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jeudi 4 juillet 2019

Journée de l'indépendance

Aujourd'hui c'est Independence Day, la fête nationale américaine du barbecue. Même si nous n'avons pas tout fait - La Fayette le laissait croire à Paris - nous avons donné le coup d'épaule décisif que notre brave roi Louis XVI accorda aux idées nouvelles, celles-là même qui lui couperaient la tête plus tard. Quand ça veut pas... !


L'histoire de la Révolution américaine mérite plus qu'un coup d'œil, et sa lecture facilite la compréhension des actualités de l'Union. Pour ma part, j'avais approfondi la question il y a quelques années à travers un roman biographique écrit par Gore Vidal sur un des principaux héros de l'époque, Aaron Burr (Belfond, Paris). Truculence et méchanceté avait noté Belfond dans sa quatrième de couverture. On ne présente plus Gore Vidal.
Burr (1756-1836) est resté dans l'imaginaire collectif comme un héros de l'expédition du Canada et comme l'assassin en duel d'Alexander Hamilton, l'un des pères fondateurs de la jeune république de planteurs. Mais de ce bouquin j'avais retenu deux choses moins connues, l'une signalait que lorsque le roi de France confirma son soutien, le gouvernement des Insurgents diminua à proportion la levée de taxes finançant la guerre contre Georges III, fallait pas gâcher.
L'autre est le penchant patrimonial des dits-planteurs qui ne manquaient jamais une occasion d'accroître leur cheptel vif en troussant leurs esclaves à fond, Washington le premier.

Tout l'ouvrage est une peinture réaliste de la vie sociale et politique d'une époque très agitée qui explique bien l'Amérique d'aujourd'hui. Pour marquer cette journée, voici une parade d'une rare excentricité qui n'a pas besoin d'explications, même si elle nous offre une Sambre & Meuse endiablée, rapportée outre-atlantique par les Sammies de 1916. Enjoy !



lundi 11 décembre 2017

Mirage de la Corse libre



Malgré une participation à l'américaine - la moitié des électeurs n'a pas cru aux élections - la coalition nationaliste a vaincu. La Corse est sur les rails d'une indépendance, sans que l'on connaisse encore la longueur de la voie ferrée. La collectivité unique ou région corse est dès à présent nationaliste. De quelque bord qu'ils se réclament, les partis français sont réputés "continentaux".

Désormais, on ne peut plus parler de dérive comme aux temps détonants du FLNC, mais de route ! Reste à la coalition nationaliste à bien jouer le coup pendant la courte législature qui s'ouvre au premier de l'an afin de reconfirmer la tendance en 2021, et c'est à partir de la nouvelle législature sexennale que les choses devraient s'enclencher.

D'aucuns dont je fus ont pu penser que le sang des douze nations aborigènes mêlé à celui des Ligures, Vandales, Lombards et autres Ostrogoths métropolitains menacerait le mouvement de riacquistu (réappropriation) par le concours de bites à la récré, mais tant Gilles Simeoni que Jean-Guy Talamoni et Jean-Christophe Angelini ont montré qu'ils savaient faire de la politique, de la vraie politique.

Le fait saillant, c'est bien d'avoir réussi en-dehors des partis traditionnels en créant des structures partisanes sur la base des croix du cimetière corse mais sans l'esprit de vengeance qui prévalait jusque là. Il a fallu du temps pour faire comprendre aux impatients que la lutte armée et les assassinats étaient la meilleure garantie du statu quo. A croire que le pouvoir central s'y complaisait. Déroulant des programmes économiques et sociaux qui se discutent mais qui sont articulés et logiques, les chefs nationalistes ont convaincu cette fois d'une approche politique et programmatique du défi. Et même certains continentaux, venus s'intégrer dans une région délimitée à forte identité, se sont pris au jeu de l'autonomie. Quand tu viens de Vesoul ou de Chaminadour, tu peux en avoir envie. Reste à dire pourquoi ça va marcher, avant de démontrer pourquoi ça ne marchera pas, et synthèse ;)


Ça va marcher

Pour des causes exogènes, mondialisation, dévolutions de souveraineté, l'Etat français recule et n'assure plus la protection culturelle et physique des citoyens s'il maintient encore des conditions sanitaires satisfaisantes. Tous les Français doutent, même si les chiffres qui tuent ne les terrifient pas plus que ça, parce qu'ils n'en assimileront la létalité que lorsque les virements mensuels de l'Etat et de ses caisses seront amputés (voire taris pour certains). Le séquestre de l'épargne afin de faire face aux injonctions de payer venues de l'étranger sera le coup de gong. Si les taux de place remontent brusquement, nous y aurons droit puisque nous n'avons aucune autre marge de manœuvre pour dégager des liquidités que de piller les ménages.

Le turbo du moteur dépressif est la cause endogène : le pays change de couleur sous les yeux de tous, l'islam s'affiche - à mon sens trop imprudemment depuis le million de fidèles à La Madeleine avant-hier - et le vacarme continu de révolutionnaires de pacotille prend de plus en plus d'espace dans des médiats abonnés au scandale et au scoop, en laissant de moins en moins de place... au bon sens. Les gens assourdis de conneries impossibles n'arrivent plus à imaginer l'avenir de leurs enfants comme avant.


Alors il est tentant de réduire le périmètre des perceptions. L'insularité propose un périmètre net, indiscutable. La forte identité des Corses et des "colons" assimilés qui en rajoutent comme tout nouveau prosélyte, est le gage d'un effort en commun possible pour s'éloigner de cet ouragan noir de la mondialisation. La "guerre au monde extérieur" est gérable dans une petite région dont on connaît tous les recoins, tous les atouts, toutes les souffrances ; ingérable dans une grande région continentale découpée comme une colonie d'Afrique où seul le département conserve une identité. La décentralisation a échoué puisque la province est toujours perfusée depuis Paris (et Bruxelles maintenant) pour n'avoir jamais obtenu la responsabilité fiscale qui signale une véritable autonomie de gestion (comme en bénéficient les COM françaises* et la Nouvelle Calédonie). Alors si l'on fait confiance au génie d'un peuple que l'on célèbre depuis si longtemps, l'indépendance est une formalité avant le bonheur.
*COM = Collectivité d'outremer : Polynésie, Wallis & Futuna, Saint-Martin, Saint-Barthélémy, Saint-Pierre & Miquelon

Mais cela échouera !

Quand on lit le programme du parti modéré Femu a Corsica on comprend vite que le ressort économique n'est bandé que par les aides, les crédits spéciaux et les subventions de toutes provenances. On peut lire un bref article de Corse-Matin qui date de deux ans où le programme est explicité dans ses grandes lignes (clic). C'est clair : on refuse le tourisme de masse, on éconduit les programmes de BTP et on développe... le rêve.
Transition écologique, énergie renouvelable, croissance verte, agriculture de montagne de qualité, économie numérique etc... tous domaines en déficit notoire, soutenus par des fonds structurels ou de fonctionnement virés de "l'étranger". C'est la France et l'Europe qui pontent. Drôle d'indépendance que celle qui vous convoque chaque année à sucer les bailleurs de fonds. Plus vous recevez de subventions, plus vous tissez de liens, moins vous commandez, plus vous abrutissez par contrecoup chez vous les innovateurs et les créateurs. L'invention naît de la pénurie.

On me dit dans l'oreillette qu'il serait plus malin de donner des pistes plutôt que de critiquer Madame Maupertuis, professeur d’économie à la faculté de Corte (c'est elle qui a répondu au journaliste). OK ! D'abord je suis à jeun d'avoir rencontré un économiste de faculté ayant réussi en économie appliquée, mais je n'en ai pas vus assez pour généraliser sur la supercherie du siècle.

Si le PIB par habitant est dans la moyenne des provinces françaises métropolitaines (26432€ en 2014), son volume global est trop faible avec seulement 8 milliards et 597 millions d'euros pour concourir dans la zone d'effort, la Méditerranée occidentale, et encore s'agit-il souvent de transferts. Ce PIB est au niveau de celui de la Martinique ou de la Guadeloupe, deux collectivités qui ont fait le tour de la question. Il y a une taille économique critique que certes l'archipel de Malte fait mentir, mais c'est un exemple unique dans une position maritime unique, avec un arsenal réputé, des armateurs et une tradition financière inconnue en Corse. Cette taille critique peut en plus être handicapée par la géographie du territoire. Aménager une île montagneuse coûtera beaucoup plus cher à chaque habitant que de le faire en plaine ; un pays difficile (comme la Suisse par exemple) exige une plus forte valeur ajoutée de son activité économique. A ce que nous percevons (de loin, je l'avoue) les économistes corses semblent hypnotisés par les soutiens extérieurs, sans aucun projet domestique, lourd, structurant.

A titre d'exemple, la Calabre pauvre a aménagé sur fonds européens un port d'éclatement des porte-conteneurs géants qui donne beaucoup d'emplois à la région et passe aujourd'hui trois millions de boîtes. A titre de comparaison, Marseille-Fos espère en passer la moitié en 2018 ! L'activité de Gioia Tauro permettrait le remboursement des crédits européens si l'UE le réclamait, mais l'investissement aurait pu être préfinancé par n'importe quelle banque de développement hors d'Europe. Un port de transbordement n'est pas pertinent en Corse mais pour développer l'île de manière autonome, il faut un ou deux grands projets rentables dont l'évocation se heurte aux limites de mon imagination. Je ne les vois pas non plus dans l'imagination des autres.


C'est au plan de l'échec économique autonome que je situe l'échec de l'indépendance. En résumé, sans même parler de son concurrent radical Corsica Libera dont le programme audacieux est accessible ici, Femu a Corsica veut prendre toutes les décisions économiques et sociales à condition que la métropole continue les virements. Avec une métropole endettée jusqu'au cou, c'est osé ! L'île indépendante pourra-t-elle réaccéder au Marché commun et à ses guichets ? La question est débattue en Catalogne.


La vraie question

Comme la soulevait Camisard dans un commentaire récent « Un pas de plus vers la séparation (morale) d'avec la France. Ce pays se délite dans une indifférence générale absolue », la Corse, dont le mirage scintillant est visible au-delà de l'horizon depuis la moyenne corniche niçoise, est une pièce historique de l'édifice national, grâce surtout à l'épopée napoléonienne qui continue de nos jours dans nos codes et nos institutions. La fierté corse n'est pas toute entière dans la saurisserie, le brocciu passu et le rosé d'Aleria. La France l'a emportée avec elle dans sa grande aventure impériale sur tous les continents, dans ses administrations, ses armées, ses milieux d'affaires. Que serait la contribution des Corses au monde sans la France ? Plus petite certainement !

Bien sûr, l'impéritie républicaine (et oui, on est sur un blogue monarchiste) a copieusement rabougri le destin français, et les Français de la périphérie ressentent moins leur attachement à la métropole. Nos gloires sont largement du passé. Mais dans un monde surchauffé comme le nôtre, rien ne dit que l'ancien royaume ne puisse encore prendre son billet au balcon en instrumentalisant tous ses atouts, dont l'Île de Beauté fait partie, si elle le veut bien.

Perdre la Corse ne serait pas un drame national pour la France, un chagrin sans doute, mais aussi un certain remords de savoir partir à la dérive un territoire sous éternelle perfusion qui se vendra au plus habile. Depuis le temps des grandes migrations méditerranéennes de l'Antiquité, l'île a toujours dépendu de quelqu'un, sauf à l'époque des guerres sarrazines où elle fut livrée à elle-même. Trois siècles de résistance ont forgé les caractères et débouché sur la construction d'une charpente féodale pour organiser l'espace coupé en tous sens, jusqu'à la domination de Pise ; puis de Gênes dans un tumulte ravageur de 450 ans ! La colonie fut mise en coupe réglée et se souleva maintes fois ; la paix n'est arrivée et non sans mal qu'après le rachat de l'île aux Gênois par le roi Louis XV. Juste avant cela, entre 1755 et 1769, un Etat national corse avait montré des prédispositions sérieuses à se gouverner en pleine justice ; ses acquis fonderont plus tard le programme du FLNC. Napoléon Bonaparte naquît en 1769 pour, entre autres choses, achever l'amarrage sans y parvenir totalement, c'est dire la difficulté du projet ! (wikisource : Histoire de la Corse).

Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est fondé (par Jean-Jacques Rousseau) sur l'inaliénabilité de la souveraineté du peuple qui tranche et coupe tout en dernier ressort. Mais la logique impeccable du Contrat social se heurte parfois au principe de réalité de l'époque moderne : les difficultés et menaces du temps sur une planète rapetissée par l'explosion des échanges mènent les communautés humaines à s'agréger pour être plus fortes ou pour former une entité politique viable plus grande qu'elles. Il y a partout dans le monde actuel une marche à l'empire, quelque chose comme un ressac des libérations, parce que tout le monde a peur du futur et de désordres fracassants dont les échantillons en modèle réduit s'étalent aux yeux de tous par ces guerres réputées de basse intensité. Les Corses pensent-ils pouvoir y faire face seuls ? Eux le croient. Leur histoire les y incite, dangereusement. C'est Charles Bonaparte, le père de l'empereur, qui parlera lors de la guerre franco-corse de 1769, d'une nation qui a "le cœur plus grand que sa fortune".


lundi 13 novembre 2017

Le coup mou catalan

Le royaume au sang noir a la chance d'être gouverné par une médiocratie périphérique qui le sauve des rusés et autres habiles en agitation, propagande et victoire. Avec 43% d'indépendantistes déclarés en Catalogne, Lénine en aurait fait une bouchée.

Carme Forcadell, parlement de Catalogne
Ne doutant de rien, c'est pourtant ce vieux schéma que choisirent les catalanistes dès l'instauration de la Communauté autonome il y a quarante ans. Laver les cerveaux des générations montantes aux souffrances d'une République injustement vaincue, imposer par tous moyens une langue locale entendue de soi-seul, purger l'université des tièdes, multiplier les passe-droits aux pensent-droit, s'envelopper de la toge démocratique tout en travaillant les scrutins, exciter l'oppression franquiste en continu, et dans la pleine arrogance du sot, ignorer les avertissements de Bruxelles et Madrid. Le Parti communiste français suivait pareil schéma soviétique dans les années cinquante, c'est peu dire qu'il s'est planté, la société avança sans lui !

Dans ces circonstances dramatisées à outrance il fallait des pointures à la manœuvre plus qu'au pupitre. A part la tchache on n'a rien vu de probant. Embastillés sans résistance aucune, les ministres ont fini par "abjurer" leur foi et déclarer qu'ils œuvreraient désormais dans le cadre de la constitution espagnole de 1978 s'ils continuaient jamais à faire de la politique (mort de rire !). La présidente du Parlement de Catalogne a plié devant la Fiscalia, payé 150000 euros pris sur les dons et cotisations populaires, pour rentrer chez elle faire des tartes aux poires à ses gosses. Mais le plus beau est la fuite en Egypte du président de la République nouvelle, esquivant les sicaires d'Hérode !

Soraya de Santamaria
gouvernement de la Generalité
Justement, puisqu'on parle de Mariano Rajoy, revenons au principal. C'est un politicien très moyen avec une petite licence en droit de Galice, ayant grimpé les échelons dans l'écurie du phalangiste José María Aznar. Il tient dans son fauteuil comme bouche-trou de la charge de président du gouvernement afin que nul ne s'en empare parmi la classe politique espagnole passablement déconsidérée. Dans l'affaire catalane, après les semonces d'usage, il a malgré tout le mérite d'avoir écrit la jurisprudence des décrets d'application de l'article 155 de la constitution, inédit jusqu'ici, dont les termes vagues laissaient place à toute interprétation.
Ceci fait, il a passé la patate chaude à l'institution judiciaire qui, elle, ne fait pas de politique mais comme la Sainte Inquisition de jadis, applique des textes sans grand discernement, ce qui a fait peur aux catalanistes emprisonnés, menacés de trente ans de cage par un tribunal de lézards à sang froid. Derrière la présidente du Parlement de Catalogne, Carme Forcadell, ils ont tous levé les deux bras comme les Panoupanou du Congo, promettant de rester en pensées, en paroles et en action au sein du royaume honni. Bien qu'ancienne présidente de l'ANC (Assamblea Nacional Catalana) et égérie indiscutée du mouvement de libération catalan, elle n'a pas osé participer à la manifestation monstre de samedi dernier à Barcelone pour exiger la levée d'écrou de huit capitulards du gouvernement Puigdemont et des deux Jordi enchaînés à leur obstination séditieuse qui fait d'eux les bons lampistes. Reste le Dalaï Lama !

Ada Colau, alcade de Barcelone
Depuis la Belgique où il est assigné à résidence, Carles Puigdemont appelle au front patriotique pour les élections législatives du 21 décembre, mais les pertes de charge en ligne obèrent tout rassemblement des partis unis dans la précédente législature. Il lui faudrait être dans les couloirs du mouvement pour convaincre les uns et les autres d'une synthèse hollandienne, en dépit du fait qu'il ait fui comme un péteux, laissant tout le monde affronter la Santamaria. La CUP voulait récupérer sa posture révolutionnaire "sans frais" contre les partis bourgeois qui l'ont trahie, mais les militants chauffés à blanc ont forcé hier le politburo à aller aux élections ; les autres partis catalanistes veulent chacun compter leurs voix et iront dispersés tandis que l'alcade (Podemos) de Barcelone, Ada Colau, n'a pas assez d'insultes en rayon pour stigmatiser l'irresponsabilité des dirigeants indépendantistes qui ont joué avec la Catalogne jusqu'au "désastre" (sic) !

Comme Royal-Artillerie le suggère depuis le début de l'affaire, c'est le fric et le travail qui seront juges en dernier ressort. Les révolutions identitaires ou prolétariennes sont impossibles dans un monde brassé comme le nôtre, qu'on le regrette ou pas. Sauf imparable sursaut de la cause indépendantiste lors du scrutin 21-D, mais il faudrait dépasser 60% des sièges pour que ça fonctionne, la Catalogne va entrer en grand carénage à la Noël. Puisse le peuple pour moitié dégoutté, comprendre l'impasse d'une nostalgie romantique non étayée par les réalités de notre époque, même si le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point (Pascal). Le peuple fut sincère. Ses dirigeants n'étaient pas de taille (pour rester gentil); comme le dirait encore Marie-France Garaud : "nous attendions le marbre dont on fait les statues, c'était de la faïence à bidet".

On peut sur ce blogue poser la question au prince Louis-Alphonse de Bourbon, madrilène de souche et français de racines : « Qu'en pensez-vous franchement, Monseigneur, face au soleil levant ? »


Pica del Canigó 2784m



Catalunya triomfant,
tornarà a ser rica i plena.
Endarrera aquesta gent
tan ufana i tan superba.

Bon cop de falç !
Bon cop de falç, defensors de la terra !
Bon cop de falç !

Ara és hora, segadors.
Ara és hora d'estar alerta.
Per quan vingui un altre juny,
esmolem ben bé les eines.

Bon cop de falç !
Bon cop de falç, defensors de la terra !
Bon cop de falç !

Que tremoli l'enemic,
en veient la nostra ensenya.
Com fem caure espigues d'or,
quan convé seguem cadenes.

Bon cop de falç !
Bon cop de falç, defensors de la terra !
Bon cop de falç !

mardi 31 janvier 2012

L'Alliance royale et la question nucléaire



Le 13 janvier dernier fut la journée atomique du parti politique royaliste. Patrick de Villenoisy, candidat à la présidentielle de l'Alliance royale, est allé voir la centrale d'Avoine implantée au coeur du parc naturel régional de Loire-Anjou-Touraine. La centrale nucléaire dite de Chinon rassemble les développements successifs de la filière française, depuis le premier réacteur historique de la technologie graphite-gaz transformé en musée, jusqu'au quatre gros réacteurs à eau pressurisée qui débitent 900MW chacun et allument la moitié nord-ouest de la France.

La question nucléaire n'est pas un enjeu sociétal mais vital, encore moins un conte de sorcières. Il était urgent que le parti royaliste, génétiquement écologiste, prenne une position claire dans le débat stratégique en termes de sûreté des approvisionnements énergétiques après les doutes qui ont surgi par tout l'Occident à l'annonce de la fonte des réacteurs de Fukushima. Le coup de pouce donné aux énergies renouvelables est-il au fond si judicieux ?

Les énergies renouvelables existent depuis toujours car il fallait bien mouvoir les masses dès qu'on eut la mauvaise idée d'affranchir les ânes tournants. Moulins à eau, moulins à vent, étaient assez puissants pour couvrir la demande locale des meuniers, scieurs, foulons, pressoirs, pompes, norias, tours à forer et même marteaux-pilons, mais ces principes furent déclassés par l'explosion des besoins de la révolution industrielle. On passa à la vapeur et on y est toujours. Les centrales nucléaires sont des machines à vapeur. Chaque réacteur de Chinon délivre une puissance vapeur équivalente à 1266 locomotives Mikado, les dernières en service à la SNCF. On ne va pas ferrailler une pareille puissance sur un froncement de sourcils de monsieur Mamère parce que sa maman a raté son voyage organisé à Hiroshima en 45 !


Les énergies substitutives au courant de réseau n'ont pas disparu du paysage économique ; elles perdurèrent par endroit et cherchèrent à (re)conquérir la production domestique dans le mouvement de 68. Ainsi vit-on revenir près des rivières les roues Pelton, les Poncelet, les turbines Kaplan, capables de fournir le courant à une exploitation ; sauf que le sacrosaint monopole de l'EDF vous obligeait, et vous oblige toujours, à livrer le courant pour que l'EDF vous le revende. Vive L'Etat bête,  toi dont le règne est méconnu. Dans cette renaissance, le moulin à vent fut moins prisé pour la raison simple qu'il faut du vent. On a le même problème avec les éoliennes sophistiquées ; le vent ! Et qu'en pense Monsieur de Villenoisy venu observer la centrale trapue d'Avoine ?

La France dépend environ à 80 % du nu­cléaire pour ses approvisionnements en électricité. C’est une filière d’excellence dans laquelle notre pays est parvenu au plus haut degré de savoir-faire et de compétence au niveau mondial. Les énergies de substitution que sont l’éolien ou le photovoltaï­que ne sont pas prêtes. Elles représenteraient une augmentation considérable du coût de production en électricité. Si, notamment, nous considérons le coût de construction de l’éolien par rapport au nucléaire qui est déjà tout construit, nous arrivons à des rapports inimaginables de l’ordre de quatre fois le nucléaire pour l’éolien terrestre et de huit fois le nucléaire pour l’éolien offshore. Il faut bien préciser que ces coûts sont ceux calculés par rapport au fait que le nucléaire est déjà construit alors que l’éolien est à construire. Évidemment, l’éolien une fois construit, il faudrait diviser le rapport par deux ou même trois en sorte que l’éolien offshore, par exemple, ne représenterait plus que trois fois le coût du nucléaire.
Il faut aussi considérer les aspects écologiques et esthétiques, sans parler du fait qu’au moment où nos besoins en énergie sont les plus forts, l’éolien ne fonctionne pas, car en plein hiver nous sommes en période anticyclonale et il n’y a pas de vent. On sait que l’éolien fonctionne à 30 % de ses capacités potentielles et que la durée de vie de ses matériels n’excèdent pas pour l’instant une quinzaine d’années.
La différence est encore plus grande avec le photovoltaïque qui représenterait un coût comparatif considérable qui disqualifie, en l’état de nos connaissances, cette énergie.

L’Alliance royale tient aussi à rappeler que le désengagement par rapport au nucléaire représenterait un risque important. En effet, la filière nucléaire, qui attire à elle nos meilleurs ingénieurs, ne le ferait plus à l’ave­nir dans l’hypothèse où nous programmerions son démantèlement à terme. Nos ingénieurs se détourneraient ainsi d’une carrière condamnée. Il en résulterait un risque lié à la baisse de compétence qui rendrait cette filière dan­gereuse et lui ferait perdre son niveau d’ex­cellence. Dans la conjoncture économique actuelle de notre pays, cela relève de la plus grande impéritie que de préconiser ces mutations qui compromettraient nos approvisionnements stratégiques en énergie.

L’Alliance royale propose donc de main­tenir le nucléaire qui procure aux Français l’énergie la moins chère du monde. Nous ne considérons les autres énergies que comme des voies de recherche dans lesquelles nous préco­nisons d’investir pour trouver d’autres sources d’énergie et pour maintenir notre niveau de recherche. (BPO 67 - Bulletin périodique officiel de l'Alliance Royale n°67)

Les Français aimeraient bien que tous les candidats à la présidentielle soient aussi clairs que le comte de Villenoisy. La dispute y gagnerait en intelligence. Sans doute aucun il est judicieux de pousser les énergies renouvelables au niveau domestique pour les petites structures de production bien placées, mais en privilégiant la liberté d'installation de préférence aux subventions étatiques qui faussent le jeu. Qu'adviendra-t-il de tous ces ventilateurs quand ils ne seront plus favorisés par un prix d'achat extravagant du courant produit ? Libérons l'accès aux rivières en accord avec les usagers locaux, regroupés en syndic de l'eau comme dans l'ancien temps, et multiplions les moulins de rivière, partout branchés directement sur le circuit domestique de force et lumière de la maison ou du hameau. Nous y gagnerons globalement une réduction de l'appel aux centrales, et nous obtiendrons localement une sûreté de fourniture. Et laissons au génie nucléaire la mission de fournir tous les autres à bon compte. Comme le dit le candidat, nous avons un niveau d'excellence en nucléaire. Ne gâchons pas nos chances dans la guerre économique.





NB: Le Bulletin périodique officiel de l'Alliance royale (BPO) n'est pas réservé aux militants du parti. Vous pouvez vous y abonner en remplissant la fiche ci-jointe avec un chèque de 12€ ou un virement bancaire.



Mise à jour du 1er février 2012
Le Cour des Comptes vient de publier un rapport thématique sur la filière nucléaire. Ce rapport est très intéressant et complet. Une version visuelle abrégée prémâchée est disponible pour les journalistes !! Produit par la Cour des Comptes, il ne disparaîtra pas des écrans de sitôt. La synthèse est accessible par ici.
On en retiendra que le coût courant économique du parc nucléaire français ressort à 49,5 euros par mégawattheure. C'est déjà 7,5€ plus cher que le prix de cession Arenh sur le marché inter-négoce et 73% de plus que le prix (HT) facturé aux consommateurs de la première tranche horaire, 28,63€.

Commentaire : s'attendre à des hausses de tarif pour provisionner maintenance et démantèlement des réacteurs selon leur âge, est avisé. Mais même avec une hausse drastique des prix de l'électricité pour combler l'écart, la filière reste la plus économique.
Les 49,5€/MWh du rapport s'opposent aux coûts suivants des filières concurrentes :
20 à 50€/MWh pour l'hydraulique
60 à 90€/MWh pour le gaz
80 à 115€/MWh pour l'éolien ancré à terre
160 à 300€/MWh pour le photovoltaïque

mardi 26 août 2008

Dépendances nationales

frapeu tricolore balson d'anjouDans un article de contre-attaque sur l'axe de l'empirisme organisateur publié par Le Petit Maxime, Philippe Champion promeut le nationalisme intégral jusqu'au slogan fameux de Maurras : la France seule ! L'Action Française Etudiante avait auparavant annoncé son intention de quitter le souverainisme jacobin (il était temps) et de se consacrer dorénavant à la lutte pour l'indépendance française, ce qui esquisse un retrait de l'Union européenne.
L'exercice d'une souveraineté sans souverain dans un cadre indépendant, s'inscrit exclusivement dans la gestion des dépendances ou contraintes auxquelles est assujetti l'ensemble national. Royal Artillerie se propose aujourd'hui d'en faire un début d'inventaire à l'intention des estivants du CMRDS 2008 actuellement en séminaire à Lignières.


Deux champs de dépendances/contraintes sont identifiés :
- Les dépendances de la Nation
- Les dépendances de l'Etat
Commençons par l'Etat.

Le premier fil à la patte est la dette trillionnaire accumulée par des gouvernements clientélistes, dont le service absorbe plus de ressources budgétaires que nous n'en distrayons pour nous défendre (assez mal en plus).
La pression fiscale étant à son maximum, le retour à l'équilibre budgétaire ne peut être obtenu qu'en comprimant les dépenses. C'est ce que tente le gouvernement actuel dans sa sphère de gestion : fonction publique et dépenses sociales ; les restrictions à cette addiction provoque des soubresauts équivalant à ceux que subissent les drogués en phase de sevrage.
Or toute politique de rénovation, forcément coûteuse au départ, est conditionnée par le dégagement de moyens budgétaires repris sur le service de la dette. Autant dire que la nouvelle politique empruntant la voie étroite de l'assainissement budgétaire ne sera pas populaire.

Le second fil à la patte de l'Etat est moins perceptible. C'est le siège de membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU avec droit de veto. C'est le dernier vestige d'une grandeur passée dont l'effondrement déclencherait des réactions imprévisibles contre une humiliation supplémentaire de notre pays qui court au destin du Portugal, à la remorque de joueurs de pipeau comme celui de Hamelin.
Cette position prestigieuse et démesurée commande une diplomatie universelle très typée "droits de l'homme" et "démocratie forcée", et reste très dispendieuse dans les diverses agences internationales où nous sommes obligés de contribuer.

joueur de fluteLa troisième contrainte est la monnaie unique dont l'utilisation exige des garde-fous. Malgré une idée répandue dans les milieux nationalistes, la France n'a pas de monnaie nationale crédible depuis la dévaluation Poincaré, et malgré son déficit récurrent, elle ne surnage dans les officines internationales de notation que parce qu'elle est en zone deutschemark, la devise étant hors d'atteinte des ajustements périodiques provoqué par sa gabegie endémique. Nous avons une réputation de "sauteurs" dans la finance internationale. Sortons de l'Euro et c'est la banqueroute par élévation des taux d'emprunt sur le marché des capitaux.

La quatrième dépendance est notre vaste zone économique d'outremer parsemée de colonies à divers stades de développement mais incapables de s'auto-suffire. On ne peut moralement pas les abandonner.

Les dépendances de la Nation sont plus fortes.

Hormis les produits agricoles dont les flux sont gérés par la Commission européenne en volume et en prix, nous importons presque tout le reste, et l'évaporation de notre industrie accentue ce déséquilibre. Nous dépendons donc d'accords commerciaux nombreux et croisés passés sur toute la planète. Bien des pays sont autant imbriqués dans la globalisation que nous le sommes, mais notre nonchalance nationale cumule les deux déficits, commerciaux et financiers. Autant dire que l'entreprise France n'est pas rentable en l'état. Bonjour à celui qui restaurera notre compétitivité.

Si nous n'avons plus de matières premières sur notre sol, sauf le nickel calédonien pour quelques temps encore, nous n'avons pas non plus les moyens de transport des produits que nous importons ou exportons, notre flotte commerciale ayant été coulée par le modèle social. La dernière compagnie de navigation française remontée par des Libanais, CMA-CGM, commence même à s'agacer des contraintes qu'elle rencontre ici.

Une dépendance nationale moins évidente mais terrible à terme est notre pyramide des âges. Le produit en forte augmentation dans ce pays est le "vieux" destiné à l'acharnement thérapeutique. Je laisse donc à chacun ses réflexions sur la culture des endives à l'hospice et le syndrome européen de régression du blanc, couplé à notre aversion universelle pour les travaux d'intérêt général salissants ou fatiguants.

Il y a d'autres dépendances gérables ou ingérables que chacun trouvera, mais on ne peut terminer sans celle-ci : notre incommensurable orgueil dès que nous nous mesurons aux autres nations.
Cette dernière dépendance sera très difficile à gérer quand sera venue l'heure de réduire la voilure de notre grandeur à proportion de nos capacités réelles pour maintenir l'allure dans le marathon mondial que nous ne pouvons esquiver. Une septième ou huitième place serait un objectif jouable, au moins jusque dans les années cinquante ! Nous avons fait "dixième" aux JO de Pékin ; nous pouvons améliorer notre classement.

La France indépendante, pourquoi pas ?
Pour quoi faire ? Décider des dates d'ouverture de la chasse ?
A vous les studios du Berry !


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samedi 10 mai 2008

Allons à Versailles

lys de France
Beau dimanche en perspective que le 18 mai prochain à Versailles. Les royalistes éveillés sont invités à consacrer une demi-journée aux arts et débats par deux associations de talents.

ChoiseulA 15h30, Lys de France vous convoque à l'exposition Alexandre Roslin (1718-1793), peintre suédois de l'Académie royale, à qui l'on doit le portrait de Choiseul ci-contre, et celui de Louis XVI en habit de l'Ordre du saint Esprit, une des meilleures représentations du roi.

« Courtisé par les plus grandes cours européennes, Roslin reste le témoin exceptionnel d’une société où les aristocrates côtoyaient alors artistes et beaux esprits. Sa peinture montre une technique éblouissante alliée à une sensibilité toute en retenue. Qualifié par l’impitoyable Diderot de « bon brodeur », Roslin s’est imposé par la manière virtuose dont il a transcrit en peinture l’aspect des tissus. Son œuvre démontre qu’il sut aussi pénétrer l’âme de ses modèles, jusqu'aux portraits de sa fin de carrière dont la mélancolie ne peut laisser indifférent » (ArtActu.com).

couve des sacresLa visite-conférence sera complétée d'un parcours guidé par la Galerie des glaces et les Grands appartements royaux sous la conduite d'Alexandre Loire, celui-là même qui publia "Les sacres des rois de France" chez Heimdal avec SAR Rémy de Bourbon Parme et M. Georges Bernage.

Des questions sur ce sujet un peu mystérieux dans les détails ? Ce sera le moment de les poser au spécialiste.

Rendez-vous donc à la nouvelle grille royale de la Cour d'honneur à 15:30.
Les deux visites guidées sont gratuites pour les moins de 18 ans.
Participation : 25€ (22€ pour les adhérents Lys de France)
Attention : vous devez vous inscrire rapidement par courriel à contact@lys-de-france.org et envoyer votre chèque à l'adresse suivante :
Lys de France BP.80434 75327 Paris cedex 07.


Lis AF
affiche conférence Kerrero
Ce même dimanche à Versailles, place du Marché, au Franco-Belge, Sébastien de Kerrero donnera une conférence Action Française Etudiante à 20 heures sur un sujet d'actualité :
"La France occupe-t-elle encore une place dans le monde" ?
Ce sujet complète à merveille notre réflexion en 3 billets sur l'indépendance nationale.

Alors dimanche 18 mai, allons à Versailles ! On peut pêcher le matin à la Pièce d'eau des Suisses et y piqueniquer.


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lundi 5 mai 2008

Indépendance par la mer

Ce billet est le troisième et dernier d'une réflexion sur l'indépendance de notre Nation.
[1/3] 26.04.08 - De l'indépendance ou comment gérer nos interdépendances économiques à notre avantage.
[2/3] 29.04.08 - Indépendance et guerre directe ou la force de dissuasion nucléaire, arme suprême de souveraineté.
[3/3] Venons-en aujourd’hui aux menaces militaires indirectes sur notre souveraineté. Avons-nous encore un espace d'indépendance ?

Ayant bloqué la guerre directe par sa propre force de dissuasion nucléaire, la France fut soumise très tôt au harcèlement des guerres indirectes qui ne la provoquaient pas dans ses oeuvres vives mais essayait de l'entamer outremer. S'y attelèrent nos adversaires du camp soviétique sur notre zone d’influence africaine, et quelques amis aussi, comme l'Australie qui parvint à déstabiliser la Nouvelle Calédonie aussitôt que les Nouvelles Hébrides prirent le nom de Vanuatu !

le C-130
Afrique
C'est sur l'Afrique que nous subîmes le plus la stratégie indirecte, et nous y résistèrent fort bien jusqu'à passer pour les "French Cubanos" après avoir promu les "French Doctors". Ne sommes-nous pas d'ailleurs la seule puissance occidentale impliquée à demeure sur le continent noir ? Nul n'a su nous en chasser. Sauf à vouloir nous-mêmes décrocher, comme les rumeurs le disent, nous y sommes pour longtemps, du moins jusqu'à ce que nos amis africains accèdent à leur majorité.

L'environnement dans lequel s'exerce notre indépendance (cf. billet [1/3] : UE, Euro, Occident, Chrétienté) s'accroît donc d'un paramètre où nous sommes encore autonomes : l'Afrique noire. Bien des contempteurs de notre présence ont essayé de faire mieux. Aucun n'y est parvenu durablement, pour la simple raison que le retour espéré sur investissement est grignoté par les accommodements subalternes avec les principes de saine gouvernance et que la maile de la toile est trop large pour rapporter beaucoup. Les gesticulations pseudo humanitaires des Etats-Unis au nord du Sahel et sur le Golfe de Guinée ne sont pas concluantes, même avec la complicité active du président Wade et du roi du Maroc, qui se partageraient bien le fer de Mauritanie. Seuls les Chinois communistes dénués de toute morale ont lancé une entreprise de pourrissement des moeurs politiques à contre-courant des efforts de la TICAD, n'ayant pas encore compris - mais ça viendra - qu'ils proféraient ce faisant leur mépris par l'insulte aux droits élémentaires ; le boomerang est lancé.

La difficulté pour les autres de se maintenir en Afrique nous apporte une réelle indépendance vis-à-vis de nos alter ego du Conseil de sécurité de l’ONU. Le dernier avatar de la stratégie indirecte visant à nous diminuer fut le NEPAD, glorieusement enterré faute d'entrepreneurs africains d'envergure et volontaires, une catégorie professionnelle inexistante à l'état natif ; nous, nous le savions !

L'Afrique borde aussi les couloirs d'énergie empruntés par les importations du camp occidental. Quand on termine un cours de stratégie on aboutit toujours à la même exigence : sécuriser les couloirs d'énergie, parce que nos pays modernes pulsent à l'essence comme la vie marche au sang.
Finalement nous nous retrouvons avec deux zones d'intérêts, vitaux, les couloirs d'énergie, et non vitaux, nos zones économiques exclusives.

Couloirs d'énergie
Le couloir principal vient du Golfe persique, traverse le détroit d'Ormuz, puis le Bab el Mandeb, porte étroite de la Mer rouge, et le canal de Suez. Deux autres portes nous intéressent, les Dardanelles et le détroit de Gibraltar. Le couloir secondaire fait le tour de l'Afrique par le canal de Mozambique et aboutit sur notre façade atlantique.

Frégate classe lafayetteSous un angle militaire, les occasions d’offensive d'envergure ne se trouvent actuellement que dans ces couloirs d'énergie bordés de pays puissants, sinon en passe de le devenir. Or pour la raison simple que l'énergie est une chasse gardée des pétroliers anglo-saxons, nous entrons là sur des théâtres d'opérations alliés où nous participons sans décider de la stratégie. Ces couloirs sont balisés par le camp occidental et pourvus de bases et de gros moyens d'attaque.
A quoi sert dès lors dans notre quête de l’indépendance un système offensif puissant mobile comme une escadre, s'il est subordonné à un état-major allié ou étranger ? A figurer honorablement dans la salle de débriefing ! A renforcer l'Alliance ? Même pas ! Notre système d'armes offensif actuel représenté par le groupement du Charles-De-Gaulle s'il est de qualité, reste très sous-dimensionné rapporté aux groupements américains de même type. Le porte-avions français ne fait pas la moitié de son concurrent américain standard (40.000T et 40 aéronefs, contre 80-100.000T et 80 aéronefs). Nous n'engageons notre plus forte puissance que dans des opérations alliées. Nous allons revenir sur ce point plus bas.

Z.E.E.
Frégate de souverainetéD'autres intérêts que l'Histoire nous a légués sur Terre sont à préserver pour des questions d’affect et d'influence globale française. Ils sont la justification de notre universalité et plongent leurs racines parfois très haut dans le temps. Ce sont les départements et les territoires d'outremer qui marquent notre présence en Atlantique Nord-ouest, aux Antilles, en Amérique du Sud, dans l'Océan indien occidental, dans l’Océan antarctique et par tout le Pacifique. Nous sommes une grande puissance maritime en termes d'espace : onze millions de kilomètres carrés de zone économique exclusive ! La métropole ne fait qu'un demi million de km². C'est assez énorme.

Nos zones d'influence traditionnelles sont menacées de stratégie indirecte régulière mais aussi de guerre asymétrique. Sauf sur les couloirs d'énergie, nous n'avons pas intérêt à appeler nos "alliés en stratégie directe" à collaborer sur la ZEE. Ce serait un abandon de souveraineté irrattrapable. Défendons nos zones de pêches, poliçons nos côtes, barrons la route aux pirates, maintenons l’ordre chez nous, éradiquons les menaces terroristes, etc. avec les moyens du type actuel dont il conviendrait de renforcer les dotations pour vraiment dissuader les malfaisants. Frégates de souveraineté et de surveillance, avisos, patrouilleurs, démineurs.

Les moyens déployés
On comprend que la question des moyens nécessaires pour répondre à ces défis est cruciale, surtout en ce moment où l'Etat est impécunieux ! Notre puissance doit être navale d'abord et dispersée. Même si la Marine n'est pas tout à fait dans les gènes gaulois, même si l'angle continental Nord-est de la métropole reste ouvert et à terme dangereux, c'est par elle que nous existons dans le monde. Cela revient cher mais la Marine doit passer avant le gavage des jeunes vieux du papy boom, à peine de couvrir la France d'hospices, mentalement ! Gouverner c'est choisir ; là sont toutes mes craintes.

« Montrer la force pour n'avoir pas à s'en servir (Lyautey) » pourrait être la devise d'une stratégie indirecte rénovée, tant la riposte est difficile, l'ennemi volatile polymorphe et dispersé. Encore faut-il que la force soit adaptée aux menaces, et qu'elle soit épaulée d'une résolution indéfectible de frapper si nécessaire. Les trois derniers présidents de la République nous permettent de mettre en doute cette "résolution". Auriez-vous la plus belle escadre, armée des meilleurs marins, que si vous rechignez à l'engager - de peur de la perdre, ou par peur des "complications" internationales - elle ne vous rend pas le service offert par les sacrifices budgétaires consentis par la Nation. Notre dernière dépression nerveuse nous la passâmes au Liban en 2006 où nous avons propulsé un ... ferry-boat chypriote pour récupérer nos binationaux bombardés et quelques navires de guerre pour prendre des photos.
La dernière fois que nous avons attaqué un pays lointain, plus ou moins capable de se défendre, ce fut en 1956, l'Egypte ! Et nos "tuteurs" nous retirèrent du champ de manoeuvre car ils en étaient agacés. Redevenons sérieux :

Savoir ce que l'on veut
Primo, qui voudrions-nous attaquer aujourd'hui dans notre sphère d'influence indépendante ? Poser la question, c'est y répondre. Notre seul "partenaire" de taille normale dans une vraie guerre serait le Brésil qui voudrait confisquer la Guyane, territoire sur lequel nous pourrions amasser des moyens de défense, qui, si nous le quittions pour riposter depuis la mer, serait irrémédiablement perdu.

avisosQui du coin tiendrait tête à notre belle escadre aux Antilles, à la Réunion, en Polynésie, en Nouvelle Calédonie ? Personne, sauf à se confronter avec un intrus, l'un des nouveaux empires émergents si tant est qu'il ressente un destin maritime dans les vingt ans qui viennent. Serons-nous plus courageux contre l'escadre chinoise approchant la Nouvelle Calédonie ou contre l'escadre indienne menaçant la Réunion que nous ne le fûmes contre le Japon débarquant en Indochine ? Ou saisirons-nous plutôt le Conseil de Sécurité ??

Deusio, qui pouvons-nous attaquer sur les couloirs d'énergie où nous sommes subordonnés aux Américains dans un cadre de mission multilatérale ? Personne de notre propre chef, sauf sur autorisation, incinérer vingt pouilleux dans une grotte du Pamir. C'est la fable de l'ours et l'amateur des jardins.

Si sur notre zone de souveraineté éparpillée nous n'avons pas avant vingt ans l'emploi d'un système d'armes offensif puissant ;
si sur les couloirs d'énergie partagés avec nos alliés, un tel système est subordonné à un état-major étranger disposant par ailleurs d’une puissance sans commune mesure avec la nôtre ;
à quoi sert le système d'armes "Charles-De-Gaulle" ? Relire Le désert des Tartares de Dino Buzzati.

Sur les théâtres d'opérations majeurs, prêtons plutôt nos excellentes compétences de radaristes et de missiliers à nos alliés par nos groupements de frégates AA et ASM que tout le monde nous envie. Et économisons nos sous dépensés inutilement sur des systèmes complexes mais comparativement petits quand ils sont rapportés à leurs concurrents d'outre-atlantique. Bien sûr, nous avons le groupement CDG qui va sortir de grand carénage après 300 millions d'euros de rénovation. A part la surveillance aéroterrestre à longue portée, les frappes chirurgicales dans les opérations multinationales et les missions humanitaires, je ne vois pas un meilleur usage de cette force de frappe classique, stratégiquement pataude et gourmande en effectifs. Un gros manche sur un petit marteau. Mais il est là.

Question subsidiaire : à quoi servirait-il de le dupliquer ?

Les autres volets de notre préparation à la guerre indirecte ou asymétrique concernent l'Armée de Terre et ses moyens de transport et d'appui aérien. Il semblerait que les retards s'accumulent dans tous les compartiments, à tel point que le moral des professionnels serait touché. Mais c'est une autre question, que l'on pourrait poser au déserteur Morin ! Il la fuira !

Métropole
Eurocopter NH-90Pour terminer, il faut dire un mot de la défense du territoire métropolitain qui est au cœur du concept « indépendance ». Les délais de construction de tout système d'armes moderne et ceux de la formation à leur emploi obligent à maintenir un coeur d'armée continentale conséquent. Si la dissuasion nucléaire s'avérait inopérante jusqu'à ce que nous soyons menacés de submersion par des armées classiques non atomiques, nous devrions réagir de manière classique jusqu'à la dernière extrémité avant le bouquet final. Nous devons donc défendre nos côtes - nous avons une flottille de sous-marins de qualité - et disposer d'un corps de bataille musclé, construit pour le choc, prêt à l'emploi.
Il n'apparaît pas possible de descendre sous les niveaux actuels de dotations – à condition quand même de réhabiliter les matériels - même si le ratio galons/puissance de feu peut être encore amélioré, comme surent le faire nos voisins britanniques.
Economisons les galons et les ministres, pas les hélicoptères ni les chars.

chars Leclerc

Comme nous venons de le voir c'est sur l'ancien empire que nous sommes encore indépendants, d'aucuns diraient souverains. Le surgissement du Tiers Monde crée de fortes tensions sur tous les espaces économiques et notre ZEE ne sera pas épargnée. Celle-ci est notre brevet d'universalité sans laquelle la France, déjà coincée dans le dispositif européen qu'elle subit aujourd'hui plus qu'elle ne l'influence, deviendrait un beau pays de tourisme et culture à consommer sans modération, mais c'est tout ! Nous sommes convoqués sur les sept mers à défendre notre rang. Préparons-nous à des sacrifices budgétaires dans tous les autres domaines pour armer et exploiter au bénéfice de toute la communauté française la ZEE française. Ceux qui n'y consentiront pas au motif d'urgences clientélistes métropolitaines pourront être assignés comme traîtres à la Nation. Et bannis aux Kerguelen !

Points d'appui de la Marine
- Couloir principal d'énergie :
Abou Dhabi (en construction), Djibouti. Nos alliés disposent des bases de Manama (Bahreïn), Diego Garcia, Akrotiri & Dhekelia (Chypre), Naples, Rota et Gibraltar, plus les bases métropolitaines italiennes et espagnoles.

- Couloir secondaire d'énergie :
Djibouti, Libreville, Port Boët (jusqu'à la fin de l'opération Licorne en Côte d'Ivoire), Dakar. Les Américains construisent deux bases à Sao Tomé et à Tan Tan (Maroc).

- DOM-TOM : 5 points d'appui :
Fort Saint-Louis (Antilles), Dégrad des Cannes (Guyane) base fluvio-maritime, Port Réunion (La Réunion), Chaleix (Nouvelle Calédonie) et Papeete (Polynésie) avec la base aéronavale de Hao en sommeil.

Pour être complet, ajoutons que les moyens métropolitains s'ordonnent sur 3 bases navales importantes, Cherbourg, Brest et Toulon, supplémentées de 6 bases aéronavales à Hyères, Nîmes-Garons, Lanvéoc, Landivisiau, Lann-Bihoué et Lanvéoc-Poulmic.

Signalons aussi un excellent site "marine" sur Internet : Netmarine.



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mardi 29 avril 2008

Indépendance & guerre directe

De l'indépendance - chapitre 2/3.
Le second volet de notre exercice d'explication de l'indépendance nationale concerne l'ultima ratio, l'indépendance militaire. Il faut dire d'entrée que nous sommes ici moins dépendants d'autrui que dans l'économique. Nous traitons aujourd'hui de la stratégie directe, la plus facile, réservant la stratégie indirecte à plus tard. On y va ?

vallons de Champagne
Aux quatre paramètres de notre environnement (UE, Euro, Occident, Chrétienté) il faut rajouter une Géographie "spécifique". Manière de signaler qu'elle est extraordinaire et que nous ne pouvons nous en défaire. La France est le plus beau pays d'Europe et pour ceux, dont je suis, qui sont allés plus loin, le plus beau du Monde. Au coeur du continent, ouvert sur la grande plaine du Nord, il distribue quatre mers et deux grandes péninsules dont il se garde par de hautes montagnes. La géographie a fait la France ; la France que nous aimons ; ce qui est rassurant puisqu'on n'arrache pas si facilement l'empreinte à sa matrice.

Finistère du continent eurasien, la France a le dos à la mer derrière les frontières naturelles que donnent le Rhin d'Alsace, le Jura et les Alpes, mais son angle nord-est est ouvert à tous les dangers. Ainsi, bien que nous soyons le seul pays à accéder directement à toutes les mers ouvertes d'Europe, nous n'avons pu développer chez nous une marine insurpassable parce que notre exposition aux dangers terrestres était trop grave.

Chaque fois que le Grand Puant et sa horde de freux se mirent en marche vers le soleil couchant, cent ans plus tard des casques à cornes aux yeux bleus forcèrent la trouée de Saverne. Parmi les derniers venus, les Francs ressentirent le complexe du compartiment et comprirent que pour fermer derrière eux la porte de ce magnifique eldorado (le terme naîtra plus tard), il fallait être fort et bien commandé sur tous les fronts simultanément. Nos rois privilégièrent donc l'unité de commandement direct de préférence aux alliances, même sous le régime de secours mutuels de la féodalité. Le danger étant au nord-est, la monarchie phagocytera patiemment ses marches orientales et il s'en faudra de peu qu'elle ne réussisse à fermer l'angle dangereux, au fossé naturel de la Meuse et du Rhin mosellan.

les Goths
Dans cette situation unique de cage de football, la France eut à subir tout au long de son histoire le choc frontal des coalitions de toute nature. La Nation n'eut que le choix de se renforcer en continu ou disparaître, jusqu'à devenir une sorte d'Ost colossal que ses voisins venaient défier régulièrement pour s'affirmer eux-mêmes. France, mère des arts, des armes et des lois, écrivait Du Bellay. Que reste-t-il aujourd'hui de cette stratégie du mur infranchissable, de cette obsession de la guerre directe ?
La force de dissuasion, pardi !

La France de la République - c'est Guy Mollet qui en 1956 lança les études - comprit que la guerre directe nous serait un jour fatale et que nous l'avions échappé belle. La guerre de Quarante terminée, l'URSS remplaçait déjà le IIIè Reich à la fenêtre de nos inquiétudes. On ne pouvait faire l'impasse à aucun motif sur un affrontement probable. Par suite des dégradations matérielles et morales de la nation après deux invasions subies sur cet angle nord-est, nous devions compenser notre déclassement de degré sur l'échelle de la menace, en changeant celle-ci de nature. Si vingt divisions mécaniques ne pouvaient que vaincre une armée de cinq divisons, il n'en allait pas de même dans le rapport de forces d'une guerre apocalyptique. Il n'était pas utile de surclasser l'ennemi au jour et au lieu prévus pour percer ses lignes et le vaincre. Il fallait le menacer de disparition par notre propre disparition. Une attitude de kamikaze, en fait. Personne n'a souhaité savoir si ça marcherait. Observons néanmoins que nous sommes encore tous là pour en discuter.

champignon atomique sur l'océan
Plutôt que kamikaze, la dissuasion ressortissait en fait au billard à trois bandes : Deux adversaires formidables en capacité d'overkilling ; au milieu d'eux, le petit poucet atomique. Attaquer le petit poucet obligeait à détruire simultanément le plus possible des forces du grand adversaire car les dommages attendus de la part du petit poucet affaibliraient gravement la masse offensive de départ, ce dont l'autre grand adversaire prendrait avantage immédiatement, à moins d'être neurasthénique.

Mis à part la suppression des fusées balistiques du plateau d'Albion, qui étaient enfouies là pour lever le doute sur les intentions de l'ennemi, notre force de dissuasion est intacte. N'y voyez aucune ardente obligation de conserver l'héritage, la formule est tout simplement la moins onéreuse pour l'effet recherché : éviter la guerre directe.

A peine de se dissoudre comme l'or dans l'eau régale, cette arme de kamikaze ou ce poker ne peuvent être évidemment confiés à personne d'autre qu'un chef d'Etat français. Quiconque d'autre que lui n'en saurait rien faire et ne serait pris au sérieux. La force de dissuasion est l'archétype de notre indépendance.

bataille de Denain
Aujourd'hui les deux grands adversaires se parlent courtoisement et il n'est pas dans les conjonctions astrales qu'ils en viennent à l'apocalypse de sitôt. Par contre, si la menace de guerre directe sur notre angle nord-est est improbable avant longtemps, ils ne sont plus seuls à disposer de la Terreur atomique. La Menace comme tout le reste, s'est globalisée.

D’une certaine façon nous avons gagné la guerre directe. L'arme nucléaire restera dans nos mains, ce qui contraindra nos gouvernements, par l'essence même du concept, à une certaine indépendance. N'avait-on entendu dire que nous offririons "notre" parapluie à nos voisins continentaux ? Fadaises que cela. Reste la question plus complexe de la stratégie indirecte : évaluer les menaces et les espaces où elles naissent, mesurer l'importance de la surveillance et de la riposte exigées, tout ceci fera l'objet d'un prochain billet.

SNLE L'Inflexible


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samedi 26 avril 2008

De l'indépendance

avion TGVL'Action française étudiante va quitter les oripeaux du souverainisme, concept politique galvaudé s'il en est, à la limite, marque de cachous. Qu'est-ce une souveraineté sans souverain ? Le peuple ne peut être "souverain" ; le souverainisme républicain est dès lors un songe creux que le traité de Lisbonne a achevé.
Le combat est dorénavant celui de l'indépendance nationale. L'objectif a le grand mérite d'être clair.

Nota : Le forum ViveLeRoi a collecté le fil "Du souverainisme" qui fut déroulé sur le forum d'Action française aujourd'hui fermé ; nous y renvoyons ceux qui désireraient approfondir cette idée ; les contributeurs qui s'impliquèrent dans cette discussion nous apprennent des choses.

Une vraie politique d'indépendance signifie simplement, qu'à travers les accords, les alliances, voire les amitiés si d'aucuns y croient encore, et tout en considérant que la France s'est projetée il y a longtemps dans l'univers et n'a pas de raison de rétrécir son audience tant qu'on ne l'y force pas, et qu'elle n'est pas seulement une fraction étriquée d'une seule région du monde mais un petit monde à elle seule, signifie donc que nous soyons maîtres de nos décisions, et par exemple ne pas nous trouver embarqués dans des conflits économiques ou militaires qui ne sont pas les nôtres. Bien sûr, économiquement personne n'est libre aujourd'hui, même pas la Corée du Nord !
L'indépendance d'une nation moderne dans un monde globalisé résulte de la construction patiente de ses interdépendances et de leur gestion avisé.

Commençons peut-être par l'environnement géopolitique où ces interdépendances vont agir.
Quatre évidences sont incontournables (ça commence mal) :
1.- l'Europe institutionnelle
2.- la monnaie unique
3.- l'appartenance à l'Occident
4.- les racines chrétiennes indélébiles

[1]-U.E.
satellite GalileoDans un monde d'empires-continents comme celui qui émerge de l'Histoire aujourd'hui, les petites nations péninsulaires comme la France doivent phosphorer intensément pour exister dans les enceintes décisionnelles. Celles qui sont enclavées ont déjà disparu de la scène internationale. Mais le rapport des tailles est tel qu'il nous faut adosser nos propositions à une Europe occidentale organisée qui fasse le poids dans le domaine en cause au moment. Si nous réparons notre Etat et notre économie, nous aurons capacité à participer au triumvirat naturel de l'Europe institutionnelle avec nos deux ennemis héréditaires (humour), la Grande Bretagne et l'Allemagne. Peut-être devrons-nous freiner certaines arrogances pour obtenir leur concours dans les grandes affaires du monde où nous nous présenterons, en commençant par connaître à fond leurs intérêts propres, dont la subite découverte semble toujours étonner les conseillers appointés du prince quand ils sont durement tacklés, comme sur le hochet sarkozien de l'Union méditerranéenne.

Sans le renfort de l'Europe et son instrumentalisation intelligente, nous n'avons plus de pouvoir, sauf à régler des différents subalternes entre tribus africaines et à multiplier les colloques de la Francophonie. Inutile donc de s'exalter sur un projet de sécession de l'Union européenne en invoquant l'article ad hoc du traité de Lisbonne. Tout en redorant le blason français, oeuvrons plutôt à une confédération puissante, respectant le génie des vieilles nations d'Europe ; savez-vous que les textes le permettent? Il suffit d'actionner la bobinette et de placer la charge au bon endroit si la chevillette ne veut pas choir.

[2]- EURO
Même le dernier des Moldaves dans sa cabane en tôle préfèrerait une monnaie solide comme l'Euro à une piastre comme le Franc français qui n'avait que le mérite d'effacer périodiquement l'ardoise de notre incurie financière par une dévaluation du dimanche. L'Eurogroupe exige des partenaires sérieux. En finances publiques, il nous faut cesser de recruter la haute fonction à l'Ecole du Rire. Nous devons impérativement rentrer dans les clous de l'Eurogroupe et atteindre à l'équilibre budgétaire, sauf à accepter de passer en deuxième division, comme l'Italie et la Grèce ; à partir de quoi il deviendrait inutile de prétendre au triumvirat. Nous deviendrons terre d'empire.

[3]- Occident
Avec les Anglais, nous sommes au coeur de l'Occident. Malgré une vocation réellement universelle, où que nous allions nous portons les stigmates de nos origines. La puissance occidentale dominante sont les Etats-Unis d'Amérique. Ce sont nos alliés depuis Louis XVI. Ceux-ci n'ont jamais exigé un alignement de nos positions sur les leurs, car d'ailleurs nos intérêts, s'ils ne s'affrontent pas souvent, divergent quand même, et ils le savent bien ; en outre, nous sommes réciproquement alliés de référence.

bataille de la Chesapeake 1781
Par contre, étant venus deux fois nous sortir du fossé où nous avions versé tout seuls, ils attendent un peu de considération de notre part. Je m'explique en prenant l'exemple de l'Irak :
Intimement convaincus de la bévue stratégique en préparation, nous avions le devoir de les mettre en garde solennellement à la tribune de l'ONU sur l'impertinence de leur guerre préventive contre la dictature sadamite, et nous avions tous les arguments pour étayer nos remontrances. Mais une fois qu'ils avaient pris leur décision - ils revendiquent une certaine indépendance eux-aussi - nous n'avions pas à saper leurs décisions en mafiatant dans les couloirs comme des Maltais, en courant les capitales africaines pour capitaliser des votes à l'Assemblée Générale. Nous n'en sommes pas sorti grandis, même aux yeux de ceux qui applaudissaient au spectacle de la fessée distribuée par notre flamboyant ministre napoléonien des affaires étrangères. Nous n'en avons retiré aucun bénéfice diplomatique d'ailleurs.
J'irais jusqu'à dire qu'une fois la guerre décidée par la Coalition - tous des alliés -, nous aurions dû mettre à sa disposition une brigade de la Légion pour participer à l'assaut, brigade que nous aurions retirée une fois que Bagdad serait tombée et que le Commander-in-Chief aurait proclamé la victoire. Nous aurions montré à qui nous regardait que nous sachions cesser les exposés de droit international quand les circonstances exigeaient le concours de notre alliance, même si elles submergeaient les limites de notre agacement. Peut-être que dans la guerre de 33 jours qui éclata plus tard au Liban, nos condamnations auraient été prises au sérieux, et nos amis libanais moins durement touchés.

[4]- Chrétienté
bataille de Poitiers 732Même si nous proclamons urbi et orbi notre laïcité maçonne, nous sommes appréhendés hors d'Occident comme une nation chrétienne. En ce sens, M. Sarkozy a eu raison de se rapprocher du Vatican. Fille aînée de l'Eglise, la France, plus tout à fait, mais héritière des Croisades sans doute aucun pour tous les musulmans ! C'est comme ça ! Cela vient-il du "Mur Franc" qui se dressa face à la charge des Sarrasins un samedi d'octobre 732 à les glacer de terreur ? Il est de notoriété publique que c'est bien la France qui anéantit un jour la Conquête et sonna l'heure du reflux.

Le cadre des contraintes étant posé, comment (re)construire nos interdépendances ? Dans l'équilibre de nos échanges, en privilégiant les créneaux où nous sommes bons.

INTERDEPENDANCES
Nous dépendons de l'étranger pour la moitié de notre énergie, tous les métaux non-ferreux, presque tout l'uranium, tout le fer et le charbon, tout le pétrole, tout le coton et presque toute la laine. Nous sommes moins dépendants dans les produits agricoles sauf le soja qui n'a pas pris en France, nous sommes très bons en céréales, oléagineux, protéagineux, viande, laitages et tous les dérivés gastronomiques. Nous ne sommes les seconds de personne en aéronautique et dans l'aérospatial où seuls nos moyens limités nous brident. Nous sommes des compétiteurs sérieux dans l'industrie nucléaire et le ferroviaire, en architecture et dans les travaux publics. Et jusqu'à la guignolade de la Société Générale, nous commencions à nous faire une réputation dans la haute banque. Nous avons bien d'autres compétences.

centrale nucléaire fumanteVous remarquerez que hormis l'agroalimentaire, nos productions sont le plus souvent "politiques". Si nous nous comparons à l'Allemagne, nous voyons qu'ils répondent à des nécessités industrielles chez autrui quand ils livrent des machines-outils ou des usines mécaniques, alors que nous devons négocier avec les gouvernements pour nos centrales, nos TGV ou nos avions. Ainsi avons-nous beaucoup de mal à contrebalancer les dépendances que nous subissons par des dépendances que nous créons chez les autres.

Pour compenser ce défaut d'axe, nous sommes condamnés à être largement meilleurs, à une course à l'excellence dans les domaines où nous existons vraiment sur les marchés internationaux. Au moins deux filières d'avenir nous sont ouvertes qui nous donneraient le même type d'avantage exclusif que celui dont bénéficie l'industrie allemande, la filière nucléaire et les satellites. Ceci nous indique que la formation et la recherche sont prioritaires pour nous, puisque tout commence là. Et chacun devine que nous soyons en l'état réellement très mal, à lire les classements internationaux qu'il faut scruter attentivement pour nous dénicher en bas de liste !

La dernière conférence du président de la République (100 minutes !) n'a effleuré dans ce domaine que la question de l'alphabétisation des enfants (immigrés) et a esquivé l'ardente obligation de recherche, au profit de mesures de "justice sociale" destinées à adoucir comme toujours les humeurs catégorielles. L'emplâtrage des plaies catégorielles, c'est la démocratie, comme disait Martin Masse dans un article du Québécois Libre que je vous recommande. Le chef d'Etat est un père Noël impécunieux inférieur aux défis qui nous sont lancés.

Une fois nos dépendances rééquilibrées par le renforcement de nos avantages, il s'agira de les gérer finement. Autrement dit, ce travail fondamental devra obtenir la priorité sur toute autre action gouvernementale et diplomatique. Nous devrons cesser nos arrogances, postures de coq déplumé, proclamations sans lendemains. En revanche nous apprendrons à mercantiliser notre diplomatie, avec tout ce que cela comporte de révision déchirante des effectifs et des moeurs du Quai. C'est une nouvelle mentalité qu'il nous faudra acquérir mais l'indépendance de la vieille nation est à ce prix.

rafale
Restera la question subsidiaire de l'indépendance militaire qui dérive de l'indépendance économique. Nous y reviendrons un autre jour.

Une démarche d'indépendance pour la France ne passe que par la recherche de la puissance. Obtenue, elle permet d'ouvrir alors la porte d'une vraie souveraineté si l'on veut bien d'un souverain. Manquée, elle nous jette dans le destin du Portugal.


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