avons connue au sens de Renan, a duré moins moins longtemps qu'on ne l'imagine parce qu'elle n'a pu s'exprimer que par la centralisation capétienne. Elle va de l'échec de la Fronde à la crise de 1929 (1932 pour la France) qui va faire le lit de l'internationalisme (SFIO, PCF), 280 ans environ.

mercredi 19 décembre 2018

Pour un nouveau contrat social

Va s'ouvrir bon gré mal gré la conférence nationale dont la préparation est sous-traitée à Chantal Jouanno (si, si). On peut supposer mais pas prouver que cette manifestation étirée sur deux mois servira de cellule de dégrisement au peuple insurgé, voire de cellule psychologique pour certains. Sauf que la matérialité de l'exercice risque d'en vite dévoiler la perversité et de refouler les gilets jaunes qu'on aura invités à "exprimer leur souffrance". Lassés d'attendre leur tour après tous les "pros" subventionnés incontournables dans tout débat national, ils rentreront chez eux ou au bar-tabac du coin. Bien sûr, je ne parle pas des petites mairies. L'affaire sent l'enfumage. Combien de jours a duré la nuit du quatre août ? J'en vois au fond qui n'écoutent pas. Le Grenelle de mai 68 ? deux jours ! Le pouvoir croit tenir les Etats généraux du pays sur deux mois ? Pour en sortir sans doute un pavé de deux mille pages avec lequel on calera pieds de tables et commodes ! La dernière consultation verticale a été inventée par Nicolas Sarkozy. Elle appelait dans toutes les préfectures à cerner l'identité française. A part quelques associations sur crédits publics qui n'avaient pas le choix, la consultation fit un flop retentissant, tout le monde avait piscine ou poney. A l'inventaire des premières réactions politiciennes, le caractère condescendant des gens qui organiseront le débat laisse présager le même résultat. Après un moment d'attention, l'exercice à deux minutes par tête va conduire le bavardage national au ravin. Cette décision a néanmoins un intérêt pour ceux qui savent y faire :

Pendant quelques semaines (deux ? trois au grand maximum) les Français seront réceptifs aux propositions politiques et en mesureront la pertinence à l'aune de leur intérêt particulier. Moins captivés par l'intérêt général qui dans nos sociétés fragiles et sophistiquées est vite inextricable quand on pousse l'analyse, il peut advenir que les gens se lassent d'y porter attention, et comme chez certains de nos voisins, préfèrent laisser phosphorer des experts de l'imbrication. Et c'est ce à quoi les royalistes auraient dû se préparer depuis longtemps, par le projet d'un nouveau contrat social, afin de proposer un deal au peuple :

Le DEAL que les monarchistes français devraient proposer est de revenir au roi pour le domaine régalien stricto sensu que l'on arracherait à la dispute gauloise. En contrepartie, tout le reste serait remis à la démocratie participative, quelque forme de régime suisse à adapter chez nous.

Bannière de l'Armée catholique et royale - Acte V - Paris

Ce partage ne serait pas si différent des domaines prétendûment réservés d'aujourd'hui dont le parlement vote les crédits par reconduction automatique en même temps qu'il prend du champ sur les questions subalternes laissées aux morceaux de bravoure de la représentation nationale et aux amendements.

Une instauration monarchique compréhensible par tous, sur tous les ronds-points, barrages et péages, et dans tous les commissariats de France et de Navarre ! Un chef pour l'essentiel qu'on oublie et tous pour le social et notre quotidien. Et cessons ces commémorations au souvenir d'une époque qu'aucun de nous n'a jamais connue ! C'est impolitique au possible.

Reste à former les "cantons français" sur la base de nos départements avec quelques ajustements de commodité. Et en avant pour le R.I.C. ! Qui rédige le projet dans le détail et son argumentaire ? L'école de pensée ?
Soyons pratique et faisons court :

« l'autorité en haut, les libertés en bas »
.


lundi 18 septembre 2017

Viva, viva la revolución !

Maître Le Chon
Quand j'écoute les divagations simplistes des porte-voix de La France Insoumise sous virements mensuels, je me dis que quand ces gens accèdent, la démocratie n'est que le gouvernement des idiots par les malins. Du moins à l'étage régalien de nos sociétés complexes ! L'époque moderne a fait faire un bon en arrière considérable à la démocratie avec le concours zélé et parfois sanglant des intéressés. Alors que les temps anciens réglaient les espaces de proximité par les débats et les décisions majoritaires - Royal-Artillerie s'en est fait l'écho dans ses billets sur la baronnie d'Hierle (même libellé) - la réorganisation a supprimé cet étage démocratique au bénéfice prétendu de l'efficacité en déportant débats et décisions au plan national, à un niveau que le vulgum pecus ne peut atteindre et comprendre. Ainsi, privé de son mot à dire au plan communal, on l'invite à jouer au sweepstake national comme aux courses. C'est tragique pour la vie de nos sociétés, et risible de savoir qu'elles comptent une majorité de cons.

Comme le rappelle le GAR dans un article récent sur la démocratie médiévale (clic), Dans les solides communautés du Midi, riches de leurs traditions médiévales, on se réunissait à la maison de ville, sous la présidence des consuls. Ailleurs, la séance se tenait à « la porte et principale entrée » de l’église et l’on peut encore voir, dans certains villages, le porche garni de bancs de pierre qui servaient à cet usage…L’assemblée jouissait d’une très large liberté, même lorsqu’elle était présidée par les officiers seigneuriaux. C’est elle qui prenait toutes les décisions importantes pour la vie de la communauté, qui élisait ses représentants et ses agents…De même, l’assemblée était consultée sur toutes les affaires concernant la communauté : érection d’une justice seigneuriale nouvelle, transfert du revenu de la cure, création d’un marché, rédaction des coutumes. » On y discutait de tout, impôts, exemptions, droits et privilèges communautaires (en fait tous possédaient des privilèges dans l’ancienne France), choix du maître d’école, aménagement et constructions… Les pauvres avaient des droits : glanage et usage des chaumes après les récoltes, utiliser les biens communaux, etc… On partageait les tâches de la vie communautaire pour le bonheur de tous. De nos jours, les administrés sont convoqués une fois tous les six ans sur un programme purement électoral et n'ont aucun moyen non violent de s'opposer à la politique et aux caprices du charmant candidat qu'ils se sont choisi et qui a muté en petit satrape. Cette amère réflexion ne s'applique pas aux villages où l'on tient encore des fourches dans les remises.

Ainsi endette-t-on jusqu'au cou des communes pour la "gloire" bétonnière des édiles, ces grands développeurs sans qui la France manquerait de rond-points, les dits-connards payant souvent dans les conurbations leur taxe foncière et d'habitation ailleurs que dans la commune qu'ils administrent. Trop de proximité nuit à la sécurité du sommeil. Enfin chacun de nous a son propre exemple sous les yeux. Ma commune surendettée par des décennies de corruption se lance dans des travaux d'embellissements après consultation de trois pelés un tondu, sans doute exonérés de tout, pour faire des photos dans le journal municipal...

Dans ma région d'origine, au moyen-âge et pratiquement jusqu'à la mise au pas des mairies par Louis XIV, les "consuls" étaient élus pour un an et leurs biens séquestrés pour la durée du mandat en attente du quitus de gestion. Evidemment que ça ne pouvait plaire aux élites instruites qui leur ont succédé ! L'ouverture des emplois aux rusés et malins de la profession politique permit aussi l'accès des caisses aux voleurs. La presse regorge de ces méfaits, mais le citoyen lambda, addict au serrement de mains, en redemande et réélit les pourris à telle enseigne qu'on parle dans les milieux autorisés de blanchiment démocratique. Tu es un fils de pute mais à dix voix près, tu accèdes au procès en canonisation. Fabuleux système, bien adapté à notre époque de benêts et autres électeurs stupides.

C'est bien de révolution qu'il s'agit maintenant. Renverser les pôles ! Rouvrir la démocratie directe des étages de proximité et ôter au peuple incapable par nature le choix des politiques applicables aux ministères régaliens. Entre les deux, agglomérer des instances de compétences à plusieurs niveaux capables d'organiser les pouvoirs publics au bénéfice de tous et non seulement à celui de la caste protégée par les contributions des autres. Les chapitres non régaliens sont bien plus nombreux que les premiers et offriraient de nombreux débouchés à tous ceux qui savent et qui ont la fibre politique. Bien sûr le dispositif verserait au fossé la majeure partie de la classe politique actuelle qui n'a jamais travaillé en vrai, au mieux qui a ramé dans une administration dans des fonctions syndicales s'ils n'étaient pas détachés permanents dans un fromage républicain. Voulez-vous des noms ? Apportez les fléchettes, on lance sur la cible et on est sûr d'en avoir toujours un.

Remettre l'étage régalien entre les mains d'un monarque gouvernant en ses conseils, semblerait logique, si l'on croit du moins à l'avantage d'une professionnalisation des pouvoirs suprêmes ; la séquence des présidents-touristes de la Cinquième République m'y autorise. C'est donc bien une révolution. La question travaille certainement Emmanuel Macron tant le paysage socio-politique du pays est délabré et envahi de faisans !

lundi 1 mai 2017

Où le roi montre sa pertinence


Aurions-nous garé à part le domaine régalien - sécurité & diplomatie - que nous n'appréhenderions pas autant les résultats du second tour de l'élection présidentielle. Le régime est à bout, restreignant le choix des électeurs entre sa démolition et sa dévolution. Le souverainisme anachronique étroit du camp dit-national attelé à un programme économique bolivarien le dispute au fédéralisme savamment construit du yuppie ubérisé, champion de la gérontocratie régnante mais plus intelligent qu'elle. L'exercice concret du pouvoir exécutif, contraint par la conversation institutionnelle obligatoire d'une république parlementaire, mettrait certes trois fois plus d'eau dans la jarre que de vin en volume, et sans doute les candidats comptent-ils sur ce frein-moteur pour passer entre les gouttes des pluies acides des cent premiers jours ! Mais quand même !

Une monarchie protégeant l'essentiel de l'Etat sous l'autorité naturelle d'un roi en son conseil pourrait laisser la société démocratique s'ébattre dans la querelle idéologique sans graves répercussions sur nos fondamentaux géopolitiques et civilisationnels. Sortir de l'arène la police nationale, la gendarmerie, les trois armées, les services secrets, le quai d'Orsay, les cours de justice et conseils supérieurs, libérerait l'esprit de l'électeur qui saurait alors que son choix ne risque pas de tout détruire. Resterait dans le champ du débat primordial de nombreuses fonctions étatiques et territoriales comme la santé, l'instruction, la douane, les impôts, l'économie, l'écologie et l'aménagement du territoire, l'industrie, l'agriculture et la pêche, les justices basses et consulaires et d'autres secteurs secondaires que le pays souhaiterait maintenir dans le giron public, comme la culture, le travail, la vieillesse, la francophonie, le logement, la famille, les colonies et les anciens combattants.

Ainsi en pleine campagne électorale, le roi, arbitre des différends, et le chef de cabinet du ministre des outremers auraient eu tout loisir de résider dix jours à Cayenne pour entendre les revendications locales, les peser, ouvrir un dialogue d'inventaire et de développement du territoire, trouver ensemble voies et moyens de hisser la Guyane à terme au premier rang des nations atlantiques et passer l'accord du dernier jour sous les acclamations. Les Guyanais auraient parlé au pouvoir permanent et pas à trois miquets en soins palliatifs qui ont d'abord tout refusé pour tout lâcher à la fin, à charge de leurs successeurs.

La police ferait respecter les lois sans obéir aux consignes du parti aux affaires, les antifas, le black block seraient matés, la gendarmerie retrouverait sa fonction de pacification et sûreté intérieure du territoire, le parquet, coupé de Matignon, poursuivrait en toute indépendance dans le strict respect des textes, les états-majors feraient la guerre sans interférences subalternes et dans le cadre de lois-programmes d'équipement pérennisant la qualité des moyens, le Conseil d'Etat ne serait pas sonné comme un valet au milieu de la nuit pour interdire le spectacle d'un gros bouffon noir au Zénith de Nantes. L'Etat retrouverait sa dignité perdue.

Dans le domaine public, les choix économiques et leur traduction budgétaire ne seraient encadrés que par les lois de saine gestion qui existent déjà et l'interdiction des déficits publics dans le fonctionnement de la nation. Le curseur du libéralisme, le niveau de dévolution des souverainetés, les investissements lourds, les coopérations étrangères seraient ajustés à chacune des élections législatives et le gouvernement issu de majorités unicolores ou coalisées mettrait en musique la partition écrite pour la législature. Demeurerait quoiqu'il arrive la garantie des pouvoirs régaliens permanents arrachés au désordre, qui permettrait de maintenir l'essentiel au niveau requis par le pays, son histoire et son rang.


C'est sur cet axe de communication que Royal-Artillerie promeut la monarchie de ce temps : le domaine régalien, strictement régalien et rien d'autre. Le mouvement monarchiste raisonné devrait se recentrer sur une épure politique possible et simple à comprendre en proposant de faire vivre côte à côte un Etat essentiel permanent et une démocratie vivante dans tout le domaine public, depuis les conseils municipaux jusqu'au parlement de Paris. Tant que l'offre politique royaliste ne sera pas audible et compréhensible par tout un chacun, agitation et propagande tourneront dans le microcosme sans effets induits autour de lui. Les démarches courageuses d'aujourd'hui sont stériles, il faudrait en prendre acte et revoir le produit et sa commercialisation. Le marketing de la monarchie ne peut choquer que ceux qui la repousse au fin fond des rêves impossibles, si délicieusement impossibles qu'on les habille de n'importe quoi, quand on ne les utilise pas pour nourrir ses propres frustrations. Les étendards du roi n'avanceront pas en chantant le vexilla regis mais par la raison pure. Le roi se démontre.




mercredi 23 novembre 2016

Trois réformes-mères


L'heure est à la campagne présidentielle, l'heure est à la réforme, comme chaque fois depuis, depuis... depuis 1848. Relire les bons auteurs de l'époque. La liste est longue chez ce pays empêtré dans un soviétisme que tous ses voisins ont abandonné et nous vous en ferons grâce, mais il est trois réformes, décisives pour mettre en œuvre toutes les autres, les voici en version courte :


I.- Séparation du Parlement et de l'État

L'État est ici l'administration du territoire et des peuples. En attendant qu'un roi simplifie l'épure constitutionnelle, le parlement est souverain en ce qu'il porte l'expression de la Nation. Il n'est pas logique que le parlement soit investi par les corps constitués publics, intermédiaires voire élémentaires, chargés de mettre en œuvre la politique de la Nation. Ils ne peuvent décider d'un côté et exécuter de l'autre. La pénétration de la fonction publique dans les rouages parlementaires est une absurdité dont s'est protégée la Grande Bretagne par exemple¹.

L'inégibilité des fonctionnaires cessera leur pression au parlement et permettra d'ouvrir la voie à la réduction du périmètre de l'État contre laquelle ils se battent becs et ongles. Comparé à nos partenaires de l'OCDE, nous avons 1,6 million de surnuméraires (source). Réduisons le périmètre pour réduire les effectifs (et pas l'inverse). On peut le faire en plus ou moins vingt ans.

La défense réglementaire du fonctionnaire est de se planquer derrière le travail pénible des infirmières sinon dangereux comme celui des policiers ou des pompiers, mais nous n'avons pas cinq millions d'agents de ces catégories². Revenons au régalien et tout le monde comprendra.


II.- Séparation des syndicats professionnels et des finances publiques

Les syndicats professionnels ouvriers et patronaux ne doivent pouvoir compter que sur les cotisations de leurs adhérents, ce qui est la première motivation pour en défendre les intérêts propres. Ceci ne veut pas dire qu'il faut pétrifier leur influence à la masse des cotisations actuelles. Dans la mesure où certains services aujourd'hui "publics" seront reversés aux partenaires sociaux responsables, la masse d'adhérents augmentera forcément pour simplement couvrir les besoins de tout un chacun.

Le tarissement des subventions publiques changera carrément le programme de défense des intérêts catégoriels qui resteront différents des intérêts généraux que les centrales syndicales amalgament pour accroître leur niveau de tapage. On passera du parasitarisme au paritarisme vrai.


III.- Etablissement d'une retraite équitable universelle par points

L'euro cotisé doit avoir la même valeur pour tous. Les régimes de pensions publiques et privées doivent être fusionnés pour aboutir à un régime unique. Le système par points permet ensuite d'arrêter les régimes spéciaux qui sont une vraie gangrène sur la cohésion nationale tant les disparités sont grandes.

La caisse unique par points supprimera naturellement les nombreuses caisses complémentaires et de substitution qui vivent dans le désordre et leur déficit perpétuel. Le futur statut de la caisse unique pourrait être apparenté à celui de la Banque de France pour y interdire les doigts crochus de l'État qui viendrait y calmer le prurit de son impéritie.

Les cotisations privées à des fonds de pension resteront du domaine personnel mais il ne sera pas question de les défiscaliser car cela amoindrirait la mise au pot commun.


Montesquieu


Voilà donc trois réformes-mères sans lesquelles aucune autre n'aboutira sauf à écraser l'émeute sous les chenilles des chars. Dans le fatras des propositions de la Droite et du Centre, on ne distingue pas de priorités ; on y exacerbe plutôt les dérives sociétales et politiciennes à croire qu'après les derniers coups de menton rien ne changera vraiment sauf l'habillage. François Fillon fait du Sarkozy-2007 et Alain Juppé du Chirac-1995. Pschitt citron et Pschitt orange.



Notes :
(1) Au Royaume-Uni les fonctionnaires de l'étage régalien sont barrés du Parlement. Le fonctionnaire étant réputé démissionnaire avant même d'avoir fait acte de candidature, la notion de décharge d'activité pour exercer un mandat électif est inconnue du droit britannique (source).
(2) Exemple de surnuméraire entre mille: Je connais une ville qui distribue des sacs poubelles une fois l'an à tous les foyers de la commune. Et il y a un bureau spécial, séparé des services administratifs et des services techniques de la municipalité, auquel on va pour prendre des sacs supplémentaires si besoin est ou quand on vient d'arriver. Ce bureau tient un registre de tous les foyers inclus dans les tournées de distribution avec le nombre de sacs livrés. Y sont employés deux agents municipaux à plein temps (pour assurer la permanence en cas de congés annuels, maladie ou imprévus) et l'affluence est si mince que vous n'y ferez jamais la queue et n'y verrez jamais personne entrer derrière vous même si vous restez longtemps. Pourquoi ?

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lundi 9 mai 2016

A la rencontre de cette insurrection qui vient

 

Où l'on entrevoit une possible solution pour que la France retrouve son roi : faire abstraction de ce qui est, de ce qui fut, pour envisager ce qui pourrait advenir… Sans idée préconçue…

 

Avertissement : Ce billet a paru dans Le Lien légitimiste n°68 de mars-avril 2016. Un royaume décentralisé tel qu'il est ébauché ci-dessous aurait mieux résisté à la Révolution parisienne de 89. A force de tout ramener à Paris, on a pu tout commander à partir d'un seul bouton sous la main du roi. Il a suffi d'enlever cette main et d'en mettre une autre. La marche à la centralisation royale a ruiné la charpente féodale qui tenait tout. Si les grands féodaux avaient été respectés dans leur système "foi et hommage" jusqu'au plus petit des tenanciers (comme en Languedoc), des provinces entières auraient échappé aux calamités révolutionnaires.
Lors de la Révolution culturelle en Chine, qui fut un énorme désastre, certaines provinces (comme le Yunnan) restèrent à l'écart. Les Brigades de gardes rouges furent stoppées en frontière intérieure par le général commandant le gouvernorat sous peine d'être purement et simplement fusillés sur place. Certaines des provinces basses du Tibet impérial (rattaché) purent ainsi rester à l'écart des dévastations morales et matérielles.
Le jacobinisme centralisateur est utile pour changer de régime mais il faut l'abandonner immédiatement après. Ce billet entre en archives RA sous le libellé LLL.

 


La décrépitude de la vie politique française, le désert d'idées directrices hormis la remouture d'une République sixième, la méfiance généralisée de la nation à l'endroit des gouvernants qu'elle regrette d'avoir choisis, l'abus de disputes personnelles et de gesticulations médiatiques au plus haut niveau de l'Etat, et l'infâme dictature des communicants, convoquent plus que jamais dans le champ de nos réflexions un peu de ce que Charles Maurras nommait la "Physique sociale". Le salut dans la politique ?
Il n'est nul besoin d'être un observateur autorisé pour apercevoir autour de soi un début de sidération du peuple, abruti par des années de facilités à crédit, quand il découvre le champ de ruines : un pouvoir divisé sans soutien ni dans le pays ni dans les institutions, un parlement stérile transformé en syndicat de godillots repus, un chômage de masse maintenu par magie à dix pour cent de la force de travail, une dette publique sud-américaine et pour couronner le tout, le triple déficit : budgétaire, social et commercial, qui ronge notre société comme un cancer. Pendant ce temps notre cousin germain a clôturé l'exercice 2015 en positif dans tous les compartiments du jeu, tous ! Ici, le plus beau pays du monde est ruiné par ses propres habitants. Il est en négatif partout.

On peut soutenir que la banqueroute générale résulte d'un affaissement moral et mental des Français, incapables de s'arracher à la glaise du déclin, jouant aux élections comme au sweepstake, basculant la majorité du jour sur celle d'hier avant que d'en jeter les huiles au recyclage, avant quer de sortir de l'histoire. La disparition de notre identité serait darwinienne, la loi de l'Evolution étant d'abord celle de l'attrition des inadaptés. Auquel cas, il faudrait accepter la curatelle européenne qui se dessine puisque nous montrons à tous que nous sommes impuissants à nous gouverner par nous-mêmes. On peut en revanche jouer une autre hypothèse, à savoir que notre situation catastrophique est la conséquence logique d'institutions qui ne sont pas adaptées à notre être nation. C'est bien sûr à démontrer, mais en ce cas, nous, les monarchistes, aurions quelque chose à dire aux autres.

Nos ancêtres les Gaulois...

Le substrat gaulois du pays crée naturellement le désordre, chaque hutte au village devient un parti. Les royalistes d'ailleurs connaissent bien le syndrome gaulois : la vérité royaliste est tout entière dans sa chapelle, à la voisine est l'hérésie. Ce désordre était pourtant un champ de libertés autant qu'il fut combattu continûment par le pouvoir central qui finit un jour par généraliser ses propres lois d'application universelle bien plus faciles à gouverner depuis Paris, bien plus facile aussi à retourner contre lui que ne l'était le fourmillement des coutumes. Boiffils de Massanne (1824-1907) ne disait-il pas qu'aux jours de la Révolution, « la dynastie capétienne avait accompli l'œuvre de la destruction du Moyen Âge lentement, patiemment, quelquefois à regret. Sortie des entrailles de la Féodalité, un pressentiment secret lui disait que cette œuvre était un suicide. 1789 se chargea de le lui prouver. »

Après la centralisation royale, le jacobinisme révolutionnaire, le césarisme policier de l'Empire et jusqu'à l'Etat des Bureaux d'aujourd'hui , les pouvoirs ont toujours forcé nos différences dans un moule unique pour en faciliter l'administration et mettre le pays en coupe réglée au bénéfice des maîtres du moment. Mais sous le couvercle de l'Etat total la pression finit par devenir trop forte et périodiquement le couvercle a sauté : 1789, 1830, 1848, 1870, 1936, 1947, 1958, 1968 puis plus rien. Plus rien dès lors qu'on a pu acheter la paix sociale en débondant les foudres de l'assistanat généralisé : les trente glorieuses des cigales régulées par le socialisme fiscal jusqu'à l'emprunt international s'il n'y suffit plus. La classe dirigeante achète littéralement sa pérennisation quoiqu'il puisse en coûter à la nation jusqu'à la cachexie. Perpétuer un déficit de 20% des comptes budgétaires est du vampirisme qui devrait être passible du pieu couronné d'aulx.

Mais, à quelque chose malheur est bon, les guichets sociaux sont en passe de tarir, l'épargne placée, menacée de séquestre, devient peu sûre, les perspectives d'amélioration de son sort se ferment (de 24% à 31% de chômage chez les jeunes générations selon la filière scolaire), émigration soutenue des plus vaillants. Mécaniquement le couvercle doit sauter. Sauf à sauver l'essentiel, et c'est l'objet de ce billet, il faut vider l'abcès : que le couvercle saute donc, que la petite union soviétique française se liquéfie, que la Nomenklatura parte pour Coblence et que le peuple parle ! Sauver l'essentiel, de quoi s'agit-il ? des fonctions de gouvernement qui ensemble identifient un Etat.

La parole à la nation...

Saurons-nous vendre à l'immense cohorte des mécontents le découplage des domaines régalien et public ? Pourquoi ? Pour que la démocratie directe, dont on dit tant de bien avant de l'essayer, réorganise partout et librement l'Etat de proximité par le débat ouvert et l'arbitrage aux voix à la manière du cru ; mais après, et seulement après que l'on ait sorti de la dispute générale le domaine régalien qui signe encore la France : savoir, le Trésor public, les forces de l'ordre intérieur, les armées, la Justice haute, la diplomatie. Tout le reste au débat dans nos cent républiques !

Et quoi de mieux pour arracher ce domaine essentiel à la dispute démocratique que de le sanctuariser en le remettant à une monarchie héréditaire ? On élimine, ce faisant, la compétition sauvage pour le pouvoir suprême, c'est-à-dire l'hystérisation partisane des conflits d'intérêts. Nous retrouvons l'autorité naturelle en haut, aisément consentie dès lors qu'elle n'empiète plus sur les libertés publiques d'en bas. Ce pouvoir régalien disposant de l'Etat essentiel, sera relativement économique (c'est prouvé), fort par construction, arbitral par destination, indépendant des lobbies qui débordent rarement du cadre économique et social - lequel cadre ne sera plus de son ressort -, neutre dans ses conseils et soucieux de l'intérêt général dans la hiérarchisation des préférences publiques s'il est sollicité pour un choix. Souhaitons-lui d'éviter la dérive hégémonique d'une étatisation rampante à la manière de Louis XIV qui conduisit ses successeurs à en finir avec le vieux désordre libertaire gaulois. C'est dans ce mouvement de centralisation autocratique que nos ancêtres allaient progressivement subir l'uniformisation obligatoire des mœurs publiques, le casernement des âmes, le lavage de cerveau de la conscription militaire, jusqu'à la dictature actuelle du ministère de la Pensée conforme. Organiser depuis Paris l'étage subalterne à l'identique partout en France serait renouer avec le jacobinisme qui nous a abrutis. C'est dans l'anarchie localement contrôlée que gît notre salut, les pouvoirs se répondant petit à petit à mesure de leur renaissance jusqu'à un état d'équilibre. Chaque région atteindra le sien.

C'est donc aux étages subalternes que se passeront les choses intéressantes. L'anarchie convoque obligatoirement la participation de tous. Et c'est bien ainsi que fonctionnaient nos paroisses d'antan. Contrairement au roman républicain, on votait assez souvent en province sous l'Ancien régime, sur de nombreux sujets d'intérêt immédiat. En ville, nul édile ne se serait risqué à décréter de son propre chef quoique ce soit modifiant la coutume, des hordes de notaires y veillaient. Il est des relations très distrayantes du maquignonnage démocratique dans l'élection des milices par exemple, ou de négociations byzantines entre la ville et le château sur la propriété des chemins de ronde, le crénelage des tours, des disputes épiques avec le subdélégué local pour les ponts et chemins. Demain, de nombreuses assemblées locales (municipales, cantonales, départementales) ou régionales organiseront l'espace au niveau de compétence retenu pour chacune, ainsi que se tisseront les solidarités élémentaires des classes, familles et métiers.

Le Gaulois d'antan est devenu entre-temps ingénieur. Faisons-lui confiance. Il reconstruira son environnement économique et social, et il ne lui faudra pas longtemps pour apprécier la protection offerte par le détenteur de l'Etat essentiel qui l'aura libéré de La Politique comme souci. Quand on sait le nombre incalculable d'associations en tout genre qui prospèrent en France, on n'a aucune crainte à avoir pour que la nation entre en débat aux niveaux pertinents et aboutisse. Il est impossible ici d'en décrire les mille cheminements.

Reste une question qui préoccupe le politicien de métier : comment la nation sera-t-elle représentée à la fin de la révolution, pour savoir en fait s'il sauvera la prébende. Pour ne pas alourdir le sujet, nous laisserons à un prochain billet le plaisir de convoquer l'assemblée nationale qui votera l'impôt nécessaire au fonctionnement du domaine régalien.

Vers une restauration...

Au bout du compte, nous assisterons à la naissance de la pyramide maurrassienne : l'autorité en haut, les libertés en bas, que le Martégal comprimait dans un slogan : l'anarchie plus Un ! C'est là toute la force du pacte autorité/libertés : la revitalisation des territoires, la liberté de créer, d'entreprendre, de vivre comme on l'entend foisonneront à l'ombre tutélaire d'une monarchie essentielle, distante et sûre, cantonnée dans un domaine régalien précis dont elle ne débordera pas, apte à nous protéger, apte à gérer en toute expertise notre environnement géopolitique.

Quant à la monarchie elle-même, allons au plus facile et prenons pour roi qui voudra bien mettre ses titres en jeu, qui voudra bien sortir de la rente perpétuelle d'espérances fuyantes, qui voudra bien entrer dans un statut nouveau pour lui et sa famille, statut exigeant, quasi-sacrificiel au sens où le décrivait Gabriel Privat dans ce journal : « le souverain est le seul véritable prisonnier de France, prisonnier du service de l'Etat, garant obligatoire de l'unité nationale, ainsi que toute sa famille. Il est la seule victime nécessaire au maintien de l'institution, c'est une sorte de sacrifié. » (cf. LLL n°65, p.18-19)

Au seul péril de réussir, nous devrons suspendre pour le temps de l'instauration les effets des lois de dévolution de la couronne au motif que le mort saisit le vif en France et que le dernier roi n'avait saisi que le vide ; lois fondamentales qui finirent par stériliser le modèle jusqu'à son évaporation. Messieurs, revenons à Senlis avec une seule question à poser aux impétrants : Qui veut se battre ?




Ndlr : « L'Insurrection qui vient » est le titre d'un brûlot anarchiste publié en 2007 aux Editions de La Fabrique et qui attira l'attention du public à l'occasion de l'affaire de Tarnac. Après cela il fut diffusé en espagnol, anglais et allemand partout en Europe.


lundi 9 février 2015

L'élixir du service civique


Le grand désordre de notre nation et la sécession d'une partie de la jeunesse résidant dans ce pays ont remis à la mode le service militaire. Ultime remède à l'incohésion, l'embrigadement assorti d'un savonnage des cerveaux semble être le dernier recours de la bourgeoisie régnante pour... sauver les meubles et la virginité capitalistique des héritières. On friserait la caporalisation si tout cela était pris au sérieux. Rassurons-nous, le canada dry du service aux armées est le service civique dans les MJC et autres associations de notre modèle social, utiles du berceau à la tombe. Le service civique fonctionne sur la base du volontariat, ce qui veut dire qu'il ne s'appliquera pas à ceux qui en auraient le plus besoin. Énième coup d'épée dans l'eau pour la "politique de la ville". Il ne pouvait quand même pas être question, comme le demandaient les pizzaïolos de l'UMP, de militariser l'esprit de jeunes gens réputés défavorisés, mais qui - moins empruntés que la moyenne - se prennent en charge en substituant aux tracasseries de Pôle Emploi le commerce d'hyper-proximité en pied d'immeuble.

Il est bien sûr exclu de former des combattants comme on le faisait jadis dans les compagnies de combat d'appelés, compagnies destinées à recevoir le choc des régiments du Pacte de Varsovie déferlant sur l'Europe occidentale. Jean-Dominique Merchet fait un sort au service militaire qu'il n'est pas besoin d'expliquer dès lors que plus de la moitié de la classe d'âge masculine y échappait à la fin par maints subterfuges ; se rendre sur sa page, c'est définitif. On serait très mal barrés à l'époque actuelle du Djihad si on faisait faire un stage commando aux djeunes des cités. Mais laissons cette foutaise de la conscription* aux vibrations des préaux politiques et intéressons-nous aux causes de l'effondrement de la morale sociale sur zone.

Élevons le débat et reprenons ce qu'écrivait André Bridoux (1893-1982) qui était LE prof de philo du Lycée Saint-Louis avant guerre, à propos de l'armature sociale indispensable à la morale :

« Quand les liens sociaux n'existent pas ou sont trop faibles, l'homme reste sans moralité, au niveau du Cyclope d'Homère qui n'a ni le respect, ni même la notion des droits d'autrui. S'il est une idée fausse, c'est celle de Rousseau que l'homme est né bon et que la société l'a perverti. En réalité, pour qu'un homme puisse avoir une conduite morale, surtout constamment morale, il lui faut l'encadrement des institutions et des mœurs, la conscience du contrôle permanent d'autrui, la représentation des sanctions et des organismes judiciaires [ndlr : en résumé... un État], et le secours constant de ce potentiel de civilisation qui est immanent à toute société et qui reste incorporé aux moelles de chacun par l'éducation.
Quand ces points d'appui viennent à manquer ou à fléchir, la vie morale s'altère aussitôt. On le voit bien dans les pays neufs, dans les villes où plusieurs civilisations s'usent les unes contre les autres ; en temps de révolution, de guerre, d'après-guerre ; quand les hommes sont transplantés, en séjour à l'étranger, ou seulement en voyage ».
(Que pourrait-on aujourd'hui retrancher de ce texte publié en 1945 ? Rien !)

Les bataillons de cyclopes à taille humaine qui patrouillent nos banlieues sont les produits de la carence d'État. Ils sont les marqueurs de l'impéritie des pouvoirs qui se sont succédé aux affaires depuis quarante ans, accroissant les privilèges et l'établissement des vainqueurs du jour dans la fenêtre d'opportunité de leur mandat au lieu de gouverner un monde bien trop compliqué pour leurs esprits formatés par "Jean-Jacques" et l'Ecole nationale d'administration. Que croit-on obtenir par le lancement d'un service civique comme une marque de lessive, si ce n'est l'agrandissement des fractures sociales entre ceux dont la fibre civique a besoin de confirmation et tous les autres pour qui le civisme est pure agression de leur bulle personnelle à petit rayon ! Une fois encore, le pouvoir se défausse de ses responsabilités sur un plan de communication et un arrosage budgétaire qui suffiront bien à atteindre les prochaines élections. C'est une honte !

Mais compter, même sans trop y croire, sur pareille classe politique pour réformer et durcir l'État dans son domaine exclusif est une forme de fuite, une lâcheté puisqu'il est maintenant reconnu par la plus grande majorité de ce peuple qu'ils sont en totale incapacité d'agir efficacement. Alors, le peuple qui ne dit mot contre cette absurdité est-il pourri ? Intoxiqué à la défausse ? Bovin ? Il faut le croire et remplacer le coq gaulois de nos emblèmes par la fière autruche républicaine.

Que faut-il faire, me demande-t-on dans l'oreillette. Easy ! Repartir de zéro et recoudre la chaîne (des valeurs civilisationnelles) et la trame (des lois de la république) de l'État régalien sur tout le territoire en supprimant les leurres diversitoïdes qui ne font que distraire de l'essentiel. Appliquer totalement les lois qui gouvernent nos mœurs... comme en Chine et dans cent pays qui n'imaginent même pas qu'on puisse les prendre pour des paillassons. Définir la réforme est simple, il n'y faut qu'une volonté d'application. Faudra-t-il d'autres morts pour y parvenir ? Répondre à cette question met le blogueur en péril. Ceux qui s'en chargeront devront être crédibles, dans le sens où aucun de ceux qui appartiennent aujourd'hui à la classe politique à l'embouche ne pourra être retenu dans cet emploi.

Il est malgré tout possible et certainement utile pour son éducation que la jeunesse donne un peu de son temps aux autres habitants de ce pays avant d'entrer dans sa vie professionnelle, à la manière des Peace Corps américains, mais de là à en faire un outil socio-politique... c'est n'importe quoi, et se moquer de nous surtout.

Même pas peur !


(*) on sait mon aversion de la levée en masse qui n'est qu'un budget de morts accordé au pouvoir.

lundi 5 janvier 2015

Désagrégation d'une nation

Libres propos laissés au Lien légitimiste, qui sont publiés dans sa 60è livraison de novembre-décembre 2014. Ce numéro, sorti à la Noël, marque les dix ans du journal relancé par Gérard de Villèle en continuation du lien légitimiste de Touraine. A la fin de cette lecture, on pourra jeter un coup d'œil sur la brève notice Sed Lex publiée avant-hier sur Steppique Express.
On s'abonne pour six numéros par an à prix cadeau à l'édition électronique en envoyant son chèque de dix euros (10€) au Lien Légitimiste - 2, Le Petit-Prix - 37240 La Chapelle-Blanche-Saint-Martin. Edition papier à 24 euros, c'est celle que je prends, plus facile à laisser traîner ci et là.

- cliché de Ferdinand Mulnier -
Ernest Renan écrit : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis.»

Les jeunes Français qui abandonnent la Patrie pour accomplir l'établissement du Califat sur les rives de l'Euphrate, se retranchent définitivement de la Nation. Ils n'en sentent plus ni l'esprit d'unité ni la chaleur intrinsèque. Ils rompent un lien qu'ils ne voient pas. On pourrait disserter ainsi sur l'existence de ces deux caractères au sein d'une société clivée par un régime politique qui par essence ne prospère que sur l'affrontement de deux camps, obsédés l'un et l'autre par l'écrasement des antagonistes. Dans la lutte des classes qui ouvre les portes d'un déclin inéluctable, l'unité est un artifice de tribune ; quant à la chaleur de la Patrie, elle est depuis longtemps éteinte par la honte officielle à évoquer notre identité nationale comme si elle était le ressort des pires heures de notre histoire. Qu'en pensent-ils, eux ?

Les experts leur dénient de penser. De gros cerveaux expliquent le voyage en islam de jeunes Français de souche convertis, comme une réaction psychologique à un environnement très réducteur asséchant tous liens sociaux, environnement qui bloque le développement de la personnalité et conduit certains à s'épanouir dans une communauté étrangère à la Nation, substituant au moi individuel un moi collectif (c'est de Freud). Cette communauté de rechange a tous les attributs d'une nation. Elle est bien la somme d'une grande famille avec laquelle on se sent uni pour la vie et à la mort, tant par une prédisposition naturelle augmentée de cet environnement déficient, que par consentement. L'ultime avatar de cette renaissance est d'accepter le sacrifice de sa vie pour conquérir l'espace nécessaire à l'établissement de cette nation, afin qu'elle dispose d'un Etat qui la représentera à l'extérieur et l'administrera à l'intérieur ! Y sacrifier sa vie, même s'il ne s'agit que de hâter une fin inéluctable, revient à obéir aux devoirs impérieux qu'exigerait une Patrie de ses enfants. Finalement c'est grave !

La déconstruction du sentiment national lancée depuis les années trente aboutit ainsi au quasi-décès de la Nation. Si l'on considère que les brigades djihadistes françaises ne sont qu'un urticaire personnel circonscrit à des populations mentalement affaiblies – c'est la nouvelle doxa qui tend à hospitaliser les rescapés revenant à la maison – on évite de prendre la mesure de l'étendue des dommages. Et cela arrange bien la classe politique qui fait ou laisse faire depuis si longtemps la manœuvre d'étouffement de la fierté française. Ces désertions en sont le marqueur, le signal de fin de course ; nous sommes au taquet, face au mur !

La Rue des Saussaies peut bien amasser des sacs de sable en digue pour retenir le flot des retours prévisibles qu'elle ne traitera que les effets, les métastases du cancer central. La République semble bien incapable d'aller au fond des choses jusqu'à remettre en cause les principes destructeurs qu'elle diffuse, même si dans l'urgence d'attaques meurtrières elle saura contrer, voire prévenir le chaos par une éradication externalisée de la menace. La société aux dépens de laquelle elle vit n'en restera pas moins inquiète, fragmentée et quelque part inhospitalière aux pauvres en esprit des Béatitudes. Il lui manque l'âme. Elle l'a depuis longtemps vendue aux dieux qu'elle a créés pour remplacer Celui qui l'empêchait de rompre les chaînes d'une transcendance. Le plus formidable de ces nouveaux dieux, Mammon, est de tous les discours, de tous les instants, la jauge universelle ; son service, une hémorragie permanente de substance nationale, la perte de la morale publique, l'abandon de l'éthique du pouvoir. Lendemains tout à fric, lendemains passionnants ! A tel point qu'un quart de la classe d'âge instruite veut partir à l'étranger, quitter le plus beau pays du monde, pour se réaliser ailleurs. Tous n'y parviennent certes pas, mais les contingents d'expatriés n'ont jamais été aussi nombreux. Le français est devenu la deuxième langue de la City de Londres ! Nous pullulons jusqu'aux antipodes comme les Chinois de la Grande Famine des derniers Tsings.

Qui va relever les ruines ? Le syndrome gaulois de l'homme fort privilégie la personnalisation du sursaut ; le césarisme fut de tous temps un régime accepté en France. L'apport exogène de populations méridionales imprégnées du culte du chef renforce cette prédisposition à déléguer les soucis à une Providence incarnée qui se chargera du faix, quelles qu'en soient les contreparties qu'elle exigera. Ceci croise à angle droit les principes d'une démocratie à la mode de Westminster, en principe capable d'expression collective du Bien commun. C'est ainsi que la République française n'a jamais pu avancer vers un meilleur arbitrage des choix populaires au point de trafiquer les modes de scrutin pour y gagner des majorités de gouvernement, même au niveau local, un comble ! Le corps électoral est immature par éducation, incapable d'élever sa conscience citoyenne, il se laisse imposer la règle de fer d'une oligarchie qui tranche et coupe à sa place, dans tous les domaines même les plus triviaux ; à voir l'enthousiasme que suscite en France le système post-soviétique russe de substitution d'une police politique au débat démocratique, on n'en peut douter. Heil ! le Csar !

Cette prédisposition a-démocratique de l'Opinion française est naturellement favorable à l'instauration d'une monarchie. Si le modèle ancien, éprouvé sur huit siècles, est intellectuellement séduisant – les démonstrations de Jean Bodin, pour ne prendre que lui, sont définitives - il est aujourd'hui dépassé. Non pas tant dans la réunion des pouvoirs qui est couramment exercée de nos jours par nos monarques républicains que par l'image désastreuse du triple effondrement du concept. La monarchie autonome (ou absolue pour les puristes) du XVIII° siècle bâtie sur une charpente féodale vermoulue, fut battue par la guerre civile de 1789 et ne put jamais se relever ; ses versions modernisées dans un souci d'ordre public le furent à leur tour, au bénéfice final de la Forge et de la Banque, implacables ennemis de tout contempteur de l'Argent-roi, parfaitement aptes à diviser pour régner. Et nous en sommes là !

Pour changer de paradigme et ramener une éthique de gouvernement au pouvoir, n'est crédible aujourd'hui que le modèle septentrional : une monarchie constitutionnelle incarnant l'Etat protecteur de la Nation et que les Français pourraient ajuster aux contours du domaine régalien qui est le plus endommagé et qui, nonobstant le régime retenu, nécessite de toute façon une restauration de fond en comble. Elle prendra sur elle une promesse d'excellence dans l'exercice des seuls pouvoirs régaliens, actuellement abandonnés aux caprices des majorités successives. Pour éviter, comme à chaque fois, la captation du changement de paradigme par la bourgeoisie affairée, il n'y aura que la démocratie directe aux étages subalternes capable de résister. Peut-on rappeler que les princes prétendant accéder sont tous sur une ligne constitutionnelle ? Par contre sur la démocratie à la suisse, sous toute réserve, ils n'ont rien dit.

Que le cœur de l'Etat soit un jour administré de manière intègre, honnête, et la société rassurée recommencera à s'organiser en nation dans le foisonnement libérateur de ses occupations. L'Etat revenu sous sa forme monarchique, ramassé sur des pouvoirs régaliens exclusifs et strictement borné, ne devrait avoir de mission que celle d'une morale exemplaire dans le gouvernement des hommes, loin du tumulte des idées aux plans économiques et sociaux que la Nation devra se réapproprier. Sous la surveillance voire la conduite du roi en ses conseils, formule consacrée qui interdit l'autocrate, l'Etat exemplaire au-dessus de la mêlée démocratique laissera renaître une certaine fierté d'être Français et peut-être aussi le consentement de résidants étrangers à vivre selon nos mœurs et sous nos justes lois, annulant autant qu'il est possible la tentation d'utiliser sa vie à la propagation d'une barbarie aussi terrible que celle de l'Etat islamique en Syrie et au Levant. Il faut y croire.



Notes de lectures récentes :
. Jean-Luc Vannier, psychanalyste et chargé de cours à l'université de Nice Sophia-Antipolis, « Dans la tête d'un djihadiste » chez Causeur
. Joseph Macé-Scaron, Directeur de Marianne, « La Panique identitaire » (Grasset)
. Maurice La Chatre, Dictionnaire universel (1856), entrée : Patrie : s.f. […] au point de vue philosophique, la patrie est le cercle dans lequel nous avons enfermé nos affections. Où est notre cœur, là est la patrie...

mardi 31 décembre 2013

Le doute républicain

Ce texte a été publié par le site de La Faute à Rousseau, la veille de Noël. Il fait suite à un signalement du Lien légitimiste, grand fureteur internautique devant l'Éternel. Il entre en archives Royal-Artillerie, avec la photo de notre interlocuteur, pour nous servir de billet de la Saint-Sylvestre.

Sur le site de Riposte laïque, un des responsables de l'association Résistance républicaine¹, du nom très offensif de Philarcheïn, poursuivi par le MRAP pour hétérodoxie, commence à allumer la lampe du doute. Républicain sincère - il faut l'être pour cotiser - il se croyait en 1789 et se réveille en 1793. Ce n'est plus le même tabac à priser, on l'a coupé de piment rouge. Le jacobinisme fait rage et l'ennemi n'est plus à la frontière mais carrément dans les caves du régime ! Si la terreur ne saigne pas le corps de ses contempteurs elle en saigne les comptes, et à coup d'assignations avance inexorablement comme le désert chanté jadis par France Gall. Il y a de quoi s'insurger, vous savez "celle qui vient" comme ils disent à Tarnac.

M. Philarcheïn se tâte :« A choisir entre une République immonde, comme celle d’aujourd’hui, où la terreur exercée contre le peuple est cogérée par la racaille et par l’État, et une monarchie absolue où la police ferait enfin son boulot, où la justice ne servirait qu’à coffrer de vrais méchants, je serais prêt à faire mes bagages pour rejoindre cette monarchie absolue ! »
Et je lève le doigt. Ne partez pas, monsieur Philarcheïn - il envisage l'Espagne - faisons-la donc ensemble ici. Vous cherchez la liberté en monarchie, vous ne pouviez pas mieux tomber. C'est fait pour !

La liberté ne foisonne que dans un écosystème bien réglé où le bien commun prime pulsions et caprices et bride le malin, et d'expérience, le meilleur système social n'est-il pas celui où les cadres fondamentaux sont préservés de la dispute partisane, des ligues et des clans ? Arrachons la police et la justice au jeu des dépouilles post-électorales et stabilisons-les en les mettant hors de portée des vibrations de l'alternance politique ; comme on a su le faire mais pas complètement de notre diplomatie et de notre défense. Quand nous serons redevenus sérieux, peut-être même reprendrons-nous la main d'une façon ou d'une autre sur notre monnaie. Police, justice, diplomatie, guerre et monnaie sont les pouvoirs "régaliens".

Et puis il y a tout le reste. Les rapports sociaux, la défense des intérêts catégoriels, les contraintes des métiers, les espérances des créateurs, la paresse des rentiers, la vie des familles, les problèmes de conscience de chacun, la foi, la douce anarchie des libre-penseurs, la dure besogne aussi, que l'on convoque au jour-dit pour décider ensemble du cadre spécifique à un projet, un défi, une nécessité, une prévision : c'est la démocratie. Plus bas est l'étage de débat, meilleur est le procédé. Il en fut ainsi pendant tout l'Ancien régime où l'on votait bien plus souvent qu'on ne vous l'a dit.

Pourquoi, dans cette sphère publique, qui n'est pas du tout subordonnée à la sphère régalienne mais sa soeur équipotentielle, ne serait-il possible d'essayer la démocratie directe à la suisse. Ce n'est pas notre tempérament, disent nos représentants aux Chambres haute et basse, mais on peut essayer de faire un peu de pédagogie pour former le caractère des jeunes générations à l'intelligence d'une certaine autonomie. En général, ça plaît.

Alors, ce que je vous propose, monsieur Philarcheïn, c'est de marcher de conserve vers un régime nouveau où nous laisserons une famille royale préparée à sa charge passer des nuits blanches en ses conseils pour nous garantir la paix civile essentielle, tandis que nous débattrons, nous, de tavernes en tavernes sur les mesures absolument indispensables que réclament le travail, l'industrie, nos exportations, l'investissement, les routes et canaux, le trottoir des péripatéticiennes et dix mille choses passionnantes que nous porterons ensuite au choix de nos concitoyens dans notre sphère d'intérêts communs par la "votation".
Chiche ?

(1) Signalé par M. de Villèle dans le Lien légitimiste n°54


samedi 3 septembre 2011

Renier l'État

Quatre septembre 1870, proclamation de la République à Paris. Quatre septembre demain, l'Etat de la nation la plus riche d'Europe, établie sur le plus beau des pays, a créé huit millions de pauvres. Mazette ! C'est l'Etat lui-même qui le dit et s'en désole, ce qui nous fait une belle jambe ! Si "les chiffres de la misère nous renseignent d'abord sur la misère des chiffres" selon Malliarakis, on les sait faits de grands amalgames de carottes et de navets et que ce pauvre moyen est une construction. Mais on peut au moins se fier à l'évolution de cette population statistique signalée par les mêmes paramètres : elle croît ! Je parlais justement de ça dans le train en disant à mon voisin que nos malheurs étaient anciens. Le bonheur de tous peut s'opposer au bonheur de chacun s'il s'agit pour les décideurs de faire des scores. Dépassant sa fonction première qui est l'organisation des corps constituant la société, libre chez nous depuis les Gaulois, l'Etat a petit à petit envahi la sphère individuelle et organise maintenant le cœur et le cerveau du citoyen au motif de la santé publique et du vivre-ensemble. L'homme retourne au stade du singe nu, l'Etat sait tout de lui, le guide ou le contraint. Il ne peut tenir compte que de grands agrégats et néglige chacun. Seuls les malins s'en sortent. Mon voisin hochant la tête, j'ai embrayé.

Etat-nation, la fierté de la France royale et républicaine, le concept a sacrément dévié. Etat & Nation, ces entités sont différentes par essence, leur union participe de la puissance de ce pays aussi longtemps que l'un et l'autre restent sains et d'accord. Nous en sommes loin aujourd'hui surtout du côté de l'Etat.
Une nation est avant tout du ressenti et sa définition est plutôt dans l'absence de définition même si Renan l'a faite¹. La nation française est la communion de talents, souvenirs, réflexes et défauts qui firent la renommée de cette race qui n'en est pas une non plus, mais d'acception universelle quand même et parfois d'admiration : « Français ? Ah !»
Pareil pour la nation allemande. Elle n'eut pas besoin d'Etat pour exister depuis aussi lontemps que la nôtre, et en usa beaucoup, des petits états comme des grands, jusqu'à l'avènement du Diable de Poméranie qui fut leur Napoléon. On peut les passer en revue, ces "races" d'Europe sont difficilement miscibles, même quand les souches partagent leurs racines, voir l'issue de l'idée yougo-slave. C'est comme ça. Le Danois est-il un peu norvégien qu'il se refusera d'être assimilé à un Allemand. Quoi de plus différent qu'un Italien et un Espagnol, à cause des ingérences séculaires du second ? Le Suisse est inimitable et le Belge synthétique pas moins. Le Hollandais est rat mais ne veut rien savoir de l'Ecossais. Quant à l'Anglais, prononcer le mot est déjà changer de planète.
La nation ne se résume pas au décompte des habitants du pays immatriculés à la Sécurité Sociale. Il est des résidents bien installés qui ne seront jamais de cette nation. Les croisant à Mourmansk, Bamako ou Port-Moresby, personne ne leur répondra : "Français ? Ah !" ou bien "Ha ! ha ! Deutschen, Mercedes gross panzer, yawol mein führer, ha ! ha !" c'est comme ça. Nous n'y pouvons rien. Et la souche ici n'y est non plus pour rien. A preuve, Lagerfeld Karl ; à contre-preuve, Joly Yeva ; sans preuve, Noah Yannick de Sedan ou pour preuve, Besson Yasmine, butin de premier choix à conserver dans le Projet².
Plus encore, la nation déborde largement les frontières reconnues du pays puisque nous avons des millions de compatriotes travaillant ou bullant dans des pays étrangers ou lointains, qui font partie de l'élite de la nation par leur génie propre, leur goût immémorial de l'aventure, leurs obsessions culinaires, leur réputation surfaite de lovers et ce chic indéfinissable du french kiss qu'ils cultivent pour être reconnus.

A part de la nation est l'Etat !
L'Etat est au départ l'organisation interactive des corps constituant la nation, par consensus ou par la force. La structure étatique la plus courante est la pyramide, même si la pointe est creuse comme en république. L'Etat français est napoléonien d'origine. Qu'il soit vu de l'intérieur ou de l'extérieur, il est perçu comme le fils de l'empire. On le visite à Paris de l'Arc de Triomphe aux Dôme des Invalides. Presque toutes les grandes structures étatiques françaises viennent du premier ou du second empire. C'est comme ça. Les rois ont ébauché l'Etat, l'empire l'a fait comme Sony des rêves consuméristes, la république l'a débauché. D'ailleurs, l'Etat des rois est tombé (trois fois) en conséquence de désordres sociaux intérieurs voire de simples humeurs ou rumeurs (1830) quand celui des empires, s'il est tombé lui-aussi par trois fois, fut battu par la guerre étrangère, ce qui fait une grande différence. Quant à la république, glissons, mortels que nous sommes, en 40 elle s'est chié dessus ! Pendant la rigueur le rire continue.

Ce petit rappel étant fait, on observe que l'Etat d'aujourd'hui, nourri sur la Bête comme jamais en temps de guerre dans l'histoire de ce vieux pays - mais nous sommes en paix - est en faillite (d'accord M. Fillon), et qu'en conséquence il menace la Nation de son propre écroulement. Que feriez-vous dans un château branlant en cas de tremblement de terre ? Vous en sortiriez ! Les outils de gouvernement au sens large sont devenus les adversaires de la Nation, et leur réunion dans peu de mains son ennemi mortel. A voir le nombre de défilés contre lui il devrait s'en inquiéter. Mais non, en la personne des locataires du moment il se pavane dans les lucarnes bleues et ceux qui veulent s'y loger au terme du bail font parti des rebuts de fabrique n'ayant aucune autre compétence que le verbe, préfabriqué. La pré-campagne électorale nous indique de tous bords le niveau confondant du débat, carrément enfantin. DSK montrera-t-il sa bite dimanche au balcon de la mairie de Sarcelles ? Le peuple attend sur la place de recevoir la semence du nouveau Priape.

Soyons sérieux. Ayant accumulé des dettes pharaoniques à faire la pute à l'œil, l'Etat cherche en vain aujourd'hui le guichet de surendettement sur les marchés qui le guettent, et à défaut se vengera sur ceux qu'il considère comme ses obligés, nous ! On connaît la procédure dès lors que l'épargne populaire est grosso modo du même niveau que la dette souveraine et que les appels des créanciers se feront plus pressants. Argentine quand tu nous tiens, par les joyeuses !

La nation peut couvrir "sa" dette avec du délai. C'est vrai. Le comble de la stupidité serait d'en confier le règlement à un état anthropophage comme le nôtre. Il faut que nous nous débarrassions d'abord de l'Etat, qui tel la baleine crevée sur la plage commence à empester, avant d'être tous malades, c'est à dire avant que la nation n'ait à payer sur son patrimoine et son travail non seulement les frasques propres à la social-démocratie perverse, ce qui est normal et justice pour des cigales, me direz-vous, mais encore la survie quotidienne du pachyderme à l'agonie qui va littéralement bouffer le prix du Risorgimento comme du pudding. Et comment feriez-vous, vous qui êtes si malin, me dira-t-on ?

Easy, man ! Mais c'est pas dans les livres !

Evaluons les services publics essentiels et organisons-les au niveau de chaque département, seule circonscription administrative décalquant l'Etat central à petite échelle et dotée d'expérience. Le caisses sociales sont également départementalisées (CPAM, CAF), le Trésor aussi par ses paieries, de même que la Banque de France. Ne restent hors-champ départemental que les académies de l'éducation nationale, la police, la justice, les affaires étrangères, les armées. Quatre pouvoirs régaliens, comme c'est bizarre, mon cousin. A pouvoir régalien, traitement royal.

Peu de papiers ou de rapports, mais du contact direct (c'est bien plus facile que sous Louis XIV) et des décisions propres à chaque fonction, sans traverse interministérielle. On ne tâtonne pas, on réfléchit et on ordonne. Les ministres régaliens sont à Matignon, un vice-ministre sur place actionne et gère le ministère concerné. On fait confiance jusqu'à sanction.

Les effectifs de police et de gendarmerie sont à l'étiage, comme ceux des armées, donc pas de temps à perdre en réorganisation ; on commande, c'est tout. Il faut traiter l'administration diplomatique et l'Education nationale par la clôture des embauches ; les services désertés sont fermés jusqu'au retour à meilleure fortune.
Reste à démonter l'Etat pléthorique au même moment que l'on actualise l'état départemental :

- Gouvernement de vingt techniciens à Matignon.
- Contrôle des frontières et versement d'une prime de zèle à la Douane.
- Fermeture de la Bourse.
- Blocage général des prix intérieurs et loyers. Réquisition des logements vides depuis un an.
- Dissolution de la Chambre avec rupture des contrats EDF. Mise à pied des personnels parlementaires (traitement de base maintenu) avec priorité à l'embauche en usine.
- Mise en vacances parlementaires du Sénat sine die.
- Dissolution des assemblées régionales et fermeture des préfectures de région ; personnel de la préfectorale redéployé, contractuels licenciés avec priorité à l'embauche dans le bâtiment et travaux publics.
- Fermeture des Conseils, Cours, Bureaux, Commissariats, Offices, Loges, Agences, Ligues, nationaux et régionaux, émargeant au budget général et mise en congé sabbatique de tous les effectifs titularisés jusqu'à résurrection des structures indispensables. Les effectifs des commissariats stratégiques sont versés dans les sociétés privées qui en étaient l'exécutif.
- Fermetures des ministères non régaliens avec rupture des contrats EDF. Mise à pied des effectifs ministériels avec maintien du traitement de base et priorité pour les prochaines vendanges.
- Ouverture de tous les services publics de proximité le samedi après passage au 48 heures dans la fonction publique de terrain.
- Les ministres régaliens délèguent des commissaires dans toutes les structures administratives qui leur sont subordonnées jusqu'au niveau départemental. Ils rendent compte et transmettent les ordres de Paris.
- Les décaissements publics se font en espèces.
- Le couvre-feu est établi sur toutes les communes agrémentées d'une cité turbulente.
- Dynamitage spectaculaire de l'Ecole nationale d'administration concédé à Jean-Paul Goude.
- Lancement aux chantiers de Saint-Nazaire des Liberty Ships pour le programme de recyclage des parasélites aux Kerguelen.
- Référenda d'indépendance dans tous les DOM-TOM et à Rodez.
- Pas besoin de décréter l'arrêt du pullulement des subventions si les ministères d'ordonnancement n'existent plus. Tout le monde bascule sur autofinancement ou disparaît. Ceci est d'abord vrai pour les syndicats qui se nourrissent de l'Etat pour le miner. Pour jouer franc-jeu, ils doivent appeler à cotisation.

On me dit dans l'oreillette que ça fait un peu "Révolution Nationale, nous voilà". Tant pis ! Un pays avec une histoire si riche est à la merci des duplicata. On a compris quand même qu'il faudra préalablement gagner les élections présidentielles, après que les agences de notation nous auront retiré le troisième "A", et appeler nos concitoyens à un sursaut de civisme, ce dont notre beau pays a une longue habitude.


Quelqu'un au fond de la salle m'a demandé si nous ne dépiterions pas les masses. Pourquoi le pays s'arrêterait-il ? De surprise ? Pendant trois jours. Mais la France qui se lève matin ne changera pas ses habitudes s'il y a de l'essence et du pain. Pourquoi n'y en aurait-il pas ? On se surprendra vite à constater que la destruction (quelquefois provisoire) de toutes ces inutilités n'affectent pas beaucoup la vie quotidienne des Français, même si les queues aux guichets d'assistance s'allongent dans un certain désarroi pendant une certaine période aussi difficile à prédire que le refroidissement du canon. Mais le génie gaulois est bien celui de la démerde, ceux qui ne l'ont pas prendront l'avion, ça nous fera de l'air. Le 6 mai 2012 sera-t-il ce vibrant Vaffanculo Day de la nouvelle France que nous attendons tous³ ? Rire et rêver !
Les Grecs devraient essayer ce programme et défrayer Royal-Artillerie de ses coûts phosphorants.

Il restera ensuite trois chantiers d'importance inégale qui pourront être ouverts, enfin :
- la réforme fiscale ou comment vider le Loch Ness.
- la réforme du ministère de l'Education nationale. Fukushima, à côté c'est Playmobil...
- la concertation la plus large sur un modèle institutionnel nouveau, exempt des miasmes mortels de la social-démocratie de masse, adapté au nouveau projet français - car il en faudra un pour que ça marche -, un modèle qui fonctionne à moindre coût.
J'ai mon idée. Vous aussi. On en reparle ? Cessez votre rire niais ! Je vous téléphone.

J'entends dans ma rue les cornemuses de Sainte-Anne s'approcher et les galoches des blouses blanches monter déjà l'escalier. Il est temps de fermer Ubuntu !


Notes :
(1) Charles Maurras, qui parlait souvent de la nation, avait une formule saisissante : le gouvernement des vivants par les morts.
(2) Le Projet pour la France, déjà exposé sur ce blogue, se concentre dans la recherche d'une puissance économique par tous moyens. On y reviendra encore.
(3) Le Vaffanculo Day est une initiative de l'amuseur public italien Beppe Grillo pour écarter des prébendes républicaines tous les repris de justice par un référendum d'initiative populaire. Il recueillit 336144 signatures en 2007 largement plus que les 50000 requises, mais en dépit des textes, la Nomenclatura classa le projet qui renvoyait 25 députés dans leurs foyers sans compter les procédures en cours. La seule manif de Bologne du 8 Septembre 2007 réunit 50000 personnes (cf. V-Day).

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